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 Broken dreams and silent screams [PV Kenneth]

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: Broken dreams and silent screams [PV Kenneth]   Dim 10 Sep 2017 - 0:15

Broken dreams and silent screams
Dark twisted fantasy turned to reality. Kissing death and losing my breath. Midnight hours cobble street passages. Forgotten savages, forgotten savages. Dig up her bones but leave the soul alone. Let her find a way to a better place.


Les cheveux claquent contre la nuque à mesure que le pas se presse. La nuit l’engloutit, appose un peu de son encre contre ses traits légèrement crispés. L’irritation étend son règne alors qu’elle s’enfonce dans la ville. L’insomniaque ne regrette même pas le confort de son lit, ne se sent pas spécialement frustrée à l’idée de déserter son logis. Le travail l’arrache à ses pensées fragmentées et à son inefficacité légendaire à rejoindre Morphée. Dans sa paume, sa mallette médicale pèse plus d’une tonne et est une des dignes représentantes de son exaspération. Elle aurait aimé pouvoir analyser directement les victimes depuis la morgue pour des raisons aussi bien pratiques que personnelles. Dans ces recoins fétides de la Nouvelle-Orléans, ses sens exacerbés ne cessent d’être agressés. La pisse, la transpiration, l’alcool rance, tant d’odeurs répulsives qui donnent à la changeuse envie de rebrousser chemin. Le devoir ne lui permet pas de céder à ses quelques caprices et elle s’obstine ainsi sur cette voie exécrable. La légiste ralentit drastiquement sa respiration. Cette vaine tentative ne la préserve pas des effluves nauséabonds mais a le mérite de l’obliger à se recentrer sur elle-même au lieu de se laisser embarquer par son odorat affuté.  Quand un des autochtones de cette portion de la ville, a le malheur de croiser sa route, elle cherche à décourager son approche, d’un regard assassin. Il tente vaguement de la saluer, elle se contente de filer droit, un peu plus excédée. Elle n’est décidément pas assez payée pour ces conneries. Les allées lugubres s’enchainent ainsi, elle rumine durant le trajet et finit par arriver sur la scène de crime, plus revêche que jamais. Quelques miliciens trainent, par-ci, par là. Palper leur nervosité n’est pas spécialement compliqué. Ils sont deux à se tenir près de l’entrée, l’arme au poing. Et trois à s’agiter autour de la bâtisse réquisitionnée. Bien entendu, aucun d’eux n’a eu la permission d’entrer. Aloy s’en est assurée.

Arrivant à hauteur des soldats gardant la porte, elle dépose son matériel à ses pieds et les observe à tour de rôle. L’expérience lui a appris à ne pas se fier à l’immobilité de ces militaires, à craindre leur irruption en pleine analyse des cadavres. Après tout, ce sont eux les enquêteurs mais ça, elle s'en moque bien. Toute distraction rend sa tâche plus ardue. De plus, il n’est pas rare de tomber sur un illuminé qui croit que déplacer le corps lui fournirait plus d'indices. Que tout reste intact, c’est sa seule condition. Et pour quelqu’un qu’on a forcé à bosser en pleine nuit, elle se trouve particulièrement conciliante et indulgente. Heureusement pour ces hommes, elle ne s’était pas endormie. Si on l’avait réveillée, les choses seraient bien plus corsées. Les salutations se font sèchement, pas la moindre marque politesse de sa part. « Le premier guignol qui compromet cette scène de crime, je le massacre. Et vous savez tous à quel point je manie bien la scie. » Un sourire carnassier dévoile sa dentition avant qu’elle ne se déleste de son manteau. La sueur perle légèrement sur son front, atteste de sa marche rapide. Sans plus de considérations pour ses collègues de la milice, elle balance sa veste sur l’épaule de l’un d’eux. « Gardez ça pour moi, vous servirez à quelque chose d’utile comme ça pour une fois. » A ces mots, la trentenaire pénètre dans le bâtiment, armée de son attirail.

L’air lui divulgue quelques éléments peu étonnants. Il est saturé par des fragrances familières, le sang, la mort. L’animal réveille naturellement ses instincts. La traque fait partie intégrante de son fonctionnement mais elle a appris à réfréner ses pulsions, se focalisant plutôt sur le carnage que ses perceptions lui suggèrent et que sa vue met en perspective. Les murs en béton chassent très vite l’impression de chaleur dont elle était victime un peu plus tôt. L’humidité présente dans ce vieux building abandonné, se mêle aux autres arômes, lui apprend la présence de champignons, la pourriture régnant en reine sur la construction déchue. Elle est également certaine qu'il y a plus d’un corps dans la pièce convoitée. Prudemment, la métamorphe suit le couloir obscur menant à cette salle principale. Elle se heurte très rapidement à un mannequin pendu au plafond, à peine entrée. « Quel bon goût. » marmonne-t-elle en repoussant le pantin pour analyser le reste de la pièce. Une mise en scène qui présage du sadisme doublé d’un vent de rébellion. Face à la théâtralité du crime, la toubib s’octroie quelques minutes pour se familiariser avec cet environnement chaotique. Un trio ligoté, une femme, deux hommes,  appartenant tous aux forces armées. Une série d’annotations sont peintes à même le ciment servant de parois à ce taudis. Inscriptions apposées à l'aide de l'hémoglobine des victimes. Une mise en garde. L’israélienne se surprend à rouler des yeux face à cette absurdité. Encore quelques imbéciles qui pensent pouvoir changer le monde.

Sans plus attendre, elle s'approche de ses nouveaux patients. La sacoche atterrit quelque part à proximité du premier corps. Ils sont dos à dos, les mains attachées derrière les barreaux de leur chaise respective. Formant un cercle morbide, il n’est pas difficile de constater que si le duo de mâles porte encore leur accoutrement d’origine, les vêtements propres à la milice, la femme, elle a été vêtue d’une robe blanche. C’est sûrement son uniforme à elle qu’ils ont utilisé pour leur petit spécimen à l’entrée note-t-elle intérieurement. Alors qu’elle inscrit ce détail dans un coin de sa tête, un autre l’interpelle. Elle enjambe la distance qui la sépare de la femme pour se confronter au pire. La vision lui arrache un demi-grognement, une demi-plainte qui n’a plus rien d’humain mais tient plutôt du bestial. Le choc la rend fébrile, ses genoux s’entrechoquent avant qu’elle ne s’accroupisse pour être à hauteur du visage. Ses doigts nues se postent sur le menton de la brune, l’index se place inutilement sur la gorge pour prendre le pouls, se noie aussitôt dans l’hémoglobine. La trachée sectionnée ne laisse aucune place à la survie. Le sang répandue le long de la poitrine, l’oblige à baisser le regard jusqu’aux jambes. Elle a peur de découvrir ce que le tissu déchiré suggère. La nausée la prend. Elle se souvient de ces sales mains lui agrippant les jambes, lui effleurant les fesses à son insu. Elle superpose ces horribles sensations aux derniers instants de vie, de la trentenaire lui faisant face.

L’émotion engourdit son esprit d’ordinaire pragmatique, les larmes s’accumulent en bordure des paupières un bref instant avant d’être ravalées. Pendant de longues secondes, la doctoresse se contente de fixer la mort, se surprenant à la redécouvrir. Ça l'oblige à sortir de son rôle habituel, à cesser de voir l'enveloppe comme un simple assemblage de chair. Sur cette personne-là, elle peut mettre un nom, y coller un passé qu'elles ont partagé. Rien ne peut la consoler. Les globes vitreux, l’expression figée sur l’effroi, ce fût un trépas douloureux. La gorge serrée, elle referme les paupières de sa sœur avec douceur. Elle était prête à tout pour faire régner l’ordre, même à y laisser sa vie, il faut croire. Tétanisée, elle ne parvient plus à remuer et laisse juste sa rétine collecter quelques bribes de vérité sans oser, pour l’instant, palper l’épiderme glacé. Entre deux sentiments destructeurs, elle prend la mesure de son imprudence, ne pas avoir mis de gants avant de la toucher. Une précaution basique. « Merde, putain. » La colère chasse l’apathie brièvement. Elle respire de manière erratique, tente de démêler sa lucidité de son émotivité. En vain.

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MessageSujet: Re: Broken dreams and silent screams [PV Kenneth]   Lun 11 Sep 2017 - 0:56

Broken dreams and silent screams
Dark twisted fantasy turned to reality. Kissing death and losing my breath. Midnight hours cobble street passages. Forgotten savages, forgotten savages. Dig up her bones but leave the soul alone. Let her find a way to a better place.


Il était bien rare que je sois convoqué en pleine nuit. Pourtant, c'était le cas aujourd'hui. Quelque chose de plutôt inhabituel, donc quelque chose de probablement grave. Ma curiosité dévorante me poussa à me hâter. Ce n'était pas loin de mon domicile et l'animal nocturne en moi m'avait gardé éveillé, déjà prêt lorsque j'avais reçu l'ordre d'urgence. Je marchais vite à travers des ruelles que je connaissais par cœur. Je ne remarquais plus les détails, ne prêtais plus attention aux événements. Certaines voix parlaient plus bas à mon passage, alertées par mon uniforme ; d'autres arrêtaient leurs activités quelques secondes pour me laisser passer, toujours en me dévisageant de haut en bas et son inverse, m'accusant silencieusement d'être le vendu d'un Gouvernement abusif. Je n'en avais que faire. Les mains dans les poches, je suivais le chemin le plus court pour arriver au point de rendez-vous que l'on m'avait donné, ignorant tout ce que je pouvais voir sur ma route.

Lorsque j'arrivais, je saluais brièvement mes collègues, froid et réservé comme à mon habitude. Plus encore ce soir, parce que je voulais en arriver aux faits sans perdre de temps. Bien vite, ils me mirent au courant de la raison de ma présence ici. Une scène de crime dans le bâtiment face à moi. Je levais spontanément les yeux pour le détailler. C'était lugubre, le lieu idéal pour raconter de terribles histoires de fantômes. Finalement, je pris connaissance de davantage de détails. Et je n'aimais pas ce que j'apprenais. Mizrahi. J'avais prononcé de nombreuses fois ce nom et c'était la principale raison de ma présence ici. Quant aux deux autres Shadowhunters, je n'avais jamais eu l'occasion de travailler avec eux.

Analyser une scène de crime. Je l'avais déjà fait, une fois. Peut-être avais-je été efficace et c'était pourquoi l'on m'avait fait appeler une deuxième fois. Une autre partie de moi était consciente que c'était parce que j'avais été un partenaire récurrent de Mizrahi et que je pourrais peut-être comprendre ce qui avait pu se passer ; ou plutôt pourquoi elle avait échoué. Ridicule. Je n'étais ni Profiler, ni Médium. Je ne pourrais pas deviner les terribles événements qui avaient pu se dérouler dans ce bâtiment froid et humide. Néanmoins, je préférais être informé des dangers qui nous visaient, nous la milice, plutôt que d'être laissé de côté dans l'ignorance. C'était une chance pour moi. Etre préparé et comprendre. Surtout comprendre.

Que Mizrahi se soit fait descendre me surprenait, je devais l'avouer. Elle avait toujours été brillante. Un talent de famille, pour avoir déjà croisé et travaillé avec sa sœur, médecin légiste. J'eus envie d'insulter mes collègues lorsque j'appris que c'était elle, d'ailleurs, que nous attendions pour analyser les corps et la scène de crime. Bon Dieu, et elle ne savait même pas que sa sœur était concernée par l'attaque. Quelle superbe façon de lui annoncer la nouvelle. Un Gouvernement toujours aussi empathique envers son propre personnel. Il ne cesserait jamais de me surprendre. Je me contentais de rester silencieux, gardant mes pensées pour moi. Je voulus contourner les deux soldats à la porte, mais rapidement l'un d'entre eux avança sa main dans le but de la poser sur mon torse pour m'arrêter. J'observais son mouvement avec un regard fort aimable alors qu'il ne terminait pas son geste. Il venait de sauver ses doigts et en avait bien conscience visiblement car il se justifia immédiatement. La légiste souhaitait être la première à fouler la scène de crime ? Quelle bonne idée ! Comme ça elle pourrait s'effondrer et nous n'aurions plus qu'à l'évacuer en urgence. Parfait. Néanmoins, je devais obéir aux ordres. Impassible, sans même un soupir, je rebroussais chemin et m'éloignais pour m'adosser contre le mur froid du bâtiment, un peu plus loin. Masqué par l'ombre, j'attendis patiemment, croisant les bras, observant mes collègues et les alentours, trouvant à m'occuper dans l'attente de l'arrivée de la légiste, maîtrisant ma curiosité dévorante dans le processus.

Lorsque finalement Mizrahi arriva, quelques minutes plus tard, je décollais mon dos du mur et la laissais dealer avec les deux soldats à l'entrée du bâtiment. Toujours aussi autoritaire et hautaine, comme à notre dernière rencontre. Quelque chose me disait qu'elle allait bientôt déchanter et une partie de moi pensait vouloir voir ça. Mon côté malsain et sadique, sans aucun doute. Je pense que la mince autre partie de moi souhaitait être présent au cas où si elle s'écroulait. A la remarque de mes collègues, comme quoi elle devait envoyer du lourd au lit, je lâchais un fermez donc vos grandes gueules, franchissant à mon tour l'entrée du bâtiment sans me retourner et sans leur accorder davantage d'attention.

J'observais l'intérieur du bâtiment dès mes premiers pas tout en tentant de ne pas rester trop loin ni trop près de la légiste dans le processus. Sans grande surprise, l'espace était sombre, humide, parfaitement abandonné, tombant en ruine petit à petit avec le temps qui passait. Personne ne s'engagerait ici, pour une visite ou pour y trouver refuge ; ce n'était ni sain, si sécurisant. Ceux qui oseraient fouler ce sol seraient probablement, peut-être, quelques drogués, ou bien encore des dévergondés se promettant une partie de jambes en l'air rapide mais mémorable. Les cris se perdraient à travers les couloirs et seraient rapidement étouffés malgré le vide qui régnait ici, lieu probablement pillé lors des débuts de la folie ambiante post-apocalyptique. Un lieu parfait pour torturer et tuer sans être interrompus. Une barbarie ou une vengeance, ou simplement de quoi prévenir mes collègues et moi qu'il y avait des lieux qui échappaient à notre juridiction. Mes sens sur-développés me permettaient de sentir le sang et la mort au bout du couloir, mais j'apercevais également une silhouette sans vie suspendue. J'observais brièvement l'uniforme. Un uniforme féminin de Shadowhunter. J'approchais mon visage et inspirais l'odeur des tissus. Mizrahi... Sans aucun doute. Bon Dieu, que s'était-il passé là-dedans ? Sans réfléchir, mes pas se hâtèrent davantage, cherchant à rattraper la légiste par la même occasion.

Mes yeux détaillèrent la mise en scène face à moi. Un cercle de cadavres, installés sur des chaises, laissés là pour morts dans l'attente d'être découverts. L'odeur du sang et de la chair en décomposition envahirent mes narines. Entêtant, désagréable, j'en grimaçais brièvement. En une fraction de seconde, je repérais Mizrahi en robe blanche, sa sœur près d'elle. Je me figeais alors que je voyais la légiste s'effondrer. Son visage se déforma face au choc et seul l'écho de sa voix se fit entendre dans la vieille bâtisse sombre et délabrée. Sans surprise, je pouvais entendre ses larmes silencieuses, je remarquais sa respiration haletante, je l'observais ruiner la scène de crime par son propre comportement. Mes sourcils s'abaissèrent, suivi de mes yeux, vaguement. Je pouvais palper sa peine et elle laissa un goût amer dans ma bouche. Sa tristesse avait envahi l'air, relayant les odeurs de mort au second plan. Je relevais finalement la tête. Je ne remarquais que maintenant que mes mains avaient naturellement quitté mes poches et je les réinstallais dans ces dernières, récupérant ma contenance. Je n'étais pas indifférent face à cette scène de crime. Un avertissement. Et bien sûr, je ne pouvais que le prendre personnellement. Mes confrères se trouvaient sur ces chaises, sans vie. Et je ne préférais même pas savoir ce que Mizrahi avait subi en particulier. Une vengeance silencieuse grandissait en moi, demandant son dû. Ce n'était pas mon problème, néanmoins j'aurais aimé faire payer ceux qui avaient osé torturer de cette façon leurs propres congénères, des êtres humains, jusqu'à preuve du contraire. Si j'étais bien contre quelque chose, c'était la torture. J'avais gardé cette part d'humanité ; ou alors était-ce mon côté animal justement ? Un renard ne torturait jamais sa proie. Il la tuait, tout simplement, pour survivre ou pour manger. Jamais pour jouer. Comme moi. Finalement, être un animal était peut-être plus sain qu'être un humain.

La légiste ne m'avait pas remarqué, figée dans sa terreur. A cet instant précis, je ne sus pas comment me comporter. Je savais que je devais faire quelque chose, l'interrompre, mais surtout sans la toucher. Sans l'effrayer. Je me contentais alors de contourner le cercle morbide, arrivant près des Mizrahi dans le processus. Je restais debout, silencieux. Pas de pitié. Elle m'aurait frappé en plein dans les bijoux de famille si je laissais un tel sentiment dicter mes faits et gestes ; et lorsque je disais Elle, je parlais aussi bien de ma collègue que de la légiste.

« Le premier guignol qui compromet cette scène de crime, je le massacre... », répétais-je les exacts propos de la jeune femme.

Indélicat, comme à mon habitude. Je n'avais rien trouvé d'autre pour signaler ma présence, bien qu'elle avait dû la repérer sans être capable de réagir. Je m'accroupissais près d'elle, observant la triste vue face à moi. Bon Dieu de merde. Je hochais négativement la tête avant de me relever et de laisser mon instinct prendre le contrôle de mon corps. Je passais derrière la légiste et l'attrapais sous les bras. Je l'obligeais alors à se relever tout en se retournant pour me faire face, lui permettant ainsi d'échapper à cette vision d'horreur. Je connaissais ce sentiment. Elle ne pourrait pas détourner les yeux à moins d'y être forcé. J'avais vu ma sœur mourir à travers un écran sans jamais pouvoir le traverser, sans jamais pouvoir agir. J'avais tout vu, impuissant, et je n'avais jamais pu détourner le regard un seul instant alors que ce que je voyais me brisait, me dévorait, me tuait... J'aurais aimé que quelqu'un me sorte de ma torpeur, me facilite la tâche, me gifle peut-être. J'avais été seul face à ma détresse et je m'étais noyé dedans, entièrement, jusqu'à devoir nourrir une vengeance insatiable pour retrouver un semblant de vie, pâle illusion qui m'avait permis de bouger à nouveau. Peut-être avais-je eu besoin d'aide à l'époque. Peut-être aurait-elle besoin d'aide aujourd'hui.

Je l'avais spontanément tirée avec moi à distance de la scène de crime, bien que ses capacités sur-développées devaient l'obliger à sentir le sang de sa propre sœur sans être capable d'en faire abstraction. Je l'obligeais à rejoindre le couloir sombre, qu'elle se débatte ou non, qu'elle soit d'accord ou non. Et lorsqu'elle fut suffisamment à distance, je la relâchais en espérant qu'elle ne court pas aux pieds de sa sœur. Il fallait qu'elle respire, qu'elle se reprenne, et je savais qu'elle ne pourrait le faire qu'en dehors de la scène de crime.

Prenons le temps qu'il faut et faisons notre travail correctement, me contentais-je de murmurer, la recentrant sur la raison de notre présence ici.

Aborder des raisons sentimentales était inutile. Aucun mot ne serait assez pertinent pour illustrer ce qu'elle ressentait actuellement. Nous étions ici en tant que professionnels, et c'était exactement ça qui lui permettrait de tenir le coup. De prendre du recul, même un peu, et même si cela semblait extrêmement compliqué.

Connaissant ta sœur, c'est ce qu'elle aurait voulu. Que l'on travaille proprement et que l'on coince ces détraqués.

Aucune raison, aucune soif de liberté ne pouvait justifier tant de barbarie, Résistance ou non. Certes, le Gouvernement était aussi sadique que ceux qui avaient orchestré ces meurtres ; néanmoins, la milice n'y était pour rien, obéissant aux ordres. Rien ne pouvait excuser tant de cruauté. La violence n'appelait que la violence. Un cercle vicieux sans fin qui continuerait à faire couler du sang, encore et encore. Résistance ou Gouvernement, qui avait raison ? Voilà pourquoi je n'avais pas de conviction.

Je laissais Aloy récupérer son souffle quelques secondes, observant les traits de son visage que je distinguais sans difficulté même dans l'obscurité, avant d'ajouter :

Nous avons besoin de ton expertise et je sais que tu vas faire ton travail avec brio, comme tu l'as toujours fait auparavant.

J'avais une certaine confiance en elle car elle était une femme de talent, travailleuse et efficace. En vérité, je cherchais à l'encourager, à lui rappeler qui elle était et pourquoi elle était ici. Gérer le décès de sa sœur et une scène de crime à la fois serait peut-être le pire événement qui lui arriverait dans sa carrière, et dans sa vie personnelle bien évidemment. Je n'avais plus qu'à compter sur sa force psychologique et sur sa détermination pour se dépasser cette fois-ci, et tout ce que je pouvais faire, c'était la soutenir et l'aider dans le processus. Découvrir la vérité et ce qui s'était réellement passé me tenait désormais particulièrement à cœur. Au delà de la simple curiosité maladive qui m'animait au quotidien, cette fois-ci j'étais plus déterminé encore. J'étais prêt à entrer de nouveau sur la scène de crime et à travailler. J'attendais simplement le feu vert de la légiste, peu importe le temps que cela prendrait.

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MessageSujet: Re: Broken dreams and silent screams [PV Kenneth]   Dim 17 Sep 2017 - 17:49

La langueur ressemble à une vieille amie, venue saluer la mort. Dans cet espace dégradé par le temps et l’humidité, elle ne rassure pas le cœur meurtri, n’alimente que les ombres pesant sur la carcasse de l’éplorée. Étreinte par le silence, l’israélienne tente péniblement de s’ôter de la tête le lien qui l’unit au corps maltraité. La première à clamer que le sang ne fait pas la relation, ce qui est d’autant plus vrai dans leur cas. Les deux sœurs ne se sont jamais appréciées, jamais comprises. Les disputes entre elles ont éclot dès l’enfance. La métamorphe a tout fait pour se détacher de son aînée étroite d’esprit, stricte et critique. Tout fait pour ne pas lui ressembler. Dans la réalité, l’une et l’autre partagent plus d’une caractéristique mais ça, Aloy ne voudra jamais l’admettre. La seule chose qu’elle ne peut nier alors qu'elle a les yeux fixés sur le regard éteint, c’est son besoin de représailles. Ironie quand on connait le crime qu’elle a commis, le fratricide pour le bien de tous, son bien à elle. Elazar occupe ses pensées brièvement, juste assez pour qu’elle se sente affreusement coupable et terriblement démunie face à la destinée tragique des Mizrahi. Oiseau de mauvais augure, il va lui falloir délivrer la nouvelle à Uriel. Messagère des enfers, elle ajoutera le nom d’un autre membre de la famille sur cette horrible liste. Elle écoutera son frère camoufler son chagrin derrière quelques tonalités étudiées. Cette fois-ci, au moins, elle ne devra pas mentir sur toute la ligne. Les sourcils s’arquent. Cette comédie n’a aucun sens. Son égarement mental, pas plus. Alors que la pragmatique cherche à se relever, voulant se forcer à s’aérer avant de reprendre son masque de professionnalisme, une autre silhouette s’invite dans sa déroute. Les intonations la font sursauter. Coupée de la réalité, la changeuse a tu jusqu’à ses sens pour encaisser la nouvelle.

Les prunelles se font assassines dès qu’elles se portent sur le visage adverse. L’orgueilleuse ne peut supporter de devoir endurer une telle humiliation, d'être piégée dans une telle situation bien trop intime pour se permettre le moindre intrus. Des fourmillements la parcourent, réaction instinctive de l’animal acculé. Quasi viscérale l’envie de l’attraper à la gorge, de le réduire à néant, le témoin involontaire de son moment de faiblesse. Inutile de se voiler la face concernant les intentions de Kenneth Zaran. Il ne fait que ressortir constamment les pires côtés de sa personnalité, de son attitude. Il piétine, d'ailleurs, sa scène de crime en conquérant, du moins, s’en convainc-elle. Bien trop occupée à gérer son envie de meurtre, elle ne réagit pas quand il se permet de la saisir pour la sortir de là. Ballottée comme un vulgaire pantin, la brune n’émet, au début, aucune objection, se contentant de retrouver un semblant d’humanité avant d'avoir un geste malheureux mais dès que le couloir est atteint, elle reprend le contrôle du poignet qu’il lui a subtilisé, brutalement. Son poing se serre par simple réflexe, la mâchoire craque. L’iris se pare d’une lueur vengeresse un bref instant. Les bras, eux, finissent par se replier contre la poitrine. Protection sommaire pour une conversation qui ne pourra être que mouvementée. La sollicitude de son opposant la désarme quelque peu mais elle n’en montre rien. Depuis quand fait-il dans le sentimentalisme ? Il est vrai qu’Hila l’appréciait. Raison de plus pour le détester, bien entendu. Tout ce que sa frangine adorait, il faut absolument le haïr. La contradiction rythme ainsi la suite de l’échange. Face à cette bienveillance mal venue, la douleur ne peut que s’amplifier.

A quel point s’est-elle montrée pathétique pour que même cet homme se permette de la traiter de cette façon ? Rendue malade, bafouée par cette honte d’avoir failli, la fière décide de reprendre ses droits sur la discussion. « Qui t’a autorisé à me toucher, Zaran ? » sont les premiers mots qui franchissent ses lippes crispées. Le ton ne suggère rien d’autre que la violence qu’elle contient si difficilement dans son enveloppe massacrée par le trouble. Frapper un milicien ne ramènerait personne à la vie, lui nuire physiquement n’attirerait que quelques soucis de plus. Son esprit pratique l’aide, une fois de plus, à ne pas s’embarrasser de mauvais choix. « Si j’avais eu besoin de tes conseils, je t’aurais sonné. D’où tu te crois en position de pouvoir juger des intentions de ma sœur ? Elle s’est réincarnée dans ton corps peut-être ? Je ne crois pas, non. Elle n’aurait pas fait un si mauvais choix, y a rien d’intéressant à hanter la carcasse d'un petit soldat écervelé. » Ne pas hurler devient fastidieux pour la trentenaire. Elle doit littéralement se mordre la langue pour ne pas outrepasser de nouveaux seuils, dévoiler l’entièreté de sa peine sous cette forme d’hystérie gratuite.

Garder le contrôle. Son seul objectif. Elle commence par réapprendre à aspirer l’air correctement entre quelques salves de paroles agressives. « Et qu’est-ce que tu viens piétiner mon boulot d’ailleurs ? J’avais spécifiquement ordonné que personne ne vienne foutre le nez sur mon terrain. C'était la condition à ma présence ici. T’es venu pour pointer du doigt le malheur ? Tu n’as toujours été qu’un sale vicieux. » Les paupières se plissent. Le nez se relève, elle le toise, hautaine et méprisante. « T’as cru quoi, que t’étais mon père aussi ? Je n’ai pas besoin de tes paroles de nœud-nœud en puissance, pigé ? Tu peux te garder tes remarques pour toi à l’avenir, ça arrêtera de pomper l'oxygène pour que dalle. Je sais très bien ce que j’ai à faire. » Juste après la ponctuation, elle le plante sur place pour retourner directement sur le lieu du massacre, non sans frapper hargneusement la marionnette disposée par les meurtriers à l’entrée après que cette dernière ait accidentellement heurté son front. La légiste se penche sur son matériel et en sort une paire de gants. Le latex claque agréablement contre ses paumes. Sensation réconfortante de familiarité. Reprendre le masque, retrouver le rôle n’a jamais été plus rassurant. Chassée la cadette, délaissée l’endeuillée, l’insensibilité se prête aux actes suivants. Facile de le démontrer alors qu’elle s’arrête dans un premier temps sur l’un des hommes. L’anonymat de cette victime rendant sa tâche d’abstraction plus aisée. Concentrée, elle manipule avec précaution les membres du macchabée, il ne lui faut pas plus de quelques secondes pour réaliser qu’il tient un papier entre ses doigts. Vierge ou non, ça ne la regarde normalement pas. Elle ne traite qu’avec les indices que la chair peut lui révéler, ce n'est pas de son ressort, tout ce qui se déroule autour.

L’idée d’une vendetta personnelle lui parait alléchante cependant. Mais coopérer avec l’autorité serait bien plus intelligent pour diverses raisons. Laissant de côté ses différends comme elle peut, sa voix repart pour interpeller son acolyte d’infortune. Ça lui écorche les lèvres de demander son expertise alors elle se montre toujours aussi revêche et offensante qu’à son habitude. « Si t’as envie de servir à un truc utile … Oh pardon, j’ignore si ce terme t’est familier ou non. Etre utile, ça signifie faire preuve d’efficacité. Tu sais, l’inverse de ce que tu fais d’ordinaire. Comment t’expliquer ça avec des mots simples pour ta cervelle ramollie ? » Ses cils battent l’air avec insolence avant qu’elle ne tende le morceau de parchemin en direction du militaire. « J’espère que tu n’es pas illettré par-dessus le marché. » Un rictus sournois serait d’ordinaire venu appuyer cette réflexion mais même si elle semble maitresse de ses mouvements, il n’en est rien de son mental fragmenté. Le cœur bat toujours la mesure avec démence dans la poitrine, le sang s’achemine toujours aussi vivement dans les tempes. Cette scène prend des allures de cauchemar, de course sans fin. Seule son obstination la préserve d’une douce folie. Elle aura le temps de s’effondrer. Plus tard, à l’abri de tout regard. Quand elle n’aura plus à prétendre à son titre de médecin et qu’il n’y aura personne pour la juger. Quand elle pourra s'adonner à cet aspect de sa personnalité, qu’elle ne se plait pas à révéler.

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MessageSujet: Re: Broken dreams and silent screams [PV Kenneth]   Dim 24 Sep 2017 - 18:45

Broken dreams and silent screams
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J'aurais dû me douter qu'Aloy n'apprécierait pas mon geste. La sortir de force de cet espace de mort, puant l'humidité et la chair en décomposition, semblait avoir été une bonne idée sur le moment, et si j'avais pu le faire sans la toucher, je l'aurais fait. Hors, je n'avais pas eu le choix. L'air s'était chargé de haine et de condescendance, malgré mes vaines tentatives pour réduire cette animosité à néant et désamorcer la crise qui me pendait au nez. Et lorsque Mizrahi commença à ouvrir la bouche, je savais par avance que j'allais subir sa colère avant même que sa langue ne se mette à bouger, et qu'elle n'allait pas hésiter à me balancer mes quatre vérités en pleine face. Elle avait toujours été comme ça. Comme sa sœur d'ailleurs. Personne ne m'avait autorisé à la toucher, à part moi-même, et si à sa place j'aurais été bien plus violent qu'elle ne l'était actuellement, je savais que j'avais pris la bonne décision. Je restais silencieux. Son contrôle était assez admirable, dans l'ensemble. Tout en elle criait violence, pourtant son corps restait immobile. Au début, je pensais qu'elle allait simplement me crier de rester à distance. Ma sollicitude était de trop. Noyer son chagrin dans l'agressivité et la rancune, je connaissais. Par cœur. Néanmoins, je n'étais pas l'ennemi. Je pouvais comprendre le besoin de se venger verbalement sur moi. Et ce fut la tactique qu'elle adopta. J'en étais bien conscient, et si j'aurais dû rester impassible face à ses attaques verbales, je laissais ma tête pencher sur mon épaule, lentement. Il fallait qu'elle se méfie de la stratégie qu'elle adoptait avec moi, car la prochaine fois que je poserais mes mains sur elle, ce ne serait pas de manière aussi bienveillante. Mes mains se calèrent spontanément dans mes poches, évitant de se fracasser contre les joues de la belle brune dans le processus. Peut-être qu'une bonne gifle l'aurait remis à zéro et lui aurait permis de se reprendre. Je laissais pourtant passer, tel un chien trop compréhensif. Elle ne pouvait pas cacher la tristesse derrière la colère qu'elle me présentait avec véhémence, comme pour se protéger.

Je m’apprêtais à ouvrir la bouche pour lui demander de mesurer ses mots. Nous n'étions pas proches, nous ne l'avions jamais été. Je la laissais pourtant me faire taire en reprenant la parole immédiatement, pour davantage m'insulter. Nom de Dieu. Cela devenait désormais bien plus personnel. Ma tête eut un léger mouvement de recul, affichant ma surprise l'espace d'un très bref instant, avant de laisser l'impassibilité reprendre le dessus. Vicieux, quoi sérieusement ? Peut-être me connaissait-elle mieux que je ne le croyais finalement. Un sourire amusé se dessina sur mon visage, pour cette fois. Elle y mettait tout son cœur. Si je tentais de me raccrocher à l'amusement, je me connaissais et je savais que j'étais à deux doigts de laisser la colère me dicter de lui faire fermer sa grande gueule de petite salope hautaine et méprisante. Elle ne faisait qu'aboyer, comme le canidé qu'elle était.

Elle savait ce qu'elle avait à faire ? Parfait. Qu'elle y aille. Je fronçais à peine les sourcils alors qu'elle me plantait dans le couloir pour retourner sur la scène de crime. Elle laissait sa violence se décharger quelque peu sur le mannequin portant l'uniforme de sa sœur et je restais impassible, perdu dans mes pensées. La collaboration allait être compliquée. Elle me haïssait, pas que ce paramètre de notre relation me dérangeait en soi, mais tous mes mots avaient eu pour objectif de l'encourager et non pas de la mettre dans cette colère monstre. Décidément, j'étais extrêmement maladroit dans mes relations. J'étais peut-être plus doué pour mépriser ou me taire que pour soutenir une personne. J'avais essayé, et cela s'était transformé en échec. Cuisant, l'échec. Le plus grand de toute ma vie, en y pensant. Que cette Mizrahi était difficile à aborder.

Je l'avais rejoint quelques secondes après un long et silencieux soupir. Un lion dans une arène. Le gérer et rester calme, en toute circonstance. C'était la seule condition que je me demandais à moi-même pour pouvoir gérer la légiste hystérique avec laquelle je devais travailler, là maintenant. Diable qu'elle avait une circonstance atténuante pour son comportement, néanmoins, elle n'était pas tombé sur le soldat le plus patient de l'escadron du Gouvernement. Je me savais impulsif ; c'était contre un geste incontrôlé envers la brunette que j'allais lutter désormais. J'enfilais mes gants noirs de flic de la manière la plus concentrée possible et avec une lenteur excessive, essayant de relâcher la pression alors que la légiste commençait son travail de son côté. Je ne me débrouillais pas si mal, jusqu'à ce que la voix d'Aloy résonne à nouveau dans cet espace de mort. Je relevais les yeux sur elle. Je m'approchais, lentement dans un premier temps, assimilant ses mots dans le processus, et lorsque ses dernières insultes atteignirent mes oreilles, je bondis brusquement, brutalement, ignorant le bout de papier qu'elle me tendait. Ma main alla chercher directement la gorge de la brunette sans une once d'hésitation, et je la fis reculer violemment, piétinant ou pas la scène de crime dans le processus, peu importait. Je resserrais mes doigts autour de sa peau, mon gant me permettant même une prise plus efficace, rendant mon mouvement optimal. Je la baladais ainsi quelques brèves secondes, la faisant reculer à mon rythme, avant que son dos ne frappe brutalement le mur délabré de la bâtisse qui ne tenait debout que grâce à un miracle. Ce fut ce qui m'arrêta net dans mon élan, mais je ne relâchais pas ma prise pour autant.

Tu t'es prise pour quelqu'un qui peut se permettre de me parler ainsi ? Murmurais-je avant de serrer la mâchoire pour contrôler ma colère et ne pas me mettre à crier inutilement.

D'accord. Mon calme s'était volatilisé dans l'air pourri qui nous entourait pour rejoindre l'animosité ambiante. Et le contrôle avec lequel je m'étais évertué de réagir jusqu'à maintenant avait également foutu le camp. Repousser la colère en moi n'aura pas été efficace bien longtemps, mais il aurait fallu s'en douter. J'étais connu pour mes crises de colère brusques, sans préavis, violentes et destructrices. Néanmoins, elle l'avait cherché, volontairement ou non. Elle avait franchi une ligne que je ne laissais personne traverser en temps normal. Croire qu'elle pouvait m'insulter gratuitement de cette manière, à plusieurs reprises, avec une insistance et une véhémence exagérées, était bien crédule de sa part. Je n'étais ni un chien, ni un idiot. Et si je l'avais traitée avec respect jusqu'à maintenant, j'en attendais la même de sa part. J'aimais les relations symétriques, ou alors quand j'avais l'avantage ; et si elle souhaitait me retirer un certain contrôle, je le reprendrais, de force, même si je devais laisser le pire de moi-même agir pour ça. Mes yeux s'égarèrent sur sa poitrine. Je pouvais entendre le fracassement de son cœur contre sa cage thoracique. Etait-ce la colère, la tristesse ou une vaine tentative de contrôle ? Peut-être un tout à la fois. Mes yeux se verrouillèrent aux siens une nouvelle fois.

Seuls certains élus peuvent me parler ainsi, et laisse-moi te rappeler que tu n'en fais pas partie. Insulte-moi encore une fois et il y aura des conséquences, médecin légiste membre du Gouvernement ou pas. Tu me comprends ?

Je relâchais ma prise autour de sa gorge pour lui permettre de respirer normalement à nouveau, avant de saisir sa mâchoire à la place. Mieux valait que ma main reste occupée de cette manière.

Je suis venu pour travailler, pas pour me battre. Et la perte de ta sœur n'est en rien ma faute alors tu serais priée d'utiliser cette énergie autrement. Peut-être que tu es pressée de la rejoindre, mais je te demande de réfléchir à ton comportement une dernière fois. On m'a assigné à une mission, je compte la mener à bien, que tu le veuilles ou non. Il est inutile de sortir tes crocs et tes griffes avec moi, car méfie-toi, j'en ai aussi.

Nous étions semblables, je ne l'oubliais pas, mais qu'elle ne l'oublie pas non plus. Je la relâchais entièrement et, immédiatement, la laissais récupérer contenance et contrôle d'elle-même et de son corps dans le processus. Ma main rejoignit la sienne et je lui pris le bout de papier des doigts avant de reculer calmement et de le déplier sans réfléchir. J'espérais que cette mise au point serait efficace, même si j'avais osé croire qu'elle ne serait pas utile. J'avais été naïf. Où en étais-je déjà ? Je me concentrais sur ma tâche et la raison de ma présence ici : l'investigation. Mes pas me guidèrent à distance alors que je lisais le court mot écrit sur le bout de papier froissé.
"Ce n'est que le commencement."

Mes yeux se relevèrent spontanément sur la scène de crime alors que je fronçais à peine les sourcils. Ca n'avait du sens que si nous considérions que ce groupe de rebelles était indépendant. Ce n'était pas la façon de procéder des Résistants. Pas jusqu'à maintenant en tout cas. Ils étaient peut-être violents, déterminés, peut-être n'hésitaient-ils pas à tuer, mais une mise en scène, vraiment ? Cela ne leur ressemblait pas. La Résistance était connue pour sa prudence, sa discrétion, son travail en profondeur de manière furtive, ses multiples branches insaisissables qui les rendaient réellement dangereuses. Pas pour exposer des cadavres et lancer des mots d'avertissement aux petits bras qui plancheraient sur le problème. Et pour quoi faire ? Faire trembler les vendus du Gouvernement ? Faire trembler le Gouvernement lui-même ? Je doutais que cela l'inquiète réellement, bien que, si leurs soldats se faisaient tuer un par un, peut-être finirait-il par prendre le problème bien plus au sérieux. Je n'étais pas crédule. J'avais été appelé car cela ne ressemblait à rien, ou pas grand chose, par rapport à ce que nous avions connu et vu auparavant.

J'espérais en apprendre plus sur la façon dont mes collègues s'étaient retrouvés dans cette situation et j'espérais qu'Aloy pourrait déterminer les circonstances de leur présence ici. Comment s'étaient-ils fait piéger de cette façon ? Tous les trois. Peut-être pas en même temps ? C'était macabre. Dans ma réflexion, mes yeux se posèrent sur le plafond délabré qui laissait apparaître le semblant d'un étage en ruine à mes pupilles. Je pouvais même distinguer le ciel entre les constructions détruites par le temps. L'impulsion d'une idée germa dans mon esprit. Je me demandais à quoi ressemblait la scène de crime vue de plus haut. Inutile en soi, jusqu'à ce que je laisse pencher ma tête sur mon épaule, mes sens captant quelque chose d'intriguant. Etait-ce les battements du cœur d'Aloy que je détectais ou ceux de quelqu'un d'autre ? Je me tournais vaguement vers la médecin légiste, distinguant les siens plus clairement, plus précisément. Différents, dans la mêlée. Non. Il y avait quelqu'un d'autre de vivant ici.

Je vais rapporter cette première pièce à conviction à mes collègues à l'extérieur. Je te laisse un peu de tranquillité.

Je mentais. Pas pour Aloy, mais pour la paire de yeux qui s'était cachée à l'étage et qui espérait jouir de toute la première partie de l'enquête aux premières loges. Je ne pouvais pas croire que je n'avais pas senti sa présence avant, moi dont les capacités s'étaient intensifiées dernièrement. Je n'étais même pas encore capable de les utiliser correctement et j'espérais être plus attentif à mes instincts. J'avais été perturbé par les événements et les émotions d'Aloy, par les odeurs également, et cela avait permis à l’intrus de rester caché jusqu'à maintenant, dans l'obscurité. Dans tous les cas, je ne comptais pas quitter ce bâtiment avant d'avoir mis mes pattes noires sur ce petit rat, et cela serait aisé pour le malin chasseur roux que j'étais.

Mes pas me guidèrent vers la sortie de la scène de crime et à la place de me rendre à l'extérieur de la vieille bâtisse comme je l'avais signifié, je cherchais les escaliers qui me permettraient d'accéder à l'étage. Quelque chose me disait que cette nouvelle proie, enfermée avec deux prédateurs sans même en avoir conscience, allait regretter sa présence ici. Je restais néanmoins prudent. Peut-être était-ce un piège ? Ou alors peut-être était-ce un témoin ou un coupable ? Qui pouvait vraiment savoir ? Moi. Bientôt.

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MessageSujet: Re: Broken dreams and silent screams [PV Kenneth]   Mer 4 Oct 2017 - 1:28

Quand les hommes renoncent aux mots pour acter leur violence, c’est que leur orgueil a été salement entaché et qu'ils n'ont pas les armes nécessaires pour affronter ce fait. Une vérité qui se déploie alors qu’il approche et bondit. La peur n’intervient pas immédiatement et n'intervient que pour une poignée de secondes. La prise sur sa gorge ne l’effraie rapidement plus. Comme tous les autres mâles avant lui, il croit pouvoir l’obliger à la boucler, il la pense inoffensive, pauvre petit animal blessé, acculé. La haine grignote la pupille cependant, bien loin de la terreur qu’il cherche sans doute à lui insuffler. Si la brune ne réagit pas, c’est qu’elle comprend d’instinct que l’heure n’est pas à l’action. Ils pourraient s’entretuer ici même. Il en est capable et elle, elle se ferait une joie de le mettre en pièces. Tout en elle crie à la vengeance, chaque élément du décor s’apparente à un ennemi. Si Kenneth la sous-estime, elle sait, elle, de quoi elle est capable. Entrainée au combat et plus particulièrement, à ces situations d’agression, l’israélienne sait pertinemment ce qu’il lui faudrait faire pour se dégager et l’immobiliser. Il croit à sa suprématie et elle trouve ça risible. Un sourire pourrait presque poindre sur ses lèvres sèches alors que l’air lui échappe. L’envie de lui cracher au visage la saisit si viscéralement qu’elle doit se forcer à ravaler sa salive. Sa part animale ne demande qu’à s’extirper des tréfonds de sa carcasse. Seul un pan de sa lucidité, de plus en plus souillée par l’absence d’oxygène, la préserve d’un mouvement regrettable. Il doit la relâcher, il n’a pas le choix de toute manière. Elle s’en convainc pour empêcher la panique de s’emparer ultimement de son être tout entier. Sans sourciller, elle le fixe avec toujours plus de mépris, l’affronte sans jamais le craindre. Il y a longtemps qu’elle s’est jurée de ne plus redouter ses opposants.

Quand finalement, le milicien la relâche, elle accuse le coup en faisant coulisser ses paumes contre son épiderme. Si hématomes il y a, ils s’effaceront rapidement de toute manière - cette nature lui conférant quelques avantages non-négligeables. Bien que l’idée d'être marquée de la sorte par cet énergumène lui déplaise fortement. La trentenaire gonfle ses poumons du mieux qu’elle peut. Riposter parait bien tentant mais la sournoise se décide à attendre le moment opportun pour opérer dans ce sens. Et malgré cette intention de ne pas rebondir à la démonstration puérile de force, la métamorphe ne peut retenir quelques mots. Et ça, dès que ses cordes vocales lui permettent d’émettre quelques tonalités sèches. « Des élus ? Tu te prends pour le messie aussi ? » Les yeux roulent dans leurs orbites tandis qu’elle continue à se masser inutilement la gorge. « L’éloquence de la violence physique, j’admire ton sens de la répartie. » ironise-t-elle. « Tu confirmes bien des choses. » L’insoumise doit se faire violence pour reprendre son activité comme si rien ne s’était passé. Elle retourne vivement à l’examen des corps inertes, non sans posséder l’envie extrêmement saisissante de lui sauter au visage à son tour. La mâchoire serrée et l’attention relativement déviante, elle ne réagit que d’un « C’est ça, ouais. » à l'annonce du français. Barre-toi, pauvre débile se retient-elle d’ajouter. Inutile d’alimenter le brasier, la vengeance viendrait. Éventuellement.

L’ouïe extrêmement fine de la changeuse suit machinalement les pas de son acolyte. Elle note le changement de direction, s’arrête de ce fait, d’elle-même, dans son geste. Qu’est-ce qu’il fiche ? Bien trop occupée jusqu'à lors, à focaliser son attention sur la scène du crime et sur les détails scientifiques des homicides, la légiste n’a pas été jusqu’à écouter le moindre de ses sens aiguisés. L’oreille capte les sons qui ont interpellé le soldat dès qu'elle s'autorise à échapper à la bulle dans laquelle elle s'est enfermée. Sur la brèche depuis de longues minutes déjà, la toubib ne parvient pas à réfréner la nouvelle vague de fureur qui l’assaille. Une part d’elle la somme de réfléchir avant d'agir. Après tout, c’est à l’homme de loi qu’il revient la tâche d’appréhender la menace. Un seul coup d’œil en direction d’Hila suffit à réveiller la bête. C’est elle qui prend le contrôle, qui décide de se mettre en chasse. Ainsi, elle se voit avec rage se déshabiller sans la moindre pudeur au milieu de cet endroit délabré. L’humidité lèche sa peau nue, la râpe. De longs frissons brisent son échine alors qu’elle dépose presque religieusement ses habits sur la valisette renfermant son matériel.

Sans plus attendre, la brune entame ainsi sa transformation. Les os se brisent les uns à la suite des autres, phénomène qui ne tarde pas à la rendre encore plus revêche. Elle souffre en silence autant que possible, se refusant à alerter son condisciple de son action. Dans ces moments de douleurs intenses, elle parvient tout juste à se remémorer la voix de son sorcier lui murmurant tu t’habitueras avec le temps. Pauvre connard s’entend-elle penser pour la millième fois. Elle doute pouvoir un jour, se familiariser avec cette souffrance et ne le désire pas de toute façon. L'humaine cède la place au coywolf. Elle fonce immédiatement. L’odorat s’affine sous cette forme et lui concède un avantage olfactif considérable. De nouvelles fragrances la détournent rapidement de sa cible initiale. Plus facile encore de scinder les différentes sensations désormais, les parfums nauséabonds de leurs origines. Dans le couloir, elle se faufile sur la droite, un passage étroit et relativement bien planqué. La farouche remonte la piste d’une odeur distinctive, celle qui encrasse les vêtements de sa sœur. Les pattes grattent une trappe mal dissimulée sous une couverture repliée, tout juste voilée par un pan d’ombre qui n'affecte en rien sa vision nocturne. Les babines relevées et la truffe collée à l’interstice, la créature renifle avidement l’arôme et gagne en certitude. Une cave ? Un passage souterrain ? Une planque ? La colère gronde plus ardemment, chaque fibre de son être réclame justice. Déterminée, la bête fait demi-tour et va jusqu’aux pieds de l’inquisiteur. Aveuglée par sa rage, Aloy se moque bien de révéler d’une façon aussi peu calculée, sa nature à son comparse. Qu’il en fasse ce qu’il veut de cette info, elle n’en a cure.

Les crocs s’enfoncent dans le mollet de son interlocuteur, ne font que le pincer pour attirer son attention sans que le moindre bruit ne soit émis. Elle a veillé à avancer d'une manière calme et mesurée pour se faire mais le tire, actuellement, avec insistance en direction de sa trouvaille. Le témoin ou le coupable peut bien attendre. Il ne peut pas décemment sortir alors que l’endroit est encerclé. A moins d'être fou ou désespéré. Et dans ce cas, il serait être cueilli par la milice qui attend à l'extérieur. Se suicider peut-être ? Il l’aurait déjà fait bien plus tôt. Les dents s'enfoncent un peu plus dans la chair avant de délaisser la proie pour mieux chercher son regard ensuite, s’y fixer et attendre sa réaction. Difficile pour la boule de poils de réussir à tenir en place, de ne pas agir, démolir chaque rempart pour soulever un nouveau pan de vérité. L’idée de revenir à son enveloppe humaine la titille quelque peu. Elle pourrait soulever seule cette maudite paroi mais elle n’en fait rien cependant. Après avoir subi aussi férocement cette métamorphose, ce serait du gâchis de déjà réemprunter ces allées sous forme humaine. D’autant plus, qu’elle constate avec délice que sa clairvoyance sensorielle ne pourrait être plus au point que sous cet aspect. Inspecter les cadavres avec cette apparence pourrait même se révéler intéressant. Qui sait quel infime détail a pu lui échapper ?

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