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 Les Griffes du Minotaure

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SUCKER FOR PAIN

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↳ Opinion Politique : Freedom could kill her, but she’d rather go on. Once she used to dream about resistance, but now, everything is on fire, and she gave herself to Chaos.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 2 - Teenage Monster
↳ Playlist : Between the bars - Elliott Smith ¦ Seven Nation Army - The White Stripes ¦ John and Jehn - Vampire ¦ Bashung - Madame Rêve ¦ Queen - Killer Queen ¦ Hubert Félix Thiéfaine - Les Dingues et les Paumés

↳ Citation : Madness is the emergency exit. You can just step outside, and close the door on all those dreadful things that happened. You can lock them away. Forever.
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MessageSujet: Les Griffes du Minotaure   Ven 24 Nov - 18:19

Les Griffes du Minotaure


 

I hate getting flashbacks of things I don’t want to remember.


Il arrive qu’au réveil, on se lève, le souffle court, le cœur tambourinant d’angoisse. Que le rêve qui ne dura que quelques secondes nous semble avoir duré des heures.  Et  que, pendant quelques minutes, on ne sache plus bien si ce fut un mauvais rêve ou une réalité.


2016.05.06 15.32 - Labyrinthe 806 568

Kriss ouvre les yeux. Il fait froid, il fait gris, deux chemins s’ouvrent à elle.

Elle entre à droite. Derrière, le rugissement du Minotaure. Cette fois, elle ne fera pas la même erreur. Kriss saute, grimpe le long du mur qui lui offre des prises à mesure qu’elle s’avance. Mais alors même qu’elle grimpe, le monde tourne, la gravité change. Le mur devient le sol et son idée folle s’évanouie dans les décombres de son espoir vain. Qu’importe, elle court, le souffle du Minotaure rythmant ses jambes. Les sabots derrière martèlent le sol. Gronde, roule, l’orage d’une mort qui s’approche. Mais la jeune femme est plus rapide. Gauche, droite, la lumière lointaine d’une sortie, l’espoir qui revient, comme un phare qui l’éclaire. Droite, gauche. Puis la fin.
Une impasse.

L’œil panique, le cœur se révolte. Les mains viennent contre le mur, cherchent une fêlure.  Rien, l’air se charge de consonances cruelles, le monstre s’en vient. Si près, elle entend son pas, soudain plus lent, il sait qu’elle est à sa merci. Il sait qu’elle est à lui, encore, l’amante non désirée de la lune, la Mina du Minotaure, qui sous la pierre blanche se gorge de la noirceur de son hôte.
Il ne sert plus à rien de courir.
Il ne reste plus qu’à mourir, qu’à retenter sa chance.

Pour ne pas que cela dure trop longtemps, parce que mourir encore à petit feux l’apeure davantage qu’un brutal point final. Kriss prends son souffle et s’élance, comme un artiste sur la piste. S’en vient et court, légère comme le funambule sur son fil et se jette, dans le vide. La corne du Minotaure traverse sa poitrine et son cœur, un instant,  vibre d’émois. Alors qu’elle se meurt, son corps lui hurle une dernière douleur. Et puis. S’éteint.


2016.05.06 15.34 - Labyrinthe 806 569


Kriss ouvre les yeux. Il fait froid, il fait gris, deux chemins s’ouvrent à elle.

Et devant, Elle. La passagère clandestine. La pale blondeur de l’apparition la laisse muette. La beauté du spectre la transcende. Un instant, elle oublie que le Minotaure la chasse encore et qu’à la seconde où elle bougera, il se jettera à sa poursuite. Un instant, elle oublie tout le reste, puisque le reste est vide, sinueux, comme un serpent qui se mords la queue et qui s’en revient. Puisque pour une fois, l’apparition lui semble vraiment réelle.

Elle est déjà venue avant, la femme. Plusieurs fois elle a croisé ce regard clair, surpris d’abord, déterminé ensuite, mais jamais si fort. Kriss s’avance, s’approche, touche celle qui ne peut être réelle. Son index trouve une joue. Il y a de la peau, une essence, une douceur, une chaleur. Une réalité d’ailleurs. Kriss n’est plus seule au monde. Kriss n’est plus seule dans le labyrinthe. Derrière gronde la voix de son cauchemar, mais, elle reste, quelques secondes, suspendue au fil. Ses doigts glissent le long du cou, s’attardent sur son épaule. Sa paume s’ouvre et caresse le bras long jusque cette main qu’elle attrape. Les doigts s’emmêlent. La prisonnière ferme les yeux, et un soupire glisse de ses lèvres pour se glisser contre les murs, caressant les impasses, changeant les sorties, détruisant certains murs pour en construire de nouveaux. Le labyrinthe frémit, comme frémit Kriss, d’un frisson qui secoue ses côtes, qui change les portes, et soulève sa cage thoracique, changeant les chemins qui mènent à la vie, à la mort. Elle n’est plus seule.

Aide moi, aide moi à sortir d’ici.

Supplique qui résonne dans le labyrinthe sans qu’elle n’ait eu besoin d’ouvrir la bouche. Ses yeux verts sont aussi clairs que la pluie, qui roule le long des vitres et qu’elle retient, retient, pour ne pas pleurer devant le spectre. Kriss n’a plus assez de larmes sous ses cils pour un début de partie. Tant d’espoir brule ses lèvres, soudain plus vives, tant d’espoir nourrie le monstre qui grandie, grandie, jusque les dissimuler dans son ombre. Sa main se serre plus fort autour de celle de l’apparition, il est temps de courir. Si c’est elle qui choisit le couloir, le Minotaure saura avant même de sentir leurs présences. Alors elle murmure, préparant son souffle à la course.

Choisis.

Et si elle meurt encore, au moins ne mourra-t-elle pas seule.


2017.11.05 22.30 Mary Rose

Le spectre, il est là. Sous ses yeux.  La passagère clandestine, soudain anodine et si humaine, lui sourit et lui demande s’il lui plairait de boire quelque chose. Un instant une peur subite saisie la jeune femme, et si Beatriz trahissait sa présence ? Et si elle murmurait à qui veut l’entendre, ses pères, que Kriss est toujours en vie ? Il en serait sans doute fini de sa liberté. Mais non, rien, le spectre ne semble pas la reconnaitre.

Et la fureur, l’immense fureur qui la secoue alors lui fait tourner talon, jetant le verre à terre sans se soucier du fracas des éclats, ni de la surprise autour, de ceux qui ne marchent jamais qu’à la lumière.


2017.11.10 10.00 Mary Rose

Dans un papier de soie, une statue de taureau, juste là où Beatriz ne la manquerait pas. Sur les longues cornes, des gouttes de sang séchées de Kriss. Pour qu’elle se rappelle. Pour qu’elle se rappelle. Le spectre l’obsède. Il doit savoir. Il doit ressentir comme autrefois, les maux qui la broient.


2017.11.11 – 2017.11.23

Des dessins sur les murs, qui couvrent le chemin de Beatriz, des cornes, des monstres, le Minotaure comme une ombre sur la craie. La sorcière obsède la Mina. Kriss aimerait pouvoir se défaire d’elle, oublier comme elle oublia le reste. Mais chaque fois qu’elle ferme les yeux, c’est Beatriz qui apparait. La sorcière hante ses rêves, ses cauchemars et même ses jours qui s’éternisent alors que Kriss se refuse au sommeil. Obsédante apparition de son passé. Indésirable et insupportable. Qu’elle espionne alors comme elle le fait de ceux qui touchent du bout des ailes de leurs âmes contraires son cœur si sensible.

Elle veut faire grandir sa peur.


2017.11.24 Now

La porte s’ouvre puis se referme, dans son dos. C’est triste, tout ce bazar qui l’entoure. Kriss a ouvert tous les tiroirs, déchiré des grimoires, saccagé des assiettes. Elle a tout cassé du petit confort de Bea, elle a tout cassé dans un éclair de colère. Elle a dessiné sur les murs, au feutre noir, l’âme artistique et le cœur en trêve,  que crèvent l’absence de rêves, les impasses et les chemins, les lignes cruelles des labyrinthes. Sur les murs, jusqu’au plafond, sur les vitres et les miroirs. Heureusement il n’y avait personne d’autre. Pas d’enfant, ce Noah dont elle n’aurait fait qu’une bouchée, dont elle n'a touché la chambre. Heureusement il n’y a personne d’autre, elle se fait possessive quand elle s’abrase, elle se fait incisive quand elle se sent vulnérable. Le phœnix a les plumes cruelles et les griffes si longues quand elle se fait craintive, qu’elle pourrait se tuer elle-même pour ne pas souffrir. Kriss a la beauté sensible de ces écorchés de l’âme qui se sont vendus au diable pour ne plus se blesser de tant d’émotions. Bea réveille son âme fragile, et le sensible qui se cache derrière l’oubli. Son cœur s’échoue sur des pensées anciennes, de quand elle courrait encore dans le labyrinthe de son monstre.  Sa nuque se tord, elle regarde au seuil de la porte, découvre le spectre de sa mort. Bea est seule, tant mieux, elle n’aurait aimé la partager avec aucun autre. Elle souffle, comme une enfant fragile, comme un cœur sensible, comme elle l’était autrefois. La tristesse et la rage balaie son âme en émoi. C’est que son cœur pleure ce que ses lèvres murmurent. C’est qu’elle avait tellement d’espoir.

Je pensais à toi parfois.

Elle parle, de sa voix d’enfant, de celle qu’elle fut. Innocente et translucide.
De celle qui avait peur des monstres dans le placard.
Avant de comprendre que ces monstres, ils n’habitaient que dans ses cauchemars.

Je t’imaginais, l’espace d’une impasse, vivant ta petite vie parfaite. Ton amoureux, tes rêves. Je me disais, qu’il fallait bien que tu vives, en dehors. Je te voyais parfois au travers du rêve, parlant à lui qui fut mon père. Je m’accrochais à l’idée terrible que tu pouvais aller et venir. Que tu pouvais choisir de revenir. J’espérais que tu reviennes.

Son cœur s’ébroue, elle tremble, un instant, accouchant de pulsions contraires. Pour ne pas pleurer alors que le souvenir de son attente la broie de toute part Kriss jette au sol le verre qu’elle tient et se retourne, la bouteille de whisky dans la main. Ouverte. Qu’elle boit au goulot. Sur le sol les fragments de verre, comme des scalpels, ont les résonances cruelles des armes les plus tranchantes. Pour ne pas être vue au grand jour, elle a cassé les lumières et seule une demeure, éclairant son visage dans la pénombre. Un sourire étrange déchire son visage, elle navigue entre la réalité et l’irréel, incertaine et perdue dans le méandre des ombres amnésiques, dans le conte en clair-obscur de son identité détruite. Elle souffle, contant presque son ire, habillant de vengeance son besoin de se nourrir de sa peur.

N’es-tu jamais revenue en rêve, dans un lieu si noir et sombre, un lieu sans espoir, qui fait trembler les ombres? N’as-tu couru encore, dans la solitude et les ténèbres, alors qu’on dévorait ton âme ?

Cela résonne comme une histoire contée par un fou, qui s’amuse, dans les désordres de l’absurde. Mais c’est sa réalité cruelle, son essence la plus pure. Kriss plante les yeux dans celle qui fut son espoir et son désespoir. L’éclat foudroyant de leur clarté la déstabilise. Elle murmure.

J’espérais que tu me reviennes.

Ses lèvres taisent les tourments, elle préfère se réfugier dans la colère.
Qui brûle, sévère, dans ses pupilles animales.

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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Jeu 30 Nov - 19:53

Les griffes du Minotaure  
Beatriz & Kriss
Killer, I am thy killer too, I am the frightful thing that always follows you. Liar, I am thy Nemesis I always knew one day that it would come to this. "Liar - Motorhead"  

C'était comme une impression, un sentiment, une intuition qui m'avait prise aux tripes et qui ne me lâchait plus. La douleur, tout d'abord sourde, se faisait diffuse à mesure que le temps passait, à l'image des répliques d'un séisme qui perdaient en intensité quand on s'éloignait du moment où la terre se rompait avec perte et fracas. C'était comme une rengaine, une ritournelle insupportable qui se nichait dans les recoins les plus sombres de l'esprit , un refrain tellement entêtant qu'on voudrait se claquer la tête contre les murs jusqu'à ce que ça s'arrête. Ça  s'insinuait et ça rampait, c'était une saloperie de cafard tellement increvable qu'on pourrait le penser immortel, une putain de bestiole dont on ressentait encore la présence même après l'avoir écrasée d'un coup de talon. D'ordinaire je n'étais pas aussi préoccupée, je me contentais d'effectuer mes tâches quotidiennes de façon presque mécanique, ne serait-ce que pour me donner bonne conscience. Même si j'y mettais toute ma bonne volonté, mon corps était progressivement en train de me lâcher. J'avais la gueule à l'envers, air hagard et teint cadavériques, yeux injectés de sang et cernes immenses. En arrière-plan, mes oreilles bourdonnaient en permanence, comme si une mouche s'était logée à proximité de mes tympans et me susurrait des mots doux à l'oreille. Plus les jours passaient et plus je me sentais faible, anémiée. Le manque se faisait sentir. Manque de magie. Manque de sommeil. Dans cet été perpétuel, les nuits étaient trop courtes et pas assez reposantes. Bébé qui hurle à pleins poumons, bébé fiévreux, bébé qui fait ses dents, maman à bout et l'entourage aveugle à sa détresse. Il n'y avait pas que mon âme qui était brisée, mon corps n'était pas mieux loti. Mon corps n'était plus qu'une carcasse rouillée, rongée jusqu'à l'os par la plus sombre des magies. Je ne pouvais plus regarder mon corps déformé par cette grossesse traître, la peau fine craquelée au niveau de mon ventre d'avoir été tendue comme un tambour. Le pire, c'était sans doute mes seins, lourds et durs comme des pierres, douloureux à cause de la lactation, soumis au bon vouloir de ma progéniture insatiable. J'avais envie de pleurer, parfois, quand l'inconfort devenait insupportable, tellement insupportable que je priais pour que ça s'arrête enfin.  

Tu enfanteras dans la douleur, avait-Il dit. Je l'avais maudit, ce dieu tout puissant, bien que je n'y croyais pas spécialement. Je l'avais maudit puis j'ai eu la haine, parce qu'il fallait être sacrément tordu pour infliger une telle souffrance à toutes les femmes de ce monde. Parfois, j'avais l'impression que mon corps s’ouvrait en deux. Je n'aurais pas dû l'appeler Noah mais Moïse. Ou peut-être pas. Mon corps n'avait rien de la terre promise, c'était une terre brûlée, aussi sauvage que les steppes du Nevada dans lesquelles j'ai passé une partie de mon adolescence, aussi aride que les déserts glacés qui recouvraient désormais une bonne partie du territoire, et où plus rien ne pouvait pousser. Seules les graines du mal pouvaient encore germer, il avait implanté ses racines profondément, il avait tout gangrené, balayé tous les bons sentiments jusqu'au dernier. Pourtant, j'étais non seulement une sorcière, mais j'étais aussi une mère. A la naissance de mon fils, je n'avais pas ressenti l'amour inconditionnel que j'étais censée vouer à ma progéniture. Malgré tout, mon rythme de vie se calquait sur celui du bébé. Lorsque j'en restais éloignée trop longtemps, l'enfant se rappelait à moi. Noah avait certes besoin de moi, mais d'une certaine manière j'avais besoin de lui. En l'occurrence, il était l'heure de la tétée et même si j'avais confié le bébé à un proche pendant que j'allais travailler, je ne pouvais pas repousser l'échéance plus longtemps.  

Je devais rentrer.  
Trouver un moyen de soulager ma poitrine enflée et tendue comme un arc.  

Alors je levai le camp, me promettant de revenir plus tard, une fois le petit monstre rassasié. Je mis plus d'un quart d'heure pour rejoindre le quartier français, là où j'habitais. J'avais beau bénéficier d'avantages considérables en prêtant allégeance au gouvernement, posséder une voiture pour me déplacer était un luxe que je ne pouvais pas me permettre, aussi me contentais-je de faire le chemin à pied, bravant ainsi le danger. Cependant, les monstres ne se planquaient pas uniquement dans les ruelles mal famées ou dans les profondeurs vaseuses du bayou sauvage, ils pouvaient également se révéler une fois les portes closes.  A la seconde où je vis la porte de ma maison entrouverte, je me félicitai de ne pas être allée chercher Noah en chemin. Il était chez ma sœur et c'était très bien ainsi, au moins le garçon était-il en sécurité. Ce n'était clairement pas normal, je le ressentais jusqu'au plus profond de ma chair. Je devais aller voir, parce que quelqu'un- ou quelque chose – avait profané mon chez moi, mon antre, mon refuge. Peut-être que ce n'était pas une bonne idée, que je me précipitais au devant du danger, que la créature qui était entrée chez moi n'avait rien d'humain mais pouvait s'être échappée de Darkness Falls en empruntant les brèches qui avaient été ouvertes et qui reliaient notre monde au leur. Peut-être qu'il n'y avait plus personne et que mon visiteur avait foutu le camp avant que j'arrive. C'était la chose à ne surtout pas faire, mais j’allai à l'intérieur, pas armée, pas accompagnée. Le cœur battant à tout rompre, je me faufilai dans le couloir. Je ne le vis pas tout de suite mais il y avait des motifs tracés à même le mur.  

« C'est quoi ce bordel ? » grondai-je alors qu'un frisson glacé me dévala l'échine. Les cinq sens en alerte, j'étais prête à riposter en utilisant la magie si nécessaire. « Qui est là ? Qui que vous soyez montrez vous, je suis armée ! »  

Tout en proférant mes menaces j'avais continué à avancer d'un pas mesuré. Puis ; je tombai nez à nez avec l'intrus - l'intruse, devrais-je dire. Je ne voyais que son dos, mais je pouvais voir qu'il s'agissait d'une fille. Une fille qui savait très bien ce qu'elle faisait, puisqu'elle se retourna avec cette lenteur délibérée, calculée pour me toiser de son regard chargé de reproche. Mon regard allait et venait entre elle et les murs vandalises, elle et le plafond, elle et les vitres. Elle et le chaos qu'elle avait semé sur son passage.  

« Mina. »  

Le murmure se dressa entre nous, fantôme du passé. Elle s'appelait Mina, son oncle l'avait dit et je m'en rappelais à présent. Peu importe comment elle se fait appeler maintenant, je l'avais toujours connue en tant que Mina. Mina et sa malédiction, Mina et son labyrinthe, Mina et le monstre qui grignotait son âme. Je pensais à toi , parfois. La voix était innocente, le ton de sa voix était chargé de reproches. Elle pensait à moi et elle avait fantasmé ma vie, s'imaginant que je vivais une vie parfaite pour mieux nourrir sa rancœur. Un rire nerveux s'échappa de ma gorge enrouée lorsqu'elle mentionna mon amoureux.  

Si elle savait.  
Si elle savait à quel point mon âme pouvait être aride.
J'étais incapable d'aimer.
Même mon fils, la chair de ma chair, mon sang, n'y avait pas droit.
Ce n'était pas faute d'avoir essayé, pourtant.  
Et tandis qu'elle égrenait ses reproches, cela faisait sens dans ma tête.
Noah n'était pas l'enfant que j'avais abandonné.
En réalité, j'avais abandonné quelqu'un d'autre bien avant sa naissance, et Noah était ma punition.  
Ma rédemption, peut-être ?
Peut-être que si je n'avais pas abandonné Mina je n'en serais pas là aujourd'hui, à me battre comme une forcenée contre mes démons.  
Mina, Noah. Quatre lettres, même terminaison. Il n'aurait pas pu s'appeler autrement, en fait. Noé, le survivant. Noé qui a construit son arche et réuni tous ces animaux pour reconstruire un monde saccagé, noyé sous le Déluge. Deux. Mâle et femelle. Un de chaque, pas de jaloux.  

« Qu'est-ce tu crois ? » murmurai-je d'un ton dur, métallique – mon nez se plissa lorsque l'odeur rance du whisky me monta aux narines. « Tu crois que je n'ai jamais connu la peur, le froid, et les ténèbres ? »

Des images me revenaient en mémoire.
La solitude, quand on ne me croyait pas.
La honte, quand on préférait me croire folle plutôt que d'admettre que je pouvais faire toutes ces choses pourtant exceptionnelles.
La peur, face à l'incompréhension de ce nouveau monde  
La mort, quand je côtoyais tous ces fantômes et ces esprits errants.
La foi, quand je les exorcisais.  
La peur encore, dans les arènes des hunter's saeasons.
Le paradis blanc du coma dans lequel j'ai plongé suite à cette attaque ignoble.  
Le goût métallique du sang dans la bouche, la soif insatiable de celle qui en veut toujours plus.
La honte, toujours quand je l'ai senti s'insinuer entre mes cuisses, dur, chaud et humide, serpent visqueux, incarnation du péché.
La peur, encore, quand il est sorti de ce même endroit sans que j'y sois préparée, ni même au courant.  
La haine, le dégoût, le chagrin.  
Tu crois que je ne les connais pas ?  

« Moi aussi j'ai regardé la mort en face, elle me côtoie depuis mon plus jeune âge, c'est pour cette raison que ton oncle m'a appelée, parce que je connais toutes ces choses. » Ma voix était anormalement calme, je ne tremblais pas  « Moi aussi, j'ai couru dans les ténèbres, je n'ai jamais connu autre chose que la solitude , même si je ne suis pas venue au monde seule. »

Caroline.
Mon double, mon reflet.
Ma moitié.
Je soutenais le regard de Mina avec un aplomb terrible.

« Tu t'attendais à quoi ? Que je reste coincée dans ton monde ? Avec toi ? Pour toujours ? »  le mot flotta entre nous. Pour toujours et à jamais. « C'est ton oncle qui m'a ramenée. J'aurais pu mourir pour toi. Qui aurait pu nous sortir, si j'étais restée piégée ? Ton oncle…Il a fait ce qui lui a semblé juste . Peut-être que c'est à lui que tu dois en vouloir. Peut-être qu'il aurait dû y réfléchir à deux fois avant de planter cette seringue dans mes veines. »

Une seringue de sang.
Le début de la fin.  
Le geste qui signa ma perte.  
Toutes ces choses me revenaient en mémoire, événements que j’aurais voulu oublier.  

« Mais peut-être aussi que je suis comme ça, tout simplement. » C'était mon truc, de laisser tomber les gens. De fuir sans me soucier des dommages collatéraux que je pourrais créer dans mon sillage. « Lui aussi, je voulais l'abandonner. » murmurai-je à mi-voix, prononçant ces mots terrifiants pour la première fois depuis longtemps. « Noah. Je n'en voulais pas. Je ne voulais pas d'une responsabilité supplémentaire. Je ne suis pas faite pour être mère. »  

La preuve, je t'ai abandonnée, Mina, comme j'ai abandonné tous les autres.  
Tu es sûre de vouloir de moi dans ta vie ?

« C'était toi, tout ce temps, pas vrai ? »

Je n’avais pas besoin d'expliciter davantage. Elle saura à quoi je faisais allusion.  
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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Ven 1 Déc - 17:52

Les Griffes du Minotaure


 

I'll make you mine. Keep you apart, deep in my heart. Separate from the rest, where I like you the best. And keep the things you forgot.


2017.11.24 Now

Comme ton cœur balance Mina, sur le fil d’un scalpel. Organe ruisselant d’émissions noires, succulentes, sucrées et si drastiquement cruelles. Comme ton cœur balance alors qu’elle murmure ton nom et arrache à l’oubli des fragments d’humanité.  Tu aimerais lui hurler de se taire. Tu lui arracherais la langue si tu pouvais. Tu aimerais lui inventer un autre nom, un masque, une protection. Une facette, fausse, de ton identité malmenée. Joy, Aurore, ou même Kriss. Mais elle t’appelle Mina. Mina. Mina. Mina. Cela sonne et roule, gronde dans les recoins les plus sombres. De cette peur qui brille dans tes pupilles alors que des réminiscences t’arrachent à cette paix tranquille. Elle éveille ta douleur. Elle est comme une plaie ouverte dans ton cœur. Elle éveille ta douleur. Et ta douleur scelle tes lèvres. Tu vibres. Entre l’idée de tuer celle qui te blesse. Et le besoin de te saisir d’elle. De la posséder. Celle qui connait les ombres, qui a marché dans les rivières cruelles de tes cauchemars. Elle est à toi. Elle a foulé tes rêves, elle  a maudit tes cauchemars. Et tu as ressenti pour elle, ce que tu n’avais pas ressenti pendant longtemps. Pour toutes ses raisons et parce que jamais tu ne laisses vivre ceux qui trop te connaissent, elle est à toi. Elle doit l’être. Personne n’a le droit de te faire mal comme elle te fait mal sans t’appartenir.


Je crois que tu as peur.

Kriss souffle, murmure, écho de Bea, comme le spectre fut autrefois le reflet d’une lumière. Une lueur lointaine, l’espoir terrible de s’en sortir. Enfin, avant qu’il ne reste plus rien qu’une terre en cendres, brulée, à la place d’un cœur, des os, à la place de cette âme fragile et de son inconscient cruel.  Puisqu’elle a vu courir Beatriz, Kriss s’imagine avoir lu dans son âme tout ce qui la tracasse et la bouleverse. Et pourtant, Bea parle et cela l’agace. Parce que si cela est vrai, elle refuse de l’entendre. Cela n’est pas assez. Les désordres humains ne touchent plus autant sa carcasse inhumaine. Elle a de la douleur les sensations les plus primitives.

Tais-toi.

C’est un murmure, faible. Aux questions multiples. Une ire qui s’élève. Cela crisse entre ses lèvres. Cela n’arrête Bea. Bea qui parle, questionne. Elle la reconnait cette fois, elle ne l’ignore pas. Elle la confronte. Le spectre renoue avec son histoire, avec le conte brulé de Kriss. Lui rappelant tout autant les désordres et les plaies. L’oncle qui scella son destin sous les verrous d’une illusion cruelle. La quête désespérée de ceux qui tentèrent de l’en extraire. Elle, Bea, seule à pouvoir franchir les limites de l’illusion.  Elle, Bea, seule à connaitre les facettes anciennes de sa vie en miette.


2016.05.08 12.32 - Labyrinthe 806 854

Un vide, immense. En face d’elles. Et derrière, la bête qui charge.

Si je saute, cela recommence.

Un murmure, dans l’air. Le sel gerce ses lèvres, le labyrinthe fut long et longue fut la course. Au bord de la falaise, Kriss regarde le vide qui se déploie sous elles. Les âmes ailées, oiseaux pales, mouettes hurlantes. La fureur de l’océan qui se cogne contre les récifs. Et, avant même qu’elle saute, son sang qui s’étend tout en bas. Vagues rouges qui s’abattent, comme pour lui faire peur. C’est la première fois, c’est étrange. Dans les échos des vagues, elle entend les cris, les claques. La voix pressante de son oncle.  Trixie, Trixie réveille toi. Beatriz reviens. Et l’océan est une mare de sang. Qu’importe, puisqu’il faut sauter. Elle souffle, douce.

Ne me suis pas.

Le sang s’engouffre dans sa gorge. La noyade est toujours le pire, la peur qui lui fait peur. Elle a manqué la pierre, rapide et expéditive. Mina se débat dans la nuit écarlate. Elle se débat et puis, enfin, cesse.


2016.05.08 12.33 - Labyrinthe 806 855

Devant elle, une solitude vide. Comme un labyrinthe vide.
Et sa peine qui fait tressaillir les murs.



2017.11.24 Now


Je n’avais pas besoin d’une mère.

Une provocation dans la voix, qui plane, reste, s’envole. C’est que Kriss malgré sa colère perçoit les faiblesses de Bea. Sa douleur, comme si la connexion qui les reliait était toujours présente. Comme si son inconscient s’habillait toujours des variations d’humeur du spectre. L’amer glisse sur ses lèvres, elle rompt les dernières distances qui l’éloignent de Bea. S’avançant alors jusqu’à l’orée de son aura dans une défiance toute animale. Avec cette douceur qu’ont les bêtes sauvages quand elles ne sont pas vraiment agressives. Cette méfiance presque brutale, ce besoin de se grandir, et la curiosité terrible qui les enserre. Et si Bea n’était qu’un mirage encore ?

La solitude, pour quelqu’un qui ne fut jamais vraiment seule, cela n’existe pas. C’est l’absence immédiate de présence qui t’effraie. Si vraiment le monde dehors était si terrible, tu te serais cachée avec moi, et tu n’aurais plus été seule, plus jamais. Tu n’aurais eu aucune responsabilité, et aucune des douleurs du dehors. Ce n’est pas si facile. Ce n’est pas ça. Là-bas, il n’y avait pas que la solitude.

Kriss boit une dernière gorgée de Whisky, espérant une ivresse qui ne caresse que ses paupières, lointaines et lourdes. Un battement de cil plein de colère. Elle pose la bouteille, relève ses yeux pales sur celle si proche. Un rire triste traverse sa bouche, glisse et tombe sur des mots qui la blessent.

« Tu connais toutes ces choses. » Laisse-moi rire.
Que connais-tu vraiment ? Tu m’as laissée mourir.

Sa voix est soudain plus douce, la tristesse l’emporte quelques secondes sur la colère.  Et c’est  soudain plus fort qu’elle. Kriss lève sa main, vient caresser la joue. Bea est tellement réelle. Identique à l’image du Spectre, identique et différente. Réelle, elle a la chevelure plus rousse que dans son souvenir. Elle est plus belle, peut-être, aussi, moins innocente. Kriss ignore certaines de ses questions et y réponds ensuite, d’un moyen détourné – puisque Bea lui partage ses états d’âme, elle n’a la pudeur de lui cacher les siens.

Je t’ai tellement attendu. Parfois je t’imaginais à mes côtés. Je faisais semblant que tu sois là. Je te parlais. Je mourrais avant toi. Tu étais blonde et tu ne parlais pas. Tu n’étais qu’une image qui courrait sur les murs. Mais tu étais là.

Ses doigts sont doux, elle caresse celle qui fut un mirage dans son illusion. De plus en plus pale, une image qui s’effaçait avec le temps jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Kriss réponds à sa question, mêlant l’imaginaire et le réel, l’embourbant dans les méandres de son inconscient.

Et puis j’ai compris que t’attendre était encore plus stupide que courir. Que tu ne revenais pas. Que tu ne reviendrais jamais. Alors je t’ai maudite Bea. J’ai supplié ta stupide magie d’être aussi cruelle avec toi que tu l’as été avec moi. Je t’ai maudite.

Sa seconde main s’élève, s’enfonce dans la chevelure rousse, ces mèches de feu qui tachent la pâleur innocente de ses mains d’étrangleuse. Kriss est d’une douceur lente comme si le temps n’avait pas d’ombrage. Comme si elles étaient encore dans le labyrinthe et que ses paroles n’étaient pas si agressives.  Comme si elle parlait d’amour et ne chantait ni la haine ni le désespoir. Elle avoue son espoir cruel.

Je me disais que si le dehors était pire que le dedans.
Tu reviendrais. Tu resterais. Pour toujours.

Son souffle se meurt. Ses mains tremblent un peu. Puis se resserrent dans la chevelure rousse, dans un désir de possession. Dans un désir de retenir cette pulsion dévastatrice qui balaie ses vices. Dans un désir d’éloigner la Mina et de retrouver la Kriss. Les mains se rejoignent sur sa nuque, c’est qu’elle l’enlace presque, sans la toucher vraiment. Effleurant juste son corps comme autrefois elle effleurait son âme. Kriss relâche la chevelure, et les mèches se défont, glissent le long du dos de la sorcière, le long des mains de Kriss qui se déposent sur les épaules avec douceur. La lumière glisse sur le cheveu, rougeoie. C’est comme une brulure dans sa pupille, cette couleur forte, franche. Comme si la vie se tenait là, devant elle, et qu’elle lui était pour toujours inaccessible. Elle murmure.

C’était moi. Et lui aussi tu le feras souffrir.
Abandonne-le, abandonne-le maintenant.
Avant qu’il ne se souvienne de toi.

Et enfin, sa bouche laisse ce que son cœur refuse à offrir, une rédemption, s’échapper entre ses dents beaucoup trop douces pour être des crocs. Et qui, pourtant, mordent et cisaillent.

Si tu veux, je peux même le tuer pour toi.

Ses pupilles grandissent. Une faim brulante dévore ses iris. C’est qu’elle a au fond du cœur, la noirceur du Minotaure. C’est qu’elle a sur le rebord des lèvres, le besoin d’épouser la mort. C’est qu’elle a, terrible, cette douleur percutante qui la traverse et qu’elle aimerait offrir à Beatriz. Cette liberté, qui court le long de son échine. Ce présent qu’elle tend à celle qui se faisait passagère clandestine de ses tourments, à cette lumière dans l’éternité que dévorent des désirs aussi monstrueux que les siens. C’est qu’elle la veut. Elle. Toute entière et rien qu’à elle. Puisqu’elle fait partie de ses rêves et de ses cauchemars. Puisqu’elle fut sa lumière dans ses ténèbres. Puisque Kriss marche dans la nuit et fait partie des ombres, des ombres possessives qui s’arrachent les lueurs du soleil. Puisqu’elle lit dans le fond des pupilles de Bea, la nuit comme le jour, ce désir secret de se jeter dans les ténèbres. Et de ne plus jamais revenir.






Between the bars. Elliott Smith <3

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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Sam 16 Déc - 11:57

Les griffes du Minotaure  
Beatriz & Kriss
Killer, I am thy killer too, I am the frightful thing that always follows you. Liar, I am thy Nemesis I always knew one day that it would come to this. "Liar - Motorhead"  

L'image fugace d'une main tendue se fraya péniblement un chemin dans mon esprit. C'était une main humaine, aux doigts longs et effilés, des doigts résolument féminins, bien que dépouillées de bague et de bijoux. C'était une main qui appelait désespérément à l'aide, qui implorait qu'on l'attrape avant la chute fatale. Je me rappelais de cette paume accrochée à la mienne comme un naufragé s'accrochant à un rafiot de fortune. Je me rappelais des ongles qui lacéraient mon poignet, des ongles qui raclaient des lambeaux de peau. Ces griffures étaient semblables à celles que l'on retrouvait sur les couvercles des cercueils lorsqu'on avait enterré quelqu'un vivant et qui avait tenté de s'enfuir. Je me souvenais de la morsure piquante de la douleur, du sang qui suintait des plaies profondes. Il fallait tenir bon, ne surtout pas lâcher. C'est pourtant ce qui s'était passé. Incapable de tenir plus longtemps, j'avais lâché cette main. S'ensuivit un cri effroyable, et, en contrebas, un épouvantable concert d'os brisés, le chuintement dégoûtant de la chair qui s'effondre sur elle-même. Qu'il soit réel ou fantasmé, ce cri résonnait encore dans mes oreilles, me lacérait les tympans et le cœur. J'avais vu cette fille mourir en direct, puis ressusciter telle une Jésus des temps modernes. Or, Mina n'avait rien d'une prophète, elle n'était pas non plus la messagère d'une quelconque Bonne Nouvelle. Elle n'apportait ni le Salut, ni le pardon. Elle n'apportait que la rancune et la vengeance.

Elle me rappelait parfois cette jeune fille que nous avons dû exorciser à Albuquerque quelques années plus tôt. La toute première. Je n'avais pas pu la sauver, son âme gangrenée par les mauvais esprits n'avait pas pu être sauvée. Elle me hantait parfois encore, dans mes heures les plus sombres. Je m'en rappelais comme si c'était hier. Comment j'aurais pu oublier ? Je me souvenais de l'empreinte que la mort avait laissée sur le corps frêle, sa peau devenue translucide juste après que la vie l'ait quittée, ses cheveux d'un blond cendré, un peu comme ceux de Mina, tiens. Tout comme je n'avais pas réussi à sauver cette âme en peine, je n'a vais pas davantage réussi à sauver celle de Mina. Peut-être n'avais-je pas assez essayé, peut-être aurais-je dû donner tout ce que j'avais pour briser cette illusion coriace. Pourtant, je me rappelais. Cette rencontre m'avait marquée, tant dans mon esprit que dans ma chair. Je ressentais encore la pression de ses petits doigts qui enserraient les miens comme un étau d’acier, je sentais encore mes os se distendre, écartelés par le poids de Mina qui menaçait de plonger dans l’abîme. Je sentais les fourmis envahir mes doigts gourds, remonter le long de mes veines, ramper sous ma peau. Je me rappelais exactement quel effet ça faisait quand sa main a lâché la mienne – à moins que je sois celle qui a lâché la sienne. Jadis, je pouvais créer l'illusion de la douleur, je pouvais faire croire à quelqu'un que sa main était en train de se briser os par os juste parce que je l'avais décidé. L'épisode que j'étais en train de narrer, lui, n'avait rien d'une illusion.

Ça m'avait paru réel.
Cruellement réaliste.

Les fantômes et les esprits errants pouvaient nous blesser alors même que nous ne les voyons pas. Une illusion pouvait également interagir avec la matière, j'en avais fait l'amère expérience pendant les Hunter's Seasons. Une illusion pouvait meurtrir, endommager, détruire. Elle pouvait blesser, elle pouvait même tuer. J'étais certaine de ne jamais avoir serré la main de Mina dans le monde réel, puisque je ne l'avais rencontrée que dans ses cauchemars. Pourtant, ma peau portait les stigmates de cette rencontre, comme si j'avais été celle que l'on avait cloué sur la croix. Là où ses ongles s'étaient enfoncés dans ma chair, il restait des longues cicatrices rouges aux contours blanchâtres.

Maintenant je me souvenais.

Je me souvenais de mon poignet ensanglanté, de ces lambeaux de chair qui foutaient le camp, de la viande laissée à vif, de la brûlure qui devenait piqûre et vice-versa. Alors, lorsqu'elle me soupçonna d'avoir peur, je ne cillai pas. Je me contentais de la toiser de mes yeux sombres, qui parfois étaient aussi froids que l'intérieur d'un tombeau. Je n'avais pas peur. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas accordée ce luxe. La peur était un privilège réservé aux naïfs, à ceux qui pensaient encore que nous avons encore une chance d'en réchapper un jour. La peur appartenait à ceux qui avaient encore quelque chose à perdre. La peur est une réaction instinctive, viscérale, mais la mienne m'avait quittée il y a quelques mois à peine. C'était comme si en accouchant de mon fils, je l'avais expulsée de mon propre corps. Elle s'était réincarnée dans ce petit être que j'étais supposée chérir de tout mon cœur de jeune maman, mais mon cœur restait de glace.

Mina n'avait pas besoin d'une mère, disait-elle. Je voulais bien la croire. Il n'y avait nulle trace d'ironie dans mon propos. La mienne, de mère, avait toujours été plus ou moins absente de ma vie. Je n'avais jamais eu un quelconque intérêt à ses yeux. Sans doute n'étais-je pas suffisamment intéressante pour qu'elle daigne se pencher sur mon cas. Il faut dire que j'ai toujours été terne, éteinte. Il en allait probablement de même pour tous ceux que la Mort venait effleurer, de près ou de loin. Pas vraiment morte mais pas vivante pour autant. Aussi quand elle disait que la solitude n'existait pas quand on était accompagnée en permanence, je n'étais pas vraiment d'accord. L'indifférence faisait mal. C'était même encore pire que le rejet pur et simple. Mais je l'avais abandonnée, Mina. Aujourd'hui elle venait me le reprocher. Dans notre monde, les illusions étaient réelles. Là résidait à la fois toute la beauté et la cruauté de la chose.

« Je connais bien plus de choses que tu pourrais imaginer. » Ma voix crissait un peu, ma gorge était nouée. « Je te l'ai dit, la Mort est une vieille amie. La plus fidèle, la plus assidue. Elle me parle, et je la comprends. » Elle m'en avait confié des secrets, des secrets que je ne pouvais répéter à personne – car sinon ce n'était plus un secret. « Cela fait quelques années que je côtoie des fantômes et des esprits errants. Comme toi, ils sont piégés dans un monde qui n'est pas le leur. Ils ne peuvent pas passer de l'autre côté parce qu'ils ont encore des affaires en suspens. Je sais aussi qu'il y a une vie après la mort. Tu as tort quand tu dis qu'au-delà de la mort il n'y a que le vide, la solitude. »

Ma voix s'élevait comme un murmure. Mina me faisait de plus en plus penser à une âme torturée qu'il fallait exorciser pour lui permettre de trouver la paix. Or, son illusion l'avait prise au piège, l'avait empêchée de s'en aller à chacune de ses nombreuses morts. Cette punition était encore plus cruelle que de transformer quelqu'un en métamorphe et le contraindre à rester sous sa forme animale. Mon nez se plissa lorsque les effluves alcoolisées que dégageait Mina me montèrent aux narines. Je ne voulais pas savoir où elle avait trouvé cette bouteille, tout ce que je savais, c'est qu'elle enfreignait les règles de la Prohibition dans ma maison, sous mon nez.

Provocation.

Le pire, c'est que ça avait l'effet escompté, je marchais en plein dedans.

« Arrête ça, tu as assez bu.» répondis-je sèchement, essayant d'attraper la bouteille et de la lui arracher des mains – en tant que barmaid, il était parfois de ma responsabilité de refuser de servir à boire aux clients trop ivres, et même si cette époque était désormais révolue, il restait toutefois des traces.

Mon injonction, non, mon ordre n'était apparemment pas assez autoritaire, puisque cela ne dissuada pas Mina de s'approcher. Elle venait tout juste de s'approcher de moi pour poser sa main fraîche sur ma joue. Elle me touchait, elle m'explorait, comme si elle voulait s'assurer que j'étais bien là, que je n'étais pas moi-même une illusion. Je suis là. Je n'irai nulle part.

Elle m'avait attendue, disait-elle.
Elle espérait que je revienne.
Elle s'était raccrochée à moi comme à une bouée de sauvetage.
La bouée de sauvetage n'avait pas vraiment rempli son office puisqu'elle n'avait pas empêché le navire de couler.

Je songeais aux cicatrices sur mon poignet. C'était son œuvre à elle, je n'avais été qu'un support, une toile. Elle avait fini par se faire une raison, admettre que je ne reviendrai pas. Pas après ce qui s'est passé. Pas après que le piège ait failli se refermer pour de bon. J'aurais dû écouter les signes, prendre du recul, mais ce n'était plus possible, j'étais déjà prisonnière de sa toile, j'étais déjà trop personnellement impliquée. Ce n'était pas qu'une question de curiosité scientifique, d'énigme à démanteler, de secrets à percer, c'était autre chose. Je n'étais pas supposée m'attacher, pas à ceux que je considérais comme des patients qu'il fallait délivrer du mal (amen). En quittant Mina et son oncle pour de bon, j'ai vraiment cru que je prenais la bonne décision. Or, je ne m'étais pas vraiment souciée des dommages collatéraux que j'allais engendrer. Je n'avais pas attendu Mina pour être poursuivie par le mauvais sort.

C'était ses mains qui me touchaient, qui caressaient mes boucles rousses, pourtant, je m'efforçais de rester de marbre. Mina me faisait penser à ces fantômes maléfiques que j'ai pu rencontrer tout au long de ma carrière d'exorciste. Le Mal savait se montrer avenant, tout à fait charmant, pour mieux convaincre ses cibles de céder, de s'offrir à lui sans aucune concession. Mina parlait de cette voix veloutée, innocente, elle promettait monts et merveilles, elle me disait que j'aurais dû laisser me convaincre de rester avec elle, parce que le monde, dehors, était trop moche. Elle tirait un peu mes cheveux, s'invitait davantage dans mon espace vital. Je sentais la pulpe de ses doigts se resserrer autour de ma nuque, mais elle ne m'étrangla pas.

Pas encore.

« Arrête ça. » ordonnai-je une nouvelle fois, parce que la situation me mettait mal à l'aise, parce que je ne tolérais pas qu'on me touche – parce que c'était elle, et elle était loin de me laisser indifférente.

Joli démon.

Il fut une époque où j'aurais pu succomber. J'ai failli le faire. Je crois bien que je l'ai fait. Je ne me souvenais plus trop. Pourtant je me rappelais de cette main et de la pression qu'elle avait exercée sur mon poignet. Bien que ses mains aient quitté ma chevelure, je ne baissai pas ma garde pour autant. Elle était si près de moi, je pouvais sentir sa chaleur à travers mes couches de vêtements. Voilà que ses mains venaient d'échouer sur mes épaules. Je serrais toujours les poings.

Elle parla de Noah.
Me dit qu'inévitablement, je le ferai souffrir lui aussi, comme j'ai fait souffrir tous les autres.
Elle me disait de l'abandonner maintenant, avant qu'il se souvienne de moi.
Une pointe de douleur me travresa le cœur.
Mon regard vacilla, mais je ne fléchis pas.
Puis, elle me dit qu'elle pouvait le tuer pour moi.

Ma main vint agripper son cou gracile, se logea là, juste sous la mâchoire. Mes doigts saisirent fermement les boucles cendrées, alors que je resserrais ma poigne. Le serpent, tapi dans l'ombre, venait de bondir pour attraper sa proie. Et comme il l'avait fait pour Eve dans le jardin d'Eden, je me penchai sur Mina pour lui murmurer à l'oreille.

« Tu n'en feras rien du tout. » sifflai-je, menaçante, alors que ma main serrait la nuque fragile, tirait les cheveux. « Je ne te laisserai pas pourrir son âme comme tu as pu pourrir la mienne.  » Démon. « Noah est innocent, dans cette histoire. Alors laissons-le en dehors, veux-tu? »

Je venais de relâcher la pression. La magie crépitait dans l'air. La lumière au dessus de la tête de Mina se mit à vaciller, mais ne s'éteignit pas. Ma magie était tellement faible que tout ce que je pouvais faire, c'était de faire grésiller des fichues ampoules. Je n'étais guère capable de faire mieux, plus maintenant.

« Mais puisque tu es là, je suppose qu'à présent, ta requête, à savoir que je reste auprès de toi pour toujours, est nulle et non avenue. » J'avais repris mes distances, et j'avais croisé mes bras ma poitrine. «  La dernière fois que je t'ai vue, tu n'étais ni plus ni moins qu'un légume.  » Le mot était cruel, mais je ressentais les choses ainsi – cette histoire n'avait-elle pas été cruelle dès le début? « Tu me faisais penser à ces gamines possédées qu'il me fallait exorciser. Tu étais là, sans vraiment être consciente de ce qui se passait non plus. C'était toi, sans vraiment être toi. »

Je la toisais de mes prunelles sombres, je la détaillais de mon regard critique, comme si j'étais en train d'étudier une œuvre d'art controversée.

« Dans le cas d'une possession, la personnalité du sujet est effacée au profit de celle de l'entité qui vient prendre sa place. » Je m'apprêtais à aborder un sujet qui fâche, mais je n'en avais cure. « Seulement tu n'étais pas possédée par un esprit errant, mais tu étais prise au piège d'une illusion, qui te faisait revivre ta propre mort, encore et encore. » Je m'interrompis exprès pour ménager mon petit effet. «  Or, tu me sembles être en pleine possession de tes moyens. Aussi je serais curieuse de savoir comment tu as réussi à en sortir. J'y étais presque, tu sais.  »

A chaque fois, je n'avais pas été loin...si proche de la réussite. Si j'avais eu un peu plus de temps, je t'aurais sortie de là, Mina, mais j'ai eu un choix à faire, pour ma propre survie. Entre toi et moi, j'ai préféré sauver ma peau et mon âme tant qu'il en était encore temps.

« Mais si tu me veux tellement, alors prends-moi. » La demande était on ne peut plus claire. J'étais très sérieuse, mon visage était dépourvu de la moindre émotion et je gardais mes bras serrés autour de mon buste. « Prends-moi, mais laisse Noah en dehors de ça.  »

Parce que cette histoire, c'est entre toi et moi et personne d'autre. Ton oncle, à la rigueur, y avait participé puisqu'il m'avait convoquée de prime abord, mais Noah, lui, n'avait rien à voir là dedans. Il n'avait pas à payer le prix de mes propres péchés.  
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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Mer 20 Déc - 15:47

Les Griffes du Minotaure


 

There was a monster chasing her. He knew all her fears, all her hidden weaknesses. He was drowning her soul into an endless fight, to make her believe that only a monster could fight him back. She raises a monster inside her and feed him with all her pains. She made a monster with wings so she could fly away. She made a monster which could burn, so she could escape and rise from his ashes. But monsters never die; you can never escape; they live forever in our deepest dreams, hiding in our shadows.


De la colère. De la violence. Des sentiments que Kriss connait, qu’elle peut comprendre. Les embruns d’une violence plus profonde, d’un instinct maternel ou d’une peur patentée. Des ersatz de fureur, grenats sombres d’envies plus cruelles, qui s’incrustent sur sa peau.  Qui la touchent, la bousculent. Autour de sa gorge, que ceux qu’elle aime, aiment à enserrer. Comme si se saisir de sa nuque pouvaient retenir toutes les mauvaises émanations de son âme, comme si cela pouvait retenir ses lèvres de maudire, sa langue de blasphémer. Comme si la faire taire l’invitait au silence et à la paix.

Beatriz est si proche, maintenant qu’elle enserre sa gorge, alors que les mains de Kriss sont sur ses épaules. Leurs corps tout entiers se touchent. Leurs peaux vibrent, pales et claires, qu’éclaire la lumière chaude de l’ampoule. Les ombres habillent le visage de Bea, une noirceur caresse ses pommettes, se perd dans ses orbites. Elle peut percevoir l’énergie qui l’anime, cette menace qui siffle, ce grondement qui s’empare d’elle. Sur le visage de Kriss, si tant plein de cette pureté qui ne lui appartient plus, comme fragment d’un passé perdu, se glisse un sourire. Une victoire.  Bea croit peut-être qu’elle est toujours cette enfant terrifiée. Qu’il suffit de la blesser pour lui faire peur.  Et peut-être que les esprits frappeurs s’effraient quand elle hausse le ton, mais si Kriss est un fantôme, elle est le sien. Il est différent, plus intime peut-être, moins indifférent.  Kriss s’éveille dans le malheur, ses sens s’affutent, elle devient plus lucide, moins évanescente. Elle retrouve ses esprits, une certaine forme de conscience. Si proche d’elle, Kriss perçoit son énergie pale, la blancheur des étincelles qui glissent sur sa peau. La mort lèche son derme mais la menace est évasive, les griffes douces, le désir incertain.  Kriss souffle.

Personne n’est jamais innocent.

On disait de Kriss qu’elle était innocente, puisqu’elle était naïve. On disait d’elle qu’elle était fragile, puisqu’elle faisait des cauchemars, la nuit, sans cesse, que son attachement pour les siens lui donnait des terreurs nocturnes. Puisqu’elle avait peur des départs, et plus encore des retours, du Minotaure qui lui volait son père. On disait d’elle qu’elle était pure. Mais où est la pureté ? Où est l’innocence ? Certainement pas dans ses peurs, brulantes, alors que son esprit déjà noir s’inventait les monstres les plus cruels. La vérité, c’est que la sorcière qui a voulu la sauver d’une illusion réparatrice a sous-estimée la noirceur de son âme. La vérité c’est qu’elle a vu l’innocence dans son regard alors que son âme léchée par le mal grandissait dans ses peurs. La vérité c’est qu’elle a voulu balayer les cauchemars par une blancheur évanescente, et que les cauchemars se sont jetées sur elle. L’ont mordu, l’ont blessé, ont déchiqueté son offre de paix. Et que sa magie, dans une ultime tentative de protection, a scellé l’âme de Kriss dans le labyrinthe, pour ne pas que les monstres endormis ne puissent un jour s’échapper. Alors, non, même au fin fond de son cœur, Kriss est incapable de croire en l’innocence.

L’innocence est une notion étrangère, un mensonge cruel pour maintenir une certaine forme de morale. Pour bâtir des murs autour de cette liberté animale qu’est l’ordre de la nature. Pour pouvoir dire, à qui veut l’entendre qu’il est coupable de crime contre l’humanité, puisqu’il n’est plus innocent. L’innocence est un drap blanc, pale, qui étrangle la gorge des jeunes femmes, qui les retient, asphyxiées, dans une virginité assourdissante. L’innocence, est un une ligne droite, un chemin tracé par ceux qui ont le pouvoir de dessiner des lignes. Une mesure de contrôle, la prohibition sous sa forme la plus pure. Et le mensonge suprême. Les enfants ne sont pas innocents. Les yeux fragiles se gorgent des noirceurs du monde. Ils y sont plus sensibles. Et leur cruauté infantile, égoïste et possessive, est dotant de griffes et de crocs, que la femme fatale qui se maquille pour attirer l’attention, comme si les larmes capricieuses n’avaient jamais brisé un cœur. N’est-ce pas Noah qui fait frémir Bea ? Qui lui fait peur ? N’est-ce pas pour lui que Bea l’étrangle ? Qu’elle sort ses griffes et feule comme une chatte en colère ? N’est-ce pas même de sa faute à lui, si Bea s’est éloignée d’elle ? Il n’y avait pas de place pour une troisième personne dans le labyrinthe, même protégé dans le ventre doux de sa mère. Kriss aimerait lui demander, mais cela lui briserait le cœur. De savoir si c ‘est lui, sa présence, son annonce, qui a écarté sa compagne de ses cauchemars. Elle ne peut compter le temps, les mois, l’âge, toute perdue qu’elle était dans le labyrinthe sans véritable dimension temporelle. Alors elle préfère croire que seule la peur du Minotaure, et la faiblesse, l’ont éloigné. Des sentiments faibles plus qu’un acte d’amour pour un autre.

Les doigts de Bea s’éloignent, comme sa chaleur. La flamboyante sorcière s’écarte. Comme si les monstres Kriss pouvaient encore dévorer son âme. Comme si elle cherchait dans la lumière, qui se fait oscillante, une certaine forme de protection. Mais la lumière, elle-même, l’abandonne à son sort. Elle grésille, elle vibre, et quelques étincelles caressent leurs pupilles, mais aucune aube. Aucune aube saisissante. Aucun espoir de soleil et de véritable chaleur. La magie est teinte, la magie ploie sous les ténèbres. Et Kriss baigne dans les ombres. Sa nature les appelle, autour d’elle. Les ombres sont comme des plumes qui habillent sa peau, comme une douceur de velours qui protège son derme hypersensible des fureurs du jour. Si seulement, les ombres pouvaient  s’engouffrer dans la gorge de Bea, l’étrangler et la faire taire. Sa voix claque.

Tais-toi.

Tes pupilles s’excitent. La fureur exhume tes sens. Tu perçois le moindre des soupirs de Bea, Tu ressens la moindre des vibrations de sa gorge. Ce suspens, entre ses lèvres. Ses lèvres qui s’ouvrent, se referment. Elle parle, murmure, comment ose-t-elle ? Elle ose. Parler de ta douleur. La déposer sous tes pieds, pour que tu la foules, pour que tu la comprennes, peut-être même pour que tu puisses t’en libérer. Personne ne sait, personne ne t’en a parlé. Le secret te gardait sauve des mots qui dissèquent, de leurs brulures intrinsèques. Mais Beatriz. Elle sait. Elle parle. Elle ose. Assez. Ta voix est faible. C’est une caresse douce, qui aimerait être aussi tranchante qu’un scalpel. C’est une peur qui ouvre tes pupilles. C’est ce pas, alors que tu te recules, comme si elle t’exorcisait. Une infime partie de toi bat la mesure, alors qu’elle frappe les désordres de ton cœur, fourmilière dangereuse, comme si elle essayait de rattraper la reine mère. De faire revenir en toi celle qui chassait les mauvais rêves. Elle te torture, et tu te débats, sans plus pouvoir la regarder dans les yeux. Tu refuses de marcher sur la nuit pour revenir vers la lumière. Tu refuses de repenser à ces heures, ces années où tu n’étais plus, plus vraiment. Tu refuses d’ouvrir la boite de Pandore. Et pourtant, pourtant tu ne la gifles, ni la griffes. Et tes ordres sont des murmures. Bea connait ton secret. Entre ses lèvres planent son suspens, ce savoir qu’elle a sur toi et que tu ignores. Cette vérité qui t’échappe, et qui pourtant, te laisse, perdue, comme un navire à la dérive. A écouter le moindre de ses tressaillements de voix. A trembler alors qu’elle susurre le plus cruel. Bea a un pouvoir sur toi. Bea connait ton nom. Et qui connait ton nom te possède. Tu siffles.

A quoi tu joues ? Je ne suis pas un de tes rats de laboratoire.

Bea torture kriss, de sa langue cruelle, de son analyse presque scientifique, de cette réalité qui la rattrape quand bien même la voleuse d’énergie aimerait se réfugier dans les contes. Et puis, Bea, lui ôtant le désir de son souffle, lui ôtant une bataille que Kriss voudrait gagner, lui offre sa personne. Les yeux de Kriss reviennent sur elle. Sous la lumière de l’ampoule, les cheveux flamboient. Sous la lumière la peau de nacre brille de mille feux, pureté envahissante. Sous la lumière, Bea chasse les ombres. L’intensité des couleurs la laisse stupéfaite. La surprise fait frissonner ses cils. Kriss se sent dépossédée. La voleuse se sent flouée. L’enfant solitaire a le cœur qui bat à rompre sa cage thoracique. Et de la stupeur, et de la fascination. Jamais personne ne s’est offert à elle. Pas comme ça, pas de cette manière. Jamais personne ne lui a dit Prends moi. Jamais personne. Kriss est une âme solitaire, elle ne sait même plus ce que c’est que la présence des autres. Et la proposition fait frissonner son échine toute entière, elle allume une peur au fond de l’océan pale de ses iris. Bea la bouleverse. Le papillon de ses lèvres fuyantes s’approche et souffle. Il aimerait avoir du venin sur ses ailes, il aimerait lui faire peur de quelques secrets qui la feraient frémir. La faire taire, à jamais, qu’elle n’ose plus parler de ce qui n’aurait jamais dû exister.

Sorcière, tu crois tout savoir.

Ses doigts éloignent une mèche de cheveux du visage de Beatriz. Sans toucher sa peau. Comme si le derme de la sorcière pouvait la bruler. Comme si les mots de la sorcière pouvaient ramener l’enfant fragile dans sa carcasse. Comme si la sorcière pouvait encore tuer le monstre. Comme s’il y avait encore une chance, si infime et terrifiante soit-elle, d’être sauvée. Elle murmure.

Tu crois connaitre la mort, parce que tu parles aux fantômes. Mais combien de fois l’as-tu vécu ? Combien de fois as-tu tué ? Ce n’est pas la mort qui te parle, mais la magie. Et sans ta magie, tu ne sais plus rien. Tu ne peux même plus te protéger de moi. Tu ne peux plus t’enfuir. Tu ne peux que t’offrir en échange.

Les âmes que possèdent les esprits frappeurs sont sauves, parce qu’enterrées au fin fond du corps. Il suffit de les exhumer. Il suffit de les rassurer. Son âme à elle, elle est encore dans l’illusion, à courir comme une dératée, à se faire peur, à se rassurer. Son âme à elle, a changée, elle s’est transformée. Et le Phœnix, cruel, a dans son bec les cendres du passé, qu’elle fustige. Si Bea croit vraiment tout savoir, il lui prend l’envie de lui dire ce qu’elle s’est cachée à elle-même.

Tu sais, dans le labyrinthe, la seule issue était la mort. Et bien, c’était aussi simple que cela, il fallait que je meure pour sortir. Que je meure vraiment. Dans cette réalité-ci. Ta magie t’aveugle, tu es comme tous les autres, tu crois tout pouvoir réparer avec quelques sorts.

La magie a amputée son adolescence. La magie la mise dans une cage, immense. La magie est son mal, elle a pour cet art surnaturel le plus grand des mépris. Entre ses lèvres, Sorcière est une insulte. Le mot glisse, claque, mords. Elle veut bruler son assurance.

Mais, sorcière, mon sang ne te nourris plus.

Un silence, court, pour s’assurer qu’elle a toute son attention. Puisque, cruelle, elle veut lui montrer une vérité plus sombre. A celle qui croit tout savoir sur elle, quand bien même il s’agissait de son sang dans ses veines, canalisant son énergie pour qu’elle puisse encore utiliser sa maudite magie. Elle parle doucement, pour bien être entendue.

Tu as raison je n’étais pas là, pas là vraiment, mais j’étais là, aussi. Mon sang dans tes veines. Des rivières, des rivières de sang, pour que tu puisses accéder aux plus sombres niveaux de mon âme. Il croyait que cela te rapprocherait de moi, mais le savais-tu seulement ?

Kriss se recule, rattrape la bouteille de Whisky, s’échappe de l’aura trop blanche de la passagère infortunée du labyrinthe. La jeune femme tombe avec légèreté dans le canapé, sous le poids de toutes ses confessions. Une fatigue passe sur son visage. Le liquide ambré brille à la lumière, ses reflets glissent sur son visage. Un sourire triste balaie son manque soudain d’expressions. Elle boit deux nouvelles gorgées. Kriss aimerait sentir l’ivresse enchantée des âmes qui ne s’intéressent plus à rien. Elle voudrait partir, l’espace de quelques instants, dans un monde plus si en clair-obscur, mais juste, alcoolisé.  Ivre, elle aimerait se détendre enfin. Et, peut-être, pouvoir chasser sa colère. Mais il faudrait prendre une décision alors. Lentement Kriss fait osciller la bouteille pour en voir le liquide bouger, danse ondulante d’une liqueur qui l’enchante. Si proche, et si loin, l’ivresse lui est presque impossible. Sa nature ne se laisse qu’aux douceurs d’énergies d’autrui. Alors elle tend la bouteille vers Beatriz. Et ordonne.

Imaginons que j’accepte ta proposition.
Tiens, prends, assis toi, et bois.

L’ordre est brutal, impitoyable. Elle attend que Bea s’exécute, le regard sombre. Une froideur glisse dans ses yeux. Alors que Bea s’installe, elle déploie sa pensée. Le seul moyen de s’échapper de l’influence de Bea, c’est peut-être de la forcer à être comme elle.  

Si tu m’appartiens alors joue selon mes règles. Il n’y a pas de prohibition. Pas de gouvernement. Pas pour moi. Pas avec moi. Et tu ne devras dire à personne que je suis toujours en vie, et surtout pas aux membres de ce qui fut ma famille, maudite sois leur foutue résistance. Le gouvernement voudrait me priver de mes libertés, qu’il essaie, et je suis sure que mes pères feraient de même. Alors disons que si tu les aides, l’un ou l’autre,  je te volerais ton fils.

La main se lève, elle rapproche la bouteille de Bea. Encore, elle veut la voir boire le liquide sucré.  Puis, laissant tomber sa tête contre le dossier, elle se tourne vers la sorcière. Un soupir du fin fond de son âme déchire ses lèvres.

Pour le reste, je ne sais même pas que faire de toi.

Ses yeux se posent sur Bea. Immenses, fragiles, un océan de vagues perdues qui se frappent contre une falaise glacée. Un gémissement embrase ses lèvres.

Je ne devrais même pas te laisser en vie.

Ses yeux se ferment. Les mèches rouges sont une brulure qui la laisse sans armes. Elle était venue chercher ses remords et sa mort. Elle était venue pour lui voler sa vie, ses désirs, son souffle. Elle était venue arracher une dernière parcelle d’elle. Elle était venue offrir au Phoenix la carcasse d’un nouveau souvenir. Tuer la Mina. Encore et encore. Tuer le Minotaure. Encore et Encore. Elle était venue tuer Bea. Ses paupières se rouvrent, elle veut lire dans le fin fond des prunelles de Bea, son secret véritable.

Imaginons un instant que tu gardes le silence.
Imaginons un instant que la menace sur Noah disparaisse.

Sa gorge se serre. Un tremblement glisse le long de ses doigts. Derrière la colère, sous le voile doucereux de sa fureur contenue, il y a les sentiments confondus de faiblesses infantiles. De cette innocence, de cette pureté qu’elle rejette et qui bruisse au bord de ces lèvres.  Le désir sauvage d’être aimé, le désir sauvage de garder ne serait-ce qu’une parcelle de lien avec le passé. Le besoin profond qu’on la sauve. Ou qu’on la libère. Cette solitude, soufflée par Bea, qui brule tout autant son âme. La Mina qui se débat, tout à l’intérieur, contre le Phœnix sanglant. Le Clair de l’Obscur qui se meurt sous ses coups de griffes. Qui murmure, qui parle, qui ose, du bord des lèvres, se mettre en danger.

Jusqu’où serais-tu prête à aller pour moi ?

Cela brule alors, incandescence qui chasse ses yeux. Les iris l’évitent, ne regardent plus que le fond de la nuit. Les lignes noires du Minotaure qu’elle a tracé sur le mur. Cela brule alors, et son souffle se meurt. Elle le retient, comme elle retient les battements de son cœur. Quel chat demanderait à sa souris si elle désire être mordue ? Quel fantôme demande l’autorisation de hanter une maison ? Quel monstre montre ses faiblesses et les laisse, béantes, à la portée des mots charognards qui les pourfendraient et s’en moqueraient ?

Une enfant. Peut-être. Qui n’a pas grandi. Pas comme les autres.
Et qui souffre encore des douleurs sauvages des émotions incontrôlées.

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Jeu 8 Fév - 9:48

Les griffes du Minotaure  
Beatriz & Kriss
Killer, I am thy killer too, I am the frightful thing that always follows you. Liar, I am thy Nemesis I always knew one day that it would come to this. "Liar - Motorhead"  

Personne n'est jamais innocent. Une partie de moi ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait raison. Dans un monde tel que le nôtre, il fallait faire des choix pour survivre, et aucun choix ne faisait jamais l'unanimité, quel qu'il soit. Quoique l'on fasse, il y avait toujours des mécontents, des laissés pour compte. Choisir, c'est aussi renoncer. En suivant mon chemin ou tout du moins, ce que je pensais être mon chemin, j'avais fait des choix, renoncé à d'autres options. Par exemple, je me demandais parfois ce qui se serait passé si j'étais revenue en Alaska pour enterrer mon père, l'année de mes 16 ans. Peut-être que je serais restée, peut-être que je n'aurais jamais repris la route. Peut-être que tout ceci ne serait jamais arrivé. Je n'en savais rien, dans le fond. Tout comme je ne pouvais pas garantir à cent pour cent que mon fils était innocent. Certes, il n'était encore qu'un tout jeune bébé, il découvrait son environnement petit à petit, mais dans quelques mois encore il se mettra à quatre pattes pour se déplacer. Plus tard encore, ou plus tôt, c'est selon, il prononcera ses premiers mots, s'exprimant autrement que par des pleurs et des gazouillements pour exprimer la tristesse ou la joie. Il allait grandir, devenir un homme, lui aussi allait faire ses propres choix. Peut-être allais-je finir par payer mon désintérêt envers lui, tout comme Mina était revenue pour me faire payer mon abandon. J'avais choisi mon fils au détriment de mon autre progéniture, et il était inutile de le nier en prétextant que la naissance de Noah n'était pas mon choix. Peut-être avais-je effectivement subi ma maternité et que, si j'avais su, j'aurais peut-être procédé autrement. Je n'en savais rien, dans le fond, mais tout ce que je savais, c'est que j'avais délibérément choisi de laisser Mina, je l'avais quittée sans jamais regarder en arrière.

On m'a souvent reproché d'être insensible, de ne pas assez me soucier des autres. En réalité, personne ne s'était soucié de moi à l'époque, alors je me suis construite toute seule puis j'ai fini par me dire que je ne leur devais rien. Mes remords et mes regrets ne leur appartenaient pas. Aussi difficile à croire que cela puisse être, ils existaient, ils me déchiraient le ventre lorsque je n'y prenais pas garde. Ils me tenaient compagnie quand je me sentais trop seule. J'aurais pu me laisser aller, sauter à pieds joints dans la mare de mes désillusions et de mes rêves brisés pour mieux m'y noyer mais j'avais choisi de prendre ma vie en mains, d'être puissante, de suivre le sentier de la gloire et des honneurs. Pendant longtemps mes dons magiques ont servi mes ambitions, m'ont permis de me faire un nom, de me forger une image, mais toute médaille avait nécessairement son revers. De mon époque glorieuse il ne restait rien d'autre, si ce ne sont que les ruines encore fumantes d'un temple maudit qui venait d'être profané par une armée d'impies. Ce chemin si obscur, je l'avais choisi. Car c'était toujours de cela dont il était question, le choix. C'était un point central de notre existence, ce n'était guère différent du labyrinthe dans lequel Mina avait été piégée. Allait-on emprunter le chemin de droite ou celui de gauche ? Allait-on s'engager sur la route qui semblait droite et sans encombre ou au contraire, allait-on choisir d'emprunter la voie plus escarpée et plus étroite, dont l'issue était plus incertaine ? Dans un monde où les règles étaient toujours plus dures et coercitives, j'osais espérer qu'on avait toujours notre libre arbitre. Mina, elle, n'avait pas eu de libre arbitre. Elle avait été condamnée à errer et l'issue, elle, était toujours fatale. Cela se soldait par sa mort – ou par la mienne. C'était fascinant, en réalité. Bien sûr que c'était cruel d'enfermer une enfant dans un piège mortel, mais comment pouvait-on rester indifférent face à un tel prodige ? Peut-être l'avais-je considérée comme un sujet d'études, un rat de laboratoire, comme elle le disait si bien, mais quand son oncle avait sollicité mes services pour libérer sa nièce prisonnière de son propre esprit, je n'ai pas pu résister trop longtemps à cette proposition alléchante. J'y avais vu une aubaine, une occasion de parfaire mon art, de sublimer ma magie, de me prouver que j'étais forte, que rien ne pouvait m'atteindre.

Quelle désillusion cela avait été.
Quel gâchis.

J'étais presque déçue que cette merveille ait volé en éclats. Si Mina n'était plus piégée dans son labyrinthe, alors cela signifiait que je n'aurai jamais le fin mot de cette histoire. Je n'obtiendrai jamais la clé de cette énigme. C'était frustrant, dans un sens, parce que ça me laissait un goût d'inachevé dans la bouche. Pourtant, je ne ressentais ni colère, ni amertume, juste de la curiosité, parce que c'était la vraie Mina que j'avais en face de moi, et elle se dévoilait à peine à mon regard. Au fond, je ne la connaissais pas, je ne savais pas ce qu'elle était devenue. Je n'avais pas cherché à savoir. Peut-être que je serai déçue, peut-être que je ne l'aimerai pas parce qu'elle n'était plus celle que j'avais aimée autrefois. Peut-être qu'au contraire je m'y attacherai comme j'avais failli le faire à l'époque, quand mon cœur était encore immature, quand j'étais encore capable de ressentir toutes ces émotions avant de les enfouir sous une chape de plomb. Peut-être que c'était cette curiosité presque malsaine qui me poussait à m'offrir à elle, comme si de cette façon je pouvais enfin mettre les pièces du puzzle en place, trouver la solution de ce problème épineux.

Non, je ne pouvais pas m'attacher.
Elle avait failli causer ma perte, la dernière fois.

Pourtant, je voyais ses traits se modeler au gré des émotions qu'elle ressentait. Tristesse, colère, peut-être même haine ? Je lui avais fait du mal. Elle m'en voulait et ça allait être compliqué d’apaiser ses ardeurs, mais j'espérais que mon offrande, aussi étrange puisse-t-elle être, l'apaiserait un minimum.

Je me trompais, lourdement même.

Je j'étais pas de ceux qui admettaient facilement leurs erreurs, d'habitude. J'étais drapée de mes belles certitudes, mes connaissances étaient un rempart contre le monde extérieur car savoir, c'est pouvoir. Je croyais détenir le monde au creux de mon poing, je croyais pouvoir l'écraser entre mes doigts vengeurs, d'une étreinte à la fois douce et puissante. Et même s'il était vrai que je voyais les morts, ou tout du moins, ce qui en restait, je n'avais jamais franchi le voile qui séparait notre monde du leur. Pourtant, Mina avait tort. Je ne pensais pas qu'elle fût morte toutes ces fois, parce que les illusions de ce type n’étaient rien d'autre qu'une réalité virtuelle. Pourtant, cette illusion, de ce que je pouvais en voir, avait détruit sa psyché. Elle était différente, c'était un fait. Par contre, la familiarité qu'il y avait eu un jour entre nous ne l'autorisait pas à dénigrer mon vécu et mes aptitudes magiques de la sorte. Ce qu'elle dit, ensuite, attira mon attention. Les rivières de sang n'étaient pas qu’une métaphore, cela avait été aussi mon carburant, pour que je puisse pénétrer plus loin dans son labyrinthe. Dire que ça avait failli marcher.

Je la vis s'affaler nonchalamment sur le canapé, ivre, insouciante. Une telle désinvolture m'agaçait prodigieusement. Elle me rappelait Caroline, sous certains aspects. J'avais si souvent ramassé ma sœur alors qu'elle était complètement bourrée au point de ne plus savoir se tenir sur ses pieds. Mina, portant, avait l'air lucide. Ses propos restaient sensés, mais je devais quand même me méfier, surtout quand elle m'invita à m'asseoir dans le canapé, avec elle, et à boire. Je me crispai. Caroline l'aurait fait, sans doute, mais je n'étais pas Caroline. Il y avait ce petit être qui dépendait encore de moi, qui ne pouvait pas survivre seul.

« Je ne bois pas. » répondis-je sèchement à son invitation. Tout du moins je ne bois plus. « Et tu devrais en faire autant. »

Une fois encore, c'était la maman que j'étais qui parlait. Je grondais mon entourage comme on grondait des enfants pas sages, bien qu'ils fussent adultes et parfaitement capables de décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Mais Mina était spéciale. Je ne la voyais pas vraiment comme une adulte, parce que je me rappelais de l'adolescente qu'elle avait été, de l'adolescente dont je me suis occupée, dans ce labyrinthe. Elle était en colère parce que j'étais partie. Et l'adolescente était en pleine crise de rébellion. J'avais tenté de désamorcer la crise en m'offrant à elle, mais étais-je en mesure de tenir ma promesse ?

"  Commence par arrêter de boire et nous discuterons ensuite. » réitérai-je un peu plus doucement, alors que je m'approchais d'elle pour montrer que je ne lui voulais pas de mal, que je venais en paix. «  Je ne suis pas ton ennemie, Mina, ce n'est pas moi que tu es supposée haïr. » Puisque je l'avais promis, je m'installai à ses côtés, gardant en tête mon objectif. Je lui pris doucement la bouteille des mains, acceptant le cadeau qu'elle me faisait.

Je devais désamorcer la crise.
Jouer le jeu.
Mina était une adolescente comme une autre, en fin de compte. Si je lui disais non, si je la disputais parce qu'elle faisait des bêtises, elle allait se braquer davantage et se fermer à toute  conversation. Or, c'était la première  vraie conversation que nous avions, dans ce monde en tout cas.
Elle disait que je devais jouer selon ses propres règles, et égrenait peu à peu ses conditions.
Oublier la prohibition.
Ne pas dire qu'elle était toujours en vie. Surtout pas aux membres de sa famille.
Ce qui m'intéressa, en revanche, c'est qu'elle ne semblait pas porter la résistance dans son cœur. Ça tombe bien, moi non plus, tout comme je ne pouvais pas voir en peinture ces saletés de miliciens.
J'allais être disposée à me montrer bienveillante, jusqu'à ce qu'elle menace de me prendre mon fils si je les aidais les uns ou les autres. Encore une fois, Mina se comportait comme une adolescente. Une adolescente jalouse de l'attention que suscitait son jeune frère. Que devais-je faire, pour la rassurer ? Lui dire que je l'aimais autant que j'aimais Noah ? Elle disait qu'elle n'avait pas besoin d'une mère, pourtant, elle se comportait comme si c'était le cas, comme si, effectivement, elle avait besoin d'une mère. Je ne savais pas si je pouvais endosser ce rôle pour elle, en revanche je pouvais peut-être honorer plusieurs points de sa requête.
Déjà, Mina énonçait un autre fantasme, refaisait le monde avec des si. Elle ne faisait qu'imaginer, me demandait de faire de même. Or, la réalité était toute autre, et il fallait faire ses choix pour survivre. Des choix, qui, par ailleurs, pouvaient être douloureux. Elle me parla une nouvelle fois de Noah, ne semblait pas assimiler la nouvelle. Ma sensation de malaise se dissipa bien vite. Je soupirai lourdement avant de portai la bouteille à mes lèvres pour en boire une gorgée.

«  Je comprends que tu sois en colère, parce que j'aurais sans doute réagi de la même façon si j'avais été à ta place. » Me mettre à sa place. Désamorcer le conflit, toujours, même si faire preuve d'empathie était toujours difficile pour moi. «  Mais soit. Je peux bien faire tout ça pour toi. »

Parce que détester les miliciens et la résistance ne me demandait pas, en soi, un trop gros effort.

«  J'ai des raisons tout à fait personnelles d'être en colère contre les résistants, et j'ai des raisons encore plus fortes de détester les miliciens, parce que l'un comme l'autre m'ont fait du mal. » Un goût métallique envahit ma bouche tandis  que j'énonçais cette vérité. Elle s'était montrée sincère envers moi, je pouvais lui rendre la pareille.  «  Pourtant je dois faire certaines choses pour survivre. Le gouvernement me tient en laisse depuis que j'ai gagné aux Hunter's seasons et choisi de révéler ma vraie nature. Parce que forcément, ma victoire avait un prix. »

Un pli amer déforma ma bouche tandis que je me remémorais ces souvenirs pénibles. Je devais bien me faire à l'idée que mon âme ne sera jamais en paix.

«  Je connais le chantage, l’intimidation, les tentatives de meurtre. Tout ça je sais ce que c'est, parce que j'ai été d'un côté puis de l'autre. J'ai fait des choses dont je ne suis pas fière, comme donner quelques noms, ce qui fait de moi une balance. » Silence. «  Pourtant, s'il est un principe auquel je ne déroge jamais, c'est que ma loyauté ira toujours vers les autres surnaturels, quels qu'ils soient. Parce que je porte la magie. Parce que je sais que les shadowhunters veulent éradiquer les créatures jusqu'à la dernière. Et je ne peux pas laisser passer ça. J'ai toujours choisi la magie. Toujours. Parfois même au détriment de mon humanité. »

Je parlais rarement de ces choses là, pourtant, j'avais la conviction profonde qu'elle comprenait, ou, à défaut, qu'elle pouvait comprendre. Elle avait été piégée dans une illusion. Elle avait senti la magie. Elle en avait été victime.

«  J'ai aimé ton oncle, tu sais. » continuai-je, la voix un peu plus rauque. « Je l'ai aimé tous ces mois que j'ai passés à vos côtés. J'ai admiré son esprit, la puissance de sa magie. Jusqu'à ce qu'il m'injecte du sang pour me ramener. Ton sang.[/color] » Mon cœur s'accelérait dans ma poitrine. Je bus une autre gorgée d'alcool. Pour oublier. Pour faire passer la pilule. «  Peut-être bien que j'étais enceinte quand je suis partie. Peut-être qu'il le savait lui aussi, tout du moins, qu'il l'avait deviné. Je n'en sais rien, à dire vrai, parce que j'ai fait un déni de grossesse. J'ai ignoré que j'attendais un enfant jusqu'à ce qu'il naisse. Tout ce que je sais, c'est que je n'ai jamais réussi à m'en défaire, de cette putain d'addiction. Le sang, je veux dire. J'en veux encore, quand je sens que ma magie me file entre les doigts. Rien que pour sentir cette puissance qui fut mienne un jour. »

J'étais partie très loin dans mes réflexions, et je tremblais un peu. Je me ressaisis. Me redressai.

«  Je pourrais faire quelque chose pour toi. Si tu me dis comment tu es sortie de ton illusion. » Ma demande était claire, sans équivoque. «  Mais tu peux être sans crainte, ton oncle est sorti de ma vie à présent. Ce n'est pas quelqu'un de bien. C'est juste que…je ne connais pas toute l'histoire, et si je ne la connais pas alors je ne peux pas t'aider. »

Et surtout, j'avais besoin de savoir mais je me gardai bien de le préciser.
 
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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Lun 19 Fév - 12:33

Les Griffes du Minotaure


 
I just want to see you, When you’re all alone, I just want to catch you if I can
I just want to be there, When the morning light explodes
All I want is for you to say, Why don’t you just take me
Where I’ve never been before



Elle avait dit. Jusqu’où serais-tu prête à aller pour moi ? Et cela avait semblé peut-être, comme ces menaces qui glissent dans l’air ou ces anges qui passent. Les mots avaient chuté comme les feuilles des arbres avant l’hiver, comme les plumes du corbeau chassé par le couple d’éperviers, comme la nuit sur le jour et le jour sur la nuit. Ils avaient glissé de ses lèvres comme une supplique. Un tremblement de son échine. Une bourrasque un matin d’hiver. Une pluie fraiche, mais incisive. Elle avait dit. Jusqu’où serais-tu prête à aller pour moi ? Et cela avait ressemblé à ce que les gens demandent parfois. Jusqu’où est ce que tu courras ? Quels combats mèneraient-tu ? Te battrais tu pour moi ? M’aimeras-tu même si je te blesse ?

Et elle avait ôté les menaces, juste quelques instants. Juste le temps d’un soupir, le risque d’une fêlure. Elle avait ôté les menaces et elle lui avait demandé, du bout de ses lèvres maladroites. Serais-tu capable de m’aimer ? Pourrais-tu, si je ne menaçais personne de ton sang. Et si le monde dehors, le monde en dehors n’existait plus vraiment. Jusqu’où serais-tu prête à aller pour moi ? Elle avait susurré, comme une supplique, comme une blessure sur ses lèvres, une écorchure dans sa bouche sur laquelle passa sa langue de nombreuses fois tandis que Bea parla. Et alors même que la sorcière commença à parler, elle comprit que sa question était passée ailleurs, dans une réalité oblique, impossible. Il n’y a que dans le labyrinthe qu’il est possible d’aimer un monstre. Il n’y a que dans les contes, que la fée peut être méchante. Il n’y a que dans la nuit que ses ombres ne sont pas menaçantes.

Kriss avait dit. Jusqu’où serais-tu prête à aller pour moi ? Et cela fut maladroit. Parce qu’alors son cœur gela. Que ses lèvres se fermèrent et que sur son visage passa un ange, un ange noir, mélancolique et nostalgique. Un masque immobile, intouchable. Une blessure peut-être. Elle cessa de respirer quelques secondes. Et pensa, pensa, quel drôle d’idée que de se donner comme ça. Quel drôle d’idée que de croire que quelqu’un puisse l’aimer. D’un amour qui ne soit ni sexuel, ni maternel. Quel drôle d’idée de croire que puisque Bea avait vu ses cauchemars et ses rêves, elle s’était attachée à elle d’une manière si intime, que rien, ni ses griffes, ni ses colères ne pouvaient l’éloigner. Quel drôle d’idée de croire que son existence puisse n’être si solitaire ? Qu’elle puisse ôté tous ses masques, tous les mensonges qui couvrent ses lèvres et ses yeux. Qu’elle puisse. Etre elle. Sans être cruelle. Bea la chasse comme son soldat de l’hiver le fit lui aussi. La sorcière s’éloigne de l’affect, glisse dans la réalité. Là ou jamais vraiment Kriss ne saurait exister. Bea lui rappelle ce que Mina ne saurait reconnaitre.

Beatriz parle. Et elle lui parle de secrets. Elle lui parle de victoires. Elle lui parle de magie. Et Kriss est attentive. Chacune des paroles est soigneusement disséquée, enregistrée, comme elle le fait dans ses missions d’espionnage. Avec peut-être un peu de froideur, c’est que, à tant se laisser dépasser par l’élan de ses sentiments, Kriss s’est asséchée. Elle écoute comme elle écoute une histoire, comme elle écouterait un conte. Et puis soudain, Bea parle de l’oncle encore. Et les yeux de Kriss se figent, dans les paroles démêlées de Bea il y a ces vérités qu’elle sait fausses. Peut-être que Bea lui ment, ou qu’elle cherche juste à l’amadouer comme elle le ferait d’un animal sauvage. La sorcière la détourne de son axe comme elle le ferait d’une poupée oubliant peut-être que Kriss n’est plus piégée dans son corps, mais bien réelle. C’est qu’elle a encore le verbe enfantin et les traits innocents, cette jeunesse des petites filles. C’est que la Mina habite encore ses gestes, parfois trop doux. Mais Bea n’est pas la première qui la manipule à ses désirs, qui la polie, qui l’éloigne et la rapproche. Elle répète.

Toute l’histoire ?

Ses lèvres s’étirent en un sourire triste. C’est que le cœur est à l’orage et que la peine passe dans ses yeux clairs. Les désillusions sont cruelles, et la réalité sans doute est moins douce. Beatriz a dans la voix ces nuances qui lui déplaisent, comme si elle souhaitait la ramener dans un monde si réel qu’il en est banal et mélancolique. Tant de fait, comme les notes parfaitement symétriques d’un opéra. Kriss murmure, sans même la regarder, ce qui serait sans doute un cri du cœur si sa voix n’était si douce, si calme, si tranquille. Et que son cœur aphone depuis longtemps, n’a plus de voix humaine. Mais que des frémissements. Qui ont la douce lueur des désenchantements de l’âme.

Je te demande ce que tu ferais pour moi et tu me parles de lui.

Ce n’est pas grave, pense-t-elle, Kriss s’est soulagée de son humanité quand elle a rejoint le monde réel. Ce n’est pas important, soupire son cœur, le Phoenix est un oiseau solitaire. Dans le cocon duveteux de son plumage, dans l’écrin sombre des ombres qu’elle commande, et même dans son palais des courants d’air, Kriss n’a besoin de personne. De personne vraiment. Du moins c’est ce qu’elle se répète. Et puis, il n’est nulle âme encore qui semble la comprendre. Et si la Mina se sent seule, elle est piégée entre les serres de l’oiseau aux mille morts. Celui qui se défend, griffes et becs, paroles presque sèches alors qu’elles passent ses lèvres incendiaires.

Je te demande jusqu’où tu irais pour moi, et tu veux me réparer.

Lentement elle se réinstalle sur le canapé, s’installant sur ses jambes, devant elle pour mieux la voir. A genoux, les mains sur ses cuisses. Elle laisse Beatriz la regarder quelques secondes. Kriss a l’immobilité magnétique de ses araignées chasseresses, qui attendent patiemment que leurs proies s’emmêlent dans leurs fils. Puisque Bea ne saurait l’aimer, alors elle est pareille aux autres. Une poupée dont elle doit tirer les fils, qu’elle doit manipuler avec adresse. Pour ne pas se laisser blesser. Pour ne pas se laisser attraper par des sentiments trop doux, ou coupables. Pour ne pas en devenir son esclave. Sa voix parle sans frémissement.

Regarde, je ne suis pas cassée.
Je n’ai plus besoin d’aide. C’est trop tard.

Lentement, Kriss s’approche de Bea. Son corps se tend vers elle, cherche dans ses yeux si plein d’assurance les réponses que murmurent son cœur. Sa voix feule.

Et ne me fais pas croire des mensonges.

Elle pose sa main sur le ventre de Bea. C’est une sensation étrange, intime, que de toucher le centre de sa connexion avec Noah. De sentir sa peau tiède, au travers du tissu. Sa main est douce, légère, comme plus habituée aux caresses qu’aux griffures. Sa voix est douce, malgré la violence de son rejet.

Ton ventre n’a jamais porté le sang de mon sang.
Et ce n’est pas parce que tu as baisé mon oncle, que tu es des nôtres.

Ses yeux se durcissent. Il y a de la colère dans ses prunelles. Qui n’est pas autant aux dépends de Bea, qu’à celui du Minotaure. Sa solitude prend naissance dans l’assurance que de son existence jamais n’éclora la vie. C’est comme un parterre de chrysanthèmes. Des fleurs fades, lasses et sans éclat. C’est comme un champ de ruines ou un cimetière qui attends leurs pierres tombales. Il n’y a pas d’espoir. Pas de vie.

Nous sommes des fins de race. Mon oncle, moi, et sans doute les autres s’ils sont toujours vivants.
La lignée du Minotaure s’est éteinte quand ils m’ont mise dans ce labyrinthe.

La terre est stérile. Le cœur est inexorablement affamé. Des siens, ne restent que les jumeaux peut-être.  Sa sœur l’attend déjà 6 pieds sous terre. Et Kriss, Kriss a le sang rongé par la magie sombre des zombies. Il n’y a plus rien. Pas de fil d’Ariane, pas de fil rouge, pas de descendance, ni d’ascendance. Kriss est une fin de race. Unique et solitaire. Créature maléfique qui erre en attendant de tomber dans un piège, entre les filets des Shadowhunters. Et dont la disparition n’apportera peut-être qu’un peu plus de lumière. Ses doigts contre le ventre se font plus pressant. Une peur fait frémir ses cils. Et ses lèvres soufflent, effarées par cette possible vérité qui l’effraie.

Ah moins que mon sang dans tes veines soit passé dans les siennes.

L’idée la terrorise. Sa main s’éloigne du ventre maternel, comme brulée. Et s’il héritait de sa malédiction, du plumage de son oiseau cendré et de l’indélicatesse de son cœur volatile. Et s’il était comme elle, si cruel, si monstrueux, qu’il faudrait le cacher dans une illusion lui aussi. Les flammes glissent dans son regard plein de doutes. Puis une dureté, noire et sombre, lisse et glacée. Si Noah fut transformé par son sang et s’éveille aussi monstrueux qu’elle ne l’est, elle se saisira de lui et l’éloignera de tout labyrinthe. Quand il sera grand. Si Kriss est toujours vivante. Ce dont elle doute fortement. C’est qu’elle n’a pas l’indélicatesse de croire que sa façon de vivre puisse perdurer dans le temps.

Mais j’apprécie tes confessions. Et tu m’aidas autrefois.
Alors tu mérites probablement de savoir.

Kriss se penche vers elle, vers son oreille, comme si elle allait lui offrir le secret de la nature. Une de ses mains se posent sur le canapé, pour se tenir en équilibre, alors que l’autre s’élève et se glisse le long de son visage, jusque dans ses cheveux roux qui s’emmêlent dans ses doigts. Il y a tant de lumière auprès de Bea, il y a tant d’espoir encore. La sorcière est la faiblesse de Mina, et elle a encore quelque attachement pour elle. Peut-être que ce serait plus simple, si Kriss brisait tout, ne lui laissait plus de choix. Elle susurre.

Laisse-moi te montrer.

Et alors sa joue se pose contre la sienne et ses lèvres glissent sur sa peau, qu’elles baisent. C’est doux et tendre, plein de cette énergie savoureuse qui emplie son cœur. Qui le fait battre si fort. Ses doigts se serrent, comme son visage contre le sien, et elle dévore plus encore. Ce que Beatriz ne saurait lui offrir. Mais qu’elle prend. Cette énergie, cet amour, l’accès à ses rêves, et aussi ce qui lui reste d’attachement pour Kriss. Le Phoenix aimerait voir bruler tout ce qui en reste. Cet attachement maudit de la Mina pour celle qui entra dans ses rêves. Elle souffle à son oreille.

Toi, tu rêves peut-être encore de mon sang.
Et moi je dévore les âmes.

Puis se retire, se redresse, cesse tout contact si ce n’est celui de ses yeux, plein de braises, prêt à s’enflammer sous la colère de celle qui, si elle ne sait l’aimer, apprend peut-être enfin à la détester. La chasseresse pose ses mains sur ses cuisses. Lui laisse quelques secondes de répits, qu’elle reprenne son souffle et ses esprits. Puis, le cœur soudain plus léger, les lèvres plus douces, c’est que la faim la tenaille moins, Kriss se moque.

Tu vois, il n’y a plus rien à faire pour nous deux.

Mais sa moquerie est sans joie. Et ses lèvres sans sourire.

L’énergie de Beatriz glisse dans ses veines noires, dévore les noirceurs comme les lumières. Elle est différente, et pas uniquement parce qu’elle est pleine de cette magie qui fut si puissante. Elle est différente parce qu’unique et brulante. Elle lui rappelle les rives glacées de ces falaises dans lesquelles elle chutèrent. Elle lui rappelle les détours et méandres du labyrinthe. Elle lui rappelle ce qui brilla alors, comme un phare, une lumière, un espoir. Et c’est comme une vérité qui la blesse. Dans sa conception, le monstre fut habité par la sorcière, touché par son âme, influencé par ses pensées. Alors à jamais et pour toujours, quand bien même elle tentera de la blesser et même si elle parvient à lui faire peur et à l’éloigner, jamais Mina ne pourra cesser de l’aimer.

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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Ven 9 Mar - 10:08

Les griffes du Minotaure  
Beatriz & Kriss
Killer, I am thy killer too, I am the frightful thing that always follows you. Liar, I am thy Nemesis I always knew one day that it would come to this. "Liar - Motorhead"  

Je pensais que savoir la vérité allait apaiser Mina. Je pensais qu'en lui racontant ma version de l'histoire, elle allait comprendre pourquoi j'étais partie, pourquoi je n'avais plus donné de nouvelles. Pourquoi j’avais préféré les oublier, eux, alors que pendant des mois ils ont été ma famille. C'était inhérent à mon mode de fonctionnement, de débarquer, d'apprendre, et de partir une fois que j'ai eu mon compte. J'avais vécu ainsi avant de me sédentariser en arrivant à la Nouvelle Orléans quelques années plus tôt. Depuis l'Alaska, j'avais longé la côte ouest , jusqu'à me retrouver dans le désert du Nevada. Puis, j'avais traversé le pays d'ouest en est pour débarquer à New York. À New York, j'ai connu les jeux du gouvernement, une victoire retentissante et une agression qui a bien failli me mettre au tapis pour de bon. À partir du moment où je me suis enfuie de chez moi, je ne suis jamais restée plus d’un an au même endroit, mes séjours successifs durant pour la plupart entre six et huit mois. Je ne voyageais que dans un but : mon apprentissage de la magie. Je n'étais pas là pour m'attacher, pour créer des liens durables. Aux yeux de mes différents mentors, je n'étais rien d'autre qu'une sorte de stagiaire. Ça n'avait jamais été plus loin. Parfois je couchais avec d'autres voyageurs, tous aussi éphémères que je l'étais. Après tout, entre plusieurs sessions d'étude intensives, il fallait bien se distraire, et quand on était dans un trou paumé au milieu de nulle part, on ne pouvait pas dire que les distractions étaient particulièrement nombreuses.

Pourquoi en aurait-il été autrement, cette fois ?
Pourquoi me serais-je attardée plus que de raison ?
Pourquoi je serais restée au péril de ma vie ?

Tu vois Mina, toi qui désirais obtenir des réponses aux trop nombreuses questions que tu te posais, tu ne semblais pas accepter la réalité. Toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire, il est vrai, mais toutes les vérités n'étaient pas non plus bonnes à entendre. Ce que je venais de dire à Mina n'était pas une vérité qui apaisait, qui rassurait, c'était une vérité qui piquait, qui révoltait. Il n'y avait nul besoin d'avoir beaucoup d'empathie pour comprendre que ma réponse ne convenait pas à Mina. Je l'ai bien vu, son regard si innocent, si enfantin, se couvrir du voile de la déception. Elle espérait une autre réponse. Quelle autre réponse aurais-je pu lui fournir sans mentir ? je ne lui aurais raconté qu'une demi-vérité, une vérité plus douce, plus aseptisée, plus facile à encaisser. Une demi-vérité au final n'était rien de plus qu'un mensonge. J'étais bien placée pour savoir qu'à se bercer d'illusions, la chute ne pouvait qu'être brutale. Parfois même elle pouvait s'avérer fatale, comme en témoignaient les cicatrices qu'elle avait laissé sur mon poignet.

Je lui adressai un regard froid, presque clinique, quand elle me reprocha de parler de lui au lieu d'elle. Lui, son oncle. Lui, mon ancien amant. Lui, que j'avais admiré, admiré tellement fort et tellement profondément que cela aurait pu être de l'amour. Ce n'était pas de l'amour, quand on y regarde de plus près. C'était plutôt une forme d'admiration qui avait quelque chose de sacré. Il avait été le maître et moi j'étais le disciple. Mina ne pouvait pas comprendre. Elle était extérieure à cette relation. Dans un sens, je comprenais son sentiment de trahison, de déférence. J'avais eu le même, lorsque j'ai compris que c'était allé trop loin. Faire un choix avait été douloureux, mais la fuite avait été salutaire, pour moi, pour le bébé que j'attendais sans même le savoir. Mina ne pouvait pas comprendre, parce qu'elle n'était pas là. Elle était prise au piège de son labyrinthe. Elle n'avait pas prise sur la réalité. Tu veux me réparer, geignait-elle. Je restais stoïque face à la tristesse de Mina. Les émotions des autres ne me touchaient plus. Je ne pouvais que la regarder, tandis qu'elle se penchait vers moi pour me fixer en retour. J'avais toujours sur le bout de la langue le goût rance de l'alcool.

C'est trop tard. disait-elle de sa voix enfantine.
C'est trop tard, et il n'y avait pas de retour en arrière possible.
Elle n'était pas cassée, jurait-elle, pour ensuite m'intimer de ne plus proférer de mensonge.
Une moue déforma mes traits. Indéfinissable.
Si elle n'était pas cassée, alors moi non plus.

Je tressaillis lorsqu'elle posa sa main contre ce ventre qu'elle s'imaginait maternel. Il est vrai que j'étais devenue mère, depuis la dernière fois que nous nous sommes vues toutes les deux. Et Mina parlait encore. Sa voix fluette contrastait avec les mots violents qu'elle martelait, comme si, par ce biais, elle s'imaginait pouvoir me blesser. Pourtant je le savais, que Noah n'était pas la progéniture de son oncle. Ce n'était pas lui qui avait fourni le matériel génétique nécessaire à la conception de l'enfant. Comme toute créature surnaturelle, il était inévitablement stérile. Tout comme je savais également que je n'étais pas des leurs, même si j'ai baisé son oncle, comme elle le disait si bien. Je l'avais baisé parce que j'étais vivante. Ma chair était tendre et chaude. Ma chair était fertile, parce que je n'étais pas une créature. J'étais une humaine qui n'avait pas connu l'Enfer de Darkness Falls. J'étais une humaine même si la magie coulait dans mes veines. Même si je voyais des fantômes et ressentais la présence des esprits errants. Même si j'avais des visions, qui ne se manifestaient que par l'intermédiaire de mes rêves.

Elle me parla de lignée, de descendance.
Elle était donc devenue une créature, tout comme ma sœur.
Elle ne transmettra jamais la vie.
Elle ne vivra jamais à travers sa chair, son sang.
Puis, elle parla de sang. De Noah, une fois encore  - une obsession.
Enfin, elle suggéra que son sang était passé dans les veines de mon fils, quand il était encore dans mon ventre.

« Comment oses-tu ? » sifflai-je, outrée par ses insinuations, alors que je m'écartais d'une fesse pour me soustraire à son contact. « Noah n'est pas comme vous. C'est un enfant, pas une créature. Ma sœur est une créature, parce que c'est moi qui l'ai changée en métamorphe. Noah, lui, n'est rien de tout cela. Sinon, je le saurais. »

Si j'en étais aussi certaine, alors pourquoi cette seule idée me donnait des sueurs froides ? Pourquoi aurais-je vrillé si je n'avais pas eu quelques doutes moi aussi ? Mina avait compris qu'il y avait une faille dans mon histoire, et elle s'y était engouffrée. Ce n'était pas tant une question de magie que de biologie. Pendant ma grossesse, j'avais été le seul lien de Noah avec le monde extérieur. Dans mon ventre, il avait réagi aux stimuli extérieurs, au son de ma voix, entre autres. De la même façon que l'alcool et le tabac pouvaient impacter le développement d'un fœtus, la magie noire pouvait occasionner des dégâts irréversibles. Et c'était ce dont il était question, présentement. Noah était déjà là, en mon for intérieur, alors que je m'adonnais à la pratique de la magie noire. Ce que la magie noire donnait, elle pouvait tout aussi bien le reprendre, et la note était souvent très salée.

« Tu viens de le dire toi-même, vous êtes des fins de race. » ma voix tremblait tandis que je ne faisais que reprendre les mots de Mina. « Ce n'est pas ton oncle qui… » M'a fécondée, allais-je dire mais les mots refusèrent de franchir le barrage de mes lèvres. « Ça ne se peut pas. Ça…c'est impossible, la conception de Noah est on ne peut plus humaine, la magie n'a rien à voir là dedans. »

Parce que ce n'était pas un monstre qui avait engendré Noah, mais un humain, dans tout ce qu'il avait de plus abject. Un humain qui plus est, prétendait être du bon côté de la  barrière. Je ne voulais pas croire que Noah soit lui aussi le fruit d'une expérience ratée, comme l'a été Mina. J'avais créé ma sœur telle qu'elle était aujourd'hui, je ne pouvais pas avoir engendré un autre monstre. J'en avais assez fait avec Mina et Caroline. L'idée, en soi, n'était pas aussi absurde que ça. Des enfants naissaient angoissés parce que leur mère avait des traumatismes. Des enfants naissaient alcooliques parce que leur mère était une addict. Quant à moi, quand j'étais enceinte, j'étais accro à la magie noire et j'ai eu toutes les peines du monde à en être purgée.

Mon bébé…
Je refusais cette éventualité.
Je secouais la tête de droite à gauche, comme pour dire non, alors que des larmes silencieuses roulaient sur mes joues.
Si Mina avait voulu me blesser, alors, c'était réussi, elle m'avait atteinte en plein cœur.

Elle n'avait pourtant pas terminé avec les vérités qui blessent et qui dérangent. Elle disait apprécier mes confessions, bien qu'elle ne voulut pas me croire. Elle avait autre chose à révéler, alors que je pleurais, parce que je repoussais ces idées délétères aussi loin que je pouvais. Je pleurais parce que cette perspective terrorisait littéralement. En plus d'être le produit d'un viol, Noah ne pouvait pas avoir été modifié par la magie noire.

« Tu mens » accusai-je en battant des paupières pour chasser les larmes prises dans mes cils longs et chargés de mascara. « Tu dis ça parce que tu m'en veux d'être partie, parce que je ne suis pas capable de t'aimer comme tu le voudrais et tu rejettes la faute sur Noah parce que tu penses que c'est lui qui m'a détournée de toi. Tu mens. Tu mens. »

L'accusation s’échouait sur mes lèvres, s'éteignait comme une supplique. Je sentais les doigts de Mina sur ma peau, pour agripper ensuite mes cheveux roux. Je secouais la tête de droite à gauche pour signifier mon refus. Je voulais qu'elle se taise, qu'elle parte, qu'elle cesse de venir me tourmenter, de venir menacer mon fils.

Puis, tout à coup, il n'y eut plus de chagrin, plus de peine, plus de souffrance.
Je n'avais plus mal, je n'avais plus peur.
Je sentais toute la colère s'évaporer de mon âme pour se dissoudre dans le néant.
J'avais cessé de pleurer, alors que je réalisais que Mina était en train de m'absoudre de tous mes péchés.
M'offrir l'absolution.
Me pardonner.

Je me sentais soudainement très lasse, fatiguée de me battre en permanence contre ce que j'étais. Un monstre. J'étais un monstre, tout comme Mina, tout comme son oncle, tout comme Caroline. Dans le lot, il n'y avait que mon frère qui présentait un visage totalement humain, mais il était entraîné pour nous exterminer tous, jusqu'au dernier. J'avais à peine remarqué mes veines devenues plus saillantes, parce que j'étais concentrée sur la sensation que cet échange me procurait. Le vide. Plus de souffrance. Plus de chagrin. Plus rien. C'était donc ainsi, qu'elle est sortie du labyrinthe . Elle s'était transformée, elle était devenue autre chose .

« Tu te trompes, quand tu dis qu'il n'y a plus rien à faire pour nous deux. » Ma voix n'était plus qu'un murmure, alors que je contemplais la voleuse d'âme, comme si je la voyais pour la première fois. Émerveillée devant ce nouveau prodige. « Ce à quoi je viens d'assister…c'est miraculeux. »

Et dans mon regard, il y avait de l'affection, quelque chose d'autre que la peur, que la rancune. Quelque part, j'étais la mère de plusieurs monstres. Mina. Caroline. J'avais participé à la création de ces êtres surnaturels, et désormais, leur sort est entre mes mains. Mina n'avait plus de famille, c’était mon devoir, de veiller sur elle. Je n'avais pas peur, parce que j'avais côtoyé l'horreur. Je n'avais pas peur du vide, parce que Mina avait absorbé mes tourments. Je ne savais pas si elle pouvait me guérir en se nourrissant des blessures de mon âme, mais j’y voyais là une forme de salut, parce que le vide était mieux que la souffrance. C'était mon chagrin, mon traumatisme qui m'empêchait d'avancer, d'atteindre celle que j'étais avant.

« Tu m'as peut-être montré le chemin vers la rédemption. » Et j'étais prête à me damner encore plus pour cela. « Comment ça marche ? » La curiosité reprenait le dessus, toujours. « Est-ce que tu as accès à mes souvenirs ? à mes rêves ? Toutes ces années…toutes ces années…c'est la colère, c'est la peine qui m'a maintenue en vie. C'est dans cela que je puisais ma magie. Maintenant…je ne ressens pas la colère. Je ne ressens pas le chagrin. Je… »

Je ne terminai pas ma phrase. Je me sentais tellement épuisée que ma carcasse frêle était agitée de soubresauts. C'était le prix à payer, pour ressentir un semblant de paix intérieure.

Mais n'était-ce pas ce que je voulais, être en paix ?
Obtenir l'absolution ?
La rémission de mes péchés, pour permettre la résurrection de ma propre chair ?
Amen.
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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Lun 12 Mar - 15:20

Les Griffes du Minotaure




I'll make you mine. Keep you apart, deep in my heart. Separate from the rest, where I like you the best. And keep the things you forgot.



We lie to ourselves, because the truth, the truth freaking hurts.
My blood line is cursed. A Darkness I can’t escape.
And you’re cursed too, because it went through your veins.




Kriss a rarement peur. C’est un sentiment qui a disparu dans les méandres du labyrinthe. Elle s’effraie parfois à l’idée qu’on la retrouve. Et dans le feu de l’action son cœur s’accélère et s’angoisse. Mais ce n’est pas de la peur. Ce sont des décharges d’adrénaline. Des uppercuts, des chocs, rien qui ne puissent ronger son sang jusque la lie, rien qui ne puisse faire frissonner ses os de verre durant ses nuits agitées. Kriss a rarement peur, et sa peur n’a qu’un nom. Minotaure.

Ce qu’elle souffle à Beatriz pourtant la terrorise. Elle aimerait ne l’avoir jamais dit. Elle aimerait ne l’avoir jamais pensé. C’est une lueur d’orage, violente et dévastatrice qui blesse son âme. Les monstres qui grandissent dans la pièce. Ces ombres cornues qui naissent sur les murs. Et son souffle s’accélère, parce que la peur la rend fuyante. Et que la course se rapproche. Cette énergie qui glisse dans ses jambes. Ce feu dans ses reins, qui menacent d’exploser. Le besoin de s’échapper, encore. De chasser ce passé si cruel quand on le déterre. Mais Beatriz, elle ne la laisse pas s’échapper, pas tout à fait. Elle mêle de la raison dans sa voix et tente d’éloigner son influence. Beatriz, elle croit encore que la magie noire ne s’insinue que là où on l’invite. Et plus elle parle, plus l’esprit de Kriss dérive vers cette sombre vérité, emplie de terreurs. Et si Noah grandissait pour la tuer, la mettrait-il à mort comme ces taureaux dans les corridas ? Ou embrasserait-il ses lèvres pour mieux la dévorer ? Et si Noah, si Noah était poursuivi par le même monstre ? Devrait-elle le protéger comme personne n’a su le faire pour elle ? Devrait-elle courir avec lui, dans le labyrinthe ? L’aimera-t-il comme il est impossible aux autres ? Et si Noah n’était pas seulement le fils de Beatriz, comment le savoir, le savoir vraiment ? Suffirait-il d’un regard ?

Les larmes de Beatriz perlent sur ses joues. Et ses yeux semblent plus grands, plus beaux. Il y a tellement de douleur dans ses iris. Il y a tellement de colère. Il y a cette vérité que ses lèvres refusent mais que ses prunelles crient. Il y a cette même terreur, ce même sentiment de perte. De la peur, qui se fait cruelle, alors qu’elle l’insulte et la mords en vain. Et c’est comme si elle avait ôté sa carapace glacée, comme si enfin, la sorciere ne se cachait plus derrière ce faux calme et ce besoin de raison. Elle l’accuse de mensonge, sans percevoir peut-être ce que les lianes maléfiques de son oncle à peut-être créé entre elles. Quelque chose de plus fort que le labyrinthe, que tous les labyrinthes. De plus précieux et de plus sensible. De plus intime et de plus pernicieux. Quelque chose que Beatriz ne peut plus briser. Qu’elle n’aurait jamais dû laisser faire. La sorcière s’est laissée aveugler par le maitre habile. Et il n’y a plus rien à faire, le sort est fait.

Mais Noah, Noah ce n’est pas de sa faute.
Il a rien fait, il ne pouvait rien faire.
Il ne s’est pas laisser séduire, il ne pouvait pas s’enfuir.

Comme Kriss dans le ventre de sa mère, dévorée par le sang des minotaures. S’il est comme elle, et comme elle vraiment, ses rêves auront des relents de cauchemars et des ombres naitront sous ses paupières. Il ne sera jamais en paix. Beatriz l’accuse de mensonge, sans comprendre, que cette réalité est plausible, elle n’a plus rien à craindre. Il n’a plus rien à craindre. Kriss tuerait pour le sang de son sang. Elle lui répond, du bout des lèvres. Et sa voix tremble un peu. Et son souffle est plus si régulier. Parce qu’elle a peur de cette ombre grandissante.

S’il y a dans le sang de ton fils, l’âme du Minotaure.
Alors il est mien aussi. Alors tu ne t’es pas vraiment détournée de moi.

Et peut-être, sa colère pour Beatriz est injustifiée. Et peut-être la sorcière n’a fait que protéger cette lueur de liberté, ce semblant de descendance. Peut-être que Beatriz s’est liée au minotaure d’une plus intime façon. Qu’elle a mêlé son âme et son sang au monstre. Qu’elle est aussi touchée que Kriss, et toujours prise au piège. Peut-être qu’elles ne sont que les enfants d’un maléfice qui tentent de s’en échapper. Peut-être qu’elle n’a jamais cessé de l’aimer. Pas vraiment.

Et c’est une vérité plus facile à entendre.
Et c’est un mensonge tellement plus tendre.

Les larmes sur les joues de Beatriz, glissent sur sa peau pale. Diaphane. Rivières de sel qui rongent ce reste de méprise. Cette énergie qui glisse dans ses veines, cette chaleur qui pulse de son cœur, c’est l’essence même de la sorcière. C’est comme un éclat, le reste d’innocence de Beatriz. Elle est puissante et délicieuse, différente de toute celle qu’elle a gouté. Peut-être parce qu’un fragment de son âme s’est logée dans la sorcière. Une résonnance, entre les femmes, intense et insondable. Ses paupières flanches, alourdies par un plaisir étrange. Le désir de l’engloutir, et celui, encore plus fort de prendre soin d’elle. Et ce souvenir, si brutal, si violent. Si fort, comme jamais elle n’en a senti un. La mise au monde de Noah.

Et Beatriz devrait haïr ce touché carnassier. Elle devrait répondre comme tous les autres. Chasser la douleur asphyxiante, se débattre, se blesser aux tranchants de ses griffes. Son énergie devrait se teinter de peur et de douleur. Et il y a de douleur, une douleur noire et douce, comme une nuit sans étoiles, sans souffle ni espoir. Mais il n’y a pas de peur, il y a une paix. Une paix profonde. Les traits de Beatriz sont plus doux, et ces yeux se couvrent de chaleur. Elle semble l’aimer, enfin, comme elle l’aimait autrefois. Et cela l’effraie Kriss, que ses mortels baisers réveillent l’envie. Il y a cette même lueur qu’autrefois, ce même besoin d’encore. D’addiction. Et si son oncle les avait liés si fort, qu’elles étaient comme deux étoiles en orbite, qui ne pouvaient pas s’échapper l’une de l’autre ? Et si son envie de Beatriz, d’amour comme de caresses, faim et brulures, n’était pas uniquement la sienne. Et si Beatriz restait autour d’elle comme ces papillons que brule le soleil. Son sang, et maintenant les émanations fatales de sa magie. Cette rédemption dont elle rêve, dans le cauchemar brisé des envies du Phoenix. Sa voix se casse sur ses douleurs, et la main de Kriss s’en vient sur sa joue. Comme pour la retenir de chuter. La retenir de s’effondrer. La retenir de se mourir sur les rivages glacés de ses souvenirs douloureux. Et c’est presque tendre, un geste doux, qui n’attends rien. Kriss est effrayée à l’idée de ce qu’elle est venue chercher. Effrayée à l’idée de ce qu’elle a déjà pris. Et de tout ce qui s’est brisé. De tout ce qui se reconstruit. Dans les pupilles de Beatriz l’envie de paix est un feu brulant, incendie dans les plumes du Phoenix. Mais Kriss ne peut pas le consommer, c’est impossible. Pas comme elle le voudrait.

Kriss la tient dans sa main, se rapproche et pose son front contre le sien. Beatriz est tellement douce, quand elle n’est si froide. Et le sel de ses larmes sèche, fragilité océane. Son cœur l’appelle, comme ses lèvres, Bea rêve de néant et de vide, ces sentiments du désespoir et de la dérive. Kriss les connait, plaisirs et blessures, pour faire taire la douleur. Et elle n’est pas sûre d’aimer les faire naitre en elle. Kriss murmure.

J’ai vu Noah, par tes yeux. La première fois que tu l’as vu.

Elle ne parle pas des hurlements de douleur de Beatriz. De la brulante solitude qui a enseveli son cœur. Ni même de ses contractions, de plus en plus rapides, déferlantes qui déchiraient son intérieur. Ni même de ce froid, ensuite, devant le visage de son bébé. Noah non plus, Bea ne sait pas l’aimer. Elle ne dit rien de cruel, Kriss, car elle sent la fatigue de Bea, son énergie étrange, qui s’est décolorée, la pâleur de son visage. Elle sent son appel, aussi. Elle ne cherche même pas à ne pas lui mentir.

Je serais dans tes rêves, invisible mais bien présente.
Tu pourras m’appeler si tu veux.

Comme on invoque un fantôme ou une mauvaise fée.

Kriss pose sa bouche sur le front de Bea. Et lentement, doucement, elle laisse l’énergie de Bea se glisser entre ses lèvres. Jusqu’à ce que la sorcière soit aussi faible que ces junkies qui se meurent parfois dans le through the never, d’overdose ou de faim. Mais qui glisse, glisse le long de rivières sans fin, douces et irréelles, chimères imaginaires et voile de douceur. Elle lui offre la paix, puisque c’est la seule chose à faire. Et se relève, doucement. Kriss se baisse et attrape Beatriz dans ses bras, ses jambes autour de son bras et son front sur son épaule. Elle est si plein de la vie de Trixie qu’elle peut la porter. Si puissante, si forte soudain alors que son corps palpite du feu consommé.

Avec la délicatesse d’une amante, elle la pose dans son lit, l’allonge sous sa couverture et vient se glisser derrière elle, l’enserrant délicatement dans ses bras, son visage contre le sien. Bea est peut-être entre la vie et la mort, mais Kriss la réchauffe de sa chaleur et lui conte des vérités plus douces.

Ce n’est pas de ta faute tu sais. Mon oncle est comme mon père. Il est beau, charismatique, c’est comme un soleil, un soleil maléfique. Et c’est impossible d’y résister. C’est impossible de ne pas s’y bruler les ailes. Parce qu’il est doux, qu’il est aimant et qu’il ne montre que ce que l’on désire voir.

Ses lèvres sont douces, et sa voix de plus en plus basse.

Et il s’est jouée de toi, comme il s’est jouée de moi. Mais je crois qu’il t’a aimé, un peu, à sa manière. Les âmes gémellaires s’attirent. Je pense qu’il a voulu que tu m’aimes comme tu aimes Caroline. Parce que je suis née seule et que le Minotaure s’est abattu sur moi avec force. Je n’ai pas eu de jumelle pour le tenir à distance. Parce qu’il n’a jamais aimé que mon père.

Beatriz ne l’aimera jamais comme une sœur. Et Kriss, Kriss ne sait pas aimer comme cela non plus, plus maintenant. Pas alors que le cadavre de la sienne est six pieds sous terre, attendant toujours qu’elle ne la sauve. Peut-être ne sont-elles pas capables d’amour. Peut-être qu’elles ne le seront jamais plus. Peut-être que ce n’est qu’une expérience ratée, qu’elles tentent en vain de panser leurs blessures. Peut-être, que cela ne sert à rien de se détacher l’une de l’autre, qu’il n’y a pas d’échappatoires. Et que plus douce est l’acceptation.

Je ne ferais jamais de mal à Noah, tu sais. Ni à toi.

Et ses paupières se ferment. Peut-être que Bea dort déjà. Peut-être n’a-t-elle rien entendu et peut-être lui en voudra-t-elle d’avoir coupé court à leur discussion, mais cela ne lui importe guère. Leurs chaleurs qui s’emmêlent avalent ses dernières blessures. Et c’est comme si Bea l’attirait irrésistiblement. Qu’elle l’appelait si fort que Kriss ne pouvait s’en détacher. Cette douceur, cette chaleur, ces énergies qui glissent et vibrent entre elle, comme des vagues de contentements sur son échine. Beatriz l’invite dans ses rêves.


Quand le soleil se lèvera. Kriss sera déjà loin.
Et ce sera peut-être, comme si elle n’était jamais revenue la hanter.

_________________





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We walk behind you.
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MessageSujet: Re: Les Griffes du Minotaure   Mer 18 Avr - 21:06

Les griffes du Minotaure  
Beatriz & Kriss
Killer, I am thy killer too, I am the frightful thing that always follows you. Liar, I am thy Nemesis I always knew one day that it would come to this. "Liar - Motorhead"  

Il y a dans le sang de ton fils l'âme du Minotaure. Cette phrase me hantait, tournait en boucle dans mon esprit chaotique. Je ne voulais pas y croire, pire encore, j'essayais de me convaincre que ce n'était pas possible, que même la magie n'était pas toute puissante et avait ses limites. Pourtant, c'était de magie noire dont il était question, et la magie noire pouvait faire des choses terribles. De plus, j'étais déjà enceinte lorsque je m'attelais à démanteler le labyrinthe de Mina. Qui sait quels ravages ma magie aurait-elle pu causer ? D'autant plus que j'ignorais mon état. Un frisson d'horreur me dévala l'échine. En réalité l'oncle de Mina, mon ancien amant, n'a quasiment rien fait. Il s'était contenté de nous mettre en relation, de me fournir le sang de sa nièce pour que je tienne bon. C'était au final ce dernier point qui avait été déterminant pour la suite. Il ne possédait pas la magie, alors il avait fait appel à mes services. J'étais déjà connue à l'époque, les Hunter's Seasons avaient forgé ma gloire et ma renommée. J'en avais profité parfois outrancièrement, je faisais payer très cher les services que je rendais. Après tout, j'étais une star, et comme toutes les stars, je pouvais retomber dans l'anonymat un jour ou l'autre. Aussi n'y avais-je vu aucun mal à assurer mon avenir, en mettant de côté le plus d'argent possible. Comme je m'en mordais les doigts, aujourd'hui. Si je n'avais pas rayonné si fort, peut-être n'aurais-je jamais croisé le chemin du Minotaure, de ses deux têtes, je n'aurais pas rencontré Mina. Ces événements, comme beaucoup d'autres, avaient précipité ma chute et aujourd'hui je n'étais pas en mesure de quantifier les conséquences de toutes mes erreurs passées. J'avais commis plusieurs erreurs de jugement qui m'avaient coûté très cher.

Tandis que je rejetais cette idée grotesque, Mina, elle, semblait sûre d'elle. Elle était tellement en mal d'affection, d'amour, qu'elle en était jalouse d'un bébé qui n'avait pas encore un an d'existence. Je ne voyais rien d'autre qu'une tentative de m'atteindre en se s'accaparant. Elle était précisément en train de revendiquer sa filiation et j'y étais farouchement opposée. Ça ne se pouvait pas, ne cessais-je de me répéter comme un mantra. Pourtant, j'étais la seule responsable de ce désastre. C'était certes la magie de mon amant qui avait emprisonné sa nièce dans ce labyrinthe, du temps où il était encore un sorcier, mais toute cette magie déployée aux fins de démanteler ce piège mortel était de mon propre fait. Sans même le savoir, j'avais façonné ce lien indéfectible, j'avais scellé notre sort commun. L'oncle de Mina n'était que le cerveau de l'opération, j'étais le catalyseur et Mina était le réceptacle. Cette perspective était certes terrible mais elle était plausible, horriblement et dangereusement plausible. Aujourd'hui je n'avais plus mes yeux que pour pleurer. Le tort alors causé était irréversible, il n'y avait pas de place pour les regrets. Je n'avais pas d'autre choix que de vivre avec cette éventualité douloureuse. Je pourrais me planquer la tête dans le sable autant que je le voulais, cela ne suffira pas à éviter l'inéluctable. Mina était revenue dans ma vie et ce n'était pas sans raison. Peut-être n'était-elle qu'une gamine qui souhaitait plus que tout réunir sa famille. Une famille dont je faisais partie que je le veuille ou non, contrairement à ce que ses propos laissaient entendre. N'était-elle pas en train de me reprocher d'être partie sans regarder en arrière ?

Je n'avais pas eu le choix, pourtant.

Tous mes doutes, mes tourments s'étaient éteints d'un seul coup, comme on souffle une bougie. Je ne ressentais plus la peur, ni le chagrin ni la colère. Tout s'était envolé, m'apportant une paix telle que je n'en avais pas connu de semblable de toute ma vie. Mina était donc devenue une voleuse d'âme, c'était de cette façon qu'elle a réussi à s'extirper du labyrinthe. Finalement, moi aussi j'avais eu la réponse à ma question. Contrairement à elle, ce n'était pas un pourquoi que j'avais exprimé mais un comment. Les comment étaient plus confortables, ils faisaient moins mal parce qu'ils reposaient sur des considérations concrètes, où l'affect n'avait pas sa place. Raisonner ainsi me permettait de ne pas perdre pied, de m'ancrer dans la réalité. Elle absorbait la vie comme elle absorbait les souvenirs. C'est tout du moins ce que j'ai pu en déduire quand Mina m'indiqua avoir vu Noah à travers mes yeux, le jour de ma naissance. Je n'oublierai jamais ce mois de mai, car ce jour n'était pas uniquement gravé dans ma mémoire mais il était aussi gravé dans ma chair. La venue au monde de mon fils avait été sanglante, elle s'était faite dans une souffrance incommensurable. Désormais, Mina savait. Elle savait parce qu'elle l'avait vu de ses propres yeux, et moi, je pleurais, je pleurais sans m'arrêter parce que j'avais tant de douleur à évacuer, tant de peine. A l'évidence, des années de tourments ne peuvent pas s'évaporer d'un claquement de doigts.

Peut-être qu'il va falloir que retourne la voir.
Peut-être que c'était elle qui reviendrait une fois encore, et pas uniquement dans mes rêves.

En attendant une prochaine rencontre, trop éventuelle pour que je puisse seulement compter là-dessus, je sentais mon énergie vitale me quitter. Bientôt je n'opposai aucune résistance, je me laissais faire, docilement, aussi docilement que si l'on m'avait droguée. Je me sentais aussi molle qu'une poupée de chiffons, au point où je ne protestai même pas lorsque Mina me souleva du sol pour me porter jusqu'à mon lit. Je ne protestai pas davantage lorsqu'elle se glissa dans le lit à mes côtés pour m'enserrer de ses bras. Si j'avais eu toute ma tête, ce contact m'aurait sans doute glacé le sang. Or, il n'en était rien. Elle pourrait me tuer de ses bras menus que je n'en aurais rien eu à faire, parce que plus rien n'avait d'importance.

Tout m'indifférait, jusqu'à même la mention de son oncle, de cet homme que j'avais aimé malgré nos nombreuses années d'écart, malgré mon humanité et sa nature de monstre. Beau monstre. Comme toutes les belles choses, mon amant avait un cœur pourri à l'intérieur. Je le savais et pourtant je m'en étais approchée, comme un insecte pouvait être attiré par une flamme. Ce n'est pas de ta faute, disait-elle.


Elle le qualifiait même de soleil maléfique.
C'était exactement ça.
Un soleil noir, un soleil au cœur empli de ténèbres.

Pourtant, je l'avais aimé, aussi fou que cela puisse paraître. A l'époque, j'étais tellement différente, je n'étais pas aussi cassée, aussi fanée. Je rayonnais de cette gloire passée, cette gloire que j'avais arrachée par la violence, le sang et la mort. Mes beaux bijoux, tout cet argent que j'avais gagné était teinté du sang de mes adversaires, tous tombés dans l'arène. On ne faisait pas d'omelette sans casser d'œuf, après tout. Il y avait toujours un prix à payer, toujours. Je ne valais pas mieux que lui, dans le fond. Il avait certes enfermé Mina dans ce labyrinthe sordide, mais j'avais moi-même transformé ma propre sœur en monstre. J'avais fait du mal aux personnes que j'aimais, parce que je cassais tout ce que je touchais.

Peut-être était-ce parce que je ne savais pas aimer.
Peut-être était-ce parce j'aimais trop fort.

Qui s'en souciait, de toute manière ? C'était comme si j'avais oublié tout le chagrin, toute la colère, ce profond sentiment de rejet lorsqu'il m'a mise dehors, a fait en sorte que je le déteste pour que je ne revienne plus jamais. Mina ne savait pas tout ça. Elle qui pensait que j'étais partie de mon propre chef, elle ignorait qu'en réalité, on m'a obligée à partir.

Je n'aurai cependant pas le temps de lui expliquer tout ça.
Cette partie de l'histoire était encore trop douloureuse.
Tous les renseignements qu'elle aura, pour le moment, seront ceux qu'elle puisera dans mes rêves, si tant est qu'ils daignent lui montrer ça.
Pour l'heure, je me contentais de fermer les yeux.
Ne plus penser, juste dormir.
Dormir et ne plus jamais se réveiller.

FIN DU RP
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