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 Wild Animals

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Wild Animals   Mer 27 Sep - 15:33

Wild Animals

La feuille morte qu’épouse une brise amoureuse, d’énergie qui s’évapore, d’un corps qui se défait de son ombre, qui sombre, si profondément dans les abysses marbrés de la mort et qui s’élève à la fois, si léger, si vide, d’un néant qui s’étiole. La mort d’une petite proie, virevoltante dans l’air, énergie crépitante sous sa peau, qui l’élève, la grandie, le phœnix se nourrit de la nuit. La longue descente de la chevelure blonde, qui s’ouvre et se déploie, mille filins lumineux aux dernières du jour. La femme s’étiole, comme une fleur qui se meurt, les pétales ouverts, longues jambes pales qui gisent sur le sol, grands bras plein de bijoux qui s’arquent dans des angles étranges et inconfortables. Elle perd sa lumière, elle la lui offre, cette énergie vitale qui brule tout à l’intérieur de son plumage mirifique. Et sur son visage, son visage pale, glacé par une mort naissante, les lèvres rouges et indécentes, s’entrouvrent lentement alors que les joues se crispent d’un dernier émoi. Une malédiction vaine perle à sa bouche mais ses yeux se révulsent et la mort arrête les malencontreux mots d’amours. Kriss tend pourtant l’oreille, en sent les prémisses jusque dans son échine frissonnante. Comme elle aime la mort, elle n’en perd le moindre le détail. Et, du cadavre d’une femme, feuille morte d’Automne, le présent d’un dernier souffle l’enthousiaste et puis, soudainement, la mortifie.

Mal est fait. Celle qui fut autrefois, n’est plus que carcasse vide. Etendue sur le sol, pantin sans âme, plus rien de l’anime. Et si du bout du pied, de cette chaussure volée, Kriss ne bougeait lentement le corps pour l’éveiller, il serait plus immobile que le meuble contre lequel il est tombé. La jeune vampire d’âme soupire, voler l’énergie sans se laisser happer par l’envie incontrôlable de tuer lui est si difficile. Et puis, faut dire aussi, la jeune femme était toute faible qu’un rien n’eut suffi. Rien à faire, le corps asphyxié ne s’éveille guère. Sa commanditaire s’en mordra peut-être les doigts, mais elle n’avait d’ailleurs précisée qu’il lui était interdit de tuer. Et même si l’ordre était implicite, elle n’a – de vive voix –exprimé l’interdit. Kriss se soulage, de cette révérence qu’elle s’imagine déjà murmurer a l’oreille de celle qui caresse sa chevelure, son âme, de sa pointure professorale, de son posture de femme expérimentée. Qu’importe, la petite voleuse termine son méfait et récupère les documents, les lettres, les mets dans son sac et repart comme elle est venue. Par la fenêtre. Se jetant dans le vide pour mieux reprendre son envol.

Dehors le crépuscule brille de mille feux. Cette énergie qu’elle ressent et qui réchauffe son cœur, ce feu cristallin, qui ne pourrait lui être offert par ce soleil lointain et faiblissant mais uniquement par ce souffle, cette puissance, que porte les hommes, les femmes. Par la vie, la vie est un nectar si fort, si puissant. Ses paupières sont lourdes, à chaque battement de cils, elle se rappelle un souvenir, un souvenir qui fut le sien. Et dans cet engrenage de sensations, furtives métaphores, vague d’émotions, la jeune femme cherche un visage, une odeur bien particulière. Et dans la multitude d’images brèves, de couleurs, de bruits, enfin, elle retrouve la trace de la femme. Ce ne sont que des fragments, des embruns, sans doute ne se connaissaient-elles vraiment. Quelques traces éparses et pourtant ce même sentiment.

Elle, immobile et droite, le port altier, le visage taillé à la serpe par la certitude et une confiance en soi presque agressive. D’elle, Kriss n’obtient qu’un regard ou deux, dans les ombres mémorielles de la femme. Et les yeux, les yeux perçants de la femme ressuscitent dans sa propre mémoire, la rencontre qui fut leur autrefois. Elle y pense et crissent dans sa mémoire les chaussures élégantes. Elle y pense et pense, à cette femme qui murmure, blasphème doucereux, ce que le petit chat devrait chasser. Kriss n’aime qu’on lui dise que faire, que dire, mais elle aime la conspiration, ce vent outrageux qui souffle en silence. Et puis, aussi, qu’on comble son ennui de quelques jeux amusants, elle ne saurait dire nan. Sur le toit, elle s’éternise, et alors que les heures grises s’étiolent, rentre dans sa forteresse abandonnée, au fin fond de son antre, au secret de son âme, pour s’y endormir.

***

Le miroir brisé lui renvoie une image presque triste. Ses cheveux sont défaits et des cernes sombres strient sa peau tendre. A tant vivre la nuit, a tant vivre le jour, a ne dormir que quelques heures, l’enfant roi s’épuise. Elle se découvre alors une beauté étrange, sa peau est plus claire, ses yeux semblent plus intenses, et dans cette nouvelle métamorphose, la jeune femme se trouve plus belle encore. Kriss ne dépose aucune couleur sur sa peau fine qui viendrait briser les nuances translucides de son visage d’ange, mais sur le contour de ses yeux, où naissent ses cils longs, elle noircie son regard d’un crayon noir puis ensuite, vraie petite femme qui a tant espionné ses consœurs dans leurs souvenirs pour découvrir cet art tellement étrange qu’est celui des femmes, Kriss se met du mascara. Devant la glace, un sourire menace, Kriss se trouve toute féminine et se regarde alors que ses paupières ploient et se relèvent, petite femme qui s’apprend. Elle n’a, au fond de sa pupille, encore l’empreinte figée de son visage. C’est comme si elle se découvrait à chaque fois qu’elle se voit dans un reflet. Et qu’elle ne se reconnait pas.

Kriss secoue sa chevelure encore humide. La fraicheur de ses mèches qui cajolent sa peau, est si douce, si amoureuse, qu’elle ferme les yeux, savoure les caresses tendres de ses cheveux longs sur sa peau si fine. Songe, et si le jour jamais, ne faisait place à la nuit. Et si la femme, la bougresse si et tant féminine, n’était pas tant importante qu’elle ne se devait d’être belle et si elle pouvait juste y aller et dévorer son énergie, comme si elle faisait partie de la légion de petites proies, les inintéressantes. La chasseresse se conforte, elle s’imagine tendre les lèvres, et de ses baisers voler la vie. Oh comme elle aimerait posséder et comprendre, ce visage tranchant, ce charisme fort et cette assurance sans faille. Ainsi rugit en elle un plan simple. Et le sourire qui perle sur ses lèvres est l’expression de sa jubilation. Kriss s’habille ensuite, enfermant des jambes dans un cuir usé mais saillant, et son buste dans un haut simple et noir. Elle n’a, encore, vraiment l’habitude de ses robes vulgaires qu’elle possède et se préfère une allure garçonne, guerrière, quand il fait encore jour, ou qu’elle ne sait encore ce qui l’attend. Des chaussures confortables et la voilà toute prête à affronter la dame.

Tant plein de doutes, sur le chemin qui la mène à la femme qui ronge ses pensées, Kriss est hésitante. Obtenir d’Aritza ce qu’elle recherche en violant sa mémoire ou alors rester à ses côtés à la dévorer des yeux, à apprendre par mimétisme ce que toutes les femmes savent. La chasse ou une certaine forme d’abstinence ? L’esprit galope d’une question à l’autre, tournant encore et encore dans la tête de l’ingénue. Alors qu’elle arrive presque là où elle est attendue, aucune décision n’est encore prise. Se refusant d’entrer la première, à attendre le bon vouloir d’une autre, elle rejoint le petit immeuble oppose et en brusque la porte avec adresse. L’appartement était vide est pour quelques minutes, sa nouvelle demeure. Attendant sa proie en hauteur, Kriss se dissimule derrière le rideau d’une fenêtre. Elle regarde, immobile, les âmes lasses qui passent, et celles, plus joueuses qui s’arrêtent et qui entrent. Le Masquerade semble leur ouvrir grand leur bras et quand enfin sa porte se referme sur Aritza, les yeux de Kriss s’illuminent.

La femme est pareille à ses souvenirs, habillée d’une féminité presque agressive, dans une aura de confiance et de satisfaction. Un pas léger et sur, une âme qui jamais ne s’égare. Quand elle disparait dans le cabernet. Kriss retient son souffle. S’enfuir ou entrer à sa suite, c’est difficile, elle ne sait encore choisir. La curiosité qui la dévore a cependant raison d’elle, elle descend de son appartement et rejoint la porte du cabernet. Une dernière hésitation et la voilà qui entre, petite chatte de gouttière qui n’appartient encore au lieu et qui ressent presque la lourdeur de l’air autour, les quatre murs qui sont une attaque à ses sens. Et pourtant la voilà qui s’habille d’un sourire séducteur. Elle s’avance, le pas souple, éloigne le serveur qui tente de lui parler pour rejoindre la table de sa promise. Avançant dans son dos, elle vient murmurer à son oreille, annonçant son arrivée.

-Je l’ai tué.
Ce secret qu’elle murmure est de velours et d’amour. Nulle culpabilité ne blesse sa douceur. Nulle ombre n’avale sa joie. Ce petit méfait n’était pas tant un crime du cœur, qu’un plaisir de l’âme. Avec la souplesse toute féline des jeunes femmes désabusées, qu’habillent une rébellion presque sous-jacente et une séduction facile, non calculée, elle s’installe en face de la femme. Kriss la regarde quelque seconde, puis faussement soupire.

-Ce n’était même pas amusant.

Du bout des lèvres, elle provoque sa commanditaire. Qu’Aritza la gronde et elle mordra la main de son maitre. Et ses yeux grands ouverts sondent celle qui ordonne, dévorant les traits de son visage.
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MessageSujet: Re: Wild Animals   Ven 29 Sep - 8:14

Dans ma caravane, aucun miroir ne demeure. Aucun reflet ne me fait plus face. Tout a été détruit. Emporté. Défenestré. Verbe doux et acerbe. Vouloir et avoir. Être et posséder. Mes phalanges me démangent. Il manque du brillant dans cette pièce. Pour frapper. Pour fracasser.

*Un œil s'ouvre sur l'au-delà. Une silhouette mi-bête mi-ombre approche. Doucement. Lentement. Elle longe les parois. Elle crée des dessins inanimés à même le sol. Elle observe. Elle reconnaît. Elle glousse. Elle ronronne.
Viens, petit chat.

La porte de l'unique garde-robe s'ouvre sous mon toucher de velours. Le bois grince. Non pas d'usure, mais bien d'impatience. J'ai pris tellement l'habitude de me vêtir selon les coutumes d'usage pour les basses besognes, que j'en suis venue à la négliger. L'oublier. Ses entrailles sont quasi vides. Même la poussière refuse de s'y déposer. Sanctuaire silencieux d'une divinité désabusée. Alors pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi maintenant ?
Un ersatz de sourire vienne chatouiller l'ourlet de mes lèvres. Mes traits s'adoucissent. L'image de l'enfant vient me chatouiller les méninges. Il me suffirait de fermer les yeux pour me rappeler des bribes de son parfum sauvage. Pour m'enivrer de la tendresse illicite qu'elle m'a inspirée ce jour-là. Recroquevillée sur sa proie. L’échine tendue. Le regard affamé. De tout. De rien. De ce corps amorphe qui ne réagit pas. Plus. Cruelle déception. Fracassante réalité. L'espoir, si friable. Il suffit d'un doigt à peine pour l'écraser. Et encore moins pour le ranimer. Caresse éphémère. Souffle factice. Facilité déconcertante. Demande incessante.

*Gargouillis.
Couinement.
Quémander.
Supplier.
Encore une fois.

Elle affectionne particulièrement les grandes dames. Celles qui se tiennent droit. Celles qui se tiennent fiers. Elle ne semble pourtant pas voir au-delà. Le corset les enserre. La noblesse les rend hautaines. Elles ne sont pas moi. Elles ne le seront jamais. Elles sont les nuisibles dont la société n'arrive à se débarrasser. De mauvaises herbes qui s'érigent d'un rien. Un peu d'eau croupie ou saumâtre. Une attention torve pour les faire onduler dans le sens du poil. Vulgaires catins qui s'autoproclament reine d'un trône de ferraille. Bâtisse ô combien sujette aux intempéries. Les rêves sont tellement beaux, tellement prometteurs – qu'elles en oublieraient presque leur irréalité. Alors elles tissent des mensonges. Elles se tordent et distordent selon les lois d'une jungle qu'elles ne connaissent même pas.
L'enfant les regarde. L'enfant les convoite. Je le vois. Je le sens. Ses doigts de velours se resserrent sur la main gantée que je lui tends. Elle se fourvoie dans un monde qui ne veut pas d'elle. Elle s'imagine une utopie. Elle désire une idylle. À défaut de pouvoir la lui offrir, je peux au moins faire l'effort d'enseigner.

*Contagion.
Contamination.
Parasite symbiotique.
Amniotique.

~ .. ~

Le tissu me colle à la peau. Enveloppe mes courbes dans toute leur splendeur. Fait ressortir des formes que j'ai pris l'habitude de cacher. De négliger. Mon anatomie tout entière semble comme respirer. Soupirer. Mes moindres mouvements sont à la fois stupeur et tremblements. Cela fait bien longtemps déjà que je n'ai plus donné libre court à ce genre de plaisir coupable. Des regards se tournent vers moi. Je suis loin de passer inaperçu. Les restrictions de l’État sont telles que la plupart préfère se tenir à carreau. Ils ont raison de le faire. Mais moi, moi je n'appartiens pas à ce monde. Je ne l'ai jamais habité. Ce n'est pas ce jour que je compte arrêter. Le tissu épouse mes hanches. Embrasse mes cuisses. Embrase mes genoux. On pourrait croire les mensurations calculées au millimètre près pour ne pas déchanter. Ils peuvent m'arrêter. Ils peuvent me lire mes droits. Je le connais par cœur entre-temps. Tout comme eux. Mon visage n'est plus inconnu aux listes des passeurs. Ma tenue, par contre, l'est assurément. Ils usent et abusent de leur position. Se font mousser devant les petits jeunes. Des bleus tout juste sortis de berceau. Accessoirement les jupons du Gouvernement. Ils se rincent l’œil. Ils ricanent. Ils se bousculent. Pourtant, d'aucun ne viendrait directement à m'accoster. Il laisse le sale boulot aux collègues de la Milice. Plus voraces. Moins enclins à partager.

*Grognement en sourdine.
Dents blanches.
Yeux rouges.
Iris fendillés en leur centre.
Reflet d'une mort lente et odorante. Promesse de souffrance.

J'avance sans jamais me presser. Je les sens sur moi. Je les sais. Je les devine. Audace. Colère. Incompréhension. Blasphème. Hérésie. Envie.
Ses millier de globes qui me remarquent. Qui font abstinence. Abstention. Convoitise. Regret. Remord. Et encore et toujours cette perpétuelle envie. Mais ce n'est pas moi qu'ils veulent. Ce n'est pas moi qu'ils désirent. Je ne suis jamais que la matérialisation d'un fantasme onirique. À bien y regarder, je ne suis pas celle qu'ils veulent que je sois. Je ne suis pas meilleur. Assurément pire. Mais j'ose. Planter le pieu en pleine poitrine. Le pied dans la fourmilière. Mais jamais sans talons. Et surtout pas aujourd'hui. En ce jour qui signera le début du reste de notre vie.
Si je suis impatiente ? Bien sûr que je le suis. Il serait mensonger et parfaitement inutile de le nier. Je suis et reste humblement humaine après tout. Cohabitent en moi les mêmes péchés qui animent l'incohérence des autres. Ils se disputent mes pensées. Ils me tambourinent l'intérieur du crâne. Ils grattent. Ils exigent. Et parfois même, ils gagnent.

*Oui.
Gagner.
Encore.

La différence entre eux et moi ? Je suis toujours debout. Je suis toujours fière. Je porte et transporte mon fardeau. Je transpire le vice au seul degré que je veux. Aujourd'hui plus que hier. Mais bien moins que demain.

J'arrive à destination. Façade noir et sang. Ambiance alarmante. Aguichante. Les patrouilles sont plus nombreuses par ici. Braves petits soldats qui s'évertuent à chercher la faille. Qui se font un point d'honneur à épingler les criminels. Pauvre chimère qui leur sert de repère. Une mascarade ... dans toute la beauté de sa définition.

Je pénètre l'antre du Diable. La porte se referme dans mon dos. Un homme en uniforme de serveur s'avance vers moi. J'ai réservé pour deux. Il s’épanche dans une révérence qui relève du burlesque. Ancienne habitude dont il peine à se séparer. La clientèle semble apprécier. Je ne relève pas l'information et me contente de le suivre. Je commande deux verres de lait. Il semble comme interloqué. Quelque peu amusé. Il va pour ouvrir la bouche. Pour rajouter sa touche personnelle. Il se ravise bien vite tandis que je l'abandonne dans mon sillage. Je prends place dans l'ombre. Dos à la porte. Ce jour mon attention n'est plus à prendre.
Il ne me reste plus qu'à attendre.

*Tic-tac. Tic-tac.
Rattraper le temps. L'avaler. Le régurgiter. Recommencer.

Une brise dans mon dos. Un souffle perfide qui vient me réchauffer la base de la nuque. Quelques mots. À peine plus de syllabes. Je devine autant que je perçois son sourire. Mon visage en fait de même. Un peu.
Elle prend place en face de moi. Je m'étonne quelque peu du fait qu'elle ne s'installe pas à l'image d'un animal. Qu'elle préfère suivre les conventions. Ce n'est pas pour autant déplaisant. Seulement ... décevant.
Je laisse les mots s'évaporer entre nous. Remplir le silence de leur souvenir. Avec lenteur et précision je commence à ôter mon gant droit. Doigt par doigt. Phalange par phalange. Je ne la regarde pas. Plus. Seul compte la minutie de ma propre gestuelle.

- « Oh, tu me vois bien navrée d'apprendre cela. »

Ce n'est pas un reproche. Du moins pas à son encontre à elle. Cela me peine réellement qu'elle n'ait guère éprouvé le sentiment recherché. J'espère que cela n'empiétera en rien sur notre alliance en naissance. Il m'est important de répondre à sa demande. Sans quoi il serait fort bien fâcheux de gâcher un tel potentiel latent.

- « Il va falloir que je me fasse pardonner. »

Je dépose le tissu retiré sur la table, dévoilant par la même occasion les stigmates de mes propres démons. Chair déchiqueté. Nécrose palpable. Pourquoi le lui cacher ? Je reporte, toujours avec autant de douceur – si pas de lenteur calculé, mon attention sur ses traits intrigués. Maquillés.
Je me rapproche d'elle en me penchant par-dessus le meuble qui nous sépare. Il est froid. Hostile. Indigne du moindre intérêt.
Sans demander mon reste, je glisse la paume de main libérée sur son si délicieux visage. Malgré le teint reflété, l'épiderme est tiède. Accueillant. Du pouce, je viens lui prodiguer l'expression physique de mes pensées. Du bout des ongles, je lui chatouille les sens en éveil.

- « Tu es bien jolie ainsi. »

L'encre a un peu dérapé. La ligne n'est pas équilibrée de la même façon des deux côtés. Est-ce vraiment important ? Les enfants aiment les compliments. Les animaux aiment quand on les caresse dans le sens du poil. Et je suis certaine qu'elle a déployé de grands efforts pour s'affairer de la sorte. Serait-ce là rien que pour moi ?
Notre moment de proximité est interrompu par l'arrivée impromptue du serveur. Je relâche mon emprise sur sa peau diaphane à travers une dernière promesse. Celle de revenir. Il n'y a toujours qu'à elle que je souris tandis que deux verres se posent entre nous. Barrière de protection. Retardement de l'inévitable implosion.

- « Il y a ici quelqu'un qui n'a pas été très gentil avec moi. »

Je ne demande même pas après les documents dont je sais pertinemment qu'elle me les a ramenés. Ses capacités à lire et déchiffrer m'effleurent l'esprit. A-t-elle péché ? Va-t-elle le faire ? A-t-elle seulement cessé un instant ? Ce n'est pas grave. C'était un test, somme toute banale. Je suis certaine qu'elle s'est appliquée à la tâche avec brio.

- « Si tu trouves de qui il s'agit. »

Je suis ses moindres faits et ses gestes. Ses plus infimes – infâmes – expressions. Je glisse à nouveau ma main dévêtue dans son manteau de cuir souple, avant de saisir le verre au contenu blanc.

- « Je te laisserai jouer avec lui. »

C'est court. Ça rime. C'est le rythme le plus accrocheur quand cela concerne les enfants.
Je viens tremper le bout de mes lèvres dans le lait frais. Cette boisson ne me procure pas plus de plaisir qu'à elle, il va sans dire. Mais elle est porteuse de souvenirs. Elle renvoie vers le passé. Vers ce qui un jour a été, mais désormais n'est plus. Et plus jamais ne sera.

*Porte grinçante.
Patte griffue.
Interstice.
Collision.
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MessageSujet: Re: Wild Animals   Jeu 5 Oct - 16:01

L’excitation du petit chat est palpable et ses crocs, mignons petits diamants, n’attendent que de mordre la chair tendre de son commanditaire. Kriss attends, déployant trésor de petites patiences pour rester calme et sage. Les perles encres, ersatz de furie, roulent entre ses dents, la langue est prête à frapper d’une rhétorique cinglante.  Son corps est un ressort qui n’attend plus que de se détendre, de bondir. Et alors qu’elle se murmure des insanités, des pensées morbides glissent et passent dans l’océan vert de ses yeux maquillées. Les araignées dévorent leurs mères à leur naissance. Du Phoenix on parle souvent de renaissance mais rarement de sa prime jeunesse, de sa première histoire, de son premier plumage. Et le plumage de Kriss, qui frissonne, plumes qui s’emmêlent, échine qui trésaille, est un monstre d’insolence. Le tranchant des petites plumes d’acier que cachent le velours des plumes brillantes n’attend que la déconvenue d’une déception.

A cette excitation première, la reine mère ne murmure aucune blessure. A ce premier souffle, esquisse brutale d’une rencontre que Kriss voudrait rapide, si elle est ennuyante, la femme réponds de son flegme et offre à l’infant son premier présent. Oh comme elle est belle, chacun de ses gestes lents à l’assurance des grands. Elle se défeuille avec l’élégance des grandes dames. Cet art si précieux, si noble, qu’elle offre au regard, dans la connivence, à l’iris aimante d’une Kriss qu’enchante la féminité exacerbée, cet art fascinant qui fait plier échine à la jeunesse présomptueuse et insolente.  Cet art la fascine et l’abime dans une paix presque animale. Doigt par doigt, le velours et l’argent glissent alors que se déploie le fantôme du gant. Kriss voudrait lui résister mais la douceur lente a toujours ensorcelée ses pupilles palpitantes.

Fascinée par la mort, elle découvre les morsures de la nécrose. Cette main qui s’approche, amoureuse, et dans laquelle elle pose son visage. Nul dégout ne la taraude, nul mal ne traverse les embruns de son regard. Une paix douce, alors que la mortelle engeance la touche. Du fin fond de son cœur elle espère qu’une parcelle de ce diamant brute, cendré, s’incrustera dans sa chair, maquillera son visage de la brulure noire du mal ancien et démoniaque. Et qu’enfin ses deux visages se rencontrent dans une chimère d’alliance. Que son apparence témoigne de son âme. Alors que le doigt chasse la nuit et l’encre malhabile, sa joue glisse contre la peau et au creux de la paume, elle dépose un baiser. La peau fine de ses lèvres, érogène et sensible, découvre l’empreinte de la mort, cette chair délétère qui se défait, s’enfonce, se relève. Vagues immobiles et lentes qui défont le derme et dévore la vie.  Cette surface qui n’a plus ni le parfait pale des porcelaines, ni l’odieuse banalité des  peaux lisses. Et si pareille monstruosité se logeait dans son cœur. Et si une vague immense et lente la plongeait lentement dans la nuit. Sa mort peut-être serait encore plus belle.

Si elle pouvait ronronner, sans doute, le ferait-elle.
Mais elle n’a que le grenat de ses lèvres, et le faible vocabulaire qui est sien.


Vous l’êtes déjà.


Une fausse offense, un pardon sincère, l’insolente se complaît dans ses propres mensonges. Les yeux se ferment, elle respire l’odeur de celle qui la caresse, s’appropriant son essence. Le compliment la traverse et ses yeux s’ouvrent, et si les prunelles sont toujours tendres, le cœur ne ressent nulle chaleur qui ne soit l’œuvre d’une éphémère suite de mots sans sens. A chasser sans vergogne usant de sa beauté comme d’une arme incisive, un compliment se saurait bercer son âme mais éveiller au contraire, une méfiance. Kriss n’a pas la bassesse d’être aussi faible que ces femmes qui ne cessent de se regarder et qui sont si faciles à chasser tant la flatterie les adoucie. Kriss se décide cependant à l’accepter, ce compliment, comme celui de sa chasse et de ses armes. Alors qu’Aritza s’éloigne, un agacement passe dans son regard qu’elle vrille sur le serveur indélicat.  Comment ose-t-il la priver de tant d’attention ?

Oh comme con cœur gronde alors qu’Aritza lui évoque un désamour. Comme la curiosité l’affole, alors qu’elle l’invite à le découvrir. Et alors qu’elle prononce ces derniers mots, comme le cœur bondit dans sa cage thoracique. Un cadeau, une âme en pâture, une récompense, un jeu. Sans restriction, sans la moindre ombre d’une entrave, sans même le frisson d’une sagesse. Les battements sourds de son muscle cardiaque que son sang noir et visqueux rend plus fort, plus puissant,  martèlent son âme. Si fort, elle ne retient une expression de surprise sur son visage. Et le ravissement se déploie le long de ses cils. Son palpitant réveille un mal plus profond, un tiraillement au combien familier. Sa faim, les émanations même de ses passions. Elle le veut. ELLE LE VEUT. Et son énergie qu’affame le jour rayonne en elle, électricité magnétique qui se glisse sur les rides fines de son visage enfantin. Ses cheveux semblent plus légers, la malice brille dans ses iris.

Alors se déploient les lianes de son âme, ses sens en effroi. L’ensemble même de son attention explose quittant l’épicentre de la dame pour s’étendre en ondes circulaires. Et pourtant Kriss ne regarde encore nulle part. L’œil étranger ne saurait lire en elle la raison de tant de passions. Sa main se déploie et attrape la boisson offerte. Blanche, comme son âme pale, sans les travers de ses envies nocturnes. Epaisse comme son sang sombre. Et pourtant alors qu’elle se baisse et la respire, la boisson porte les embruns de temps révolus. Le phœnix se redresse, repousse l’offrande comme le passé en laissant son regard flotter dans la salle.

Les visages sont étrangers. Ceux-là parlent, ceux-là se séduisent, ceux-là travaillent. Il fait jour dehors et chacun s‘octroient à ses tâches quotidiennes. L’instant est plaisant, une main en touche une autre au loin. Il porte à ses lèvres un café chaud, sans doute trop, ses lèvres se blessent. L’inconnue s’ennuie, seule sur sa table. La prohibition a brûlé toute envie de jeu dans celui-là, paranoïaque, qui s’agace d’une boisson sans ivresse. La beauté de ce jeune homme attire soudain son regard, Kriss glisse le long de ses sourcils découvre ses yeux, s’amourache de ses pupilles. Puis s’éloigne. Son œil attentif cherche et analyse sans rien percevoir et une certaine tristesse s’empare de ses iris. Alors, cessant soudain de tendre son âme au vide, elle songe avec un peu plus de délicatesse. Et se cogne au regard de sa maîtresse.

Aritza est belle et outrageuse dans sa tenue des grands soirs, dans l’élégance des grandes dames. Qui donc pourrait bien lui témoigner quelque méchanceté. Pas juste une femme, pas juste un homme. Il faudrait peut-être une raison. Sur le tissu fin de sa robe, glissent les plis délicats d’une sensualité voluptueuse. Il lui prend l’envie de les toucher, de glisser dans les bas-fonds de la robe et pourtant sa main reste immobile. Aritza n’appelle pas à une séduction facile, un voile impérialiste se glisse entre l’idée et le geste. Malgré sa légèreté apparente, la femme n’est pas une femme légère et bien d’autres passions déchirent son bas ventre. Ses yeux rapaces, l’aiguisement de son visage comme d’une lame pour fendre le monde de sa langue juste. La façon dont elle avale le moindre des sensibleries qui passent sur le visage de Kriss, une calculatrice. Une femme de pouvoir.  La personne ne saurait être une simple gens ayant esquissé un mauvais regard au mauvais moment, cela n’aurait pas suffi, elle n’est pas si jalouse, pas si émotive, pas si fragile. L’anguille sous la roche est d’une autre histoire, peut-être plus complexe, sans doute plus ancienne. Alors il lui faudra être plus subtil dans sa recherche. Dans ses yeux revient l’allant et le gout du jeu. Et déjà passe dans ses yeux milles hypothèses.

Tu ne tournes jamais le dos à qui t’offense. Jamais.
Et jamais non plus tu ne quittes du regard le danger, si infime fut-il.

Pourtant Aritza ne semble souffrir d’aucun frémissement et son âme ne se tend dans nulle autre direction que la sienne. Un instant Kriss songe être la personne même qu’elle recherche. Aussi cherche-t-elle dans le fond de son regard la moindre parcelle de ressentiment.  En vain. Mais la réponse est bien en Aritza, quelque part. Aussi, elle se relève avec lenteur, et lentement fait le tour de la table. Avec une élégance toute féline, elle s’installe près de l’objet de toutes ses attentions. Et de ses yeux regardent les potentiels suspects, divisant par deux le champ infiniment grisant des possibles. Kriss ne lui fera pas l’offense de retirer le gant élégant et de reprendre la main, le présent est bien trop précieux pour être violé. Aussi, elle pose sa main sur le genou de la femme.

Personne ne saurait les voir, une fille et sa mère, mais quelle impudence ! Si le geste était considéré comme sexuel, peut-être même aurait-elle la chance de saluer les tigres somptueux du Colosseum. Le danger aiguise ses sens, l’enfant émotive se fait plus réceptive encore et lentement caresse la peau, juste au-dessous du tissu, de ses doigts tendres. Ses lèvres murmurent, nulle besoin de parler davantage, elles sont si près. Et parler trop fort briserait l’instant fragile, la légèreté furtive de ses sens. L’insolence exacerbe ses sens.


La femme blonde, une quarantaine d’années, sa fille. Ils pourraient nous ressembler mais regarde, le gris de leurs visages, trop de lumière sur leurs peaux.


Elle parle sans rien dire, juste, elle excite ses sens, cherche une faille dans les émotions d’Aritza. Depuis que le Phœnix est sorti de ses cendres, elle a la perception aigue de cette énergie dont elle se nourrie. La sentir si près, voltiger dans l’air, l’appeler, est son plus grand pouvoir. La faim, toujours, semble être son étendard.


L’homme brun. Un peu trop sage. Un peu trop grand. Sans doute cruel en couche.


La main glisse lentement, quittant le genou, s’amusant sur la cuisse, cette peau fine qu’elle imagine. Dans l’intérieur de ses longues jambes qui n’attendent que d’être caressées.  Kriss se sait pècheresse. Mais après tout, Aritza n’a érigé aucune règle. Et Kriss reste presque respectueuse, elle ne pousse le vice à posséder ce qui ne saurait être sien. Elle effleure juste l’indécence.


Comme elle est belle. Trop vieille peut-être pour jouer encore de tout son corps.  


La peau fourmille, ses sens brulent. Kriss glisse de visage en visage, imagine une histoire, murmure des détails, et tout ce qui lui passe par la tête.

Et enfin, enfin, alors même que ses sens sont au plus hauts, elle ressent un fourmillement différent dans l’énergie d’Aritza. Et avant même de décrire, une fausse histoire, de cerner un personnage, elle ne peut retenir un soupir d’excitation. Jubilant comme une petite enfant qui découvre ses présents au pied du sapin de Noel.


Oh je l’ai trouvé n’est-ce pas?


La main infâme, retombe lentement le long de la jambe, repose le tissu là où il était. Kriss n’a plus le besoin ni de toucher cette peau qui lui murmure mille secrets, ni d’exciter les émotions positives ou négatives de celle qui la commande. Elle sait.

Dis-moi donc quelle méchanceté mérite tant d’intérêt ?

Quel désamour mérite de livrer cette pauvre âme aux crocs de Kriss.
Dans ses yeux percent déjà la faim, ce désir puissant qui la traverse, la bouleverse et la laisse au bord même des lèvres si proches, affamée, alléchée, attendant une réponse. Palpitante. L’âme chasseresse peine à garder son calme. L’énergie est si terriblement tentante, garder les émanations de sa faim si difficile. Il suffirait juste qu’elle lâche prise pour en voler les fragments sucrés auprès même de celle qui, si proche, l’invite à chasser.


Je porterais à mes lèvres, le fiel et le miel.
Les présents et les promesses.
Ta peau douce et noire que la nuit avale.
Jusqu’à ce que ne se meurent mes rêves d’ascension.
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MessageSujet: Re: Wild Animals   Ven 27 Oct - 19:31

La pulpe de mes lèvres sans couleur rencontre la texture à peine fraîche. Le liquide trop épais que pour être considéré comme tel, mais bien trop que pour échapper à sa nomination. Mes sens me picorent. Ma bouche quémande plus. Mon palet aspire à s'en gorger. Ma gorge n'est que puits sans fond au bord d'une déshydratation. Cette boisson ne vaut assurément pas un tel intérêt. Ni la moindre rémunération quelconque. En d'autres circonstances et d'autres lieux, il n'en aurait été rien. Aucun. Jamais. Pure spéculation quant aux impératifs de survie. Mais les circonstances et les lieux ne sont nuls autre que ici et maintenant. Tout comme l'est la présence que j'ai choisi pour être mienne, le temps d'un soir. Le temps d'une trêve.

*Dans l'Ombre, la bête penche légèrement la tête vers le côté.
Ses babines se retroussent à l'instar d'un ersatz de rictus.
Eclat de canines.
Carmin éclatant.

Ses sens sont en plein émoi. Elle peine à contenir cette maelström d'excitation qui lui traverse le réseau veineux. Qui vient lui court-circuiter les connexions nerveuses. Qui vient lui fracasser le crâne de l'intérieur. Il n'est pas question d'émotions. Ni même de sentiments. Cela est purement instinctif. Action et réaction. Ressort qui se resserre encore et encore et encore et encore. Puis vient l'instant. Le moment. Celui juste avant l'implosion. Celui du non-retour. Celui qui aimerait patienter davantage, mais qui - simultanément - sait que cette abjecte décision relèverait du péché suprême. Alors il grogne. Il gronde. Il tourne en rond tel un fauve dans sa cage dorée. La clé de sa porte se trouve autour de mon cou. Artefact invisible qui se balance lentement au bout du chaînon manquant. Brinquebalant dans son sillage le rythme du temps. Effleurant mon épiderme. Léchant des plaies infectées dont elle est seule responsable. Je laisse faire sans aucunement m'y opposer. La douleur fait partie de notre lien privilégié. J'ai le pouvoir de la libérer. Mais est-ce seulement pour autant que je suis prête à la lui accorder?

*Privilège sacré.
Bafoué.
Enfermé.
Précieuse chasse gardée.


Son corps se met à réagir comme indépendamment du reste de son psyché. C'est un appel à la réalité. Une tentative de ramener son hôte dans le présent en allant le récupérer dans l'avenir. J'observe la scène avec intérêt. Une pointe de curiosité. Il en va de soi que rien de cela ne transperce depuis ma carapace maternelle. Elle repousse la vulgarité de la première offrande. Ce n'est que juste retour des choses. Le lait appâte les chats. Il réveille en eux des souvenirs si lointain qu'il est à se demander s'ils leurs appartiennent bien. Mais ce n'est pas pour autant que l'anatomie adulte ne peut l'apprécier à sa juste valeur.

*Intoxication.
Vulgarisation.
Provocation facile.
Péché de gourmandise.

Elle se redresse. Scrute les environs. Semble passer le tout au rayon X. Elle observe. Elle absorbe. Elle encaisse. Elle analyse. Elle cherche plus fervemment encore. Et moi ... moi j'en fais de même. Mais uniquement à son attention. Je dépose le verre de breuvage infect là où je l'ai épluché. Je ne le regarde pas. Jamais. Seul compte sa présence. Son omniprésence. Elle rayonne dans le noir. Elle ronronne dans les Ténèbres. Elle s'impatiente. Elle se crispe. Elle se montre si peu raisonnable du présent que je lui tends. Cela en deviendrait presque attendrissant. PRESQUE. Il est là un adjectif qui ne me sied guère. Il est empreint de tel faux-semblant. D'une telle hypocrisie latente. Et je ne suis guère du genre à passer sous couverture mes réelles intentions. Je ne suis bien moins fourbe que la plupart. Et en aucun cas menteuse invétérée. Je m'intéresse à ce qui me plait. Je prends ce que j'estime être moins. Et je laisse à l'autrui le soin de mon indifférence. L'enfant dépasse de loin cette catégorie. Sans quoi je n'aurais pris la peine de me déplacer pour elle. Moins encore de m'accoutrer ainsi d'une tenue qui pourrait me valoir procès, si pas pire tout du moins équitable, au dernier subi. Pourtant, je ne lui en tiens en rien rigueur. On pourrait même en déduire que j'en retire un certain amusement. Un amusement certain. Ce qui explique la légère courbure de mes lèvres tandis que son regard finit par – enfin – retrouver le mien.

*Saut dans le temps.
Petite éternité.
Forget me not.

Le contact s’instaure. Se crée. S’ancre dans une réalité à laquelle il sait pourtant pertinemment ne pas appartenir. Impertinent. Il l’est. L’a toujours été. À jamais le restera. Il ne peut en être ainsi. Ce sera un blasphème en soit de rompre aussi brutalement une si frêle existence. Si jamais il venait à se rompre d’une quelconque manière, cela en serait fini entre nous. Il serait bien là un triste sort réservé à une si grandiose éphéméride. Bien que, n’est-ce pas ainsi que naissent et meurent les plus secrets de mythes et légendes ? Dans la discrétion la plus totale avant de se faire fourvoyer par le petit peuple.
Ils nous regardent. Ils nous observent. De partout et de nulle part. Ils ne comprennent pas. Ce que quelqu’un comme moi fait ici. Ce que quelqu’un comme toi fait à ses côtés. Tu sembles deviner cette fraction de pensée car déjà tu te redresses. Avec lenteur. Avec précision. Tes moindres faits et gestes frémissent à même l’air qui nous sépare encore. Ton corps, bien plus encore que ton esprit, n’aspire qu’à retrouver ce que tu lui as volontairement refusé. Vilaine, vilaine petite fille que tu fais.

*Approcher.
Contaminer.
Enivrer.
Recommencer.
Encore.
Plus.
Vite.

Tu t’installes tandis que mon regard ne quitte pas pour autant ton précédent emplacement. Je te laisse languir de plus. Je le devine. Je le sens. Moi aussi je le veux. Mais ne cédons point à cette pacotille de facilité aberrante, veux-tu.
Une caresse. Un effleurement à peine. Le geste transpire à la fois l’innocence incarnée et l’audace la plus coupable. Mes sens réagissent au quart de tour. Tout comme les siens. Certes pour d’autres raisons, mais est-ce seulement important de le préciser ? Je prends sur moi. J’avale l’insulte déguisée. J’accepte l’invitation. J’encourage sa dépravation. Ma silhouette reste pourtant immobile. Impassible. Statue de glace à la chaleur irradiante. L’enfant se voit félicitée pour le crime commis. Un instant de doute. Une seconde de friction temporelle. Elle aimerait plus. Ou peut-être pas. Ou peut-être est-ce moi ? Ou pas non plus. Tellement de questions. Je ne concède pourtant aucune réponse. Le manque est présent, si pas omniprésent. Il pèse. Il griffe. Il mord. Il hurle. Et parfois, il gémit.

*Non.
Oui.
Stop.
Continue.
Jamais.
Encore.
CRACK.

Des mots à peine murmurés. Rupture nette d’un silence bercé par le rythme de la respiration. La mienne. La sienne. La nôtre commune. Des syllabes accrochées fébrilement l’une à l’autre. Une histoire. Une constatation. Une supposition. Une danse aérienne qui trouve rapidement la mort. Cruel manque d’intérêt.
Information banale. Incandescente. Bruissement ininterrompu pour empêcher la fatalité de s’abattre telle une tapette à nuisibles. Ils le sont tous. À un degré différent. Insuffisant que pour attirer l’œil du prédateur. Quantité négligeable. Dommages collatéraux. Qu’ils savourent donc leurs derniers moments de gloire avant que ne s’abatte sur eux le Châtiment Divin. Que Dieu ait pitié de leurs pauvres âmes dépravées. Et, accessoirement, de l’absence des nôtres.

Un grincement quasi imperceptible vient s’immiscer dans notre douce rêverie. Sa langue de vipère vient me lécher la colonne vertébrale. S’incruste là où je ne l’ai guère invitée. Elle insiste. Prend si peu en compte mon propre ressenti. Mes sens se braquent à l’unisson sur son parfum imberbe. Sur le relent de bile acide que je m’efforce de ravaler. Autant j’arrive à contrôler mon image et ses apparences, autant je sais avec certitude que cela n’est point passé inaperçu auprès de la principale concernée. Elle jubile. Elle frétille. Son comedia del arte est assurément moins convaincant que le mien. Il y a matière à travailler. Bien, cela nous donnera une occasion de se revoir. Si après cette nuit qui s’annonce torride, elle le souhaite bien sûr. Et moi de même.
Elle tient à peine en place. Le contact physique se rompt néanmoins à travers une délicatesse exemplaire. Elle vient reposer le tissu là où elle l’avait contourné. Emprunt délicieux aux intérêts exponentiellement grandissants. Mais laissons cela à plus tard. Son excitation n’arrivera bientôt plus à se contenir dans un aussi étroit récipient. Il serait dommageable qu’il implose en présence de témoins gênants.

*Noir.
Rouge.
Vermeil.
Écarlate.

Lentement, probablement bien trop à son goût mais tellement nécessaire à maintenir cette indéniable besoin, je tourne mon attention vers elle. Ses iris crient famine. Son essence couine et grogne après l’ordre tant attendu. Son être tout entier se déchaîne à l’intérieur de cette prison de chair infantile.
Et pourtant … pourtant tu ne sais encore ce qu’il m’a fait. Ce bien ô combien précieux qu’il m’a pris. Es-tu seulement prête à encaisser la vérité ? Sauras-tu te contenir ? Quand un chien solitaire s’abat sur un présumé chasseur, la communauté ne réfléchit guère – elle l’abat. Aucun procès. Aucun jugement. L’ordalie par exécution.
Mais toi tu n’es pas un canidé … n’est-ce pas ?

Je me penche vers elle. A nouveau. Au ralenti. Nous nous effleurons sans jamais nous toucher. Je contourne son visage comme au ralenti. Mes lèvres dénuées de couleur artificielle viennent se déposer à proximité de son oreille droite.

- « Dis-moi donc quel est le bien le plus précieux d’une mère ? »

Il fait partie de la milice. Il porte son uniforme fièrement et clame à qui veut l’entendre qu’il fait la Loi. À ceux qui rechignent à plier le genou, il l’enfonce sans vergogne là où ça fait le plus mal. Je n’échappe pas à la règle. J’ai été bafouée. Malmenée. Humiliée. Mais j’ai l’habitude. Ce genre de comportement préhistorique ne m’atteint plus depuis bien longtemps. Peu importe ce qu’il pense m’imposer, jamais n’arrivera-t-il à la cheville de feu mon mari.

*Grince, grince. Gratte, griffe, frotte.
Souvenirs d’un fantôme translucide.
La mâchoire claque.
Le temps se tord.

Mais il a osé s’en prendre à mes enfants. A ces membres de la Communauté qui bravent les interdits pour retrouver leurs proches. Qui paient de leurs efforts quotidiens pour un vulgaire droit de passage. Il les menace. Il les arnaque. Il les insulte. Un coup part. Impossible de riposter. On s’attribue le mérite de leur butin. On les offre en pâture à quelque bête docile. On lance les paris. Cela ne les amuse plus. On les laisse pour mort.
C’est à moi de panser les plaies. C’est à moi de bercer les traumatismes. De chasser les cauchemars. Certains ne reviennent jamais. Ce sont parfois les plus chanceux. Il prend bien soin de garder une preuve de chacun de leur méfait. De leur couardise. Un trophée qu’il m’exhibe avec délectation. Qu’il me fourre là où il juge bon de le faire. Il s’octroie le droit de vie et de mort. De perdition et de prohibition. Il clame pour lui un rôle déjà occupé par un Autre.
Pauvre fou.

- « As-tu déjà entendu un cœur pleurer ? »

*Infection.
Gangrène.
Nécrose.
Fin.

Je me retire avec précaution de mon perchoir. Sur mon passage, je viens déposer un baiser éphémère à même sa pommette droite. Je m’y attarde un instant. Probablement trop longtemps que pour passer inaperçu. Probablement en aucun cas assez que pour satisfaire la demande. C’est minutieusement calculé. Si elle en veut davantage, elle se devra de le mériter.

Je retrouve ma position d’origine. Mon regard se porte naturellement sur la table qui abrite notre pécheur et sa cour de pigeons. Ma présence n’a pu l’échapper. Je le sais. Il sait que je le sais. Il se joue de moi. Encore une fois.
Mais il oublie que je ne suis pas seule ce soir. Ou plutôt, il néglige celle qui m’accompagne. Celle qui avale mes paroles. Celle qui s’abreuve de mon chagrin. Cruelle erreur de stratégie.
Tout dépend du point de vue.

- « Il te faut impérativement faire durer le plaisir. »

*Maintenant ?
Non.
Maintenant?
Non!
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MessageSujet: Re: Wild Animals   Jeu 30 Nov - 13:50

Elle s’approche. La sensible. Et les sens exacerbés de la nuit, la nuit noire et tumultueuse, furieuse silencieuse aux velours des plus cruels, qu’enlacent et corrompent  l’essence même de Kriss, palpitent et louvoient. Vers Elle. La sensible. Qui caresse l’orée de son être sans la toucher. Vers Elle. La sensible. Qui ploie son attention, la caresse et la soumet de ses gestes lents qui affament les sauvageries les plus animales. Les sidèrent. Et la laissent, immobile, statufiée.  Le souffle léger, aérien, si difficile dans ses poumons. Les muscles immobiles, brulant d’envie de bondir. Et ses lèvres, ses lèvres qui ne rêvent que de feuler, de laisser passer ses crocs qui ne désirent que de mordre. Comme on l’a mordu elle. Comme on lui a offert la mort, la renaissance. La fureur et la faim se mélangent dans une exquise envie de se laisser appartenir. Quelques instants. Peut-être. Juste un petit peu. Puisque ce n’est pas seulement sa fureur qui couve en son sein, puisqu’à celle innée du Phoenix se mêle celle d’Aritza. La fureur. Celle de vivre. Celle de tuer. L’envie terrible de s’associer aux noirceurs les plus profondes de celle qui se saisit d’elle.

Sa délicate commanditaire la contourne, lente et sinueuse. Serpent dont les écailles fines brillent d’un feu multicolore, brillant et hypnotique, qui s’incruste dans les iris frêles de celle si jeune encore. Aritza la possède. Sans la tenir en cage. Sans l’avoir vraiment. Sans même la toucher. Mais alors qu’elle s’avance, la femme a toute son attention, tous ses désirs, toute sa personne, pendue à ses lèvres, suspendue à son fil. A cette réalité éphémère et différente, qui n’est pas dans de plumes et de crocs, mais de langues fourchues et de politiques viciées. Ses yeux la suivent. Ses sens la perçoivent même alors que ses cils ploient sous le poids de cette retenue terrifiante. Crisse le long de ses os, l’envie de se jeter sur cette chair offerte, d’apaiser sa faim en dévorant l’énergie bouillonnante qui la fascine. Mais les lèvres nues parlent, murmurent, susurrent, cajolent ses envies orphelines, ses craintes solitaires et appellent plus encore à sa colère. Aritza la possède dans sa poésie dramatique, ces syllabes qui roulent dans sa bouche, qu’elle accouche avec légèreté, comme pour mieux l’appâter.  Kriss réponds, du même souffle, sans même réfléchir.

Ses enfants.

Cela la traverse et la balaie de tout le reste autour. L’énergie bouleversée de Kriss se confond à celle si puissante d’Aritza. Ses envies disparaissent pour ne plus être que les émanations lucides de celle qui lui ordonne. Un instant, l’espionne perd sa personnalité, son identité, pour ne plus être que cet ordre qui résonne tout à l’intérieur, qu’Aritza ne susurre encore mais qui ne saurait tarder à venir. Dans une fusion avec son énergie électrique, elle s’octroie les mêmes variations de son histoire à peine dite. Ce mépris, soudain si grand, pour celui qui appartient au gouvernement. Cette tristesse, rythmant en sourdine leur conversation presque anodine. Cette tendresse qui bruisse contre ses os, la tendresse pour les enfants, et aussi, l’instinct mordant de survie de ceux qui sont encore envie. Sous le voile d’une manipulation affective, la jeunesse naïve de Kriss s’habille d’une souffrance qui n’est sienne, et à laquelle pourtant elle répond, du bout des lèvres, comme offertes. Dévoilant alors là les plus grands maux qui la rongent et la dévorent de l’intérieur, cette tristesse sauvage qui se déploie sous ses pupilles animales, ce malheur profond qui l’empêche de dormir et fait naitre dans ses rêves les ombres cornues du Minotaure. Cette douleur qui emplie ses yeux verts du bleu pâle de la mélancolie. Qui fait sombrer son âme dans les travers acides de la nostalgie. Son cœur qui manque un battement alors qu’il se noie dans les abysses d’une déperdition volontaire.

Oui.

C’est un soupir. Un gémissement. Si peu de bruit et tant de tourments. Puisqu’elle retrouve dans les cris du cœur d’Aritza, les échos de ses propres souffrances. La peine immense, volcan de sentiments destructeurs, quand naissait un nouveau labyrinthe. Combien de fois son cœur n’a-t-il volé en éclat, alors que l’on déchirait son âme, encore et encore ? Kriss connait les douleurs intimes des blessures profondes qui jamais ne saignent, jamais ne se referment. Brulures vives et incendiaires quand vient la colère. Béante, quand vient la revanche, vengeance douce-amère. Car quand  se meurt les désirs de riposte, ne reste que le vide, violent, et la douleur que rien ne répare. Qui paiera pour les années passées dans les illusions ? Qui paiera pour sa sœur, brulée vive au feu de son indifférence ? Le cœur pleura et les yeux restèrent secs. Le soupir se meurt entre ses lèvres soudain sèches.

Le visage de Kriss se ferme, dans la métaphore impénétrable d’un tourment qui s’éteint, d’une faim qui se calme. Une paix, alors même qu’elle a baissé sa garde. Ce cadeau du néant à ceux qui ne désirent plus exister. Elle brille. La nuit dévore ses pupilles. Sa peau satine reflète les lueurs du jour.  Kriss brille, éteinte, alors que nait déjà ce monstre qui se noie dans ses désordres imaginaires. Un plan. Cruel. Dur. Pour celui qui osa blesser Aritza. Quand les lèvres l’embrassent, le visage se tend vers elles comme happé. Et s’il y avait une larme sans doute Aritza gouterait au sel de ses émois orphelins. Mais rien. Kriss ferme ses yeux, se laisse offrir une proie comme une douceur. Puis les rouvre, pleine d’une détermination presque froide. C’est qu’elle chante avec les oiseaux et tue les petites filles, c’est qu’elle navigue entre une monstruosité maladive et une innocence presque chétive. C’est qu’elle garde, comme un présent, les violences soufflées de la Dame qui parle et s’imagine déjà lui offrir ce qu’elle désire. Cette pulsion noire qui couvre sa peau électrique, qui la ravage de l’intérieur et l’apaise tout autant. Puisque sa faim sait que bientôt Kriss mettra fin à ses tourments.

La sensible s’éloigne. Le froid revient, comme le gel sur les marches des églises quand vient l’hiver.  Ou peut-être est-ce juste ce sentiment de soudaine absence. L’énergie est distante, la fusion ressentie évaporée. Un frisson secoue l’échine de la petite carnassière. Elle se repose sur le cuir de la banquette et une fatigue crisse sur son visage. Résonne déjà au loin les chants mortuaires. L’ordre est silencieux avant d’être oral. C’est la première fois qu’Aritza l’invite à la mort. C’est la première fois qu’on l’invite dans une danse qui lui est souvent solitaire. Un pas des deux avec une ombre. Avec la Milice. Avec le gouvernement. Kriss se soucie peu des lois. Kriss se soucie peu de la résistance. Kriss ne se soucie de rien, du moins, elle aimerait bien. D’ailleurs elle ne s’autorise guère à quelconque acte dans un sens ou dans un autre. Les lambeaux de révolte qui brulent en elle, sont des braises dont elle n’attise la chaleur, de peur qu’elles se réveillent. Mais ce n’est pas elle, vraiment. Ce n’est pas elle qui choisit la mort et le cadavre. Ce n’est pas elle, donc ce n’est pas grave. Et tant pis si l’acte s’apparente à de la résistance, ce n’est pas elle qui résiste. Elle n’est que l’incarnation maléfique d’Aritza, son ombre, porteuse de mort. Sa marionnette, son jouet. Son doigt se pose sur la surface pale du lait et tourne, comme tournent les idées dans l’esprit de Kriss.

Alors dis-moi. Je peux m’emparer de sa vie avec lenteur. C’est que je possède quelques armes cruelles et lentes. Des poisons aussi.

Il lui faudra apprendre la patience et la lenteur. C’est que, le petit chat se jette à la gorge sans réfléchir, souvent. Mais elle n’est pas aux commandes. Elle est la dague, l’épée, et elle attend que la main qui l’enserre l’invite à s’abattre.

Ou alors.

Ses yeux brillent alors que luit une nouvelle idée dans ses pupilles.

Les autres, tous les autres.
Ceux qui sont autour de lui, ceux qui le protègent.

Ceux qu’elle ne regarde pas.

Je peux les tuer un à un. Qu’il me sente venir.
Qu’il m’attende.

Elle murmure alors les ombres chinoises qui glissent sur ses murs et insidieuses effraient son petit cœur sauvage.

L’imagination est une lame bien plus cruelle.
Il s’imaginera mourir tant de fois et de tant de manières.
De celles qui lui font le plus peur, il éveillera ses propres cauchemars.

Un sourire glisse sur ses lèvres funestes.

Ce sera lent, ce sera douloureux, ce sera cruel.

Les lettres voltigent comme des lueurs dans ses iris froides. Kriss est lointaine quelques secondes, puis elle s’en revient.  Se retournant vers celle qui la commande, la jeune femme sort enfin les lettres qu’elle dépose devant Aritza, commandements passés à l’amer gout du travail mal fait.  Kriss marque une pause, puis glisse une fausse insolence, avouant à demi-mots la difficulté qu’elle a à contrôler ses propres désirs, et surtout, ces pulsions noires qui l’avilissent.

Et cette fois ci je serais sage.

Une moue caresse ses lèvres, l’ombrage d’une indécision soudaine. Elle lève ses yeux plein de doutes vers la marionnettiste, puis murmure, incertaine.

Quoique tu demandes Aritza, ta volonté sera faite.

_________________





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MessageSujet: Re: Wild Animals   Jeu 7 Déc - 11:49

Le temps ploie. Se déploie. Vague et divague aux grés d’envies que nous ne sommes guère innocentes à produire. Nous sommes. Nous avons. Nous voulons, non seulement avoir, mais plus encore être. Ou serait-ce plutôt l’inverse ? La réponse idéale, existe-t-elle vraiment ? Son goût est-il plus prononcé que celui de la vérité ? Quelqu’un s’en préoccupe-t-il ? Y’a-t-il véritablement une place pour un tel acte de rébellion dans une réalité qui n’aspire en aucun cas être rattrapée ?

Les pensées fusent. Les impressions résonnent. Tour à tour nous évoluons dans une parallèlité infecte. Infâme. Difforme. Obligatoire. Dans un monde autre que celui où se trouve notre complément d’objet indirect. Notre ancrage à ce qui est, ce qui n’est plus jamais et ce qui jamais ne sera. Nous échangeons nos positions. Nous nous croisons. Nous nous effleurons. Jamais nous ne passons à l’action. Une brise indéfinissable. Un souffle qui respire et transpire l’interdit. L’illicite. Nous évoluons dans un tourbillon émotionnel. Dans un trou noir dans lequel il est si tentant de s’engouffrer et si facile de se perdre. Ce que nous refusons ostensiblement. Moi plus qu’elle, il va sans dire. Mais je lui pardonne. Je lui accorde bien volontiers cette petite escapade nuptiale. Ce minuscule écart de conduite. Je l’observe en silence. Je m’abreuve de ses moindres faits et gestes. Je devine plus que je sais là où elle dérive exactement. C’est science ne m’appartient guère. Elle ne m’intéresse point plus. Chacune ses moments d’égarements. Chacune ses jardins secrets qu’il est beau d’entretenir sans jamais penser à les souiller. Car même si elle m’invitait à y pénétrer, il serait de mon devoir de refuser.

Elle part. Elle s’égare. Elle perd le nord. Elle manque de tomber. De chuter. D’abandonner. De M’abandonner. Je ne suis prête à lui accorder une telle sottise. Pas encore. Pas ce soir. Elle m’a appâtée. Elle m’a envoûtée. La promesse faite se doit d’être respectée sous peine de lourdes sanctions. Elle n’est sans l’ignorer. Alors je me permets. Alors je récolte les dommages et intérêts. Le contact. L’ombre d’un baiser. L’ersatz d’un rêve brisé. Je l’aspire à moi. Je la ramène à la vie. J’exige et saurai exiger qu’elle reste à mes côtés. Je suis être. Je suis avoir. Je suis vouloir. Et à travers elle, je serai pouvoir.

*Envie de plus.
Besoin de tout.
Création de manque.
Désir de combler les failles.
Rupture temporelle.
Et les ombres ricanent de plus belles.

Je me retire de l’avant de la scène. Je retrouve la douceur confortable du décor. De la figuration. Elle n’est pas bon public. Elle n’a d’autre aspiration que celle de me retrouver. De m’attraper. De me ramener. Ce n’est pas son rôle. Ce n’est pas dans ses attributions. Je refuse de céder à la vulgarité d’une telle facilité.
Le froid s’invite. S’installe. Ronronne tout contre nos deux échines. Lèche nos chevilles. S’enroule autour de nos mollets et débute sa lente et divine ascension. À l’image du serpent de l’Eden, elle s’engouffre. Elle enserre. Elle est chaude malgré son appellation. De gluant il n’y a que son apparence révoltante. Elle sait pourtant choisir ses proies. Plus encore ses alliées. Elle est enchantement. Elle est frisson. Elle est vertige. Et au plus elle s’enserre autour de notre anatomie, au plus elle s’imprègne jusqu’à l’essence même de notre péché suprême.

*Twinkle, twinkle.
Virgin star.
Makes no difference which poison you are.

Le temps reprend le cours de son histoire. Il aimerait se vouloir plus capricieux. Nous faire payer le crime d’une telle aberration. À moi plus qu’à quiconque. Mais il me connaît. Nous nous côtoyons depuis tellement longtemps déjà. Il sait que je ne céderai aucunement à quelconque forme de chantage qu’il pourrait me proposer. Ou m’imposer. C’est selon. Alors il grogne et ronchonne. Il boude. Il se détourne de moi. Il s’éloigne. Il va flirter avec l’interdit d’une autre table. Mais jamais sans totalement me relâcher du regard. Jamais en baissant sa garde. Jamais en me délaissant complètement de toute attention qu’il serait si fâcheux à gaspiller. Lui aussi n’est que le fruit d’une enfance bafouée. N’est autre que le rêve éveillé d’un attrait autre. Il cherche non pas à m’impressionner, mais seulement à m’inviter. À partager la danse. À contempler ensemble quelques bribes de cette illusion d’éternité.

Des mots viennent se glisser dans la conversation. Je la laisse parler. S’exprimer. Goutter à tous ces prémisses qui se lient et se délient au fur et à mesure qu’on dévoile des pans de leurs visages. La première approche est quelque peu vulgaire. Facile. Indigne d’intérêt. Je laisse couler. Petite erreur de débutant. Que je ne l’y reprenne point.
La seconde proposition n’est en rien comparable. Elle attise la braise. Elle réveille les cendres. Le monstre qui se tapisse dans l’ombre n’y est pas insensible. Je le sens qui bouge. Qui ondule. Qui susurre de sa langue aux deux extrémités quelque insanité qu’il me serait bien inapproprié de répéter. Alors je lui laisse la parole. À elle. Et l’imagination aussi. Subtil mélange de désir et de besoin. De reconnaissance. D’attention. De plus.
Ce que je peux sans nul doute lui procurer.
Pour autant lui faut-il encore le mériter.

*Gratte, gratte.
Brèche.
Crevasse.
Fissure.
Portail vers le néant.

Sa bouche exprime avec une complaisance non-feinte ce que son esprit lui inspire. Lui présage comme avenir radieux et incontournable. J’apprécie le spectacle, il va sans dire. Certes un peu brouillon, trop rudimentaire que pour être acceptable. Mais cela se travaille. Cela se peaufine. Au fur et à mesure des promesses. Au fur et à mesure des cauchemars que cela inspirera à celui qui ignore bien ce qui se fomente dans l’abjecte sillage de son propre égo démesuré. Il paraît que Dieu bénit les ignorants.
Il paraît tellement de choses à la fois.

Une pause. Un instant d’intense réflexion. Un saut dans le futur anticipé. Quelle impertinence. Quelle impatience. La fougue d’une jeunesse mal dosée. Jamais véritablement exploitée. Une pierre précieuse à l’état brut. Non-travaillée. Ou si mal qu’on ne peut que s’y blesser. Quelle aubaine pour elle que je n’ai aucune crainte à moi-même me blesser.

Elle finit par me tendre l’objet de notre premier délit. Celui nécessaire à déverrouiller la porte. À faire grincer le cadenas. Celui qui lui apporte au moins autant de questions que de réponses. Elle avoue par elle-même le péché commis. Le purgatoire se voit allégé d’une âme au moins. Je l’entends qui soupire. Qui couine. Il aimerait plus. Il aimerait autre chose. Dommage pour lui, car je ne consens toujours pas à partager. Pas ici. Pas ce soir. Lui non plus n’a pas été très sage …

- « Qui te dit que je préfère les enfants sages ? »

Je lui concède un nouveau caprice. Une infime torsion des lèvres. Un murmure visuel. Rien que pour elle. J’attarde mes prunelles encore un instant profondément ancrées dans les siennes. Une fraction de seconde. Un éclair foudroyant qui confirme ce qu’il n’y a lieu d’avouer à voix haute. Ce serait là rompre une partie de la magie. Et il serait cruel de ma part d’ainsi l’en priver. N’est-ce pas ce qui fait languir les enfants ?

Les documents m’importent bien peu. Elle s’en est peut-être doutée. Ou point du tout. Peu importe au final. Du bout de mes doigts gantés j’effleure l’enveloppe. Je caresse le tissu. Je connais déjà le contenu de ces rapports dérobés. Et toi petite fille … as-tu seulement osé les renifler ?

- « Ton impatience ne me laisse guère indifférente. »

Je finirai par t’enseigner comment la gérer. Comment l’amadouer. Comment la dompter. Du moins … si c’est ce que tu désires apprendre. Je peux aussi te montrer comment la contourner. Comment la faire plier. Comment la détromper. Je peux te rendre maîtresse de ces envies, de ces lubies, de ces folies. Je peux t’en dévoiler bien d’autres dont tu ignores actuellement jusqu’à l’existence.
Je peux tout.
Je ne peux rien.
À toi de déterminer quel guide tu aimerais me voir incarner.

*La paroi se fait grignoter.
La falaise est en train de s’effriter.
Les vagues frappent. Brisent. Cassent.
Il est temps d’agir.

- « Un premier se doit de s’éteindre ce soir. »

Mourir. Souffrir. Blêmir.
Tant de verbes qu’il convient d’utiliser, de malaxer, d’abuser ou encore de maltraiter. Mais ici-bas les murs ont des oreilles et sous les tables passent de si jolis pots de vin. Autrefois la sentence exigeait que l’on coupe la main du voleur. Puis le précepte a été abandonné. Trop de manchots ne peuvent décemment constituer une Grande Assemblée.

- « Il te revient de droit de choisir ta proie. »

Le premier est un présent. Une offrande. De qui à l’encontre de qui … là aussi le choix t’appartient. Je me suis d’humeur généreuse ce soir. Tu devrais en profiter. Les temps changent. La marée monte toujours avant de se retirer. Dans les tracées de son passage, il est coutume de trouver quelques cadavres. Exquis croquis.

- « Ici ou ailleurs. »

Je sais me montrer aussi magnanime qu’exigeante. Je sais ce que je veux. Je sais comment l’atteindre. Comment l’obtenir. Je t’accorde l’enivrance de la chasse partagée. De la danse à deux. Il ne te reste plus qu’à déterminer qui tu souhaites voir mener.

- « Sache uniquement que je t’observerai. »

Tes moindres faits et gestes.
Tes plus subtiles arabesques.
Tes secrets les plus inavoués.
Si tu veux être mienne, il y aura forcément un prix à payer.

*Les pas crissent dans la neige.
Le lac roucoule sous la frivolité de l’acte.
L’eau bouillonne d’impatience.
La gangrène se répand.

- « Surprends-moi. »

*Promesse d’absolution.
Prémisse d’abandon.
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MessageSujet: Re: Wild Animals   Lun 8 Jan - 17:37

Deep inside Her. There was A Memory.
A Dream of Another Lifetime. Or Maybe, a Nightmare.
When she learned that Darkness is less scary than Light.

Les lèvres parlent. Et cela sonne comme une prophétie. L’un devra mourir ce soir. Le cœur prédateur palpite. Elle n’a pas à être sage. Il s’affole. Elle peut donner libre court à son désir, lâcher la bride à sa faim. Elle peut … Ne pas être sage. Tuer. Et c’est un peu comme les autres jours. Puisqu’elle tue pour Elle. Mais ce n’est pas pareil, puisqu’elle tue pour une autre. Puisqu’on la challenge. Puisqu’on l’agace et l’amuse. Puisque. L’un devra mourir ce soir. Ses pupilles attentives se posent sur ceux de la table, et les dévisage, les uns après l’autre. Ils sont à elle. Tous. A elle. Elle doit les tuer. Quelqu’un lui a dit. Tues. Et c’est soudain diffèrent. Ce n’est pas son esprit las qui se choisit une proie facile. C’est à son appétit carnassier qu’on a offert un banquet. L’un devra mourir ce soir. Et elle peut choisir qui. Son œil s’attarde déjà sur un homme bien bâti. Difficile, sans doute, à atteindre. Mais ses yeux brillent de contentement.

Et puis, soudain, c’est comme si un verre avait chuté au sol et s’était brisé. Elle ose. Aritza ose. S’immiscer. La mort est oh combien intime. Quand elle donne la mort, Kriss montre son vrai visage, ses crocs et ses faiblesses sans le costume d’aucune de ses fausses facettes, masques alors inutiles. Quand elle donne la mort, Kriss est seule et elle n’a besoin d’être nulle autre. Jamais, jamais elle n’a tué avec quelqu’un d’autre. Jamais, jamais, un œil inquisiteur ne s’est posé sur elle. Et si l’idée est tentante, elle embrume son désir. Son nez se fronce. Ses yeux se font brumeux. Elle louvoie. Hésite. Puis soupire, relâchant alors son attention, acceptant derechef la requête de sa commanditaire .Si elle doit tuer pour elle et si Aritza veut être présente pour la première mort, ainsi soit-il.

Très bien.

Kriss hésite alors sur sa victime. Des idées jonglent dans ses yeux alors qu’elle parle de banalités à Aritza. Puis soudain une idée l’embrase. Et quand la milicienne se retire quelques minutes dans les salles d’eau. Elle souffle à Aritza. Autoritaire.

Attends ici.

Si Aritza veut voir la mise à mort, Kriss a besoin d’être seule pour poser ses griffes, piège cruel, sur la peau de la dame d’ordre. C’est peut-être sa revanche aussi. De ne pas lui montrer comment elle pose un piège. Peut-être son moyen subtil de la tenir à l’écart, de lui souffler qu’elle pourrait se saisir tout aussi facilement d’Aritza, sans lui dire comment elle fait. Sans lui souffler ses jeux d’ombre. Pour mieux la surprendre quand elle se lassera de lui obéir. Kriss marche calmement, et s’en vient se laver les mains, alors même que la milicienne fait de même. Leurs regards se croisent dans la glace. Les yeux bleus sont glaciaux. Les yeux verts sont brulants. Et joueuses sont les pupilles.

La milicienne est sans beauté. Le rustre couvre ses lèvres pincées, il n’y a guère de lumière sur son visage. C’est certain, nul ne la complimente, ou du moins, nul étranger. C’est certain, ces collègues se moqueront si elle s’invente le fantasme d’une beauté qui s’intéresse à elle. Nul ne la croira. Alors Kriss susurre.

Vous êtes très belle.

Puis virevolte, laissant derrière elle la milicienne médusée. Laissant naitre dans le silence qu’elle laisse, une idée. Une idée terriblement non gouvernementale. Qu’elle puisse aimer les femmes. Qu’elle puisse aimer leurs beautés et leurs lignes. Et même, peut-être. Avoir le secret désir de les posséder.

Satisfaite, Kriss revient. Et, s’installe. Il faut attendre, maintenant, que le poisson morde à l’hameçon. Et pour parfaire son piège, il lui faut montrer de l’intimité avec Aritza. Une intimité profonde, qui ne soit pas tant un masque mais qu’une vérité plus profonde. Aussi Kriss s’élance, déployant son âme sensible dans des sentiments qui lui sont plus ambivalents. Le Phoenix se brutalise, pour habiller ses pupilles de plus de sentiments. Pour faire douter la milicienne qui là-bas les regarde, couverte d’un doute. Elle parle. Elle parle du passé. Oubliant par ailleurs son court mécontentement.

Quand j’étais une enfant sage.

Cela commence, comme une histoire susurrée tout doucement. Sa bouche est moqueuse puis douce. Les yeux de Kriss sont plus lourds. Le fragment de souvenir est fragile, volatile, léger et presque, intouchable. Et pourtant, comme la plume que le vent balaie, il revient à elle, bouscule dans son esprit et sa logique prédatrice, habille de douceur son visage gracile. Il est profond, il est terrible, il est secret. Et c’est un secret qu’elle murmure.

J’ai fait une bêtise. Il était parti. Encore.
Alors, j’ai pris la main de ma sœur et je suis partie le rejoindre.

Elle ne murmure pas le pourquoi. Sa terreur nocturne. Son cœur qui battait la chamade. Et sa petite sœur qui avait posé sa main sur sa cage thoracique pour retenir son organe orageux. Ni ses larmes. Ni ses cris. Juste, la paix qui avait suivi ensuite. Le voile de la nuit sur le cuir de sa peau fine. Et les ténèbres douces qui avaient éveillées ses sens. Ce qui fut son plus beau souvenir d’enfance. Du moins, celui dont elle se rappelle encore.

Dehors, il faisait froid. C’était la nuit. C’était dehors. On pouvait entendre les hurlements des coyotes. Et les rapaces nocturnes hululaient quelques chants. J’aurais dû avoir peur. Je crois. Et je tremblais tant j’avais froid. Et pourtant, la lune était immense. Elle semblait grossir à vue d’œil. Elle nous éclairait. Et je sentais sa chaleur.

Ses yeux se ferment. La chaleur de la lune, encore, hante la prédatrice. La main chaude de sa sœur qui la serrait si fort. Ce sentiment, soudain, alors qu’elle ne faisait plus qu’une avec la nature.

Bien sûr, nous ne sommes pas allées bien loin. Nous avons trouvé une petite cabane. Et toute la nuit nous avons parlé, nous avons joué. Au petit matin nous sommes revenues chez nous. Et il était si tôt que personne n’était levé. Nous sommes retournées dans nos lits, et nous n‘en avons jamais rien dit.

Elle soupire. Et la regarde comme si elle lui déclarait une flamme.

C’était notre secret.
J’ai aimé ces aventures nocturnes.

Lentement Kriss s’approche et murmure à l’oreille d’Aritza.

La lune n’est pas si ronde, mais il est bientôt l’heure de la chasse.
Il va falloir que tu me suives. Que tu racontes les mêmes mensonges.
Puisque tu es là, il va falloir que tu lui montres à quel point tu peux ne pas être sage.

Elle susurre. Et crissent ses lèvres. Aritza veut jouer à chat, elle lui montrera comment le piège se referme sur ses victimes. Ses mots s’amourachent de leur sens, elle jubile.

Parce que ce soir, nous allons l’inviter dans notre petite aventure nocturne.

Elle souffle. Offrant alors le plus grand des honneurs, quand bien même elle n’ait guère le choix.

Et chasser ensemble.


Shadow me.
Be my weapon.
Let’s imagine a nightmare she can’t escape.

Sa main se saisit de celle d’Aritza. Impudique. Les miliciens sont partis. Mais pas Elle. La milicienne la regarde du coin de l’œil, qu’elle évite. Elle a mordu à l’hameçon. Un doute s’est logé en elle. Infime et brute, aussi tranchant que le diamant qui lui transperce le cœur. La porte du Masquerade se ferme derrière les fausses amantes, pour se rouvrir sur la milicienne, qui les suit. Kriss est joueuse, elle connait le labyrinthe des rues environnantes, les entrainent, plus profondément, là où personne ne les dérangera. Puis, quand la ruelle est suffisamment petite, suffisamment lointaine, suffisamment propice. Elle s’arrête. Se retourne vers Aritza dont elle retenait toujours la main. S’avance vers elle. Il y a dans ses pupilles, une faim immense que l’attente rend cruelle. Il y a sur son visage, les traits prédateurs d’un carnivore qui s’apprête à dévorer sa proie. Le désir inexorable de tuer quelqu’un. Elle fait reculer Aritza. Reculer et reculer encore. Jusque le bassin de la femme touche la pierre. Jusque son échine toute entière soit contre le mur, bloquée par son corps qui se pose contre elle. Kriss sent son odeur. Ce cou long et fin qui la fascine. Le parfum délicat de la femme qui l’affame. Une infime partie d’elle espère soudain que la milicienne ne viendra pas. Une infime partie d’elle veut découvrir l’essence de sa commanditaire, se saisir de sa beauté, de son désir, dévorer son énergie vitale. La chasse toujours, habille le chat de griffes et ses pupilles dilatées distinguent à peine sa proie de son commanditaire. Ses doigts quittent ceux d’Aritza. Et montent, lentement, le long de son corps qui est sien soudain. Puisqu’elle veut chasser avec elle et voir, les pires bassesses de son âme, Aritza lui appartient. Et de ce corps féminin, soudain, elle veut s’amuser. Ses mains se rejoignent autour de son visage, tirent les cheveux en arrière, pour entrouvrir ses lèvres.

Qu’elle embrasse.
Avec douceur, puisqu’elle ne la tue du même souffle.
Avec violence, puisqu’elle la possède davantage qu’elle ne s’offre.

Et derrière, en hémisphère, la vraie proie s’approche.
Ses bottes miliciennes claquent sur le pavé.

Et sans doute Kriss devrait déjà se retourner.
Mais elle attend, et attends, et attends.

Viole l’intimité de celle qui désire violer la sienne.
Se joue de celle qui veut impunément la voir tuer.

Qu’elle lui vende son âme - au diable.

_________________





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MessageSujet: Re: Wild Animals   Mer 28 Fév - 9:28

Dans un premier temps elle jubile. Elle exalte. Elle brille d’une lumière qui n’en est guère une. D’une lueur sombre que je suis peut-être bien la seule à percevoir. Ou à m’imaginer. Qui sait.
Elle devient plus grande. Plus imposante. Son essence s’éveille à la promesse d’un interdit qu’il ne lui a probablement jamais été accordé à voix audible. Un désir refoulé. Une envie omniprésente au même titre que oppressante. Une idée fixe. Une pensée autoritaire. Qui tourne et tourne et tourne encore. En rond. À l’infini. À l’image de ces pauvres canassons qui, jadis, faisaient le Bonheur des plus jeunes dans une fête foraine improvisée. Si je venais à pencher la tête un semblant vers le côté, je suis quasi certaine que je pourrais l’entendre ronronner. Roucouler. Et pourquoi pas, ricaner.

Puis vient la gifle. La résurrection de la réalité. Cette infâme Dame qui s’invite là où nul n’aspire à la trouver. Elle s’érige comme un phare dans le noir. Comme un édifice de marbre qui sort tout droit du sol et laboure tout sur son passage. Comme un phallus géant qui nait du néant pour n’aspirer qu’à lui faire défaut.
Une condition. Une aberration. Je veux. J’exige. Et je saurai exiger. Péché de gourmandise. Péché de luxure. À bien y regarder, les sept entités capitales se départagent assurément l’amalgame de ces quelques mots. Cinq. Il n’en faut guère plus pour faire basculer tout un monde. Pour instaurer le doute au-delà de toute une civilisation. Des us et coutumes tellement habitués à se plier à la moindre volonté du hôte premier, que ce dernier en oublierait presque les forces obscures qui l’entourent.
Je m’abreuve encore et toujours de ce qu’elle a à m’offrir. Soit-il contre son gré. Je la sens qui se crispe. Qui se tend. Qui me maudit sans la moindre once de retenue. Peu m’importe, j’aime à inspirer des sentiments autres que ceux quémandés par la postérité. Aurait-elle donc eu l’outrecuidance de me considérer comme tout autre et nul mieux ? Attention à tes insinuations chétif petit enfant …

*Colline.
Ravin.
Secousse.
Chute de pierres.
Début d’avalanche.

Les cinq étapes du deuil se disputent une conclusion connue d’avance. Une étape pour chaque mot. Un mot pour chaque étape. Pour terminer par l’acceptation. La sentence claque. Elle sera forcément liée à certains impératifs. Boulets obligatoires à former cette illicite alliance. Condition sine qua none. Je n’ai pas besoin de dérouler le tapis rouge. Pas plus que de réfléchir aux conséquences qui m’incombent désormais après avoir soulevé si légèrement le couvercle de cette délicieuse boite de Pandore. Je pèse. Je soupèse. J’aime ce que j’y trouve. Je trouve ce que j’aime tellement. Compromis parfaitement néfaste.

Quelques broutilles pour combler un silence persistant. Nous n’écoutons ni l’une ni l’autre ce ramassis de petitesse. Je la regarde. Je l’observe. Je continue de m’abreuver de toute cette information gratuite qu’elle daigne déverser si ouvertement sur moi. En moi.

*Caprice volatile.
Péché volé.
Volonté première.
Complicité éternelle.

Encore et toujours cette langue perfide qui crache et qui claque. Cette colère à peine voilée. Ces canines presque dévoilées. Elle se lève. S’étire. Commence lentement à dérouler son fil d’Ariane. Je ne la suis aucunement du regard. Je garde ce dernier posé sur ce point que je n’ai eu de cesse de fixer. Qu’ils posent donc leur attention sur ma seule personne. Qu’ils daignent donc relâcher un instant leur nombrilisme contagieux. Tous autour de cette table milicienne, ils ricanent et gloussent à l’image de cette volaille engrossée à l’approche des fêtes. De cette abondance. Corpulence. Moi, moi, moi, toujours moi. Que les petites gens contemplent donc la grandeur de mon égo. La noirceur de mon âme.
Mon attitude générale ne dévoile en rien mes plus sombres pensées à leur encontre. Je n’en pense guère moins. S’il m’était permis de les mettre à mort par ma propre main, croyez bien que nul ici présent ne quitterait ce sinistre lieu tel il l’a pénétré. Pourtant il n’en est rien. Je prends sur moi. J’avale. J’encaisse. Un peu plus, un peu moins. Sommes-nous donc vraiment à cela près?

* Craque.
Un verrou saute.
Crisse.
Une charnière grince.
Chante.
Une porte s’ouvre.

Elle revient. Elle s’installe. Plus proche que la dernière fois. Et il ne s’agit là aucunement d’un fait physique. Je la laisse faire. Poser ses marques. Réclamer l’acompte de son dû. Elle murmure. Elle susurre. Ses vocalises sont sucre et miel. Promesse et fiel. Je n’ai pas besoin de voir pour savoir. Pour plus que d’écouter pour entendre. Elle me dévoile un pan du mur. Elle soulève d’une pointe de méfiance ce qu’elle doit plus que probablement considérer comme sien. Je devrais m’en sentir flattée. Je le suis. Là encore, je n’en démontre rien. Mes propres songes m’envoient vers un passé tellement lointain qu’il m’arrive parfois à me demander s’il a vraiment existé. Bien avant la naissance de la Communauté. Bien avant l’érection du mur. Bien avant que je ne découvre le prix à payer pour être moi …

*Mère.
Sœur.
Frère.
Père.
Erase.
Rewind.
Gone.


Un soupire. Une déclaration. À elle. À cette autre que je ne connais pas. À la lune. À celle que nous avons toutes deux jadis contemplée. Sous d’auspices différents et à la fois ô combien semblants. Qu’espère-t-elle ainsi obtenir de ma part ? Un souvenir de la même envergure ? Un secret si bien caché qu’il faudrait une bêche pour le déterrer ? Un aveu de cette si vilaine culpabilité ?
Non.
Elle se rapproche davantage. Elle pousse le vice au-delà du raisonnable. Tout autour de nous, le silence se fait. Le temps se fige. Nous devenons le centre de toute une attention. Le trou noir qui aspire à lui seul la continuité du temps et de l’espace. Ses syllabes sont un appel. Une invitation. Le chant nuptial d’une sirène titillée.
Je suis sienne. Elle est mienne. Nous sommes ni l’une ni l’autre sans l’ignorer. Pourtant cela importe si peu. Le monde tout entier nous appartient. D’après Dante, l’Enfer c’est les autres … il a vraisemblablement omis quelques détails quant à l’identité véritable de ces derniers.

Une caresse. Un contact. L’utopie d’un ailleurs meilleur se dissipe. Éclate au grand jour. Le temps reprend son dû. La réalité s’impose à nous telle une évidence mise temporairement sur pause. Le bar a commencé à se déserter. L’approche du couvre-feu. Les obligations morales qui viennent frapper à la porte. Elle a tellement raison en prétextant que la chasse vient de débuter. Les prédateurs sortent de leur trou. La lune n’est effectivement pas ronde. Elle est jonchée de butes et de crevasses. De fissures et de cratères. Elle cache en son sein tellement plus que le commun des mortels est seulement susceptible d’entrapercevoir. Pauvres fous. Que Dieu bénisse les ignorants qu’ils disent. Et qu’Il préserve donc l’âme vide de ceux qui ne sont tout simplement pas apte à voir au-delà des apparences.

Elle m’attrape. M’agrippe. Me happe. Je me laisse guider aveuglement par la promesse muette ainsi insinuée. Je suis au moins aussi joueuse que elle. Qui se ressemble, s’assemble. Même si les opposés s’attirent. Ce n’est là que pure et indéniable vérité. Séparément nous sommes le danger incarné. La beauté vénéneuse. Le mythe rendu femme.
Mais une fois réunie … qui sait ce qu’il peut advenir d’une si banale soirée.

Elle avance. Je recule. Je recule. Elle avance. Les yeux dans les yeux. Les prunelles fixées mutuellement sur et dans un néant tellement appétant. Sous le regard appréciateur d’une Reine Mère, nous entamons les préliminaires à une union illicite. Nous nous entraînons l’une l’autre vers les abysses d’un autre monde. Vers les portes de notre seul purgatoire. Elle me dévore du regard. Je lui laisse volontiers le plaisir insane de ce vice de procédure. J’endosse tantôt le rôle de l’appât, tantôt le rôle de la proie. Je l’entends qui ronronne du fin fond de son gosier. Qui roucoule depuis l’essence même de son être. Nous nous comprenons. Nous nous complétons.

Jeu de mains. Jeu de vilain.
Et comme pour confirmer l’audace d’un énième péché … un baiser.

*Stupeur et tremblements.
Les dalles de l’Enfer s’illuminent.
L’antre brûle de mille feux.
Les âmes suffoquent.
Alors pour survivre …
Elles remontent à la surface.


Dans son dos, le claquement de talons sur le bitume indifférent. La respiration saccadée d’un taureau enragé. Le contact se maintient. Je ne le repousse ni ne l’intensifie. Je laisse à notre public le seul soin d’en définir la réelle définition.

- « Hum hum. »

Approche risible. Pathétique. Indigne du moindre intérêt.
Elle sourit. Moi aussi. Elle aspire. Je respire. Des parcelles de tissus. Des lambeaux de peau. Des morceaux de chair. Qu’elle prenne donc, je le lui offre bien volontiers. Et puis là, tout à coup, sur le bout de ma langue tout prêt à traverser le Grand Canyon … un souvenir enfoui. Un fantôme du passé qui surgit de mon subconscient. Le doux goût amer d’une chose qui aurait dû rester dans les limbes brumeuses. Que j’aurais aimé garder pour moi. Qu’il ne m’a jamais été ne serait-ce que envisagée de partager. Deux pupilles verticales. Rouge sang. Noir colère. Vert jalousie. Des phalanges d’outre-tombe qui se ruent vers moi. Qui m’enserrent la gorge. Et cette bouche affamée qui s’approche de la mienne. Cette cavité sans fond qui me murmure des mots inexistants que pourtant je comprends. Il est ici pour moi. Il me veut moi. Rien que moi. Je me sens flattée. Je me sens succomber. Alors je ne lutte pas. Je ferme les yeux. Et je l’attire plus encore vers ce corps en manque. Vers cet esprit en évasion. Vers cette vague de destruction.
Parce que je le veux.
Parce que je le peux.
DARKNESS FALLS.

- « Veuillez cesser cela immédiatement. »

Je sens autant que je devine une main étrangère se poser sur l’épaule de ma danseuse étoile. Une fausse note sur la corde raide. Un léger frisson. Un partage ô combien délicieux.
Nos visages se décollent. Nous détournons toutes deux notre attention vers celle qui la réclame si ardemment. Deux grands yeux qui s’agrandissent. Le cœur qui manque un battement. Le corps qui recule d’un pas. Faciès gangrené qui dévoile des dents trop blanches.

- « Il faisait froid. C’était la nuit. C’était dehors. Et la lune n’était pas vraiment ronde. »

*Vouloir.
Pouvoir.
Envie.
Besoin.


Ma main droite, toujours gantée, se glisse dans le dos de celle qui me colle toujours. Mouvement gracieux autant qu’audacieux en direction du bas. Trop lent et trop rapide à la fois. Il effleure les courbes plus qu’il ne les caresse. Il devine les contours. Il joue. Il flirte. Avec elle. Pour elle.
L’autre déglutit. Trop bruyamment. Aucune discrétion. À dire vrai, elle ne mérite aucunement que deux félins de notre trempe s’attardent sur un énergumène aussi peu attrayant.
Mais ELLE a choisi.
Alors qu’il en soit ainsi fait.

- « Etiez-vous une enfant sage ? »

Action ou vérité madame la milicienne ?
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MessageSujet: Re: Wild Animals   Jeu 12 Avr - 11:42

Une main se pose sur son épaule. Et le Phoenix s’embrase. Une main se pose. Sur elle. Sur sa peau fine. Sur le velours diaphane de sa carcasse carnassière. Comme si la milicienne pouvait caresser le chat, comme si elle pouvait poser sa main indélicate sur sa fourrure si douce. Et si seulement c’était une main amoureuse, des doigts qui glisseraient le long de son échine, se blesseraient au secret de ses désirs. Alors, peut-être Kriss accepterait le tactile de la femme glacée par la milice frigide et son manque de tendresse. Mais la main qui se pose sur elle est froide, et d’une poigne militaire. Elle n’a rien de tendre, rien de léger. Elle fait rugir le Phoenix sous le derme tendre. Elle fait frémir le monstre. Elle éveille la noirceur dans le pale de ses iris. Une main se pose sur elle. Et une voix autoritaire aimerait la remettre en cage. Une voix qui claque, à son oreille. Et sa peau qui s’électrise, glacée par le touché disgracieux. Et son cœur ralentit, sa pupille se dilate. La proie a mordu à l’appât. Ses lèvres s’éloignent de celle qui, muse, lui inspire les plus sanguines des tortures, et qui, à la fois, musèle ses appétits solitaires. A regret, la chasseuse rouvre ses yeux, se déconnecte de sa proie pour mieux observer celle qui s’en vient. Ses pupilles félines, dans un océan pale, se posent sur la milicienne.

La voix d’Aritza ensorcèle ses sens. Elle roule sur le velours de la nuit et frappe les tympans de sa douce mélodie. Elle raconte ce qui fut autrefois et qui est aujourd’hui. Et Kriss n’a pas besoin de susurrer ce que tant de fois son cœur crie sans être entendu. Aritza lit son âme, ce qui furent les premiers tourments du Minotaure bien avant qu’on ne l’enferme dans une illusion, ce qui est la noirceur de son cœur et qui pulse dans ses veines, sans raison, ni sens. Fureur froide, amour sauvage et cette violence depuis toujours inhumaine, reflet d’un maléfice qui parcourt les âges dans le sang des jumeaux Grimm. Le gant glisse le long de son dos, de ses muscles prêts à bondir, et de cette échine qui pourrait virevolter dans les airs et s’abattre sur l’étrangère. C’est une main tendre, nécrosée mais douce, qui tient en laisse les envies déplacées de Kriss. C’est un touché délicat qui enflamme son échine et la retient, statique, du bout de ces doigts qui commandent. Ses paupières chutent et se relèvent, un charme la possède. Aritza a posé une muselière sur le chat.

Mais Elle encore, qui s’agace du calme olympien de la femme fatale.

Cela suffit ! Vous êtes en état d’arrestation.

Les dés ont glissé dans la nuit et se sont échoués à ses pieds.
Elle a arraché tous les trèfles à quatre feuilles. Et brulé les pattes de lapin.
Il y a de ces espoirs qui naissent et s’envolent, comme des papillons de nuit dans le ciel.
Et ce destin qui frappe, le feu d’une réalité différente, corrompue, malfaisante. Invisible.

Kriss doute que la milicienne n’ait les mêmes rêves que les siens. Sinon, elle verrait deux femmes, fondues en une, comme les deux cornes d’un monstre au même visage. La glacée ne verrait pas l’illégalité, mais la monstruosité. Ce que le Minotaure est à l’histoire. Et le labyrinthe du dédale des rues qui les entourent. Elle ne verrait pas l’innocence candide dans les yeux de Kriss ou la faiblesse le long des lignes parfaites d’Aritza. La milicienne se retournerait, ou sortirait son arme. Elle ne verrait pas la romance mais s’habillerait de méfiance. Et puis, peut-être, elle fuirait. Ou frapperait avant de ne l’être. Elle n’agirait certainement pas comme si elle était le seul prédateur dans la rue.

La main gantée s’immobilise, le lien de douceur s’amenuise. La laisse se relâche. Et Kriss fait un pas en arrière. Son visage, théâtral, semble envahi par la peur. Et son souffle plus rapide. Ses yeux effrayés se posent sur sa maitresse. Elle balbutie à l’adresse de la milicienne. Métaphore d’une enfance prise au piège par les désirs d’une plus grande.

Elle essaie de m’emmener chez elle, mais je ne veux pas.

L’œil militaire la regarde avec froideur, et ce n’est pas tant le mensonge de ses lèvres qui la convainc mais le mensonge de son corps. Cette faiblesse des épaules un peu voutées, ce tremblement qui secoue ses lèvres. Et puis cette terreur qui allume son visage d’une noirceur toute enfantine. Elle sait pertinemment que Kriss ment, mais l’imagine fragile, et effrayée par un gouvernement qui pourrait s’abattre sur elle. Juvénile. Beaucoup moins sure d’elle que la brune qui la défie du regard et des mots. La milicienne reporte son attention sur Aritza.

Je vous embarque. N’opposez aucune résistance qui aggraverait votre cas.

Kriss est immobile, statufiée. La milicienne prend à sa ceinture, des menottes d’une métal aussi froid que l’expression de son visage. Elle s’avance vers Aritza d’un pas, la jaugeant du regard. Dans le coin de son œil, elle perçoit le mouvement de la danseuse d’ombre. Ou, peut-être le redressement de ses épaules. Sa voix claque dans l’air.

Vous aussi Mademoiselle, toute tentative de fuite sera grandement réprimandée.

Mais nul fouet ne pourrait se saisir de Kriss, elle voltige soudain. Sa chevelure caresse l’air et son souffle est si léger qu’inaudible. Elle attrape le poignet disgracieux de sa proie, cette main qui voudrait se poser sur Aritza sans comprendre qu’Aritza est sienne, et que personne ne la touche. Personne si ce n’est elle. Kriss la tords derrière son dos, alors que son pied frappe le mollet, la faisant tomber sur ses genoux. La milicienne tente d’attraper son arme, et quelques secondes l’arme menaçante est dans sa main, tentant de percer le ciel de sa fureur et d’atteindre celle qui dans son dos, la possède sans douceur. Mais Kriss envoie valser l’arme avant que la milicienne ne puisse retirer la sécurité. De la voix froide jaillit des menaces, dernier rempart aux ténèbres, qui frôlent la conscience de Kriss sans la toucher. Sa main arachnéenne se pose sur la gorge de la milicienne. Et ses doigts fins avalent cette énergie gèle qui émane d’elle. L’asphyxiant, la faisant taire. Devant même Aritza et sans la pudeur qui devrait être sienne. L’énergie volée couvre sa peau d’électricité, immobile, silencieuse, il émane d’elle une vibration insondable. Elle brille, astre noir, transcendée par le plaisir de la chasse, et celui, de sa faim qui s’assèche.

Ses yeux pales se relèvent vers sa maitresse, un sourire s’attarde sur ses lèvres. Aritza voulait voir, qu’elle regarde. Kriss s’offre toute entière, sans essayer de se dissimuler sous un faux masque, ou de fustiger la réalité pour mieux s’en nourrir. Elle souffle.

Tiens. Je te l’offre.

Sa main retient toujours la gorge de la milicienne, mais son pouvoir s’éteint. La prisonnière respire avec difficulté de grandes goulées d’air pour se resourcer.

Autour de la voleuse d’énergie, les ombres tournoient et virevoltent, inspirées par la violence de son cœur. Valse sur son visage, ombres chinoises, qui passent sur celui d’Aritza, mais jamais ne touchent la milicienne. Laissant sa peau blanche exposée à la lumière d’un néon. Une peau qui brille, sensible, alors qu’elles glissent lentement dans les ténèbres. Les ombres avalent la lumière, la dévorent, les dissimulent dans un écrin de noirceur. Incontrôlées et sauvages, elles ne rêvent que de se jeter que sur cette proie pale. Que la nuit s’empare d’elle aussi, et la laisse froide, sur le pavé, les yeux voilés par la mort.

Kriss murmure.

As-tu déjà expérimenté ton pouvoir sur un autre ?

Tyrell avait enflammé sa peau. Baiser cruel pour ces souvenirs qu’elle avait refusée de lui offrir. Sa chair en cendre, incendiée, nécrosée. Une douleur inconnue et terrible qui s’était abattue sur le velours de sa peau diaphane. Kriss avait cru mourir, quelques secondes. Mais le guerrier de l’hiver avait relâché sa gorge. Aritza est comme lui, elle porte les mêmes traces de nécrose, et ce même monstre qui palpite dans le fin fond de ses pupilles. Ses bras referment sa prise sur la milicienne, alors qu’à son oreille, Kriss lui souffle de se taire.

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Where you are afraid to go.
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