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 And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsyarina

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsyarina   Mar 5 Déc - 17:22

   FEATURING le Péril Rouge & Matthias

You think that we connect, that the chemistry’s correct - NO DOUBT


On a le type et on a la fille et les petites connections qui en font tout le charme, des sourires perdus et des poings dans la figure, un début, un milieu, probablement on aura une fin.

Il y a toujours une fin en Louisiane.

Mais n’allons pas trop vite.

D’abord il y a des trucs qui se passent, des étoiles qui se mettent en place, des alignements cosmiques et tout le tintouin stellaire incompréhensible. Du charabia en gros. Il aime assez s’y référer, il est superstitieux à mort.

On va forcément se revoir, c’est ce qu’il lui a dit.

C’était couru d’avance. Inscrit dans les étoiles qu’on vous dit.

***

Il n’y a aucune porte de sortie.

La cigarette s’écrase au sol et il la piétine du bout de sa chaussure usée, un œil sur les gardes du QG de la milice. Personne de sensé ne viendrait là de lui-même, oui mais voilà, sensé il ne l’est plus depuis cette escapade dans le bayou. La brunette l’a laissé en piteux état à l’hosto du coin, la bave mortuaire encore accrochée à l’épiderme et la marque béante sur le torse. Si elle avait fait un rapport, il n’en avait pas eu l’écho, si elle était revenue sur les lieux de perdition, il ne l’avait pas vu, un parfait mystère en somme, le cas typique des chemises noires et grises, la couleur absente et délavée d’un système répressif qui ne faisait pas plus de bruit qu’un moucheron dans un magasin de porcelaine.

« Milice à la con. » Il marmonne de façon inintelligible sous l’ombre d’une barbe fine, prend sur lui avant de sourire, nonchalant, se frotte le torse, une petite pointe de douleur couvant silencieusement. Il va bien la retrouver cette Rivka tout de même. Il a son prénom, son nom, c'est ça l’avantage d’avoir séduit l’infirmière et de s’être laissé le temps de regarder la signature. Les Rivka ça ne coure pas les rues de la Nouvelle-Orléans. Les petites communistes non plus et pourtant tu ne l’as pas revu, Matthias. Il ramène ses cheveux en arrière, le clin d’œil aisé et la rhétorique si simple qu’elle en devient abyssale.

Simple c’est bien. Ça évite de devoir dire la vérité, celle qui écorche dans son opacité, celle qui veut qu’il perd des tronçons de vie entier, qu’il se réveille parfois il ne sait où, il ne sait comment et ce depuis le moment précis où il est revenu à lui à l’hôpital. « Pas de séquelles, vous êtes un chanceux monsieur Petersen ! » Il avait ri de bon cœur. Super chanceux en effet, la veine du condamné perpétuel en quelque sorte.

Depuis, le cauchemar s’intensifie, le fond de la gorge garde même l’odeur du sang. Il ne sait pas quoi faire alors pendant un temps, il relativise. Il y a pire de toute façon. Il y a toujours pire. Et, dans la moiteur de sa chambre au papier délavé, Matthias refait le chemin mille fois dans sa tête. Il y a forcément un rapport avec la forêt, avec la bête et les légendes noires qui suintaient du bayou et le seul élément humain passible de l’aider résidait dans la silhouette trop anguleuse de la fille à la valise.

« L’agent Avraham ? » Le militaire à l’entrée est sceptique, le regard peu amène avec une pointe glacée d’amusement. Les femmes et les hommes de la milice ne font pas spécifiquement dans la tendresse, il a encore un résonnement sec dans la mâchoire pour le prouver.
Les doigts tapotent sur le comptoir. « Votre nom? Matthias Petersen. Mmmm. Vous êtes listé pour un suivi psychologique. Agent Yurkova. » Il arque un sourcil. Ah ! La fille rouge. Elle avait vraiment remplie la paperasse... « Rhô, la peste ! » La main glisse sur le tracé net  du visage, là où elle a frappé, avant de sentir un picotement sur la nuque comme un regard trop pointu.

Le militaire ne venait pas de l’informer, il saluait.

Demi-tour.

« Agent Yurkova. » Fait-il à son tour, goguenard.

( On peut presque l’entendre le « tu vois ? je te l’avais dit » suivi d'un bon gros « et merde... » )

Il a toujours su qu’il la reverrait. Pour une raison stupide, il l’a imaginé habillé en short – parce qu’il fait trop chaud dans cette satanée région – les jambes longues, halés par les joggings répétitifs, le physique parfait des gymnastes soviétiques mélange de souplesse et de rigidité de fer. Il s’est imaginé y être peu sensible.

Le coup de poing a servit de leçon, l’attitude toute milicienne aussi.

Au lieu de ça, elle est devant lui dans son uniforme, la chemise cintrée aux couleurs de cendre, le col droit, autant que ses idées s’imagine-t-il. Il perçoit presque un tremblement sur les cils blonds mais peut-être qu’il s’imagine des choses.

Ce n’est pas qu’elle ne lui plait pas, c’est même tout le contraire, c’est juste que Matthias a un instinct d’exception, aguerri au sable de l’arène, au lac de son Oregon natal, aux longues routes enneigées de New York. Il sait qu’il veut. Il sait aussi que ce n’est pas une bonne idée.

« Ah, je vous ai manqué ? » Il a un sourire qui grince, prend pleine mesure de l’agacement qu’il peut susciter avec cette question posée dans une trop grande et légère familiarité. Elle a  des kalachnikovs précis dans les yeux, couleur balle de match en final de coupe Davis. Il a presqu’envie de se montrer gamin, de jouer au jeu du regard qui tue pour savoir qui gagnerait.

( Elle, évidemment.

Mais il s’en fiche, il ne joue pas.)

« Je cherche une collègue. Rivka Avraham. C’est important… » Il hésite à peine, la respiration qui s’emballe un peu et qu’il ravale dûment. Un flash de panique passe dans le cobalt et il détourne le regard. L’agent Yurkova scrute, comme un mangemort en jupette qui vous extirpe la vérité direct du crâne. Il évite soigneusement d’avoir l’air coupable, autant dire que c’est ici un fiasco. « C’est euh… personnel. » Ses doigts arachnéens passent sur l'encolure de sa chemise. Il a trop chaud subitement.

( Il ne sait pas que quelque part, on l'appelle.)




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MessageSujet: Re: And your skin is something that I stir into my tea ▲ Katsyarina   Hier à 20:22


« And your skin is something that I stir into my tea. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

D’ordinaire, la ressemblance sinistre des jours parvenait à lui anesthésier l’esprit, à en effacer les accrocs qui l’avaient – plus ou moins violemment – fragilisé. Mais il y avait maintenant trois semaines qu’elle tentait d’aplanir, en vain, l’inadaptation de sa conscience aux événements inclassables – et comme insurmontables – qui avaient commencé de lui apprendre quelles étaient ses limites et – non ; non, se persuadait-elle, il faudrait simplement un peu plus de temps pour redéfinir les contours de sa morale et de son imaginaire. Pour eux, il n’existait malheureusement pas de thérapie par le froid. Et l’inactivité partielle à laquelle elle était réduite n’arrangeait rien.
Du moins son corps guérissait-il, constatait-elle en tâchant de ravaler son dépit. Lentement mais sûrement. Son bras avait tout à fait cicatrisé. Elle s’assommait quotidiennement d’exercices de respiration et diminuait de plus en plus la prise d’anti-douleurs, évaluant elle-même l’état de ses côtes brisées. Pour des raisons moins évidentes qu’il n’y paraissait, on l’avait temporairement reléguée à la paperasse de la Milice – de ces décisions dont on ne savait pas vraiment si elles représentaient une grâce ou une punition – ou, lorsque les effectifs l’imposaient, aux rondes de surveillance extérieure, de jour, autour du bâtiment gouvernemental. La station debout lui était moins pénible et marcher lui permettait d’être plus hermétique à ses propres pensées. Par chance pour elle et par malheur pour ses collègues, ceux-ci, dernièrement, étaient de plus en plus sollicités pour d’obscures missions dont elle ne devinait que trop bien les termes et les conditions.
Tandis que la fissure de l’os réduisait, celle de l’âme menaçait de devenir un fossé infranchissable. Katsiaryna peinait à avoir de nouveau les idées claires – c’est-à-dire rigoureusement conformes à l’idéologie gouvernementale. Elle n’avait jamais vraiment trouvé blessant d’être considérée comme un vulgaire pion, s’y était courageusement – ou lâchement – résignée, peu disposée à se débattre contre l’immensité humaine au nom d’une prétendue légitimité voire supériorité individuelle ; cependant il lui semblait avoir atteint un degré supplémentaire dans la dépossession de soi. Son tempérament flegmatique et solide l’aidait à dissimuler son cœur en désarroi, aux autres comme à elle-même ; à ne pas attirer plus de soupçons que d’ordinaire. Mais combien aurait-elle aimé échapper aux lois par trop handicapantes de l’entendement !
L’incident ne devait surtout pas être ébruité, n’est-ce pas ? Il était absolument inconcevable que des monstres avides de chair humaine soient susceptibles de surgir en plein cœur de la ville – ou dans ce qui, alors, y ressemblait macabrement – à toute heure du jour et de la nuit. Katsiaryna devait fréquemment battre des paupières pour se soustraire à l’imagerie sordide qui lui brouillait l’esprit chaque fois qu’elle repensait à sa fuite – à leur fuite – dans le Metro Light Rail. Elle se raccrochait à la nécessité minablement altruiste de ne provoquer aucune panique civile au sein d’une société dont l’équilibre ne tenait qu’à très – trop – peu de chose. Elle ravalait en somme ses propres craintes, cachant sous son uniforme un armement tout aussi discret mais plus solide, plus efficace que la fois précédente. On ne l’y reprendrait plus.
Cependant elle oscillait entre le désir imprudent de connaître par ses propres moyens les tenants et aboutissants du mal qui frappait nouvellement – croyait-elle – la Nouvelle-Orléans et le confort aussi dégoûtant que précieux de l’ignorance – mais enfin, lui avait-on véritablement permis de fermer les yeux ? Aussi esquissait-elle un pas en avant pour en faire deux en arrière. Sans doute valait-il mieux ne pas savoir. Et c’était ainsi que l’on se retrouvait insuffisamment armé face à de nouvelles menaces. Combien de vies avaient-elles été gaspillées depuis ?
Depuis quand celles-ci comptaient-elles ? lui rappela cyniquement une voix maline. Il lui semblait que son sens moral déjà émoussé n’était plus qu’un patchwork de principes impropres et creux, un prêt-à-penser devenu inapplicable à la nouvelle configuration de sa sous-existence. Elle craignait de ne plus savoir graisser sa froide mécanique au moyen des « pieux mensonges » qui l’avaient jusqu'à présent alimentée. La perspective d’un nouveau suivi psychologique, à cet égard, lui paraissait bien plus menaçante que rassurante. Trop peu habituée à se trouver des coupables, elle en devenait son propre bouc émissaire, se reprochant les menues erreurs qui, ce soir-là, l’avaient conduite dans l’antichambre de l’abattoir. Après tout, se fourvoyait-elle obstinément, rien de tout cela ne serait arrivé si elle n’avait pas commis l’erreur de vouloir jouer, une fois de plus, au chat et à la souris – n’aurait-elle pas dû lui refermer la main dessus depuis bien longtemps déjà, au lieu de se laisser entraver par d’étranges remords qui avaient pris la forme d’une écœurante complaisance ?
Elle brûlait de retourner sur le terrain malgré les dangers dont il regorgeait, de s’abîmer à nouveau dans l’effort et l’aveuglement salutaire qu’il lui permettait. L’inaction la disposait malheureusement à penser ; or ce monde n’était plus fait pour que l’on y avance les yeux ouverts.

Par bonheur, il était temps pour elle d’assurer une nouvelle ronde de surveillance ; tâche répétitive et insipide mais bien plus supportable que de rester assise et se broyer l’abdomen à chaque inspiration. On lui avait signalé la présence d’un individu suspect à l’extérieur – toute personne qui s’attardait devant le bâtiment gouvernemental pour en considérer la façade représentait naturellement un terroriste en puissance – et elle devait s’assurer qu’aucun complice potentiel ne se trouvait dans le périmètre, maintenant que le premier s’était enfin décidé à entrer.
Nul n’entrait ici de son propre chef sans être au bord du désespoir une excellente raison, sans savoir que cela revenait à glisser sciemment son pied dans un piège à loup. Les plus intrépides se donnaient quelquefois l'air de plaisanter en murmurant que la Milice se serait même trouvé des griefs contre un nouveau-né.

Alors qu’elle traversait le couloir menant à l’accueil, elle ne le reconnut qu’inconsciemment ; ce fut d’abord au grain si particulier de sa voix, amplifiée par la résonance du hall aseptisé de toute chaleur humaine – ne venait-elle pas d’entendre quelque chose comme « La peste ! » ? – ; ce fut ensuite à la nonchalance de sa posture qu’elle saisit du bout des yeux tandis que son collègue la saluait par-dessus son épaule ; ce fut enfin à la largeur de son dos et au hérissement chaotique de ses cheveux qu’elle contempla avec perplexité pendant qu’elle répondait au salut d’un sobre hochement de tête.
Son instinct s’était déjà tourné, sans qu’elle ne le sache, vers ce spectre errant, en apparence inoffensif, dont elle croyait s’être débarrassée ; mais celui-ci venait brusquement d’assiéger sa mémoire et l’ensemble de son corps.

Elle crut sentir une légère brûlure lui envelopper la main comme un gant.

Elle se souvenait, à présent.

Cet homme improbable dont elle n’avait pas supporté la joviale sanité et qu’elle avait, l’espace d’une seconde, dans un accès inhabituel de cruauté, désiré briser un peu.

Katsiaryna ne savait pas à quel point le sort l’avait exaucée dans cet entretemps.

Elle se trouvait néanmoins dans un tout autre état d’esprit, à cet instant. Un peu plus prompte à chérir reconnaître la valeur de tout ce qui se rattachait un tant soit peu à la « normalité » telle qu’ils l’avaient pour la plupart connue des années auparavant – des rapports humains impitoyables mais portant encore timidement en eux le terreau de l’entraide, de la tendresse et de l’espoir. Peut-être y avait-il quelque chose d’une effrayante et accablante vérité dans ce sourire astral qui semblait si déplacé ici-bas.
Oh, elle n’aurait jamais osé se l’avouer, mais elle n’aima pas du tout le retrouver entre ces murs froids. Ce devait être sa faute, en partie. C’était leur faute à tous deux.

Mais enfin, n’était-elle pas tout simplement contrariée de le revoir, sans qu’il n’y ait, derrière ce constat, de sombres éclipses de la conscience ? La peste s’en persuada.

Alors qu’elle regardait fixement sa nuque, elle songea bien malgré elle au coup de poing qu’elle lui avait donné avant de le quitter ; à l’absence de tout soulagement, de toute satisfaction à la suite de ce geste qui aurait pourtant dû s’apparenter à un défoulement. Il avait même fini par lui sembler hors de propos, illégitime – autrement dit, plus personnel que professionnel.
« Monsieur Petersen. » répondit-elle en adressant un regard glacé à l’homme qui paraissait avoir pris un malin plaisir à répéter son nom. Elle était définitivement contrariée ; de le revoir comme de savoir qu’il avait obtenu l’une des données qu’il convoitait. Peu importe, se convainquit-elle. Il était tout aussi bien d’être à ses yeux l’Agent Yurkova, toute de noir vêtue, qui le rappellerait invariablement à la réalité en fracassant chacun de ses sourires.
Mais il souriait moins fort, n’est-ce pas ? Il souriait beaucoup moins fort que ce jour poisseux où il lui avait dit avec le courage candide des enfants, sans jamais avoir froid aux yeux, sans même se liquéfier de honte : « On va forcément se revoir. » Elle eut un pincement de lèvres. « Ah, je vous ai manqué ? » Il n’était de toute évidence pas venu pour elle. « Non. » prit-elle la peine de répondre avec une froide impassibilité. Celle-ci ne tarda pas à se fissurer, néanmoins. Comme toujours, elle n’aima pas son sourire qui en disait plus que ne l’aurait fait n’importe quelle provocation verbale. Ses cils frémirent, de fait. Sentant sur elle les regards inquisiteurs de son collègue, elle se blâma de ne pouvoir réprimer l’agacement qui avait lentement glacé la surface de ses yeux.
Elle s’apprêtait à demander au pompier le motif de sa visite afin d’écourter cet entretien pénible, lorsque celui-ci la devança : « Je cherche une collègue. Rivka Avraham. C’est important… » Toujours aussi suspect, songea-t-elle en fronçant les sourcils. Elle plissa légèrement les yeux sans se soucier de dissimuler sa méfiance et chercha son regard jusqu’au bout lorsqu’il le détourna, visiblement embarrassé. « C’est euh… personnel. » Elle se souvenait avoir programmé un suivi psychologique, mais ce n’était sans doute pas la raison de sa venue. Surtout, on n’entrait pas ainsi dans le bureau de Madame Avraham, qui suivait prioritairement les membres de la Milice. Le geste qu’il eut, comme pour échapper à l’étouffement, acheva de la rendre soupçonneuse. Elle ne put retenir un agressif : « Qu’avez-vous fait ? »
Néanmoins elle laissa aussitôt échapper un claquement de langue, consciente qu’il ne s’agissait pas de la bonne approche et qu’elle n’était pas non plus la personne désignée pour se charger de son cas – ce que son collègue lui rappela d’un subtil raclement de gorge. « Je m’en occupe, agent Yurkova. Veuillez quant à vous mener à bien votre propre mission. » Katsiaryna acquiesça en silence et prit congé des deux hommes, non sans menacer l’ancien vainqueur d’un regard on-ne-peut-plus éloquent.

Elle s’était efforcée de taire la curiosité dangereuse qui lui avait mordu l’esprit et le cœur – quelle urgence avait bien pu le pousser à franchir les portes du Government Building ? Fort heureusement, la ronde de surveillance, toute routinière qu’elle soit, lui permit de se recentrer efficacement sur son travail.

C’était sans compter le grésillement de son talkie-walkie, cinq minutes plus tard. Le milicien qu’elle avait laissé à l’accueil s’annonça. « Agent Yurkova. Avez-vous croisé monsieur Petersen ? Il a disparu. Il a fallu que je détourne les yeux quelques secondes pour remplir le registre. L’instant d’après, il n’était plus là. Ramenez-le-moi. Je pense que c’est préférable. » Katsiaryna inspira profondément comme pour mesurer la marge de manœuvre que lui laisseraient ses côtes brisées. Etrangement, elle n’avait pas cherché à se dire qu’il n’était de toute façon ni dangereux, ni hostile. « Je m’en charge. » répondit-elle sobrement avant de couper la communication.

Ce fut en franchissant l’une des portes coupe-feu du parking qu’elle entendit un son singulier, mêlant frottement et crissement ; comme si l’on traînait un objet – ou un corps. Tendant l’oreille, elle revint sur ses pas en retenant la porte pour qu’elle se rabatte progressivement et sans bruit, puis tâcha de rejoindre en silence la source du chuintement étrange qui se poursuivait.

Ce qu’elle vit la fit ciller à plusieurs reprises. Elle voulut d’abord ne pas l’avoir identifié dans la demi-obscurité du parking dont les néons ne jetaient sur eux qu’une faible lumière blafarde. C’était elle, assurément, qui noircissait ce sang, tout ce sang pourtant encore chaud. Sans même qu’elle n’en ait conscience, ses mains, désolidarisées de son esprit qui essayait encore d’associer le spectacle macabre auquel elle assistait au sourire estival qu’elle lui connaissait, avaient déjà dégainé son arme pour la pointer sur l’homme qui charriait un cadavre à bout de bras. « Plus un geste. » ordonna-t-elle d’une voix ferme. Pourquoi aurait-elle préféré pouvoir se dire que ce n’était qu’un fâcheux accident ? Qu’il s’était, une fois encore, trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ? Que tout ce sang sur ses mains n’était pas son fait ? « Retournez-vous, ajouta-t-elle péremptoirement. Les mains en l’air. »



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Bred to kill, not to care.
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