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 Nightingale [PV Aude]

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MessageSujet: Nightingale [PV Aude]   Mer 13 Sep - 8:36

Je n'ai que le temps de tourner le visage vers la droite que déjà ma joue gauche s'écrase contre le mur. Un corps en muscle se colle contre mon dos. Un jeu de genou brutal m'oblige à écarter les cuisses. Une main impatiente vient me fouiller les poches tandis que l'autre me maintient fortement appuyé dans la position.

*Mal.

Je ne bronche pas. Je ne résiste aucunement. Ce serait là donner à ces hommes ce qu’ils espèrent. Ils n'en font aucun secret. Ils ont besoin de cette violence gratuite. En témoigne le ricanement sinistre qui me vrille le tympan assailli.

*Frustration.

Il en va toujours ainsi. C'est devenu presque une routine. Une obligation malsaine de m'enfoncer à chaque pas que je fais. À tourner le couteau dans la plaie. Encore et encore.

*Humiliation.

Il ne cache même pas l'amusement que cela lui procure. Ni le plaisir d'ailleurs qui s'infiltre sinueusement jusqu'au creux de son intimité. Il la colle d'ailleurs sans vergogne contre ma croupe. Ses mains se glissent à l'unisson le long de mon corps. Descente lente et infernale. Il effleure autant qu'il agresse mes courbes. Il s'attarde plus que de raison à certains endroits. Oublie vulgairement d'en examiner d'autre. C'est la fouille corporelle la plus cliché qu'il m'ait été donné de subir ces dernières semaines.

*Gratte, gratte contre la paroi. Les yeux voient rouge. Noir. Vert. Arc-en-ciel épileptique qui brouille la vue. Pourquoi ne pas ouvrir les yeux petit oiseau?

Il finit par poser ses paluches de gorille sur mes hanches. Il me gratifie d'un simple et unique coup de butoir. Je mords sur mes dents. Je prends sur moi. Je reste droite. En aucun cas je ne courberai l'échine devant cet homme qui était jadis sous mes ordres. Il rêve éveillé. Comme tous ces autres qui nous regardent sans broncher. Comme tous ces aveugles qui détournent soit le regard, soit se rincent l’œil au profit de ma dignité. Cette dernière, je l'ai perdue il y a bien longtemps déjà. Bien avant d'avoir chutée. Bien avant que l'épée de Damoclès se soit détachée. Je m'en moque. Jésus m'a tout pris. Maria a fini par m'achever. Tout ce qui me traverse désormais n'est que piètre ersatz d'une comedia del arte. Je devrais en rire. Ployer la nuque vers l'arrière. Ouvrir la bouche et montrer aux cieux ce que je pense de cette risible mise en scène. Ils ne comprendraient pas. Mon bourreau non plus d'ailleurs. Il se contenterait de m'attraper par la crinière et d'envoyer valser mon crâne dans la brique. À défaut de calcul minutieux, mon nez finirait par encaisser le choc. Fracture multiple. Douleur atroce. Sensation éphémère. Mensongère.

*Gratte, gratte contre la paroi. Les griffes sortent et viennent se planter dans la chair. Le sang se réchauffe et circule plus rapidement. Un doux murmure se propage dans tout le corps. Une langue ancestrale qui vient déposer quelques bribes d'insanité à même les tempes douloureuses.
Mordre.
Saigner.
Ne jamais oublier.

Il finit par me relâcher. Il me balance des paroles de racaille. Que j'entends, mais n'écoute pas. Que je perçois clairement, mais décide d'ignorer. Je me retourne. Remets ma tenue en état. Cela ne sert pas à grand-chose, si ce n'est à devoir le regarder en face. Ça c'est la prochaine étape. Mon menton se redresse. Mes iris en feu s'accaparent les siennes. Sans vraiment s'en rendre compte, il fait un pas en arrière. Il manque de se tauler. Équilibre précaire sur un sol ô combien affamé.

*Regarde, je vais te montrer.

Il grogne. Moi aussi. En silence. Il donne l'ordre de se replier. De perpétuer ailleurs cette vague de peur. Certaines se laisseront faire. D'autres payeront le prix de leur insubordination. Et, accessoirement, de la mienne. Je ne me sens aucunement concernée. Ou si peu. Avant on me craignait. Avant on s'écrasait au sol pour me servir de tremplin. Avant j'étais quelqu'un. Avant me semble tellement loin que je peine parfois à m'en rappeler.
J'observe leurs silhouettes qui s'éloignent en formation militaire. Ils prétendent faire régner la loi. Veiller à la sécurité des petites gens dans les rues de cette si grande et belle ville. Ridicule. Pathétique. Qu'ils commencent déjà par faire le tri parmi leurs propres rangs. Une bonne grosse campagne de dératisation. Et ils n'ont qu'à renvoyer les élèves en échec par-delà le mur. Les hommes et les femmes de la Communauté se feront une joie de leur inculquer les véritables valeurs d'un arrière-goût de liberté.

J'inspire lentement. Cela est à peine douloureux. Une cicatrice superficielle parmi tant d'autres. Je la range dans un placard poussiéreux de mon subconscient. Comme toutes celles avant elle, et en prévision de toutes celles à venir. Petite tâche infime autant qu'infâme sur un tableau signé Picasso.
Cette image m'arrache ce qui pourrait s'apparenter à un sourire. Une brise quelque peu violente vient me gifler le visage. Je lève les yeux au ciel. La nuit ne va plus tarder à tomber. Les nuages commencent à s'accumuler. À s'épaissir aussi. Des nuances peu ragoûtantes se dessinent. Une danse que je ne connais que trop bien.
Il est temps de rentrer.

~ .. ~

Le passage en sens inverse est beaucoup moins compliqué. Pas de paiement en vivres. Pas de détecteur de métal. Pas de questionnaire à ne pas en finir.
De plus, mon visage ne leur est pas inconnu. Certains continuent à me voir comme la meneuse de troupes. C'est une bien maigre consolation.
Ils sont moins regardants. Plus encore à l'approche de la tempête qui s'annonce. Des rafales plus soutenues semblent vouloir me retenir à l'intérieur du cercle. Pures affabulations. Foutaises. De toute évidence, je m'y refuse.

J'insiste et finis par passer de l'autre côté. La différence est tellement flagrante que nul mot ne pourrait la décrire. Il serait plus aisé de chercher des points de comparaison que l'inverse. Je ne me fatigue pas pour autant. Mon corps et mon esprit se portent bien mieux ici. Même si la raison me dicte que la ville aurait pu m'être bénéfique. Je repousse cette pensée saugrenue et me mets en route vers les étables. Il me faut une monture et vite.

Je ne m'embarrasse aucunement de la paperasse. En prévision de ce qui va nous tomber dessus sous peu, les directives ont été adaptées. Les rôles ont été redistribués. Le mien, c'est de m'assurer que l'approvisionnement des stocks ne sera pas ou un minimum perturbé.
Il me faudra parcourir un maximum de territoire en un temps record. Je connais mes obligations. Je sais ce que je peux apporter à cette famille. Mes aspirations personnelles passeront toujours au second plan. Peu importe les propos insanes que certains (ou devrais-je dire « certaines »?) tendent à me prêter.

Je m'empare d'une bête solide sans être trapue. Pas besoin de selle ou autres attributs. Il n'y a pas de temps pour cela. Je la guide en dehors du périmètre de sécurité et nous entamons notre course-poursuite contre le temps. Ci et là je distribue quelques ordres. Ce n'est pas de mon ressort. Et certainement pas dans mes attributions. Je m'en moque. Ils n'ont qu'à me juger ultérieurement. Un de plus, un de moins. Bientôt mon casier judiciaire s'enfoncera dans le sol sous le poids de la gravité.

Je finis par arriver dans le secteur du bétail. Les bêtes ont senti le danger arriver. La plupart a déjà réussi à rejoindre le point de ralliement. Mais il reste toujours quelques retardataires. Des sales biques. Des têtes de mule. En règle générale il s'agit des animaux les plus appréciés car ils se sont fait remarquer par le passé. Et j'en connais une qui ne sera pas enclin à laisser la moindre bestiole s'en tirer à si bon compte. De mon côté, je peux toujours prétexter que la moindre perte se répercutera fatalement sur le bien-être de la Communauté.
Et si elle ne me croit pas ... je trouverai bien une autre excuse bidon à lui faire gober.
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MessageSujet: Re: Nightingale [PV Aude]   Ven 15 Sep - 19:46


Aritza S. Belmonte & Aude E. Rivest

Nightingale


Le vent caresse de sa brûlure, ma peau à la blancheur terni par le travail en plein air. Les marques d'une vie rustique, de longues heures à se salir les mains, ne prennent même plus la peine de se cacher sur mes mains calleuses et mon corps musclé par l'effort quotidien. Je n'ai rien de la lady que tante Sierra voulait me voir devenir et cette simple idée me réconforte plus que je ne l'avoue. Son fantôme me hante, même près de deux décennies plus tard. Chaque fois que je bouge ou que je fais un choix, je me demande quelle décision m'éloigne le plus de ces souhaits et de sa vision de la femme. Ma vie n'a rien d'élégante, mes cheveux sont mal coiffés et à peine entretenu, mes ongles courts, ma peau brunie par le soleil, quand celui-ci veut bien se montrer. Bref, je suis ce qu'elle détestait. Ce qui contente la petite partie de mon être, qui tient encore à quoi que ce soit. Je n'ai plus l'impression que la vie est vivante. Autour de moi, qui que je croise ou quoi que je vive, un nuage épais, collant et lourd de menace me voile les sensations, les émotions que je devrais ressentir. Dans les faits, tout est anesthésié en permanence et sans l'aide d'aucune drogue. Le plus drôle, c'est que je ne suis pas certaine que ça m'inquiète réellement. J'ai payé le prix pour survivre et contrairement à d'autre, en assume parfaitement les conséquences. Aussi mortels soient-elles.

Des mots sur les lèvres et une mélodie à l'esprit, je perds la trace du temps une nouvelle fois. Le bétail comme seule compagnie, j'use la semelle de mes bottes et tâche mes vêtements. D'une main je caresse la croupe d'une femme qui va mettre bas dans une semaine tout au plus et lui adresse toute la tendresse que je n'ai plus pour mes semblables. Avec ces taches brunes, elle me rappelle l'époque où mon père m'avait convaincue que les vaches brunes donnaient du lait au chocolat. Cinq années auparavant, cette pensée m'aurait tiré un sourire, pourtant à cet instant précis, ce n'est que ça. Un souvenir, une pensée dénuée d'intérêt. Je m'intéresse davantage à la vache qui rumine et souffle par ses gros naseaux. Étrangement, ma nature chasseresse ne rend pas nerveux les animaux que je côtoie. Ils le ressentent très certainement, mais savent d'instinct qu'ils ne sont pas mes proies. Je tapote la tête de cette dernière, puis me dirige vers la sortie de l'abri à bétail. Le ciel se couvre peu à peu et la force du vent augmente. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale, alors que mon regard se porte vers les retardataires. Quelques bêtes se tiennent en retrait, décider à continuer de brouté le gazon, plutôt que de se cacher de la tempête qui frappera sous peu.

Quand j'étais enfant et que le monde n'était pas aux portes de l'apocalypse, il y en avait moins pour risquer leur vie face aux caprices de la température. Aujourd'hui, les tempêtes et les orages routiniers devaient les avoir désensibilisés. Sans prendre le temps de penser à moi, pour la centième fois de la journée, repoussant les courbatures et la lassitude, j'avance dans l'humidité prête à les rattraper. L'enclos n'est pas si grand et même si, je manque d'un assistant ou de n'importe quelle aide, ce ne sera pas la première fois que j'affronte un défi chronométré par les caprices de la fin du monde. Enfin… Fin du monde. À mes yeux, ce n’est qu’un changement dans l’évolution et l’histoire de l’humanité. Mère nature, dans sa grande colère, se venge de l’égoïsme humain. Voilà l’unique réalité.

Les nuages rendent la soirée plus sombre et plus lourde que prévu. Quelques récalcitrants m’échappent encore et je remercie mes yeux de ne plus être aussi inutiles que ceux des humains. Pratiquement plus à l’aise dans la noirceur, j’ai l’impression de mieux bouger. Mes sens se mettent en alerte. Un bruit presque lointain m’oblige à tourner la tête, mes iris bleuté grisonnant cherchant la source de dérangement. Je n’aime pas qu’on me rende visite, encore moins quand mes compagnons de vie se montrent aussi nerveux. Une monture et son cavalier se dessine à l’horizon et je guide mes pas dans leurs directions. Ce n’est pas le moment pour se balader, la férocité des rafales le prouvant parfaitement. Peut-être aurais-je dû me sentir concerné, me dire qu’un accident avait dû se produire. Mais, au contraire, je ne ressens qu’un agacement fugace. Je suis d’humeur solitaire depuis près de sept ans déjà.

La faim grandie soudainement au creux de mon estomac, ma langue claque sur mon palais me rappelant que j'ai négligé la chasse de cette semaine. Ce n'est pas le bon moment pour avoir de la compagnie qui se tient sur deux jambes et je me surprends à espérer qu'une âme perdue atterrisse dans mes filets. Une proie de choix de préférence. Quelque chose d'exotique peut-être. Pas un enfant, toutefois. Jamais un enfant. La distance se réduisant, la silhouette familière me surpris. Mi soulagé, mi déçu, je la laisse s'approcher. Aritza est une énigme pour moi. Une femme qui, officiellement, n'a aucun lien avec moi. Si ce n'est quelques contacts que la communauté oblige. Je me mords l'intérieur de la joue, me souvenant des frémissements d'éveil dont elle avait été la cause. Aritza… Méfiance et autre, confidente qui n'en est, peut-être, pas une. Un sourire accueillant, témoin d'une fausse personnalité chaleureuse se dessine sur mes joues, alors que ma voix s'élève vers le nouvel arrivant.

« Dommage, un peu de pluie aurait donné une meilleure vue. »

Mes yeux s’attardent un instant sur son corps. C’est rapide et loin d’être lourd, juste un frôlement presque innocent. La plaisanterie n’est pas mon fort, pas souvent en tout cas. Mais, avec cette femme et lorsque personne ne peut témoigner de notre échange, le flirt n’est jamais bien loin. Je m’approche de sa monture et tend une main pour la ralentir, mes doigts frôle son poil avec tendresse, comme je me permets seulement avec les animaux.  Je ne regarde même plus Aritza, quand j’ajoute doucement :

« Je doute que tu sois venu m’aider à me rouler dans la boue pour attraper les vaches… Qu’est-ce qui t’amène par un temps pareil? »

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MessageSujet: Re: Nightingale [PV Aude]   Mer 20 Sep - 8:20

Une silhouette approche en ma direction. Je n'ai pas besoin de voir pour savoir. Je devine. Je sais. Je sens. L'ombre d'un demi-sourire vient me caresser le visage. L'espace d'un instant seulement. Éphémère. Le vent l'emporte bien vite dans son sillage. Sa démarche en dit long sur son humeur. Sur son avis à mon encontre. Elle aurait probablement préféré un autre que moi. Ou nul tout court. Je peux comprendre. Depuis quelque temps déjà, la solitude est ma plus précieuse alliée. Pourtant il m'arrive de rêver à autrui. De me perdre dans des pensées qui n'ont nul lieu d'être. Comme moi d'ailleurs. Pourquoi s'évertuer à rester ici ? Dans cet endroit devenu si hostile à ma personne ? À mes sens ? À mes ressentis ? Il aurait été plus sage de me bannir. De m'exiler de cette terre que j'ai pourtant aidé à bâtir. De cet oasis que j'ai aidé à révéler au monde. Je ne leur en veux aucunement. Et tellement fort à la fois. Je sens mes traits se durcir. Mon corps se crisper tout autour de ma monture qui tente de m'apaiser. Mes excuses gente bête, tu ne peux rien à la sottise de l'homme. Et encore moins à son hypocrisie latente.

Aude arrive à notre hauteur. Me concentrer sur ses moindres faits et gestes m'empêche de divaguer. M'oblige à rester dans le ici et le présent. À m'accrocher à des sensations plutôt qu'à des aspirations. Son ersatz de sourire m'est quelque peu contagieux. Il semble pourtant bien moins sincère que le mien. Je ne m'en offusque guère. Je préfère m'attarder sur les quelques mots qu'elle m'accorde. Et hausser un sourcil tandis que ses mains préfèrent l'encolure de la bête à la mienne. De par cette simple gestuelle, tout est dit. Il n'y a rien à ajouter. Nous ne sommes l'un pour l'autre rien de plus qu'un souvenir fugace. Qu'un effleurement dans le passé. Une brise de plus vient s'infiltrer dans la scène. Elle emporte sa chevelure rebelle et insatiable. Elle s'engouffre dans ma tignasse et peine à y trouver une accroche fiable. C'est fou comme la nature peut se montrer à ce point révélatrice.

- « Dommage, un peu de boue aurait donné une meilleure vue. »

L'humour n'est pas mon fort. Mais je suis prête à faire quelques efforts. Pour elle. Pour eux. À quoi bon s'en priver, il n'y a nul intrus ici pour nous observer. Surtout pas par un temps pareil. Il n'est d'ailleurs pas un inconnu au bataillon. C'est lui qui nous a rapprochées la première fois. C'est lui qui a permis au péché de s'expier. Sous le déchirement des cieux. Sous le regard outragé de notre Seigneur. Il a vu. Et il a déchu. Il ne persiste aucune place pour le regret. Il faut saisir l'instant présent. Nous ne sommes après tout rien de plus que de misérables insectes qui ont un jour osé prétendre à Son trône. Que Son courroux s'abatte sur nous, pauvres âmes en perpétuelle damnation.

Je laisse mes confessions religieuses à la merci de mon subconscient. Il en fera meilleur usage que moi. Je le rejoindrai dans ses prières et lamentations plus tard dans la soirée. Actuellement il n'y a que mon rôle qui importe. Celui de mère. Celui de protectrice. C'est ce que je suis. C'est ce que je fais. Je prends soin des gens de cette Communauté. Peu importe le mal qui les ronge. Peu importe le besoin qui les anime.

Je me laisse glisser de ma monture. J'atterris au sol sans un bruit. C'est comme une seconde nature. J'ai toujours préféré les animaux aux hommes. Elle aussi. Il est curieux de constater à quel point nous nous ressemblons dans notre diversité. Je me rapproche d'elle sans plus de fioritures. Cela ne ferait que dénaturer le principe même de cette immoralité. Je glisse les doigts de ma main gantée sur son menton pâle. Son teint le sera toujours plus que le mien. Contraste à la fois délicieux et vertigineux. Le cuir qui enveloppe mes phalanges m'empêche de toucher. De ressentir. Ce n'est qu'illusion. Mon visage si proche du sien et à la fois si lointain.

- « Tu ne devrais pas négliger ainsi tes instincts. »

Aux coins de mes lèvres, je sens mon approbation se dessiner. C'est doux. Délicat. À peine perceptible. Et pourtant omniprésent.
Je dépose d'une rapidité fugace l'ersatz d'un baiser sur son front. Du bout de la pulpe. Même pas le temps de goûter. Si peu et à la fois tellement, pour apprécier.
Déjà je me détache d'elle et me retourne vers le paysage qui jusqu'à présent contemplait mon dos. De grandes étendues de verdure. De nature. De sauvagerie abondante. Abandonnée. Havre de paix. Bastion de troisième guerre mondiale. Désolante désolation profondément enfouie dans une jungle idyllique. Paradis sur terre qui abrite au cœur de son sein l'ignominie d'un mur de briques et de sang.

- « J'ai ouï-dire que la ville commence à recracher sa vermine. »

*Pointe de douleur dans la poitrine. Tâche de nécrose qui grignote les parois. Qui lèche les crevasses. Qui fait suinter les plaies. Tumeur purulente. Cancer rongé par la gangrène.
Faim.
Tuer.
Miam miam miam.

Je me retourne lentement vers la raison de toute mon attention. Le vent nous gifle, mais sans jamais nous défigurer. Il semble prendre un certain plaisir – si pas un plaisir certain – à nous entourer. À nous pousser à cet fatidique rapprochement auquel ni l'une ni l'autre nous ne croyons. Est-ce seulement important ? Je me laisse porter. Un pas. Peut-être deux. Qu'il s'amuse donc de notre fausse innocence. Lui qui peut si aisément se permettre de l'être. Nous nous regardons à nouveau. Pendant un temps qui me semble immuable. La tempête gronde au loin. Mais nous ne la craignons. Elle nous a permis de nous rencontrer. Nous sommes prêtes à l'accueillir. Elle semble d'autant plus s'en amuser. Approuver silencieusement cette porte qui s'ouvre. Cette invitation muette à nous entraîner. Nous aimons toutes trois chasser. Certes pour des raisons bien différentes. Mais qu'importe au final, tant que le résultat plaît à son public.

- « C'est le temps lui-même qui m'amène. »

*La paroi tire. La paroi crie. La paroi hurle. Elle s'étend à plus soin. Elle irrite la peau. Elle crève d'envie d'exploser. De faire ressortir toute cette hargne. Toute cette souffrance. Elle veut inonder la terre. Elle veut rouler dans la boue. Elle veut se barbouiller le corps des restes de ses victimes.
Elle gratte.
Elle grogne.
Elle aussi elle veut jouer.

Le ciel ombrageux se tord et se distord. Une zébrure électrique vient déchirer la voûte céleste. Un sifflement rauque et tonitruant vient rompre le chant du vent. Au lieu de s'en vexer, ce dernier accepte le présent. Entame la danse. Fait virevolter nos vêtements de plus belle.
Ma monture exprime sa désapprobation.
Une vache solitaire se met à courir en direction de ses consœurs, déjà à l'abri des pluies torrentielles à venir.
J'observe la scène d'un air rêveur.
Appréciateur.

- « Est-ce que tu as faim ? »

Mon corps tout entier empeste leur infecte parfum.
Ne le sens-tu donc pas petit limier ?
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