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 Go to Hell and leave me in peace • Regan

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Go to Hell and leave me in peace • Regan   Ven 22 Sep - 0:38


Go to Hell and leave me in peace
Regan & Marcus

Dérouté, il ne sait plus vraiment ce qu'il fait. Son instinct a pris le relais, ses pas le dirigent lentement à travers les rues. Machinalement, ils choisissent les moins fréquentées. Si sur le moment le tatoué est on-ne-peut-plus inapte à la réflexion, le naturel avec lequel il trace sa route sans réfléchir laisse à penser qu'il connaît le chemin. Et pour cause, il est presque en tous points exact à celui qu'il a pris à l'aller. De temps à autres, il s'arrête, étouffe un juron, et se remet en marche. Une main toujours appliquée à maintenir ses gants sur sa blessure, il n'est néanmoins pas trop perturbé par celle-ci. Le peacekeeper en a vu d'autres. Il sait ce qu'il a à faire, pour une fois. Il n'y songe pas pour le moment, principalement perdu dans ses pensées et dans la nécessité de se débarrasser de son équipement avant de se faire soigner. Il ne digère pas tout ce qui s'est passé un peu plus tôt, alors qu'il était encore en mission avec son mentor. Les égouts lui restent en travers du nez, les paroles de l'islandais tournent en boucle dans sa tête, la douleur de la balle pénétrant dans sa chaire se remémore dans son esprit, dès lors qu'il revoit tituber la résistante.

L'impuissance. Voilà le maître mot pour désigner l'impression générale que tous ces fragments d'aventure laissent en lui. Une fois de plus, ses idées n'ont été qu'inutiles. Il n'a pu s'y tenir, contraint une fois de plus de devoir faire feu pour assurer ses arrières. Dans le fond, il ne semble voué qu'à tourner en rond. Mais Marcus n'en veut pas de ces liens dont il ne peut se défaire. Il rêverait d'un peu plus de liberté et pourtant, il s'en empêche lui-même. Trop consciencieux dans le fond, il ne parvient à mettre en déroute le bon sens. Et il s'énerve, lâche un juron dans sa langue natale. Il a encore servi à rien, si ce n'est qu'à faire ce que le Gouvernement attend de lui. La colère le maintient actif. Les choses pourraient se passer différemment à chaque fois, mais la violence est toujours le premier moyen de dialogue utilisé. Personne ne cherche à comprendre, tout le monde tire. Et en bon bêta, il se retrouve systématiquement à devoir prendre le rôle de la pauvre brebis en retard qui suit le groupe. Un jour, le troupeau se jettera du haut d'une falaise. Et stupidement, il suivra. Cette perspective le fait fulminer.

La façade d'un immeuble qui lui est familier se dresse face à lui. Son regard de glace glisse jusqu'à l'une des fenêtres, la sienne. Plus qu'un petit effort et il sera de retour chez lui. Il s'engouffre dans l'édifice sans plus traîner, grimpe les escaliers deux à deux et arrive finalement devant sa porte. Derrière celle-ci, le chien s'agite. Il n'aboie pas, reconnaissant la démarche de son maître. Ce dernier ouvre la porte et, dans un soupir, laisse le chien s'exciter autour de lui. Il ne dit rien, sentant l'énervement encore trop présent dans ses tripes. Nero n'a pas à récolter les pots cassés, ainsi se contente-t-il de l'ignorer. La première chose qu'il fait est de poser ses équipements. Il se presse ensuite jusqu'à l'évier, lâche ses gants, ouvre le robinet et s'asperge le visage à grande eau, en étouffant une grimace. Il ne doit pas s'éterniser. La couleur bordeaux des gants initialement gris au sol l'incite à croire qu'il a peut-être sous-estimé l'impact. Un verre d'eau, puis il enlève sa veste, tant bien que mal, sous le regard inquiet du malinois qui n'est pas dupe. Son manche longues seconde peau ne paye pas mine lui non plus. Il ne pourra pas l'enlever tout seul sans se faire mal, ainsi applique-t-il quelques compresses de gaz et une bande d'adhésif sur le tissu avant d'attraper un gilet sans le revêtir.

Le chien sur ses talons, il repart dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Ça ne passe toujours pas, cette amertume qui lui reste en travers de la gorge. Des fois, il serait bien heureux de pouvoir s'isoler de tout ce bordel dans lequel il s'enlise de plus en plus. Un jour, il ne pourra plus s'en sortir. Cette simple pensée l'exacerbe de plus belle. Non, il ne se décidera pas demain d'entrer dans un des seuls moules possibles. Plier l'échine, ou mordre. Noir, ou blanc. Il soupire d'agacement face à ce choix trop restreint. Pourquoi son monde à lui est plutôt gris ? Son regard se porte sur son compagnon, qui l'observe avec un air intrigué. Nero ne peut pas comprendre. Lui est nourri, logé, dorloté, sans qu'il n'ait jamais rien à faire. Marcus a qu'à essayer d'agir en bon toutou tant qu'il y est, sans doute cela changera-t-il la donne. Non, il n'y croit pas. Ce serait juste plier l'échine et fermer les yeux face à l'horreur qu'il répandrait. Il lâche un juron. Fait chier, il n'en serait pas capable. Définitivement, il est coincé, à l'instar d'un pauvre steak entre deux tranches de pain qui font un hamburger. Quelle belle image.

Nulle question pour le tatoué de se diriger vers l'hôpital afin de se faire soigner. Plutôt crever que d'y mettre les pieds. D'aussi loin qu'il se souvienne, il n'a tout simplement jamais aimé ces lieux respirant la maladie ou l'infirmité. Ça pue le malheur, si bien qu'il fuit tout ce qui est médical comme la peste. Et puis, ça empeste aussi le Gouvernement, peut importe ce que l'on puisse en dire. Campé sur ses idées, il prend une autre route. Régulièrement, le chien l'interroge du regard. Non Nero, nous n'allons pas courir cette fois. Les habitudes doivent parfois être rompues, aussi dur que ce soit. Lorsqu'ils arrivent finalement devant le Old Absinthe House, le tatoué inspire une grande bouffée d'air. Pour le coup, il se fera forcément un peu remarquer rien qu'à sa tenue. Mais dans ce cas de situation, il a dû miser sur l'économie de temps, en compensation de la perte qui risquerait d'arriver dès à présent. Sa mine renfrognée ne l'aiderait pas, pas plus que l'énergie qui bouillonne en son être à mesure que le temps passe. Avec un peu de chance, il tombera sur le type qu'il l'avait aidé la dernière fois. Dans le cas contraire, il devra prendre son mal en patience.

L'heure est venue de pousser la porte avec nonchalance, privé de son bras droit qui lui arrache une énième grimace, alors que l'ouverture se referme sur son passage. Le chien n'a pas traîné lui et l'attend déjà deux mètres plus loin. Marcus se stoppe un instant, l'observe de travers, comme s'il lui en voulait de ne pas l'aider. Peut-être que le malinois a compris sa pensée, puisqu'il ne perd pas plus de temps pour se glisser dans la grande pièce, se dirigeant vers un point précis sans la moindre hésitation. Lorsqu'il se décide à s'arrêter, le brun relève les yeux en constatant que son compagnon s'agite presque joyeusement. En cet instant précis, l'italien lui en veut terriblement d'avoir pris les devants. Nero ne le quitte que pour saluer des personnes qui ne lui sont pas inconnues. Il ne fait jamais d'erreur, jamais. En l'occurrence, il s'agit en effet de quelqu'un qu'ils connaissent plutôt bien depuis le temps. « Regan. » murmure-t-il, dans un soupir. Pour le coup, il se sent presque instantanément mieux, bien qu'il se doute qu'il est désormais trop tard pour s'éclipser. Merde. Fallait bien entendu que ça tombe sur lui maintenant. Le monde a beau ne plus être aussi vaste qu'avant, il pense tout de même que ce n'est pas son jour de chance.
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MessageSujet: Re: Go to Hell and leave me in peace • Regan   Dim 1 Oct - 15:59


Noyer les pensées dans les éclats dorés illuminant le fond du verre. A s’en abîmer la rétine même si les nuances n’atteignent pas le cerveau, privé du talent de percevoir les teintes et toutes leurs variantes, contraint à vivre dans le gris et le morne. Ce n’est pourtant pas ce qui l’empêche de faire tourner la liqueur au fond du verre, inlassablement. Comme une unique occupation avec de la fascination dans le geste. Certainement pas le premier de sa soirée, et encore moins le dernier. Dans un soupir, le verre se porte aux lèvres et se vide d’une traite. Brûlure dans la trachée et dans le fond des entrailles, l’arsenic creusant sa route dans les veines. Suintant dans tout le système, offrant un semblant de chaleur à l’édifice. Un unique regard suffit, en direction de cette propriétaire qu’il ne connait que trop bien. Un des avantages qui accompagne le lien, nul besoin de prétendre et de s’arracher le gosier à grand-renforts d’illusions lorsque que coule l’ersatz d’alcool. Le semblant de justice, ce que la Prohibition condamne mais qui reste encore à portée pour celui qui sait où chercher. Dépendance douteuse dont il ne se séparera plus, de nouveaux frissons sur la peau pale lorsque s’échange le contenant vide contre un autre, délicieusement plein. Délicatesse du drogué, les doigts s‘enroulent autour du verre abîmé, réchauffent l’ambre et à nouveau le manège recommence. Patience de la créature en manque, pour se donner de la force, de l’envie et savourer avec un plaisir sale le moment où il cédera enfin. C’est un jeu auquel il joue avec sa propre conscience, sa propre décadence. Un abandon éphémère qu’il s’efforce de faire durer pour ne pas se sentir trop rapidement orphelin et dérouté.

Solitude inexistante lorsque l’on vient se perdre dans un tel lieu. Le résistant n’est pas là pour laisser libre court à sa mélancolie ou son besoin déroutant de sombrer dans les vapeurs d’alcool. Ivresse salvatrice qui n’a pas encore eu le temps de prendre son essor sous sa peau, à peine un frisson, une chaleur fragile au creux du ventre qui ne demande qu’à s’accroître pour tout engloutir. A défaut, c’est un compagnon d’infortune qui vient se poser sur le tabouret à côté de lui. Conversation engagée pour le bien de la mécanique, l’un comme l’autre connaissant déjà l’achèvement de cette politesse factice. Les doigts caressent le verre, dans une ébauche de provocation sensuelle. Le manège délivrant les sens, affolant le besoin sale prisonnier quelque part entre les reins et le ventre de l’homme qui se rapproche doucement. Dans un mouvement insignifiant, tournant le dos au reste de la salle, une main plaquée sur le comptoir quand la seconde s’échoue sur la cuisse du rouquin. Pupilles d’émeraudes suivant le geste, un sourcil qui se hausse en une esquisse feinte de gêne avant de venir s’accrocher à celles de son vis-à-vis. L’esprit n’écoute plus vraiment ce qui peut quitter la ligne de ces lèvres qui l’écœurent déjà. Vide dans la poitrine, le cœur battant à un rythme morne et détaché. Sous la caresse de ces doigts contre sa jambe, du rien en guise de réponse à l’intérieur et un semblant de chaleur factice qui s’accroche à la surface. L’énigme de ses sourires qu’il distille comme le plus fin des arsenics, celui pour lequel on est prêt à payer plus qu’il ne faudrait pour s’en enivrer. Et l’autre va payer, la certitude est écrite sur sa face. Dans le torve qui se grave dans les pupilles insatiables, à détailler la silhouette de l’autre comme on admire son prochain achat dans une vitrine. Une tentation vite satisfaite sous le couvert de l’intimité viciée des toilettes de l’établissement. Nul besoin de se déplacer, le tout sera réglé en une poignée de minutes détestables.

L’affaire prompte à être conclue se voit pourtant perturbée par l’arrivée d’un nouveau participant. Molosse arrêté près du couple éphémère, le museau levé en direction du résistant. Sans se défaire de son attitude indigne, Regan tend la main, gratte du bout des doigts le pelage entre les oreilles de l’animal. La passe n’aura pas lieu, la décision vient d’être prise dans les méandres de son esprit. Pas lorsque le maître de l’animal se trouve dans la même pièce que lui. Le regard parcourt l’assemblée et a tôt fait de tomber sur l’italien. « - Marcus, quelle agréable surprise. » Lâche-t-il avec chaleur, sourire sur les lippes et le corps qui se redresse. S’éloigne de l’autre qui ôte sa main de là où elle avait trouvé refuge. Mécontentement sur le visage, fustigé dans son égo il grommèle menaces et insanités avant d’agripper son verre et de quitter son siège. Conclusion imprévue, le voilà rejeté par une vulgaire pute, il s’en souviendra. Regan lui, l’a déjà oublié et se tourne pour faire totalement face à Marcus. Pupilles inquisitrices examinant l’homme, scrupuleuses comme si il ne l’avait jamais vu auparavant.

« - Tu as une mine affreuse. » Un constat qui n’a pas vraiment lieu d’être, le concerné doit savoir quelle image il renvoie à ceux qui lui font face. Le résistant se redresse un peu plus sur l’assise, un pied venant se poser à terre et ses doigts délaissent le pelage de l’animal. « - Besoin d’un remontant ? » Glisse-t-il sur le ton de la confession, poussé en avant vers Marcus pour maintenir une certaine intimité. Doucement, Regan tapote du bout des doigts sur le siège à côté de lui. Conscient que quelque chose de plus profond se trame sous la peau pâle de l’italien. Un malaise qui l’intrigue et pousse les questions à venir se coller contre sa langue. Besoin gênant de confronter le milicien, son attachement envers une cause à jamais acquise pour le rouquin. Il n’y peut rien, se méfier est sa meilleure défense face aux trahisons sales. Celles qui blessent le plus et laissent d’irrémédiables cicatrices. Fustiger le soldat qui lui fait face pour laver ses élans de faiblesse envers le mentor du brun. Relents amers sous la peau, de l’acide sur la langue. Ignorer le besoin pressant de toujours en savoir plus sur les faits et gestes de cet autre, user le résistant en quête d’identité pour garder à l’œil, et le Gouvernement et ce voisin qu’il ne parvient pas à rayer de son petit monde.

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❝ Naufragé dans la nuit



On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
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MessageSujet: Re: Go to Hell and leave me in peace • Regan   Jeu 5 Oct - 1:55

L'envie de disparaître. Qu'au regard de tous, il ne soit plus là. Que personne ne le cherche, que personne ne le trouve, qu'il soit invisible. Un désir de plus en plus ardant, mais voué à ne jamais être comblé. Se tenir loin de la réalité. Juste quelques temps. Suffisamment pour recharger les batteries, se retrouver seul avec lui-même, pour réfléchir. Encore, oui, mais dans une dimension lointaine. Pour enfin, entrevoir un peu de clarté et nuancer ses idées. Du moins, le tenter. Assez longtemps pour avoir le temps de respirer. Et de revenir lorsque tout sera fini, autant dire jamais. Faire ses valises. N'emporter que le stricte nécessaire, voire rien du tout. Après tout, l'équilibre n'est pas matériel. Partir. Pour ne jamais revenir, ou le plus tard possible, de préférence. Seul, loin des autres, loin du monde. Hurler sa haine, isolé dans l'immensité du néant. S’époumoner à en perdre voix, si tant est qu'il y parvienne. S'exprimer, enfin. Sans aucune bride pour le contenir. Dénouer la muserolle qui, jusqu'alors, l'avait toujours maintenu sous contrôle. Laisser son instinct sauvage se libérer. Se défouler, autant que nécessaire. À travers champs, mers et montagnes, qu'importe. Courir à en tomber d'épuisement. Frapper la roche à s'en rompre les phalanges. Et puis tomber, au sol, exténué. Vas-y, lui murmure le démon perché sur son épaule gauche. Il écoute, attentivement, la moindre de ses propositions alléchantes, sans jamais en réaliser une seule. Le bien contrebalance le mal, le rappelant à sa place, s'assurant que ses liens ne se défassent par mégarde.

Le calme. Curieux concept auquel il s'accroche avec acharnement, alors que son sang bouillonne dans chaque centimètre cube qu'il parcourt. Pourquoi se restreindre à tant de limitations ? Son être tout entier lui dicte de sauter sur l'occasion, de sourire narquoisement de chaque situation, plutôt que d'en tirer un énième soupir désespéré. Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, tout autant que Rome ne s'est pas bâtie sans violence. Accepter, telle est la clé. Il suffit d'une chose pour que tout avance. Un pas, rien qu'un seul, pour s'en donner les moyens. Le tatoué n'en est jamais bien loin, oscillant que trop bien entre la tentation et la raison. Pourtant, cette journée porte à croire que le moment est venu. Le changement se rapproche de plus en plus dans son ombre, encore au stade de simple observateur, attendant que l'occasion parfaite se présente pour frapper. Pour le moment, patience est encore de mise. L'italien est cuisiné à petit feu par les événements, la température monte progressivement jusqu'à atteindre un pic d'explosivité. Pic passager, à l'instar de celui qui surgit au moment-même, l'interrompant net dans le fil de ses ruminements. Le moment viendra où la stabilité sera telle qu'il ne pourra plus redescendre, où il perdra le contrôle de ses propres émotions, où la ligne blanche sera finalement franchie.

Planté, plus par exaspération que par surprise, son corps ne répond plus. Ses yeux roulent dans leurs orbites, alors que le malinois l'oublie. Certains disent que les bêtes ont la capacité de discerner ceux qui ont bon fond du reste de la populace. Avec le temps, et à mesure qu'il expérimente la chose, Marcus commence à croire que Nero n'a tout bonnement pas de flair. Autrement, leurs fréquentations seraient largement différentes, bien que d'un ennui probablement mortel. L'inconnu rejeté sans scrupule le fusille du regard, alors qu'il en fait de même en guise de réponse. Le brun ne se préoccupe pas des affaires de Regan, qui ne le concernent pas plus qu'elles ne l'intéressent. Son regard balaie rapidement la salle, en quête de la personne qu'il cherchait initialement. En vain, ce ne sont que des visages inconnus, nullement dérangés par le manège du rejeté. Ne pouvant, hélas, ignorer le rouquin, il s'approche sans trop en ajouter. Dès lors qu'il a franchi le seuil de la porte d'entrée, il s'est condamné lui-même. Sa tranquillité n'est pas prête d'être retrouvée, pas plus que son bras ne semble prêt d'être soigné. Le chien l'oublie définitivement, trop heureux des caresses qu'il obtient. Une bête facile à acheter, qui ne l'aide pas vraiment. Son chemin frayé jusqu'au bar, il s'arrête à nouveau, fixant l'autre réciproquement.

Un soupir, puis sa langue se délie. « Tu crois que je ne suis pas au courant ? » Une mine affreuse, seulement ? Oh, s'il savait. S'il n'y avait que ça, ce serait bien plus simple. S'il n'y avait que la partie émergée de l'iceberg, ce serait bien trop beau. L'italien le sent. Bien malgré lui, sa langue meurt d'envie de se dénouer, d'exprimer, une fois n'est pas coutume, la rage qui l'habite. L'instant est peut-être mal choisi, mais il ne peut pas en avoir un total contrôle. Il suit du regard le canidé, qui se glisse aux pieds de l'autre, arrachant un regard plein de reproches au brun. Il ne l'aide décidément pas celui-là. L'attention se reporte sur le Résistant, qui lui semble avoir les idées claires. « J'ai pas de temps à perdre. » articule-t-il, alors que son fessier se dépose néanmoins sur le siège. « Mais je veux bien. » ajoute-t-il cependant. Son esprit est trop brouillé pour qu'il ne puisse savoir réellement ce qu'il veut. Un verre ne lui ferait pas de mal pour l'aider à ordonner ses idées, si tant est que ça ne reste qu'un seul verre. Il aura tôt fait sinon de s'engager dans un nouvel engrenage qu'il regrettera, à défaut de parvenir à redescendre d'un étage. Un mouvement rapide pour s'appuyer sur ses coudes lui rappelle brusquement la raison de sa venue. Une grimace lui est arrachée, alors qu'il se décide à cracher le morceau avant que trop de questions ne fusent.

« Ça grouille dans les égouts, t'es au courant je suppose. » Les rats. La chasse à l'homme. Et bien d'autres termes qui remontent avec dégoût, alors que de brèves scènes se rejouent au sein de son esprit. Bien sûr qu'il doit savoir. Après tout,  Regan paraît trop homme habile pour ne pas avoir toutes les informations qu'il désire. Marcus ignore comment fonctionne le réseau mais les données doivent bien être transmises à un moment ou un autre, autrement la milice ne peinerait pas autant à arriver à bout de cette fourmilière. « On s'est fait avoir, faut que je trouve un doc'. » Autrement dit, indirectement, un peu d'aide ne serait pas de refus, bien qu'il se maudisse d'avance d'en arriver à lui en demander. Rien n'est gratuit, il s'en doute bien. Cette simple pensée de s'enliser de plus belle l'enferme dans une nouvelle fulmination silencieuse. Qu'il se tire de là rapidement, il ne demande rien de plus. Juste sortir ce morceau de projectile qui le fait souffrir l'aiderait déjà grandement à s'apaiser. Ou, au moins, à cesser de ruminer sur son sort mais plutôt sur ses responsables. Sentiment déplaisant de n'être alors qu'un débris de chaire humaine, momentanément devenu inutile, un frisson lui échappe. Il commence à s'agiter nerveusement, sentant sa colère remonter depuis ses entrailles.
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MessageSujet: Re: Go to Hell and leave me in peace • Regan   Lun 9 Oct - 20:04


Voir disparaître l’instant de débauche et au même titre, la rétribution qui permet de survivre quelques heures de plus. Dans les tréfonds de sa poitrine, quelque chose se pince. Comme un arrière-goût amer de déception pour le corps dont l’automatisme est devenu un instinct. Précaire, mais vital lorsque l’indécence se fait quotidienne. A défaut de la raclure contre sa peau, c’est la brûlure dans la gorge qui s’invite lorsque le verre se vide d’une traite. Frissons de réconfort, palpitations folles du myocarde mort, et les flammèches de l’ivresse explosent quelque part entre ses reins et son ventre. Fragile équilibre entre le monde conscient et celui, bien plus agréable à affronter, du délire alcoolisé. Les doigts contre la fourrure en mécanique distraite, et un sourire sur la figure fatiguée. Bien sûr qu’il est au courant, lui le propriétaire de la dite mauvaise mine. Le résistant ne niera pas l’amusement qui a pris racine dans sa poitrine, l’esquisse du rire venu gratter sa langue sans pour autant franchir le seuil de ses lèvres. La contradiction dans les paroles et les actes du nouvel arrivant sèment de la curiosité dans la psyché abîmée. Pousse le corps à se redresser, un coude en appui contre le comptoir et le regard qui dévore, détaille tout en se brisant sur les éclats de faiblesse incrustés dans le visage de l’autre. « - Comme à nous tous, le temps nous manque. » Lâche-t-il dans un souffle, savant mélange d’une ironie cinglante et d’une vérité crue. Du bout des phalanges, le geste s’esquisse dans le vide au-dessus du comptoir avant qu’elles ne reviennent y tapoter avec légèreté.

Flottement d’un instant et un verre se dépose à côté du brun, le sien se remplissant à nouveau. Le retour d’un ami perdu de vue depuis pourtant peu de temps. En un automatisme sale, tel un serpent sortant de l’ombre, la main revient s’enrouler autour du verre. Silence de plomb dans l’espace les entourant, Regan serre les dents. Ca grouille… De résistants, mais c’est un fait, les égouts sont leur meilleur repère. De soldats, ils n’ont que ça à faire de courir derrière des ombres dans l’espoir de les détruire pour de bon. Dans un tressaillement de cils fragile, le résistant sent poindre un relent d’appréhension entre ses côtes. « - Les égouts ont toujours été le temple de la vermine. Ce n’est pas nouveau, et malheureusement, il semblerait que ce ne soit pas près de changer. » Il hausse les épaules, désinvolte et se brûle la langue d’une gorgée ambrée. Fait avéré, ni l’un ni l’autre des deux camps en opposition ne se décidera à rendre les armes tant que l’autre sera debout. Il le pense, comme une évidence gravée en lui à même la chair et la conscience. Il sait aussi qu’il n’est pas le seul à s’entêter, et que le schéma perdurera tant qu’il y aura de l’air dans les poumons de la bête à occire. Les sourcils se froncent, et la ligne des lèvres s’inscrit dans une courbe cynique. « - On ? » Souffle le résistant tout en accablant le milicien d’un regard sombre où pétille un éclat funeste et intéressé. Il y a de l’intérêt dans le timbre, des roulements de verre pilé comme une menace qui se distille avec discrétion. De la glace sur le visage soudain impassible, le français qui reste sourd au sous-entendu glissé dans les mots de celui qu’il jauge à présent sans gêne. Juge et bourreau, il tapote nerveusement contre son verre alors que les rouages de sa conscience s’activent pour le guider vers la meilleure attitude à adopter. Ignorer l’appel à l’aide et prendre le risque de passer à côté d’une belle occasion de manipuler le brun. Y céder, et lui laisser entrevoir toutes les vicissitudes du Gouvernement.

« - Et tu viens dans un bar pour panser tes plaies ? Ce n’est pas le même genre de blessures qui se soignent ici. » Les siennes sont invisibles, purulentes et toujours bien présentes. Impossible à soigner, difficile à apaiser mais il a aisément fini par trouver le remède à ses maux. Lentement, le rouquin s’installe correctement sur son siège, face au bar. Oublie le chien et le maître pour disparaître, se faire avaler par ses propres pensées. La course de cette discussion silencieuse se lit dans ses pupilles, l’indécision et l’implacable volonté de l’anarchiste. Dans un soupir, il prend sa décision. Vide le fond de son verre avec l’empressement de ces êtres soumis à une quelconque urgence engendrée par l’addiction. Avant de poser pied à terre, brusquement. Malhabile le temps d’un violent battement de cœur, l’alcool dans les jambes comme pour lui rappeler qu’il se fait moins alerte qu’à son arrivée en ces lieux. Peu importe, il s’en moque.

« - Que s’est-il passé ? » Murmure-t-il finalement, indiscret, tout en se rapprochant du soldat visiblement blessé. Les pupilles inquisitrices finissent alors par se poser sur le bras amoché, la déconfiture masquée sous le tissu. Permission prise de son propre fait, Regan tend doucement le bras et soulève du bout des doigts, avec cette délicatesse féminine empruntée à cette autre qui se partage son enveloppe, le gilet qui pend piteusement sur les épaules de l’italien. Le nez se plisse devant la vue de la compresse grossièrement fixée au membre blessé, à la tache sombre qui s’y étend. Nuance de noir qu’il connait par cœur, son équivalence pour la teinte du sang. « - Les égouts tu dis… Combien ? » Il questionne sans un regard envers Marcus, un pli de contrariété venu se nicher entre ses sourcils qui se froncent un peu plus. Des doutes l’assaillent, et le besoin d’obtenir des réponses se fait pressant. Combien, dans son camp comme dans celui du soldat. Qui était avec lui, surtout. Faisait-Il seulement partie de ce on ? Le flegme en façade, l’anarchiste s’efforce de rester de marbre. Calme les tensions et apaise la fureur de ses questionnements, soudain suspendu aux paroles de cet autre. Regard accroché au sien, les doigts lâchent le gilet et reviennent se poser contre son flanc. Il le soignera, dans les relents de ses craintes, Regan vient de se décider. Nullement le plus à même pour faire une telle chose, il refuse de laisser quelqu’un d’autre s’occuper du milicien.


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MessageSujet: Re: Go to Hell and leave me in peace • Regan   Mar 14 Nov - 15:05

Le verre initialement non souhaité glisse finalement jusqu'à lui, sous son regard à demi agacé. Il a beau prétendre n'avoir de temps à perdre, tout porte à croire qu'il n'en est en réalité le contraire. À commencer par ce détour qu'il fait, pour s'éviter l'ambiance tant détestable de l'hôpital. Il finira par se perdre, à toujours vouloir faire le contraire de monsieur tout le monde. Mieux vaut tard que jamais, se rassure-t-il, alors qu'au fond de lui, il sait que mieux vaut en finir au plus vite. Et craindre de finir comme ces pauvres malheureux, pompé de son sang ? Trop peu pour lui. À voir le mal partout, il ne s'en sortira pas, c'est une évidence. Le brun est trop attaché à ce semblant d'humain qu'il est pour le confier à des mains inconnues. L'attente sera alors prolongé, puisque le rouquin semble l'avoir décidé. Un soupir profond s'échappe, avant que ses yeux ne glissent vers son compagnon de route, comme pour lui demander conseil. Nero observe sagement, assis entre les deux hommes, mais ne dit rien, comme à son habitude. Ses yeux observent avec douceur son maître, ce dernier éternellement touché par ce brin d'être qu'il a vu grandir. Si le malinois s'est installé à leurs pieds, Marcus n'a plus aucune raison de se presser. Du moment que le principal est satisfait, il peut bien tenter de se poser, à contrecœur. Imitant l'autre, le verre est lentement porté à ses lèvres, pour une seule gorgée, malgré tout suffisante. Manquant une grimace de surprise, cela faisait longtemps qu'il n'avait pas goutté à ce genre de saveur.

Silencieusement, la réponse est bue avec une triste approbation. Il est bien dommage d'être contraint de faire de sa vie une course contre la montrer, d'autant plus pour ne pas parvenir à y trouver son compte. Un regard insistant est jeté au rouquin. Il veut bien s'égarer un instant, mais le but de sa sortie reste gravé dans un recoin de sa cervelle. Haussement d'épaules lorsque Regan lui rappelle qu'il ne lui apprend rien de nouveau. Ça l'aurait arrangé pourtant, un peu de nouveauté, ne serait-ce que pour épargner ses nerfs de cette sortie. L'usure, c'est certainement ça qui aura sa peau. À long ou court terme, elle finira par l'avoir. Trop entêté pour quitter ses positions et s'éviter bien des remords, l'italien fonce droit dans un mur en toute bonne conscience. Ce n'est pas lui qui fera bouger les choses, il le sait. Acteur d'aucun des deux camps opposés, il préfère contribuer de loin, en laissant les rats lui filer entre ses pattes, alors qu'il juge préférable de s'occuper d'empêcher de vraies horreurs. Du moment que ceux qui ne sont pas mêlés à cette histoire ne sont pas dérangés, ça lui convient. «  Oui on. Les ordres sont parfois incohérents mais pas au point de m'y faire descendre seul. » répondit-il au soudain intéressé. Il ne va pas cracher tout le morceau de suite, alors qu'il vient à peine de s'installer. Après tout, le temps ne presse pas. Il pourrait parfaitement prendre le temps de remettre ses idées au clair, afin de n'omettre aucun détail.

L'incohérence de son réflexe de survie est relevé, à juste titre. « Je sors pas de la peste pour aller saluer le choléra, t'irais chercher de l'aide auprès de ceux qui te dégoûtent en premier ? Un bar, c'est toujours plus sympas qu'un hôpital. » Et puis, ce n'est pas le rouquin qu'il avait souhaité trouver initialement. Mais à défaut, c'est déjà ça. Alors que ce dernier paraît soudainement plongé dans ses pensées, le tatoué en profite pour couvrir la salle d'un regard. Si toutes ces personnes sont elles aussi ici pour se soigner d'une manière ou d'une autre, voilà qui en fait donc une sacrée belle société de bras-cassés. Rassurant en un point, désolant d'un autre. De loin, l'italien préférerait être ailleurs. À ses yeux, rien de mieux qu'une aiguille et un peu d'encre pour apaiser tous les maux de son être. Hélas, ça ne l'aidera pas à panser sa plaie. Une caresse amicale glissée au malinois pour lui signaler qu'il ne l'oublie pas et voici que, déjà, le résistant reprend de sa présence. Ne sachant trop s'il doit s'en inquiéter ou non, l'italien ne bronche pas, se contentant d'observer le manège du rouquin. Peut-être cela l'aidera-t-il à se décider, il l'ignore. Son propre regard imite l'autre, et vient se poser sur son pansement improvisé avec le peu de précision et de moyen immédiat dont il disposait. Une légère grimace s'étire sur ses lèvres, alors qu'il constate sans surprise que ce n'était pas suffisant pour tenir correctement le coup.

« Trois pour eux, deux pour nous. Du repérage, soit-disant. » Trois rats, pour deux chats. Raisonnable mais insuffisant. Ils ont eu de la chance cette fois, en ne tombant que sur un si petit groupe. Mais combien y en a-t-il en réalité, qui attendent terrés sous terre, il l'ignore. Ce n'est pas ce qui l'intéresse le plus non plus, le principal pour lui va être de ne plus y retourner. Se faire tirer dessus une fois, passe. Une seconde fois, nettement moins supportable. « Un est mort, une a été blessée et le troisième a filé. On l'a imité avant qu'il n'en vienne davantage. Mais on a récupéré la blessée. » Doit-il tout dire pour éviter à Regan de ne poser trop de questions, peut-être. Il observe cependant un temps d'arrêt, ayant un court instant oublié un détail. Sans dire mot, il interroge silencieusement Nero du regard, mais ce dernier ne peut l'aider. Hésitant, il reprend. « Pearl, ça te dit quelque chose ? » Oui, Pearl, il ne se trompe pas. C'était bien à ce prénom que la résistante avait répondu. « Elle avait l'air de ne pas lui être inconnue mais je doute qu'elle soit encore de ce monde. » Si l'islandais ne l'a pas descendue après que l'italien les ait quittés, elle a des chances d'être encore en vie pour l'heure. Néanmoins, vu son état, si elle n'a pas été exécutée, le Collosseum n'en fera qu'une bouchée. À choisir, mieux vaudrait lui souhaiter la première option, bien plus rapide en dépit de son manque de justice. Sans en dire plus, l'italien termine son verre, attentif à la réaction du rouquin.
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MessageSujet: Re: Go to Hell and leave me in peace • Regan   Dim 19 Nov - 20:03


Mauvaise humeur distillée entre des paroles qui se lancent au compte-gouttes. Comme pour éviter d’avoir à trop en dire en une tirade, faire durer l’instant de peur de le voir disparaître. Il pourrait battre en retraite, se moquer de piétiner la chose rabougri lui servant d’égo et retourner se perdre contre la carcasse sèche du bonhomme venu s’installer à ses côtés avant l’arrivée de l’italien. Détestable décadence qui le laisse de marbre, le regard perdu un instant dans le vide de son existence, celui régissant ses journées, celui qui s’invite dans son ventre quand d’autres s’immiscent entre ses cuisses. Rien à ressentir face à la concupiscence humaine, il se laisse bercer par la saleté sans sourciller. A choisir, le débauché préfère largement rester là, en compagnie de cet être ô combien fascinant. Tirer les ficelles d’un pouvoir oppressant avec l’espoir avide de le voir glisser de l’autre côté de la barrière. Tomber dans ses bras et rejoindre l’unique cause juste en ce bas monde. Le résistant se contente d’opiner du chef, entendu lorsque l’explication s’écrase contre ses tympans. Très juste, à sa place, il aurait agi de la même manière. Par pudeur, par excès de haine et un besoin viscéral de panser ses plaies loin des endroits prévus à cet effet. Certainement pas dans un hôpital grouillant d’adepte de la tyrannie, d’ouvriers des despotes préférant en faire le strict minimum et voir s’empiler les cadavres dans les chambres mortuaires insalubres plutôt que de faire se relever la populace en la requinquant comme on est droit de l’attendre venant d’un lieu de santé.

L’unique remède contre les maux, il le tient entre ses doigts. Dans un verre, une bouteille. Une belle ivresse qui chasse la douleur, les pensées noires, libère l’esprit le temps d’une allégresse folle. Pour mieux le sentir s’écraser à terre lorsque la migraine du lendemain vient briser le crâne, marteau-piqueur dans la gueule, l’autoroute de la déconvenue. La station-service pour se vidanger l’esprit dans un plein de carburant alcoolisé quand il vaudrait mieux enfoncer l’accélérateur et continuer sa route. Il s’est noyé depuis trop longtemps dans les abysses de cette délicieuse ivresse pour être capable de remonter de lui-même. Elle alimente sa haine, jette de la détermination sur son égoïsme suicidaire. Désinhibe la créature qui se fout de tout jusqu’à sa propre existence. Ils ne sont que de la chair à canon. Des morceaux de viande que l’on jette devant l’ennemi jusqu’à ce que l’un parvienne à occire la bête. Dans cette vie comme dans l’autre, il n’est qu’un maillon d’une chaîne qui le dépasse et qui continuera de se resserrer autour de la gorge de l’oppresseur même après sa mort. Sa Révolution a entassé nombre de ses amis, l’a jeté dans une fausse commune à pourrir au milieu d’inconnu pour permettre à sa France de mieux se relever. Ce n’est qu’une autre révolution, dans un autre temps, une autre patrie. Théorie du chaos régissant son monde, à laquelle il a voué toutes ses vies, qu’importe qu’il finisse à nouveau à servir de pâture aux vers et à la vermine.

Les réponses à ses questions font courir un souffle de rage contre sa peau, frissons et chair de poule contre la carne, Regan serre les mâchoires. Libère le verre de l’étreinte de ses doigts par crainte de le briser sous l’impulsion de son aversion. « - Une mission somme toute banale pour vous. Un mort, un blessé, c’est presque fragile comme score pour deux miliciens entraînés et armés. » Lâche-t-il, suintant de sarcasme. Le venin de sa haine sur la langue et dans le cynisme du rictus venu se coller contre sa bouche. Le français tressaille à l’entente du prénom. Visualise dans un battement de paupières frénétique le visage de son amie. Prostituée des bas-fonds, alliée certaine au sein de la résistance, celle qui a entamé la chute d’un soldat, prompte à l’achever si Regan n’avait pas été présent. « - Rhys était donc avec toi ? » Soupir de conclusion, les paupières se ferment et les doigts viennent s’y presser. Comme pour effacer les images d’horreur, les supplices endurés par son alliée. Il a de la peine pour elle, un nœud de tristesse dans la gorge qui le surprend. Attaché à une autre créature des bas-fonds, tout comme lui, plus qu’il ne le pensait. Il acquiesce alors d’un délicat mouvement de tête. Il la connait, l’évidence s’est peinte sur son visage devenu livide lorsque le nom a été jeté entre eux.

« - Je ne me fais aucune illusion malheureusement… A l’heure qu’il est, elle ne doit plus respirer depuis longtemps. Petite vengeance masquée derrière une mission de repérage, que demander de mieux. » Sa voix tremble légèrement, laisse deviner le trouble qui l’a gagné et qu’il s’efforce de ravaler. Dans une inspiration fébrile, Regan se redresse. Se tourne sur son siège pour faire face au soldat rescapé du prétendu massacre. Brûlure de ressentiment dans la pupille, sa douleur gravée dans le marbre de ses traits. « - Et tu vas finir par y passer toi aussi si tu restes comme ça. » Peu scrupuleux d’obtenir une quelconque réponse, un assentiment, le résistant se lève, obligeant le malinois à en faire de même. Attrape avec nonchalance, son éternel sac à dos et agrippe de ses doigts le bras valide du soldat qu’il serre à s’en bousiller les articulations. Pour faire mal, pour se raccrocher à quelque chose. Il oscille entre le besoin viscéral de le faire souffrir, pour venger Pearl. Et l’excès de conscience qui le pousse à vouloir le soigner et le voir s’en sortir. Lui au moins. Parce qu’une part de lui panique, angoisse à l’idée de savoir le second milicien en mauvaise posture. Blessé, comme l’italien qu’il relâche sans douceur une fois la porte des sanitaires franchie et refermée sur eux. Le loquet claque dans le silence, enferme les deux camps dans l’espace restreint.

« - Laisse-moi voir, si je peux faire quelque chose pour arranger ça. » Souffle-t-il finalement, désignant d’un mouvement de menton le gilet et le bras blessé. L’hésitation, encore. Elle est toujours là, quelque part entre son cœur et son cerveau. Résistant dont les pensées se heurtent et forment un capharnaüm de destruction. Avide de rajouter un nouveau cadavre sur la liste de tous les pions qu’il a déjà volé au Gouvernement. Perdu face à la solitude broyant son âme, lui qui commence à peine à apposer sur le front de Marcus l’étiquette encore vacillante d’un ami. Ceux qui se font rares dans son monde et qu’il peine à garder. Parce qu’il lui est utile aussi, l’italien, il ne peut pas le nier. Trop de données à prendre en compte, dans sa psyché embrumée par l’alcool, ça se bouscule au point de lui détruire le crâne. Il soupire, esquisse une retraite qui se veut assurée et prévue en direction du mur le plus proche pour s’y appuyer avec une fausse désinvolture. Un appui pour éviter de se briser contre les carreaux usés et sales.

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