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 The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias

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RUNNING TO STAND STILL

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↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Superstition - Stevie Wonder ║ Take What's Mine - The Parlor Mob ║ Whole lotta love - Led Zeppelin ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Slow Down - Deathrope ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Ain't No Easy Way - Black Rebel Motorcycle Club
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MessageSujet: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Mar 14 Nov - 15:38

   FEATURING Beatriz & Matthias
Il y a cette course dans les bois, ce gout métallique qui tape dans le fond de sa gorge, qui se cogne de façon sanguinaire contre une respiration échevelée. Il y a l’inhumain, là au bord des babines retroussées, au fond des iris éclatés, tapie dans l’ombre d’une âme fantomatique.

Matthias court.

Ou peut-être pas. Quelque chose court dans les bois, viande dégoulinante entre les mâchoires, sang frais sur la cuirasse épidermique, du pollen noir à chaque expirations, tâchant les lèvres humides aux crocs d’acier.

Au loin, il y a des sirènes, des hurlements troublants suivis de pleurs comme des tonnerres. Il n’entend rien pourtant, l’esprit de brume encore accaparé par la colère et l’obscure. C’est si simple en son sein, la couleur rouge en chambre molletonnée. Les griffes se rétractent pour laisser un sentiment de vide qui le fait hoqueter, les muscles jusqu’alors tendu par la fureur et le chaos se relâchent dans un épuisement hors du commun.

Matthias tombe. La créature se recroqueville, repue, ricanante, juste là, sur la marque brulante que l’humain a sur le torse. Il respire mal tout à coup, l’air toxique dans ses poumons, le sang poudreux sur sa langue. Il se laisse choir, remonte ses genoux vers son torse et entoure ses jambes de ses bras. C’est trop brouillon encore, et il lui semble que la souffrance est trop grande pour penser à quoi que ce soit. Matthias voit des étoiles, celle sombres, promesses de désolation et d’amertume. Il se sent sur le point de basculer en arrière au sein de ténèbres infinies. Loin, loin, plus loin encore que le sable de jeux cruels. Il a déjà vécu ça, se sermonne-t-il. Ce n’est rien. Ça va passer. L’odeur de l’hémoglobine sature un corps endolori et il se hisse douloureusement dos à un arbre poisseux. Son prénom résonne quelque part dans la douceur d’un soleil froid, le craquement des brindilles écrasées par des pas légers et l’apparition d’un halo couleur de feu devant ses yeux.
L’expiration est laborieuse et l’inspiration est poignard. Il cille, la sueur sale en gouttelettes corrosives. Il éprouve la même sensation qu'un condamné à mort gratifié d'une grâce de dernière minute. Une cruelle folie l'a quittée, chassée par l'apparition de celle qu’il reconnait enfin… enfin… « T’es qui ? » L’angoisse étreint de façon violente, l’éclair engageant une crise de panique qu’il ravale. Cheveux roux… si, il la connait. Elle a gagné les jeux elle aussi. Fût un temps. Ils se reconnaissent entre eux, le sourire conquérant fait de mirage artificiel et cette lueur enflammé au fond des yeux. De cendres et de sable.

« Non, non, non…. » Il est fébrile, se recule, cherche à échapper aux mains de son amie, la repousse violemment. Si elle est là c’est que tout a recommencé. La mémoire divague et les doigts se serrent autour d’un sol sablonneux.  Il veut se relever mais retombe comme une masse, les coudes rouges et le souffle court. Pas de jeux. On lui avait dit, on lui avait promis. C’est non, il ne veut pas, il a déjà donné. Le seul intérêt d’avoir remporté les Hunter Games c’est de ne plus avoir à jamais y participer.

Jamais.

Il a un hoquet à nouveau, presque comme un sanglot et un cri rauque qui lui perce la poitrine. « Non… ils sont revenus, c’est ça ? » Le gouvernement. Il n’aurait pas dû chercher à fricoter avec la milice. On ne peut pas avoir confiance, en aucun d’entre eux. Il faut sourire de loin. Quelque chose c’est passé – on est venu chercher les Anciens, les Victors comme on les appelle parfois. L’idée le fait rire subitement, des bulles de sang sur la langue, le cauchemar magique derrière ses paupières closes. « Tu devrais me tuer vite la Rouquine…. Il n’y a jamais qu’un seul gagnant. » Un seul. Pas deux. Et lui, il n’était qu’à moitié là. La voix est métallique, celle basse qui glisse sous la peau en un avertissement tonitruant. Il ne se laissera pas faire.

Il y a autre chose – quelque chose – il pose sa main sur son t-shirt lacéré, les lambeaux de coton granuleux sur un torse couvert de bleus. Le rire meurt et il ouvre les yeux, trop bleu, trop flou encore. Elle l’appelle à nouveau. Matthias. C’est son nom. Matthias. Il a gagné la seconde saison et il a du sang sur les mains. Il cille lentement, agite ses doigts sur ses jambes allongés devant lui. Du sang partout. Il ne se souvient pas. Les sourcils se froncent. Il se souvient de chaque mort dans l’arène mais pas des visages.

Ici il ne se souvient de rien.

Pendant un court instant, le temps semble suspendu, même sa respiration fait une halte. Il regarde ses mains, le ciel puis revient sur elle, l’éblouissement crépusculaire des illuminations sur le front.

« Trixie ? »





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Dernière édition par Matthias Petersen le Mar 28 Nov - 16:00, édité 1 fois
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↳ Opinion Politique : neutre. Pro gouvernement pour les apparences, coincée dans ce rôle qui la fait se sentir comme un imposteur.
↳ Niveau de Compétences : Un travail acharné dès l'adolescence lui a permis d'atteindre un niveau 3 général ( niveau 4 en perception de fantômes, niveau 3 en rêves prémonitoires, elle pratique le reste de façon très sporadique et très superficielle.) Cependant, en raison des événements qui ont bouleversé sa vie et de la magie qui disjoncte, ses compétences générales sont retombées au niveau 2.
↳ Playlist : way down we go + kaleo
hard times + seinabo sey
sober + p!nk
cupid carries a gun + marilyn manson
sin + nine inch nails
criminal + fiona apple
take me down + the pretty reckless
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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Sam 25 Nov - 18:08

The unrecorded hours  
Beatriz & Matthias
Feels like I'm frozen, nowhere to run, nowhere to run from here? These walls are closing, closing me in, wearing me thin with fear - Ruelle "Bad dream"

« Matthias ! »

L’appel fendit l’atmosphère, et rebondit entre les arbres sans jamais atteindre son destinataire. Je laissai échapper un juron, avant de me mettre à crapahuter dans les hautes herbes de plus belle. Les ronces accrochaient le tissu délicat de ma robe, et il m’arrivait très souvent de batailler pour m’en dégager. Arpenter le bayou sauvage dans cet accoutrement n’était pas l’idée du siècle mais je devais agir dans l’urgence et quand on se laissait happer par le feu de l’action on avait rarement une idée de génie. En l’occurrence je me sentais carrément désorientée, les marécages s’étendaient à perte de vue et il n’y avait pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Ce bayou avait l’air parfaitement inoffensif et paisible mais c’était loin d’être le cas. Je ressentais la présence de fantômes, d’esprits errants. Même si je ne les voyais pas avec netteté et précision, je savais qu’ils étaient là. Je croyais voir des ombres fureter entre les arbres morts, et l’endroit était tellement sinistre que personne n’avait envie de s’y attarder. Disons que le bayou n’était pas le lieu le plus approprié quand on recherchait une ambiance bucolique. Les environs étaient truffés de pièges pouvant s’avérer mortels et les chances de survie d’un humain ordinaire étaient quasiment nulles.  

D’où l’importance de suivre Matthias à la trace dès lors que j’ai su où il allait. C’était étrange, car Matthias était un individu qui n’était pas dépourvu de bon sens, il était pompier, en tant que tel il était supposé sauver des vies, et non se mettre en danger bêtement. Épuisée par mes nuits trop courtes, la pénurie de magie et l’allaitement, je m’étais endormie dans le fauteuil, Noah dans les bras. Ces temps-ci, mon sommeil, y compris une simple sieste, était peuplé de rêves étranges et d’images parasites. L’ensemble était brouillon, erratique, aussi chaotique que les clignotements frénétiques d’un stroboscope, mais j’ai clairement vu mon ami courir comme s’il avait le diable à ses trousses. Au réveil, une peur viscérale m’avait saisie à la gorge et lacéré mes tripes, en l’espace d’un instant j’ai vraiment cru que j’allais sombrer dans une attaque de panique qui allait me paralyser, mais je me suis ressaisie. L’angoisse dissipée, il me restait toujours cette sensation malaisante dont il était impossible de se débarrasser. Je devais aller voir . Le temps que je me décide à me précipiter à la suite de Matthias, il sera déjà loin. Je faisais aussi vite que je pouvais. Je ne pouvais pas embarquer Noah avec moi, aussi l’avais-je confié aux voisins le temps d’aller chercher Matthias. J’espérais de toutes mes forces qu’il ne se soit pas égaré, dans ce bayou on pouvait aisément finir par tourner en rond et se perdre car la végétation se ressemblait de façon troublante. Puis il y avait ces étangs infestés de créatures encore plus voraces et monstrueuses que des piranhas, et  la couche de vase qui dissimulaient ces points d’eau étaient tellement denses qu’on pouvait les confondre avec les hautes herbes. Ils avaient la même texture que des sables mouvants et ils pouvaient nous engloutir sans qu’on s’apercoive de quoi que ce soit. Le temps de réaliser ce qui nous arrivait et nous étions déjà foutus, le piège mortel se refermait sans nous laisser la possibilité de réagir.  

Pourvu qu’il ne soit pas déjà trop tard.

Je continuais de piétiner la végétation luxuriante, m’écorchant les mollets alors que les ronces s’enroulaient autour de mes jambes. Le regard vif et alerte, je scrutais les environs, guettant le moindre signe du passage de Matthias en ces lieux. Je mobilisais chacun de mes sens pour capter la moindre trace de magie, trace qui aurait pu laisser présager la présence d’un être surnaturel. Conséquence ou non de la raréfaction de la magie, je ne captai aucun signal qui soit exploitable.  

« Matthias ! » m’époumonai-je une nouvelle fois, tandis que je m’enfonçais dans les bois – seul le craquement sinistre des branches mortes me répondait.  

Puis, j’entendis un concert de craquements, m’indiquant la présence d’un autre être vivant dans les environs.  

« Matthias ? » Mon ton était hésitant, incertain. Il était clair que je refusais de servir de goûter à un prédateurs surgi des profondeurs.  

Il y avait quelque chose, pourtant. Ce n’était qu’un frémissement, un sursaut, comme une empreinte, un parfum qui s’était dissipé dans l’air dont il ne restait qu’une lointaine effluve. Un ersatz d’onde magique, à peine décelable, mais bien présente. Je ne l’avais pas imaginée, puisqu’elle avait hérissé mes cheveux sur ma nuque, elle s’était glissée entre les cellules de mon corps avec la précision d’aiguilles d’acupuncture. Un mouvement me fit tourner la tête vers la gauche.  

C’était là, tout près.  

Ça respirait comme un immense poumon, ça palpitait, c’était vivant et c’était humain, je n’avais aucun doute à ce sujet. S’il s’était agi d’un autre surnat, je l’aurais senti. Or, ce n’était pas un surnat. En crapahutant encore un peu entre les hautes herbes, je pus enfin accéder à Matthias, prostré contre un arbre. Lorsque je fus certaine que c’était bien lui, je me précipitai à ses côtés. Comme je l’avais pressenti, mon ami n’était vraiment pas dans son assiette. Au contraire. Je dirais même qu’il n’était pas dans son état normal, il transpirait à grosses gouttes et semblait affolé. T’es qui ? Cette question, pourtant anodine, me heurta avec autant de violence que s’il m’eut donné une claque. La sudation abondante n’était pourtant pas le seul symptôme qu’il présentait. Il y avait les absences, les pertes de mémoire, il y avait la démence aussi. Matthias était totalement désorienté, et je crus en l’espace d’un instant qu’il était possédé – ou qu’il l’avait été.  

«  Matthias, c’est moi. » dis-je doucement, comme pour le rassurer. « C’est moi, Trixie. Tu m’entends ? » 

Si j’avais vraiment affaire à un fantôme, je le saurai bien assez vite. Comme on pouvait s’attendre de la part d’un esprit errant, Matthias réagit avec brutalité, me repoussant avec force. Il n’était pas rare que les fantômes, a fortiori quand ils possédaient le corps d’un humain, fassent preuve d’une grande violence pouvant même nous tuer. J’avais déjà croisé des spectres plutôt agressifs et les exorciser était un exercice périlleux. Alors qu’il me repoussait, Matthias me cogna au visage et ma lèvre inférieure se fendit sous l'impact. Déséquilibrée, je tombai à la renverse, m'écorchant les mains. Un peu sonnée, je vis mon ami divaguer. Qui étaient ces ils qui étaient revenus? Revenus où? Je n'en avais aucune idée. Cela le fit toutefois rire, un rire qui me glaça le sang. Il n'y avait rien d'amusant dans cette situation, rien du tout. D'une voix métallique, il me dit que je devrais rapidement le tuer. Ou le tuer rapidement. Bref. Il n'y avait qu'un seul gagnant, et il avait l'air de s'être résigné.  

Possession?  
Ou simple crise de paranoïa?  
A moins qu'il ne s'agisse d'un délire en relation avec un syndrome de stress post-traumatique?  

Il ne l'avait pas dit de façon explicite, mais j'ai compris qu'il évoquait les arènes, et les Hunter's Seasons. Tous les deux, nous étions des survivants, et notre victoire nous a coûté beaucoup. Beaucoup trop. Loin de me laisser abattre, je m'approchai une nouvelle fois du pompier. Tant pis s'il devait me cogner encore une fois, il pourra me soigner une fois qu'il aura repris ses esprits. D'une façon ou d'une autre, je devais le convaincre qu'il n'était pas dans les arènes mais avec moi, à l'orée du bois. Ma main écorchée se glissa jusqu'à la joue du blond, et mon regard déterminé chercha le sien, perdu, évaporé.  

« Matthias, tu m'entends?  » ma voix était tendue, mais elle se voulait douce et rassurante, presque maternelle. « Oui, c'est moi, Trixie. Shhh, je suis là, ça va aller, regarde, c'est moi. »  

Le rassurer.  
Le mettre en confiance.  
Le convaincre que ce n'est qu'un mauvais rêve.  
Un peu comme je faisais avec Noah quand il faisait un cauchemar – est-ce que les bébés cauchemardent? Je n'en savais rien, mais j'avais l'impression que c'était son cas.  

« Est-ce que tu te souviens où tu es?  » murmurai-je, calmement, posément. « Nous ne sommes pas dans les arènes, Matthias. Il n'y a pas de sable. Pas de spectateurs. Juste nous, et la végétation. Nous sommes dans le bayou sauvage, dans le sud de la ville. Nous sommes dans une sorte de petit bois, tu es adossé contre un tronc. Est-ce que tu le sens dans ton dos? Regarde.  »

Prudemment, je pris sa main et le guidai jusqu'au tronc d'arbre, l'incitant à toucher l'écorce râpeuse. Tu vois, Matthias, c'est un arbre, ce n'est pas un décor factice, une illusion. C'est réel.  

« Personne ne viendra nous chercher, Matthias. » chuchotai-je. « Les Hunter's Seasons étaient en 2012, nous sommes en 2017, tu te souviens? Nous n'avons jamais combattu dans la même arène. Toi, tu as participé à la deuxième édition, et moi, à la troisième. Je t'ai jeté un sort pour que tu gagnes, tu t'en rappelles? Enfin bien sûr, ce n'est pas ça qui t'a fait gagner, mais l'essentiel était que tu le croies.  »

Je le vis alors remuer, me montrer quelque chose. Je m'écartai en avisant ses vêtements tâchés de sang. Du sang partout, mais aucune trace de cadavre. Je fronçai les sourcils.  

« C'est toi qui as fait ça, Matthias? » demandai-je, le plus doucement possible pour ne pas le brusquer. « Tu saurais me dire où c'était? Tu n'es pas blessé, au moins?  »

Il fallait peut-être commencer par là, s'assurer que le sang qui tâchait ses vêtements n'était pas le sien mais celui d'une quelconque créature, surnaturelle ou humaine, d'ailleurs. Je tressaillis à cette idée. Non que je pense Matthias capable d'une telle chose, mais j'avais caché suffisamment de cadavres ces temps-ci.    
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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Sam 2 Déc - 15:19

   FEATURING Beatriz & Matthias
« C’est moi, Trixie. Tu m’entends ? » Il cille, la douleur brûlant l’œsophage, c’est comme du pétrole bouilli derrière la trachée. Au feu les pompiers, la maison qui brûle… Les yeux se ferment. Derrière l’écran rouge sombre de ses paupières, il peut tout voir, la lumière que dégage Trixie en volutes inquiètes, son nom en courbes urgentes entre ses lèvres, le vert ocre du bayou sauvage tout autour d’eux, comme un linge étouffant.

Il peut voir ci, il peut voir ça.

C’est tout le reste qui lui échappe.

Il rouvre les yeux, se fixe dans ceux de l’autre, cherche les souvenirs enfouis. Les images arrivent en cascades : leurs premières rencontres sous les projecteurs, sourires de pierre, les corps recouverts d’or et d’argent – panneaux publicitaires vivants pour un pouvoir de plomb, les valses et les mensonges en couronnes de perles au bout de la langue. La main est humide contre sa joue et d’autres images affleurent à nouveau : des rires nerveux devenus complices, un enfant aux grands yeux mobiles, des verres de champagne aussi dorée que ses cheveux et des secrets partagés… la tête lui tourne et il se redresse un peu, fronce les sourcils, la main encore crispée sur le tissu du t-shirt éventré. Ça brûle encore mais moins, beaucoup moins. La voix de Trixie est un baume, une pâte blanche cicatrisante. Il s’y accroche comme un noyé en mer s’accrocherait à une bouée. « Il n’y a pas de sable. » Il répète, bêtement. « Pas de spectateurs. » Un cillement à nouveau, la dernière fois il achetait quelque chose… c’était quand ? Il y a quelques heures ? Il lève les yeux vers le ciel. Dans son Oregon natal, il était capable de lire l’heure dans le ciel, mais depuis l’arène c’était différent.

Il n’oppose pas de résistance tandis qu’elle le guide vers l’écorce de l’arbre. Le végétal pulse sous les doigts poisseux, il laisse des traces noires de sang séché, s’enfonce une écharde sous l’épiderme charbonneux. « Personne ne viendra nous chercher, Matthias.» Il lui jette un regard insondable, un frisson muet le long de l’échine. La panique coule hors d’un souffle restreint. « Je t'ai jeté un sort pour que tu gagnes, tu t'en rappelles ? Enfin bien sûr, ce n'est pas ça qui t'a fait gagner, mais l'essentiel était que tu le croies. » Le bourdonnement s’éloigne complètement maintenant remplacé par l’odeur métallique. Couleur rubis sombre, son t-shirt débraillé, couleur quartz fumé son jean élimé, il la regarde silencieusement, n’ose pas parler immédiatement, cherche dans les recoins d’une mémoire défaillante. Il est allé chercher des réponses dans le quartier vaudou mais il n’y a rien. Un vide. Un gouffre. Matthias ferme les yeux, secoue la tête, ramène en arrière des boucles sales sur des cheveux poussiéreux. « Ça va… je vais bien… » La voix est ocre, un filet de sable en travers de la gorge, un filet de sang,  peut-être. La respiration se fait égale maintenant, l’esprit est redevenu clair, les sens ont repris leurs empires. « Qu’est-ce que tu fais là ? » Les doigts viennent se nicher sous la courbe finale des cheveux roux. Intact. Il ne lui a pas fait mal. Il n’est pas sur. « Sorcière. » Murmure-t-il avec une affection qui affleure les voyelles tendues.

Il inspire plus fort. Pas de blessures, pas de douleurs dû à un trou béant dans la peau, le corps fonctionne malgré l’impression fantomatique d’avoir servi à autre chose, à quelqu’un d’encore obscur . « Je… je ne me souviens pas. » Ce n’est pas la première fois. Il la regarde à nouveau, une incompréhension dans l’iris azur qui contemple les perles de sagesses maternelles à la source. « Je ne t’ai pas fait mal ? Noah ? » Il s’appuie sur le tronc, le végétal large et solide derrière lui. Elle a bien fait de l’y mener. « Une bonne douche, c’est de ça dont j’ai besoin. Une tasse de café lacérée de bourbon ne sera pas de refus non plus mais c’est interdit aussi maintenant… foutu cartes de rationnement. » Cartes de mort plutôt. On vous allouait pile le nombre de calories imparties, tant de grammes de pain, tant de carré de beurre, tant de riz. De quoi faire le terreau d’un marché noir aussi efficace que périlleux au sein d’une ville fortifiée et surveillée par un gouvernement omniprésent.

Ça suintait les prochains jeux à venir.

Ils ne viendront plus nous chercher ? Il n’y avait rien de moins certains.

Il tente un demi-sourire qui se fait grimace. « N’aie pas peur… si je fais peur aux sorcières maintenant, où va le monde ? » La plaisanterie trésaille elle-aussi, incertaine. Il tente de rationaliser. « On a dû me droguer… » Il fronce les sourcils. Il ne se souvient pas. Milo ? Non, l’infirmier sait combien Matthias a horreur de tout ça. La milice ? Il fronce le nez, semble se souvenir enfin de quelque chose. « Qu’est-ce que toi tu fais là ? » Il le lui a déjà demandé une première fois, il y a quelques secondes, sans vraiment y prêter attention. « Tu m’as suivi ? » L’arc du sourcil se soulève en même temps que son corps. L’arbre est encore là, solide, inexorable dans sa force. Il oublie un peu plus les quelques minutes passées, celles de la confusion et de la honte, celle du sang chaotique aussi, toute son attention est sur sa précieuse amie dont les cheveux forment des rayons de bronze et d’or autour d’un visage en cœur. Elle n’est pas complice de tout ça, n’est-ce pas ? L’interrogation palpite à l’abri des pensées opaques. Il hésite. Non. Non. Elle sait, elle. Elle a toujours su.

Il cille, prudent et s’écarte légèrement. On ne survit pas sans un minimum de méfiance ancré au fond des réflexes. Un flux de salive acide remonte, tourbillonne dans l’encre d’une âme partagée en secret et il crache sur le côté, le sang noir comme une tâche de vin sur un sol bruni par l’automne. Il est fatigué, les muscles épuisés par une course et une chasse dont il n’a pas conscience. « Mmmm merci… » De quoi, il n’est pas certain. C’est Trixie, elle aide toujours. Il se martèle l’information, s’oblige à ne pas fuir. « On… on est où ? » La question lui échappe et il est trop tard pour la reprendre. Il n’a pas commencé son périple ici, dans le bayou.  Et elle non plus. « C’est pas un bon endroit pour les promenades. » Il maugrée avant de se détacher de l’écorce. La terre nourrit, se fait socle et il tient dans un équilibre précaire. « Comment tu savais… que j’étais ici ? » Il devine mais ne dit rien.

Une part de peur, infime, distante, qui fait tambouriner le cœur et trembler les os.

Une part d’émerveillement, à la manière d’un pôle magnétique, le même attrait qui vous fait pencher au-dessus d’un puits pour en voir le fond.

« Trixie, je vais bien. » C’est stupide. Il range l’intérieur de son haut dans la ceinture de son jean quand bien même cela n’arrange pas plus que ça son allure, perçoit le regard de mère louve de sa camarade d’infortune sur lui. Elle le surveille du bout des cils sertis d’onyx, se fait attentive au moindre écart. « Si tu veux me serrer dans tes bras, tu peux… possiblement très fort au niveau des boobs, je dis pas non. » Le sourire flotte, un peu plus réel maintenant. Il se sent un peu mieux même si toujours nauséeux.

( La violence s'est cachée entre l'émail de ses dents.)

Il faut rire.

Il faut toujours rire, même - surtout -  quand on veut pleurer.





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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Jeu 21 Déc - 9:52

The unrecorded hours  
Beatriz & Matthias
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En le voyant ainsi avachi contre cet arbre, les vêtements tombant en ruine et le corps ensanglanté, j'avais imaginé le pire, avant de me ressaisir. Le plus urgent était de vérifier que Matthias n'était pas blessé et donc, par extension, qu'il n'était pas en danger de mort. Il était délirant, comme lors d'une forte fièvre, la sudation était abondante et il était agité, très agité. La douleur lancinante de mon poignet se rappela bientôt à moi. Je laissai échapper un grognement agacé, parce que ce n'était pas le moment que je me blesse, surtout si j'étais supposée tracter Matthias jusqu'à la ville. Dans l'état où il était, je n'étais pas sûre qu'il soit capable de marcher sur de longues distances. Matthias était certes un pompier, et dès lors il était en bonne condition physique, mais il était en état de choc. Cela n'avait rien d'étonnant au final, puisque je l'avais retrouvé au beau milieu de ce bayou sauvage alors même qu'il n'avait rien à faire là. Qui plus est il était couvert de sang, et, de ce que je pouvais comprendre, ce n'était pas le sien. Il s'était sûrement passé quelque chose d'horrible pour qu'il déraille de la sorte. Or, je ne connaissais que trop bien l'état catatonique dans lequel on se trouvait suite à un traumatisme. Je l'avais vécu a plusieurs reprises. Toutes ces fois là, je m'étais trouvée dans l'incapacité de réagir, voire même de penser. Je m'étais rarement sentie aussi impuissante, aussi inutile. Je me suis souvent sentie coupable de n'avoir rien fait pour empêcher l'horreur de se produire. Ce n'était pourtant pas de ma faute. C'est juste que je ne pouvais pas. Matthias non plus n'avait rien pu faire. Comment aurait-il pu, alors que je le voyais avachi contre cet arbre, pantin désarticulé ?

Le mieux que je puisse faire était encore de lui parler, pour le ramener à la réalité. Je voyais la peur dans son regard, son air déboussolé. L'odeur du sang et des tripes était nauséabonde, j'en sentais presque le goût sur le bout de la langue. Aussitôt, ce goût cuivré que je fantasmais réveilla des envies que je m'efforçais pourtant de taire depuis longtemps. En tant que surnat dont les pouvoirs vacillaient en raison des brèches ouvertes vers Darkness Falls, ma puissance dépendait du sang humain que je m'injectais dans les veines pour me donner un petit coup de fouet. Je comprenais mieux pourquoi il était interdit pour les athlètes de haut niveau de recevoir une transfusion sanguine avant une compétition importante, parce que c'était considéré comme du dopage.  La transfusion sanguine améliorait la circulation de l'oxygène dans le sang en augmentant le taux de globules rouges, et ce faisant, augmentait les performances sportives. Lorsque Matthias avait gagné les Hunter's Seasons, il n'était pas vraiment dopé, je lui avais juste donné un coup de main. Je dus me faire violence pour réfréner cette envie de sang qui me taraudait. Mes propres ténèbres piaffaient d'impatience, réclamaient leur ration. Quoique je fasse elles étaient toujours là, tapis dans l'ombre, guettant le bon moment pour se manifester. Mon corps, soumis à cette lutte perpétuelle entre le bien et le mal, était en souffrance et je n'avais rien pour le soulager.

Dans ma chute, je m'étais foulée le poignet.
Ma lèvre fendue emplissait ma bouche d'un goût cuivré dégueulasse, que j'avalai péniblement.

Matthias, heureusement, semblait retrouver ses esprits. Il émergeait tout doucement de son cauchemar éveillé. J'avais presque réussi à le convaincre qu'il n'était pas dans les arènes. Je le lui avais prouvé en lui faisant toucher l'écorce de cet arbre. Il n'était pourtant pas tiré d'affaire pour autant, et moi non plus, d'ailleurs. Mon poignet me faisait mal et l'odeur du sang était entêtante. J'avais besoin de sang, maintenant plus que jamais. Mon regard avisa le t-shirt ensanglanté de Matthias, ses joues sales et poisseuses, ses cheveux blonds teintés d'hémoglobine. Il avait quelque chose de sublime dans l'horreur et sa proximité me faisait mal. Il m'assura que tout allait bien, avant de s'enquérir sur mon état. Je secouai la tête alors qu'il attrapait mes boucles cuivrées. Non, ça n'allait pas mais aucune protestation ne franchit le barrage de mes lèvres. Elles restaient obstinément closes, alors que l'inférieure enflait à vue d’œil. J'adressai un sourire sanglant à Matthias lorsqu'il m'appela sorcière.

Pourquoi je suis là, à ton avis ?
Je suis venue te chercher.
C'est à ça que servent les amis, non ?

Malgré tout, il y avait cette méfiance sous-jacente, ces points d'interrogation. Tu es sûr de ne pas être possédé, Matthias ? Mon regard, lui, posait cette question silencieuse. Il ne se souvenait pas, disait-il. Aussitôt, j'inspectais mon ami d'une œillade experte. Il arrivait qu'après une possession, les hôtes ne se souviennent plus de ce qu'ils avaient dit ou fait. Matthias était couvert de sang, ses vêtements tombaient en ruine, mais il ne savait pas dire pour quelle raison. Qui plus est, je n'étais pas certaine que l'esprit qui l'avait habité  - si toutefois c'était bien une possession – était parti pour de bon. Il voulait savoir si je n'étais pas blessée, égrenait ses souhaits d'une voix un peu éraillée. J'essuyai un filet de sang qui perlait de ma bouche.

« Ce n'est rien, t'inquiètes. » répondis-je d'une voix douce et rassurante. « Je suis juste un peu sonnée, mais j'en ai vu d'autres. Ce ne serait pas le premier esprit errant que j’affronte, il y en  des pires. Quoiqu'il en soit, est-ce que cette chose est partie ? »

Tant qu'à faire je n'aimerais pas que ce truc revienne à la charge pour nous attaquer. Ne sachant pas ce que c'était, je ne pouvais pas mettre en place de stratégie pour nous défendre. Je jetai un regard circulaire aux environs, à l'affût du moindre danger, mais je ne décelai rien du tout. Cette chose n'était vraiment plus là, mais nous n'étions pas tirés d'affaire pour autant. Le bayou, par exemple, était infesté de rôdeurs humanoïdes qui n'avaient rien de sympathique. Il fallait foutre le camp d'ici et vite.

« Je n'ai pas peur. » sifflai-je, un peu trop sèchement, à ses accusations. « J'étais en train d'écouter ce qui se passe, figure-toi. Et ce silence n'augure vraiment rien de bon. Tu peux te relever ? Il va falloir qu'on parte. Tant que je ne saurai pas ce que c'est , nous serons potentiellement en danger. »

Les marécages, sérieusement Matthias, à quoi tu pensais ? Il fallait être fou voire suicidaire pour s'aventurer en ces terres hostiles, où les chances de survie d'un humain ordinaire étaient réduites à néant. Il émit l'hypothèse d'avoir été drogué. Aussitôt j'inspectai ses yeux. Ses yeux qui devraient être injectés de sang, ou ses pupilles dilatées. C'était lui le pompier, non ? Il savait peut-être mieux que moi ces choses là. Moi, je n'étais qu'une sorcière exorciste, mon champ de compétences n'était pas illimité. Il me demanda alors ce que moi je faisais là.

« Je t'ai suivi, oui, mais pas pour les raisons que tu crois. » Aussitôt, l'idée de la possession revint me hanter – sans mauvais jeu de mots. « Je nourrissais Noah quand je me suis assoupie. Je t'ai vu courir dans les bois comme si tu avais le diable aux trousses. » Mes sourcils se foncèrent. « Je me suis rhabillée convenablement, j'ai laissé Noah chez la voisine et j'ai foncé jusqu'ici. »

On ne pouvait pas faire un récit encore plus succinct des derniers événements. Je secouai la tête. Au moins Matthias comprenait-il ce que je lui disais, ce qui me rassura quelque peu. De prime abord, il semblait bien aller. Il était juste un peu sonné.

« Comme quoi ça sert, d'avoir une sorcière dans son entourage. » crânai-je en esquissant un simulacre de sourire. « On est dans le bayou. » Le ton était ferme, sans appel, complètement dépourvu d'humour. « Tu ne t'en souviens vraiment pas ? » Je voulais savoir. Ça me démangeait de comprendre, comme si c'était un besoin viscéral. «  Bon sang Matthias, tu aurais pu tomber sur pire que moi, à quoi tu pensais ? Les marais grouillent de monstres. »

Ils n'auraient fait de lui qu'une bouchée, aussi ne pouvais-je pas m'empêcher de le réprimander, comme un enfant qui aurait fait une grosse bêtise. Ça pour être bête, c'était même carrément crétin. Il me répétait qu'il allait bien, il commençait même à se rhabiller. Je secouai la tête lorsqu'il me dit que je pouvais le serrer dans mes bras, contre ma poitrine.

« Je pourrais… » soufflai-je dans un murmure. « Si tu n'as pas peur que je te fasse un masque au lait maternel. C'est toi qui vois. » Puis, mon regard avisa cette marque, juste là, sur son torse, comme s'il eut été marqué au fer rouge. « C'est quoi ça ? »

Mes doigts glacés effleurèrent alors la peau encrée, découvrant ce qui semblait être un symbole gravé dans sa chair. Un frisson me dévala l'échine.

Matthias…est-ce bien ce que je pense ?
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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Mer 3 Jan - 13:56

   FEATURING Beatriz & Matthias

We die to each other daily. What we know of other people is only our memory of the moments during which we knew them.” T.S. Eliot.

Il a un sourire fait d’anxiété et d’espoir. La vérité se cache au fond des pupilles, il sait que quelque chose ne va pas, quelque chose liée à la fille et sa mallette, la forêt et la pluie de cendres. Il imagine aisément ce que Trixie va lui dire s’il lui en parle « T’es un homme mort mais ça ira. » Il lit son diagnostic dans l’éclat tourmaline de ses yeux. Le regard descend sur la lèvre endommagée puis les jambes. Il s’en veut un peu, n’est pas sur d’en être la cause malgré les évidences. Analyser froidement n’a jamais été dans ses capacités, l’instinct seul guidant la plupart de ses actions. « Je ne suis pas possédé, Trix’, allez… » Il a un rire qui sonne faux, mélange de désinvolture et d’incrédulité. Les fantômes ça existe mais ils sont fait de souvenirs et de cauchemars, la présence nocturne tapie dans un passé qui sait se faire brume et soulever les draps pour mieux se coller à l’épiderme.

Il se relève cahin-caha, les muscles endoloris mais solide sous l’appui de l’écorce de l’arbre derrière lui. « J’ai couru oui… peut-être que l’adrénaline… ou alors je suis somnambule. » Il fronce les sourcils, cherchent avant de hausser les épaules. Tout ceci l’épuise et il n’a plus envie d’en parler. « On est dans le bayou. Tu ne t'en souviens vraiment pas ? » Il secoue la tête, ramène ses cheveux en arrière et fait quelque pas. L’air est lourd par ici, fait d’un opaque brouillard et d’ombres grises. « Va falloir que j’aille voir le doc et j’ai franchement pas de bonnes adresses niveau toubib… » Il la regarde tout à coup, intrigué. Bien sur qu’il aurait pu tomber sur pire mais il n’y pouvait rien. « La ville grouille de monstres aussi. »  Des gens bien mourraient. Des gens bien mourraient toujours. Il avait envie d’un café corsé, de quoi saturer le gout métallique au fond de sa gorge, de quoi se brûler un peu sous l’âpre parfum du breuvage noir.

(Ils sont tous en train de mourir mais ça ira.)

« J’en ai vu un y a pas longtemps… une langue épaisse comme le corps des alligators des marais et de la bave … de partout. C’était pas joli. C’était même sacrément moche. Je crois cela dit que c'était un cauchemar. .. je suis même plus sur en fait ... » Le gouvernement les tenait éloignés et conservait le peuple dans une merveilleuse ignorance. Pour un article sur ce genre de phénomènes, trois sur des conspirations nébuleuses se voyaient imprimé. Noyer le poisson était un concept hautement prisé et qui avait largement fait ses preuves après tout et il est tenté d’y adhérer en cet instant. Le corps enfin de nouveau en repos, le désir devient unilatéral : une douche, un lit et ce café. La fatigue l’emporte déjà et sa nuque l’élance en gerbe chaude. « C'est quoi ça ? » Il glisse les bords rapiécés de son t-shirt à l’intérieur de son jean en un geste inquiet. La marque s’étale, chaotique, sur son torse et tout à coup, il se renfrogne. Ce n’est rien. Ce n’est pas si grave, n’est-ce pas ? « Mmmm je suis tombé. » Ou plutôt une bestiole d’un quintal m’est tombé dessus. Il ne devrait pas occulter, pas avec elle qui a toujours su l’épauler en temps et en heures. « Écoute, » Le soupir vibre au bord des lèvres. « Rentrons. Merci d’avoir euh… assurer mes arrières. Mes devants aussi. » Le sourire s’étire, confiant. Trixie avait parfois une inclination pour le sang et il en était couvert. « Tu l’as dit toi-même, c’est un endroit dangereux et Noah va s’inquiéter. » Les grands yeux innocents lavent des péchés et il n’est pas certain que sa proposition soit adéquate après tout ceci. « Je pourrais venir le voir tantôt d’ailleurs, si tu veux bien. J’ai besoin d’un truc qui réveille avant. » Le poignet frotte un front sale et l’envie de café se fait misère dans son esprit. Il faut qu’il retrouve la fille à la mallette, il a son nom, il trouvera facilement tout le reste. La Nouvelle-Orléans est un monde en soi dont les ramifications en font un labyrinthe digne des Enfers. Les fils rouges n’ont plus qu’à être suivis et il parviendra bien à comprendre. « Ne t’en fais pas, ça va me passer. Je crois que l’air de la forêt ne me fait pas du bien voilà tout. J’ai été habitué aux grands espaces et ici tout est… moite. Ça ou… » Le nez se rebiffe sous l’idée. Il n’en parlerait à personne d’autre exceptés à la rousse, et pour cause. « Ça ou j’ai des remontées d’angoisse par rapport à l’arène et ça me fait faire des crises de somnambulisme. C’est totalement con. » C’est lui qui est con et il s’en veut d’être aussi faible, l’idée même qu’il ne puisse pas contrôler les remontées acides des souvenirs enfouis sous le sable et l’hémoglobine des jeux le plonge dans un gouffre dont les parois sont construites de fautes indélébiles. « Mon t-shirt est foutu. » Les mains glissent dans les poches. Viens semble t-il lui dire. On va pas faire le piquet de grève ici.

Il y a longtemps que Matthias ne regarde plus en arrière, il ne va pas commencer maintenant. Quelque chose se produit et il trouvera mais en attendant il fallait vivre. Il avance un peu, l’oblige à le suivre. « Alors comme ça tu rêves de moi ? » Les sourcils se soulèvent dans un sourire bravache. Même en sursis, il ne sait pas faire autrement que plaisanter.




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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Lun 22 Jan - 9:53

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Je suis venue te sauver. C'est ridicule quand on y pense. Comment aurais-je pu le sauver puisque je m'étais simplement bornée à aller le chercher au beau milieu de ce bayou puant, truffé de pièges en tous genres ? Il n'avait pas eu besoin de moi pour y aller, il n'aura sans doute pas besoin de moi pour rentrer non plus. Sur ce dernier point, pourtant, je ne saurais jurer de rien. Mes rétines avaient imprimé son expression anxieuse et son regard perdu. J'avais vu le sang et la sueur qui maculaient son visage pâle et ses cheveux blonds, j'avais vu ses fringues déchirées, réduites à l'état de guenilles. C'était comme s'il s'était battu contre un de ces monstres qui peuplaient le marais, et qu'il était passé à ça – imaginez un pouce et un index qui se rapprochaient pour mimer un espace très restreint – de se faire mettre en pièces. Pour autant que je sache, Matthias n'était pas blessé. Il se tenait debout, certes difficilement, mais il était toujours entier, nonobstant le sang dont il était couvert. D'ailleurs, je m'étais prise les effluves cuivrées de l'hémoglobine de plein fouet, ce qui provoqua un mouvement de recul. Ce n'était pas Matthias que je craignais, mais bel et bien cette envie qui s'était réveillée. Je n'entendais plus que les battements sourds de mon propre coeur, ma perception sensorielle s'était altérée, c'était comme si une main invisible avait jeté un voile pour me cacher aux yeux du monde. Il y avait aussi ce bourdonnement désagréable, à la manière d'un essaim d'abeilles qui serait venu se loger à l'intérieur de mon crâne. Même plisser les yeux très fort ne suffisait pas à faire partir cette sensation désagréable. La première vague avait beau s'être dissipée, la faim était toujours là, et elle ne partira jamais vraiment, à moins d'être assouvie.

Matthias, lui, ne s'était aperçu de rien. Comment aurait-il pu, lui qui avait perdu pied avec la réalité et qui éprouvait toutes les peines du monde pour se reconnecter. Alors non, je ne le croyais pas quand il affirmait qu’il n'était pas possédé. Dans le cas contraire, d'où venait tout ce sang ? Bordel. L'odeur était entêtante, et ma soif s'intensifiait à mesure qu'il racontait son histoire, qui me faisait cruellement penser à une partie de chasse. Il a couru. Il a suivi son instinct, alors que j'étais à peu près certaine qu'il n'avait jamais chassé de sa vie. C'était forcément autre chose. Un animal, ou bien un homme. Il arrivait que des sorciers en viennent à piéger des humains dans des illusions, parfois très complexes, où il était impossible, à terme, de distinguer la réalité d'un  monde artificiel, créé de toutes pièces. J'avais été confrontée à ce cas, une fois, mais c'était il y a longtemps, presque dans une autre vie. Si c'était bien un sorcier qui contrôlait l'esprit de Matthias et non un esprit errant, alors, il faudra très probablement le retrouver pour l’obliger à lever sa malédiction. Je secouai la tête négativement lorsqu'il dit avoir besoin d'un toubib. Ce n’était pas d'un médecin dont il avait besoin, c'était un exorciste, ou encore un sorcier. Or, il se trouvait que j'étais les deux. Si je me penchais un peu plus sur son cas, je pourrais peut être…

« On va aller chez moi. ! » décrétai-je sans lui laisser la possibilité de protester. « Tu vas reprendre tout doucement tes esprits, puis tu te reposeras. Une fois que tout sera clair, je pourrai te poser des questions très précises pour tenter de savoir quel est ton problème. Mais pour que je puisse faire tout ça, il faut que tu sois en forme. »

Ça me paraissait très correct, comme plan. Raisonner de manière froide et logique me permettait de garder la tête froide et de ne pas paniquer. Ce n'était pas mon ami qui se trouvait en face de moi. C'était un nouveau cas que je me ferai un plaisir d'étudier, de décortiquer. Je ne cillai même pas quand il décrivit le monstre qu'il avait croisé il y a peu. Certaines illusions étaient conçues de telle sorte que les pires cauchemars de leurs victimes se matérialisent là, juste sous leurs yeux, les soumettant à un tourment perpétuel. Je frissonnai en songeant au labyrinthe dans lequel j'avais bien failli rester piégée moi aussi.

Je secouai la tête, une nouvelle fois.
Non, ce n'était pas non plus une illusion.
Je ne me souvenais pas de m'être déplacée quand j'arpentais le labyrinthe de Mina, se déplacer physiquement, cela s'entend. Je me souvenais juste de la seringue qu'on avait plantée dans mon bras pour me ramener, pour que je ne reste pas prisonnière.
C'était forcément autre chose, qui tourmentait Matthias.

J'avais vu la marque sur son torse, et on ne pouvait pas être marqué de la sorte en chutant bêtement. Était-il utile de préciser que je n'achetais pas du tout son excuse ? Son mensonge me confirma qu'il me cachait quelque chose, et depuis un moment déjà. J'avais l'intuition que ce n'était pas la première fois qu'il faisait ce genre de crise. Seulement , pour une raison qui m'échappait, il n'en parlait à personne. Était-ce par peur de ne pas être cru ? Était-ce parce qu'il avait peur ? Je connaissais Matthias depuis suffisamment longtemps pour éliminer la première hypothèse. Du reste, j'étais parfaitement au courant que le gouvernement nous tenait en laisse depuis notre victoire aux Hunter's Seasons et c'était en soi une raison suffisante pour cacher son secret. J'avais simplement fait un choix différent en révélant le mien au grand public.

Je pinçai les lèvres quand il me dit vouloir aller voir Noah. D'un côté ce n'était pas une bonne idée de le laisser approcher mon fils, surtout pas dans son état. D'un autre côté ça allait dans le sens de ma proposition. Il ne pouvait pas refuser, et au moins je pourrai le garder à l'œil le temps de trouver une parade à cette situation plus que délicate. Matthias disait que Noah allait s'inquiéter si nous tardions à rentrer, mais en mon for intérieur, je pensais que c'était plutôt Matthias qui s'inquiétait. Noah dormait comme un bienheureux lorsqu'il était repu et propre. Alors, lorsque mon ami avoua avoir des réminiscences à propos des arènes, je me crispai davantage. Je me mordillai les lèvres, tendue. Il trouvait ça con mais je n'étais pas d’accord du tout. Moi aussi je fais des cauchemars, mais ce n'était pas vraiment en rapport avec les arènes. Il s'agissait d'une des nombreuses manifestations de mon don, et, puisque je n'avais pas consommé de sang humain depuis très longtemps, mes rêves se manifestaient n'importe comment. Lorsqu'il déplora la ruine de son t-shirt, je tournai la tête vers lui.

« Fais-moi penser que je dois avoir deux ou trois affaires de rechange à la maison. » dis-je, évasive, tandis que je me concentrais tant bien que mal sur mon trajet. « Réflexion faite, l'interrogatoire attendra, il faut absolument que tu prennes une douche parce que tu empestes. » Et surtout, parce que je n'allais pas pouvoir me contenir bien longtemps alors que l'odeur du sang se faisait toujours plus entêtante, accentuant ma sensation de manque. Cependant, je me gardai bien de préciser ce détail, Matthias n'avait pas besoin de savoir ça. « Et quand tu te seras lavé, changé, on brûlera tes anciennes fringues parce que clairement je ne pourrai pas ravoir toutes ces tâches et je n'ai pas spécialement envie qu'on trouve des fringues tâchées de sang dans mon panier à linge. »

Simple question de sécurité. C'était la meilleure façon que je connaissais de dissimuler des preuves. Et tant que je ne savais pas ce dont Matthias était coupable, je ne pouvais pas me permettre de laisser des éléments à charge dans la nature. L'un comme l'autre ne savions que trop bien ce qu'étaient les arènes et ni l'un ni l'autre ne souhaitions réitérer l'expérience. Alors, quand le pompier me demanda si je rêvais de lui, je ne pus m'empêcher d’étouffer un sifflement, un brin agacée.

« Il se peut que j'aie rêvé de toi, en effet. » répondis-je en haussant un sourcil. « Cela dit, tu n'étais franchement pas à ton avantage, tu étais en train de courir comme si tu avais le diable aux trousses et tu transpirais comme un bœuf. Je te l'ai dit, tu empestes, Matthias. »

J'avais ponctué mes explications d'un sourire sardonique, et mon ton était un peu plus léger. Je me rembrunis cependant en songeant à mes nuits agitées.

« Puisque tu en parles, mes visions ne me laissent jamais en paix. » Ce n'était pas un secret d'état, que je faisais des rêves prémonitoires. Après tout, c'était grâce à l'un d'entre eux que j'avais pu aider Matthias, la première fois. Il s'en rappelait peut-être. « Il suffit que je ferme l'œil pour que je sois assaillie de rêves parasites. Certains sont exploitables, d'autres non. Disons que ça fonctionne une fois sur deux si j'ai de la chance. Mais beaucoup sont à prendre avec des pincettes, parce qu'ils laissent beaucoup de place à l'interprétation. »

Et, comme ma maternité m'épuisait, il n'était pas difficile d'imaginer que je dormais quand Noah me laissait un peu de répit, c’est-à-dire quand il somnolait lui aussi.

« La dernière fois que c'est arrivé, j'étais encore petite. Je faisais beaucoup de terreurs nocturnes à cause de ça, d'ailleurs. Il n'y avait pas vraiment de bonne manière de les bloquer, mais je me souviens d'une espèce de doudou que j'avais. C'était une vieille poupée de chiffon que je traînais partout. Tu vas trouver ça débile mais ça me rassurait, de l'avoir. C'est comme si elle absorbait tous mes cauchemars, un peu comme le ferait un attrapeur de rêves , tu vois. Cela dit je ne pense pas pouvoir te la donner, pour la simple et bonne raison que je ne me rappelle plus ce que j'en ai fait. »

Elle était sans doute restée chez moi, en Alaska. Cette poupée faisait partie de ces choses que j'avais laissées derrière moi en quittant la maison quelques années plus tôt. Aujourd'hui, je n'en avais plus besoin et tant mieux, car à l'heure actuelle la maison de mon enfance était probablement ensevelie sous une épaisse couche de glace, et était de ce fait inhabitable.
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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Mar 30 Jan - 16:49

   FEATURING Beatriz & Matthias
Trixie est de ces femmes qui ont payés un trop lourd tribut à la société et au monde, les sacrifices ancrés dans les obscurités invisibles des pupilles, les secrets gracieusement cachés au coin des lèvres ourlés d’un rose pâle. « On va aller chez moi ! » Matthias arque un sourcil. Apparemment, il n’a pas son mot à dire et il lui en est presque redevable. L’instinct maternel de son amie est peut-être précisément ce dont il a besoin en cet instant, la tendresse d’une compréhension magnanime qui ne s’embarrasse pas d’explications à outrance et le moelleux d’un sourire réconfortant un peu coupant sur les bords, de quoi tenir debout malgré les douleurs et la fatigue qui menace de le submerger.

Il acquiesce doctement, sachant pertinemment ce qui va se passer. Une fois endormie les flashs horribles disparaitront pour de bon, faisant place à d’autres ombres encore plus nébuleux et terrifiantes dont il ne sait rien encore. Elle ne réagit pas plus que ça à cette histoire de créature, à ces balbutiements d’épouvante qui lui ont échappés malgré lui. Tant mieux. Il a peut-être tout simplement fait un cauchemar, les démons du sable revenant le hanter une fois de plus. Il a cru s’en débarrasser mais il pense toujours le faire et le retour de bâton n’a rien d’agréable.

Elle a de ces mines étroites, flairant le danger du revers de son nez aquilin. Matthias lui offre un sourire quelque peu désolé, rabattant les pans d’un t-shirt en miette sur sa peau découverte. Tout irait pour le mieux, ça roulait déjà si ce n’était son état délabré. La respiration éclipse l’angoisse et il a même un véritable sourire à la proposition d’affaires de rechange. « Sans vouloir te manquer de respect Trix’, on fait pas la même taille. » S’imaginer dans un des petits hauts de la rousse achève tranquillement de le ramener à la réalité des lieux. « Ou alors c’est d’un chéri et on me dit rien, raco… oh… » Il renifle, les sens tourneboulés par l’odeur âpre du sang. Son visage se lève vers le ciel, la main en visière. Le soleil le fait fermenté comme un hareng dans une boite de conserve suédoise et déjà des plaques de sang séchés lui morcèlent un peu partout la peau. Loin d’imaginer qu’il constitue en cet instant à lui seul un plat cinq étoiles, il s’avance et fait signe de se mettre en route, les muscles endoloris par ce qu’il s’imagine être une crise de somnambulisme étrange. « Il se peut que j'aie rêvé de toi, en effet. Cela dit, tu n'étais franchement pas à ton avantage, tu étais en train de courir comme si tu avais le diable aux trousses et tu transpirais comme un bœuf. Je te l'ai dit, tu empestes, Matthias. » L’agacement suinte entre les lettres, les syllabes sifflantes sur la langue et il cille légèrement, plus surpris que vexé. Elle avait fait l’arène, l’odeur était peut-être forte mais elle avait vécu pire. Il y a autre chose L’instinct de l’ancien vainqueur tintinnabule dans le torse endommagé pourtant, il se contente de passer son avant bras sur son front pour en chasser le gros de la saleté. « Mmmm ça dépend c’est quoi ton kink, j’en connais qui trouverais ça grave à mon avantage. Cela dit, je dirai pas non à une douche là, mais alors, vraiment pas…» Il soulève les sourcils suivi d’un clin d’œil avant que l’aveu de Beatriz ne le ramène à des choses plus sérieuses. Elle aussi baigne donc dans l’étrangeté désagréable liée à l’impression d’un parasite constant au sein de ses pensées. Ça ne pouvait pas être lié bien qu'elle soit venu le chercher parce qu'elle l'avait vu. L’œil se fait dur pendant un bref instant, la courbe de la mâchoire tranchante sous la décision: il n'aurait pas du en parler. Trixie a ses propres failles et elle est seule garde d'une vie tierce encore trop fragile pour se défendre seul. « Eh ben…. Je ne sais pas si c’est lié par contre, peut-être qu’on se fait de la bile pour rien. »

Il se tient plus droit, le mouvement de cheveux donnant dans la superbe maintenant qu’ils entrent dans les rues de la ville. Peu importe sa mise après tout, c’est en ayant l’air coupable qu’on le devient. A la moindre question, il décide que la réponse sera nécessairement qu’il revient d’un tournage de spot publicitaire. Quelque chose dans ce genre. Flash colgate et main écartant tout arrêt.

(Rien n'est arrivé. Rien de rien.)

Le pas est plus rapide, il a hâte de rejoindre l’eau chaude et l’appartement à l’odeur de lait et de caramel de Beatriz. Ce n’est pas tout prêt mais il écoute le récit, s’en amuse un peu. « Ton conseil c’est que je me cherche moi aussi un doudou ? J’ai bien une idée mais elle est milicienne et franchement teigneuse, même si je lui dis que c’est pour le bien de tous elle ne voudra pas. » Il a un haussement d’épaule avant d’enlever ses chaussures devant la porte d’entrée, la maison si silencieuse qu’elle en devient suspecte. Il n’ose pas faire de bruit et fait signe à la rousse comme quoi ici c’est comme au monopoly : il passe par la case essorage sans rien toucher d’autre.

L’eau lui est miracle et plus elle coule sur lui, plus les souvenirs sinistres ne sont plus que souvenirs lointains, une alarme voilé à peine perceptible dorénavant. Le fond de la douche se colore de carmin puis d’un brun boueux, la terre et le sang, il trouve des brindilles dans ses cheveux et il renifle la bonne odeur du shampoing de Beatriz avant de s’en asperger avec parcimonie. Lorsqu’il la – les – rejoint, drapés dans des serviettes bien trop colorés, il se sent mieux, lavés de tout soupçon. « J’ai mis mon jean sous l’eau, il sèche, vu les températures ça prendra pas non plus 150 heures tu sais, hey bonhomme ! » Le visage se fend d’un large sourire en voyant Noah et il repousse les cheveux trop longs sur le côté pour mieux le chiper. « Ah attention je suis encore un peu mouillé. Ta maman m’a grondé figure-toi ! »




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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Ven 2 Mar - 20:23

The unrecorded hours  
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La forêt effrayante et ses ombres s'éloignaient, tandis que l'on s'avançait vers la civilisation. Les premiers bruits de la ville venaient percer la chape de plomb qui s'était rabattue sur la forêt, anormalement silencieuse. Je n'avais pas insisté pour savoir quels maux tourmentaient Matthias, parce que ce n'était ni le lieu, ni le moment. Certes, il fallait réagir quand les symptômes étaient encore frais mais Matthias semblait tellement au bout du rouleau qu’à l'évidence, je n'obtiendrai rien de concluant de sa part. Alors je patienterai, malgré la curiosité qui me taraudait. Je marchais d'un pas rapide, souhaitant ne pas m'attarder plus que nécessaire dans ces lieux maudits, qui puaient la mort et la vase. La chaleur rendait la puanteur difficilement supportable et en l'espace d'un instant, je me surpris à songer que les monstres qui hantaient les marécages devaient avoir un odorat particulièrement développé pour pouvoir traquer leurs proies. Une sueur glacée me descendit le long de la colonne vertébrale, alors que mes cheveux se dressaient légèrement sur ma nuque. De vagues relents de terreur m’effleuraient et me donnaient la chair de poule, parce que je percevais les âmes damnées des malheureux qui ont péri ici, parfois dans l'indifférence générale.

Comme c'est triste.
Matthias avait beau être un crétin, je me souciais suffisamment de lui pour aller le chercher pour le ramener en ville par la peau du cul s'il le faut.
Même ses remarques idiotes ne me firent pas regretter ma décision.
Du reste je ne voulais même pas savoir ce qu'il avait dans la tête lorsqu'il mentionna ma taille. Ou la sienne. Ou bien les deux.
Je tiquai lorsqu'il évoqua un chéri mais je ne répondis rien. Il n'y avait rien à répondre de toute manière.
(Puis, si je répondais à chaque connerie que Matthias sortait, je n'avais pas fini de jacasser et je préférais employer mon énergie à quelque activité bien plus utile.)

Alors, je ne répondais rien, me contentant simplement de marcher. Au moins cela avait-il le mérite de rendre l'atmosphère moins pesante. Pourtant ça ne me faisait pas rire, mais de toute façon je n'étais pas vraiment du genre marrante, d'habitude. À croire que j'étais devenue une vieille peau acariâtre avant l'heure. Peut-être était-ce la maternité qui m'avait fait vieillir prématurément, peut être était-ce l'utilisation excessive de la magie noire. Peut-être était-ce tout cela à la fois. J'avais oublié ce que c'était d'être insouciant, de profiter de la vie comme si tout pouvait s'arrêter demain. J'avais cette gravité et ce savoir propre aux vieux sages. C'était probablement ce qui nous avait tirés de ce mauvais pas.

Pour l'instant, parce que nous n'étions jamais sûrs de rien.

[…]

Tout en bavardant sur des choses et d'autres, nous étions finalement arrivés chez moi. En sécurité. Le quartier français avait cette atmosphère particulière que j'appréciais, au point que j'avais voulu vivre ici, pour que chaque jour soit une fête. J'avais profité du petit pécule gagné en l'honneur de ma victoire aux Hunter's Seasons pour m'offrir ce loft très cosy, où je vivais confortablement avec mon fils. Au fond de la cuisine, il y avait cette porte qui menait à mon laboratoire, comme je me plaisais à l'appeler. Dans cette pièce, on y trouvait mes livres de magie, un établi ainsi que divers ustensiles servant à la pratique de la magie, dont un astrolabe. Je n'en avais pas forcément l'utilité mais je le  trouvais  joli alors je l'ai gardé. Rares étaient ceux que j'invitais dans mon antre, et Matthias n'allait pas tarder à en faire partie, parce que c'était très certainement dans ces grimoires poussiéreux que nous allons trouver une solution à nos problèmes.

Pour une fois, je me sentais étrangement optimiste.

Eh oui, comme les sorcières de la pop culture, j'avais moi aussi un livre des ombres dans lequel je retranscrivais soigneusement tout ce que j'apprenais, pour ne rien oublier. Et puisque je m'étais lancée à corps perdu dans l'apprentissage de la magie, j'avais consigné plusieurs tomes de connaissances diverses et variées, même si mon livre des ombres parlait essentiellement d'exorcismes et de vaudou – et bien entendu, la magie noire y occupait une place prépondérante. Pour l'heure, cependant, il n'était pas question de feuilleter ces pages pouvant paraître terrifiantes pour les néophytes, le plus urgent était d'envoyer Matthias à la douche, pour qu'il se débarrasse de toute cette saleté. Comme d'habitude, le pompier était toujours en train de jacasser, et mon histoire de doudou semblait particulièrement le passionner – pire qu'un gosse. J'étais en train de m'affairer dans la cuisine pour préparer du thé. Celui-ci était un mélange de mon invention, à base de verveine.  Je ne l'écoutais qu'à moitié, absorbée par ma concoction. Puis, je m'arrêtai brutalement lorsqu'il parla d'utiliser une milicienne comme doudou. Teigneuse n'était pas le mot que j'aurais employé pour la décrire. Aucun mot sympathique ne me venait jamais à l'esprit lorsqu'il s'agissait de parler des miliciens. Loyal jusqu’au bout, hein ?

« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, d'utiliser une milicienne comme doudou. » répondis-je, un peu plus vertement que je l'aurais voulu. Je comprends que tu aies voulu collaborer avec le gouvernement après notre participation aux Hunter's Seasons mais tu ne crois pas qu'on leur a déjà beaucoup donné de notre personne ? Si en plus on doit leur céder notre cul...»

Je me figeais, glacée par mes propres paroles. À trop vouloir taper dans le sarcasme, je m'étais faite prendre à mon propre jeu toute seule. Un spasme d'angoisse m'agita alors que je sentais mon souffle se raréfier dans mes poumons. Je lâchai mes ustensiles dans l'évier et ils heurtèrent l'inox avec fracas. Je me retournai brutalement pour faire face à Matthias, aussi pâle qu'une morte.

« Tant mieux pour toi si elle ne veut pas, elle est en train de te rendre service sans même le savoir. » Mon ton était légèrement tendu, alors que je tripotais le bord du plan de travail, peinant à planquer ma nervosité. « Je suis sérieuse,  Matthias, évite de t'impliquer trop personnellement avec ces gens là, tu n'en retireras rien de bon. »

Crois-en mon expérience. Je ne savais que trop bien de quoi je parlais, et c'était très douloureux. Je jetai un regard à mon fils, qui était en train d'empiler des cubes en plastique colorés. Si j'étais en pleine possession de mes pouvoirs, je me serais sans doute amusée à les faire léviter pour amuser le bébé mais je n'en fis rien, me contentant de le regarder jouer avant de retourner à la préparation de mon thé. Mes mains tremblaient toujours mais la mini crise d'angoisse qui était brutalement montée était en train de se résorber.

Je maîtrisais parfaitement la situation.

Matthias, quant à lui, était enfin parti se doucher. L'eau était en train de bouillir et la bouilloire en cuivre était en train de siffler. Je la retirai du feu avant que le bruit ne fasse peur à Noah et, lorsque je me retournai à nouveau pour remplir deux  tasses d'eau chaude, mon regard se posa sur le corps dénudé et encore humide de Matthias, vêtu en tout et pour tout de la serviette que j'utilisais pour donner son bain à Noah. De surprise, je sursautai et je me brûlai légèrement avec le contenant brûlant. Je laissai échapper un ouch étouffé avant de me frotter le bras. J'acquiesçai tout doucement lorsqu'il parla de son jean et de séchage. Je me mordillai la lèvre inférieure, avant de secouer la tête pour reprendre mes esprits.

« Je ne suis pas sûre de pouvoir ravoir tout le sang de ton jean, même avec le meilleur détergeant du monde. » Je grimaçai légèrement, en songeant qu'avec mes menstrues, j'avais vite acquis certaines petites astuces pour éviter de jeter mes vêtements tâchés…enfin ça, c'est quand je les avais encore, les dites menstrues. Maintenant que j'y pensais, je ne les ai plus eues depuis un moment, sans doute parce que j'étais en très mauvaise santé. « Quoiqu'il en soit, tu as des vêtements propres sur le canapé. Et je suis en train de faire du thé à la verveine. C'est supposé bloquer les maléfices et réduire l'anxiété, et empêcher les mauvais rêves. J'en utilise quand je connais des pics d’activité oniriques. Ça devrait bloquer tes visions. » Sauf s'il s'agissait de crises psychotiques, auquel cas mes infusions de verveine ne serviront à rien. « Au fait, la serviette que tu as utilisée, c'est celle de Noah. Les nounours ne te vont pas très bien au teint. »

Il fallait bien que je trouve un détail tue l'amour pour contrebalancer le fait que mon regard obliquait vers mon ami un peu trop souvent. Après tout, j'avais beau être une sorcière accomplie et une jeune maman, je n'en demeurais pas moins une femme et il m'arrivait – parfois – de regarder les beaux garçons.  à l'évidence, Matthias ne manquait pas de charmes. Ceci étant dit, me laisser entrainer dans une espèce de jeu de séduction serait une très mauvaise idée. Coucher avec Matthias serait à peu près équivalent à se taper le copain sympa, drôle , charmant à tout point de vue mais vraiment lourdingue.   Il en était tout simplement  hors de question, même si, en l'espace d'un instant, l'idée m'avait vaguement effleuré l'esprit.
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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Sam 10 Mar - 14:28

   FEATURING Beatriz & Matthias
« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, d'utiliser une milicienne comme doudou. » Qui en avait encore des bonnes idées ? La guerre d’influence rage - imperturbable - dans les rues de la Nouvelle-Orléans, les clans se dressant sans vergogne les uns contre les autres : des sorcières contre des créatures de la nuit, des miliciens contre des rebelles et dans tout ça la masse informe, celle qui tente, tant bien que mal, de garder la tête hors de l’eau noirâtre du bayou.

Il n’aime pas vraiment le verbe collaborer, comme si ça faisait de lui un traitre à une cause qui n’a de toute manière, absolument aucun sens. Le nouveau monde post-apocalyptique n’a plus vraiment le gout d’un échiquier simple, il n’y a pas plus de pièces blanches ni noires et le plateau est aisément recouvert d’une brume bien trop opaque pour en voir les délimitations. Matthias lance un regard en biais à la rousse avant de disparaître dans la salle d’eau lorsqu’elle insiste. Elle se fourvoie pour raison personnelle comme tant d’autre après tout. Le gouvernement a bon dos, n’est-ce pas ? Le récipient rêvé – et ce à juste titre – d’une colère croissante, mais il n’est pas aveugle, moins en tout cas que ce qu’il veut bien faire croire.  Ce sont des choix qui déterminent finalement, le désir ardent d’une paix envers et contre tout. Il voit parfaitement les petites fractures de ceux qui se disent preux et combattants, les transactions quotidiennes avec les mafias locales, les séances obscures, les attaques perverses, toutes au nom d’un hypothétique meilleur avenir.

Quel qu’en soit le bord.

Il aurait pu lui répondre que la milicienne était femme avant d’être uniforme mais il n’était pas certain dans ce cas précis tant le tissu semblait mouler la moindre parcelle de la biélorusse. Il fait pire cependant : le sourire encore un peu écarlate dans un défi sous-jacent. La vérité c’est que Beatriz donne ses conseils avec générosité sans les suivre pour autant. Il lui est gré d’avoir à cœur son bien-être mais il n’a pas peur de grand-chose au fond. Cela pourrait sonner arrogant et surfait – lui trouve ça plutôt triste - mais c’est malheureusement vrai. « C’est ce qu’on doit faire alors ? Trancher la gorge de tout ceux qui ne sont pas du bon côté ? » On peut aller loin comme ça. Il aurait pu le lui dire en un rictus effacé, le même qu’il avait servit à ceux qui lui avait expliqué jadis les bienfaits des Jeux, la catharsis visuelle qu’il offrait à un peuple exsangue comme offrande justifiant les souffrances et les cris.

Il n'en fait rien.

La chaleur s’étire sur les muscles endoloris, l’eau chaude comme une couette douce et purifiante. Il est encore épuisé au sortir de la douche, un sifflement sibilant rouillé à l’oreille, l’appel lointain de la bête sous sourdine au tréfonds de sa mémoire. Ici, l’innocence a encore ses droits. La frimousse enfantine se fend d’un sourire joueur et Matthias se met à rire de bon cœur au-dessus de l’enfant. « Je ne suis pas sûre de pouvoir ravoir tout le sang de ton jean, même avec le meilleur détergeant du monde. » Il acquiesce distraitement, les doigts pianotant dans l’air devant le museau adorable du bébé joyeux. « Non laisse, je compte même plus le nombre de fringues que je rattrape ces derniers temps, je suis devenu un as à nettoyer le sang. Un anneau de fer suffira et le t-shirt est irrécupérable de toute manière, c’est direct la benne. On m’avait conseillé la farine aussi mais au prix où elle est… » L’aveu passe comme courant d’air. Il va devoir consulter se dit-il, les pensées morbides. Il a horreur du médecin, la santé sempiternellement rayonnante et le corps agile sous le soleil cuisant des Amériques ; et pourtant, les pertes de mémoires, le sang, les crises de somnambulisme et les insomnies ont forcément une issue. « Ta maman nous fait du thé, Noah. Et elle utilise des mots que personne ne comprend aussi mais tu t’y feras. Ou alors tu feras comme moi : tu feras semblant. » Le gazouillis s’accompagne de petites bulles bavousantes avant que Matthias ne songe à sa tenue. « Noah me l’a prêté. Pas vrai ? » L’agitation des petons lui semble preuve évidente et il se tourne vers Beatriz pour le lui faire voir. « Les nounours ne te vont pas très bien au teint. » Il reconnait le regard sous soupape qu’elle tente de soustraire, la fièvre suintante cascadant à même les cils dorés. Il y pense lui-même quelques secondes, la tension sombre dans la pièce, avant que Noah n’attrape l’index laissé à portée de main. La petite pression le fait sourire et il se laisse finalement tenter par les fringues sur le canapé. Le survet’ est un peu court, le haut un peu leste mais il se sent plus propre, la renaissance dans l’odeur réconfortante de savon frais qui l’entoure à présent.

« Tu m’as donné un conseil, c’est à mon tour Dévereaux. » Il s’approche, les doigts se refermant sur la tasse offerte. « Tu as parlé de maléfices et d’un truc en -ique et ne crois pas que je n’ai pas saisi le message global, sorcière. » Pour toute autre, le terme aurait été insultant mais il y avait des liens intangibles, des serments silencieux entre ceux qui avaient survécus à l’arène, des « pour toujours et à jamais » L’odeur de la verveine le ramène en des temps plus calmes et il souffle sur le breuvage, l’ondulation tremblante en surface du thé.

Il n’a pas peur de grand-chose, sauf de ça. La sorcellerie est un domaine fait d’épouvantes et où les tapis sont d’effrois. « A New York, c’était déjà quelque chose ta... enfin… » Il refuse d’y mettre un nom. Si la magie n’est pas nommée alors elle n’existe pas. Les doigts se resserrent, la brûlure presque douloureuse à travers la céramique et l’angle de la mâchoire tendue sous la requête. « Je sais que c’est pour mon bien, pour celui de Noah, pour un tas de gens probablement mais toi et moi on sait très bien jusqu’où peut aller l’excuse du ‘j’ai cru bien faire’. Ce que je veux dire c’est qu’à New York c’était déjà pas mal… mais la Louisiane… » Il passe une main dans ses cheveux aux pointes humides, les ramènent en arrière dans un mouvement presque nerveux. « Ici la terre vibre. Ici, si je lance une pièce en l’air pour jouer au hasard, je ne suis même pas surpris de ne pas l’entendre retomber et encore moins de voir un fantôme surgir pour la faire tourner entre ses doigts. Ce n’est pas une ville normale, Béa. » Un tombeau éventré, l’odeur putride masquée par le sucre et les épices du bon vieux sud et la dernière chose dont Beatriz avait besoin c’était de se lancer dans un exorcisme inutile ou de la magie teinté d’un vaudou ancestral propre au bayou.

La main vient frotter légèrement la marque de feu sur le torse à travers le tissu, le liquide ambré sur la langue calmant la panique silencieuse l’habitant encore il y a peu. « Ah c’est vrai que c’est bon. Je me sens nettement mieux. Merci. » Il lui offre un sourire avant de finir sa tasse, le sommeil tirant sur ses paupières. L’éreintement l’étreint et il tait le fait qu’il pourrait sincèrement s’étendre sur le sol et dormir ici et maintenant.

Il s'appuie sur le rebord du meuble. « Je vais rentrer, j'espère que pas un feu ne va surgir dans les heures qui viennent parce que ce sera franchement compliqué. » Il esquisse un haussement d'épaule suintant l'amusement.




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MessageSujet: Re: The Unrecorded Hours ▲ Beatriz et Matthias   Mer 11 Avr - 21:40

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Les secondes passaient et je ne me détendais pas pour autant. Je ne pouvais pas m'empêcher de m'inquiéter, à croire que c'était devenu une seconde nature de veiller sur les personnes qui m'étaient chères. C'était encore pire depuis que j'étais mère, mais dans le fond je doutais qu'il y ait une quelconque corrélation entre ces deux comportements. J'étais la preuve vivante que l'instinct maternel était un mythe et que personne n'était fait pour être parent, cela s'apprenait avec l'expérience. Et de l'expérience, j'en avais, malgré mon jeune âge, j'avais dû affronter mon lot d'épreuves, si bien qu'aujourd'hui on venait me consulter comme si j'étais un vieux sage, quelqu'un qui avait le pouvoir de résoudre tous les problèmes, ou tout du moins, apporter un éclairage nouveau à une situation des plus obscures. Sans doute était-ce parce que dans mes rêves, je voyais l'avenir. L'avenir, cependant était une vaste notion qui recouvrait plusieurs réalités différentes. Mes visions ne montraient en réalité qu'un des nombreux chemins possibles. C'est ainsi que je rencontrai Matthias. Sans doute avait-il eu écho de mes talents par une de nos connaissances communes, mais je me souvenais très bien de ce moment où il était venu me consulter sans être vraiment certain de la pertinence de sa démarche. Ce jour là, je m'étais efforcée de le conseiller le mieux possible, alors même que je ne le connaissais pas. Ce jour là, j'ignorais encore que j'allais à mon tour combattre dans les arènes, comme si, finalement, ma rencontre avec Matthias avait scellé mon destin. Ou bien le sien. Peu importe. D'habitude Matthias m'écoutait toujours, parce qu'il avait confiance en mon jugement. D'habitude il m'écoutait, mais cette fois ci j'avais bien peur que cela ne suffise pas. Ça ne suffisait pas parce qu'il restait des barrières entre nous, des barrières qui n'avaient rien à voir avec nos quelques années d'écart.

C'était autre chose.

Peut-être que j'étais dans une catégorie à part qui faisait que Matthias préférait ne pas parler de ces choses là avec moi. Je le savais, je faisais moi-même partie de ces choses là. Ce n'était pas un secret d'état de toute façon, il ne s'en était jamais caché et je faisais semblant de ne rien voir parce que j'étais douée pour ça. Pourtant, là, je ne m'étais pas gênée pour le reluquer alors qu'il sortait de ma douche, la peau encore humide et les cheveux mouillés. Alors je parlais d'autre chose pour mieux noyer le poisson, pour feindre l'ignorance encore un peu. La lessive était un sujet beaucoup plus léger, beaucoup plus futile même s'il s'agissait de nettoyer des tâches de sang sur un jean. Je haussai un sourcil lorsque Matthias évoqua la possibilité d'utiliser un anneau de fer. Mettre le t-shirt rapiécé à la benne était une idée beaucoup moins tirée par les cheveux. Sinon, comme je l'avais suggéré plus tôt, on pouvait tout aussi bien brûler le tout, ni vu ni connu, ça ne laissait pas de traces. Quoique, un feu de poubelle pouvait attirer l'attention, mais Matthias étant pompier, il aurait vite fait de maîtriser l'incendie.

Sauf que Matthias ne m'écoutait pas.
Son attention était accaparée par Noah, visiblement ravi d'avoir un camarade de jeu.
Même si le camarade de jeu en question était à moitié à poil dans mon salon.

Je levai les yeux au ciel lorsque Matthias sous-entendit que mes explications sur la verveine étaient du charabia. Aussi faisait-il semblant de m'écouter quand je parlais ? Intéressant. Cela ne faisait que me conforter dans mon idée. Matthias ne s'intéressait pas à la sorcellerie, alors même que c'était toute ma vie. Pourtant, il a déjà été témoin de mes talents, à plusieurs reprises. J'esquissai une légère moue lorsqu'il suggéra que Noah fera comme lui, qu'il fera semblant d'écouter.

« Ne vas pas mettre des idées dans la tête de mon fils, toi. » le rabrouai-je, sans méchanceté aucune. « Puis si ça se trouve, Noah sera comme moi. C'est peu probable que ça arrive mais c'est une possibilité à ne pas exclure. »

En réalité j'espérais qu'il ait hérité davantage de moi que de son géniteur. Les sorciers étaient des cas isolés, les lignées de mages et d'enchanteresses n'existaient pas. Aussi était-il rare que deux sorciers soient dans la même famille mais c'était toujours possible. peut-être qu'au fond de moi j'espérais que Noah développe ultérieurement des pouvoirs. Peut-être que quand le moment viendra j'aurai des choses à lui apprendre. Je n'en savais rien. Je n'avais pas trop fixé d'attentes concernant mon enfant. Je ne savais que trop bien ce que c'était de ne pas correspondre aux attentes de ses parents. Voir la honte, voire le mépris dans leurs yeux, là où il devrait n'y avoir que de la fierté, était particulièrement destructeur. Je ne voulais pas reproduire les mêmes erreurs avec Noah. Je voulais lui donner les meilleures armes possibles pour lui permettre d'évoluer dans un monde aussi cruel que le nôtre. S'il s'en sortait, s'il était un minimum heureux malgré les circonstances alors j'aurais réussi mon pari. Mon rôle de maman consistait à le soutenir, à l'accompagner, non à m'efforcer de le faire entrer dans un moule qui ne lui correspondait en rien.

Il y avait tout de même ce sentiment persistant qui flottait dans l'air électrique et qui éloignait les mauvais esprits. Ce n'était rien qu'une étincelle, mais cela suffisait à réveiller mon désir. Me sentant soudainement pousser des ailes, je soutenais son regard, fière, droite et altière comme je l'avais été jadis, avant tout ça. Quand j'étais encore capable de ressentir du désir, quand mon corps n'était pas encore brisé en mille morceaux, quand je n'étais pas encore ce moineau aux ailes blessées et qui ne pouvait plus voler. Moi aussi, je ressentais cette tension qui prenait aux tripes, mais cette sensation ne dura qu'un temps. Bientôt, l'intensité de notre regard fut remplacée par la moiteur de l'atmosphère lourde de la Nouvelle Orléans, et c'était une sensation qui était loin d'être agréable. Moi aussi j'aurais besoin d'une douche, en fin de compte.


En parlant de la Nouvelle Orléans…
Matthias bafouillait, cafouillait, comme s'il voulait évoquer un sujet délicat et qu'il ne trouvait pas ses mots.

« La magie, tu veux dire ? » soulignai-je en esquissant un sourire sardonique. « Tu peux le dire à voix haute tu sais, ce n'est pas un gros mot et tu ne risques pas de déclencher un cataclysme si tu en parles…enfin…en théorie. »

Après tout, la fin du monde tel que nous le connaissions n'avait-elle pas été précipitée parce que une horde de magiciens avait tout bonnement pété les plombs ? Ce n'était pas qu'une façon de parler, d'ailleurs, puisque l'électricité sautait régulièrement depuis que des brèches avaient été ouvertes. Les craintes de Matthias étaient pourtant légitimes. Tout un tas de légendes concernaient la Nouvelle Orléans. Il parla de vibrations, de fantômes qui tenaient des pièces. En arrivant ici, quelques années plus tôt, j'avais ressenti cette énergie si particulière jusqu'au fond de mes entrailles. Je l'avais ressentie et c'était ce qui me manquait le plus en ce moment.

« En effet, si tu lances une pièce en l'air c'est possible qu'un fantôme la rattrape. » Je lui adressai un regard extrêmement sérieux. « Les esprits ont une certaine prise sur la matière, je suis bien placée pour le savoir. C'est de cette manière qu'ils communiquent avec nous, quand on ne peut pas les voir. » Mes lèvres s'étirèrent en un sourire mystérieux. « Mais je prends note. Je ferai attention, Matthias, autant que possible mais je sais également que je ferai le nécessaire si ma vie ou celle de mes proches est en danger. »

Cela incluait par ailleurs la sienne, mais je me gardai bien de le préciser, mon regard l'exprimait bien davantage que des mots.
Il savait de quoi je pouvais être capable, même sans être un expert ès magie noire.
Nous étions tous les deux des survivants des arènes, et c'était la raison pour laquelle le monde se souvenait de nous.
Il y avait cette chose qui nous liait, qu'on le veuille ou non, et même la magie n'y pouvait rien.
Notre pacte, notre alliance avait été scellé dans le sang, la peur et les larmes.
Ça ne s'oubliait pas.

« Si tu crois que je vais te laisser rentrer chez toi comme ça, tu te fourvoies, Matthias. » Mon ton était ferme et décidé, c'était mon côté maman qui reprenait le dessus, j'imagine. «  Tu pourras squatter le canapé et manger quelque chose. J'ai ce qu'il faut. »

Ma position dans la société était plus que confortable et ça n'allait pas me coûter grand-chose de venir en aide à un ami.
C'était mon dernier mot, et de toute façon je ne lui laissais pas le choix.

FIN DU RP
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