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 Six feet under | Beatriz

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« The forgiven warrior »

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↳ Métier : Propriétaire du Mary Rose, styliste en freelance
↳ Opinion Politique : Pro-Gouvernement
↳ Niveau de Compétences : Niveau 1
↳ Playlist : Goodies ; Ciara | Slut like you ; P!nk | Needed me ; Rihanna | Rag Doll ; Aerosmtih | Guillotine; 30STM | Tom Ford ; Jay Z | Poison ; Alice Cooper | Changes ; 2PAC | Hurricane ; 30STM | Anyway you want it ; Journey
↳ Citation : Rien ne sert de courir; il faut partir à point
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MessageSujet: Six feet under | Beatriz   Ven 10 Nov - 9:40

Six feet under
Beatriz&Esperanza
Un jour ? Une semaine ? Un mois ? Elle ne savait pas… Esperanza avait perdu la notion du temps. Elle avait survécu, survécu à cette fièvre de l’enfer. Itzal avait veillé sur elle aussi longtemps qu’il l’avait pu. Elle lui devait une fière chandelle, elle le savait pertinemment. Après un moment qui lui parut une éternité, la métisse se décida à quitter son domicile. Esperanza O’connell était de nouveau opérationnelle, du moins elle le pensait. Une faim dévorante lui rongeait l’âme. Son être tout entier criait famine. Mais avant toute chose il lui faudrait passer au Mary Rose. Jamais en d’autres circonstances elle n’aurait délaissé son bar aussi longtemps. Son club prestigieux, son bijou qu’elle se devait de veiller coûte que coûte. Elle y avait mis tant d’énergie, elle femme d’affaire devenue redoutable et d’ailleurs redoutée dans ce domaine. Faire de ce bar miteux un club prestigieux avait demandé du temps mais surtout beaucoup d’argent. Chose qu’elle investissait avec minutie. Malheureusement elle n’avait pas eu d’autres choix que de délaisser sa merveille durant la période de transition, laissant son assistante prendre les reines pendant ce temps. Après tout elle l’avait engagée pour ça. Cela lui avait demandé beaucoup d’efforts. Il était bien connu qu’Esperanza distribuait sa confiance comme une denrée rarissime en période de famine. Mais son activité ne lui avait pas laissé grand choix. Voilà comment elle en était venue à engager Beatriz Deveraux.

Arrivée aux abords du Mary Rose, Esperanza en fit le tour pour s’y aventurer par l’entrée dissimulée à l’arrière. Un passage secret réservé aux employés et aux différents artistes qui se produisaient parfois dans le club. Bien qu’elle se soit absentée durant des jours, lorsque la métisse arriva au milieu de la foule bruyante, elle se sentit totalement à sa place. Un large sourire se plaqua contre ses lèvres lorsque certains habitués la saluèrent, contents de revoir la patronne dans les parages. Esperanza feint d’avoir été terriblement prise par ses affaires, évitant ainsi les questions concernant sa soudaine disparition des radars. Néanmoins son teint pâle laissait deviner qu’elle n’était pas au top de sa forme. C’était comme si elle n’avait pas fermé l’œil depuis la dernière décennie. Au premier coup regard tout semblait aller bien. Le bar tournait normalement et les clients étaient au rendez-vous. Tandis qu’Esperanza aperçut son assistante du coin de l’œil, un homme lui barra la route. L’ancienne pirate fronça les sourcils. Elle le connaissait ce type, ce n’était pas la première fois qu’elle le croisait. De ce qu’elle se souvenait il gonflait les rangs de la milice. Avec elle il n’avait jamais posé de problème. Le visage d’Esperanza lorsqu’il se fermait était loin de paraître amical, bien au contraire. L’homme sembla particulièrement collant, félicitant le retour de la jeune femme en ces lieux, clamant qu’il lui avait manqué. La métisse retint un soupir. Elle devait rester professionnelle mais la tâche s’avéra ardue. Elle avait de plus en plus faim, elle n’en pouvait plus. Elle se semblait vriller un peu plus à chaque pas qu’elle faisait. Tant pis pour Béatriz elle la verrait d’ici quelques minutes, juste le temps de délester l’abruti de son énergie vitale, rien qu’un peu.

« Ravie de te revoir là ! Tiens d’ailleurs pour te remercier de ta fidélité laisse moi t’offrir un verre en coulisse. » dit-elle à son oreille pour qu’il soit le seul à entendre.

L’astuce avait marché. Quelques minutes plus tard Esperanza se régalait enfin d’une énergie nouvelle. Malheureusement la machine s’emballa. Elle avait si faim qu’elle ne put se contrôler. L’homme finit par abandonner tout espoir de résistance, jusqu’à ce que son cœur lâche. La silhouette gargantuesque s’effondra au sol dans un bruit sourd couvert par la musique lointaine. Merde, voilà qu’Esperanza se retrouvait avec un cadavre dans les coulisses. Ce n’était pas la première fois de sa longue vie, simplement dans n’importe quelle existence cela restait quelque chose d’ennuyeux. Le teint de nouveau frais, la voleuse d’énergie se contenta de recouvrir le molosse d’un rideau de velours. Pour l’instant personne ne viendrait fouiner ici, néanmoins il faudrait rapidement trouver une solution. Esperanza se faufila immédiatement dans la salle principale, elle se mêla de nouveau à la foule et fonça vers son assistante.

« Salut Trixie tu vas bien ? J’ai un petit souci tu veux bien me suivre ? » dit-elle d’un ton pressant.

Esperanza n’avait pas vraiment le temps de s’inquiéter de comment ces derniers jours s’étaient déroulé. Le club pouvait bien se débrouiller sans elle après tout. En tout cas ses pensées n’étaient pas du tout tournées vers ce genre de soucis mais plus vers le cadavre qui l’attendait derrière la barrière de paillettes et de faste. Comment savait-elle que Béatriz l’aiderait ? C’était simple. Pendant qu’elle aspirait l’énergie du milicien, Esperanza put apercevoir quelques uns de ses souvenirs. Elle avait donc perçut les remarques déplacées à l’encontre de son assistante. Elle avait compris que le type en question était le gros lourd dont Trixie était venue se plaindre quelques temps auparavant. Esperanza en avait donc déduit qu’il ne lui manquerait pas et qu’elle l’aiderait. Peut-être était-elle aller trop vite en besogne…




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↳ Métier : assistante d'Esperanza O'Connell, au Mary Rose. Anciennement barmaid.
↳ Opinion Politique : neutre. Pro gouvernement pour les apparences, coincée dans ce rôle qui la fait se sentir comme un imposteur.
↳ Niveau de Compétences : Un travail acharné dès l'adolescence lui a permis d'atteindre un niveau 3 général ( niveau 4 en perception de fantômes, niveau 3 en rêves prémonitoires, elle pratique le reste de façon très sporadique et très superficielle.) Cependant, en raison des événements qui ont bouleversé sa vie et de la magie qui disjoncte, ses compétences générales sont retombées au niveau 2.
↳ Playlist : way down we go + kaleo
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MessageSujet: Re: Six feet under | Beatriz   Mer 15 Nov - 20:00

Six feet under  
Beatriz & Esperanza
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La soirée battait son plein, et ce que je pensais être un véritable désastre s’avéra finalement une réussite. Tant bien que mal, j’avais bouclé l’organisation de la soirée dans les temps, sans me laisser pour autant abattre par la disparition de la patronne. Non sans soulagement , je constatai que les convives étaient satisfaits par les prestations proposées par l’établissement. Bien qu’étant ambitieuse, je n’avais pas spécialement d’appétence pour les hautes responsabilités – je les laissais volontiers aux autres. J’étais bien plus douée pour proposer des idées, pour initier un changer, que pour les mettre en œuvre. A mon sens, la logistique était tout simplement ennuyante. En l’absence d’Esperanza, toutefois, j’ai dû m’occuper des menus détails, fort déplaisants mais nécessaires. Ce faisant je prouvais à ma patronne qu’elle pouvait compter sur moi en toutes circonstances. Bien sûr, les fêtes que nous organisions devaient refléter l’image du Mary Rose, avoir un certain cachet. C’était après tout de cette façon que les clients devaient se souvenir de nos soirées. Cela ne se passait qu’au Mary Rose et nulle part ailleurs. Malgré ces impératifs qu’il fallait respecter, j’avais toutefois distillé dans mon organisation ma propre personnalité. Le produit, ainsi, était fidèle à l’idée que je me faisais d’une fête, j’avais proposé quelque chose de différent, de personnel, et le défi était d’autant plus réussi que je ne trahissais pas notre image de marque. Malheureusement j’étais toute seule pour savourer ma victoire, la patronne n’était pas là pour apprécier mes efforts et les clients ne semblaient pas s’être aperçus que j’étais celle qui avait tout organisé. En réalité ils n’y voyaient que du feu, et c’était probablement ce qu’Esperanza aurait voulu, que le passage de témoin passe inaperçu, de telle sorte que personne ne se pose de questions quant à son absence prolongée. Bien sûr que son absence avait été remarquée, mais on ne m’a jamais posé de questions à ce sujet. Si toutefois on m’avait demandée, je leur aurais répondu que je ne savais pas – ce qui était vrai. Puis de toute façon je ne voyais pas pourquoi je leur répondrais parce que les ennuis de ma patronne ne les regardait pas.

Esperanza était une femme influente qui jouissait de nombreux privilèges en raison de sa récente position. Je ne connaissais que trop bien la nature humaine et l’avidité de ces vautours qui attendaient le moindre signe de faiblesse de sa part pour s’emparer de sa place. Dans ce monde, nul n’était irremplaçable. Si je devais être un pion sur un plateau d’échecs, dans ce contexte je serais plutôt la tour. En l’occurrence, je veillais à ce que tout se passe bien. Armée de ma conscience professionnelle, je me décidai à faire un énième tour de salle afin de vérifier pour la énième fois que tout était en ordre. Je fus presque surprise de tomber nez à nez avec ma patronne que je n’attendais plus.  Sous le choc, j’ouvris et fermai la bouche plusieurs fois, comme si j’étais sur le point de dire quelque chose mais rien de pertinent ne me vint à l’esprit, aussi je crus bon de ne faire aucun commentaire. Ce n’était de toute façon pas le moment, elle avait probablement d’autres chats à fouetter que les états d’âme de son assistante. Bien sûr que je brûlais de savoir pourquoi elle s’est faite porter absente tout ce temps, mais quelque chose me dit que je saurai tout en temps et en heure. L’intuition, sans doute. Un sentiment étrange m’avait prise sitôt qu’elle m’adressa la parole pour me demander de la suivre, et j’étais quasiment certaine que ça n’avait pas vraiment de rapport avec la soirée que j’avais organisée presque toute seule. Son ton était bien trop pressant pour qu’il s’agisse de simples reproches.  

Il s’est passé quelque chose.  
Quelque chose de grave.


Cela ne faisait aucun doute désormais, Esperanza avait des ennuis, de gros ennuis et ce n’était pas ses euphémismes qui allaient me persuader du contraire. Bon sang. Que s’était-il passé ? Est-ce que ça avait un rapport avec son absence ? Je me doutais bien qu’elle ne me dira rien, maintenant, tout de suite, certainement pas au milieu de tous ces gens, pas quand n’importe qui pouvait nous entendre. Alors je la suivis, il n’y avait que de cette façon que je pourrai obtenir des réponses à mes questions. Je la suivis donc, sans tergiverser, sans faire d’histoires. Je l’accompagnai dans une salle attenante, et je n’eus pas besoin de chercher bien loin pour comprendre quel était le petit problème dont elle souhaitait me faire part.  

« Oh, merde. » sifflai-je tandis que je venais de reconnaître l’homme qui était allongé à nos pieds – un des porcs de la milice. « Que s’est-il passé ? Il est…mort ? »  

S’il ne l’était pas, il avait l’air endormi, tant il semblait paisible, enfin autant que faire se peut, dans de telles circonstances. Je secouai la tête pour me remettre les idées en place. Même si j’en avais l’habitude il n’était jamais plaisant de se trouver dans la même pièce qu’un mort, d’autant plus que celui là ne semblait pas mort d’une mort naturelle, que ses petits copains étaient dans la salle et n’allaient pas tarder à se mettre à sa recherche – si tant est qu’ils n’étaient pas trop occupés à se goinfrer.  

« C’est un milicien. » constatai-je d’une voix atone, alors que je tentais de calmer les battements sourds de mon cœur qui commençait à s’emballer. Je prenais conscience de la gravité des faits. «  Ok je récapitule, on a un cadavre dans notre cave, au sens littéral, et là haut il y a une pièce remplie de gens du gouvernement, et de miliciens. »  Je me frottai nerveusement la nuque, tandis que je réfléchissais – ce n’était guère aisé quand on avait les pensées qui partaient dans tous les sens. « Il ne peut pas rester là. On doit le bouger avant que quelqu’un le trouve. Il faut qu’on le cache à proximité de la sortie, de telle sorte qu’on puisse l’évacuer facilement. »  

Je parlais de cet homme comme d’un vulgaire détritus. Dans un sens, c’est ce qu’il était, je n’avais pas beaucoup de respect pour les hommes qui profitaient de leur position privilégiée pour obtenir des faveurs sexuelles. J’avais fait les frais de ses remarques déplacées plus d’une fois, quelque part, ça me consolait de savoir que le karma lui était retombé sur la gueule , et il n’avait pas loupé son coup. Je me mordillai la lèvre inférieure, avant de lever mes grands yeux sombres vers ma patronne. En cet instant précis, je serais bien curieuse de savoir à quoi elle pensait.    
Made by Neon Demon


@Esperanza O'Connell

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MessageSujet: Re: Six feet under | Beatriz   Jeu 16 Nov - 13:24

Six feet under
Beatriz&Esperanza
Avait-elle bien fait de revenir ? Esperanza en doutait. Pourtant après ces derniers jours à rester cloitrée chez elle, il avait bien fallu agir, réagir, sortir du mutisme dans laquelle sa nouvelle condition l’avait plongée. Voilà ce qui la poussa ce soir là à revenir en terrain conquis, un territoire sûr qui lui appartenait et la rassurait. Sur ce coup là elle s’était largement surestimée tout en sous-estimant la faim dévorante qui lui rongeait le corps entier. Un homme en avait payé de sa vie. Esperanza ne céda pas à la panique, elle en avait vu d’autres, elle craignait seulement pour la réputation de son établissement, pour ses affaires. Heureusement Esperanza put compter sur Béatriz qui la suivit jusqu’au lieu de crime sans poser de questions. Enfin pour le moment. Le ton pressant qu’elle avait employé ne laissait pas vraiment d’autres options. Et puis Esperanza n’aimait pas les pipelettes, non, ces gens qui posent trop de questions quand le temps presse. Fort heureusement son assistante était loin d’être ce genre de personnes horripilantes. Une fois arrivée dans la salle devenue morgue improvisée, la métisse se pencha sur la forme que masquait le rideau de velours et en replia une partie. Le visage de l’homme apparut soudain, le teint blafard, un air effroyable figeant ses traits pour l’éternité. Esperanza fit une drôle de moue. Elle sembla préoccupée, tellement qu’elle faillit ne pas entendre la réaction de son assistante. La voleuse d’énergie se redressa et posa ses deux mains sur ses hanches. « Mort de chez mort. » soupira Esperanza sans laisser paraitre aucune émotion. Quelle poisse. Ses yeux verts s’attardèrent un instant sur Béatriz qui connaissait visiblement l’homme. Alors ce qu’avait aperçut Esperanza était juste. Son nouveau don lui permettait de s’immiscer dans l’esprit de sa victime à mesure qu’elle le délestait de son énergie vitale. Un nouveau point très intéressant mais qu’elle essaierait d’élucider plus tard.

« Oui j’ai toujours adoré les entrées remarquées. »

De l’humour ? Dans un tel instant ? En réalité la remarque releva plus du sarcasme. L’homme n’était plus qu’un boulet, un objet encombrant dont, comme venait de le suggérer Béatriz, il faudrait vite se débarrasser. Esperanza se pinça les lèvres en fixant le cadavre. Le déplacer ne lui sembla pas être une bonne idée. Après tout personne ne s’aventurait dans les coulisses sans son consentement. D’un autre côté amener la dépouille au plus près d’une sortie serait un gain de temps considérable. Néanmoins il fallait penser à la suite. « Je pense qu’on devrait le laisser là. On va dire au personnel de ne pas accéder aux coulisses, je vais fermer la porte à clé. On ne peut pas prendre le risque de se trimballer avec un cadavre dans tout le club. On le bougera plus tard, si on disparait toutes les deux trop longtemps ça va finir par se faire remarquer. » Dit-elle en revenant rabattre le rideau de velours sur la tête de l’homme mort. Le temps leur était désormais compté. Esperanza savait que la disparition d’un milicien ne passerait pas longtemps inaperçue. Une fois redressée, la métisse prit un air solennel. « Si tu ne veux pas m’aider, dis le tout de suite rien ne t’y oblige. Car après ça il n’y aura pas de retour en arrière. » elle lui laissait une chance. Après tout Trixie n’avait pas été engagée pour cacher des cadavres. Esperanza devait savoir ce qu’étaient les intentions de son assistante. Néanmoins la jeune femme ne semblait pas vouloir qu’on découvre le corps, ce qui laissait penser qu’elle ne chercherait pas à attirer d’ennuis à sa patronne. De toute façon la version officielle ne sortirait jamais d’entre les lèvres de la voleuse d’énergie. Personne ne devait savoir ce qu’elle était devenue. Itzal, témoin de sa morsure, resterait le seul au courant. Elle risquait bien trop de choses. Une existence entière. Il faudrait trouver une raison si les choses s’envenimaient. Pour l’instant Esperanza faisait les cent pas dans la pièce.

« Ses petits copains m’ont sûrement vue partir avec… (elle soupira en marmonnant) si je reviens sans lui et qu'après on ne le revoit jamais...Sacrebleu, je les vois déjà fouiller partout. Et en même temps, peu importe où on met ce type ils finiront par le retrouver. Si seulement il pouvait simplement disparaître. »

Elle réfléchissait à toute vitesse. Fut un temps où elle avait été une sorcière redoutable, cela aurait sûrement été plus facile. Désormais elle n’était plus. Dans l’urgence de la situation tenter quoique ce soit, même une incantation vaudou serait trop long. Il fallait d’abord écarter tout risque pour pouvoir s’occuper du macchabé en toute tranquillité.




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MessageSujet: Re: Six feet under | Beatriz   Lun 20 Nov - 19:22

Six feet under  
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Je savais bien que demander s’il était mort était une question purement rhétorique. Le macchabée qui gisait à nos pieds avait l’air aussi mort qu’on peut l’être. La mort faisait partie de mon paysage depuis longtemps, je l’avais côtoyée sous divers aspects, je savais même qu’il y avait une vie après la mort puisque certaines âmes revenaient nous hanter parce qu’elles avaient encore un truc à régler avant de disparaître pour de bon. Celui-ci, pourtant, ne reviendra pas d’entre les morts, parce qu’il n’avait pas le profil, parce que les circonstances même de son décès ne permettaient pas un retour quelconque dans le monde des vivants, y compris sous forme de fantôme. Mon regard ne quittait pas son visage émacié, l’expression terrorisée imprimée sur son faciès. Sans prêter attention à ma patronne, je m’accroupis pour pouvoir observer le corps à ma guise. Simple curiosité scientifique. En le regardant de plus près, je m’aperçus que quelque chose l’avait drainé de son énergie vitale. On l’avait vampirisé de son essence, son âme n’avait donc pas la possibilité de revenir sous une autre forme puisque techniquement son âme n’existait plus. Je tournai alors la tête vers Esperanza, pour tenter de comprendre ce que signifiait ce cirque. Plusieurs hypothèses se dessinaient dans mon esprit en ébullition. Soit c’était quelqu’un qui avait embarqué ce type dans la cave et l’avait dévoré sur place ; Esperanza ne l’ayant découvert que récemment. Soit c’était Esperanza qui était responsable de la mort de cet homme et dès lors, elle était une surnat en détresse qu’il fallait aider plutôt que condamner. Les traits empreints de gravité, je me redressai, non sans grimacer parce que mes genoux étaient douloureux. Cet homme n’était pas mort de façon naturelle, c’était un accident et à mon avis, le problème ne concernait en rien la milice ou le gouvernement. Quant aux Shadowhunters je n’osais pas penser à ce qu’ils nous feraient s’ils découvraient le pot aux roses.

Je ne voyais donc qu’une solution : nous occuper nous-mêmes de ce problème délicat, parce que ce n’était pas de leur ressort.

Ce n’était pas parce que nous étions pro-gouvernement que nous n’étions pas lucides. Au contraire, nous savions . Le gouvernement était sans pitié pour les surnats, en particulier si nous menacions l’ordre établi. Je ne pus m’empêcher de faire le parallèle avec ma propre situation. Il y a des années de ça, j’étais une sorcière puissante et redoutable, addict à la magie noire. J’avais fait usage de mes pouvoirs dans les arènes, à New York, révélant ma vraie nature au public. Je n’avais jamais regretté mes actes parce que je n’étais plus obligée de me cacher, de faire semblant d’être ce que je n’étais pas. Quelle libération cela avait été ! Pourtant, cette liberté avait un prix, comme toute chose en ce monde. Le prix exigé avait été mon aliénation au gouvernement en place. J’acceptais de collaborer et on me laissait tranquille. Cela incluait de menus services, jusqu’à balancer des gens que je soupçonnais de traîtrise, quels que soient mes liens avec eux. Les cas de conscience étaient rares et pourtant il semblerait que je sois confrontée à un tel cas de conscience. Puisque Esperanza a tué un homme, un milicien de surcroît, la logique voudrait que je la dénonce pour que ce crime soit puni mais je ne pouvais pas faire ça. En cet instant précis, je me sentais davantage solidaire envers les autres surnat qu’envers les humains. Celui-ci n’a eu que ce qu’il méritait, et à mon humble avis, personne ne le pleurera. Je posai à nouveau le regard sur Esperanza. Nous étions d’accord sur le fait qu’il fallait empêcher le personnel – tout comme les miliciens d’ailleurs – d’accéder à cette salle. La fermer à clé n’éloignera cependant pas les curieux indéfiniment, c’était une solution temporaire, qui ne pouvait fonctionner que le temps de faire diversion. On ne pouvait cependant pas faire une diversion de trop grande envergure, les miliciens présents soupçonneraient immédiatement quelque chose. Aussi était-il exclu de faire procéder à une évacuation de l’établissement pour fuite de gaz ou inondation dans les sous-sols. Je sursautai brutalement, non parce que Esperanza venait de me dire que je n’étais pas obligée de l’aider si je ne le voulais pas, mais parce que je venais d’avoir une idée. Je n’écoutais déjà plus les lamentations de ma patronne – somme toute parfaitement légitimes.

« Si nous nous faisons prendre, il n’y a pas de retour en arrière possible non plus. » répondis-je avec sérieux, résistant à l’envie de faire les cent pas avec elle. « Je n’en ai rien à foutre des miliciens, ce sont les Shadowhunters qui m’inquiètent le plus. » Et tant pis pour mon langage, au vu des circonstances, je pense qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur. « Mon frère est un Shadowhunter, je sais que le châtiment qu’ils pourraient nous infliger est mille fois pire que ce qui est arrivé à ce type. C’est un sort que je ne souhaite à aucun surnat. » Peut-être étais-je en train de noircir le tableau mais c’était le fond de ma pensée. « Je sais que d’une façon ou d’une autre tu es liée à ce qui vient de se passer. Je vois aussi que ce n’est qu’un accident, et je me doute également que ça a quelque chose à voir avec ton absence de ces derniers jours. Cependant je ne poserai aucune question, parce que je sais ce que c’est de se battre contre sa nature, et je sais aussi d’expérience qu’on ne peut pas renier ce qu’on est, même en le désirant très fort. Ça ne fait plus de mal que de bien. »

Pendant des années, j’avais bridé mes dons, je les avais laissés en déshérence, et ça avait causé d’importants dégâts à ma psyché, dommages qui par ailleurs étaient irrémédiables. Ma propre mère n’a jamais accepté ce que j’étais - ou ce que je disais être – et mon frère combattait les créatures surnaturelles dont je faisais par ailleurs partie, et ma métamorphe de sœur également.

« On peut le faire disparaître tout en éloignant les éventuels témoins. » dis-je enfin, prête à exposer mon plan. « Il suffirait d’utiliser la magie pour cela. » J’employais le conditionnel parce que je n’étais même pas sûre d’obtenir un résultat concluant – mon niveau en magie n’était plus ce qu’il avait été auparavant. Cependant ça valait le coup d’essayer. Il fallait essayer, c’était une question de vie ou de mort – sans mauvais jeu de mot. « On peut évacuer l’établissement, prétexter une inondation, quelque chose comme ça. Sauf qu’il y aura vraiment une inondation. Tout du moins c’est ce qu’ils croiront s’ils viennent s’aventurer jusqu’ici. Au moins le personnel aura une excuse pour ne pas s’aventurer par ici. Et si on nous dit quelque chose nous dirons que nous sommes en train de rechercher les origines de la fuite. »

Dit comme ça, ca semblait presque trop facile.

« Sinon on peut toujours faire une fidèle réplique du bonhomme, bien vivant et faire en sorte que quelqu’un le voit à l’extérieur de l’établissement. Des témoins, ça doit pouvoir se trouver facilement. Il n’y a pas besoin que ce soit une copie exacte, dans la nuit on peut aisément confondre les gens. »

Je n’osai pas dire que je préférais largement la deuxième option car créer une illusion moins précise serait moins coûteuse en énergie que créer de l’eau -je n’avais pas un assez bon niveau général pour créer une illusion vraiment réaliste et c’était rageant. Il y a quelques mois ça aurait pu être possible mais plus maintenant. Avec un peu de chance ils n’y verront que du feu – sans mauvais jeu de mots, encore une fois.  
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MessageSujet: Re: Six feet under | Beatriz   Mar 28 Nov - 11:33

Six feet under
Beatriz&Esperanza
Que faire ? Les idées défilaient à toute vitesse. Il fallait trouver une solution efficace. Esperanza se maudissait intérieurement. Au diable la vie de cet homme, elle ne s’en souciait guerre. Encore restait-il ce cadavre encombrant qui aurait mieux fait de devenir poussière. Il fallait se débarrasser de ce corps devenu plaie. La métisse songeait toujours à une solution jusqu’à ce Béatriz rappelle sa présence. Esperanza redressa le menton en sa direction, écoutant attentivement ce qu’elle avait à dire. La jeune femme acceptait donc de l’aider. Elles feraient équipe pour tâcher de masquer ce crime. Esperanza ne tenait pas à ce que la milice se mêle de ces affaires, elle n’avait pas envie de voir une flopée d’hommes en uniforme débarquer dans son établissement et souiller sa réputation qu’elle avait mis tant de temps à construire. Elle n’était pas arrivée jusque là, n’avait pas passé trois siècles en enfer pour qu’un juge la cloue derrière des barreaux ou l’envoie dans une arène de la mort. Bien qu’elle ait gagné les derniers jeux en date, la métisse savait que la chance ne l’accompagnerait pas deux fois. D’ailleurs elle semblait l’avoir totalement abandonné au moment même ou ce zombie avait meurtri sa chair. Hochant légèrement la tête, la propriétaire du club fronça légèrement les sourcils. Oh non, elle ne voulait pas entendre de telles choses –bien que Trixie se montre extrêmement compatissante et solidaire- elle ne voulait pas accepter la vérité, pour le moment elle ne voulait pas s’engager sur cette pente glissante, elle fit alors mine de ne pas comprendre et nia les faits d’un « Je ne vois pas très bien où tu veux en venir. En tout cas c’est sûr que je suis liée à la mort de cet homme puisqu’il a eu la bonne idée de rendre l’âme dans mon club. » un joli mensonge. Peut-être arborerait-elle le sujet plus tard, lorsqu’elle serait sûre à cent pour cent que toute cette histoire serait bouclée, lorsqu’elle serait sûre que Trixie tiendrait sa parole jusqu’au bout. Et si, une fois l’affaire réglée, cette dernière lui faisait du chantage ? Esperanza se protégeait en jouant les ingénues. C’était son manque de confiance maladif qui la poussait à agir de la sorte. Il semblait pour le moment évident que son assistante était de bonne foie et que si elle avait voulu lui jouer un mauvais tour, cela aurait été fait depuis quelques minutes déjà. Mais Béatriz avait raison : on ne pouvait lutter bien longtemps contre sa nature. Et la nature majeure d’Esperanza n’était pas qu’elle était une voleuse d’énergie mais méfiante comme personne.


L’idée était excellente. Faire fuir la foule d’une manière ou d’une autre. Pour cela il fallait effectivement des circonstances atténuantes car sans ça le public mettrait un temps fou à quitter les lieux. Esperanza avait cessé de faire les cents pas. Elle bougeait les lèvres à mesure que sa réflexion reprenait de plus belle. Un dégât des eaux, la magie, éloigner les témoins. Beatriz était donc sorcière. La nostalgie balaya un instant le visage d’Esperanza avant que ses traits ne reforment une moue préoccupée.

« Oui ton idée est excellente ! Mais pour aller plus loin je pense qu’on devrait miser sur le feu ! Personne ne se précipite dehors pour un simple dégât des eaux… Si les gens commencent à voir de la fumée accompagnée d’une bonne vieille alarme ils sortiront beaucoup plus vite ! » ses yeux s’illuminèrent.

Elle était là leur solution. Il suffirait pour ça que Béatriz se charge de l’illusion de fumée. Ainsi Esperanza activerait l’alarme incendie. Il suffirait ensuite de regarder les gens se piétiner pour sortir. Personne ne viendrait alors fouiller les coulisses et les deux complices gagneraient du temps. En théorie l’idée sembla parfaite. Néanmoins Béatriz en exposa une autre. Elle était bonne aussi, Esperanza la bénit du regard avant de hausser les épaules. « Qu’est-ce qui te semble le plus facile à réaliser ? » demanda-t-elle.

Quelle chance pour la métisse d’avoir trouvé en Trixie une assistante parfaite. De toute façon elle ne l’avait pas choisie à la légère, et sa compassion sembla la hisser encore plus haut dans l’estime de la voleuse d’énergie. Pour l’instant elle n’en dirait rien les déclarations n’étaient pas les bienvenues dans ce moment qui restait critique. Esperanza s’approcha de nouveau du corps et l’enroula dans le rideau de velours comme s’il s’agissait d’un simple objet, une vieillerie qu’on emballait pour l’envoyer au feu. « Laissons-le là. En fonction du plan on avisera. Il ne faut pas qu’on disparaisse trop longtemps, viens. » dit Esperanza en s’éloignant finalement du cadavre. Maintenant que Béatriz avait trouvé l’idée parfaite, il fallait la mettre en action avant que la situation et l’absence des deux femmes ne deviennent trop suspectes.




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MessageSujet: Re: Six feet under | Beatriz   Ven 8 Déc - 21:17

Six feet under  
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Autant que je puisse en juger, Esperanza ne souhaitait pas évoquer l'incident qui venait de se produire. Elle avait l’attitude fuyante de ceux qui s'enfonçaient dans le déni, elle transpirait l'urgence de ceux qui désiraient en finir au plus vite. Quant à moi j'avais d'ores et déjà fait le lien entre le mort et Esperanza, et, contrairement à ce qu'elle prétendait, cela ne s'arrêtait pas au simple fait que le milicien ait péri en ces lieux. Cela remontait plus loin encore, à son absence plus précisément et j’étais quasiment certaine qu'il y avait un lien de cause à effet entre les événements de la soirée et les quelques jours qu'elle a passés en dehors du Mary Rose . Je ne savais que trop bien que même mourante, Esperanza n'était pas du genre à déserter, elle avait travaillé trop dur pour seulement songer à se laisser aller de la sorte. Il s'était forcément passé quelque chose qu'elle n'était pas en mesure de maîtriser, mais sa nature exacte restait un immense point d'interrogation. Je m'étais toutefois engagée à ne pas l'assaillir de questions aussi n'insistai-je pas lorsqu'elle affirma ne pas comprendre où le voulais en venir. En d'autres circonstances une telle réaction m'aurait fait sourire mais je me rappelai alors que j'étais moi-même très douée pour nier les évidences, même lorsqu'elles se trouvaient là, juste sous mon nez. Sans compter le fait que sourire dans un moment pareil aurait été fort déplacé. J'aurai des réponses plus tard, le moment venu. Alors je me tus, même si ça me brûlait les lèvres, même si ma propre curiosité me consumait de l'intérieur.

En parlant de brûler, Esperanza étudiait mes propositions, à savoir utiliser la magie pour détourner l'attention d'un public potentiel. Au lieu d'utiliser l'eau, elle suggéra de miser sur le feu, parce que le feu inspirait davantage la crainte que les grandes eau. Pourtant, de la même façon que personne ne voulait finir brûlé vif – ou intoxiqué par la fumée nocive – personne ne voulait finir noyé non plus. Or, d'un point de vue tout àl fait pratique, Esperanza avait raison : on ne faisait pas évacuer un bâtiment pour un simple dégât des eaux. Encore que ça se discute. Un dégât des eaux pouvait entraîner une fermeture du bâtiment pendant plusieurs jours, le temps de faire venir des experts pour évaluer l'ampleur des dommages, d'effectuer des travaux de rénovation et de remplacer les marchandises perdues. Plus longtemps l'établissement restera fermé et plus la perte de bénéfices sera importante. Quoiqu'il en soit nous ne pouvions pas nous contenter de simplement créer du feu. Il fallait que ça ait l'air le plus réaliste possible. Il fallait certes des flammes mais il fallait également des traces physiques, comme des murs noircis par la suie et la cendre, ou une odeur de cramé. À mon humble avis, allumer un vrai feu dans cette pièce serait beaucoup plus simple à organiser que de créer une illusion de cette envergure, mais je n'étais pas certaine que la patronne soit d'accord. Toujours de mon point de vue, il valait mieux fermer l'établissement quelques jours pour travaux, c'était toujours moins grave que de faire de la prison pour meurtre. Quelques jours de pertes de revenus étaient beaucoup plus simple à rattraper qu'une vie passée derrière les barreaux. Nous n'aurions qu'à organiser un événement en grandes pompes pour célébrer la fin des travaux et le tour serait joué. Ceci étant dit, il n'y avait pas besoin de créer des flammes pour donner l'illusion d'un incendie, la fumée pouvait suffire. Il n'empêche que ça doit toujours être réaliste et je n'en démordrai pas.  

Quelle que soit l'option choisie, en définitive, nous n'avions pas beaucoup de temps pour la mettre en œuvre. Je rejoignais Esperanza sur ce point : nous ne pouvions pas disparaître toutes les deux en même temps et surtout sur une durée aussi longue car nous serions immédiatement suspectées. Cette option là, par contre, n'était pas du tout envisageable. Faisabilité. Il fallait que j'évalue urgemment la faisabilité de toutes les idées qui avaient été émises au cours des cinq minutes qui venaient de s'écouler. De toutes les façons créer une illusion de cette ampleur allait me coûter beaucoup d'énergie. Le feu et l'eau étaient des éléments d'une force remarquable, j'allais devoir puiser très loin pour faire quelque chose de convaincant. D'un autre côté, je n'avais pas mémorisé le visage de notre homme suffisamment longtemps pour pouvoir le reproduire. Je me mordillai la lèvre inférieure et passai une main dans mes longs cheveux roux.  

« Je pense que le plus pertinent c'est de faire croire aux autres que leur copain est parti sans eux. Et qu'une fuite de gaz est beaucoup plus simple à simuler qu'un incendie. » Je posai un regard neutre sur ma patronne Je m'efforçais de rester détachée, de ne pas me laisser gagner par la panique. « Si on crée un incendie, ou un dégât des eaux, il faudra laisser des traces. Imagine que quelqu'un débarque d'ici quelques jours et ait l'idée d'inspecter de fond en comble l'établissement pour déterminer le foyer de l'incendie ou l'origine de la fuite. Imagine que cette même personne constate qu'en réalité, il n'y a rien »  

C'était un risque trop grand, or, le moindre faux pas pouvait nous coûter très cher, au sens propre comme au sens figuré. Les miliciens étaient retors, ils allaient décortiquer nos témoignages, les passer au crible afin de débusquer la moindre incohérence qui pourrait nous incriminer. Ils peuvent même essayer de nous monter l'une contre l'autre en prêchant le faux pour avoir le vrai. C'était un risque que nous ne pouvions pas prendre.  

« On ne peut pas se contenter d'une illusion, aussi réussie soit-elle. »  poursuivis-je d'un ton décidé. « Un incendie, ça laisse des traces de fumée sur les murs et le plafond. Selon l'intensité il va falloir refaire à neuf les peintures et le plancher, il va falloir faire venir des experts pour faire genre qu'on coopère, et si on refait des peintures sans même attendre l'avis de ces experts alors ils se douteront qu'on a essayé de dissimuler quelque chose. »  

Ça nous ramènerait inévitablement à notre point de départ. Moins il y avait de personnes impliquées dans cette histoire et mieux ce sera. Cela évitera que le récit des événements soit trop dilué et ne ressemble plus en rien à ce qui avait été convenu dès le départ. Même s'il n'y avait pas d'incendie à proprement parler, il fallait tout de même circonscrire la rumeur avant qu'elle se propage à la manière d'un feu de paille. Il fallait garder un maximum d'emprise sur les événements. En toute logique deux personnes étaient plus faciles a gérer qu'une dizaine. La conclusion était dès lors évidente.  

« On doit ouvrir l’arrivée de gaz. Attendre que ça se propage et évacuer les lieux. Pendant ce temps là je me faufile à l'extérieur et je m'arrange pour que des témoins aperçoivent l'homme. Plus je serai proche des lieux et mieux ce sera, je ne suis pas sûre que ma magie soit assez puissante pour avoir une aussi grande portée. Je préfère mettre toutes les chances de mon côté. »  

C'était à mon sens le plan le plus approprié, en plus d'être le plus simple à mettre en œuvre. Les lignes droites, il n'y avait que ça de vrai. Le temps pressait et nous n'avions pas assez de latitude pour mettre en place des opérations complexes comportant plusieurs étapes intermédiaires. Tendue, je jetai un coup d'œil vers la porte  de la pièce, comme si je m'attendais à voir quelqu'un débouler ici. Lorsque je me fus assurée qu'il n'y avait personne alors je m'agenouillai auprès du cadavre et je soulevai un coin du tapis pour dégager le visage du milicien, ainsi je pus mémoriser ses traits. Je n'avais le droit qu'à un seul essai, autant s'arranger pour que les probabilités jouent en notre faveur.  
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MessageSujet: Re: Six feet under | Beatriz   Mer 20 Déc - 8:42

Six feet under
Beatriz&Esperanza
La soirée prenait des allures de catastrophe. Esperanza avait reculé mais ne détachait plus son regard du semblant de cadavre caché dans son cocon de velours. Cet homme allait lui faire perdre sa recette de la soirée. Cela représentait un bien maigre pourcentage pour la veuve richissime. Mais Esperanza gardait son âme d’antan, son âme de pirate, et perdre une partie de son trésor à cause d’un vulgaire accident lui restait en travers de la gorge. La vie de sa victime n’avait pas grande valeur à ses yeux, surtout après qu’elle ait vu quel genre d’homme ce type avait pu être. Un déchet, le genre à se croire tout permis sous prétexte qu’il possédait un peu de pouvoir. Une perte sans importance comparée à cette soirée gâchée. Pour le moment Esperanza n’avait qu’une idée en tête : régler cette histoire le plus rapidement possible. Les idées fusaient, Beatriz semblait en avoir pleins la tête ce qui, dans un sens, rassura sa patronne. Elle évoqua toutes sortes de problèmes que posait la théorie de l’incendie. Esperanza leva sa main et l’agita. Peu importait le prétexte, le plus urgent était de faire sortir toute cette foule grouillante là-haut. « Bien bien, peu importe je te suis, ce qui compte c’est qu’ils sortent tous et vite. » assura-t-elle en posant son regard sur son assistante. L’idée était bonne, il faudrait se débarrasser ensuite du cadavre lorsque les rues redeviendraient calmes et sans vie. Malheureusement ce n’était vraisemblablement pas pour tout de suite. Il faudrait procéder étape par étape, step by step.

La théorie élaborée, Esperanza gardait un air préoccupé sur le visage. Comment allaient-elles s’y prendre pour allumer la conduite de gaz sans être vues ? Une lueur nouvelle vint éclairer le regard de la propriétaire des lieux. Après tout, ne suffisait-il pas que l’homme soit aperçu dehors ? Ainsi il n’y aurait aucun doute sur le fait qu’il ait disparu après l’incident au Mary-Rose. L’affaire serait réglée –Esperanza l’espérait- rapidement ne restait plus qu’à se débarrasser de la dépouille indésirable et le tour serait joué. Encore fallait-il mettre tout ça en place, un supplice pour Esperanza qui n’avait pas vraiment envisagé que sa soirée se transformerait en Cluedo grandeur nature. Le plan était simple : elle débarquerait l’air paniqué en ordonnant à tout le monde de quitter les lieux. Il lui suffirait de prétexter une fuite de gaz, aidée par Beatriz, sa complice de la soirée, et de créer un mouvement de panique qui mettrait les gens dehors. Les cibles principales restaient bien sûr les accompagnants de la victime qu’Esperanza avait pris soin de remarquer. Elle les connaissait de vue, une chance qu’elle eut été physionomiste. Elle hocha doucement la tête, captant de nouveau le fil de la conversation. « Ouvrir l’arrivée de gaz serait trop risqué, non seulement on nous verrait mais en plus on risquerait l’explosion pour de vrai ! On va remonter, on va crier à la fuite de gaz, juste assez pour créer un mouvement de panique. Tu en profites pour te glisser dehors et créer ton illusion. Ce qui compte c’est qu’une poignée de personnes croit voir ce type, le reste… » elle haussa les épaules en guise de conclusion. Le reste n’était pas important, il suffisait juste d’éloigner tout soupçon concernant le club sans perdre sa clientèle sur du long terme en ayant à prétexter des travaux. Une fuite de gaz ne laissait aucune trace physique, il suffirait de prétexter une fausse alerte une fois le corps évacué. Finalement l’idée de Beatriz s’avéra être la plus adéquate.

Sans perdre une minute de plus Esperanza avait quitté la pièce, chaque seconde qui s’écoulait était précieuse. Toutes deux avaient un plan, aussi lorsque la métisse arriva dans la pièce principale elle se rua vers le disque jockey et lui ordonna de cesser la musique. La foule se tut un instant alors que la voleuse d’énergie se confondait en excuses, annonçant que le club devait être évacué de toute urgence suite à une fuite de gaz. Un mouvement de foule énorme se forma en quelques minutes à peine, tandis qu’Esperanza se dirigeait vers les coulisses, ordonnant à ses salariés d’évacuer, on lui entrava le poignet. Elle se retourna pour constater qu’il s’agissait des copains de sa victime. Une aubaine, elle n’avait même pas eu à les chercher. Lorsqu’ils lui demandèrent où était « Patrick » Esperanza assura l’avoir prévenu en premier et qu’il les attendait dehors. Les deux molosses se mêlèrent alors à la foule direction la sortie. Une fois dehors ils tomberaient sur Beatriz qui les bernerait avec sa magie. Esperanza espéra de toutes ses forces que son assistance réussisse son coup auquel cas toute leur stratégie tombait à l’eau.




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