AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 I've got thick skin - Jaisy

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 596
↳ Points : 175
↳ Arrivé depuis le : 31/03/2016
↳ Age : 26
↳ Avatar : Zooey Deschanel
↳ Age du Personnage : 33 ans
↳ Métier : Animatrice radio / Illusionniste au Colosseum
↳ Opinion Politique : Travaille pour le gouvernement sans forcément en partager les opinions
↳ Niveau de Compétences : Niveau général - 3. Nécro - 1. Illusion - 4. Maladresse - 84
↳ Playlist : Thinking out Loud - Ed Sheeran
Chop Suey - System of a Down
Kané - Fauve
Crazy Youngster - Ester Dean
↳ Citation : "Je me fous de la morale, mais j'ai mon propre sens de l'intégrité."
↳ Multicomptes : Laura E. Ievseï
↳ Couleur RP : #ff9999



les petits papiers
↳ Copyright: AcidGirl - Hay-Gurl & Tumblr
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: I've got thick skin - Jaisy   Ven 20 Oct - 0:46


« Just call my name on the edge of the night
And I'll run to you, I'll run to you »



Maisy & Joseph
featuring

Août. C’était la dernière fois que j’avais vu Joseph. Après notre dispute, si on pouvait appeler ça comme ça. Après l’angoisse de notre voyage en enfer, nous avions tous les deux besoins d’un peu de temps pour reprendre nos esprits. Il avait eu raison de demander une pause, raison de s’éloigner. Mais, une part de moi lui en voulait. Parce que j’étais fragile, j’avais eu besoin de lui, j’avais eu besoin d’être rassurée. Pourtant, il avait choisi de me laisser seule, était rentré lécher ses plaies, seul. Mon appartement était rapidement devenu étouffant et j’avais passé la première semaine entre celui de mon père et celui de Lazlo. Je n’avais pas eu la force de rester chez moi, je n’y étais même pas rentré, me contentant d’emmener avec moi la cage de mon rat, d’abord chez Papa, puis chez Lazlo. Puis, il avait bien fallu rentrer, il avait fallu me battre contre mes cauchemars, contre ma terreur de me faire aspirer, seule cette fois-ci. J’avais été voir Joseph au Little Darling, comme prévu, deux fois. Et à chaque fois, bien qu’il n’ait pas été désagréable, il m’avait bien fait comprendre que ma place n’était pas là, qu’il n’avait pas besoin de moi. Le LD était sa seconde maison, il y connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait, je n’avais pas ma place dans cette partie de son univers. Notre histoire, pour peu qu’elle est réellement existée, n’avait connu que mon appartement et quelques chambres d’hôtel pour tout décor. La forêt, quand nous avions été chercher Orka, quelques bars parfois. Jamais chez lui, jamais au LD, toujours loin de tout ce qui le rattachait à la vie réelle. Comme si, je n’étais qu’une parenthèse qui n’avait pas le droit de déteindre sur son monde. Comme la vapeur qui se déposait sur le miroir de la salle de bain. Je n’avais été qu’éphémère dans sa vie et j’aurais dû le comprendre bien plus tôt. J’étais bien assez grande pour entretenir des relations légères, bien assez intelligente pour ne pas transformer une vulgaire histoire de cul en histoire de cœur. Pourtant, ni lui, ni moi, n’avions mis de mots sur ce que nous étions, et j’avais fini par croire que je pouvais m’attacher à lui, le laisser prendre sa place dans ma vie, s’y rouler comme un chien dans son panier. J’avais cru qu’il en avait envie, mais je m’étais trompée.

C’était à ça que je pensais, en me promenant dans la rue. Il faisait nuit, il faisait bon et l’ambiance festive, que Bourbon Street arrivait encore à garder parfois, déteignait sur moi. J’aurais aimé avoir Joseph à mon bras, la chienne devant nous. J’aurais aimé l’entendre grogner de sa voix bourrue mon oreille. L’entendre dire qu’il préférerait être chez moi. J’aurais aimé le voir rire, chose rare, de son rire rauque, qui envoyait des frissons dans mon ventre. Pourtant, je tournais de rue en rue, cherchant un bar qui me plairait, laissant mes yeux effleurer les hommes et les femmes qui se tenait en terrasse, buvant des jus de fruits, des cocktails sans alcool. Il y avait une pénurie, mais pourtant la ville trouvait encore les moyens de faire la fête, l’humanité avait ce pouvoir. Celui de continuer à chercher son plaisir même dans les temps plus durs.

Avec un soupir résigné, je me décide enfin, je tourne au coin d’une rue et prends la direction de Storyville. Son fief, son quartier, le coin de la ville qu’il connaissait le mieux, celui dans lequel il vivait et dans lequel il travaillait. Rapidement, l’ambiance passe de festive et légère, à lourde et suspicieuse. À Storyville, on ne s’amuse qu’à l’intérieur, bien à l’abri des yeux des Peacekeeper, bien à l’abri des yeux qui pourrait détruire des commerces qu’on a mis des mois, parfois des années, a installé. Je soupire et rentre dans le premier bar que je croise. Je n’ai pas envie de réfléchir, je n’ai pas envie de laisser mes pas me ramener à Joseph, me ramener au LD, ou je le verrais, debout dans son coin, un verre de whisky dans la main et Orka à ses pieds. Son regard sombre posé sur ses danseuses, surveillant les filles comme des bijoux précieux. Je n’ai pas envie de voir son regard passer sur moi et ses sourcils se froncer, comme si je n’avais pas ma place là. Dans son monde. Je m’assieds au bar, refusant de m’asseoir à une table vide et d’avoir à subir la ronde incessante de ceux qui voudrait partager un verre, une clope, une conversation ou mon lit. Je lève deux doigts et commande un gin. Le patron me connaît et le verre atterri rapidement devant moi.

J’ai déjà commencé ma soirée à l’Old Absinthe House, il ne m’en faudra pas beaucoup plus pour être suffisamment ivre pour m’endormir sans risquer de réfléchir trop fort. Puis qui sait, peut-être que quelqu’un réussira à éloigner mes pensées de l’Anglais. Je soupire et fait tourner le liquide translucide dans mon verre. Je pense aux dernières nouvelles, à cette fameuse communauté qui siège hors des murs, à ces gens qui vivent libres, à ceux qui n’ont pas à cacher qu’ils aiment les hommes ou les femmes, à ceux qui ont le droit de boire, le droit de vivre amplement. Je pense à Lazlo, qui y trouverait sa place si facilement. Il trouverait sa place au milieu d’un troupeau de buffles s’ils savaient parler. Un sourire étire mes lèvres à cette idée et je glousse dans mon verre. Mon meilleur ami à définitivement le contact trop facile. S’il ne l’avait pas eu, peut-être que je ne lui aurais jamais parlé, peut-être qu’il n’aurait jamais pris la place qu’il a actuellement et peut-être que mes cauchemars ne tourneraient pas autour de lui aujourd’hui. Je ne rêve plus de l’Autre-Coté. Je rêve de Lazlo, il ne se passe pas grand-chose, mais j’ai juste ce sentiment d’urgence et de danger qui me serre la gorge quand je me réveille. Je lui en ai parlé, il ne s’est pas moqué, mais m’a convaincu que je m’en faisais pour rien, alors, je lui fais confiance. Mes pouvoirs déconnent en ce moment, alors peut-être que c’est juste mon cerveau qui me torture et pas la magie qui tente de me prévenir. Je soupire et frotte mon front du bout des doigts avant de descendre mon verre d’un coup.

Les minutes passent, peut-être même les heures, je perds le compte à mesure que les verres augmentent. J’aurais pu aller chez Giu’, lui faire un coucou, jouer aux cartes un peu, mais je n’ai envie de rien d’autre que de me saouler ce soir. Alors, c’est ce que je fais. Un gars, un peu louche, un peu entreprenant est venu s’asseoir à côté de moi, mais je l’ai remballé rapidement, je n’ai pas envie de ramener quelqu’un chez moi ce soir, encore moins envie d’aller chez lui. J’ai été sèche, désagréable et méchante pour le faire fuir, mais quand il a posé la main sur ma cuisse, je n’ai pas vraiment eu d’autre choix. Je finis mon dernier verre, paie le barman et, d’une démarche rendue chancelante par l’abus d’alcool, m’éloigne du bar. Les lumières sont éteintes dans la rue, prohibition oblige et je cligne des yeux à plusieurs reprises pour que mon regard s’habitue à la noirceur qui m’entoure. J’en profite pour allumer une cigarette, plissant les yeux quand la flamme éclaire mon visage. Lentement, en vacillant, je m’éloigne du bar. Tu fais pitié Weaver, tu fais vraiment pitié… Oh, je sais, je suis pitoyable. Je trébuche sur le bord du trottoir et mon briquet m’échappe. « Merde ! » Ma voix est pâteuse d’alcool, pâteuse de tristesse aussi. Une main s’en empare et m’aide à me stabiliser.

Je remercie distraitement mon sauveur, avant de me rendre compte qu’il s’agit du mec du bar. « Tain’, t’m’suis ou quoi ?! » Je recule prestement, arrachant mon bras de l’étreinte de sa main. Il se contente de sourire et se rapproche à nouveau. Je cherche ma magie et elle se contente de clignoter en moi, s’approchant et s’éloignant sans que je puisse l’attraper. Je fronce les sourcils, perturbée. Une faille ? Non, l’effet était différent quand la faille nous à avaler. Je frotte mes mains sur mes cuisses, cherche une fois de plus à puiser dans mes pouvoirs. Pourtant, ils continuent à m’échapper. Je recule, cherche à m’éloigner de l’homme qui ne cesse de s’approcher. Quand il agrippe ma hanche, je lui assène une claque retentissante. Il jure et son poing s’abat sur mon visage, écrase ma lèvre contre mes dents. Les insultes résonnent, étouffées par l’étourdissement et la douleur. Le goût du sang envahit ma bouche, souille ma langue, dégouline sur mon menton. Je n’ai pas le temps de réagir qu’il frappe de nouveau, mon arcade sourcilière, ma joue, ma tempe. Il s’arrête quelques secondes et je recule de mon mieux, il me rattrape, frappe mon ventre, mes côtés, mon épaule, mon plexus solaire. Il me coupe le souffle et je ne suis plus que douleur. Je suffoque et m’affale sur le sol, sous un des derniers lampadaires en activité du quartier. Il s’arrête finalement et le seul son qui résonne pendant une poignée de secondes, est celui de ma respiration, sifflante, saccadée. Il recule finalement, essuie ses poings ensanglantés sur son jean et me crache dessus. La substance gluante me frappe en pleine joue et je ne bouge même pas. « Ça t’apprendra à croire que tu peux revenir parmi nous. T’as tué trop des nôtres pour avoir le droit de revenir dans nos rangs sale pute du gouvernement. » C’est donc ça… Weaver, qu’elle idée t’as eu de croire qu’ils t’accepteraient sans poser de questions ? C’était pareil la dernière fois et t’as du tué pour te sortir de ça, comment tu vas faire cette fois hein ? Finalement, il s’éloigne, me laisse sur le sol, recroquevillée sur moi-même, les genoux égratignés, le visage en sang.

À nouveau, les minutes passent, peut-être les heures, je ne sais, je perds le compte et je m’évanouis probablement une fois ou deux. Je me réveille en sursaut, gelé jusqu’à l’os. Mon œil droit refuse de s’ouvrir et mon épaule gauche me fait pousser un cri de douleur quand j’essaie de m’appuyer son mon bras pour me relever. Je trébuche, siffle de douleur, halète et manque de m’étaler à nouveau. J’avance lentement, je ne réfléchis pas à la direction que je prends. Pourtant, quand je lève la tête, je me retrouve face à un immeuble que je connais. Si je n’avais pas eu si mal, la situation m’aurait fait rire. Je tape le code de l’interphone et rentre sans trop réfléchir. Après tout, c’est toujours plus près que chez Lazlo… Peut-être qu’avec un peu de chance, il voudra bien m’aider. J’observe l’escalier et serre les dents en montant les étages qui me séparent de sa porte. Je fais une pause à mi-chemin, le souffle court, la douleur irradiant de tous mes membres. Je fini mon trajet et m’appuie contre le mur avant de ma laisser glisser jusqu’au sol. Incapable de me relever, je me contente de frapper sa porte du plat de la main. Je laisse mon bras retomber le long de mon corps et soupire, j’entends la chienne japper à l’intérieur et des bruits de bas. Ses jambes apparaissent dans mon champ de vision et je soupir de soulagement. « Ici, Townsend. » Je lève la main pour lui indiquer ma position, recroquevillée contre le mur en une boule compacte, le corps tremblant, l’obscurité du couloir lui cache la majorité de mes blessures, mais ma voix pâteuse, trahit mon état d’alcoolémie. Je tente de me redresser, mais me mets à tousser quand ma côte, fêlée au mieux, cassé au pire, se rappelle à moi. « J’aurais besoin d’un p’tit coup de main… » J’ai besoin de toi, j’ai besoin que tu restes près de moi, que tu panses mon corps et mon cœur, que tu me dises que ça ira. « Chuis un peu pitoyable et j’me suis fait un peu… Bousculée dehors… Je demande l’asile ? » Je ris doucement devant ma propre connerie tandis qu’il glisse ses mains sous mes aisselles en grommelant.

Il me redresse et je pousse un cri de douleur, quand mon épaule probablement démise bouge. Mon rire se transforme en larmes et je sanglote contre son épaule tandis qu’il me traîne à l’intérieur. La lumière de son appartement ne lui cache rien de ma situation. Arcade ouvertes, œil poché, lèvres éclatées, genoux en sang. Il voit ce qui est visible. Il ne voit pas, pas encore, l’épaule démise, la côte fêlées, les bleus sur mon ventre. Je halète de douleurs tandis qu’il m’examine et je sens la rage qui bouillonne en lui, je sens sa colère à chaque blessure qu’il découvre et je frémis sous ses doigts pourtant doux. Les larmes ne s’arrêtent pas, je sanglote et tremble debout, en miette au milieu d’un salon que je n’ai vu que rapidement. Orka pigne contre ma jambe, consciente qu’il y a quelques choses qui ne va pas, sa grosse truffe se niche dans ma main et elle lèche doucement la plaie sur ma paume. Je suis en sécurité maintenant, alors pourquoi est-ce que je continue à pleurer ?





_________________

'Cause maybe you're lovable and maybe you're my snowflake. And your eyes turn from green to gray and in the winter, I'll hold you in a cold place.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3466-maisy-annabel-we

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1609
↳ Points : 371
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 25
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim, au Little Darlings.
↳ Opinion Politique : Contre le gouvernement, vit de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song *
RAMMSTEIN- Feuer Frei *
KORN - Freak On A Leash, Right Now, Punishment Time, Somebody Someone *
LA CANAILLE, La Colère *
IMAGINE DRAGONS, Shot *
SKILLET, Monster *
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Aucun.
↳ Couleur RP : #996633



les petits papiers
↳ Copyright: Avatar : vinyles idylles / Code Signa : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I've got thick skin - Jaisy   Lun 8 Jan - 18:44




I've got thick skin

Maisy & Joseph

Lost in the fog, these hollow hills, Blood running hot, night chills, Without your love I'll be so long and lost, Are you missing me?

La bière est froide mais jamais suffisamment glacée. Il faut s'en contenter, depuis quelques années. Les pupilles plongées au fond du verre, nageant avec les bulles  évoluant dans le liquide ambré, j'en fais toute une analyse. Le temps doit se passer, il faut le dévisager s'écouler avec toute l'impuissance du monde dans les membres. Alors j'analyse mon verre. Cette attention toute particulière m'a frappé lorsque j'ai vu la tignasse brune, les perles bleues, la silhouette si distinctive de Maisy. Une allure que je voudrais ne pas reconnaître dans une foule, mais que j'ai appris malgré moi à percevoir dans une petite immensité. Remuant le verre, le portant à mes lèvres, j'esquisse d'avance un sourire de convenance. Ce n'est pas que je n'ai pas envie de la voir. Dans une certaine mesure, sa présence me manque. Ses gestes, sa voix, ses plaisanteries idiotes, ses baisers, son odeur. Dans une mesure beaucoup plus importante, je veux être seul. Plus que tout au monde, j'ai envie d'être seul. Ça n'est pas difficile – j'ai toujours réussi à trouver la solitude, même auprès de dizaines, de vingtaines de personnes. Lorsqu'elle est là, c'est difficile – son aura attire la mienne, mon attention est toute émoustillée de sa proximité, mes sens excités par ce qu'elle dégage. Le sourire s'étire tranquillement, légèrement camouflé par une barbe peu entretenue, et je me tourne vers elle juste lorsqu'elle arrive. Au sourire de convenance s'acoquine une conversation de politesse. Comment vas-tu, bien, merci ; t'as bien fait de passer, je suis un peu débordé, t'en fais pas. Puis ce léger silence, entretenu par mon regard fuyant ; je suis désolé mais j'ai mieux à faire. Il veut aussi dire qu'ici, il y a trop de monde. Que je ne peux pas dévoiler quoique ce soit parmi ces gens, que les moindres sentiments sont une faiblesse, une arme, n'importe quoi. Alors je souris, les yeux rivés sur les filles.

Il n'y a pas de place pour Maisy au Little et elle semble l'avoir compris. Avec un bref pincement au cœur, il a fallu la laisser repartir sans mot lors de ses deux visites. Un pincement, parce qu'elle ne mérite pas ça – mais elle s'accroche. Elle s'accroche à ce qu'elle désire un instant mais qui ne la rendra pas heureuse. J'avale mes dernières gorgées et décide que, peu importe ce dont elle a besoin, je lui donnerai ce que je peux lui donner. Si ça n'est pas suffisant, elle est prévenue – elle sait depuis des mois à quoi s'attendre. La date du jour, pourtant, s'impose à mon esprit. On ne s'est pas vus depuis longtemps. Peut-être a-t-elle pris une décision. Claquant des doigts, j'appelle la chienne – le temps passait et je n'avais pas vraiment compris, je crois. J'imagine que je m'étais attendu à ce qu'elle revienne, encore. À ce qu'elle demande encore un peu d'affection, et j'aurais pu la lui donner sans me fragiliser. Les doigts sur le poil ras de la chienne, je caresse son visage avec vigueur. Maisy n'est pas bête, me dis-je en inclinant le visage vers la bête. Ce cadeau porte ses souvenirs et son identité. À chaque fois que je regarde ce chien, je vois la brune. Fermant les yeux avec force, je passe les doigts sur le crâne de Orka. L'autre main posée sur le ventre, je me questionne. J'ai toujours eu cette facilité à boire, ce besoin d'engloutir quelques verres, presque quotidiennement. Et depuis quelques semaines, peut-être même depuis quelques mois, le besoin est plus fort. Plus tangible. C'est l'esprit qui le crie, qui demande un peu de sommeil. Une parenthèse d'oubli et de bien-être factice, me dis-je en tendant finalement la main vers la bouteille qui traîne par terre.

La chienne sur le ventre, je l'observe, paupières mi-closes. On est pathétiques, ma pauvre. Tu l'es aussi, par extension, bien sûr. Puis je lui parle, comme d'habitude. Je baragouine n'importe quoi, les mots s'échappent simplement – je lui parle directement, puis je lui raconte ma vie, mes petits soucis. La langue leste, elle me gratifie de baisers humides et je grimace, sans protester néanmoins. L'oreille attentive et l'affection débordante, voilà l'interlocutrice idéale. « T'aurais pas deux-trois conseils, en plus de ça ? » Je l'observe sans en dire davantage. Ses grands yeux noirs demeurent, même si la bête est vive, peu inspirants. Un soupir glisse hors de mes lèvres mais je souris. Qui aurait cru que Joseph Townsend passerait une soirée tranquille dans son appart, affalé sur le canapé, un vieux DVD en bruit de fond. La chienne sur le ventre et le plaid à portée. Orka comble, parfois, le dégoût de solitude. Elle est là et ne m'ennuie pas de paroles vaines, agaçantes – les doigts sur son crâne, je penche le visage et accorde une vague attention au film. Il faut du bruit. Il faut s'extirper du silence étouffant à tout prix.

La chienne m'appuie brusquement sur le ventre en se redressant, me sortant d'une brève sieste. Un coup d’œil à la télévision m'apprend que j'ai du m'endormir quelques minutes seulement – je me redresse malgré tout en maugréant, cherchant la bête des yeux. Elle s'excite devant la porte, devient tellement bruyante que je suis incapable de tendre l'oreille pour entendre quoique ce soit de particulier à l'extérieur de l'appartement. Avant que je n'ai le temps de lui intimer de se calmer pourtant, on frappe à la porte. Il est tard – un souci au Little, certainement. J'émerge rapidement et retire l'arme cachée sous le coussin de mon canapé avant d'aller ouvrir, avec précaution.
Le flingue sera inutile. Abandonné derrière moi, sur le plan de la cuisine, je me hâte plutôt vers Maisy. Le corps recroquevillé dans l'obscurité, je crois une seconde à un élan de courage insufflé par une cuite suffisamment costaude pour qu'elle ne tienne plus debout et me ravise une fois penché au-dessus d'elle. Putain, Maisy. Lorgnant dans l'escalier lorsque les mains se glissent sous ses aisselles, m'assurant que personne d'autre n'est dans le coin, je la redresse et la tire à l'intérieur de l'appartement. Elle représente un poids quasiment mort, porté à bout de bras, et je referme la porte d'un coup de pied. Les sourcils se froncent, la moue s'agace lorsque la lumière éclaire son visage. « Un peu bousculée, tu dis ? Par quoi, dix gars en armure ? » Elle s'est littéralement fait casser la gueule, mais je n'en rajoute pas. Les lèvres se pincent, la respiration s'accélère, l'alcool dans mon sang prend une toute autre nature en quelques secondes. Son visage est assez méconnaissable, et lorsque je passe les doigts sur son corps, elle gémit au moindre contact. Je maugrée, marmonne ce que nous allons faire machinalement. « Viens là, doucement. » Le ton est bourru, agacé, impatient. Il y a là trop de questions, il y a dans cette scène bien trop d'interrogations, mais le moment n'est absolument pas propice aux confidences. Passant le bras sous sa taille pour la soulever légèrement, elle gémit plus fort mais j'ignore ses plaintes – ça ne va durer que quelques secondes. La déposant sur le canapé avec toute la délicatesse dont je sois doté, même si elle n'est pas très riche, je m'en détourne presque immédiatement.

Dans la salle de bain, le placard est fouillé sans ménagement – il n'y a pas trop de réflexion, mais beaucoup de réflexes. Je trempe un gant d'eau chaude, l'essore et emporte tout le reste avec moi. Lorsque j'arrive devant le canapé, j'éloigne la bouteille du pied ; elle en a eu bien suffisamment pour ce soir. Plus ou moins assise, enfoncée dans les coussins, elle semble souffrir et j'hésite un instant. J'aimerais appeler quelqu'un, je n'ai aucune aptitude pour soigner les autres, je manque de douceur et d'empathie, je n'ai pas de patience... Un soupir bref s'extirpe hors de mes lèvres. Tant pis. « Ça va aller ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait... » Prenant place au bord du canapé, je plisse les yeux en observant son visage. L'arcade, l'oeil, les lèvres abîmés. Et le visage sali. « Ça va piquer. », dis-je un peu trop tard, lorsque je tamponne déjà son visage du gant mouillé. Nettoyant lentement sa peau, je la laisse s'affaler et m'adapte à sa position un peu tassée. D'abord le visage, le reste ensuite. « Arrête de pleurer, ça va t'brûler les plaies... » Dis-je mollement en terminant d'enlever le sang et la saleté sur sa peau. Me soigner moi-même, d'accord. Soigner mon frère, pourquoi pas. Mais la soigner, elle... Un peu gauche, je réunis une masse de cheveux contre sa nuque pour ne pas qu'ils me gênent et observe à nouveau son visage. « Putain Maisy, ils t'ont pas ratée. » Les lèvres pincées, je marmonne. La colère enfle comme une tumeur au fond des entrailles. Tenté une seconde de descendre les escaliers, de fouiller la rue à la recherche de l'ordure qui lui a fait ça, je le suis. Mais ces réactions idiotes, précipitées, ont toujours été des erreurs. « T'avais besoin de boire un verre ? », demandé-je, pour la distraire un peu. Pendant ce temps, j'imbibe un coton d'alcool et vais tamponner sa peau ouverte. Je n'ai pas l'audace de lui demander pourquoi elle avait besoin de boire un verre, et je ne m'interroge pas davantage sur ses motivations.

Penché au-dessus du congélateur, j'en sors la seule chose traînant à l'intérieur : le bac à glaçons. Je les sors rapidement et les fourre dans un torchon propre, avant de retourner vers ma blessée. « C'est pas l'hôpital, tu t'en doutes... » Et je lui applique le tissu déjà glacé sur l'oeil, avant de lui intimer de le garder contre sa peau. A priori, ça soulagera un peu la douleur et ça gonflera moins. Me redressant à nouveau, les jambes me portent aveuglément jusqu'à la chambre. J'attrape un vieux jogging trop petit pour moi, le premier t-shirt qui me passe sous la main et j'y retourne. Un peu absent, très mécanique, sans savoir pourquoi.
« Bon, ça va pas être une partie d'plaisir mais va falloir te tortiller dans tous les sens. » Dis-je avant de passer la main dans son dos, à la recherche d'une fermeture éclair pour lui ôter sa robe. Forçant mes gestes à être particulièrement précautionneux, surtout lorsqu'elle se plaint, je la déshabille lentement. Jette un coup d’œil à ses sous-vêtements, m'assure qu'ils sont là – cherche machinalement des bleus entre ses cuisses, sur ses hanches, n'importe où tant qu'ils puissent être suspects. Mais il n'y a rien de tel – pourtant, je ne parviens pas à me rassurer. Estimant que suffisamment de temps s'est écoulé, qu'elle est forcément plus reposée, je lui demande abruptement ce qu'il s'est passé. Puis observe les marques sur son ventre, que j'imagine nés de coups de pieds. Cette situation m'agace profondément et j'ai du mal à me concentrer sur l'important – je ne lui ai pas vraiment demandé comment elle se sent. Alors, lorsqu'il faut lui relever les bras, qu'elle gémit violemment et se recule, je m'en veux. « Quoi ? Putain, ton épaule...  » Effleurant du bout des doigts une épaule vraisemblablement déboîtée, je m'irrite de n'avoir pas vu ça avant. Les glaçons enveloppés de tissu sont apposés sur son épaule et je l'incite à mettre le bras en écharpe. « Tu l'as déjà déboîtée avant ? Tu vas venir dans la chambre. J'peux pas essayer ici. » Passant du côté de son bras libre, et plus valide, je l'aide déjà à s'appuyer sur moi pour se redresser.  « Plus vite ça sera fait, mieux tu te sentiras. J'ai déjà fait ça... beaucoup trop souvent. » Je force un léger sourire en l'entraînant dans la chambre. La chienne ne erre pas dans nos pieds ; elle nous observe de loin, ses gros yeux empreints d'anxiété.

Pour la première fois, Maisy s'installe sur le lit. Simple, accompagné d'une seule table de chevet. Le miroir, autrefois brisé, est désormais manquant. Inutile de m'infliger la vue de mon apparence dans mon propre appartement.
La brune est allongée, le bras en écharpe, et je la déplace au bord du lit, de sorte à pouvoir manipuler son bras.  « Prête ? Parle, si tu veux. » Parle, parce que je n'ai rien à dire - parce que je dois concentrer dans mes doigts toute la neutralité possible. Ne pas les laisser trembler de rage, ne pas avoir les mouvements brutaux de l'impatience. La mâchoire se serre fermement, canalise les émotions que j'essaie de contenir. Et je commence, une main serrée sur son poignet, l'autre glissant jusqu'à son coude. Éloignant son bras de sa poitrine,
l'attirant dans le vide, je m'évertue à faire ce qu'il faut. Ma main libre s'appuie près de son épaule, et j'attends. Le bruit, la sensation, le déclic.
(c) DΛNDELION

_________________
LOVE IS EVIL
SIN IS SINCERE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time En ligne

MASTER OF ILLUSIONS

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 596
↳ Points : 175
↳ Arrivé depuis le : 31/03/2016
↳ Age : 26
↳ Avatar : Zooey Deschanel
↳ Age du Personnage : 33 ans
↳ Métier : Animatrice radio / Illusionniste au Colosseum
↳ Opinion Politique : Travaille pour le gouvernement sans forcément en partager les opinions
↳ Niveau de Compétences : Niveau général - 3. Nécro - 1. Illusion - 4. Maladresse - 84
↳ Playlist : Thinking out Loud - Ed Sheeran
Chop Suey - System of a Down
Kané - Fauve
Crazy Youngster - Ester Dean
↳ Citation : "Je me fous de la morale, mais j'ai mon propre sens de l'intégrité."
↳ Multicomptes : Laura E. Ievseï
↳ Couleur RP : #ff9999



les petits papiers
↳ Copyright: AcidGirl - Hay-Gurl & Tumblr
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I've got thick skin - Jaisy   Jeu 18 Jan - 0:55


Le corps en miettes et l’âme en dérive, je me retrouve affalée dans le couloir devant l’appartement. L’épuisement, l’alcool, et la peur, me font dodeliner de la tête en attendant qu’il vienne ouvrir. J’ai conscience de la stupidité de mon idée. J’aurais tout aussi bien fait d’aller frapper que cabinet de Meadow, il aurait gueulé et m’aurait traité comme un sac à merde, mais il m’aurait soigné rapidement et j’aurais pu rentrer chez moi, cuver ma future gueule de bois dans le calme. Je grimace en toussotant, ma, ou mes côtes, fêlées se rappelant à mon bon vouloir à chaque inspiration. Joseph a demandé de l’espace, il en avait besoin, j’étais trop, ou peut-être pas assez, pour lui. Pourtant, comme un chien battu, je retourne auprès du Maitre qui m’assène des coups. J’appuie la tête contre le mur, prenant le temps de réfléchir à la totale incongruité de ma situation. J’ai fui une relation physiquement violente, refusé de laisser les gens rentrer dans ma vie s’il cherchait plus que mon amitié et pourtant… Lazlo a pris plus de place que ce qu’il était censé faire, Timothé aussi. J’ai réussi à finalement me débarrasser de ma colère et de mon amour idéalisé pour Alistair, pour aussitôt plonger dans les bras de Joseph. Je souffle par le nez et tente de calmer ma tête qui semble décider à se lancer dans une valse endiablée.

Joseph, il n’a jamais rien promis, n’a jamais rien donné. Pourtant, je suis tombé tête la première et me voilà, amochée, dans un état pitoyable, sur le pas de sa porte, quémandant le peu d’attention qu’il pourrait être prêt à me donner. Les aboiements et gémissement d’Orka me parviennent à travers la porte et je prends brusquement conscience qu’il ne pourrait pas être là. Je l’ai vu, plusieurs fois au LD, de loin, j’ai aperçu sa stature imposante qui veillait sur les filles, il m’a accordé quelques regards, quelques mots, avant de retourner à son travail, à sa vie. J’ai bêtement cru qu’il serait chez lui ce soir, mais il pourrait être partout. Dans un autre bar, chez un ami, chez une fille. Partout, sauf là où j’ai besoin de lui. Je pose les mains par terre et m’apprête à forcer une tentative de redressement quand la porte s’entrouvre, la lumière éclaire le couloir et je fronce les sourcils, éblouie. Le voilà, mon héros de pacotille, Joseph, Saint-Sauveur des Demoiselles en Détresse. Sa silhouette se découpe nettement dans la lumière et il s’approche de moi rapidement. Un sourire désabusé étire mes lèvres devant son expression soucieuse. Je serre les dents quand il me soulève, retient le gémissement de douleur qui souhaite m’échapper. J’inspire profondément pour calmer la nausée provoquée par la position debout, gorge mes narines de son odeur. Si elle n’apaise pas la douleur, elle me détend l’espace d’un instant. Juste assez longtemps pour que les larmes s’échappent. Elle roule sur mes joues, silencieusement tandis qu’il me soutient jusque dans l’appartement. La porte se ferme derrière nous et la lumière de son appartement éclaire crument mon visage et mon corps meurtri. Je le sais parce qu’à travers le flou de mes larmes, je vois son expression passé de vaguement soucieuse à carrément énervée. Je laisse échapper un rire avant de me raviser doucement. « Ouais, comme tu dis… En armure. » Je baisse les yeux, refuse de croiser son regard plein de colère.

Il me touche comme si j’étais faite de cristal, mais malgré sa douceur, pourtant si rare, ses gestes son douloureux. Je le laisse me soulever malgré la douleur qui me coupe le souffle et il m’installe sur le canapé. Sa voix bourrue me rassure, mais elle s’évanouit bien vite quand il s’éloigne vers la salle de bain. Je déglutis, incapable de bouger, blottit sur son canapé, je n’ai même pas la force d’observer cet appartement dans lequel je n’ai pourtant fait que passer. Je le regarde s’éloigner et disparaître dans une pièce qui doit être une salle de bain. Il farfouille et je me détends. Inconsciemment, j’étais restée aux abois, prête à hurler au moindre signal. Maintenant, je suis en sécurité. Il ne peut rien m’arriver. Un contact froid et humide contre ma paume me fait baisser la tête. Incapable de vraiment me tordre le cou, j’aperçois néanmoins, le dessus de la tête d’Orka. Sa grosse truffe est collée dans ma paume et elle lèche doucement la plaie qui orne cette dernière. Les larmes affleurent à nouveaux et je bouge doucement mon pouce contre les poils doux de sa babine. « Bonne fille… » Elle recule et va s’installer calmement plus loin, à l’instant o[/color] Joseph sort de la salle de bain, charger du nécessaire pour me soigner. Du pied, il pousse une bouteille de bière que je n’avais même pas vu et après un soupir, s’assoit sur le bord de l’assise du canapé.

Son visage inquiet me réchauffe un peu le cœur et je tends doucement la main pour le poser sur son genou. « Ça va le faire, t’inquiète. J’me suis déjà pris des roustes dans ma vie… » Je déglutis, le goût du sang dans ma bouche m’écœurant. « C’est rien d’insurmontable, t’en fais pas… » Je secoue la tête doucement. « Boarf, tu sais… La même que d’habitude. » Je n’ai pas envie d’évoquer les réponses qui ont poussé ce mec à me tabasser. Joseph n’a jamais apprécié l’idée que je retourne dans les rangs de la résistance, l’idée que l’un d’entre eux soit à l’origine de mon état le rendrait probablement fou de rage. Ses yeux plissés scannent mon visage et j’inspire sèchement entre mes dents quand le gant entre en contact avec mes plaies. « Too late, Townsend… Faut prévenir avant de toucher. » Je glisse dans le canapé, épuisé par ma position semi-assise, je me retrouve recroquevillé sur moi-même et son visage me surplombe. L’image pourrait être belle, romantique presque, si je n’étais pas dans cet état et s’il y avait encore quoique ce soit entre lui et moi. Mon expression se fait surprise quand il me dit d’arrêter de pleurer et j’effleure le dessous de mes yeux de ma main valide. Je pensais m’être arrêté et pourtant, les larmes roulent toujours sur mes joues. Je tente de me mordre la lèvre inférieure par réflexe, mais, m’arrête bien vite quand la douleur me rappelle l’état dans lequel elle se trouve. « Désolée, c’est l’adrénaline qui s’barre… » Ce n’est qu’à moitié vrai, mais au moins, ça reste une explication crédible. Il attrape mes cheveux et la chaleur de sa main contre ma nuque est un délice, je laisse le bas de ma tête reposer son sa main, l’utilisant pour m’aider à ne pas dodeliner. Un rictus amer étire mes lèvres quand il marmonne. « Ouaip… » Je sens la colère qui bout sous son calme apparent et je suis surprise qu’il ne soit pas déjà en train de faire les cent pas en grognant. Il sert les poings et j’observe, d’un œil émerveillé, le moment où il décide de rester près de moi, celui o[/color] il choisit de s’occuper de mes blessures plutôt que d’aller en infliger quelques-unes à mon agresseur. « Ouais, grosse journée au taf, tu vois le topo quoi. » Je hausse vaguement mon épaule en état et pousse un sifflement de surprise quand le coton imbibé d’alcool rencontre ma peau ravagée. Je n’évoquerai pas les autres raisons, plus pitoyable les unes que les autres. Je ne dis rien de plus, me contente de le regarder s’éloigner, comme toujours. J’ai l’impression d’avoir passé ma vie, depuis que je le connais, à le regarder aller et venir, s’éloigner et revenir vers moi, sans que jamais il ne s’arrête de bouger plus que quelques secondes.

Il fouine dans la cuisine et j’essuie doucement mes joues, jugulant les larmes par quelques profondes inspirations qui me tirent des grimaces. Il revient et plaque sur mon œil gonflé un torchon plein de glaçons. « Tss, comme si quand j’t’avais soigné, c’était l’hosto. » Comme il est silencieux, je ressens le besoin de parler. « J’ai pas dû foutre les pieds à l’hôpital depuis bien dix piges. » Je le suis des yeux, parle un peu plus fort tandis qu’il disparaît dans ce qui doit être sa chambre. « Pas besoin, entre Neria et le reste des sorciers que j’connaissais, j’ai quasiment jamais eu b’soin d’y aller. J’vais survivre, t’inquiète. » Je laisse échapper un petit rire, qui se transforme en une toux douloureuse, quand mes côtes se rappellent à moi. Il revient, quelques vêtements dans les mains. Je grimace avant qu’il ne parle. Ouh, ça va faire mal. Sa main, brûlante contre ma peau glacée, glisse dans mon dos. Ce geste qu’il a fait tant de fois, prend une dimension étrangement plus intime. Il y a tant de douceur dans ses gestes que je dois à nouveau retenir les larmes qui perlent au coin de mes paupières. Il me déshabille et je retiens de mon mieux les gémissements de douleur que m’imposent mes mouvements. Il m’inspecte, et je note du coin de l’œil, ses yeux et ses mains qui cherchent des marques d’agression sexuelle. Il me regarde sans pudeur, mais sans désir. Il observe attentivement l’intérieur de mes cuisses, mes hanches, pourtant, l’absence de bleus et de plaies à ses endroits ne semblent pas l’apaiser. À moitié nue, sur son canapé, je prends conscience de sa rage. Pourtant, elle ne m’effraie pas, je n’ai pas la force d’être en colère ce soir, Joseph s’en charge pour moi et ça a quelque chose de rassurant. Il insiste, sa voix rude dans mes oreilles. « J’te l’ai dit, rien de plus que ce qu’il se passe d’habitude quand on se fait tabasser… » Je soupire et le laisse observer mon ventre, les bleus qui s’y trouvent, ils les effleurent du bout des doigts, la rage bouillonnante en lui. « Vraiment. » Je lui attrape le menton doucement, le force à me regarder. « J’te jure, je me suis juste fait tabasser. C’est l’un des risques quand on a ma vie. J’suis une femme, j’fais partie du gouvernement, j’ai fait partie de la résistance, j’suis une sorcière. » Je fronce les sourcils et grimace. « Je cumule un peu les raisons pour se faire frapper, non ? Si en plus t’ajoutes à ça, que j’suis complètement incapable de fermer ma gueule quand il le faut… » Ma phrase se coupe dans un glapissement de douleur et je recule prestement, m’éloignant de Joseph en haletant de douleur, quand il essaie de me faire lever le bras. Sa voix se fait douce et il effleure mon épaule démise avant d’y apposer le sachet de glace. Le froid me fait geindre et un frisson traverse mon échine. Je lui obéis et tiens mon bras en écharpe bien sagement, et le laisse m’aider à me redresser. « Ouais, une fois, t’inquiètes. »

Je le suis, m’appuyant contre lui, me réchauffant contre son corps brûlant. Je laisse échapper un rire. « Townsend, c’est la pire excuse que j’ai jamais entendu pour mettre une fille dans ton lit. » De ma main valide, je lui assène un petit coup sur la main. J’ignore pour l’instant ses dires, je sais qu’il n’a pas eu une enfance facile, je l’ai compris de ce qu’il m’en a raconté à demi-mot. Je sais aussi qu’il a participé au combat du Bones avec Steve. Je me contente de hocher la tête et de le suivre calmement dans la pièce. La chambre est presque vide, elle hurle à pleins poumons qu'elle appartient à un célibataire endurci. Si cette image pourrait être un avertissement pour moi : Pas prêt à s’engager, solitaire, elle ne fait que me rassurer. Il ne me repousse pas parce qu’il y a quelqu’un d’autre, il le fait simplement parce qu’il ne sait rien faire d’autre.

Je m’allonge sur le lit, tourne la tête sur le côté et enfouis mon nez dans son oreiller. J’inspire un grand coup, retrouvant l’odeur rassurante de l’homme qui est présentement en train de me déplacer jusqu’à ce que je repose dans une position plus pratique. Il me demande de parler alors j’obéis. L’alcool, la fatigue et la douleur délient ma langue. « Au boulot, c’est l’angoisse, avec la pénurie de bouffe, c’est devenu du grand n’importe quoi, en plus, Dave est encore plus insupportable qu’avant, je sais plus quoi faire pour lui faire comprendre que j’veux pas sortir avec lui. » Je refuse de tourner la tête, je me concentre sur tout ce qui n’est pas la douleur dans mon bras. « J’ai vu Lazlo, y a deux jours, c’était sympa. Oh, et j’ai croiser une des filles du LD, là-bas ! » Je souris. « T’inquiètes, elle y était pas pour se le faire. » Je n’épilogue pas sur le sujet, je me tais quelques secondes avant d’ouvrir à nouveau la bouche. « Tu sais, tu m’as manqué. » Ma voix n’est qu’un souffle dans l’obscurité et nos respirations pourrait presque la couvrir. Je sers les dents et le claquement sourd, de l’articulation retrouvant son emplacement d’origine résonne dans le silence. Je pousse un cri de douleur avant d’inspirer de grandes goulées d’air, essayant de repousser la nausée et l’évanouissement qui menace de m’engloutir. « PUTAIN ! SON PÈRE ! » Je grogne, j’avais oublié à quel point c’était douloureux. Pourtant, rapidement, la douleur reflue, elle revient à un niveau supportable et j’ouvre à nouveau les yeux.

Joseph est là, face à moi. Son visage durcit par la colère, ses yeux plein d’une tempête sombre. Il se penche au-dessus de moi, vérifie si son travail à bien été effectué. Je tends mon bras valide et glisse une main derrière sa nuque, d’un mouvement vif, j’attire son visage près du mien, profitant de l’effet de surprise. Je ne réfléchis pas, j’en ai assez de trop penser. Je pose violemment mes lèvres contre les siennes, ignorant la douleur. Je l’embrasse fortement. J’inspire son odeur, apprécie la chaleur de son souffle sur ma joue et celle de sa bouche contre la mienne. Je recule, et essuie du pouce la trace de sang sur ses lèvres. J’esquive son regard, consciente d’avoir, probablement, dépassé les bornes. Je me redresse en grognant et me lève rapidement, maintenant mon bras contre mon ventre. Je fuis, comme toujours, quand il s’agit de nous. Nous sommes incapables de faire un pas en avant sans en faire trois en arrière. Je passe à côté de lui, comme une ombre et vais m’enfermer dans la salle de bain. J’ai besoin d’une minute seule. En sortant, je pourrais faire comme si rien ne s’était passé. Je m’attends à croiser mon visage dans un miroir, mais n’en trouve aucun. Je fronce les sourcils et me rince rapidement la bouche au robinet, réussissant enfin à me débarrasser du coup ferreux du sang. Je trouve une serviette sur le porte-manteau de la salle de bain et sort, lentement.

Il m’attend dans le salon et je lui jette un regard en coin. « Pourquoi t’as pas de miroir ? » La question est sortie toute seule sur un ton légèrement offusqué. J’aurais aimé voir à quoi je ressemblais. « T’es pas obligé de répondre si ça te saoule, mais j’me posais juste la question. » Je lui tends la serviette. « Tu m’aides ? » A deux, nous réussissons à faire une sorte d’écharpe de la serviette et mon bras est maintenu en place, bien sagement, là où il ne pourra pas me faire mal. Ses doigts contre ma nuque me tirent un frisson et je m’appuie un peu plus que prévu contre lui, toujours frigorifiée. Je m’éloigne un peu de lui et fini par aller m’asseoir dans le canapé, lentement, avec précaution, j’organise les coussins autour de moi, me créer un petit cocon qui maintient mon corps en place. Je tapote le tissu près de moi et laisse échapper un rire quand ce n’est pas Joseph mais, Orka qui s’approche. « Tout va bien, ma grande. » Je lui grattouille la tête en regardant son maître. « Hein, tout va bien ? » J’aimerais qu’il dise oui, qu’il me dise que je vais bien, que je vais m’en remettre, que nous allons bien et que nous aussi nous allons nous en remettre. Je ramène mes pieds sous moi et l’invite à venir s’asseoir près de moi. « Tain, j’suis gelée. Avec la quantité d’alcool que j’ai picolé, j’devrais avoir bien chaud pourtant. » Son poids créé un déséquilibre dans le canapé et je glisse jusqu’à lui. Je décide de faire comme si je ne m’en étais pas rendu compte et je laisse mon corps endolori reposé contre le sien. Il est chaud et familier, rassurant. J’attrape mon sac, posé sur l’accoudoir et attrape une cigarette dans mon paquet avant de l’allumer maladroitement. J’hésite quand je m’apprête à parler. J’ai envie de lui parler sérieusement, de remettre les choses à plat entre nous. Mais, je n’en ai pas la force, alors comme d’habitude, je choisis la voie de la facilité. « Alors, Townsend, avoue, j’te manquais tellement que t’as payé quelqu’un pour que j’me retrouve sur ton canapé, hein ? » Je lui souris de toutes mes dents et lui inflige un petit coup de coude. « Tu matais quoi ? » J’indique d’un hochement de tête la télé avant d’inspirer une grande bouffée de nicotine. Je mordille l’ongle de mon pouce et baisse la tête sur mon corps recouvert par ses vêtements. « J’peux rester... ? » Ma question pourrait paraître stupide, mais je ne suis jamais resté plus de quelques minutes dans cet appartement. J’ai peur que Joseph ne souhaite pas que je m’y attarde, pourtant, je n’ai pas la force de rentrer chez moi et d’y rester seule, loin de sa présence rassurante. S’il te plait… Dis moi oui, ne me rejette pas, pas encore…

_________________

'Cause maybe you're lovable and maybe you're my snowflake. And your eyes turn from green to gray and in the winter, I'll hold you in a cold place.


Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t3466-maisy-annabel-we

SYMPATHY FOR THE DEVIL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1609
↳ Points : 371
↳ Arrivé depuis le : 23/01/2017
↳ Age : 25
↳ Avatar : Tom Hardy
↳ Age du Personnage : 33 ans.
↳ Métier : Souteneur pour la Niflheim, au Little Darlings.
↳ Opinion Politique : Contre le gouvernement, vit de la transgression des règles.
↳ Niveau de Compétences : Niveau général, 2 - Sarcasme, 8
↳ Playlist : MARILYN MANSON - Coma Black, A Place In The Dirt, The Fight Song *
RAMMSTEIN- Feuer Frei *
KORN - Freak On A Leash, Right Now, Punishment Time, Somebody Someone *
LA CANAILLE, La Colère *
IMAGINE DRAGONS, Shot *
SKILLET, Monster *
↳ Citation : « I am not loved. I am not a beautiful soul. I am not a good-natured, giving person. I am not anybody's savior. »
↳ Multicomptes : Aucun.
↳ Couleur RP : #996633



les petits papiers
↳ Copyright: Avatar : vinyles idylles / Code Signa : XynPapple
↳ Disponible pour un topic?: Oui =D
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I've got thick skin - Jaisy   Jeu 25 Jan - 23:54




I've got thick skin

Maisy & Joseph

Lost in the fog, these hollow hills, Blood running hot, night chills, Without your love I'll be so long and lost, Are you missing me?

La parole déliée, Maisy ne se fait pas prier pour s'exprimer. Elle me parle de l'atmosphère qui règle au travail, de ce Lazlo, du fait qu'elle a vu chez lui une prostituée. Comme si, où qu'elle aille, il fallait qu'elle retrouve les fantômes de ma présence. Parfois, je ressentais la même chose. Un événement anodin qui me rappelait douloureusement à son souvenir, comme si mon esprit cherchait à me piquer à vif. Pour que je ne l'oublie pas. Les doigts pressés sur sa chair, contre sa peau rendue brûlante par l'inflammation et la douleur, je la manipule tranquillement. Comme un vieux réflexe, comme on remonte sur la selle d'un vélo, sans même y penser. Hochant la tête à ses quelques anecdotes, j'esquisse un sourire distrait. Mine de rien, elle me met à jour dans son quotidien. Les doigts bientôt sur son épaule, le claquement n'est plus très loin ; tu m'as manqué. Comme une réponse, un acte manqué dans ce brouhaha d'émotions, j'exerce une ultime pression et le claquement résonne dans l'air. Le cri qu'elle expulse roule sur mes os comme un courant d'air glacé et c'est tout mon corps qui se tend. Ce n'est pas la première fois ni la dernière que Maisy souffre en ma présence, quelle que soit la douleur qui l'accable, et chaque fois est moins supportable que la précédente. Observant son visage tordu par une brève détresse, je passe les doigts sur son épaule, vérifie qu'il n'y a plus d'angle douteux sous sa peau. Comme prévu, le soulagement ne tarde cependant pas à arriver. Silencieusement, les émotions continuent d'affluer, de se bousculer d'un acharnement calme, presque agréable. Habitué à la colère, la rage, à un affrontement bouillant dans mes tripes, il y a dans les sentiments qui m'assaillent quelque chose de reposant. De réconfortant, si seulement j'acceptais de m'y abandonner.

Les perles bleues m'invitent à y faire un  plongeon et je les contemple, muet. M'y perds, ne sens pas venir la douce agression qui suit ; un baiser volé, pas si volé que ça. S'il est pénible de devoir l'admettre, la sensation de ses lèvres sur les miennes est une petite délivrance. Un poids en moins sur mon estomac, une brise légère dans la brume de mes songes. Toi aussi, tu m'as manqué. Le baiser, brut, ne dure pas suffisamment longtemps. Elle se redresse et m'échappe, prends tout de même le soin d'essuyer quelque chose sur mes lèvres avant de s'enfuir. Alors que je cherchais ses yeux, son expression, un mot ; un pas en avant, deux en arrière. Lorsqu'elle fuit j'essaie d'avancer, et inversement. M'abandonnant sur le lit, c'est un spleen incontrôlable qui m'étreint. Vautré sur le dos, la paume des mains appuyée sur les yeux, j'attends que le bruit de l'eau qui coule dans la salle de bain ne s'éteigne pour me relever brusquement. Inutile qu'elle sache que je suis resté là, à méditer sur notre relation pendant un instant, si bref fut-il.
Déjà dans le salon, je tourne en rond comme une bête en cage. Je nous serre à chacun un verre d'eau, fouille mes placards à la recherche de n'importe qui pour grignoter – brusquement, j'ai faim. J'ai envie de manger, plutôt. Peut-être que j'anticipe la discussion. M'adossant contre le comptoir de la cuisine, je l'observe ressortir de la salle de bain. Son joli visage a retrouvé quelques couleurs ; je m'apprête à sourire mais, brusqué par sa question, une moue me tord aussitôt le visage. En guise de réponse, je hausse les épaules. C'est normal qu'elle se pose la question, et plus encore qu'elle soit gênée de ne pas se voir. Posé contre un mur, il y a bien le miroir de la salle de bain, autrefois recouvert d'un drap puis ôté du mur dans un – énième – élan d'irritation. Je pourrais le lui dire mais n'en fais rien, n'ayant pas envie de me risquer à m'apercevoir là-dedans. La soirée promet d'être suffisamment longue.

M'exécutant silencieusement, je l'aide à mettre son bras en écharpe. Vraisemblablement, elle a changé de vêtements dans la salle de bain et porte désormais ceux que je lui ai prêtés. Lui souriant bêtement, je la regarde s'éloigner et rejoindre le canapé, puis Orka prend la place qui m'était, certainement, destinée. Tout va bien, ma grande. Hein, tout va bien? Encore ces demandes, cette nécessité d'être rassurée. Quand ce n'est pas moi, c'est elle qui en a besoin.

Maladroit, je hausse les épaules : « Bah, ouais. » Comme un réflexe, je suis prêt à la rassurer lorsqu'elle ne demande rien et ne parviens pas à répondre à ses attentes lorsqu'elle en a vraiment besoin. Comme un message subliminal perpétuel ; je ne serai jamais ce que tu attends, jamais vraiment. Ne m'attends pas pour être heureuse, Maisy. Me laissant tomber dans le canapé avec nonchalance, je fais basculer son corps vers le mien. La chaleur exhalant de sa peau s'entremêle à la mienne et elles dansent avec agilité, comme deux amants heureux de se retrouver après une trop longue absence. Si l'esprit tarde à s'éveiller, à assumer la vérité, le corps ne fait pas tant de manières et s'exprime à sa façon. Une cigarette s'embrase entre es doigts et je m'appuie du côté opposé au corps qui repose contre le mien, ne sachant pas vraiment comment me placer. Un bras autour de ses épaules ? Je n'en fais rien et attends, souris vaguement à sa réplique. Un peu froissé par mes propres tourments cependant, je ne réponds rien – tu n'as pas d'humour, Joseph. Ce fond de vérité me dérange atrocement et j'aurais l'impression d'y acquiescer, de lui donner ce qu'elle cherche en répondant quoique ce soit à cette fausse boutade. Au fond, elle va à la pêche aux informations. « Alien. Le trois. » Soufflé-je brusquement, soulagé d'enfin pouvoir répondre spontanément à l'une de ses interrogations. Sans me poser de question, sans chercher mes mots, sans réfléchir à une tournure avantageuse. De la même manière, je réponds à sa question suivante :« Oui. » Évidemment. Je m'irrite maintenant de ce sous-entendu – comme si j'allais la jeter dehors. Agacé, je me redresse et me dirige jusqu'à la cuisine. « Faudrait qu't'apprennes à lire entre les lignes, Maisy. » Lancé-je sèchement. Il fallait que ça sorte, que quelque chose sorte. La forme est peu affable, mais le fond, si tant est qu'elle accepte d'ouvrir les yeux, est étonnamment engageant. Lui tournant le dos, je cherche des anti-douleurs plus forts que ceux qui trônent sur la table à manger.

Lire entre les lignes. Incapable de dresser la frise de notre histoire, de tout ce que j'ai fait envers elle et dont j'étais alors vierge, je ressasse avec empressement cette soirée. Comme si j'allais te mettre dehors. Désormais appuyé contre le comptoir de la cuisine, je l'observe de loin, une jambe s'agitant frénétiquement. « Je sais qu'j'ai un caractère de merde et que j'te donne pas c'que tu veux, mais ne m'insulte pas. » Les lèvres brûlantes de vouloir tout ressasser, tout lister point par point, pour lui montrer à quel point elle est spéciale malgré tout, je les scelle douloureusement. Inutile de passer pour un sentimental. « Bref. Le sujet est clos. » Soufflé-je, peu désireux d'en parler encore des heures, de m'étendre là-dessus et d'écouter ses explications. D'ailleurs, il n'y en a pas.
Rejoignant la table, je m'empare de son verre et le lui tends, un léger sourire aux lèvres. Tu vois, je ne fais pas la gueule. Rien n'est gâché, rien n'est foutu pour ce soir, ne t'imagine pas qu'une nouvelle dispute se profile à l'horizon. Les mois s'écoulent et, parfois, j'ai un peu d'emprise sur le monstre qui sévit dans mes entrailles. Parfois, la cohabitation se fait, sans que je la subisse. « Bois beaucoup d'eau, essaie d'évacuer l'alcool, sinon pas d'médoc pour toi. » Passant la main dans ma barbe, je retourne à ses côtés et observe la chienne, qui fait sa vie dans un coin de l'appartement. Je ne sais pas pourquoi je me suis agacé. Peut-être parce que j'espérais, plus ou moins, qu'elle s'adapterait à ma façon de faire. Qu'elle accepterait que je ne sois pas bavard lorsqu'il le faudrait, que je sois gauche et sentimentalement handicapé. Parfois, il m'a semblé qu'elle avait pu le faire, pourtant. C'est trop lui demander et, surtout, c'est injuste.

Passant finalement le bras autour de son épaule, j'achève d'appuyer son corps contre le mien. Le palpitant, déjà, s'énerve dans ma poitrine. Son odeur enivrante vient calmer mes sens et son aura m'entoure, apaisante. Du coin de l’œil, un mouvement dans la pièce attire mon attention – la chienne revient et me saute dessus sans ménagement, visiblement heureuse d'avoir l'opportunité de dormir près de la chaleur de nos corps. Je souris : « Tu m'as manqué aussi. » Lancé-je avec spontanéité, avant de me corriger brusquement, prenant conscience de ce que je viens de dire : « Je veux dire, à elle. Tu lui as manqué, à elle. » Ma langue a fourché, j'ai envie d'ajouter, toujours aussi maladroit, mais je me retiens in extremis. Ce serait aggraver mon cas. Acceptant mon échec cuisant, et la vérité qui suinte de mes paroles, je marmonne finalement : « Enfin, à tous les deux, quoi. »

Pour couper court à cet événement malheureux, je remets le film – il doit rester un quart d'heure à peine. Ce ne sera pas suffisant pour effacer ce demi-aveu de son esprit, ni mon horrible tentative de me rattraper, mais ça aura le mérite de faire passer un peu de temps et de ne pas nous laisser nous appesantir là-dessus. Surtout pas. Distrait par le film, apaisé par sa présence, je me détends inexorablement. Lentement, nos silhouettes s'épousent et je repousse la chienne près de l'accoudoir. Ma main libre s'approche naturellement du corps de la brune, cherchant un nouveau contact et, alors que le film touche à sa fin, je passe les doigts sur sa cuisse. Le souvenir des marques abandonnées sur son épiderme se fraie un chemin dans mon esprit. Pensif, je baisse le son de la télévision pendant le générique et penche le visage vers Maisy. « Tu sais, les marques... La peau d'mes mains abîmées, tout ça, ça s'accompagne d'autres symptômes. » Le dernier mot est prononcé différemment, peu convaincu que je suis par son utilisation ; mais je ne sais pas non plus comment appeler ça. « Notamment, c'est le reflet dans le miroir qui est... » Ne prenant même pas la peine de chercher un mot adéquat, et encore moins une image, une métaphore lui permettant de comprendre, je me fends d'un nouveau haussement d'épaules et d'une moue. Cette moue qui veut dire que je me suis suffisamment exprimé sur le sujet. Ce reflet immonde, odieux, répugnant – ce serait lui donner trop d'importance que de m'étendre là-dessus. « Ça doit faire deux ans, j'crois... Dans ces eaux-là. » Contrant une éventuelle question, je mentionne spontanément la durée de cet état. Des mois et des mois que je n'ai pas pu m'admirer dans un miroir. Souriant, amusé, j'ajoute : « C'est pour ça qu'j'suis mal rasé, tu vois. » Au début, j'en prenais soin – surtout quand on commençait à se fréquenter, je ne sais pas pourquoi. Les premières semaines, je trouvais toujours quelqu'un pour prendre soin de la broussaille qui prend désormais ses aises sur mon visage. Comme un petit mensonge, peut-être.

M'appuyant légèrement contre elle, les doigts continue de passer sur sa cuisse. Alors, seulement, je réalise à quel point j'ai envie d'elle. À quel point, finalement, elle a pu me manquer. Une pression s'exerce sur sa chair et je penche le visage vers le sien, cherche ses lèvres. Elle n'est pas venue pour ça, elle souffre, alors je crois qu'il va falloir se refréner ; je l'embrasse, partage ma fièvre avec générosité. À nouveau, les émotions viennent me réchauffer le ventre, le visage, me brûlent les paupières. Alors je l'embrasse, simplement, d'une douceur empreinte de cette passion refoulée, étouffée. Ces choses qu'on enferme et qui ressortent avec fougue. Possessive, la main vient se refermer au creux de sa taille.
Les lèvres s'éloignent et les souffles reprennent. « J'aimerais que ce soit moins compliqué, tu sais. Mais j'sais pas si je suis prêt. Ni si j'en suis capable. » Nouvel aveu soufflé contre sa peau, comme un soupir douloureux.

Ce soir, sans explication, je suis pantelant. Étrangement fragile à son contact, prêt à céder tout et n'importe quoi dans cet élan soudain et inexplicable. Même prêt à céder à la vague d'émotions, de sentiments, qui cherche à me briser. Pour une nuit, peut-être que je peux le faire. Oublier les barrières, lui donner ce qu'elle veut, me laisser un peu de répit. Nous octroyer des vacances, et des retrouvailles dignes de ce nom.
(c) DΛNDELION

_________________
LOVE IS EVIL
SIN IS SINCERE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4257-joseph-townsend http://www.mercy-in-darkness.org/t4636-punishment-time En ligne

Contenu sponsorisé








MessageSujet: Re: I've got thick skin - Jaisy   

Revenir en haut Aller en bas
 

I've got thick skin - Jaisy

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Robin ✘ I've got a thick skin & an elastic heart
» [Achat]Skin de chat
» Conseils pour créer une skin avec pixia[tutorial]
» Skin Interface
» [skin]Magie sur ma skin de chat

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
MERCY IN DARKNESS .} :: The Third Chapter: New Orleans :: Northern New Orleans :: Storyville-