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 Inked [Marcus]

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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↳ Opinion Politique : Contre le Gouvernement, mais il garde ça pour lui et ne se préoccupe que de sa petite personne
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↳ Playlist : E Nomine - Mitternacht ; Oomph! - Leis ganz leis ; Marilyn Manson - Disassociative ; Fantômas - Delìrivm Còrdia ; Twenty One Pilots - Semi-Automatic ; The Neighbourhood - Afraid ; Radiohead - Creep ; Gesaffelstein - Hate or Glory ; Nine Inch Nails - Demon Seed
↳ Citation : « The boundaries which divide Life from Death are at best shadowy and vague. Who shall say where the one ends, and where the other begins? »
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MessageSujet: Inked [Marcus]   Sam 4 Nov - 12:42



Inked

Marcus ✪ Leander


Deux billes lactescentes à la place des yeux. Une fosse noire à la place de la bouche, large, vide, bordée de longs pics émailleux acérés et tordus. Tout autour, une espèce de peau rougeâtre. Ecaillée. Encroûtée. De la chair morte, comme brûlée, qui s’effrite au-dessus de la mâchoire disloquée. Se craquèle sur le nez rongé jusqu’à l’os. Se déchire sur les angles pointus du faciès monstrueux, dont la beauté putride maintient Leander fébrilement cramponné au-dessus du lavabo.

Encore quelques secondes de concentration, et le reflet infernal finit par s’effacer pour laisser place à son double plus humain, mais aussi – paradoxalement – plus étranger. Visage sain, intact derrière le trompe-l’œil, sous la couche d’encre illustrant une décomposition factice. Visage qui n’apparait toujours que pendant deux ou trois minutes, cinq au maximum, avant d’être à nouveau radicalement déformé. Le regard braqué sur ses propres prunelles, Leander commence à compter. Un. Deux. Trois. Cette fois, ça tiendra plus longtemps. Régulièrement, il s’entraîne. Il essaye de battre ce record idiot, comme si chaque nouvelle victoire affirmait un peu plus sa supériorité, son ascendant sur la Chose qui le possède, et dont il ne connait bien que la morbide apparence. Quatre. Cinq. Six. Sept. Huit. Neuf

Lentement, il lève les doigts, effleure une joue marbrée de noir. Trop rares sont les moments où il peut contempler et examiner à sa guise ces tatouages-là. Une frustration à la hauteur du prix qu’ils lui ont coûté. Sans cesser d’égrener les secondes dans sa tête, il se tourne un peu et laisse vagabonder son regard sur les arabesques sombres, appréciant les multiples tracés qui ornementent sa peau, de la naissance de sa gorge jusqu’au sommet de son crâne.

Regarde ce que tu es devenu, Jules. La voix d’Eva, comme un lointain écho du passé, semble tinter lugubrement dans la salle de bain miteuse et mal éclairée. L’espace d’un instant, il a presque l’impression de sentir, dans son dos, tout le poids de Son regard bouleversé, humide de colère et empli d’un chagrin sans nom.


***


Dans un monde aussi détraqué, trouver une occupation les jours de congé n’est pas ce qu’il y a de plus évident. Une occupation agréable et sécurisée, s’entend. Bien sûr, il pourrait rester chez lui à s’exercer, pratiquer son don d’influence sur ses animaux… Ce serait utile et pas franchement déplaisant, mais il a parfois besoin d’oublier un peu le monstre dans le miroir. Tout comme il a parfois besoin de sortir, même si c’est pour se retrouver dans des rues plus ternes et tristes encore que son appartement.

Resserrant le col de son manteau, Crowell s’enfonce dans les méandres glauques du nord de la ville. Loin de lui l’idée de regagner une zone plus accueillante. Car qui dit plus accueillante dit aussi plus fréquentée, et il n’a absolument pas envie d’affronter la foule en cette fin d’après-midi. Quand, à cette heure-ci, certains cherchent spontanément un point de rassemblement, bar ou autre établissement convivial débitant un peu de chaleur humaine, lui… eh bien, ça ne lui effleure même pas l’esprit. Les pseudo-fêtes, les entrevues charnelles et alcoolisées, les orgies clandestines en tout genre… non, rien de tout cela ne saurait lui arracher le plus infime frisson d’excitation. Il ne juge pas les gens qui s’y adonnent – chacun devrait être libre de faire ce que bon lui semble, en particulier lorsqu’il s’agit de se distraire et d’échapper quelques heures à l’ignoble merde dans laquelle ils sont tous en train de patauger, et dans laquelle ils vont tous finir. Disons simplement qu’il n’éprouve face à ces pratiques qu’un profond et inébranlable désintérêt.

Il voyait les choses différemment, avant. Avant l’apocalypse, lorsqu’il était plus jeune et plus optimiste. Plus sociable, aussi. Etudiant, il ne boudait pas les invitations, ne rechignait pas à sortir boire un verre avec quelques amis, ni à les suivre au théâtre, dans une manifestation ou un concert. Mais rien de cela n’a de sens, aujourd’hui. Quand il y repense, il n’a pas vraiment l’impression d’avoir vécu ça. D’avoir jamais été ainsi. C’est un peu comme regarder un film retraçant la vie d’une autre personne, vous voyez ? Une personne qui vous ressemble, dont vous avez été proche, mais qui est aussi très différente, très dissociable de vous. Il y a des choses qu’il ne se croit plus capable de faire. Qu’il ne se pense plus capable de ressentir. Et il se demande parfois si c’est un fait commun à beaucoup de survivants, ou si c’est juste la parade que son cerveau malade a inventée pour pouvoir continuer à fonctionner à peu près normalement.


***


Au loin, l’épais brouillard se dissipe, et émergent alors les contours rassurants d’une destination familière. Toujours fidèle au rendez-vous, dressée tel un rempart d’espoir au milieu des décombres, la devanture sombre et bizarre se distingue de ses voisines décrépies, délabrées, laissées à l’abandon. De fins rayons de lumière filtrent à travers les stores tirés, invitant à entrer malgré la pellicule de poussière qui recouvre la vitre. Leander pousse la porte sans une once d’hésitation.

Il ne compte plus le nombre d’heures passées ici. A une époque, c’était sa seconde maison. Un refuge où il pouvait enfin être lui-même, où il pouvait s’exprimer librement. Laisser courir son imagination, la coucher avec euphorie sur le papier, avant de la faire décalquer sur sa chair tremblante d’impatience. Les murs chargés de souvenirs exaltants. Bouffées de joie intense. Pures exultations devant l’irréfutabilité du changement, le pouvoir de l’esprit sur le corps, la créativité en plein essor. Des moments de bonheur comme il n’en a, au final, que peu connus dans sa vie. Doucement, il s’avance sous le néon jaunasse. Personne n’est là pour l’accueillir, mais le vrombissement du dermographe, provenant d’une pièce adjacente, lui confirme que le propriétaire des lieux est bel et bien de service. Le tatoué décide donc de s’installer confortablement pour attendre. Il pose sur une table basse la pochette avec laquelle il est venu, et qui contient les croquis accouchés ou retravaillés depuis sa dernière visite. Retire son manteau. S’enfonce dans un vieux fauteuil déchiré, devant une pile de magasines qui semblent avoir traversé toutes les guerres.

L’établissement, plutôt vétuste, ne paie pas de mine. Sans parler de la décoration, complètement atypique et passablement sinistre. Mais quelle importance, quand on sait qu’il s’agit là du repère d’un véritable dieu ! Un artiste incroyable, talentueux, audacieux, sans tabou, toujours prêt à vous suivre et à vous pousser dans les projets les plus fous. Leander éprouve beaucoup de respect pour cet homme, pour celui qui l’a accompagné à travers cette forme d’art, de reconstruction. Par extension, il aime aussi cet endroit étrange et lugubre, encore intact malgré les catastrophes qui ravagent régulièrement le quartier. Encore ouvert malgré la Censure. Rare oasis de liberté où l’originalité, l’inventivité, l’affirmation de soi sont des choses que l’on valorise et que l’on encourage sans retenue.

Il attrape un magazine, histoire de s’occuper les mains. Tant qu’il le pourra, il continuera de venir et de gorger d’encre son épiderme. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il lui reste des zones à noircir – au niveau des jambes, notamment – et puis il y a les retouches, bien entendu. Celles qui s’imposent avec le temps ou sur un coup de tête, parce que l’on a brusquement envie de réarranger un assemblage ou de redessiner un motif en particulier. Parcourant des yeux des photographies jaunies, Crowell se laisse peu à peu bercer par le bruit du vent, dehors, et celui de la machine à tatouer, dedans. Il est à deux doigts de somnoler lorsque, soudain, le grincement de la porte le tire de sa torpeur. Du coin de l’œil, il tente d’identifier la silhouette surgie dans l’entrée. Tiens… ? Un pressentiment joyeux qui se change bientôt en évidence, l’esquisse d’un sourire amusé sur les lèvres.

« Salut », lance-t-il finalement d’une voix douce, un peu rauque, en lâchant le magazine sur ses genoux.

Lui, ici. Pourquoi est-ce que ça ne le surprend même pas ?

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MessageSujet: Re: Inked [Marcus]   Jeu 21 Déc - 12:57


Les jours passent et se ressemblent. L'impression d'être enfermé dans une spirale infernale se fait de plus en plus forte. Tourne le temps, identique à lui-même, en boucle. Tourne sa tête, dans les mêmes réflexions encore et encore. Tourne en rond son corps tout entier, tel un lion en cage, à s'en rendre bêta. Les minutes se répètent, inlassablement. Sa frustration ne se calme pas, mais n'empire pourtant pas. Il pourrait continuer de se contenter de se calmer en rongeant ses pauvres ongles qui n'ont rien demandé. Mais il ne le peut plus, il l'a déjà beaucoup trop fait pour pouvoir leur régler leur compte davantage. De temps à autres, il s'arrête. Près de sa fenêtre, il observe un moment de calme alors que ses yeux se portent sur ce qu'il se passe en bas de chez lui. Inexpressifs sont ceux qui traversent les rues en une heure si matinale. À l'ombre des lampadaires, ils ne sont que sombres silhouettes mouvantes. Pas un bruit ne rompt le silence de cet axe secondaire. Ils pourraient être morts que ça n'y changerait rien. Dans le fond, ils le sont sûrement déjà, au moins de l'intérieur.

La plus grande qualité des morts est certainement leur silence. Ils sont faciles à supporter puisqu'ils ne se plaignent pas, ne hurlent pas, ne chantent pas, ne rient pas. Aucun son ne sort jamais de leur bouche. Ils sont tranquilles les morts, personne ne vient les déranger dans leur monde, pas plus qu'ils ne viennent déranger les vivants. Mais ces morts-là cohabitent avec les vivants tels que l'italien. Ce dernier n'est nullement gêné par leur présence, qu'il affectionne au contraire. Les observer passer le rassure presque. Au moins, il semblerait qu'un peu de calme et d'indifférence soit encore possible. Les morts n'ont pas d'avis, eux. Stables dans leur inexpression, ils se contentent de faire ce que l'on attend d'eux. Ils se lèvent avant l'aube pour travailler sans se poser de question. Ils s'enferment dans un quotidien ennuyant de plein gré, parce qu'il le faut bien pour subvenir à ses besoins sans s'impliquer dans quelque mauvaise aventure que ce soit. Les morts, ce sont avant tout d'excellents survivants. Il les envie. Il aimerait bien être comme eux, inanimé de toute pensée douloureuse à son équilibre.

Mais ce n'en est pas le cas. Il bouillonne constamment de l'intérieur, en bon engrenage en surchauffe attendant d'être réparé. Enlisé, il s'enfonce de plus en plus, sans pourtant chercher à attraper cette branche non-loin de lui. Il le pourrait facilement, mais toute envie de résister l'a abandonné. Ce n'est pas ça, qui le sauvera de la folie, il le sait. Ce serait tellement plus simple, il le sait. Il l'a bien tenté, une fois. Il a bien voulu la saisir, animé d'un profond désir d'entrer dans le moule parfait de la conformité, mais la branche n'était pas assez solide pour  le supporter. Elle s'est brisée, et il est retombé dans son cercle infernal. Depuis, il ne veut plus le tenter, même si c'était fort longtemps en arrière de cela, alors qu'il n'était encore qu'un gosse. Un pauvre gosse dérouté. Maintenant il attend. Il attend de pouvoir faire un reboot de ses émotions. La tant attendue mise à jour se rapproche à grand pas, ce n'est plus qu'une affaire d'heure. Pendant un temps, il sera de nouveau tranquille, ayant enfin pu réprimé tout ce qui chargeait son cœur.

Il sature. Non plus l'homme à la peau gravée de tous les maux mais son compagnon, d'espèce différente mais d'âme pure. Sûrement le seul en lequel l’italien peut placer une confiance aveugle. Dans un couinement, il s'assied auprès de son maître. Son regard vient peser sur le brun, qui abandonne alors son inactivité passagère pour lui jeter un regard. Et toi Nero, tu n’en as pas marre ? Marre de ce grand ronchon qui lui sert de protecteur. Marre du quotidien répétitif dans lequel il se retrouve enfermé. Marre tout simplement de le supporter. Mais Marcus ne trouve aucune réponse dans les yeux noisette de son compagnon à quatre pattes. La tête légèrement inclinée, le malinois dresse les oreilles, comprenant qu’il lui faudra abattre plus d’une carte supplémentaire pour se faire comprendre cette fois-ci. D’un aboiement, il provoque un mouvement de recul chez le brun, le rappelant à remettre ses idées au clair, ne serait-ce que passagèrement. Figé, l’homme ne dit plus rien, remis à l’ordre le temps d’un instant. Bien vite, il s’énerve contre lui-même et se maudit pour avoir oublié l’essentiel. Nul besoin de prier son chien de le suivre, celui-ci s’élance sans traîner vers la porte, bien loin de cacher son enthousiasme. Il trépigne, alors que l’italien lace ses chaussures. Son regard de glace se pose sur le canidé, aboyant pour le presser.

De longs instants, ils semblent errer sans but ni raison à travers les petites ruelles de la Nouvelle-Orléans. Nulle envie ne les pousse à rentrer, ils se laissent guider par leur improvisation. Ce coin ne leur parle pas, tant pis, ils tournent à l’opposé. Celui-là leur inspire confiance, ils s’y engouffrent sans se poser davantage de questions. Cependant, ils évitent tout de même avec grand soin l’ouest de la ville, où l’italien a trop l’habitude de traîner en service, au milieu des précieux, pour faire office de bouclier pour ce Gouvernement qui l’excède depuis trop longtemps. Traversant finalement une rue plus fréquentée, il subit le regard affamé du malinois devant une boulangerie. « Ok, ok, on s’arrête. » soupire-t-il alors. Le pauvre porte-feuille glissé dans sa veste ne sera pas à ça près. Marcus disparaît quelques instants, pour réapparaître un sac en papier dans les mains. Le chien, plus que satisfait, couine presque d’excitation à ses pieds. « Doucement. » s’exaspère le tatoué face cette expressivité trop marquée. D’un geste, il le somme de s’asseoir avant de sortir enfin le croissant tant souhaité. Par petits bouts, il en donne la moitié à Nero, avant de remettre la fin dans le sac pour plus tard. Future récompense pour la patience dont fera preuve son compagnon.

Et finalement, ils arrivent enfin à l’endroit où ils vont passer une bonne petite part de leur journée. Perdu dans les quartiers nord de la ville, le tant fréquenté salon de tatouage, certainement la seule raison pour l’italien d’aller volontairement se perdre dans les coins les plus malfamés. Cela fait trop longtemps qu’il n’y est pas venu. La devanture se rapproche de plus en plus, le titillant d’une émotion croissante. La hâte, sûrement. De glisser ses pensées dans une image. De s’exprimer silencieusement par la symbolique. De laisser l’aiguille graver ses maux sur sa peau. Pour les ranger et s’en débarrasser, jusqu’à ce qu’une nouvelle raison le pousse à revenir. Et lorsqu’il se décide à entrer, il découvre sans surprise qu’un autre habitué des lieux ne déroge pas à ses manies. « Encore là ? » remarque-t-il à demi amusé. Face à lui, le seul, l’unique, Leander. Certainement l’homme le plus tatoué de la ville. Mais presque toujours présent à chaque fois où, enfin, l’italien a assez économisé pour revenir traîner par ici et commencer à dresser son prochain projet. Le chien, plus poli que son maître, vient rapidement saluer l’homme avant d’aller se glisser sous un fauteuil, comme il en a l’habitude à chaque venue.

Le brun ne tarde pas non plus à s’installer lui aussi. D’un regard, il s’assure que rien n’ait changé, avant de reporter son attention sur le premier arrivé. « Tu attends depuis longtemps ? » Histoire de se faire une idée avant d’engager la conversation sur un sujet plus intéressant tel que celui de leur passion commune à se graver l’épiderme au dermographe. Si Marcus a encore assez de marge avant de se retrouver sans aucune surface libre, il est toujours un peu plus surpris à chaque fois de constater que Leander parvient encore et toujours à faire quelques réalisations. Admiratif, peut-être, dans le fond, face à cet homme qui en est allé jusqu’à tatouer son visage.

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MessageSujet: Re: Inked [Marcus]   Ven 19 Jan - 11:45


Doucement, il se redresse dans son fauteuil, et le sourire qui a germé sur ses lèvres s’étire encore, malicieux. « Que veux-tu, on ne change pas les bonnes habitudes. » Marcus. Nero. Ils font presque partie des meubles, eux aussi, et ces retrouvailles des plus prévisibles ne sont pas déplaisantes… au contraire. Tout est à sa place, maintenant. Comme les autres fois. Comme ce jour de mai 2013 où, la tête pleine de rêves et de projets, il a enfin osé franchir le seuil de ce sanctuaire, pénétrant avec délices dans un monde qui lui était jusqu’alors inconnu. Un monde dont il n’est, aujourd’hui, absolument pas capable de ressortir. Bien trop addict à l’encre et aux morsures de l’aiguille.

En voyant Nero trottiner dans sa direction, il glisse un bras le long de l’accoudoir et se permet une petite gratouille sur le crâne du canidé, juste avant que celui-ci ne file vers son refuge de prédilection. Leander repose ensuite son regard sur Marcus. Un regard paisible, serein. Parfait reflet de son état intérieur, de ce sentiment doux et chaud qui continue de se diffuser tranquillement en lui, et ce, malgré l’irruption des deux acolytes dans sa zone de confort. A la maison. En sécurité. Quelque chose qui ne s’explique pas, qui ne se comprend pas vraiment. Quelque chose qui se ressent, tout simplement. Dans certains endroits, en compagnie de certaines personnes. Bouffée d’air frais après la tempête. Soulagement palpable après les affres du stress. Et bon sang, qu’est-ce que ça peut faire du bien… !

« Je ne sais pas… peut-être dix minutes. » Le temps passé ici lui importe peu, à vrai dire. Ce ne sera jamais du temps gaspillé. Quand bien même le tatoueur n’apparaîtrait que pour fermer le salon, il n’aurait pas l’impression d’avoir gâché sa journée. Mais tout le monde ne peut se payer le luxe d’une telle souplesse, n’est-ce pas ? Marcus, en tant que peacekeeper… – Car oui, Leander est au courant. En l’espace de quatre ans, il a quand même eu l’occasion de l’apercevoir deux ou trois fois en uniforme, dans l’exercice de ses fonctions. « Passe avant, si tu préfères. Je ne suis pas pressé. J’étais surtout venu pour… disons, changer d’air. Discuter un peu avec notre ami, si tant est qu’il se décide à sortir de son trou. J’ai quelques idées à lui montrer. » Il jette un regard bienveillant en direction de la porte, celle derrière laquelle continue de vrombir le dermographe. Puis il hausse les épaules, arrangeant. « Au pire, pour ces trucs-là, je peux revenir plus tard. »

Un élan de loquacité bien rare… Il faut croire qu’il est véritablement de bonne humeur. C’est étrange, quand il y pense. La présence d’un policier, juste à côté de lui, devrait plus le crisper qu’autre chose. Mais voilà : Marcus, avant d’être un représentant du Gouvernement, est surtout un congénère respecté, un camarade avec qui il partage une passion commune… jusqu’à un degré peu commun. Parce que non, il n’est pas courant de rencontrer quelqu’un avec un goût aussi prononcé – certains diront excessif – pour l’art du tatouage.

Quand il a commencé à se faire tatouer, il n’était pas très soutenu par son entourage. Les critiques désobligeantes et déplacées de Ruben, qui finissaient toujours par lui parvenir d’une façon ou d’une autre… les moues dubitatives, vaguement condescendantes, de Louise… les silences gênés d’Eva, son attitude fuyante ou, au mieux, ses questions chargées d’incompréhension… Personne ne semblait accepter cet amour grandissant, cette activité devenue pourtant si importante, si vitale à ses yeux. Personne ne voulait faire l’effort de se mettre à sa place, de s’ouvrir à cet univers, de chercher à comprendre, sans le poids du jugement. Et puis, au milieu de tout ça, heureusement… il y avait parfois autre chose. Il y avait notamment ce jeune homme. Ce client régulier, silencieux, qui attendait là, flanqué de son chien, quand lui débarquait avec ses liasses de dessins. Au fil des années, ils ont pu contempler leur évolution respective. Se découvrir, d’une certaine manière, à travers une observation bienveillante, celle des imposantes œuvres d’encre qui, au fur et à mesure, venaient s’accumuler sur leurs épidermes. Regards admiratifs, approbations muettes. Encouragements tacites. La barrière du silence a mis du temps à tomber, sans doute à cause de leur nature peu bavarde, et peut-être, aussi, d’une espèce de pudeur consciencieuse. Mais elle est tombée, enfin, après une énième rencontre qui semblait presque avoir perdu le goût du hasard.

« Alors, tu en es où, toi ? Un nouveau projet à concrétiser ? Tu as fait le plein d’inspiration ? » Le magasine atterrit souplement sur la table. Repliant ses jambes contre lui, Leander se pelotonne dans le vieux fauteuil, un bras nonchalamment posé sur l’accoudoir, l’autre soutenant son menton, tandis qu’il détaille Marcus avec attention. Curieux de savoir ce que son comparse, dont il apprécie l’audace et le sens de la démesure, envisage comme prochaine réalisation. Il sait que ce genre de question peut s’avérer délicate, et ne s’attend pas à de longues explications. Juste… échanger un peu, en toute simplicité. En toute décontraction. C’est ce dont il a envie, aussi surprenant que cela puisse paraitre. Ou pas, d’ailleurs. Car, avec cet homme, il a le délicieux sentiment de pouvoir être qui il veut. De pouvoir être pleinement, irréfutablement, ce nouveau lui. Leander. Son passé ne viendra pas le chercher ici, dans ce regard neutre, entre ces quatre murs où Jules Crowell n’a jamais connu aucune forme d’existence. « Rappelle-moi… c’était quoi, déjà, ton dernier ? » Son regard vadrouille sur les épaules de l’Italien, alors qu’il tente de se remémorer chaque image, chaque pièce de ce puzzle de chair et d’encre, ou du moins, toutes les informations graphiques que son œil a été autorisé à collecter. Même si, avec le temps, il a fini par largement dépasser son homologue d’un point de vue quantitatif… au fond, une part de cette fascination initiale est toujours intacte, et probablement que Marcus, à ses yeux, fera toujours figure de modèle en la matière.


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MessageSujet: Re: Inked [Marcus]   Ven 26 Jan - 2:04

Des habitués. L’italien acquiesce silencieusement, un léger sourire en coin traduisant son amusement. Des habitués. Le mot semble largement approprié à les qualifier. Il ne leur manquerait qu’à augmenter légèrement leur fréquence de visite pour qu’ils soient presque considérés comme des habitants du salon. Ils n’en sont qu’à deux petits doigts. Depuis combien de temps fréquentent-ils le coin ? Il n’en a aucune idée, cela remonte tellement que la date s’est progressivement effacée de sa mémoire. C’est comme s’ils avaient tous deux été présents depuis toujours, et qu’ils le seront encore pendant fort longtemps. Ici, le temps ne semble pas s’écouler. Le dermographe et l’ouverture de la porte tant guettée rythment l’écoulement du sablier. L’attente n’en est pas vraiment une, les esprits sont bien trop baignés dans les projets sur le point de se réaliser pour daigner se préoccuper réellement du temps passé sur les lieux. Le malinois lui-même semble ne pas prendre compte des minutes qui passent, sagement installé jusqu’à ce qu’une tête familière fasse son apparition. Il la salue alors, avant de retourner à sa place. Il ne se plaint jamais, trop habitué à ce genre d’après-midi pour manifester la moindre impatience. Si personne ne souffre des heures qui avancent peu à peu, tout est alors pour le mieux dans le meilleur des lieux.

Et l’homme à la peau aux mille tatouages que certains jugeraient plus lugubres les uns que les autres, ne semble pas avoir changé. Peut-être dix minutes, sûrement davantage pense l’italien. Une journée somme toute normale, à ne pas compter réellement. S’il s’y est intéressé principalement pour se faire une idée, il ne peut effectivement pas se permettre d’attendre indéfiniment. Mais il pourra repasser, lui aussi, un de ces jours. Sûrement pas de suite, mais il le pourra, comme toujours. Enfin, si effectivement, Il se décide à pointer finalement le bout de son nez en dehors de la pièce d’où résonne la douce berceuse du dermographe. Un haussement d’épaules peu convaincu, un regard jeté vers la porte, et il se retourne vers Leander. « Si ça ne te dérange pas alors. » Il ne veut pas non plus s’imposer. « Je ne travaille que de nuit aujourd’hui, j’ai un peu de temps devant moi. » Comme toute la semaine, à son plus grand malheur. Vivre comme un oiseau de nuit ne lui plaît que très peu. C’est tout un rythme de vie qui doit se changer temporairement, pour se réadapter ensuite, non sans peine. Si, bien entendu, il ne se laisse pas emporter dans une nouvelle spirale de contradiction

S’il n’est pas surpris à l’évocation de futurs projets à l’état encore larvaire, il se redresse légèrement, piqué d’intérêt. L’envie, l’imagination, deux grands piliers à cette passion qu’ils partagent. Savoir que l’autre en est encore est toujours animé l’inspire d’une certaine manière. Il a en face de lui la preuve même que la passion ne s’arrête pas une fois la majorité de la surface de son épiderme imprégnée d’encre. Non, loin de là. Il y a toujours à faire, toujours. C’est peut-être même au moment où la place commence à manquer, que l’envie est la plus grande. Un certain manque naît de l’éloignement du dermographe, s’il n’est pas comblé régulièrement par des retouches ou des couvertures de pièces trop anciennes et abîmées pour être correctement récupérées. Il en a connu, hélas, suite à des blessures de service. L’inconvénient du métier, sûrement. Mais il s’agit aussi de ce qui l’a en partie poussé à osé ses premières grosses pièces, à se lancer dans des projets qu’il n’aurait pas pensé pouvoir réaliser à ses débuts. La divine et le mortuaire sont encore présents pour le lui rappeler, bien moins anciens que les histoires et les passions logées le long de ses bras.

Où en est-il ? Un sourire lui échappe, esquisse timide mais pourtant présente. Il n’a pas pu questionner Leander que, déjà, la question supposée par son regard lui est retournée. Ses larges épaules se reculent doucement vers l’arrière du fauteuil pour y prendre un peu plus d’appui. Ah, où il en est. « J’avance doucement mais sûrement. » Ses jambes. Ces deux jambes qu’il n’avait jamais particulièrement souhaité graver abondamment font désormais l’objet de tous ses projets, ou presque. « J’ai une idée, pour une cuisse. » commence-t-il. La gauche, assurément, pour continuer sur sa toute bonne lancée. Chaque chose en son temps, il ressent le besoin de lier son évolution, de ne pas s’éparpiller. Sans doute parce que son esprit peine à trancher entre deux positions, il lui faut retrouver un semblant de clarté. Et, en ces temps, les idées ne manquent pas, bien au contraire. Pourtant, il s’efforce de les contrôler, de les étudier avec attention, faisant les recherches nécessaires à leur dressage, avant de potentiellement rencontrer leur ami comment pour dresser une esquisse ; si son porte-monnaie le lui permet. S’il est là, il est aisé d’en déduire son était. Le malinois, toujours sagement installé, en témoigne, ayant encore mémoire de cette viennoiserie qu’il a pu avaler plus tôt. Les temps ne sont pas trop catastrophiques en ce moment, il faut en profiter.

Nullement dérangé de confier son plus proche projet à Leander, il ajoute : « Un éléphant. » Non, il ne pense pas à Ganesh. La divinité n’est pas dans ses plans, bien qu’une déesse indienne orne déjà son torse. L’italien a plutôt imaginé l’éléphant, l’animal, la noble espèce de sagesse et d’intelligence le symbole. Revu à sa sauce, selon toutes les croyances existantes. Associé aussi à la protection, la chance, la bonté, la sincérité et la paix, entre autres. Ses interprétations sont multiples, mais ce n’est pas principalement ce qui l’intéresse. Avant de chercher un sens, Marcus cherche un visuel. Une image dégageant en partie calme et puissance. Un tracé d’apparence plus banal de pas son réalisme, mais qui n’en sera pas dénué d’importance. Qu’il puisse obtenir l’effet souhaité à chaque regard qui lui sera posé dessus. Mais il ne peut pas tout dire, comme toujours. Pour ne pas dévoiler toutes ses pensées, risquant aussitôt de faire perdre à son art toute sa beauté. Il laisse son homologue émettre ses propres hypothèses.

« Le dernier, c’est un portrait de singe. » Non pas au sens figuré, loin de là. Humeur portée vers des créatures presque totalement perdues depuis que le monde a piqué du nez. Faiblesses de l’esprit humain, de son esprit, attachées à sa chair à tout jamais. Guide qui l’aide à retrouver un peu de satisfaction, probablement. Période de retour aux sources, aussi, sûrement. À ceux qui étaient là avant lui et qui ne sont plus. Mais il y en aurait encore tant, à dire. À défaut de s’étaler sur le sujet, il préfère s’intéresser à Leander. « Et ces petites idées alors, elles sont précises ? » De la curiosité, qui n’a pas été satisfaite. Le besoin de savoir aussi où en est ce semblable, qui a évolué en même temps que lui, bien que plus rapidement. Oh, il n’attend pas de réponse précise, pour ne donner lui-même que de vagues lignes, mais manifeste un certain intérêt à la possibilité d’en apprendre plus.

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MessageSujet: Re: Inked [Marcus]   Dim 25 Fév - 17:35


Oh non, ça ne le dérange absolument pas. Il se sent d’humeur patiente, conciliante. Ça fait des jours, voire des semaines qu’il n’a pas goûté à une telle quiétude, une telle accalmie… Rien ne semble à même de le contrarier, en cet instant un peu hors du temps, dans cette atmosphère paisible et paresseuse, à la légèreté presque irréelle…

Toujours confortablement calé dans son fauteuil, le visage tourné vers son acolyte, il cligne mollement des yeux en guise d’assentiment. Doucement mais sûrement est une devise qui sied bien à Marcus. Du moins, c’est ainsi qu’il le voit ; comme quelqu’un de placide, de posé, de prudent. Quelqu’un qui prend le temps de mûrir ses projets, mais qui, une fois lancé, avance avec détermination, ne se retourne pas en milieu de parcours. Une impression sans doute due à l’attitude calme de l’Italien, à ce mélange de réserve et d’assurance, à cette dignité qu’il dégage… Une simple impression, cependant, car on ne peut pas dire que Leander le connaisse vraiment. Il se pourrait même qu’il soit passé à côté d’une foule d’informations le concernant… Il y a toujours des signes que l’on ne voit pas, des choses qui échappent, échappent à l’attention la plus vive, la plus scrupuleuse, filent inévitablement à travers les mailles du filet. Des choses que l’on peut camoufler, aussi, avec un peu de pratique. Des secrets dont même les tatouages les plus impudiques ne sauraient suggérer les contours.

Il a envie de percer la surface, mû par une curiosité stimulante, vivifiante, une curiosité qui n’a jamais manqué de se manifester en présence de l’autre homme. C’est, chez lui, un fait suffisamment rare pour être souligné. Peu de gens lui inspirent cela. Peu de gens suscitent en lui cet intérêt, ce désir sincère de partager plus que quelques politesses d’usage, quelques conversations conventionnelles et insipides… Mais, comme d’habitude, il ne prendra que ce que Marcus voudra bien lui donner. Se satisfaisant de bribes, d’échanges lacunaires, de deux ou trois idées évoquées à demi-mot. Les accueillant comme autant de contrastes agréables avec la médiocrité, la monotonie de ses interactions quotidiennes. Trouvant dans ce repaire, auprès de cet habitué, de cette source d’inspiration et de motivation, une sorte de palliation temporaire à la morosité de son existence.

Un éléphant. Les sourcils ondulent légèrement, à peine visibles sous l’encre sombre qui recouvre son faciès. « Intéressant », commente-t-il après un bref silence. Marcus continue de puiser dans le symbolisme animal, et même dans le symbolisme hindou, si l’on considère les diverses références à la culture indienne qui figurent déjà sur son épiderme. Intéressant, oui, plus encore en cette époque désolante, depuis que tant d’espèces animales ont malheureusement disparu de la surface du globe… « L’emplacement est bien choisi, je trouve. Celui-là, il faut lui laisser de la place pour se déployer. » Plus grande sera l’image, plus elle aura de force, d’impact. Et, quitte à représenter l’un des animaux les plus gros, les plus nobles, les plus majestueux que la terre ait jamais portés, autant le faire sur toute la largeur d’une cuisse, en effet. « Pour le style, tu imagines un portrait réaliste ou… quelque chose de plus graphique ? » Motifs traditionnels, réalisation abstraite ou à la précision quasi photographique… Les possibilités sont multiples, surtout avec une base comme celle-là. La corrélation entre la forme et le fond, entre la chose que l’on veut évoquer et la façon dont on pourrait le faire – voilà un aspect passionnant de l’art du tatouage, en particulier aux yeux d’un ancien peintre et dessinateur.

Pensif, Leander laisse son regard glisser le long d’une tempe, suivant le tracé complexe des ornements noirs sur le crâne, puis sur la gorge du milicien… Lorsque ce dernier le questionne à son tour, il s’arrache néanmoins à sa contemplation, et s’efforce de se redresser, accrochant au passage les yeux clairs de son homologue, manifestement aussi curieux que lui. « Plus ou moins. » Un léger sourire retrousse ses lèvres. Dépliant ses jambes, il pose le pied droit contre le rebord de la table basse, assez délicatement, avant de s’avancer pour remonter son pantalon, dévoilant un mollet maigre, partiellement tatoué. « Je dois d’abord finir de tracer mon tibias et mon péroné, déclare-t-il d’un ton sérieux, tranquille, comme si c’était le chose la plus évidente au monde. Puis le tarse, le métatarse, les phalanges… tous ces petits os aux noms poétiques. J’ai envie d’un squelette complet sur ce pied-là. Pour le deuxième, je réfléchis encore. Peut-être un tout autre genre de dessin… » Il effleure la peau encore blanche, s’arrête sur une mince ligne de chair boursoufflée, juste au-dessus de la cheville, et qui s’étire jusqu’à mi-mollet. Un souvenir de l’Arène. Une des rares cicatrices qu’il n’a pas encore eu l’occasion de recouvrir. « Bien sûr, il y aura aussi des tendons, des pans de muscle, comme partout ailleurs… Et je me demande si je ne devrais pas laisser un lambeau de chair, là, avec, dessus, une scolopendre. Une belle scolopendre géante, qui serpente à travers les trous et se tortille entre les filaments. » Une lueur de ravissement au fond des prunelles. L’image est déjà nette dans son esprit, et même plus nette encore sur l’une des feuilles de papier qu’il a apportées avec lui.

Il hésite un peu, se rappelant malgré lui le dégoût, la lassitude sur le visage de son frère, les malheureuses fois où il s’est échiné à lui décrire ses projets. Il ne veut pas assommer Marcus avec la multitude d’idées qui fermentent dans sa caboche… Mais, finalement, il se risque quand même à attraper la pochette. Libère quelques dessins, qu’il dispose précautionneusement devant lui, sur la table. « Là, ça devient un peu moins précis. Il faudrait déjà que j’arrive à trouver des endroits où les caser… que je les retravaille… mais j’espère pouvoir en faire quelque chose, un jour. » Des esquisses d’animaux, sans doute la raison pour laquelle il s’est décidé à les montrer à Marcus. Oh, pas des animaux tout à fait entiers, tout à fait normaux, mais bon, il faut bien que ça colle à l’esthétique générale. De petits mammifères en décomposition, à l’aspect momifié, zombifié… Des ophidiens entremêlés… Des créatures étranges, hybrides, vaguement monstrueuses… Rien de spécialement symbolique. Plutôt des visuels qui lui plaisent, qui sont susceptibles de s’harmoniser avec le reste.

Pour lui, les tatouages ne sont pas des supports mémoratifs. Il ne cherche pas à se faire graver des souvenirs dans la chair, rappels d’erreurs ou de victoires passées… Non, il laisse cette ambition-là à d’autres. Ce qu’il exhibe, lui, ce sont ses amours. Son goût pour l’horreur, le macabre, le surnaturel. Sa passion pour l’anatomie humaine. Des inclinations qui ne sont pas largement partagées, il en a bien conscience et, d’ailleurs, il n’attend pas de son comparse une réponse enthousiaste, une quelconque forme d’approbation. Même s’il s’intéresse à ses réactions, les guette du coin de l’œil.

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MessageSujet: Re: Inked [Marcus]   Lun 26 Fév - 21:53

Entendant les deux hommes bavarder, le canidé rouvre les yeux, dresse légèrement les oreilles, comme s’il voulait capter ces quelques bribes de conversation qui lui proviennent. Un soupir lui échappe finalement, alors qu’il comprend qu’il ne pourra rien en tirer d’immédiat. De lové, il passe à étalé de tout son long, laissant ses fines pattes dépasser de sous le fauteuil, où elles étaient si sagement rangées. Son maître, déconcentré un instant, glisse un regard vers le bas, s’attendant à une potentielle activité. Mais le malinois ne fait rien de plus. Il sait qu’il ne tirera rien des deux tatoués et l’atmosphère détendue porte à se laisser sombrer dans le sommeil, bercé par le bruit de fond que fait le dermographe dans la pièce d’à côté. Lorsqu’ils ne croisent pas Leander, Marcus l’imite souvent pour faire passer le temps, lorsqu’il ne feuillette pas pour la énième fois des dessins de présentation ou de vieux magasines de tatouage.

S’il n’est pas bien loquace, il a toujours apprécié de discuter avec lui. Chacun a pu voir l’autre évoluer au fil des séances, dans un univers où les tracas de l’oppression quotidienne sont facilement oubliés. Ils n’ont pas particulièrement les mêmes goûts, certains pourraient juger l’un trop brut et touche à tout, et l’autre un brin glauque et étrange. Mais ça, ce ne serait que l’avis de non-passionnés. Eux, ils se comprennent. Ils peuvent comprendre la soif de l’autre de trouver toujours plus à faire, de se casser la tête pour mettre la main sur la perfection. Le motif idéal pour continuer dans ses idées et épouser à merveille les lignes du corps. Il doit encore s’assurer de ce détail dont l’importance n’est pas moindre. C’est pour cela qu’il est là, pour s’assurer que le dessin fourni pourra coller à toutes les contraintes à la fois. L’autre ne tarde pas à lui donner son avis, et l’italien se rend compte qu’il devra peut-être en dévoiler davantage.

« En fait je n’ai déjà plus de place sur le quadri... » se décide-t-il à avouer. Et il en est de même côté adducteur et abducteur. Les places sont déjà prises, mais il ne le regrette pas. « J’veux tenter de le faire sur les ischio jambiers. » La forme du muscle pourrait tout de même permettre de travailler un peu le volume. La place étant disponible de l’arrière du genou jusqu’au plus haut du muscle, il pourra être possible de lui donner un peu de taille. Du moins, il le pense. Laisser la force tranquille reposer dans son ombre, invisible à ses yeux mais marquée de sorte à ce qu’il ne l’oublie pas. Parce qu’il faudra tôt ou tard se rappeler que l’heure de charger viendra. Il n’hésite pas face à la question posée ensuite. « Plutôt du réaliste. » Comme pour le singe, mais aussi pour trancher avec les autres motifs qui l’entoureront directement. Il n’en veut pas, de la monotonie. Ce n’est pas bon, ni visuellement, ni moralement. Il a besoin de fraîcheur de temps à autres, comme s’il s’agissait d’un retour aux sources.

Et Leander ne tarde pas à répondre à l’interrogation qu’il lui a retourné. De suite, il entreprend de lui montrer où il en est, chose que Marcus n’aurait pas fait. Pourtant, ce dernier n’en est pas spécialement surpris et s’avance quelque peu dans son siège pour pouvoir se pencher sur ce tibia, et cette œuvre encore inachevée. Il suit les explications avec attention, bien qu’un tantinet assommé par tous ces noms d’os qu’il n’est pas certain de pouvoir situer à la perfection. Au moins, il saisit l’idée principale, le signalant d’un léger hochement de tête approbateur. Comme quoi, il lui reste encore du travail avant d’avoir complètement fini. Suivant des yeux le geste de son semblable, le brun s’arrête un instant sur la cicatrice. « En effet, ne pas pencher pour une léger symétrie pourra donner un rendu sympathique. » commente-t-il, alors que le second pied est évoqué. Il ne pose pas de questions sur la cicatrice. Ils ont chacun leur histoire, et les traces que celle-ci a laissé. De toute manière, il n’a pas vraiment le temps de trop tiquer dessus, les paroles ne cessent de s’écouler et s’il ne veut pas en perdre le fil, il ne peut pas s’égarer un instant.

Les insectes, ce n’est pas trop son domaine. À la rigueur, il n’y a peut-être que la famille des coléoptères pour l’intriguer. Les scolopendres, il n’en était initialement pas du tout fan. Mais, à force de côtoyer Leander, il a appris à perdre de sa répugnance pour ces petites bêtes à travers leurs représentations sur l’épiderme. « Ça pourrait faire son effet. » Il ne peut pas visualiser à la perfection ce que l’autre a en tête mais l’idée lui semble intéressante. En laissant la bête assez seule, elle n’en serait que plus impressionnante. Cette simple pensée lui provoque une légère chaire de poule. Ça ferait une sacrée chose sur la peau, tout de même. Mais elle serait parfaitement cohérente avec le reste de ses tatouages, contribuant comme il faut à l’harmonie de cette atmosphère qui se dégage à leur vue. Quant à l’idée d’y glisser d’autres tissus de son corps, Marcus n’en est pas étonné. Il aime bien cela, que Leander en fasse surgir par endroit. Le choix de l’emplacement est toujours intéressant. Il parvient toujours à créer un rendu très complet, presque vivant, paradoxalement à cette image lugubre qu’il dégage néanmoins.

Se reculant sensiblement, il laisse son interlocuteur disposer les feuilles sur la table, haussant un sourcil sur chacun d’entre eux, intrigué. « Ils changent un peu de tes habitudes. » remarque-t-il alors, après une observation globale assez brève. Il les parcourt ensuite un peu plus attentivement l’un après l’autre, affichant régulièrement une moue plus ou moins fascinée par les traits dessinés. Il n’y a pas à dire, ils font tous leur effet. Hésitant un instant, il se décide finalement à donner son avis. « Les p’tits serpents, là, ça pourrait être pas mal si t’as de la place près d’un organe. » Comme s’ils le remplaçaient, ou le dévoraient, il n’en sait trop rien mais les y visualise assez bien. « Et ce p’tit rongeur – je dis pas de bêtises ? - j’sais pas mais je trouve qu’il rendrait bien sur ton autre pied. » suggère-t-il ensuite. Comme s’il le grignotait, tout en restant proche du sol. Ce ne sont que des suppositions lâchées sans trop de conviction, il tente d’émettre quelques idées, et d’aider Leander en lui donnant son avis, s’il peut être un tant soit peu utile.

À ses pieds, il sent le chien s’étirer, puis se glisser à leurs côtés, les observant d’un regard. Les humains ont bougé, suscitant son intérêt. Marcus lui glisse plusieurs caresses près des oreilles et sous le menton, zones qu’il affectionne particulièrement. Tous deux sont du même avis, ce calme est reposant, tranchant agréablement avec leur quotidien.

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Inked [Marcus]

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