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 Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Lun 13 Nov - 23:37



Take off our masks
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Ne plus penser, ne pas s’attarder sur les événements passés. Ce qui jusqu’ici lui avait permis de survivre était désormais en train de la bousiller. Elle avait toujours tout calculé, elle avait toujours pu se souvenir de chaque détail des scènes qu’elle avait vécues. Et aujourd’hui, c’était ce qui la menait à sa perte. Dès que ses yeux se fermaient, elle revoyait la scène, les éclats de voix, la violence des mots, et des gestes. La colère de Dante, se heurtant à la froideur d’Eriksson. Elle avait foiré en beauté son infiltration, et désormais, elle jouait autant à éviter l’italien que la mafia qu’elle avait sur le dos. Jamais ses gestes n’avaient été autant calculés, c’était une question de vie ou de mort. Et pourtant, cela relevait du miracle qu’elle tienne encore sur ses deux jambes, sans morceaux de corps en moins. Elle le savait : si elle se faisait attraper, ce n’était pas la Faucheuse qu’elle verrait, mais bien pire.

Seul moyen trouvé pour faire face à cet esprit sur-analyseur : le pousser à se concentrer sur d’autres détails, à être occupé. Et la première chose qui lui était venue en tête était de reprendre cette enquête qu’elle avait laissé tomber il y a quelques semaines. Par manque de temps, et de preuve aussi. D’autres événements l’avaient poussée à se détourner de son but, qui était de retrouver son ancienne commanditaire, celle qui avait osé proférer des menaces de mort à son encontre. Définitivement, Ambre n’avait pas oublié que l’éliminer lui assurerait une nouvelle tranquillité – toute aussi relative qu’elle soit –. L’objectif se devait d’être rempli, puisque la milicienne ne faillait jamais. Et puis, il fallait croire que la pause lui avait fait du bien. Ou alors que l’autre avait relâché son attention. Qu’importait. Elle avait usé de son temps libre pour remonter toutes les pistes, une par une, jouer de ses informateurs décimés au travers de la ville, pour obtenir le visage de cette femme. Juste une photographie, de quoi utiliser les services du Gouvernement pour découvrir le nom par la suite.

Et elle n’eut même pas besoin d’aide une fois l’image entre les mains. Parce que celle qui l’avait menacée n’était pas une inconnue, loin de là. Lucrezia. Cette foutue neurologue… Le sourire qui s’étira sur ses lèvres à cet instant n’était même plus froid, pour imiter les sentiments qui avaient déserté son être depuis des décennies. Non, il était sadique, sarcastique. Un avant-goût de ce que cette femme allait prendre. On ne jouait pas avec Ambre.

Il avait fallu plusieurs jours supplémentaires pour mettre en place le plan, rédiger les rapports pour la milice, créer et développer l’identité qu’elle allait utiliser. Chaque détail avait son importance dans une telle mission. Et elle s’était déjà fait avoir une fois, il y a peu. Pas question de se rater une seconde fois. Ambre ne supportait pas les échecs.

Un contact, un lieu de rendez-vous donné, à l’abri des regards. Une acceptation de l’autre, qui n’avait rien à craindre de la demande. Evidemment.

Elle était arrivée en avance, pour préparer ce qui devait être le requiem de Lucrezia. Un instant, elle aurait aimé la torturer. Lui faire comprendre que s’en prendre à plus fort que soi n’était pas chose à faire. Avant de se rendre compte que la mort attendait la femme au tournant. Pas la peine de prendre des risques inutiles donc.

L’endroit lui était connu. Elle avait déjà passé quelques heures par ici. Mauvais souvenir. Le soupir qui quitta ses lèvres était pourtant résigné. Le choix ne lui était pas donné. Les doigts effleurèrent l’arme qui lui servirait pour la mise à mort. Un simple pistolet, trouvable chez n’importe quel trafiquant d’armes, même le plus petit. Histoire de brouiller les pistes, qu’on ne puisse pas remonter à elle.

L’heure tournait, et finalement la silhouette se dessina au loin. Quelques secondes, quelques minutes. Jusqu’à ce qu’elle pénètre dans le bâtiment désaffecté. Ambre laissa la femme faire quelques pas, prendre ses marques, avant de sortir des ténèbres, et de braquer le canon de son arme sur la tempe de Lucrezia.

« Echec et mat. »

J’ai gagné.


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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Jeu 14 Déc - 15:02



Take off our masks
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Un message reçu pour une prise de contact somme toute innocente. J’en étais presque vexée qu’on me pense si stupide. Jamais un nouveau client ne venait à moi, j’étais la seule à sélectionner et approcher ceux qui aurait le privilège de recourir à mes services. Je n’avais rien pu trouver de concluant sur le profil de cette femme lambda, mais cela n’avait aucune importance, j’étais convaincue que mon inconnue n’était autre que la gamine. Si cette invitation sortie de nulle part, n’avait pas suffi, ma discussion avec Kenneth et mes propres suspicions avaient achevé de me persuader du piège.

Ambre… Je savais que la gamine allait devenir un problème de taille, seulement, je n’avais su anticiper quand. Depuis notre entrevue, j’aurais dû être sur mes gardes, mais entre Niklas et Ambre, mon attention avait été monopolisée sur ce serpent. Au moins en mettant en place mon plan pour que la Menrva échappe à Niklas, j’avais fait d’une pierre deux coups. La shadowhunter avait beau avoir un dossier conséquent sur moi d’après Kenneth, elle ne trouverait plus rien désormais.

Mais s’il s’agissait bien d’elle, je doutais que la Menrva l’intéresse encore. Découvrir mon identité avait dû rendre l’affaire personnelle. Je m’étais jouée d’elle sur tous les tableaux, rien de mieux pour provoquer son ego. Je n’avais probablement pas été très perspicace en la menaçant ouvertement, mais j’avais tenté le tout pour le tout, en oubliant qu’elle n’avait peur de rien, ni de personne.

Résultat, j’allais jouer le jeu, me confronter à sa vengeance, en espérant avoir assez de temps pour laisser Kenneth intervenir. Il était ironique qu’elle me donne rendez-vous dans le lieu où tout était parti en vrille pour moi. Le sang séché de Seraphina devrait encore imbiber le sol poussiéreux de l’entrepôt. L’avantage, c’est que je connaissais très bien l’endroit, Kenneth savait donc exactement où se positionner pour assurer mes arrières. Cette rencontre était un acte de foi, et je priais pour que l’homme que j’aimais en ressorte indemne. Qu’Ambre assouvisse sa vengeance sur moi sans que notre chantage ne fonctionne était une chose, qu’elle s’en prenne à un innocent en était une autre. Pourtant, malgré ma récalcitrante, c’est Kenneth qui avait eu le dernier mot de cette histoire. Si je m’étais écouté, je ne lui aurais même pas parlé de cette entrevue. Pourtant, encore une fois, je l’entraînais au fond du trou avec moi.

J’étais à l’heure, ne doutant pas de m’être faite devancer, mais décidée à tenir mon rôle jusqu’au bout pour ne pas alerter l’inconnue. Mes pas me guidèrent sans hésitation dans la pièce principale que j’utilisais pour mes transactions autrefois. M’immobilisant un instant pour observer mon environnement, je n’eu pas l’opportunité de prononcer la moindre parole avant que le contact froid du métal sur ma tempe ne me tétanise. Putain d’instinct de prédiction, j’aurais reconnu cette voix entre mille. Bien, je n'allais peut-être pas avoir le temps d’en caser une finalement. J’espérais juste que Kenneth ne verrait pas le moment où elle tirerait.

Tu attends des félicitations peut-être ?

Je n’avais pas d’autres options que la provoquer pour la faire parler et l’occuper quelques instants. Idée à double tranchant avec une arme collée à mon visage, mais je choisis d’en faire fi, malgré la peur qui me tordait l’estomac. Je pivotais alors pour lui faire face, l’arme braquée entre mes deux yeux désormais.

Tu ne pouvais pas lâcher l’affaire tout simplement n’est-ce pas ? Ta curiosité maladive est un vrai problème. Ou serait-ce ton besoin absolu de vouloir tout contrôler dans ta vie ?

Oubliée la neurologue douce et attentionnée, j’étais aujourd’hui la meneuse d’une mafia qui détenait des informations personnelles et qui n’hésiterait pas à s’en servir. Tout ce qu’elle détestait en somme, mais les faits étaient là et elle ne pouvait que faire avec. Un sourire désabusé étira mes lèvres alors que je la détaillais. Elle n’avait pas l’air en grande forme, quoi qui lui soit arrivé, et j’en avais une très vague idée.

Alors quoi maintenant ? Tu vas simplement me tuer sans réfléchir ? Voilà qui ne te ressemble pas.

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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Ven 15 Déc - 2:49



Take off our masks
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Stain Greyjoy était actuellement porté disparu et moi ? Moi, je ne contrôlais plus rien. Depuis l'annonce de sa disparition, des dizaines, des centaines de scénarios se battaient dans mon esprit, ce dernier cherchant à deviner lequel était le plus probable, le plus logique, le plus cohérent. Cela avait occupé mes jours et mes nuits, m'empêchant de réellement me concentrer sur quoi que ce soit d'autre, m'empêchant également de dormir. Alors c'était comme ça que ça allait finir ? Stain allait mourir des mains de quelqu'un d'autre ? Ou bien s'était-il enfui ? Etait-il sain et sauf quelque part pendant que moi, impuissant, je ne pouvais pas l'atteindre ? Me voyait-il encore quand moi je ne le voyais pas ? Riait-il à pleins poumons, se moquant de moi, laissé en arrière, tournant dans mon bocal, totalement désorienté ? Cela me rendait fou, littéralement. Comment avais-je pu être aussi idiot ? J'aurais dû lui ôter la vie, profiter des multiples occasions qui s'étaient présentées à moi par le passé ; et maintenant, c'était terminé, j'avais manqué ma chance et peut-être que je ne pourrais plus jamais venger la mort de ma sœur. Oh non, il ne pouvait pas s'en sortir aussi facilement. Non, ce n'était pas possible... Peut-être était-ce un mauvais rêve ? Peut-être que j'allais me réveiller et réaliser que tout ceci n'était pas réel ? Ou alors peut-être allait-il finir par réapparaître en balançant un « Bah quoi, vous avez vu un fantôme ? » comme si de rien n'était ? Il était assez con pour ça après tout.

Si la haine avait animé chacun de mes gestes au quotidien, c'était désormais de la rage qui émanait de mon être tout entier. Pure et puissante, indomptable. Où était passée ma raison de vivre ? Elle avait foutu le camp en même temps que Stain, et maintenant j'étais là, sur cette Terre, à la Nouvelle-Orléans, sans Sophia, et sans Stain. C'était comme si on m'avait encore arraché une partie de moi-même, qu'on avait détruit tout ce que j'avais bâti jusqu'à maintenant, qu'on avait piétiné tout ce que j'avais astucieusement planté jour après jour, qu'on avait anéanti mon seul espoir de pouvoir vivre une vie normale. Aujourd'hui, quel était mon but ? Errer dans les rues de la Nouvelle-Orléans, faire le deuil d'une vengeance que je n'obtiendrai jamais ? Quel était l'intérêt de tout ce cirque ? Quel était l'intérêt de porter cet uniforme désormais ? Tout s'était effondré. Je n'oubliais pas que j'avais endossé le rôle de Shadowhunter pour Stain et pour Stain uniquement. Et maintenant qu'il n'était plus là, pourquoi le portais-je encore ? Je n'avais pas la réponse à cette question, je la cherchais encore.

Si tout semblait fade et futile, il me restait encore quelque chose, quelqu'un de précieux à la Nouvelle-Orléans. Lucrezia. Pour le moment. Car après Ivanov, c'était Ambre qui essayait de me la retirer. J'en avais plus qu'assez que des gens me séparent de ceux que j'aimais. Ou que je haïssais dans le cas de Stain. La vie prenait un malin plaisir à me frapper, encore et encore, me retirant tout ce que j'avais au fur et à mesure que j'avançais dans les années. Si j'avais été parfaitement cohérent et réaliste, j'aurais accepté le fait que je finirai, tôt ou tard, par perdre Lucrezia également. Je perdais toujours ce qui comptait pour moi. Une colère farouche grondait au fond de moi, contrôlant désormais chacun de mes faits et gestes, contrôlant mes pensées, modifiant mes perspectives de la pire manière qui soit. Le monde entier passait désormais via ce filtre et ce n'était pas très beau à voir. Si j'avais toujours été colérique, j'étais maintenant devenu littéralement rageur. Un animal, un prédateur, ayant perdu toute patience et toute mesure.

Lucrezia m'avait alerté d'un rendez-vous suspect dans une usine désaffectée du sud de la ville. Il était sûr qu'il y avait endroit plus sympathique pour faire affaire, et si son instinct lui avait signalé un danger, le mien rejoignait son avis. Il était fort possible qu'Ambre ait finalement découvert la véritable identité de Lucrezia et qu'elle lui ait tendu un vulgaire piège. Sale petite garce. Croyait-elle que je n'avais que ça à faire, cette petite soldat de pacotille ? Elle était une perte de temps, pour moi, et pour Lucrezia. Pendant qu'elle jouait avec sa petite vendetta, je perdais la mienne.

Si mon humeur était massacrante et que j'étais extrêmement nerveux depuis que Stain avait été porté disparu, protéger Lucrezia n'était pas quelque chose qui avait changé, bien que ma patience habituelle avait également foutu le camp en même temps que ma vengeance. S'il était déjà difficile pour moi de trouver le sommeil en temps normal, ces derniers jours avaient été pires. Bien pires. Voilà que j'étais désormais dans l'usine après trente-six heures sans sommeil et sans savoir si ce serait réellement Ambre qui se pointerait. Si c'était elle, il était temps de mettre fin à son petit jeu. Si ce n'était pas elle, et bien, ce n'était que partie remise. Protéger Lucrezia ne serait jamais vain dans tous les cas. Heureusement pour nous, je n'avais pas été appelé en renfort entre temps et j'avais pu me rendre au point de rendez-vous sans problème.

J'avais attendu dans l'ombre, tapi dans les décombres, tel un prédateur dans l'obscurité de la vieille bâtisse. Personne d'autre ne devait voir mon visage mis à part Ambre et Lucrezia car je n'avais aucune raison d'être là mis à part pour ces deux femmes. De plus, posséder l'avantage de la surprise n'était pas négligeable. J'étais curieux de savoir comment tout ceci allait se dérouler, mais ce dont j'étais persuadé, c'était que Lucrezia vivrait.

Mes oreilles rousses m'indiquèrent que quelqu'un était entré dans l'usine désaffectée et je restais parfaitement caché, silencieux et sage comme une image. Ambre passait dans mon champ de vision et je fus obligé de constater que nos instincts ne nous avaient pas dupés. Je la laissais passer sans l'interrompre d'une quelconque façon que ce soit, toujours minutieusement caché. Je devrai me montrer prudent ; c'était une Shadowhunter et elle était entraînée. Moins que moi, mais tout de même. J'étais loin d'être naïf mais j'étais également réaliste : pensait-elle pouvoir me surpasser d'une quelconque manière que ce soit ?

J'attendais patiemment, tel le soldat de guerre que j'avais été dans mes jeunes années. Je pouvais rester ainsi des heures, les yeux fermés, respirant à peine dans un silence de mort. Cela me replongeait dans le passé, quand ma sœur était encore de ce monde, avant que mon immaturité ne l'envoie au trépas. La vérité était que même aujourd'hui, malgré des années à retourner le problème dans tous les sens, je n'avais trouvé aucune autre alternative à la décision que j'avais prise il y a plus de cinquante ans. Aurais-je vraiment dû la laisser se marier de force ? Aurait-elle pu être heureuse ? Elle aurait été vivante. Vivante. Ou morte à l'intérieur ? Je ne le saurais jamais. Finalement, ma plus grande erreur aura été de vouloir rentrer à la maison. Ca n'avait jamais été ma maison, ça avait toujours été une prison dorée dans laquelle je n'aurais jamais dû retourner. Elle avait été là mon erreur, et ma faiblesse l'avait tuée. Et maintenant, j'avais failli à la venger. J'étais le plus brillant des hommes, vraiment.

Je fus interrompu dans l'exploration de ma culpabilité. Mes oreilles rousses se secouèrent une nouvelle fois alors qu'une odeur extrêmement familière flottait désormais dans l'air de la vieille usine abandonnée. Les pas de Lucrezia résonnèrent si fort que je n'entendais plus que ça, sans réaliser que c'était uniquement parce que j'avais concentré toute mon attention sur elle. La jolie brune entrait désormais dans la pièce centrale et je restais tapi dans l'ombre, prenant le temps d'observer les échanges et les enjeux. Mesurant le danger également, mon esprit pragmatique et rusé en action.

Ambre calait son arme sur la tempe de Lucrezia et je savais que j'aurais bondi avant qu'elle n'ait le temps d'appuyer sur la détente ; néanmoins, Rookie semblait vouloir se pavaner avant d'en finir. Prouver à l'arnaqueuse de haut vol qu'elle l'avait battue. « Échec et mat. » Cette phrase résonna dans mon esprit et un fin sourire carnassier se dessina sur mon visage. Lucrezia faisait désormais face à Ambre, l'arme de cette dernière entre les deux yeux, et je bouillonnais. J'allais l'écraser. J'allais lui faire regretter d'avoir osé toucher la peau de Lucrezia avec ce métal si froid. En portant plus d'attention aux détails, je remarquais qu'Ambre n'utilisait pas son pistolet de fonction. Est-ce que je rêvais ? Elle m'offrait son badge sur un plateau d'argent. Les paroles de Lucrezia me détournèrent de ce constat. Elle avait raison : cela ne ressemblait pas à Ambre, tuer sans réfléchir, aussi imprudemment. Mais, d'un autre côté, la Shadowhunter semblait avoir bien pensé à tout. Tuer Lucrezia et s'enfuir. Personne ne remonterait sa trace avec une arme achetée au marché noir. Pas folle la guêpe. Nous n'avions qu'une arme, pour que nos balles puissent être identifiées en cas de besoin dans les cadavres et les blessés que nous semions. Elle y avait bien réfléchi. Malheureusement pour Rookie, cela ne serait pas suffisant. Elle n'utilisait même pas l'excuse de la Menrva pour arrêter Lucrezia. Elle ne cherchait pas à la coffrer et à lui faire payer son activité mafieuse. Elle cherchait simplement à l’exécuter. Une vulgaire vengeance. Et puisqu'on m'avait volé la mienne très récemment, j'étais d'humeur à lui voler la sienne en échange.

Je décidais finalement de sortir de l'ombre dans un silence de mort, à pas de renard. J'étais déterminé à en finir rapidement. J'aurais dû être en train de chercher des indices sur la disparition de Stain. J'aurais dû être en train d'enquêter et de poursuivre la piste que Marie m'avait fournie à la place de perdre mon temps à arrêter une enfant armée menacer la femme que j'aimais. Une chance pour moi, Rookie me faisait dos. Je restais alors à distance d'elle et finis par dégainer mon arme de fonction. A vrai dire, tout son petit stratagème allait se retourner contre elle, car si elle n'utilisait pas son arme gouvernementale, j'avais moi, au contraire, tout intérêt à utiliser la mienne. Officiellement, Ambre Del Nero, Shadowhunter, menaçait une civile avec une arme achetée au marché noir. J'avais presque envie de rire. Cela paraissait presque trop facile. Anguille sous roche, voire éléphant sous coquillage, peu importait, j'allais m'adapter. Je retirais la sécurité de mon arme dans des cliquetis métalliques bien distincts qui résonnèrent dans la pièce délabrée alors que j'avais déjà Ambre dans ma ligne de mire. M'approcher trop près et lui permettre de faire usage de ses techniques de corps à corps n'était pas dans mon intérêt. Dommage pour elle, il serait difficile de me surprendre. Je savais ce dont elle était capable et j'étais très loin de la sous-estimer, bien au contraire. Je partais du principe qu'elle était extrêmement dangereuse, surtout dans une telle situation où nous parlions d'une affaire personnelle et non d'une mission officielle.

Regarde ton échiquier une seconde fois, lançais-je froidement.

Si j'avais très envie de tirer, terminer tout ceci en une fraction de seconde, comme j'aurais dû le faire avec Stain, je retins mon impulsivité. Pour le moment. Néanmoins, je ne faisais jamais deux fois la même erreur.

Tu n'utilises pas ton arme de fonction. Donc tu n'es pas en mission. Alors qu'est-ce que tu fais exactement, Ambre ? Tu menaces une civile avec une arme à feu et quelles qu’en soient les raisons, c'est illégal.

Je restais calme, en apparence, mais je savais que le ton de ma voix me trahissait. J'avais perdu ma sœur jumelle. Deux fois. J'avais laissé le Gouvernement me la retirer et je n'avais rien pu faire. Maintenant, Stain était porté disparu. Peut-être était-il mort, peut-être s'était-il enfui ; mais peu importait ce qui s'était passé, peu importait la vérité, l'objet de ma vengeance n'était plus là et le constat était le même dans tous les cas : je l'avais laissé filer, je l'avais laissé survivre. Je ne l'avais pas abattu quand j'en avais eu pleinement la chance, des dizaines, que disais-je, peut-être des centaines de fois, et désormais il n'était plus là et je n'aurais plus jamais l'occasion de le tuer. Comment avais-je pu être aussi con ? J'étais risible. Ma vie sur cette Terre était une vraie supercherie, une véritable blague et elle devait bien faire rire tout le monde. Tout le monde sauf moi. Je soupirais fortement, en colère, plus contre moi-même que contre la situation actuelle entre Ambre et Lucrezia. Je ressassais, encore et encore, peinant à me concentrer. Je me répétais les mêmes choses en boucle sans être capable de changer de disque. La folie me guettait. Mais la vérité était que je ne comptais pas perdre Lucrezia. Pas elle. Si toutes mes pensées avaient une conclusion, c'était bien celle-ci. Elle était tout ce qu'il me restait dans ce monde et je ne laisserai personne me la prendre, quitte à devoir faire couler le sang de Rookie sur le sol de cette foutue usine désaffectée dans le processus. Je ne me retournerais même pas. Voilà la vérité. Sa vie m'importait guère ; seule Lucrezia comptait. Elle était plus importante.

Pose ton arme sur le sol et recule, la sommais-je. Je te laisse trois secondes pour t'exécuter sinon c'est moi qui t'exécutes, soupirais-je, lasse et fatigué.

Ce n'était ni une menace ni une tentative de dissuasion. C'était un ordre puis un constat. Simples. Directs. Et si elle commençait à me connaître désormais, Ambre le comprendrait : je n'avais nullement envie de plaisanter.

Et si tu poses un seul doigt sur l'une de tes lames bien cachées, c'est ta main que tu perdras. Tu sais que je tire toujours extrêmement juste.

J'étais persuadé qu'elle avait au moins une dague cachée quelque part dans la jolie tenue qu'elle portait aujourd'hui, car c'était mon cas aussi. C'était le cas de tous les Shadowhunters. Nous préférions toujours prévenir plutôt que guérir. J'étais à deux doigts de tirer alors que je n'avais aucune raison de le faire pour le moment. J'étais trop nerveux, et le pire dans tout ça ? C'était que je n'en avais rien à foutre. Mais alors, vraiment rien. Pas même 0,0(...)001% de moi en avait quelque chose à battre. L'immobiliser me paraissait être une bonne idée après tout, à fleur de peau et en manque de sommeil. Ou bien voulais-je lui montrer à quel point j'étais sérieux ? Reste calme... Il le fallait.

Je sais que tu as bien plus peur des hôpitaux que de la mort en elle-même Ambre Del Nero, alors ne m'oblige pas à t'y renvoyer.

Je savais qu'elle était encore en convalescence, même si cela ne l'empêchait pas d'être dangereuse. Ce n'était pas mon problème. Je la traiterai de la même manière, affaiblie ou non. Elle avait posé son arme sur la tempe de Lucrezia, bordel. Elle avait osé la menacer ; vouloir lui ôter la vie. Si je ne la tuais pas sous la colère qui me dévorait les entrailles, elle pourrait s'estimer heureuse.


HRP:
 

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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Sam 30 Déc - 0:53



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Elle avait joué. Elle avait joué et elle ne se rendait pas compte qu’elle avait perdu. Il aurait fallu tirer, dès qu’elle avait eu Lucrezia en visuel. C’était ce qu’elle aurait fait, sous les ordres de son géniteur. Détruire lorsqu’elle était en position de force, car on se laissait rapidement submerger, non ? Et là, elle avait attendu, quelques secondes de trop. Comme si elle hésitait, comme si ce meurtre était celui de trop dans son esprit dérangé. Ambre n’en était pourtant pas à son coup d’essai, et elle n’avait jamais été sujette aux états d’âme de certains de ses congénères. Et aujourd’hui… Erreur stupide. L’autre finit par la provoquer, chose que ne vit même pas l’italienne. Elle se contenta de cligner une fois de plus des paupières, puis d’effectuer un mini-geste des épaules. Des félicitations, elle s’en foutait. En soi, elle avait déjà sa récompense, en la future mort de sa cible. Pas besoin d’autre chose. Les doigts se resserrèrent autour de la crosse, index brisé sur la gâchette. Tire, petite voix angoissée dans le fond de la conscience. Elle avait raison. Il fallait y mettre fin désormais, à cette partie de sa vie. En éliminant la seule personne capable de la faire tomber. La chef de la Menrva.

Le regard de Lucrezia planté dans le sien, colère silencieuse bouffant son cœur. Décidément, elle n’aurait jamais dû prendre cette décision… Les yeux restaient de marbre, n’exprimant aucune émotion. Pourtant, elle n’était plus cette poupée de cire aujourd’hui. Dante était parvenu à briser la pierre autour du cœur. Au mauvais moment. Parce que l’autre en profiterait, et elle en avait parfaitement conscience… « Que j’ai besoin de tout contrôler ou que ce soit ma curiosité naturelle, cela t’importe-t-il vraiment ? Tu emporteras tes questions dans ta tombe. » Elle haussa les épaules, un sourire aux lèvres. La suite l’amusa un peu plus, autant que c’était possible dans son cas. Elle cachait, derrière ce faux-semblant, les blessures, les bandages encore présents. La peau pourrie, nécrosée par les pouvoirs de Niklas était encore présente, à croire que cela avait aussi atteint son cerveau pour qu’elle soit aussi stupide. Pourtant, ses doigts ne tremblaient pas, ses yeux ne fuyaient pas. Sûre d’elle, elle le paraissait, comme à son habitude. « Ca ne me ressemble donc pas… Mais je suis une tueuse Lucrezia. J’ai déjà explosé la cervelle d’un enfant avec une balle, avant de le démembrer, sans réfléchir. La rationalité n’implique pas la réflexion en continu. »

Et elle, elle avait surtout plusieurs coups d’avance sur son échiquier. Même si là, elle enchaînait erreur sur erreur, dévoilait un passé longtemps maintenu secret, des actes répréhensible et sur le plan moral, et sur le plan légal. Combien était au courant du rôle de son géniteur avant l’Apocalypse ? Et combien dans ce nombre savait ce qu’elle était ? Peu. Très peu. La majorité de ce peu avait d’ailleurs péri, quand il avait fallu effacer les preuves. Seul Niklas savait. Et Dante se doutait. Néanmoins, mieux valait pour Ambre qu’il n’apprenne jamais les crimes dont elle était coupable. Trop humain, trop sensible, il lui donnait l’impression d’être un gosse par moment. Un gosse dont elle avait terriblement besoin…

Mouvement perçu, trop tard. Elle aurait pu avoir peur. Elle aurait dû. Cependant, l’instinct avait repris le dessus, s’accordant pour une fois avec la raison. Présence indésirable, que le regard chercha. Coin de l’oeil mouvant, fouillant la pénombre. Elle était entraînée la garde, et elle s’attendait à tout. Notamment à devoir mourir. Dans tous les cas, la milicienne ne tomberait pas seule ce soir. Que ce soit une, deux, ou trois personnes, peu lui importait. Le cliquetis si caractéristique d’un pistolet, sécurité levée. Bien… Kenneth. Il s’était donc dévoilé lui aussi. Elle aurait dû se douter qu’il serait impliqué, vu les questions posées lors de son hospitalisation, et les dossiers lus. « Je l’ai déjà regardé deux fois. » Si ce n’est plus. Tout était prévu, même sa propre mort. En revanche, Kenneth restait un problème. Un shadowhunter entraîné l’obligerait à être d’autant sur ses gardes, à jouer plus prudemment. En plus, il était resté loin d’elle. Quelques mètres, qui lui permettraient à lui de tirer correctement dans sa tête, tout en restant hors de portée d’elle et de ses armes corps-à-corps. Bien… Son regard se voila, en s’enfonçant dans celui de Lucrezia. « Illégal, vraiment ? Je ne m’en serais pas doutée. Mais défendre une chef de la mafia, c’est tout aussi indigne d’un shadowhunter, non ? » Railleuse, alors que son ton restait glacial. Il voulait tenter de la déstabiliser, non ? Il perdrait. Lui était déjà tremblant, au bord de la crise de nerfs. Il ferait une erreur en premier, Ambre le savait parfaitement. La suite aurait pu la faire rire, si elle avait été de ce bord-là. Ce type de mafieuse-là, comme son géniteur. Seule sa voix répondit à la demande, ou plutôt l’ordre : « Si tu essaies de tirer, je le ferai aussi. Entre une balle à bout portant, et une balle à quelques mètres, qui penses-tu tombera la première ? » Elémentaire, non ? Lucrezia mourrait avant qu’elle ne tombe elle-même.

Et l’italienne n’allait pas laisser sa seule tentative de survivre être libre. Et puis, en deux contre un, elle n’avait plus aucune chance. Déjà qu’elle était dans la merde là… La suite aurait pu lui faire faire une quelconque erreur. Un geste, un clignement d’oeil. De quoi confirmer son hypothèse. Néanmoins, Ambre savait garder le contrôler sur elle. Sur chaque muscle de son corps. Rien ne pouvait lui échapper si elle le souhaitait. Elle cachait le danger qu’elle représentait ainsi. « Calme ta nervosité d’ailleurs. Je doute de tes capacités quand tu n’as pas le plein-contrôle. » Aucun mot plus haut que l’autre, ton toujours aussi plat. Ambre, elle devait être la seule à ne pas avoir peur de la mort, de le provoquer. Serait-il capable de résister ? De toute façon… Elle avait déjà tout prévu la gamine. Les lettres et les preuves étaient déjà envoyées, si la Faucheuse devait passer cette nuit. Lucrezia tomberait. Quant à Kenneth… Il était le parasite de son plan, le grain de sable dans un engrenage parfait.

« Je vais reprendre un abonnement à l’hôpital si ça continue. » Presque un trait d’humour, si ce n’était pas la réalité. Tant de séjours... L’hôpital, comme les médecins, étaient ses… Peurs ? Phobies ? Principales parce qu’elle y était passée des dizaines de fois. Et à chaque fois, ils étaient complices de ce géniteur qu’elle n’avait jamais appris à apprécier. Mais elle n’en parlait pas, Ambre. Elle avait effacé ce passé, sur le papier. Il ne restait désormais que sa mémoire. Et personne ne pouvait la voir.

Les doigts restaient serrés autour de l’arme, qu’elle ne bougea pas d’un pouce. Elle jouait, et elle allait perdre. Et comme toujours, elle paraissait sereine la gamine. Trop sereine. Et elle appréciait le silence, lourd. Trop lourd.

Et aujourd’hui serait la fin.



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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Dim 4 Fév - 17:41



Take off our masks
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Mes yeux ne quittaient pas ceux de celle qui tenait ma vie dans le creux de sa main. J’étais bien conscience que tout pourrait s’arrêter d’une seconde à l’autre. Est-ce que je ressentirais la douleur ou seulement le bruit avant de me faire faucher par l’obscurité ? Aussi irrationnel que ce soit, mon questionnement me permettait de ne pas céder à la panique pure qui me dévorait les entrailles. Me garder concentrée sur quelque chose, loin de la tentation qui me ferait baisser les bras. Aucun bruit, ma pique n’avait pas trouvé sa cible, son regard braqué dans le mien ne vacillait même pas. J’avais beau savoir qui elle était, je n’avais jamais été sa cible, je n’avais jamais vu ce visage-là, une froideur sans pareille, angoissante. Un micromouvement me rassura un peu. Elle n’était pas si imperméable que cela finalement et peut-être allais-je arriver à gagner les quelques secondes qui me sauveraient la vie. Pas un changement dans ce regard de glace mais des paroles, et ça me suffisait pour savoir avoir remporté la manche. Je la laissais s’animer enfin, un sourire aux lèvres que je lui rendis, lui renvoyant une arrogance que j’étais loin d’éprouver.  Son discours me fit frissonner, énumérer une liste d’horreur pareil, à croire qu’elle en tirait une certaine fierté, j’en perdis le sourire au profit d’une grimace discrète. Je ne pouvais pas répondre à ça, qu’est-ce que je pourrais y répondre d’ailleurs ? Cette gamine était brisée, toutes les notions et les repères moraux qu’un enfant devrait avoir, elle en avait été privée. Je ne savais pas grand-chose de son histoire mais les quelques éléments que j’avais me suffisait à connaître les batailles que je ne pourrais pas mener avec elle. Pour continuer à gagner du temps j’étais prête à inventer n’importe quoi et j’étais sur le point d’ouvrir la bouche quand le cliquetis me coupa net. J’aurais pu en soupirer de soulagement tellement l’intervention de Kenneth m’apaisait. Je n’étais pas toute seule, je pouvais m’en sortir et il était le seul à pouvoir m’offrir une nouvelle porte de sortie. Je n’en quittais pas moins le regard d’Ambre, qui avait fait un rapide voyage entre Kenneth et moi. J’étais pourtant paralysée, incapable de faire le moindre mouvement et je me gardais bien d’interférer dans leur échange.

Ce fut l’ordre de Kenneth qui me fit lâcher prise sur Ambre pour le chercher du regard. Que pensait-il faire en l’acculant ainsi ? Jamais elle ne se rendrait aussi facilement, il le savait aussi bien que moi, alors quoi ? Lui avait-il laissé le choix par pur galanterie lorsqu’il savait que son seul choix serait de tirer ? Ambre avait suivi le même cheminement de pensée que moi. A bout portant hein… Si j’esquissais le moindre geste, elle m’abattrait en un claquement de doigt, mon regard fut à nouveau aspiré vers cette arme posée contre mon front. Aujourd’hui, plus que jamais j’aurais aimé être plus, simplement plus que moi-même, plus forte, plus puissante, capable de me défendre moi-même. Mais faible et pathétique, je restais muette et parfaitement immobile attendant un dénouement à cette situation, quel qu’il soit. L’inquiétude revint en un flot violent lorsqu’Ambre lâcha un détail sur la nervosité de Kenneth. Cela ne sonnait pas comme l’homme que je connaissais de se dévoiler ainsi à son adversaire. Quelque chose clochait et je crois que le timing n’aurait pas pu être plus mauvais. Les menaces s’enchainèrent et je voyais bien qu’elles ne menaient nulle part. J’envoyais paître ma bonne résolution de laisser Kenneth gérer la situation et pris sur moi pour trouver une once de courage qui me permit d’ouvrir la bouche à nouveau.

Ça suffit, lâchais-je dans un soupir de lassitude. Je passais une main sur mon visage avant d’esquisser un geste lent pour prendre appui sur la table derrière moi. Qu’est-ce que tu veux vraiment Ambre ? Si tu pensais vraiment que ma mort t’apaiserait, je serais déjà morte.

Je n’osais pas la quitter des yeux pour échanger un regard avec Kenneth. J’espérais simplement qu’il ne serait pas furieux que je m’interpose, mais surtout qu’il comprendrait ce que j’essayais de faire ici.

Tu es en colère, ok. Tu n’aimes pas l’idée que je t’ai manipulé, très bien. Je t’ai menacé, tu ne fais que répondre à cette menace. Mais voilà le hic, si j’avais voulu te tuer, tu penses vraiment que j’aurais pris la peine de te prévenir alors que je connais parfaitement tes compétences ?

Je m’arrêtais là sur ce sujet car aucune de nous deux n’était prête à ce que j’admette pourquoi j’avais préféré la dissuader au lieu de l'éliminer. Mon discours n’en était pas moins vrai, même si j’ignorais le poids qu’il aurait sur elle. Je choisis de mêler les deux aspects de moi-même, nous renvoyant chacune à une époque où nous pouvions discuter dans mon bureau.

Tu es intelligente alors pousse la réflexion un peu plus loin. Nous n’avons aucun intérêt à nous retourner l’une contre l’autre.


Non, je n’aurais jamais eu cette conversation avec elle pendant une consultation, mais au final notre relation était si tordue que nous ne pouvions plus vraiment séparer la patiente de la meurtrière ou le médecin du commanditaire.

Avant que tu ne me fasses remarquer que la présence de Kenneth dessert ce discours, laisses moi juste te préciser qu’il est ma garantie de rester en vie assez longtemps pour que nous ayons cette conversation.


Je la voyais réfléchir d’ici, analyser le moindre de mes mots, peser ce qui serait le mieux pour elle. J’espérais seulement qu’elle verrait l’offre que j’étais en train de lui faire entre les lignes. Une trêve, un statuquo, tout ce qui pourrait prévenir une fin catastrophique pour nous deux.


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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Jeu 8 Fév - 22:31



Take off our masks
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Je restais silencieux. Mon masque était tombé et Ambre avait raison : j'étais un Shadowhunter et je protégeais une chef de la mafia. Et à cet instant, j'étais prêt à me sacrifier pour elle, sans aucun regret et sans aucune hésitation. Je constatais que mes mots n'atteignaient pas la tueuse, mais j'étais sérieux. Je pouvais me contenter de tirer, cela ne me dérangeait pas. Néanmoins, j'aurais préféré que les choses se passent autrement. Elle n'avait pas besoin de mourir ; il suffisait qu'elle recule pour que je la laisse vivre. Malgré tout, cette femme était une collègue que j'avais soutenue et protégée par le passé. Aujourd'hui, maintenant, je commençais à regretter ma bonté inhabituelle. Car elle tenait la vie de Lucrezia entre ses mains, et cela m'était intolérable.

Tu ne devrais pas, répondis-je simplement lorsque Rookie fit le lien entre mes capacités et ma nervosité.

Je n'avais jamais été moins performant à cause de mes émotions ; j'étais simplement bien moins patient et compréhensif ; bien moins humain également. Très en colère. En fait, le fait d'avoir perdu Stain de mon radar et de sentir ma vengeance s'échapper de mes mains me rendait plus dangereux. Le seul risque ici était que je tire peut-être un peu trop tôt. Je calmais mon index, titillant la détente dans une impatience qui m'était, il fallait le dire, peu caractéristique. Certes, je n'hésitais jamais réellement à tirer, mais toujours de manière posée et réfléchie, ce qui n'était pas le cas maintenant en toute honnêteté. Ma cible ne bougeait pas d'un millimètre dans mon viseur mais l'inverse était également vrai. Même si j'étais nerveux, mes mains ne tremblaient pas, sûres de ce qu'elles faisaient ici : viser la soldat qui osait menacer Lucrezia. Elle ne s'en sortirait pas aussi facilement, pouvait-elle seulement le comprendre ?

Néanmoins, la peur de voir Rookie tirer brusquement sans pouvoir réagir à temps était toujours présente, même si je ne la laissais pas me dominer. Ca suffit ; la voix de Lucrezia brisa notre échange et je ne détournais pourtant pas les yeux de ma cible. Je ne pouvais pas me permettre de poser mon regard sur Lucrezia et d'être déconcentré. Pas la moindre seconde. Nous tournions en rond. La communication ne fonctionnerait pas, mais s'il y avait la moindre chance qu'elle retrouve la raison alors il aurait été plus sage pour moi d'attendre que Rookie abaisse son arme d'elle-même. Est-ce qu'un compromis pouvait être trouvé et établi maintenant ? J'écoutais attentivement leur échange, peu convaincu. J'étais peut-être la garantie d'assurer une communication entre les deux femmes, mais il était évident qu'elle n'aboutirait nulle part sans taper du poing sur la table. Cette gamine n'entendrait jamais raison ; elle était trop têtue, trop bornée. Son ego était risible. Qu'essayait-elle de prouver et à qui ? Elle ne s'arrêterait pas, ce n'était pas dans son caractère. Elle s'assurerait de poser sa domination sur Lucrezia et par extension sur moi. Pourtant, réagir maintenant, ce serait ruiner toute communication, et sans réfléchir davantage, je vis ici une opportunité. Je tirais.

La détonation résonna dans tout l'entrepôt abandonné. La balle que je venais de libérer se heurta au pistolet d'Ambre, bousculant avec violence et douleur sa main par la même occasion et obligeant cette dernière à lâcher son arme brutalement. Je la repris en joue immédiatement, mais cette fois-ci je visais sa tête. Elle n'avait plus aucune chance de reprendre le dessus désormais car sortir une lame lui prendrait bien plus de temps que de se prendre une balle dans la cervelle. C'était sa dernière chance. Je ne laisserais plus personne me prendre, impuissant, faible, ce qui comptait réellement pour moi ; et si elle tentait quoi que ce soit, elle pouvait être sûre que son corps inerte tomberait sur ce sol poussiéreux aux pieds de la femme qu'elle poursuivait et que j'aimais. Elle perdrait la vie pour sa quête.

Profite du fait que Lucrezia veuille négocier car je ne serais pas aussi clément qu'elle. La prochaine balle se logera dans ta petite cervelle d'idiote alors réfléchis bien à ton prochain mouvement avec si tu ne veux pas que ce soit le dernier.

Pouvaient-elles seulement se rabibocher ? J'en doutais. Mais si Ambre n'avait pas le choix, il était certain que cela aurait pu faire pencher la balance en la faveur d'un compromis. C'était ce que je souhaitais le plus car, ainsi, personne n'aurait à mourir - que dis-je... Ambre n'aurait pas à mourir. Sa mort était le cadet de mes soucis tant que Lucrezia vivait et j'étais prêt à faire ce qu'il fallait pour que ce scénario se réalise. D'ailleurs, je n'aurais peut-être pas dû lui laisser une deuxième chance. Peut-être aurais-je dû la descendre tout de suite plutôt que d'attendre. Finalement, la preuve était que lorsque j'attendais, la situation finissait toujours par m'échapper ; nous pouvions reprendre l'exemple de Stain. Obsession ? Très clairement. J'étais si déterminé à ne pas répéter les mêmes erreurs que je ne réalisais pas que je pouvais en faire de nouvelles, autrement, de manière idiote ou parfaitement guidé par ma fierté.

Maintenant qu'Ambre était désarmée, allait-elle reculer ? Une partie de moi-même me disait qu'elle tenterait tout pour terminer ce qu'elle avait commencé, et ceci même si elle n'avait aucune chance de parvenir à ses fins. Mais si elle tentait quoi que ce soit je la tuerai avant, qu'elle en soit sûre. Ma décision était prise et je ne serais pas aussi généreux sur le lieu où je logerai ma prochaine balle.

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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Lun 26 Fév - 22:12



Take off our masks
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Y’avait comme un ralentissement dans l’espace-temps, quelques secondes qui s’étiraient bien plus qu’elles ne le devraient. Pulsations diminuées, perceptions accrues. Ambre était toujours parvenue à contrôler toutes les phases de ses missions, de ses meurtres. Rien ne lui échappait, tout simplement parce qu’elle était la meilleure dans son domaine, entraînée par des experts, à un âge où elle était encore malléable. La tension était perceptible entre les trois, et aucun d’entre eux n’avait pour l’instant pris la décision de tout faire basculer. Comme s’ils attendaient une meilleure solution pour régler les problèmes. Néanmoins, l’italienne n’était pas stupide. Il n’y aurait que sa propre mort qui signerait la fin de la guerre, si on pouvait l’appeler ainsi. Il fallut que Lucrezia l’ouvre à nouveau, après Kenneth, pour qu’Ambre récupère un rythme cardiaque normal, et repose son attention sur la femme. Elle quitta son état de semi-transe, destiné à lui permettre de tirer en temps voulu (comme si le temps de réaction d’un être humain était suffisamment court pour contrebalancer la vitesse d’une balle.) et accomplir sa vengeance. Pourtant, Ambre, dans tout ça, elle ne savait pas bien ce qu’elle recherchait. Si ça n’avait été qu’une punition envers la neurologue, la détente aurait été pressée au détour d’une ruelle, parce que la Nouvelle-Orléans était une ville dangereuse, quand on s’y promenait seule… Et cette mise en scène n’aurait pas existé.

Alors, pourquoi ? Pourquoi la bonne petite soldate, tueuse, qu’elle avait toujours été avait ressenti le besoin de jouer ainsi ? Lucrezia la connaissait bien, à son grand malheur. Elle avait été son médecin pendant longtemps, avait certainement eu accès à certains éléments qu’Ambre avait par la suite essayé d’effacer complètement. En fait, la neurologue était capable de la cerner mieux que quiconque. Et c’était peut-être ce qui l’effrayait, la gamine. Il y eut un silence suite aux premiers mots. Pesant, électrique. Et elle la coupa, d’un ton étrangement acéré : « Je ne sais pas. » Elle ne savait pas ce qu’elle voulait, ce qu’elle attendait en faisant ça. Elle ne savait pas non plus pourquoi il y avait tant d’hésitation, de remords chez elle aujourd’hui. L’esprit n’était plus le même. Il s’était brisé, fait la malle. Et elle, elle lui courait après, désespérément. Elle voudrait revenir plusieurs mois en arrière, quand sa conscience faisait profil bas. C’était le mieux dans la vie qu’elle menait, et celle qu’elle avait mené. Réfléchir sur ses actes, dans leur dimension éthique, était clairement la pire chose qu’elle pourrait faire. Et c’était pourtant ce qui arrivait.

Et le discours continua, usant. Elle masquait du mieux qu’elle pouvait ce que les paroles pouvaient lui inspirer, de l’incompréhension la plus totale à une réflexion intense. Parce qu’Ambre, elle avait toujours été du genre à peser chaque expression, chaque mot utilisé. « Tu n’aurais jamais eu le cran de tuer un membre du Gouvernement Lucrezia. Mais dans certaines situations, même le plus lâche des Hommes peut devenir un meurtrier. » Et inversement. Même la plus insensible des assassins pouvait se révéler inutile. Ca l’agaçait, et rien n’y changeait, elle n’était pas foutue de l’abattre. Et y’avait les mots qui continuaient. Elle n’avait jamais été foutue de se taire celle-là. Et à côté, la milicienne était obligée de réfléchir, même alors qu’elle ne voudrait pas. C’était ainsi que son cerveau était fait, pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Ca l’avait sauvé plus d’une fois, lors de missions, de meurtres comme d’espionnage. Ca l’avait tellement sauvé, mais aujourd’hui, cela appuyait des doutes déjà bien ancrés.. « Aucun intérêt, vraiment ? Tu n’es qu’un parasite dans ma vie. » Juste le grain de sable capable de faire foirer l’engrenage. Ambre n’aimait pas. C’était trop dangereux, qu’elle reste en vie, qu’elle reste là. Parce qu’elle la connaissait trop, elle et toutes ses failles. Elle et son passé.

Elle n’eut pas le temps de réagir sur l’épisode Kenneth, qu’un cliquetis lui parvint, amplifié par la construction de la pièce, l’écho. Une détonation suivit. Piqûre d’adrénaline, elle pensa d’abord à un tir dans la tête. Ce ne serait pas étonnant de la part d’un tireur comme lui. Elle l’aurait presque suspecté d’avoir fait partie d’une unité d’élite avant l’Apocalypse. Mais non. Il était juste excessivement bon, et aujourd’hui, cela portait préjudice à la gamine, et ses ambitions. Puis ses doigts se relâchèrent, laissèrent tomber son seul salut. Connard. Vague de colère dans le fond des pupilles habituellement inexpressives. Puis il y eut la douleur, un frisson remontant le long de l’échine. Ses iris hétérochromiques se détachèrent du visage féminin pour s’accrocher à ses doigts. En sang. Balle bien visée, droit dans la main. Le bras se baissa, et un murmure se glissa hors de sa bouche, déversant son venin : « Juste une garantie, hein ? Garantie de ma mort. Tu as toujours été incapable de t’en charger par toi-même Lucrezia. Toujours à manipuler ou payer les autres pour le faire à ta place. Je me demande bien combien de temps il lui reste à lui du coup… »

Que Kenneth l’entende ou non, elle s’en foutait bien. Il était suffisamment stupide pour s’allier à un parrain de la mafia, et ce n’était jamais une bonne idée. Même si elle avait fait la même erreur. Il faut dire qu’elle venait de ce domaine, y avait officié. Deux fois la même erreur, ce qu’elle pouvait être stupide… « Je trouve ça déjà étonnant que tu ais loupé ton coup. » Glaciale, alors que la trajectoire de la balle était parfaite. Tout avait été d’une exécution millimétrée, et elle l’en aurait félicité en temps normal. Et si elle n’avait pas été sa cible. Mais complimenter un adversaire et ennemi n’était pas dans ses cordes. Sauf quand la situation l’exigeait, pour la réussite d’une mission. « Et c’est une drôle de manière de parler de négociations alors que tu as déjà ouvert le feu. » Ambre n’aimait pas négocier. Parce que cela impliquait qu’il y ait quelque chose entre le noir et le blanc. Et elle était en déni d’existence de ce fameux gris. Même si c’était là que Dante se trouvait. Et ça la tuait. Et réfléchir… Toujours réfléchir. Ses fesses se posèrent sur la table infectée de microbes et poussière derrière elle. Elle en avait marre, de réfléchir. Marre de ce cerveau qui fonctionnait en permanence. Marre de ces souvenirs qui revenaient toujours à la charge. Marre d’être ce robot insensible. Et pourtant, c’était tout ce qu’elle savait faire.

La main libre se glissa dans la poche intérieure de son manteau, en ressortit une cigarette. Son geste aurait pu lui valoir un aller simple en Enfer, mais qu’importait. Briquet sorti dans la foulée, tabac allumé sans attendre. Elle ne fumait pas Ambre, habituellement. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait une cigarette sur elle. Inspiration toxique prise, clope coincée entre les doigts ensanglantés. Ils tremblaient légèrement, frémissements incontrôlés de la gamine. Un instant, elle songea que se faire exploser, et eux avec, pourrait être une bonne idée. Mais Kenneth avait de meilleurs réflexes qu’elle. C’était peut-être l’avantage de perdre son humanité. Littéralement parlant. Parce qu’elle était celle en ayant le moins sinon…

« Parle alors Lucrezia. J’ai hâte d’entendre ce que tu vas proposer. » Comme si ça allait changer quelque chose. « Quel intérêt à ne pas se retourner l’une contre l’autre ? » Qu’elle ne parle pas de survie, de ne pas mourir pour la gamine. Ambre s’en foutait. Elle avait vécu dans cette optique de crever depuis plus de vingt ans. Et ce n’était pas aujourd’hui qu’elle en aurait peur.


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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Sam 7 Avr - 18:37



Take off our masks
Your past will lead you on to make



Comme je m’y attendais après avoir jeté un pavé dans la mare, Ambre ne me répondit pas de suite. Je n’étais pas totalement sûre de moi, mais entre l’hypothèse qu’elle-même ne savait pas vraiment quoi faire de moi et l’hypothèse selon laquelle elle ne voulait simplement pas me répondre, la première l’emportait largement. Une stratégie à double tranche pour moi. Soit je terminais de l’énerver et elle mettrait fin à cette conversation plus tôt que je ne l’espérais, soit je la poussais assez dans ses réflexions pour qu’elle s’incline. Kenneth m’avait pourtant mise en garde contre la fierté de la gamine. Pas un instant, il n’avait cru à mon plan, si je le voyais comme mon assurance de pouvoir échanger avec l’autre femme, lui se voyait comme sauveur et bourreau. Un des nombreux points de désaccords que nous avions et que nous aurons à l’avenir, j’en étais certaine. Cependant, je m’accrochais à l’idée que je saurais la faire plier et lui faire entendre raison. J’avais assez de sang sur les mains pour vouloir éviter de nouvelles pertes, quitte à nous mettre tous en danger. Mon regard toujours accroché à Ambre, j’étais tentée de baisser les bras, de laisser Kenneth régler cette histoire une bonne fois pour toute. Tout serait tellement plus simple, il n’y aurait plus de danger, si seulement elle était réduite au silence…

Sauf que ma conscience appuyait douloureusement sur les actes dont je n’étais pas fière et pour lesquels je me détestais. Impossible pour moi de tuer à nouveau quelqu’un pour assurer ma propre survie. J’avais la foi, je savais qu’Ambre pouvait être sauvée, elle était là devant moi, elle ne m’avait pas abattue en traître au détour d’un coin sombre, elle écoutait, même si elle ne voulait pas l’admettre. Ses réponses me firent sourire intérieurement, on progressait malgré tout. Son allusion aux parasites était l’indice qu’il me fallait pour continuer. Au fond, n’étais-je pas seulement en présence d’une gamine rongée par une peur qu’elle découvrait, la vulnérabilité. Je me doutais qu’elle détestait cela, et si j’étais la cause de ses maux, m’éliminer ne les ferait pas disparaître. Elle-même devait en avoir conscience et ma vie tenait grâce ce simple état de fait. À moi de choisi avec soin mes prochaines paroles pour m’assurer de la garder sur cette voie.

La détonation me glaça le sang, tous les muscles de mon corps s crispant sous l’appréhension, la surprise et la peur. Je vis voler l’arme qui me tenait en joue mais bien vite la frustration submergea le soulagement. Je détournais mon regard pour le poser sur Kenneth alors qu’il envoyait valser tout ce qu’essayait de mettre en place. J’en aurais juré de dépit, mais je ne pouvais pas reprocher à Kenneth son agressivité. Pourtant, mon regard s’attarda sur ses yeux. Quelque chose clochait. Je ne pouvais pas me vanter de bien le connaître, mais je le sentais sans pouvoir mettre le doigt dessus. Peut-être que je ne faisais que me leurrer sur l’image que je voulais bien me faire de lui aussi. Est-ce que toutes les facettes de l’homme me plairaient au fur et à mesure que je les découvrirai ? Je fus prise d’un doute. Je n’eus cependant pas le temps de m’y attarder alors qu’Ambre me répondait directement, ignorant Kenneth dans le processus. Évidemment, je restais sa cible. Je voulus rester maîtresse de moi-même, mais ma mâchoire se contracta violemment au sous-entendu. Je ne savais que trop bien que je serais la perte de Kenneth, mais je n’étais pas préparé à ce que quelqu’un d’autre que moi-même me l’envoie au visage. Je pris sur moi pour ne pas me justifier et simplement pour ne pas me laisser submerger par la colère et la peine que ces mots pouvaient provoquer.

Malgré tout, j'étais complètement prise de court, je ne savais plus quoi dire. Plus aucun plan de bataille ne convenait, je n’avais plus rien en tête qu’une feuille blanche. Peut-être que finalement je ne pourrais rien dire de plus, mais ce serait la condamner. Je l’observais s’installer, dépitée et je n’avais pas de mal à imaginer ce qu’il se passait dans sa petite tête. Elle avait sans doute dans l’idée que Kenneth allait la descendre quoi qu’il arrive et le peu de réaction que cela provoquait chez elle, ne me choquait même plus. Au fond, je pensais qu’elle attendait la mort comme une libération à cette vie qu’on lui avait imposé, parce qu’elle ne savait pas vivre autrement de toutes façons.

Je n’ai aucune envie de mourir.

Je n’avais plus que l’honnêteté à offrir pour essayer de rattraper cette situation. J’offris un dernier regard à Kenneth, souhaitant vraiment rester assez longtemps en vie pour profiter de ce quelque chose que nous avions commencé à construire, avant de reporter toute mon attention sur Ambre. Elle voulait une raison ? Je lui donnais la mienne. Je n’allais pas travailler à sa place pour trouver la sienne. Si vivre n’était en rien une bonne raison pour elle, il y en avait forcément une autre.

Et j’ai déjà eu ma dose de chantage pour plusieurs vies.

Le trait de caractère qui prépondérait chez Ambre, était ce désir d’avoir un maximum d’informations sur tout et tout le monde. L'appâter avec des informations, je n'avais que ça sous la main pour le moment. Une idée comme une autre, sans aucune garantie qu’elle morde à l’hameçon. Je voyais d’ici Kenneth fulminer, car je venais de donner une information somme toute importante à la gamine, qui pourrait creuser pour arriver jusqu’à Ivanov. Mais une bataille à la fois, je gérerai cela plus tard, si plus tard, il y avait.

Mon but dans la vie est très simple. Faire payer à ceux qui m’ont tout pris. Quel est le tien ?

Je n’avais pas besoin de lui préciser pourquoi j’avais fait cette confidence. Je n’avais jamais rien pris à Ambre, bien au contraire, je l’avais grassement rémunéré pour chaque mission qu’elle avait remplie pour moi. Elle avait également toujours eu la possibilité de me dire non, je ne l’avais jamais forcé à quoi que soit. Qu’elle ne vienne pas me reprocher d’avoir accepté mon argent et d’avoir été trop curieuse pour son propre bien. Seul son ego à tout vouloir découvrir était en cause, je rejoignais Kenneth sur ce point.

Tu peux rester coincée sur cette histoire entre nous si tu y tiens. Mais c’est ce qui fera de moi une menace et évites-nous la peine de venir me reprocher de me protéger. Tu as déjà découvert la seule information que je voulais garder secrète en te menaçant. Un statuquo aujourd’hui et nous retournons chacune à nos vies.

Je croisais les bras nonchalamment, dans l’attente de sa réponse. Ambre devait décider maintenant, si cette histoire ridicule devait sonner le glas de cette vie ou s’il y avait encore quelque chose à en faire.


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MessageSujet: Re: Take off our masks |Kenneth & Lucrezia|   Dim 8 Avr - 11:45



Take off our masks
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Est-ce que des mots auraient pu me faire douter, ne serait-ce que l'espace d'un instant, de ma présence ici ? Je vous aurais répondu que non, que ma volonté était inébranlable, si seulement Ambre n'avait pas attiré mon attention bien malgré moi. Toujours à manipuler ou payer les autres pour le faire à ta place. Je me demande bien combien de temps il lui reste à lui du coup… Bien malgré moi, un bref mouvement de tête plus tard, j'osais poser mes yeux sur Lucrezia, une demi-seconde à peine, avant de me recentrer sur la petite blonde que je tenais toujours en joue. Je ne devais pas me faire avoir ; qui manipulait qui ? Et à vrai dire, qu'est-ce que ça pouvait bien changer ? Nous en avions déjà parlé. Et ce n'était pas tant de me faire manipuler qui me dérangeait ; ça, je l'avais déjà accepté depuis longtemps. C'était plutôt ses derniers mots ; ceux que je ne comprenais pas : combien de temps me restait-il ? Sous-entendant que lorsque je n'aurais plus aucune utilité, elle se débarrasserait de moi, tout comme elle souhaitait se débarrasser d'Ambre. Est-ce que Lucrezia aurait le courage de se retourner contre moi ? Trouver un autre gugusse à séduire et lui demander de m'éliminer ; et ainsi irait la boucle jusqu'à ce qu'elle lâche prise et arrête de jouer avec le feu. Il était incroyable de constater que quelques mots, juste quelques uns, pouvaient remettre en cause tout le reste.

Mais je n'avais pas de date d'expiration. J'essayais de m'en convaincre tout du moins, car je refusais que Lucrezia puisse simplement passer à autre chose. Je préférais encore être son garde du corps plutôt que rien. C'était ça, l'amour. Un amour inconditionnel. Je lui aurais tout pardonné tant qu'elle me gardait. Pitoyable, n'est-ce pas ? Et si je l'avais déjà vécu auparavant avec Amelia, si j'avais su à quel point je pouvais être aveuglé lorsque j'aimais, je n'apprenais pas de mes erreurs. Mais je me savais impulsif, je me savais capable d'être indifférent puis brusquement esclave d'émotions que je comprenais de moins en moins. Alors je restais figé là, tentant de repousser mes pensées négatives. Ignorant les questions qui se fracassaient les unes contre les autres dans mon esprit. Ne jamais s'éloigner ou modifier sa mission première. C'était la règle numéro une. Quels que soient les émotions ressenties. C'était principalement ce que l'on m'avait appris à l'armée. J'avais un but, là maintenant : protéger Lucrezia et descendre Ambre si elle refusait de collaborer pour mettre fin à tout ça. Quant à ses mots, vérité ou mensonge, c'était une mission annexe. Ne pas. Dériver. De mon but. Premier. Je devais rester concentré, rien d'autre.

Je soupirais imperceptiblement alors que je me recentrais sur la situation actuelle, faisant abstraction du reste. Tout ceci n'avait duré que quelques secondes, et bien vite, les paroles d'Ambre me permirent de me concentrer sur autre chose que mes doutes. Il était bien rare que je manque ma cible, là dessus elle avait raison, merci à ma vue sur-développée et l'entraînement que j'avais suivi depuis mon plus jeune âge. Et si j'avais ouvert le feu, c'était peut-être sur une impulsion, mais je me sentais désormais bien plus soulagé, bien moins tendu. Ambre était désarmée et blessée superficiellement ; cela devrait la ralentir quelque peu. Suffisamment en tout cas pour que je puisse exercer un contrôle total sur la situation. Et qu'on en finisse. Ainsi, figé comme un animal guettant prudemment sa proie, je restais immobile, Ambre dans mon viseur.

J'observais les échanges un peu plus conciliants qui avaient alors débutés entre les deux femmes, silencieux, me faisant oublier. Néanmoins, je ne comprenais pas pourquoi Lucrezia se dévoilait ainsi. Tentait-elle d'amadouer, d'attendrir cette psychopathe ? C'était peine perdue. Quelque chose me disait que tout ce qu'elle pourrait dire serait retenu contre elle. Mais ce n'était pas ma place d'intervenir. Quelle inconsciente... Pensais-je, impassible. Cette Ambre connaissait... Que dis-je... Était proche de Niklas. Très proche. Faire des liens lui serait aisé.

Mais s'il y avait bien quelque chose que je comprenais, c'était son but dans la vie. Même si je n'adhérais toujours pas à ses méthodes, je pouvais comprendre Lucrezia. Et encore plus là maintenant. D'accord, je l'aidais à obtenir ce qu'elle voulait ; c'était ma place non ? La soutenir, l'aider, la protéger. Mais en attendant, qui m'aiderait moi ? Pendant que Stain se faisait la malle, probablement même exactement pendant que j'étais ici en train de tenir Ambre en joue, assurant la sécurité de la femme que j'aimais, j'avais décidé de la faire passer en premier. Tout ça pour peut-être me faire descendre par Lucrezia elle-même lorsqu'elle n'aurait plus besoin de moi ? Alors qu'aurais-je dû faire ? Ranger mon arme et dire que j'avais quelque chose d'important à régler plutôt que de surveiller des querelles de nanas qui préféraient se tirer les cheveux que de profiter de leur potentiel et de s'allier dans un monde chaotique ? Je perdais patience. Je la perdais bien trop vite. Beaucoup trop vite. Bien plus vite qu'usuellement. Pourtant je restais encore silencieux, immobile. J'allais craquer. Si elles ne trouvaient pas un compromis rapidement, j'allais m'en mêler, et je n'aurais peut-être même pas besoin d'ouvrir la bouche pour régler le problème. C'était à Ambre de prendre la décision finale. Avait-elle encore besoin d'être convaincu ? Elle avait déjà perdu alors qu'elle l'accepte afin que nous puissions tous passer à autre chose. Que Stain patiente encore un peu, il ne perdait rien pour attendre ce sale enfoiré.

Tic toc les filles. Tic toc, dis-je simplement, à voix basse, mais persuadé que j'étais parfaitement audible.

Et pendant ce temps, tout le monde, sauf moi, semblait oublier le dossier qu'Ambre avait rédigé sur Lucrezia et qui attendait patiemment sur un bureau. Et il pourrait être traité à tout moment. Il fallait qu'Ambre accepte la trêve et brûle son rapport, pendant qu'il était encore temps. Très vite même. Parce qu'Ambre ne serait pas le seul problème à gérer quand il serait trop tard et que la milice arrêterait Lucrezia ; et à ce stade, mes petites pattes et mes yeux de lynx ne pourraient rien faire pour la sauver de la catastrophe.

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