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 Le destin se moque des hommes (PV Matt)

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MessageSujet: Le destin se moque des hommes (PV Matt)   Ven 1 Déc - 17:39



Vouloir protéger ceux qui risquaient leur vie pour leur cause. C'était le sophisme de ceux ayant la folie au creux des reins et du coeur, bercés d'illusions mais se sachant, tout de même, bordés : puisqu'il y avait de l'espoir, ce n'était pas grave.
Et Brett avait eu de l'espoir.
Et Luce aussi, avait de l'espoir.
Ce pourquoi il s'était permis de lâcher, pour la énième fois de cette semaine, une phrase inutile aux oreilles de Jules.
"Tu devrais pas y aller."
L'odieux echo d'un souvenir ancré.

Il ne lui avait pas dit :  "c'est une connerie" ou "du pur suicide".
De la crainte, pour elle, et peut être un peu pour lui. Parce que hormis Brett et Jules, il n'avait pas de liens qu'il chérissait autant... plus maintenant. Sauf que la dissuader de se lancer dans la fange aux couleurs dangereuses, provoquées par tournoiement de jeux pratiqués depuis l’abolition du terme "ailleurs", demandait un exercice de style particulier. Il n'aurait pas voulu rabattre sur le tapis ce malaise, celui qu'elle gardait en elle sous couvert d'un haussement d'épaules ou d'un rire léger, comme si tout cela n'était pas grave.

C'est pas de ta faute, Jules. qu'il lui avait répété, dix, vingt, cent fois. Personne aurait pu prévoir ce qui arriverait. Il avait espéré, au moins, qu'elle lui réponde avec un peu de sincérité mais parfois, voir souvent en fait... Jules ne partageait pas ses émotions. Cependant, son regard avait suffi pour que Luce comprenne, qu'il saisisse ce qu'elle n'avait pas dit à haute voix.

En es-tu sûr, Luce ? Car si tu te souviens bien, sur ce même canapé, dans ce même salon, ce sont mes mots qui ont scellés le destin d'un ado frondeur dupé de rêves idiots. A cet endroit, presque précisément où tu te tiens, j'ai accepté ... malgré tes réticences.

Une infime mais cruelle culpabilité qu'il avait saisi dans l'éclat de ses yeux... il ne voulait plus la voir, cette culpabilité.
Alors, il avait pris soin de le formuler autrement - il ne savait pas trop ce qu'il aurait pu faire d'autre...
"Peut-être, mais j'dis bien peut être hein, que tu devrais pas y aller."

Sauf que là, Jules lui avait juste adressé un étrange sourire. Une main, sur l'épaule de l'ours hispanique, avait été posée pour y mettre la forme.

"J'y vais seule cette fois."

Pas que pour cette fois, s'était dit Jules.
La mort de Brett gardait le poids accusateur de ses terribles erreurs. Elle ne pouvait pas se permettre de voir Luce, le dernier rempart de son entourage sans artifice, disparaître à son tour.
Cette fois, donc, à l'image de toutes les suivantes, elle se liguerait avec des bras qu'elle tâcherait d'ignorer en dehors de leur but commun. Bonjour, Bonsoir, Bravo, Adieu. Et ce serait là bien tout... Pour le reste, agir seule comme elle l'avait toujours fait :  seule dans le désert, sa bouche gercée qui déchirait le plastique rempli de munitions, ses doigts tremblants à cause de la faiblesse due à son jeune âge : et qu'il n'y avait qu'elle et, plus loin, ce turc en treillis venu grimper sur une dune, sans se douter qu'à quelques mètres de là une vulgaire gamine s'y tenait à plat ventre, le coeur rompant ses côtes, l'oeil vissé sur sa lunette de tir. Difficile, la première fois. Mais nécessaire et puis... et puis l'on finissait, irrémédiablement, par se recevoir cette balle un jour ou l'autre.

Une naissance, une mort. Entre les deux, un périple à la définition asémantique où chacun cherchait la compagnie. Sans trop savoir pourquoi, d'ailleurs, on la recherchait autant puisqu'elle embringuait dans son sillage la douleur et le regret. Mais l'on finissait par y retourner : à l'attente d'un autre qui ne soit pas nous, avant que l'inévitable frappe sur une traversée absurde de base.
Jules espérait ne plus jamais croiser personne sur ce chemin... c'était la seule chose qu'elle était en mesure de faire pour l'instant : espérer, encore ce foutu espoir.
Et ce fut ce dit espoir, ligué à une ferveur chaque jour plus grande à l'égard du combat qu'elle menait pour un autre, qui la poussa à sortir en cette chaude soirée.

Ses pas l'avaient conduite auprès d'un homme au visage famélique et aux habits chics. Puis, les quatre chaussures à la démarche affirmée, mais rapide en ces temps délicats, avaient traversé les quartiers proprets. Au dessus de leur tête, l'aspect des cellules des bâtiments opulents insultait la précarité d'une ville gonflée de dettes.
L'homme au bras de Jules s'esclaffait dorénavant à une blague qu'il venait lui-même de raconter.
Il s'appelait Klein. Klein était un couturier de bonne famille élevé au grain d'un système bourré d'étiquettes : et les habits de qualité allaient à merveille avec ces dernières. Jules le connaissait depuis bientôt deux ans. Un pro-gouvernement, discret et soucieux de garder son confort. Il était à la tête d'une modeste fortune et, certaines journées plus chaudes que d'autres, comme aujourd'hui, il s’éventait sans vergogne avec ses tickets de rationnement. Ses habits sur mesure s'arrachaient à prix d'or... ou à coup de services rendus.
Il appréciait la compagnie de Jules car, disait-il, elle savait écouter et ne possédait pas "ces insupportables petites manies de princesses gâtées".

"Oui oui, d'accord, les horloges c'est bien beau ! Mais je continue de croire que tu devrais te recycler dans la joaillerie ...tellement plus lucratif !" lui-dit il au moment où ils passèrent les portes massives d'un grand bâtiment. (non sans avoir, au préalable, prouvé leur identité aux uniformes gardant l'entrée)
Jules lui répondit par l'expectative puis leva son nez vers le plafond.
Un dôme immense, décoré d'un large lustre de cristal, avait été recouvert pour l'occasion d'une bâche représentant le ciel et ses constellations. Les discussions battaient leur plein. Ils étaient arrivés un peu tardivement : l'ambiance était déjà bien menée et le mouvement de foule cachait la plupart des tables.

Il était rare que Jules assiste à ce genre de soirées. Certaines réceptions relevaient d'un élitisme qui dépassait son simple carnet d'adresses. Mais Klein, un homme inconstant au passage, s'était soudain senti l'irrépressible envie de l'inviter. Une chance inespérée.

Heureux comme un goupil, Klein saluait déjà deux personnes en approche : un couple élégant et conscient de l'être. Jules serra poliment leur main à tour de rôle et remercia la femme pour son compliment ; même si, en toute honnêteté, Jules faisait franchement pâle figure à côté d'elle - c'était à l'adage de son quotidien...elle qui n'était, au final, qu'une simple horlogère.

"Il y a intérêt à ce qu'elle te plaise ! C'est moi, le créateur de cette robe !" s'empressa de souligner Klein.

"C'est superbe. J'aime surtout le dos." dit la femme aux yeux de biche, son compagnon les observant avec courtoisie .

Ah oui...Le dos de sa robe. Cette échancrure qui avait déjà fait se retourner trois hommes lorsqu'elle était entrée. Il fallait bien utiliser quelques ficelles, selon les dires de Klein, qui déplorait que Jules ne se mette pas assez en valeur. D'après lui, être horlogère ne signifiait pas manquer de coquetterie. Un peu de maquillage coloré, vraiment, ce n'était pas la mer à boire ! A défaut de cela, Jules avait souligné ses yeux d'un trait léger de crayon noir pour éviter que Klein ne lui fasse une syncope ("mais sais-tu où tu te rends ?! tu ne peux pas arriver à cette soirée sans t'apprêter un minimum !" )
Elle n'avait pas le temps de s'amuser à ça. Ce n'était pas dans les cordes d'une horlogère, personne ne s'en offusquerait vu que sa condition la prêtait, d'office, à être insignifiance : et elle n'avait certainement pas l'intention de pousser son rôle là où les gens commenceraient à se poser des questions et essayeraient de chercher qui elle était en dehors de son travail.
Mais parce qu'il fallait évidemment faire un effort ce soir, Klein avait réussi à la persuader de vêtir une robe de sa propre composition : en échange de son invitation, elle devait au moins lui faire de la publicité !
La robe qu'elle portait était d'un bleu presque noir,  ouverte dans son dos jusqu'à une limite sous entendue mais qui n'en dévoilait pas assez, juste ce qu'il fallait pour imaginer. Et dans ce monde fait de diktat, de souffrance et d'interdits, imaginer était devenu un verbe adulé. S'il y avait une chose que Jules ne pouvait pas ignorer...en revanche, c'était le talent de Klein pour créer des habits superbes.

Après avoir remercié le couple, puis salué d'autres convives, Jules abandonna Klein, celui-ci lancé dans des explications passionnées sur l'importance de la milice en ces heures sombres, et s'approcha du buffet. La multitude de petites bouchées, plateaux noyés par l'empilement équilibré de chaussons, mini-saucisses, morceaux de gibiers, légumes vapeurs, rares fromages à patte dure et fines pâtisseries, étaient autant d'avanies face à la pression gonflante d'un peuple en pénurie. Klein ne lui avait pas menti. Ce décorum dans cette immense salle de réceptions s'avérait particulièrement trié sur le volet. Elle aurait dû faire honneur aux efforts du personnel ayant concocté ces sortes d'agapes, mais la vision de toute cette abondance lui donna la nausée. Alors elle attrapa un verre à sa portée, sans même savoir ce qu'il y avait dedans, puis se mit à survoler l'endroit dans l'intention de scanner les visages, de retenir leurs traits et attraper au vol un détail qui ferait la différence.
Cette nuit avait été arrangée dans le but de flatter l'encolure de riches donateurs que l’incertitude inquiétait de plus en plus.
Elle observait avec détachement les sourires convenus de déesses aux gestes soulignés par le brasillement du lustre, cet astre factice, d'hommes aux costumes bien repassés, aux manches faussement négligées dans leur ourlet, au col parfois ouvert d'un bouton de chemise. Il y avait sans doute parmi eux des créatures, des tueurs, des menteurs, de ceux, aussi, qui cachaient leurs bouteilles d'alcool au fond de tiroir sous clé et qu'un rire détaché, ainsi que quelques poignets de mains huilées, suffisaient à excuser... parce que grâce à cela, et malgré leurs travers, ils avaient l'impression d'appartenir à une classe d'exception. Jules remarqua dans le lot deux, trois visages fichés dans sa mémoire : elle avait brûlé les données écrites mais se souvenait encore de la lecture, lors d'une autre soirée, ultérieure, où assise à même le sol elle avait écouté les résistants babiller leurs infos. Là, un corbeau du Colosseum ; ici, le garde-chien d'une voix qu'on entendait grésiller à travers les ondes surveillées d'une radio.
L'organisateur de cette soirée faisait partie du gouvernement mais son identité restait inconnue ; personne ne savait et, honnêtement, personne ne voulait le savoir. L’anonymat derrière l'aisance permettait de s'acquitter de questions embarrassantes, même si l'occasion était trop grande, et trop rare, pour que les gens n'essaient pas de se rassembler et d'aborder des sujets houleux loin des murs salis d'avoir absorbé les mots comme des éponges.

Soudain, son regard accrocha un visage. Interdite, son verre toujours aux lèvres, elle observa l'homme dans la foule. Il lui disait étrangement quelque chose : elle essayait de se rappeler elle l'avait déjà vu. Il se détachait sensiblement des autres, peut-être dans le mouvement de sa démarche ou dans l'expression de son visage, elle ne savait pas... Jules se perdit dans la contemplation de l'homme.
Elle détourna la tête quand un autre convive s'approcha du banquet et lui tapota l'épaule.
Glasgow, un collectionneur d'antiquité, ancien milicien de renom à la retraite dont le tableau de chasses, notamment contre les résistants, n'était plus à démontrer.
Il lui serra chaleureusement la main, cette même main qui avait abattu de sang-froid ses frères d'armes, ses yeux de rapaces brillant d'une lueur appuyée. Il sentait les effluves d'une eau de Cologne hors de prix.

"Ma parole, Mademoiselle Fellat, j'ai bien failli ne pas vous reconnaître..."

Jules lui envoya un sourire de sa propre composition, vif mais doux ; des caractéristiques antagonistes qu'elle arrivait à réunir; tout comme elle alliait son hyperactivité à des gestes fluides et des discours sereins. Le résultat d'une vie entière d'apprentissage.

"Ravie de vous trouver ici Glasgow. Comment va votre femme ?" ce sous-entendu fut posé sur un ton innocent tandis qu'elle trempait ses lèvres dans son verre - vraiment un drôle de cocktail...

"Oh ma femme.. ma femme, vous savez, se porte toujours bien tant que son confort est assuré." répondit-il, évasif, plus soucieux de s'attarder sur les courbes de Jules. Avait-il conscience qu'il avait l'âge d'être son père ? Jules s'imaginait, au final, qu'il devait être conscient de pas mal de choses et plusieurs savamment gardées secrètes. Ce pourquoi elle mima une expression intéressée quand il lui avoua avoir une autre montre à lui confier. Quel heureux hasard...

Pendant qu'il discutait donc,  une phrase qu'il prononça attira la curiosité de Jules. Une phrase dite dans le but de provoquer une possible admiration chez celle qui l'écoutait attentivement -un exercice difficile mais indispensable. Glasgow avait toujours été friand de divertissements : il ne cessait de répéter à quiconque voulait l'entendre -ou osait l'écouter- que les Hunter's Seasons lui manquaient un peu...

"Je ne sais pas si vous le savez... mais je suis récemment apparu à la télévision."

A la télévision... Et Jules d'être restée absente un instant, presque surprise. Cet homme, elle se souvenait... elle se souvenait maintenant où elle l'avait vu !

"...Est-ce que ça vous intéresserait ?"

"Je... Pardon ?" Elle raccrocha son regard encore pensif vers le milicien retraité, alors que son cerveau se mettait à carburer à plein régime.

" Je disais, je peux vous présenter à certaines personnes qui seraient susceptibles d'avoir un jour besoin de vos services."

Sa phrase raviva immédiatement l'attention de Jules. Un agréable sourire surpris barra les lèvres de la brune.

"Vous feriez ça ?"

Il leva son index, lui demandant de patienter, enjoué et satisfait de son petit effet.

"Un instant  ! D'abord, je tiens ab-solu-ment à vous montrer qui je connais..." et sur ces mots, il alla chercher quelqu'un ; laissant Jules réfléchir à ce début d'idées qui avait émergé plus tôt dans sa tête.

Le discours de Glasgow corroborait à ses pensées avec une perfection quasi insolite. Mais impossible, improbable, que la coïncidence pousse le vice aussi loin ... ou alors, cela ne s’appellerait plus du hasard.
Mais autre chose.

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RUNNING TO STAND STILL

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↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
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MessageSujet: Re: Le destin se moque des hommes (PV Matt)   Mar 5 Déc - 9:39

   FEATURING Jules & Matthias
Tout ceci ressemble à une valse, du crescendo lancinant des notes enlevées, jusqu’au taffetas des robes scintillantes. On est loin ici de la crasse et des sourires poisseux des bas quartiers. Les tables sont garnies d’épices, de vins, de viandes surtout, les saveurs réconfortantes d’un sud en perdition s’étalant avec charme sur les nappes rutilantes. Des trésors, c’est la façon dont l’opulence de nourriture se présente à lui. Ici des trophées de fruits confits, des couronnes de crustacés aux saveurs exquises, là des montagnes soigneusement présentées d’onyx noir sur petit pain d’or. « Voulez-vous un peu de notre caviar, monsieur ? » Matthias a un sourire, accepte, de même que le verre. Pourquoi refuser ? Les bulles sont douces sur la langue, le sucre soyeux dans la gorge, vient le toast et sa saveur de mer salée, autant de larmes d’un peuple confit dans sa misère, juste là sur le bout de la langue.

C’est tout bonnement délicieux.

Trixie n’est pas avec lui aujourd’hui. Il y en a d’autres, des gagnants - Matthias les reconnait toujours - mais c’est différent. Après Trixie, les jeux n’ont plus été que « virtuels », les mises en situation plus spectaculaires tandis que les concurrents s’enfonçaient dans un monde de cauchemars vaporeux. On ne touche plus avec ses mains, on n’étrangle plus, on ne décapite plus, on n’éviscère plus… plus vraiment. C’est un jeu basé sur la peur uniquement, la quintessence d’un pouvoir absolu qui n’a même plus besoin de faire couler du sang réel pour asseoir sa complète et totale emprise.

« Monsieur Petersen ? » Il cligne des yeux, toujours enclin à rajouter ‘non, appelez moi Matthias’. Il ne doit pas cela dit, mauvaise habitude, il faut garder une part de flou.

(On ne sait jamais quelle porte de sortie on devra emprunter d’ici une demi-heure)

Il a un geste vague de la tête, un hochement qui veut dire bonjour. Le souci quand on a une mémoire d’oisillon, c’est qu’on a les battements d’ailes qui vont avec. Pendant un court moment, Matthias essaie de mettre un nom sur le visage anxieux devant lui, sur celui de la demoiselle à côté aussi mais il y a le gout du caviar d’onyx et du toast d’or, celui du champagne et de ses bulles et c’est compliqué de retenir la nourriture dans son estomac quand on n’a pas eu le temps de faire la queue pendant trois heures pour échanger ses précieux tickets de rationnement. Le visage lui est familier et il cherche de façon labyrinthique, s’attarde sur le visage lumineux de la brune, sourit à celui qui s’évapore en paroles dithyrambiques. Ça fait plaisir, pas de doute. Un nom de ville. London ? Non. Melbourne ? Peu importe. Matthias joue le jeu, se présente, amabilité de circonstance et œil brillant caressant le reste de la table. Il y les œufs frais qui ronronnent dans leurs timbales, les tartelettes miniatures de citron, les brochettes de fruits qui passent sous du chocolat synthétique – vestige des temps jadis. « Glasgow. » Il sourit enfin, une œillade fière malgré lui vers Juliette. C’était Juliette que l’homme avait dit, non ? Non. Jules. Il penche son visage, regarde la poitrine en une fraction de secondes, revient sur le visage. « Jules, c’est pas commun. » Glasgow balaye la remarque d’un geste vif, se penche, chuchote d’un air bienheureux. « Vous savez, vous serez surement appelé à nouveau bientôt. » Matthias se raidit subitement, le sourire charmeur se perd, envolé la couleur des tartelettes aux citrons, l’odeur du chocolat crée de toute pièce, les fruits trop brillants en brochettes et les œufs précieux. « Oh que oui ! Le moral est un peu bas chez les gens voyez-vous, ça leur fera tellement du bien de se remémorer vos exploits ! »

Il cille.

Un battement de cœur, puis un autre.

Il l’entend à peine glisser, dans une naïveté factice, qu’il serait de bon ton qu’il soit habillé dans des confections de son fait durant les photos à venir. « Bien sûr, ce serait vraiment bien. »  Le sourire revient, plus décontracté, plus précis. Le verre est vide et c’est bien dommage. « Mes chemises vous vont à merveilles. » On ne sait pas si c’est un compliment ou si c’est de l’autosatisfaction. Probablement des deux aussi Matthias - docile - acquiesce avec légèreté.  « Mademoiselle est votre assistante ? » Pas femme. Il se serait souvenu de la différence d’âge et du regard un peu prédateur, la routine durant ces soirées lorsque les épouses ne sont pas là.  Glasgow s’ébouriffe d’importance nacrée, ravi d’être vu en si jolie compagnie. « Mademoiselle Felat est horlogère, figurez-vous. » Il babille le Glasgow, de façon utile, il faut bien l’admettre.

La curiosité prend le dessus : des horloges. En soi la rythmique est fascinante et maintenant que la technologie s’est effondrée sur elle-même tel une tour de Babel dont il ne restait plus que des jardins suspendus inaccessibles, les horloges revenaient au poignet, en gousset, autour du cou et même en bague. « C’est un peu glauque… les montres je veux dire. Non ? » Question de point de vue surement. Il a un énième sourire un peu moins télégraphié. « Cela dit… l’arène aussi c’est un peu glauque. Ça fait un truc en commun. » La conversation facile, il ne la devait qu’à lui-même. Jackpot pour le gouvernement à l’époque, la tirelire du sourire tout azimuts sur près d’un mètre quatre vingt cinq. Il le faut. C’est ce qu’on lui a répété ad nauseam durant les longues semaines de combat.

Le sang, comme le temps, sont des drogues nécessaires.

« C’est une belle soirée. » La banalité parfaite, bien polie, qui brille sous les chandeliers lourds de cristaux. Il est venu par nécessité - on ne refuse pas les cartons d’invitation du gouvernement. C’est amusant d’y voir s’y côtoyer des pontifs, des anciens résistants, des riches anciens, puis des nouveaux.

Tout ceci ressemble à une valse, mille fois jouées. Ou à une montre bien réglé.

Tic. Tac.




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Such wow. Much propaganda.
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MessageSujet: Re: Le destin se moque des hommes (PV Matt)   Dim 10 Déc - 3:17



On avait beau croire que les formations poussées vous faisaient naître des jolis robots vides et dociles. Les erreurs arrivaient, encore arrivaient...

Malgré les claques pesées sur son crâne si elle avait le malheur de se tromper dans son allocution (qui se douterait que Hamburger était le mot qui lui avait donné le plus de fil à retordre quand, enfant, elle devait adopter l'accent américain! ); malgré le jeun et les nuits blanches : des punitions parmi d'autres lorsque ses entraînements étaient des échecs cuisants; malgré la disparition de ses pères de substitutions, tombés sous les éclats d’obus ou les balles, un à un, tels des dominos, si bien qu’elle avait finir par trouver cela normal, en un sens, et qu'elle ne s'était plus attardée :  ni sur les pleurs, ni sur les cris demandant vengeance, qu’elle les avait traversés comme on traverse un décor de théâtre à l'arrière-plan déchiré.
Malgré tout cela, elle venait de faire une erreur : celle de croire qu'elle ne serait pas surprise par cette saleté de coïncidence.

Le nouveau venu, pour sa part, avait semblé bien plus maître de ses émotions. Il s'affichait fier, un paon au dialogue joueur, un habitué qui sait composer avec la société, comme si, de par cela, son attitude était la preuve qu'il en avait connu suffisamment, ou du moins assez pour faire fi d'une attitude désinvolte et détendue. Il lui lança son opinion sur les horloges, assimilables à l'arène.
Jules l'avait écouté, un peu distante.
Vraiment troublant, pensait-elle. Vraiment troublant que, parmi l'immense foule qui composait cette soirée, parmi tous les individus bien apprêtés qui auraient pu potentiellement être emmenés jusqu'à elle sans qu'elle n'y trouve rien à redire, c'était cet homme : le seul qu'elle avait remarqué, le seul qui lui semblait atypique entre les balets incessants de ces comédiens, qui lui était dorénavant présenté.

Alors elle se laissa piéger par le regard enchanté de Glasgow. Le temps de tendre sa main libre vers celle du nouveau venu, qu'elle serra doucement.

"Une soirée bien trop belle pour une simple horlogère" avoua-t-elle modestement, détaillant l'homme sans vergogne tandis que Glasgow se mettait maintenant à glousser.

"Oh oh. vous surprise de la sorte ?! Je ne vous connaissais pas cette fablesse pour les vedettes!"

Bien sûr, il avait remarqué son étonnement. Qui ne l'aurait pas remarqué ? Alors elle hocha de la tête par pur dépit, reportant un verre presque vide jusqu'à sa bouche étirée d'un sourire coupable.

"Je n'ai pas l'habitude de côtoyer des célébrités..."

Couvrir la vérité avec des faits sincères était un moyen judicieux de s'en tirer à bon compte, et cela sembla marcher, d'ailleurs, puisque Glasgow ne fut pas suspicieux, mais juste ravi. Ravi parce qu'il avait déjà eu l'occasion de voir Jules surprise, ça oui, mais toujours campée dans cet air un peu virginal de l'horlogère n'oubliant pas où se trouvait sa place : aussi ses sourires, et même ses rires, gardaient ce je ne sais quoi d'une distance vernie. Voir sous cette couche d’apparat illumina son regard d'émouchet. La nature de Glasgow ne laissait rien au hasard : sous ses airs débonnaires résidait le plaisir d'un bourreau acharné dans ses recherches et bercé d'une loyauté indéfectible envers le gouvernement qu'il servait, lui qui cherchait les failles de chacun, s'en emparait et n'attendait qu'une preuve, une faiblesse, pour vous tomber dessus. Il paraissait s'amuser comme un petit fou.

"Eh bien, eh bien... Pourquoi ne pas porter un toast ? Il n'est pas offert à tout le monde de se retrouver en si bonne compagnie!"

Il la délesta de son verre quasi vide, en prenant soin d'effleurer sa main au passage, puis leur offrit une coupe remplie à chacun d'eux.

"A la reprise des Hunter's Season!" clama-t-il d'une voix de stentor, levant son propre verre. Jules envoya un regard interdit à Matthias, ses lèvres closes devenues une ligne serrée. Glasgow but d'une façon détachée. Autour d'eux, les gens n'avaient pas tenu rigueur de son annonce, voire n'avaient rien entendu... ou plutôt écouté ; ils étaient bien trop occupés à nager dans l'opulence d'une soirée déjà à la limite de la conformité : en témoignaient leurs cocktails composés d'un alcool normalement prohibé. Elle eut l'absurde sentiment d'entendre l'avertissement de Luce revenir à ses oreilles : Jules, tu devrais pas y aller. Aussi elle reporta ses yeux vers le dôme, comme si faire cela pouvait lui apporter un semblant de solution... sans qu'elle ne sache, vraiment, à quelles questions répondre.
Elle remarqua alors que, par un étrange procédé, les étoiles sur la bâche recouvrant le dôme étaient maintenant allumées. On eut dit qu'un morceau du ciel venait d'être arraché à la voûte, emmené en ces lieux, cloué tel un martyre sans yeux et sans visage, pour briller hors de ce qui faisait son essence et contenter une foule qui n'avait, hélas, jamais appris à contempler le ciel nocturne. Un point commun avec d'autres qui ne se sentaient plus avoir le choix. Un point commun avec ceux qui avaient en réalité toujours le choix, mais qui ne l'adoptaient pas : craignant de mettre en péril leur sécurité ou celle de leurs proches, redoutant de succomber à la lourde pression disciplinaire ou tout simplement parce que c'était plus facile de la sorte...
Avec l'immense lustre en dessous, Jules avait l'impression d'assister au ballet d'un système solaire d'où gravitaient des hommes et des femmes comme milliers d'astres: des trous noirs en devenir gobant de la matière pour créer du rien. Rien... Car rien ne brillait ici, sur ce parquet pourtant ciré, mais écrasé de semelles, sous ce plafond lumineux, mais aussi froid que le marbre. Rien ne sortait de l'ordinaire : ni les discours, ni les figures et encore moins les somptueuses silhouettes. Tout semblait calibré au millimètre près et si l'on déplaçait une chose alors, de nouveau : ce vide, ce macrocosme d'indifférence, plus dévastateur que tout engagement souhaitant combler la vacuité des lieux.
Une belle soirée, vraiment ?
Elle rabaissa ses yeux en direction de Matthias, gravant un sourire presque mélancolique.

"Je me demande pourquoi les horloges vous paraissent glauques..." s'amusa-t-elle à souligner. Oh, elle avait bien sa petite idée sur ce mystère... mais elle préféra lui offrir ce silence demi-teinté en guise d'échange muet. Maintenant que la surprise était passée, elle avait laissé dans son sillage un mélange de déception, de cautèle et d'interrogation. Un doute persistant.
Ce Matthias, ce conquérant de l'arène, n'avait pas cherché à s'occuper des autres dans ce manège ; d'autant plus lorsque sa main s'était rabattue sur le buffet. Mais dans ce genre de soirées, qui donc chercherait à passer inaperçu ? Remplir le tonneau des Danaïdes à coups de politesses était le quotidien de cette pléiade, mais le but, au fond, résidait dans le grain qui composait le baril : des intérêts communs. Sauf qu'il ne semblait avoir eu d’intérêt pour aucun des individus présents.  Etait-ce possible ? Ou bien Jules commençait à entrevoir des logiques là où il n'y en avait aucune ?
Après tout, possible que cet homme ne soit qu'un être marqué par ses expériences douloureuses, un être devenu dévoué envers ceux qui l'avaient pourtant envoyé en pâture : un syndrome douteux de Stockholm. Possible qu'il n'y ait strictement rien à exploiter ou à creuser.

Possible, oui. Sauf qu'il y avait également de fortes possibilités que Jules n'ait pas de meilleure occasion pour s'en assurer. Alors elle patienta, sereine, s'affichant légèrement pensive et légère à cause de l'alcool. Glasgow salua un nouvel individu, un vieil homme muni d'une canne qui vint s'approcher d'eux sans faire cas d'une Jules soudain bien maladroite. Elle venait de bouger au moment où il tendit sa main vers Glasgow. Bousculée, elle se rattrapa en faisant un pas en avant, mais son bras, ce malheureux, remonta en l'air et envoya voler le contenu de son verre : qui éclaboussa Matthias. Jules se figea, les yeux écarquillés alors que Glasgow s’esclaffait à gorge déployée.

"Mince.. Je suis confuse, vraiment..." souffla-t-elle en se précipitant vers le victorieux -qui n'avait rien de trop victorieux pour le coup. D'un geste mal habile, elle posa sa coupe sur la table du buffet et attrapa une serviette au passage, s’évertuant à tapoter le tissu de son costume mais ne réussissant qu'à étaler l'alcool davantage.

"Ma chère Jules, deux verres et vous voilà déjà dans tous vos émois !" railla Glasgow.

Réprimant son envie de rire à son tour, elle fronça des sourcils, l'air grave et tracassé, lissant la pauvre veste de Matthias.

"Bon sang... laissez-moi arranger ça. Je... veuillez nous excuser, monsieur... navrée de vous avoir bousculé... Si vous voulez bien..." tenta-t-elle d'expliquer à Glasgow, celui-ci acquiesçant en gloussant et lui permettant de prendre congés d'un geste concédant "faites, faites donc". Envoyant une grimace désolée à l'adresse de Matthias, elle osa après cela attraper son bras pour l’entraîner loin du buffet, loin des délicieux mets, entrelacs d'aliments aussi fondants que du miel, loin de Glasgow surtout. A mesure qu'elle avançait en direction des larges portes des salles d'eau, elle ne put réprimer son hilarité plus longtemps. Hochant la tête de gauche à droite, circonspecte de sa propre audace, elle s’évertuait à regarder devant elle alors qu'un rire discret agitait le tissu recouvrant ses épaules - vagues d'un bleu noirâtre aussi profond que le véritable ciel devenu sans étoiles. Ce ne fut qu'une fois le battant refermé de la salle de bain, qu'une fois qu'elle eut imbibé un morceau de papier pour essayer, par une tâche beaucoup plus sincère cette fois, de nettoyer le col de son costume - la symbolique d'une marque sur des habits trop propres, en surface- qu'elle daigna plonger ses yeux dans les siens. Son rire s'était calmé, mais elle souriait toujours.

"Je n'avais nullement l'intention de faire ça" lui fit-elle savoir, amusée. Elle tenta de moduler sa voix pour ne pas encore éclater de rire.

"Je ne m'attendais pas renverser mon verre sur vous"

Vraiment ?

"Une foutue erreur de calcul" qu'elle rajouta, fronçant des sourcils devant la tache récalcitrante. Cet alcool était décidément tenace, et peut-être pas si étranger, au final, à sa prise d'initiative. Il fallait dire qu'elle ne buvait pas souvent. Elle n'en avait pas l'occasion... encore moins le temps.



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MessageSujet: Re: Le destin se moque des hommes (PV Matt)   Mar 19 Déc - 17:00

   FEATURING Jules & Matthias
Il serre la main dans un sourire. Les soirées de ce genre enchantent, si terriblement pétillante face aux duretés quotidiennes. Rien n’y semble totalement réel, ni les tables et ses mets de contes de fée au milieu d’un cauchemar ambiant bien gardé hors des murs de l’établissement estampillé aux couleurs du gouvernement, ni la musique aux violons synchronisés et au piano mélodique, ni l’absence de chemises grises et noires ayant troqués leurs uniformes pour des tenues passe-partout aux reflets brillants et velours. "Une soirée bien trop belle pour une simple horlogère" Il laisse échapper un rire. Rien n’est véritablement simple en vérité, pas plus les horlogères que les pompiers, et c’est bien dommage. Il n’est plus temps de se perdre en conjoncture nostalgique et s’il cille à l’aveu de la jeune femme, il n’en est que peu convaincu.

Le verre roule jusqu’à ses lèvres, il prend un air un peu confus qui n’est pas si joué que ça. Le fait qu’on le reconnaisse encore malgré les années est déjà en soi quelque chose selon lui, mais quand on admire si ouvertement, il ne sait jamais quoi dire. Ou peut-être que les questions devraient fuser mais qu’elles se complaisent au creux de la gorge dans un espace douloureux. Quelle partie du spectacle ont-ils le plus aimés ? Le froid intenable sous la cascade ? Les préparatifs en vue d’un pont qui s’effondre ? Le sable cachant les scorpions ? Ses mains autour d’un cou étranger ?
 Les cils vibrent et il a un sourire d’apparat, presque sage et bordé d’un champagne coûteux. Ça ne sert à rien les souvenirs, c’est futile et ça tourne trop vite comme crème langoureuse dans une sorbetière. « On rend mieux à la télé. Système dolby surround, image patinée. » Tout avait un air scintillant lorsque retransmis par le gouvernement. Il avait toujours refusé de se regarder, laissant parfois les images de retransmission exceptionnelle bazarder de façon spectrale son iris azur, mais il avait vu quelques morceaux de la session de Trixie. Ils l’avaient peinte de façon si grandiose qu’il avait eu du mal à joindre la réalité à l’image de propagande, cheveux de feu et âme guerrière. Chacun avait son rôle au sein de la magie publicitaire des Jeux de la Faim : la walkyrie au grand cœur, l’homme au passé torturé, l’enfant surdoué etc. Lui avait écopé du rôle de jeune premier tout droit sortie du cœur d’un pays qui n’existait plus au sein d’un monde qui ne survivait qu’avec peine, second visage s’extirpant de jeux nauséabonds encore auréolés d’effroi. La parfaite image d’Épinal en somme, celle de temps jadis glorieux devenus désormais obscurs. "A la reprise des Hunter's Season!" Le regard de Matthias croisa celui de Jules avant que les coins des lèvres ne se relèvent dans un automatisme poli. Il pense à s’éloigner après le toast joyeux. Il est venu pour se remplir la panse, pour oublier un peu aussi. Les choses n’avaient pas été plus simple à New York mais elles avaient été plus artificielles. On lui avait donné des directives et il les avait accomplis avec un détachement hystérique.

Le champagne a un gout de bulles de bonheur préfabriqué et il s’en délecte sur la langue avant de sursauter en en recevant sur sa chemise. La surprise le fait tout d’abord reculer avant qu’un rire ne finisse par rejoindre celui de Glasgow. « Ce n’est rien, vraiment… encore un peu et je croyais que c’est là une astuce de votre part. » L’œil est espiègle sur le couple. « Je suppose que pour une fois vous n’avez pas de costume de rechange à portée de main ? » Le sourcil se soulève en une invitation charmeuse. Jules lisse le tissu imprégné d’or et il étire un peu la chemise à son tour. Irrécupérable probablement. Il n’a jamais été bon pour prendre soin de ses affaires, laisse les trous apparaître dans ses t-shirts, les tâches se succéder sur sa table improvisée chez lui et son tube de dentifrice n’est jamais refermé sur son évier.
« C’est du kidnapping, mademoiselle. » Un regard pour l’autre homme, un autre pour son vêtement qu’il fourra dans sa ceinture avec audace. " Je n'avais nullement l'intention de faire ça" Il lève sa main comme si loin de lui d’avoir cette idée saugrenue mais elle réitère un peu plus lourdement et il cligne des yeux, la conscience agitée d’un pressentiment. « Ce… ce n’est pas grave. Les vêtements, les trois quarts du temps… ça sert à rien. » Il frotte le coin de l’œil du bout des doigts, légèrement perplexe. Elle avait fait exprès ? Peut-être était-ce là réellement une manœuvre conjointe avec Glasgow et Matthias se raidit avec circonspection, prudent dorénavant, le regard couvant le visage délicat de la brunette au châle de nuit d’hiver. « Plus vous le dites… plus c’est suspicieux. » Il se penche vers elle, la voix en murmure, le secret opaque pour les autres corps aux alentour. « Glasgow est mmmmm, il est marié vous savez ? Je suppose que vous savez. S’il vous fait du chantage… » Quoi ? Il allait pouvoir la sauver ? Il fronce les sourcils. « On peut toujours mettre le feu à son magasin de vêtements. » That escalated quickly. Il tire la langue dans un accès d’humour qui se contredit sous le sérieux du regard. « Une foutue erreur de calcul niveau allumettes… ça arrive. » Le sourire prend une teinte plus joyeuse et il scrute les miroirs gigantesques des toilettes quelques secondes avant de revenir sur elle, ignorant les chuchotis et regards effarés des dames ayant le malheur de les croiser. « Qu’est-ce qu’une fille et ses horloges font dans une fête estampillée aux couleurs de notre bien-aimé et glorieux gouvernement ? » Prudence. Prudence. Blondinette n’a-t-elle pas lancé un nouveau suivi psychologique à son égard ? Il espère que la Milice a d’autres chats plus importants à fouetter mais il ne peut s’empêcher de trouver à Jules une douceur un peu trop martiale, comme si les étoiles et la rêverie du châle cachait aussi une volonté particulière. « Je suis très loin d’avoir la meilleure mémoire qui soit mais, je me serais souvenu si je vous avais croisé déjà… on va dire tu ? le vous m’épuise. » Il enveloppe à la manière des nuages dans un tableau de Van Gogh, reprends les deux autres coupes qu'il a chipé sur un plateau d’argent qui passait et trinque avec l’horlogère mystérieuse. « Aux horloges un peu glauque et aux chemises fichues ! » Il a faim surtout mais il pense pouvoir flirter avec un ou une serveuse plus tard histoire de récupérer des toasts. Les bulles éclatent en lumière d’or dans les yeux et il fronce le nez. « Tu n’as jamais regardé une seule fois les Jeux, je me trompe ? » Le coin de l’œil trésaille. C’est interdit de ne pas regarder. On doit. Il suffit de mettre son corps off a découvert Matthias, les images défilent mais rien ne s’enregistre. Il a toujours été étonnamment bon pour ça mais il se demande comment font les autres.

Le profil de Jules se découpe en blanc et brun mystique sur les marbres environnants et il arque un sourcil, la mine attentive.

La tache d’or s’est répandue sur son torse. Il sent le champagne maintenant.



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MessageSujet: Re: Le destin se moque des hommes (PV Matt)   Mar 2 Jan - 6:13



Ce n'était pas réellement dû au fait de sa vie et de son quotidien, mais d'autres choses, qu'ils avaient dit en se concertant parfois pour savoir si oui ou non il faudrait la garder, Jules, parmi eux, tant on ne savait plus comment la deviner et qu'on se surprenait à avoir peur de dormir à ses côtés, qu'on ne savait plus, oui, si la tuer ne serait pas finalement une décision plus raisonnable parce qu'on ne comprenait pas ce vide dans son comportement, malgré son amusement, sa surprise... comme des miroirs à la place des yeux, il y résidait ce manque, criant, d'humanité. C'était le problème de vouloir créer quelqu'un qui soit vide de l'intérieur, à force, celui-ci pouvait se remplir de n'importe quoi. Alors Jules écoutait, elle écoutait toujours... le sourire amène et le visage patient, elle avait jeté le mouchoir. Inutile, s'était-elle dit, d'essayer de récupérer une veste irrécupérable, elle avait soupiré par pur dépit puis s'était laissée entraîner dans la discussion du victorieux des jeux qui donnait l'impression de bien s'amuser. Jules, pour sa part, commençait à trouver l'endroit usant. Elle se raccrochait aux paroles de Matthias comme unique intérêt, essayant d'y trouver matière à s'occuper dans un lieu où tout lui paraissait fade... vingt-huit ans, et pourtant, elle avait le sentiment d'avoir déjà trop vécu.

« On peut toujours mettre le feu à son magasin de vêtements. »

Elle pouffa mais ne dit rien, hochant de la tête sans que l'on sache vraiment si elle corroborait à son idée ou la réfutait par un besoin raisonné.

« Qu’est-ce qu’une fille et ses horloges font dans une fête estampillée aux couleurs de notre bien-aimé et glorieux gouvernement ? »

Son regard se ralluma d'une certaine curiosité pendant qu'ils rejoignaient la salle, une salle qu'elle imaginait un instant différente. Elle se demandait ce qu'auraient été les visages fiers, pompeux et arrogants, si jamais un incident devait éclater. Si le lustre s'effondrait, si les étoiles pleuvaient sur les têtes et tranchaient les joues et les mains. Si une explosion entraînait la chute des masques. Elle inspira un peu plus fort, invitant ses épaules à se soulever doucement par le biais de cette brève goulée d'air, puis se permit de lui répondre d'une manière bien peu sérieuse, prenant un risque totalement inconsidéré en jouant de la sorte mais elle se sentit assurée de le faire, sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce qu'au moment d'avoir imaginé la salle détruite et les horreurs aux quatre coins des murs, Matthias, dans le tableau de ses pensées, était resté fidèle à lui-même.

"En réalité, je cherche des contacts." dit-elle alors d'un ton parfaitement innocent.

"Pour mon travail, bien entendu." qu'elle rajouta comme si cela allait de soi -même si, non, ce qu'elle venait de dire n'allait pas de soi et était même incroyablement imprudent de sa part- Son regard balaya la pièce avec calme. Des duos dansaient au centre de la grande pièce sur un rythme lancinant. Glasgow était introuvable, tant mieux. A plusieurs mètres de là, au fond opposé de la salle, elle aperçut Klein, son cher ami, qui discutait avec un jeune homme en costume blanc. La commissure de ses lèvres trembla d'un rire contenu. Les apparences, ces fichues apparences... était-ce pour cela que  Klein avait préféré être accompagné par Jules ? Parce que depuis ces courtes années à discuter de tout et de rien, à s'échanger quelques pensées de routine à propos de leur métier respectif, parce qu'à chaque fois qu'il tapait sur le bois lourd de sa porte et arborait une expression joviale en ouvrant ses bras tel le paon qu'il était, faisant briller les couleurs intérieures de sa veste, Kleen avait instantanément compris que Jules ne dirait rien et le laisserait profiter de son petit travers ? Parce qu'il avait supposé que, malgré tout, Jules l'avait deviné : cet amour qu'il vouait pour les hommes ?

D'un geste délicat, elle attrapa le verre que Matthias venait de lui tendre, acquiesçant à sa demande d'ignorer les us de politesses. L'homme lui paraissait entier et cela l'attristait un peu... il n'était pas fait pour cette époque, ou plutôt, Jules se disait qu'il ne méritait pas d'avoir à y vivre. Son regard perdu sur la salle, un peu las à n'en point douter, en revint immédiatement à Matthias à cause d'une seule phrase qu'il eut prononcée. Ses pupilles se dilatèrent comme celles d'un animal prélassé dans un coin et qu'une ombre, qu'un mouvement suspect, éveillait. La surprise dessina ses traits : de nouveau, cette surprise qu'elle n'avait pas pu contenir, une surprise qui n'était pas fausse.

« Tu n’as jamais regardé une seule fois les Jeux, je me trompe ? »

Son verre dans la main resta en suspend. Les gens venaient et repartaient autour d'eux, comme milliers de passages dont les phares n'éclairaient qu'une route tandis qu'elle, que lui, se trouvaient sur le bas côté. De ces bolides rutilants, elle n'en calculait plus aucun.

"Je... non, tu ne te trompes pas." concéda-t-elle à demi-voix, sa tête un peu penchée sur le côté dorénavant et ses sourcils légèrement froncés. Elle ne le quittait plus du regard et cette attitude était clairement impolie mais c'était à croire que Jules s'en fichait. Il y avait une chose chez cet homme qu'elle ne comprenait pas. Cet esprit frondeur ne collait pas du tout au personnage avisé qu'elle se faisait de lui. Pourquoi prendre le risque de poser ce genre de questions déplacées, qui plus est ici ? Auprès d'une femme qu'il ne connaissait strictement pas ?

"Bien que la mort soit parfois nécessaire je ne la trouve pas distrayante." ajouta-t-elle sans la moindre émotion, ayant détaché chaque mot distinctement. C'était comme si elle l'invitait à lui en dire plus, à faire un pas en avant. Matthias, dis moi donc, qui es-tu ?
Rabaissant avec douceur ses yeux pour ne pas briser trop brusquement le contact qu'elle lui avait sciemment imposé, elle jeta un coup d'oeil au buffet.

"Les paillettes conviennent mal aux horloges. C'est pour ça que je les apprécie autant." Elle lui adressa un autre regard, équivoque mais amène. "pour ça qu'autant de monde les trouve glauques, qui sait."

Les montres étaient différentes. Elles se portaient aux poignets ou se rangeaient dans des boîtes. Mais les horloges... quand bien même elles étaient faîtes en or, encadrées sous verre, gisaient dans des greniers ou trônaient fièrement au centre des salons et des pièces bondées, les horloges restaient uniques et seules, des mobiliers qui parlaient du temps à coups de bruits que rien ne semblaient pouvoir altérer si ce n'était, peut-être, le temps lui-même. Mais une suivante s'y trouverait, encore, pour raconter le temps, aidant l'horreur à s'imaginer, de ce son, de ce gong, comme le murmure inadmissible de ce que tous savaient hélas inévitable. L'on aurait pu lancer dessus toutes les paillettes qu'on voudrait, à vrai dire, les peindre dans toutes les couleurs du monde, les horloges continueraient de chanter ce malaise à la manière d'une main qui toque à la porte, attendant qu'on lui ouvre, un appel, une torture : la mort, infatigable et impondérable, s'y trouvait de l'autre côté.

"Oh non" dit-elle en gloussant à peine, après avoir entraperçu un homme dans la foule.

"Je suis navrée Matthias, deux fois que je me sers de ta compagnie... je suis vraiment, vraiment navrée" murmura-t-elle alors en se penchant vers lui, osant le délester de son verre d'alcool sous une grimace contrite et affligée; un verre qu'elle déposa auprès du sien sur le plateau d'un serveur dont elle avait croisé le regard.

"Si tu ne sais pas danser, fais semblant, d'accord ?" lui souffla-t-elle précipitamment.  Elle imaginait que faire semblant était dans ses cordes... L'entraînant en avant, ses yeux se voulaient confiants. On aurait dit qu'elle accompagnait un enfant à franchir le pas et pourtant, à n'en point douter, il devait aisément être plus âgé qu'elle. Il n'y eut rien de langoureux dans sa manière de déposer sa main sur lui pour l'inviter sur la piste, rien de trop formel non plus. Cela ressemblait plus à la conduite qu'adopterait un ami envers un autre. Pourtant, leur proximité, elle, était bien présente et sûrement emmenée d'une manière bien trop rapide pour deux personnes qui, encore une heure auparavant, ne se connaissaient même pas. Peut-être l'alcool, peut-être...

"Je ne comprends pas cet intérêt soudain que Glasgow nourrit envers moi." lui avoua-t-elle à l'oreille avant de lui administrer une infime pression sur l'épaule d'où elle avait déposé sa main, à sa gauche, pour lui faire comprendre que ledit Glasgow ne s'y trouvait pas loin.

"Ou alors, c'est toi qu'il cherche." pouffa-t-elle en lui envoyant un clin d'oeil. Elle reprit un peu de son sérieux.

"Je te rembourserai, pour la veste." qu'elle rajouta sur un ton sans équivoque et qui ne souffrait d'aucune contestation. Elle le laissa mener la danse, délibérément, au moment de reprendre la parole.

"J'ai les moyens pour ça, je peux me le permettre."

Elle devrait rendre un autre service à Klein mais elle considérait que cela en valait le coup. Pour la première fois depuis leur rencontre, jamais elle n'avait paru aussi sincère qu'en cet instant, lorsque les doigts de sa main droite sur la nuque de l'homme vinrent frôler le col de sa chemise et souligner, de ce passage, quelques mèches de ses cheveux. Ce n'était pas le geste d'une horlogère emplie de douceur et aguicheuse, loin de là, mais celui qui rappelait le travers des hommes, celui qui devenait la ligne d'un précipice duquel franchir la limite était tentant: car c'était de la sorte qu'on se sentait vivre pleinement plutôt que d'avoir à survivre sur des pentes rocailleuses dénuées de toute végétation.

"La faim est un appel légitime mais les buffets finissent toujours par être débarrassés, Matthias. Cela ne vaudra jamais les repas d'un gîte."

Un gîte que je peux t'offrir, qu'elle semblait vouloir lui signifier. Jules n'aurait pu être plus équivoque : elle se refusait à prendre plus de risques. S'il ne comprenait pas l'offre qu'elle lui proposait maintenant, s'il s'en sentirait plus offensé qu’intéressé, alors ce serait le signe que son hypothèse avait été fausse depuis le début. Que ce qu'elle avait crû entrevoir chez lui, ce qui avait poussé l'homme à entretenir des conversations plutôt funestes, n'avait pas été provoqué par la nécessité mais rien que l'amour du paraître, de faire comme la plupart, de faire semblant, pour les mauvaises raisons.
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MessageSujet: Re: Le destin se moque des hommes (PV Matt)   Mer 10 Jan - 23:39

   FEATURING Jules & Matthias
Contrairement à la majorité des gens, Matthias ne s’ennuie jamais. Il en est venu à la conclusion que c’est là quelque chose de tout bonnement dérisoire. D’une simplicité limpide : on ne s’ennuie pas parce que c’est impossible. Trop de choses à faire, à voir, à désirer. Les barrières sont faites pour être traversés, les paumes pour être ouvertes et les corps pour se rencontrer, il y a des feux à éteindre et d’autres à allumer. Il s’ennuierait peut-être dans son cercueil, mangé par les vers et même là, il espérait sincèrement trouver le spectacle assez déconcertant pour ne pas voir le temps passer.
Mais la jeune brune devant lui travaille dans les montres et les horloges et les sabliers au verre délicat et le temps est sans doute sa force tout comme sa faiblesse. Il peut presque sentir les mouvements des aiguilles dans ses gestes précis tandis qu’elle lui efface la tâche sur sa veste fichue." En réalité, je cherche des contacts." Elle est donc là pour affaire. Matthias acquiesce, presque enclin à lui dire qu’il n’a ni magasin, ni finance et qu’il porte encore moins de montre au poignet. « C’est…enfin… » Un sourire se dessine comme un aveu déjà en soi. « Je suis là pour les petits fours. » L’ivoire, derrière les lèvres pleines, se découvre mais elle est déjà ailleurs, le regard tourné vers un autre. Pendant un bref instant, elle s’illumine d’autre chose et c’est rassurant quelque part, cette faculté à être encore changeante selon les pensées qui passent. Jules est encore en vie malgré la fin du monde et la vie c’est plaisant quoiqu’en dise les poètes et leurs malédictions sonores.

Matthias ne bouge pas, se contente de la fixer en retour sous l’examen méthodique auquel elle se livre. "Bien que la mort soit parfois nécessaire je ne la trouve pas distrayante." Il cille et le champagne disparaît dans sa gorge, les bulles exquises sur la langue. Un haussement d’épaule. C’est sa réponse. Ce n’est pas comme si ça n’avait pas toujours eu lieu.

Il a presqu’envie de lui dire qu’elle ment, juste par bravade.

(Il ne le fait pas.)

Les gens aiment – adorent – le frisson d’énergie qui parcourt l’épiderme en voyant une mise à mort. Le combat, la confusion, l’artillerie suffissent largement à les divertir. Le déballage d’une arme ou la confection d’un piège et ils sont émerveillés. Il suffit d’un peu de sang sur le torse, un jet de carmin pour contraster avec le bleu des iris et l’on vous fait des propositions pegi 18. Ça distraie, ça excite, ça rassure.

C’est différent pour lui. Dés le premier jour, le premier coup de feu annonçant le début des Jeux, le monde a pris une teinte différente, les sons, les couleurs, l'étroitesse de ses muscles fusionnant en une entité singulière. Ça avait du sens sur le moment, à la manière d’un doigt et d’une gâchette, de l'attraction qu’elle exerce l’une sur l’autre, le rebond terni par la force morcelée. Il y avait un lui et un les autres et il n’y avait eu rien mis à part ce sable et cette terre vide, l'herbe renversée par des poursuites incessantes en plein jour, en pleine nuit et tout ces pièges crées avec trois fois rien, sur l’impulsion morbide de l’instant. Il y avait eu le rouleau de terre noire et la chute bruyante d’un pont cassé, ce doux, irréel tintement de chute qui ne faisait plus que bourdonner sous le sifflement d’explosions.

C’est différent pour lui parce qu’à peine sortie de l’arène, la nausée l’avait pris.

(Depuis, il garde les yeux grands ouverts, il garde les yeux fermés, mais jamais – ni devant les étoiles, ni le long des branches, ni face au jet de sang et pas même devant la mort - ne les laisse-t-il glisser pour se refermer.)

Il ne dit rien, happé par des souvenirs gênants, opaque derrière une expression charmeuse. Les montres sont glauques parce qu’elles marquent la rhétorique du vide. On remplit de secondes, de minutes un espace qui est pourtant déjà plein. Jules n’est pas vide mais elle est mystérieuse et lui, il est un peu curieux. Les verres se rangent et il se laisse entraîner sur la piste. Danser est un art qu’il n’a appris que tardivement sous les néons new-yorkais. « Tu pars du principe que je ne sais pas. » Il la fait tourner, juste pour lui prouver qu’elle a tord et aussi parce que c’est amusant. Les paillettes ont du bon, elles recouvrent les vérités dans un scintillement douloureux pour la rétine. Il n’a pas immédiatement conscience que Glasgow approche et qu’il n’est pas seul. Le sourire fond un peu et la poigne se fait plus incisive contre la main puis le bras de la brunette. « Attends. » C’est un murmure. Sortie vers la droite, milice à tout les étages. Ça importe peu qu’il s’en aille comme ça, d’un coup d’un seul mais il a une pointe de colère qui illumine l’azur de l’œil, l’impulsivité qui guide des pas qui n’ont rien de mesuré. « J’vais faire un truc qui va pas te plaire… » Le sourire est charmant, la promesse d’aventure l’est bien plus. « Faut qu’on déguerpisse et vu que tu me dois une veste, je t’emmène un bout. » Il les éloigne de Glasgow et de celui qu’il a reconnu comme l’un des producteurs des Jeux, entraîne dans une danse rapide. « Et je dis jamais non à un gîte… c’est un nom étranger pour gigot ? » Il n’a pas totalement compris son histoire de gîte mais il y a de la bouffe en jeu et c’est franchement l’essentiel. Ça et le fait de ne plus rester ici. « Quoiqu’il se passe, me lâche pas. » Le clin d’œil est rapide et il pourrait rajouter que si, évidemment, si quelqu’un se transforme en chauve-souris ou que Dracula sort de derrière les flûtes de champagne, elle peut, mais il n’est plus temps.

Un cliquetis et il s’arrête à quelque pas du groupe de dames aux voilettes blanches et à l’âge inestimable, piliers même du grand Sud qui s’était arrêté à Reth Butler et Scarlett O’Hara. « Ah ! Je ne peux laisser ainsi les plus belles femmes de Lousiane ! Vous avez vu ce paquet sous la table ? » « De quoi parlez-vous jeune homme ? » « La flatterie vous amènera partout mon cher. » « Occupez-vous de faire valser votre amie, on n’abandonne pas une demoiselle ainsi. Vous n’êtes pas d’ici je présume, uh. » « Oh mais vous êtes celui qui a … » « Mesdames j’ai peur que ce soit une bombe. Les résistants ! » « Ne soyez pas ridicule. » « Oh peut-être que je me trompe cela dit. » « Une bombe ? Dieu du ciel, Adélaïde !! » « Vous ne pensez tout de même pas ? » « Arrêtez la musique ! » « On n’est jamais trop prudentes ! » « Mon filleul, on lui a dit qu’un coyote rôdait dans son ranch, il n’a rien voulu entendre, le lendemain plus un seul poulet ! Je ne serais certainement pas un volatile, allons régler tout ça ! »

Il faut bien peu de temps aux vieilles dames pour assiéger à grands coup d’éventails la milice présente et ce sous le sourire goguenard d’un vainqueur amusé. L’indignation d’être prise pour potentiel cible est encore plus terrible semble-t-il que la peur d’exploser. Il entraîne la brune vers la sortie. « Si on reste plus longtemps, ils vont boucler l’immeuble et ce sera cuit. » De toute façon il n’y a rien nulle part et le paquet n'est que la caisse de champagne qui restait.

Une fois dehors, le brun longiligne fouille ses poches, les cigarettes enveloppées dans un papier abimé. « Je te raccompagne vu que Glasgow n’est plus là. Vous êtes venu en voiture ? » fait-il en en offrant une à Jules.

Les voitures, cette denrée rare post-apocalyptique.




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Le destin se moque des hommes (PV Matt)

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