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 it's a new morning and you're going home (riley)

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MASTER OF ILLUSIONS

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↳ Métier : assistante d'Esperanza O'Connell, au Mary Rose. Anciennement barmaid.
↳ Opinion Politique : neutre. Pro gouvernement pour les apparences, coincée dans ce rôle qui la fait se sentir comme un imposteur.
↳ Niveau de Compétences : Un travail acharné dès l'adolescence lui a permis d'atteindre un niveau 3 général ( niveau 4 en perception de fantômes, niveau 3 en rêves prémonitoires, elle pratique le reste de façon très sporadique et très superficielle.) Cependant, en raison des événements qui ont bouleversé sa vie et de la magie qui disjoncte, ses compétences générales sont retombées au niveau 2.
↳ Playlist : way down we go + kaleo
hard times + seinabo sey
sober + p!nk
cupid carries a gun + marilyn manson
sin + nine inch nails
criminal + fiona apple
take me down + the pretty reckless
gods and monsters + lana del rey
humanity + scorpions
cold little heart + michael kiwanuka
↳ Citation : Before embarking on a journey of revenge first dig two graves.
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MessageSujet: it's a new morning and you're going home (riley)    Lun 6 Nov - 19:49

it's a new morning and you're going home  
Beatriz & Riley
This city desert makes you feel so cold, it's got so many people, but it's got no soul. And it's taken you so long to find out you were wrong, when you thought it held everything - Gerry Rafferty "Baker street"

Ce fut un rêve qui m’avait amenée jusqu’ici. Aussi me tenais-je debout devant le Old Absynthe House, hésitant encore à entrer. Je n’étais pas tout à fait sûre de ce que j’avais vu, les rêves prémonitoires étaient toujours teintés d’incertitudes. Pourtant, tandis que j’examinais attentivement les lieux, j’avais la conviction profonde que je me trouvais au bon endroit. Ce que je ressentais dès lors dépassait la simple intuition, le basique sentiment de déjà-vu. C’était autre chose, de beaucoup plus insidieux, d’infiniment plus vicieux. C’était une émotion qui rongeait l’âme et les certitudes. Cette émotion, c’était la peur. En soi, avoir peur n’avait rien d’exceptionnel. Compte tenu du contexte actuel , tout le monde avait peur, et c’était en jouant sur les craintes de tout à chacun que le gouvernement asseyait son emprise sur la population. Moi aussi j’avais peur, que ce soit pour moi ou mon enfant, parce que je ne pouvais pas garantir qu’il puisse grandir dans la sérénité d’un avenir qui lui tendait les bras. Tout pouvait s’arrêter du jour au lendemain, on pouvait se retrouver cloué au pilori au moindre pas de travers – je fréquentais suffisamment les chiens du gouvernement pour connaître leurs méthodes. Et quand je voyais le Old Absynthe House, je comprenais pourquoi la personne qui travaillait là était susceptible d’avoir de très gros ennuis. Il s’agissait d’un bistrot, tout ce qu’il y avait de plus classique. On y servait à boire, les habitués venaient y jouer, en bref, l’établissement représentait tout ce que le gouvernement poursuivait et condamnait avec acharnement. En tant qu’ancienne barmaid je ne savais que trop bien les dégâts que la Prohibition avait causé à notre métier. Puisque nous n’étions plus autorisés à servir de l’alcool, il ne restait plus que les boissons sans alcool, et le reste était planqué dans les caves. Au Mary Rose, il m’arrivait de servir de l’alcool en douce aux clients en échange d’un généreux pourboire et de mon silence. Ce n’était certes pas grand-chose mais de la sorte, j’avais l’impression d’accomplir un acte militant. Soyons toutefois d’accord sur un point : même s’il m’arrivait d’enfreindre les règles de temps à autres, juste un tout petit peu, , il ne demeurait pas moins que je n’avais aucune velléité de m’opposer ouvertement à ceux qui nous dirigent, j’avais bien trop à perdre.  

Cela ne me dissuada pas d’entrer. Me disant que c’était un mal pour un bien, je poussai la porte de l’établissement et je fus immédiatement enveloppée d’un cocon de chaleur douillet, qui me donna inévitablement envie de m’y blottir. Jetant un regard circonspect à l’intérieur de la taverne, je m’avançais, tout en enlevant le foulard que je gardais autour du cou et qui dissimulait bon nombre de mes tatouages. Mes boucles rousses cascadèrent sur mes épaules raides et je me rendis bientôt compte que j’étais habillée de façon beaucoup trop distinguée pour me fondre dans le moule. En effet, le Mary Rose était beaucoup plus chic que cet endroit, et j’étais davantage en contact avec de la clientèle huppée et exigeante qu’avec le poivrot du coin. Je caricaturais certes un peu, mais c’était le meilleur moyen que j’avais pour décrire mon ressenti. Sur ce ; je me raidis davantage. D’ici à ce qu’on me prenne pour une émissaire du gouvernement, il n’y avait pas loin, or , je n’étais pas ici pour faire le sale boulot, j’étais ici pour prêter main forte à une collègue qui avait potentiellement des ennuis – avec de tels rêves, nous n’étions jamais sûrs de rien. C’était tout de même étrange de la qualifier de collègue alors que je ne la connaissais même pas, j’étais même certaine de ne jamais avoir mis les pieds ici auparavant. Cela n’empêcha toutefois pas de me sentir liée à elle, comme si je la connaissais depuis toujours et que nous étions vouées à nous rencontrer pour une raison qui m’était encore inconnue. Je secouai la tête pour chasser ces pensées de mon esprit. C’était vraiment une idée stupide, je pourrais tout aussi bien faire demi tour et faire comme si de rien n’était, ça ne changerait pas grand-chose à l’histoire. Il est vrai que l’idée de fuir était tentante mais je ne la mis pas à exécution. Maintenant que j’étais là il était hors de question que je rentre bredouille. De toute façon j’étais déjà repérée, alors si j’espérais faire une entrée discrète c’était plutôt raté. Ignorant les regards suspicieux des quelques usagers qui se trouvaient là, je m’avançai résolument vers le comptoir.  

« Excusez-moi ? » Je venais d’interpeller un des employés qui me regarda de la tête aux pieds avec dédain. « Je ne suis pas venue mettre mon nez dans vos affaires, je viens en tant qu’amie. Enfin je crois. »  

Ça n’avait aucun sens, ce que j’étais en train de raconter mais peu importe. Ce n’était pas lui que j’étais venue voir, aussi n’avais-je pas à me justifier auprès de ce type. Nerveuse, je me mis à pianoter sur le comptoir, faisant claquer mes ongles impeccablement vernis sur la surface plastifiée. Je commençais à me dire que c’était une erreur de débarquer ici sans avoir de plan mais il était trop tard pour reculer. Bien décidée à ne pas lâcher le morceau, je crus bon d’insister :  

« Ecoutez. J’ai entendu dire que votre patronne a des ennuis, et je suppose que vous voulez garder votre travail, alors je vous serais très reconnaissante si vous me laissiez lui parler. » Puis, réalisant que ça sonnait comme du chantage, je m’empressai d’ajouter : «  Je ne vous dirai pas comment je le sais parce que vous ne me croiriez pas mais je pense que je peux l’aider. » Sinon, je n’aurais pas rêvé d’elle et de cet endroit, n’est-ce pas ? « S’il vous plaît. » 

Ma voix s’évanouit dans une supplique angoissée. L’autre me regarda de travers et je me raidis, parce que ce n’était pas bon du tout. Je m’attendais à me faire refouler quand il tourna brutalement les talons et disparut dans une pièce annexe. Je roulai des yeux, exaspérée. La confiance règne, on dirait ! Quoiqu’il en soit une telle réaction n’était pas vraiment étonnante. Dans un tel climat de suspicion, les doutes de cet employé étaient tout à fait légitimes. L’homme ne revint pas, comme je l’avais anticipé. À la place, une toute autre personne venait de débarquer.  

C’était elle, la fille que j’ai vue dans mon rêve.

Elle se tenait devant moi, en chair et en os.  

Désormais, il se posait un problème de taille : qu’allais-je pouvoir lui dire ? Elle me prendra pour une folle, c’était même sûr et certain. Je ne pouvais rien faire d’autre, à part ouvrir et fermer la bouche plusieurs fois, alors qu’aucun son ne sortait de ma gorge nouée. Putain. Dans quelle galère je me suis encore fourrée ?  
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↳ Opinion Politique : Résistante engagée et enragée par le deuil
↳ Niveau de Compétences : Redescendu au niveau 2, depuis la mort de son mari
↳ Playlist : COLDPLAY | paradise ; FRANK SINATRA | my way ; BRUNO MARS | when i was your man ; RAY CHARLES | georgia on my mind ; JANELLE MONAE | tightrope ; FETTY WAP | trap queen ; JOHN LEGEND | all of me ; BILL WITHERS | ain't no sunshine ; MELODY GARDOT | preacherman
↳ Citation : “Au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose.” S. Freud
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MessageSujet: Re: it's a new morning and you're going home (riley)    Mar 7 Nov - 23:00

it's a new morning and you're going home  
Beatriz & Riley
This city desert makes you feel so cold, it's got so many people, but it's got no soul. And it's taken you so long to find out you were wrong, when you thought it held everything - Gerry Rafferty "Baker street"

Ce matin-là, au moment elle sortait de la salle de bain pour aller s'habiller, Riley poussa un cri d'horreur en voyant un truc galoper devant elle. C'était un rat. Une saloperie de rat gris, aussi gros qu'un cochon dinde. La bestiole avait traversé le couloir pour aller se réfugier dans l'ancienne salle de réception que Riley avait aménagé en chambre, depuis qu'elle était venue s'installer à perpétuité au Old Absinthe House. Après un temps de surprise, la jeune femme s'était précipitée à sa suite pour voir où l'animal allait se faufiler. Une fois entrée à l'intérieur de la pièce, elle referma rapidement la porte derrière elle, pour ne pas qu'il s'échappe. La salle était vaste, mais faute de moyens, Riley n'avait pas pu la combler de beaucoup de meubles. Il y avait un vieux lit en fer forgé blanc sur lequel elle dormait. Un vieux cellier lui servant à présent d'armoire pour ranger ses vêtements et divers effets personnels. Aux quatre coins de la pièce étaient empilées les tables et chaises en bois servant autrefois à accueillir les convives ayant réservé les lieux. Avec la Prohibition, les soirées dansantes et autres fêtes arrosées d'alcool n'avaient plus lieux d'être dans son établissement. Sur le sol, un immense tapis brodés de motifs vaudou recouvrait toujours le parquet presque en son entier. Riley avança doucement les pieds nus et humides sur celui-ci, regardant chaque centimètres carrés autour d'elle. Délicatement, elle grimpa sur le lit et s'immobilisa pour ne plus faire de bruit. Où était passée cette sale bête ? Elle ne pourrait plus se cacher bien longtemps maintenant que la jeune femme avait découvert son existence et si elle ne voulait pas montrer le bout de son nez moustachu, la jeune femme allait l'y obliger. Riley savait une chose sur les rats, ils avaient peur de l'eau, une peur bleue. Si elle ne pouvait pas inonder sa maison pour le chasser, elle pouvait au moins lui en donner l'illusion. Alors, la sorcière ferma les paupières et fit le vide dans son esprit. « Aquæ diluvii inundaverunt super terram » murmura-t-elle du bout des lèvres. Bientôt, les murs se mirent à vibrer, les meubles à trembler autour d'elle. La salle semblait être soumise à une pression inexplicable, comme une force dilatant la charpente. Tout à coup, un craquement déchira le silence de la pièce et les murs cédèrent autour de Riley pour venir l'engloutir sous une énorme vague. Un déluge balaya les tables, les chaises et fracassa le cellier. Lorsque la sorcière ouvrit les yeux, elle avait de l'eau jusqu'à la poitrine, mais ne s'en préoccupa pas. Elle inspecta la surface de l'eau, le reflux des vagues maltraitant le mobilier. C'est alors qu'elle entendit un petit cri strident à sa gauche. Il était là, coincé contre la vieille cheminée. Cette saleté de rat flottait sur une morceau de bois en criant à tue tête. « Ah-ah ! » s'écria Riley en signe de victoire. Elle leva la main en l'air et instantanément l'illusion s’évanouit. L'eau disparue autour d'elle, laissant la pièce aussi intacte qu'à son entrée et le rat fortement déboussolé à sa merci en plein milieu du tapis. Ni une, ni deux, la sorcière sauta du lit, attrapa une boite à chaussures au passage et piégea le rat à l'intérieur. « Je t'ai eu » dit-elle avec un certain sourire aux lèvres.

Après avoir jeté le rat dans la benne à ordures, Riley partagea une bonne partie de la matinée à chercher les recoins par lesquels l'animal avait pu entrer dans sa maison et faire l'inventaire de ses stocks. Ceux-ci s'étant fortement amenuisés ces dernières années, la sorcière eût fini son comptage peu avant l'heure d'ouverture. Comme à son habitude, elle vit la carrure massive de Cristóbal débarquer dix minutes tapantes avant le début de son service. Sa ponctualité la fascinait, elle était presque militaire. Avec le temps, elle s'était habituée à sa présence au point qu'elle avait parfois l'impression qu'il avait toujours fait partie de ses employés. Pourtant ce n'était pas le cas, elle connaissait Eliott son deuxième serveur depuis bien plus longtemps. Le petit jeunot avait été engagé par Riley et son mari lorsque celui-ci était encore en vie. Il y avait eu aussi Livia pendant un temps, bien avant que celle-ci ne décide lui tourner le dos. A présent, elle voyait l'ancien ami de son frère venir travailler quatre jours sur sept dans son bar, lui apportant une aide précieuse et un soutien qu'elle n'avait pas obtenu à la suite du décès de Martin. La jeune femme profita donc de sa présence, pour lui laisser assurer l'ouverture matinale, pendant qu'elle s'affairait à trouver de quoi repousser les rongeurs. Si ces vermines commençaient à envahir son établissement, elle n'aurait plus à se soucier d'une descente de la milice pour faire fermer le Old Absinthe House. Par ailleurs, l'idée de dormir avec de tels invités dans les parages l'enchantait autant que de servir un verre à Hunters. Si seulement se débarrasser de lui était aussi facile que d'éliminer les rongeurs, Riley pourrait dormir sur ses deux oreilles.

Perdue dans ses pensées, la jeune femme sursauta lorsqu'elle entendit la voix de Cristóbal lui parler. « Patronne ? » lui demanda-t-il doucement. Elle était en train de préparer une concoction à base de feuilles de rhubarbe et d'un reste d'absinthe, autant dire un cocktail létal pour tout individu vivant sur cette terre. « Cristóbal, ne m'appelle pas comme ça, s'il te plaît » soupira-t-elle devant son excès de respect. Riley préférait la familiarité aux conventions sociales. Lorsqu'on entrait dans son bar, on entrait chez elle et donc, les marques de respects pompeuses n'avaient plus lieu d'être. Le seul patron de cet endroit resterait à jamais Martin pour la jeune femme. Se voir affubler du titre de patronne lui rappelait la pièce manquante de sa vie personnelle. « Une petite rousse. Jeune. Les yeux marrons, tatouages apparents... Ça te dit quelque chose ? » lui demanda Cristóbal en s'approchant d'elle. Riley fronça les sourcils, surprise par sa question si vague. Elle chercha quelques instants dans son esprit, très vite recentré sur la tâche qu'elle était en train d'accomplir. Elle versa quelques gouttes d'un liquide verdâtre dans le gobelet en acier posé devant elle, puis referma la goupille rapidement. « Rousse ? Non, ça ne me dit rien. Pourquoi ? » demanda-t-elle en agitant vigoureusement le shaker qu'elle tenait. Elle lui fit faire un saut périlleux dans sa chaque main, avant de le reposer sur la table, sous les yeux ébahis de son employé. « Elle veut te parler. Elle attend au bar. Elle a dit qu'elle savait que tu avais des problèmes » reprit Cristóbal avec une pointe d'inquiétude dans la voix. Riley stoppa son entreprise d'extermination pour enfin daigner poser un regard sur le visage carré de son barman. Froncer les sourcils ainsi ne le rendait vraiment pas engageant. Est-ce qu'il avait dit tatoué ? La mémoire de la sorcière se réveilla soudainement, tel un éclair de lucidité l'ayant traversé. « C'est pas possible... » bafouilla-t-elle à son attention, avant de quitter la pièce précipitamment.

Cela faisait un petit moment que Riley n'avait pas fait de rêves prémonitoires. D'ailleurs, ce n'était pas la capacité la plus développée chez elle pour une sorcière. Ces derniers temps, ses rares heures de sommeil avaient été ponctuées de violents cauchemars impliquant le monstre qu'elle avait rencontré dans la mine avec Cassidy. Autant dire qu'elle n'avait prêté que peu d'attention au visage d'une demoiselle à la chevelure rousse apparue dans ses songes. Riley voyait tellement de clients défiler dans son bar, qu'elle s'était dit qu'elle l'avait déjà croisé auparavant. Mais à présent, les images revenaient clairement à son esprit. Ces cheveux flamboyants, ces tatouages, les pleures de ce bébé... Elle était telle qu'elle la voyait en face d'elle, la lumière du jour éclairant davantage ses traits. « Tu... Tu en as mit du temps pour venir » bredouilla Riley dans un soupir. La jeune femme savait que l'incongruité de sa remarque n’effraierait pas son interlocutrice, car en son for intérieur, celle-ci savait qu'elle était aussi une sorcière. Elle le sentait, elle en était certaine. « Excuse-moi, je suis malpolie. Je te sers quelque chose ? C'est la maison qui offre » se reprit-elle en essayant d'être la plus naturelle possible. Un sourire resta pourtant accroché à ses lèvres, fi de toutes méfiances. Elle connaissait cette fille, même si elle ignorait tout d'elle. Le sentiment était étrange, mais pas inconnu pour une sorcière.
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there is never a perfect answer in this messy, emotional world. perfection is beyond the reach of humankind, beyond the reach of magic. in every shining moment of happiness is that drop of poison: the knowledge that pain will come again.


Dernière édition par Riley J. Nott le Sam 18 Nov - 16:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: it's a new morning and you're going home (riley)    Dim 12 Nov - 21:42

it's a new morning and you're going home  
Beatriz & Riley
This city desert makes you feel so cold, it's got so many people, but it's got no soul. And it's taken you so long to find out you were wrong, when you thought it held everything - Gerry Rafferty "Baker street"

Convaincre cet employé de me laisser voir sa patronne n'avait pas été une mince affaire. Bien au contraire, j'avais vu sa réticence dans son regard, alors qu'il me détaillait de la tête aux pieds. Je l'avais vu me scruter, m'analyser, me disséquer, comme s'il avait le pouvoir de déterminer si j'étais digne de confiance rien qu'en m'étudiant de la sorte. En réalité, cette inspection méticuleuse m'avait foutu la chair de poule. On ne pouvait pas dire que la patronne du Old Absynthe House ne savait pas s'entourer. Je n'osais dès lors imaginer dans quelles embrouilles elle s'était fourrée. Pour que je doive montrer patte blanche, le gouvernement devait fourrer un peu trop son nez dans les affaires de sa gérante. Ce qui en soi me paraissait logique, surtout si on me prenait pour une des leurs. Je ne saurais dire d'où me venait ce sentiment cuisant qui m'avait prise aux tripes dès lors que ce mec m'avait considérée de son regard suspicieux. Officiellement, je faisais partie de ceux qui soutenaient la dictature en place. On me laissait tranquille et c'était très bien comme ça. Aussi n'y avait-il aucune raison valable pour que je me sente vexée si on m'assimilait à eux. C'était tout de même étrange, que mon premier réflexe soit de me désolidariser de tout ce qui se passait. Néanmoins, je n'eus pas le temps de songer davantage à ma réaction épidermique, car quelques secondes – ou minutes ? - plus tard, la gérante du bistrot se tenait devant moi, telle que mes rêves l'avaient dépeinte. Petite, brune, mince, elle ne devait pas être beaucoup plus âgée que je l'étais, et elle se retrouvait gérante d'un bar bicentenaire. Plus je la regardais et plus je voyais ses traits fatigués, comme si elle avait vécu une épreuve difficile récemment. Je détournai les yeux lorsque je réalisai que je la fixais, parce que c'était très impoli de dévisager les gens. Il n'empêche que des questions sans réponses trottaient dans ma tête, parce que j'avais l'impression de pénétrer dans un univers diamétralement opposé au mien, et bien plus que l'appréhension, ce fut la curiosité qui prit le dessus. Je voulais savoir ce que toute cette histoire impliquait, pourquoi je l'avais aperçue, elle, dans mes rêves et pas une autre.

Je haussai un sourcil sardonique lorsqu'elle me dit que j'avais mis du temps pour venir. J'avais effectivement tardé à rappliquer car je n'avais pas du tout élaboré de plan. Ça ne me ressemblait pas. Je n'avais pas l'habitude d'improviser, et ça me rendait nerveuse. J'aimais ressentir que j'avais une certaine maîtrise sur le cours des événements, que je n'étais pas une marionnette que l'on manipulait à sa guise. J'aimais quand tout était carré, délimité, j'aimais savoir où j'allais, car la prévisibilité m'apportait un sentiment de sécurité qui était très précieux ces temps-ci. Aussi ne répondis-je rien à sa remarque, parce qu'il n'y avait rien à répondre. J'avais mis du temps à venir, oui, mais maintenant j'étais là, et c'était le plus important. Qu'elle eut anticipé ma venue ne m'étonnait même pas. à cette pensée, le sentiment de familiarité que j'avais éprouvé en la voyant revint au galop. J'étais certaine de ne l'avoir jamais vue auparavant, mais nous étions reliées par ce fil invisible et à en croire ces rêves prémonitoires, nos destins étaient voués à se croiser. C'était une logique qui échappait au commun des mortels et pourtant je la ressentais au plus profond de moi, c'était comme une certitude qui émergeait de l'océan de doutes et de tourments qu'était ma vie ces temps-ci. Je ne me laissai toutefois pas déstabiliser par cette sensation rassurante et même réconfortante, oserais-je dire. Je ne connaissais cette fille ni d'Eve, ni d'Adam, elle trempait dans des magouilles qui me dépassaient complètement et je n'étais pas encore certaine de ce que je pouvais réellement faire pour elle, aussi me sentais-je tout à fait légitime de ressentir de la méfiance à son égard. Qu'elle ne prenne pas la soudaine distance que j'avais instaurée entre nous personnellement, j'agissais ainsi avec tout le monde, rares étaient ceux qui pouvaient se targuer de m'approcher. J'étais incapable de tisser des relations durables parce que je ne m'attachais pas. Aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais eu beaucoup d'amis, j'allais et venais dans la vie des gens comme un courant d'air. Ce fut donc avec une certaine réserve que j'acceptai qu'elle m'offre à boire. Je me hissai sur le tabouret accoté au bar et je déposai mon sac à main non loin de moi, de telle sorte que je puisse garder un œil sur mes affaires. On ne sait jamais, après tout, même si l'endroit n'avait pas l'air mal famé. Ne dit-on pas que prudence est mère de sûreté ? Une fois installée, je me décidai à commander ma boisson gratuite.

« Un diabolo menthe, s'il te plaît. » répondis-je, la voix un peu rauque – je me mis à toussoter légèrement pour m'éclaircir la gorge. « Ce n'est pas très original mais ça désaltère. »

J'adressai un sourire poli à la sorcière lorsque j'eus passé ma commande et, toujours aussi tendue, je me mis à pianoter sur la surface du bar. Voilà que ça me reprenait. Une partie de moi voulait directement passer aux choses sérieuses, c'est à dire évoquer les raisons précises de ma venue – y en avait-il seulement ? - mais mon côté raisonnable ne voulait pas brûler les étapes. Si elle avait réellement des emmerdes avec le gouvernement comme je le pressentais, elle ne m'en parlera pas à moins de se sentir en confiance avec moi. Puis il y avait cet homme, l'employé à qui j'avais eu affaire quelques instants plus tôt qui continuait à rôder autour de nous tel un vautour, ce qui n'allait pas faciliter nos échanges. Il fallait trouver un moyen de s'en débarrasser, aussi nous pourrons discuter en toute tranquillité.

« Tu ne saurais pas me dire où sont les sanitaires, par hasard? » demandai-je soudainement, en m'assurant que l'homme entende bien ce que j'étais en train de dire. « Je crois qu'il y a des tâches de lait sur mon chemisier, elles n'y étaient pas tout à l'heure. » Je me mordillai la lèvre inférieure d'un air gêné. « Mon fils est encore un bébé et je l'allaite alors forcément il y a des fuites. Tous mes vêtements sont tâchés et sentent le lait caillé. »

L'histoire ne disait pas si mes vêtements étaient véritablement tâchés ou si ce n'était que du bluff, mais je devais bien trouver un moyen de parler à la gérante du Old Absynthe House en seul à seul sans oreilles indésirables à proximité. Et comme aucune idée lumineuse ne m'était venue en tête, j'avais improvisé, ne lésinant pas sur les détails peu ragoûtants. D'habitude, les hommes ne pouvaient pas supporter d'entendre parler d'allaitement et de seins gercés à force de servir de garde-manger aussi espérais-je que ma tentative de diversion soit efficace. Alors, je mis à croiser les doigts sous le comptoir. Je priais pour que la jeune femme comprenne ce que j'essayais de faire, et s'arrange pour que nous puissions parler en toute discrétion.
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MessageSujet: Re: it's a new morning and you're going home (riley)    Sam 18 Nov - 23:43

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Rêver d'enfants n'était pas inhabituel pour la sorcière, dont la fertilité était pourtant nulle et non avenue. La fratrie pullulante des Nott avait toujours été vecteur d’instinct maternel pour Riley, de même que pour son frère Ashley, second chef de famille. Dès leur plus jeune âge, le frère et la sœur s'étaient vus contraints d’exercer le rôle de parents, à défaut d'en avoir de véritables pour les élever. Non pas qu'ils fussent nés orphelins, mais plutôt que les deux adultes leur servant de géniteurs ne s'étaient jamais vraiment montrés responsables ; préférant s'injecter dans les veines la dernière merde du coin achetée avec le peu d'argent gagnés par l'un ou l'autre et oubliant souvent de rapporter de quoi manger à la maison. L'école publique comme celle de la rue avait rapidement pris le relais sur leur éducation. La seule figure positive les ayant jamais aidé fût leur tante maternelle, auprès de qui vivaient encore les cadets de Riley jusqu'à l'Apocalypse. Depuis, la sorcière n'avait plus de nouvelles. Elle espérait qu'ils aient trouvé refuge dans la Communauté ou même au sein du Gouvernement, si cela leur permettait d'avoir une vie meilleure et une enfance plus heureuse que la sienne. Quelque part, la jeune femme n'était pas mécontente que la lignée des Nott ne se perpétue pas avec elle et son grand-frère Ashley, en supposant celui-ci soit encore en vie. Elle ne pourrait rien offrir d'autre à un supposé enfant, qu'une famille dysfonctionnelle et mono-parentale dont elle avait bien trop soupé pour répéter le fléau. Par ailleurs, Riley ne ressentait pas le besoin d'enfanter une quelconque marmaille. Elle avait déjà bien à s'occuper quotidiennement. Ces enfants à elle s'appelaient Cassidy, Alejandro, Justin, Alistair, Lena ou encore Raquel. Tout autant de compagnons de résistance, d'amis ou de simples connaissances dont elle prenait soin, comme s'il s'agissait de sa progéniture.

Si Riley n'aurait jamais d'enfants à elle, cela ne voulait pas dire qu'elle était incapable de comprendre les besoins d'une mère. Après tout, elle restait une femme elle-même. L'attachement et le dévouement étaient des qualités la qualifiant au plus haut point. Dès lors, la sorcière accueillie sans méfiance la visiteuse incongrue que lui présenta son employé. Contrairement à celui-ci, elle ne montra aucun signe d'hostilité à son égard, alors que la raison de sa présence en ces lieux aurait du la rendre nerveuse. Elle savait qu'elle avait des ennuis. Riley en oublia presque cette phrase, lorsque le souvenir de son rêve prémonitoire lui revînt en tête. Cette fille ne venait pas en ennemie, mais en amie. Elle en était certaine. Toute aussi certaine que la jeune rousse était une sorcière, dont l'aura magique la frappa profondément en sa présence. Ses pouvoirs devaient être plus puissants que ceux de Riley. Il y avait même autre chose que la propriétaire des lieux n'arrivait pas à distinguer dans ces vibrations ésotériques. Quelque chose de flou et d’inexplicable, qui ne la rendit que plus ravie de l'avoir enfin en face d'elle. « Je te prépare ça » opina la jeune femme en lui adressant un sourire. De prime abord, la rousse avait beaucoup plus un physique à boire de l'alcool. Avec ses tatouages et ses vêtements sombres, l'on aurait pu s'attendre à ce qu'elle affectionne plus particulièrement les breuvages alcoolisés que les boissons sucrées. Néanmoins, Riley repensa au bébé aperçu dans son rêve et félicita intérieurement son invité de sa sobriété. Celle-ci lui confirma d'ailleurs sa prémonition, en lui demandant le chemin des toilettes pour se nettoyer. Lorsque la jeune mère lui intima à voix basse les désagréments de l’allaitement, la sorcière se sentit à la fois gênée et impuissante, avant de comprendre qu'elle cherchait simplement à lui parler en privé. Riley jeta un regard discret en direction de Cristóbal, essuyant nonchalamment des verres non loin d'elles. Elle le soupçonnait très fortement de tendre l'oreille pour les écouter. « Oui, bien sûr. C'est à l'étage. Première porte à droite » répondit Riley en lui adressant un clin d’œil. En réalité, elle venait de lui donner l'indication pour accéder aux terrasses. Là-haut, elles seraient plus à l'aise pour parler.

A ces indications, la rousse prit alors la direction de l'étage supérieur, pendant que la brune s'occupait à préparer le verre qu'elle avait lui avait promis. « Alors, qui est-ce ? » demanda timidement la voix de Cristóbal à ses côtés. Riley cacha un roulement d'yeux, tandis qu'elle remplissait un verre de glace pillée. Malgré la douceur dans sa voix, il ne lui avait pas fallu plus de cinq secondes pour venir s'enquérir de l'identité de la nouvelle cliente. « Une amie » lui répondit la jeune femme. Elle ne pouvait vraiment lui en vouloir. C'était elle-même qui l'avait missionné de lui indiquer tout les nouveaux venus dans l'établissement. Avec la Prohibition, chaque nouvelle tête était un possible indicateur. Chaque client pouvait la dénoncer et ce, à tout moment. Dès lors que Riley estimait qu'un client était digne de confiance, elle autorisait ses employés à lui servir de l'alcool (moyennant une contrepartie financière assez élevée). « Tu n'as pas dû la voir depuis longtemps alors » fit remarquer son collègue, comme si de rien n'était. Elle voyait parfaitement où il voulait en venir. Mais au lieu de tout nier en bloc, comme il devait s'y attendre, elle décida de faire preuve de franchise. « En fait, je ne l'ai jamais vu » lâcha-t-elle à la volée, avant de s'éclipser à l'étage, un verre pétillant à la main.

Riley rejoignit la rousse qui s'était installée sur l'une des chaises traînant encore sur le balcon panoramique du Old Absinthe House. Celui-ci offrait une splendide vue sur l'ensemble du quartier français, aujourd'hui en délabrement. La brune aimait beaucoup venir ici le matin, pour fumer une cigarette à son réveil. Bien entendu, elle n'allait pas jusqu'à s'appuyer sur la rambarde, à la vue de tous. Elle s'asseyait discrètement dans l'encolure des portes fenêtres, à regarder le ciel prendre petit à petit des couleurs. C'était l'un des rares moments durant lesquels Riley se sentait sereine, ou du moins pas encore oppressée. « Tiens » dit-elle en tendant le verre de menthe à son invitée. Elle tira une chaise pour s'installer à ses côtés. Le soleil tapait durement au-dessus de leur tête. Dans quelques heures, cette partie du bâtiment serait à l'ombre. La température deviendrait alors des plus agréables pour y déguster un verre de spiritueux. « Excuse Cristóbal. Il a pour consigne de se méfier de tous les nouveaux clients » avoua Riley, en baissant les yeux, gênée. Il ne faisait que son travail. Il n'avait pas partagé le rêve de la sorcière, ni le sentiment qu'elle avait ressenti en se réveillant. Celui d'un apaisement. « Et excuse-moi pour ma remarque. C'est juste que...je savais que tu allais venir » répéta-t-elle à nouveau, cette fois-ci sans trembler. Elle croisa le regard de la rousse qu'elle semblait déjà connaître, alors qu'elle venait simplement de la rencontrer. Peut-être leur chemin s'était-il réellement croisé par le passé ? « Je m'appelle Riley » lui dit-elle en lui tendant la main.

voilà à quoi ressemble le vrai old absinthe house:
 
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MessageSujet: Re: it's a new morning and you're going home (riley)    Mar 28 Nov - 19:47

it's a new morning and you're going home  
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J'adressai un sourire poli lorsque la jeune femme m'annonça préparer la boisson que j'avais commandée. Un diabolo menthe. C'était une boisson très ordinaire, pas de quoi alerter ces chiens de miliciens venus contrôler inopinément les bars et autres bistrots de la ville à la recherche d'éventuels contrevenants à la Prohibition. L'homme de main de la patronne du Old Absynthe House ne m'inspirait pas confiance et j'avais le sentiment qu'il fallait que je prévienne la brunette. Oui, mais comment m'y prendre ? Je ne pouvais décemment pas le mettre en cause en sa présence, et affirmer que je ne le sentais pas n'était pas suffisant. J'avais besoin de preuves concrètes pour le confondre, pour craqueler la couche de vernis impeccable dont il était couvert. Alors, je n'avais rien de mieux à faire à part attendre, et faire comme si de rien n'était. Lorsqu'elle m'indiqua enfin où étaient les toilettes pour dames, je lui jetai un regard hésitant, avant de hocher la tête avec gravité. Etage. Première porte à droite. Mon cerveau enregistra péniblement l'information, et je me sentis frustrée que mon plan ait échoué aussi lamentablement. Ce sentiment ne dura cependant qu'un temps : du coin des yeux, je l'avais vu m'adresser un clin d'œil, à peine perceptible. Je ne saurais dire si je l'avais réellement perçu ou si ce n'était que mon imagination qui me jouait des tours, mais dans le pire des cas, je pouvais toujours m'isoler aux toilettes pour réfléchir à la suite de mon plan. Après tout, il arrivait très fréquemment que les plans ne se déroulent pas toujours comme prévu et qu'il fallait les réaliser en plusieurs temps. J'adressai un nouveau sourire contrit à ces messieurs dames, avant de me lever de mon tabouret, récupérer mes affaires et emprunter le chemin indiqué par la patronne, tout en priant pour que mon expression navrée soit suffisamment convaincante – j'étais censée avoir tâché mon chemisier tout neuf avec mon lait, il y avait de quoi être désolée car des auréoles humides pile à cet endroit là, c'était franchement gênant.

Je tournai alors les talons, et traversai la salle pour atteindre la porte qui mènerait au premier étage, conformément aux indications de l’autre sorcière. Ce ne fut qu'une fois arriver en haut de l'escalier que je me rendis compte qu'on ne m'avait pas du tout indiqué l'emplacement des toilettes comme je l'avais présumé. La seule porte que je voyais menait aux terrasses, lesquelles étaient désertes. En l'espace d'un instant je crus que je m'étais trompée, mais je me trouvais au bon endroit. Le doute, insidieux, vint parasiter mon esprit. M'avait-elle envoyée dans un traquenard ? ça se pouvait d'autant plus que l'employé savait très probablement où se trouvaient les toilettes pour dames, et il se trouvait que la patronne ne m'avait pas envoyée au bon endroit. Pestant intérieurement, je me mis à maudire mes rêves prémonitoires devenus très imprécis. Ma puissance n'étant plus ce qu'elle avait été, il n'était pas absurde que je me sois trompée en interprétant ce que j'avais vu. Le truc, c'est que je ne pouvais plus vraiment m'échapper. Pourtant, même en tendant l'oreille, je ne décelai aucune présence indésirables. Mes craintes étaient sûrement infondées, mais j'estimais que j'avais quand même raison de me méfier, parce qu'on n'est jamais trop prudent. Je m'enjoignis toutefois à me calmer puis, décidant de faire un minimum confiance à cette femme, je franchis la fameuse porte et me rendis sur la terrasse. À pas mesurés, je faisais le tout de la terrasse, avant de m'aventurer près du bord. La vue n'était pas si mal, je m'autorisai même à m'asseoir sur un siège pour mieux en profiter. A dire vrai, le cadre était parfait pour fumer une cigarette, et si j'en avais dans mon sac, je ne pris pas le risque d'en sortir une.

Alors je patientais, un peu nerveuse. Je continuais à guetter la porte, comme si je m'attendais à voir un ennemi surgir sur la terrasse. Et si c'était ce mec qui était venu pour me jeter par-dessus la balustrade pour m'empêcher de parler ? En tombant du premier étage je pouvais me faire très mal mais pas mourir, n'est-ce pas ? le soulagement me gagna quand je reconnus la sorcière. Son homme de main n'était pas là. Non seulement elle m'apportait la boisson commandée, mais en plus nous pouvions parler en toute liberté. Je savais cependant que cette accalmie serait de courte durée, aussi je devais faire vite, aller à l'essentiel. Je soufflai un merci lorsqu'elle me tendit mon verre. La paille entre les lèvres, j'aspirai un peu du liquide vert qu'il contenait. Je ne cillai pas lorsqu'elle tira une chaise pour s'installer à mes côtés. Elle me pria d'excuser Cristobal, chargé de filtrer la clientèle. Je tiquai en entendant le nom de l'homme de main. Était-il celui que j'avais vu en rêve ? Je ne saurais dire, je ne me rappelais pas bien des visages de ces silhouettes, je ne saurais même pas dire s'ils étaient blonds ou bruns, parce qu'à mon sens on ne pouvait faire confiance à personne, le danger pouvait revêtir plusieurs apparences différentes. Je tiquai une nouvelle fois lorsqu'elle me dit qu'elle savait que j'allais arriver. Elle. Elle s'appelait Riley. Je m'autorisai un sourire.

«  Et moi c'est Beatriz. » me présentai-je à mon tour, en serrant la main qu'elle me tendait – la poignée de main était franche, le regard direct transperçait l'âme. « Beatriz Deveraux. »

Je réfléchis quelques instants, n'ayant pas encore décidé comment j'allais lui annoncer ça. Devrais-je dire que je travaillais au Mary Rose, au risque de la faire frémir en mentionnant un vivier de soutiens au gouvernement ? Je décidai de passer cette information sous silence. Aujourd'hui je n'étais pas une des leurs, par contre, j'étais venue aider une autre surnat dans le besoin, et nous savions toutes les deux comment le gouvernement nous considérait.

« Je sais que mes méthodes peuvent être parfois brutales et annoncer à une inconnue qu'elle a des ennuis aussi froidement peut paraître…inapproprié. » Je bus une gorgée de limonade mentholée, pour me désaltérer. « Je ne pouvais pas faire autrement. Il devait savoir que je sais. Ecoute. Je ne suis pas en train de remettre en cause ton jugement mais…ce Cristobal, est-ce que tu lui fais confiance ? »

C'était la question qui tue, une question à laquelle il était difficile de répondre à brûle-pourpoint. Pourtant c'était une question nécessaire, car il fallait bien choisir de qui on souhaitait s'entourer, non seulement pour le bien de son business mais aussi pour son propre salut.

« J'ai fait un rêve. » annonçai-je de but en blanc. « J'ai vu des ombres, ici même, des ombres qui n'avaient pas de visage. Je ne saurais te dire de qui il s'agit précisément mais je me suis dit que si ces silhouettes n'étaient pas identifiables, c'est parce que le danger peut venir de n'importe où et surtout de là où on ne le soupçonne pas. »

Ça avait l'air carrément dément ce que je disais, mais en fait c'était terriblement sensé. A défaut de pouvoir savoir en qui je pouvais avoir confiance, je n'avais confiance en personne. C'était certes radical mais au moins je pouvais éliminer les intrus et les personnes toxiques. J'inspirai profondément puis je me jetai à l'eau.

« Je travaille au Mary Rose. » révélai-je avec prudence – à quoi bon le cacher, je lui avais dit mon nom, si elle prenait la peine de faire des recherches à mon sujet, elle l’aurait su tôt ou tard. « Je ne suis pas censée divulguer ce genre d'information mais...en tant qu'assistante je vois beaucoup de monde. Je ne connais pas forcément les noms de ceux qui viennent chez nous, mais je n'oublie jamais un visage. » Je marquai une pause, le temps de laisser Riley assimiler ce que j'étais en train de lui dire. Avait-elle compris ce que j'essayais de lui dire ? « Ce Cristobal…je l'ai vu traîner dans le coin plusieurs fois. Et il semblait proche de certains mecs de la milice. »

Mes lèvres se tordirent de dégoût lorsque je mentionnai les miliciens tant je ne les portais pas dans mon cœur. Ceci étant dit, en affirmant qu'il était proche d'un groupe de miliciens, je ne prétendais pas qu'il en faisait partie. Là se trouvait toute la nuance. Tant pis si on me considérait comme une balance. On m'avait certes obligée à collaborer avec le gouvernement mais je ne serai jamais loyale qu'envers les surnat, car j'avais peu de respect pour ceux qui nous traquaient sans relâche et voulaient notre mort à tous.
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MessageSujet: Re: it's a new morning and you're going home (riley)    Jeu 7 Déc - 17:06

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] a écrit:
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La sorcière avait parfois du mal à supporter l'éternelle inquiétude de son nouvel employé. Certes, elle était touchée de voir que Cristóbal lui témoignait de la compassion et qu'il prenait son rôle de garde-fou très au sérieux. Elle avait besoin d'avoir quelqu'un sur qui se reposer un peu, car les ennuis étaient monnaie courante avec Riley. C'était la vie qu'elle avait choisi ou plutôt celle qu'on lui avait imposé après avoir abattu son futur mari d'une balle dans la nuque. C'est après cet événement qu'elle s'était engagée corps et âme dans la Résistance. Malgré le danger constant qu'elle encourait, pour rien au monde, elle ne ferait machine arrière. Cela avait été décidé à son encontre, il y a plus d'un an maintenant. Quant au trafic d'alcool auquel elle se vouait volontiers, il en valait de la survie de son commerce, mais aussi de sa maison. Le Old Absinthe House était le seul bien qu'elle possédait, légué par son défunt fiancé. Jamais au grand jamais, elle ne laisserait le Gouvernement mettre la main dessus. C'est d'ailleurs pour cette raison, que depuis quelques temps maintenant, la sorcière se voyait forcée de céder au chantage d'un milicien ayant découvert son trafic. La règle du jeu était simple, bien que partialement déloyale pour Riley. Six bouteilles contre la protection de son établissement. Si la sorcière ne le fournissait pas en alcool, il la dénoncerait aux autorités pour vente illégale...d'alcool. Un comble. Un piège vicieux dans lequel la jeune femme ne pouvait se dépêtrer.

La sylphide rousse répondit à sa main tendue en la serrant. Elle s'appelait donc Beatriz. Voilà, les présentations faites. Son nom ne lui dit vaguement quelque chose, mais la sorcière n'arrivait pas à se souvenir très clairement de quoi. Dans son bar, tout ses clients l'appelaient "Riley" ou "patronne", pour la charrier. Elle en faisait de même avec eux. En fille de camés, son patronyme n'avait jamais brillé sous les feus de la célébrité ou de la richesse. Ainsi, elle n'en portait que peu d'attention. A la suite de leur poignée de main généreuse, son invité reprit la parole avec pour le moins autant de mystère que Riley venait d'en faire avec Cristóbal. D'ailleurs, c'est étrangement à lui qu'elle fit à nouveau mention. « Cristóbal ? » répéta-t-elle, profondément surprise. Elle ne s'était pas attendue à une telle interrogation. Si la franchise de son interlocutrice en l'effleurait guère, sa méfiance envers son barman, la laissait dubitative. Pourquoi lui ? La rousse dû sentir son trouble, car elle reprit très rapidement la parole pour lui mentionner un rêve qu'elle avait eu. A ces mots, Riley tiqua et se mit à l'écouter avec attention. Elle aussi, pensa-t-elle, intérieurement. Elle n'avait plus de doute à avoir, elle aussi était une sorcière. Les rêves prémonitoires étaient familiers chez elle et ses consœurs. « Et bien, si ça peut te rassurer. Je sais d'où vient ce danger et Cristóbal n'a rien à voir là-dedans » la rassura Riley, après avoir acquiescé longtemps à son discours. Elle savait parfaitement qui étaient les ombres que Beatriz avaient aperçu dans son rêve. Il s'agissait de miliciens. Tous rôdaient dans les parages et plus précisément ce salaud de Carter Hunters. Celui-là même qui la faisait chanter.

La propriétaire du bar fût touchée de l'attention de la rousse d'être venue la prévenir du danger l'encerclant, même si elle arrivait certainement un peu tard pour être efficace. Elle était prête à la remercier de vive voix, avant d'entendre le nom de l'endroit où elle travaillait. Le Mary-Rose. Riley eût un mouvement de recul à cette révélation. Le Mary-Rose était un bar connu pour accueillir tout le gratin du Gouvernement. Tous les gens et clients qui le fréquentaient partageaient de près ou de loin la politique de celui-ci. Tous étaient potentiellement responsable de près ou de loin de la mort de Martin. La sorcière frissonna de stupeur. Elle venait de faire entrer une ennemie dans sa maison. Riley se leva précipitamment et tourna le dos à son invitée dorénavant indésirable. Elle l'écouta d'une oreille distraite déballer son emploi, tandis qu'une terrible inquiétude crispait ses nerfs. Le Mary-Rose, la milice, le Gouvernement. Cette fille ne pouvait pas dire vrai. Se pouvait-il qu'elle se soit trompée sur l'interprétation de son rêve ? Qu'elle se soit trompé à propos de Beatriz ? Celle-ci n'était pas une amie, mais une ennemie dont sa vision nocturne était un avertissement. Elle aurait du se méfier d'elle. A la nouvelle mention du prénom de son employé, Riley se retourna vers la rousse, le visage fermé. « Il... » bafouilla-t-elle, incapable de trouver quoi répondre. Si ce qu'il disait était vrai, Riley l'ignorait. En dehors du bar, en dehors de la Résistance, elle ne savait rien des agissements de Cristóbal. Il parlait peu de ses amis. Il n'avait guère de famille non plus, mais l'Apocalypse avait fait de nombreux orphelins. Au-delà de ça, elle ne le connaissait rien de ses loisirs ou même de ses habitudes. Aurait-elle du s'en soucier davantage ? Riley pensait que chacun avait le droit à son jardin secret.

Dorénavant, la sorcière doutait fortement du bien fondé d'avoir accueilli si facilement la rousse dans son établissement. Ce n'était pas dans ses habitudes. Comme elle l'avait avoué précédemment, elle se méfiait des nouvelles têtes entrant dans son bar et pourtant, elle n'avait guère analysé l'intrus, alors que son propre employé semblait avoir flairer le traquenard à plein nez. « Écoute. Je ne sais pas ce que tu essaies de faire en proférant de telles accusations envers un individu dont visiblement tu ne connais absolument rien, mais l'ensemble de mes employés sont des personnes de confiance et aucun d'eux n'irait divulguer des informations sur la clientèle derrière mon dos » lui dit-elle, le ton tranchant. Si Beatriz n'avait pas compris à quoi elle faisait référence, c'était bien évidemment au fait que cette dernière lui ait avoué qu'elle brisait les règles de confidentialité du Mary-Rose en venant lui parler. Riley savait qu'aucun de ses deux barmans ne s'autoriserait une telle chose, par loyauté envers elle. Du moins, elle voulait s'en persuader. « Je t'ai également vu dans un de mes rêves. Je n'y avais pas prêté attention, avant que tu franchisses cette porte et peut-être que j'ai fait une erreur » confia-t-elle, en baissant les yeux, songeuse. Pourquoi baissait-elle sa garde aussi facilement en ce moment ? Riley était en colère contre elle-même et contre Beatriz. Mais elle n'arrivait pas à être en colère contre Cristóbal. Elle ne voulait pas croire qu'il lui avait menti sur ses agissements. Il avait connu son frère Ashley, il faisait partie de la Résistance, il travaillait pour elle. Non, c'était impossible. Impossible qu'elle dise vrai. « Je te remercie de l'avertissement, mais pour les problèmes que j'ai, tu ne peux pas m'aider. Pas toi » déclara Riley, avec regrets. Elle ne voulait pas se montrer plus ferme qu'elle ne l'avait déjà été. La rousse n'y était pour rien et elle ne pouvait pas rien résoudre de ces histoires. Pas elle. Pas une sympathisante du Gouvernement.
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