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 Catch The Wind

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SUCKER FOR PAIN

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↳ Citation : Madness is the emergency exit. You can just step outside, and close the door on all those dreadful things that happened. You can lock them away. Forever.
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MessageSujet: Catch The Wind   Lun 4 Déc 2017 - 15:29

Catch the Wind


 

Her Philosophy of Life was that she might Die at any Moment.
The Tragedy, she said, was that she didn’t.



She was There, she saw the Monster inside you.

C’est long et douloureux. Sauvage et tendre. Comme un murmure dans la nuit qui susurre une vérité cruelle. Comme une chute dans le vide sans s’écraser sur la falaise. Lent et long. Long et douloureux. Plein de cris malgré le bâillon. Remplis de tout le venin de la nuit, qui les couvre de son velours doucereux. La douleur est océane, vague montante, qui grimpe sur le sable innocent des sentiments profonds, intimes, insoupçonnables. Enterrées et furibondes les colères sombres. Elle retire le bâillon, susurre à son amour d’un jour, ce qu’elle recherche, ou ne cherche pas. Apprends des noms, des lieux, des histoires, des petits secrets qu’elle puisse raconter dans le noir. La douleur est volcanique, chacune des délicatesses de Kriss est électrique, elle implose, explose et se répands en déflagrations brutales. Entre ses doigts de fées, les deux crocs de la bête de Darkness Falls sont des armes dont le tranchant et la finesse viennent au bout du moindre des carapaces du Milicien. Les crocs du chat Monstre entre les griffes de la Mina, cruelle, qui offre à sa maitresse sa vengeance, se découvrant alors un autre art. Elle apprend et elle s’apprend et puis, entendant une supplique soudaine de celui qui n’avait plus d’espoir, se retourne. La supplique glisse dans la nuit, de velours, comme le nom de celle qui découvre sa silhouette. Ambre, Ambre aides-moi. Déflagration légère qui glisse, dévore, palpite sur ses lèvres alors qu’elle répète, si doucement que nulle ne pourrait entendre. Ambre, Ambre aides-moi.

Au loin, en hauteur, une jeune femme dont elle perçoit le visage sous un lampadaire. Le visage pale, le corps petit et la longue lame dans son dos, menaçante et innocente dans une métaphore de la jeunesse cruelle. A la fois inattendue et inespérée. Kriss ressent soudain l’immense satisfaction d’être espionnée. L’excitation qui revient le long du long des capillaires de son corps, ce sang lourd, noir, qui glisse et frappe dans les veines, les artères, le cœur qui s’active, venimeux, épousant une nouvelle cadence, celle de la fuite, quand bien même elle reste immobile et légère. Ambre, Ambre, cela souffle sur sa nuque. Menace, griffures et silence.  Ambre, Ambre, cela éveille, réveille, soulage et entrave. Kriss peut presque entendre le hurlement du Minotaure, au loin, résonner contre les murs de la ville. Et ses pupilles, soudain dilatées, ont la noirceur sauvage des petites proies qui montrent les crocs et feulent. D’un coup de son arme croc, arrachant la gorge de celui qui ne mérite plus son intérêt, Kriss achève sa quête, s’en vient dans une révérence à celle, lointaine qui s’avance. Puis, furtive, s’échappe dans les ombres.


Here She is, Looking for the Monster.

Enfin. C’est un soupir entre ses lèvres, une joie qui caresse ses artères, glisse le long de sa peau qui s’arme soudain d’électricité. Enfin. C’est une chaleur dans son cœur qui s’empare de ses poumons, tant plein de ramifications et de détours, aussi sacrilèges, aussi sacrés que les murs du labyrinthe. Son souffle qui s’accélère alors que ses lèvres s’étirent dans un sourire. Ses membres soudains plus chauds, sous le joug d’une excitation toute animale. Les muscles prêts à bondir comme à fuir. Son corps qui se réveille dans la fraicheur du crépuscule. Et qui brule, brule, du feu sacré de la traque et de la chasse, de ce nouveau jeu à venir. Elle est là, Ambre. Kriss peut percevoir son ombre qui glisse le long des murs, sa traque silencieuse. Elle l’a retrouvé, faut dire aussi, Kriss est revenue si près du lieu de son crime.  S’habillant au hasard, d’un pantalon noir, d’un pull aussi vert que ses yeux de jade, découvrant une chemise blanche au col et aux manches. C’est qu’elle est presque sage, parfois, quand il fait froid et qu’elle se cache sous un autre nom. Kriss devrait fuir, sans doute, mais elle a le sacro-saint gout du jeu. Et c’est la première fois qu’on la traque depuis son retour chez les vivants, alors c’est plus fort qu’elle, elle veut s’approcher de ce nouveau monstre. Elle veut le voir de près, elle veut le toucher, elle veut découvrir si ses cornes sont aussi longues et cruelles que celles de son Minotaure. Kriss veut ressentir l’excitation de la fuite, ressentir encore cette pulsion qui lui déchirait les entrailles, qui la rendait si légère et si fine, l’esprit aussi aiguisé qu’une lame. Kriss veut ressentir cette peur, qui accélérait son cœur, lui faisait battre la chamade. Cette peur simple, instinctive, bien loin des complications d’âme que lui octroient ceux qu’elle aime ou déteste, qui blessent son assurance, ses désirs et ses faims. Elle veut ressentir cette peur animale, celle de la biche que chassent les loups, du renard lors d’une chasse à la cour.  Kriss désire jauger les crocs de celle qui la suit. S’ils sont assez blancs, assez luisants, assez purs, pour être dignes de se poser sur sa peau. S’ils sont assez  tranchants, assez cruels, assez incisifs,  pour pouvoir la blesser. Et si, enfin, ils sont assez précieux pour être de dignes trophées, qu’elle pourrait rajouter à sa collection de dents.

Alors, la jeune femme ne change l’allure de son pas, quand bien même, elle n’a nulle arme ni défense que ce soit. Elle ne change, non plus, ni sa destination, ni son souffle. Sans peur, sans doute, s’enfermant probablement dans un jeu qui lui brisera les jambes, habillera sa nuque fine d’une corde ou pire encore, l’emprisonnera à jamais dans une des geôles du gouvernement. Kriss entre dans un petit bar, rescapé des bourrasques, tempêtes et autres désordres gouvernementaux. Elle ferme la porte derrière elle, quand bien même, elle sait que sa suivante la rejoindra probablement vite, elle l’ignore par son geste, s’offrant comme proie facile, l’invitant à entrer. Comme si elle ne savait rien du drame qui se trame, de ce filet qui se resserre, oppressant sa cage thoracique et qui bientôt se refermera, l’asphyxiant.

C’est un vieil homme qui l’accueille, le visage buriné par la vie. La peau noire que couvrent de petites cicatrices. Un vieil homme du Treme, rescapé de la vie, respecté des siens, de ses habitués et des autres, qui jamais ne subit l’apprêté de la vie, comme protégé des autres, de la rapine et du meurtre par sa seule douceur.  C’est un vieil homme aux vieilles mains qui essuie ses verres d’un chiffon blanc alors que Kriss entre et s’installe au comptoir. Elle le salue, gentiment, mais alors que ses yeux se posent sur elle, les voilà qui roulent alors que sa voix sourde gronde, comme il le ferait à une petite fille. C’est qu’il la sait orpheline et seule, peut-être plus seule encore que toutes les âmes qui viennent se perdre ici. Qui trainent et perdent leur temps, buvant des cafés ou autres boissons non prohibées.  

Clara, combien de fois t’ai-je dis de mettre un manteau ?
Tu vas attraper froid !

Un sourire passe sur ses lèvres féminines et un éclat de rire léger les traverse, court et chaste, d’une sincérité rare. Kriss se laisse faire, c’est qu’une infime partie d’elle regrette la protection de ses pères. C’est qu’ils lui manquent, les jumeaux, sans qu’elle ne se le dise. Arthur n’est pas seulement une de ses sources d’information, elle ressent pour le vieil homme, une certaine forme d’affection.

Oh tu sais, je ne tombe jamais malade. Et il ne fait pas si froid.

Elle le rabroue, douce, alors qu’une fossette amusée se forme au bord de ses lèvres. Elle aime quand il la gronde et il le sait. C’est que le père sans enfant a pris sous son aile la moitié de ses habitués et qu’il sait s’occuper d’eux à sa manière, douce et tranquille, quand ils passent la porte de son antre. Une seconde, Kriss se retourne pour jeter un œil sur le groupe de jazz qui anime le bar. Il y a du monde aujourd’hui, le saxophoniste a attiré bien des oreilles musicales. Le son du Jazz percute toujours un peu son âme. Il y a tant de rythmes, tant de souffles, tant de notes. Le Jazz noie ses envies de destruction, l’apaise, éveille dans son esprit animal, une envie de jeu, de provocation, sans que ce ne soit la faim qui parle, ou autres pulsions noires. Juste, une envie de dépravation douce. Alors qu’elle ferme ses yeux pour en découvrir la mélodie, un souffle d’air frais caresse sa nuque. Quelqu’un entre. Ambre sans doute. Kriss dissimule son excitation derrière une fausse indifférence. Arthur répète  la question qui avait caressé son attention sans l’atteindre, toute occupée qu’elle l’était.

Clara, qu’est-ce que je te sers ?

Elle soupire, semble hésiter, caressant des yeux les nombreuses options, puis se retourne vers Ambre, faussement surprise.

Oh tu es déjà là !

Ses yeux sont plein de jeux. Le mensonge brille dans ses pupilles et plus encore, l’envie de découvrir comment celle qui la suit y répond.

Arthur je te présente Ambre.
Ambre, Arthur, il sera notre hôte ce soir.

Elle susurre à Arthur, une fausse vérité, comme en aparté.

Tu te rappelles Arthur, je t’avais parlé de cette amie que je n’avais pas vue depuis longtemps et qui me manquait.

Le vieil homme a la douceur de ces âmes amicales, qui ne voient que le bien et la beauté. Alors dans une infliction heureuse, il répond.

Alors ce sera pour la maison, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?

Les lèvres de Kriss s’étirent, hésitent encore, puis, joueuses, répètent la supplique du milicien dans la même intonation désespérée.

Ambre, Ambre, aides moi.

Elle reprend, soudain sérieuse.

C’est qu’il y a tant de choix ici, je ne sais jamais quoi choisir.

Et le vert de ses yeux sans fond sonde alors le petit monstre qui se tient devant elle. Océan clair, verdoyant, d’une forêt cruelle, d’un feuillage plein d’épines, de multitudes de taches plus sombres. D’innocence et de défi. L’invitant sans détour à venir s’assoir à ses côtés, à la braver, l’instant d’une éternité, pour mieux pouvoir se jouer d’elle. Ou pour, peut-être, si Ambre en a la noblesse et la puissance, lui offrir sa personne en pâture. C’est qu’elle a l’obscur désir qu’on la maltraite. C’est qu’elle a l’obscur besoin de choisir celui qui portera les cornes de son Minotaure.

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MessageSujet: Re: Catch The Wind   Mar 26 Déc 2017 - 3:20

Catch the Wind


 

Her Philosophy of Life was that she might Die at any Moment.
The Tragedy, she said, was that she didn’t.


L’ombre se glissa dans les ruelles de cette ville plongée dans la décadence. Silencieusement, elle se mouvait parmi les ténèbres, dans l’espoir peut-être fou qu’elle trouverait une proie ce soir. Proie, voilà bien longtemps que le mot n’avait pas trouvé une place dans son esprit. Des années qu’elle était parvenue à le contenir, et contenir par la même occasion tout ce passé qu’il représentait. N’avait-elle jamais été rien d’autres qu’une chasseresse, une meurtrière, sans aucune connotation positive ? Et là, le coeur aurait dû se serrer, la raison aurait dû se rendre compte que quelque chose clochait. Néanmoins, le robot agissait toujours, supprimant les émotions et les problèmes qu’elles engendraient. Aujourd’hui, elle retombait dans ses travers, avec le fantôme de son géniteur comme guide. Les noms s’ajoutaient sur sa liste, encore et encore. Des identités parmi tant d’autres, qu’elle réduisait à néant. Des êtres qu’elle fauchait, sans prendre la peine de les connaître, de savoir ce qu’ils laissaient derrière eux. En revanche, ce soir, elle errait juste, comme une âme en peine, comme un vulgaire fantôme. Si elle ne portait pas d’uniforme, la noirceur de ses habits et la lame dans le dos ne laissaient pas présager du bon. La Faucheuse au tournant…

Ses pas finirent par la faire sortir de l’ombre, dans l’une des artères faiblement éclairées des quartiers noirs. Et son regard s’accrocha à deux silhouettes non loin, alors qu’un murmure lui était clairement destiné. Ambre, son identité dévoilé, le voile se déchirant. Ses yeux vairons se détournèrent de l’homme, se heurtèrent à la silhouette presque enfantine à ses côtés. Vision en miroir de sa propre personne. La jeunesse, l’innocence qui volait en éclats sous le coup du meurtre. Trop de similitudes alors que la milicienne restait immobile. Son rôle aurait voulu qu’elle aille le sauver. Elle aurait dû oui. Elle aurait pu aussi. Elle avait eu le temps, avait perçu les mouvements, la stupéfaction de l’autre d’être espionnée, observée. Quelques secondes dont elle aurait pu tirer avantage, comme le lui rappelait son pistolet brûlant dans son dos. La gamine aurait été facile à descendre, pour libérer l’autre. Néanmoins, l’italienne avait laissé le meurtre se faire, avec une pointe de satisfaction dans le regard. Une part d’elle hurlait tu as failli, mêlée à cette désagréable sensation d’échec, graines d’humanité que Dante avaient semées dans son coeur. Sentiments destructeurs, ils finiraient par avoir sa peau, elle le savait.

Corps égorgé, sang imprégnant le béton par endroit détruit, preuve du quartier malfamé dans lequel elle avait mis les pieds. Il aurait pu y avoir de la colère, de la peur. La colère, puisqu’un collègue était mort sous ses yeux. La peur, puisque l’innocente fleur s’était révélée d’une dangerosité extrême. Mais, dans le premier cas, il ne s’agissait que d’un milicien corrompu, qu’Ambre aurait fait tomber dans les semaines, mois à venir, et dans le second… N’était-elle elle-même pas ce genre de femmes aussi ? Comment pourrait-elle avoir peur d’elle-même, maintenant qu’elle avait passé un quart de siècle à s’apprivoiser, se connaître ? Ses faiblesses, elle les connaissait par coeur. Et l’autre devait en avoir aussi. Il suffisait de les chercher, et de les trouver. D’ailleurs, la gamine venait de trouver son jeu pour ce soir. Une traque qui s’ouvrait, certainement plus intéressante que les précédentes. Que cherchait-elle ? Ambre s’en doutait, elle ne pourrait pas arrêter la fille. Pourquoi ? Parce qu’on lui demanderait comment elle pouvait être certaine que celle-ci était la tueuse. Et qu’après, ce serait pourquoi ne l’as-tu pas sauvé? Question à laquelle elle n’avait pas de réponses, si ce n’était qu’elle n’en avait pas eu envie. Et le tort lui retomberait dessus. Aussi folle soit-elle, elle n’allait pas se tirer une balle dans le pied de cette façon.

Des ruelles sombres s’enchaînaient sur de nouvelles ruelles sombres, encore et encore. Course-poursuite dans les ténèbres. Elle n’attendait qu’un faux pas pour lui tomber dessus. Pourquoi? Oui, qu’allait-elle faire ? Questions laissées sans réponse, à l’abandon, transportées par le vent. Une ville faite de rêves… La Nouvelle-Orléans aurait pu être cela, s’il n’y avait pas eu la dictature, la pourriture. Et à quoi aurait ressemblé la vie d’Ambre dans ce cas ? Il n’y aurait pas eu la milice pour canaliser son énergie, pour lui donner des ordres, pour la guider. L’adaptation à une vie plus saine, elle l’aurait loupé. Pourtant, ça ne lui aurait pas fait de mal à la petite en manque d’amour, d’attention. Un environnement plus stable, pour se débarrasser de cette odeur de mort qui la suivait depuis son plus jeune âge. Une douce illusion, âcre dans le fond de la gorge.

Disparition de l’autre, rentrée dans une bicoque, un de ces bars ayant échappé à la Milice. A signaler dès son retour dans les rangs, une fois l’arrêt maladie touchant à sa fin. Il y eut pourtant une seconde d’hésitation, alors que les doigts se posaient sur la porte. Etait-ce une bonne idée d’y pénétrer, malgré la Prohibition, malgré son rôle dans cette société ? Les raisons en valaient-elles la peine ? Existaient-elles tout simplement ? Non. Ce n’était pas prudent d’entrer, c’était du suicide… Et pourtant, elle poussa quand même la porte, entrant en même temps qu’un courant d’air glacial. Parfait. Quelques regards se tournèrent dans sa direction, probablement à cause des armes qu’elle se trimbalait. Elle, il n’y avait que la silhouette de l’autre qui l’intéressait, accoudée au bar. Les talons claquaient sur le sol alors qu’elle se dirigeait, visage fermée, vers la gamine. Les paroles la firent sourire froidement, et la voix s’éleva, trop mature, trop monotone : « Un hôte, vraiment ? Je suis donc ravie de le rencontrer. » Dérangeante, Ambre l’était. En tout cas, une première faille était perçue chez l’inconnue. Arthur. Les iris vaironnes s’y accrochèrent, à la silhouette du vieil homme. Il serait le premier qu’elle reviendrait voir dans la journée, pour lui soutirer des informations. Et si torture il devait y avoir, torture il y aurait, qu’importe l’âge de la personne. S’en rendait-elle seulement compte, l’inconnue ?

La supplique répétée, certainement pour l’agacer, à l’image d’une fourchette grattée sur une assiette, ou une craie sur un tableau vert. Pourtant, elle s’en moquait. « Tu n’as pas la bonne intonation. Tu devrais prendre des cours d’imitation. » Aucune moquerie, une simple remarque balancée avec son anglais parfait. Masquer les possibles origines pour ne pas que l’autre ne s’accroche aux détails. Elles jouaient toutes les deux, ne restait plus qu’à savoir laquelle chuterait en première… « Et rappeler un meurtre que l’on a commis, ce n’est guère la chose la plus intelligente à  faire, non ? » Le corps s’était penché, les mots susurrés à l’oreille. Ses fesses furent ensuite posées sur un tabouret. Elle s’imposait reine du lieu. Reine des glaces. On pourrait la reconnaître, comme shadowhunter. Ambre s’en moquait bien, et ses mirettes détaillaient toujours l’inconnue. Quelques secondes pour laisser le silence alourdir l’ambiance, rendre chaque respiration plus malaisante. « Encore moins lorsqu’il s’agit d’un milicien, ne penses-tu pas ? »

La voix s’éleva, plus forte. Et l’atmosphère se tendit un peu plus, comme si un simple mot pouvait briser l’écrin dans lequel les hommes et les femmes présentes s’étaient enfermées. Son visage n’exprimait aucun amusement, la situation semblait vite l’ennuyer. Pourtant, il y avait les battements de son coeur qui s’accélérait, l’adrénaline qui s’infiltrait dans ses veines, pulsait à rythmes réguliers, et rapides. Elle appréciait la situation, même si elle flirtait avec le danger. Elle appréciait jouer avec l’ambiance, quand bien même cela finirait par se retourner contre elle. « Je prendrai un jus de fruits, puisqu’évidemment, vous ne vendez pas d’alcool ici. » Appui sur les derniers mots, comme un sous-entendu. Comme si elle en réclamait. Comme si elle le mettait en garde, ce vieillard. Se mettrait-il dans l’embarras, en répondant mal ? Ses yeux n’avaient pas quitté ceux de l’autre innocente, alors qu’elle continuait, voix douceureuse : « Dois-je t’appeler l’inconnue, ou la tueuse ? » Ou as-tu une identité à me décliner ? L’un comme l’autre lui allait, même si une part d’elle rechignait à l’idée de ne pas avoir toutes les informations en main. Aujourd’hui, il lui faudrait prendre son temps, jouer de patience. Chaque mouvement sur l’échiquier aurait son importance, pour ne pas tout y perdre…

HJ:
 

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MessageSujet: Re: Catch The Wind   Mer 3 Jan 2018 - 14:24

Catch the Wind


 

Her Philosophy of Life was that she might Die at any Moment.
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De glace et de givre, un visage clair, pale comme la mort, aux lèvres mortifères qui provoquent ou s’agacent. L’inconnue a l’éclat vide d’un néant sans approche. Le sourire sans profondeur, la voix qui menace et qui claque sans pour autant s’émouvoir. La monotonie triste d’une nuit sans fureurs, sans l’excitation terrible des émotions fugaces. Aux premiers abords, une statue de givre qui se mouve pourtant avec grâce. Un corps fin, délié, les muscles saillants. Une finesse juvénile dans un visage glacé par l’acier. Des yeux changeants, aux nuances différentes comme deux fracas d’âmes qui se rejoignent dans la clarté mais s’éloignent dans les couleurs. Les yeux de jade de Kriss les cherchent, quelques secondes, intrigués par l’anormalité de la femme, puis s’éloignent. Il n’y a guère de sentiments qui l’accrochent. Guère de fureur, guère de douceur. Juste un semblant de glace broyée par les traits doux d’une jeunesse encore adolescente. Qui mordille, lui murmure que sa provocation n’est pas du bon ton. La menace. A son oreille. Se rapproche. Si près. Eveillant son instinct de survie, et celui, plus vorace, de la chasse. Ses sens se déploient. L’odorat d’abord, Kriss sent l’odeur de celle qui ose poser ses griffes sur elle. Puis l’ouïe, elle cherche dans l’intonation d’Ambre la moindre des affections, fut-elle douce ou glaciale. Ses lèvres se déchirent dans un sourire, elle répond à la provocation dans un soupir. Offre à Ambre ce qu’elle veut entendre, puisqu’elle le demande.

Je ne suis pas très intelligente.

Le reflet d’une image dans le miroir, n’est-elle pas aussi pur que l’image elle-même ? Même sans sa profondeur, sa complexité, sa finesse et sa capacité à se mouvoir. Si Ambre cherche une image, elle lui dessinera le portrait pale d’une facette facile à extraire de sa propre personnalité. Si Ambre pose des questions, elle répondra du même ton, sans s’émouvoir. Il n’y a que ce qu’elle voudra lui offrir et ce que la chasseresse sera prête à lui donner qui s’échappera de ses lèvres. Alors qu’une vague glacée ronge ceux qui les entoure, et que certains, fuyants, préfèrent s’en échapper. Elle reste de marbre et dans un sourire, dédramatise le meurtre en une métaphore d’amour qui a mal tourné. Puisqu’il reste encore des secrets, elle dissimule sa nature profonde d’une pirouette. C’est qu’elle aime la niche, et aimerait revenir peut-être. C’est qu’elle n’aime pas qu’on la chasse de l’une de ses caches.    

J’aime l’uniforme.

Ses yeux malicieux glissent le long des lignes toniques de celle qui l’accompagne. Un peu narquois, toujours joueurs, ils brillent comme les petites pierres d’eaux dans le lit de la rivière qui ne s’effraient de la morsure froide du torrent qui les fracasse.

Toi aussi, non ?

Un sourire appréciateur avant que ses lèvres ne viennent caresser le verre. Kriss boit le liquide comme si elle l’appréciait. Les vitamines glissent le long de ses pupilles, s’engouffrent sans sa gorge cendrée, se meurent dans son intérieur sans éveiller son appétit. Et puis, avec une grande délicatesse, comme si elle lui offrait un présent, comme si elle lui réservait un honneur rare et prestigieux, elle murmure.

Tu peux m’appeler comme tu le désires Ambre.

Puisque les yeux vairons d’Ambre se sont posés sur sa peau, sur ses os, sur son corps alors qu’elle se saisissait de la mort. Kriss s’estime déjà intime. La relation est déjà personnelle. Mais ce n’est encore de l’amour, elle ne mérite encore son nom. Sa main douce s’en vient se poser sur celle d’Ambre qu’elle écarte du comptoir, faisant tourner la shadowhunter vers elle. La peau est fine, elle sent le muscle et la tension de cette main qui pourrait se saisir d’une arme. De la force, et de la fragilité, dans les étincelles voluptueuses d’une énergie agressive, profonde. Une énergie sans nulle doute oh combien délicieuse. La main arachnéenne libère celle d’Ambre avant qu’elle ne frappe. C’est qu’elle n’est vraiment agressive - incisive, comme à son habitude, mais ses griffes ne lèchent la chair. Au contraire, Kriss est curieuse et s’avance pour mieux lire le visage glacé par la nuit. Elle aimerait la comprendre, les tonalités d’Ambre l’intriguent. Il y a quelque chose de fondamentalement anormal. Il y a un masque sur la peau, un masque qui n’est pas tant matériel. Un masque qui dissimule une vraie personne.  Elle murmure, comme si elle tentait de le percer.  La voix douce, amoureuse, pleine de douceur et de velours, comme si elle parlait à sa mort.

Tu es très belle Ambre. Mais tu es rustre.

L’insulte glisse, épine venimeuse. C’est que la voleuse d’énergie aime la délicatesse.  Elle ne permet à personne qui la menace de manquer d’élégance. Kriss aime les monstres tendres, les cruels, les insatiables. Et Ambre ne semble guère porter de cornes mystiques ou autres apparats qui pourraient la faire frémir. Et pourtant. Est-ce un cœur de pierre, ou l’éclat de l’acier qui la fascine chez l’étrangère ? Est-ce le regard sans émoi, contraste brulant avec ses pupilles chargées d’émotions ? Est-ce cette image dans le miroir, ce reflet blond et juvénile qu’habille la mort du velours ombré des émanations sombres? Cette lame longue et tranchante, cette voix sans doute ni crainte, cette assurance impériale, la légèreté de son pas ?  Ou peut-être est-ce cette excitation qu’elle ressent, profonde et sourde. La petite chatte qui se prépare à bondir sur elle, toutes griffes dehors. Et qui attends sans doute un tremblement dans sa voix, une peur au fond de ses orbites. Kriss ressent l’intime désir de la voir s’approcher, poser ses griffes sur sa peau et mordre son derme de son fer. La connaitre, enfin, puisqu’il n’y a que dans la mort que tu connais une tueuse, que tu comprends un monstre. Elle parle, plus fort.

Pardonne mon amie, Arthur, on ne lui a jamais appris la politesse.

D’un mouvement désinvolte de la main, elle éloigne Arthur. L’attention de l’étrangère est bien trop dispersée, elle la veut pour elle toute seule. La jeune femme veut pouvoir se saisir du mystère de sa carapace sans devoir partager son ire avec tout un chacun. Il y a chez Ambre quelque chose qui la tracasse. C’est comme au bout de ses lèvres, à l’orée de son esprit. Comme la métaphore enchantée de sa propre carcasse. Le Phœnix reconnait une sœur, une porteuse de mort, les ailes sombres d’un corbeau de mauvais augure. Il y a comme le sang de victimes passées qui tachent ses lèvres rouges. Il y a comme un trop plein de clair dans le fond de ses prunelles qui semblent aussi froides que l’hiver. C’est comme une poupée sanglante qui ose s’en venir lui faire une leçon de savoir vivre. Il y a comme un secret. Car Ambre était là, et Ambre n’a rien fait. Alors, peut-être, est-ce juste un face à face, un duel à mort, une entrevue entre deux batailles, le silence qui plonge dans le calme la côte ravagée par une tempête violente. Deux tueuses qui s’affrontent par la parole, avant de sortir les armes. Elles qui n’ont cette facilité sociale des autres, elles qui sont par la voix et les gestes tout aussi monstrueuses, toutes aussi étrangères. Des monstres de foire, ou, peut-être, des détraquées de l’âme.

C’est peut-être la première fois qu’elle rencontre une tueuse comme elle. Le Phoenix est jeune, curieux, il aimerait savoir ce que cela lui fait de tuer. Il aimerait savoir si cela lui a plu de la voir tuer. Il aimerait découvrir si Ambre ressent le même contentement intérieur, cette même sensation d’apaisement quand elle arrache une vie. Ses paupières sont lourdes, elles chutent l’espace de quelques battements. Du même rythme que son cœur, qui bat au rythme du piano. Elle s’égare.

Tu sais pourquoi j’aime le Jazz ? Il est sauvage, indomptable. Les notes montent et descendent, frappent et caressent. Il y a dans le jazz, le désir profond de s’amuser. Une délicatesse, aussi. Les tympans s’affolent. Tant de notes. Il faut complètement se détendre pour apprécier le jazz. Il faut se laisser faire. Etre spectateur.

Un silence, court, ses yeux fixent Ambre. La métaphore est simple, elle parle de la mort. Elle parle de la mort et d’Ambre qui la laisse tuer. Elle parle de la mort et lui susurre son désir brulant de tuer, son besoin sourd, cruel, qui vrille ses entrailles, qui dévore son visage de passion, qui souffle à son cœur un rythme violent et lourd. Qui palpite dans ses pupilles qui se dilatent. Mais sa voix reste calme, aux nuances plus graves.

Et si on est spectateur, si on observe, si on écoute, si on ne dit rien, si on ne fait rien pour arrêter les notes, alors notre cœur bat le même rythme, le sang irrigue nos membres, et on peut danser.

La danse sanglante des armes, des lames, des crocs. Ce désir qui la chevauche soudain, d’une bataille qu’elle pourrait gagner, ou perdre, qu’elle retient tant bien que mal, maintenant la paix orageuse qui les secoue. Elle murmure, et c’est comme un crissement d’âme qui s’échappe de ses lèvres.

J’aime le Jazz parce qu’il fait battre mon cœur plus vite.

Ses yeux menteurs semblent soudain plus doux. Et gracile son cou. La tueuse semble plus légère, plus volatile. Son attention vacille, palpite de notes en notes, comme si le morceau de Jazz, en arrière scène, nourrissait ses pensées. Et puis, affamée, elle demande au miroir de son âme, si elle est unique, si elle est perdue, si elle est seule au monde.

Est-ce que tu aimes le Jazz Ambre ?

Est-ce qu’elle aime la mort ? Est-ce qu’elle aime ce dernier souffle qu’exhale le mourant ? Est-ce que cela la dévore toute entière ? Est-ce que cela la ronge si elle s’y refuse ? Est-ce qu’elle aime la chasse ? Est-ce qu’elle l’aime Elle, puisqu’elle a perçu ce fragment fugace de son âme, son besoin sanglant d’apaiser sa soif ? Est-ce qu’elle aime le Jazz qui fait battre son cœur, soudain plus rapide.





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