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 My Unintended

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Opinion Politique : Velléitaire et instable. Pro-Gouvernement lorsque cela l'arrange.
↳ Niveau de Compétences : Niveau Général 1
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↳ Citation : “I want excitement; and I don’t care what form it takes or what I pay for it, so long as it makes my heart beat.” — F. Scott Fitzgerald, The Adjuster
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MessageSujet: My Unintended   Mar 24 Oct - 15:17



my unintended
Kriss & Tyrell

« Unexpressed emotions will never die. They are buried alive and will come forth later in uglier ways. »
Elle a repéré la brèche et s'y engouffre derechef car la crainte qu'il ne referme la porte avant même qu'elle n'ait le temps de fouler le sol de son salon la hâte. Elise ne saisit pourtant pas pourquoi sa beauté ne frappe pas cet homme ni son indolence face à sa personne. Elle est pourtant grande et élancée, une taille marquée par des tissus qu'elle porte serrés et avec raffinement. Ses cheveux blonds sont toujours tirés à quatre épingles ; ils ondulent, légers jusqu'à sa nuque diaphane où elle y pique quelques épingles. Ses yeux gris semblent certes fatigués par l'éclat du soleil, mais leur ataraxie factice accentuant sa froideur lui confèrent une stature de reine. Affirme surtout qu'elle a faim. Ni une faim légère, ni une faim de damnée ; c'est une faim transitoire, une faim passagère qui se meurt sitôt le dernier orgasme soufflé. Son hôte impromptu ne répond cependant pas à cet appel de la chair, voilà qui est frustrant ! Elise se meut jusqu'au canapé avec la langueur évanouie de ces femmes des années 20, puis ronronne : « Tyrell, j'ai besoin de toi pour ce soir. » Le concerné plisse le nez de contrariété, et d'un regard en biais observe la belle toilette de l'invitée impromptue ; elle a revêtu une robe de soirée scintillante, dans les teintes argent. Tient entre ses doigts oblongs une pochette de cuir gris assortie à ses chaussures. Une indécence obscène envers la misère qui secoue les rues de la Nouvelle-Orléans et au-delà ; pour autant Tyrell ne s'en émeut guère. Le quidam se préoccupe surtout de la requête qu'Elise s'apprête à lui souffler avec la minauderie qu'elle s'impute. Ainsi prend-elle le mutisme de l'avocat pour acquis et argue de nouveau : « Un proche organise une fête privée ce soir, au Royal Sonesta Hotel pour son anniversaire. Il n'y aura que le gratin. » Sa voix s'enrobe d'un timbre vaniteux qu'elle sublime par sa beauté irréelle. Elise soupire alors mollement, comme usée de plaire à tant d'hommes ou de porter en héritage une vénusté qui faussement l'importune. « Imagine tous les tickets de rationnement qui ont été utilisés pour l'occasion. Bien. » Suite à un élan habile, la voilà debout sur le plancher. S'avance en badinant vers le ténébreux dont le silence présuppose une défiance. « Tu n'es pas très bavard, t'aurais-je incommodé ? » « J'attends tes doléances. » « Ah cette histoire de divorce... Non j'ai bien du me faire à l'idée d'essuyer ton refus. » Une lueur de frustration strie son doux visage mécontent ; elle a le faciès d'une petite fille boudeuse et jamais repue lorsqu'elle se remémore son dernier entretien avec son avocat : Tyrell se refusait à s'occuper de son dossier pour cause irrécusable que ce n'était pas sa spécialité, et enfin parce qu'il présupposait l'idée selon laquelle un monde apocalyptique n'avait cure des divorces. En d'autres termes : il se fichait bien des mésaventures des amants déchus puisque ces dernières ne lui rapportaient pas assez, ni même ne lui paraissaient trépidantes. « Sebastian ne sera bien sûr pas présent ce soir. Il doit être quelque part dans un lieu crasseux auprès de son amant, mais il n'est hélas pas suicidaire pour se montrer en public à ses côtés. Du moins pas pour le moment. » Elle détourne la tête d'un murmure contraint, des desseins lourdant ses prunelles qui préméditaient quelques vicissitudes visant à dévoiler l'homosexualité de son époux aux yeux de tous. « Je te demande seulement de m'y accompagner. Prends ceci comme une opportunité de faire une bonne action tout en permettant à une pauvre femme d'affliger ne serait-ce qu'un embarras certain envers son mari. » Un sourire enjoué ourle les lèvres de la quémandeuse comme ils échangent un bref regard consciemment dépourvu d'expression. Lui parce que l'idée ne lui plaît guère, elle parce qu'elle ne souhaite pas s'octroyer volontairement l'humiliation d'être à nouveau repoussée par un homme insensible à ses oeillades ardentes. « Je te paierai le prix qu'il faut. » finit-elle par déclamer, le visage rembruni par l'impatience. « Je ne suis pas une putain. » « Je veux simplement embarrasser Sebastian. C'est l'affaire d'une heure. » Ses yeux supplient quoique son corps se raidit de frustration. Elise devrait pourtant savoir que l'altruisme ne coule pas dans les veines d'un avocat, c'est contre-nature. « Je viens si tu me mets en contact avec des membres de la Menrva. » Elle approuve sans hésitation, il surenchère : « Et je veux des secrets. Pas des petits racontars de la plèbe des bas-fonds. Je veux des secrets de personnes influentes. » « Tu en demandes beaucoup. J'ai des oreilles partout certes, mais je ne suis pas Cassandre de Troie... » Le regard pénétrant et incisif de Tyrell l'interpelle ; l'épouse trompée comprend qu'il n'essuiera pas de refus. Elle obtempère, non sans remords. « C'est entendu, je ferai ce que je peux. » « Bien, je vais me changer. »

Et tandis que s'engouffre la silhouette masculine au sein de la chambrée, résonne la voix intriguée d'Elise demeurée dans le salon : « Tiens, ce n'est pas la chevalière de Henry ? »

~*~

« Miss O'May, Mr Aegirsson. Quel plaisir de vous compter parmi nous au sein de cette petite sauterie. » « Oh c'est tout naturel, et surtout une grande joie. » La main de l'Aphrodite glisse impunément sur le bras de son cavalier, lequel n'attire pourtant pas l'attention du vieil homme. Ses soixante-dix ans – et pour lesquels les invités sont venus festoyer – ne portent pas véritablement atteinte à son physique : Mr Andrews en fait bien dix de moins. Sa moustache grise, toujours impeccablement bien peignée, ne fait aucun défaut à ses costumes toujours propres et repassés. Sans doute est-ce son regard grivois, plein d'entrain à dévorer ainsi les formes de Elise, qui lui confèrent une jeunesse périssable et l'empêchent tout autant d'observer la main infidèle de la jeune femme. Pourtant cette dernière s'applique tendrement, enserre, caresse, échauffe. « Que diriez-vous de... Ah ! Mr Abbott, quel plaisir. » Le septuagénaire se tourne bien volontiers et avec un entrain fringant vers le couple les ayant rejoints : ce Mr Abbott s'arme d'une élégance des plus fines – quoiqu'un très léger excès de gomme fait luire ses cheveux sombres – mais il arbore surtout à son bras une silhouette familière à l'avocat. Son regard tanné à l'or des orfèvres se fait soudain plus froid, ses pupilles vocifèrent en silence une sourde indifférence alors qu'il dévisage à peine Kriss. Sans plus s'interroger sur la présence de cette dernière, Tyrell serre néanmoins les mains des convives avec l'impudence de la placidité. Mr Abbott jubile d'avoir à son bras tant de beauté, quoique lorgne avec insistance sur les courbes d'une Elise minaudant toujours aux bras de son avocat : « Je vous présente... » « Je pense que nous nous sommes déjà rencontrés. » Mr Abbott allait très certainement offrir en pâture un prénom qui n'était pas le sien ; elle était l'usurpatrice habile. Et tant mieux, alors, si ce soir Tyrell ne rencontrait pas la véritable Kriss. Il avait cru l'aborder un soir où il se plaisait en sa compagnie pour finalement la voir s'évanouir. L'homme se sent encore floué. « J'allais justement proposer à ce couple charmant de se joindre à ma table. Et vous, qu'en dites vous Mr Abbott ? » Le quidam opine du chef avec une joie non dissimulée. Stimulé par le faste ou la beauté des femmes, les deux peut-être. Tandis que Tyrell suit placidement l'escorte jusqu'à une table ronde pourvue d'une nappe blanche et repassée, se penchant à l'oreille de sa cavalière d'infortune : « Tu minaudes trop, sois plus subtile. » « Et comment veux-tu que je m'y prenne autrement, personne ne voit rien. » « Faudrait-il forniquer sur la table pour que tout le monde voit ? » Question rhétorique secouée d'ironie. Il reprend dans un murmure évasif : « Sois subtile, le reste viendra tout seul. Les commères finissent toujours par commérer. » Elise approuve mollement et, tandis qu'elle prend place auprès des autres invités, jette un regard intrigué à cette demoiselle étrangère aux bras de Abbott. Un soupir de soulagement passant la barrière de ses lèvres ; finalement, Tyrell ne semble pas seulement insensible à sa beauté, mais à celle de toutes les femmes, pense-t-elle alors qu'elle observe la froide et subite indifférence de son partenaire d'un soir.
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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Re: My Unintended   Mer 25 Oct - 14:47



 

Le théâtre, c'est le mensonge élevé à la perfection du cristal. Il ne renie pas sa nature : au contraire, il la revendique. Mais c'est pour cela qu'il est pure vérité. Plus il affiche ses artifices, ses masques, ses trompe-l'œil, plus il révèle l'immuable de l'homme.



« J’ai pour vous un présent. » Les yeux de Kriss s’irisent d’une curiosité toute animale, mais son souffle reste sage. Retenant les battements plats de son cœur déjà plein d’ennui, elle glisse un faux sourire triste, refusant du bout des cils, le présent de l’homme. « Allez ouvrez, ensuite vous ne serez plus à même de me dire non. »  Elle s’approche, faussement inquiète, minaude un semblant de gêne puis l’ouvre lentement, avec cette patience qu’ont les jeunes femmes que l’on achète de bijoux et petits billets doux. Le papier de soie sent le luxe et la débauche. Ses doigts blancs, fins et arachnéens, tachent sur le rouge, et pourtant dans l’iris masculine nulle suspicion. Kriss joue l’insaisissable depuis un moment maintenant, à rester aux rives de son monde sans y pénétrer, à l’appâter avec sa fausse indifférence, s’amusant des tentatives ratées de sa séduction presque brutale. Elle s’habille d’un masque qui ne pourrait que l’intriguer. Les rubans brulent son attention, les nœuds se défont sous ses doigts et alors que ne glisse la soie contre le papier, elle se découvre un trophée. Ses yeux s’écarquillent, et alors que l’homme satisfait ne peut s’empêcher de jubiler, d’un rire entendu qui devrait la faire frémir, elle caresse la robe. Dans un souffle, Kriss le remercie. Dans ces jeux de fausse innocence, ses grands yeux clairs, rivières dans lesquels caracolent des poissons joueurs, sont un masque qui chasse toute la noirceur de son âme sauvage. Il ne voit que le bleu vert de l’océan sans en percevoir les profondeurs dangereuses. « Tu la mettras Vendredi soir, je t’emmène voir du beau monde. »  Le tutoiement soudain, l’ordre qui claque sous la douceur cruelle d’une invitation amoureuse, la possession qui racle contre ses os étouffant son corps fin, crispe son échine soudain rétive, mais ses lèvres s’ouvrent sur un sourire. L’innocente ne saurait dire non. La convoitée se laisse glisser dans les méandres glacés de la cour des grands.

Alors qu’il s’éloigne, Kriss se glisse dans les ombres et rejoint sa véritable identité. Au coin d’une rue, la jeune femme rejoint un petit mendiant, qu’elle paie du reste de gâteau offert par le mauvais prince. Retirant sans ménagement la robe simple, elle s’habille de ses vêtements qu’il lui rend. « Dis, je peux la garder, pour ma mère ? » Dans les yeux de Kriss passe une douceur, sur ses lèvres un sourire, la vie est si triste ici-bas. La jeune femme lui laisse la robe banale gardant avec elle le cadeau princier. Sous sa capuche, un sourire déchire son visage, Mr Abbott la fera entrer dans les cercles des plus grands sans même sans rendre compte.

***

La délicatesse des anges, dans un soupçon d’innocente décadence. L’espionne s’est glissée dans son rôle de tout son petit cœur joueur, dénouant les fils même de son identité pour en revêtir une nouvelle. Assise dans la voiture silencieuse, le regard dans le vide, elle regarde par la fenêtre les couleurs qui flanchent, la nuit qui s’en vient les emporter dans une tourmente presque sage tant le voile ténébreux est léger et doucereux. De velours ce soir seront ses amours, elle se doit de séduire celui qui ne pourrait la conquérir. Elle se doit de découvrir de lui des secrets et des ombres qu’elle puisse susurrer à l’oreille de ses commanditaires. Un tremblement trouble son échine, un trac presque palpable que Mr Abbott prend pour de la timidité. Il cesse un instant de parler et l’arrêt de sa voix grave roulant sur les prétentions réveille son attention. Kriss réprime la nostalgie presque cruelle qui l’assaille et lui réponds d’un sourire naïf, mettant ses ombres aux verrous de son palpitant inconstant. Une  part d’elle a peur de ce qu’elle pourrait voir, de cette luxurieuse incandescence qui pourrait faire voltiger son cœur dans des émois bien plus erratiques. Et si la colère, la gêne, et si la concupiscence des grands mettaient ses nerfs à fleurs de peau ? Et si sa couverture comme sa robe se déchirait, pour laisser place à sa vraie nature ? Avant de venir, pour se préparer au meilleur comme au pire, elle a dévoré l’énergie de deux âmes solitaires. L’électricité de sa peau s’est endormie, la faim est lointaine, presque imperceptible. Elle a la douceur de ces femmes après l’amour, qui restent légères et somptueuses, libérées par l’orgasme de tous leurs tourments, leurs frustrations et leurs attentes.  

Ils sortent. L’hôtel est grand. Il lui semble immense. Ses mains glissent lentement le long de ses hanches. Le tissu de la robe est d’une douceur à nulle autre pareille et sur sa peau, sa peau fragile, passent des vagues de contentement. Les plis roulent et reviennent, nuances plus claires dans le rouge un peu sombre du présent princier. Il fait frais, dehors, la fraicheur lui rappelle la mort. Le calme incertain de l’hiver. L’automne qui roule et s’enroule autour des branches, des feuilles, les déshabille. La fraicheur endort ses derniers doutes.  Une paix profonde ourle ses lèvres de velours. Le rouge sombre brule sa bouche d’une décadence presque classique, elle semble ancienne, figée dans une réalité parallèle. Les boucles de sa chevelure sont légères, elles glissent autour de son visage et la caresse de leurs chaleurs amoureuses. Son derme fin, le nacre de sa peau porcelaine passe à la lumière et étincelle. Ses deux iris, incandescents, sont deux feux brulant d’un vert soudain plus sombres dans le contraste de ses lèvres maquillées. Ils dévorent la pâleur de son visage. Et les émotions qui la traversent, les vraies comme les fausses, sont des phares qui s’allument, clignotent, palpitent dans ses pupilles. L’incandescente brille d’enthousiasme, retenant à peine son excitation. Cette légèreté qui bruisse sur son visage alors qu’elle découvre l’hôtel somptueux est bien réelle. L’homme l’entraine à l’intérieur, entourant sa taille de son bras galant, l’enfermant dans le doux velours des manières élégantes. Il sera son guide pour la nuit. Dans son bras, elle se dépose, légère comme la rosée du matin. Insaisissable mais bien présente. Qu’il la sente et la désire comme si elle était déjà sienne.

On les présente, et sur ses lèvres passent des sourires. Kriss est radieuse. Puisqu’elle sourit on l’imagine heureuse. Puisqu’elle est silencieuse, ne parlant que de peu de mots pour ne pas se trahir, on l’imagine timide. Un peu jeune, elle joue de sa candeur naïve. La jeune femme voltige au bras de son prétendant. Et la lumière qui l’habite semble bien réelle, sa bonne humeur est palpable. Kriss se sent presque à l’abri alors même qu’elle marche parmi ceux qui empoisonneraient son vin, la condamneraient à la milice. Le jeu apaise son esprit belliqueux. Dans l’œil du cyclone, elle ressent la paix protectrice du masque qui la dissimule. Tant et si bien qu’elle ne prend pas garde aux lames de fond, et autres désordres de la vie et du hasard.

Un océan de froideurs glisse dans l’air et la touche, le gel s’éprend de ses lèvres qui se figent. Il est là. Son assurance cogne sa pupille, qui s’écarquille. Sa voix claque, rapide, maitrisée, et elle s’attend presque qu’il murmure son nom, son vrai nom. Qu’il la condamne à la mort sans même s’en octroyer le mérite. A trop garder dans le coin de son œil l’ombre de Tyrell, sa pupille n’a averti Kriss. A tant le regarder, Kriss oublia qu’il puisse le voir. Les souvenirs brulants de leur rencontre la rattrapent, il a le pouvoir de réduire à néant sa couverture.  Mais si l’homme du Nord est de glace, il l’évite davantage qu’il ne la menace. Et alors qu’il salue les hommes, elle susurre à l’adresse de celle qui semble être l’amoureuse du Viking.

Je m’appelle Aurore*. Je suis enchantée de vous rencontrer.

Et alors, nullement mensongère, Kriss lui voue une fascination presque palpable. La beauté de la femme est à nulle autre pareille, le regard de Kriss s’échoue sur ses formes et s’y invite presque, s’imaginant posséder le corps fin et délié de la belle de Tyrell. Ses cheveux brillent comme de l’or et son allure infiniment féminine, terriblement sensuelle attire les regards. Elle est pareille à ses femmes dont Tyrell parlait, les blondes beautés de son pays natal. Et pourtant, il y a comme une lassitude, un ennui. Elle s’affole, bouge et caracole, vraie femme du monde, la laissant dans les ombres tant elle caresse l’idée hautaine d’être au centre de toutes les attentions.  Sa chevelure, son souffle féminin, la façon qu’elle a de bouger ses mains, de s’accaparer de l’avocat sont tant de manières que Kriss ne possède pas, qu’elle ne possèdera sans doute jamais. Tyrell n’aurait pu choisir plus belle femme, plus accomplie à son bras. Et pourtant, elle ne semble parvenir à briser la placidité dans laquelle il s’enferme. Kriss tente d’éteindre tout sentiment insidieux de soulagement et pose sur son visage, une mine réjouie.

La tentation est grande de s’assoir près de lui, aussi, Kriss décide de laisser aux autres le bon soin de la placer comme il se faut. Eloignant par ailleurs toute décision qui pourrait élucider son trouble. Mr Abbott se fait galant et d’une cruauté étourdie et innocente avance la chaise pour qu’elle s’y assoit, directement à droite de Tyrell. L’éviter la ramène irrémédiablement à lui. Fut-il magnétique pour attirer sa peau électrique comme un amant ? La tentation est grande d’étendre le pied, de le frôler ne serait-ce que pour vérifier qu’il est bien là. Qu’il s’agit de la même personne qu’elle rencontra bien loin de tout ce luxe. Mais Kriss retient sa pulsion et se résout à passer sa mission auprès de lui. Le cœur palpitant comme s’il lui avait enfin redonné vie, après des semaines d’ennui. Elle garde au fond de son âme le trouble qui soumet ses émotions à d’étranges variations, douces et belliqueuses, l’envie qu’il la regarde, encore, comme il la regardait. Mais il ne semble guère enclin au jeu. Elle tente de le chasser de son attention, tant bien même il y règne en maitre.

Kriss est presque discrète. Elle répond quand on lui parle, sans attirer d’attention. Rie quand il s’agit de rire et suit les directives instinctives de la haute. Sans éviter complètement Tyrell, elle ne cherche son regard, évite de lui parler, ne l’observe que quand il parle à d’autres, sans pour autant être intrusive. Son amoureuse semble être presque possessive, elle ne voudrait susciter nulle jalousie. Elle lui empreinte même quelques manières pour parfaire le maquillage de sa présence. La voleuse d’énergie mange du bout des lèvres quelques petits fours, les ingrédients roulent sur sa langue incendiaire et ses pupilles s’habillent des cendres, mais ses lèvres ne trahissent aucun désamour. Elle écoute avec attentions les discussions. Mr Abbott glisse de banalités à d’autres, manie les traits d’esprit avec tact et finesse, s’occupe d’elle comme si elle était fragile. Kriss le laisse faire, glissant parfois son regard sur les tables lointaines, tentant d’apprendre et de comprendre. Mais alors qu’elle ignore le danger qui s’en vient, passe dans la conversation une menace. La voix de Mr Andrews porte l’attention sur elle, et plus encore sur Tyrell.

Comment vous êtes-vous donc rencontrés ?

Avant qu’il ne puisse y répondre, la voix de Kriss s’élance. Gardant dans le coin de son œil, celui qui pourrait défaire son histoire d’une injonction, elle se fait femme de bonne société et lui vole l’attention de la table.

Il y a quelques années, mon frère a eu la mésaventure de s’acoquiner d’une femme de mauvaise vie, elle ne lui attira que des ennuis. Dont certains, vous vous en doutez bien, l’entrainant dans des chemins bien trop tortueux et dangereux.  Illégaux.  

Parlerait-elle d’elle-même ? Peut-être. Les mensonges glissent de sa bouche avec douceur, celle qui fut muette ne semble guère perdre assurance ni devant les grands, ni même auprès de cet homme qui connait sa véritable identité.  Son visage se ferme dans la douloureuse métaphore d’une réminiscence.

Il a fait la honte de notre sang.

Kriss marque une courte pause. Et dans ses yeux semblent soudain passer des tristesses. Elle joue de théâtre en mêlant un semblant de vérité à ses sentiments. Puis dans un soupir, mêlant plus de chaleur à sa parole alors qu’elle glisse dans des notes moins graves, elle parle d’évidence.

Monsieur Aegirsson est un avocat renommé, nous avons fait appel à lui.

Pour la première fois alors vraiment, Kriss se tourne lentement vers celui dont elle évitait le regard. Tyrell est si proche. Elle peut presque sentir sa défiance. Ces étincelles glacées qui par milliers jaillissent de son corps contracté dans une fausse paix. Il est impérial dans son froid intersidéral.  Kriss aimerait pourtant chatouiller sa carapace d’acier, se glisser au secret de sa peau, le toucher comme autrefois, se saisir des pulsions électriques qui le parsèment, le comprendre enfin. Mais il ne lui suffirait peut-être que d’un soupir maladroit pour faire renaitre l’orage. Et lui, il lui suffirait probablement d’instiller le doute pour la mettre au fer. Sa liberté est sur ces lèvres qui se refusent à elle. Ses secrets sont dans les arrêtes de cette mâchoire qui ne semble guère amoureuse. Kriss n’aurait jamais dû lui donner tant de pouvoir sur sa personne. Elle lui a offert son âme en pitance et s’attend maintenant qu’il l’achève de son verbe court et triomphal. Dans ce regard qui se fait impénétrable, il y a le présage néfaste d’une issue qui semble inévitable. Le déchirement, quel qu’il soit. La froideur a toujours balayé les émotions de Kriss à néant et pourtant, ses yeux s’accrochent au gel. Il la fascine de tant de retenue. Le vert sauvage se mêle à ce noir sans défaut, les cils longs à ceux qui s’agacent.  Il est si beau. Kriss ne peut retenir un sourire sincère. Un sourire qui soit sien et sien vraiment. Puis enfin, allégeant le silence orageux, elle déploie une vérité.  Fausse bien entendu, elle n’a pas de frère. Véridique bien sûr, elle le remercie de ne pas l’avoir offerte à Henry.  

Je lui suis infiniment reconnaissante.
Il m’a rendu mon frère.

La deuxième phrase sonne comme une confidence. Brille dans le fond de sa pupille une douceur élogieuse.  Sous le velours de son mascara racé, le regard glisse vers la main de Tyrell. Nulle chevalière. L’a-t-il seulement gardé ?  La main de Mr Abbott se pose sur la sienne.  Il la rappelle à lui. L’instant peut-être, fut trop long. Il parle l’homme, glissant sur des sujets plus protocolaires, sur les affaires. Elle ne l’entend guère et  si Kriss ne regarde plus Tyrell, son attention lui est toute dévolue. Essayant de garder une convenance, elle reste silencieuse. Sa main prise au piège des doigts masculins fourmille d’une rébellion sourde.  Mr Abbott s’approche de son oreille, glisse une confidence en aparté, un rire éclate de ses lèvres. Elle le laisse s’approcher de sa peau et déposer un baiser au creux de sa joue. La marque la brule, c’est la première fois qu’il est si intrusif. Ses paupières battent comme sous le joug d’un sentiment. Puis alors, qu’il se détend de nouveau, elle prétexte le besoin de se rafraichir à son oreille et se lève, allégeant quelques minutes la pression qui l’enserre. Quand elle reviendra son masque sera de nouveau parfait et sans accroc. Et son cœur, peut-être cessera de battre la chamade.




*Un anglais ne saurait prononcer ce nom. C’est Dawn en anglais, mais le nom va avec la traduction. La citation est de Francis Berthelot. <3

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MessageSujet: Re: My Unintended   Ven 27 Oct - 14:24



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Kriss & Tyrell

« Unexpressed emotions will never die. They are buried alive and will come forth later in uglier ways. »
Eut-il fallu que les Nornes* poussent le vice à lier leurs destinées intrinsèquement à leurs volontés de se faire et se défaire, pour que les protagonistes incendiaires ne se retrouvent ce soir. Tyrell exprime néanmoins la volonté cruelle de n'en avoir cure ; il l'évite, l'ignore, s'indiffère. En dépit des apparats qu'elle porte et qui subliment sa vénusté, l'homme se montre impassible quoique l'exercice est ardu. C'est qu'il aurait aimé glissé sur elle une oeillade, fut-elle emplie de mépris comme de courroux, peu importe après tout s'il peut, à nouveau, la dévisager comme tailler son visage au burin de ses pupilles. Mais son ire est trop pure, son dégrisement trop avancé ; l'ivresse des premiers instants, déjà, s'en est allée. Il a la glace de son pays hivernal pour plastron et ne s'en déchargera pas de la soirée, à moins d'un miracle qui put être exaucé par la finesse de l'intrigante jeune femme. Et l'avocat de ne pas même s'émouvoir du cavalier de Kriss, une indolence dépositaire de son absence de possessivité. Là  où sa jalousie exclusive ne s'enflamme pas, c'est qu'il n'y a guère d'attachement. « Aw... Ha-o... » La voix songeuse d'Elise, assise à sa gauche, se heurte à son oreille désintéressée. Pour autant ces murmures songeurs ont la douceur ingénue des enfants en cours d'apprentissage. Elise se répète de manière discontinue le prénom factice avancé par Kriss, elle le lisse sous sa langue anglophone, l'étire, la déconstruit, tente désespérément de se l'approprier. Puis, lorsque enfin elle croit avoir entrepris son œuvre, se glisse vers la concernée. Sa tête blonde tout contre le torse de celui qu'elle use pour intriguer les commères, se lève vers la brunette et lui dévoile un sourire radieux. « Aw-owe... C'est tellement français ! » Cela l'amuse et l'illumine. Sans doute imagine-t-elle la beauté proverbiale d'un Paris aujourd'hui fantôme. Si Elise n'était pas si...Elise, sans doute que Tyrell aurait pu éprouver pour cette dernière quelques sentiments émus ou autres émotions plus nobles. Le quidam se ravise soudain, braque sa pupille pénétrante vers la concernée en une sommation mutique que la jolie blonde comprend derechef : elle se redresse, penaude, avant de caresser la joue du faux amant en une mélodie de sons cristallins semblables à des rires. Il ne peut, pourtant, se résigner à la désavouer, tant sa lumière perce la cuirasse de ses ténèbres. « Tu es un soleil. » « Je sais. » Elle glousse et minaude, mais toujours avec l'insolence de la beauté. Les palabres que Tyrell a jolies s'écoulent cependant sous un regard qu'il a aussi furtif qu'incisif. Paradoxe au bout des lèvres. C'est une autre qui, en dépit de son flegme glaçant, occupe ses pensées. Il s'injecte tout son mépris au coin de son crâne, s'efforce à l'ignorer superbement. Moins par provocation que par envie viscérale d'imposer la distance.

Probablement gêné par les esquisses d'une infidélité qui se trame, Mr Andrews se racle poliment la gorge puis contourne les propos égotiques d'un Mr Abbot fort volubile. Ses fines mains caressent sa moustache, et c'est songeur qu'il s'adresse à Tyrell et 'Aurore' dans une volonté maladroite de les mettre à leur aise. Une déclamation polie de les inviter à prendre place dans le cercle très fermé des guindés de ce monde, quoique l'avocat – il le pressent – ne semble guère inaccoutumé malgré son manque flagrant d'enthousiasme. Le vieil homme s'interroge ; comment se sont-il rencontrés ? Y a-t-il quelques anecdotes dont ils aimeraient s'amuser, se nourrir ? L'intérêt est postiche, la résolution de les cuisiner est grande. L'islandais se rembrunit, irrité d'être ainsi au centre de l'attention avec celle qu'il vilipende de sa froide indifférence, se refusant à poser un seul regard vers la concernée. Il a le port altier et la pupille qui se fixe au loin, l'attention pourtant présente mais la considération visiblement fictive. Pourtant plus elle parle, et plus la nuque masculine se tord, plus la tête brune de l'indélicat se tourne sciemment vers elle. Ce n'est pas un geste net, pas une volonté criarde de l'observer toute entière. Mais par ses mots elle gagne le pari de capturer enfin ses iris, quoique ténébreuses. Elle brode un récit de fiction, mais distille ici et là d'autres faits qui purent leur être imputés. Quand enfin la pupille de l'homme accroche celle de la femme, jamais douce ni complaisante, glacée et glaçante quoique – enfin ! – un tant soit peu engageante. Il a décelé la sincérité étonnante de sa considération, faisant derechef froncer son front sous le poids de l'incompréhension comme de la surprise. Chercherait-elle à nouveau à se jouer de lui ? Tyrell lève sa défiance en égide et ne saurait l'abaisser de si tôt.

Mr Abbot est emphatique. A nouveau. S'appropriant encore la conversation il se congratule fortement d'avoir ainsi augmenté ses chiffres d'affaires et se rapporte sans cesse à l'islandais qu'il semble considérer étonnamment comme un rival. L'homme l'apostrophe, l'interroge, ponctue ses réflexions par des « N'est-ce pas, Mr Aegirsson ? » Puis enfin dépose sur la joue de sa cavalière un baiser qu'il désire provocateur ; le regard qu'il octroie à cet instant à Tyrell ne peut que se gargariser d'une petite victoire. Néanmoins ce dernier n'y répond guère, irrité par les beaux discours, les rires factices et le brouhaha ambiant, il ne cesse de jeter des coups d'oeil à sa montre en se remémorant la promesse de Elise : « Ce n'est que l'affaire d'une heure. » Son impatience est telle que le ténébreux songe à proposer à son accompagnatrice de la suivre aux toilettes. Proposition indécente mais qui, avec beaucoup de ferveur et de râles, lui permettrait d'accomplir son engagement d'indiscret instigateur de commérages et ainsi de rentrer aussitôt chez lui.

Alors il se lève, va pour se pencher à l'oreille de la flamboyante blonde lorsque enfin son regard a noté l'absence de sa voisine de table. A trop d'indifférence contrôlée, à trop se perdre dans ses pensées évasives, il en a perdu sa trace. Tyrell dès lors se ravise et s'excuse en un grognement de devoir rejoindre la salle d'eau.

Elle s'y trouve très certainement. Diable mais pourquoi s'y dirige-t-il, ne cesse-t-il de penser alors fulminant de se laisser ainsi berner. Le pas est leste, le visage fermé. Sans doute est-ce l'écho d'une minime sincérité, qu'il envisage réelle, qui fissure ainsi son plastron de glace. Ne prenant pas la peine d'accuser les regards offensés des dames sortant des toilettes, Tyrell s'y engouffre et braque son regard intrusif sur la silhouette familière s'épanchant au-dessus des lavabos. Il souffle sans préavis ; la voix est suave, basse et rauque. Quoique gelée. « Joli numéro. J'y ai presque cru. » Puis, l'homme s'avance et dépose sur le marbre blanc la chevalière qu'Elise avait avisée plus tôt chez lui. Tyrell ignore encore ce pourquoi il la plongea dans sa poche avant de quitter son appartement ; la volonté probable de s'en débarrasser ce soir en la jetant dans le Mississippi. « Garde-la. Fais-la fondre. Ca te rapportera de l'argent. » Quelques pas en arrière dans cette volonté patentée et mordante de garder ses distances, les mains fourrées dans les poches en une manifestation inconsciente de son indéniable assurance. « Quoiqu'il semblerait que tu aies trouvé le bon pigeon à dépouiller. Abbott n'est pas de ceux qui possèdent les plus beaux patrimoines de la ville, sans quoi Elise aurait déjà jeté sur lui son dévolu. Mais il a de bons goûts, je dois l'avouer. » D'un hochement de tête dénotant la robe dont elle se pare, il demeure – et en dépit de sa langue soudain loquace – aussi placide que glaçant.

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* Equivalent des Moires, dans la mythologie nordique.

(c) DΛNDELION

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Re: My Unintended   Lun 20 Nov - 17:01





Le théâtre, c'est le mensonge élevé à la perfection du cristal. Il ne renie pas sa nature : au contraire, il la revendique. Mais c'est pour cela qu'il est pure vérité. Plus il affiche ses artifices, ses masques, ses trompe-l'œil, plus il révèle l'immuable de l'homme.


Alors qu’elle se lève, son regard se déploie dans la salle. Les requins nagent dans les eaux claires, leurs nageoires glissent dans l’air outrageux du luxueux hôtel. Son regard glisse sur ces bouches qui avalent la nourriture, sur ces crocs blancs, nacrés, qui dévorent des montagnes d’argent. Sur ces visages qui s’affirment. Sur l’argent, l’or et les pierres précieuses qui brillent à leurs poignets. Sur leur élégante aristocratie des gestes. Et alors qu’elle se déplace avec lenteur, faussement détachée, Kriss a le cœur aux bords des lèvres, battant si vite qu’il semble presque qu’elle pourrait flancher. Etrangère, monstrueuse, elle se glisse entre les rangées de dents offrant en pâture sa chair tendre et fraiche, une chair de femme enfant. C’est d’un tout autre monde qu’elle vient. Il lui semble jurer dans le paysage. Un sourire calme fige ses lèvres. Une fausse douceur embrase son regard. Elle nage parmi les requins empruntant le rythme lent de leur nageoire dorsale. Immobile et mouvante, métaphore d’une jeunesse étourdie, elle se tente dans l’incarnation d’une femme de son temps.

Les eaux véritables l’attendent ailleurs. Dans ce toilette qu’elle referme derrière elle, posant son échine contre la porte pour mieux se retenir de chuter, Kriss laisse court aux vagues d’émotions qui la lapident. La colère, qui brule ses iris. Comme il est difficile de se laisser convoiter par homme qui l’agace, qui la retient, qui la touche comme si elle avait un prix. La déstabilisation, ce tremblement le long de ses phalanges. Comme il lui est difficile de sourire, de jouer la comédie alors même que celui qui enflamme son cœur en cendres est juste à l’orée de son aura, glacé et indifférent. Prêt à marteler sa destinée, à se saisir d’elle ou à s’en défaire, de quelques mots fatals, de son ire irraisonnée ou du plus cruel de ses désintérêts. L’excitation, aussi. N’a-t-elle ressenti si fort ces dernières semaines ? La fascination, le jeu, le terrible besoin de s’avancer au bord du précipice. Et si elle s’envolait comme un oiseau ? Et s’il dévorait ses ailes ? Et si, finalement, le destin nouait autour d’eux des liens inaltérables, se jouant d’eux comme des pantins, les éloignant pour mieux les emmêler ? Qu’ils se haïssent ou qu’ils s’aiment, s’ils peuvent se détruire de quelques mots, de leurs essences surnaturelles et prédatrices, s’ils peuvent se bruler du même feu. Dans leur alliance la plus pure, le feu et la glace mordent et brulent bien davantage qu’ils ne caressent ou n’adulent. La fin comme une délivrance, quel qu’elle soit, elle doit s’y préparer.

Ses paupières si lourdes se referment. Le cœur est un navire qui chavire, l’océan qui la transporte est tant de vagues contraires, qu’elle se perd dans des désordres étranges et fulgurants. Sa main se pose sur ce palpitant capricieux et doucement, respirant avec lenteur, elle l’éloigne de ces maux cruels et fascinants. Entre celui qui l’attire et celui qui l’excède, ce roc gelé, cette fausse chaleur condescendante, entre la vérité qui palpite aux creux de ses lèvres, et le mensonge qui tient la réalité plausible, elle se doit de reprendre son calme. Enfin la paix revient, portée par une tristesse, puisque Tyrell semble se désintéresser d’elle en tout point, il n’y a rien à craindre, pense-t-elle. Ni son ire, ni son désir. Et si l’indifférence est la plus cruelle des remparts, elle la protège. Il suffit de faire comme lui, de lier à sa froideur, la capacité intrigante du Phœnix à l’oubli, au déni. Puisque rien ne fut vraiment, rien n’exista. Seule compte l’Aurore, éblouissante. Ses doigts remontent contre sa gorge qu’il toucha, se referment autour de sa trachée, l’étouffent puis la relâchent. Pourquoi ce faut-il que ce soit encore lui qui tienne sa destinée entre ses doigts ?

Métaphorique, Kriss s’applique et s’en vient, devant le miroir, à considérer les reflets de son personnage. Les mains dans l’eau froide, rivière glacée d’un monde bien trop clair, aseptique, le phœnix laisse ses ongles bleuir. Kriss laisse le gel ensevelir les dernières marques de brulures, cercler de pierres son cœur trop fragile, inconstant comme le vent. Dans le miroir, l’image est parfaite, les fissures minimes. Le reflet est aussi pur qu’elle s’imagine l’Aurore. Si plein de lumière qu’elle brille de l’intérieur, de bonté et de jeunesse, d’une naïveté facile. Et si dans ses yeux verts brillent encore les émanations joueuses d’une sauvagerie profonde, cela ressemble davantage aux fougues de la jeunesse, qu’à une farouche rébellion. Et alors même que le masque lui semble sans défaut, les contours se fracturent. Avant même qu’il ne parle, avant même de le voir, elle le sent venir à elle. Tyrell. Dans ces ombres tapies, murmurantes et amoureuses, ses sœurs d’âmes sans profondeur, lui aussi s’habille de secrets. Il emmène avec lui le manteau gelé de son assurance sans fissure. Aussi quand il parle, elle n’est pas surprise. Aussi quand il parle, son cœur a déjà repris son rythme effréné, probablement dangereux, faisant bouillir son sang épais dans ses artères tonitruantes. L’eau froide ne semble plus rafraichir les reflets de son âme. Comme le flot des mots frappeurs, les gouttes frappent sa peau puis disparaissent. Que cela cesse. Ou qu’il s’approche davantage. C’est qu’elle aimerait qu’il la maltraite. C’est qu’elle aimerait qu’il vienne murmurer à son oreille combien son jeu est bon, puisque seul lui peut le voir et la rassurer sur sa performance. Peut-être même la prendrait-il dans ses bras, pour effacer sur sa peau les offenses d’Abbott, pour lui rappeler qu’elle n’appartient pas à ce monde. Mais il se dit floué, déjà. Il est si difficile à Kriss de se rappeler qu’il ne saisit vraiment les facettes de sa nature fantasque.

Les lèvres closes, qui se reposent, elle garde du coin des cils dans le miroir ses yeux posés sur lui. Il a le verbe tranchant, qui cherche, farfouille. S’annonce dans des affirmations percutantes. Touche, parfois, ses côtes, comme des doigts qui s’enfoncent. Chatouille, presque cruel, les limites de sa patience. Glisse le long de son échine, phrases qui s’allongent alors qu’il déploie ses controverses. Quand il s’approche, déposant son trophée, elle ferme les yeux, sensible aux émanations froides de son énergie incendiaire. C’est presque douloureux de le sentir si lointain alors même qu’il est si proche. Mais dans cette carapace distante, elle perçoit ses doutes qui s’en reviennent, les questions qu’il ne pose pas, mais qui butent, contre ses dents froides, entre les mots qu’il affirme. Alors qu’enfin il déclame sa dernière phrase, sur les lèvres de Kriss glissent un sourire. Une envie, comme un secret, qu’elle tente de retenir mais qui soudain déchire son calme lointain. Ses yeux se baissent, elle tente de dissimuler son amusement. Quand elle les relève, c’est pour se regarder dans le miroir, pour voir ce qu’il voit. Et malgré le maquillage, malgré la robe et la chevelure si savamment peignée, ce n’est pas Elise qu’elle perçoit. Alors qu’il est si près, si incisif, Aurore s’éloigne et s’en vient Kriss. Fusent ses émotions dans ses iris. La vérité habille les traits de son visage, soudain plus doux, comme si une crispation ultérieure figeait ses sourires. Et si elle perçoit le danger de sa présence, les menaces sous-jacentes, elle ne le craint pas, pas encore. Kriss murmure, pour ne pas le brusquer, un compliment en guise de paix.

Elise est très belle.

Elle voudrait dire davantage, mais les mots lui manquent. La beauté d’Elise est le seul trait qui lui plait dans la compagne de Tyrell. Les femmes du monde lui sont étrangères et la laissent souvent indifférentes et si elle parfait son Aurore en étudiant la belle blonde, son intérêt est éphémère. Dans une serviette blanche, encore tiède, Kriss sèche ses mains. L’homme l’attend derrière, mais si elle a capturé son attention, elle ne sait guère qu’en faire. L’envie de l’étreindre comme s’ils habitaient son monde à elle, chaotique, sauvage, et sans cesse contradictoire, la traverse. Et s’il suffisait qu’elle l’embrasse pour qu’il abaisse le rempart glacé de sa fausse indifférence ? Mais ses lèvres sont froides et sa posture bien trop statutaire pour qu’elle puisse l’aborder comme elle le ferait d’un animal. Comme dans sa maison, la dernière fois, ils sont chez lui, tous les deux, et les règles sont différentes. Elle ne peut risquer une nouvelle colère. Sa voix résonne dans la salle d’eau vide.

Je n’ai pas besoin d’argent.

Et pourtant, le bras fin se déploie et elle attrape son trophée. Tournant toujours le dos à Tyrell, elle dépose la chevalière dans le creux de la paume de sa main et la regarde. Il ne semble guère en apprécier la valeur, Kriss pourrait encore la garder. Il est rare pourtant, qu’elle offre l’un de ses précieux trophées. La jeune femme porte la bague à son majeur, l’enfile comme par habitude pour mieux la jauger. La bague est si large qu’elle tourne autour de son os fin. Dire qu’elle pensait rompre le lien qu’elle ressentait en lui offrant la vérité sur la mort de son commanditaire. Elle aurait peut-être dû le faire en personne, mais Kriss préfère le clair-obscur des ombres aux rayons vifs de la lumière des vérités translucides. Il ne sert plus à rien de se plier aux règles d’indifférences qu’il a érigé. S’il est là, c’est qu’il sait déjà qu’il a toute son attention. Se retournant vers Tyrell, elle la retire. Et ses grands yeux, innocents et interrogateurs, se posent sur lui. Elle ne comprend guère les raisons de sa venue si ce n’est cette attraction qu’elle ressent encore pour lui et qu’elle retient pour ne pas le faire fuir, puisse-t-il encore en ressentir les cruels délices. La dureté de son regard est un frisson glissant le long de son échine féminine. La morsure du gel est aussi cruelle que celle du feu, il la dévisage avec une brutalité agressive. Puisqu’il semble être toujours, son sauveur et son bourreau, elle déploie sous ses pieds une vérité sans défaut. Il n’y a, de toute manière, matière à mentir, il l’a déjà vu sous son vrai jour.

La robe, Abbott, Aurore … C’est comme un Cheval de Troie.

Ses yeux le quittent. Entre ses doigts adroits voltige la bague. Elle s’amuse à la faire glisser entre ses phalanges. La petite voleuse, mendiante parfois, prestidigitatrice quand vient l’heure d’un méfait, s’amuse alors à déployer tout son art devant lui, dans une danse hypnotique des doigts. La faisant disparaitre pour la retrouver, comme au creux de sa propre clavicule. Elle souffle sans cesser de jouer, calmant là son cœur étourdi.

Une illusion.

Au loin résonne un bruit de porte. Kriss regarde derrière Tyrell, l’œil curieux, attirant son attention ailleurs pour mieux pouvoir se rapprocher, et alors même qu’un autre bruit, plus proche, semble l’inquiéter, elle s’avance, furtive, et sa main voleuse s’en vient reposer la chevalière dans la poche intérieure de la veste de Tyrell. Ce qui fut offert ne pourrait être repris.

La main agile pourrait s’échapper, mais elle reste, entre la chemise et la veste, posée sur le cœur de Tyrell qu’elle interroge. Aussi légère qu’un papillon aux ailes de velours, aussi douce qu’une plume d’oiseau qui aurait chutée du ciel pour se loger si près du cœur ferreux de l’homme de pierre. Son visage est soudain sérieux, c’est qu’elle ressent une intime douleur, cette peur qu’il ne puisse voir que l’illusion alors même qu’elle lui offre son vrai visage, sans la délicatesse voilée d’un filtre un peu plus sage, l’entrainant alors avec elle sur les rivages brûlés de son identité ambiguë. C’est qu’elle ressent le besoin qu’il la voit sans masque quand bien même Aurore lui est nécessaire pour ce soir. Qu’importe si ses doigts gèlent, ils sont attirés par les émanations magnétiques de l’homme orage. Qu’importe s’il la brule de nouveau de sa magie noire, Kriss ne craint pas les douleurs physiques. Kriss l’a blessé, elle le sent, d’une façon qu’elle ne comprend pas mais qui a attisé sa colère avec tant de force que cela l’intrigue. Est-ce le refus de répondre ? Ou alors sa nature, tantôt douce, tantôt agressive ? Est-ce encore ces accusations qu’il lui porte alors même qu’il s’en vient la dénicher ? Le reste, dehors, ne l’intéresse guère et les minutes volées à la mission d’Aurore, ce sont les siennes, puisqu’il revient à elle. Ses lèvres douces murmurent la vérité telle qu’elle la perçoit, sans masque ni outrage. Tentant de lui offrir ce qu’il désire. Les mots glissent, grelots qui s’enfilent dans un collier de perles. Les résonnances minérales de la salle d’eau les rendent presque mystiques.

Tu me connais davantage que tu ne le penses, Tyrell.

Son nom a la douce saveur de l’amer, c’est qu’elle imagine les mers sauvages de l’Islande, c’est qu’elle voit les fracture de la roche blanche, contre la mer gelée et tumultueuse. C’est que dans cette inclinaison brutale puis douce, il y a comme l’identité de celui qui la touche. Sa voix s’éteint sur ce nom qu’elle prononça tant de fois dans les ombres jusqu’en obtenir la parfaite prononciation. Ses yeux verts semblent soudain plus clairs, c’est dans sa plus pure inclinaison qu’il la vit, la première fois. Kriss alors était un diamant brut, non taillé, sauvage, plein d’inclusions et de blessures. C’était à l’aube de son existence avant qu’elle ne comprenne bien des choses, ce que les hommes voient et ce qu’ils désirent, ce qu’il est permis de dire et ce qu’il faut taire. C’était à l’Aurore, avant qu’elle ne polisse son âme, avant qu’elle ne la taille pour qu’elle soit aussi brillante que tranchante. Tyrell posa ses yeux sur elle alors qu’elle était dans sa plus pure incarnation, sans les masques et le maquillage, et ce qu’il vit ne fut assez alors. Il la jugea imparfaite. Kriss détourne les yeux, soudain vulnérable, et retire sa main, l‘éloignant de son âme -lui qui en fut si près par le touché. Une question caresse ses lèvres mais c’est par une autre qu’elle fracture son trouble.

Te feras-tu l’émissaire de mes secrets ?

Sa voix est presque joueuse, elle le questionne sans menace. C’est que l’idée qu’il retienne encore sa vie entre ses mains est assez séduisante. Sa destinée ne saurait être sienne. Il sera le spectateur de sa chute ou de son envol. N’a-t-il déjà soulevé l’idée de s’octroyer sa mort ?

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The mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn. J. Kerouac
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