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 L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Lun 16 Oct - 0:38


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Mikkel & Maisy & Lazlo
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Un éclat de rire. Juste comme ça, à gorge déployé. Un rire comme qui dirait orgasmique, poussé par une voix de soprano qui partait dans les aigus, grassement, un rire désagréable. Mademoiselle avait un mis son plus beau décolleté. Mademoiselle -Madame, peut-être ?- avait sorti ses plus beaux bijoux. L’Oiseleur ne pouvait pas la voir, mais il se doutait de la portée de sa conversation. Mademoiselle avait réussi à mettre le grappin sur l’un des nombreux édiles de l’assemblée, et s’apprêtait à sortir toute sa panoplie de fille bonne à sauter, à défaut d’être bonne à marier. Le but de la demoiselle était évident, à la seule sonorité de son rire. Mademoiselle souhaitait être entretenue. Vu le gratin qui s’amassait dans cette salle de réception, elle avait toutes ses chances. Et compte tenu de la pénurie qui faisait rage sur la Nouvelle Orléans, Mademoiselle n’avait pas si tort que ça.
Parce que dans ce monde, il y avait les prédateurs et les proies. Parce que dans ce putain de monde, il y avait les crève-la-dalle et ceux qui bouffaient trop, au détriment des premiers. Ce n’était pas qu’une question de chaîne alimentaire. Certains des salauds en costume-cravate dans ce maudit restaurant luxueux participait au problème. Certains de ces connards étaient même la source du problème.
Le plan avait été prévu de longue date, dès lors même qu’ils avaient eu vent de cette réception dans le French Quarter. Un rassemblement de petits ministres sans beaucoup d’importance, les plus puissants ne s’embarrassant pas de ce type de rassemblements futiles. Une occasion pour le petit peuple des riches de s’engorger dans leur propre égo, de rire du véritable petit peuple et de s’engraisser sur son dos. L’occasion pour des poulettes comme Mademoiselle, la plupart des crève-la-faim comme eux tous, de se trouver un Tonton adipeux mais chargé en tickets de rationnement. La richesse allait nécessairement avec le pouvoir, dans un monde aussi dramatiquement pourri que celui dans lequel ils évoluaient. Peu importait au fond qu’ils soient blancs, noirs, bruns, roux, chauves, les fouilles-misère le resteraient toute leur vie, à moins qu’ils soient prêts à monnayer tout ce qu’il leur restait à des prédateurs improvisés. Juste comme Mademoiselle.

Lazlo renâcla puis s’engouffra par la porte qui menait à la chaufferie à pas de loup, un paquet au contenu inestimable sous le bras. Quel contenu ? La Liberté. Ca faisait longtemps qu’ils avaient préparé leur coup, son groupe et lui. Des semaines entières à préparer chaque scénario, à calibrer l’intervention à la seconde près pour que l’effet soit maximal. La chaufferie se situait tout contre un pilier de soutien qui avait bien trop d’années au compteur pour être vraiment fiable. Bâti sur un réseau de galeries, le restaurant était en équilibre précaire : les souterrains s’enfonçaient tellement bien sous ses pieds qu’il reposait littéralement comme une cerise sur un morceau de gruyère. Il suffisait de creuser la matière restante et tout s’effondrerait.
Simultanément, Alejandro et quelques nouvelles recrues devaient faire exploser un dispensaire de médicaments gouvernemental pour voler leur précieuse marchandise. L’idée était de se servir du chaos provoqué du côté des pontes pour que le rapt se passe sans heurts, les forces de l’ordre trop occupées par le sauvetage potentiel de leurs patrons pour se soucier d’une pharmacie. Les médicaments ainsi récupérés seraient ainsi redistribués au Marché Noir aux familles les plus démunies.
De son côté, l’Oiseleur, accompagné de Mohini, devait infiltrer les cuisines du restaurant. Le principe, ce soir, c’était de faire le maximum de dégâts en un minimum de moyens. Par chance, une « sortie » dernièrement leur avait permis de mettre la main sur de la matière première de qualité. Suffisamment pour que l’Oiseleur fabrique une petite bombe capable de raser un tiers de la superficie de l’édifice, avec une portée de deux étages. Ses fondations et une partie du rez-de-chaussée rasés, il tomberait comme un château de cartes. Et si l’explosion pouvait également prendre la vie de quelques uns des connards gouvernementaux, ce ne serait pas un mal.
Pour éviter les dommages collatéraux, Mohini s’était infiltrée parmi le personnel du restaurant. Sinon leur patron, la totalité des employés désapprouvait cette petite sauterie gouvernementale. Ils n’étaient là que comme tous les autres, parce qu’ils avaient besoin de pouvoir se payer de quoi survivre, même chichement. Tenus par les couilles. Tous les êtres humains qui n’avaient pas léché le cul de ces salopards était tenu par les couilles. Compte tenu de leurs opinions, ils n’avaient pas été difficiles à convaincre. Progressivement, le staff s’évacuait, prétextant une pause, un empêchement, une indisposition. Progressivement, ils quittaient les lieux, adressant de légers hochements aux deux Résistants en passant. S’ils ne rejoindraient peut-être jamais les rangs des combattants, ils savaient au moins que la Résistance ne comptait pas se laisser faire bien longtemps. Ils en parleraient autour d’eux. Ce coup d’éclat ramènerait de nouveaux activistes à la Cause.

Tout était si parfaitement réglé. Mohini, grimée en serveuse, faisait tout autant le guet que les allers-retours dans la salle de réception pour s’assurer que personne ne se doute de rien. Confiant, Lazlo s’était engouffré dans la chaufferie. L’uniforme noir de commis de cuisine qu’il avait enfilé pour se fondre dans la masse lui collait désagréablement à la peau, sous l’effet de la chaleur qui se dégageait de la pièce. A pas vifs, il avisa le fameux pilier de soutien et s’attela à sa tâche. Attacher la bombe. Programmer le boîtier. Faute de moyens, le mécanisme était archaïque. Pas de déclencheur à distance, pas de raccordements alambiqués. Juste les bons vieux câbles de couleur différente et une horloge numérique pour le compte à rebours. Les fameux quatre zéros une fois atteints, un tout petit déclencheur ferait tout le boulot.
Et BOOM. Ni plus ni moins.
A force de réflexion et de simulations, les complices s’étaient mis d’accord sur un délai de sept minutes. Quatre minutes pour évacuer les lieux ainsi que les derniers civils, et trois minutes pour voir large au cas où quelque chose se produirait. Lazlo n’aimait pas le travail bâclé, et s’il aimait travailler dans l’urgence, ce n’était pas une raison pour risquer de se faire arracher un bras à cause d’une explosion mal calibrée. C’était pour ça qu’il avait prévu une marge de manœuvre, aussi infime soit-elle. On ne savait jamais ce qu’il pouvait se produire. Mohini l’avait taquiné devant autant de précautions, et il ne s’en était pas défendu.
Parce que plus la date décisive s’était approchée, et plus il avait un mauvais pressentiment.

Lazlo avait entendu parler des êtres dotés de prescience, comme les sorciers. Nombre de ses amis étaient de cette étrange espèce, et lui avaient décrit cette sensation un peu vaporeuse lorsqu’un danger approche. De même, il était sensible, comme garçon. Et si les premiers jours il avait mis cette sensation sur le compte de l’appréhension, elle ne l’avait jamais quitté. Au contraire, elle croissait à mesure que la date se rapprochait, teintant ses pensées d’un relent d’angoisse. Il n’avait pas peur, au contraire. Il préférait même cet état un peu trouble pour redoubler d’efforts et puiser encore plus de motivation.
Mais il le savait, quelque chose allait se passer ce soir. Une intuition.

Et à chaque fois qu’il sentait que quelque chose allait, il revoyait le visage de Mikkel. Mikkel qui envahissait ses pensées. Mikkel pour lequel il se battait. Mikkel, avec ce regard étrange qu’il posait sur lui depuis l’Arène. Avec ses attitudes plus douces, avec ses étreintes plus longues. Avec tous ces signes qui faisaient papillonner le coeur de l’Oiseleur mais desquels il se méfiait tout autant. L’espoir, ce n’est pas bon. Pas quand on est fou amoureux de son meilleur pote, et que ce meilleur pote et Mikkel Ievseï. S’il connaissait bien le Brun de la Discorde, il ne le connaissait pas parfaitement pour autant. Des fois le comportement du jeune homme continuait de le surprendre, et si Lazlo n’avait pas à s’en plaindre -les surprises étant régulièrement très agréables-, il avait appris à ne pas transposer ses propres sentiments sur son ami. Mais Mikkel avait beaucoup changé, depuis l’Arène. Si bien que, des fois, quand il se retrouvait seul sur son toit à s’occuper de ses oiseaux, l’Eleveur se prenait à rêver. C’était un peu idiot comme rêves. Un peu adolescents. Mais croire aux contes de fées n’avait jamais fait de mal à personne, si ?
Toujours était-il qu’il le revoyait, là. Comme s’il n’était pas loin de lui, comme s’il le surveillait. C’était idiot comme sensation, mais tout avait changé ces derniers mois. Le Monde. La Ville. Le Brun de la Discorde. L’Oiseleur lui-même. Et avoir quelques pulsions de tendresse vis à vis de quelqu’un qui n’était pas là dans l’immédiat n’avait jamais tué personne.

Chassant son ami de ses pensées, le blond secoua la tête en achevant le branchement de son matériel. Le petit écran rectangulaire raccordé à la bombe s’illumina, des bandes rouge vif striant sa surface noire. Les rayures clignotèrent quelques instants avant d’afficher un 07:00 éclatant qui étira un sourire radieux sur le visage du Norvégien. Le temps d’un battement de cil, une seconde s’était écoulée, marquée par un éclat de lumière rouge. Puis une autre. Puis encore une autre. Satisfait, l’Oiseleur lâcha l’explosif à 06:56, prêt à rejoindre sa complice dans les cuisines. Si tout se passait aussi bien qu’ils l’avaient prévu, Mohini était supposée avoir fini d’évacuer les civils. Ils n’auraient plus qu’à s’éloigner pour ne pas se retrouver pris par le souffle de l’explosion. Un jeu d’enfant, une entreprise si bien rodée qu’ils auraient pu l’effectuer les yeux fermés.
Les grands yeux sombres de Mohini, luisants d’une étincelle d’euphorie toute particulière, furent la première chose qu’il aperçut en sortant de la pénombre. Conformément à ce qui était prévu, il était temps de décoller. Il n’y avait plus personne à sauver, juste des nuisibles à éliminer. La bombe ferait une partie du boulot, les éboulements le reste.

Ils venaient tout juste de traverser la rue pour rejoindre l’autre côté qu’il se retourna enfin. D’un coup d’oeil par dessus son épaule, Lazlo remarqua une silhouette familière. Non... Non ce n’était pas...

-Jan, qu’est-ce que tu branles ? T’as oublié de lancer la bombe ?
-Non, non, j’ai cru voir...
-Vu, vu, j’espère que c’est la Vierge que t’as vue parce que tu nous fais perdre notre temps là !
-T’occupes Mohini, faut que j’aille vérifier. Pars devant, je te rejoins dès que je suis sûr.

L’Indienne renifla, incertaine. En général, lorsque le plan ne se déroulait pas comme prévu, c’était la première à filer sur les lieux pour s’assurer que personne ne serait blessé ou qu’il n’y ait aucun problème majeur. En général, surtout, elle ne laissait jamais ses coéquipiers seuls. Mais il y avait quelque chose dans le ton de son compagnon de galère qui lui fit comprendre que ce n’était pas le moment de négocier pour rester avec lui. D’un hochement de la tête sans la moindre conviction, elle finit par reculer à petits pas, avant de filer à tire d’aile dans la ruelle par laquelle ils devaient s’enfuir.
Il lui restait encore une bonne poignée de minutes, Lazlo le savait. Suffisamment de temps pour être certain qu’il n’avait pas vu le Brun de la Discorde se faufiler à travers les ombres vers le restaurant. C’était peut-être une impression, peut-être une illusion, il l’espérait tout du moins. Parce que son mauvais pressentiment s’était terriblement accentué. Parce que son coeur ne battait plus avec la même violence, parce que ce n’était plus l’adrénaline qui inondait tout son système à présent.
La peur. La peur. Chaque battement improvisé seconde, balancier d’une horloge menant à l’inéluctable. Pourvu que ce ne soit pas lui. Pourvu que ce ne soit pas Mikkel.

Et surtout, que pouvait-il bien faire ici ? Retenant son souffle, Lazlo rejoint le flanc du restaurant à petites foulées silencieuses. Tira le foulard qu’il avait noué autour de sa gorge sur son nez, masquant partiellement son visage. S’il ne s’agissait que d’un badaud, il l’attraperait par le bras et l’embarquerait aussi loin que possible sans aucune explication. Par contre, si c’était Mikkel...








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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Lun 30 Oct - 19:34


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Mikkel & Maisy & Lazlo
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Les rires joyeux résonnaient encore à mes oreilles, des rires de môme, légers et innocents. Ce n'était pas souvent qu'on entendait ce genre de choses dans les couloirs de l'hôpital, au point de surprendre les gens qui nous entendaient passer. Mais on allait trop vite pour eux, bien trop vite, et ils avaient à peine eu le temps de redresser des regards stupéfaits, qu'on avait déjà filé au détour d'un couloir. Cette gosse n'avait pas arrêté de se marrer sur sa chaise roulante, durant tout le trajet qui la ramenait à sa chambre, des rires plein de vie et de chaleur. On avait fait la course, j'avais mimé un pilote de rallye et pour quelques minutes, on s'était retrouvé dans les dunes, à éviter les dromadaires et les palmiers comme de vrais aventuriers du Paris-Dakar. Il fallait faire gaffe aux crocodiles aussi, pas sûr qu'il y en ait eu beaucoup dans le désert mais en tous cas, le nôtre en était infesté : de jolis croco aux gros yeux qui claquaient des dents pour nous saluer pendant qu'on slalomait comme de vrais virtuoses. Gloria tenait un volant imaginaire pendant que je courrais comme un dératé en poussant sa charrette, rigolant autant qu'elle. Ma co-pilote de 6 ans avait chopé la polio, faute de vaccins, et la maladie avait touché la moelle épinière. Elle ne pourrait peut-être plus jamais marcher, ses jambes s'atrophiaient, mais pendant quelques minutes, elle avait ri en oubliant ses douleurs.

« Ievseï ! Vous vous croyez dans un camps de vacances ? J'en ai assez de vous rappeler constamment à l'ordre, vous tenez à votre place oui ou non ?»

Une voix glaciale m'interpella alors que je venais de confier Gloria à son médecin. J'esquissai une moue en reconnaissait ma boss, elle avait des yeux partout...
« Oh désolé M'dame, c'est juste que... »
Elle m'interrompit brutalement.
« Taisez-vous ! Vous pensez que tout n'est qu'un jeu ? On est ici pour sauver des vies, pas pour s'amuser. »
Je levai les mains en l'air dans un geste apaisant, le sourcil arqué.
« Okay mais on s'amuse quand alors ? J'veux dire, rire et décompresser, ça fait partie du processus de guérison. C'est important pour les patients aussi et puis pour les gens en général, surtout avec les conditions de vie dehors...  Et puis, c'est pas en tirant la gueule toute la journée que je bosserai mieux, non ?»
Visiblement agacée, elle sembla ne pas écouter un traître mot de ce que je pouvais bien dire, le nez dans ses dossiers. Elle ne redressa son visage que pour me balancer quelques paroles cassantes.
« Je n'ai pas le temps d'écouter vos bavardages stupides, vous me fatiguez. Ce n'est pas vous qui fixez les règles et ce que vous dites n'a jamais aucun sens. Vous pensez évoluer dans votre carrière mais cela n'arrivera jamais, Ievseï, parce que vous n'êtes rien ici, vous n'êtes qu'un numéro et vous n'existez pas. C'est bien compris ? Oubliez vos stupides ambitions, c'est ridicule ! »
J'en restais comme deux ronds de flancs sous ses reproches sortis de nulle part mais je n'osais rien rétorquer de plus.
« Mais euh ?...  Okay m'dame, c'est noté.»

Je bossais pourtant de mon mieux, je n'arrivais même plus en retard ces derniers temps. Bien-sûr, je n'avais pas fait d'études, je savais bien que j'y connaissais pas autant qu'elle sur la question mais est-ce que j'étais vraiment aussi con que ça ...? La nouvelle chef de service était une belle et grande femme au visage sévère et froid. Elle administrait notre service d'une manière psychorigide, angoissée à la seule idée qu'un élément perturbateur ne vienne gripper sa machine si bien huilée. Et elle ne supportait absolument pas qu'on remette en cause le moindre de ses avis. J'avais sans doute eu tort de l'ouvrir, pauvre minable brancardier que j'étais. Mieux valait écraser et ne pas insister... Au prix d'un gros effort, je ravalai ma fierté et mordis sur ma chique, sans plus rien ajouter. Son regard intransigeant me perfora une dernière fois avant qu'elle ne tourne les talons, sa pile de dossiers sous le bras. Je soupirai avant de croiser le regard d'une collègue - une petite infirmière lèche-cul, au museau pointu de souris - qui m'offrit un air réprobateur en me voyant gonfler les joues.

« Ne sois pas si susceptible en plus. Elle a raison. Tu crois pouvoir amadouer tout le monde avec tes conneries ? L'ancien chef t'avait à la bonne parce que tu passais sous son bureau, on le sait. Mais il est au Collosseum en attente d'être jugé pour dépravation et harcèlement. Alors tu ferais mieux de ne pas l'oublier, de baisser la tête et de rentrer dans les rangs. » Moi, j'étais susceptible ? J'écarquillai les yeux en l'écoutant me casser avec tant de mépris, avant de hausser les épaules dans un sourire caustique. « Haha genre... Merci du conseil darling mais ta langue de pute, tu te la gardes. Allez, j'ai du boulot moi, merde. »

Un boulot éreintant qui m'empêchait de trop penser. Je m'y concentrai pendant tout le reste de l'après midi jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour moi de regagner les vestiaires, me changer et sortir de l’hôpital. Mes pensées me rattrapèrent une fois que je fus installé sur la banquette usée du métro. Elles me poursuivirent quand je rôdai aux alentours de l'ancienne usine du Treme où habitait Lazlo. C'étaient des pensées culpabilisantes essentiellement. Des pensées très noires qui faisaient chuter mon humeur très profondément, comme dans un abîme de désespoir et de désolation. Ma chef avait tort : je n'avais aucune ambition, pas la moindre. Et cette réalisation me plongeait dans un malaise indéfinissable parce que finalement, j'aurais aimé mériter ses accusations. Si au moins j'avais été un mec ambitieux pour de vrai, un mec qui voudrait révolutionner le système ou qui voudrait s'élever socialement, mon père aurait eu des raisons d'être fier de moi. Roman n'aurait pas eu honte de moi... Mais non, j'étais juste un minable sans aucun idéal de vie. Sans doute parce que je ne me projetais pas dans l'avenir, je n'avais jamais réussi à faire ça. Peut-être parce que j'avais toujours eu la sensation confuse et étrange que je ne vivrais pas jusqu'à trente ans. De toute façon, je n'avais aucune envie de devenir vieux et moche. Ni vieux et responsable. Et j'étais en train de me dire qu'il aurait sans doute mieux valu que j'arrête de respirer pour de bon.

Ce soir, j'avais envie de voir Lazlo. La culpabilité tempêtait dans ma tête au point de me bouffer le cerveau vivant. Parce que non seulement j'étais le fils le plus dégueulasse de l'univers mais en plus, j'étais aussi un ami complètement merdique. Est-ce qu'on baisait avec son meilleur ami, déjà ? Non. Est-ce qu'on le plantait pendant des mois pour débarquer chez lui à l'improviste la bouche en cœur ? Non. Est-ce qu'on laissait planer l’ambiguïté en refusant de parler de certaines choses ? En refusant même d'y penser ? Rhaa... En plus, il me semblait que j'avais pas été très sympa avec Lazlo, la dernière fois qu'on s'était parlé. J'avais critiqué les Résistants, encore une fois. Si j'avais bonne mémoire, je les avais même traités de torche-culs et de gueusards. Entre autres saloperies... Non pas que Lazlo se tracasse trop de mon vocabulaire mais je savais que cette cause lui tenait à cœur et j'avais vu son regard se ternir en m'entendant les descendre en flèche. Mais c'était plus fort que moi, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il était prêt à risquer sa vie pour sauver des gens qu'on ne connaissait même pas. Ce n'était pas juste qu'il prenne tous les risques ! Et tout ça pour quoi, putain, pour des connards ingrats ? J'enfonçai mes mains dans les poches de mon jean, errant dans les rues de la ville à la recherche du blond. Il n'était pas chez lui... il n'était pas non plus chez Laura. Après l'avoir cherché dans tous ses endroits favoris, je finis par l'apercevoir avec une de ses potes, dans le French Quarter et je me mis à le suivre.

Si les émotions et les sentiments étaient des couleurs, alors toutes les choses me paraissaient grises, fanées, éteintes. Pas invisibles mais délavées. J'avais moi-même l'impression de n'être rempli que d'obscurité et de brouillard. Quand j'étais dans cet état d'esprit, je me sentais incapable de communiquer, même si j'en crevais d'envie. Même si je savais que rien que de voir le sourire espiègle sous la barbe et les yeux d'un bleu étincelant de Lazlo me rendraient mon optimisme. Alors je restais là, assis sous un porche dans la pénombre de la rue, à regarder la façade du resto où il était entré. J'ignorais qu'il avait assez de pognon pour se payer un gueuleton dans un établissement aussi classe. A moins qu'il ne soit allé proposer d'ajouter des pigeons rôtis au menu du jour ? Je rêvassai ainsi en fumant une clope, me demandant ce que je pourrais bien lui dire. "Hey Lazlo, tu te souviens du jour où j'ai été un sale con ? Okay y'en a eu quelques uns mais... Bon, je regrette hein. Allez, on va faire une partie de baby foot ? Ou d'autre chose... gnark gnark. " Je soufflai la fumée dans un demi-sourire, laissant retomber les cendres sur le trottoir. Elles s'envolèrent dans la brise. La vie n'était pas qu'un jeu. Et sans doute que je ne pouvais pas amadouer tout le monde avec mes conneries. Ou bien si ! Ou bien non. Ou bien...

J'avais jeté ma clope pour enfouir ma tête contre mes genoux, les enveloppant de mes bras. Le temps fila un peu. Je fis le vide dans mon esprit, essayant de ne plus penser à rien. Ni à mon père, ni à Laura, ni à tout ce qui n'allait pas dans ma vie... Je frissonnais légèrement avant de redresser enfin la tête. J'allais tout de même pas rester comme ça toute la soirée, bordel. Dans une impulsion, je me redressai alors, me faufilant entre les ombres pour rejoindre le restaurant. C'était débile de rester là à me cacher de Lazlo comme un sale trouillard alors qu'il était là, à cent mètres. S'il était fâché contre moi, il me le dirait et au moins, je pourrais m'excuser. Fort de cette résolution, je me rapprochai de l'immeuble, sans me rendre compte que deux silhouettes venaient à peine d'en sortir. Ainsi, lorsque je parvins à l'entrée principale, je jetai un regard au travers de la grande fenêtre dans l'espoir d'y apercevoir mon ami. La salle était bondée, remplie de personnages bien sapés qui profitaient d'un festin dans un cadre luxueux. L'eau me vint aussitôt à la bouche, stupéfait de voir à quel point les riches se remplissaient le ventre alors que le peuple crevait de faim. De là où j'étais, les parfums de nourriture, plus appétissants les uns que les autres, me parvenaient avec force. Mon pouvoir de métamorphe rendait la torture encore plus intense. Mon instinct carnassier me chuchota des envies égocentriques et soudain, le projet de bouffe surpassa tout le reste. Le chacal riait fort en moi, si fort que je ressentais des picotements de satisfaction alors que l'enthousiasme renaissait. J'allais me faire inviter dans ce resto, putain de merde.

Dans un sourire cynique, je me préparai donc à rentrer pour profiter du buffet, ourdissant déjà de fausses excuses – quoi mon nom n'est pas sur la liste ? Diantre, appelez moi le directeur ou je crée un scandale, je suis le fils du Juge Poireau moi, vous savez ! – mais je fus interrompu par une présence dans la rue obscure. Quand je me retournai, j'aperçu un mec masqué et mon sang ne fit qu'un tour. Un voleur ? « Ah merde, j'ai pas de portefeuille, fous-moi la paix ! Wow ! Au secours, j'me fais attaquer !! Doux Jésus, c'est si scandaleux...» Dis-je dans un glapissement avant de passer la porte pour m'engouffrer à l'intérieur et requérir l'aide des braves gens attablés. Je n'étais qu'un honnête fils de Juge, peu habitué à fréquenter la basse classe après tout. J'étais un mec ambitieux, responsable et sérieux. Le genre de mec qui se rendait à des repas luxueux. Le genre de mec qui ne reportait jamais une discussion avec un beau blond, fut-il son meilleur ami ou... autre chose.





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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Mar 31 Oct - 1:47


Pourvu que ce ne soit pas Mikkel. N'importe qui mais pas Mikkel. Pourvu que ce ne soit pas Mikkel, pourvu que ce ne soit pas Mikkel, pourvu que ce ne soit pas...
Mikkel...


Et son coeur de s'effondrer dans ses entrailles, de fracasser les noeuds qu'elles faisaient inlassablement dans son abdomen. Parce que plus il approchait, et plus il trouvait la silhouette qui s'était faufilée vers le restaurant familière. Parce que cette carrure, ces épaules, cette tignasse fauve, ce bon mètre quatre-vingts, il les connaissait par coeur. Parce qu'il était capable de reconnaître son meilleur ami même dans le noir, et c'était précisément ce qui était en train de se produire. Un cauchemar. C'était un cauchemar.
Le coeur battant la chamade, le foulard remonté sur son visage empêchant une respiration déjà difficile, Lazlo s'était rapproché autant que possible. Avait tendu la main pour toucher l'épaule du curieux, espérant toujours que ce ne soit pas lui jusqu'au tout dernier moment. Jusqu'à croiser les deux iris métalliques de Mikkel Ievseï, et sentir tout son monde se dérober tout autour de lui.
Une première explosion. Celle de son univers qui volait en éclats, alors que le danger imminent pouvait happer ce qu'il avait de plus cher. Celle de son coeur, alors qu'il réalisait avec horreur que ce n'était pas un exercice. Que tous les civils sauf le plus important avaient été évacués. Le temps sembla ralentir, les minutes imperturbablement longues alors que Mikkel se retournait. Alors qu'il croisait le regard abasourdi du terroriste, et que son expression changea du tout au tout.

Avec sa calotte de commis, son costume noir et son foulard sur le nez, Lazlo était méconnaissable. Pas de barbe visible, pas de cheveux qui pendaient tant il les avait si bien cachés pour ne pas être reconnu facilement. Seuls ses yeux écarquillés comme repère, et un repère qui, clairement, ne fut pas suffisant pour trahir son identité. Un temps de latence. Juste une poignée de secondes, le temps que les informations lui parviennent au cerveau. Mikkel. Bombe. Faire quelque chose. Un temps de latence bien trop long, beaucoup trop long.
Parce que son amant venait de pousser une exclamation tonitruante, révélant aussitôt sa position à la trentaine de convives dans la salle de réception. Pire, il venait d'opérer une impulsion pour se précipiter vers l'intérieur du restaurant. Un temps de latence trop long. Même en sautant sur ses appuis, Lazlo fut trop lent pour réussir à l'attraper par le bras. Ses doigts se refermèrent sur l'ombre du brun, et il ne put que le voir partir à fond de train là où il ne devait surtout pas aller. Son sang ne fit qu'un tour. Il fila à sa poursuite au dans le restaurant, espérant qu'il fasse tout sauf aller à la salle de réception.

Ca aurait été trop beau. A chacune de ses foulées, Lazlo pouvait sentir la masse dure du Glock que Mohini avait glissé à l'arrière de son pantalon. Par mesure de sécurité, même s'il n'en aurait sûrement pas besoin, avait-elle ironisé. Si elle avait seulement su, la malheureuse. Le Russe avait de bonnes foulées, il courait suffisamment vite pour semer le commun des mortels. Et surtout, il traversa la porte double qui menait à la salle de réception beaucoup plus vite que l'Oiseleur, la refermant partiellement dans son sillon. Sa voix résonna dans toute la pièce, soulevant une vague d'indignation et quelques murmures paniqués dans la pièce. Et Lazlo le connaissait par coeur. S'il n'entendait pas ses divagations, caché qu'il était dans le couloir, il imaginait parfaitement que Mikkel était en train d'alerter suffisamment les esprits pour que bientôt un mouvement de panique pointe le bout de son nez. Et qui disait mouvement de panique disait évacuation. Disait Milice. Disait fiasco, tant pour leur attaque que celle de la pharmacie. Il ne pouvait pas laisser passer ça.
Il ne pouvait pas laisser Mikkel là. Son coeur battait la chamade, l'angoisse montait par vagues dans ses poumons, gonflant sa poitrine alors qu'il cherchait toujours plus d'air. Les mains tremblantes, il tâtonna à la recherche de son pistolet. Il devait agir, il devait faire quelque chose. Fébrile, il ôta la sécurité du Glock, et inspira profondément pour se forcer au calme. Une respiration. Le grondement d'une multitude de voix qui cédaient à la panique. Des chaises qui patinaient sur le sol, de la vaisselle qui tintait brutalement. Deux inspirations. Une femme qui, clairement terrifiée, venait de s'exclamer "il faut appeler la Milice !"

Troisième inspiration. Tout son corps s'était gelé dans une froide détermination. Ses mains ne tremblaient plus sur son arme. C'était la guerre, ce n'était plus un jeu. La porte s'ouvrit à la volée, sous la violence de son coup de pied, pour révéler d'abord le canon de son pistolet, puis tout le corps du Résistant. Il avait une mission. Il restait un civil à évacuer dans cette pièce. Peu importait qu'il soit celui qui donnait ses couleurs à son monde ou un sinistre inconnu. Il était un grain de sable dans le roulement de sa mission, et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour l'évacuer.

-TOUT LE MONDE A TERRE !

Avec une froideur assassine, il leva son bras armé et tira deux coups de semonce vers le plafond. Il avait suffisamment de balles pour effrayer temporairement la majorité des convives. Et, pour peu que certains de ces chiens du Gouvernement aient une montée de courage illusoire, il aurait tôt fait de lui tirer une balle dans le front. Une détermination sans faille évidente dans le regard perçant, glacial, qu'il glissa sur toute l'assemblée. Sa voix, feutrée par le foulard qu'il portait sur son visage, claqua une nouvelle fois avec violence dans l'air. Il n'y avait plus une once d'hésitation dans ses cellules. Juste la mission à accomplir.

-Le premier qui se sent pousser des couilles, il se fait abattre, pigé ?!

Le canon de son arme en prolongation de son regard passa de visage en visage. L'horreur de la guerre, il la connaissait. L'horreur de la terreur, il la connaissait. Ses coups de semonce avaient tiré des hurlements d'hommes et de femmes qui n'avaient jamais connu ça, la peur. Qui n'avaient jamais vécu dans autre chose que l'indolence, dans une opulence crasse dont ils ne savaient même pas qu'ils ne la méritaient pas. La salle de réception était pleine de ces vicelards sans scrupules, pleine de ces filles prêtes à se faire entretenir pour quelques tickets, pleine de ces visages blanchis par la terreur et cette odeur de merde qui montait de quelques derrières luxueusement habillés. Ce n'était plus un jeu, ni pour lui, ni pour eux. Ce n'était plus un jeu pour personne depuis bien trop longtemps.
Le museau de son Glock finit par s'arrêter sur la silhouette de Mikkel, et le Résistant cilla. Pria pour que Mohini ait entendu les coups de feu, espéra que les autres auraient suffisamment de latence pour faire ce qu'ils avaient à faire. Dita aurait dû l'accompagner, calfeutrée à l'abri dans son chapeau, mais il avait été incapable de trouver l'Oiselle. Elle disparaissait de plus en plus ces derniers temps. Elle n'était pas là pour donner l'alerte ou aller chercher du soutien. Il était donc seul. Seul avec son pistolet, sa bombe, son coeur qui se faisait la malle et Mikkel en joue. Sa main trembla légèrement, avant qu'il ne se ressaisisse. Il était le bras armé de la Résistance, aux yeux de tous ces cons. Ce n'était pas le moment de flancher.

-Toi, le gueulard, debout !

Un bref mouvement de son arme pour l'inciter à s'exécuter. Une froideur, une contenance toutes fictives sur son visage qu'il voulait impassible alors qu'il se rapprochait de son ami. Quand il fut suffisamment redressé, Lazlo attrapa son poignet et lui fit une clé de bras pour le maintenir en place. L'installa d'office en face de lui comme bouclier humain. Effectua une nouvelle ronde vers les convives avec son arme, la pointant au hasard sur quelques faciès terrorisés.
Il avait envie de pleurer. Mais ce n'était pas un jeu. C'était tout sauf un jeu. Poussant le bras de son ami plus loin dans son dos pour le forcer à la docilité, il en profita pour lui adresser un murmure que lui seul entendrait. Un murmure brisé.

-Déconne pas, surtout déconne pas.

Le Glock se balada encore d'un visage à l'autre, piochant au hasard des hommes à double-menton et des femmes proches de l'évanouissement. Ce n'était pas un jeu, parce qu'il n'y avait pas de jeu. Il n'y avait que la Cause, il n'y avait que leur liberté bafouée, écrasée, piétinée par cette bande de connards. Il n'y avait que cette bombe qui menaçait de péter à tout moment, et son coeur enserrait sa gorge. Voyant que certains des hommes commençaient à s'échauder, constatant probablement son hésitation malgré son otage, il tira un nouveau coup de semonce. Cette fois-ci au-dessus de l'assemblée. Un hurlement collectif, du plâtre qui s'émietta de l'orifice creusé par la balle pour tomber lourdement dans les assiettes trop bien garnie.

-J'ai des comptes à régler avec cet enfoiré en privé. Le prochain, c'est toi, Double-Menton. Il pointa un homme au hasard du canon de son Glock et déglutit. Pourvu que Mohini ait entendu les coups de feu. Pourvu qu'elle soit encore dans les parages. Sa poigne se resserra sur le bras de Mikkel, et il poursuivit. Allez, avance ! La Résistance vaincra !

Tout son corps tremblait, et maintenir une image froide et menaçante devenait toujours plus compliqué. Il avait envie de vomir. Il avait honte. Il avait envie de pleurer. Il avait envie de filer aussi vite que possible avec le Brun de la Discorde, aussi loin que possible. De lui demander pardon. Pardon pour ce qui venait de se produire. Pardon pour ce qui allait se produire. Pardon pour les horreurs. Pardon pour tous ces morts qui s'annonçaient. D'un mouvement sec, il poussa son ami vers la double-porte, balayant une dernière fois l'assemblée de son arme.
Ils devaient filer. Vite. Il ignorait combien de temps cette petite mascarade avait bien pu prendre, combien de temps il leur restait avant la détonation. Il ignorait si Mikkel avait reconnu sa voix, s'il avait entendu sa supplique, s'il avait compris quoi que ce soit. S'il était terrifié, lui aussi. Sans le relâcher, il l'entraîna à travers les couloirs pour rejoindre la cuisine. La bombe était placée sous la salle de réception. Il était nécessaire, vital, même, de s'en éloigner le plus possible. La sortie des employés était celle qui risquait le moins, et il avait perdu toute notion du temps avec cette session d'intimidation impromptue. Et sa belle froideur, celle qu'il avait acquise à l'armée, celle qu'il avait mis tant de temps à maîtriser, se faisait royalement la malle. Aussi accéléra-t-il le pas. Aussi la progression se mua en cavalcade jusqu'à la sortie.

L'air, l'extérieur. Rassemblant toutes ses forces, le Résistant repoussa aussitôt le brun vers la rue, pour lui donner l'impulsion nécessaire à son envol. Pour appeler son instinct, celui qui pouvait chercher potentiellement la liberté sans discuter. Il espérait qu'il n'aurait pas envie de discuter. Il espérait qu'il ne l'ait pas reconnu.

-Cours. File et te retourne pas. T'as rien à faire ici.

Sa voix n'avait plus la même force que dans la salle de réception. Il y voyait flou, ses yeux brûlant sous des larmes amères. Pourvu que Mikkel n'ait rien compris, ou souhaitait comprendre. Pourvu qu'il ne se retourne pas. Qu'il ne revienne pas.
Qu'il ait suffisamment de temps.
Qu'ils aient encore le temps.



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