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 Bombs for throwing at you

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MessageSujet: Bombs for throwing at you   Mer 18 Oct - 17:46

Leslie & Gabriel
Bombs for throwing at you


Glissée entre ses lèvres, la clope se consume tranquillement au fil de la discussion, la fumée exhalée disparaissant rapidement à la faveur de celle, plus importante, du petit feu autour duquel les quelques personnes sont réunies. Le début de soirée s’annonce posée, alors que le soleil s’éternise encore à l’horizon et les baptise de quelques rayons orangés ; aujourd'hui n’a pas été une journée trop agitée, du moins en ce qui les concerne, et force leur est d’admettre que cela ne fait pas de mal de temps à autre. Un peu de repos n’est jamais superflu, surtout ces derniers temps, et personne ne va aller cracher dessus.
Rodriguez et Elain sont, au sein de la communauté, ce qui à ses yeux se rapproche le plus de la définition d’amis de longue date : bonne entente, conversation agréable, rires échangés à la faveur d’une plaisanterie… s’il n’irait pas jusqu’à leur confier ses secrets les plus noirs, il est indéniable que Gabriel aime passer un peu de temps avec le duo formé par ces deux chasseurs. Ils lui ont proposé de partager une partie de leurs prises d’aujourd’hui (la plupart de la viande sera mise à sécher, comme d’habitude, sauf pour ce lapin-là qui s’est vu réserver un tout autre destin entre les flammes de ce petit barbecue improvisé) en retour pour un service rendu un peu plus tôt dans la semaine, et l’armurier ne s’est certes pas gêné pour accepter aussitôt. La quiétude de cet instant est d’autant plus agréable qu’ils savent qu’elle sera brève : c’est toujours le cas, ici, souvent du moins. En quelques secondes, tout est susceptible de virer au cauchemar ou à la pagaille, mais c’est un risque encouru et accepté pour vivre hors les murs, on s’y fait à force ou bien on ne fait pas long feu, et on profite en attendant que cela arrive.

« Toujours pas de nouvelles de MacLean ? » Les braises de sa cigarette tombent et s’éparpillent au sol à travers les quelques brins d’herbes épars qui se disputent la terre sèche à ses pieds. La question a fusé après un silence de quelques minutes et Gabriel finit par hausser les épaules tandis qu’il coule un regard en biais à Rodriguez et laisse filer un léger soupir. « Il peut bien rester là où il est, en ce qui me concerne je crois pas que ça sera une grosse perte pour le reste d’entre nous. » Son interlocuteur échappe un léger ricanement alors qu’Elain, à l’inverse, roule des yeux sans renchérir ; plutôt au fait des quelques tensions existantes entre l’actuel bras droit de Velasquez et l’armurier, elle n’a jamais été friande de ce genre de débat à l’inverse de son compagnon qui, en ce qui le concerne, semble partager l’avis de Gabriel au sujet de Leslie. C’est qu’ils sont des “vieux de la vieille”, tous les deux, à l’inverse de cet espèce d’enfant prodige qui s’est hissé si haut en leur faisant un pied de nez phénoménal à tous. Alors quoi, jalousie, amertume, méfiance légitime qui refuse de se tarir avec le temps ? « De toute façon, partir en raid seul aussi longtemps… » La remarque du chasseur lui tire un reniflement dédaigneux mais il ne rétorque pas tout de suite, laissant son regard exprimer d’abord le fond de sa pensée tandis qu’il termine d’épuiser le tabac artisanal de sa roulée et balance ce qu’il reste du mégot au feu. « Tu crois vraiment à une connerie pareille ? » Ce n’est pas qu’il remette en doute la valeur de Leslie, non, il ne s’aveugle pas dans sa dépréciation du personnage au point de l’estimer incompétent notoire et est plutôt même au fait de l’inverse, mais envoyer quelqu’un de son statut en mission solo avec tous les risques inhérents au bordel sans nom qu’est devenu le monde ? Ou c’est une mission suicide, ou c’est une vaste fumisterie. En ce qui le concerne, il n’a pas eu une seconde d’hésitation avant d’opter pour la seconde option – et l’assumer, ouvertement. « M’est plutôt avis qu’il est en train de se la couler douce là-bas. » D’un vague mouvement de la main, il ponctue sa tirade en désignant la direction globale dans laquelle se dressent au loin les murs de la ville. « Tu parles d’un raid », il marmonne dans sa barbe tandis qu’il s’occupe les mains à se refaire un petit stock de roulées. L’accusation implicite qu’il ne formule pas encore clairement pend au bord de ses lèvres quand Elain allonge sans crier gare la jambe pour lui donner un coup du bout du pied ; Gabriel saisit pleinement la mesure de l'avertissement muet alors que le regard de Rodriguez semble fixer derrière lui un point un peu au dessus de son épaule gauche.

Avec un sens de l’à propos remarquable, MacLean se tient debout dans l’embrasure de la porte d’une caravane embourbée à quelques mètres de là et la tête qu’il tire laisse à penser qu’il n’a pas perdu une miette de ce qui vient de s’échanger. Si Gabriel, tandis qu’il se retourne vers lui, ne cache pas sa surprise de le trouver là, il n’a pas en revanche la politesse de paraître un minimum gêné par ce qu’il a dit, ou s’apprêtait à dire avant d’avoir connaissance de sa présence ici. « Quand on parle du loup, il grimace d’un ton réticent avec un rictus sardonique en guise de seul salut. Et dire qu’on s’inquiétait, justement, de ton absence prolongée. » Il ne lui fait pas l’offense, bien sûr, d’imprégner ses propos d’une hypocrisie visant à les faire passer pour sincères.

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Lun 23 Oct - 20:05


Saleté du retour incrustée dans les vêtements, jusque dans les moindres recoins de peau offerte aux agressions de l’extérieur. Mon retour a été une surprise pour tout le monde. Maria n’ayant visiblement pas été prévenue de la date de ma libération. Oubli malencontreux qui ne m’étonne pas, j’en étais à me demander s’ils allaient vraiment se décider à me relâcher. Déconvenue à la sortie de voir que personne n’avait pris la peine de se déplacer pour récupérer les morceaux de l’un des leurs. Rien non plus hors des murs, excepté la perspective de devoir se taper tout le chemin retour à pieds. Avec en guise de compagnie, la faim qui détruit le corps et aveugle la raison, et cette douleur persistante dans les reins. Absence de nourriture digne de ce nom, quelques vols à l’arrachée sur les taulards les plus agressifs en guise de défense. Et taire l’autre mal qui ronge la carne bousillée, fermer sa gueule et souffrir en silence en jouant avec la chance. Se dire que ça ne pourra pas empirer en si peu de temps, sans compter sur des reins visiblement peu enclins à coopérer. Premières victimes d’un virus qui bouffe tout, à petites bouchées mais avec la ferme intention de tout engloutir à la fin. Se jeter, à la manière d’un fauve mis au régime échappé de sa cage par mégarde, sur la première âme passant à portée de main. Uniforme noir envoyé en reconnaissance dans les rues nauséeuses de la Nouvelle-Orléans dont il ne restera plus qu’un cadavre desséché quand ses petits copains iront à sa recherche. S’ils ont suffisamment de jugeote pour s’en inquiéter. Repas dégueulasse ayant laissé des traînées d’horreurs dans ma mémoire, des visions de carnage sur les paupières qui n’ont fait qu’accentuer la haine couvant déjà sous la peau envers cette civilisation qui ne regorge que de monstres assoiffés de souffrance et de mort. Le retour en solitaire pour laisser du temps à la colère de se dissiper, ne serait-ce qu’un peu afin d’éviter tout massacre une fois les portes du camp passées.

Elle a été ma première destination, comme une évidence, un besoin de rendre des comptes à celle qui domine et dirige le petit groupe. Maria, surprise et contrariée par une situation qu’elle a été contrainte d’accepter seulement une fois la mécanique mise en route. Je l’ai lu dans son regard sombre, son irritation et les reproches qui ne tarderont pas à fuser face à cet allié qui n’a pas pris la peine de l’avertir de ses intentions. Parti seul pour résoudre une affaire qui ne le concernait pas, et impulsif au point d’accepter une sentence qui n’était pas la sienne. Maria, qui a alors pris des airs de Lisbeth. A trop se côtoyer l’une commence à déteindre sur l’autre, et pas dans le bon sens, pour mon plus grand déplaisir semble-t-il. La fin du jour n’était pas le moment des explications, c’est remettre à plus tard une confrontation que chacun sait inévitable, mais mon état pitoyable a dû être suffisant pour la pousser à écourter le sermon. Plus tard, en guise de conclusion. Se replier sans demander son reste, partageant la sagesse de la décision et avec pour unique envie celle de retrouver le grand air. Claustrophobie passagère, engendrée par des jours affreusement longs d’enfermement. Ma propre caravane me donne la nausée et me fait frissonner d’angoisse. Dormir dehors, au point où j’en suis, ne me paraît pas une si mauvaise option. Admirer au passage les éclats sanguin de la fin du jour, m’en bousiller la rétine jusqu’à y graver l’illusion de l’astre déclinant. Beauté incendiaire dans un monde de cendres ternes, de la couleur à s’en abîmer la rétine au point d’être aveugle pendant quelques temps pour effacer la crasse morne d’une cellule.

Détour de dernière minute près de la caravane faisant office d’infirmerie. S’improviser voleur sous le couvert du jour déclinant pour s’offrir un semblant de confort refusé jusqu’à lors. Retourner l’ensemble en prenant malgré tout la peine de remettre les choses en ordre, pour finalement s’immobiliser lorsque mon nom éventre l’air. Un murmure lointain perçu par les sens du monstre qui me pousse à faire silence. Arrêter ma quête perdue d’avance et me plonger dans la discussion ayant lieu à quelques mètres de là. Je m’improvise spectateur, voyeur aux oreilles traînant là où elles ne devraient pas. Un rictus amer sur les lèvres lorsqu’une voix bien familière accompagne la première. C’était une évidence, j’aurais dû me douter qu’il serait parmi ceux qui casseraient du sucre sur mon dos en mon absence. Le premier à ne pas croire à cette histoire de raid, un peu trop tirée par les cheveux. Quand on sait que j’ai failli y rester, dans un de ces fameux raids, il est clair que me lancer dans une nouvelle expédition de ce genre en solitaire ne me ressemble pas tellement. Ou alors un élan de folie suicidaire, ce serait encore possible. Traînent les godasses sur le sol et pèsent sur la petite marche improvisée devant l’habitacle lorsque je décide finalement de m’extirper de mon abris de fortune. S’approcher du petit groupe en un invité supplémentaire, dardant sur les trognes un regard oscillant entre chaleur et noirceur.

« - Je suis navré que mon absence ait été à l’origine d’une quelconque inquiétude. » Je le lâche dans un souffle rêche une fois arrivé à côté de l’armurier. Domine un instant l'attroupement et m’octroie le droit de m’assoir dans le cercle formé par le groupe. Malaise visible sur les traits d’Elain, elle se lève et balance un regard sans équivoque à un Rodriguez peu enclin à bouger. « - Mais je t’en prie, continue Gabriel, ne te dérange pas pour moi. » Sourire hypocrite sur les lippes, et les pupilles qui mordent la figure du bonhomme, défi dans l’éclat d’un regard brulant d’une malice glaciale.

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Ven 3 Nov - 17:39

Leslie & Gabriel
Bombs for throwing at you


Amusant de constater à quel point l’ambiance s’est soudainement tendue à l’intrusion importune de McLean : entre Elain qui semble soudainement avoir l’envie d’être n’importe où du moment que ce n’est pas autour de ce feu de camp, et Rodriguez qui a visiblement avalé sa langue, le nouvel arrivant s’installe tranquillement sans paraître réaliser le changement d’atmosphère. Ou plutôt, s’il en est parfaitement conscient, il affecte l’air de ne pas s’en formaliser. Sans doute qu’il n’en a rien à foutre ou, au contraire, que ça l’amuse. Quelle autre justification à sa décision de prendre place au milieu de leur petit groupe comme s’il y était le bienvenu ? « Quoi de plus normal, Gabriel réplique sur un ton suintant de sarcasme, après tout tu es tellement important pour la communauté. Il serait dommage qu’il te soit arrivé quoi que ce soit, non ? » Ses propos contredisent allègrement ceux qu’il a balancé un peu plus tôt mais l’armurier s’en fiche, ce n’est après tout pas comme s’il essayait de faire avaler quoi que ce soit à Leslie concernant la fausse affection qu’il pourrait bien avoir à son égard. Au moins là-dessus les deux hommes savent-ils parfaitement à quoi s’en tenir. Un petit rire de gorge s’échappe devant l’insistance de Leslie, il sent le regard de ce dernier qui lui brûle la peau mais prend un temps exagéré à terminer de rouler sa cigarette, les yeux concentré sur sa tâche en ignorant délibérément ceux de l’autre. Finalement, il referme le sachet de tabac artisanal et remise l’ensemble dans ses poches avant de redresser la tête. « Tu sais très bien que je ne me gêne jamais pour toi. » Les iris sombres se rivent à ceux de l’ami, soutenant le défi qui y brille au fond des prunelles. De fait, Gabriel ne s’est jamais dérangé pour l'ouvrir devant le bras droit de Velasquez et c’est même là la clef de voûte des problèmes relationnels existants entre les deux hommes. « Rodriguez, il balance abruptement sans se retourner vers le concerné – il devine que ce dernier a tressailli sous l’apostrophe –, t’avais pas encore des morceaux à mettre au séchage ? » L’autre saisit l’excuse au vol, acquiesce et se lève dans la foulée pour tourner les talons, Elain pour lui emboîter le pas. Gabriel retient un soupir et une pique acerbe devant le comportement du chasseur ; grande gueule quand il s’agit de râler dans le dos des autres, il semble avoir toujours eu le plus grand mal à porter ses couilles et assumer ses opinions quand il sait qu’elles sont dérangeantes. C’est probablement, aussi, que Leslie l’intimide malgré tout. Difficile de lui tenir rigueur pour ça.

« T’arrives un peu trop tard pour le barbecue. » Le commentaire ironique fuse tandis que Gabriel se penche pour remuer les braises et raviver la flamme. « Vu ta promptitude à t’inviter parmi nous, je tenais tout de même à te le signaler. » Enfin, de ce “nous” il ne reste plus que lui, et l’espoir d’une soirée agréable et tranquille s’est envolé avec le départ d’Elain et de Rodriguez. Quand il en aura terminé ici avec son vis-à-vis, il ne lui restera plus qu’à retourner dans son atelier de fortune ; ce ne sont pas les occupations qui lui manquent, là-bas, et il sait d’ores et déjà qu’il ne sera probablement pas d’humeur à se coltiner quelqu’un d’autre pour les quelques heures restantes avant celle où il ira sombrer dans un sommeil précaire et instable. « Mais bon, puisque t’es encore là malgré tout, j’imagine que ta foutue manie de te mêler des affaires des autres ne t’a pas quittée pendant ton absence. » Les railleries continuent de se bousculer entre ses lèvres tandis que ses mains s’occupent machinalement avec le zippo, au moins à jouer ainsi elles affectent la tranquillité au lieu de se crisper en un poing provocateur. En l'occurrence, l’armurier se moque en toute connaissance de cause puisque lesdites affaires des autres concernaient clairement son nouveau compagnon. « Alors quoi, tu n’es pas d’accord avec ce que j’ai dit ? Exprime-toi, fais-toi plaisir : je m’en voudrais de te gâcher une si belle opportunité de rétablir la vérité. » Gabriel dit au moins vrai en ce qu’il est tout disposé à l’écouter, quoi que l’autre ait à dire sur le sujet. Sa curiosité n’est pas feinte en ce qu’il désire réellement savoir où Leslie se trouvait et ce qu’il y a foutu, bien qu’il ne soit pas stupide au point de croire que celui-là lui dira la vérité s’il s’avère qu’elle frôle un tant soit peu les accusations qu’il ne s’est pas privé d’étaler tout à l’heure. « Pour peu qu’elle ait besoin de l’être, bien sûr. » Oh, il le provoque sciemment, tente de le pousser à la réaction ; il crèverait de l’envie de le voir se trahir mais c’est un espoir qu’il sait insensé. Il n’empêche qu’il a eu le temps, durant l’absence de McLean, d’accumuler aussi bien soupçons qu’un fiel à l’arrière goût douceâtre de jalousie.
A n’en pas douter, le concerné doit être ravi de tout se prendre en plein visage au premier soir de son retour parmi les siens.

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Mer 8 Nov - 20:04


Il y a toujours un convive que l’on préfère ne jamais inviter à sa table. Celui qui s’incruste malgré tout à chaque réception, soit parce qu’il n’a pas conscience que sa présence est gênante, soit parce qu’il le sait, et qu’il s’amuse de cet inconfort qu’il créé en s’invitant de lui-même là où il n’est pas convié. Au malaise qui plane autour du feu de camp lorsque je m’octroie le droit de siéger avec les autres, il est clair que je suis ce convive. Celui qui s’invite parce qu’il sait, combien il peut déranger. Celui qui fait grouiller l’inconfort sous la peau, donne envie de se trouver n’importe où sauf face à lui. Deux convives mal à l’aise et le troisième qui s’en moque éperdument. Fiel encore accroché au coin de ses lèvres, comme un reste de bouffe qui viendrait se coller dans les poils sur le menton. Petit brin d’inconfort que l’on ne voudrait enlever pour rien au monde, loin d’en avoir honte, au contraire, il devient nécessaire de le montrer et de garer la tête haute. L’armurier n’a jamais baissé les yeux devant quiconque, trop fier, trop sûr de lui et de son impact sur les autres. Le bonhomme qui en impose et qui le sait, au point d’oublier le siège bancal sur lequel il a posé son cul. On se ressemble lui et moi, aussi troublant et dérangeant que cela puisse être.

Accueillir alors ce fameux convive et l’enrouler dans du sarcasme à ne plus savoir qu’en faire. Ces paroles pleines d’une animosité nullement dissimulée pour mieux l'enrober dans du miel hypocrite. A m’en faire sourire, dévoiler les canines dans un rictus carnassier. Etincelle fauve dans la prunelle qui s’absorbe dans la contemplation du feu, pupilles rougies par l’éclat incendiaire comme teintées d’écarlate. Se relever pour croiser alors celles de l’armurier et se heurter au noir qui soutient le défi sans sourciller. « - Bien entendu, c’est d’ailleurs l’une de tes innombrables qualités. » Réplique acerbe se lâchant sur le même registre d’hypocrisie bien placée que celle de mon acolyte du moment. Rien à ajouter face à l’ironie suintant du commentaire suivant. A peine un hochement de tête entendu, infime pour signifier que ce n’est rien. La créature n’a plus d’appétit pour ce genre de chose, se moque éperdument des butins qui se ramènent après chaque raid ou chasse. Des réserves en plus pour les autres, c’est un des avantages à avoir manqué d’être réduit en miettes par une horde de mort-vivants affamés. J’ai l’esquisse d’un rire grinçant sur la langue, les notes fracassées qui se dispersent dans le vide devant moi, les paupières qui se ferment une mince seconde et le regard qui se pose distraitement sur les mains qui s’acharnent sur le malheureux zippo qui préfèrerait certainement se trouver n’importe où plutôt qu’à se faire tripoter par les pognes de l’armurier. Nerveux peut-être ? Touchant.

« - Il semblerait que non. Elle fait partie du boulot, cette manie d’être partout… Malheureusement vivre en communauté nécessite ce genre d’habitude. Sans ça, ce serait la porte ouverte aux mutineries et autres mauvaises pensées au sein d’un groupe comme le nôtre. » Et faire couler l’acide en appuyant sur les mots qui fâchent. Accabler Gabriel du poids de la suspicion concernant ses intentions, cette défiance qu’il ne cherche même pas à cacher. Vomie de ses paroles comme un venin trop amer pour être conserver à l’intérieur. Loin d’être aveugle ou stupide pour ne pas comprendre qu’une infime part de jalousie se cache dans l’attitude revêche de celui qui fait partie de la communauté depuis sa création. Quand je ne suis que la pièce rajoutée, celle qui aurait dû rester sur le bas-côté au lieu de gagner sa place aux côtés des hautes sphères. Sa curiosité me dérange. Parce qu’elle oblige à réfléchir, à dévier de la ligne véritable pour la masquer sous un tas d’autre chose. Mentir par omission pour ne pas offrir aux ennemis de nouvelles armes pour mieux descendre l’être abhorré.

« - Pas vraiment, il y a un point sur lequel je me dois de te contredire… Se la couler douce quand il est question de se retrouver à l’intérieur des murs à devoir pactiser avec nos nouveaux amis, ce n’est pas vraiment ma définition de la chose. » Je le lâche dans un soupir, les dents serrées et le regard rivé sur les braises. « - Parce que, comme tu le sais, des négociations sont encore en cours avec eux. Et qu’il faut bien se rendre ville pour qu’elles aient lieu. J’ai été retenu plus longtemps que prévu, leurs suspicions faisant office de barrage pour revenir ici. » Semi-vérité cette fois, on m’a retenu plus longtemps que prévu. Volonté sadique ou simple oubli, peu importe le résultat étant le même dans les deux cas. Les mains se cherchent et se lient, pour mieux torturer des phalanges qui craquent, une à une dans une symphonie haineuse. Celle qui vient se poser sur les traits fatigués, creusés par l’enfermement et tout ce qui peut l’accompagner.

« - Pas une grosse perte pour le reste d’entre vous, hein ? Tu es bien prompt à juger de l'utilité des membres de la communauté et à vouloir les éliminer du groupe... » Il y a du froid dans les paroles, en latence sous la chaleur factice qui se déverse des mots prononcés. Amabilité de façade quand les nerfs sont depuis longtemps à fleur de peau, tendus à en devenir douloureux. J’en suis presque à regretter de ne pas avoir croisé immédiatement la route de Tobias, j’aurais eu bien moins de scrupule à le cogner dès l’instant où il aurait ouvert la bouche. Gabriel, c’est une toute autre histoire.

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Mar 21 Nov - 20:59

Leslie & Gabriel
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La belle méfiance, dégueulasse, qui suinte des propos de McLean et fait grincer Gabriel des dents. A son image, l’autre homme n’en rate pas une ; à son image, il ne se laisse pas démonter par ce petit face à face déjà électrique. Les sous-entendus de sa réplique glissent le long de la nuque raidie de l’armurier sans pour autant l’empêcher de continuer à attaquer, foutue bestiole tenace. Oh, il faudra plus que quelques mots grinçants pour le voir faire marche arrière à l’image d’un chien rétif finalement soumis mais ça, son vis-à-vis en est déjà au courant. Suffisamment poli, néanmoins, pour faire silence alors que Leslie se plie (de bonne grâce ?) aux explications requises, voilà qu’il retient momentanément muselé son sarcasme habituel pour se contenter d’analyser la vérité qu’on lui balance en plein visage.
Force lui est d’admettre qu’il n’est pas convaincu.

Ce n’est pas que Leslie mente mal, non, Gabriel ne s’est jamais targué d’avoir une lecture des autres suffisamment bonne pour savoir déceler le vrai du faux au premier regard à l’image de ces personnes capables de détecter la supercherie à cause d’un battement de paupière ou autre tic facial quelconque. C’est simplement que sa méfiance innée et naturelle à l’égard de l’autre homme le pousse à douter instinctivement de ce qu’il lui déballe... rien de très étonnant en soi puisque l’inverse aurait contredit l’attitude qu’il se borne à afficher envers l’autre depuis qu’ils se connaissent. « Plus longtemps que prévu, eh ? On parle tout de même d’une absence de bien plus d’un mois, quand nous autres n’avons d’ordinaire pas même droit à une semaine de passage là-bas… » Lui il ne s’en plaint pas particulièrement, bien sûr, il aime mieux vivre ici même s’il pressent qu’il n’aura peut-être guère le choix sur le long terme ; il trouve juste l’écart suspicieux. Et, de ce fait, largement discutable.

« Oh, je ne juge rien du tout, qu’il relève, narquois. Je ne me permettrais pas ; ce n’est pas mon boulot, à moi. Je me contente simplement de constater. » Il insiste, appuie sur certains mots en tentant d’inverser l’accusation implicite. Mais son ironie est fâchée, agacée par le choix de vocabulaire de son interlocuteur. Quelle que soit la référence planquée derrière l’accusation, Gabriel ne peut s’empêcher de penser à Jesus. A Aritza. Y a-t-il une chance même infime, que McLean soit au courant de quoi que ce soit à ce sujet ? Il préfère décréter que non, en ce que le bras droit de leur leader n’aurait, cas contraire, aucun intérêt à conserver le silence sur cette vérité là, mais ça n’empêche pas pour autant les pensées troublées de s’agiter un peu plus fort à l’intérieur de sa caboche, les articulation de se crisper davantage dans son jeu avec le zippo juste avant qu’il ne se contraigne finalement à remiser le petit objet dans l’une de ses poches. « Et puis je n’ai jamais parlé d’éliminer qui que ce soit, ou bien serait-ce ton malheureux orgueil qui s’est senti offusqué de quelques paroles déplacées ? » Le ton est ouvertement railleur, Gabriel semble bien décidé à ne pas démordre de ses idées mais après tout c’est l’autre qui l’a cherché en relevant des propos supposément prononcés hors de sa présence. Il veut quoi au juste, simplement lui mettre le nez dans sa merde en lui prouvant qu’il a bel et bien tout entendu ? Il va de soi que l’armurier ne pense pas réellement que son opinion soit susceptible de le vexer, mais l’énoncer à voix haute l’amuse tout de même. « J’ai pas non plus remis ton utilité en doute, tu noteras. De fait, j’imagine que ça a dû être des négociations foutrement importantes, là-bas, pour qu’on t’y retienne aussi longtemps, mais je me doute que tu nous auras ramené quelque chose à nous mettre sous la dent pour corroborer tes propos. Je n’ose pas imaginer que tu aies pu passer autant de temps pour revenir ici défaitiste, non ? » C’est-à-dire que dans la mesure où on parle justement de son utilité pour la communauté, il serait plutôt malvenu de savoir que Leslie est allé se perdre là-bas pour rien, quand son savoir faire aurait sans aucun doute été mieux sollicité ici, et c’est donc sciemment qu’il cherche à le pousser dans cette direction, à lui extorquer plus d’informations que ce qu’il serait normalement en droit de demander. « T’as une sacrée sale gueule en tout cas, Mclean. C’est comme ça qu’ils traitent leurs invités de marque en ville ? On dirait bien que tu fais un job salement éprouvant. »  

je trouve l'écriture terriblement maladroite, je suis désolée, j'espère que tu auras tout de même de quoi faire avec cette chose

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Lun 27 Nov - 20:00


Bataille sans fin, aucune. Juste bonne à se répéter sans cesse sur un champ de guerre constamment retourné et miné avec application. Attendre de voir sur le visage de l’autre la première marque de défaite, la blessure de trop qui fera pâlir l’édifice et son entrain à lutter. User de mensonges pour retourner une situation dangereuse à mon avantage, et masquer la vérité, certainement bien plus intéressantes que les propos que j’ai pu tenir. Il n’est pas convaincu, une habitude, la méfiance qui dicte la conduite. Rien à reprocher, j’agirais de la même manière à sa place. Seulement se contenter de soupirer et de se passer la main sur le visage pour effacer la fatigue. Un peu, à peine, elle revient dès que les doigts reviennent se poser sur la cuisse. Comme un mouvement courant d’air froid qui se glisse dans l’ouverture d’une fenêtre trop usée pour être encore hermétique. Mauvaise foi de la part de l’armurier qui irrite, tend les nerfs et fait grincer les dents. Les sous-entendus se glissent et alimentent les répliques, apposent l’esquisse d’un rictus sur mes lèvres. Retourner la grenade lancée avec l’espoir de la voir exploser avant qu’elle ne revienne se glisser aux pieds de l’envoyeur.

« - Peut-être ai-je mal compris le sens de tes paroles. Avec la distance, c’est fort possible que ce soit alors mon égo qui nous joue des tours. » Se susurre la raillerie, du miel acide sur la langue. Accuser le coup et serrer le poing, nerveusement, dans un geste trahissant un élan de rage difficilement contenu. Du sang sur les mains, celui qu’il a fallu faire disparaître avant de rejoindre le camp. Celui qui reste, invisible aux yeux étrangers, à jamais incrusté dans ma chair et accroché à la rétine. « - Mais je suis certain que tu peux comprendre que se montrer méfiant est une nouvelle ligne de conduite à tenir dans un monde comme le nôtre. Même avec des camarades. » Personne pour cracher sur la méfiance et les élans de paranoïa, quand ils s’inscrivent dans un niveau proche de la normalité. Lui le premier, il sait, ce qu’il en coûte de se trouver là-dehors, les instincts qui se réveillent et bouffent les miettes de civilisation encore accrochées aux os. « - Invités de marque ? Parce que tu penses que c’est que nous sommes pour eux ? » Ca se crache dans un éclat de rire. Mélange de dédain et d’automatisme noir. « - Mon pauvre, tu te fourvoies grandement si tu imagines qu’ils nous estiment à ce point. » Un crachat de haine dans les flammes aurait certainement eu le même impact que les paroles qui se sont arrachées d’entre les dents. Nous ne sommes pour eux qu’un mal nécessaire, une option de survie sortie du néant qu’il faut à tout prix saisir pour s’assurer de passer un nouvel hiver. Parce qu’ils crèvent de trouille, aussi forts et sadiques soient-ils.

« - Je n’ai rien que tu puisses te mettre sous la dent, Gabriel, seulement des heures de discussions stériles et abrutissantes. Des histoires de droits et de règles à respecter, de terrain à nous filer ou non pour pouvoir nous parquer et nous garder à l’œil. » Les explications basiques, le même point d’avancement qui se répète éternellement depuis des mois. Soupire un brin défaitiste brisant le silence, la lassitude qui se colle sur la trogne pour enfoncer le clou d’une nouvelle défait. « - Et se taper le chemin de retour depuis la ville, à pieds, forcément, ça vous colle une sale gueule. Surtout quand on a pas eu l’occasion de se nourrir comme il se doit, parce qu’on ne fait pas confiance à ces crétins et leur prétendue tolérance envers les sales monstres qu’ils se faisaient un plaisir d’éradiquer. » Comme si le dire suffisait à éveiller les instincts du prédateur, ce vide dans le ventre qui ne disparaît jamais totalement. Cette sensation de faim permanente, l’énergie palpitant du moindre corps traînant sur cette foutue terre. Campement ou ville derrière les murs, ce n’est que de la tentation à ciel ouvert. La créature a pourtant appris à se contrôler, contenir ses pulsions et ses envies. Elle y parvient, pour mieux se prendre le retour de sa maîtrise lorsque la faiblesse s’invite dans tout le système. Mes mains se joignent, s’éloignent et les phalanges se tordent entre elles.

« -  Satisfait ? » Certainement non. La question se pose sans même lui lancer un regard. « - Aussi anodines et à propos tes questions soient-elles, je ne peux m’empêcher d’y voir de la suspicion… Mon égo encore ? » Je le souffle, moqueur. Cruauté mielleuse sur la langue, la suspicion ne trompe personne cette fois, aucune pincette pour tenter de la cacher sous une couche de faux-semblants. A quoi bon.  C’est laisser passer le temps, crépiter les flammes dans le brasier devant nous en guise de tempo pour rythmer la destruction. Les retrouvailles de ces ennemis que rien ni personne ne pourra réconcilier ou séparer.

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Dim 14 Jan - 23:10

Leslie & Gabriel
Bombs for throwing at you


Le clebs continue de ronger son os, regard jeté de travers à son interlocuteur tandis qu’il n’oublie pas de montrer les crocs à chaque mot qui lui déplaît un peu trop. Quelque part, refoulé dans un coin de sa conscience, une petite voix lui susurre à l’oreille que ce petit jeu dans lequel ils se sont embourlingués tous les deux ne rime à rien et finira mal s’ils persistent trop longtemps sur ce chemin, d’ailleurs n’est-ce pas pour ça que les autres n’y ont pas réfléchi à deux fois avant de vider les lieux ? Surtout ne pas être témoin de ce qui pourrait fort bien devenir une querelle bien plus salée, surtout ne pas risquer d’être pris à parti. Mais la petite voix peut bien lui dire ce qu’elle veut que Gabriel ne l’écoute pas, pire, il la muselle, l’enferme et l’oublie, il ne sera pas cette personne raisonnable qui sait quand il est nécessaire de mettre fin à une conversation infertile, il ne l’a jamais été de toute manière.

« Faut-il que tout ce temps en ville t’ai épuisé, que tu ne sois plus capable de relever la moindre marque d’ironie, il persifle, je sais très bien ce qu’il se passe, quand bien même je n’ai jamais bénéficié de ton privilège inestimable pour parlementer avec eux. » Non, l’armurier ne s’est pas fourvoyé dans ses paroles, assez conscient malgré tout de ce qu’ils représentent, ici, pour les puissants sagement enfermés derrière l’abri-prison de leurs murailles. Il sait bien qu’ils sont une gêne, une épine dans le pied que la ville aura tôt fait d’arracher sitôt qu’elle aura trouvé comment se passer du coup de main précieux que la communauté leur fait payer ou, à défaut, comment les exploiter sans avoir à leur offrir de contrepartie en échange. Invités de marques. Quelle blague. Plutôt chiens de la casse, aux yeux de la haute, individus tolérés uniquement pour ce qu’ils ont à apporter à la cause de la précieuse et sacrée survie de ceux qui, trop imbus de leur personne pour s’aventurer dans la crasse de l’extérieur, avaient plutôt préféré attendre qu’on vienne les servir. « Pauvre de toi », continue-t-il de se moquer au fil d’une pause dans le récit de MacLean à propos de ce qu’il a vécu là-bas. Une histoire mâchée et remâchée qu’il lui sert, d’ailleurs, et Gabriel l’a entendue tellement de fois qu’il n’a même pas envie de faire encore semblant d’y croire. Pourtant, pour ce qu’il en sait, le bras droit de Velasquez ne fait là que lui déballer la stricte vérité quant à ses occupations des précédents jours… mais un mois ? Définitivement, c’est la durée qui cloche, elle qui l’empêche de gober les propos sans protester.
Le reste, en ce qui le concerne, sonne à ses oreilles comme une plainte qui retrousse ses lèvres sur un rictus laissant apparaître une rangée de dents. Est-ce qu’il est supposé le plaindre, ou l’applaudir d’y avoir survécu et d’être rentré ici sans avoir lâché le sale monstre sur ses camarades ? Si l’homme ravale sa pique au moment où celle-ci s’apprête à franchir sa bouche, il sait que c’est déjà trop tard, que la moquerie s’est exprimée autrement que par les mots. Pas que ça lui importe, notez, pas son genre de faire semblant après tout. Mais l’interrogation qui lui écorche les oreilles, après ça, lui semble d’autant plus tranchante qu’ils savent tous les deux très bien quelle est la seule réponse qu’il peut y apporter. Non. Toujours.

« Ouais. Ton ego, sûrement », Gabriel confirme, la bouche pleine de sarcasme, les yeux brièvement intéressé par le petit manège des mains de l’autre. « Ou alors c’est ton incapacité à me convaincre, va savoir. Parfois, j’ai vraiment l’impression que tu me prends pour un con, MacLean. » Parfois, il se peut que ce ne soit pas qu’une simple impression, d’ailleurs. Et Dieu sait qu’il aimerait lui faire ravaler ses moqueries, s’arroger pour lui seul le privilège de se foutre de la gueule de son compagnon quand il s’estime, clairement, être celui qu’on laisse dans le flou ici. Bien sûr que ça lui déplaît, de voir Leslie lui renvoyer persiflages et arrogance sans se laisser démonter un seul instant mais, de toute manière, qu’est-il seulement en droit d’attendre de plus, venant de sa part ? « Crois-moi, je ne te demande que l’occasion de me prouver le contraire. » Mouais, ou à défaut l’occasion de laisser s’évacuer la tension raidissant ses épaules et sa nuque. Fait incontestable, Gabriel n’a jamais été un beau parleur : il s’exprime mieux avec ses poings qu’avec sa langue. « Mais, partir aussi longtemps pour… si peu de choses ? Tu me feras pas gober qu’il t’aie fallu autant de temps pour rien, autant de temps tout seul, unique émissaire de notre groupe et surtout en laissant tout le monde dans le flou ? » Et s’il sait bien, l’armurier, que son rôle au sein de la communauté ne bénéficie pas de cette importance nécessitant qu’on le tienne informé de ce genre de mission, il a bien compris en revanche que personne ne semblait être au courant (c’est-à-dire que depuis le temps qu’il rôde parmi les survivants du groupe, il a bien appris comment laisser traîner ses oreilles et à qui poser les bonnes questions), or pourquoi cacher ce genre de détail à ses pairs s’il n’y avait dans l’escapade rien qui ne soit répréhensible ? « Franchement, c’est un peu gros, même toi tu peux faire mieux que ça, alors t’étonnes pas si j’ai du mal à te croire. A quoi tu t’attendais au juste, que j’acquiesce bien connement à tes explications sans chercher à voir plus loin ? Tu peux te les foutre où je pense. »  

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Dim 21 Jan - 15:41


Persifle et ironise, la patience qui se fait fracasser par l’insolence de l’autre. Aucune réponse face à la réplique, l’esquisse d’un rictus fauve sur les lèvres et la langue qui se force au silence. Enchaîner les explications tout en sachant qu’elles ne seront pas convaincantes, pas pour lui en tout cas. N’importe quel autre, j’aurais pu m’en sortir sans trop de dommage, mais avec l’armurier, c’est une toute autre affaire. La vérité est certainement bien plus intéressante à entendre, plus concluante, mais elle fait courir des frissons de rage sur la peau. Tord les entrailles de relents d’une honte insalubre qui fait s’exprimer le besoin de la taire. Pour l’instant, se contenter alors de se bousiller la rétine dans les flammes et faire craquer les doigts sous la pression d’une impatience furieuse. Rage au ventre, plus les secondes passent, plus elle se fait hurlante. Partenaire de toute une vie, elle dicte l’existence depuis son origine. S’est forgée dans les éclats d’une haine venue du géniteur, a explosé sous ses coups pour mieux se sublimer une fois l’âge adulte bien entamé. Alliée de choix dont il est à présent impossible de se défaire. Quand bien même, je n’en ai aucune envie. Elle m’assure une sécurité bienvenue dans ce monde fracassé. Renforce l’aura de malheur qui suit mes pas et fait se baisser les regards de ceux dont le cœur est trop fragile pour oser répliquer. S’enflamme néanmoins lorsqu’elle se retrouve face à un obstacle qui lui résiste. Gabriel est un de ces obstacles. Celui que l’on brûle d’écraser et de détruite mais qui manquerait cruellement le jour où il viendrait à vraiment disparaître.

Passe-temps sale, la compagnie qui insupporte mais qui éveille les sens et les instincts. Un mal pour un bien. « - Permet-moi de partager cette impression. Qui prend le plus l’autre pour un con Gabriel, sincèrement ? » Sarcasme rutilant qui s’arrache d’entre les dents. Bien souvent une impression faussée, la continuité du jeu instauré entre deux êtres voués à se détester. Parfois une certitude. Il est tellement facile d’apposer l’étiquette de la bêtise sur le front de ceux que l’on abhorre ou que l’on rêve de voir disparaître. En dire le moins possible afin d’éviter les discussions trop harassantes. Plaisir malsain que je ne peux m’empêcher d’éprouver en prenant le reste du monde pour du médiocre aisément dispensable. Pour avoir appris à exécrer mon prochain au plus haut degré, il devient facile de ne plus rien en attendre et de ne plus faire le moindre effort à son égard. Dommage collatéral d’une aversion sans borne, l’armurier paye les pots cassés de ces autres qui m’insupportent. Et il remplit son rôle avec un art affolant d’efficacité. En droit de garder le silence, de lui donner uniquement la version que je juge la plus juste, et me tirer. Le planter là avec tout le venin qu’il peut encore avoir sur la langue. Ses soupçons et ses sarcasmes. Les sourcils qui se froncent à mesure que les paroles s’enchaînent, et la mâchoire qui se crispe une nouvelle fois. Sa ténacité est admirable, à n’en point douter. Et elle fracasse à grands coups de poings la mienne, me fait dériver de la ligne de conduite que je m’étais imposé de conserver.

« - C’était l’idée. Que tu te contentes de la version officielle de la chose, comme tous les autres, et t’abstiennes de tous commentaires. Si le flou a été maintenu dans tout le camp, tu n’as pas jugé bon de penser que c’était pour une bonne raison, et pas pour le plaisir ? » Question rhétorique, je me fous de sa réponse. Je sais pertinemment qu’il n’en pensera pas moins, gardera ses doutes et les fera glisser comme des traînées de poudre dans tout le camp, auprès de qui voudra bien l’entendre. Que le frère de l’ancien leader immisce ses avis et ses doutes sur mon compte dans l’esprit des autres est un danger que je ne peux pas me permettre. Autorité bien ancrée et pourtant fragile. La perdre et c’est tout le reste qui s’effondrerait avec elle. Les paupières se ferment, lentement. Vaincu par l’adversaire, le soupir qui m’échappe signe la défaite. « - Mais soit, puisqu’il semblerait que tu sois incapable de faire comme tout le monde et de ravaler ta foutue ironie. Allons-y.  Je n’étais pas là-bas en visite de courtoisie. » Comme il l’avait si bien deviné. Les doigts se crispent plus fortement encore, les mots restent bloqués sur la langue. Avouer la raison de mon absence, pourquoi elle s’est éternisée jusqu’à devenir suspecte. La faute à un seul abrutit. Moi. Trop impliqué pour rester en retrait, incapable de réfléchir correctement lorsque le nom du petit merdeux est tombé sur la table.

« - J’étais en taule. Pour réparer les conneries d’un des nôtres et sauver les minces chances qu’il nous reste de signer ce putain de pacte. » S’arrache d’entre les dents serrées, ça fait mal de l’entendre. Le faire résonner dans le silence, et se retrouver face à l’évidence. Pauvre con que je suis. « - Le flou a été maintenu pour éviter les questions, des représailles qui n’ont pas lieu d’être. Invités de marque, tu parles, nous ne sommes que des sauvages qu’il est grand temps de soumettre pour éviter de nouveaux problèmes. » Belles paroles et beaux sourires lorsque les négociations ont lieu. Injures et coups une fois les regards détournés. Frapper l’ennemi quand il est seul, trop couard pour seulement s’en prendre de front à tout le groupe. C’est une erreur qu’ils vont commettre, lorsque le contrat sera enfin effectif. Faire entrer les loups dans leur bergerie bien protégée.

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Sam 17 Fév - 16:51

Leslie & Gabriel
Bombs for throwing at you


On dirait bien qu’un cap vient de passer dans cette conversation. Que l’insistance acharnée de l’armurier finit par payer, enfin. Ou, du moins, c’est là ce que l’homme se dit alors qu’il perçoit assez clairement la résignation percer dans les dialogues de l’autre. S’il n’a pas pensé que ce mystère savamment entretenu c’était pour une bonne raison ? Si, évidemment que si, pas assez con pour ne pas comprendre l’intérêt d’un secret si celui-ci est susceptible de faire éclater des tensions que l’on préférerait se voir éviter. Si ça l’a fait réfléchir à deux fois avant de venir balancer à MacLean sa méfiance et ses soupçons à son égard ? Pas une seule seconde. Qu’il soit bon pour la communauté que chacun de ses membres restent dans le noir est une chose, qu’on lui cache des informations concernant l’une des personne qu’il abhorre le plus ici, une autre. Et peu importe que ses actes aient, alors, été dictés par son seul égoïsme, le besoin de savoir au mépris du reste, celui de ne pas être comme tous les autres. Gabriel, après tout, a un sérieux problème avec Leslie.
Et on voudrait l’empêcher de tenter de prouver aux autres, s’il le peut, que le bras droit de Velasquez n’est pas net ? Il lui en faudra un peu plus, pour délaisser sa proie et cesser de s'acharner constamment dessus.

L’aveu qui vient de se glisser entre les lèvres de son vis-à-vis semble marteler l’atmosphère tendue à chacun des mots balancés. Pas une visite de courtoisie. Un petit rictus sarcastique affleure à ses lèvres devant le choix du vocabulaire alors qu’il reste soigneusement silencieux, pas gamin à laisser filer une exultation puérile juste pour une simple concession désirée depuis le début. Il n’y a que son attention, pour sembler soudain beaucoup plus concentrée dans l’attente de la suite, le regard sempiternellement rivé sur son interlocuteur à en étudier la plus infime de ses réactions comme s’il voulait juger de la sincérité de la révélation à venir en fonction de la difficulté que Leslie semble éprouver à la lui confier.
Puis, elle tombe.
Gabriel hausse un sourcil sans chercher à camoufler sa surprise quelque peu teinté de perplexité. Si l’idée de MacLean au trou n’est pas pour lui déplaire – relent de mesquinerie pure dont il est pertinemment conscient –, force lui est d’admettre qu’il ne s’attendait certes pas à ça. Dans le même temps, et tandis qu’il continue de l’écouter dans un silence religieux, il se fustige mentalement pour avoir peut-être pensé, stupidement, que Leslie allait réellement lui donner quelque chose à se mettre sous la dent qui aurait été susceptible de le compromettre. « Je vois. Un sacrifice pour la bonne cause alors, eh ? » Les mots restent bien imprégnés de son sarcasme omniprésent alors que l’armurier fouille à nouveau ses poches pour se glisser une nouvelle roulée au coin du bec, propose sans mot dire le paquet au dessus du feu à son compagnon avant avant de tout remiser une nouvelle fois à l’intérieur de sa veste. « Bah, je préfère mieux être un foutu sauvage qu’un de ces abrutis de planqués. » Le bout de sa clope s’embrase alors qu’il étrangle un rire moqueur dans le fond de sa gorge, conscient du léger mensonge surnageant dans sa remarque, conscient du double tranchant de l’ironie dont il fait preuve. Parce qu’il peut être aussi sincère qu’il le veut en déclarant ce genre de propos mais, il sait bien qu’un jour il préférera toujours être un abruti de planqué vivant qu’un sauvage mort. Or sur le long terme, il n’est pas exactement sûr que ce carrefour auquel il finira fatalement par arriver lui présente beaucoup d’autres choix. Parce qu’un secret ne vaut que ce que valent les personnes qui savent le garder et, s’il voue une confiance ineffable à Aritza, il n’a pas cette même certitude pour le guérisseur.

« Merde alors, ironise Gabriel après quelques secondes muettes, j’espère en tout cas que t’attends pas de moi que je m’excuse pour ma méfiance quand il s’avère au final que t’as juste voulu nous sauver les miches. » Il y a quand même une part de lui qui se demande si cette fois, l’autre homme lui a bel et bien dit la vérité, ou juste un nouveau mensonge pour effacer le précédent dans l’espoir que cela suffise à convaincre l’armurier. La stratégie ne serait pas vide de sens, après tout. Et il sait que Leslie a encore conscience des doutes qui refusent de foutre le camp, pour ce qu’il le connait tout de même mieux que ce qu’il voudrait bien admettre ; il en faudra plus à Gabriel pour arrêter de voir systématiquement le mal partout. « MacLean, sauveur de ses pairs et du maintient d’un contrat visant ultimement à tous bien nous enculer à sec. » Cette fois, le rire persifleur s’échappe en même temps qu’une bouffée odorante de tabac et d’autres herbes mélangées. « Et alors, dis-moi, ça marche ? Se faire foutre au mitard, j’veux dire. Tu t’es fait soumettre, là-bas ? » Réutiliser les mots de l’autre après les avoir roulés dans l’ironie, tout en continuant de le scruter de ses deux billes noires. « Parce que j’suis pas bien convaincu que c’est en enfermant les mauvaises personnes qu’on règle ces fameux  problèmes et pourtant, Dieu sait que je t’aurais pas pleuré s’ils avaient pu t’oublier à l’ombre encore un peu plus longtemps. »  

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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Sam 24 Fév - 20:33


Vérité rétablie et j’en ai la langue qui racle. Bousillée par les lames de la honte et de la rancœur. L’arrière-goût amer qui reste et perdure même une fois de retour parmi les miens. Ses sarcasmes m’irritent, font crisser les nerfs sous la peau et accumulent une tension gênante dans tout le mécanisme. Presque envie de le faire taire à grand renfort de coups dans la tronche pour lui couper l’envie de recommencer. Incapable de vraiment exécuter le geste, trop faible pour supporter une quelconque réplique. Maria aura tôt fait de me tomber dessus pour ce que j’ai pu faire, autant éviter de lui offrir une autre occasion de me sermonner comme si je n’étais rien de plus qu’un gamin turbulent. Ca finira par éclater un jour, c’est une certitude. Quand l’un ou l’autre ne parviendra plus à encaisser et qu’il sera temps de répliquer. J’en ai pourtant les doigts qui vibrent, s’ouvrent et se referment sur le vide avec l’envie de se resserrer pour mieux briser. Hurle sous la peau, le monstre éveillé par les instincts sales. Paquet de cigarettes tendu au-dessus du feu comme une promesse de paix factice. Un geste de la main pour refuser, ce ne serait que de la cendre dans ma trachée et dans les poumons, autant s’abstenir. Suffisamment de merde me dévorent déjà de l’intérieur, pas la peine d’en rajouter une nouvelle, même occasionnelle.

« - Très juste. »
Acquiesce dans un léger mouvement de tête, la vérité est là. S’enfermer là-bas est une nécessité mais certainement pas une bénédiction. Sauvages plutôt que soumis à crever sous les lubies de tyrans qui ne s’assument qu’à moitié. On ne domestique pas les fauves, on en a l’illusion mais un jour ils finissent par retrouver le sauvage en eux et le laissent s’exprimer de la façon la plus brutale qui soit. Ils s’emploieront à nous bousiller pour mieux soumettre et contrôler. Y parviendront peut-être avec certains, mais certainement pas avec tous. « - Bien sûr que non, il serait regrettable que t’excuser t’arrache la langue. Je m’en voudrais de priver les autres de tes sarcasmes et de ta si jolie voix. » Moquerie cynique qui s’accompagne d’un sourire faux ourlant les lèvres. Le regard qui l’accable et brûle d’une malice sale. A moitié convaincu par la vérité l’armurier, c’est une évidence. Eternel insatisfait. Méfiance paranoïaque, et je le comprends. Langue qui claque contre le palais aux notes d’un rire jaune, en écho au sien. « - C’est ta vision des choses. A sec certainement pas, ils y mettront les formes pour que ce soit relativement agréable, au premier abord. » Et qu’il soit trop tard ensuite pour réaliser que les choses vont devenir affreusement douloureuses. Prévenus, ce n’est pas comme si le groupe allait se jeter dans la gueule du loup sans avoir une idée de ce qui l’attend une fois à l’intérieur des murs. Sauvages mais pas stupides, c’est à se demander s’ils ont seulement réfléchit à cette option-là. Ou s’ils nous prennent véritablement pour des imbéciles sans jugeote.

Un silence en guise de réponse alors que les mots s’enchaînent. Se laisser écraser par le regard noir de l’autre, les dents serrées à en éclater. J’en ai les mains qui se joignent et les doigts qui se maltraitent les uns les autres. « - Ils y ont cru ces imbéciles, à ma bonne foi et à l’efficacité de leur prétendue punition. C’est mal me connaître et réellement, nous prendre pour des imbéciles. » Ebauche de rire moqueur qui s’échappe des lippes, sarcastique à en crever. Du dédain dans les traits, dégoût qui s’y incruste avec force pour faire briller les pupilles de haine. Ils n’auront rien réussi si ce n’est me pousser à les haïr plus encore. Raviver la blessure purulente infligée par la condamnation et l’exil, prononcé sans aucune chance de se justifier. Se débarrasser d’une faille dans la mécanique bien rodée de leur tyrannie et espérer me voir crever une fois au-dehors. Bande d’idiots, les raclures sont increvables, ils devraient pourtant le savoir mieux que quiconque. « - Il est cependant dans notre intérêt à tous de faire un effort pour avoir l’air relativement digne de confiance, en plus d’être utile. Qu’ils y croient et nous laissent entrer, la suite reste à écrire. Et certainement pas avec de l’encre… » Il le sait tout ça, aussi agaçant soit-il, Gabriel est loin d’être stupide. Il ne serait déjà plus là depuis longtemps si c’était le cas.

« - Je vais finir par me demander si toute ton ironie et tes bravades à mon égard ne sont pas une preuve de profonde amitié. » Susurre l’insolence et le regard qui revient défier les prunelles sombres du bonhomme. Un sourcil qui se hausse légèrement pour accentuer l’ironie. Bonne entente de façade, le civilisé qui s’improvise, bancal le plus souvent face à l’envie de cogner. Insupportable personnage, un mal obligatoire qu’il est parfois bien ardu à supporter. Il le sait, il en joue, et en abuse. A mon image, le stratagème qui se répète chez les deux adversaires. Il serait dommage de ne pas en profiter de toute manière.


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MessageSujet: Re: Bombs for throwing at you   Lun 5 Mar - 23:07

Leslie & Gabriel
Bombs for throwing at you


C’est à croire qu’au moins en ce qui concerne leurs voisins fortifiés, Leslie et Gabriel partagent un point de vue à peu près similaire. Comme quoi tout est possible, même se retrouver sur la même longueur d’onde avec quelqu’un envers lequel les rares interactions consistent pourtant à se chercher mutuellement des noises. Seulement, on dirait bien que cela fait au moins trois minutes que les deux hommes semblent échanger pratiquement normalement sur ce nouveau thème. Depuis que le bras droit de Velasquez a avoué, en fait. Comme quoi, la sincérité n’est pas toujours utilisée en vain, même avec un type capable de se montrer aussi obtus et borné que l’armurier.
Son rictus s’élargit doucement au fil des paroles de son interlocuteur, intimement convaincu lui aussi que le gouvernement de la ville les prend pour une joyeuse bande d’imbéciles et qu’ils finiront, un jour ou l’autre, par se mordre les doigts d’un tel jugement erroné. Sous-estimer une bande qui a réussi, et qui parvient encore aujourd’hui malgré les circonstances toujours plus rudes, à survivre sans avoir besoin de s’entourer de murs est à son avis une grossière erreur mais, eh, qui est-ce qui va aller le leur souligner, aux grosses têtes pensantes de la Nouvelle Orléans ? Certainement pas les concernés, en ce qu’il y a des chances que cela les arrange d'ici jour plus ou moins proche. Du moins Gabriel aime-t-il s’en convaincre, a besoin de s’en persuader pour la propre réalisation de ses projets personnels. Mais quelle que soit l’époque, faire entrer les loups dans la bergerie n’a jamais eu qu’une seule fin possible. « Hmm. Faire des efforts, il relève, le regard partant doucement à la dérive dans les flammèches du brasier qui les sépare. Comme dans “éviter de faire de la merde afin qu’ils n’aient pas l’envie de nous foutre en taule” ? » Pique mesquine dont il ne se cache pas, une de plus ou une de moins, quelle importance à ce stade ?

La fumée s’échappe d’entre ses lèvres en même temps que les mots continuent de filer d’entre celles de son interlocuteur et l’armurier laisse filer une exclamation où transparaît un amusement sincère face à l’absurde. « Ouais, c’est ça, t’as sûrement raison. » L’idée lui arrache tout de même quelques éclats d’un rire dont le cynisme fait un joli écho à celui de la remarque, c’est une aberration parfaite et voilà clamé à haute voix un fait qui n’est pas prêt d’arriver de sitôt. Personne pour se leurrer, toutefois ; au moins Gabriel est-il suffisamment mature pour accepter la valeur de son compagnon et l’importance qu’il a su gagner au sein de la communauté même malgré la haine tenace et pratiquement viscérale qu’il lui voue sans faillir depuis sa montée en grade. « T’es bien bavard en tout cas ce soir, Gabriel constate encore tout en continuant de tirer tranquillement sur la roulée. C’est la fatigue ou l’honnêteté qui te délie la langue à ce point ? » Il faudra bien l’admettre, rarement leurs confrontations auront-elles été aussi longues… ni même aussi courtoises. A les voir ainsi assis chacun de son côté du feu – eh bien, oui, on dirait exactement ce que Leslie vient de souligner non sans sarcasme : deux vieux amis partageant un bout de détente ensembles après une journée éprouvante. Du moment, en tout cas, que l’on ne prête pas trop d’attention aux dialogues… Toutefois il faut bien que les bonnes choses se terminent et c’est ce moment précis que Gabriel choisit pour faire tomber le rideau, se relever de son siège inconfortable dans la nette intention de mettre fin à tout ça. « Enfin, je vais te laisser méditer à cette fameuse profonde amitié et peut-être m’en siffler une à ta santé en cet honneur, mais en attendant il me reste encore du travail pour ce soir en ce qui me concerne. Et du genre utile, pas celui qui consiste à raconter des conneries pour garder cachées d’autres conneries. Si tu vois ce que je veux dire. » Sans gêne apparente, il crache à ses pieds pour ensuite se détourner de lui, et lui laisser par la même occasion le soin d’éteindre le feu de camp en même temps que les restes de sa soirée bousillée, l’envie d’un petit prélassage oisif – et relativement exceptionnel, connaissant l’oiseau – s’étant envolée en même temps qu’Elain et Rodriguez tout à l'heure.



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