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 And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna

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RUNNING TO STAND STILL

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↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
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MessageSujet: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Mar 5 Déc - 17:22

   FEATURING le Péril Rouge & Matthias

You think that we connect, that the chemistry’s correct - NO DOUBT


On a le type et on a la fille et les petites connections qui en font tout le charme, des sourires perdus et des poings dans la figure, un début, un milieu, probablement on aura une fin.

Il y a toujours une fin en Louisiane.

Mais n’allons pas trop vite.

D’abord il y a des trucs qui se passent, des étoiles qui se mettent en place, des alignements cosmiques et tout le tintouin stellaire incompréhensible. Du charabia en gros. Il aime assez s’y référer, il est superstitieux à mort.

On va forcément se revoir, c’est ce qu’il lui a dit.

C’était couru d’avance. Inscrit dans les étoiles qu’on vous dit.

***

Il n’y a aucune porte de sortie.

La cigarette s’écrase au sol et il la piétine du bout de sa chaussure usée, un œil sur les gardes du QG de la milice. Personne de sensé ne viendrait là de lui-même, oui mais voilà, sensé il ne l’est plus depuis cette escapade dans le bayou. La brunette l’a laissé en piteux état à l’hosto du coin, la bave mortuaire encore accrochée à l’épiderme et la marque béante sur le torse. Si elle avait fait un rapport, il n’en avait pas eu l’écho, si elle était revenue sur les lieux de perdition, il ne l’avait pas vu, un parfait mystère en somme, le cas typique des chemises noires et grises, la couleur absente et délavée d’un système répressif qui ne faisait pas plus de bruit qu’un moucheron dans un magasin de porcelaine.

« Milice à la con. » Il marmonne de façon inintelligible sous l’ombre d’une barbe fine, prend sur lui avant de sourire, nonchalant, se frotte le torse, une petite pointe de douleur couvant silencieusement. Il va bien la retrouver cette Rivka tout de même. Il a son prénom, son nom, c'est ça l’avantage d’avoir séduit l’infirmière et de s’être laissé le temps de regarder la signature. Les Rivka ça ne coure pas les rues de la Nouvelle-Orléans. Les petites communistes non plus et pourtant tu ne l’as pas revu, Matthias. Il ramène ses cheveux en arrière, le clin d’œil aisé et la rhétorique si simple qu’elle en devient abyssale.

Simple c’est bien. Ça évite de devoir dire la vérité, celle qui écorche dans son opacité, celle qui veut qu’il perd des tronçons de vie entier, qu’il se réveille parfois il ne sait où, il ne sait comment et ce depuis le moment précis où il est revenu à lui à l’hôpital. « Pas de séquelles, vous êtes un chanceux monsieur Petersen ! » Il avait ri de bon cœur. Super chanceux en effet, la veine du condamné perpétuel en quelque sorte.

Depuis, le cauchemar s’intensifie, le fond de la gorge garde même l’odeur du sang. Il ne sait pas quoi faire alors pendant un temps, il relativise. Il y a pire de toute façon. Il y a toujours pire. Et, dans la moiteur de sa chambre au papier délavé, Matthias refait le chemin mille fois dans sa tête. Il y a forcément un rapport avec la forêt, avec la bête et les légendes noires qui suintaient du bayou et le seul élément humain passible de l’aider résidait dans la silhouette trop anguleuse de la fille à la valise.

« L’agent Avraham ? » Le militaire à l’entrée est sceptique, le regard peu amène avec une pointe glacée d’amusement. Les femmes et les hommes de la milice ne font pas spécifiquement dans la tendresse, il a encore un résonnement sec dans la mâchoire pour le prouver.
Les doigts tapotent sur le comptoir. « Votre nom? Matthias Petersen. Mmmm. Vous êtes listé pour un suivi psychologique. Agent Yurkova. » Il arque un sourcil. Ah ! La fille rouge. Elle avait vraiment remplie la paperasse... « Rhô, la peste ! » La main glisse sur le tracé net  du visage, là où elle a frappé, avant de sentir un picotement sur la nuque comme un regard trop pointu.

Le militaire ne venait pas de l’informer, il saluait.

Demi-tour.

« Agent Yurkova. » Fait-il à son tour, goguenard.

( On peut presque l’entendre le « tu vois ? je te l’avais dit » suivi d'un bon gros « et merde... » )

Il a toujours su qu’il la reverrait. Pour une raison stupide, il l’a imaginé habillé en short – parce qu’il fait trop chaud dans cette satanée région – les jambes longues, halés par les joggings répétitifs, le physique parfait des gymnastes soviétiques mélange de souplesse et de rigidité de fer. Il s’est imaginé y être peu sensible.

Le coup de poing a servit de leçon, l’attitude toute milicienne aussi.

Au lieu de ça, elle est devant lui dans son uniforme, la chemise cintrée aux couleurs de cendre, le col droit, autant que ses idées s’imagine-t-il. Il perçoit presque un tremblement sur les cils blonds mais peut-être qu’il s’imagine des choses.

Ce n’est pas qu’elle ne lui plait pas, c’est même tout le contraire, c’est juste que Matthias a un instinct d’exception, aguerri au sable de l’arène, au lac de son Oregon natal, aux longues routes enneigées de New York. Il sait qu’il veut. Il sait aussi que ce n’est pas une bonne idée.

« Ah, je vous ai manqué ? » Il a un sourire qui grince, prend pleine mesure de l’agacement qu’il peut susciter avec cette question posée dans une trop grande et légère familiarité. Elle a  des kalachnikovs précis dans les yeux, couleur balle de match en final de coupe Davis. Il a presqu’envie de se montrer gamin, de jouer au jeu du regard qui tue pour savoir qui gagnerait.

( Elle, évidemment.

Mais il s’en fiche, il ne joue pas.)

« Je cherche une collègue. Rivka Avraham. C’est important… » Il hésite à peine, la respiration qui s’emballe un peu et qu’il ravale dûment. Un flash de panique passe dans le cobalt et il détourne le regard. L’agent Yurkova scrute, comme un mangemort en jupette qui vous extirpe la vérité direct du crâne. Il évite soigneusement d’avoir l’air coupable, autant dire que c’est ici un fiasco. « C’est euh… personnel. » Ses doigts arachnéens passent sur l'encolure de sa chemise. Il a trop chaud subitement.

( Il ne sait pas que quelque part, on l'appelle.)




_________________

I don’t know what’s wrong with me, I do all these dumb things and I think in all these distorted ways, you know?
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Dernière édition par Matthias Petersen le Lun 1 Jan - 20:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Sam 16 Déc - 20:22


« And your skin is something that I stir into my tea. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

D’ordinaire, la ressemblance sinistre des jours parvenait à lui anesthésier l’esprit, à en effacer les accrocs qui l’avaient – plus ou moins violemment – fragilisé. Mais il y avait maintenant trois semaines qu’elle tentait d’aplanir, en vain, l’inadaptation de sa conscience aux événements inclassables – et comme insurmontables – qui avaient commencé de lui apprendre quelles étaient ses limites et – non ; non, se persuadait-elle, il faudrait simplement un peu plus de temps pour redéfinir les contours de sa morale et de son imaginaire. Pour eux, il n’existait malheureusement pas de thérapie par le froid. Et l’inactivité partielle à laquelle elle était réduite n’arrangeait rien.
Du moins son corps guérissait-il, constatait-elle en tâchant de ravaler son dépit. Lentement mais sûrement. Son bras avait tout à fait cicatrisé. Elle s’assommait quotidiennement d’exercices de respiration et diminuait de plus en plus la prise d’anti-douleurs, évaluant elle-même l’état de ses côtes brisées. Pour des raisons moins évidentes qu’il n’y paraissait, on l’avait temporairement reléguée à la paperasse de la Milice – de ces décisions dont on ne savait pas vraiment si elles représentaient une grâce ou une punition – ou, lorsque les effectifs l’imposaient, aux rondes de surveillance extérieure, de jour, autour du bâtiment gouvernemental. La station debout lui était moins pénible et marcher lui permettait d’être plus hermétique à ses propres pensées. Par chance pour elle et par malheur pour ses collègues, ceux-ci, dernièrement, étaient de plus en plus sollicités pour d’obscures missions dont elle ne devinait que trop bien les termes et les conditions.
Tandis que la fissure de l’os réduisait, celle de l’âme menaçait de devenir un fossé infranchissable. Katsiaryna peinait à avoir de nouveau les idées claires – c’est-à-dire rigoureusement conformes à l’idéologie gouvernementale. Elle n’avait jamais vraiment trouvé blessant d’être considérée comme un vulgaire pion, s’y était courageusement – ou lâchement – résignée, peu disposée à se débattre contre l’immensité humaine au nom d’une prétendue légitimité voire supériorité individuelle ; cependant il lui semblait avoir atteint un degré supplémentaire dans la dépossession de soi. Son tempérament flegmatique et solide l’aidait à dissimuler son cœur en désarroi, aux autres comme à elle-même ; à ne pas attirer plus de soupçons que d’ordinaire. Mais combien aurait-elle aimé échapper aux lois par trop handicapantes de l’entendement !
L’incident ne devait surtout pas être ébruité, n’est-ce pas ? Il était absolument inconcevable que des monstres avides de chair humaine soient susceptibles de surgir en plein cœur de la ville – ou dans ce qui, alors, y ressemblait macabrement – à toute heure du jour et de la nuit. Katsiaryna devait fréquemment battre des paupières pour se soustraire à l’imagerie sordide qui lui brouillait l’esprit chaque fois qu’elle repensait à sa fuite – à leur fuite – dans le Metro Light Rail. Elle se raccrochait à la nécessité minablement altruiste de ne provoquer aucune panique civile au sein d’une société dont l’équilibre ne tenait qu’à très – trop – peu de chose. Elle ravalait en somme ses propres craintes, cachant sous son uniforme un armement tout aussi discret mais plus solide, plus efficace que la fois précédente. On ne l’y reprendrait plus.
Cependant elle oscillait entre le désir imprudent de connaître par ses propres moyens les tenants et aboutissants du mal qui frappait nouvellement – croyait-elle – la Nouvelle-Orléans et le confort aussi dégoûtant que précieux de l’ignorance – mais enfin, lui avait-on véritablement permis de fermer les yeux ? Aussi esquissait-elle un pas en avant pour en faire deux en arrière. Sans doute valait-il mieux ne pas savoir. Et c’était ainsi que l’on se retrouvait insuffisamment armé face à de nouvelles menaces. Combien de vies avaient-elles été gaspillées depuis ?
Depuis quand celles-ci comptaient-elles ? lui rappela cyniquement une voix maline. Il lui semblait que son sens moral déjà émoussé n’était plus qu’un patchwork de principes impropres et creux, un prêt-à-penser devenu inapplicable à la nouvelle configuration de sa sous-existence. Elle craignait de ne plus savoir graisser sa froide mécanique au moyen des « pieux mensonges » qui l’avaient jusqu'à présent alimentée. La perspective d’un nouveau suivi psychologique, à cet égard, lui paraissait bien plus menaçante que rassurante. Trop peu habituée à se trouver des coupables, elle en devenait son propre bouc émissaire, se reprochant les menues erreurs qui, ce soir-là, l’avaient conduite dans l’antichambre de l’abattoir. Après tout, se fourvoyait-elle obstinément, rien de tout cela ne serait arrivé si elle n’avait pas commis l’erreur de vouloir jouer, une fois de plus, au chat et à la souris – n’aurait-elle pas dû lui refermer la main dessus depuis bien longtemps déjà, au lieu de se laisser entraver par d’étranges remords qui avaient pris la forme d’une écœurante complaisance ?
Elle brûlait de retourner sur le terrain malgré les dangers dont il regorgeait, de s’abîmer à nouveau dans l’effort et l’aveuglement salutaire qu’il lui permettait. L’inaction la disposait malheureusement à penser ; or ce monde n’était plus fait pour que l’on y avance les yeux ouverts.

Par bonheur, il était temps pour elle d’assurer une nouvelle ronde de surveillance ; tâche répétitive et insipide mais bien plus supportable que de rester assise et se broyer l’abdomen à chaque inspiration. On lui avait signalé la présence d’un individu suspect à l’extérieur – toute personne qui s’attardait devant le bâtiment gouvernemental pour en considérer la façade représentait naturellement un terroriste en puissance – et elle devait s’assurer qu’aucun complice potentiel ne se trouvait dans le périmètre, maintenant que le premier s’était enfin décidé à entrer.
Nul n’entrait ici de son propre chef sans être au bord du désespoir une excellente raison, sans savoir que cela revenait à glisser sciemment son pied dans un piège à loup. Les plus intrépides se donnaient quelquefois l'air de plaisanter en murmurant que la Milice se serait même trouvé des griefs contre un nouveau-né.

Alors qu’elle traversait le couloir menant à l’accueil, elle ne le reconnut qu’inconsciemment ; ce fut d’abord au grain si particulier de sa voix, amplifiée par la résonance du hall aseptisé de toute chaleur humaine – ne venait-elle pas d’entendre quelque chose comme « La peste ! » ? – ; ce fut ensuite à la nonchalance de sa posture qu’elle saisit du bout des yeux tandis que son collègue la saluait par-dessus son épaule ; ce fut enfin à la largeur de son dos et au hérissement chaotique de ses cheveux qu’elle contempla avec perplexité pendant qu’elle répondait au salut d’un sobre hochement de tête.
Son instinct s’était déjà tourné, sans qu’elle ne le sache, vers ce spectre errant, en apparence inoffensif, dont elle croyait s’être débarrassée ; mais celui-ci venait brusquement d’assiéger sa mémoire et l’ensemble de son corps.

Elle crut sentir une légère brûlure lui envelopper la main comme un gant.

Elle se souvenait, à présent.

Cet homme improbable dont elle n’avait pas supporté la joviale sanité et qu’elle avait, l’espace d’une seconde, dans un accès inhabituel de cruauté, désiré briser un peu.

Katsiaryna ne savait pas à quel point le sort l’avait exaucée dans cet entretemps.

Elle se trouvait néanmoins dans un tout autre état d’esprit, à cet instant. Un peu plus prompte à chérir reconnaître la valeur de tout ce qui se rattachait un tant soit peu à la « normalité » telle qu’ils l’avaient pour la plupart connue des années auparavant – des rapports humains impitoyables mais portant encore timidement en eux le terreau de l’entraide, de la tendresse et de l’espoir. Peut-être y avait-il quelque chose d’une effrayante et accablante vérité dans ce sourire astral qui semblait si déplacé ici-bas.
Oh, elle n’aurait jamais osé se l’avouer, mais elle n’aima pas du tout le retrouver entre ces murs froids. Ce devait être sa faute, en partie. C’était leur faute à tous deux.

Mais enfin, n’était-elle pas tout simplement contrariée de le revoir, sans qu’il n’y ait, derrière ce constat, de sombres éclipses de la conscience ? La peste s’en persuada.

Alors qu’elle regardait fixement sa nuque, elle songea bien malgré elle au coup de poing qu’elle lui avait donné avant de le quitter ; à l’absence de tout soulagement, de toute satisfaction à la suite de ce geste qui aurait pourtant dû s’apparenter à un défoulement. Il avait même fini par lui sembler hors de propos, illégitime – autrement dit, plus personnel que professionnel.
« Monsieur Petersen. » répondit-elle en adressant un regard glacé à l’homme qui paraissait avoir pris un malin plaisir à répéter son nom. Elle était définitivement contrariée ; de le revoir comme de savoir qu’il avait obtenu l’une des données qu’il convoitait. Peu importe, se convainquit-elle. Il était tout aussi bien d’être à ses yeux l’Agent Yurkova, toute de noir vêtue, qui le rappellerait invariablement à la réalité en fracassant chacun de ses sourires.
Mais il souriait moins fort, n’est-ce pas ? Il souriait beaucoup moins fort que ce jour poisseux où il lui avait dit avec le courage candide des enfants, sans jamais avoir froid aux yeux, sans même se liquéfier de honte : « On va forcément se revoir. » Elle eut un pincement de lèvres. « Ah, je vous ai manqué ? » Il n’était de toute évidence pas venu pour elle. « Non. » prit-elle la peine de répondre avec une froide impassibilité. Celle-ci ne tarda pas à se fissurer, néanmoins. Comme toujours, elle n’aima pas son sourire qui en disait plus que ne l’aurait fait n’importe quelle provocation verbale. Ses cils frémirent, de fait. Sentant sur elle les regards inquisiteurs de son collègue, elle se blâma de ne pouvoir réprimer l’agacement qui avait lentement glacé la surface de ses yeux.
Elle s’apprêtait à demander au pompier le motif de sa visite afin d’écourter cet entretien pénible, lorsque celui-ci la devança : « Je cherche une collègue. Rivka Avraham. C’est important… » Toujours aussi suspect, songea-t-elle en fronçant les sourcils. Elle plissa légèrement les yeux sans se soucier de dissimuler sa méfiance et chercha son regard jusqu’au bout lorsqu’il le détourna, visiblement embarrassé. « C’est euh… personnel. » Elle se souvenait avoir programmé un suivi psychologique, mais ce n’était sans doute pas la raison de sa venue. Surtout, on n’entrait pas ainsi dans le bureau de Madame Avraham, qui suivait prioritairement les membres de la Milice. Le geste qu’il eut, comme pour échapper à l’étouffement, acheva de la rendre soupçonneuse. Elle ne put retenir un agressif : « Qu’avez-vous fait ? »
Néanmoins elle laissa aussitôt échapper un claquement de langue, consciente qu’il ne s’agissait pas de la bonne approche et qu’elle n’était pas non plus la personne désignée pour se charger de son cas – ce que son collègue lui rappela d’un subtil raclement de gorge. « Je m’en occupe, agent Yurkova. Veuillez quant à vous mener à bien votre propre mission. » Katsiaryna acquiesça en silence et prit congé des deux hommes, non sans menacer l’ancien vainqueur d’un regard on-ne-peut-plus éloquent.

Elle s’était efforcée de taire la curiosité dangereuse qui lui avait mordu l’esprit et le cœur – quelle urgence avait bien pu le pousser à franchir les portes du Government Building ? Fort heureusement, la ronde de surveillance, toute routinière qu’elle soit, lui permit de se recentrer efficacement sur son travail.

C’était sans compter le grésillement de son talkie-walkie, cinq minutes plus tard. Le milicien qu’elle avait laissé à l’accueil s’annonça. « Agent Yurkova. Avez-vous croisé monsieur Petersen ? Il a disparu. Il a fallu que je détourne les yeux quelques secondes pour remplir le registre. L’instant d’après, il n’était plus là. Ramenez-le-moi. Je pense que c’est préférable. » Katsiaryna inspira profondément comme pour mesurer la marge de manœuvre que lui laisseraient ses côtes brisées. Etrangement, elle n’avait pas cherché à se dire qu’il n’était de toute façon ni dangereux, ni hostile. « Je m’en charge. » répondit-elle sobrement avant de couper la communication.

Ce fut en franchissant l’une des portes coupe-feu du parking qu’elle entendit un son singulier, mêlant frottement et crissement ; comme si l’on traînait un objet – ou un corps. Tendant l’oreille, elle revint sur ses pas en retenant la porte pour qu’elle se rabatte progressivement et sans bruit, puis tâcha de rejoindre en silence la source du chuintement étrange qui se poursuivait.

Ce qu’elle vit la fit ciller à plusieurs reprises. Elle voulut d’abord ne pas l’avoir identifié dans la demi-obscurité du parking dont les néons ne jetaient sur eux qu’une faible lumière blafarde. C’était elle, assurément, qui noircissait ce sang, tout ce sang pourtant encore chaud. Sans même qu’elle n’en ait conscience, ses mains, désolidarisées de son esprit qui essayait encore d’associer le spectacle macabre auquel elle assistait au sourire estival qu’elle lui connaissait, avaient déjà dégainé son arme pour la pointer sur l’homme qui charriait un corps à bout de bras. « Plus un geste. » ordonna-t-elle d’une voix ferme. Pourquoi aurait-elle préféré pouvoir se dire que ce n’était qu’un fâcheux accident ? Qu’il s’était, une fois encore, trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ? Que tout ce sang sur ses mains n’était pas son fait ? « Retournez-vous, ajouta-t-elle péremptoirement. Les mains en l’air. »



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Dernière édition par Katsiaryna M. Yurkova le Lun 25 Déc - 12:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Dim 17 Déc - 19:57

   FEATURING le Péril Rouge & Matthias
Le corps est un temple de violence.

Matthias la regarde le sourire vissé sur le visage, l’œil à peine attentif et l’oreille encore moins. « Qu’avez-vous fait ? » Il retient un haussement d’épaule qui, il le sait, ne le rendrait que plus suspicieux encore. Elle n’a pas l’air bien contente de le voir en ces sacro-saints lieux mais la chose ne lui parvient qu’en bribe, les sensations brûlantes d’un appel en ondes sur lui. C’est comme milles douleurs sur la peau, autant de lames raclant l’épiderme, les muscles se tendent et le feu bouillonne dans les veines. Une vaste mare informe de tendons et de ligaments, voilà ce qu’il devient et c’est derrière une vision visqueuse qu’il délimite le corps devant lui.

Il perçoit à peine son éloignement sous le rythme - devenu irrégulier - de son cœur.  Il y a du métal dans la gorge, le gout tentaculaire qui lui remonte jusqu’aux yeux. Matthias a presque envie de la supplier de ne pas partir, de le - ah ! - garder en sa compagnie. L’autre agent lui stipule d’aller patienter dans un autre couloir mais il ne le comprend pas. Il est trop tard maintenant.  Le sable s’est écoulé et il le laisse à sa paperasse, pivote sur ses talons, prend l’autre porte avec l’espoir qu’une cigarette chassera la migraine qui pointe.

Puis plus rien.

Le néant recouvre ses sens, l’appel est trop fort maintenant, la sirène nucléaire si omniprésente qu’elle recouvre tout à la manière d’un déluge implacable. Il s’éloigne avec peine, le pas robotique, les sons grésillant et la nuque prête à exploser sous le poids de l’ancre le ramenant secrètement en pleine forêt. La terre disparait sous ses pieds, il n’a plus conscience de ce qui fait un être, envolé les souvenirs, les pensées, les désirs encore humains. Un flot de vapeur vampirique lui étourdit l’esprit et il n’y a que le sang et la vie qui trouve encore grâce à ses yeux. C’est là dans le garde qui était dehors et il se dirige vers sa proie avec la vélocité d’un animal dangereux, les volutes rouges dansant sous les tissus sombres. L’appel cogne aux tempes toujours plus fort. C’est comme milles douleurs sur la peau, autant de lames raclant l’épiderme, il peut presque le sentir mourir sous ses doigts, l’odeur nauséabonde sous les narines --

-- et il le faut. Il doit. Il a faim, faim, faim, faim. Il n’a jamais eu aussi faim de sa vie, la salive explose entre les babines, c’est tout ce qu’il désire en cet instant, l’âme réduite à ça, le corps en armes et le feu qui continue à brûler dans les veines, sous les os, dans le gouffre des cavités oculaires, dans la gorge et il s’entend grogner, geindre, le bruit des crocs sur les jugulaires, les doigts s’enfonçant dans l’autre en un son strident. Il a faim. Pas lui, l’autre. Lui il a mal dans sa prison organique faite de ténèbres, moite et humide, sombre et dégoulinante et si parfaite, si satisfaisante… il a faim et c’est tout ce qui compte, tout ce qui importe. Il a faim, faim, faim, faim. Il n’a jamais eu aussi faim de sa vie, c’est tout ce qu’il désire en cet instant. Le garde craquelle, des membres épars, un bras qui se disloque et de l’hémoglobine qui éclabousse. C’est chaud et délicieux et il sera content, le monstre qui est tapi quelque part dans la forêt, quelque part en lui, quelque part et il a faim. Le corps peut bien crier, hurler, se débattre, se défendre et s’épuiser, il le faut. C’est salé sur la langue, c’est métallique à l’odeur, c’est tendre entre les doigts. Crick Crack. On fendille les carapaces. Le souffle est rauque et il tire, traîne, laisse du sang s’écouler en une mare noirâtre au sol. Il a faim et il n’est pas patient.

L’obscurité du parking lui fait du bien, les néons artificielles comme des lumières trop factices pour avoir un quelconque impact. Des gémissements biscornus et des râles en bulle vermillon se traînent à ses pieds, ils adoucissent ce que le monde diurne des souterrains du bâtiment de la Milice peut avoir d’anguleux, rend plus vif le gris et le carmin, agrandit le monde. Dehors - il le sait - le ciel reculera jusqu’à l’antre. L’obscurité est tellement plus vaste que la lumière. Il tire d’un coup sec l’amas de chair, les jambes s’agitent de soubresauts comme jaguar rêvant d’une chasse en pleine savane.

« Plus un geste. »

Le cliquetis de l’arme résonne dans le vide du parking et il lève les yeux, le museau en alerte l’œil humide de celui qui sent le danger s’approcher.

Les mains en l’air ?

Un gargarisme secoue la cage thoracique et il se retourne. Faim. Il ne voit ni la blondeur qui a pu plaire à l’homme, ni l’humanité pourtant si authentique dans l’iris bleu qui le contemple avec effroi. Il perçoit le reste, l’essentiel : la peau digeste, les muscles acérés et l’arme faite pour tuer. Elle a faim aussi peut-être… Les crocs se dévoilent et le parking vibre sous le regard aveugle d’une enveloppe peuplés de spectres. « Je vais te boire. » Fait-il d’une voix sinistre. Et ce sera grand triomphe que d’apporter les deux cadavres à qui de droit. Il lâche le col du corps du garde qu’il enjambe, pâle et gisant, recroquevillé sur le sol assombri, irrécupérable. « Me voilà. » Les mains se soulèvent en l’air, tout comme le coin des lèvres en un rictus aiguisé. Il a les dents aussi blanche qu’un désert arctique. Il a faim, faim, faim, faim. Il n’a jamais eu aussi faim de sa vie. Il le faut. Il le doit.

Elle ne le laisse pas aller plus loin avec son canon pointé sur lui. Il y a le bruit d’autres pas maintenant et l’instinct de la créature cogne dans un grondement funèbre. Juste un pas de plus et ça ira. Il sourit, la menace sépulcrale sur les iris et les mains toujours à hauteur visible. Encore un peu et il sera prêt de la boite rouge, celle des incendies. C’est un millième de seconde, un espace infime dans le temps et dans l’espace et il s’y faufile. Le poing s’abat et il sent la brûlure sur l’épaule qui lui arrache un hurlement enroué de félin blessé.

Les parkings sont faits de colonnes et de béton. Il court maintenant, l’haleine fétide et les grandes goulées d’air peinant à entrer dans ses poumons. Il a faim mais il faut laisser le garde et sa couleur grenadine, sa chair fondante et ses pupilles de sucre. Il faut courir, courir, courir. Les yeux se ferment sous l’étourdissement du sprint et il entend des cris derrière lui. La vague de douleur le saisit à la gorge, la nausée et une spirale de chaude lumière multicolore se mette à tourner et tourner derrière son œil.

Il faut retourner à la forêt. Avec un corps.

Il a faim, faim, faim, faim.

Le vacarme lui semble intolérable, les cris stridents comme autant de lacérations à même la peau et il ne voit pas les gouttes de sang au sol. Il ne voit pas qu’il se dilue sur l’asphalte, ce corps encore trop humain.





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Dernière édition par Matthias Petersen le Dim 17 Déc - 20:24, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Dim 17 Déc - 19:57

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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Lun 25 Déc - 23:48


« And your skin is something that I stir into my tea. »

Matthias & Katsiaryna
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Tâchant de garder les membres et l’esprit alertes, Katsiaryna suivit attentivement l’inclinaison de son visage, millimètre par millimètre. La semi-obscurité densifiait étrangement son profil, redessinait au biseau sa barbe tragiquement épaissie de viande et de sang. Elle dut bien admettre qu’il avait eu une façon toute animale de redresser son menton et son nez tachés, d’évaluer la situation. Sa prise se raffermit avec détermination autour de son arme lorsqu’un son odieux, à la frontière de l’humain, lui échappa du gosier comme un remugle de mort. Sans même en avoir véritablement conscience, elle commença de l’associer aux clameurs organiques dont avait pulsé cet inexprimable Metro Light Rail, quelques semaines auparavant. Elle ignorait que l’intelligence de son corps devançait considérablement celle de son esprit, toujours absurdement bridé par les convenances et d’entravants réflexes de rationalisation.
Pendant de trop longues secondes, elle s’évertua à chercher l’homme dans la bête. L’épouvante et l’observation donnèrent à son regard une fixité presque suppliante. Elle voulut voir l’homme dans la bête, exactement comme l’on désespère d’apercevoir enfin le chatoiement d’une oasis en plein désert.

Elle ne vit que la bête. Les yeux brûlés d’une fièvre meurtrière, les crocs luisants de salive et de sang.

« Je vais te boire. » avait-il funestement susurré. Katsiaryna se raidit, désagréablement prise aux tripes par ce mot improbable et pourtant si expressif, à la fois mauvais et insoutenablement obscène. Ce r guttural dont sa gorge venait de vibrer profondément l’avait comme griffée. Elle perçut instinctivement la souillure dans cet homme qui avait jusqu’à présent insulté le malheur ambiant de sa gaieté persistante. Je vais te boire, avait-il durement averti, hérissé d’un naturel violent ; et elle s’était aussitôt senti l’envie furieuse de lui faire ravaler sa présomption. L’espace d’un instant, elle prit le mal qu’il exhalait par contagion, eut un pied dans le jeu dangereux qu’il suggérait, où la démarcation entre le prédateur et la proie s’estompait à chaque seconde ; elle voulut détruire la bête dans l’homme, par l’un de ces accès de rage qui procurent une satisfaction confinant à la délivrance, une satisfaction sale comme peut en offrir le geste d’un être qui se gratte jusqu’au sang.

La pulpe de son index ne s’écrasa pourtant pas tout à fait contre la queue de détente. Pourquoi répugnait-elle à viser la tête ? « Me voilà. » Pourquoi répugnait-elle à viser la bouche ? La nausée lui étreignit la gorge. Elle n’avait pas encore abandonné l’homme dans la bête. L’étirement de son sourire démentiel venait de faire reculer le sang sur ses dents, révélant à nouveau leur blancheur, beaucoup plus menaçante que solaire ; mais elle n’avait pas assez d’yeux pour mesurer tout l’empire du monstre sur l’humain. Fébrilement, elle regardait tour à tour les canines et les mains gantées de sang, levées dans une amorce de coopération malsaine et perfide après avoir grossièrement abandonné le corps qu’elles avaient lacéré. Les torsions qui y étaient imprimées n’avaient plus rien de naturel. Le vigile figurait désormais une poupée de chiffon qui n’avait plus que la souffrance pour nouvelle gravité.
Elle ne parvenait pas à chasser ce sentiment absurde, inexplicable et inexcusable ; celui de ne pas le reconnaître, comme si elle l’avait jamais connu, comme si elle pouvait légitimement prétendre démêler l’horrible tissu de mystères qu’il représentait à cet instant. Il n’y avait ordinairement rien de plus simple pour elle que de bien faire son travail, rien de plus simple qu’un coup de feu pour neutraliser un monstre ; pourtant une hésitation malvenue – morale – engluait chacun de ses gestes, allongeait les secondes, et la vue de ce corps qui gisait non loin, peut-être bientôt cadavre, n’affermissait ni son courage, ni son âme.
Elle ne reconnaissait pas « l’homme » qui la confrontait, et nul ne se soucierait de le reconnaître lorsqu’il s’agirait de l’exécuter pour un crime qu’il avait selon toute apparence commis. Tout lui hurlait néanmoins qu’il ne s’appartenait plus, que ce rictus n’était pas à lui ; arrêtez de sourire, aurait-elle aimé lui cracher à la figure comme elle l’aurait accusé de vol – elle souhaitait que sa bouche, ses dents, ses mains, ses ongles, ses yeux soient rendus à Matthias Petersen, sapeur-pompier, sur-le-champ.

Et après ? lui rappela sa froide conscience que rien n’aurait su attendrir. Cela effacerait-il le sang ? Cela effacerait-il l’écartèlement physique et psychique qu’avait subi cet agent de sécurité ? Cela effacerait-il la nécessité où la Milice se trouvait d’agir, indépendamment de toute sensibilité personnelle ?

Le coup de feu partit enfin. La violence du recul, absorbée par son bras, tint aussi bien de la libération que de la déchirure. Son corps, contrairement à son esprit, se refusait de toute évidence à perdre son autonomie. Il lui avait rappelé, à sa manière, que d’autres miliciens ne tarderaient pas à intervenir et qu’elle devait avoir la décence de ne pas leur donner trop d’insuffisances à compenser ; que le monstre s’était obstiné à se déplacer en dépit de ses directives – elle ne s’était même pas entendue lui ordonner de rester immobile, assourdie par les battements de son propre cœur ; que l’objectif auquel menait son cheminement était on-ne-peut-plus clair et qu’il fallait donc le neutraliser au plus vite.

Elle en avait presque oublié tout l’espace que pouvait contenir une simple fraction de seconde ; toutes les erreurs potentielles qui pouvaient s’y loger comme le ver dans le fruit.

La perspective de le laisser fuir pour qu’il n’ait pas à payer trop vite était inadmissible ; pourtant c’était bien elle qui avait empoisonné son geste d’une ultime hésitation. Elle avait tiré trop tard. La balle s’était fichée dans l’épaule, sans nulle autre utilité que de lui faire mal. N’aurait-elle pas dû en tirer une deuxième, dans le genou, pour le mettre tout à fait hors d’état de nuire ?
Avant qu’elle n’ait pu ajuster son tir cependant, le monstre disparut dans le brouillard d’eau qu’il avait déclenché. Le corps trempé et l’âme glacée, elle vit sa silhouette se dissoudre dans les lumières altérées du parking. Elle s’était rendue sourde à l’alarme qui retentissait, n’entendait plus que sa manifestation de douleur, rejouée encore et encore par sa mémoire surchargée. Il lui semblait avoir blessé un animal ; pas un homme.

Les sirènes s’interrompirent rapidement. Tous ceux qu’abritait le bâtiment gouvernemental avaient sans doute été prévenus qu’aucun feu ne les menaçait. Katsiaryna ferma un instant les yeux, laissant les dernières gouttes d’eau dévaler le relief de ses paupières et de ses joues. Elle n’avait évidemment pas cherché à le poursuivre, sachant pertinemment que d’autres miliciens, bien plus en état de courir qu’elle, s’étaient déjà lancés à ses trousses. Il n’irait pas loin, tout véloce, tout entraîné à fuir et à survivre qu’il soit.

Peu à peu, elle se réaccoutuma aux bruits ambiants, s’ouvrit de nouveau au monde extérieur. Elle tourna les talons en rangeant son arme pour rejoindre l’ambulance qui avait très certainement été dépêchée par les opérateurs de vidéosurveillance. Les médecins s’affairaient déjà autour du corps, évaluant l’étendue des blessures… et de son avenir. Il vit encore, crut-elle entendre en les contournant. Trop salement amoché, cependant, pauvre gamin.

Son cœur cogna très fort à ses oreilles et à ses tempes ; elle songea enfin à respirer. Elle ne s’entendit pas pour autant échanger quelques mots avec l’un des médecins avant que l’ambulance ne se mette en route vers l’hôpital le plus proche ; sans sirènes, pour ne provoquer aucune confusion supplémentaire au sein de la ville – la rareté des véhicules dans les rues permettait de toute façon les courses insonores.

Une fois seule, Katsiaryna porta son talkie-walkie à sa bouche : « A priori, l’agent de sécurité vivra. Mais sa carrière dans le milieu est fichue. » L’appareil grésilla ; une première voix se fit entendre, puis une deuxième. La cible se dirigeait manifestement vers la forêt ; sa course était rapide, instinctive et chaotique, comme pouvait l’être celle d’un animal en fuite. Neutralisation imminente, entendit-elle en gravissant les escaliers pour rejoindre les locaux de la vidéosurveillance. Pourquoi peinait-elle tant à déglutir ? N’était-elle pas parfaitement accoutumée à la cruauté de toute traque ? Cible neutralisée, annonça-t-on enfin. Pourquoi fut-elle soulagée d’apprendre qu’il venait d’être capturé vivant ? « Je vous attendrai avec les enregistrements, conclut-elle en poussant la porte du local. Je dois l’interroger. »
Il fallait se ressaisir, se gifla-t-elle intérieurement en raccrochant l’appareil à sa ceinture. C’était assez d’hésitations et de faiblesses.
Alors qu’elle s’annonçait d’un éclaircissement de gorge, elle devina, à la perplexité livide des agents, qu’ils avaient visionné la scène à plusieurs reprises déjà. « Vous avez sans doute vu bien pire, lui fit remarquer l’un d’eux, mais la manière dont ce type a… fait son affaire… C’était sacrément sale. Et pas naturel du tout. » Katsiaryna lui signifia d’un regard appuyé qu’elle ne se trouvait pas là pour échanger le moindre commentaire avec lui au sujet de ce malheureux accident. « Je vous ai tout mis là. » ajouta-t-il enfin en désignant les enregistrements destinés à la Milice. Elle s’en empara sans tarder et leur adressa de maigres remerciements, aussitôt nuancés d’une mise en garde. « La panique causée par l’alarme incendie semble avoir été endiguée, rappela-t-elle en considérant les écrans de surveillance. Votre collègue a de bonnes chances de s’en sortir. Il va de soi que vous n’ébruiterez pas sa mésaventure et que vous ravalerez tous les commentaires que pourront vous inspirer vos émotions à l'avenir. Vous vous en remettrez. » Sa volte-face indiqua assez clairement qu’elle n’attendait pas d’eux qu’ils bredouillent la moindre réponse – ils l’auraient pourtant distraite du dégoût que ses propres mots lui avaient donné.

Au-dehors, la chaleur ne tarda pas à sécher ses cheveux et son uniforme trempés. Tout était calme sur le parvis ; rien ne trahissait le drame qui venait de se produire dans le parking. Celui-ci avait sans doute déjà été nettoyé. Le milicien à l’accueil s’était discrètement chargé de lui annoncer qu’un remplaçant s’acquitterait des rondes de surveillance pendant son absence. La grande machine qui avait pour fonction de préserver les apparences semblait toujours aussi bien huilée. Katsiaryna descendit les marches du Government Building plus lourdement qu’à l’ordinaire.


L’un des postes de la Milice était bien sûr situé à deux pas pour permettre une intervention rapide en cas de danger. L’un des locaux avait été mis à disposition pour l’interrogatoire et le visionnage des séquences qui incriminaient le sapeur-pompier. Il lui avait suffi d’une fois pour sentir son estomac et son cœur lui remonter dans la gorge. « Vous secouez la tête, agent Yurkova. » lui fit remarquer le psychiatre qui l’avait rejointe. Voyant qu’elle se contentait de froncer les sourcils en silence, il poursuivit : « Vous savez, les vainqueurs, tout anciens qu’ils soient, n’échappent pas nécessairement à des crises tardives. Monsieur Petersen a peut-être été plus traumatisé par son passage dans l’arène qu’il n’a bien voulu l’admettre. » Lui répondre aurait constitué un effort surhumain et inenvisageable maintenant qu’elle luttait avec acharnement contre l’envie de hurler et de lui faire avaler son poing. Elle cilla lentement, s’efforçant de paraître imperturbable. Tout était si simple dans la bouche de ces médecins prétendument rationnels. « Ils arrivent, acheva-t-il avec un sourire poli. Je serai dans la pièce d’à côté. »

L’ancien vainqueur, encore assommé par les produits soporifiques, fut solidement attaché face à l’écran dont le local était équipé. Un milicien lui avait administré les premiers soins pour arrêter l’hémorragie de son épaule. Katsiaryna considéra sans un mot sa figure encore maculée de sang. Son regard devint vague, comme projeté vers d’autres sphères. Elle vit à nouveau déborder de sa bouche si souriante le sang que le corps de sa victime avait vomi à gros bouillons. Elle sentit presque ses doigts s’enfoncer dans la chair et les entrailles, comme un couteau en céramique dans une tendre motte de beurre. À la manière des monstres qui grouillaient au-dehors de la ville – voire au-dedans –, il lui avait fait mesurer avec une douloureuse acuité toute la fragilité du corps humain ; la vulnérabilité du vigile démantibulé l’avait atteinte : elle s’était sentie nue, impuissante et l’espace d’une seconde, il lui avait semblé que rien ne suffirait jamais plus à la protéger – à les protéger – efficacement contre ça.

Elle était absurdement mais intimement persuadée que Matthias Petersen avait été dépossédé de lui-même.

Et elle brûlait maintenant de savoir ce qu’il aurait à dire pour sa défense. Elle fit signe à un deuxième milicien qui força son réveil au moyen d’une décharge électrique. Katsiaryna attendit patiemment qu’il revienne à lui ; ne pas l’agripper par le col, s’imposa-t-elle, ne pas lui écraser la figure de coups de poings rageurs et chargés d’inavouables reproches. Elle eut étrangement du mal à chercher ses yeux, incapable, désormais, d’ignorer le monstre en puissance qu’il représentait. « Monsieur Petersen. » l’appela-t-elle autoritairement. « Êtes-vous enfin revenu à vous ? » Elle s’approcha et sa main gantée se referma durement autour de la mâchoire poisseuse pour maintenir son visage levé vers elle. « Ne vous épuisez pas à vous demander où vous êtes. Faites plutôt l’effort de vous rappeler : avez-vous le moindre souvenir de ce qui s’est passé pendant ces cinq dernières heures ? »



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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Jeu 28 Déc - 19:02

   FEATURING le Péril Rouge & Matthias

As the people you love stop adoring you; as they die; as they move on; as you shed them; as you shed your beauty; your youth; as the world forgets you; as you begin to lose your characteristics one by one; as you learn there is no one watching you, and there never was, you think only about driving - not coming from any place; not arriving at any place. Just driving, counting off time. Now you are here, at 7:43.
Now you are here, at 7:44.
Now you are . . .
Gone.


Il est dans un temple de cauchemars, les cris perçants, inhumains, qui l’appellent et le bruit des balles et des fléchettes en bruit de fond.

Ils l’ont eu. Il ne sait même pas trop comment. La fléchette a percé le cou puis une autre le torse, le suc aux pointes s’est mêlé à son sang et il est tombé. Le noir l’a accueilli, paumes ouvertes et dents onyx de velours, il s’est roulé dedans comme dans une invitation nocturne désirée. Il court dans son temple où les ombres ont des relents de mystères et les gueules baveuses ; il court les mains sur les oreilles pour que plus rien ne filtre, ni le cri qui s’évapore maintenant, ni les battements de son cœur qui ralentissent en rythme sourd et mesuré. Son nom, il ne s’en souvient plus.

Il est dans un temple où il peine à tenir, le bruit des sirènes d’ambulance et des objets médicaux en bruits d’horloge. Il aurait dû la dévorer, il a promis de la boire - c’était une promesse, non ? Maintenant elle va le combattre et elle ne parviendra pas à l’enlever de sa bouche, mais pour toutes les mauvaises raisons du monde. Il n’entend plus le cri de la forêt dorénavant. Il s’appelle comment, déjà ?

Il faut dormir.

Il faut dormir

***

C’est une histoire qui débute dans le sang et qui s’y termine aussi. Un cercle rond, on débute par la fin, avec l’espoir inconscient que l’on trouvera peut-être un autre chemin, que l’on parviendra à briser le cycle, que l’on parviendra à étirer le paysage et à diluer l’hémoglobine.

Personne ne peut, évidemment, personne n’en a jamais le pouvoir. Pour cela il faudrait que le garde laissé dans le parking sombre ne soit pas si mal en point, qu’il puisse retrouver sa vie d’avant. Il aurait fallu que l’image du sourire terrifiant s’efface totalement de la rétine de Katsyarina et que les souvenirs reviennent à l’esprit de Matthias.

Il aurait été nécessaire de revenir à ce jour maudit où il a rencontré un petit chaperon rouge avec sa mallette marron Le temps n’est pas si élastique, il n’est surtout pas très obéissant et cela voudrait dire qu’il aurait fallu payer tribut autrement, que sa mort aurait été alors inévitable, que le sang en aurait été finalement encore une fois le prix, le même sang qui a débuté l’histoire et qui la termine.

Il n’est qu’un homme après tout. Juste ça.

(on ne peut jamais retenir l’inévitable)

***

Le monde est devenu flou. Il perçoit à peine la silhouette du médecin qui se penche sur lui, encore moins la gueule si peu avenante du milicien derrière. Du blanc et du gris, un peu de noir pour faire bonne mesure. « Monsieur Petersen ? » Il cille. Inconnu au bataillon. La langue vient gratter le palais, l’arrière-goût métallique et le haut-le-cœur lui soulevant le torse dans un hoquet qu’il ne maîtrise pas. Il enregistre à peine les mots qu’on lui donne : danger, traque, somnifères, agents. Il croit qu’on lui demande son nom et le cherche. Un nom. Il a un nom et visiblement un corps tout endolori. Le drap lui fait l’effet d’un poids incommensurable sur lui, les fils et les électrodes collés à même la peau comme un millier de chaines. Il n’y a rien de familier ici mis à part le logo sur les murs qu’il fixe bêtement. Un nom. Il doit avoir un nom oui… Gaspard ? Adrien ? Il cherche mais l’esprit est de coton et il se rendort.

La seconde fois, on ne lui laisse pas le choix.

L’électricité le crispe dans la douleur, ébranle son corps déjà fiévreux. Alexis ? Itzal ? Les cils s’agitent et les paupières tombent. Il voudrait dormir encore un peu, son corps ne suit pas, il s’est tout entier sous la coupe de la douleur que les plaques lui offrent quand elle s’appose sur lui. Il se laisse tomber sur le matelas inhospitalier, se laisse soulever et jeter en position assise. Il gémit sous la matraque qui s’enfonce, se révolte contre la nausée qui pointe. On lui a enlevé les fils et les électrodes pour les remplacer par des entraves que l’on serre trop fort. « Max… » La voix est rauque encore, pâteuse. Pas Max. « Ma… » Il fronce les sourcils avant de regarder autour de lui, les muqueuses encore humides d’oublis inopportuns. « Monsieur Petersen. » La voix est féminine cette fois-ci et il tâche de relever son front vers la source, la tâche blonde encore nébuleuse au fond de sa rétine. Petersen. « Ma…ma… » Il n’y arrive pas et c’est frustrant. Il devrait tous partir et le laisser. La panique monte un peu plus et il tire sur les liens qui ne bougent pas. Ça suffit. Ça suffit. Il sent tout trop fort, ses dents, et ses orbites qui tremblent sous ses paupières, les pieds endoloris et les éraflures à vif sur ses jambes mais le pire reste son torse, la brûlure terrifiante et le cri rude et éraillé qu’il laisse s’échapper en un hoquet tandis qu’elle glisse sa main gantée sur lui.

Il voit mieux maintenant.

Les gouttes de sueur glissent le long du front et il a un mouvement d’incompréhension. Elle porte ses vêtements d’apparat, ceux noir, couleur corbeau de malheur et sac étanche. Il ferme les yeux un bref instant, appuie sa joue sur la paume recouverte. C’est humain comme contact, quelque chose qui lui semble lointain. Il en grabille les morceaux. « Matthias. » C’est ça. Il a trouvé son prénom au creux de sa main faite pour les sales besognes.

Il en serait presque reconnaissant si ce n’était l’odeur de cuir et son propre souffle d’horreur.

(Mais on avait prévenu : l’histoire débute et termine dans le sang.)

Il ignore l’ordre. « Où suis-je ? » La joue se détache avant de regarder tout autour. Blanc sur du blanc sur du noir. Il est sur un échiquier et il n’est pas certain de savoir quelle pièce il est. Elle pose une question et il secoue son visage. « Quoi ? » La milice. Ça lui revient. C’est la milice et s’il ne reconnait pas les murs c’est pour ne pas laisser de traces. Il s’agite à nouveau, les épaules en secousses sismiques, l’œil cherchant les sorties. « Que s’est-il passé ? » Le ton change maintenant, la pointe d’angoisse prend un aspect défensif. « Pourquoi je suis attaché ? Les… » Il se cale en arrière, préférerait ne faire plus qu’un avec le bois. « Les jeux reprennent ? » C’est ce que lui a dit Glasgow pendant la petite sauterie dans les buildings huppés du Gouvernement. Il laisse un soupir défait fendre l’espace entre eux, cesse de chercher à s’enfuir. Il déglutit péniblement. « Il suffisait de m’envoyer un carton d’invitation… pas la peine de venir m’enlever chez moi. » C’était donc ça ? Mais pourquoi poser la question alors et pourquoi ce regard teinté d’un dégoût presque palpable. Elle ne l’aime pas, elle a déjà marqué la chose d’un coup de poing bien sentit, et elle l’emmene loin à présent, peut-être fouler à nouveau les sols arides des nouvelles arènes… Matthias leve les yeux vers les docs. « C’est pour tester les nouveaux équipements ? » On disait que les nouveaux jeux étaient différents mais sans nul doute qu’ils avaient encore amélioré la chose… Il allait finir en cobaye.

Sans prévenir, Matthias se met à rire.

(Puis le silence)




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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Dim 31 Déc - 20:30


« And your skin is something that I stir into my tea. »

Matthias & Katsiaryna
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Il était difficile, épuisant d’être son propre garde-fou et de ne concevoir aucune attente à l’égard de cet homme. Elle ne devait rien souhaiter de lui, ne pas caresser l’espoir qu’il lui dise ce qu’elle voulait entendre ; ne pas vouloir entendre quoi que ce soit de particulier, surtout. Il fallait le questionner l’esprit vierge de toute arrière-pensée, de toute influence, pour ne s’exposer ni au soulagement, ni à la déception ; garder les tenants et aboutissants de cet interrogatoire tout à fait impersonnels.
Il ne lui facilitait pas la tâche, cependant. Katsiaryna dut se faire violence pour ne pas écourter d’un geste sec la confusion perceptible dans laquelle il baignait encore. Ce visage, songea-t-elle avec une ironie acide, avait attendri bien des cœurs, soulevé bien des indignations, suscité bien des espoirs. Elle ne voulait pas comprendre – se blâmait secrètement de comprendre déjà – le charme, le mauvais charme sous lequel il avait tenu tant d’âmes, là-bas, en foulant la poussière funeste de l’arène. Elle dut se défendre contre la douloureuse ingénuité de son balbutiement en se figurant le désarroi, plus légitime encore, qu’éprouverait le misérable agent de sécurité s’il avait le malheur de réchapper de son « accident » ; ils se débattaient tous contre la mort et représentaient en cela de grands farceurs qui survivaient absurdement à l’horreur de leur quotidien. Cela en valait la peine, sans doute : ce visage qu’elle serrait entre ses doigts avait laissé croire à une multitude de cœurs que cela en valait la peine ; avant de se repaître, tous crocs dehors, d’une chair qui aurait tout aussi bien pu être la sienne. Ne pas faiblir, se rappelait-elle en resserrant sa prise, ne pas oublier, ne pas amnistier le monstre qui peut-être couvait encore dans le creux de la poitrine.
Elle n’eut pas une parole tandis qu’il s’agitait, le laissa froidement éprouver la résistance de ses liens : qu’il abandonne dès maintenant toute velléité de fuite. Ses yeux, cependant, prirent de nouveau une étrange fixité comme ses paupières tremblaient, comme sa bouche frémissait en exhalant un rauquement plus exténué que furieux. Le sang qui asséchait les ciselures de ses lèvres à la façon d’un plâtre serait sans doute bientôt humecté de sueur ; son front tourmenté commençait d’en être couvert. S’abîmant dans son examen, elle soutint l’allongement pesant des secondes, ne manqua rien de son retour à la réalité, de l’incompréhension renouvelée qui semblait l’assiéger.
Mais le petit mouvement de tête qu’il imprima contre sa paume la déconcerta. Sa figure demeura d’un sérieux imperturbable, toutefois l’étau de ses doigts se desserra imperceptiblement, comme pour s’ajuster spontanément à la joue qui venait de s’y blottir. Comment pouvait-il fermer les yeux ainsi, s’abandonner ne serait-ce qu’une seconde, comme l’aurait fait un enfant sur le point de s’endormir en toute sérénité sous la caresse d’une main tendre ? Il y avait fort longtemps maintenant que son poing ne s’était plus apparenté à un écrin réconfortant ; elle aurait aimé, à cet instant, le rendre beaucoup plus dur, beaucoup moins avenant ; mais ce fut à peine si elle parvint à affermir son bras. Ses yeux, qui suppléaient constamment à ses insuffisances et conservaient comme par défaut la dureté dont sa poigne semblait momentanément incapable, se chargèrent d’exprimer tous les reproches que le sapeur-pompier lui inspirait. Jusqu'à nouvel ordre – et peut-être à jamais –, il n’avait plus le droit de s’octroyer le luxe que représentaient aujourd’hui la tendresse, l’apaisement et le réconfort ; il n’avait plus le droit de se montrer attendrissant, comme seul un animal peut l’être, de donner à ses juges le sentiment étrange qu’il échappait aux lois morales du règne humain.
Il s’agissait très certainement d’une ruse, consciente ou non – la mignonnerie était un mécanisme de survie parmi tant d’autres en milieu hostile, après tout. Elle voulut voir une forme de vice dans la manière dont il susurra enfin son prénom, comme si ce devait être l’aboutissement de son repos au creux de sa main : se retrouver, ne serait-ce qu’un peu. Mais cela ne prit pas. Bien malgré elle, Katsiaryna resta interdite face à cet homme qui semblait péniblement ramasser son identité éclatée morceau par morceau, enfoncé jusqu’au cou dans un bourbier existentiel qu’elle ne pouvait attribuer au seul contrecoup des sédatifs.
Sa main gantée retomba mollement contre son flanc lorsqu’il s’en détacha. Elle aurait pourtant dû le rappeler à l’ordre d’une gifle quand il désobéit – prévisible – à son injonction. Il s’agitait encore, jetant confusément alentour de furtifs coups d’œil de bête traquée, tendu par l’espoir on-ne-peut-plus reconnaissable de pouvoir se soustraire à ses bourreaux. Il y eut une crispation perceptible dans le corps des miliciens qui occupaient les angles intérieurs de la pièce ; l’esprit échaudé et le cœur glacé par les images précédemment visionnées, ils se tenaient prêts à maîtriser la moindre ruade de la part de ce monstre à la physionomie trop douce.
Katsiaryna s’éloigna vers le poste de télévision et s’empara de la télécommande, sans paraître s’émouvoir de l’appréhension qui, dans la voix de l’ancien vainqueur, se nuançait peu à peu de défiance. Il se perdait vainement en conjectures, en apparence innocent, du moins tout à fait inconscient du crime qu’il venait de commettre. Les rues de la Nouvelle-Orléans abondaient en pervers capables de jouer brillamment la comédie. Elle essaya très sincèrement de déceler dans ses paroles un désespoir contrefait ; mais le mensonge, pour elle, se sentait comme le feu, et elle fut honteusement navrée de ne pas trouver dans cet homme l’odieux personnage qu’elle y avait cherché.
L’évocation des jeux la rappela durement à la monstruosité légale qu’elle-même représentait quotidiennement. Il prétendait donc avoir été cueilli chez lui ? Elle lui fit de nouveau face en entendant le soupir résigné qu’il avait laissé échapper, considéra en silence l’affaissement des épaules que l’espoir d’une fuite, d’une fin clémente avait cessé d’agiter et de tendre. Elle perçut avec acuité le tressaillement de la gorge et la lourde chute de la pomme d’Adam – ce nœud de couleuvres qu’il dut péniblement avaler avant de se hasarder une nouvelle fois à parler.
Avait-ce été de l’humour acide ? Cela n’aurait pas dû faire aussi mal – que diable avait-elle trouvé de plus dans son sourire, qu’elle n’avait discerné dans celui d’aucun autre individu ? « C’est pour tester les nouveaux équipements ? » Katsiaryna échangea un regard avec les médecins sollicités. Ceux-ci ne répondirent pas, bien entendu : ils n’étaient pas là pour participer à l’interrogatoire mais pour observer le comportement du « patient » et prendre des notes à son sujet. Elle en eut assez. Le rire, motivé par la nervosité ou la détresse – qu’importe, c’était insoutenable –, acheva de l’excéder ; rien n’aurait pu l’en prémunir, du reste, et elle le sentit lui remonter glacialement l’échine : elle fut sensible, bien malgré elle, à la rupture consternante qu’il figura dans le silence malsain du local – et celui-ci n’en parut que plus lourd par la suite.
« Ce n’est pas à vous de poser les questions, monsieur Petersen. » lui rappela-t-elle sans ménagement. « Vous n’êtes pas en mesure de voir vos mains, mais celles-ci sont couvertes de sang. Et puisque vous prétendez n’en avoir aucun souvenir, je vais maintenant vous demander de visionner avec attention l’enregistrement vidéo que je m’apprête à vous montrer. » Elle mit l’appareil en marche au moyen de la télécommande et s’en détourna pour continuer d’observer le détenu pendant qu’il « prenait connaissance » de son crime – et non pour se soustraire, n’est-ce pas, à un spectacle macabre qu’elle avait regardé à de trop nombreuses reprises déjà. Elle lirait sur sa figure maculée le moindre de ses abominables gestes, du premier coup porté traîtreusement pour faire s’effondrer sa victime à la façon dont il avait charrié le corps disloqué en travers du garage – pour le cacher ? étrangement, cela n’en avait pas l’air.

L’enregistrement recommença sitôt que la première diffusion fut terminée. Le regard assombri – par le reproche ? par l’incompréhension ? par la colère ? –, Katsiaryna interrogea de nouveau le sapeur-pompier : « Cela vous a-t-il rafraîchi la mémoire, monsieur Petersen ? Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? Et pourquoi vouliez-vous voir madame Avraham ? Etait-elle la cible initiale de votre furie ? »


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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Lun 1 Jan - 20:45

   FEATURING le Péril Rouge & Matthias

Sorry about the blood in your mouth. I wish it was mine. - R. Siken

La mémoire d’un homme est tout sauf fiable.

Elle se fourvoie sur lui et ce qu’il est et ce qu’il peut devenir, de ça il en est persuadé. Elle le regarde avec des yeux furieux, la pointe des cils en titane et la bouche en porte sacrée dont il ne sait lire les inscriptions. On ne lui donne aucune réponse, les âmes en spectre autour de lui, l’atmosphère curieusement étrange. Il n’y a que cette main gantée qui a un peu de sens, la rudesse plastique du cuir sur la peau en une caresse qui n’en est pas une. Matthias ne reconnait pas de suite le sentiment qui les enveloppe tous dans cette pièce, pourtant elle est partout, dans le doigt qui s’approche de la ceinture chez les gardes, dans les œillades entre les médecins, dans le tressaillement abyssal des iris cobalt de la milicienne. Ils ont peur. Et il ne voit pas de qui ni de quoi. Lui aussi a peur après tout.

Sa joue se souvient de l’arrondi de sa paume et de l’espace entre ses doigts. Il préfère ça au poing qu’il a reçu mais il s’imagine que c’est là tout ce qu’il obtiendra d’elle. Il veut des réponses. Le rire s’éteint pour faire place à une incompréhension. Le temps et les changements partagent une similitude distincte en ce que l'on est susceptible de ne pas remarquer leur passage. Ils lui demandent où et pourquoi et comment, et il ne s’en souvient plus, la mémoire éparse dans un trou-noir. « Vous n’êtes pas en mesure de voir vos mains, mais celles-ci sont couvertes de sang. Et puisque vous prétendez n’en avoir aucun souvenir, je vais maintenant vous demander de visionner avec attention l’enregistrement vidéo que je m’apprête à vous montrer. » Il a l’instinct qui gronde et le corps se tasse en arrière sur sa chaise.

(Cette pièce est une cage et la Milice une prison et il aurait dû partir quand il en avait encore eu l’opportunité, quand il a ri en compagnie de Milo, plaisantant agréablement de la proximité de la communauté hors des murs de la ville. Les barreaux sont là autour de lui, dans la pristine blondeur de la jeune femme actionnant le téléviseur, dans les gants en caoutchouc bleu des médecins et il ne pourra plus jamais partir maintenant, ils observent, ils regardent et lui aussi, il fixe l’écran, les images étrangères défilant en miroir sur l’humidité de ses pupilles.)

(Cette pièce est une cage. Son corps aussi apparemment.)

Il a mal, là au creux de la gorge, n’a même pas la force de se défendre. C’est lui sur l'écran et il l’a toujours su pense-t-il. L’écho du sang a toujours siégé sur sa langue depuis la forêt. Il penche son visage, un peu trop silencieux, l’onomatopée en épitaphe : « Ah. »

La mémoire est cruelle – des coquillages sur une plage déserte et abandonnée qui, sous les vagues successives et implacables, s’érodent toujours. Puis disparaissent.

Ils l’ont déjà condamné. Il a survécu à tant de choses mais cette fois-ci, il n’a même pas vu la roue du destin se mettre en branle. L’homme sur la vidéo lui semble étranger mais il y a des évidences et il y a ces appels sourds qui résonnent encore au bas de son cortex. Il pense à ne plus rien dire puisque la fin ne pourra pas changer. Le sang du garde au sol sature sa rétine et il croit presque en sentir la poisseuse odeur métallique. C’est le monde dans lequel ils vivent maintenant, un monde d’ombres et d’insécurité où les monstres se font chair et les hommes se font monstres. « Rivka Avraham, elle… elle était là quand ça a commencé. Je crois. » Il n’était pas sur cela dit. « Elle était là quand la forêt est devenue grise et noire… couleur cendre. Il y avait un truc. Une grosse bestiole qui avait faim… » Il fronce les sourcils. Lui aussi il a faim.
Il a faim, et le fer lui lacère les paumes, et c’est si stupide parce que ça ne veut dire qu’une chose, tout idiote : il est en vie. Il a toujours bien aimé être en vie : l’odeur des pancakes et le son des banjos bon marché, la pluie qui éclate sans prévenir et la sensation du coton propre sur la peau, les soupirs et les regards perçant, même les coups de poing déplacé lui semble autant de pépites d'or sur sa route chaotique. Il aime bien vivre mais il sait aussi que les sursis n’existent pas vraiment au sein des chemises ténébreuses de la police du gouvernement. La slave a un reflet de guillotine et il continue son récit dans un silence religieux. « Je sais pas si c’est lié mais c’est depuis ce jour là que j’ai des pertes de mémoire. C’est moi sur la vidéo, » Il a un frisson visible, le duvet de la nuque se hérissant tandis qu’il fixe l’écran grésillant maintenant, l’image en boucle sur un sourire effroyable. « … mais je n’ai rien fait. » Le ridicule de la phrase fait frémir ses lèvres et il regarde les médecins qui se concertent avant de tourner son attention vers Katsiaryna.
Ils n’ont peut-être pas tort, il s’en rend compte. Il n’y a aucun moyen de prévoir ce genre d'événements, il ne sait même pas quand ni pourquoi ils se produisent. Elle le tuerait, ça aussi, il le sait. Une balle rapide en plein cœur, là où la marque réside. Un des scientifiques lui demande d’ailleurs, d’où provient cette gigantesque tâche, un peu comme une brûlure qu’il arbore sous le tissu déchiré de son vêtement. « De là-bas… l’autre côté. La forêt. » Il entend comme dans un mauvais cauchemar des échanges, des désirs de tester, d’étudier, de comprendre l’indicible. Les lignes se font plus sévères sur son corps, comme un refus qui s’incarne dans une violence contenue. « Ce n’est pas moi. » Il le lui redit à elle, les sourcils froncés et la mâchoire tendue. « Je le jure. »

Imaginons. Imaginons qu’il soit un démon - celui de la vidéo, sourire lugubre et gestes orageux – appelons-le ainsi sans fioritures ni faux-semblants, surement verraient-ils tous qu’il n’était pas le même maintenant ? Il a un doute cela dit. Infime. Un grondement lointain à la manière d’une alarme lointaine. Il avait survécu à l’arène n’est-ce pas ? Ce n’est pas la première fois qu’il a du sang plein les mains. Il refuse qu’on dise qu’il est mauvais même s’il a commis de mauvaises choses et il est moins fier de l’étiquette que des actions.

(Il a voulu la rédemption mais il faut croire qu’elle ne sera pas durant cette vie. L’œil se fait rond en fixant l’écran. Matthias Petersen contemple : il est impétueux et voilà un autre péché pour lequel il ne sera jamais pardonné.)

« Faites ce que vous pensez bon. » Capitule-t-il enfin.

Les démons n’ont pas de place dans ce nouveau monde. Lui-même l’espère après tout.

On remplit des dossiers, il y a des injonctions et des chuchotements entre les blouses blanches puis avec la chemise noire. Tant de loups avides de mordre et il se dit que le souci c’est qu’il n’y a plus vraiment de brebis à croquer dans ce nouveau monde. On se chasse entre nous dorénavant.

(Les images tournent toujours sur l’écran abandonné.)

Il la regarde un bref instant tandis qu’ils le préparent. Des tests pour s’assurer qu’il ne ment pas, d’autres pour voir la marque et il pense que tout ira bien, mais ils rajoutent « tout se passera très bien » et c’est là qu’il comprend. Ils lui ont dit la même chose avant l’arène, la promesse que tout irait bien. Mort, être bien n’a plus aucune importance.

Le cœur est au fond de l’estomac mais il ne tremble pas, l’âme un peu en retrait. Elle a les yeux trop grands, trop brillants pour la pièce étriquée où ils sont et il se lève sans cligner des yeux. Il est certain qu’elle ne cille pas non plus. « Je savais bien qu’on se reverrait. » lui offre-t-il dans un sourire qui n’en est pas un. « J’ai pensé à toi, à vous…mais il n’y avait plus de chemise noire et pas de monstre. C’était un peu plus cosy dans ma tête et il y avait beaucoup moins de personnes et encore moins de vêtements. » Il regarde la porte qu’on lui indique, les mots trop rapides dans sa bouche. Tout se passera bien. C’est presque drôle. Il y a beaucoup de choses qu’il aurait aimé faire et il a perdu du temps. Le visage se découpe comme celui d’une peinture de printemps et elle est si sévère et froide qu’il est certain d’éclater à son contact.

Le baiser dure à peine quelques secondes, lèvres jointes et prières humides.

Non.

Le baiser fait le bruit d’une gifle et il aimerait plus. Il aimerait beaucoup plus.

« Il faudra me raconter ton rêve, après, celui où je suis. » Normalement c'est le genre de drague qui fonctionne mais la situation ne s'y prête pas.

Elle a le gout des grains de grenade, ceux que Perséphone a laissé fondre sur la langue afin de rester à l’intérieur du styx.

Après ne viendra pas.

C'est comme on disait au tout début: on a le type et on a la fille et les petites connections qui en font tout le charme, des sourires perdus et des occasions gâchés, des promesses de repas autour d'un steak d'alligator et des menaces autour de baiser carmin.

Un début, un milieu, une fin.

Il y a toujours une fin en Louisiane après tout.




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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsiaryna   Dim 7 Jan - 18:07


« And your skin is something that I stir into my tea. »

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Katsiaryna ne manqua rien du repli désabusé de son corps au fond du siège ; comme pour s’échapper à lui-même, songea-t-elle dans un pincement de lèvres contrarié. L’humidité de ses yeux, ordinairement si rieurs, ne semblait plus du tout tenir de l’excitation. Il s’était abîmé dans un silence exaspérant – et pourtant on-ne-peut-plus pertinent : qu’aurait-il pu trouver à dire qui ne soit pas insupportablement déplacé en de telles circonstances ? « Ah. » Elle se raidit insensiblement, luttant contre l’envie délirante de le passer à tabac pour qu’il daigne se défendre un peu mieux – ou se taise pour de bon. Quelle sorte de résignation y avait-il dans ce « Ah. » ? Celle du coupable qui savait l’être depuis le début et feignait perfidement l’innocence, ou celle du coupable qui s’ignorait, se soupçonnait seulement, caressant encore l’espoir de n’avoir pas été le monstre qu’ils recherchaient ? Tous deux auraient abandonné l’idée absurde de se défendre, l’un avec cynisme, l’autre avec un sentiment d’impuissance mêlée de désespoir. N’était-il pas conscient que nul, ici, ne se soucierait de faire la différence ?
« Rivka Avraham, elle… elle était là quand ça a commencé. Je crois. » Katsiaryna dut une nouvelle fois combattre son impatience ; ne pas ponctuer ses explications de coups de matraque pour lui délier plus efficacement la langue. « Elle était là quand la forêt est devenue grise et noire… couleur cendre. Il y avait un truc. Une grosse bestiole qui avait faim… » Puis son cœur manqua un battement. Elle eut la désagréable impression d’avoir l’âme nue, tout à coup, comme si les paroles du sapeur-pompier venaient de lui épingler son propre trouble sur le front. Elle sentit le regard d’un médecin qui cherchait le sien obscurcir sa vision périphérique. Oh, elle savait pertinemment quel genre de coup d’œil entendu celui-ci désirait échanger avec elle ; mais elle ne détourna pas les yeux de ceux du captif.

Comment ne pas en faire une affaire personnelle, maintenant qu’il semblait décrire l’enfer contre lequel le Gouvernement n’avait pas su la protéger ? Elle mit tant de temps à ciller que ses yeux commencèrent à brûler. Elle n’eut aucun contrôle sur la fébrilité de son battement de paupières. Couleur cendre. Ce devait être une coïncidence ; une coïncidence que madame Avraham, et à plus forte raison le Gouvernement, ne seraient sans doute pas disposés à éclaircir de sitôt. Katsiaryna se taisait obstinément ; l’envie de hurler était si grande qu’elle agissait sur elle comme l’aurait fait un bâillon.

« Je sais pas si c’est lié mais c’est depuis ce jour-là que j’ai des pertes de mémoire. C’est moi sur la vidéo, » Elle perçut très distinctement le frisson qui bouleversa l’épiderme de l’homme à cet instant, se souvint précisément de celui qu’elle-même avait senti courir le long de son échine dans la semi-obscurité du parking – et là-bas, dans l’air odieusement saturé du Metro Light Rail. « … mais je n’ai rien fait. » Les médecins s’agitèrent aussitôt, se concertant à voix basse : des pertes de mémoire, voilà qui était fort commode, crut-elle entendre. Mais je n’ai rien fait. Pour quelle raison s’acharnait-elle à chercher la part de vérité dans l’absurdité de son propos ? Le ressac de sa première intuition malmenait douloureusement sa conscience. Il aurait été si confortable de pouvoir s’y fier ; alors pourquoi s’en serait-elle à ce point voulu de le faire ? Elle l’ignorait. Elle ignorait pourquoi l’idée d’avoir eu raison – s’il était seulement possible de l’affirmer aussi prématurément –, de croire intimement à l’innocence de cet homme, lui était si répugnante.
Sans doute parce que les dirigeants n’avaient jamais prétendu suivre les « bonnes intuitions » de leurs agents lorsqu’il s’agissait de rendre justice à l’innocence présumée ou avérée d’un quelconque citoyen. Le soupçon représentait à ce jour la meilleure des défenses. Seul l’ordre comptait – et à juste raison, quand le monde n’avait jamais été aussi dangereux ; or cet homme, directement coupable de son crime ou non, en avait été le perturbateur ; pire, il était de toute évidence susceptible de le devenir à nouveau.

En vérité, elle aurait préféré être persuadée de sa culpabilité ; ne pas s’en émouvoir, de quelle que façon que ce soit – car enfin, il ne serait ni le premier, ni le dernier « innocent » à se faire amputer sur le lit de Procuste du Gouvernement.

La fièvre des scientifiques, qui manifestaient impudiquement leur intérêt pour l’hématome du captif, lui tordit brièvement la bouche de dégoût. Ils savaient, pour l’avoir lu dans son dossier, que Matthias Petersen avait passé un séjour paisible à l’hôpital et qu’il en était parti sans causer le moindre problème. La persistance de ce « bleu » étrange, qui réduisait trop lentement, les intriguait. Il était à présent facile de percevoir la crispation farouche de ses muscles. Un morceau de viande. Il ne serait rien de plus. « Ce n’est pas moi. » Elle considéra sans un mot l’arc fâché de ses sourcils, la dureté que venait de prendre la ligne de sa mâchoire tandis qu’il s’adressait spécifiquement à elle. « Je le jure. » Avait-il donc la naïveté de croire qu’elle pouvait lui être d’une quelconque aide ? Ou était-il simplement important pour lui que l’un de ses bourreaux, ne serait-ce qu’un seul, lui accorde un tant soit peu de crédit ? Personne ne le sauverait. Sauver un individu à grands renforts de bon sens et d’humanité n’avait jamais été le propos.
À en croire les pertes de mémoire qu’il avait évoquées, du reste, il ne s’agissait probablement pas du premier accident de ce genre. Que diable avait-il fait des corps ? Maintenant qu’il avait eu le malheur et la stupidité de se faire prendre, les atroces machines des laboratoires gouvernementaux lui arracheraient tout ce qu’ils voulaient savoir, tout ce qu’il cachait, consciemment ou non. Il importait bien peu qu’elle le croie ; qu’elle soupçonne effectivement ces crises, chaotiques et cauchemardesques, d’être essentiellement irraisonnées. Tout homme doté d’un minimum d’entendement ne se serait jamais hasardé à perpétrer son crime sous le Government Building, n’est-ce pas ? À l’exception des pervers suicidaires.

Mais pourquoi s’obstinait-elle encore à raisonner comme si elle le connaissait ?

Elle se demanda, l’espace d’une seconde, quelle était l’alternative la plus clémente – à supposer qu’elle ait l’intention ou seulement le pouvoir de lui épargner quoi que ce soit : qu’il meure sur-le-champ, pour ne pas avoir à subir un passage entre les mains des équipes scientifiques ; ou qu’il ait, malgré tout, une chance de survivre en endurant leurs expériences sordides, dans la miraculeuse perspective d’être réinséré au sein de la société par la suite.

Cet homme voulait vivre, sans doute ; tous ceux qui s’entêtaient à passer entre les gouttes de l’horreur le désiraient ardemment.

Mais Katsiaryna ne disait rien. Peut-être avait-elle peur, au fond, de ce qu’elle risquait de laisser échapper ; de ce que sa voix risquait de trahir, tandis qu’il contemplait, interdit, le désastre au cœur duquel il se trouvait. « Faites ce que vous pensez bon. » Sans doute aurait-elle pu rire amèrement, à défaut de prononcer le moindre mot. Elle ignora, jusqu’à la dernière seconde, qu’il était sur le point de réussir à la sortir de son mutisme. Elle venait de serrer le poing à en faire crisser le cuir de son gant. « Ne soyez pas ridicule. » murmura-t-elle enfin entre ses dents, une rage glacée au fond des yeux. Elle l’aurait martelé de coups. Cependant elle n’eut pas la force d’éclaircir son propos ; elle ne s’épuisa pas à lui expliquer combien et pourquoi sa capitulation, prétendument raisonnable, lui était une offense ; à lui rappeler que nul ici n’avait besoin de se faire dire ce qu’il avait à faire ; surtout, qu’il n’était jamais rien sorti de bon de ces interminables séjours dans les laboratoires du Gouvernement.

Après lui avoir adressé un regard lourd d’agacement, elle l’abandonna pour rejoindre les médecins qui se concertaient encore. Il en ressortait, sans surprise, qu’il était irrécupérable au point de vue judiciaire. Matthias Petersen ne passerait même pas par la case procès. Il était le deuxième vainqueur des Hunter’s Seasons, or cet aspect l’accablait et le sauvait tout à la fois : par la force des choses, il s’était montré capable de tuer sciemment ; mais il était du même coup devenu une véritable icône de l’espoir, appréciée du public jusqu’à la fureur.
Quelque chose clochait néanmoins, remarqua-t-elle en écoutant l’équipe médicale délibérer. Tous, naturellement, se souciaient moins de la perspective d’une exécution que de l’opportunité de mener une longue série d’expériences profitables à leurs avancées scientifiques. Il fallait absolument examiner cette marque, disait-on. Katsiaryna ne put s’empêcher de froncer les sourcils. L’instinct la poussa à demander s’il y avait eu d’autres accidents de la même espèce, récemment ; des épisodes barbares, inexplicables compte tenu du caractère et des antécédents du coupable. La réponse – « Cela ne vous concerne pas pour l’instant, agent Yurkova. Contentez-vous de faire votre travail. » –, toute prévisible soit-elle, ne manqua pas de l’irriter. Sagement rangés dans son dos, ses poings se serrèrent à nouveau. Une fois encore, elle ne jugea pas bon de rappeler que son travail consistait précisément à traquer les spécimens les plus dangereux de la Nouvelle-Orléans.

Il fallait croire que le Gouvernement commençait à peine de répertorier ce genre de monstre.

Elle ne le regarda pas quand elle entendit, comme lui, cet aberrant « Tout se passera très bien. » Il savait pertinemment ce que cela signifiait et il lui épargnerait volontiers, n’est-ce pas, l’obligation de soutenir cet odieux mensonge.

Oh, elle avait lâchement cru pouvoir s’en tenir là ; pourtant elle dut bien poser les yeux sur lui quand il se leva enfin. Elle s’étonna de pouvoir le regarder aussi fixement. Ce devait être pour elle la plus simple – et la moins douloureuse – manière de se mentir.

Elle manqua de vigilance, cependant. C’est-à-dire qu’elle ne sut pas comment, de sa simple présence bien trop envahissante, il parvint à balayer de son attention l’affairement des médecins, le grésillement persistant de l’enregistrement vidéo, l’hostilité des murs ternes qui les entouraient.

Pendant un long, trop long moment, elle ne vit rien d’autre que lui.

« Je savais bien qu’on se reverrait. » Son sourire lui coupa le souffle ; non parce qu’il était candidement beau, en dépit du sang qui maculait sa mâchoire, mais parce qu’elle lui trouva un culot insoutenable, presque insultant. « J’ai pensé à toi, à vous… mais il n’y avait plus de chemise noire et pas de monstre. C’était un peu plus cosy dans ma tête et il y avait beaucoup moins de personnes et encore moins de vêtements. » Ses yeux s’agrandirent au point de lui manger tout à fait le visage. Comment osait-il prendre ce ton-là avec elle et si près du seuil de son enfer personnel ? Médusée, elle s’efforça de ne pas analyser plus avant ce qu’il venait de lui dire. Elle continua de le dévisager, sans suivre le regard qu’il détournait vers la porte du local. Ses collègues les avaient probablement entendus, et elle s’en moquait : sa stupéfaction la préservait pour le moment de ce genre de considérations, lui ôtait toute pudeur, peut-être même toute acuité sensorielle.

Elle crut ne pas l’avoir senti se pencher sur elle.

Elle l’avait senti, en réalité. L’ombre de son visage couvrant le sien avait eu un poids ; la chaleur et l’odeur de son corps pétri d’émotions avaient reflué vers elle comme l’aurait fait son haleine sanguine et âcre s’il avait entrouvert les lèvres pour l’embrasser.

L’aberration fit enfin hurler sa conscience. Katsiaryna s’éveilla en même temps que se fit entendre le cliquetis des armes braquées vers lui par les miliciens qui avaient prudemment suivi le moindre de ses gestes.

Il lui sembla que le bruit mât de sa gifle gantée était venu trop tard, beaucoup trop tard. Elle aussi aurait aimé plus. Beaucoup plus. Se défouler sur lui à coups de poing et de pied – il ne fallait pas comprendre autre chose. Comme il s’obstinait – « Il faudra me raconter ton rêve, après, celui où je suis. » avait-il eu le toupet d’ajouter – elle le saisit violemment par le col pour l’amener à la pointe de son nez furieux : « Je ne rêve jamais. », siffla-t-elle agressivement. Mais un ressouvenir fulgurant éclaira un bref instant le plissement cruel de ses yeux. « Je rectifie : j’ai bien rêvé, récemment ; d’un monstre comme vous en décriviez un peu plus tôt : visqueux, tous crocs dehors, affamé et implacable. » Son sommeil avait toujours été d’une blancheur immaculée… en-dehors des rares traumatismes qui l’avaient ébranlée au point de venir la pourchasser jusque dans ses rêves. Dans celui-ci, elle avait perdu ; de même qu’elle avait perdu, en un sens, dans le Metro Light Rail. Sa prise se raffermit autour du col du pompier. Sans doute ne pensa-t-elle pas un traître mot de ce qu’elle finit par lui dire avec dureté : « Alors, compte tenu de ce que vous avez fait dans ce parking, vous risquez en effet d'occuper très prochainement une place de choix dans mes plus horribles cauchemars, monsieur Petersen. » Elle le relâcha brusquement en ajoutant : « Je vous déconseille par ailleurs de survivre aux laboratoires gouvernementaux. Autrement, c’est moi qui vous ferai payer votre crime. »

Personne, ici, ne la connaissait assez bien pour savoir qu’elle parlait en réalité du baiser – sauf lui, peut-être.

Deux miliciens l’emmenèrent enfin. Elle le suivit du regard jusqu’à sa sortie du local, en s’essuyant farouchement la bouche du dos de la main. Il y avait comme un poids persistant sur ses lèvres, qu’elle tâcha résolument d’oublier.

Excédée, elle rejoignit l’un de ses collègues, occupé à remplir la paperasse avec l’un des médecins qui se chargeraient d’examiner le captif. Elle ignora hostilement la provocation déplacée du premier – « Alors comme ça, on a fait des cauchemars ? Pauvre amour. » – et se défendit sèchement de l’interrogation suspicieuse du second – « Seriez-vous liée à cet homme, agent Yurkova ? » Soufflant sévèrement par le nez, elle signa le compte-rendu de l’interrogatoire d’un geste rageur : « Nous nous sommes donnés en spectacle bien malgré moi, docteur. » Et à la façon dont il haussa les épaules, elle sut immédiatement qu’elle ne voulait absolument rien entendre de ce qu’il s’apprêtait à répondre : « Après tout, je suppose que c’est chose courante, pour les condamnés, de chercher un semblant de chaleur humaine parmi les dernières figures qui les entourent. » De même qu’il était devenu chose courante pour elle de livrer des individus plus ou moins innocents aux plus sombres expériences du Gouvernement, songea-t-elle en se sentant une indicible bassesse d’âme. Après avoir froidement cédé le compte-rendu à son collègue, Katsiaryna quitta le local sans se hasarder à prononcer un mot de plus.


RP terminé :bisou:


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