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 One world, it's a battleground

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MessageSujet: One world, it's a battleground   Dim 8 Oct - 15:15

Aloy & Gabriel
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Sa main cogne contre le panneau de bois, deux fois, et les coups résonnent dans le corridor désert avec cette dimension étrange que confère le silence un peu étouffé d’une heure où les braves gens dorment et où tout bruit paraît incongru.
Pas de réponse.
Il sait, pourtant, que l’appartement n’est pas désert. Mais l’insistance qui lui démange le bout des doigts et s’apprête à le voir réitérer son acte de présence jusqu’à obtenir gain de cause se voit freiné par une curiosité soudaine, tandis que la main glisse vers la clenche et s’enroule autour de la poignée. La porte s’ouvre sans un bruit, les gonds muets ne sonnent aucune alarme ; Gabriel ne peut s’empêcher de laisser fuser un petit ricanement qui s’étouffe dans sa barbe, c’est presque trop beau pour être vrai, et l’idée que certains sont capables encore à cette époque de laisser une porte ouverte lui paraît risible. Oh, l'inconscience !
Le salon est plongé dans l’obscurité mais la vitre qui donne sur l’extérieur prodigue suffisamment de cette lumière lunaire pour qu’il puisse avancer sans heurter quoi que ce soit et allumer une petite lampe, discrète, qui lui permet dès lors de se repérer un peu mieux tandis que les bruits de la douche ont déjà indiqués à son oreille aux aguets où se trouvait la propriétaire des lieux. Scylla, curieuse, se faufile silencieusement à travers l’enfilage des pièces imprégnées d’une odeur qui lui est familière, tandis que son maître, dépouillé de la moindre vergogne, entreprend déjà de fouiller les affaires dont il devine qu’elle les a abandonnées à son arrivée ce soir. Et, bingo, après quelques minutes il pourrait bien crier victoire, alors qu’il met finalement la main sur un petit objet dont le métal est aussi froid que la mort qu’il dispense. Le flingue est petit, discret, mais il est surtout aisément reconnaissable, en ce que Gabriel a toujours eu cette sale manie de laisser traîner sa patte sur ses affaires. Tout à l’heure, l’autre homme s’est agrippé à lui tandis que la balle achevait son affaire macabre et le lui a arraché des mains avec cette énergie du désespoir que seule possède une personne se sachant au seuil de la mort et désireuse d’y entraîner avec elle son responsable. Un échec, visiblement, puisque Gabriel se tient encore là, bien accroché à sa vie et ne souffrant que d’une blessure légère, mais un échec qui a tout de même failli lui coûter bien des problèmes. Dès lors il pourrait s’arrêter là, partir comme un voleur en ne laissant pour uniques traces de son passages quelques affaires bousculées. Mais l’opportunité est trop belle pour être gâchée.
Et surtout, elle est unique.

Lorsque les bruits de la douche s’arrêtent, Gabriel n’a toujours pas vidé les lieux. Et lorsque la porte de la salle de bain s’ouvre il est toujours là, tranquille, installé dans le salon comme s’il s’était agi de sa propre demeure. Il a pris ses aises, oui, c’aurait été trop ironique qu’il se comporte comme un invité poli après ce qu’il vient de faire.
Aloy croise son regard au moment où sa main enclenche le mécanisme du plafonnier et la grande chienne, jusqu’alors sagement couchée aux pieds de l’homme, s’en dissocie pour aller trottiner d’une démarche souple et tourner autour de la nouvelle venue, agitant faiblement la queue sans pour autant l'ensevelir sous des effusions de joie : à l’image de son maître elle n’est guère démonstrative mais, alors qu’elle est étrangère aux querelles susceptibles de régir cette rencontre impromptue, elle ne reconnaît pas le danger et se contente simplement d’accueillir une ancienne connaissance. « Ah, Aloy. Bonsoir. » Quelle heure est-il d’ailleurs ? Minuit a sonné depuis quelques temps déjà et il n’a pas pris garde aux minutes qui filaient. C’est qu’il n’a pas regardé sa montre quand l’homme s’est effondré à ses pieds, trop occupé à prendre ses jambes à son cou devant l’imminence d’une intervention face à laquelle il n’aurait su tenir tête. Pas assez fou pour ne serait-ce qu'oser penser se tirer sans dommage d’une confrontation avec la milice de la ville. Ou pas encore. « Je me suis dit que tu ne refuserais pas l’hospitalité à un vieil ami. » Le sarcasme est à dénicher dans l’apparente affabilité avec laquelle il a balancé ce mot, ami, dans le sourire qu’il lui décoche mais qui ne se reflète pas dans son regard. Car ses yeux sont glacés et couvent une menace qu’il ne cherche pas à dissimuler. Entre ses mains, l’arme affiche sa présence ostentatoire et, si elle n’est pas chargée (il ignore où se trouvent les munitions, qu’elle a peut-être retirées par précaution), sa gueule est noire, et justifie la présence de l’armurier au sein de cette pièce. « Mais tu devrais peut-être songer à verrouiller ta porte à l’avenir. On ne sait jamais quelle personne mal intentionnée serait foutue de s’inviter chez toi. » Cette fois, c’est clairement sur un rictus moqueur que ses lèvres se retroussent, tandis qu’il la dévisage de haut en bas sans sembler exprimer la moindre surprise. C’est que celle-là l’a déjà saisi quelques heures plus tôt, alors que la silhouette de la jeune femme dans l’équipe d’intervention dédiée au “nettoyage” lui sautait aux yeux depuis sa planque. Depuis il a eu le temps pour la digérer, l’encaisser et finalement l’apprivoiser. Visiblement ce n’est pas le cas d’Aloy, et qui l’en blâmera alors qu’elle se retrouve mise au pied du mur, confrontée à un ancien compagnon dont on ne sait pas trop quelles sont les intentions qu’il nourrit à son égard ?

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Dernière édition par Gabriel Belmonte le Dim 15 Oct - 20:07, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Mar 10 Oct - 21:57

Les lèvres frissonnent quand les doigts compriment de la crosse. Son regard affûté caresse le petit objet avec perplexité. L’air insufflé lui échappe alors qu’elle dispose avec autant de calme que possible, l’arme dans la poche intérieure de sa veste. Un détail qu’elle subtilise honteusement sur une scène de crime. Son seul laissez-passer pour éviter une vengeance bien méritée. Le doute crispe la bouche, la tord désagréablement. Elle brode le train de ses pensées, d’une certitude faussée. Mais le peu d’assurance qu’elle pourra rafler, lui parait déjà miraculeux. L’ombre de Gabriel semble encore la poursuivre quand elle arpente la ville. Les gants en latex jetés à la va-vite dans une poubelle à proximité et le matériel claquant dans la valisette, la légiste ne se permet même pas le moindre crochet par la morgue. L’animal acculé, espère juste retrouver la sécurité relative de son logis. Entre connaître leur position et le voir ressurgir d’une façon aussi violente dans son quotidien, il y a un monde. Un monde qu’elle ne pensait pas devoir affronter quand la milice l’a contactée ce soir. Mais la réalité s’impose d’elle-même. Cet homme se trouvait ici-même, au cœur de la Nouvelle-Orléans. La couleur a été annoncée et elle s’apparente un peu trop à celle d’une chasse. La paranoïa latente de la brune l’oblige à n’emprunter que les chemins les plus fréquentés. Comme si ça garantissait encore quoique ce soit à l’heure actuelle. Elle le sait mieux que personne. Une paume repliée contre le col du manteau, elle évolue avec prudence, s’appuie sur ses sens aiguisés pour détecter la moindre anomalie. Un grognement s’extirpe du larynx quand elle avise la porte d’entrée maltraitée. Un présage ? L’esprit consumé par l’anxiété, la changeuse se montre affreusement distraite, néglige jusqu’au geste le plus simple. Celui de tourner la clé.

Entre ses guiboles, le chat vient se faufiler. Les miaulements l’accompagnent jusqu’à la chambre où elle dépose ses outils de travail avec précaution près de sa commode. Elle n’en tire qu’un large t-shirt et trouve son chemin sans mal jusqu’à la douche. L’eau ondule contre sa peau, tantôt brûlante, tantôt glacée. La métamorphe cherche naturellement à ralentir son rythme cardiaque, à se défaire de la peur qui lui colle désagréablement à la peau. Un ennemi de plus, ça ne devrait pas la chambouler. Un ami, à contrario, c’est une autre histoire. Peut-elle encore l'affubler d'un terme aussi élogieux ? Rien n'est moins sûr. Alors que le liquide court toujours contre son épiderme, des bruits significatifs dérangent son ouïe particulièrement fine. Le souffle coupé, l’israélienne finit par sortir de la cabine avec la vague impression de perdre la tête. Ça doit être de famille, s’entend-elle-même penser, provoquant d’un même temps, un inéluctable sentiment de terreur à ce sujet.

Rapidement, l’insomniaque enfile le textile, laisse sa crinière humide chatouiller sa nuque. A pas feutrés, elle s’engage dans le couloir de nuit. Son félin s’est recroquevillé dans un coin et feule. Des frissons dévorent sa chair tandis qu’elle atterrit dans la pièce centrale. Pas besoin de lumière pour discerner le personnage. Pas besoin non plus de dessin pour savoir qui se tient là. L’odorat a déjà pu les identifier, lui et la chienne avant que le faisceau lumineux n'envahisse la pièce. Calée dans son accoutrement bien trop modeste, la brune sait qu’au moins, si transformation il doit y avoir, elle n’aura pas grand-chose à ôter. En posture défensive dans un premier temps, elle se penche juste pour caresser affectueusement la bête avant de tourner autour de son visiteur, tel un prédateur se refusant à devenir proie. Sans jamais le quitter du regard, elle s’assied sur le fauteuil à sa gauche et refuse de se soumettre à la théâtralité de l’instant.

Alors elle joue cette comédie à sa façon, cherchant à ne pas paraitre déstabilisée, prétextant être tout à fait à l’aise bien que son teint ait blêmi bien malgré elle. « Je te proposerais bien un rafraichissement mais je n’ai pas pour habitude de me montrer hospitalière avec les meurtriers. J’ignore les codes que nous dictent la bienséance dans ce genre de cas. Un thé ou un coup de poing ? » lui réplique-t-elle finalement d’un ton empreint de froideur. « J’aurais qu’à courir vers la fenêtre et gueuler pour que la milice te tombe dessus, t’en as conscience ? » Un rappel. Ici, il est chez elle. Sur son territoire, elle a, au moins, l’avantage du terrain. La plupart du voisinage la connait, l’aiderait en cas de besoin. Les prunelles échouent sur le pistolet qu’il tient toujours. Elle doit se retenir d’articuler un sourire satisfait. Au moins, a-t-elle pensé à retirer les balles du chargeur. « Qu’est-ce que tu me veux, de toute façon ? T’as déjà récupéré ton petit jouet, à ce que je vois. Faudrait penser à l’avenir à ne pas laisser des preuves quand tu buttes des gens. On ne sait jamais quelle personne bien intentionnée aurait dans l’idée, de faire justice. » ironise-t-elle en lissant machinalement le tissu de son siège et en annotant les quelques objets bousculés. Son côté maniaque s’en trouve légèrement irrité. « Je ne pensais pas que vous commenceriez à semer le chaos si vite dans la ville. Vous ne perdez pas de temps à ce que je vois. Ton frangin a toujours la tête pas super bien vissée au corps ? Surprenant que le gouvernement veuille bien d’un pacte avec cet énergumène. » Provocation gratuite. Elle ne compte pas se laisser dicter sa conduite sous son toit, même avec la menace qu’il représente. Elle se battra jusqu’au bout et avec dignité. Si possible.

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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Dim 15 Oct - 20:05

Aloy & Gabriel
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Elle n’a pas spécialement l’air ravi de le trouver installé ici, Aloy, mais s’en offusquer relèverait de l’absurde ou de la stupidité, au choix : vu les conditions des retrouvailles qu’il vient de lui imposer, personne à sa place ne se serait fendu d’un sourire chaleureux en s’exclamant sur ce que les coïncidences de la vie peuvent bien vous amener. La jeune femme, néanmoins, n’en perd pas la face pour autant tandis qu’elle lui donne aussitôt la réplique avec cette verve acérée dont il a gardé, il s’en rend compte à présent, un souvenir remarquablement juste. « Du cinquième, il relève d’abord, narquois. Avec les vitres fermées ? Est-ce que quelqu’un attend sous ta fenêtre un signe soudain de précipitation de ta part, ou est-ce que tu me penses déjà si veux que j’aurais pas le temps de réagir pendant que tu t’y précipites, ouvre le carreau et fasse étalage de ta voix ? » Bien sûr, la menace sous-jacente de ses propos ne lui a pas échappé mais il refuse de le laisser paraître, refuse de se laisser prendre au piège de cette première tentative d’intimidation. Après tout, il s’est pointé ici en toute connaissance de cause, il a une conscience parfaite de se trouver en territoire ennemi. Pour autant, est-ce que ça l’a empêché de passer outre le système défaillant de la sécurité au rez-de-chaussée ? Ou s’infiltrer dans l’appartement ? Non. Par ailleurs, il ne serait pas resté ici après avoir obtenu son dû sinon – comme elle s’empresse d’ailleurs de le souligner –, alors il refuse d’avoir peur d’elle ou de ses menaces, il n’est pas arrivé jusqu’ici pour déjà courber l’échine face à une première remarque cinglante. « Pas toi, a priori, Gabriel glisse entre deux accusations (il a bien noté cette manière qu’elle a eu de le juger directement responsable de la bagarre ayant laissé un cadavre dans la rue sans même avoir eu connaissance d’abord des tenants et aboutissants de cette histoire), ou alors tu n’aurais pas ramené ça ici. » Ça, évidemment, désigne le fameux petit jouet susnommé qui lui occupe les mains tandis que ses iris continuent de la dévier, indociles. La flamme de la colère y brille d’ailleurs un peu plus fort tandis que Jesus tente déjà de s’accaparer le fil de la conversation. Il aura fallu moins de temps que ce qu’il avait d’abord pensé pour que les vieux sujets de querelle refassent surface, il constate silencieusement avec une petite pointe d’amertume. Seulement quelques minutes à peine se sont écoulées et voilà qu’Aloy balance entre eux la pomme de la discorde.

Un sifflement sec rappelle la chienne, qui depuis quelques minutes s’intéresse d’un peu trop près au félin planqué dans un coin. Chasseuse par instinct et par dressage, le félin et ses feulement ne semblent guère l’impressionner tandis qu’elle marque une distance prudente de ses griffes. Elle se range néanmoins à l’ordre de son maître et abandonne, quoiqu'avec un regret qu’on peut décerner dans l’attitude un peu revêche, pour revenir tourner autour des deux humains et finalement se coucher à côté du fauteuil. Les oreilles dressées et le regard rivé sur un point fixe, prête tout de même à bondir au premier mouvement suspect pour peu qu’on la surveille un peu moins. La faim.
 
« Tu es surprise, vraiment ? Pour avoir choisi de venir te planquer sous l’aile de personnes infoutues d’assurer la pérennité de leurs citoyens par eux-même, à quoi t’attendais-tu ? » Gabriel, forcément, a réagi au quart de tour et sa voix cette fois ne s’est pas cachée de ses accents profondément sarcastique. Il forcit le trait, forcément, mais le propos s’y prête alors il ne va pas s’embarrasser d’une paire de gants. « Jesus, au moins, n’a jamais eu besoin de réclamer l’aide de quiconque. » Jusqu’à maintenant, faudrait-il ajouter, mais il faut également bien admettre que les circonstances, ces derniers mois, se sont faites tout de même un peu particulières. En attendant, Gabriel choisit volontairement de lui masquer la seule information digne d’intérêt concernant son frère, curieux d’abord de voir jusqu’où elle sera capable de mener le débat. « Et puis venant de toi, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. A ce propos, comment va Elazar ? » La question s’est parée d’une fausse amabilité purement mesquine, il a bien vu en tout cas que l’appartement semblait ne pas accueillir la moindre trace de lui. Se serait-il racheté une bonne conscience ou un esprit un peu plus sain, pour ne plus vivre dans les jupes de sa sœur ?
Gabriel n’y croit pas une seule seconde.  

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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Dim 22 Oct - 18:25

La main se replie contre la joue avec paresse alors que le coude gagne le dossier du fauteuil. Une jambe repliée, l’autre voguant dans le vide, l’israélienne suggère une nonchalance qui ne respecte pas la tension présente. Elle s’abreuve sans réserve, de la familiarité de son logis afin de dénicher un peu plus d’audace et de lui rendre l’assurance qu’il lui présente lui-même. Le regard ne sourcille qu’un instant quand la chienne menace le félin. Les sourcils froncés, les lèvres pincées, la brune avise les créatures. Symbolisme qui ne lui échappe nullement. Sentiment oppressant du  loup entré dans la bergerie. Heureusement, elle n’a rien d’un mouton. D’un geste lent et étudié, elle replace une mèche encore humide derrière son oreille. Cette dernière se tend aux propos suivants, l’esprit emmagasine déjà les réponses. Sans se départir de son expression légèrement détachée, légèrement irritée, elle accueille le prénom de son petit frère décédé. Pas surprise, en balançant celui de Jesus, elle cherchait à en finir le plus vite possible avec ce qui divise. Dans l’espoir sans doute vain qu’il déguerpisse de là dans les plus brefs délais. En soupirant avec lourdeur, la jeune femme reprend de la hauteur et s’avance à pas mesurés jusqu’au chat toujours acculé. La boule de poils trouve refuge dans ses bras un bref instant avant qu’elle ne la dépose dans la pièce d’à côté. Mesure de précaution.

La porte refermée et l’attention focalisée uniquement sur l’invité impromptu, elle revient prendre place sur le canapé. «  Pour des gens infoutus d’assurer leur pérennité, tu ne trouves pas qu’on est relativement plus nombreux que votre petite bande de joyeux lurons ? Puis, il ne s’agit pas de vivre comme des gens du voyage. Au moins, ici, on a droit à une literie décente et à des douches fréquentes. Je m’attendais à plus de classe de leur part. L’odeur de charogne qui poursuit chaque membre du groupe, ne m’avait pas spécialement manqué.» Insulte qu’elle ponctue en se frottant délicatement le nez. La pupille brillante et l’insolence à son maximum, elle croise les jambes et détaille son interlocuteur avec circonspection. « Ouais, c’est vrai, ça lui réussit bien à Jesus de ne jamais demander l’aide de personne. Au moins, il entretient dignement sa connerie congénitale. » Elle lui renvoie le sourire narquois qu’il a osé articuler un peu plus tôt. « Ceci dit, tu ne me feras pas avaler que ton cher frère accepterait un contrat pareil par pur altruisme. Il a beau avoir chopé le nom du Christ, il est bien loin d’être un saint. Vous devez y trouver votre compte. » Calmement, Aloy réajuste sa position sur le divan, prête à attaquer le sujet le plus épineux.

Avant de s’y pencher, elle ramasse son paquet de cigarettes sur la table basse. Dans une optique de paix relative, elle le tend à son comparse avant d’attraper le briquet posé juste à côté. La clope au bout des lèvres, elle se relève pour atteindre la fenêtre et l’ouvrir afin de ne pas enfumer le salon. Tout en veillant à ne pas regarder en contrebas et à se tenir à une distance rassurante de cette ouverture, elle apprécie la brise. La trentenaire ne fume pas en toute occasion. Seulement quand le stress la dévore. Souvent la nuit, quand les pensées s’emmêlent et que la détresse pointe. La nicotine canalise quelque peu sa nervosité. Du moins, c’en est-elle convaincu.  Enveloppée par la fumée, la métamorphe s’accole au mur pour fixer l’intrus. « Je suis sûre que si je balance ce pot de fleur, ça va attirer l’attention. Y a toujours des gens qui passent dans cette rue. Les patrouilles sont fréquentes. Je sais de quoi je cause, je bosse parfois avec la milice. » Répond-t-elle à retardement aux premières inflexions de son acolyte. Tirant quelques autres bouffées toxique et les recrachant dans l’air, elle médite quelques secondes sur la façon de présenter l’information. « Si t’es venu ici dans l’intention de te venger, Gabe, tu vas être affreusement déçu. Tu arrives trop tard pour ça. » L’œil se pare d’une légère mélancolie. La culpabilité pourrit dans les entrailles, l’oblige un bref instant à détourner les yeux pour accuser la difficulté de son propre crime.

En mordillant le bout de son pouce, la tige nuisible capturée entre l’index et le majeur, elle poursuit. « C’est pour ça que t’es encore là ? Tu espérais le dénicher chez moi ? Tu veux peut-être que je t’ouvre chaque placard aussi ? » Un ricanement lui échappe alors qu’elle relâche à nouveau les émanations. « Alors tu comptes faire quoi ? Lâcher tes nerfs sur moi ? » Le regard se pose dans le sien avec férocité et détermination. L’idée de devoir se battre avec cet homme ne l’enchante pas à vrai dire. Elle n’éprouve qu’une animosité branlante à son égard, perdure davantage quelques restes d’amitié qui ne se sont pas envolés.

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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Ven 3 Nov - 2:23

Aloy & Gabriel
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On ne se mentira pas, Gabriel tire un certain plaisir de ce face-à-face, pour tout désagréable qu’il puisse être. Il a sincèrement apprécié Aloy fut un temps et probablement qu’une part de lui est toujours attachée à elle aujourd’hui même s’il ne l’admettra pas ouvertement ; si son sarcasme l’agace, il l’amuse presque tout autant. C’est qu’il ne s’était certainement pas attendu à ce qu’elle capitule devant lui, en aurait même été déçu. « Depuis quand le nombre aurait-il une quelconque importance ?, il riposte. C’est comme comparer un troupeau de moutons et une meute de loups. » Il trouve risible de chérir cette idée de confort, trahit son regard où brille une lueur de mépris, mais garde cette pensée pour lui. C’est sûr que ce genre de luxe attire, il peut le comprendre – que n’a-t-il pas fait après tout, lorsqu’il avait encore de l’argent à foison et que le monde semblait encore tourner rond ? –, mais de son point de vue c’est une preuve flagrante de faiblesse ou d’oisiveté, appelez ça comme vous voulez. Ses poings se crispent tandis que son regard se fait un peu plus noir, il a beau être coupable de la mort de son frère les parles insultantes de la jeune femme font mouche ; elles le visent aussi, évidemment, mais il parvient à ne pas se laisser avoir, à rester sagement enfoncé dans son fauteuil, parce qu’il sait qu’une partie des propos au moins est vraie : Jésus n’aurait jamais demandé d’aide. De fait, il était mort bien avant cet accord, non ?
L’aveu menace de fuir d’entre ses lèvres, il est presque sûr que cela la prendrait de court, il se décide pourtant à garder captive la vérité encore un peu. Si ce n’est de sa bouche, elle finira de toute manière bien par l’apprendre un jour ou l’autre et surtout maintenant que leur présence ici est devenue officielle. « Evidemment qu’on y trouve notre compte. » Un reniflement dédaigneux s’échappe, qui se transforme en un petit ricanement, est-ce qu’elle a seulement pensé une seule seconde que la communauté allait jouer au bon petit samaritain ? « Il n’a jamais été question d’altruisme, qui a encore le temps pour ça de toute façon ? » Question purement rhétorique, il ne s’attend pas à ce qu’elle y rétorque. Le temps, ou l’envie. En ce qui le concerne, il ne s’est pas créé un nom et une réputation en se contentant de donner sans rien attendre en retour, alors ce n’est pas maintenant que cela risque de changer, et puis quoi encore ? Il faudrait être stupide pour ça, et ce n’est pas la stupidité qui a permis à leur groupe de survivre autant de temps.

Gabriel se saisit du paquet de cigarettes sans mot dire, accord tacite, en glisse une entre ses lèvres que le zippo a tôt fait d’allumer. Il en tire une première taffe, puis une seconde, et pour un instant un silence léger s’installe ; la vigilance, toutefois, ne s’endort pas pour autant. Son regard reste rivé à son hôtesse, et il devine à observer son langage corporel qu’elle n’est pas plus détendue que lui. « Et tu te priverais du plaisir de ma visite ? » Un rictus tordu fleurit sur ses lèvres, il se moque bien évidemment, mais le sérieux de la conversation a baissé de quelques degrés. « Plutôt que les menaces, je prendrais volontiers un rafraîchissement. » Un thé ou un coup de poing ? Pourtant, il se laisse avoir par la surprise, les propos d’Aloy sont sans équivoque et le sous-entendu évident ; il comprend sa culpabilité dans le regard qui se décide soudainement à le fuir, puis aux questions qui pleuvent sans lui laisser le loisir de la répartie. « Je ne suis pas venu pour me battre avec toi. » Redevenu sérieux, soudainement. Envolé, le petit sourire plein de suffisance, son regard est perçant tandis qu’il l’étudie entre deux bouffées de sa clope. « Bien sûr que j’espérais le trouver ici. Où pourrait-il être sinon collé à tes basques ? A moins que tu l’aie abandonné à son sort au sein de ta précieuse famille d’accueil, mais de la part de quelqu’un qui semble ne pas cautionner la violence gratuite j’oserai dire que c’aurait été une décision parfaitement stupide puisque cet enculé n’avait à priori aucun problème à tuer sans raison. » Et la rancune est tenace, traduit la pointe de colère qui s’est glissée sur la fin de sa tirade ; ce n’est pas comme si le meurtre d’Harvey pouvait avoir été oublié aussi facilement, encore moins pardonné.
« Donc, il est mort. » La voix se veut remarquablement atone tandis que Gabriel met les mots clairs sur la confession de son interlocutrice ; l’homme ne jubile pas de savoir la nouvelle, non. Oh bien sûr il n’est pas mécontent de l’apprendre, mais son désir de vengeance a longtemps poursuivi en pensée les deux fuyards avant de se résoudre à l’abandonner. A présent confronté à nouveau de manière si imprévisible à Aloy, la nouvelle qu’elle lui a jeté au visage lui donne l’impression d’avoir couru après une chimère. « Alors quoi, il s’est heurté finalement à un plus gros morceau que lui et t’as pas su jouer les chevaliers blancs à temps ? Dommage que ça soit pas arrivé plus tôt, c’aurait pas été une grosse perte. » Aucune tolérance, dans les paroles acerbes, pourtant il comprend au moment où il les formule que cela va un tout petit peu plus loin que ça. Son regard se fait un peu plus inquisiteur tandis qu’il fronce les sourcils, souffle un petit nuage de fumée avant de poser la question du bout des lèvres. « Ou je me trompe de scénario ? »   

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Dernière édition par Gabriel Belmonte le Lun 13 Nov - 3:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Lun 13 Nov - 2:06

Le dos apposé au mur et le regard braqué sur l’invité, elle se demande de combien de chances elle dispose pour terminer la nuit sans avoir à répandre le sang de son invité - ou même le sien. La finalité de cette présence lui parait toujours trop nébuleuse. Elle ignore jusqu’à quel point il serait capable de lui demander réparation. Et pour cause, trop d’années ont défilé, ont creusé plus d’un fossé. Il n’est plus tout à fait la personne qu’elle a côtoyée. Peut-être que c’est juste plus simple pour elle de l’envisager sous cet angle du moins. De tenter de se défaire de quelques sentiments bienveillants pour l’homme qu’elle a connu autrefois. La dette lui colle encore à la peau néanmoins. Sans lui, elle ne pourrait pas acheminer le goudron dans ses poumons à cet instant précis. Sans lui, elle n’aurait sans doute pas à le faire non plus. Un soupir vient ponctuer leur échange. Les contradictions s’enchainent, la tension évolue, descend pour mieux remonter. Elle ignore ce qu’elle doit croire mais sait qu’elle doit surtout continuer à douter. Au moins pour ne pas lui laisser l’opportunité de la surprise, lui offrir le luxe d’endormir sa vigilance. La métamorphe écrase son mégot dans le cendrier sur sa droite. Sans se départir totalement sa raideur, elle agrippe le contenant où les cendres se répandent pour mieux le déposer sous le nez de l’autre fumeur. « Qu’est-ce que tu comptes faire alors si t’es pas venu te battre ? » Se contente-t-elle d’ajouter dans un premier temps, profitant de son rapprochement pour accoster les prunelles voisines avec un peu plus d’amabilité. Emotion détruite dès qu’il profane la mémoire d’Elazar. Les traits s’adoucissent pour mieux se crisper à nouveau.

Forcément, il s’attaque au peu de confession qu’elle lui a concédé comme un chien à son os. La changeuse est trop proche de lui pour refouler la violence qu’il fait naître en elle. Suffisamment lucide pour ne pas l’attaquer réellement, elle se contente de faire claquer le plat de sa main contre la nuque du maraudeur. Un geste dénué de force mais suffisamment symbolique pour déverser un peu de son mécontentement. Un retour de flammes pour les critiques ouvertes occasionnées à l’encontre de Jesus, elle en a conscience. Mais lui, il n’est pas mort songe-t-elle sans même savoir. L’israélienne pense dès lors posséder un quelconque droit de se montrer plus égoïste, d’avoir le dernier mot. De mériter un semblant de respect alors qu’elle n’en exprime aucun. Elle compte sur une empathie définitivement absente - sans doute à raison. La trentenaire s’oriente avec hargne jusqu’aux placards de la cuisine, les claque une fois qu’elle en a extirpé deux récipients. « Qu’est-ce que ça peut te foutre de connaître la manière dont ça s’est passé ? Le résultat est le même. » crache-t-elle finalement en manquant de fracasser la porcelaine contre la table basse. « A part cracher sur la gueule de mon frère, t’es venu pour quoi ? Puis même s’il avait été en vie, tu crois que je t’aurais laissé le butter dans mon appartement aussi ? T’as quand même l'audace pour oser traiter Elazar - la voix dérape, juste là, elle se brise. Un prénom qui ne s’extirpe plus de sa gorge depuis qu’elle a osé commettre l’irréparable mais elle continue sur sa lancée en faisant mine de maitriser sa voix, comme ça quand on voit à quoi elle ressemble ta fratrie à toi. Je suis sûre qu’ils ont dû bercer le tien trop près du mur. » Le fiel perd déjà en contenance. La culpabilité est présente, elle pulse dans la poitrine, l’ouvre en deux. L’âme déchirée se replie quelques instants derrière les fourneaux alors qu’elle chauffe un peu d’eau pour répondre à la demande antérieure. Prouvant par cette intention, son désir de statu quo et non, de combat vain.

Les paumes posées contre le plan de travail, la légiste reprend son souffle, tente de retrouver le fil conducteur et de chasser son ressentiment pour lui comme pour sa propre personne. Apportant très naturellement, le thé alors qu’elle ignore s’il va concéder à y toucher, elle verse le liquide bouillant dans la tasse de son acolyte avant de se servir selon les règles de bienséance. C’est Hila qui en serait ravie. Les fesses se posent à nouveau dans le fauteuil. Quelques gorgées de son breuvage lui permettent de réchauffer sa carcasse glacée. Le regard perdu dans le vide, la propriétaire des lieux s’arme d’un peu plus d’indulgence. « C’est quand même drôle que tu la ramènes sur l’altruisme, Gabe. A une époque, je me rappelle que t’avais quand même sauvé les miches de deux paumés que tu connaissais pas. Faut croire que les temps ont changé. » L’amertume en bordure des lèvres, qu’elle saccage bien vite en les calcinant de sa boisson avant de reposer son contenant à proximité. « Ce qui s’est passé, c’était un accident, ok ? Il savait pas ce qu’il faisait. Et j’ai réalisé ma connerie une fois que je suis arrivée ici, alors c’est bon, lâche-moi les basques avec ça. Je peux pas ramener les morts à la vie alors je vois pas ce que t’attends de moi. » La sincérité suinte de ses paroles. Elle en dit trop et le regrette immédiatement. Elle a peur qu’il lui fasse avouer. Non. Ce qu’elle craint c’est sa propre réaction. Après tout, jamais, elle n’a mis en perspective son acte, jamais, elle ne l’a prononcé à haute voix. Personne ne sait. Personne. Elle refuse de s’effondrer devant un potentiel ennemi en réalisant pleinement ce qu'elle a fait, en mettant des termes sur le fratricide. Sa fierté et son orgueil ne peuvent le tolérer. « C’est pas la perspective d’une infusion ou ma compagnie qui te fait rester là. Tu veux quoi bordel ? Que je me mette à genoux et que je te supplie de me pardonner ? Que je remplace ce cher Harvey peut-être ? Je sais pas trop la relation que vous entreteniez tous les deux mais je vais pas non plus baisser ton froc si c’est de ça qu’il s’agissait. » Attaquer pour mieux se protéger. Ce qu’elle fait de mieux.

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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Lun 27 Nov - 22:15

Aloy & Gabriel
One world, it's a battleground


Le tacle dans la nuque ne lui fait pas grand effet, tout juste Gabriel se raidit-il quelque peu au contact imprévu mais, clairement, le besoin d’une réplique ne se fait pas plus utile que celui d’une réprimande. Tout juste un soupir vaguement amusé franchit-il le seuil de ses lèvres, alors qu’Aloy s’éloigne en direction de la cuisine pour satisfaire une demande balancée en l’air sans trop y croire et qu’il se doit d’écouter son hôtesse d’un soir malmener ses meubles et ustensiles par faute de ne pouvoir diriger, il s’en doute, sa colère directement sur lui.
Amusement qui ne dure qu’un temps, d’ailleurs, puisque la réplique suivante ponctuée par le fracas des tasses contre la table – quelqu’un de plus stressé que lui aurait bondit au plafond face à la brutalité du geste, contraste flagrant avec sa signification – amène ses doigts à se crisper tellement fort autour de ce qu’il reste de sa clope que celle-ci s’en retrouve complètement tordue, pratiquement brisée en deux sous la tension exercée contre le tube. « Tu crois que j’aurais attendu ton aval ? il rétorque d’une voix soigneusement maîtrisée, d’un calme de façade alors que l’envie le taraude d’élever la voix jusqu’à ce qu’elle se heurte à l’agressivité non contenue de celle de son interlocutrice. La porte était ouverte. J’aurais eu largement le temps d’agir à ma guise. » Il ne l’aurait pas fait, néanmoins, pas si salaud que ça au fond. Ou si ? Difficile à dire, lui-même étant incapable d’affirmer de quelle manière il aurait réagi s’il avait d’aventure fallu qu’il se retrouve subitement nez-à-nez avec Elazar. Question de circonstances, et de comment l’autre se serait comporté face à lui. A l’époque, l’armurier aurait probablement voulu le buter sans une once d’hésitation, habité par la rage froide d’un deuil injuste. Mais après tout ce temps, la rancune suffirait-elle réellement à porter un geste aussi définitif ?
De toute manière, la question n’a plus lieu de se poser.

« Mais les temps ont changé, Aloy. » De fait, cette époque qu’elle aborde n’était pas facile, mais il semble bien que ce soit pire, désormais. A se demander quand est-ce que cela va-t-il cesser, s’ils auront seulement un répit ou bien si leur monde va continuer de sombrer jusqu’à ce qu’ils finissent tous par se rendre à l’évidence. La cigarette fracassée abandonnée sans plus de cérémonie dans le cendrier laissé à disposition, les mains se referment autour de la porcelaine brûlante quoique l’armurier ne touche pas encore au breuvage. Vieille habitude, que d’avoir toujours les mains occupées, et puis au moins cela l’oblige-t-il à exercer un minimum de contrôle sur lui-même. « Et puis, tu ne peux pas comparer deux personnes à une ville entière. Vous étiez supposés vous rendre utiles pour la communauté alors, c’était donnant-donnant. » Mais tout de même un putain d’acte d’altruisme oui, sauvetage instinctif sur le coup, il n’avait pas réfléchi plus loin bien sûr. « Evidemment, si j’avais su que ça se passerait comme ça… » C’est dingue tout ce que l’on pourrait faire avec des si. Difficile, néanmoins, de se contenter de gober cette affirmation d’accident. Pas quand ça implique un meurtre, pas quand ça implique un innocent. Quoique Gabriel n’ait jamais été au courant de ce qui a bien pu pousser Elazar à une telle extrémité envers Harvey, mais poser la question maintenant lui semble grossier. Et l’on pourrait affirmer, encore, qu’il n’y a plus guère d’innocents pour parvenir à survivre à un monde pareil.

Ce qu’il attend d’elle, alors ? Il y a une réponse simple, toute tracée et facile, mais qui ne représente pas l’exact vérité, et une autre un peu plus compliquée et qui lui a été en partie dictée par le comportement de la jeune femme sur ces dernières minutes. Dans un cas comme dans l’autre, la réponse reste bloquée dans sa gorge devant la franchise de la réplique qui déboule sans crier gare. Et si pendant une brève seconde une surprise s’allume dans le regard interdit qu’il pose sur elle, c’est finalement le rire qui prend le dessus, quelques éclats rocailleux sortis du fond d’une gorge râpée à force de trop fumer. « Et moi qui craignais que tes années d’oisiveté dans ton petit cocon de confort t’aient changée… » Il esquisse un petit sourire un peu railleur et le dissimule bien vite en daignant finalement porter ses lèvres à l’infusion si généreusement préparé par les bons soins de la propriétaire des lieux ; les quelques gorgées lui brûlent un peu le palais, mais la gêne occasionnée ne vaut pas le coup qu’il s’en formalise. Pas le genre de boisson qu’il préfère, en soit, mais l’alcool artisanal qu’on sait préparer hors les murs ne court pas les rues ici, avec la prohibition en cours. Sacrées règles de merde, à son avis. « Tu sais tu peux bien me prendre pour un con si ça te chante, mais je vois bien que tu me dis pas tout. Tu m’accuses de venir remuer la merde mais, à voir la façon dont tu te braques, j’oserais penser qu’il y a effectivement quelque chose qui mérite d’être remonté. » Le pire, c’est peut-être qu’il s’en doute presque, à force d’étudier les réactions qu’elle lui a opposées depuis qu’il a osé remettre le sujet de son frère au menu du jour. « Alors ce que je veux, pour commencer, ça serait déjà que tu me dises la vérité. C’est bien la moindres des choses que tu puisses faire pour moi, tu crois pas ? » Puisqu’il n’aura jamais l’occasion de mener à terme sa petite vendetta personnelle, puisqu’il ne peut que se satisfaire des morceaux qu’Aloy veut bien lui donner. Il n'ira pas jusqu'à prétendre qu'il mérite de savoir ce qu'elle s'obstine à lui cacher, mais ça ne l'empêchera pas de faire tout ce qu'il peut pour la pousser à l'aveu. « Et puis, tu pourrais au moins croire que je reste là parce que j’apprécie l’hospitalité. Non pas que j’aie l’intention de te demander de baisser mon froc, si c’est ce qui te tracasse, il continue, petite moue moqueuse retournée s’afficher sur les traits bruts de son visage, mais j’imagine qu’il doit bien y avoir une raison pour que tu aies délibérément pris le parti de soustraire un élément clef sur une scène de crime. On dirait bien que je vais avoir une dette envers toi. » Et l'idée ne lui plaît pas vraimentt, non, c’est même bien peu de le dire.   

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MessageSujet: Re: One world, it's a battleground   Sam 9 Déc - 23:50

L’index s’enroule distraitement autour d’une mèche quelque peu récalcitrante, de celle qui échappe à la masse informe que sa tignasse emmêlée forme. Réflexe de gosse, entortiller les cheveux pour comprimer les émotions dans la poitrine. Parler d’Elazar l’oblige à éprouver ce sentiment de môme en perpétuelle erreur. Difficile d’échapper aux conséquences quand Gabriel ne cesse de les traquer. Aloy ne comprend pas cet acharnement, ce plaisir sadique à déterrer les détails sordides de sa mort. A moins qu’il ne cherche qu’à la torturer psychologiquement. Cela n’aurait rien de surprenant. Une part d’elle refuse d’y croire pourtant. Malgré tout ce qu’il en dit, la brune ne s’ôte pas l’idée qu’il l’a, un jour, recueillie alors qu’elle n’avait rien à leur apporter. Affamée, assoiffée et désorientée, l’exilée ne payait pas de mine. Affaiblie, elle n’a jamais pu lui donner l’illusion de pouvoir, un jour, devenir une recrue utile pour son clan. Il n’aurait jamais pu se douter que la communauté gagnerait un médecin. Encore moins qu’il compterait un garçon malade, victime de la pire des affections, celle qui ne se voit pas et qui ne se prévoit pas. Les rides se creusent sur le front un bref instant. La tasse se fait plus durement compresser par la main. Peut-être que les temps ont vraiment changé et que cet homme ne partage plus que les traits de son ami d’autrefois. Après tout, elle-même n’aurait jamais pensé omettre aussi stupidement de verrouiller sa porte d’entrée. Il faut croire que tout peut arriver. Un regard en biais pour jauger la paroi, elle a du mal à accepter cet oubli tout bonnement honteux et en vient à remettre en cause les dires de son interlocuteur. Il a forcément forcé la serrure. Pourquoi mentir ? Elle ne sait pas où la manipulation et le jeu s’arrêtent pour lui et où la vérité débute. Les minutes de silence qui suivent, ne l’aident pas plus à faire la part des choses.

Alors à bout de patience, elle se penche pour déposer son récipient sur la table basse et ramène ses jambes contre elle très calmement. « Je ne te dois rien, Gabe. Il faudrait penser à te calmer à ce propos. Je n’ai rien à voir avec la mort de ton pote, je l’ai pas butté, pigé ? Je n’ai jamais été la sœur siamoise d’Elazar à ce que je sache, pas plus que tu n’es greffé à l’autre illuminé qui te sert de frangin. » La sécheresse du timbre entre en conflit avec sa posture nonchalante. Difficile de maintenir un semblant de légèreté dans une atmosphère saturée de tension. La trentenaire réajuste très posément sa position en glissant son pied sous son autre cuisse, laissant l’autre guibole pendre tranquillement dans le vide. L’animal sous la peau ne demande qu’à agir, plus impulsif, bien plus sanguin que l’humaine. « Qu’est-ce que tu cherches exactement à remonter ? Tu as besoin de petits détails croustillants pour te sentir mieux ? Tu t’emmerdes à ce point pour me réclamer ça ? Tu n’es pas mieux qu’une commère qui vient chercher les ragots. Je ne suis pas ton magazine people, il faudra t’en remettre. » Un haussement d’épaules et elle l’étudie à nouveau. « Pour quelqu’un qui vient de me dire assez clairement regretter de m’avoir permis de survivre, tu m’excuseras de croire que t’es pas là pour les biscuites rassis et l’infusion de grand-mère. A part foutre le bordel et me prendre la tête, tu ne fais pas grand-chose d’ailleurs. » Le contenant retrouve sa place entre ses paumes. Elle en boit de très longues gorgées, savoure mentalement sa prochaine réplique avant de la balancer.

Le pouce tapote la porcelaine de façon frénétique. Les frissons grignotent quelque peu la chair bien trop dénudée pour cette nuit fraiche. Se lever, gagner la chambre pour enfiler quelque chose de plus épais, lui parait être une bien piètre idée. L’intrus a suffisamment pu explorer son logis sans son accord. Tourner le dos à l’ennemi n'a rien de vraiment exaltant. Elle a déjà pris ce risque une fois et refuse de jouer avec sa chance une seconde fois. Les statistiques ne sont pas en sa faveur. Donc, tant pis, elle va mourir de froid. Buttée mais pragmatique, elle se redresse pour fermer la fenêtre et couper court à la brise glacée. Alors que la vitre claque, la voix repart. « Donnant-donnant, tu te rappelles ? Peut-être que les temps n’ont pas changé tant que ça. J’assure toujours mes arrières. Ici ou à l’extérieur, le danger n’est jamais très loin. Tu devrais arrêter de sous-estimer les habitants de cette ville, ils ont survécu à leur façon et ont d’autres armes, d’autres talents qui pourraient mettre en péril les tiens. Ne faites pas l’erreur de vous penser intouchables. Puis l’union fait la force, il parait. » Ses pas la mènent jusqu’à l’entrée. Simple vérification. Pas de fracture, il a dû dire vrai donc. Que faire de cette information ?

Elle se mord les lèvres avant de revenir s’asseoir. « Je ne compte pas te faire chanter, sauf si tu m’y obliges. » Le regard luit, le défie seulement d’entrer dans un conflit qu’elle ne réclame pas malgré ce que son ton pourrait suggérer. Elle soupire, lasse et révèle ses cartes laconiquement. « Je veux juste qu’on me foute la paix. Que tu me promettes que tes amis ne chercheront pas à m’égorger à la nuit tombée. Je peux avoir ta parole pour ça ? » Il n’y a pas si longtemps encore, elle lui faisait confiance. Peut-être à tort mais il était l’un des seuls personnages à ne pas s’attirer son antipathie. Et ça avait toujours été naturel de communiquer avec lui. Il n’appartenait à ces gens qui esquivent leurs problèmes et entretiennent leur déni. Elle appréciait ça chez lui. Il était plus stable que la plupart des survivants, un fait non-négligeable pour l’anxieuse compulsive. Mais à cet instant, il lui parait être affreusement imprévisible et représente donc une menace trop grande pour qu’elle se fie totalement à son instinct. Après tout, elle n’a pas subtilisé cette arme pour rien. Au fond, cela fait un moment qu’elle le craint.

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