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 Bouc émissaire [PV Lisbeth]

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MessageSujet: Bouc émissaire [PV Lisbeth]   Lun 11 Sep - 14:01

Le réveil est toujours aussi difficile. À moins que ce soit les nuits qui le sont. Elles s'enchaînent et se ressemblent. Je reste allongée sur le matelas. J'observe en silence le plafond amorphe qui me tient lieu de public. Représentation parfaite de cette Entité Divine qui nous regarde de haut. Qui ne nous reflète rien de plus que mutisme et indifférence. J'ai beau lui parler, l'incendier, le supplier ... rien n'y fait. Il me juge et me jauge sans jamais rendre son verdict. Alors j'ai cessé de parler. Je me contente de prier.
Ensuite il vient se coucher à mes côtés. La couverture se soulève à peine. Une brise qui vient s'insinuer à l'orée de mon oreille droite. Je dors toujours au même endroit. Son odeur colle toujours aux draps. Peu importe combien de fois je les lave. Peu importe combien j'en ai déjà brûlé. Ce n'est pas que j'ai abandonné, je n'ai fait que lui accorder une trêve temporaire. Un dernier cadeau d'adieu avant notre rupture officielle. Je le sens qui détourne le regard vers moi. Je sens son sourire sur mon visage. L'éphémère de son doigté à même mes lèvres. Il les contourne à peine. D'une délicatesse si irréelle. Je ne tente même pas de l'en empêcher. Par le passé, j'ai essayé. Je sais ce qu'il en coûte de le provoquer ainsi. Il descend sa main. À peine un souffle. Une caresse aérienne. Ses phalanges de glace viennent se poser sur ma gorge. Toujours à travers cette douceur des premiers jours. Des premières années même. Celle dont je m'efforce jour après jour de me rappeler.
Et tout comme notre histoire, la réalité finit par nous rattraper. Ses doigts se resserrent sur ma trachée. Ses ongles se plantent dans ma chair. Il exerce une pression grandissante sur mon corps offert en pâture. Je ne me débats pas. Ou plus. Je laisse le poids de la culpabilité m'écraser.
Je l'entends qui ricane. Qui me susurre des mots dans une langue étrangère. Celle qui ne lui est pas innée. Celle qu'il a apprise pour m'impressionner. Jadis. Il ne sourit plus. Il sert plus fort. Je finis par faire pivoter mon visage vers la droite. Pour céder à cette perpétuelle demande d'attention de sa part. Son emprise se relâche quelque peu.

*Bonjour mon ange.

Je ne réponds aucunement. Il n'est pas vraiment là. Je le sais. Il le sait. D'aucun nous n'allons pourtant le clamer. Les choses sont ainsi faites entre nous désormais. Il ne s'en vexe guère. S'invente un ersatz de rictus que je ne lui renvoie pas. Il me fixe de ces yeux vides aux prunelles affamées.

*Tu as bien dormi?

Je retrouve ma position d'origine. A contempler un ciel de plâtre et de poussière. Du bout des doigts, il vient replacer une mèche rebelle collée sur mon front en sueur.

*Tu devrais prendre un peu plus soin de toi Shlomit.

« Ta gueule Jésus.  »

Je me redresse, me lève du lit et m'éloigne sans un regard vers l'arrière. Il est le seul à m'appeler ainsi. Mon esprit n'y est pas insensible. Cela me débecte. Je préfère couper court à la discussion avant que cela ne dégénère à nouveau. Je pénètre la salle d'eau et claque violemment la porte dans mon dos.

*Pauvre petite féline. Accolée dans un coin. Ronronnant bien malgré toi à l'attention de la main qui te nourrit. Ne va pas là nier l'évidence petite salope. Je sais bien que tu as apprécié. J'ai senti ton corps se crisper. J'ai senti tes entrailles se contracter. Elles en réclament plus. Elles n'aspirent qu'à mon toucher. Du bout des griffes, je viens entailler la surface. Je donne naissance à d'infimes crevasses. D'infâmes portails qui, à terme, me donneront libre accès à ton âme.
Mais en attendant ce moment ô combien funeste, je t'accorde la liberté d'agir. De penser. De pester. Je me délecte des non-dits que nous échangeons en secret. Je me mordille la pulpe d'une bouche inexistante en prévision de ce qui va suivre.
Bientôt mon cher hôte.
Bientôt.

~ .. ~

Je me balade entre les ruelles de ce qui fut jadis MON domaine. Autrefois on m'adulait. On m'abordait. On me souriait. Ce temps est maintenant révolu. Je n'inspire guère plus que mépris et dégoût. Il y a ceux qui se sentent trahis. Et puis ceux qui se croient supérieur. Pauvres fous. Vous ignorez tout de la définition même de la Croyance.
Je laisse passer. Je laisse couler. Je prends sur moi. On me regarde. On me dévisage. Je continue ma route. Vêtue d'un simple jeans de contrefaçon sur des bottines de terrain. Le haut enveloppé d'un top qui met à peine mes formes en valeur. Avant je ne me serais jamais trimballée ainsi. Jésus ne me l'aurait jamais autorisé. Trop fier paon de sa si belle cour. Et que tous donc se rincent l’œil de la beauté chilienne qu'il a réussi à amadouer.
Foutaises.

Les passages sont plus déserts qu'à l’accoutumance. Un raid préparé depuis plusieurs jours déjà a été lancé plus tôt dans la matinée. Il en va de soi que je n'y ai pas été convié. Je ne m'y suis même pas présentée. À quoi bon ? Si je veux que l'on retourne le couteau dans la plaie, je n'ai que l'embarras du choix. Il me suffit de tousser un coup de travers ou d'éternuer en public.

Je croise bien peu de monde. Et tous préoccupés par leur propre assignation. Bien la Communauté ne tolérerait aucune autre attitude. J'ai beau été bafouée et destituée de mon trône, ceci n'est reste pas moins ma famille. Mon antre. Mon nid. J'ose un semblant de sourire à l'attention d'un groupuscule de bambins en file indienne derrière un instructeur. Attentifs. Alertes. Ils sont l'avenir de notre civilisation. Même parmi leurs rangs aucun excès ne sera toléré. Cela peut paraître triste, mais c'est ainsi. Celui qui veut survivre en terrain hostile, n'a d'autre choix que de se plier aux lois de la jungle. Soit-elle urbaine.

Je continue ma route vers l'entrepôt. Le soleil peine encore à se lever. L'air est pourtant déjà humide. Poisseux. La journée promet d'être plombante. Je me demande vaguement dans quel état seront les troupes à leur retour. Il faudra assurément piocher dans les réserves de médicaments et autres onguents. Le comptage du matin se concentra donc principalement sur leurs composants.
Le nom de mon superviseur ne m'a pas été communiqué hier. Probablement un manque d'effectifs suite à la sortie des troupes. Je risque de me ramasser un retardataire, un blessé, un bras-cassé ... et j'en passe. Pourvu qu'ils ne m'envoient pas Diwali. La situation est un peu tendue entre nous depuis quelque temps. Ça peut se comprendre. Il juge Gabriel au moins autant coupable que moi pour le péché capital commis. Il n’a pas tort. Et pourtant tellement à la fois. Il ne peut pas comprendre. Il ne le veut pas non plus. Je commence à en avoir marre de son regard accablant et accusateur. Je ne changerai pas ma version des faits. Qu’il se mette bien cela en tête une fois et pour toute.

*Oui, vas-y joli cœur. Emballe-toi. Embrase-moi. Laisse la colère t’envahir. Laisse tomber ces barrières si soigneusement érigées. Ouvre-moi la porte de cette cage transparente dans laquelle tu t’évertues pouvoir me garder. Je gratte doucement. Inlassablement. À un moment ou un autre, la matière finira bien par céder.

Je suis coupée dans mon élan de fulminations en arrivant là où je dois être. Je hausse un sourcil en constatant que personne ne fait le guet. Je ralentis ma démarche. Scrute les environs. Cette saloperie (pour ne pas dire autre chose) d’Amberly m’en a confisqué le port il y a quelques semaines de cela suite à un malencontreux incident. Depuis je n’ai plus que mes poings et mon imagination pour me démerder. Dans tous les sens du terme. Mais je ne m’en fais pas pour si peu. Tout vient à point à qui sait attendre. Et encore, je n’ai jamais eu besoin de plus pour me protéger par le passé.

Je passe ma tête par-delà l’entrée principale du bunker – petit surnom affectif et totalement dénué d’intérêt.

« Anton?  »

Je tâte un peu à l’aveugle dans la pénombre des lieux. J’ai beau savoir où tout se trouve en tout temps, on n’est jamais à l’abri d’un imprévu. Mes doigts me démangent. Un frisson d’excitation se faufile le long de ma colonne vertébrale et vient lécher le creux de mes reins.
J’enroule mes phalanges douloureuses autour d’une barre en métal. Ancien orifice de plomberie. Reconversion professionnelle réussie.

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MessageSujet: Re: Bouc émissaire [PV Lisbeth]   Lun 18 Sep - 20:54




Miroir de fortune tenant tout juste debout, posé sur un meuble écaillé et usé. Le reflet qu’il renvoie est celui d’un visage éreinté, au teint pâle mais presque brûlé par endroit. Visage dont la couleur a perdu de son unicité. De sa lumière aussi. Les rayons de l’astre solaire ne font pas bon ménage avec la carnation naturellement claire de l’allemande. Phénomène inéluctable dont elle s’est accommodée. Instinct de survie depuis toujours bien ancré dans la chair et renforcé par un siècle passé dans les limbes qui continuent parfois de la hanter. Le bout de ses doigts râpés effleurent les pommettes inévitablement rougies. Elle ne voit même plus les marques qui parcourent sa peau autrefois diaphane. Elles ne constituent plus une priorité pour la sorcière qui se contente bien de peu pour son confort quotidien. Ne s’encombrant de superflu que lorsqu’elle se doit de jouer de ses charmes envers ceux qu’elle désire se mettre dans la poche, ces hommes, pour la grande majorité corrompus ou corruptibles qu’elle veut faire ployer, et obtenir ce qu’elle veut pour le bien de sa Communauté. Le possessif lui procure toujours un léger frisson. Pas encore tout à fait habituée au poste qu’elle occupe, le prononcer lui fait toujours quelque chose. Il lui a fallut un certain temps pour l’assimiler totalement, surtout quand ses prédécesseurs l’observent constamment, guettant la moindre de ses erreurs, le moindre de ses faux pas pour la mettre à terre. Investie d’une mission plus grande que tout le reste. Elle prend cette nomination très à coeur, jusqu’à en mettre de côté ses autres obligations. Ses autres rôles, celui de mère.

Il en est un qu’elle ne peut pas se permettre de négliger. Le bras-droit soupire longuement en repensant à sa dernière confrontation avec Leslie. Faire passer son devoir au sein de leur groupe avant son rôle maternel est un reproche supplémentaire qu’il lui a infligé. Elle se pince les lèvres en revivant la scène. La colère commence à monter et elle peut sentir l’hémoglobine pulser contre ses tempes. Elles serre les poings pendant une secondes, ferme les yeux devant son miroir. Se rend aveugle à tout ce qui l’entoure pour mieux occulter la hargne qui l’habite. Mieux vaut passer à autre chose si elle ne veut pas ressasser la dispute encore et encore. Femme de droiture qui ne peut pas se permettre de montrer des signes de faiblesse. Elle se doit de se montrer motivante et encourageante pour ceux qu’elle protège. Particulièrement aujourd’hui. Une grande majorité de la Communauté doit partir en raid à plusieurs dizaines de kilomètres du campement, ne restent que quelques personnes indispensables à son bon fonctionnement, quelques autres pour le défendre en cas d’attaque et les blessés incapables de voyager. Une journée particulière. Qui commence au petit matin. Un dernier souffle et la sorcière rejoint enfin l’extérieur. Rapide état des lieux, tournée quotidienne qui la mène finalement tout droit vers le groupe qui se prépare à partir. Elle ne peut pas s’empêcher de ressentir un peu d’angoisse à l’idée de les voir tous s’éloigner. Ne sera véritablement apaisée que quand elle verra tous revenir sains et saufs. Elle tient plus à ces personnes qu’elle ne voudrait l’admettre. Et quand l’heure du départ sonne enfin, elle les suit longtemps du regard avant de se détourner de l’horizon. Les prunelles avelines se posent sur l’entrepôt qu’elles distinguent de loin. Elle n’est certainement pas attendue et pourtant, il est une autre mission qui lui incombe aujourd’hui.

Aucun plaisir dans le regard quand elle pense à ce qu’elle va devoir faire. Aucune joie n’étirent les traits fins de l’allemande quand elle pense avec qui elle va devoir le faire. Au fil des mois, elle est passée maître dans l’art d’éviter sa rivale. De la surveiller de loin sans se faire remarquer, comme un rapace tournant autour de sa proie jusqu’au moment propice pour fendre l’air. La blonde ne fait pas confiance à la chilienne, pas pour le moins du monde. Surtout avec le passif qui les rassemble toutes les deux, et bien malgré elles. Et devoir passer du temps en sa compagnie, à jouer les gardiennes, les surveillants pénitenciers, ça ne lui plaît que très peu. Une femme en sursis qu’elle doit tant bien que mal apprendre à apprivoiser. Ou pas. L’exil a été envisagé quand le coup d’état a éclaté. La sentence était à deux doigts d’être prononcée. La sorcière s’y est opposée, tout comme d’autres. Le risque de les laisser dans la nature était trop grand comparé à celui de les garder à l’oeil. Le choix a donc été vite exécuté. La brune rétrogradée au profit de la blonde. Situation compliquée à gérer encore aujourd’hui et la cohabitation se fait souvent dans l’ignorance. Le bâtiment de fortune est tout ce qu’il y a de plus familier pour Lisbeth qui le parcoure régulièrement. Mais cette fois est différente de toutes les autres.

« - Je suis navrée de te décevoir, ce n’est que moi », ironise-t-elle dans un souffle en distinguant le visage d’Aritza non loin de l’entrée principale. Le sarcasme comme premier réflexe défensif. Le regard sévère évite d’abord celui de la brune, peu désireuse de raviver la colère une nouvelle fois. Elle n’a pas besoin de ça. Elle ne devrait même pas être là. « - Rassure-toi. Ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi de devoir jouer les baby-sitter mais tu vas devoir faire avec pour cette fois » Remuer le couteau dans la plaie encore un peu. Marquer la différence qui les sépare de nouveau. Les deux femmes auraient pu s’entendre, dans un autre temps. Une autre époque. Dans d’autres circonstance. Elles sont similaires dans ce qui les oppose et c'est ce qui rend la lutte encore plus difficile à endurer. L’allemande s’avance vers sa rivale, plante ses yeux cristallins dans les siens. Accélérer le temps lui serait d’une grande aide mais cela ne fait malheureusement pas partie de ses dons. « - Un inventaire de tout le matériel, c’est bien ça ? Ne traîne pas trop, tu imagines bien que j’ai beaucoup d’autres choses à faire. Surtout aujourd’hui » Pas d’émotion sur le visage. Masque de froideur qui ne la quitte plus désormais. Le timbre est direct et directif, peu de mots pour ne pas encombrer la conversation. Elle n’a pas grand chose à lui dire quoi qu’il en soit. Plus vite elle se met au travail, plus vite elle pourra partir. Et plus vite elles pourront continuer de s’ignorer.
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MessageSujet: Re: Bouc émissaire [PV Lisbeth]   Jeu 21 Sep - 8:04

Je sens mon pouls qui s'accélère. Ma respiration qui ralentit. Qui se calque au rythme des battements d'un cœur que je peine parfois à retrouver. La douleur est le maître-mot sur un champ de bataille. Il confirme à son hôte qu'il est toujours vivant. Que ce qui l'entoure, bien que réaliste, n'est rien en comparaison de l'Enfer qui l'attend ici-bas. Alors le corps s'accroche. L'esprit se bat. Il ne veut pas abandonner. Il veut continuer à ressentir. Il n'aspire qu'à souffrir. Alors il plante ses crocs dans la chair. Il impose. Il ordonne.
Mes sens sont tous en alerte. Je me sens tel un prédateur qui vient de se rendre compte qu'il n'a pas encore mangé. Dans mes entrailles, ça gigote. Ça grignote. Mes phalanges se resserrent de plus belles sur mon arme de fortune. Tellement fort que mon derme pourrait bien y rester coller. Je m'en moque. Contrairement à ce que la logique m'inspire, cela ne fait que renforcer ma prise. Je suis comme habitée par une folle envie d'avaler la matière. M'y plonger corps et âme. Fusionner afin de ne former plus qu'un.
Je retiens mon souffle un instant. Le temps se fige. Il serait si facile de tout arrêter.
Ici.
Maintenant.
À jamais.

Mais la réalité est fourbe. Au moins autant que joueuse. Elle s'immisce dans le jeu. Elle érige de nouvelles règles. Lorsque la première syllabe tombe, mes doigts ratent leur point d'ancrage. Mes ongles glissent et viennent s'enfoncer dans la paume.
Amberly.

*Douleur.
Souffrance.
Frapper.
Continuer.

L'espace d'un instant, j'ai cessé de voir. D'entendre. De comprendre. Des images du passé viennent défiler derrière mes paupières pourtant non refermées. J'ai besoin d'une seconde pour revenir sur terre. Pour retrouver mon enveloppe charnelle là où je l'ai laissée. Une sensation désagréable au niveau de la main délaissée finit par me ramener. Mon emprise se relâche quelque peu. Mais pas trop. Cela me démange bien trop que pour lui autoriser une telle victoire. Une telle facilité. Ce serait pathétique de ma part. Inopiné. Indigne.

Je reste droite. Je reste fière. Elle a beau se pavaner sur son piédestal, ce n'est pas pour autant que je vais la gratifier d'un quelconque traitement de faveur. Je porte mon attention sur son visage rongé par le temps. Elle n'ose même pas me faire face. Préfère s'adresser aux murs comme si nous n'évoluions même pas dans la même pièce. Qu'essaie-t-elle de prouver ainsi ? J'ai déjà été rabaissée, humiliée, bafouée dans mon honneur et j'en passe. Pense-t-elle donc vraiment être au-dessus du commun des mortels ?

*Gratte, gratte. Métal froid. Point de repère. Point de percussion. Chair versus matière. Os versus évolution. Gratte, gratte.
Frappe.
Sang.
Encore.

- « Ah bon, Saskia traîne dans les parages ? »

C'était plus fort que moi. Je ne tente pas de ravaler mes paroles. Je ne regrette rien. Elle n'a peut-être pas entendu. Je m'en moque. Je sais ce qu'il en est. Je sais pourquoi elle saute du coq à l'âne. Pourquoi elle s'obstine à se glisser dans un rôle qui lui sied tellement mal. Mais ce n'est pas à moi de lui en faire la remarque. Je préfère de loin la voir patauger dans la fange. Assister à sa noyade indéniable. Elle voit ce qu'elle veut bien voir. Je suis le serpent qui s'est introduit dans le jardin d'Eden. Je suis la tentation. Je suis celle qui succombe. Je suis la lâcheté. Je suis l'humanité. Qu'il en soit ainsi fait. Moi au moins je n'ai pas élu domicile DANS la pomme.

*Nuisible.
Insecte.
Écraser.
Écrabouiller.
Attendre.

- « J'imagine très bien oui. »

Pauvre de toi. Surmenée. Exploitée. Enchaînée. Tu devrais déposer plainte auprès de l'ordre des syndicats. Ou passer chez le médecin et te faire porter pâle. Tu as besoin d'une lettre de recommandation ?

Je la dépasse, sans pour autant me défaire de mon nouvel ami. Une extrémité dans la main. L'autre qui se traîne lamentablement dans la poussière du sol. Un crissement à peine perceptible. Obligation sine qua none pour rompre le silence qui ne peut que s'installer entre nous. J'ai besoin de me concentrer sur autre chose que sa veine jugulaire qui me nargue. Qui m'appelle. Qui n'aspire qu'à découvrir le parfum illicite de mon toucher. Je détache mon regard du fruit interdit qu'elle représente. Jolie parure pour cacher la gangrène qui sévit en son sein. Dommage que son anatomie transpire à ce point son véritable ressenti. Elle aurait presque pu me berner. PRESQUE.

- « D'abord le stock de médicaments. C'est celui qui risque de douiller le plus dans l'immédiat. »

Nous avons beau jouer la carte de l'hostilité, contrairement à elle j'accepte de vivre pour et à travers la Communauté. Toujours. À chaque instant. Et ce jusqu'à la fin de ma vie. Cette dernière est ici. Cette dernière EST celle-ci. C'est moi qui ai ramené Ricardo Velasquez des morts. C'est moi qui l'ai porté à bout de bras jusqu'à ce qu'il soit à nouveau capable de marcher. C'est moi qui ai œuvré dans le noir. Moi qui ai encaissé pour les bourdes de mon mari. Et encore moi qui continue à payer pour les pots cassés. Je ne crache pas sur la difficulté. Je ne refuse pas de ramper. De m'écorcher. De me salir les mains là où personne n'a envie de plonger. Cette Communauté est tout ce que j'ai. Cette Communauté est ma famille. Et je suis la sienne.
Sans moi, tu ne serais même pas là.

*Rancœur.
Douleur.
Pompe, pompe.
Gratte, gratte.
Fissure.

Je viens déposer mon fardeau contre un mur anodin. Mes doigts semblent vouloir s'y attarder plus que de raison.

*Garder.
Serrer.
Frapper.

Je reporte mon attention vers le bas et remarque quelques traces sanguines sur ma main affamée. Je la secoue quelque peu, comme pour m'en débarrasser. Et déjà je passe à autre chose. J'attrape le calepin posé sur la petite étagère prévue à cette tâche ainsi qu'un crayon maladroitement taillé.

- « Que t'est-il arrivée ? Tu as tiré à la courte paille avec Leslie ? »

Les nouvelles vont vite très chère. Les rumeurs d'autant plus. Te faire sermonner ainsi par un petit bleu ... tu me permets le sourire ? Permission que je n'attends pas. Je mordille la base de mon ustensile d'écriture pour ne pas trop cafter. Je vérifie la liste une première fois en diagonale.

- « Est-ce qu'il a ... »

Les mots s'évanouissent dans ma gorge. Le temps se fige une nouvelle fois, mais pour une raison bien différente. Je me tourne vers celle qui peine à me regarder.

- « Tu as été la première à rentrer ce matin ? »

Non, ne dis rien. Nous savons toutes les deux que tu ne connais même pas la réponse à cette question. Tu étais probablement trop occupée à te morfondre sur ton triste sort. À plaindre tes pauvres petites épaules d'avoir à supporter un tel poids. Secoue-toi un peu veux-tu.

- « Ces caisses ont bougé. »

Et sans attendre mon reste, je m'élance entre les rayons improvisés plus profondément dans les entrailles de l'entrepôt.

*Tic-tac.
Tic-tac.
Crac.
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