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 The hardest part is never known || Kezia

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: The hardest part is never known || Kezia   Dim 17 Sep - 12:21


« Are you brave enough to stripped away the walls ? »


   
   
Kenneth & Lucrezia
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Comment deux sensations diamétralement opposées pouvaient-elles être en aussi bonne osmose dans un corps ? Le cerveau, cette machine merveilleuse, pleine de surprises, jamais à court d’imagination pour donner vie à de sombres cauchemars, à ces peurs savamment enfouies dans le but de les ignorer. Nous enterrions des cadavres aux fins fonds de nos êtres, notre esprit en déterrait des os calcinés qui nous hantaient sans cesse, heurtant notre conscience avec force. Le reste, la chimie s’en chargeait très bien toute seule, ordonnant à ces poumons de ne plus laisser entrer assez d’air, à ces mains de perdre leur stabilité, à ce cœur de battre plus vite que nécessaire.

J’essuyais rageusement mes pommes moites contre mon jeans, agacée par mes propres faiblesses. J’avais assez étudié l’humain pour savoir que l’angoisse qui m’agitait, n’était que le fruit d’un esprit inquiet sur lequel j’avais le pouvoir. Une théorie sans faille, mais une pratique que je n’arrivais pas à appliquer. C’était pourtant le calme qui avait dominé ma vie, le jour fatidique, résignée ou peut-être même heureuse du sort qui m’attendait. Mais de l’attente était née l’angoisse, le vent soufflait sur une mer calme et avec les heures passant, les courants s’étaient fait bourrasques, les vagues déferlant en rythme, déversant leur dose de panique dans mes veines.

48h plus tard, une seule question tournait en boucle dans ma tête. Pourquoi ? Niklas avait-il décidé de me faire ployer autrement ? Avait-il prévu de s’en prendre à l’une de mes connaissances ? J’avais beau avoir été discrète, cet homme savait tout, voyait tout. Avait-il une liste ? Qui serait le premier à tomber par ma faute ? La culpabilité me rongeait et c’est elle qui me poussa à sortir de mon appartement. Mon regard vagabonda sans cesse autour de moi alors que j’évoluais dans les rues de la ville, si j’étais suivie je n’en vis rien. Je continuais à errer des heures durant, sans but évident, mais m’assurant par des détours d’apercevoir les rares personnes que je pensais en danger. La chevelure immanquable de Sigrid, m’ôta d’un poids. De tous, c’était pour elle que je m’inquiétais le plus. Les autres avaient tous des moyens divers et variés de se protéger. « Divers et variés », je n’arrivais toujours pas vraiment à accepter ce qu’Orfeo m’avait imposé, je ne pouvais pas mettre de mots sur ce que j’avais vu, encore une fois… Mes souvenirs de cette soirée-là, se superposant à ma confrontation avec Orfeo. Deux fois, avais-je été témoin, et je n’arrivais toujours pas à en accepter la pleine mesure.

Comme à la roulette russe, là où le soleil éclatant m’avait brûlé la peau pendant des heures à parcourir la ville, une pluie dense vint me tremper jusqu’à l’os en quelques secondes. Que faire désormais ? Mon regard s’attarda sur mon environnement, le décor calciné du nord de la ville s’imposa à mes yeux, la couche de poussière ambiante plaquée au sol par la violence de l’averse. Je ne suis qu’à quelques minutes de son appartement, je le sais, mais mes pieds refusent de bouger dans cette direction. Que vais-je découvrir sur place ? Les doutes, conjugués avec la peur, sont autant de petites aiguilles s’enfonçant avec lenteur dans un esprit, douloureux, vicieux, imprévisibles. J’ai besoin de savoir. Cette simple constatation me permet de reprendre ma marche, qui se transforme en course quelques mètres plus loin. Ce n’est qu’une fois au pied de son immeuble que je me stoppais, une main sur le cœur, l’autre agrippée à ce qu’il restait d’un grillage, prête à vomir dieu sait quoi. Je n’avais jamais été une grande sportive, évidence que j’avais oublié le temps de quelques minutes. Il me fallut quelques instants de plus pour m’assurer que la nausée pouvait être reléguée au second plan, mais je finis par franchir le mur d’enceinte et attaquais l’escalade finale.

Debout devant sa porte, le souffle court, le cœur battant furieusement dans ma poitrine, autant sous l’effort que l’inquiétude, ma main suspendue à quelques centimètres du bois, une dernière hésitation paralysait mon bras. Était-ce au moins une bonne idée que de frapper et me faire repérer ? Je n’avais pas d’arme sur moi, sans défense si jamais je ne trouvais pas Kenneth derrière cette porte, mais autre chose. Je pris une grande respiration, sans doute par peur de faire du bruit en respirant une fois dedans et actionnais la poignée de la porte. Le couinement des gonds me fit instantanément regretter mon geste et une grimace étira mes traits. Trop tard pour la discrétion, trop tard pour faire demi-tour, trop tard pour tout. Mon corps se glissa de lui-même dans l’appartement, ignorant tout sens de préservation. J'ignorais les gouttes d'eau qui glissaient le long de mes vêtements pour finir sur le sol, laissant une trainée nette dans mon passage. Mon regard cherchant avidement une quelconque trace de sa présence.
   



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MessageSujet: Re: The hardest part is never known || Kezia   Dim 17 Sep - 16:25


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Kenneth & Lucrezia
The hardest part is never known.

Du repos. C'était tout ce que je demandais. Ces derniers jours avaient été éprouvants, mais j'avais tenu ma parole. Lucrezia était en sécurité et relâcher la pression me permit de me rendre compte que j'avais tenu le coup grâce à mes nerfs à vifs. Si j'avais ce besoin de la voir, j'étais également à bout d'une certaine manière. Ma patience, ma tolérance. J'avais failli la perdre, encore une fois ; ce ne serait sûrement pas la dernière mais je ne préférais pas y penser, tout simplement parce que je ne savais pas si j'étais prêt pour ça. Je prenais les choses comme elles venaient, comme elles se présentaient à moi. Je me demandais si j'en avais quoi que ce soit à faire de l'avenir, du futur ? J'étais un homme qui vivait principalement dans le passé. Qui ressassait, qui revivait les mêmes moments encore et encore, jusqu'à ce que ma mémoire endommage les images nettes et les rende plus floues. Depuis peu, je m'aimais à vivre dans le présent. Profiter de chaque seconde comme si c'était la dernière. Je n'avais jamais eu de perspective d'avenir, c'était pourquoi servir le Gouvernement ne m'avait jamais questionné. Chaque seconde où j'inspirais de l'air dans mes poumons signifiait que j'étais vivant, et c'était tout ce qui m'importait. Désormais, j'espérais être un peu plus fort que je ne l'avais été ces deux dernières années, et il pouvait m'arriver d'imaginer, peut-être, ce que demain serait, et de me projeter, vaguement. Grâce à Lucrezia.

Allongé dans le canapé, les rideaux fermés, la lumière extérieure provoquait pourtant une ambiance tamisée et douce dans mon appartement, favorisant mon repos. Seul le bruit de la pluie pouvait perturber cet instant. Mes yeux se laissaient même tenter à se fermer d'eux-mêmes. Le renard secoua brièvement une oreille alors que je pouvais distinguer, dans le silence le plus total lorsque je fis abstraction du reste, des bruits de pas dans le couloir. Rien d'anormal, mais le renard, à l'affût, remarqua que la personne s'était arrêtée devant mon appartement. Je rouvrais brusquement les yeux sans bouger davantage. Je n'avais pas besoin de voir pour savoir mais j'étais prêt à bondir. Peut-être avais-je des ennuis ? Peut-être que Niklas en voulait plus ? Peut-être voulait-il faire le ménage derrière lui et me supprimer de l’échiquier définitivement ? Les pas avaient été trop légers pour que ce soit quelqu'un de robuste qui se tienne derrière ma porte. Peut-être que pourrais-je l'abattre au corps à corps sans ameuter le voisinage ? Non. Attaquer de manière aussi frontale n'avait pas de sens. Je voyais plutôt ses sbires me frapper dans le dos après m'avoir empoisonné. Je me relevais et glissais jusqu'à la porte d'entrée à pas de félin, laissant ma tête pencher sur mon épaule. Quel drôle de comportement qu'adoptait la personne cachée derrière. Peut-être cherchait-elle quelque chose ? J'inspirais une nouvelle bouffée d'air pour satisfaire mes poumons et l'odeur me renseigna immédiatement. Une odeur que je m'étais juré de reconnaître entre des milliers, même si actuellement elle n'était pas parfaitement nette. Je laissais l'incompréhension se dessiner sur mes traits. Elle était seule et j'étais sûr que c'était elle. Elle était tellement nerveuse. Lucrezia. Un fin sourire se dessina sur mon visage alors que je vis la poignée se tourner. Elle ne manquait pas d'air. Ne lui avait-on jamais appris à frapper à la porte avant de pénétrer chez quelqu'un ? Mon dos se retrouva, en une fraction de seconde, plaqué contre le mur, me cachant derrière la porte d'entrée. Elle avait beaucoup de chance que je possède les capacités que le renard m'avait offertes. Elle aurait pu se prendre une balle en pleine tête. Comment pouvait-elle entrer chez moi de cette façon sans prévenir ? Elle était parfaitement folle et inconsciente. Je me demandais parfois ce qui ne tournait pas rond chez elle. Beaucoup de choses, sans aucun doute.

J'observais Lucrezia alors qu'elle osait faire ses premiers pas chez moi, en silence. Son cœur battait la chamade et elle était trempée. C'était à cause de la pluie que cela avait été un peu plus difficile pour moi de l'identifier. Et maintenant ? Elle était toujours aussi nerveuse. Que cherchait-elle exactement ? Si j'étais curieux de savoir ce qu'elle allait faire si je ne me manifestais pas, j'étais davantage joueur dans un tel instant. Je préférais alors l'acculer. Je me rapprochais très lentement, dans le silence caractéristique d'un prédateur, avant de brusquement bondir derrière elle. Je passais mes bras autour d'elle et plaquais son dos contre mon torse pour l'emprisonner, ne lui laissant aucune occasion de s'enfuir. Un bref coup de pied dans la porte derrière nous et elle claquait, nous offrant une nouvelle intimité. Il n'avait fallu qu'une seule seconde pour que je sente une nouvelle fois cette alchimie, cette connexion particulière entre nous. J'étais tout à elle, aucun doute là-dessus. Si le renard peinait à accepter cette évidence, il se pliait une nouvelle fois face à la présence de Lucrezia contre laquelle il ne pouvait rien. Je resserrais inconsciemment ma prise autour de Lucrezia et laissais mes lèvres glisser contre ses cheveux trempés et sa peau humide, prenant vaguement refuge dans son cou, inspirant un bref instant son odeur pour que chaque fibre de mon être s'en nourrisse. C'était maintenant que je réalisais qu'elle m'avait manquée. Pourquoi n'étais-je pas passé la voir plus tôt déjà ? Peut-être avais-je encore un peu de patience et de tolérance en stock finalement.

En quoi puis-je vous aider Mademoiselle ? Murmurais-je à son oreille après avoir lentement redressé la tête.

Lui rappeler qu'elle avait beaucoup de culot ne servirait à rien. Quelque chose me disait qu'elle était bien consciente de ses faits et gestes. Restait à savoir la raison de sa présence ici. Voulait-elle me voir ou croyait-elle qu'elle pourrait trouver quelque chose dans mon appartement ? Une partie de moi se méfiait toujours d'elle. Elle ne pouvait pas s'empêcher de me mentir ou en tout cas d'omettre certains éléments durant nos échanges. A vrai dire, j'avais des choses à lui dire, et c'était une bonne chose qu'elle soit venue jusque là. Elle devait être informée que le Gouvernement menait sa petite enquête ; ou plutôt Ambre. Cette Rookie ne lâcherait pas tant que Lucrezia ne ramperait pas sur le sol du Colosseum. Ce qui n'arriverait pas, j'y veillerai.
   



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MessageSujet: Re: The hardest part is never known || Kezia   Dim 29 Oct - 18:33


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Kenneth & Lucrezia
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Un silence de mort, les coups effrénés de mon propre cœur résonnaient à mes oreilles comme un grondement menaçant. Plus mes yeux parcouraient l’appartement sans trouver la moindre présence, plus je réalisais mon action irréfléchie. Je ne devrais pas être là et à l’instant même où je m’apprêtais à faire demi-tour, ma retraite fut coupée par une étreinte. Un étau soudain que la peur me fit mal interpréter. Un cri étouffé remonta le long de ma gorge alors que je me pétrifiais. Les quelques secondes suivantes furent nécessaire afin que je commence à rassembler un semblant d’idée. C’était lui, ce ne pouvait être que lui, je le niais peut-être encore, mais mon corps savait désormais reconnaître la morsure de ses mains. L’ensemble de mes muscles se détendirent alors que son visage voyagea contre mon cou, ma tête s’inclinant d’elle-même pour lui laisser un meilleur accès. La rapidité avec laquelle mes sentiments changeant en sa présence m’inquiétait plus que je ne voulais bien l’admettre. Comment pouvais-je être anxieuse et à la fois heureuse, comment sa seule présence pouvait-elle m’apaiser ainsi ? Des questions que je préférais ignorer encore une fois. Le son de sa voix me rappela à l’instant la raison de ma venue. Je sursautais brusquement pour me retourner et lui faire face, mes mains se plaquant derechef sur son visage, mes yeux cherchant la moindre blessure, sans en trouver ils se contentèrent de fixer leurs homologues. Je ne savais pas ce que j’y cherchais, une approbation ?

Tu vas bien.

C’était une affirmation, un soulagement que j’avais besoin d’exprimer sans qu’il n’ait la moindre importance. Il savait mieux que quiconque s’il allait bien ou non. Mais l’angoisse s’était faite telle avec les heures, que je me devais de l’évacuer d’une manière ou d’une autre. Et les mots ne suffisaient pas, clairement, je me sentais encore nauséeuse à l’idée de l’avoir mis en danger égoïstement. Ma prise se fit plus acérée alors que je tirais son visage contre le mien, mes lèvres heurtant brutalement les siennes, m’assurant qu’il était bien là. Je relâchais mes prisonnières qu’après quelques secondes, récupérant mon souffle avant que les mots ne s’échappent rapidement entre deux respirations.

Niklas n’est jamais venu, j’ai eu si peur qu’il décide de s’en prendre à mes proches pour me faire payer. J’ai parcouru toute la ville pour savoir à qui il avait pu s’en prendre. Je les ai tous vus, ils sont tous hors de danger pour le moment. J’ai fini par toi, pourquoi tu ne fermes pas ta porte à clé comme tout le monde ? J’ai cru…

Qu’est-ce que j’avais cru exactement ? Je n’en savais trop rien. Si la porte avait été fermée à clé, j’aurais fait demi-tour sans m’attarder. Je ne m’étais certes pas attendue à ce que la porte s’ouvre sans résistance. La curiosité malsaine m’avait attiré à l’intérieur, ce besoin viscéral de savoir. J’avais encore eu une chance infinie de ne tomber que sur lui, j’avais encore pris un risque non calculé, encore une erreur. N’apprendrais-je jamais ?

Mes mains quittèrent son visage pour l’enlacer à mon tour, mon visage baissé contre son épaule, je fermais les yeux brièvement, ne voulant pas poser la question. Je redoutais tellement sa réponse que je continuerais de vivre dans le déni jusqu’à ce qu’il y réponde.

Dis-moi que tu n’y es pour rien. Dis-moi que tu n’as pas approché Niklas. Dis-moi que tu ne lui es pas redevable. S’il te plaît.

L’idée même qu’il soit redevable à Niklas pour ma survie me faisait paniquer sans que je ne puisse me contrôler. Qu’avais-je fait ? Mais surtout, qu’avait-il pu marchander pour me sauver la vie ? J’essayais de ne pas imaginer le pire, attendant qu’il me réponde, qu’il me dise qu’il n’avait rien à voir avec ce revirement de situation. Que Niklas imagine tous les plans du monde pour me faire tomber, tant que personne ne chutait avec moi, je n’en avais que faire. S’il y avait un Dieu à cet instant, je priais de toutes mes forces pour que la réponse ne me plonge pas dans les ténèbres de ma culpabilité chérie.
   



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MessageSujet: Re: The hardest part is never known || Kezia   Ven 10 Nov - 21:49


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Kenneth & Lucrezia
The hardest part is never known.

Si j'avais bien ressenti la peur de Lucrezia, je ne relâchais pas pour autant mon étreinte ; parce que je savais qu'elle était en sécurité, et elle le réaliserait bien assez vite par elle-même. L'effrayer un peu n'était qu'une maigre punition pour son imprudence. Finalement, je sentis son corps se détendre de lui-même et je compris qu'elle m'avait reconnu. Lorsqu'elle me permit de profiter davantage de son cou, j'eus d'autres envies que de débuter une discussion ; néanmoins, si elle était ici, ce n'était probablement pas par hasard ou parce que je lui manquais tout simplement, bien malheureusement pour moi. Bien vite, Lucrezia se retourna et la vue de son visage m'apaisa profondément. La familiarité que je retrouvais, là maintenant, était similaire à celle d'un animal de compagnie lorsque son maître rentrait. Aussi dépravante cette constatation était-elle, ces sentiments qui m'étreignirent à cet instant étaient plus aisés à expliquer et à définir de cette façon pour le renard que j'étais. Elle allait bien ; tout allait bien. Ses mains sur mon visage me firent pourtant reculer légèrement la tête, spontanément, par pur réflexe. Je ne m'y ferais jamais. C'était comme attraper le museau d'un prédateur avec les deux mains sans le prévenir et espérer que ce dernier ne réagisse pas. A moins qu'il en ait l'habitude, il y avait de grand risque pour que son premier instinct soit de vous mordre, même involontairement. Pour toute réponse à ses mains telles une cage autour de mon visage, je me figeais avant de me détendre doucement à mesure que je m'y accoutumais. Je constatais maintenant qu'elle m'observait avec la plus grande attention. Pourquoi ? Sa question me fit légèrement froncer les sourcils avant qu'un doux sourire ne se dessine sur mon visage.

Bien sûr trésor. Pourquoi ? Demandais-je simplement.

Ses doigts me contraignirent davantage et je soupirais, très brièvement car ses lèvres se fracassèrent immédiatement contre les miennes pour toute réponse. Je répondis à son baiser avec une parfaite symétrie alors que mes mains glissèrent dans son dos en une caresse possessive. Bien vite, trop vite, Lucrezia éloignait son visage et je l'observais à nouveau. Son visage, ses lèvres rougies par la pression des miennes, ses yeux dans lesquels je pouvais lire du soulagement et de l'incompréhension simultanément, son cœur qui battait encore un peu trop vite ; je la détaillais encore tout en écoutant attentivement chacun de ses mots. Elle m'avait tellement manquée. Rien ne semblait avoir davantage d'importance qu'elle. Je laissais un très fin sourire se dessiner sur mon visage alors que l'une de mes mains libéra son dos pour glisser lentement sur sa joue avant que mes doigts ne se logent entre ses cheveux. Je ne l'avais pas prévenue. Je lui avais caché tout ce qui s'était passé ; avec Niklas, avec Timmy, le braquage. Je savais qu'elle me tuerait si elle l'apprenait sans vraiment comprendre pourquoi et cela aurait été trop ironique pour moi. Elle pensait pouvoir gérer seule et c'était faux. Moi aussi j'avais eu besoin d'aide et j'avais dû y laisser quelque chose en échange des bons services de Timmy : ma crédibilité et mon indépendance. J'avais toujours voulu me montrer fort pour tenir mon rôle, et pourtant fort était de constater que nous n'avions pas toujours ce que nous voulions dans la vie. Néanmoins, j'avais décidé de lui mentir, ou tout du moins de ne pas lui dire la vérité, mais je n'avais jamais pensé qu'elle vivrait dans la peur de perdre ses proches. A vrai dire, si elle ne me l'avait pas spécifié aussi clairement, ça ne me serait jamais venu à l'esprit. Il était vrai qu'Ivanov était assez fou pour s'en prendre à tout son entourage avant de la mettre à genoux pour l'achever. C'était ce que je ferais si j'avais été à la place de cet homme en tout cas. Je laissais échapper un soupir de rire à sa dernière remarque. Verrouiller ma porte ? Croyait-elle vraiment qu'un verrou ferait une quelconque différence lorsque j'étais dans mon appartement ? Je pouvais remarquer une présence jusqu'au bout du hall, et peut-être même plus loin encore si je me concentrais suffisamment ; pensait-elle sincèrement que j'avais besoin de fermer ma porte à clé ? Bien malgré moi je laissais échapper un nouveau rire à cette pensée, bref, franc. Bon Dieu qu'elle était amusante. Le bien-être qu'elle me faisait ressentir n'était probablement pas innocent dans la légèreté avec laquelle je riais.

Lucrezia délaissa finalement mon visage et j'eus la sensation de retrouver une partie de ma liberté. Une illusion absurde, surtout que, au bout du compte, ce ne fut pas spécialement plus confortable. Je l'accueillais dans mes bras, ma main caressant l'arrière de sa tête dans le but de la rassurer d'une quelconque manière que ce soit. Mon visage prit spontanément refuge à travers sa chevelure, respirant son parfum, son odeur significative que je pourrais reconnaître parmi des milliers d'autres. Si je m'étais piqué et injecté une drogue, la sensation aurait été exactement la même. Mais je fus bien vite sorti de force de ma torpeur dans laquelle je serais bien volontiers resté des heures. Lui dire que je n'y étais pour rien ? Je ne pouvais pas faire ça. J'avais espéré qu'une telle idée ne lui traverse jamais la tête. Lui mentir par omission, d'accord. Mais lui mentir tout court ? J'étais bon pour ça, habituellement. Ici, ça ne sonnait juste pas correct sans que je ne comprenne réellement pourquoi. Que devais-je répondre ? Je restais silencieux quelques secondes, me trahissant peut-être dans le processus. Quelque chose m'indiquait qu'il était trop tard pour lui mentir maintenant. Et en avais-je réellement envie ? J'étais prêt à affronter sa fureur ; j'avais toujours été prêt pour ça. Peu importait qu'elle me haïsse ensuite, qu'elle me reproche ma décision, qu'elle m'en tienne rigueur ; tant qu'elle allait bien, j'allais bien et c'était comme ça désormais. C'était comme ça que ça fonctionnait. Je m'étais battu pour elle jusqu'à maintenant, pourquoi les choses devraient être différentes aujourd'hui ? Et si je devais continuer de me battre jusqu'à mon dernier souffle, je le ferai. Ce qui était sûr c'était que je n'abandonnerai pas. Jamais. J'étais allé trop loin pour reculer maintenant. J'avais manqué ma chance il y a quelques mois de ça, tout lâcher pour poursuivre ma vie là où je l'avais laissée avant de la rencontrer. Ce n'était plus envisageable désormais. J'hésitais encore un bref instant, puis finalement je laissais les mots franchirent mes lèvres sans réfléchir davantage :

J'ai marchandé ta vie contre un service... Je réalisais que j'avais été maladroit dans mes propos avant de tenter de me rattraper : Je veux dire que je lui ai rendu un service en échange de ta vie. Mais c'est fini maintenant. J'ai été aidé par un ami et le deal a été rempli avec succès. Tu n'entendras plus jamais parler de lui... Sauf si tu retournes lui chercher des poux bien évidemment... ajoutais-je bien malgré moi sans que ma voix ne sonne pour autant comme un reproche.

J'espérais que cela la rassurerait. Son cauchemar avait pris fin ; c'était tout ce dont elle devait s'inquiéter, non ? Une petite voix en moi, probablement celle du renard d'ailleurs, me dit que j'allais en prendre pour mon grade, d'une quelconque façon que ce soit, et je n'étais même pas sûr de savoir pourquoi. Pourquoi aurais-je dû être puni pour l'avoir aidée à s'en sortir ? Elle m'y avait obligé, à sa façon. Ce n'était pas comme si j'avais un quelconque blâme à prendre. Et comme pour me défendre avant même d'être hypothétiquement attaqué, j'ajoutais en ma faveur :

C'est pas comme si j'avais eu un autre choix. Comment aurais-je pu rester inactif exactement, à attendre que tu te fasses tuer par ce type ?

Je me justifiais et j'utilisais des arguments évidents pour se faire. Oh elle était bien informée de tout ça. Qu'avait-elle attendu de moi ? Que je vienne récupérer son cadavre une fois toute cette histoire finie et que je l'enterre dans le magnifique cimetière de la Nouvelle-Orléans ? Désolé, mais ça n'arriverait jamais. J'y veillerai, jusqu'à ma propre mort.
   



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MessageSujet: Re: The hardest part is never known || Kezia   Jeu 7 Déc - 16:19


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The hardest part is never known.

« Bien sûr ». L’évidence avec laquelle il me donna sa réponse ne faisait aucunement écho au fil de mes pensées. Bien sûr qu’il allait bien, je le constatais de mes propres yeux, mais le danger était tellement présent, que jamais je n’aurais pu prendre sa sécurité pour acquise. Paranoïaque, je l’étais probablement. Qui pourrait imaginer la nature de notre relation. Il était venu m’arrêter dans mon propre hôpital, devant l’ensemble de mes collègues et des dizaines de témoins anonymes. Mais Niklas avait des yeux partout. De la même manière qu’il avait découvert mes manigances, je l’imaginais connaître le moindre détail de ma vie, même ceux qui n’étaient connus que de Kenneth et moi. Des personnes que je pouvais encore considérer comme m’étant proche, il était pourtant le plus inattendu. Il n’avait jamais fait parti de mon plan de le laisser entrer dans ma vie, encore moins dans mon cœur. Alors, même s’il n’avait été qu’un pigeon pendant un temps, je redoutais plus que tous que l’évolution de notre lien ne soit visible. Un simple pion délaissé n’attirerait pas l’attention du monstre.

Mon angoisse semblait glisser sur Kenneth, imperméable à mon inquiétude. Son calme me faisait l’impression de passer pour une folle, et peut-être l’étais-je, trempée, le souffle court, plantée au milieu de son appartement dans lequel j’étais entrée sans m’annoncer. Son sourire détendu et sa sérénité arrivaient pourtant à me calmer sans que je ne sache comment. De la même manière, je n’arrivais pas à saisir comment il avait pu devenir mon roc, cette ancre à laquelle je pouvais me raccrocher en toute confiance. Chose que je m’étais interdit de faire depuis des années. Je plaçais des paris, mais jamais n’accordais ma complète confiance. Pourtant aujourd’hui, je ne pariais plus ou alors très mal.

C’est son rire, discret, mais franc, qui me ramena au présent alors que je m’égarais dans mes réflexions. Un son que je n’avais jamais entendu jusqu’à aujourd’hui. Ma respiration se coupa alors que je profitais de ces sonorités étranges. Au-delà de savoir ce que j’avais pu dire qui puisse le faire rire à ce point, j’étais simplement stupéfaite de cette nouvelle expérience. Peu sûre de l’interprétation à en faire, je préférais ne rien dire et restais figée. Au final, ce qui m’intéressait vraiment restait à venir. La réponse à ma question, une libération ou une sentence, et plus les secondes s’égrainaient plus la boule d’angoisse au fond de ma gorge se rappelait à mon bon souvenir.

J’aurais préféré ne jamais avoir posé la question, ne jamais savoir, ne jamais être submergée par la honte et le dégoût de moi-même une nouvelle fois. Plus les explications se faisaient, plus je me sentais malade. Toute cette situation m’avait échappé, j’avais gâché tellement de choses dans ma quête aveugle et égoïste. Que penserait-il de moi s’il savait qu’il avait mis sa vie en danger pour sauver celle de quelqu’un qui ne tenait pas à la sienne. Mon égoïsme vint me frapper une nouvelle fois en plein figure, ma conscience faisant un retour en fanfare. Je n’avais rien fait de ma vie pour mériter que quelqu’un fasse cela pour moi. Tous les efforts et les sacrifices fait pour moi, j’avais tout dédaigné, préférant la fuite facile, une fin à cette agonie de vie. J’avais refusé de voir tout ce que j’avais à perdre, de réaliser tout ce qui me raccrochaient encore à ce monde. Désormais, je voyais clairement, les remords n’en étaient que plus puissants.

Je m’arrachais de l’étreinte à la seconde où je sentis la bile remonter le long de ma gorge. Je ne pus pas aller plus loin que l’évier avant de laisser échapper le liquide transparent. Peut-être lâchais-je complètement prise, mes nerfs mis à trop grande épreuve, mais les larmes se mirent à couler sans discontinuer.

Je suis tellement désolée….

Ma voix n’était qu’un murmure bataillant pour se faire une place entre les sanglots silencieux. Je fis de mon mieux pour me reprendre un minimum, essuyant mes lèvres d’un revers de main avant de me retourner pour lui faire face.

Désolée que tu aies dû intervenir, de t’avoir impliqué dans tout ça, et de ne pas mériter la moindre de ces actions.

La culpabilité devait déborder dans mon regard et je ne pouvais déjà plus supporter le sien. Mon visage s’inclina vers le sol de lui-même.

Il sait maintenant. Il s’en servira contre toi ou contre moi quand ça l’arrangera.

Ma plus grande peur prenait forme désormais, Niklas avait toutes les cartes en main pour me blesser via Kenneth, mais je ne pouvais même pas blâmer celui-ci d’avoir essayé de me sauver, d’autant plus qu’il avait réussi. Qu’allions-nous faire désormais ? Vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes ? Devoir toujours surveiller nos arrières, vivre dans la peur ? J’avais déjà assez donné et plus jamais je ne me laisserais tomber dans cette dérive. Alors quoi ? Commanditer un nouveau meurtre ? J’avais démontré mon inaptitude à gérer mes agents et une tentative d’assassinat ratée ne serait que le clou qui scellerait nos cercueils à tous. Pourtant, tant que cet homme vivrait, jamais nous ne pourrions vivre pleinement nos vies.

Rien est fini. Je le ferais tuer si seulement je le pouvais.

La rage que j'éprouvais pour cet homme m'aidais à regagner en confiance et en contrôle de moi-même alors que je relevais enfin mon regard vers celui de Kenneth. Je ne pouvais pas m’effondrer sous prétexte qu’il serait là pour me rattraper. Alors malgré les larmes encore présentes aux coins de mes yeux, ma voix se fit plus assurée.

Il faudra trouver un moyen de le tenir à distance pour de bon.

Je sentais la colère de Kenneth poindre à peine je formulais ces derniers mots. Il allait me traiter d’inconsciente encore une fois, mais je me trouvais seulement réaliste. Je refusais de vivre pour survivre, il allait devoir s’y faire.
   



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MessageSujet: Re: The hardest part is never known || Kezia   Jeu 7 Déc - 18:43


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Kenneth & Lucrezia
The hardest part is never known.

Lucrezia était restée incroyablement calme. Quand je m'attendais à une crise, elle restait silencieuse. Ca allait vraiment barder pour mon matricule, n'est-ce pas ? Plus je patientais pour une quelconque réaction, plus je savais que j'allais prendre cher. Elle ne faisait que se préparer à l'intérieur, probablement en train de bouillir et d'attendre que son sang soit arrivé à ébullition. Brusquement, elle se retourna vivement pour se jeter au dessus de l'évier de ma cuisine et je fis un pas en arrière, surpris par le moment. Elle vomit, à peine, et c'était la seconde fois que je la voyais être malade depuis que je la connaissais. Je fronçais à peine les sourcils. Soit je la dégoûtais tellement que cela la rendait littéralement malade à vomir, soit il y avait autre chose que je ne comprenais pas. Je restais silencieux, pris un peu au dépourvu. Je peinais à comprendre les mots suivants qu'elle formula avec difficulté. Je laissais maintenant afficher le choc sur mon visage sans m'en cacher, l'espace de quelques secondes. Elle pleurait et c'était comme si elle me poignardait directement en plein cœur. Je baissais les yeux à peine une seconde et lorsque je reposais mon regard sur elle, je le croisais cette fois, et rien ne fut visible sur mon visage désormais. Je la laissais s'exprimer, impassible, résistant face au déversement d'émotions qu'elle se permettait soudainement avec moi. Si elle méritait mon aide, c'était à moi d'en juger, pas elle. Pourtant, je restais silencieux. Je n'avais nullement l'intention de l'interrompre. Si elle avait besoin de vider son sac, ce qui était plutôt surprenant de sa part, je ne comptais sûrement pas la couper dans son élan. Ses excuses sonnèrent si sincères et si étranges à la fois. Depuis quand était-elle si encline à s'excuser ? Et pourquoi s'excusait-elle quand aucune excuse n'était nécessaire ? Qu'aviez-vous fait de ma Lucrezia ? Elle baissait les yeux, devant moi, et je ne pus m'empêcher de m'approcher de quelques pas. Elle avait peur des représailles, n'est-ce pas ? Je hochais à peine la tête, négativement.

« Je le ferais tuer si seulement je le pouvais. » Mon regard s'assombrit. Comme j'aurais aimé la préserver de telles pensées. Ce n'était pas sa place. A vrai dire, je ne doutais pas de sa force, mentale en tout cas, mais c'était inadapté. Je savais qu'il fallait se défendre dans ce nouveau monde pour survivre ; manger - déchiqueter - avant d'être mangé, prévenir plutôt que guérir, je le faisais au quotidien et chacune de mes relations en avait pâti jusqu'à maintenant. Mais s'il y avait bien quelque chose que je ne voulais pas pour Lucrezia, c'était ça. Vivre comme ça. A attendre que le coup tombe ou vouloir donner le premier coup par sécurité. J'aurais aimé la préserver de tout ça. La vérité était que je n'en avais pas le pouvoir. Je n'étais pas intouchable, elle ne l'était pas non plus. Je n'avais pas encore assez de pouvoir pour ça. Et je n'étais pas Ivanov. S'il était un adversaire redoutable, je refusais néanmoins de m'agenouiller devant lui. Je ne poserai pas un seul genou au sol pour ce type. Il ne gâcherait pas nos vies ; il ne gâcherait pas sa vie, même si je devais renoncer à la mienne pour le tuer, et ceci même si c'était la dernière chose que je pourrais faire sur cette Terre.

Néanmoins, cela me remémora les paroles de Rookie. La Menrva tuait visiblement des gens pour son compte. Et si Lucrezia était réellement à la tête de cette mafia, alors les ordres venaient d'elle. On ne connaissait jamais vraiment les personnes qu'on aimait, n'est-ce pas ? Je ne savais même pas qui elle était en réalité. Protégeais-je une criminelle ? Me manipulait-elle ? Etais-je moi-même juste un pion qu'elle utilisait habilement ? Ne faisais-je qu’obéir à des ordres silencieux ? Maîtrisait-elle aussi bien la manipulation ? Si les doutes m'envahissaient avec une aisance démesurée, j'avais déjà répondu à toutes ces questions auparavant. N'avais-je pas déjà accepté toutes ces conditions ? Et si elle me mentait, est-ce que cela faisait la moindre différence ? La seule réponse que j'avais pu m'apporter à moi-même, c'était que je ne le faisais pas pour elle ; tout ça, je le faisais pour moi, pour mon bien-être. J'étais trop faible pour la laisser partir, quelle qu’en soit la façon. Une bonne chose pour elle, nos buts coïncidaient. Je la protégerai, qu'elle me mente ou qu'elle me manipule, parce que je ne pouvais pas vivre sans elle. C'était ainsi, aussi triste et pitoyable cette constatation fut.

Tenir Niklas Ivanov à distance. Ce n'était pas comme si je n'y avais pas pensé auparavant. Parce que j'avais réalisé cette mission pour lui, il penserait peut-être qu'il pourrait faire appel à moi quand bon lui semblerait pour lui rendre des services plus ou moins compliqués. Qu'il se détrompe. J'avais un dossier sur chacune de mes proies. Ivanov n'y échapperait pas. Et chaque geste que je ferais pour lui, je pourrais le faire retourner contre lui. J'espérais néanmoins ne jamais en arriver là. Tant qu'il respectait sa part du marché, je respecterai la mienne. Je n'avais aucun intérêt à courir après cet homme, bien au contraire. Quelque chose me disait que Niklas était bien conscient de ça ; mais qu'il était également bien conscient de sa toute-puissance. Alors pourquoi avoir accepté mon deal ? Par curiosité ? Parce qu'il n'a absolument aucun intérêt à me confronter une nouvelle fois ? Tout ceci sonnait trop beau pour être vrai. Mais quelque soit son prochain mouvement, si mouvement il y avait, je serai prêt.

Je soupirais, bruyamment, fortement, expulsant ma frustration et ma mauvaise humeur par la même occasion. Qu'étais-je censé répondre à tout ça ? Un banal ne t'inquiète pas ne suffirait pas. Pas même un je contrôle la situation, parce qu'en vérité, je ne contrôlais rien du tout. Je ne faisais qu'essayer de m'adapter au jour le jour ; me convaincant que j'étais prêt à parer une attaque d'Ivanov s'il se décidait à agir une nouvelle fois contre nous. Néanmoins, je ne vivrais pas dans la peur. Il en était hors de question. Pas Lucrezia en tout cas.

Mes pas me guidèrent vers mon canapé où j'attrapais un vieux plaid en mauvais état. Je me rapprochais à nouveau de Lucrezia et passais la couverture abîmée autour d'elle. Elle n'allait pas bien, c'était clair. C'était trop pour elle. Mes lèvres déposèrent un puissant baiser sur sa mâchoire alors que je terminais d'installer le plaid sur ses épaules. Je goûtais brièvement à l'eau salée de ses larmes avant que mes lèvres ne dérivent vers son oreille en une caresse. Je murmurais alors :

Un deal est un deal. Tu n'as plus rien à craindre de lui.

Je ne mentais pas. Si Ivanov était dangereux, il était aussi un homme d'honneur. J'avais pu le voir durant notre rencontre. Je devais croire qu'il se raccrocherait à cet honneur et qu'il tiendrait parole. S'il revenait, il reviendrait vers moi, et ce serait à moi de le gérer, pas elle. Que ce poids se retire de ses épaules, ce n'était plus le sien.

Tu dois le laisser partir, comme il a décidé de te laisser partir. Ne ruine pas tous mes efforts.

A vrai dire, c'était un ordre. Je savais qu'elle serait sensible à ces arguments. Lucrezia ne voudrait jamais gâcher mon travail ; du moins j'essayais de m'en persuader. J'avais pris des risques pour elle. Bon Dieu, beaucoup de risques. Et j'avais failli poser un genou au sol face à ce petit enfoiré de Timmy. Mieux valait que ce ne soit pas pour rien, ou alors ma colère serait un véritable trou noir qui boufferait tout sur son passage. Quelque chose me disait que Lucrezia le savait. Mes bras s'installèrent naturellement autour d'elle, lentement aussi, la calant contre moi, profitant de sa présence. Durant l'étreinte, mes yeux se posèrent spontanément sur mon évier.

Par contre, si tu es enceinte, je crois que c'est le moment de me le dire, souriais-je naïvement sans qu'elle ne puisse le voir.

Je n'étais pas sûr que ce soit possible, pas depuis ma malédiction en tout cas. Quelque chose me disait que si je pouvais encore me reproduire, j'aurais déjà eu quelques enfants à charge depuis longtemps. Je n'étais pas spécialement du genre prudent, je ne l'avais jamais été, et je pense qu'au fond de moi j'avais toujours été bien informé que la possibilité d'avoir une vie de famille normale s'était évanouie en même temps que l'arrivée du roux dans mes entrailles. Cela ne m'empêchait pas de la taquiner pourtant.

Ou est-ce que rien que de voir mon visage te rend malade à ce point ?

C'était encore une possibilité bien plus réaliste que la première. Bien bien plus réaliste, malheureusement. Je nous fis pivoter et je la poussais déjà en direction de mon canapé. Je la fis prudemment tomber dans ce dernier avant de m'asseoir à mon tour sur ma table basse pour lui faire face.

En toute honnêteté, nous avons un autre problème bien plus urgent à régler.

Je n'oubliais pas tout ce que j'avais à lui dire. Toutes les informations que j'avais récolté auprès d'Ambre et ses rapports, cette foutue Rookie qui fouillait dans les affaires de la Menrva.

Tu es dans le viseur du Gouvernement et je ne suis pas bien sûr de savoir combien de temps il va encore leur falloir pour découvrir l'identité de la personne à la tête de la Menrva.

Ce n'était pas totalement exact et je grimaçais à peine, avant de reprendre :

Plus précisément, tu es dans le viseur d'une de mes collègues qui a à cœur de détruire la Menrva. Je ne sais pas pourquoi. Elle ne semble pas clairement et directement mandatée par le Gouvernement. Elle enquête sur son temps libre et je ne sais pas comment elle a pu arriver aussi loin, mais elle est déterminée à te faire tomber. Ses rapports ne sont pas encore arrivés jusqu'aux bureaux des concernés et elle est toujours en train d'y travailler, mais ça finira par arriver, et quand ça arrivera, tu ne seras plus du tout en sécurité. Son dossier sera tellement solide que tu iras directement sur la chaise électrique sans même bénéficier d'un passage au tribunal.

Nous n'avions pas de chaise électrique, enfin je crois. Mais bref, l'idée était là. Je lui laissais quelques secondes pour s'imprégner de toutes les informations que je venais de lui donner. Je soupirais à peine, la dévisageant. J'avais déjà réfléchi à ça, très peu, mais tout de même suffisamment. Soit elle abandonnait la Menrva, soit je tuais Ambre pour que ses rapports ne voient jamais le jour. J'avais beau retourner le problème dans tous les sens, les solutions n'étaient pas si nombreuses, et en plus, elles étaient simples.

Je vais devoir te demander d'abandonner la Menrva. Cette mafia résistante est de toute façon inutile et vouée à l'échec.

J'avais peut-être été un peu dur, mais j'étais honnête. Pourquoi risquait-elle sa vie ? Pour se venger du Gouvernement tout entier ? Elle ne réussirait jamais à avoir ce qu'elle voulait. Ce qu'elle faisait était vain. Il fallait qu'elle le comprenne. Aider tous ces idiots à se rebeller, et pour quoi ? Quelle perte de temps et d'énergie. Je n'étais pas prêt à la voir mourir pour une cause perdue d'avance. Cette bataille était terminée avant même d'avoir commencé. Si elle avait un peu de jugeote, elle le comprendrait.

Réfléchis-y, s'il te plaît. Cette bataille n'a aucun sens.

La milice, et par extension le Gouvernement, viendrait à bout de chaque mafia, chaque organisation Résistante. Ce n'était qu'une question de temps. Elles finiraient par manquer de ressources et elles tomberaient les unes après les autres, et ceci si elles ne faisaient pas un faux pas avant bien évidemment. Mais aussi douées pouvaient-elles être, elles ne gagneraient pas ; elles ne le pouvaient pas, car on ne se battait pas à armes égales. Ce n'était qu'une question de temps. Fermer les yeux et le nier étaient des actes, des comportements d'idiots désespérés en quête d'un changement qui ne viendrait jamais. Je laissais mes yeux détailler Lucrezia de bas en haut et son contraire. J'aimais sa force, j'aimais sa détermination, j'aimais absolument tout ce qu'elle était, mais je ne soutenais pas sa cause. Elle risquait sa vie si inutilement que c'en était presque risible. N'était-ce pas de mon devoir de tenter de la dissuader de gâcher le peu de temps qu'elle avait encore sur cette Terre ? Elle avait un bon statut, de bonnes perspectives d'évolution, une vie tout court et toute simple devant elle, elle ne manquerait jamais de rien. C'était bien plus, bien bien plus, que quatre-vingt pour cent de la population encore vivante dans cette foutue ville. Pourquoi ne pouvait-elle pas s'en contenter ? Pourquoi jouait-elle ainsi et pourquoi prenait-elle le risque de tout perdre ? Il faudrait qu'elle finisse par le réaliser, qu'elle finisse par le comprendre, et qu'elle arrête toute cette folie pendant qu'elle le pouvait encore.
   



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MessageSujet: Re: The hardest part is never known || Kezia   Aujourd'hui à 11:47


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Kenneth & Lucrezia
The hardest part is never known.

Je tentais vainement de me reconstruire un minimum de remparts pour ce qui allait suivre, pour ne pas me laisser atteindre par les reproches qui allaient pleuvoir, pourtant je savais pertinemment qu’il était trop tard pour ça. J’avais ouvert une porte que j’étais incapable de refermer. J’aimais difficilement mais passionnément, je l’avais toujours fait et cela resterait probablement ma plus grande faiblesse, courcicuitant jusqu’à mon bon sens parfois. J’étais prête à tout pour ceux-là, mais j’étais surtout vulnérable sous leurs propres coups. Mes yeux s’écarquillèrent de surprise lorsque Kenneth se contenta de soupirer puis de sortir de la pièce. Si je ne commençais pas à le connaître, je me dirais qu’il gardait son ressentiment pour lui. Mais cet homme n’avait jamais rien gardé pour lui lorsqu’il s’agissait de dire ce qu’il pensait de mon comportement. J’étais donc stupéfaite qu’il se contente de simplement baisser les bras. Ce pourrait-il qu’il partage mon opinion sur le sujet ? Je ne préférais pas me faire de faux espoir. Je le suivais donc silencieusement du regard alors qu’il revenait vers moi avec une couverture. Je le laissais me couvrir sans un mot ou un geste, attendant toujours qu’il prononce une parole. Ce qui ne tarda pas à arriver finalement. « Ne ruine pas tous mes efforts ». Un fin sourire étira mes lèvres, il commençait un peu trop à me connaître pour mon propre bien. L’ironie de la situation ne m’échappa pas. Moi qui avais reconnu le pouvoir qu’il pouvait avoir sur moi. Lui n’avait pas mis plus de temps pour comprendre les axes d’influence qu’il avait gagnés. J’essuyais rapidement les traces de larmes qui restaient sur mon visage avec un soupir. Évidemment, j’allais devoir lui faire complètement confiance sur ce point, même si tout mon être hurlait contre cette décision. Mon instinct serait le plus dur à combattre pour le « laisser partir ». Mais je pouvais essayer, je suppose.

Rien à craindre est un grand mot, mais je veux bien faire un effort. Nous n’aurons qu’à dire que je suis paranoïaque et que tu es naïf, qu’en dis-tu ?

Je ne pouvais m’empêcher de bougonner pour le principe, même si je m’engageais à suivre son injonction, pour le moment du moins. Mes bras virent spontanément s’enrouler autour de sa taille pendant l’étreinte. Je fermais même les yeux un instant pour profiter de cette simple proximité, l’angoisse et la colère en sourdine quelque part. Sa simple remarque me fit brutalement rouvrit les yeux. J’étais choquée par plusieurs choses. Une, qu’il en parle avant autant de légèreté, deux, la raison pour laquelle il émettait l’idée, trois, était-ce simplement possible ? Je ne considérait même pas l’idée et tout à coup elle devenait tangible, ce qui me glaçait le sang. Avoir un enfant ? Encore ? Dans ces conditions ? Pour le voir mourir une nouvelle fois ? Je n’étais pas de taille pour affronter ce chagrin une seconde fois. Ce qui était probablement une boutade destinée à me détendre, venait de me faire l’effet d’une douche froide, si l’on pouvait dire. Je ne pus même pas répondre à sa seconde boutade, n’ayant pas digéré la première. Bon dieu, pourquoi étais-je si sensible ? J’avais pourtant œuvré à me déshumaniser pour supporter le poids de mes intentions. Pour monter la Menrva, il avait fallu que j’abandonne cette faiblesse. Je me repris juste à temps pour suivre le mouvement sans que cela ne paraisse trop bizarre.

Mon attention lui fut tout entière lorsque les mots problème et urgent virent ensemble dans la même phrase. Qu’est-ce qui allait encore nous tomber dessus ? Cela ne s’arrêterait donc jamais. J’écoutais donc religieusement la suite. Dans le viseur du gouvernement ? Niklas m’avait donc vendu après tout. Cet homme méritait de pourrir en enfer ou je ne sais où tant qu’il souffrait pour ce qu’il faisait à ce monde. Mes pensées virulentes furent stoppées dans leur élan alors que Kenneth enchaînait. Une collègue ? Je fronçais inconsciemment les sourcils alors qu’il m’expliquait à quel point j’étais dans la merde jusqu’au cou. Ce pourrait-il que se soit-elle ? Aucune shadowhunters ne viendrait fouiner du côté de la Menrva, mais ELLE, elle avait une raison toute trouvée. J’aurais dû plus me méfier, elle était bien trop efficace pour être fiable. La menace de mort glissa sur moi comme de l’eau sur de l’huile. Je savais très bien à quoi je m’exposais depuis le début, et même si je m’étais découvert un certain goût pour la vie depuis, j’étais devenue experte en l’art d’ignorer ce genre de détail.

Ta collègue. Son prénom ne serait-il pas Ambre ?

Ce n’était probablement pas la réponse qu’il attendait, mais s’il voulait des réponses, je devais bien m’assurer de lui donner les bonnes. Lui donner ces réponses précises allait me coûter, j’allais lui exposer ce que j’avais fait de pire dans ma vie, je ne serais plus la même à ces yeux à ce moment-là. Peut-être même que cela pourrait le décider à s’éloigner du monstre que je pouvais être. Il allait bientôt voir que le pire de nous deux, n’était vraiment pas son petit souci de compagnon surprise.

Nous nous dévisagions pendant un instant avant qu’il ne reprenne la parole, provoquant un raz-de-marée d’égo et colère à la fois. La Menrva, inutile ? Je le prenais comme une insulte. Comment pouvait-il dénigrer le travail d’une vie ? J’avais dû sacrifier beaucoup de choses pour créer cette organisation, des parties de moi-même aussi. La pilule était vraiment difficile à avaler. Ma raison se disputait avec mon impulsivité, quand l’une voulait maintenir la paix, l’autre réclamait rétribution pour cet affront. Je savais que mon regard débordait de colère pour ces propos. Était-ce tout ce qu’il pensait de moi ? Peut-être étais-je vouée à l’échec moi aussi. Me prenait-il pour un projet de sauvetage pour l’aider à se sentir mieux dans sa peau, pour se rassurer qu’en a ce qu’il était ? La rage me rendait venimeuse, je le savais, et ce n’est qu’au nom de ce lien que nous bâtissions que je réussis à ne pas lui cracher au visage.

Elle n’a aucun sens pour TOI, réussis-je à répondre malgré ma mâchoire contractée sous la colère.

Je devais me calmer pour notre propre bien, mais la tâche était si ardue que je dus prendre le temps de respirer une bonne fois avant de reprendre la parole.

Tu ne peux pas me dire que ce qui régente ma vie depuis des années est inutile. Qui es-tu pour en juger ? Je sais que tu as fait tes devoirs depuis le temps, mais sais-tu réellement quel impact la Menrva peut avoir ?

Il pensait probablement tout savoir et je n’en serais pas complètement surprise, mais en vérité les chances étaient si minces que je ne pouvais l’envisager. Je passais une main sur mon visage, lasse et frustrée à la fois. Je ne voulais pas nous brusquer encore une fois, alors j’attrapais sa main dans les miennes avant de continuer.

Mais si cela peut te rassurer, c’est déjà fait. Aussi inconsciente que je peux être, cette organisation compte à mes yeux et il est hors de question qu’elle disparaisse avec moi. Alors je l’ai placé entre des mains compétentes, en attendant.

Je n’avais pas l’intention de lui cacher mon intention de récupérer la Menrva un jour. Même si je n’en étais plus à la tête pour le moment, jamais je n’en perdrais vraiment l’implication. En ce qui concernait Ambre, du moins, je supposais, cet état de fait ne changerait rien. La gamine avait une dent contre moi, à juste titre puisque je l’avais utilisé, manipulé, trompé et que j’avais essayé de m’en débarrasser. Ce qu’il allait me falloir maintenant, c’est l’amadouer en espérant qu’elle soit ouverte aux négociations. Bien que la probabilité qu’elle me colle une balle avant que je ne puisse parler, soit bien plus grande.
   



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