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 Ceux qui rôdent dans la pénombre

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MessageSujet: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Jeu 21 Sep - 19:44

Ambre & Gabriel
Ceux qui rôdent dans la pénombre


Il n’est pas supposé se trouver là. Oh, il ne tutoie pas l’interdit, bien sûr, mais tout de même : il devrait être ailleurs. Dehors. Ce n’est pas parce qu’on le laisse entrer dans la ville qu’il y vit et ses nuits, elles, n’appartiennent pas à cet endroit. Ou du moins est-ce là ce que lui hurle tout son corps, son être. Si les barricades de la ville sont une sécurité, ces rues sombres bardées de bâtiments collés les uns contre les autres l’oppressent, les maisons lui évoquent tout autant de prisons dont les murs solides étoufferaient leurs habitants. Gabriel, il aime mieux le confort sommaire de sa caravane et l’incertitude de cette vie au grand air qui goûte un peu plus la liberté que cet univers de grisaille et de macadam. Parfois il se prend à penser que si les habitants de cette ville devaient se retrouver lâchés en pleine nature il n’yen aurait même pas la moitié pour arriver à survivre comme l’a fait la communauté toutes ces années durant. Faibles à force de vivre dans le béton, pense-t-il, et peut-être a-t-il à moitié raison. Il n’en reste pas moins qu’il apprécie parfois se mêler à eux, prétendre appartenir à cette vie sédentaire qui n’est plus la sienne depuis déjà trop longtemps, se fondre dans les bruits et la vie grouillante. Faudra bien qu’il s’y habitue, de toute façon, il faudra bien qu’il s’y fasse s’il doit emmener Aritza à l’abri un jour.
Ce n’est pas très fréquent, que Gabriel reste plus d’un jour à la Nouvelle Orléans. Que sa visite soit liée à un devoir ou à sa simple curiosité ravivé dans un moment de désœuvrement, il s’est presque toujours arrangé pour ne pas avoir à y perdre trop de temps là-bas. Il préfère bien largement la compagnie des siens ou, à choisir, la solitude tranquille de l’atelier fait de bric et de broc qui voit se réaliser toutes ses lubies créatives. En attendant, l’armurier apprend à connaître la ville qui un jour peut-être deviendra son foyer ; quoique l’idée ne le réjouisse pas plus que ça, il sait pertinemment que la nécessité ne lui laissera probablement pas le choix alors il apprend le dessin des rues, les endroits à connaître et ceux qu’il vaut mieux éviter selon les motivations qui l’animent. Il cherche les bonnes questions à poser aux bonnes personne et engrange tout savoir même s’il lui faut parfois se résoudre à payer ses informations, s’impose de desserrer ses poings quand parfois la colère cogne à ses tempes et se force à être enfant sage… dans la mesure du possible.
S’il n’y a pas de témoin alors il n’y a pas d’incident, c’est un fait bien connu.

Ce soir, alors, il a laissé la curiosité le pousser un peu plus loin. La nuit est tombée comme un linceul macabre maquillant les environs d’une note d’inquiétude au fur et à mesure que les rues se vident. Les lumières s’allument et chauffent l’intérieur des bâtisses tandis que les bruits s’assourdissent et Gabriel, lui, il trace sa route. Ce n’est pas qu’il ait un but précis qu’il lui faille absolument atteindre mais il peut le sentir dans ses tripes, cette ruelle n’est pas sûre. Et, en même temps, à quoi s’attendait-il ? L’adresse qu’il s’est choisie comme destination pour gaspiller un peu de son temps n’amère pas exactement au type d’enseigne accueillante que l’on trouve dans les artères principales ou dans les pages d’un annuaire (aussi désuet cela puisse être à présent).  
Si la lune est assez claire, ce soir, la lumière pâle qu’elle envoie ne fait qu’accentuer le décor glauque et allonger l’ombre de la silhouette qui se tient en amont. Sans réellement s’en rendre compte, Gabriel s’est arrêté tandis qu’il la dévisageait, peut-être parce que sa présence ici est un contraste criant avec l’absence de vie humaine au cours des dix dernières minutes de son errance ? Ou alors est-ce la faute de la garde de son épée, qu’il est sûr de distinguer sans se tromper : peu commun, de se balader avec une telle arme alors qu’on fabrique désormais tellement plus efficace et expéditif ! S’il n’a, personnellement, jamais été très féru d’arme blanche, il admet tout de même qu’à choisir il préférerait user d’un couteau ou d’une machette, plus discrets et pas moins efficaces pour autant.
Un instant, il se demande si elle est là pour lui avant de se rendre compte de l’absurdité d’une telle possibilité – clairement, il n’a rien de valeur sur lui mais, d’un autre côté, une agression n’est pas forcément sensée. Celui d’après, il réalise qu’il ne doit pas avoir l’air bien honnête, à la décortiquer en silence sans raison depuis quelques secondes. Et ce n’est pas qu’il s’en soucie réellement, la manière dont on le perçoit ne l’important aucunement du moment qu’on ne vient pas l’importuner ensuite. Mais, sous sa main machinalement posé sur le pelage sable, il sent Scylla vibrer d’un grondement inaudible si l’on ne se trouve pas directement à côté d’elle.

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Dernière édition par Gabriel Belmonte le Dim 15 Oct - 17:07, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Mer 4 Oct - 22:03



Ceux qui rôdent dans la pénombre
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Corps détruit, coeur brisé, elle réajustait les bandages autour de ses bras. Rouée de coups, elle l’avait été, et cela l’avait poussé à réfléchir à ses propres actes, pour une fois. Parce qu’elle avait échoué sa mission, mais y avait perdu bien plus. Dante, Niklas, elle avait réduit en morceaux les rares liens positifs qu’elle possédait. Disparu ce qui pouvait s’apparenter à de l’amitié. Elle s’en voulait, se haïssait. Elle avait perdu ce qui lui restait à ce moment-là. Et Ambre n’était pas douée pour réparer quoi que ce soit. Alors, elle était retourné voir ses démons, leur faire face. Elle avait arrêté de fuir, et s’était laissé engloutir à nouveau. L’italienne avait ignoré la douleur latente dans sa poitrine, avait retrouvé cette froideur qui la caractérisait lorsqu’un crâne explosait sous l’impulsion de son doigt. La tueuse à gages avait repris ses fonctions à la place de la milicienne ces derniers jours. Elle avait besoin d’expulser de manière plus violente toutes ses émotions qui la bousillaient à l’intérieur. Il fallait qu’elle se concentre sur du concret, pour ne pas se faire submerger. Ce qu’elle faisait en exécutant les cibles données. Elle s’obligeait à réfléchir, calculer les trajectoires, les gestes de ses opposants. Tout pour ne pas avoir à se rappeler, se souvenir, quand bien même il était impossible d’effacer les événements de sa mémoire…

Elle glissait dans les rues endormies de la Nouvelle-Orléans, cette ville qu’elle traversait tous les jours depuis quatre ans maintenant, qu’elle avait appris à connaître par coeur. Chaque ruelle, chaque immeuble, chaque lampadaire, elle connaissait l’emplacement de chaque objet dans cette ville. Le moindre changement provoquait en elle un sentiment d’étouffement. Ne pas contrôler son univers, elle n’aimait définitivement pas cela. Alors, ce soir, elle serait la maîtresse de la guerre qui faisait rage dans son coeur. Elle la mettrait au pas, l’utiliserait dans le but ultime de la soirée : réussir sa mission et assassiner les trois hommes qu’on lui avait désignés. Il lui paraissait qu’il s’agissait de personnes liées au Gouvernement, mais surtout de façon à mieux pouvoir le trahir. Ambre n’avait jamais aimé cette hypocrisie, celle-là-même dont elle était incapable de faire preuve, ou simplement de comprendre. Détruire ceux qui lui permettaient de faire quelque chose de sa vie… Impossible. Sans eux, elle se trouverait certainement au fond du trou, ou morte, tout simplement. Ce qui ne serait pas plus mal.

La lune se levait haut dans le ciel, éclairant de sa lumière blanche les ruelles mal famées du Nord de la ville. Ambre ne devrait pas se trouver là, pas aussi tard et sans uniforme. Si un milicien lui tombait dessus, elle était bonne pour un tour au poste, d’autant plus qu’elle n’avait pas son fameux bipeur sur elle. Elle ne souhaitait pas être suivie dans ses errances, dans ses meurtres. Donner des indices à ses chers collègues qui se pencheront sur l’affaire n’était guère intelligent. Néanmoins, elle ne s’attarda pas trop sur cette pensée, puisque sa première victime venait d’apparaître dans son champ de vision. Un sourire se plaqua sur ses lèvres, alors qu’elle se rapprochait silencieusement. Chaque pas était méthodiquement calculé pour faire le moins de bruit possible. Et quand l’autre s’aperçut de sa présence, il était déjà trop tard, le poignard était venu se loger contre sa gorge, la lui avait tranché. Une entaille nette et propre, alors qu’il se vidait de son sang sur le sol de la rue. Ambre enjamba le corps, n’y prêta plus aucune attention, préférant s’éloigner de quelques mètres de l’endroit, alors que l’arme sanglante était toujours entre ses doigts.

Elle resta quelques secondes, minutes au milieu de la rue, bercée par le silence. Ce silence qui avait quelque chose d’agréable cette nuit. Reposant, ça l’était certainement, avec le bordel qui était entré dans sa vie. Puis elle sentit la présence, le regard lourd sur elle. Ses yeux se tournèrent vers l’être immobile, à quelques mètres d’elle. Il la fixait avec trop d’intensité pour que cela passe inaperçu. Et comme Ambre était d’excellente humeur – à peu de choses près –, elle décida de s’approcher, rangeant la lame encore tâchée de sang dans son fourreau. Elle la nettoierait plus tard.

Une fois à portée de voix, elle lâcha « Vous avez peut-être besoin d’aide pour m’observer un peu plus en détails ? » La voix claquait, brisait le silence. Un anglais prononcé sans la moindre once d’accent, rendant les origines de la gamine indécelable. Aux yeux de l’autre, elle ne serait qu’une fille américaine. Certes, avec une épée battant contre les cuisses et la silhouette des armes se dessinant sous ses vêtements. Dangereuse… Elle n’aimait pas qu’on la détaille, parce qu’elle apparentait cela à une recherche de points faibles, de vulnérabilité. Elle n’en avait pas, mais cela n’empêchait pas qu’elle n’apprécie pas qu’on essaie quand même. Puis son regard croisa celui d’un animal. Chien, à première vue. Ambre n’aimait pas les bestioles. Bon, elle n’aimait pas grand-chose. Néanmoins, il y avait de mauvais souvenirs avec des chiens. Leur instinct notamment était dérangeant. Ils sentaient l’attaque avant qu’elle n’arrive réellement. Ils sentaient le danger que la milicienne représentait avant qu’elle ne laisse tomber le masque. « Tenez bien votre chien, il serait franchement dommage que je doive le descendre. »

En fait, elle en avait bien envie. Mais elle ne connaissait pas les capacités de celui face à elle, autant ne pas tenter le Diable…


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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Dim 15 Oct - 23:16

Ambre & Gabriel
Ceux qui rôdent dans la pénombre


Insolente. Sa voix fend le silence, empreinte d’une autorité que Gabriel n’apprécie guère se voir asséner de la sorte. Pour qui elle se prend, cette gamine, à lui causer comme ça ? Instinctivement ses doigts se crispent un peu dans le pelage de l’animal alors qu’il rétorque, sarcastique : « Tout dépend de quelle manière elle se manifeste. » Non pas qu’il rechignerait à la tâche s’il d’aventure il s’avérait que l’agressivité de la donzelle dépassât la simple menace grondant au fond de sa voix – qu’on se le dise, il n’est pas homme à retenir la force de son poing sous prétexte que l’adversaire en face apparaît plus fragile : les années et l’expérience lui ont depuis bien longtemps appris qu’il s’agit là de la plus bête erreur de jugement possible –, mais, les choses étant ce qu’elles sont, il ne dispose pas de la moindre arme à l’heure actuelle. L’inconnue, à contrario, semble quant à elle équipée d’un bel arsenal. « Oh, je ne m’inquiète pas pour elle, il enchaîne face à la seconde remarque. Elle a planté ses crocs dans de plus gros morceaux qu’une gamine de ta trempe. » Et elle est toujours là pour en témoigner. Il est vrai que Scylla n’a jamais bénéficié de ce dressage de chien de foyer : la vie hors les murs ne donnant pas ce luxe d’un animal de compagnie lascif, elle lui est une compagne de raid qu’il a habituée à attaquer aussi bien animal qu’humain. Féroce s’il lui en donne l’ordre, elle n’hésitera pas à partir du moment où elle s’en sait le droit.
Son ton, néanmoins, a derechef perdu quelques degrés alors que son interlocutrice a choisi d’entrée de jeu de s’en prendre à Scylla. Mauvais choix d’attitude, si on lui posait la question, ainsi Gabriel s’est raidi dans l’attente de la suite, d’autant plus méfiant qu’elle lui paraît dangereuse. Ce n’est pas compliqué à discerner, pour un œil habitué : ce sont les gestes mesurés, l’attitude, sa manière de se mouvoir lorsqu’elle a fait quelques pas dans sa direction. L’assurance qui descend de sa voix à la manière de rengainer la lame.
Il décide qu’il ne l’aime pas.
Pour autant, il ne va pas tourner les talons, accepter l’arrogance sans daigner donner la réplique ; ce n’est tout simplement pas son genre et vu comme elle s’est octroyé le droit de lui parler il ne va pas se gêner pour continuer sur la voie qu’elle leur a elle-même déblayée. De toute manière, aucune urgence ne l’attend, aucun rendez-vous pressant, et Gabriel a suffisamment de confiance en lui pour ne pas se sentir inquiété outre mesure par une gamine effrontée, toute expérimenté qu’elle lui paraisse être au premier jugement porté à la volée. Son regard passe au dessus d’elle, s’invite à parcourir les quelques mètres qui s’étalent derrière elle. Le sang apparaît noir à la lumière de la lune, et c’était cette couleur qu’arborait la lame qu’elle a remisé juste sous son nez. C’est aussi l’odeur du sang, probablement, qui a incité Scylla à se montrer hostile, en ce qu’elle n’est pas non plus du genre à s’enrager pour la première silhouette obstruant son chemin. « Alors quoi, est-ce que tu vas rester indéfiniment plantée en travers de ma route si je ne te paie pas un droit de passage ? Ou est-ce que je risque de finir comme lui ? » Un geste nonchalant du menton ponctue la question pleine de l’ironie crasse de quelqu’un à priori décidé de jouer un peu ; il n’a pas fallu longtemps à Gabriel, habitué de ces ruelles aux allures de coupe-gorge dans lesquelles il a pratiquement grandi lorsqu’il était plus jeune, à discerner la masse informe planquée dans la vague obscurité des murs étroits et des bennes à ordures dégueulant leurs déchets. Rien d’ailleurs dans son attitude ne manifeste une surprise quelconque, parce qu’il a cessé depuis pas mal d’années à se trouver répugné par l’idée d’un cadavre à proximité, la force de l’habitude, alors du moment que celui-là ne bouge pas, c’est un problème dont il lui est inutile de se soucier. « N’y vois là rien de personnel mais je m’informe simplement, t’as l’air d’une grande fille et ce que tu fais avec ton couteau de cuisine regarde que toi. Enfin, du moment que tu le garde rangé en ma présence. » Un petit rictus narquois tord sa bouche, il est assez conscient de l’insulte proférée à l’encontre d’une lame certainement beaucoup plus noble mais à vrai dire, c’est un détail qui lui est plutôt égal. « Au passage, qu’il rajoute dans la foulée sans guère lui laisser le temps d’en placer une, le sang est corrosif. Tu l’abîme en la traitant de la sorte. » Oh, il se doute qu’elle n’ignore pas ce détail mais, sous ce ton de réprimande aux allures faussement paternalistes, c’est une moquerie de plus qu’il lui balance au visage, une insinuation à peine voilée concernant ses performances. Qui veut aller loin ménage sa monture, paraît-il, et cela concerne aussi l’entretien d’un outil de travail.  


j'aime vraiment pas, j'suis désolée j'espère que t'auras de quoi faire

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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Dim 29 Oct - 13:41



Ceux qui rôdent dans la pénombre
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Ambre n’avait pas été des plus aimables envers l’inconnu. Néanmoins, pour sa défense, les ténèbres avaient envahi la ville et les ruelles depuis plusieurs heures durant, et personne de sensé était supposé se promener dehors. Il y avait trop de risques de se faire prendre par une patrouille. Enfin, elle, elle en connaissait les horaires et les trajets, elle était donc en sécurité de ce point de vue-là. Et puis, peu iraient jusqu’à l’arrêter, elle le savait. Tant qu’elle ne faisait rien de répréhensible par rapport au Gouvernement, elle pouvait très bien se déclarer en infiltration ou sous couverture, ayant besoin de se balader en dehors des temps indiqués. Bon, ça lui vaudrait certainement un blâme et une mise à pied, mais ce n’était qu’un détail dans des états de service irréprochables.

En tout cas, son entrée en matière avait eu l’effet estompé. Plus ou moins. L’homme était à présent sur ses gardes, elle l’imaginait plus qu’elle ne le voyait. Ses sens strictement humains ne percevaient pas au travers de la masse sombre comme elle l’aurait souhaité. Enfin, elle se débrouillerait sans ça. Elle connaissait suffisamment ses réflexes pour savoir qu’elle aurait le temps de réagir en cas d’attaque. Presque vingt ans d’entraînement le lui permettaient après tout… En fait, entre l’inconnu et le chien… C’était plutôt le chien qu’elle craignait. La jeune femme n’avait pas la même mentalité, et donc l’animal restait un challenge à comprendre et anticiper. Surtout qu’il fallait l’avouer, la mâchoire d’acier était plus impressionnante que le reste. Ambre préférait ne pas risquer d’y perdre un bras, quand bien même la douleur n’était guère un souci.

Une gamine de ta trempe. Si négatif. Si sous-estimée. Aucun sourire ne se dessina pourtant sur son visage. Aucune colère non plus. Elle restait neutre, froide, comme si les remarques coulaient sur elle, fondaient en s’approchant. Elle s’en moquait la gamine, elle connaissait le peu de valeur qu’elle avait. Son corps était néanmoins prêt à réagir après cette menace. Ainsi, le moindre geste considéré comme violent à son encontre s’achèvera par le mort de l’inconnu. En avait-il seulement conscience ? Non. Il était convaincu que sa seule chienne suffirait à lui sauver la vie. Qu’il continue d’y croire si cela lui chante, l’italienne aurait tôt fait de faire taire ses espoirs. Tueuse, destructrice, impitoyable, adjectifs bien trop positifs pour la décrire. Elle en avait brisé des êtres et des familles depuis son entrée dans la Milice. Et elle allait continuer dans les années à venir. Parce que c’était tout ce qu’elle savait faire.

Elle ne s’était pas assez éloignée du corps. Ce fut ce qu’elle remarqua aux mots suivants. Ses yeux firent une légère embarquée sur le cadavre, quelques mètres sur le côté, sans qu’elle ne semble s’inquiéter. Néanmoins, que cet inconnu soit au courant l’emmerdait un peu. Ambre n’aimait pas les témoins, encore plus de ses propres meurtres. Une petite voix dans son esprit lui murmura de l’éliminer, maintenant, tant que la patrouille de miliciens était encore loin. Ainsi, la scène pourrait s’apparenter à un règlement de comptes à leurs yeux. Ils n’étaient pas très futés, et surtout facilement influençables. Ambre n’avait pas beaucoup d’estime pour eux mais souvent, les manipuler lui était profitable alors elle ne s’en plaignait pas trop.

Il continuait à vouloir jouer, appuyer à grands renforts de remarques là où ça faisait suffisamment mal. Cependant, il était tombé face à la mauvaise pour cela. Ambre était femme de peu de mots. Les palabres ne l’intéressaient pas, étant plus dans l’action qu’autre chose. Elle écoutait pour mieux tirer les fils de la manipulation derrière. Parler… Elle n’aimait pas. La plupart du temps, elle en dévoilait plus sur elle ainsi qu’autre chose. Ou peut-être était-ce seulement avec Dante. Cette pensée la fit tiquer. Il ne fallait pas qu’elle s’attarde sur lui. Pas ce soir. « J’ai hâte de voir ta bête finir en charpie pour avoir essayé de me tuer. » Lui avait confiance en lui, et elle en elle-même. Deux egos qui se heurtaient, et aucun des deux ne souhaitait voir la réalité de l’autre. Ils se sous-estimaient mutuellement mais pour l’instant, c’était Ambre qui avait les armes à portée de main. « Il y a des chances que tu finisses comme lui. » Toujours dire la vérité. Même si l’italienne parlait comme un robot, sans émotion aucune. « Je n’aime pas laisser vivre des témoins embarrassants dans ton genre. »

Un pas dans sa direction, elle ne dégaina pour autant aucune arme. Opposition de ses actes avec ses paroles. Comme si elle lui donnait une quelconque chance de s’expliquer, de s’enfuir. Il n’avait pas l’air d’être ce type d’homme, néanmoins, la raison pouvait parfois prendre le dessus. Espérons-le pour lui. « Tant que tu restes tranquille, cette épée ne bougera pas. Pour le reste, on verra. » Ah, il avait simplement parlé du couteau de cuisine. C’est-à-dire que les autres n’étaient pas prohibés. Oui, chaque mot avait son importance avec Ambre, car elle n’hésitera pas à utiliser les failles dans un discours à son avantage. Quant aux mots qu’il avait prononcés par rapport à son épée avant qu’elle ne prenne la parole… Elle s’était contentée d’hausser les épaules. Cherchait-il à l’énerver ? Certainement. Et s’il continuait… Elle le tuerait, évidemment. La parole est d’argent, mais le silence est d’or.

« Merci de ton précieux conseil. Néanmoins, si cette épée n’est plus utilisable, je n’aurais qu’à en racheter une. » L’argent, la jeune femme en possédait bien plus que la plupart des habitants de la ville. Héritière d’un magnat du crime, même l’Apocalypse ne lui avait retiré ce qu’elle avait reçu. « Et je suis suffisamment calée en la matière pour connaître l’effet du sang sur une lame. » Avec une génitrice experte en chimie, ce genre de réactions ne lui était pas inconnu…


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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Lun 13 Nov - 18:49

Ambre & Gabriel
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Hâte. Quel pire mot que celui-ci pour refléter la psyché de quelqu’un lorsqu’on parle de vies mises en jeu ? Hâte de tuer. On ne peut même pas parler de légitime défense, à ce stade, pas quand le plaisir de l’acte est insinué à travers les propos. « Elle ne fera rien si tu ne lui donne pas une bonne raison de le faire. » Ou lui un ordre. Et pourquoi le ferait-il ? De toute évidence, il a affaire à quelqu’un dénués de certains principes fondamentaux mais, contrairement à elle (à ce qu’il en devine de l’étude actuelle qu’il fait d’elle), Gabriel n’est pas un tueur de sang froid. Meurtrier aux mains sales, oui, mais jamais sans arrières pensées, jamais avec plaisir ou hâte de réduire quoi que ce soit en charpie. Il n’a, par ailleurs, pas la moindre envie de saisir ces “chances” dont elle parle. « Et je n’aimerais pas mourir d’avoir été un simple dommage collatéral » riposte le fameux témoin embarrassant tout en conservant le même ton tranquille. C’est bien vrai qu’il ne s’est jamais imaginé vivre vieux, finir ses beaux jours dans l’âge d’or mais, tout de même, pour une fois qu’il est innocent mourir aussi connement serait trop bête et il ne savoure guère cette ironie. Ce n’est pas cette nuit, qu’il acceptera aussi facilement les bras ouverts de la Faucheuse. Pas ici, dans cette ville supposée apporter la sécurité à ceux de son espèce, les chiens sauvages rôdant autour des derniers vestiges de la civilisation humaine.

Les poings se serrent alors qu’elle fait un pas en avant, mais l’homme ne trahit aucune intention belliqueuse et son immobilité ne s’en retrouve pas vraiment affectée. Si sa vigilance reste à son maximum devant l’aura de menace diffuse qui entoure l’inconnue, il se garde bien néanmoins de la provoquer par un langage corporel incitant à l’attaque. Pas fou au point de vouloir se jeter tête baissée dans un combat – la colère ou l’impulsivité peuvent être de piètres directrices de décisions dont il a déjà été l’exécuteur mais il ne risque pas d’oublier les armes qui s’exhibent sous son nez, et qui ont au moins le mérite de lui refroidir le tempérament – Gabriel préfère conserver son calme et l’assurance qui l’en imprègne tant qu’il a le choix de ne pas avoir à passer à l’offensive. Il hausse les épaules avec une nonchalance non feinte devant l’étalage subliminal qu’elle fait de sa richesse en contre-attaquant avec suffisance la remarque quant à sa lame, admettant sans peine qu’il n’a de toute manière rien à foutre de la manière dont elle traite ses affaires même si une portion de lui s’obstine encore à s’insurger de cette désinvolture face à son outil de travail ; déformation professionnelle sûrement, même s’il n’a que peu d’intérêt envers ces armes de proximité, mais il est du genre méticuleux à souhait, ne supporte pas la négligence. Inclinant légèrement la tête devant sa suffisance, il se force à décrisper ses doigts, ouvrant ses paumes face à elle tandis que ses bras restent bien le long de son corps dans une détente qui n’est bien sûr qu’apparente. Ce n’est pas parce qu’il n’a pas peur, qu’il n’ignore pas le danger.
« Sage comme une image » affirme-t-il avec un mince sourire moqueur qui lui pend aux lèvres, répondant à retardement à la menace plutôt que de surenchérir sur le reste. « Je n’ai aucun intérêt à te dénoncer, tu sais. Je crois bien que tu t’agaces pour pas grand chose. » Pas vraiment du genre à vouloir sympathiser avec elle sur le tas, non, simplement à étaler les faits clairement. « Déjà, je n’y gagne rien, et travailler gratuitement n’est pas dans mes habitudes. On me posera des questions auxquelles je ne pourrait pas répondre sans me compromettre, et fricoter avec les autorités armées n’est pas dans mes passes temps favoris de toute façon. » Il peut sans peine s’imaginer quelques bribes de la scène, lui dénonçant une gamine meurtrière armée d’un cure dent en plein milieux de la nuit, la milice pour se foutre de sa gueule et lui faire un test d’alcoolémie ou de drogues juste pour vérifier la clarté de son esprit ; Gabriel ne tient pas spécialement à passer une nuit ou deux au frais juste le temps qu’on enquête sur son innocence, même s’il ne doute pas que l’immunité due à son statut le tirerait de là sans trop de difficulté. « Ensuite, ce n’est pas plus dans mes intérêts de mourir que dans les tiens d’en être à l’origine, j’en suis sûr. Appelons-ça une rencontre fortuite et contentons-nous d’en rire. » C’est sûr qu’il est drôle, le cadavre encore chaud à quelques mètres et sujet principal de la tension hostile de ce face à face. L’armurier, toutefois, se garde bien de lui renvoyer la balle en faisant écho à ses menaces meurtrières. Il se moque, oui, provoque certainement de son amusement tranquille, mais accepte ouvertement la certitude qu’elle affiche d’être capable de lui trancher le fil de sa vie parce qu’il ne voit que trop bien la puérilité vaine d’ouvrir un combat de coqs. Inutile de la pousser à faire ses preuves devant lui, si elle est déjà coupable cette nuit c’est donc bien qu’elle est capable.

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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Mar 12 Déc - 1:05



Ceux qui rôdent dans la pénombre
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Le regard d’Ambre se perdait dans la silhouette de l’homme, dans les ténèbres l’entourant. La lune n’apparaissait pas suffisamment ce soir pour que sa lumière brise l’ombre des ruelles, et celle de son coeur. La remarque sur l’animal la laissa de marbre, physiquement parlant. En revanche, l’italienne craignait plus que nécessaire celui-ci. Plus que l’humain qui se dessinait à ses côtés. Une raison bien simple s’en dégageait : la prévisibilité. L’homme l’était, prévisible, selon les critères de la tueuse. La chienne, nettement. Et en un contre deux…. Non pas qu’elle ne croyait pas en ses capacités, mais elle restait logique : il était bien plus compliqué de s’en sortir rapidement et en un seul morceau dans ces moments-là. De plus, sa réflexion rajoutait le ton, trop tranquille, de son interlocuteur. Il n’avait pas peur et cela indiquait qu’il devait cacher certains talents. Ambre était peut-être folle, à la recherche de plaisir et sensations au travers des meurtres, mais sa raison était encore trop forte pour la faire basculer dans une instabilité sanguinaire. Alors, chaque chose en son temps, elle s’attaquerait à ce témoin une fois que toutes les cartes seront entre ses mains…

Quant à donner une raison au chien de riposter ou s’en prendre à elle… Elle restait sur ses gardes. Un animal fonctionnait à l’instinct. S’il sentait son maître agressé, il réagirait. Et Ambre n’aimait pas être prise de vitesse dans ses attaques… La réponse suivante arracha un sourire à la gamine. Sourire si doux, si tendre… Psychopathe dans l’âme, elle l’affichait certainement trop face à cet inconnu. Les mains se glissèrent dans les poches de sa veste, posture volontairement détendue et nonchalante. Les doigts agrippèrent le pistolet s’y trouvant, son cerveau analysa la situation. Un pas ou deux pour se rapprocher, réduire les risques de le manquer. « Que tu aimes ou non n’entre pas en ligne de compte. Mais tu t’en doutes, n’est-ce pas ? » Sourire accentué, en contraste aux mirettes toujours vides. Elle continua, toujours dans la même froideur, toujours avec les lèvres étirées avec amusement : « Depuis quand choisissons-nous quand ou pour quelles raisons mourir ? » Il n’avait pas à décider, encore moins quand Ambre était dans les parages. Milicienne, décideuse de vie ou de mort sur ses proies… Elle aimait bien se donner ce genre de titres, pour l’importance, pour l’humanité qu’elle n’avait plus.

Pourquoi était-elle aussi tendue ? Pourquoi parlait-elle au lieu de l’éliminer, comme d’habitude ? A cet instant, des mots lui revinrent. Longtemps, plusieurs mois en arrière. Un jour, tu te découvriras une conscience. Ambre ne s’y était pas attardée sur le coup, mais peut-être que c’était ça, le problème. Dante… Les dents se serrèrent, le sourire disparut. Minable, elle était définitivement minable. Elle parvint néanmoins à passer par-dessus les moqueries, ignorer le ton provocateur de l’autre. Une part d’elle restait insensible, contrôlant le corps de l’esprit. L’autre, dans les entrailles, cherchait à se déchaîner. Sans succès pour le moment. Mais la bataille interne, profonde, commençait à l’épuiser. Elle n’avait pas l’habitude Ambre, d’être ainsi malmenée par des émotions. La suite ne la détendit pas particulièrement, mais eut au moins pour effet de la faire sourire à nouveau. « En effet, les miliciens auront plutôt tendance à te considérer coupable et t’exécuter sur place. » D’autant plus que l’italienne ferait en sorte qu’il meurt dans les minutes qui suivaient. A ce stade-là, ce serait parole contre parole. Et ses états de fait étant vierges de toute erreur, elle savait que ce serait en sa faveur. Lui n’était qu’un citoyen, un homme de seconde zone. Il ne méritait aucune attention de la part du Gouvernement. « D’ailleurs, ça me semble une bien meilleure idée que de rendre justice moi-même... » Murmures envolés.

Le dénoncer… L’idée ne lui avait pas traversé l’idée, heureusement qu’il était là pour la guider. Quelques pas supplémentaires furent effectués, sans qu’elle n’apparaisse comme dangereuse. Si la froideur était toujours présente, côtoyant la folie au fond de ses orbites, le visage se faisait plus avenant. Décalage grandissant entre le cadavre chaud tué sans pitié, et les traits de porcelaine qu’elle affichait encore plus. Plus proche, elle décelait davantage les rides de l’homme. Bien plus âgé qu’elle du coup. Avec moins de souplesse et réflexe aussi, de ce qu’elle pouvait en déduire. Possédait-il des dons quelconques ? A part celui de vouloir la mettre dans une rage folle en fait. Elle n’en savait rien la gamine. « Tu crois vraiment que je raisonne par intérêt lorsqu’il s’agit de tuer ? Tu ne me sembles pas stupide. Je le fais juste pour l’adrénaline. Et l’argent. » Comme si elle manquait d’argent. Néanmoins, elle avait appris et compris que cela pouvait accentuer le côté dérangé, et effrayer les esprits les plus faibles. Ce n’était pas son cas à lui, elle s’en doutait. Mais elle essayait quand même, testait les limites. Ambre, elle voulait juste toujours plus d’informations à mettre dans les cases de son cerveau. Et l’inconnu venait d’en obtenir une à son effigie.

« Et sinon, pourquoi se promener si tard dehors ? Aucun couvre-feu n’a été instauré, certes, mais il est peu recommandé de s’aventurer dans les rues, avec les miliciens qui rôdent... » Et Ambre parlait en connaissance de cause, puisqu’il lui arrivait d’arrêter arbitrairement quelqu’un qui était dehors dans la nuit, parce qu’il lui paraissait suspect. Après, les questions avaient pour vocation d’instaurer un climat de discussion (autant que possible) mais aussi de tirer des informations quelconques à l’inconnu. Ah, il fallait toujours essayer, non ?


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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Lun 5 Mar - 14:15

Ambre & Gabriel
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Est-il palpable, ce début de lassitude qui commence sournoisement à s’immiscer en lui ? Gabriel a l’impression d’être tombé dans une impasse avec la même et son air bouffi de suffisance en face de lui. Oh, ce qu’il regrette de ne pas se trouver armé, pour ce qu’alors les choses auraient été bien différentes : peu féru de ce genre de discussion à l’hostilité à peine camouflée dans une attitude digne de deux bêtes se jaugeant mutuellement avant l’attaque, il aurait eu tôt fait, alors, de tirer son épingle du jeu afin de pouvoir ensuite prendre la poudre d’escampette. Une balle dans le genou pour la distraire et l’empêcher de lui courir après, faire le dos rond sur les prochaines semaines au sein de la Communauté en évitant soigneusement de se repointer trop tôt ici... pour lui qui n’était pas franchement du genre à causer avant d’agir, il n’aurait pas hésité une seule seconde à la première perception de menace. Ce n’est pas un homme d’attente, l’armurier, et il n’aime pas ce petit jeu auquel l’inconnue semble disposée à se livrer à ses dépens, pas plus qu’il n’aime savoir qu’elle a en ce moment précis un ascendant non négligeable sur lui. Il n’en reste pas moins prêt à guetter la moindre ouverture, en équilibre instable sur un fil et capable de basculer dans l’action brute d’un moment à un autre si jamais la situation se prenait soudain à l’exiger de lui. Il y a une certaine justesse dans les répliques de l’autre – il est vrai que l’on ne choisit que rarement où et quand mourir, à l’exception faite des suicidaires éventuellement, et cela inclut à ses yeux ceux prêt à mourir pour une cause “juste” – mais Gabriel se doit néanmoins de retenir un reniflement moqueur. Elle a quel âge, Barbie ? Quelque chose dans la vingtaine ? Il lui donne moins de trente en tout cas et, avec une attitude pareille, ne parierait pas sur ses chances de passer la prochaine décennie. « Ne sois pas si prompte à juger de mon sort auprès de la milice », il daigne tout de même répondre, et Dieu sait comme il se fait violence pour persévérer dans la courtoisie quand tout son corps est contracté dans l’attente et le brasier de sa colère dissimulé par les deux iris noirs et l’obscurité enveloppante. « J’ai plus d’un tour dans mon sac. » Vrai. Quoiqu’il ne dispose pas pour autant d’un joker dans les hautes sphères, pas de late call à demander en urgence pour qu’on l’extirpe de ce foutu pétrin. Pour autant, l’idée de finir entre les mains de l’autorité gouvernementale lui pose moins de problème que celle de finir les tripes à l’air du fait d’une putain d’épée.

Justice. Il ne peut s’empêcher de laisser filer un petit rire à l’entente de ce mot. Est-ce qu’elle s’entend parler, au moins ? Ou peut-être est-elle illuminée à un stade dont il ne s’est pas encore rendu compte – ce qui ne serait pas pour le réjouir, en soit, puisque raisonner un individu irrationnel est chose bien moins aisée qu’il pourrait paraître à première vue. « Bien sûr. La justice, hein. » Ce n’est pas en se décidant bourreau qu’elle pourra prétendre à ça, et il n’y aura rien pour s’apparenter à une quelconque justice si l’affrontement devait avoir lieu au bout du compte, ce qu’elle qu’en soit l’issue finale. Sacrée blague…

Scylla fait une foulée en avant sitôt que l’inconnue se rapproche, le poil hérissé, pour venir se placer devant son maître. Il faut dire que l’animal ne risque pas d’être imperméable à toute cette tension, et elle n’a pas survécu tout ce temps hors les murs pour ne pas que son instinct de survie ne lui sonne aucune alarme à cet instant précis. Rappelée à l’ordre d’un claquement sec de langue, elle s’assied mais le regard fixé sur la menace, et loin d’arborer l’air d’un bon chien de famille attendant qu’on lui gratte la tête. « Je vois. » Simple constat devant l’affirmation de l’adversaire. Est-ce qu’il est tombé sur la psychopathe du coin, du genre à buter toute âme errante à la nuit tombée pour le plaisir, et parce qu’elle s’imagine ainsi nettoyer les rues de la Nouvelle Orléans de toute sa vermine ? Pour elle qui a parlé de rendre justice à l’instant, l’hypothèse pourrait être plausible bien qu’il ne compte pas l’énoncer à haute voix. « Mais tu ne retireras pas un putain de kopeck de mon cadavre. » Sans compter les conséquences que cela pourrait avoir, sur une échelle beaucoup plus importante, et dont il n’a pas le droit de lui en toucher mot. Pas sûr que l’assassinat d’un membre de la Communauté à l’intérieur de la ville soit bien perçu, mais sûrement qu’elle ou quelqu’un d’autre se chargera de faire disparaître toute preuve avant que la vérité n’ait une chance d'atterrir dans l’oreille de ceux susceptibles de s’en offusquer.
Reste l’adrénaline, alors. Et à la voir ainsi devant lui, Gabriel n’a nul doute que cela pourrait lui suffire, à cette môme, même s’il a envie d’en rire. Sérieusement, elle trouve son plaisir à buter quelqu’un à priori sans défense ? Combat facile, pour peu qu’on puisse réellement parler d’un combat. Si elle a besoin de tuer de la sorte pour se faire gicler l’adrénaline dans les veines, qu’elle sorte donc s’aventurer loin des murailles, comprendre où réside le vrai danger et parvenir tout de même à survivre à l’extérieur plus de quelques jours. Il pourrait se moquer ouvertement d’elle pour ce qu’il croit comprendre de son comportement, mais au fond il ne la connaît pas assez pour en juger… et puis il n’oublie pas, encore et toujours, que tout ce qui est susceptible d’attiser l’agacement de la personne tenant les armes, est également susceptible de signer son arrêt de mort dans la foulée.

« C’est sûr qu’à tomber sur des individus dans ton genre, on peut difficilement prétendre à une promenade de santé », qu’il laisse filer dans un souffle. « Tout de même, il reprend, c’est assez amusant que ce soit toi qui relève l’insécurité présente, quand tu es exactement la seule menace dans les parages. Avant de te tomber dessus, je n’avais pas le moindre problème. » Et il avait bien compté continuer sur cette voie-là, ne cherchait pas spécialement les emmerdes. Fallait bien croire, pourtant, que celles-ci étaient vouées à lui tomber sur le coin de la gueule même quand il ne faisait rien pour. On ne pourrait pas nier, de plus, que son comportement n’avait pas été proche de l’exemplaire face à elle, en ce qu’il n’avait pratiquement rien fait pour la provoquer, ou mériter cet acharnement. Et pourtant… « J’ai bien envie de te dire que mes raisons ne regardent que moi, tout comme les tiennes ne sont pas mes oignons. J’en répondrais devant la milice si celle-là devait me foutre la main au collet mais, en attendant, est-ce que je n’ai pas le droit de prétendre aspirer à la tranquillité nocturne ? » Et à aspirer un grand bol d’air frais pour combattre les insomnies, il manque de rajouter, mais face à l’air vicié de cet espèce de ruelle coupe-gorge (drôle d’à propos, à ce sujet. Non ?) dans laquelle ils se font face, il doute que sa crédibilité fasse front. « A ce que je sache, j’ai pas besoin d’un chaperon, encore moins d‘un clébard pour surveiller ce que je branle de mon temps libre. Et, crois-moi, ce n’est pas parce je suis une cible facile pour toi à cet instant que tu devrais porter tes menaces à exécution. Juste un conseil d’ami. Je vais pas te sortir de mon cul un plaidoyer pour te convaincre de m’épargner, mais t'ignores les conséquences que ton geste pourrait bien avoir. » Moitié bluff, moitié vérité. Dans tous les cas, terminer cette rencontre de manière aussi expéditive était une erreur.

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MessageSujet: Re: Ceux qui rôdent dans la pénombre   Sam 14 Avr - 23:11



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Elle n’était peut-être guère l’humaine la plus sensible, la plus belle, ou la plus douce. Elle n’était finalement qu’un diamant trop façonné, trop parfait, héritage d’un paternel trop imposant. Et aujourd’hui encore, elle agissait comme elle l’avait appris. Les mots glissaient, mi-incisif, mi-froid. La gamine guidait la conversation, cherchait les failles, trop profondes à son goût. Quelque chose clochait, l’amertume accrochée au palais. Elle ne savait pas si c’était lié aux réponses, au comportement de l’autre, qui déjouaient ce qu’elle avait estimé, anticipé. La tête se pencha sur le côté, ses iris transperçaient la pénombre. Elle n’y voyait pas assez, en tout cas pas pour en déduire ce qu’il faisait, pourquoi il agissait ainsi. Une source d’informations en moins, sur laquelle elle n’aurait pourtant pas craché. Les bras se croisèrent, le ton se fit plus insolent. Elle était bien la gamine, les vingt-cinq ans de vie qui se pressaient sur ses épaules. Poids mort dont elle aurait aimé se débarrasser, mais qui finalement n’est que la somme de son existence, si misérable soit-elle. « Je ne juge pas, même si l’exposition des faits a souvent cet effet-là. » Ce n’était pas la première fois qu’on lui évoquait cela, qu’on lui répétait de ne pas juger. Triste comment les autres étaient incapables de voir la vérité, même si elle ne leur plaisait pas.

Ah, l’être humain et son ego, sa capacité fascinante à se croire au-dessus des lois, capable de faire face à toutes les situations… Oui, elle était ainsi elle aussi, peut-être plus que lui. Et elle ne s’en rendait pas compte, parce qu’elle ne faisait que répéter son éducation. Elle l’avait été, au-dessus des lois. Tant grâce à ses aptitudes qu’au nom de son paternel. L’immunité diplomatie comme une couverture. Et elle pensait l’avoir encore aujourd’hui… Ou juste était-elle devenue insensible à l’envie de vivre, à la notion de survie. Elle s’en foutait, elle s’en foutait tellement de tout…. « J’ai hâte de voir cela alors. » S’en sortira-t-il réellement ? Ah, si seulement elle avait eu son uniforme et son arme de service… Elle lui aurait fait comprendre à quel point il n’avait aucun passe-droit. Cependant, il lui fallait tenir son rôle, celui de la tueuse, de la mercenaire, celle qui ne vivait que pour son propre sens de la Justice… Foutaises…

Le regard se décrocha quelques secondes de la silhouette humaine, pour s’accrocher sur la bestiole à ses pieds. Le chien. Le foutu chien. Ses yeux s’enflammèrent une seconde. Ces… Choses avaient nettement plus d’instinct qu’un humain, et donc, attaquer serait du suicide pour elle. Non pas que ça la dérangeait, mais sur le principe… Elle choisirait sa mort, et ce ne sera pas aujourd’hui. Pas de la gueule d’un chien. Elle l’écoutait, le détaillait. Plus proche désormais, elle était plus à même d’observer son corps, les ridules sur son visage, la lassitude qu’il semblait promener avec lui. Qu’avait-il vécu ? D’où venait-il ? L’Apocalypse avait détruit des vies entières, là où elle avait sauvé la sienne. Lui avait dû en avoir des tourments. En avait-elle quelque chose à faire ? Non. Et c’était mieux ainsi. « Je vais prendre cela pour un compliment. » Aucun sourire, aucune réaction. Elle ne semblait pas frustrée, agacée par les mots utilisés, le murmure prononcé. « J’aime beaucoup être considérée comme une menace. » Dents dévoilées, regard glacial. Elle l’écoutait, alors qu’une idée se formait à l’arrière de son crâne. Dangereuse, évidemment, pour elle comme pour lui, mais que serait le monde, si on ne plongeait pas dans le risque ? « Et si la Milice venait jusqu’à toi ? » Elle n’avait pas vraiment écouté la fin de ses propos. Parce qu’Ambre n’avait jamais peur, quelles que soient les conséquences.

Les doigts se glissèrent jusqu’à son biper, activèrent l’une des alertes multiples. Au vu du nom qui s’afficherait sur leurs écrans, la gamine ne savait pas trop combien de temps il leur faudrait pour débarquer ici. Peut-être qu’il serait temps de s’enfuir, pour éviter la mort. Quand bien même elle s’en sortirait, puisqu’ayant son rôle de shadowhunter pour la protéger. « J’ai toujours beaucoup aimé jouer avec l’instinct de survie des autres. Quant aux conséquences de mes actes… Je n’ai jamais eu de problèmes tu sais. Même s’il n’y a que la mort qui m’attend au tournant. » Etait-il stupide de croire que ça la dérangerait ? La tête se pencha sur le côté, et une nouvelle question franchit la barrière de ses lèvres : « Tu viens d’où ? »


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