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 Out of the darkness (Dante)

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Out of the darkness (Dante)   Mar 26 Déc - 23:12



Out of the darkness
Leaving all our ghosts and our hurt behind



Décembre, un mois froid, à l’approche de ces célébrations qu’Ambre n’avait jamais réellement fêtées. Noël, le Nouvel An, tout cela n’était finalement que des futilités dans sa vie. Des passages obligés, où elle remarquait à quel point elle était loin de la vie normale que d’autres pourraient avoir. Jusqu’ici, elle ne s’était jamais réellement intéressée à tout cela. Puis il y avait eu la perte du paternel, régissant son existence, et elle avait découvert la société dans son état le plus brut, et tous les événements qui marquaient l’année, les fêtes de fin d’année en tête. Voilà pourquoi elle s’était pointée chez Niklas l’année précédente, avec ses cookies, et une tenue différente de son quotidien. Elle avait cherché à renouer avec une humanité lointaine, brisée. Avait fini bourrée, avec une gueule de bois totale le lendemain. Avant de devoir reprendre le boulot, puisque les miliciens ne connaissaient pas les vacances… Et aujourd’hui, à quelques jours du vingt-quatre décembre, elle se retrouvait seule. L’optique de retourner chez le porte-parole ne lui traversa même pas l’esprit, notamment au vu de leur dernière rencontre. Elle se rappelait encore de la noirceur lui bouffant, brûlant la peau, magie dont elle n’avait jamais entendu parler. Douleur mêlée à la peur. Première fois que le sentiment arrachait ses entrailles.

Elle s’était embrouillée avec tous ceux à qui elle tenait finalement. Enfin, les deux qui étaient importants, Dante et Niklas. Et tout ça à cause d’Eriksson, ce putain de connard. Néanmoins, c’était son erreur à elle. Jamais elle n’aurait dû décider de s’infiltrer dans le Little Darlings, jamais… Colère non maîtrisée, chaises envoyé valser dans la pièce principale de son appartement. Jusqu’à ce que tout soit en morceaux. Miroirs, meubles, peu avaient résisté à la furie de la milicienne. Encore heureux qu’elle n’avait pas d’armes sur elle à cet instant précis, l’immeuble aurait lancé une alerte au QG. Ses jambes la lâchèrent alors qu’elle reprenait sa respiration. Craquer, ce n’était pas son genre, ça ne l’avait jamais été. Pourtant, depuis quelques mois, elle semblait enchaînée les crises. Incontrôlable, elle le devenait progressivement, en même temps que le venin se propageait dans ses veines. Respiration hachée, doigts tremblants, elle hésita un instant à enfoncer son poing dans un mur, pour déverser le reste de colère qui enserrait son coeur. Néanmoins, elle se souvint que son corps n’était pas encore totalement remis. Entre Niklas et Kenneth, elle n’avait pas eu le temps de récupérer. Voilà pourquoi elle était chez elle actuellement, repos forcé.

Elle aurait eu besoin de se défouler, pour ne pas avoir à ressasser ses erreurs et son passé. Elle en aurait eu tellement besoin… Un regard sur son intérieur finit par la refroidir définitivement. Bordel… C’était le cas de le dire. Sa raison reprit les rênes sur son corps et lentement, elle entreprit de récupérer son contact avec la réalité. Et de reprendre ses réflexions. Elle avait bien envie d’aller voir Dante, malgré tout. Leurs contacts s’étaient espacés après l’épisode du Little. Ambre avait évité de retourner le couteau dans la plaie, se rendant compte qu’elle avait fait quelque chose de mal, que l’italien ne voulait pas qu’elle fasse. Le quoi était encore un inconnu, mais elle se rapprochait de la réponse, effrayante. Du coup, son esprit eut la merveilleuse idée d’aller se pointer chez lui pour le 24, en lui apportant un cadeau. Ca se faisait, non, avec ses proches ? Elle ne savait pas trop, mais elle irait quand même. Maintenant, trouver ce qu’elle avait en tête.

**

Un énième regard dans le miroir, pour ajuster une robe étant dans tous les cas faite sur mesure. Après de nombreuses hésitations, elle était restée sur du noir, trop habituée à cette couleur. Assez simple finalement, avec comme seule fioriture de la dentelle sur le bustier. Et la partie jupe légèrement plus courte que ce à quoi Dante devait être habitué venant d’elle, si on retirait l’épisode traumatisant. Une paire de bottines fut ajoutée à sa… Tenue, si ce n’était costume dans son cas. Les doigts fourrèrent clefs et divers papiers dans un sac, avant qu’elle ne quitte son appartement. Elle avait donné rendez-vous à son cadeau devant chez l’italien. Enfin, pas au cadeau en lui-même mais plutôt aux livreurs… Bref, elle s’embrouillait la gamine.

Les gros bras grognèrent un bon coup quand elle se présenta, mais un regard noir (et des billets) suffit à les faire bouger, et faire monter au piano droit les étages qui le séparait de son nouveau chez-lui. Elle avait galéré la milicienne à le trouver, et l’argent dépensé… Dante allait tuer. Mais ça en vaudrait le coup. Autant faire marcher son statut pour une fois. Les doigts s’arrêtèrent à quelques millimètres de la sonnette, le temps de rassembler son courage. Puis la sonnerie stridente retentit dans ses oreilles. Les secondes défilèrent, sans un bruit. Elle s’interrogea : peut-être était-il sorti pour fêter Noël, avec des amis, une copine… Bref, comme une personne normale. Et Ambre, là, elle était prête à faire demi-tour. Et l’aurait fait si la porte n’avait pas tourné sur ses gongs à cet instant précis.

« Hey… Salut ! Donc… Joyeux Noël ? » Le ton n’était presque qu’un murmure, alors que l’image de la milicienne froide se craquelait. Il avait toujours eu cet effet-là sur elle l’italien, sans forcément s’en rendre compte. « Je… Je voulais t’apporter un petit cadeau, pour Noël… Si tu n’as rien de prévu non plus. » Les yeux se détournèrent, le corps se décala un peu pour laisser percevoir le « petit » cadeau, un superbe piano. « Ils peuvent le rentrer et l’installer si tu veux. » Pourquoi s’attendait-elle à se prendre un refermage de porte dans la gueule ?



Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Out of the darkness (Dante)   Ven 5 Jan - 23:48

C'est con, mais t'as toujours plutôt bien aimé l'hiver.

Tes origines voudraient qu'en toute logique, tu préfères la chaleur. Après tout, t'as quand même grandi sous le soleil de Rome, t'as parcouru les rues de la cité éternelle – en skateboard notamment, au grand dam de tes parents – et c'est pas comme s'il neigeait souvent là-bas. On sortait les appareils photo et on s'extasiait dès qu'il y avait un minuscule flocon. D'ailleurs, t'étais même pas sûr d'en avoir vu un dans ta vie là-bas. T'as seulement le souvenir vague des bâtiments de ton enfance, vus sur un écran télé graineux. Avant que le monde et l'Apocalypse ne passent par là et effacent tout de ton passé.

Alors dire que ça t'a fait un choc quand t'as débarqué à New York et quand t'as vécu ta première tempête de neige, c'est pas peu dire. T'as claqué des dents, tu t'es pété la gueule sur le sol trop glissant et t'as couru t'acheter le premier gros pull que t'as trouvé en magasin. Il était rouge et blanc et avait un renne dessus, tu te souviens. Il a fini totalement déformé après passage dans la machine à laver et il a dû finir donné à une œuvre caritative quand tu t'es révélé trop grand pour encore le mettre, mais tu t'en rappelles bien.

On aurait pu croire que ça te ferait détester l'hiver, tout ça. Mais pas du tout. Chaque année, t'es comme un gamin quand tu vois les premiers flocons et tu cours pour faire fondre les petits cristaux de glace sur ta langue et les voisins te prennent pour un fou. Mais tu t'en fous. C'est les petites choses comme ça qui ont de l'importance, les petites joies. Tu adores – ou plutôt adorais – sentir l'odeur du vin chaud parfumé ou du chocolat chaud. Le fromage fondu. Les gâteaux riches en beurre et en sucre. L'hiver rime avec les fêtes de fin d'année, et ça a toujours été un moment sacré pour toi. Parce que la famille a toujours été d'une importance capitale à tes yeux, et qu'importait tes études ou ton job, tu fonçais toujours rentrer chez tes parents pour Noël. T'as pas honte de dire que t'étais un fils à sa maman parce que sérieusement, quel Italien ne vénère pas sa mamma, hein ? Mais depuis leur mort – pardon, leur disparition – tu dois avouer que Noël est moins festif pour toi. Ça fait bien cinq ans maintenant que tu n'as plus de famille et si tu vis plutôt bien avec en général, c'est toujours une période où tu ressens le manque un peu plus fort, un peu plus cruellement. T'aimes toujours l'hiver, malgré cette foutue Apocalypse, malgré les privations, malgré que t'as fini en chair à pâté pour zombie en plein hiver, parce que tu conserves un émerveillement d'enfant malgré tout, mais Noël...Noël c'est toujours un peu plus dur. Un peu plus difficile. Alors ouais, c'est pas vraiment brillant, mais à Noël, quand t'arrives pas conjurer le sourire sur tes lèvres, c'est avec des fantômes que tu t'enfermes, et une bouteille. Ça te fait nettement moins d'effet que quand t'étais encore humain et putain, ça part trop vite et c'est déjà difficile comme ça de se procurer de l'alcool. Mais la brûlure fait du bien, un court instant, et pendant un moment, t'arrives à oublier les souvenirs colorés et joyeux, t'arrives à pas penser que y'a pas si longtemps que ça, ta vie était encore heureuse et pas ce merdier qu'elle est aujourd'hui.

À vrai dire, tu sais même pas vraiment ce que tu bois, là. De la vodka ? Tu crois que c'est ça. Mais avec toutes les restrictions et la Prohibition et toutes ces merdes, c'est difficile à dire. Et puis tout a un goût de cendres, qu'il s'agisse de rhum, de whisky, de vodka ou même d'un putain de thé aromatisé à la vanille. De toute façon, c'est pas comme si ça avait un énorme effet sur toi. Ou comme si tu pouvais en crever. Le côté cool d'être un daybreaker, tu supposais. Jamais de cirrhose du foie, hourra !

Du coup, tu t'attendais pas spécialement à de la visite, en cette veille de Noël. T'avais tes potes, sûr, mais ils avaient leur propre famille ou leurs propres priorités quand ils n'en avaient plus. Fallait dire, y'avait pas mal d'orphelins, depuis que le monde avait failli crever. Alors franchement, t'as cru que t'hallucinais un peu, en entendant sonner à ta porte. T'as tendu l'oreille, songé que c'était une erreur ou des gosses venus t'embêter ou commencer à chanter en choeur devant ta porte ou tu-sais-pas-quoi. Y'a des gens bizarres parfois ici.

T'as ignoré le premier driiiing strident, les doigts refermés sur le goulot de la bouteille, les yeux dans le vide, en attendant que l'inopportun s'en aille et te laisse en paix à ta soirée alcoolisée en solitaire. Mais la personne derrière la sonnette persiste et tu finis par pousser un soupir. Déposant la bouteille sur la table basse – c'était pas comme si on allait pénétrer dans ton appart', hein ? – tu finis par te lever pour ouvrir la porte.

Le « bonsoir » qui devait sortir de ta bouche s'étrangle après la première syllabe et tes yeux s'écarquillent de surprise en voyant qui se trouve sur le pas de ta porte. Et dans quelle tenue.

Hm. T'avais pas bu tant que ça, si ? Même complètement ivre, t'as jamais halluciné comme ça. Enfin, dans tes souvenirs flous de l'humanité que t'avais y'a cinq ans. Bordel, ça remonte.

Hm, temps de se reconnecter au monde présent. Tu déglutis légèrement et remontes le regard vers les yeux d'Ambre – bordel, sale habitude, sale habitude, c'était pas à faire avec elle, putain.

« Ambre ? Qu'est-ce tu fais ici ? » demandes-tu, incrédule.

C'était pas comme si ça faisait des mois que vous vous ignoriez plus ou moins. Ou plutôt que tu l'ignorais plus ou moins. Tu faisais le strict minimum niveau visites parce que toute la débâcle au Little Darlings t'était resté en travers de la gorge assez longtemps. Et puis, c'était juste trop...bizarre d'essayer de revenir à votre relation d'avant. De faire comme si rien de tout ça ne s'était passé. Alors ouais, t'avais un peu abandonné Ambre. Tu t'assurais qu'elle allait bien, de loin. Parce que tu pouvais pas totalement la lâcher non plus. Tu t'étais fait une promesse, ado. Et c'est con, mais t'y tenais, à cette parole, même si c'était à toi que tu l'avais donnée. Mais du coup, ouais, tu l'avais pas trop vu depuis...un bon moment. Alors tu t'attendais pas spécialement qu'elle se ramène sur le pas de ta porte, la veille de Noël, en robe. Tu l'as jamais vue en robe. Enfin si, quand c'était une gamine mais c'était justement une gamine, c'était totalement différent et...fuck, so not the priority right now.

Joyeux Noël ? Un petit cadeau ? Ton regard se tourna à la mention de celui-ci et tes yeux s'écarquillèrent encore davantage en voyant de quel petit cadeau il s'agissait.

« Un piano ? Tu m'offres un piano ? » Ta voix grimpe presque d'une octave sur la fin de la phrase et pourtant, merde, tu peux pas t'empêcher d'observer le piano, les lignes élégantes et la marque bien connue – et coûteuse, bon sang. Ambre est folle. Complètement folle. T'as pas eu de piano depuis Rome. T'as plutôt favorisé la guitare en Amérique mais t'as toujours aimé jouer sur un clavier quand tu en avais l'occasion, te contentant facilement d'un clavier électrique plutôt que d'un piano à cordes réelles. Damn. Cette vodka devait vraiment faire de l'effet. Parce que t'étais à moitié persuadé que t'étais en plein délire halluciné.

« Je sais pas si je veux t'embrasser ou te gueuler dessus. » murmuras-tu, tes yeux passant du piano à Ambre, un sourire se dessinant enfin sur tes lèvres. Ça, c'était un putain de Noël.

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MessageSujet: Re: Out of the darkness (Dante)   Mer 10 Jan - 21:21



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C’était une idée stupide, d’aller le chercher lui, après tout ce qui s’était passé. Et pourtant, elle s’était acharnée sur la sonnette. Deux pressions faites, alors qu’elle aurait dû faire demi-tour à la première. Fuir loin, et arrêter les illusions, définitivement. Mais il avait fini par venir, s’étrangler à moitié en ouvrant la porte. Quelque chose clochait ? Ambre était intriguée, elle. Que se passait-il ? Il la fixait avec une lueur étrange, et un instant, elle crut avoir oublié une partie de sa tenue, ou s’être habillée comme un sac. D’ailleurs, la gamine ne put s’empêcher de jeter un coup d’oeil sur ses vêtements, ne leur trouvant rien de particulier. Pas une tâche, pas un centimètre de décalé. Pourquoi Dante la fixait-il ainsi donc ? Un instant, elle eut envie de lui tapoter les joues, pour le ramener dans le présent. Et qu’il arrête de la détailler ainsi, sinon, elle allait finir rouge pivoine. Trop peu habituée à être au centre de l’attention, encore moins lorsqu’elle n’était pas la shadowhunter haïe par la population. Finalement, la jeune fille s’était adaptée à cette vague de dégoût et mépris qu’elle inspirait au quotidien. En revanche, dès que les sentiments étaient plus mitigés… Elle vrillait, ne savait comment réagir.

Puis les mots qui sortirent, détendant imperceptiblement l’italienne. Elle préférait réellement quand il parlait, même si c’était pour l’engueuler. Tout était mieux que le silence face à lui. Elle passa sa langue sur ses lèvres sèches, laissa quelques paroles s’échapper : « Hé bien… C’est Noël. Et je n’ai personne d’autre que toi. » La solitude, voilà ce dont elle était entourée. Fière compagne dans tous les moments de sa vie. Oh, il y avait bien Niklas aussi. Néanmoins, elle avait encore les marques de la putréfaction sur son bras, planquées derrière un bandage couleur chaire. La faire disparaître aux yeux de Dante, c’était le but de la manœuvre. Il serait repris d’une crise de colère s’il la voyait… Ses doigts frottèrent ses yeux, dans un élan de fatigue, aussi bien physique que mental. Un instant, elle eut envie de lui demander comment il la trouvait, dans la robe. Néanmoins, son côté pudique (aussi petit soit-il) l’en empêcha. Ce n’était pas le moment, surtout qu’elle entendait la respiration lourde des deux gros bras engagés pour transporter le piano jusque-là. Un instant, elle craignit devoir faire usage de la force pour les maintenir à leur place, mais elle fut coupée par Dante, obnubilé par le cadeau.

« Oui, je pensais que ça te ferait plaisir, toi qui aimes tant la musique. » Il y avait un sourire qui se dessinait sur ses lèvres, et la tristesse qui perçait au fond de son regard. Heureusement que le regard de Dante s’était détourné, accroché à l’instrument. Elle le voyait bien plus détendu que précédemment. Et elle le préférait ainsi. Loin des soucis, la tête plongée dans ses passions. L’humanité qu’il représentait ne devait jamais voir l’horreur de ce monde. L’italienne avait envie de le protéger oui. De le maintenir à part des tueries et des monstres. Des gens comme elle. Alors si un piano pouvait suffire pour quelques jours, semaines, ce n’était pas cher payer. Trop d’argent était gardé sans raison, sans fin. Il attendait juste là, qu’on vienne le récupérer. Sauf qu’Ambre, elle n’avait rien à en faire. Le Gouvernement subvenait à la plupart de ses besoins, quant aux loisirs… Elle n’en avait tout simplement pas. Seul son travail comptait. Seul le sang sur ses doigts importait. Le reste avait été abandonné il y avait bien longtemps.

La suite la fit sourire, plus timidement. Et la voix s’éleva, répondant instinctivement : « Je préférerais éviter une engueulade supplémentaire, si possible. » L’autre option ne lui semblait pas mal à vrai dire. Et puis, tous lui gueulaient dessus en ce moment. Une de plus, et elle craquerait certainement, carapace frappée trop souvent, en si peu de temps… Ses doigts remirent une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille. Un signe fut fait aux deux hommes, qui entreprirent de rentrer le piano dans le couloir de l’appartement, alors qu’Ambre ajoutait : « Ils vont le placer où tu veux, j’espère avoir fait un bon choix dans la marque. » Autant l’avouer, l’italienne était loin d’être une experte en musique. Si elle était capable de reproduire un certain nombre de morceaux, elle ne percevait pas de différences d’un violon à l’autre, ou d’un piano à l’autre. Pour elle, les sons étaient identiques. Tant que la note était bonne, le reste était imperceptible pour son oreille. Ce qui faisait d’elle… Même pas une musicienne. Juste une amatrice imitatrice. L’excellence dans ce rôle… Les deux hommes suivirent les demandes de Dante, et Ambre leur glissa les billets entre les doigts. Une somme conséquente, certainement ce qu’ils gagnent sur le mois.

Porte claquée, silence revenu sur les deux êtres que tout opposait. Ambre n’avait pas osé retirer ses chaussures. D’ailleurs… « Si je te dérange, je peux repartir. Je… Je voulais juste te donner le cadeau. » Pourtant… Elle restait là. Elle n’avait pas envie de partir. Elle voulait juste rester là, et s’écrouler dans les bras de l’italien. Comme la dernière fois, mais par choix. Les dents mordillèrent la lèvre inférieure. Peut-être qu’elle pourrait demander…

Le chat. Ce putain de chat était apparu dans son champ de vision. Instinctivement, une partie d’elle se mit en garde, se tendit. Le mode soldat venait de s’activer. Elle observa d’un regard acéré la boule de poils se rapprocher, puis se poser non loin d’elle. Deux billes qui la fixaient, deux billes qui l’appelaient. Et Ambre, elle aurait juste voulu fuir loin. Ou tuer la bestiole, au choix. Après moultes délibérations (avec elle-même), un pas fut fait, en direction de l’animal, et elle s’accroupit. Chaque muscle de son corps était crispé, alors que les doigts vinrent tapoter la tête fine du chat, puis se glissèrent dans son pelage. Quelques secondes durant lesquelles elle craignit réellement une attaque, qui ne vint jamais. Il était étrangement conciliant… Enfin, elle revint rapidement sur ses deux jambes, s’éloigna. Autant ne pas trop tenter le Diable aujourd’hui.

« Et… Tu peux jouer un morceau ? » Oublier le chat, putain, il fallait qu’elle l’oublie…


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MessageSujet: Re: Out of the darkness (Dante)   Jeu 11 Jan - 14:46

Dire que t'es surpris de voir Ambre sur le pas de ta porte est un euphémisme. Ça, tu peux l'affirmer sans détours, tu t'y attendais pas. Et tu t'y attendais encore moins quand elle te dit qu'elle n'a que toi. Malgré tout, tu sens ton expression devenir triste, ton coeur se serrer un peu. Merde. Même si ses parents étaient pourris jusqu'à la moelle, ça restait ses parents. Et tu sais qu'Ambre a jamais été foncièrement douée avec les gens, trop en décalage avec le reste de la société qu'elle était. Son éducation avait fait trop de dégâts. Au lieu de grandir comme une petite fille normale, avec l'amour et l'affection qu'elle méritait, elle avait seulement eu droit à des leçons, des conditions strictes, des entraînements sûrement horribles et des coups. Tu te rappelles trop bien l'horreur de voir ces marques sur ses bras, et son affirmation qu'on l'entraînait à devenir garde du corps. Une gamine de seize ans n'avait pas à se soucier de ces choses-là, putain. Ambre aurait plutôt dû penser à des concerts à aller voir, à des sorties à effectuer en douce, à se prendre sa première cuite. Pas à devenir une pro de krav-maga.

T'aurais pas dû l'ignorer pendant tout ce temps. Mais t'étais en colère, tu lui en voulais de ses mensonges, de ses manigances et c'était juste...plus facile de l'éviter. Pour pas y penser.

Avec ton jeans troué, tes cernes sous tes yeux, ton haleine qui ne cache probablement pas que tu as bu, et ton pull trop grand, tu fais bien pâle figure à côté d'Ambre. But Hell, tu vas pas la jeter dehors quand elle se ramène comme ça chez toi. T'es pas sans coeur.

« J'peux pas affirmer être le meilleur parti pour une soirée de Noël mais bon...entre. » fais-tu, en accompagnant tes mots d'un signe de tête vers l'intérieur, tout en ouvrant un peu plus grand la porte. Ton appartement est en bordel, comme toujours, mais tu prends pas la peine de t'excuser. C'est pas la première fois qu'elle vient chez toi et voit tout ce capharnaüm. Et entre toutes les choses que t'as à lui cacher, ton côté bordélique est certainement la moindre de toutes.

Et puis, ton attention est vite redirigée vers le piano. T'en peux rien, t'es faible face à l'art. Tu fixes avec un regard à moitié émerveillé, à moitié estomaqué les deux gorilles faire rentrer le piano dans ton appart'. Tu donnes sans voix l'emplacement d'un espace vide où ils pourront le placer. À une époque, t'avais un canapé, là. Et puis, t'as dû le remplacer par un autre, qui a pris une autre place. C'est une longue histoire.

Tu t'attendais pas vraiment à ce sourire timide et cette réponse instinctive. La réplique était sortie toute seule, relevant plus de ton côté blagueur habituel qu'autre chose. Mais tu remarques qu'elle ne nie pas forcément l'autre possibilité. Alors, forcément, t'agis comme un con, impulsivement.

« Si tu me laisses la seconde option... » fais-tu avec un sourire taquin, avant de saisir délicatement son visage entre tes doigts pour lever son menton vers toi. Y'a un signal d'alerte qui tonne dans ton crâne, un « non, non, non, erreur, pas toucher, stop ! » mais tu sais pas si c'est l'effet de l'alcool ou juste ce sentiment con de joie à l'idée d'avoir un piano – un piano, un vrai de vrai ! – qui te font totalement dérailler. De façon distante, tu t'étais dit que ce serait juste une blague, une taquinerie, que t'allais juste l'embrasser sur la joue, ni plus ni moins. Mais quelque part, y'a dû avoir un bug, parce que c'est sur ses lèvres que les tiennes se posent et. Oh. Merde.

Ton cerveau rend l'âme le temps de quelques micro-secondes. Le signal d'alerte est devenu totalement embrouillé, et assourdi. Y'a quelque chose qui a dû griller, quelque part. Les plombs ont sauté.

Et puis tu rouvres les yeux, réalises la connerie que t'as fait et relâches Ambre, une excuse sur le bout de tes lèvres.

« Je...um... » Désolé, c'est l'alcool, serait probablement la pire excuse que tu peux sortir à cet instant. Désolé, je sais pas ce qui m'a pris ? Surprise, baiser de nouvel an vachement en avance ! Réfléchis, bon sang ! « T'as fait un bon choix sur la marque, ouais. » finis-tu par dire, un peu maladroitement.

Oh yeah, smooth, real smooth. T'étais plus doué que ça, d'ordinaire, bon sang. Tu passes ta main sur ta nuque, gêné, espérant très fort qu'elle ne t'en voudra pas pour cet écart de conduite. En général, tu contrôles très bien tout ça. Ça doit être l'alcool, qui désinhibe. Et puis ton âme d'enfant qui sautille partout dans une part de ton cerveau parce que Ambre – t'a – offert – un – piano. Tu n'imagines même pas combien ça a coûté. Ce qu'elle a dû faire pour en avoir un. En temps normal, tu poserais des questions, tu dirais qu'elle doit le rendre ou que tu peux pas accepter, ou n'importe quoi. Mais t'as envie d'être égoïste, bordel, et c'est un piano, okay. C'est nettement mieux qu'un Noël passé seul avec une bouteille d'alcool.

Une fois le piano installé et les déménageurs partis, tu ne résistes pas bien longtemps à l'envie de caresser les touches, pour voir quel son sort de ces cordes frappées. Il est clair, limpide, léger. Un sourire enchanté étire tes lèvres, sans que tu ne t'en rendes vraiment compte. Tu es déjà à moitié perdu dans ton petit monde de musique et d'art, que tu mets une seconde à réagir à la demande d'Ambre. Tu tournes la tête vers elle, sorti de ta transe.

« Euh, ouais, si tu veux. » réponds-tu, un peu distraitement. Et puis tu remarques qu'Ambre a les yeux fixés sur Grey, qui s'est rapproché d'elle. Tu étouffes un léger rire. Ah, entre eux, l'entente s'est pas améliorée, on dirait. « Fais pas gaffe au chat, s'il t'embête, pousse-le du pied, il comprendra. »

Ton chat est un peu collant, mais pas maso pour autant. Si on le chasse, il comprend en général vite ce qu'on lui veut. D'ailleurs, tu es à moitié étonné qu'il n'ait pas profité de l'occasion pour se carapater hors de l'appartement. Tu as l'impression que tu passes la moitié de ton temps à chercher où ce maudit chat a bien pu fuir. Comme si tu ne le nourrissais pas assez !

Tu tires un tabouret vers le piano – pas tout à fait la bonne hauteur, mais bon, avec un coussin par-dessus, ça fait l'affaire – et prenant un ton un peu plus sérieux, tu murmures :

« Ça fait longtemps que j'ai pas joué sur un piano alors je suis un peu rouillé, m'en veux pas trop. »

Tes doigts restent en suspens au-dessus des touches un moment, et tu songes à quoi jouer. Tu penses à Noël, et tu fouilles dans ton crâne, à la recherche de la première chanson qui n'est pas un cantique ou un remake de Mariah Carey. Et puis, y'a un souvenir, un peu flou, qui remonte à la surface. Des doigts âgés, noueux, mais une voix qui reste claire, et tellement de chaleur et d'amour dans ce chant. C'était en général l'Italien que ta grand-mère chantait, mais tu te rappelles qu'elle aimait aussi une chanson des Beatles. C'était la préférée de ta mère, qu'elle murmurait. Tu te rappelles.

Les notes sont posées, doucement, sur le piano, avant que ta voix ne vienne accompagner les paroles.

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Out of the darkness (Dante)

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