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 /!\ Amoral [Joseph]

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Opinion Politique : La Loi de la jungle, à la rigueur
↳ Niveau de Compétences : Niveau général 3 : 1 en Manipulation des émotions, 1 en Conjuration des esprits, 4 en Influence sanguine, -87 en amabilité
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La fiancée de l'eau
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Johnny Cash : Personal Jesus, Hurt - Depeche Mode : Lie to me, Stripped, A Pain than I'm used to - The Rolling Stones : Sympathy for the devil - Claude Nougaro : Tu verras - Alain Bashung : Sur un trapèze - Serge Gainsbourg : Melody Nelson - M
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MessageSujet: /! Amoral [Joseph]   Dim 1 Oct 2017 - 20:25

Il y a deux semaines


Le bois abîmé de l'étagère frotte et râpe la pulpe tendre d'un index.
Millimètre par millimètre, Charlie compte, du bout des lèvres, quand son doigt traverse le bord en une légère caresse.
Un, deux, trois centimètres. Trois centimètres dans un sens, trois dans l'autre. Dans un sens et dans l'autre.
Confuse, statufiée par ses automatismes imbéciles, elle tourne en boucle sur ses allers retours, incapable d'en sortir. Dans l'espoir idiot qu'après un certain nombre de paternes, la réponse lui parvienne, tout simplement - une idée, une ampoule qui se rallume. Ou alors, que le phénomène disparaisse, que ces foutus centimètres ne soient plus qu'un mauvais souvenir.
Une écharde s'enfonce insidieusement dans sa chair, plus profondément à mesure qu'elle appuie, encore, de plus en plus, jusqu'à imprimer la marque du rebord sur la peau tendre. Une brève piqûre, enfin, se rappelle à son esprit, la sort de ses compulsions dans un frisson intime. Un battement de paupières.
Dans une moue anxieuse, Charlie repousse l'album photo de trois centimètres sur son étagère, pour qu'il revienne à sa place.
Sa main quitte l'étagère avec une lenteur infernale pour contempler les dégâts.
De touts petits filets noirs s'étendent comme un soleil sous sa peau, du minuscule éclat de sciure infligé à ses chairs.

" ... Merde. "


Il y a dix jours


Son cri de stupeur et d'effroi alerte la voisine, qui sort en trombe de l'appartement d'en face, son propre clapet de misère. Secouée, les nerfs à vif, Charlie est incapable de lui répondre. Tremblante, elle regarde le sol, ne peut retenir un gémissement craintif. La vieille dame baisse les yeux à son tour, dans un hoquet de stupeur.
Le cadavre écorché vif, sanguinolent, la tripe à l'air d'un chaton aux pieds de la Rouquine.
Une gerbe de sang sur ses vieilles bottes, une traînée laissée sur son épaule gauche dans sa chute, droit sur elle.

Il y a trois jours


ON SAIT CE QUE TU AS FAIT


Minuit trois


Salle pleine, indécence dans les verres, décadence dans les narines, luxure des corps qui ondulent et concupiscence de ceux qui se pressent pour les voir...

La nuque tordue, le corps arqué, Charlie se hisse au dessus des silhouettes entassées du Little Darlings. Elle ondine, à son tour, à se frotter sur les ventres, s'écraser sur les dos, se hisser tout contre les épaules. Le regard frénétiquement en recherche d'un siège au fond de la salle. La fumée des cigares lui opacifient la rétine, brûle ses voies respiratoires; elle doit se résoudre à se fusionner aux corps autour d'elle pour espérer apercevoir. Fébrile, à bout de patience, Charlie repousse un homme sur le côté; elle ignore ses protestations puantes d'alcool et de colère avec panache. Elle se tend, encore, du haut de sa petite silhouette, dans un acharnement démentiel à voir.
Tout ça pour tomber le regard sur un fauteuil vide.
Même si elle jurerait y avoir aperçu une silhouette diablement familière, même si sous la torture elle se fierait à cette vision, il n'y a plus rien qu'une place vide.

"OH "

Un sursaut furieux. Stupéfiée, la rouquine jette un regard outré au barman derrière elle. Indifférent, monsieur lui fait mine de se pousser d'un geste autoritaire, pressé - qu'elle cesse de lui masquer la vue d'un corps plus dénudé, diablement plus sensuel que le sien. Alors, dans un soupir épuisé, exaspéré d'elle-même, Charlie s'exécute, rejoint l'un des tabourets libérés par le spectacle, les épaules basses et la mine défaite. Elle secoue la tête, les yeux portés sur les éternelles rainures du bar, celles qu'elle a dû compter cent fois et qu'elle connaît désormais par coeur. Tu es paranoïaque, voilà tout. Quelques mauvaises blagues et toi, tu hallucines. Nerveuse, Charlie frotte du pouce le pansement enrobé autour de son index, que dans un élan de rage elle a empiré, charcuté pour en faire sortir l'écharde. Si les angoisses se poursuivent, bientôt il lui faudra un bandage autour de la main pour masquer la nécrose.

Le coeur au bord des lèvres et le ventre serré, Charlie ignore avec mépris les silhouettes derrière elle, qui se dispersent sitôt le show terminé pour s'en venir quérir de nouveaux verres. Partout dans les angles de son regard, elle voit les filles qui dansaient descendre de leurs podiums pour quérir les clients les plus affolés par leurs prestations, les emmener à l'étage. Après de longues secondes à scruter tous les corps, tous les visages, elle s'efforce de renoncer à sa traque, se convainc tant bien que mal de sa folie passagère.

" Tu as de l'alcool ? "

Cette question étonne, elle prête à rire- ce que le barman ne manque pas de faire, d'ailleurs.
Soit parce qu'elle est un peu absurde dans une enseigne de spiritueux clandestins; ou encore parce que Charlie elle-même n'a jamais rien commandé que de l'eau, depuis quatre mois où elle vient livrer dans ce bar.

C'est presque une mélodie de satisfaction, qu'elle entend poindre dans la symphonie goguenarde - un écho malsain de perversion, le plaisir de celui qui se sent moins seul dans sa dépravation.

" T'en fais pas, ma jolie. " grogne t'il, un sourire assez affreux au coin des lèvres, lui qui jusque là se tenait à bonne distance de cette fille étrange avant ce soir. Dans une complicité aberrante, il se penche vers elle - fracasse la distance du bar entre leurs corps. Comme pour l'inviter au club - comme si elle était enfin des leurs. Elle peut sentir son haleine âcre quand il lui parle. " On y vient tous un jour. Et le premier est offert par la maison. "

Ce n'est pas ce monde qui s'inquiétera d'un signal d'alarme aussi évident de sa part.
Tout au plus il s'en réjouira, ma jolie.

" La proposition tient toujours ? " Joseph est à sa place, l'une de ses sempiternelles places. Près du bar,
dans un angle, là où il a une vue correcte sur les filles et les clients, sans pour autant se priver des plaisirs que le comptoir a à lui offrir. Il a le visage ouvert, l'oeil assez clair - du moins aussi peu noir qu'il peut l'être. Les traits du visage neutre, presque à faire croire qu'ils sont détendus - presque. Dans un sourire nerveux, Charlie pose son verre puant sur le bois rayé, écrase à son tour la distance qui les sépare d'habitude pour s'asseoir à ses côtés. Sans le toucher, elle est assez proche pour sentir la chaleur qui émane de son torse, et n'a presque pas l'air de répugner cette idée - tout du moins il est évident qu'elle s'emploie à le masquer. " Les verres après le travail. " Un murmure, une moue incertaine. Un peu plus familière, sans l'être encore autant que le commun des mortels. Exempte d'une séduction qu'elle ne sait pas faire, il y a pourtant une lueur étrange de docilité au fond de ses prunelles - comme un voile imperceptible derrière la rétine, une invitation à la compagnie, une fois n'est pas coutume.
Juste pour ne pas rester seule.
Quitte à jouer, maladroitement. Quitte à mentir, éhontément. Mais ne rien avouer, surtout, ce serait trop intelligent.
Juste parce qu'elle est terrifiée, putain.

Une moue délicate tord la courbe de sa bouche, supplante l'incertitude. Le liquide dégueulasse dans son verre est vidé de moitié en une gorgée première - et Charlie retient la toux qui menace de secouer son corps en réponse à cette agression brûlante. Totalement inaccoutumée, avec pas moins de soixante dix degrés dans le verre, il ne faut pas dix minutes pour que ses joues la cuisent.
" ... Tu n'es pas d'une humeur de sale type, ce soir, au moins ?  "
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MessageSujet: Re: /!\ Amoral [Joseph]   Jeu 5 Oct 2017 - 16:33

Il y a des jours où ce club ne me laisse pas mener mon existence. Pas comme je le souhaiterais, tout du moins. Il y a des nuits interminables, de celles qui me laissent m'interroger. Est-ce que ce putain de soleil va finir par se lever, est-ce que les chambres vont désemplir enfin, est-ce que l'on permettra aux murs de respirer un instant, libérés des exhalaisons poisseuses des obscénités qu'ils renferment ? Parfois, la réponse est simple. Non. Non, jamais. Quoiqu'il arrive, tout se reproduit le soir venu – alors, les chambres sont-elles vraiment vides un jour ? Ai-je parfois l'opportunité de profiter du soleil, haut dans le ciel, sans penser à la nuit sans fin qui point déjà à mes pieds ? Non. Certains jours, cela ne me dérange pas le moins du monde. Aujourd'hui est un jour comme ceux-ci.
Est-ce la résignation, la lassitude, ou tout simplement une jouissance quelconque que je trouve à ce quotidien, la réponse serait trop complexe pour que je sache la trouver. Toujours est-il que je n'ai rien à redire sur grand-chose, aujourd'hui. Je n'ai pas apporté le chien, que j'imagine se prélasser sur mon lit, néanmoins prêt à bondir aussitôt la clé dans la serrure à mon retour. Elle demande beaucoup trop d'attention, me dis-je amèrement. Une bienveillance dont je suis parfois incapable de faire preuve – mieux vaut attendre qu'elle grandisse et me soit davantage utile.
Dans mes pensées, je demeure patient sans y songer. L'observation des badauds est intéressante, celle des habitués l'est un peu moins. Il faut pourtant tous les surveiller du coin de l’œil sans qu'ils se sentent dévisagés, tout libres de leurs agissements qu'ils sont. Libres jusqu'à ce qu'il soit décidé qu'ils ne le seront plus. Il est pourtant impossible d'avoir un œil sur tous ceux qui peuplent le club.

Le verre entre les doigts, installé à un siège qui m'est habituel, je balaie la pièce du regard. Ce soir, la musique me semble agréable, les filles m'apparaissent séduisantes. Elles ne se débrouillent pas trop mal, me dis-je distraitement en portant les lèvres jusqu'au liquide. Toujours cette odeur, qui me rappelle qu'il ne faut pas en abuser – c'est pour cela que je ne m'y attarde pas. Cette odeur pleine de souvenirs, ceux de matins rebutants et de promesses déchues, et l'illusion que l'on apprend avec le temps. Le spectacle se termine et j'observe les couples se former, aller jusqu'aux chambres tranquillement, brûlants d'envie pour certains. Certaines filles traînent encore près des fauteuils, jouent de leurs quelques charmes avec suffisamment de conviction pour arriver à leurs fins. Battre des cils ne suffit plus – était-ce un jour suffisant ?, me demandé-je, blasé. Il faut remuer son cul proprement, menacer de lâcher les quelques morceaux de tissu qui subsistent encore, permettre à l'inconnu de frôler cette peau couverte de désir, d'une chair de poule véritable. Le vice s'immisce une seconde dans mon ventre et j'espère finalement bénéficier d'une nuit suffisamment courte, assez pour m'enfoncer dans la moiteur de draps qui ne sont pas les miens.
Détournant les yeux, soucieux de la propension que prennent les moindres de mes désirs, j'engloutis le verre d'une traite. Soucieux sans l'être, parce qu'il n'y a rien à y faire, à part observer ma lente, douloureusement appréciable déchéance.
La proposition tient toujours? La paupière s'abat sur mes songes, les écrase en un battement de cils. La coursière a presque tout vu de moi, de mon illusoire profondeur, et ce n'est pas toujours un plaisir de la rencontrer. Pour ce qu'elle me rappelle, pour les éternelles piqûres qui me renvoient aux frasques dont je suis capable, sans le vouloir parfois. Je lui offre un sourire poli malgré tout, pas mécontent pour autant d'être épargné de ma solitude. Les prunelles se collent à elle et suivent ses mouvements – le verre retient mon attention, m'arrache un haussement de sourcils. À l'inverse, ils se froncent lorsqu'elle s'assied à mes côtés, mais je ne bronche pas. Il y a anguille sous roche, hein ?

Les verres après le travail. La retenue qui émane d'elle, tout comme sa douloureuse absence de sex-appeal, dénotent violemment dans l'atmosphère. Dans cette atmosphère lourde, écrasante de luxure, étouffante de peau nue et de désirs lascifs dans laquelle je me complais, je peux pourtant concevoir son désarroi. Ce soir, elle n'en montre rien. Les effluves d'alcool parviennent encore à me remuer le ventre, suscitent encore un mouvement de recul de ma part, parfois. L'odeur émanant de son verre doit lui sembler répugnante. Un hochement de tête sans conviction en guise de réponse, je demeure silencieux– les verres, vraiment ? Subitement ? Un coup d’œil vers ce qu'elle a commandé au bar m'arracherait une moue mais je me contente de sourire, vaguement amusé. Charlie sait être amusante – à ses dépens, certainement, ou tout du moins ne le fait-elle pas vraiment exprès. Qu'importe. J'abandonne clients et employés divers pour ne dévisager que celle-ci, le verre à la main, prête à goûter à un délice de liberté. Plutôt volontaire, elle s'octroie une belle lampée et je m'en amuse. Putain, c'est sûr qu'il y a anguille sous roche.
Les joues se pourprent et je m'occupe de mon propre verre, décidant sagement – pour le moment – de ne pas ingurgiter trop vite. Dans quelques heures, il faudra lui trouver un endroit où se reposer, tenir sa mince carcasse au milieu des corps entassés, se faufiler dans une bulle de solitude. Ne pas trop la toucher, ne pas empiéter dans son espace. La ligne à franchir est mince, transparente à mes yeux et il me faut encore tâtonner pour comprendre cette fille. Charlie a dans le regard cette chose protéiforme, cet animal étrange et un peu sauvage. À chaque rencontre, il est toujours semblable et pourtant jamais le même. Ce soir, il ne montre pas les crocs si farouchement que d'habitude. Il est certainement opportun de s'en réjouir. Sur la satisfaction néanmoins, une couche de réserve.

« Ah, je crois que ça dépendra d'toi, ça. » Dis-je distraitement, les lèvres voilées d'un sourire. Préoccupé. Je n'aime pas la psychologie de comptoir. Je n'apprécie pas non plus les changements brutaux de comportement – quoique celui-ci m'arrange, en quelques sortes. Lui lançant un sourire en coin malgré tout, amusé et allégé par les quelques verres que j'ai bus, je la dévisage sans mot. Tant de questions à poser que je ne sais plus par où commencer. Tenté de rentrer dans son jeu comme je le suis de connaître les dessous de désirs si soudains, je demeure silencieux un instant. Serait-ce sa – notre – nature, qui la pousse inexorablement vers un beau gâchis ? Peu satisfait par une éventualité tout à fait plausible pourtant, je plisse les yeux. « Qu'est-ce qui t'arrive ? Chagrin d'amour, lassitude, grosse journée ? T'as besoin de t'donner du courage, un truc à annoncer ? » Demandé-je vaguement, sans vraiment y croire. Une petite gorgée et je m'autorise un lent regard circulaire sur la pièce. Elle désemplit tranquillement – certaines filles ont trouvé de quoi travailler, certains clients ne sont venus que pour les voir se trémousser. D'autres sont uniquement là pour boire, fumer, et rester jusqu'à être mis à la porte. « Quelque chose à fêter, peut-être ? » Certainement pas. Ou alors, elle est la personne la plus indéchiffrable du monde à mes yeux. Si je n'ai aucune idée de ce qui l'a poussée ici, l'animal terré dans sa pupille ne porte en son sain rien de joyeux. Toutes les occasions sont bonnes pour se noyer dans un verre, mais les mauvaises ont ça de particulier qu'elles sont absolument exquises. Elles sont reconnaissables, comme le nez au milieu de la figure. Je souris, désigne son verre d'un hochement de la tête. « Termine-moi ça et laisse-moi commander. » Sifflé-je. Sous entendu, tu vas vraiment boire ce truc pour fêter ta première cuite ? La première, je le suppose avec plus ou moins de certitude. Possiblement la dernière, aussi.

La paume s'écrase sur le comptoir et incite le barman à s'approcher de nous. « Qu'est-ce que tu lui as servi ? Mets-lui un truc de gonzesse, enfin... un truc plus buvable quoi. » Je demande également à être resservi, les glaçons en plus. Penchant à nouveau le visage vers la coursière, je mesure cette proximité qui nous sépare. C'est étrange, même à mes yeux, d'être ainsi à ses côtés. Comme deux collègues normaux, d'une grande banalité. Après des mois d'une distance froide, devenue naturelle avec le temps, elle brise notre petite routine et je résiste difficilement à l'envie dévorante de lui tirer les vers du nez. Terminant mon verre, je sors un paquet de cigarette et m'attelle à une routine, celle-ci, bien ancrée. Avant de ranger le paquet, je le lui tends. « Envie d'briser tous les tabous ? Sois sauvage, j'crois que c'est ton soir. »

L'atmosphère est tiède, d'une moiteur qui colle à la peau, qu'importe le temps qu'il fait dehors. L'intérieur du Little sera toujours gorgé de cette luxurieuse moiteur, me dis-je en laissant courir les prunelles sur la coursière. Charlie, quand à elle, me semble plus désespérante encore que d'habitude. Comme si elle ne savait pas prendre soin d'elle, subitement. Le doigt pansé de sparadrap, la peau fatiguée, le regard incertain. « T'es pas vraiment au mieux de ta forme. » Dis-je soudain, poussé par l'évidence. Il y a cette chose qui m'intrigue, cette curiosité malsaine qui m'incite à tout savoir – et puis, il y a ce désintérêt profond, cette lassitude. J'attends de voir si elle a quelque chose à me raconter – le cas échéant, je ne fouinerai pas ce soir.
Les verres posés sur le comptoir, je lui tends le sien en faisant la moue. « Ah, vodka pomme. Sournoise boisson. Allez, à la tienne ! » Entrechoquant nos verres, j'attends qu'elle goûte, l'oeil amusé. Puis je me fais la réflexion qu'elle aurait bien pu boire n'importe quoi, ce soir, même un de ses sempiternels verres d'eau.

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MessageSujet: Re: /!\ Amoral [Joseph]   Sam 7 Oct 2017 - 12:14

Il y a cette fille qui descend de son podium comme on franchit une porte vers le paradis du jeu - un sourire trop grand pour son visage et les yeux étincelants d'orgueil. Comblée de sa prestation, avide de ce qui l'attend encore - à se demander si elle n'exerce pas le métier de ses rêves, si c'est elle la personne aux désirs les plus assouvis en ce bas monde.

It's alarming honestly how charming she can be
Fooling everyone, telling them she's having fun

Il y a cette fille plus menue que les autres, avec ses tâches brunes sur le visage et ses cheveux trop bruns, ses yeux noisettes - elle ne danse pas, elle attend, comme enfermée derrière une boîte en verre. Attend qu'on vienne la voir, happé par son charme naturel, sans donner l'air de s'y attendre. Elle a toujours les yeux ailleurs et un sourire, un baiser au coin des lèvres. Une façon de les porter ses verres à bouche, indescriptible, désarmante.

It's alarming truly how disarming you can be
Eating soft ice cream
Coney Island Queen

Tant de façons différentes d'appeler sinon le désir, au moins la curiosité, et elles le maîtrisent toutes. Certaines un peu plus que d'autres.
D'une oeillade, Charlie avise Joseph qui les passe au scanner, comme toujours - plusieurs fois par heure, parfois sans avoir l'air de s'en rendre compte lui-même. Prendre conscience qu'il le fait avec toutes les femmes, même elle : à peine lui a t'elle parlé, le rayon fugace passe t'il sur sa silhouette discordante avec celle des autres. Mais Charlie n'a pas la force de se battre, ce soir, elle accuse cette routine sans rien dire. Seulement contente qu'il rebondisse après un silence, offre quelques secondes de répit à ses terreurs. Garde du corps illusoire, présence semi dissuasive. Ce soir, Charlie est une fille - la définition qu'il peut avoir d'une fille. Appelée par l'aspect de ses muscles, à se persuader que ça dissuadera des agresseurs. Protection sous contrat, compagnie à conditions - dépendant d'elle. Une moue septique tord ses lèvres, l'espace d'une seconde, un silence circonspect. Y avait il pire chose sur laquelle reposer ses attentes, que le charme attendu de sa compagnie.  

Baby's all dressed up with nowhere to go
That's the little story of the girl you know
Relying on the kindness of strangers

Les questions s'évadent, dansent dans la fumée des cigarettes. Pudique, rétive, Charlie élude les premières, peu encline à céder aux affres d'une curiosité superficielle. Même si tout dépend de ses inclinaisons, paraît-il. Alors pour faire oublier l'audace de son silence, elle exécute les ordres avec une docilité passive - fume sa cigarette, termine son verre. Dans la proximité inhabituelle et relative de leurs deux corps au comptoir, Charlie laisse aller sa petite taille à côté de la silhouette massive sans s'en défendre. Et sa gorge qui crament et tombe en cendres à la descente de l'alcool à brûler, et la douleur que la fumée inflige à ses muqueuses irradiées, ne la dissuadent pas de faire ce qu'on lui demande. Un bref silence. Au bout duquel elle concède, enfin, la voix enrouée par les sévices qu'elle s'inflige.

" On peut fêter mon quatrième mois ici. "

Elle pourrait rire de cette simple déclaration mais elle se retient encore de le faire. Une vague inhibition demeure, en sursis, érodée un peu plus à chaque minute par l'éthanol qui gonfle dans son système. Prélassés sur le bar, ses doigts fins font se consumer la nicotine acre des cigarettes quand, interpellée par les propos inquisiteurs de l'autre, Charlie oublie le cancer pour ces questions étranges. Sauvage. Ses paupières battent, le nez relevé vers le visage pour ne plus le quitter des yeux. Un peu rebutée par l'impudence abrupte de ce conseil, comme par la curiosité assumée, presque scientifique, de ses remarques. Elle ne les fuit pas, pourtant. Loin de ses réflexes habituels, elle ne s'en défend presque pas, ne l'agresse pas de concert; ne fait presque rien d'ailleurs. Rien que ses cils battant l'air et la torsion inquiète de ses lèvres. Fatiguée, peut-être. Alcoolisée, sûrement. Fragile, exceptionnellement. Une épaule de contenance se hausse pour unique réponse, ses doigts écrasent la cigarette déjà consommée dans un cendrier qui traîne. " C'est juste parce que je suis venue, que tu dis ça ? Faut avoir plus confiance en toi. Une fille n'a pas besoin d'être au fond du gouffre pour apprécier ton charme. " elle élude, en une tentative d'humour. Dubitative; mais l'hésitation comme dégonflée par la chaleur qu'elle sent monter partout - son cerveau, son nez, ses doigts, ses jambes.

Pacifique toujours, Charlie accepte le nouveau verre sans broncher, sans rien dire. Elle le renifle, une seconde, un peu rebutée par la description qu'on lui donne. Cède à la convention sociale des verres entrechoqués et attrape une nouvelle gorgée, défiant toute prudence. Cette fois, l'alcool irrite moins ses amygdales, que le sucre ne les apaise en une caresse mielleuse. Moins douloureux, quoique pas vraiment meilleur. Et si elle a toujours du mal à comprendre qu'on puisse aimer ça, Charlie entend qu'on en apprécie les effets. Les angoisses qui s'amenuisent et sa langue qui a envie de remuer, assez vite. Le monde autour d'elle a déjà l'air moins étouffant, elle a oublié ce qui la rendait paranoïaque quelques minutes plus tôt. Même les filles, elles l'intimident moins. Tout à coup, ce qu'elles font ne semble plus si difficile. Elle pourrait presque tenter de les imiter - réprime une pulsion compétitrice de monter sur le podium et leur faire voir, dans un sursaut de logique encore en place.

" Je préférais l'autre. "
boude Charlie dans une moue tordue, le nez posé sur ce verre pour en interroger le contenu, valsant avec la mauvaise foi quand bien même elle est la mère du mensonge. Tout est dégueulasse, de toute façon. Alors le goût n'est plus vraiment un critère. Il n'y a plus que le reste pour juger, et le reste ne lui plaît pas du tout. Boisson de gonzesse - sournoise. Charlie n'aime pas la sournoiserie, elle est dévote de franchise; et elle ne voit pas pourquoi il faudrait sexualiser ce qui ne l'est pas. Mais tu ne peux pas t'en empêcher, n'est ce pas ? De sexualiser les femmes - même celles qui ont vingt ans, même celles qui te rebutent. Il leur faut des caractères, une identité, il faut que cette identité résonne avec tes pulsions d'une manière ou d'une autre. Qu'elles les excitent, qu'elles les repoussent, qu'elles les apaisent. Il faut les dépraver, les femmes - ou te retenir de le faire. Entre les deux tu es perdu. Tu crois que je le vois pas, ton regard. Tu crois que je les entends pas, tes scepticismes. Déconcerté par la mocheté, incertain devant le manque de sensualité. Seulement Charlie a été condamnée à ne jamais être sensuelle, pour le crime d'avoir trop attendu - attendu que la malédiction de ses propres chairs putréfiables lui ferme à jamais les portes de ce paradis artificiel.
La petite mort, l'éternité.
Ce soir je voudrais qu'on m'aime sans penser qu'il y a de la matière dans ma poitrine ou de vide entre mes jambes. Tu peux faire ça, Joseph ? Tu peux faire semblant ? Ou tu es la plus mauvaises des personnes à qui le réclamer... L'implorer.

" Sauvage. " souffle Charlie dans un murmure après un silence pensif, du bout de ses lèvres qui remuent à peine. Changement de propos, de conversation, et un amusement qui se dessine tout à coup au coin de ses lèvres. Les yeux plongés dans le liquide translucide, fluide, frémissant dans son verres sous les à coups assénés au comptoir. Et elle sourit, Charlie. Chose rare. Plus exceptionnel encore, celle qui se faisait monocorde tous les autres soirs irradie celui-là, d'une batterie d'émotions contraires. Dans sa voix, sur son visage, dans la lenteur absorbée de ses gestes - de tout ça se dégage un voile dansant, comme la chaleur échappée d'un feu paille déplacerait l'air. L'insoupçonnable pouvoir de l'alcool, sans doute. Ca la rend presque humaine. " C'est ce qu'elles vous murmurent à l'oreille ? C'est comme ça qu'on s'exprime, ici ? " Elle vous promettent sans doute leur clémence si vous êtes sages. Elles jurent que ça ne fera pas trop mal. Elles mordent et elles croient que c'est une vraie morsure. Tout le monde veut bien le croire. Mais la vraie morsure, c'est à sang. La vraie morsure fait atrocement mal.  " ... C'est comme ça que tu les aimes ? Sauvages ? " Probablement pas. Dans une indécence relative, une limite d'ingénue, Charlie quitte son verre des yeux pour les amener dans ceux de Joseph. Un amusement latent éclaté en petits fragments au fond des prunelles. Une curiosité interrogative à son tour. On brise les tabous, c'est toi qui l'as dit. Elle sourit de plus belle, l'anomalie. Amenuise son verre d'une gorgée pleine, brûlée par l'alcool, anesthésiée par le sucre. Une chaleur démente plein la tronche, comme si l'air avait décidé de la brûler, d'un coup d'un seul. " Sauvage. " elle répète, le regard porté sur ces filles inaccessibles qui dansent, loin d'elle - dans une autre dimension. Une certaine ironie variant la monotonie de son franc parler habituel. " Toi tu sais ce que c'est que la vraie sauvagerie, pourtant. "

Tu sais que tu ne devrais pas me la conseiller. Tu sais que ce n'est pas vraiment un fantasme. C'est le talent de ces filles à le prétendre, et l'envie des hommes de le croire, qui donnent à ce mot la poésie grossière et sexuelle qu'on lui prête - prose vulgaire, éloquence de comptoir. Tu sais que la sauvagerie, c'est une boucherie sanglante qui détruit tout sur son passage. C'est cette petite chose au fond de nos entrailles qui les vide sans cesse et nous donne tellement faim, tout le temps. C'est ce qui nous tient en vie, au prix fort.
Je ne suis pas tes femmes, Joseph. Je suis toi; et ça te dégoûte.

Elle vide son verre. Et elle rit, Charlie. D'un rire bas, bref, mais suffisant pour dissoner d'avec le reste de l'ambiance. D'un doigt levé devant son visage, elle fait signe à Joseph d'approcher le sien. Je vais te dire un secret. D'un regard elle insiste. Dérangeante mais il en a vu d'autres, et la curiosité causera sa perte un jour. Elle s'approche. Tue les distances. Penchée tout contre son oreille, son souffle est une caresse. Un couloir aérien franchit l'entrée du petit orifice, jusqu'au bout du petit tunnel, pour vibrer sur la membrane. Bas, très bas. Intime aussi. Comme on se confie à un ami de longue date.
Comme on se livre au moindre inconnu au comptoir d'un bar clandestin...

" J'ai torturé des gens. " Et elle se recule pour le voir, pour qu'il la voie à nouveau. La main portée devant sa bouche, Charlie pouffe contre sa paume, comme si elle avait avoué avoir caché les lunettes de son père et accusé son frère. Déni, distanciation, amenuisement. Elles ne suffisent pas longtemps, ces défenses grotesques. Quand elle découvre à nouveau son visage, sa bouche est pincée d'une culpabilité atroce. Non, ce n'est pas une blague. Bien vite elle ne peut plus le regarder dans les yeux,
doit baisser les siens sur son verre dans lequel il n'y a plus rien à voir, le visage tordu, la gorge réduit à un filet d'air -
un filet brûlé. " ... Des tas de gens. " qu'elle s'étrangle à mi mot. Et l'émotion la dévaste, d'un coup, brève et fulgurante. Comme une vague, un éclair, un séisme dans son crâne - un frisson spastique de ses membres. Qui passe et qui s'en va.
Pour ne laisser que cet éternel murmure au bord de ses lèvres.
" Je pourrais faire agoniser tous ceux de ce bar sans bouger de là. Trois, peut-être quatre par quatre, aujourd'hui.  " dégoise t'elle dans un soucis de précision absurde, une spécificité non nécessaire. A quel âge. Quel âge tu as ? Vingt ans ?
Toutes les choses vraiment atroces naissent dans l'innocence. " ... Mais on ne soupçonne pas les filles. On ne soupçonne les enfants. On ne soupçonne pas le coursier. Qui pourrait croire que la gosse étrange, moche et mal nourrie qui livre les cartons est une arme mortelle.  " La faiblesse est la meilleure couverture en ce bas monde. " Et qu'est ce qu'on fait d'une arme quand on l'a entre les mains, Joseph ?  "

On s'en sert.
Les laisse pas faire, Joseph. Me laisse pas recommencer. Me laisse pas vous aimer - assez pour vous rendre ce service, Joseph. Laisse-moi loin de vous. Me demande pas d'y tenir. Ou protège-moi. Protège-moi des usuriers de vos armes.
Le coude sur la table et la tempe sur son poing serré, Charlie tord le visage vers celui de Joseph pour le voir. Proche. Assez pour sentir les odeurs qui émanent de lui - le parfum de bois chauffé qui émane de sa peau, les effluves de tabac et d'alcool dans son haleine, la lessive en extinction qui émane de ses vêtements. Proche, à voir le bleu clair de son regard qu'on voit trop souvent noir - mangé sous la proéminence de ses sourcils rocailleux, avalés par la dureté de son visage. Proche à dessiner ses rides d'expression, plis de rage rentrée, lignes de sérieux un peu estompées par les verres, et ce voile de lassitude qui gomme ses traits, qui les lisse. Un creux de combativité violente entre les yeux, éternellement, comme un point sur le front. Dans une salive difficile, la gamine réprime un instinct de fuite et son contraire. Absente, son regard s'égare sur la ligne d'une mandibule pour ne plus voir l'homme qui se trouve juste sous ses yeux. Pour admettre dans un souffle, cette confidence honteuse, tirée d'un livre pour enfant.

" Et si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde, je serai pour toi unique au monde. " Elle aimerait, Charlie.
La solitude est un cancer. La solitude te tuera, petite fille. Et la danse de l'air brûlant sur son visage. Et son regard fixé dans le vide de sa mâchoire - ses yeux qui ne sont plus là. " J'ai pas envie d'être sauvage. J'ai envie qu'on accède. J'ai envie qu'on me touche. J'ai envie qu'on me serre - envie d'en avoir envie. J'ai envie qu'on me parle et qu'on me réconforte. J'ai plus envie d'être seule. Mais je suis fière de résister... tu sais ? Quatre mois... Je vous mets tous au défi, moi. Je vous défie de le battre. Quatre mois sans une seconde de repos sur le dos de quelqu'un d'autre... "

Les mots décroissent, presque à mourir dans le murmure des derniers.
D'un maigre haussement d'épaules, Charlie renoue avec le ton idoine de ses propos. Dans un soupir, elle fait tourner son verre, avec la nervosité qu'elle aurait déjà dû ressentir. Accablée, tout à coup. Enveloppée dans une détresse atroce, une tristesse insondable. Mélancolie funeste à laquelle elle se refuse d'habitude parce qu'elle est trop grande, trop définitive, que la laisser venir serait se condamner à l'inertie totale. Parce que la tragédie est parfois tellement excessive, presque ubuesque, qu'il faut savoir l'ignorer tout bonnement. Il n'y a pas d'autre solution que de faire l'autruche, le mort. Sinon, c'est la démence. Le chaos et la sauvagerie.
N'y pensons pas, n'y pensons plus. Danse avec moi. Juste ce soir. Juste un oubli. Une autre forme d'oubli. Plus grande encore que le mort et l'autruche. Un mensonge.
Fais-moi oublier tout ce que je suis.


" Un autre. " gronde Charlie, vibre Charlie, en repoussant son verre vide.
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MessageSujet: Re: /!\ Amoral [Joseph]   Sam 7 Oct 2017 - 19:21

Sauvage. Le mot est pensé, mâché, vomi. Répété, étiré dans une brève torture. Mais il n'est ni dégluti ni avalé, il ne passe pas. Sceptique, certain pourtant de l'avoir prononcé naturellement, certain qu'il se serait noyé dans le liquide brûlant avec les autres mots, le silence engourdit ma langue. Une petite sagesse mûrit dans mon crâne. La coursière n'est pas celle qui m'a donné tant de fil à retordre, celle avec laquelle j'ai eu tant de mal à m'acclimater. L'alcool change une personne, exalte l'obscurité qui se niche en elle, les traits que quiconque ne soupçonne. Mais n'y-a-t-il que ça, ce soir ? Le sourire au bord des lèvres, cette moue demeurée inconnue jusqu'à présent, tord un visage souvent vierge d'émotions. Charlie est brusquement loquace, la verve libérée abandonne l'étau qui la détenait. Je devine ses lèvres alourdies, les membres alanguis par le poison qui roule dans ses veines et se distille. Sournois.
Le terme ne passe vraiment pas, se fait incisif entre ses lèvres, acide sur sa langue. Charlie prononce quelques mots à l'égard des prostituées et je me tends douloureusement. Nous prenons ce chemin, vraiment ? La jovialité illusoire de l'alcool coule dans ses yeux lorsque je tente d'apercevoir la bête qui sommeille dans ses iris. Ce bonheur liquide, cette insouciance si désirable, et si éphémère. C'est comme ça que tu les aimes? Sauvages. Le terme claque, presque agressif. Son démon daigne flirter avec le mien, dans une proximité douloureuse. Les prunelles fixes nagent les unes dans les autres, dans une houle délicate. Le calme avant la tempête. À l'indécence de son sourire, mes lèvres s'étirent de quelques millimètres. Cette fille n'est pas celle que tu connais, elle n'est pas celle qu'elle prétendait être durant toutes ces semaines. Je ne parviens pas à m'en inquiéter, curieux à en crever de savoir ce qu'elle a encore à me dire.

Le regret est cuisant lorsqu'elle reprend la parole. Le mot est transformé, lacéré de toutes part. Sanguinolent dans la bouche de Charlie, il retrouve toute sa saveur. Brusqué d'un tel changement de direction dans nos badineries, je pince les lèvres, infime et délicat trait camouflé dans ma barbe. La sauvagerie, c'est ce qui nous bouffe les entrailles. C'est cette chose immonde qui m'arrache les tripes, rebrousse sans cesse chemin au milieu de mes organes, lèche le palpitant d'une langue venimeuse. Lui insuffle ses miasmes moribonds. Le temps m'apprend pourtant à l'apprécier, à en savourer les caresses, à en demander les étreintes. Pire. Le temps m'apprend à en avoir besoin, à ne plus savoir m'en passer. Cette chose fait désormais partie de moi – a-t-elle seulement pu nous être inconnue, durant toutes ces années, Charlie ? Comme une maladie qui s'éveille, après une vie de torpeur. Des porteurs sains qui n'avions rien demandé, voilà ce que nous étions. Ignorants de notre propre nature, aveugles de nos désirs les plus enfouis. Le monstre danse avec celui de la jeune femme – jeune, je l'oublie. Elle a tant vécu que dans ses yeux se révèlent des années d'existence, et la sagesse d'une vieille femme épuisée. Son aigreur, et son amertume, aussi. De ces prunelles faussement rieuses, enrobées du sucre vieilli et envoûtant, elle me dévisage. Il m'est aisé de fixer les autres – parfois moins de répondre à leur contemplation muette. Mais je soutiens le regard, les murs se contractant encore un peu plus lorsqu'elle rit. De ce rire atroce, pourtant si bas qu'il ne fait que flirter avec mes sens. Happé par le mouvement de son doigt, par cette promesse de révélations, par ce regard débordant d'émotions, je m'approche. Mal à l'aise. Pour être mal à l'aise, il faut côtoyer suffisamment. Il faut s'ouvrir suffisamment, ne pas œuvrer de sarcasmes, ne pas s'enfouir sous le drap de l'illusion. Je ne suis pas prêt à le faire, pourtant, lorsque je m'approche. Mais c'est déjà trop tard. Son souffle est une lacération sur ma peau, une révélation trop lourde, un amas de plomb dans mon esprit. Je ne voulais pas savoir. Il aurait été aisé, et si agréable, si confortable, de demeurer dans mon ignorance. Dans mes quelques bribes de conversation, dans mon désintérêt latent, dans ma lassitude. Brusquement éveillé, le coup de fouet retentit dans mon dos et se prolonge, s'accompagne de frères en tout genre, qui claquent douloureusement.

La proximité est déroutante, affligeante – la chaleur de sa peau exhalant contre la mienne, la caresse de son souffle courant près de mon oreille, m'arrachant même un léger frisson.
Charlie fait éclater en morceaux cette proximité, avec tant de brusquerie qu'elle me décontenance. Lui offrant un regard un peu perdu, les lèvres résolument closes, je l'observe glousser comme une enfant. Je l'observe se parer d'une nouvelle illusion, qui me trouble un instant. Me rappelle, finalement, à quel point elle est jeune. Ses yeux se voilent – de culpabilité, me dis-je. Puis ils m'échappent. C'est un soulagement autant qu'une nouvelle difficulté à avaler. Le visage fixe, je fixe l'endroit où se trouvaient ses mirettes il y a quelques secondes. Torturé. Il ne s'agit pas là de frapper un homme jusqu'à ce qu'il s'étouffe dans son propre sang, il ne s'agit pas non plus d'étrangler une personne à pleines mains. Les doigts parcourus d'électricité à cette réminiscence, je les glisse sur le bar. Il n'est pas question de cela. La lourdeur de ses paroles m'en convaincs et je demeure résolument, inlassablement muet. Pas par gêne, ni pas distraction. Elle poursuit, éventre les vaines et presque inexistantes paroles que j'aurais eues à lui balancer, en guise de réponse. Le cœur battant, asphyxiant dans ma trachée, j'écoute de cette curiosité malsaine et douloureuse. Quatre par quatre. L'alcool me brûle le ventre, ses mots me carbonisent tout entier. Identiques à son toucher. Un hochement de tête presque imperceptible vient appuyer ses mots, d'une véracité bourrée de souffrance.
Je ne sais pas si c'est l'alcool, une de mes inlassables prise de conscience sur la vacuité de l'existence, les mots s'extirpant des lèvres douces et pleines de Charlie, ou encore l'intolérable cocktail des trois, mais la brûlure grimpe jusqu'à mes mirettes. Recouvre mon regard d'une horrible, insidieuse brûlure. Je n'aime plus l'intensité parce que je l'ai trop vécue. Je l'ai trop couvée en mon sein, trop portée dans mes entrailles. Je ne la supporte plus – pas par haine, ni par dégoût. Mais par peur. Il faut avoir la frousse de quelque chose pour le détester intégralement, sans concept. La vraie frousse, la crainte la plus absolue. Se détourner de quelques révélations, refuser les rapports humains au point de les accepter avec indolence. Et dans les yeux de Charlie, dans ses mots, coule une intensité que je ne suis pas sûr de savoir assumer. Pas après tout ce temps. Dieu sait que je la cherche sans jamais l'affronter. Je l'appelle sans jamais l'attendre. Je la désire ardemment, et j'ai peur de ne pas savoir l'assumer.

« On s'en sert. » Le murmure rauque franchit mes lèvres, brise la barrière qui s'y est érigée. Je ne m'en servirais pas, j'ai envie de répondre. De cette voix grave, bourrue, cette intonation rassurante. Mais il n'y a qu'un souffle pour s'extirper de mes lèvres. Je ne m'en servirais pas, je ne me servirai pas de toi. Les mots, seulement pensés, se font acide contre mes lèvres à nouveau closes. Je ne m'en servirais pas, je ne m'en servirais pas.
Je bats des cils. Suffisamment pour permettre à l'accumulation humide et incompréhensible de sécher, pas assez pour qu'elle coule et ne se cache dans ma barbe. Le visage de la coursière se tord vers le mien. Ce visage angélique, adorable. Trop pour avoir été, non pas seulement spectateur des atrocités avouées, mais auteur. Cette lèvre inférieure, pleine et charnue, surplombée d'une autre. Plus délicate, offrant à ce visage une moue gracile. Ces yeux clairs, cernés d'obscur, renfermant dieu seul sait quoi. Ayant assisté à l’œuvre du démon lui-même. Fidèle à son image, son odeur sait être douce et neutre à la fois. Seule son haleine renferme les effluves alcoolisées que j'affectionne tant, ces senteurs de liberté, d'une joyeuseté que nous n'avons pas décidé d'embrasser ce soir. Cet arôme déroutant de vérité.
La citation est électrisante. Elle me rappelle vaguement quelque chose, flirte avec mes souvenirs d'enfance, et je détourne les yeux. Charlie, si tu savais. Si tu savais depuis combien d'années, combien de décennies, depuis combien de millénaires je cherche cette personne. L'empêche d'avancer lorsque je la croise, désespère de ne jamais la trouver lorsque je me suis suffisamment isolé pour ne plus en entendre parler. Ça aussi, il faut l'assumer. Sans gilet de sauvetage, sans sirène d'alarme à tirer lorsque l'on fait le pas en trop, celui qui nous porte jusqu'à la ligne fatidique. Celle, étouffante, de la confiance. Du besoin.

Sauvage. Le terme déclencheur me tire dorénavant un frisson de gêne, intense et glacé. J'acquiesce, lentement. Je n'ai pas sa force, qui suis-je pour ne pas comprendre la fierté qu'elle ressent ? Chaque nuit, à chaque seconde de solitude, je vais m'entourer. De cette proximité apparente, d'une compagnie factice. La solitude n'en est que plus tourmentée, me plonge dans une lente agonie. Incapable d'échapper à la solitude, incapable de savoir comment m'y prendre, de m'assurer que je ne poursuis pas une chimère. Ne tenant plus, je souffle :

« Mais on est seuls, Charlie. Désespérément seuls, inlassablement seuls. À vie, destinés à être seuls. C'est ça, l'existence. Se prouver que l'on tient mieux que les autres, plus longtemps. » Une seconde d'hésitation. L'alcool exacerbe mon accent naturel, tire de mes lèvres des phrases construites, annihile mes habitudes américaines de trancher les mots à la racine. « Qui suis-je pour te dire ça... T'es courageuse. Plus que moi. Bien plus que moi, qui ne tolère pas une nuit de solitude. » Relevant les yeux vers elle, d'un regard anesthésié par l'alcool, je poursuis. « Quatre mois, j'y arriverais pas. Ce que tu as pu faire, je n'y arriverais sûrement pas. Mais je ne suis pas... »

La voix s'étrangle dans ma gorge et j'avale la complexité d'une dernière gorgée d'alcool. Le bonheur liquide mêlé à l'eau, terrible rappel à la réalité, n’œuvre pas comme je le souhaiterais. Subitement, je n'ai plus envie de savoir tenir sur mes deux jambes, tant pis s'il faut que le bar soit notre couche pour ce soir, si seul le sol pourra nous accueillir durant toute la nuit.

« J'avais peur de pas être bien placé pour tes confidences. Pas parce que j'en suis pas capable, pas capable de les assumer - quoique... Plutôt parce que mes méthodes ne vont pas avec les tiennes. Mais il faudra que tu fasses avec, cette nuit. » C'est toi qui est venue la chercher, ma compagnie. C'est à toi d'assumer mes gestes, mes paroles. Ce que personne ne supporte. Et je te supporterai, je resterai avec toi toute la nuit. Mes yeux ne jugent pas, mon esprit n'ose pas même prononcer ce mot. Jugement. Les gens ne comprennent jamais, Charlie, que mon jugement n'est pas une sentence. J'ai les yeux ouverts, écarquillés sur la réalité, que je décris. Il n'y a là aucune condamnation. Seulement la vérité crue, telle que personne n'aime l'engloutir. Il faudrait la cuisiner, l'enrober, l'adoucir de sucre et de quelques décorations toutes de joliesse faite. Mais elle n'est plus cela ; la vérité. Elle est une chose qui fait du bien à l'âme, au moral. Une chose que l'on ne se plaît pas toujours à regarder dans le blanc des yeux mais que l'on peut assumer, avec quelques efforts. La vérité, arrachée aux tripes, qui ose l'observer ? La regarder, la fixer, l'accepter. L'engloutir. Plus personne, Charlie.
Alors ne me prends pas mal.

La mélancolie, cette déchirante tristesse qui me révulse, se dessine dans ses yeux. Se meut dans ses traits, glisse le long de son visage, atteint ses songes, embrasse son palpitant. À mon grand désespoir, le chagrin ne disparaît pas.
Le verre glisse sur le comptoir et je l'accompagne du mien. Le barman nous sert presque aussitôt. Le cap est passé – l'envie de boire encore, malgré le dégoût, s'éveille dans son ventre. À chaque fois, je me demande si l'envie passera. Ou si j'ai seulement envie – besoin – de me noyer à chaque heure de la journée. À m'étouffer d'alcool, sombrer dans un sommeil engourdi, m'éveiller sans me souvenir mes maux de la veille, et boire encore. Oublier inlassablement.

Je l'observe, ne sachant plus à quoi répondre, la moindre des interventions de la coursière à vif dans mon esprit. Ne sachant plus par où commencer, mais certain dorénavant que je brûle d'envie de lui répondre quelque chose, les lèvres engourdies se préparent à s'animer.
Mais avant, la main glisse le long du comptoir. « D'accord. T'as raison. Il y a les vierges et les putes. La Madone et la Prostituée.  » Avoué-je, manichéen. « Elles ne peuvent pas être les deux. » Soufflé-je. Elles, ou Vous. « Un truc œdipien de base, si tu veux mon avis. J'y tolère des nuances, faibles. Fragiles. Et des complexités, quelques rares insondables. » Comme toi, que je ne sais pas classer. Sexualisée malgré elle, intouchable dans ce qu'elle dégage. « Tu en faisais partie. Mais tu as dépassé le stade de la pute. Je ne peux pas les écouter, parce qu'elles ne sont là que pour une raison. Pour la sauvagerie – que j'aime, que je savoure, tu sais ? J'aime ça, quand ça griffe jusqu'au sang, quand ça mord tant que le plaisir devient douloureux – une autre forme de plaisir. » À son instar, je m'approche lentement et ma voix se fait susurrement. « Quand ses reins sont douloureux, brisés après l'ébat, lorsque la peau est rougie, brûlante d'en avoir heurté une autre. Quand on me gifle. Les doigts serrés autour d'une gorge, le souffle coupé et le brasier dans le ventre. Un truc qui ne s'éteint pas, qui fait mal à force de crépiter. » Je ne voulais pas être indécent, pas comme ça. Simplement honnête. Il n'y aura plus de tabous, pas de faux-semblants, pas de sujets honteux ce soir. À chaque question sa réponse. « C'est peut-être bizarre, c'est peut-être horrible, cette petite, douce sauvagerie. Minime à côté de celle que tu as côtoyée. Mais pas forcément inconsistante. Peut-être que ça compense la vraie, la boucherie. Ou ça la banalise seulement, pour moins s'en formaliser lorsqu'on doit l'affronter. Encore et encore. » Après quelques secondes de silence, pour retrouver où j'en étais, je reprends. « Et toi, tu es... pure. Quoique tu en dises. À mes yeux, tu l'es. » Parce qu'on se ressemble, Charlie. Parce que tu regrettes, parce que tu as été un objet, parce que tu es jeune. « Même si tu le subis, même si tu n'en as pas envie. Parfois, on est ce qu'on reflète. Ce que les autres voient de nous, ce qu'il leur plaît de voir. » Peu désireux de parler à nouveau de moi, je fais néanmoins un parallèle interne avec ma propre personne. Ces choses que je dégage et qui, au fond, ne me ressemblent pas vraiment.

La main se décolle lentement du comptoir, s'élève, brise une nouvelle interdiction. Pour une fois, je ne vois rien dans son visage. Je n'y distingue pas les traits de ma sœur, ni ceux de Maisy, ni ceux de personne. Juste les siens, seulement cette coursière qui ce soir n'est pas vraiment la même et pas vraiment une autre pour autant. Les doigts, que je sais abîmés et dénués d'une douceur superficielle, éloignent une mèche de cheveux de son visage. S'apposent contre sa joue comme un pansement maladroit, touchent cette pommette brûlante dans un geste aussi spontané que désespéré de m'ouvrir à elle. Pour une fois.
L'abandonnent après la caresse éphémère, s'enroulent autour du verre. J'en vide le contenu en une fois. Il y a certaines chose à anesthésier. Endormir ce qui se prépare, le roulement dans ma gorge qui gonfle, prêt à éclater. La nouvelle barrière qui s'apprête à s'effondrer ne doit pas sentir le choc de son affaissement. À défaut d'une piqûre au creux du coude, je commande brusquement de nouveaux verres, avec empressement. Vide le nouveau de la même manière. Puis je réalise quel idiot je fais, quelle personne je suis. Les joues embrasées, la gorge endormie, l'esprit pourtant à vif, j'acquiesce lentement, anéanti devant mes propres vices. Lorsque je relève le visage vers celui de Charlie, le souffle rauque s'extirpe de mes lèvres avec difficulté.

« Je suis désolé. » L'idiot que je suis n'avait pas prononcé de tels mots, d'une simplicité effarante, depuis des siècles. Ces expressions apprises aux bambins, ces termes prononcés tous les jours avec légèreté, me sont devenus inconnus. Par fierté, par maladresse. Les mots sont usés, brisés dans le temps. Ils n'ont plus de signification, plus de poids. Mais il faut parfois les prononcer, lorsqu'ils s'écoulent comme un dégueulis d'authenticité. Regrettant le verre vide, ou que l'alcool n'agisse pas suffisamment vite, je dois pourtant continuer. La houle, si brève et contenue soit-elle, cherche à s'échapper de ma gorge. « T'es pas une arme. Pas toujours, pas pour tout le monde. » Éloignant le drame de mes paroles, je ne les explicite pas correctement. Tu n'es pas une arme à mes yeux, Charlie. Pas plus que tu n'es un monstre, une chose à utiliser. Parce que je suis comme toi. « On soupçonnera de toi que ce que t'es. Une coursière, une femme. Une personne. » Le sous-entendu, latent, m'écorche les lèvres – peut-être est-ce l'alcool qui parle. Mais pour celui qui le fera, pour celui qui me fera mentir ce soir, il n'y aura que ce courroux qui me démange en permanence, ce besoin de me déchaîner. L'expression la plus sincère de mes émotions.

« Tu peux jouer avec ta sauvagerie. Tu peux l'apprivoiser, elle. Te l'approprier. Oublie ce qu'elle t'a fait faire. Pour me morfondre, pour ressortir les saloperies du passé je suis le meilleur, crois-moi. C'est pour ça que mes conseils de vieux con sont utiles. Oublie, et fais avec. » La phrase est en suspens, de toute évidence pas terminée. Le mais est latent, au bord des lèvres. Je chuchote enfin : « Mais avec ce qu'on est, il faut composer avec. Pas se contenter de l'ignorer, il faut y céder un peu. Ça fait partie de toi, maintenant. »

Les lèvres lourdes, les songes assommés, les doigts frappent frénétiquement la dureté du comptoir. Plus fort lorsque le barman nous accorde un peu d'attention. Durant l'intervalle qui nous est offerte, j'apostrophe Charlie d'un mouvement de la tête. Lui désigne implicitement la mélancolie qui l'étreint. « Laisse couler ; l'alcool ne fait pas que te rendre plus heureuse. » Puis j'ajoute : « Un autre. »

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MessageSujet: Re: /!\ Amoral [Joseph]   Sam 7 Oct 2017 - 23:01

Un autre.
Un autre.
Un autre.

Seuls. Désespérément seuls, inlassablement seuls.

Cette philosophie se dépose comme un voile sur un moment dont Joseph croit bon de se défaire - mais pas tout à fait.
Du fond de son insondable mélancolie, son ouverture béante peut-être, ou seulement ses sens trop alertes à l'expressivité du genre humain; Charlie a cru voir les prunelles de l'autre luire de brefs instants. Comme un film réfléchissant, une vitre épaisse comme du papier à cigarette déposée dessus. Si c'est une vue de l'esprit - une des choses qu'on a envie de voir fi de leur exactitude - elle ne l'aide pas à sortir de sa tristesse latente. Mais elle la touche, cette larme imaginaire; en tout cas l'émotion qu'elle peut lire vraiment, qui l'amène à le croire. Si c'est l'alcool qui éclate les masques en mille fragments vains, éparses, sur les visages; ce soir Charlie est tentée de penser que ça ne rend pas la chose plus néfaste ou superficielle pour autant. Qu'ils étaient bien plus nocifs, ces masques, que toutes les liqueurs qui voudraient brièvement les faire tomber. Elle le croit à cause de cette émotion intense, mouvante et pleine qui danse dans son ventre, en lieu et place de l'inertie du vide. Elle le croit parce que peu importe le pouvoir chimique, magique ou ironique qui a pu l'amener à ressentir une telle vague, elle ne s'était pas sentie aussi vivante depuis quatre long mois. Tragiquement, maladroitement, positionnellement vivante. Et déjà, un accent arrondit les syllabes que prononce l'autre, les délient, le rendent plus réelles que quelques philosophies fatalistes jetées sur un comptoir. Ca, comme le souffle âcre, sali par la soirée, qui s'échappe par ondes de sa bouche en mouvement; la caresse parfois au gré des mouvements de leurs visages, leurs distances, leurs gestes de contenance. Vibrante, vacillante, profondément émotive, trop pour entendre la raison partielle de propos si défaitistes, Charlie en ressent au moins l'homme qui les prononce. Sa bouche se tord, rétive. Son visage échappe un peu à l'autre, boude à demi sur un autre coin du bar. Mais elle ne s'éloigne pas, se trouve même un peu l'envie qu'on ne vienne jamais l'obliger à le faire.

Pas une nuit de solitude. Une boule gluante éclate dans la poitrine de Charlie, surprise teintée d'effroi. Les mots sont forts - est ce qu'il exagère ? Voilà deux ans qu'elle n'espère plus dormir autrement que seule. Pas même un peu, pas même dans un instant d'égarement : cette porte s'est fermée à double tour à l'accès de ses envies les plus profondes. Le fossé est immense, à lui flanquer le vertige, tout à coup. A la révolter, aussi, un peu. Deux ans. Deux ans à s'entraîner, deux ans à s'épuiser, dans le but inavoué de dormir sans angoisse avec un autre un jour. Et toi, tu n'as qu'à te contenter de le faire. Toi ça ne te pose pas de problème. Toi tu dormais avec d'autres bien avant tout ça. Tu n'expérimentes pas plus de dilemmes aujourd'hui qu'autrefois. Et c'est injuste. Condamnée par mon âge, stoppée net par mon retard... C'est injuste.

Elle aimerait savoir ce que ça fait, tout à coup. Brièvement, furieusement; une curiosité farouche et vive, désinhibée par les arc en ciel translucides qu'elle digère encore. Empêtrée, Charlie se mord violemment la lèvre, pour s'empêcher de rougir. De demander. Bondit sur l’opportunité d'un silence rauque pour reprendre contenance dans un frisson tiède. Son regard ose un oeil attardé sur le visage de Joseph, qui s'efforce lui, de laisser tomber le voile de mélancolie hors de ses courbes. Troublée, Charlie attend qu'il daigne finir, sans une oeillade sur l'alcool qui le traverse encore. Son coeur se serre d'une angoisse idiote, à l'idée que la fin de ce verre soit aussi celui de cet interlude - qu'il s'échappe, qu'il s'enfuie, loin de cette fille bizarre et déprimante qui ne lui a jamais rien demandé et lui en demande trop maintenant, d'un coup d'un seul. Dégonfle dans un soulagement imbécile ensuite, sur la naissance d'un sourire un peu bêta à la commissure de ses lèvres. Tu ne pars pas.

" Ca me va très bien. " qu'elle murmure dans une moue contrite, une grimace d'excuse. Les vérités font foi, celles qui dérangent sont la mienne. Alors dis-les. Dérange-moi. Bouscule-moi. Je ne t'en voudrais pas. Je serai douce. Je ne mordrai pas. Incapable de quitter son visage des yeux, ni le plomb de chagrin qui alourdit ses paupières. Charlie sent son coeur pomper dans sa poitrine d'un rythme anarchique, au tempo des verbes et des silences, de tout ce qu'ils échangent et plus encore des choses qu'ils taisent. Elle profite du verre pour abandonner ce contact trop fort, pesant, se jette sur une nouvelle gorgée comme si elle avait fait ça tous les soirs. C'est toujours aussi mauvais mais la majorité de son cerveau n'a plus l'air de s'en rendre compte. Comme une connexion éteinte entre ses papilles, leur signal, et la réaction de rejet qui devrait s'en suivre. Et le monde danse un peu autour de Charlie - plus seulement les filles alanguies mais aussi les autres, et les tabourets, les bouteilles un petit peu. C'est pour retrouver une vision fixe qu'elle relève à nouveau les yeux vers lui, comme on fixe un point à l'horizon pour combattre la houle d'un navire. Joseph est tendu et Charlie interroge, muette. Quand il ouvre à nouveau la bouche, c'est comme pour la pousser hors de son siège. Comme s'il lui frappait le ventre pour la jeter hors de son assise stable, rassurante.

Les réponses s'étalent, à des questions qu'elle n'a pourtant pas posées - lien universel, psychique peut-être, aux désirs les plus communs de ce monde. La curiosité qu'on a tous, madones, putes et brigands, pour les choses intimes, outrancières. C'est l'assouvissement évident d'interrogations qu'elle ne pouvait qu'avoir. Joseph se penche, Joseph la singe, et Charlie se trouble. Pompe son coeur, un peu plus fort, puis au galop, empêtré dans son trouble. Les détails amènent un feu discret sur ses joues, tamisé par l'ambiance terne et obscure de Little Darlings sur sa peau blanche. Si les yeux de Charlie sont rivés sur Joseph, cette fois, c'est moins par crainte qu'il disparaisse en un battement de cils, que par incapacité à le quitter des yeux. La bouche un peu sèche, le regard vite embrumé. Pas de larmes - d'un truc plus profond, plus bizarroïde et dérangeant que ça. Parce que les mots sont hypnotiques et que l'homme qui les prononce est beau. Primaire et fondamentale, que cette réaction idiote d'inconsciente ingénue. Joseph a du charisme quand il dépeint le sexe, et toutes les choses primitives. Si proche d'elle que quand Charlie cherche son nez, elle le voit flou. Ce n'est même pas volontaire, quand elle dérive et dérape sur ses lèvres - elle ne sait déjà plus comment elle y échoue. Une salive épaisse et trop visible dévale sa gorge en une déglutition contrite. Et l'instant passe - un ange, aussi.

Confuse, profondément troublée, Charlie frémit dans un recul. Elle renifle un peu, attrape une cigarette échouée sur la table pour l'embraser d'une main fébrile. Elle élude son émoi dans une fumée opaque, le dissimule derrière l'écran volatile. Retient la toux, trop explicite, outrancière au radar même encore grossier de son autre. Elle laisse mourir cette expérience étrange, dans les compliments qu'il lui concède, lui arrachant un sourire vague. D'accord, je suis une tortionnaire pure; un bourreau jeune, une horreur bien brave. Si tu savais comme les mots que tu emploies sont ironiques, Joseph. Pute, madone, vierge. Pure. Si tu devinais l'évidence...

Pourtant il la fixe, à lui faire oublier la fumante entre ses doigts, au risque de les brûler. Indécise, Charlie se prête au jeu de ces yeux presque bleus, pas très noirs, dans une question muette. Et il la fixe, encore - comme s'il cherchait à voir à travers elle. Derrière la mélancolie de plomb et les volutes d'alcool, son âme et le parasite de l'enfer enroulé autour. Les lèvres de Charlie s'ouvrent pour poser une question qui meurt à leur frontière. Sa poitrine se serre d'émoi, son coeur cogne de révolte à l'idée qu'on la sonde. Un arc réflexe invoque un recul à son corps quand la main s'avance, elle le réprime dans un spasme. Malgré elle, les paupières de Charlie se ferment au contact qui la caresse puis la presse, un peu pour en fuir la réalité anxiogène, beaucoup pour se délecter de la chaleur de la peau contre la sienne. Anxiolytique naturel que l'éthanol qui débite dans les rigoles de son cortex; et son coeur qui meurt un peu de la violence soudaine de ce premier contact. Le premier depuis des mois. Il la renverse, prête à fondre en larmes. D'un coup d'un seul, dans la houle imbibée d'émotions ravivées trop fort, ce soir. Elle essaye de sourire encore quand il l'abandonne, indulgente, mais la tentative demeure incertaine. Et pour ne pas l'affliger encore, Charlie arrache la dernière bouffée à sa cigarette réduite en cendres, l'écrase dans un cendrier sans demander son reste.

Je fume pour oublier que tu bois, tu bois pour oublier ce que je te demande. Elle se contient encore à ses excuses, même si elle en mesure l'importance. A ses promesses, elle se brise. Prête à le supplier de se taire, maintenant. Parce que c'est presque trop - d'un coup. C'est plus qu'elle n'en a jamais demandé, même voulu ces dernières semaines. Plus qu'elle n'en exigeait de lui, plus qu'elle le supporte elle-même. Dévastée par une émotion trop vive, enfant sans filtre réfugiée derrière des barrières que cette soirée a désépaissies comme du papier à cigarette. Une personne. Charlie essaye. Dans une idée stupide, une mauvaise initiative évidente, elle achève son verre, pour noyer la vague. Inutile. Condamnation. Une personne. Les dernières paroles qu'ils prononcent se font difficilement entendre, derrière ce mot qui hurle et résonne au fond de son crâne. Charlie tremble, Charlie tangue, Charlie suffoque à essayer encore. Mais la rafle passe les dernières limites de sa gorge imbibée. Traverse les bords de ses prunelles avant qu'elle ne la sente. Coule en une cascade brève sur ses joues, qu'elle écrase d'un poing rageur. Bref, fugace flot qu'elle parvient à tarir.

Elle tousse, cette fois.
Et tant pis pour ce que ça veut dire.

" Je suis vierge. "
qu'elle souffle, aberrante, comme on se débarrasse d'un poids chauffé à blanc, à regretter ses paroles sitôt qu'elle les prononce. Dans une sagesse un peu spastique, elle repousse le dernier verre loin d'elle. Consciente que monde danse pour de bon, cette fois. Qu'elle n'a plus d'emprise et une faible conscience de lui, que déjà les prochains instants sont une roue libre.

" Tout ça est arrivé trop tôt. " elle gronde,
d'une voix un peu enrouée, à ne plus pouvoir le regarder. Ses ongles frottent sur son avant bras, nerveuse. Affolée.
Complètement bouleversée. "  Il n'y a pas que ce que je ferais risquer à l'autre. Ce que ce serait dangereux pour lui. Ce que la peau ne se contenterait pas de rougir. " Ce que le noir est un foutu gâchis dans un tableau aussi haut en couleur. Un tueur d'ambiance. Bouche à demi ouverte, en suspens, Charlie oublie de respirer une seconde. Son coeur, qui ne sait plus comment battre, oublie complètement de le faire. La respiration bloque, à faire perdre toute voix à la sentence qu'elle prononce.  " ... C'est la blessure. " Et ses yeux ne voient plus que son doigt grossièrement pansé, tout à coup. Et elle rit, Charlie. Un rire bref, tordu, spastique, mu rapidement en un sanglot de douleur pure. Un haut le coeur. Prête à vomir de terreur,
l'espace d'une seconde. Blessure profonde dans un moment d'émotion pure. Garantie de nécroser à l'intérieur d'elle-même.
Charlie fond en larmes, doit se presser les yeux à deux mains pour contenir la rafle ridicule. Quand elle reprend, pour se reprendre,
sa voix est méconnaissable, projetée en mille éclats vibrants par les larmes. " C'est foutrement pathétique, pas vrai ? "

Une personne pathétique ou une arme terrible. Le choix demeure irrésolu.
Mais elle lève la main, Charlie. Pour dissuader l'autre du moindre mot, réconfort aussi vain qu'humiliant. Elle se reprend toute seule. Inspire un air saturé par la luxure et l'alcool pour refouler les larmes en elle-même. Rallume une cigarette, lutte sauvagement contre une nouvelle gorgée, susceptible de la faire repartir. Elle l'élude, cet instant trop intense - cette confidence profonde, la dernière d'une longue série avant la suivante. Attend d'avoir rassemblé corps, voix, visage, pour ajouter d'un souffle encore rauque, tandis que sa main efface les derniers sillons sur ses pommettes blanches.

" Les vierges, les putes, les gentils et les salops; les riches et les pauvres, les hommes libres et les autres, les vivants et les victimes... Chacun divise le monde à sa manière. On a tous nos phares dans la nuit. Après tout ce qui est arrivé, tu aurais pu faire bien pire, comme dichotomie. " Elle se tord un peu, balaye excuses, dilemmes, doutes - les mélange un peu tous en un fouillis ému, trop proche - intensité bizarre, mojo de la soirée.
" Sois pas désolé. " Et elle ajoute, confirme, insiste, s'affirme. " Tu m'as jamais menti.  " Pas sciemment, du moins. Et qui ne se protège pas un peu quand on l'emmène au tribunal comme elle a pu le faire. " Tu m'as déjà promis deux des dernières choses qui sont encore importantes pour moi. Et tu n'as pas menti... T'es pas un salop, Joseph. Faut que tu fasses le deuil de cette excuse. "

Avec moi, en tout cas.
Pensifs, les doigts de Charlie s'emparent de son verre intact. Elle le fait tourner une seconde sur le comptoir, sans le boire. Tourne le petit slogan vers elle, moins par obsession que sous la pulsion d'une pensée à la dérive.

" Sans alcool, tu n'aurais jamais touché cette joue. "

Reconnaissons-lui ça. Flamme vacillante dans les bras du démon éthanol, Charlie laisse courir son regard dans l'assistance.
Elle l'observe, quelques secondes peut-être, secouée par une révélation soudaine. " ... J'ai pas dansé depuis des années. " Il y a peu d'hésitation, encore moins de continuité chez elle, quand Charlie se lève. Nerveuse, mais aussi obsédée qu'on peut l'être par ce genre de pulsion brève, fixe, dans un état tel que le sien, elle s'empare d'un pli de tissu sur la hanche de Joseph. Tire un peu dessus dans un geste infantile, une réclamation charmante. " Viens avec moi. S'il te plaît. "

Et elle insiste. D'un regard appuyé, une moue butée. Je suis seule, dangereuse, condamnée, pathétique - je veux au moins danser. Têtue, elle le fixe jusqu'à ce qu'il se lèvre. Offre un sourire de reconnaissance idiote en échange. Ne s'écarte que de quelques centimètres du comptoir, loin des spectateurs. Qui ne l'intéressent pas, d'ailleurs - rien ne pourrait moins le faire. Juste le mouvement. Juste un peu de lenteur dans ce monde qui se détruit trop vite. Le sourire de Charlie s'étire un peu, elle se niche autour de bras écartés autour d'elle. Contrat tacite à se contact auquel elle se refuse encore. Ses hanches bougent, un peu, très peu, dans le cercle que forment les épaules de Joseph. Apaisée, enfin. Charlie danse pour empêcher le monde de bouger. Et elle le regarde au dessus d'elle, dans ce sourire de sérénité bizarre, d'émotion dissonante. Enfin son nez ose se rapprocher de la gorge, pour s'y nicher dans un effleurement à peine tangible. Danse inerte, duo sans jonction entre corps, sans véritable toucher.
Danse pour oublier celle du monde, et que nous serons bientôt avalés par elle.
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MessageSujet: Re: /!\ Amoral [Joseph]   Dim 8 Oct 2017 - 17:12

La flamme ne naît pas de mes doigts, le tube mortifère ne se niche pas entre mes lèvres. Tout troublé que je suis, profondément remué par ce qui grimpe dans mes entrailles, les prunelles se fixent sur ces lippes ourlées. Charlie fume, contient dans sa gorge les quelques soubresauts qui doivent animer sa poitrine, sa gorge, son palais. Sa langue. Et je ne fume pas, je n'ouvre pas la porte à ce poison ce soir, ne ressens pas encore le besoin de combler quelques vides de cet artifice. Sous mes yeux, elle franchit les tabous, embrasse les interdictions. Personnelles et pas seulement, Charlie met le pied dans les limites posées par le gouvernement. Et je l'observe, contemple une chute éphémère, laisse le monstre s'en délecter. Les membres parcourus d'électricité, d'un courant brûlant – celui de voir les prémices d'une petite, douce déchéance. Celui de songer, malgré moi, aux affres de cette belle déliquescence.
La question avortée au bord de ces lèvres que je dévisage, nouvel interdit affriolant, le silence s'est installé. Ce silence, dans lequel dansent d'autres interrogations, trop abruptes peut-être pour être lancées, trop intimes, trop dérangeantes. Les miennes sont trop brusques – elles briseraient un instant, une atmosphère si désirable. Les murs du Little ont cela d'insidieux qu'ils permettent à la luxure de s'immiscer dans toutes les conversations, tous les esprits. Le péché roule sous la peau, danse le long des membres, enfume les songes. Pour un peu que tu y cèdes, il t'envahit, se fait intrusif. Transforme les silhouettes – les rend d'une grâce aveuglante, tant qu'il en deviendrait presque douloureux d'en éloigner les mirettes. La concupiscence sous l'épiderme, le sang s'attarde ici et là, emballe la poitrine et le reste dans une course effrénée au plaisir. Un plaisir qu'il faut assouvir, des besoins à calmer, le feu à éteindre. Ou bien en est-ce seulement ma conception, toute personnelle soit-elle.

Cruelle, Charlie abat ma lubricité d'une parole. Éteint le feu d'un peu d'eau gelée, douloureuse sur l'épiderme. Les muscles se bandent, la silhouette se tend à l'aune de ses révélations. Madone, pute, prostituée, vierge. Pure, pute, vierge. L'écoulement de glace n'en finit pas d'ensevelir organes et songes, les tasse dans un gouffre dissolu qui s'ouvre sous mes pas. À défaut de mettre encore davantage les pieds dans le plat, j'y sauterais immédiatement. Effaçant avec force les larmes salées qui tentent de noyer ses joues, j'ai toutes les difficultés du monde à ne pas la dévisager. Alors j'y cède, contemple son visage comme un livre ouvert. L'observe et suis incapable de me mettre à sa place, d'imaginer ses tourments, l'horreur de ce que je ne connais pas. Charlie n'est plus vraiment cette femme distante, celle qui creuse à pleines mains l'écart entre sa propre personne et les autres. Plus uniquement, me dis-je. Le fossé doit être creusé, à s'arracher les ongles sur ce qui la maintient encore au creux d'une relation humaine, à disperser les traces de sang autour de sa fragile dépouille. Seulement pour éloigner les quelques courageux, prête à montrer les crocs à chaque fois que nécessaire. Elle devient compréhensible, à ma portée malgré les zones d'ombre qui me sont parfaitement inconnues. Les questions s'entrechoquent et je remercie l'alcool d'anesthésier mes traits, de faire fonctionner mes songes au ralenti. Demeurant silencieux, le visage aussi dénué d'expressions que possible, je ne parviens pas à détacher mon regard du sien – s'il m'échappe, je n'ai qu'à fixer son visage. Les cils battant, parfois, m'octroyant une vue plus claire à chaque fois que les paupières se relèvent.
Charlie fait de même – à chaque fois qu'elle reprend la parole, la situation m'apparaît accessible, d'une évidence folle à certains instants. Mais je ne comprends pas. Certains aspects de son expérience abandonnent en moi une traînée imperméable, si épaisse que je ne parviens pas à la crever.

D'une fusion interne naissent un drôle de rire, puis quelques sanglots. Les émotions exacerbées se dénudent, abandonnent le voile de la pudeur à leur pied. Masse informe de tissus humains, dans lesquels s'entremêlent angoisse et ivresse. La silhouette de ses révélations n'offre aucune danse à mes prunelles avides – pire, d'un mouvement elle se rhabille. M'abandonne, déconcerté.
Trop tôt, mais quel âge as-tu ? L'affaire était emballée au crépuscule de ma prime adolescence. Il fallait le faire – une étape parmi d'autres, peut-être expérimenté trop tôt ; comme les autres. L'ombre paternelle ne s'est jamais contentée que d'assombrir notre décor. L'ombre savait être marionnettiste, elle savait attraper avec agilité les quelques fils qui nous rattachaient à elle. Savait comment nous devions nous mouvoir. À cette pensée, il n'y a sur ma langue aucun regret acide, pas même la trace d'une amertume doucereuse. Il y a des choses dont il faut savoir se débarrasser.
Alors je ne comprends pas. L'envie de le lui dire m'incite à mordre ces lèvres qui ne cherchent qu'à s'animer. Il n'y a là rien de pathétique, me dis-je avec distance. La main s'élève, impose un silence auquel je me soumets.

La cigarette s'embrase, fruit d'une pulsion que je ne conçois que trop bien. Le ventre vide, creusé d'émotions luxurieuses désormais évanouies, les doigts s'occupent autour du verre. Les larmes ont dessiné un sillon frais sur ses joues pâles, n'ont pas le temps cependant d'emprunter les sillons de son épiderme qu'elle les détruit avec empressement. La discussion s'oriente vers moi, trop brusquement après les révélations et j'acquiesce avec distraction. Encore incapable de lier les deux personnes qui viennent de s'ouvrir à moi – est-ce la même, vraiment ?
Pourtant, après une seconde d'hésitation, il paraît évident qu'elle ne peut qu'être une, indivisible. Destinée à ne pas se mêler aux autres, à ne pas ressentir les tourments de l'humanité. À ne pas savoir corrompre son corps pour le plaisir, à n'être obligée que de le tordre pour l'horreur. Enfant d'une dualité monstrueuse, femme altérée dans sa grâce. Le marionnettiste déliant illusoirement ses attaches ne pouvait être que d'une cruauté indue. Toutes les choses vraiment atroces naissent, véritablement, dans l'innocence.
Sois pas désolé. Ses justifications n'ont qu'une ténue portée à mes oreilles, je lui offre pourtant un hochement de tête. La poitrine se gonfle, prête à éclater, porte en son sein un profond soupir. Tu ne sais pas, Charlie. Tu ne sais pas. Me rencontrer un jour puis un autre, c'est parfois aussi déroutant que de tomber nez-à-nez avec le monstre lui-même. Avec cette chose, à l'apparence hideuse, au souffle fétide dans mes entrailles. Il y a les bons jours, les mauvais, les atroces. Les jours terrifiants, les heures douces comme le sucre, les semaines d'enfer personnel. À brûler ce qu'il me faut éloigner, à tout prix. À ravager le peu que je porte encore dans le creux de ma main, et il m'est parfois impossible d'accuser la chose. Elle ne fait qu'exacerber les maux, les péchés, les vices profondément enfouis – une liqueur toute personnelle, conservée avec égoïsme. Elle se boit toute seule, n'a pas besoin de trôner sur le comptoir d'un bar ni même de s'apprécier au fond d'un verre. Elle coule dans le gosier inlassablement, sans qu'il soit besoin de la quémander. Mais cette liqueur, tu la connais – tu as la même au fond du ventre.

Cette joue. La conversation revêtant les aspects d'une normalité toute apparente, je relève un regard vers elle, réalise alors qu'il avait glissé ici ou là, perdu dans la masse difforme de mes songes. Sans alcool, il y a des milliers de choses que je n'aurais pas faites. Toucher cette joue aura été l'une des moins regrettables.
A-t-elle seulement déjà dansé ? La pensée fulgurante, toute autant que la réaction de la coursière, m'arrachent un sourire. La femme n'en termine pas de flirter avec l'enfant, et les joues me chauffent à l'idée de laisser courir sur elle l'ombre d'un fantasme. Vraisemblablement troublé par l'alcool qui annihile les quelques traces de moralité, vains stigmates d'une vie passée, je ne réponds pas immédiatement à sa demande. Tu ne peux pas me faire ça, Charlie. Tu ne peux pas titiller ce qui me bouffe, espérer ne pas être touchée dans le processus par des péchés hissés à leur paroxysme. D'un mouvement tranquille, glissant de mon assise, je la rejoins pourtant. Reconnaissant qu'elle ne nous entraîne pas au milieu de la foule, incertain aussi de connaître mon rôle dans la fugacité de son caprice, je suis le mouvement. Enlace une silhouette fantomatique, parviens encore à sentir un filet d'air s'immiscer entre nos deux poitrines. Te rends-tu seulement compte, Charlie, de la torture que tu infliges.
Il est aisé de suivre le rythme tout empreint de lenteur qu'elle impose, ardu de ne pas presser son corps contre le mien. Comme il est d'usage de le faire. N'ayant qu'une brève, presque inexistante pensée à propos des quelques regards qui peuvent encore s'attarder sur nous, je balaie les autres de mon esprit. Tous ces autres, ceux qui sont là et ceux qui ne le sont pas. Ceux qui hantent mon esprit, ceux qui déambulent avec lenteur au milieu des tables. Incapable pour autant d'évacuer l'atmosphère lourde du Little, elle s'insinue dans ce mince filet d'air, glisse et s'enroule le long de mes poignets. La tentation se fait obsession, s'impose en moi, fracasse de ses gros sabots les mœurs obscures qui vivotent encore ici ou là. La chose gronde dans ma poitrine, son susurrement s'intensifie, laisse courir une langue de serpent sur ce qu'elle atteint. Les organes empoisonnés, la peau parcourue d'un frêle frisson, l'esprit nageant dans une eau brumeuse, étouffante, envoûtante. Les grandes perles bleues, parfois teintées de gris, cherchent les miennes. Les trouvent, à défaut d'avoir autre chose à caresser que ces prunelles.

Il s'en veut. Joseph est consterné, un peu mortifié de la désirer. D'apprécier la houle qui renverse son corps, la vague d'envie, de cette envie suintante de luxure, dégoulinante de promesses. La houle qui cesse sa progression tout au fond de son ventre, rallume le brasier encore crépitant. Toujours crépitant. Le sexe est une porte de sortie tout autant qu'il est une entrée en matière, il s'acoquine inlassablement de tous ses autres vices et les souille de sa marque indélébile. Sa sexualité est irascible, ses désirs sont salis d'instabilité. La chair lui permet de ne pas être seul, jamais trop longtemps. D'oublier les affres d'une maladie innommable, les douleurs internes et intangibles que l'intrus lui provoque, d'oublier ce qu'il est. Abandonner un peu de son être dans chaque perle de sueur, se donner momentanément à quelqu'un d'autre, récolter une douceur toute féminine sur le bout de la langue. Seulement pour édulcorer cette existence, les tourments de cette vie qui est offerte à tous et dont il n'est pas l'unique, chanceux bénéficiaire. Si quelqu'un veut bien de lui, si quelqu'un le trouve ardemment désirable, c'est que Joseph ne doit pas être si terrible. C'est bien qu'il a quelque chose, n'importe quoi, à offrir.
Mais pas à elle, pas pour elle. C'est mauvais, malsain – même pour lui. Charlie, inconsciente de ses demandes dans sa naïveté touchante, s'offre à peine à lui. Suffisamment pour remuer les flammes qui lui lèchent le bas-ventre, largement pas assez pour justifier un tel désir. Mais il ne lui en a jamais fallu beaucoup. Le tout s'embrase d'un regard, un geste, une flagrance. Dans ce monde, rares sont celles qui se refusent complètement à un instant d'intimité – lorsqu'il n'y a plus de plaisir que celui de la chair, comment y résister ? Lorsque c'est encore l'acte le plus naturel qui soit, quand il est impensable – presque ridicule – de chercher à poser les fondations d'une belle relation...
Mais pas avec elle. La sensation de son visage près de son cou, la masse de cheveux à quelques centimètres de ses lèvres, Charlie lui tord le ventre. Sans même le toucher, elle enfonce la lame dans ses entrailles et la remue à chaque seconde qui passe. Et à trop y penser, il ne voit plus que ça. Son désir, gonflé comme un monstre de luxure, écrase tout sur son passage.


Lorsque les bras prennent leurs aises et s'enferment autour de la silhouette, il faut les rouvrir. Lorsque les cuisses menacent de s'effleurer plus que de raison, il faut les reculer – une poignée de centimètres suffit. Il faut tout mesurer – la spontanéité arrachée à cet instant étrange est encore la seule chose qui me permette de conserver un peu de clairvoyance. Bloqués dans cette étreinte presque mobile, dans cette danse imperceptible, je sens les paupières se fermer. Une seconde, me dis-je. L'alcool me les alourdit – je m'en convaincs. Et sitôt sont-elles closes, sitôt les cils s'embrassent-ils, les effluves me parviennent. Son odeur, ce qui émane d'elle après cette soirée, et quelques traces des cigarettes fumées. Le cœur battant, la brûlure enflammant rageusement mes entrailles, le visage se décale. Les paupières se rouvrent, dans un effort qui me semble surhumain. Si je reste là, à seulement me mouvoir avec elle, tout sera bientôt gâché. À force de penser à ce que je désire d'elle, tout sera gâché.
Il y a des tas de chosent qui seraient gâchées, si j'osais dépasser la limite. Si mon invitation était prise au sérieux – elle ne fera pas, me dis-je durement. Charlie n'acceptera jamais. Et tout sera gâché quand même. Les nouvelles incertitudes se mêlent, affolées, aux doutes persistants.

« Lorsque ça a commencé, je n'ai vu personne. » Soufflé-je, la voix rauque, l'accent à couper au couteau. « Personne pendant des semaines. Je n'allais pas bosser. J'étais – je me trouvais répugnant. Qui aurait voulu de moi, de toute façon. » Si je n'en voulais pas moi-même. Enseveli, étouffé sous n'importe quelle drogue, tant qu'elle était capable d'endormir tous les maux cet esprit désormais malade. « J'ai pris tout ce que j'ai pu pour oublier. Mais on n'oublie pas qui on est, alors... » Les murmures ne sont destinés qu'à elle, prononcés à voix basse. Surtout lorsqu'on assiste à peine à cette incompréhensible déchéance. « J'ai rencontré quelqu'un. Par hasard, qui m'a plus ou moins fait reprendre confiance. » Pas tout à fait, mais suffisamment pour enclencher le processus. La nuit passée avec la Russe voile mes lèvres d'un vague sourire, tiré par ces réminiscences. « Il fallait juste faire semblant d'avoir une existence normale, tu sais ? Quand tout est pourri jusqu'à la moelle, quand rien ne va, faut continuer à expérimenter ce qu'on faisait avant. Faire ce que font les autres, pour goûter à un peu de normalité. Pour espérer que la réalité nous rattrape pas trop vite. » De ma part, un léger silence se poursuit. Éloignant deux mains oubliées près du corps défendu, j'en relève finalement une le long de nos ventre, poitrines, de ses épaules. Laisse un doigt se hisser près de sa mâchoire, l'incite à relever le visage, lui imposant alors un bref contact. « Tout guérit, si tu es suffisamment patiente. Les marques s'oublient, la peau se refait. Sens-toi désirable – tu l'es. » Le souffle, incertain, s'extirpe hors des lèvres. Comme s'il n'y tenait plus. Tu n'es pas cette gamine moche, tu n'es pas une pauvre fille pathétique. Tu n'es pas sauvage, tu n'es pas une arme. Ce soir, immédiatement, tu es même particulièrement accessible.

Il ne sait pas si ses prunelles expriment ses pensées. Une part de lui espère que ses pupilles sont désespérément insondables – l'autre souhaite seulement que dans l'orage de ses iris danse un peu d'émotions. Il y a des choses qui resteront toujours coincées dans la gorge – pas toujours, mais c'est l'impression qu'il a en cet instant. Comme il pensait n'être pas capable de présenter des excuses, pas si facilement. Peut-être ont-elles été si aisées à sortir parce qu'il n'est pas l'objet des maux de Charlie. Pour lui, il n'y a rien de compliqué ni de dégoûtant dans l'acte qu'elle craint tant. Il ne comprend pas la difficulté, intense, qu'elle semble ressentir. La blessure saura guérir, comme les autres - avec ce qui rôde dans leurs poitrines, dans leurs entrailles ; pire, avec ce qui souille leur âme, la chair nécrosée ne lui semble être qu'un grain de sable.
Et puis, il a toujours aimé ces délicates causes désespérées. La joliesse de la souffrance sur les traits, la douceur des tourments dans le cœur. C'est pour ça que la vie n'a jamais été simple pour lui, que ses relations sont chaotiques, tumultueuses. Parce qu'il choisit celles qui sont blessées, celles qui font écho à ses propres écorchures. Les gens qui n'ont rien vécu, rien vécu de terrible, ne sont pas intéressants. La beauté se révèle dans la douleur. Alors, Charlie, il la trouve soudain très attirante.


Si proches que nos souffles pourraient se mêler, que ses yeux n'ont, pour quelques secondes, plus de secrets aux miens. La lumière tamisée du Little fait danser quelques ombres gracieuses sur ses traits, donne à son regard encore un peu plus de profondeur. Lui arrache quelques années infantiles pour y plaquer davantage de féminité, à son insu. Cette fausse proximité est une torture. Abaissant le visage de Charlie d'un mouvement lent, les mains retrouvent leur place initiale. Effleurent désormais douloureusement la peau couverte de tissu, plus près que jamais depuis le début de l'étreinte. « Comme là, à s'égarer dans la banalité. » Chuchoté-je, presque davantage pour moi-même que pour elle. Et quel égarement.

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