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 L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Lun 16 Oct - 0:38


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Mikkel & Maisy & Lazlo
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Un éclat de rire. Juste comme ça, à gorge déployé. Un rire comme qui dirait orgasmique, poussé par une voix de soprano qui partait dans les aigus, grassement, un rire désagréable. Mademoiselle avait un mis son plus beau décolleté. Mademoiselle -Madame, peut-être ?- avait sorti ses plus beaux bijoux. L’Oiseleur ne pouvait pas la voir, mais il se doutait de la portée de sa conversation. Mademoiselle avait réussi à mettre le grappin sur l’un des nombreux édiles de l’assemblée, et s’apprêtait à sortir toute sa panoplie de fille bonne à sauter, à défaut d’être bonne à marier. Le but de la demoiselle était évident, à la seule sonorité de son rire. Mademoiselle souhaitait être entretenue. Vu le gratin qui s’amassait dans cette salle de réception, elle avait toutes ses chances. Et compte tenu de la pénurie qui faisait rage sur la Nouvelle Orléans, Mademoiselle n’avait pas si tort que ça.
Parce que dans ce monde, il y avait les prédateurs et les proies. Parce que dans ce putain de monde, il y avait les crève-la-dalle et ceux qui bouffaient trop, au détriment des premiers. Ce n’était pas qu’une question de chaîne alimentaire. Certains des salauds en costume-cravate dans ce maudit restaurant luxueux participait au problème. Certains de ces connards étaient même la source du problème.
Le plan avait été prévu de longue date, dès lors même qu’ils avaient eu vent de cette réception dans le French Quarter. Un rassemblement de petits ministres sans beaucoup d’importance, les plus puissants ne s’embarrassant pas de ce type de rassemblements futiles. Une occasion pour le petit peuple des riches de s’engorger dans leur propre égo, de rire du véritable petit peuple et de s’engraisser sur son dos. L’occasion pour des poulettes comme Mademoiselle, la plupart des crève-la-faim comme eux tous, de se trouver un Tonton adipeux mais chargé en tickets de rationnement. La richesse allait nécessairement avec le pouvoir, dans un monde aussi dramatiquement pourri que celui dans lequel ils évoluaient. Peu importait au fond qu’ils soient blancs, noirs, bruns, roux, chauves, les fouilles-misère le resteraient toute leur vie, à moins qu’ils soient prêts à monnayer tout ce qu’il leur restait à des prédateurs improvisés. Juste comme Mademoiselle.

Lazlo renâcla puis s’engouffra par la porte qui menait à la chaufferie à pas de loup, un paquet au contenu inestimable sous le bras. Quel contenu ? La Liberté. Ca faisait longtemps qu’ils avaient préparé leur coup, son groupe et lui. Des semaines entières à préparer chaque scénario, à calibrer l’intervention à la seconde près pour que l’effet soit maximal. La chaufferie se situait tout contre un pilier de soutien qui avait bien trop d’années au compteur pour être vraiment fiable. Bâti sur un réseau de galeries, le restaurant était en équilibre précaire : les souterrains s’enfonçaient tellement bien sous ses pieds qu’il reposait littéralement comme une cerise sur un morceau de gruyère. Il suffisait de creuser la matière restante et tout s’effondrerait.
Simultanément, Alejandro et quelques nouvelles recrues devaient faire exploser un dispensaire de médicaments gouvernemental pour voler leur précieuse marchandise. L’idée était de se servir du chaos provoqué du côté des pontes pour que le rapt se passe sans heurts, les forces de l’ordre trop occupées par le sauvetage potentiel de leurs patrons pour se soucier d’une pharmacie. Les médicaments ainsi récupérés seraient ainsi redistribués au Marché Noir aux familles les plus démunies.
De son côté, l’Oiseleur, accompagné de Mohini, devait infiltrer les cuisines du restaurant. Le principe, ce soir, c’était de faire le maximum de dégâts en un minimum de moyens. Par chance, une « sortie » dernièrement leur avait permis de mettre la main sur de la matière première de qualité. Suffisamment pour que l’Oiseleur fabrique une petite bombe capable de raser un tiers de la superficie de l’édifice, avec une portée de deux étages. Ses fondations et une partie du rez-de-chaussée rasés, il tomberait comme un château de cartes. Et si l’explosion pouvait également prendre la vie de quelques uns des connards gouvernementaux, ce ne serait pas un mal.
Pour éviter les dommages collatéraux, Mohini s’était infiltrée parmi le personnel du restaurant. Sinon leur patron, la totalité des employés désapprouvait cette petite sauterie gouvernementale. Ils n’étaient là que comme tous les autres, parce qu’ils avaient besoin de pouvoir se payer de quoi survivre, même chichement. Tenus par les couilles. Tous les êtres humains qui n’avaient pas léché le cul de ces salopards était tenu par les couilles. Compte tenu de leurs opinions, ils n’avaient pas été difficiles à convaincre. Progressivement, le staff s’évacuait, prétextant une pause, un empêchement, une indisposition. Progressivement, ils quittaient les lieux, adressant de légers hochements aux deux Résistants en passant. S’ils ne rejoindraient peut-être jamais les rangs des combattants, ils savaient au moins que la Résistance ne comptait pas se laisser faire bien longtemps. Ils en parleraient autour d’eux. Ce coup d’éclat ramènerait de nouveaux activistes à la Cause.

Tout était si parfaitement réglé. Mohini, grimée en serveuse, faisait tout autant le guet que les allers-retours dans la salle de réception pour s’assurer que personne ne se doute de rien. Confiant, Lazlo s’était engouffré dans la chaufferie. L’uniforme noir de commis de cuisine qu’il avait enfilé pour se fondre dans la masse lui collait désagréablement à la peau, sous l’effet de la chaleur qui se dégageait de la pièce. A pas vifs, il avisa le fameux pilier de soutien et s’attela à sa tâche. Attacher la bombe. Programmer le boîtier. Faute de moyens, le mécanisme était archaïque. Pas de déclencheur à distance, pas de raccordements alambiqués. Juste les bons vieux câbles de couleur différente et une horloge numérique pour le compte à rebours. Les fameux quatre zéros une fois atteints, un tout petit déclencheur ferait tout le boulot.
Et BOOM. Ni plus ni moins.
A force de réflexion et de simulations, les complices s’étaient mis d’accord sur un délai de sept minutes. Quatre minutes pour évacuer les lieux ainsi que les derniers civils, et trois minutes pour voir large au cas où quelque chose se produirait. Lazlo n’aimait pas le travail bâclé, et s’il aimait travailler dans l’urgence, ce n’était pas une raison pour risquer de se faire arracher un bras à cause d’une explosion mal calibrée. C’était pour ça qu’il avait prévu une marge de manœuvre, aussi infime soit-elle. On ne savait jamais ce qu’il pouvait se produire. Mohini l’avait taquiné devant autant de précautions, et il ne s’en était pas défendu.
Parce que plus la date décisive s’était approchée, et plus il avait un mauvais pressentiment.

Lazlo avait entendu parler des êtres dotés de prescience, comme les sorciers. Nombre de ses amis étaient de cette étrange espèce, et lui avaient décrit cette sensation un peu vaporeuse lorsqu’un danger approche. De même, il était sensible, comme garçon. Et si les premiers jours il avait mis cette sensation sur le compte de l’appréhension, elle ne l’avait jamais quitté. Au contraire, elle croissait à mesure que la date se rapprochait, teintant ses pensées d’un relent d’angoisse. Il n’avait pas peur, au contraire. Il préférait même cet état un peu trouble pour redoubler d’efforts et puiser encore plus de motivation.
Mais il le savait, quelque chose allait se passer ce soir. Une intuition.

Et à chaque fois qu’il sentait que quelque chose allait, il revoyait le visage de Mikkel. Mikkel qui envahissait ses pensées. Mikkel pour lequel il se battait. Mikkel, avec ce regard étrange qu’il posait sur lui depuis l’Arène. Avec ses attitudes plus douces, avec ses étreintes plus longues. Avec tous ces signes qui faisaient papillonner le coeur de l’Oiseleur mais desquels il se méfiait tout autant. L’espoir, ce n’est pas bon. Pas quand on est fou amoureux de son meilleur pote, et que ce meilleur pote et Mikkel Ievseï. S’il connaissait bien le Brun de la Discorde, il ne le connaissait pas parfaitement pour autant. Des fois le comportement du jeune homme continuait de le surprendre, et si Lazlo n’avait pas à s’en plaindre -les surprises étant régulièrement très agréables-, il avait appris à ne pas transposer ses propres sentiments sur son ami. Mais Mikkel avait beaucoup changé, depuis l’Arène. Si bien que, des fois, quand il se retrouvait seul sur son toit à s’occuper de ses oiseaux, l’Eleveur se prenait à rêver. C’était un peu idiot comme rêves. Un peu adolescents. Mais croire aux contes de fées n’avait jamais fait de mal à personne, si ?
Toujours était-il qu’il le revoyait, là. Comme s’il n’était pas loin de lui, comme s’il le surveillait. C’était idiot comme sensation, mais tout avait changé ces derniers mois. Le Monde. La Ville. Le Brun de la Discorde. L’Oiseleur lui-même. Et avoir quelques pulsions de tendresse vis à vis de quelqu’un qui n’était pas là dans l’immédiat n’avait jamais tué personne.

Chassant son ami de ses pensées, le blond secoua la tête en achevant le branchement de son matériel. Le petit écran rectangulaire raccordé à la bombe s’illumina, des bandes rouge vif striant sa surface noire. Les rayures clignotèrent quelques instants avant d’afficher un 07:00 éclatant qui étira un sourire radieux sur le visage du Norvégien. Le temps d’un battement de cil, une seconde s’était écoulée, marquée par un éclat de lumière rouge. Puis une autre. Puis encore une autre. Satisfait, l’Oiseleur lâcha l’explosif à 06:56, prêt à rejoindre sa complice dans les cuisines. Si tout se passait aussi bien qu’ils l’avaient prévu, Mohini était supposée avoir fini d’évacuer les civils. Ils n’auraient plus qu’à s’éloigner pour ne pas se retrouver pris par le souffle de l’explosion. Un jeu d’enfant, une entreprise si bien rodée qu’ils auraient pu l’effectuer les yeux fermés.
Les grands yeux sombres de Mohini, luisants d’une étincelle d’euphorie toute particulière, furent la première chose qu’il aperçut en sortant de la pénombre. Conformément à ce qui était prévu, il était temps de décoller. Il n’y avait plus personne à sauver, juste des nuisibles à éliminer. La bombe ferait une partie du boulot, les éboulements le reste.

Ils venaient tout juste de traverser la rue pour rejoindre l’autre côté qu’il se retourna enfin. D’un coup d’oeil par dessus son épaule, Lazlo remarqua une silhouette familière. Non... Non ce n’était pas...

-Jan, qu’est-ce que tu branles ? T’as oublié de lancer la bombe ?
-Non, non, j’ai cru voir...
-Vu, vu, j’espère que c’est la Vierge que t’as vue parce que tu nous fais perdre notre temps là !
-T’occupes Mohini, faut que j’aille vérifier. Pars devant, je te rejoins dès que je suis sûr.

L’Indienne renifla, incertaine. En général, lorsque le plan ne se déroulait pas comme prévu, c’était la première à filer sur les lieux pour s’assurer que personne ne serait blessé ou qu’il n’y ait aucun problème majeur. En général, surtout, elle ne laissait jamais ses coéquipiers seuls. Mais il y avait quelque chose dans le ton de son compagnon de galère qui lui fit comprendre que ce n’était pas le moment de négocier pour rester avec lui. D’un hochement de la tête sans la moindre conviction, elle finit par reculer à petits pas, avant de filer à tire d’aile dans la ruelle par laquelle ils devaient s’enfuir.
Il lui restait encore une bonne poignée de minutes, Lazlo le savait. Suffisamment de temps pour être certain qu’il n’avait pas vu le Brun de la Discorde se faufiler à travers les ombres vers le restaurant. C’était peut-être une impression, peut-être une illusion, il l’espérait tout du moins. Parce que son mauvais pressentiment s’était terriblement accentué. Parce que son coeur ne battait plus avec la même violence, parce que ce n’était plus l’adrénaline qui inondait tout son système à présent.
La peur. La peur. Chaque battement improvisé seconde, balancier d’une horloge menant à l’inéluctable. Pourvu que ce ne soit pas lui. Pourvu que ce ne soit pas Mikkel.

Et surtout, que pouvait-il bien faire ici ? Retenant son souffle, Lazlo rejoint le flanc du restaurant à petites foulées silencieuses. Tira le foulard qu’il avait noué autour de sa gorge sur son nez, masquant partiellement son visage. S’il ne s’agissait que d’un badaud, il l’attraperait par le bras et l’embarquerait aussi loin que possible sans aucune explication. Par contre, si c’était Mikkel...








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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Lun 30 Oct - 19:34


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Mikkel & Maisy & Lazlo
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Les rires joyeux résonnaient encore à mes oreilles, des rires de môme, légers et innocents. Ce n'était pas souvent qu'on entendait ce genre de choses dans les couloirs de l'hôpital, au point de surprendre les gens qui nous entendaient passer. Mais on allait trop vite pour eux, bien trop vite, et ils avaient à peine eu le temps de redresser des regards stupéfaits, qu'on avait déjà filé au détour d'un couloir. Cette gosse n'avait pas arrêté de se marrer sur sa chaise roulante, durant tout le trajet qui la ramenait à sa chambre, des rires plein de vie et de chaleur. On avait fait la course, j'avais mimé un pilote de rallye et pour quelques minutes, on s'était retrouvé dans les dunes, à éviter les dromadaires et les palmiers comme de vrais aventuriers du Paris-Dakar. Il fallait faire gaffe aux crocodiles aussi, pas sûr qu'il y en ait eu beaucoup dans le désert mais en tous cas, le nôtre en était infesté : de jolis croco aux gros yeux qui claquaient des dents pour nous saluer pendant qu'on slalomait comme de vrais virtuoses. Gloria tenait un volant imaginaire pendant que je courrais comme un dératé en poussant sa charrette, rigolant autant qu'elle. Ma co-pilote de 6 ans avait chopé la polio, faute de vaccins, et la maladie avait touché la moelle épinière. Elle ne pourrait peut-être plus jamais marcher, ses jambes s'atrophiaient, mais pendant quelques minutes, elle avait ri en oubliant ses douleurs.

« Ievseï ! Vous vous croyez dans un camps de vacances ? J'en ai assez de vous rappeler constamment à l'ordre, vous tenez à votre place oui ou non ?»

Une voix glaciale m'interpella alors que je venais de confier Gloria à son médecin. J'esquissai une moue en reconnaissait ma boss, elle avait des yeux partout...
« Oh désolé M'dame, c'est juste que... »
Elle m'interrompit brutalement.
« Taisez-vous ! Vous pensez que tout n'est qu'un jeu ? On est ici pour sauver des vies, pas pour s'amuser. »
Je levai les mains en l'air dans un geste apaisant, le sourcil arqué.
« Okay mais on s'amuse quand alors ? J'veux dire, rire et décompresser, ça fait partie du processus de guérison. C'est important pour les patients aussi et puis pour les gens en général, surtout avec les conditions de vie dehors...  Et puis, c'est pas en tirant la gueule toute la journée que je bosserai mieux, non ?»
Visiblement agacée, elle sembla ne pas écouter un traître mot de ce que je pouvais bien dire, le nez dans ses dossiers. Elle ne redressa son visage que pour me balancer quelques paroles cassantes.
« Je n'ai pas le temps d'écouter vos bavardages stupides, vous me fatiguez. Ce n'est pas vous qui fixez les règles et ce que vous dites n'a jamais aucun sens. Vous pensez évoluer dans votre carrière mais cela n'arrivera jamais, Ievseï, parce que vous n'êtes rien ici, vous n'êtes qu'un numéro et vous n'existez pas. C'est bien compris ? Oubliez vos stupides ambitions, c'est ridicule ! »
J'en restais comme deux ronds de flancs sous ses reproches sortis de nulle part mais je n'osais rien rétorquer de plus.
« Mais euh ?...  Okay m'dame, c'est noté.»

Je bossais pourtant de mon mieux, je n'arrivais même plus en retard ces derniers temps. Bien-sûr, je n'avais pas fait d'études, je savais bien que j'y connaissais pas autant qu'elle sur la question mais est-ce que j'étais vraiment aussi con que ça ...? La nouvelle chef de service était une belle et grande femme au visage sévère et froid. Elle administrait notre service d'une manière psychorigide, angoissée à la seule idée qu'un élément perturbateur ne vienne gripper sa machine si bien huilée. Et elle ne supportait absolument pas qu'on remette en cause le moindre de ses avis. J'avais sans doute eu tort de l'ouvrir, pauvre minable brancardier que j'étais. Mieux valait écraser et ne pas insister... Au prix d'un gros effort, je ravalai ma fierté et mordis sur ma chique, sans plus rien ajouter. Son regard intransigeant me perfora une dernière fois avant qu'elle ne tourne les talons, sa pile de dossiers sous le bras. Je soupirai avant de croiser le regard d'une collègue - une petite infirmière lèche-cul, au museau pointu de souris - qui m'offrit un air réprobateur en me voyant gonfler les joues.

« Ne sois pas si susceptible en plus. Elle a raison. Tu crois pouvoir amadouer tout le monde avec tes conneries ? L'ancien chef t'avait à la bonne parce que tu passais sous son bureau, on le sait. Mais il est au Collosseum en attente d'être jugé pour dépravation et harcèlement. Alors tu ferais mieux de ne pas l'oublier, de baisser la tête et de rentrer dans les rangs. » Moi, j'étais susceptible ? J'écarquillai les yeux en l'écoutant me casser avec tant de mépris, avant de hausser les épaules dans un sourire caustique. « Haha genre... Merci du conseil darling mais ta langue de pute, tu te la gardes. Allez, j'ai du boulot moi, merde. »

Un boulot éreintant qui m'empêchait de trop penser. Je m'y concentrai pendant tout le reste de l'après midi jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour moi de regagner les vestiaires, me changer et sortir de l’hôpital. Mes pensées me rattrapèrent une fois que je fus installé sur la banquette usée du métro. Elles me poursuivirent quand je rôdai aux alentours de l'ancienne usine du Treme où habitait Lazlo. C'étaient des pensées culpabilisantes essentiellement. Des pensées très noires qui faisaient chuter mon humeur très profondément, comme dans un abîme de désespoir et de désolation. Ma chef avait tort : je n'avais aucune ambition, pas la moindre. Et cette réalisation me plongeait dans un malaise indéfinissable parce que finalement, j'aurais aimé mériter ses accusations. Si au moins j'avais été un mec ambitieux pour de vrai, un mec qui voudrait révolutionner le système ou qui voudrait s'élever socialement, mon père aurait eu des raisons d'être fier de moi. Roman n'aurait pas eu honte de moi... Mais non, j'étais juste un minable sans aucun idéal de vie. Sans doute parce que je ne me projetais pas dans l'avenir, je n'avais jamais réussi à faire ça. Peut-être parce que j'avais toujours eu la sensation confuse et étrange que je ne vivrais pas jusqu'à trente ans. De toute façon, je n'avais aucune envie de devenir vieux et moche. Ni vieux et responsable. Et j'étais en train de me dire qu'il aurait sans doute mieux valu que j'arrête de respirer pour de bon.

Ce soir, j'avais envie de voir Lazlo. La culpabilité tempêtait dans ma tête au point de me bouffer le cerveau vivant. Parce que non seulement j'étais le fils le plus dégueulasse de l'univers mais en plus, j'étais aussi un ami complètement merdique. Est-ce qu'on baisait avec son meilleur ami, déjà ? Non. Est-ce qu'on le plantait pendant des mois pour débarquer chez lui à l'improviste la bouche en cœur ? Non. Est-ce qu'on laissait planer l’ambiguïté en refusant de parler de certaines choses ? En refusant même d'y penser ? Rhaa... En plus, il me semblait que j'avais pas été très sympa avec Lazlo, la dernière fois qu'on s'était parlé. J'avais critiqué les Résistants, encore une fois. Si j'avais bonne mémoire, je les avais même traités de torche-culs et de gueusards. Entre autres saloperies... Non pas que Lazlo se tracasse trop de mon vocabulaire mais je savais que cette cause lui tenait à cœur et j'avais vu son regard se ternir en m'entendant les descendre en flèche. Mais c'était plus fort que moi, je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il était prêt à risquer sa vie pour sauver des gens qu'on ne connaissait même pas. Ce n'était pas juste qu'il prenne tous les risques ! Et tout ça pour quoi, putain, pour des connards ingrats ? J'enfonçai mes mains dans les poches de mon jean, errant dans les rues de la ville à la recherche du blond. Il n'était pas chez lui... il n'était pas non plus chez Laura. Après l'avoir cherché dans tous ses endroits favoris, je finis par l'apercevoir avec une de ses potes, dans le French Quarter et je me mis à le suivre.

Si les émotions et les sentiments étaient des couleurs, alors toutes les choses me paraissaient grises, fanées, éteintes. Pas invisibles mais délavées. J'avais moi-même l'impression de n'être rempli que d'obscurité et de brouillard. Quand j'étais dans cet état d'esprit, je me sentais incapable de communiquer, même si j'en crevais d'envie. Même si je savais que rien que de voir le sourire espiègle sous la barbe et les yeux d'un bleu étincelant de Lazlo me rendraient mon optimisme. Alors je restais là, assis sous un porche dans la pénombre de la rue, à regarder la façade du resto où il était entré. J'ignorais qu'il avait assez de pognon pour se payer un gueuleton dans un établissement aussi classe. A moins qu'il ne soit allé proposer d'ajouter des pigeons rôtis au menu du jour ? Je rêvassai ainsi en fumant une clope, me demandant ce que je pourrais bien lui dire. "Hey Lazlo, tu te souviens du jour où j'ai été un sale con ? Okay y'en a eu quelques uns mais... Bon, je regrette hein. Allez, on va faire une partie de baby foot ? Ou d'autre chose... gnark gnark. " Je soufflai la fumée dans un demi-sourire, laissant retomber les cendres sur le trottoir. Elles s'envolèrent dans la brise. La vie n'était pas qu'un jeu. Et sans doute que je ne pouvais pas amadouer tout le monde avec mes conneries. Ou bien si ! Ou bien non. Ou bien...

J'avais jeté ma clope pour enfouir ma tête contre mes genoux, les enveloppant de mes bras. Le temps fila un peu. Je fis le vide dans mon esprit, essayant de ne plus penser à rien. Ni à mon père, ni à Laura, ni à tout ce qui n'allait pas dans ma vie... Je frissonnais légèrement avant de redresser enfin la tête. J'allais tout de même pas rester comme ça toute la soirée, bordel. Dans une impulsion, je me redressai alors, me faufilant entre les ombres pour rejoindre le restaurant. C'était débile de rester là à me cacher de Lazlo comme un sale trouillard alors qu'il était là, à cent mètres. S'il était fâché contre moi, il me le dirait et au moins, je pourrais m'excuser. Fort de cette résolution, je me rapprochai de l'immeuble, sans me rendre compte que deux silhouettes venaient à peine d'en sortir. Ainsi, lorsque je parvins à l'entrée principale, je jetai un regard au travers de la grande fenêtre dans l'espoir d'y apercevoir mon ami. La salle était bondée, remplie de personnages bien sapés qui profitaient d'un festin dans un cadre luxueux. L'eau me vint aussitôt à la bouche, stupéfait de voir à quel point les riches se remplissaient le ventre alors que le peuple crevait de faim. De là où j'étais, les parfums de nourriture, plus appétissants les uns que les autres, me parvenaient avec force. Mon pouvoir de métamorphe rendait la torture encore plus intense. Mon instinct carnassier me chuchota des envies égocentriques et soudain, le projet de bouffe surpassa tout le reste. Le chacal riait fort en moi, si fort que je ressentais des picotements de satisfaction alors que l'enthousiasme renaissait. J'allais me faire inviter dans ce resto, putain de merde.

Dans un sourire cynique, je me préparai donc à rentrer pour profiter du buffet, ourdissant déjà de fausses excuses – quoi mon nom n'est pas sur la liste ? Diantre, appelez moi le directeur ou je crée un scandale, je suis le fils du Juge Poireau moi, vous savez ! – mais je fus interrompu par une présence dans la rue obscure. Quand je me retournai, j'aperçu un mec masqué et mon sang ne fit qu'un tour. Un voleur ? « Ah merde, j'ai pas de portefeuille, fous-moi la paix ! Wow ! Au secours, j'me fais attaquer !! Doux Jésus, c'est si scandaleux...» Dis-je dans un glapissement avant de passer la porte pour m'engouffrer à l'intérieur et requérir l'aide des braves gens attablés. Je n'étais qu'un honnête fils de Juge, peu habitué à fréquenter la basse classe après tout. J'étais un mec ambitieux, responsable et sérieux. Le genre de mec qui se rendait à des repas luxueux. Le genre de mec qui ne reportait jamais une discussion avec un beau blond, fut-il son meilleur ami ou... autre chose.





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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Mar 31 Oct - 1:47


Pourvu que ce ne soit pas Mikkel. N'importe qui mais pas Mikkel. Pourvu que ce ne soit pas Mikkel, pourvu que ce ne soit pas Mikkel, pourvu que ce ne soit pas...
Mikkel...


Et son coeur de s'effondrer dans ses entrailles, de fracasser les noeuds qu'elles faisaient inlassablement dans son abdomen. Parce que plus il approchait, et plus il trouvait la silhouette qui s'était faufilée vers le restaurant familière. Parce que cette carrure, ces épaules, cette tignasse fauve, ce bon mètre quatre-vingts, il les connaissait par coeur. Parce qu'il était capable de reconnaître son meilleur ami même dans le noir, et c'était précisément ce qui était en train de se produire. Un cauchemar. C'était un cauchemar.
Le coeur battant la chamade, le foulard remonté sur son visage empêchant une respiration déjà difficile, Lazlo s'était rapproché autant que possible. Avait tendu la main pour toucher l'épaule du curieux, espérant toujours que ce ne soit pas lui jusqu'au tout dernier moment. Jusqu'à croiser les deux iris métalliques de Mikkel Ievseï, et sentir tout son monde se dérober tout autour de lui.
Une première explosion. Celle de son univers qui volait en éclats, alors que le danger imminent pouvait happer ce qu'il avait de plus cher. Celle de son coeur, alors qu'il réalisait avec horreur que ce n'était pas un exercice. Que tous les civils sauf le plus important avaient été évacués. Le temps sembla ralentir, les minutes imperturbablement longues alors que Mikkel se retournait. Alors qu'il croisait le regard abasourdi du terroriste, et que son expression changea du tout au tout.

Avec sa calotte de commis, son costume noir et son foulard sur le nez, Lazlo était méconnaissable. Pas de barbe visible, pas de cheveux qui pendaient tant il les avait si bien cachés pour ne pas être reconnu facilement. Seuls ses yeux écarquillés comme repère, et un repère qui, clairement, ne fut pas suffisant pour trahir son identité. Un temps de latence. Juste une poignée de secondes, le temps que les informations lui parviennent au cerveau. Mikkel. Bombe. Faire quelque chose. Un temps de latence bien trop long, beaucoup trop long.
Parce que son amant venait de pousser une exclamation tonitruante, révélant aussitôt sa position à la trentaine de convives dans la salle de réception. Pire, il venait d'opérer une impulsion pour se précipiter vers l'intérieur du restaurant. Un temps de latence trop long. Même en sautant sur ses appuis, Lazlo fut trop lent pour réussir à l'attraper par le bras. Ses doigts se refermèrent sur l'ombre du brun, et il ne put que le voir partir à fond de train là où il ne devait surtout pas aller. Son sang ne fit qu'un tour. Il fila à sa poursuite au dans le restaurant, espérant qu'il fasse tout sauf aller à la salle de réception.

Ca aurait été trop beau. A chacune de ses foulées, Lazlo pouvait sentir la masse dure du Glock que Mohini avait glissé à l'arrière de son pantalon. Par mesure de sécurité, même s'il n'en aurait sûrement pas besoin, avait-elle ironisé. Si elle avait seulement su, la malheureuse. Le Russe avait de bonnes foulées, il courait suffisamment vite pour semer le commun des mortels. Et surtout, il traversa la porte double qui menait à la salle de réception beaucoup plus vite que l'Oiseleur, la refermant partiellement dans son sillon. Sa voix résonna dans toute la pièce, soulevant une vague d'indignation et quelques murmures paniqués dans la pièce. Et Lazlo le connaissait par coeur. S'il n'entendait pas ses divagations, caché qu'il était dans le couloir, il imaginait parfaitement que Mikkel était en train d'alerter suffisamment les esprits pour que bientôt un mouvement de panique pointe le bout de son nez. Et qui disait mouvement de panique disait évacuation. Disait Milice. Disait fiasco, tant pour leur attaque que celle de la pharmacie. Il ne pouvait pas laisser passer ça.
Il ne pouvait pas laisser Mikkel là. Son coeur battait la chamade, l'angoisse montait par vagues dans ses poumons, gonflant sa poitrine alors qu'il cherchait toujours plus d'air. Les mains tremblantes, il tâtonna à la recherche de son pistolet. Il devait agir, il devait faire quelque chose. Fébrile, il ôta la sécurité du Glock, et inspira profondément pour se forcer au calme. Une respiration. Le grondement d'une multitude de voix qui cédaient à la panique. Des chaises qui patinaient sur le sol, de la vaisselle qui tintait brutalement. Deux inspirations. Une femme qui, clairement terrifiée, venait de s'exclamer "il faut appeler la Milice !"

Troisième inspiration. Tout son corps s'était gelé dans une froide détermination. Ses mains ne tremblaient plus sur son arme. C'était la guerre, ce n'était plus un jeu. La porte s'ouvrit à la volée, sous la violence de son coup de pied, pour révéler d'abord le canon de son pistolet, puis tout le corps du Résistant. Il avait une mission. Il restait un civil à évacuer dans cette pièce. Peu importait qu'il soit celui qui donnait ses couleurs à son monde ou un sinistre inconnu. Il était un grain de sable dans le roulement de sa mission, et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour l'évacuer.

-TOUT LE MONDE A TERRE !

Avec une froideur assassine, il leva son bras armé et tira deux coups de semonce vers le plafond. Il avait suffisamment de balles pour effrayer temporairement la majorité des convives. Et, pour peu que certains de ces chiens du Gouvernement aient une montée de courage illusoire, il aurait tôt fait de lui tirer une balle dans le front. Une détermination sans faille évidente dans le regard perçant, glacial, qu'il glissa sur toute l'assemblée. Sa voix, feutrée par le foulard qu'il portait sur son visage, claqua une nouvelle fois avec violence dans l'air. Il n'y avait plus une once d'hésitation dans ses cellules. Juste la mission à accomplir.

-Le premier qui se sent pousser des couilles, il se fait abattre, pigé ?!

Le canon de son arme en prolongation de son regard passa de visage en visage. L'horreur de la guerre, il la connaissait. L'horreur de la terreur, il la connaissait. Ses coups de semonce avaient tiré des hurlements d'hommes et de femmes qui n'avaient jamais connu ça, la peur. Qui n'avaient jamais vécu dans autre chose que l'indolence, dans une opulence crasse dont ils ne savaient même pas qu'ils ne la méritaient pas. La salle de réception était pleine de ces vicelards sans scrupules, pleine de ces filles prêtes à se faire entretenir pour quelques tickets, pleine de ces visages blanchis par la terreur et cette odeur de merde qui montait de quelques derrières luxueusement habillés. Ce n'était plus un jeu, ni pour lui, ni pour eux. Ce n'était plus un jeu pour personne depuis bien trop longtemps.
Le museau de son Glock finit par s'arrêter sur la silhouette de Mikkel, et le Résistant cilla. Pria pour que Mohini ait entendu les coups de feu, espéra que les autres auraient suffisamment de latence pour faire ce qu'ils avaient à faire. Dita aurait dû l'accompagner, calfeutrée à l'abri dans son chapeau, mais il avait été incapable de trouver l'Oiselle. Elle disparaissait de plus en plus ces derniers temps. Elle n'était pas là pour donner l'alerte ou aller chercher du soutien. Il était donc seul. Seul avec son pistolet, sa bombe, son coeur qui se faisait la malle et Mikkel en joue. Sa main trembla légèrement, avant qu'il ne se ressaisisse. Il était le bras armé de la Résistance, aux yeux de tous ces cons. Ce n'était pas le moment de flancher.

-Toi, le gueulard, debout !

Un bref mouvement de son arme pour l'inciter à s'exécuter. Une froideur, une contenance toutes fictives sur son visage qu'il voulait impassible alors qu'il se rapprochait de son ami. Quand il fut suffisamment redressé, Lazlo attrapa son poignet et lui fit une clé de bras pour le maintenir en place. L'installa d'office en face de lui comme bouclier humain. Effectua une nouvelle ronde vers les convives avec son arme, la pointant au hasard sur quelques faciès terrorisés.
Il avait envie de pleurer. Mais ce n'était pas un jeu. C'était tout sauf un jeu. Poussant le bras de son ami plus loin dans son dos pour le forcer à la docilité, il en profita pour lui adresser un murmure que lui seul entendrait. Un murmure brisé.

-Déconne pas, surtout déconne pas.

Le Glock se balada encore d'un visage à l'autre, piochant au hasard des hommes à double-menton et des femmes proches de l'évanouissement. Ce n'était pas un jeu, parce qu'il n'y avait pas de jeu. Il n'y avait que la Cause, il n'y avait que leur liberté bafouée, écrasée, piétinée par cette bande de connards. Il n'y avait que cette bombe qui menaçait de péter à tout moment, et son coeur enserrait sa gorge. Voyant que certains des hommes commençaient à s'échauder, constatant probablement son hésitation malgré son otage, il tira un nouveau coup de semonce. Cette fois-ci au-dessus de l'assemblée. Un hurlement collectif, du plâtre qui s'émietta de l'orifice creusé par la balle pour tomber lourdement dans les assiettes trop bien garnie.

-J'ai des comptes à régler avec cet enfoiré en privé. Le prochain, c'est toi, Double-Menton. Il pointa un homme au hasard du canon de son Glock et déglutit. Pourvu que Mohini ait entendu les coups de feu. Pourvu qu'elle soit encore dans les parages. Sa poigne se resserra sur le bras de Mikkel, et il poursuivit. Allez, avance ! La Résistance vaincra !

Tout son corps tremblait, et maintenir une image froide et menaçante devenait toujours plus compliqué. Il avait envie de vomir. Il avait honte. Il avait envie de pleurer. Il avait envie de filer aussi vite que possible avec le Brun de la Discorde, aussi loin que possible. De lui demander pardon. Pardon pour ce qui venait de se produire. Pardon pour ce qui allait se produire. Pardon pour les horreurs. Pardon pour tous ces morts qui s'annonçaient. D'un mouvement sec, il poussa son ami vers la double-porte, balayant une dernière fois l'assemblée de son arme.
Ils devaient filer. Vite. Il ignorait combien de temps cette petite mascarade avait bien pu prendre, combien de temps il leur restait avant la détonation. Il ignorait si Mikkel avait reconnu sa voix, s'il avait entendu sa supplique, s'il avait compris quoi que ce soit. S'il était terrifié, lui aussi. Sans le relâcher, il l'entraîna à travers les couloirs pour rejoindre la cuisine. La bombe était placée sous la salle de réception. Il était nécessaire, vital, même, de s'en éloigner le plus possible. La sortie des employés était celle qui risquait le moins, et il avait perdu toute notion du temps avec cette session d'intimidation impromptue. Et sa belle froideur, celle qu'il avait acquise à l'armée, celle qu'il avait mis tant de temps à maîtriser, se faisait royalement la malle. Aussi accéléra-t-il le pas. Aussi la progression se mua en cavalcade jusqu'à la sortie.

L'air, l'extérieur. Rassemblant toutes ses forces, le Résistant repoussa aussitôt le brun vers la rue, pour lui donner l'impulsion nécessaire à son envol. Pour appeler son instinct, celui qui pouvait chercher potentiellement la liberté sans discuter. Il espérait qu'il n'aurait pas envie de discuter. Il espérait qu'il ne l'ait pas reconnu.

-Cours. File et te retourne pas. T'as rien à faire ici.

Sa voix n'avait plus la même force que dans la salle de réception. Il y voyait flou, ses yeux brûlant sous des larmes amères. Pourvu que Mikkel n'ait rien compris, ou souhaitait comprendre. Pourvu qu'il ne se retourne pas. Qu'il ne revienne pas.
Qu'il ait suffisamment de temps.
Qu'ils aient encore le temps.



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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Mar 28 Nov - 17:36


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Mikkel & Maisy & Lazlo
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J'avais interprété la scène du bourgeois scandalisé de façon magistrale, semant la panique au sein de la belle assemblée. Dans la fraîcheur agréable de la grande salle climatisée, je lorgnais déjà sur le buffet, tout en arborant une mine éplorée, le front plissé en me tordant les mains. Acquiesçant aux commentaires effrayés des convives, j'allai m'effondrer sur une chaise, dans un soupir déchirant. « On n'est plus en sécurité nulle part, même dans les beaux quartiers ! C'est révoltant. Que fait la milice, je vous le demande... Je prendrais bien un peu de ce bon vin pour me remettre de mes émotions, merci. Tiens c'est du foie gras que vous avez là... ? » J'ignorais où pouvait se trouver Lazlo mais je ne m'en inquiétais pas vraiment. En voyant la tronche des invités et surtout de leurs costumes de prix, je n'imaginais plus que mon pote puisse réellement faire partie des invités. Moi-même, je détonais un peu avec mon jean troué et mon débardeur moulant. Mais mes bottes étaient trop classes. Et tout comme ma coiffure – savamment sculptée au gel dans un air coiffé-décoiffé – chaque détail de mon apparence était sublimé pour imposer l'excellence dans la simplicité. Quoiqu'il en soit, j'imaginais donc que Lazlo avait dû sortir par la porte de service, après avoir vendu ses pigeons au cuistot. Mais si je l'avais loupé, je comptais bien me rattraper sur la bouffe, au moins je ne serais pas venu pour rien...

Naïvement, je m'étais cru en sécurité à l'intérieur. Comment j'aurais pu me douter que  ce mec masqué allait avoir le culot de me suivre ? Quand la porte s'ouvrit, je m'étranglai avec une gorgée de pinard. L'immonde vin sans alcool se répandit sur le sol, alors que mon verre s'y brisait. Je l'avais relâché en me redressant brusquement, les yeux écarquillés, ne sachant ce qui se passait au juste. Merde, on se faisait vraiment attaquer ? Le resto était pris d'assaut !?

Épouvanté, je rentrai ma tête dans mes épaules sous les coups de feu, me protégeant les tempes des mains. La situation dégénérait à une vitesse effarante. Mieux valait obtempérer rapidement et, comme tout le monde, je m'agenouillai prudemment sur le sol. L'homme était seul mais il était armé et le ton menaçant de sa voix me glaçait. Putain de merde... Je n'avais absolument pas prévu ça. Quel criminel serait assez dingue pour venir détrousser les clients d'un resto au beau milieu du French Quarter ? Qu'on puisse s'attendre à du grabuge à Storyville, okay, mais pas ici... Sans doute que les bonnes gens qui m'entouraient pensaient pareil. La différence c'était que eux, ils étaient réellement plein aux as. Mais si c'était une prise d'otages, ce ne serait sûrement pas avec la banque Ievseï que le braqueur gagnerait une belle rançon. Est-ce que mon père débourserait seulement quoique ce soit pour son incapable de rejeton... ? Sans doute pas et il aurait eu raison.

Tout à mes pensées lugubres, ma gorge nouée par la frousse, je levai un regard effrayé vers le gangster dont seuls les yeux étaient visibles. Instinctivement, je baissai aussitôt le regard, inclinant le front pour fixer le sol avec prudence. Si ce mec avait pris la peine de se foutre un masque, c'était qu'il tenait à son anonymat et j'avais aucune envie de le contrarier...

A coté de moi, une grosse dame boudinée dans sa robe chialait en hoquetant. Si je reculai doucement en glissant sur mes genoux, je pourrais me cacher derrière elle pour mieux me glisser sous la table et filer en douce... La chose était jouable. Pourtant, je me sentais pétrifié et incapable de bouger, de peur que le tueur mette sa menace à exécution. Je n'osais pas plus redresser mon regard sur lui, et quand le canon de son arme passa en revue les otages, je sentis la trouille grimper les échelons, la sueur froide glissant dans ma nuque, jusqu'à ce qu'enfin, sa voix autoritaire retentisse à nouveau. L'arme était dirigée droit vers moi. Quand je redressai les yeux avec stupeur, je croisai à nouveau ses billes d'un bleu plus clair que les mers du Grand Nord. Je jurai entre mes dents en russe, dans un souffle accablé. "Меня это заебало" (Fait chier) La loose, il avait fallu que ça tombe sur moi évidemment, mais merde... Alors voilà, il allait me buter pour l'exemple, pour montrer à tous les otages qu'il ne déconnait pas ?

« T'énerve pas mec... tout est cool... Tu veux quoi, nos portefeuilles et nos bijoux avec ? On va te les donner, tranquilou bilou. »

D'un ton que j'aurais voulu plus rassurant, je me redressai, obéissant ainsi à son ordre impérieux tout en levant les mains en l'air et en évitant de le regarder dans les yeux. Au lieu de ça, je fixai son flingue, ce qui n'était pas compliqué vu qu'il le braquait toujours droit sur moi. Peut-être que j'aurais pu essayer de me défendre, tenter de le désarmer ou de l’assommer d'un coup de poing bien placé. Andreï, lui, aurait sûrement pu gérer facilement ce genre de situation. Mais moi, avec la panique qui rendait mes jambes tremblantes, j'oubliais tous les enseignements de mon baroudeur de grand-père. J'avais essayé de me concentrer sur l'entrainement. Mais jamais je n'aurais ne serait-ce qu'osé penser le mettre en pratique et là, empêtré dans mes émotions, j'en perdais tous mes moyens. Je ne savais pas me battre, merde, j'avais jamais su faire ça...

Quand il m'attrapa le bras pour me le tordre en arrière, je me mordis la joue, dans une plainte étouffée. Le mec se tenait dans mon dos, sa poigne solide me maintenait à sa merci et je sentais mon cœur cogner de plus en plus fort dans ma carcasse. Il allait me buter, il allait me coller son flingue sur la tempe et m'exploser le crâne devant tous ces salauds de bourgeois ! Quelle mort dégueulasse, oh non... Dans la panique, l'idée folle me traversa d'essayer de me transformer en chacal mais vu ma nervosité, j'aurais difficilement pu me concentrer pour ça. Que faire alors ? Je me crispai sous son étreinte, le souffle court, il allait me péter le bras en plus... Putain, il fallait que je bouge, que je tente le tout pour le tout, j'allais pas me laisser tuer comme un agneau à l'abattoir ! Pourtant, je tressaillis soudain en percevant ces mots, murmurés contre mon oreille.

Tous les muscles de mon corps tendus, je ne sus que penser, la panique se mêlant à l'égarement. J'avais perçu autre chose dans le ton de son souffle, une nuance d'angoisse peut-être, qui tranchait avec l'attitude si dure qu'il affichait jusque là. Dans un murmure angoissé, je lui répondis tout bas. « T'es... t'es pas obligé d'me tuer, j'ai pas vu ton visage, j't'ai pas vu, promis ! On peut s'arranger, mec, sans dec... Tu vas pas me... oh m-m-merde... » Quand le nouveau coup de feu explosa, je fermai les yeux par réflexe, dans un bafouillis grimaçant. Ce n'était pas sur moi qu'il venait de tirer, ni sur personne d'autre. Une fois encore, il avait visé le plafond et quelque chose me soufflait qu'il n'avait pas réellement envie de tuer, comme un regain d'optimisme désespéré. Du calme Mikkel putain ! Tu vas pas chier dans ton froc comme ces merdeux ! J'avais beau essayer de me concentrer sur ma respiration, le niveau de ma trouille ne baissait pas d'un cran. Même si je tentais de m'accrocher à l'espoir que ce type soit juste un voleur et pas un assassin.

La voix sèche du criminel surpassa les hurlements terrorisés de la foule et je blêmis sous sa nouvelle menace, alors qu'à la fois, une étrange sensation me happait. Cela ne dura que l'espace d'une demie-seconde, alors que j'étais frappé par l'intonation de la fin de sa phrase. Un ton impertinent, une note familière imprécise dans sa façon de surnommer le gros bonhomme... La pointe de douleur dans mon bras tordu me fit frémir et me coupa aussitôt dans mes réflexions. La Résistance... ? Je n'eus pas le temps de m'interroger davantage. Contraint d'obéir au mouvement de mon agresseur, je m'avançai vers la porte, d'un pas affolé, toujours maintenu par sa poigne douloureuse. Forcé de m'adapter à son rythme, je me mis à courir dans les couloirs du resto, alors que peu à peu, je me sentais envahir par un autre genre de peur. Contre mon dos, je sentais le corps du résistant trembler et son odeur surpassait celles des cuisines pour affleurer à mes sens trop développés. Je connaissais cette odeur. Mais je n'osais pas me résoudre à faire le lien ni à imaginer le pire des scénarios. Que ce soit... Lui. Pas loin de la crise d'angoisse, le sang avait disparu de mon visage, laissant mes joues livides alors que mon estomac se tordait, dans une sinistre nausée.

Balancé contre la porte, je n'eus d'autre choix que de la pousser alors que son impulsion brutale me propulsait dans la rue. Sous mon élan, je manquai de trébucher sur les pavés de la ruelle et je me retournai avec effarement, dirigeant mes yeux remplis de terreur vers l'homme masqué. La gorge nouée, mes bras et mes jambes tremblaient encore plus fort pendant que je fixais le regard bleu qui perçait sous le bonnet. A ses mots, je relâchai une exclamation enrouée, entre jappement et sanglot. Cette voix. Je ne pouvais plus nier l'évidence à présent qu'il était face à moi, que je voyais ses yeux embués, que je saisissais sa silhouette, sa posture, sa taille, son allure. Son odeur. Il avait beau être déguisé, tout me hurlait maintenant l'évidence. Pourtant, ma voix basse fut encore chargée d'hésitation, tandis que je murmurais son prénom dans un souffle. « Lazlo... ? »

J'aurais pu me concentrer sur mon instinct de survie, ne pas chercher à comprendre ni à me poser de questions et foutre le camp. La peur m'aurait fait détaller plus vite que le vent dans d'autres circonstances, et j'aurais été trop soulagé de m'en tirer, alors que j'étais persuadé de me faire descendre, quelques minutes à peine auparavant. Pourtant, au lieu de ça, je m'avançai de deux pas raides dans sa direction, les jambes pétrifiées par la peur qui me glaçait les os.

« C'est vraiment toi... ? » La peine chargeait ma voix de lourdeur et d'incertitude. Je secouai la tête sans cesser de le dévisager, interdit, un masque d'incompréhension collé sur les traits. « Tu m'as... c'était tellement flippant, enfin j'ai bien cru que t'allais me buter mec, putain, j'étais à deux doigts de... merde ! » Quoi, de m'évanouir ? Avec horreur, je me rendais compte que j'avais donné à Lazlo l'image d'un honteux trouillard et un malaise nauséeux me souleva le cœur. Je me contre-foutais de ce que les autres pensaient de moi mais devant lui... Oh merde. Me collant la main sur le front, je déglutis, dépassé par cette situation horrible avant de poursuivre, d'un ton bas et un peu tremblant, les sourcils froncés.

« Et donc là, je devrais foutre le camps alors que j'sais même pas ce que tu vas faire ? Si tu vas buter ces gars ou leur piquer leur fric et faire je sais pas quel coup d'éclat avant que la milice se pointe et te dégomme pour te transformer en martyre, tout ça pour le compte de cette Résistance de merde !? »

Je respirais trop vite, alors que je parlais dans un rythme rapide, mes mots se bousculant les uns les autres. Des frissons courraient le long de mon épine dorsale, j'étais pas loin de me ramasser dans les poubelles et de dégobiller tout le repas que je n'avais pas mangé. Lazlo ne m'avait rien dit, il ne m'avait pas tenu au courant de ses projets, il m'avait rejeté comme il le faisait maintenant... en m'envoyant me faire foutre comme une merde. Je me sentais tellement lourd que j'aurais pu m'enfoncer dans la terre. Peut-être qu'il avait raison, que je ferais mieux de partir. Il m'avait menacé, il m'avait fait mal, il m'avait juste fait comprendre que j'étais rien pour lui, rien comparé à sa cause...

Pourtant, au lieu de ça, je m'approchai encore de lui, levant la main lentement, dans le but de lui ôter son masque. Mes yeux à moi étaient secs et ma voix presque légère désormais, alors que je forçais un rictus cynique. « Qu'est ce que t'aurais fait si j'avais été le fils d'un Juge, si tes potes terroristes estimaient que j'aurais dû mourir, est-ce que tu m'aurais sacrifié ? T'aurais pressé le doigt sur la détente, sans hésitation ? » Sa voix était si froide... si dure... elle résonnait encore sinistrement dans ma tête et je réprimai un frisson. Mes doigts s'étaient arrêtés, ne faisant que le frôler. Il était sexy avec ce masque, même si c'était étrange de penser ça en ce moment précis... Sexy et flippant.
«Deviens pas un de ces fanatiques... ils pourraient t'endoctriner, Laz mais ils font juste que se servir de toi... la milice va t'avoir putain, réveille toi...» Ma voix s'était brisée à mes derniers mots qui résonnèrent comme une supplique.





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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Lun 11 Déc - 16:19

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C'était un cauchemar. Tout ça n'était qu'un putain de cauchemar dont il semblait tout bonnement incapable de se réveiller. Un putain de cauchemar qui était tout aussi cruel que douloureux. Cruel, dans le regard terrifié que Mikkel levait sur lui. Douloureux dans cette sensation permanente qu'ils n'avaient pas le temps.
Qu'ils n'avaient plus le temps.

Au fond, il avait bien vu que Mikkel avait parfaitement compris que la situation était grave. Qu'il ne s'agissait pas d'un jeu, mais bien de la vraie vie. Celle qui est moche. Celle qui est dangereuse. Celle qui dresse les amants l'un contre l'autre dans l'espoir déraisonnable que l'un d'entre eux parvienne à sauver sa misérable peau. Il l'avait si bien compris qu'il avait même avoué ne pas avoir osé voir son visage, ce qui avait temporairement rassuré Lazlo. Mais là, alors que Lazlo l'avait poussé dans la rue avec plus de force qu'il l'aurait voulu, Mikkel s'était retourné.
Il avait fait tout ce qu'il n'aurait pas dû faire, cette nuit-là. Le pire étant qu'il l'avait reconnu.
La boule qui enserrait la gorge de l'Oiseleur ne cessait de croître, alors qu'il posait un regard toujours aussi embrumé sur son amant. Son meilleur ami. Son frère. Sa Cause. Son coeur s'était arrêté de battre lorsqu'il entendit son prénom, un simple murmure teinté d'une peur viscérale, et ne semblait pas prêt à repartir de sitôt. Ses mains tremblantes, il ne prit même pas la peine de les cacher. Parce qu'il était incapable de faire autrement. De faire autre chose. Ses yeux semblaient comme aimantés par les mares métalliques du Brun de la Discorde, l'expression si vivement douloureuse sur ses traits coupant au blond toute volonté de défendre sa cause. Il lui avait fait mal. Il l'avait humilié. Il l'avait terrifié. Il avait pointé une arme sur lui. De toutes les actions que la vie, que la lutte lui avaient demandées, il n'y avait pas eu pire que tout ce qu'il s'était passé ce soir. Et si l'envie de fondre en larmes régnait, empirique, sur tout ce qu'il était, il n'y céda pas. Ses yeux se détournèrent piteusement de ceux de Mikkel. Il ne supportait plus de le voir, pas comme ça.
Pas maintenant.
C'est vraiment toi ? Il retint un gémissement entre ses dents, à peine soufflé entre ses lèvres, étouffé par le tissu qui barrait son visage. Reporta un regard rougi par la honte, par la terreur, par l'incompréhension dans celui, équivoque, de son ami. Un regard qui ne niait pas, qui n'approuvait pas non plus, qui n'était juste qu'une supplique silencieuse pour qu'il décampe sans poser plus de questions. Qu'il ne rende pas la situation plus compliquée, qu'il comprenne que sa vie plus que celle de quiconque était en jeu à l'instant présent. Un regard chargé de tous ces mots qu'il n'avait pas le temps de lui dire, parce qu'une bombe égrenait les secondes à une vitesse folle dans le sous-sol du restaurant. Un tic tac permanent qui les séparait, un paradoxe tout entier alors que Mikkel faisait ce qu'il savait faire de mieux. Il se rapprochait. Il refusait toute règle, il refusait tout ordre, il refusait toute supplique, qu'elle fusse la sienne ou celles du monde tout entier. C'était ça, qu'il aimait tellement, chez le jeune homme. Cette capacité à se raccrocher à ce qui comptait, sans se soucier du reste, que sa vie puisse être en danger ou non. C'était ça qu'il craignait, et c'était précisément ce qui était en train de se produire.

Pars. Je t'en supplie, pars. Il aurait pu dire quelque chose, il aurait pu tenter de repousser Mikkel de nouveau, quitte à ce que ce dernier lui en veuille. Ils trouveraient bien une solution pour se rabibocher, ils l'avaient toujours fait. Mais il en était incapable. Se tenant toujours debout entre son amant et la bombe, Lazlo le laissa se rapprocher malgré lui. Le dégoût dévalait par vagues amères dans tout son système. Un dégoût contre lui-même. Un dégoût de la Cause, qui le poussait à ne rien dire quand il ne souhaitait qu'attraper le seul homme qui ait jamais compté dans sa vie pour qu'ils s'enfuient à tire d'aile. Mais il ne pouvait pas lui permettre ça. Pas maintenant. Pas alors que tous les autres membres de son groupe comptaient sur la réussite de cet attentat. Seul son regard trahissait ses émotions, et, clairement, n'y réussissait pas.
Parce qu'au fond, derrière eux, il pouvait entendre quelques uns des convives qui avaient pris la fuite, profitant de son absence dans la salle de réception. L'alerte avait été donnée, il en était maintenant certain, par le biais de ces petits boitiers qu'avaient les plus importants pour appeler les secours. D'ici peu, le secteur grouillerait de miliciens et de secouristes, d'ici peu, ils se mettraient tous les deux la corde au cou.
La corde au cou. Mikkel avait repris la parole, des mots sourds, rapides, paniqués. Des mots accusateurs, comme tous ceux qu'il avait toujours eus pour la cause, sans même comprendre la raison réelle pour laquelle l'Oiseleur était prêt à sacrifier sa vie. Il n'avait pas l'intention d'être un martyre, il n'avait pas l'intention de se faire chopper. Tout comme il n'avait pas l'intention de se laisser blesser aussi violemment par les paroles de son ami, et pourtant. Pourtant chacune d'entre elle lézardait son cœur d'un coup de poignard supplémentaire. Puisant dans l'énergie du désespoir, il recomposa son masque de Résistant froid et imperturbable. En vain. En témoignait la cassure dans sa voix, dans ce murmure qui tenait plus de la supplique que de l'ordre.

-Tu te trompes. Pars, Mikky, s'il te plait, faut pas que tu restes ici...

Mais Mikkel était lancé. Ses yeux s'étaient assombris, étaient devenus si froids. Leur métal poli ne brillait plus, à présent, et son rictus cynique lui glaça l'échine. Il se sentait petit. Si petit, misérable et honteux. Si honteux. Son regard se perdit vers la droite, incapable de supporter la vue de ce rictus. Incapable de supporter la légèreté toute feinte dans son ton. S'enserrant de ses bras, le Résistant se mordit l'intérieur de la joue. Il y avait la bombe. Il n'y avait plus le temps.
Puis il y avait les accusations. Cette vague d'indignation bien réelle devant l'hypothèse de son ami. Serait-il prêt à le sacrifier ? Bien sûr que non ! Bien sûr que non, en témoignait tous les efforts qu'il avait faits jusqu'à présent pour le tirer de son propre piège ! Bien sûr que non, alors qu'il se battait justement pour lui ! Un éclair de défi traversa ses iris céruléens, alors qu'il les reposait, bien droits, dans le regard de Mikkel. Avant qu'il ne croise une réelle, une profonde inquiétude, qui manqua de le faire flancher de nouveau. Sa main levée devant son visage, pour autant, ne le fit pas ciller. Parce que si une punition avait dû être donnée, il l'aurait déjà reçue.

-Tu comprends pas, Mikky. Tu comprends pas que j'en ai rien à foutre de la milice, que c'est pas pour braquer des gros cons riches que je me bats. Tu comprends pas que je te sacrifierai jamais à la cause, parce que tu ES ma cause. Tu comprends pas que je suis désolé, putain, tellement désolé de t'avoir fait subir tout ça. Tu comprends surtout pas que c'est dangereux de rester ici et qu'on a pas le temps pour tout ça !

Il avait pris sa main entre les siennes par réflexe, les mots s'empilant derrière le foulard sur son visage sans qu'il ne parvienne à les retenir. La détresse de l'Oiseleur avait beau être palpable, dans ses yeux, sa voix ou la crispation de ses doigts, elle n'était certainement pas suffisante. Elle n'était surtout pas représentative de la panique qui régnait dans son esprit. Parce qu'il ne savait pas, non, il ne savait pas combien de temps il leur restait. Quelques secondes ? Quelques minutes ? Il avait arrêté de compter lorsqu'il avait dû revenir sur le restaurant pour venir le chercher. Et son coeur battait beaucoup trop vite, beaucoup trop fort pour qu'il parvienne à se recentrer. Confusément, il poursuivit, le souffle court, le ton saccadé, jetant un bref coup d'oeil par dessus son épaule. Les convives s'échappaient tous progressivement. Ils n'avaient plus le temps.
Plus le temps.

-Y'a une bombe dans ce putain de sous-sol et il faut que tu files tout de suite, Mikky !

Sa voix s'étrangla, alors qu'il avait haussé le ton sans le vouloir, la panique l'étreignant jusqu'à la gorge. Mais le regard qu'il posa dans les yeux de son ami, lui, était équivoque. Il était sérieux. Il n'avait jamais été aussi sérieux de toute son existence. Mikkel voulait qu'il se réveille, mais il n'avait jamais été aussi éveillé. Parce que le danger était omniprésent, le danger dormait dans les entrailles du restaurant et menaçait de se réveiller sous peu. Dieu seul savait quel état de colère il aurait, en se réveillant. Mais Lazlo, lui, savait qu'il ne voulait surtout pas que Mikkel en fasse les frais.

Obéissant à sa propre impulsion, ses mains tenant toujours fermement celle du brun, l'Oiseleur jeta un dernier coup d’œil en arrière avant de s'élancer. Ils étaient trop proches du danger. Il savait que maintenant que la vérité crue avait été énoncée, son ami ne poserait pas plus de questions. Avec une confiance aveugle dans ses capacités physiques, pour en avoir fait les frais quelques minutes plus tôt, il lui tint toujours aussi fermement la main alors qu'ils filaient le plus vite que possible vers les ruelles attenantes. Avec ses jambes plus longues, le brun ne tarda pas à le dépasser.
Sauf qu'ils ne furent pas assez rapides.
Un grondement, sous leurs pieds.
Le sol trembla.
Son cœur s'arrêta alors qu'il plongeait vers le brun.

-MIKKEL !

Il y a des choses que l'on fait, dont on ne se sait pourtant pas capable. Des actes paradoxaux, qui ne nous ressemblent pas, mais pour lesquels on a pourtant toute la force du monde sur le moment. La spontanéité, l'instinct de survie, l'amour, nous poussent à ce genre de choses. Ces brefs instants de suspension qui sont tout juste suffisants pour protéger tout ce qu'on a avec tout ce qu'on possède. Un battement de cils, une respiration, lorsque tout explose. Un moment où on se dit qu'on ne peut pas supporter de perdre cette seule, cette unique personne, qui est tout notre monde.
Un battement de coeur.
Le grondement s'était fait chaos, la menace, réalité.
Une explosion.
Un larsen.
Son poids avait fait chanceler la carrure de son ami, le faisant partir en avant.
Le souffle de l'explosion les agitait dans les airs comme des poupées de chiffons.
Ses bras s'étaient enroulés autour de la tête brune, la plaquant d'office contre son torse.
Un battement de coeur.
Une minute affreusement longue.
Par réflexe, il l'avait enveloppé autant que possible.
Tout entier.
Un battement de coeur.
Un claquement, dans son corps.
Rien ne pourrait arriver à Mikkel.
Rien ne devait lui arriver.

La déflagration avait été, comme prévu, suffisamment puissante pour secouer les fondations du bâtiment. Comme prévu, le plâtre, les fenêtres, bon nombre des meubles, poutres et colonnes qui étaient à l'intérieur avaient été projetés par le souffle de l'explosion. Les derniers convives qui tentaient de s'échapper avaient appris à voler. Eux aussi.
Enroulé tout autour de Mikkel, Lazlo avait fermé les yeux. Encaissé les débris dans son dos, arrondi, mû par la seule volonté de protéger autant que possible le brun. Il n'avait pas réfléchi aux conséquences, il n'avait pas réfléchi à ce qu'il allait avoir à subir, il n'avait pas pensé une seconde aux échardes de verre qui laminaient son dos, au plâtre qui se fracassait sur ses membres, à la rudesse du sol alors qu'ils retombaient. Ils roulèrent quelques instants à même le bitume, étroitement enlacés, jusqu'à s'arrêter enfin. Il n'y avait pas réfléchi, à tout ça, parce que sauver Mikkel était bien plus important que tout le reste. L'adrénaline aidant, il avait tout juste eu le temps de s'improviser comme bouclier humain. Le reste, c'était du détail.

Un goût métallique, au fond de sa gorge.
Merde.

Dans un gémissement étouffé, il relâcha enfin son ami. Se laissa rouler sur le dos, le souffle coupé par cette gène indéfinissable dans sa cage thoracique. Sous la main qu'il y avait porté, son cœur battait la cadence erratique de la panique. En quête d'air, il arracha le foulard de son visage, sans que ça n'arrange la situation en quoi que ce soit. Quelque chose n'allait pas. Merde. Merde.
Ouvrir les yeux. S'assurer que tout allait bien pour Mikkel, parce que c'était tout ce qui importait. Il n'entendait pas ce qu'il disait, s'il lui parlait, un larsen permanent engourdissant ses oreilles à cause de la violence de l'explosion. Il était abîmé, mais il avait survécu. Un sourire ensanglanté s'étira sur son visage. Avant qu'il n'ait la sensation de se noyer. Avant qu'il ne s'étouffe dans son propre corps, son poumon gauche, déjà faible depuis l'Arène, n'ayant pas bien encaissé le choc.
Panique. Son dos était lézardé de blessures, mais ce manque d'air et cette sensation de noyade étaient bien trop familières. Chacun de ses membres hurlait à l'agonie, mais il se retourna promptement pour ne pas suffoquer dans son propre sang.
Merde. Son cerveau s'était mis en alerte, son cœur affaibli pompant trop vigoureusement dans sa poitrine douloureuse. Sa respiration, sifflante entre deux quintes de toux, il jeta un regard paniqué à Mikkel. La Milice n'allait pas tarder à rappliquer. Ils étaient en danger. Le brun était en danger.

-Il faut... qu'on... bouge....

Maintenant. Tout de suite.
Sa vision périphérique se teintait de noir, alors que la douleur se réveillait dans chacun de ses muscles.
Nouvelle quinte de toux. Nouvelles tâches carmines sur le bitume. La voix de Mikkel lui parvenait en fond, son inquiétude pesant sur son dos alors qu'il tentait de se recomposer, vainement.

-Pas l'hôpital... Trop risqué...

Les messages d'alerte qui pulsaient dans son crâne, charriés par un cerveau au bord de l'asphyxie, l'empêchaient de réfléchir. Ses doigts se crispèrent autour de son foulard, et il finit par le porter à sa bouche. Ils ne devaient pas se faire repérer. Mikkel était devenu son complice par association, du seul fait de sa présence à ses côtés. Et là, l'un d'entre eux crachant ses poumons comme une âme en peine tels qu'ils étaient, les Miliciens n'avaient qu'à tendre le bras pour les cueillir tous les deux.
Panique. Rassembler ses forces. Se redresser, même si l'effort lui donnait le vertige, même s'il dût plaquer son foulard contre sa bouche pour contenir une quinte de toux, même si ses jambes menaçaient de se dérober sous son poids. La droite, en particulier, l'élançait terriblement au niveau du mollet. Un mauvais signe. Son visage était blême, ses yeux vitreux, alors qu'il se tournait difficilement vers Mikkel.

-Maisy... C'est une sorcière... Elle saura quoi faire.

Il souffla l'adresse de la jeune femme, se remémorant le numéro de l'appartement, le nom de sa rue, comme des tréfonds d'un rêve. Depuis qu'ils se connaissaient, Lazlo savait que la brunette était dotée de pouvoirs surnaturels. Elle n'habitait pas si loin. Elle aurait sûrement une solution.
Pourvu qu'elle ait une solution. Il agrippa le bras de son ami dans l'effort capricieux de se tenir debout, malgré la fracture de sa jambe droite. Outre la douleur, une lueur différente, subtile, brillait au fond de ses yeux.
Je suis désolé. Pour tout.
Je suis désolé.
Je ne veux pas te perdre.
Je ne veux pas mourir.




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MessageSujet: Re: L'Envolée ▬ Mikkel & Maisy   Jeu 15 Fév - 16:58


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Mikkel & Maisy & Lazlo
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Tu ES ma cause. Mes mains dans les siennes, je ne parvenais plus à bouger ni à articuler le moindre son, mon regard accroché au sien, à ces billes claires, seules visibles sous son masque, à ces yeux qui s'imprégnaient d'émotions encore plus décoiffantes alors que je ne voyais rien de son visage, comme si le monde entier était concentré dans ses prunelles et que plus rien d'autre n'existait. Ces mots là m'ébranlaient trop, au point que j'en avais rien à foutre du reste et que je ne pigeais pas le danger qu'il évoquait. Pourquoi il me disait ça hein ? Pourquoi dire que j'étais sa cause, il voulait dire quoi par là et d'ailleurs, en quoi ça pouvait m'aider qu'il bute des gens riches que je connaissais même pas ? C'était hyper chelou, je voyais pas trop le lien avec moi et c'était sans doute pas très important mais quand même, il avait dit que j'étais sa cause. Je frissonnais en le regardant, me mordillant les lèvres jusqu'à ce que je percute enfin, en entendant sa voix étranglée me balancer une injonction qui me fit tressaillir. Mes yeux s'écarquillèrent. Une bombe ? « T'es... t'es sérieux ? » Visiblement oui et la trouille fit flageoler mes jambes sous l'intensité du regard de Lazlo, ce regard si grave et aiguisé qui m'avait glacé quand il m'avait menacé de son flingue, un regard que je ne connaissais pas chez lui, un regard qui m'hypnotisait autant qu'il me faisait flipper à mort.

Ouais, une bombe, rien de moins que ça, bordel. Dans ces cas là, on ne posait pas de questions et on prenait ses jambes à son cou pour foutre le camps le plus vite possible ! La panique me hérissait tous les poils du corps pendant que je m'élançais en même temps que Lazlo, ma main dans la sienne. On courrait droit devant nous et sous l'injection d'adrénaline, je piquai un sprint rapide pour rejoindre au plus vite la ruelle. J'entendais les pas de Lazlo, juste derrière moi, son souffle sous son masque. Il suffisait juste de quelques mètres pour se planquer à l'abri, j'étais sûr qu'on pourrait y parvenir, on y était presque. Puis le tremblement sous mes pas me fit perdre l'équilibre, comme sous l'effet d'un séisme. J'entendis Lazlo hurler mon prénom et je fermai les yeux. La détonation explosa dans mes tympans au point de me rendre sourd pendant quelque secondes. Je m'envolai, le corps enveloppé entre les bras de Lazlo et dans ce chaos, je ne voyais ni n'entendais plus rien jusqu'à ce que le vacarme me submerge avec plus d'ampleur. Le choc contre le sol me coupa le souffle, tout tournait autour de moi, je ne voyais plus où j'étais ni ce que je faisais, mes genoux et mes coudes écorchés contre le bitume où je me faisais balayer. Lazlo était toujours contre moi et quand on s'immobilisa enfin, je me tournais vers lui, hébété, les joues rouges et le souffle court.

« Oh putain... Lazlo... Lazlo, est ce que ça va ? »

Mon corps entier tremblait comme une feuille morte dans le vent. Je rampai fébrilement sur mes genoux pour me pencher vers lui. Il avait du sang sur les lèvres mais son sourire ne me rassura qu'une demie seconde. Lazlo n'allait pas bien, non, il n'allait pas bien du tout. Quand il se retourna pour cracher une gerbe de sang, mon visage devint livide et je portai vivement mes mains à ma bouche dans une expression angoissée. Son dos était meurtri, ses vêtements déchirés laissaient apparaître la chair abîmée et sanglante et sa respiration lugubre et déchirante annonçait l'ampleur de ses blessures. Et je comprenais dans un choc terrible que Lazlo s'était comporté en bouclier humain pour me protéger. « Qu'est-ce que t'as fait mec... bordel, qu'est ce que t'as fait... » Je murmurai d'une voix blanche, glissant une main tremblante sous sa nuque pour le soutenir en hochant la tête à ses mots. L'envie de chialer rendait ma voix chevrotante, alors que j'étais partagé entre la trouille, l'angoisse et encore plus de panique. « Oui.. oui, on fout le camps, viens, appuie toi sur moi. Mec t'as tout pris putain, pourquoi t'as fait ça... bordel, oui on va bouger ! T'inquiète, on va aller te soigner, ça va aller. » Il avait raison, on ne pouvait pas rester là, Lazlo avait besoin de soins d'urgence. C'était pas le moment que je fasse dans mon froc, il fallait que je retrouve mon sang froid et vite. Je jetais un regard effrayé autour de nous, apercevant le déluge, la poussière qui retombait et nous entourait dans un nuage blafard. Normalement, quand on ramenait des blessés à l'hôpital, il fallait les mettre sur une civière, surtout dans les risques de lésions internes, on ne pouvait pas transporter les gens n'importe comment. J'étais en train de réfléchir au meilleur moyen de m'y prendre pour ne pas lui faire mal quand il m'interrompit dans mes réflexions.

« Quoi ? » Pas l'hôpital. « Ah oui... »

Merde, je ne pensais pas à ça, Lazlo était un terroriste, un ennemi-public, un poseur de bombes ! Les flics n'allaient pas tarder à se ramener à présent et si jamais je le déposais à l'hôpital, ils n'auraient sans doute plus qu'à venir l'y cueillir. C'était trop risqué, il avait raison mais il avait pourtant besoin de voir un médecin ! Je tressaillis en le voyant se redresser, me glissant sous son bras pour le soutenir. « C'est bon, appuie toi sur moi. » Sa jambe droite semblait atteinte, elle aussi, il avait subi des tas de blessures et certaines semblaient très graves. Je l'interrogeais du regard, serait-il capable de marcher ? Ses yeux me faisaient peur, ils étaient recouverts d'un voile, comme s'il était prêt à perdre conscience à tout instant et son visage était si pâle... « Maisy... okay, okay, j'vois où c'est, j't'emmène, on y sera vite. Tiens le coup, respire pas trop fort d'accord ? »  Il ne devrait peut-être pas plaquer son foulard contre sa bouche, il avait besoin de respirer librement mais d'un autre coté, l'atmosphère était viciée par les particules de poussière irritante alors ça l'aiderait peut-être finalement. Je hochai la tête, le soutenant de mon mieux pour qu'il puisse se tenir debout avant de l’entraîner doucement, m'adaptant à son rythme, surveillant son avancée.

Je ne voulais pas aller trop vite, Lazlo chancelait parfois, trébuchait sur le sol inégal jonché de gravats, mais la panique monta d'un cran lorsque je perçus de plus en plus distinctement les hurlements de terreur qui résonnaient dans la rue, ceux des témoins, de tous les gens qui rôdaient aux alentours et qui ne tarderaient pas à rameuter la milice. On n'avait pas intérêt à moisir dans le coin et j'essayais de presser le pas, emportant Lazlo avec moi en marchant plus vite, le forçant à clopiner à la mesure de mes larges enjambées. Tout en avançant au travers de la ruelle, je lançais des regards furtifs vers lui, conscient de la douleur qu'il devait endurer en silence, effrayé à chaque fois que j'entendais sa respiration sifflante et ses toux qu'il tentait en vain de réprimer. Chaque pas devait lui être une souffrance supplémentaire, pourtant même si j'essayais de m'adapter à son rythme, je ne pouvais pas prendre de pause, on devait se grouiller pour rejoindre cette sorcière que je ne connaissais pas mais en qui Lazlo semblait avoir toute confiance.

Alors qu'on allait déboucher hors de la ruelle pour rejoindre une rue plus fréquentée, j'entendis le moteur de plusieurs voitures se rapprocher et je me raidis. Les bagnoles se faisaient plutôt rares de nos jours et les gens qui pouvaient se payer de l'essence faisaient la plupart du temps partie du gouvernement ou de l'élite sociale, mais les voitures qu'on croisaient le plus souvent étaient celles de la milice. Les moteurs s'étaient tus et j'entendis des éclats de voix. Le cœur battant, je fis signe à Lazlo de reculer et j'entourais ses épaules pour le repousser doucement vers un porche où je m'agenouillais à ses côtés, l'encourageant à faire de même. « Tousse pas Lazlo, j't'en prie, essaie de te retenir baby, j'suis tellement désolé. » Ça lui faisait du mal, il fallait pas qu'il s'écorche encore plus les poumons dans son état, je souffrais pour lui à chacune de ses inspirations et mon regard inquiet le couvait sous mes murmures, pendant que la patrouille passait au coin de la rue, sans nous apercevoir.

J'attendis quelques secondes qu'ils soient assez loin, surveillant l'état de Lazlo qui avait l'air de tourner de l’œil, chancelant contre mon épaule. Je ne pourrais pas le transporter dans mes bras sans attirer encore plus l'attention sur nous, il ne fallait vraiment pas qu'il tombe dans les pommes et je lui tapotai doucement la joue, le forçant à se redresser pour nous remettre en marche. J'aurais aimé lui dire qu'il pouvait se reposer, mais je ne le pouvais pas et j'en étais consterné, alors que j'aurais voulu être capable de l'apaiser, je l'obligeais encore à marcher plus vite, à forcer sur sa jambe blessée, subissant chacun de ses soupirs et de ses gémissements comme autant de meurtrissures dans mon propre cœur. C'était ma faute encore une fois, ma faute s'il souffrait autant, si son propre sang me couvrait les mains alors que j'essayais de ne pas lui faire mal en le soutenant et en sachant bien que c'était impossible. Il s'était exposé pour moi, putain, il m'avait protégé au péril de sa vie. Et mes yeux me brûlaient si fort que j'avais du mal à voir clair devant moi.

On arrivait dans le quartier de mon psy, je connaissais très bien le coin, pour y être venu très souvent. Qu'est ce que je ferais si cette Maisy n'était pas là ? Est-ce que je pourrais me tourner vers Noah ? Lui aussi était un sorcier et un très ancien en plus, il avait beau se foutre de ma gueule avec ses histoires d'outre-tombe, il était quand même rudement balèze ce mec et il devait sûrement s'y connaître pour soigner les gens. Je n'étais pourtant pas certain que l'italien soit d'accord d’accueillir un résistant blessé dans son bureau, ce n'était pas vraiment le genre de services que je me voyais prêt à lui demander. Hé, je ne lui demandais jamais de service moi, sauf quand j'avais envie d'un massage et il m'en devait plusieurs d'ailleurs, le salaud. Mais merde, non, c'était peut-être pas un service équivalent là. Et quand bien même, Noah était pote avec des ministres et tout ce genre de bestioles hauts placées, ça nous foutrait mal si l'une de ces poires se trouvait justement chez lui. Je n'avais plus qu'à espérer de toutes mes forces que l'amie Maisy répondrait présente et je me faufilais jusqu'à son immeuble, suivant les indications de Lazlo. La baraque semblait ancienne mais il y avait quand même des sonnettes et j'appuyais de façon répétée sur celle qui portait son nom. « Ouvre, ouvre, bordel ! C'est Lazkel et ça urge ! J'veux dire c'est Mizlo... Oh Merde...  c'est Lazlo, enfin pas moi mais il est là. T'es là ? » Moi j'étais là et j'étais paniqué, au point de bafouiller devant un parlophone sans même être certain qu'il fonctionnait. La loose.

Sans attendre qu'elle réponde, j'ouvris la porte principale d'un coup d'épaule, sans heureusement rencontrer de résistance, et je m'y engouffrais, soutenant toujours mon précieux blessé qui se vidait de son sang. Ses lèvres étaient presque bleues, il avait de plus en plus de peine à respirer et je tremblais toujours aussi fortement, alors que je me dépêchais de rejoindre les escaliers. Merde, merde, il n'y avait même pas d'ascenseur dans cette foutue baraque. Je me mis à gueuler, levant le visage vers le haut de la cage d’escalier. « MAISY, RAMÈNES TES MICHES, BORDEL!!! »

Pourquoi fallait-il que cette sorcière ait décidé d'habiter au dernier étage, elle était complètement maso ou quoi ? Ou plutôt sadique avec ses invités. A moins qu'elle soit simplement tellement asociale qu'elle avait décidé de tout faire pour décourager les visiteurs. Connasse, merde ! J'avais envie de me foutre en colère, contre n'importe qui ou n'importe quoi, ça m'aidait à oublier une part de cette peur atroce qui me rongeait les sang et remplissait mes yeux de larmes. Lazlo ne respirait pas, putain, je l'entendait plus du tout ! Dans un sanglot réprimé, je le hissai sur mon épaule, me penchant vers lui pour l'y déposer avec le plus de douceur possible, avant de me redresser lentement. C'était sans doute la façon la moins douloureuse pour lui de le transporter, vu qu'il était blessé dans le dos. De cette manière au moins, je ne touchais pas ses blessures. Je maintenais ses cuisses, serrant les mâchoires pour gravir les escaliers le plus rapidement possible jusqu'à son palier. «  J'te promet, sale vieille sorcière que si t'es pas là, j'te bute ! » J'le ferais ! Plus tard. Mais il fallait qu'elle soit là, il le fallait parce que je ne savais pas vers qui me tourner pour sauver Lazlo et que j'avais l'impression de devenir fou d’anxiété.

Elle était là. Quand je la vis, je crus bien que j'allais m'évanouir, je la fixai d'un regard explosé, ma mâchoire raide de stress avant de reposer doucement Lazlo sur le sol, le gardant entre mes bras. « C'est toi, meuf ? C'toi Maisy ? Faut que tu l'soignes, il s'est pris le souffle d'une explosion en plein dans le dos, j'crois qu'il a des lésions internes, il a craché du sang ! Il a les poumons fragiles bordel de merde, tu piges, c'est vachement URGENT. Il est blessé à la jambe aussi et puis.. et puis merde, il respire super bizarrement, là je l'entend plus et j'sais pas... il lui faudrait quoi ? Un masque à oxygène ? T'as des trucs pour le soigner ou j'vais braquer la pharmacie du coin ? RÉPONDS.» J'allais le faire oui, sérieux, mais qu'elle me réponde, putain, au lieu de me fixer avec ces yeux là !






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