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 Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Jeu 28 Déc - 20:43


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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S’arrachant peu à peu à la convalescence, Katsiaryna avait multiplié les missions dans le nord de la Nouvelle-Orléans sitôt que son corps le lui avait permis. En un sens, elle rééduquait tout aussi bien son esprit, se réexerçant à considérer sans ciller la rupture injurieuse entre le beau monde et la fange des miséreux – mais était-ce véritablement là ce qui lui minait la conscience ? Son regard, bien malgré elle, se projetait toujours plus loin, au-delà des pieux mensonges qu’elle se récitait complaisamment ; vers ce qu’elle apercevait confusément des voies inquiétantes du Metro Light Rail. Chaque fois qu’elle en voyait les mornes lumières vaciller, un étrange écœurement lui tordait le ventre. Sans même comprendre le cheminement de ses pensées, elle ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Alors cela n’avait jamais rien de rationnel ou d’ordonné ; ce n’était qu’un incontrôlable flux de questionnements qui, tous, effleuraient la même éventualité sans jamais vraiment la formuler : se pouvait-il que l’horreur se soit reproduite, continument mais imprévisiblement, pour d’autres infortunés ? Sans doute n’était-ce qu’une façon de plus de mourir : tant de personnes disparaissaient, par ici. Or la Milice ne s’aventurait jamais dans le secteur nord pour sauver qui que ce soit ; seulement pour sévir.
Elle-même prétendait-elle extirper le moindre individu de ce centre névralgique où tant d’atrocités semblaient converger ? En réalité, elle discernait de plus en plus, dans l’embourbement de son esprit, les contours d’alarmes toutes personnelles, où le courage ne s’était pas encore enraciné assez solidement pour que l’égoïsme s’amende enfin en altruisme. Sous couvert de mener à bien sa mission, elle commençait à reconnaître – non sans honte – qu’elle se hasardait en ces lieux essentiellement par bravade, pour tenter le diable, pour défier le sort, de la manière la plus puérile qui soit. Tout d’abord, elle avait attendu avec appréhension que le sol se dérobe sous chacun de ses pas ; puis, sans qu’elle ne s’en aperçoive, le manquement de l’horreur à ces rendez-vous informels, l’invariable solidité de l’asphalte crevassé sous ses Rangers avait affermi sa détermination ; elle avait, pour ainsi dire, réappris à marcher dans la monstruosité ambiante et se persuadait maintenant qu’elle était de nouveau prête à en combattre la plus sombre part.
Néanmoins il lui semblait encore, par moments, qu’un poids intangible lui tombait sur la poitrine, vague mais douloureuse réminiscence des difficultés qu’elle avait eues à respirer, là-bas.

Aussi lui était-il essentiel de s’oxygéner la tête et le cœur par l’effort. Elle s’était efforcée de renouer – sans trop de répugnance – avec les aspects les plus primitifs de son métier. De fait, elle n’avait jamais eu tant besoin d’éprouver la résistance et la souplesse de ses muscles à travers les longues traques qui la menaient d’un bout à l’autre de la Nouvelle-Orléans. Rechercher, poursuivre, neutraliser ; sans s’oublier toutefois : elle n’ignorait pas qu’il était malheureusement bien plus épuisant de sauver que de tuer et qu’il pouvait être extrêmement tentant de croire que l’un équivalait à l’autre – il y avait à cet égard un visage qu’elle peinait terriblement à chasser de ses pensées. En somme, elle tâchait de se surveiller, de ne pas se grandir en grimant tout ce que son devoir comportait d’odieux ; mais il était quelquefois difficile de ne prendre aucun plaisir à la répression, de n’en tirer aucune espèce de satisfaction quand vos propres démons exigeaient de vous un défoulement. Garder la tête froide, s’ordonnait-elle en permanence, le cœur et les yeux secs ; aseptiser chaque frappe.

Il fallait accepter – avaler comme une couleuvre – l’absurdité de ce temps où maintenir l’ordre n’impliquait plus de rendre justice à qui que ce soit – tout au contraire – et où se comporter en héros paraissait plus malséant qu’à propos.

Tout le monde ne l’avait pas encore compris. La société connaissait depuis peu quelques nouveaux remous en raison de la « fenêtre sur l’extérieur » que le Gouvernement s’était ménagée à travers un groupuscule de survivants. La nouvelle n’avait pas manqué d’ébahir les habitants de la Nouvelle-Orléans, et la Milice devait déjà en juguler les effets : pour les uns, la mystérieuse communauté représentait l’esquisse timide d’un nouvel horizon, d’un nouvel espoir ; pour les autres, elle restait une menace. Que pouvait-on en attendre ? Surtout, que signifiait son apparition sur l’échiquier de la survie ? Se pouvait-il qu’elle ait été le dernier recours d’un Gouvernement exsangue ? Il n’en fallait pas davantage pour exciter les parasites et leurs mouvements opportunistes.

La « résistance » s’obstinait à grouiller plus ou moins discrètement dans les fêlures qui lézardaient le mur gouvernemental. Les descentes dans les endroits les plus malfamés – et parfois tout aussi incongrus – s’étaient récemment multipliées pour disperser des réunions suspectes ou capturer ces esprits – potentiellement ou effectivement – récalcitrants, qui comptaient plusieurs individus contre-nature.

Cela lui facilitait généralement la tâche. La nuit se chargeait d’estomper le reste.

Dans la fraîcheur d’une soirée hivernale, les portières d’un premier fourgon venaient de se refermer sur une poignée de captifs. Katsiaryna, essoufflée par la course, inspira profondément en regardant le véhicule s’éloigner. Un deuxième stationnait tout près, la gueule béante, prêt à engloutir d’autres prisonniers toujours en cavale. Elle s’apprêtait à s’enquérir de la progression de ses collègues lorsque l’un d’eux surgit au détour de la ruelle, précédé d’une silhouette familière. L’éclat rougeoyant des boucles qui auréolaient la pâleur diaphane de son visage la fit ciller. « Je l’ai trouvée cachée derrière des caisses, près de l’entrepôt, expliqua le milicien en administrant une ultime bourrade à la jeune femme. Elle a dû vouloir profiter de l’agitation pour passer inaperçue – mais une capuche, ça n’suffit pas, ma jolie. » Katsiaryna inclina légèrement la tête comme pour mieux l’examiner. Son collègue ajouta : « Elle n’a pas cherché à s’enfuir, cela dit. » Etrangement raisonnable, songea-t-elle en réprimant une petite moue dubitative. Un autre détail la préoccupait davantage, cependant : elle était absolument certaine d’avoir vu une tête rousse cavaler parmi les autres – ce qu’elle se garda bien de mentionner pour commencer. « Mademoiselle Deveraux. » salua-t-elle sans cesser de la dévisager fixement. À son apparition, les chaudes fragrances du Mary Rose lui avaient illusoirement caressé les narines. Pourtant, Katsiaryna n’était pas absolument persuadée d’avoir affaire à celle des sœurs qu’elle « connaissait » : il aurait été tout à fait déplacé, pour l’assistante de Madame O’connell, d’être aperçue en des lieux aussi peu fréquentables. Beatriz se trouvait depuis longtemps sous la surveillance – plus ou moins hostile – du Gouvernement. Caroline, quant à elle, s’était à plusieurs reprises faite remarquer, de la plus préjudiciable des manières.

Katsiaryna ne montra rien de ses doutes. Elle feignit d’interroger la jeune femme menottée, interrompant le geste de son collègue qui s’apprêtait à la pousser vers le deuxième fourgon : « Que penserait votre sœur de votre présence dans un quartier aussi sordide ? Tout près, qui plus est, de l’entrepôt où vient de se tenir un rassemblement de résistants. » Elle continua de la scruter, mais l’éclairage insuffisant la gênait.



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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Jeu 11 Jan - 19:46

Tried playing the odds but ain’t got the cards  
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I was choking in the crowd, living my brain up in the cloud, falling like ashes to the ground, hoping my feelings, they would drown, but they never did, ever lived, ebbing and flowing, inhibited, limited 'Til it broke up and it rained down - Imagine Dragons "Believer"

Le quartier nord de la ville était un endroit tellement mal famé qu'il valait mieux ne pas y être aperçu, en particulier quand le reste de la société nous pensait bien sous tous rapports. En tant qu'assistante d'Esperanza O'Connell, j'avais un rôle à tenir, une image à entretenir, et je ne saurais tolérer qu'elle soit entachée par les agissements vicieux de ma propre sœur. J'avais mis tellement de temps et d'énergie à construire tout ce j'avais que la simple idée de tout perdre m'était insupportable. Je n'avais pas fait tant de sacrifices pour rester tout en bas de l'échelle, pas comme ça. J'agissais surtout par devoir. Ce que je faisais, je le faisais pour mon fils, même si cela impliquait d'avoir du sang sur les mains. Surtout si ça impliquait d'avoir du sang sur les mains, en fait. Être à la solde du gouvernement ne signifiait pas être réglo tout le temps. C'était parfois la règle du fais ce que je dis, pas ce que je fais qui s'appliquait. La loi, on s'en accommodait comme on pouvait. Le régime était pourtant sévère, je le savais pour avoir été envoyée aux arènes juste parce que j'avais été prise en flagrant délit de squattage. J'estimais dès lors m'être acquittée de ma dette, mais entre ma perception et la réalité, il y avait un ravin. On n'en avait jamais réellement fini avec le Gouvernement, ils venaient réclamer toujours plus, un petit service par-ci, un renseignement par là, on leur donnait un doigt et c'était la main toute entière qui y passait. J'étais prise au piège depuis tellement longtemps que je n'étais pas certaine de pouvoir en sortir un jour. En fait, je n'étais même pas sûre qu'il était possible d'en sortir tout court. Pour l'instant j’y trouvais mon compte et c'était tout ce qui m'importait. Au lieu d'essayer de changer les choses je tâchais surtout de préserver cet équilibre fragile coûte que coûte.    

De base, je n'étais pas du genre à m'embarrasser de scrupules. Je faisais ce qu'il y avait à faire, point, même si ce n'était pas loyal, même si ce n'était pas fair play, même si je devais planquer des cadavres pour préserver la réputation irréprochable de ma patronne. C'était également valable si je devais m'opposer à ma propre sœur. J'aimais ma jumelle de tout mon cœur, elle était mon double, ma moitié, mais je savais que je n'hésiterais pas une seule seconde à la sacrifier si cela pouvait sauver Noah. Je n'étais pas qu'une sorcière, j'étais aussi une mère et une mère était censée protéger sa progéniture. Jusque là, je n'avais pas -encore – failli à ma tâche, et je comptais bien continuer sur ma lancée. Ce que je ne comprenais pas, par contre, c'était pourquoi Caroline n’y mettait pas autant d'ardeur. Certes, nous étions en froid depuis quelques mois mais bon sang, même si elle ne pouvait plus me voir en peinture, j'espérais qu'elle aurait au moins la décence de se tenir tranquille pour ne pas nous nuire, à Noah ou à moi. Elle savait que ça me tenait à cœur, elle savait combien je m'étais saignée pour récolter les quelques miettes qu'on voulait bien me laisser. Aussi n'était-il guère étonnant que je me lance à ses trousses, osant  la poursuivre jusque dans les recoins les plus glauques de la ville. Ce qui n'était au départ que quelques soupçons se renforçait au gré des preuves que je parvenais à récolter. Je savais que Caroline trempait dans des affaires louches, tout autant qu'elle copinait avec des miliciens. Elle jouait un double -jeu dangereux, qui, à terme, allait nous mener à notre perte à toutes les deux. Je savais que ma sœur avait des convictions, elle y faisait allusion de temps à autres, quand elle ne désavouait pas carrément la dictature en place. Pourtant, elle ne s'épanchait pas. Un regard noir suffisait habituellement à ce qu'elle n'insiste pas. Alors, elle se taisait, ruminait parfois, protestait en silence mais n'en pensait pas moins. De là à passer à l'acte…non que je ne l'en pense pas capable – au contraire je savais très bien qu'elle en était parfaitement capable et c'était justement ce qui me faisait peur – mais elle n'était pas non plus stupide, elle tenait un minimum à la vie, contrairement à moi.  

Aussi était-il étonnant de la voir traîner par ici à l'occasion. Elle avait sûrement des raisons autres qu'un bête désaccord politique. Pourtant, l'idée que ma propre sœur puisse fricoter avec des résistants autoproclamés me collait la nausée. N'avait-elle pas oublié ce qui s'était passé à New-York quelques années plus tôt, au lendemain de ma victoire aux Hunter's Seasons ? Se souvenait-elle de l'attaque en pleine rue dont j'avais été victime ? À l'époque j'avais soupçonné la résistance d'être impliquée, de près ou de loin, dans ce que j'avais vécu. Les gens d'ici n'étaient pas bien différents de ceux qui avaient vécu là bas. Entre temps, certains étaient morts, d'autres s'étaient tout simplement déplacés au sud au même titre que ceux qui ont déserté les zones devenues inhabitables. Dans le fond, c'était la même vermine qui grouillait dans les bas-fonds de la Nouvelle Orléans. J'osais espérer que ma sœur tentait de s'infiltrer pour récolter quelques précieuses informations, informations qu'elle ne manquera pas de me transmettre, bien entendu. Sinon, quel serait le but d'une telle manœuvre ? Caroline avait bien des défauts, mais la traîtrise n'en faisait définitivement pas partie. C'était pourtant une idée qui me trottait dans la tête, de laquelle je ne pouvais pas me défaire. C'était là, et ça entachait la confiance aveugle que je vouais à ma jumelle jusqu'alors. Parfois, je me surprenais à m'interroger sur les raisons qui l'ont poussée à vouloir devenir une métamorphe. Elle avait peut-être d'autres desseins que celui de rester liée à moi jusqu'à ce que la mort nous sépare.  

Je devais en avoir le cœur net.  

Je préparais minutieusement ma traque depuis des semaines. Il m'avait suffi d'une carte et d'un charme vaudou pour savoir exactement où se trouvait Caroline en ce moment précis. Pour la tracer, j'avais seulement eu besoin d'un objet qui lui appartenait. L'objet en question était une bague qu'elle ne portait plus depuis des années  - depuis qu'elle se transformait en métamorphe en réalité – et je l'avais observée se déplacer à chaque mouvement que ma sœur faisait. C'est ainsi que je me retrouvai à arpenter le quartier nord de la ville, à la recherche d'un quelconque renseignement concernant les activités parallèles de ma sœur. Pour ne pas risquer de me faire démasquer, j'avais dissimulé mes nombreux tatouages au moyen d'une illusion. Je n'étais plus Trixie mais Caroline et j'espérais qu'elle était suffisamment implantée pour que les autres la reconnaissent et soient tentés de venir lui parler. Après tout, je connaissais ma sœur depuis toujours, et j'étais capable de l'imiter, d'agir comme elle l'aurait fait. J'avais mémorisé les intonations particulières de sa voix quand elle cherchait à séduire, ou à convaincre, ou bien les deux à la fois.  

Mon plan aurait pu parfaitement s'orchestrer si la milice n'avait pas décidé de faire un raid ce soir là. Je ne savais que trop bien que le gouvernement avait à cœur de vérifier si la Prohibition était respectée à la lettre. Ils s'assuraient que tout à chacun ne planque pas de bouteilles d'alcool dans leurs caves ou s'adonne à d'autres vices tout autant répréhensibles. Or, ces quartiers dégueulaient la débauche, ce qui faisait les beaux jours de la mafia. Seulement, il y avait une contrepartie, et cette contrepartie était la présence de la milice en ces lieux. Si j'avais été moi-même j'aurais collaboré sans sourciller, comme je le faisais toujours. Or, je n’incarnais pas mon propre rôle mais celui de ma sœur. Il y avait fort à parier que Caroline était beaucoup moins docile. Je me trouvais prise à mon propre piège mais je ne pouvais plus retourner en arrière. La seule option viable dont je disposais était de jouer le jeu jusqu'au bout, car si j'avouais être Trixie, ce serait ma propre réputation qui serait entachée et non la sienne, et ça n'était pas envisageable, malgré toute l'amour que je lui portais. Au moment même où je vis les miliciens se diriger vers moi, je compris que la pile de caisses derrière laquelle j'étais planquée ne me protégera pas. Je pouvais toujours faire un tour de passe-passe pour détourner leur attention mais mes pouvoirs magiques étant connus de tous, ce faisant, je risquais de trahir mon identité et ce n'était pas envisageable non plus. Alors je n'avais pas d'autre choix que d'obtempérer sans faire de vagues. Pour me consoler, je me disais que Caroline me remerciera plus tard, quand j'aurai réussi à la laver de tous soupçons. Je les avais donc laissés me passer les menottes sans broncher, même si ça me rappelait des mauvais souvenirs, même si des réminiscences désagréables se frayaient un chemin dans les failles de mon esprit. En revanche, lorsque le milicien me secoua pour me faire avancer, mon sang ne fit qu'un tour. Me faire brutaliser était bien plus que je pouvais endurer.  

« Bas les pattes ! » m'écriai-je assez sèchement, tandis que j'avais esquissé un mouvement de recul  - je ne supportais plus le contact d'inconnus, ni de qui que ce soit d'ailleurs. « Je sais marcher toute seule, et je ne compte pas m'enfuir alors vous n'êtes pas obligés de vous comporter avec moi comme une brute épaisse. »  

Après tout je n'étais qu'une faible femme, non ? l'usage de la force n'était sans doute pas nécessaire. En parlant de femme, une grande blonde vint à ma rencontre, sans doute pour s'enquérir de ce qui venait de se passer. Une lueur féroce s'alluma dans mon regard ordinairement mort lorsque, parmi les miliciens présents sur les lieux, je reconnus Katsiaryna Yurkova, une des habituées du Mary Rose. Je dirais même qu'elle était bien plus qu'une habituée, puisqu'elle était plus ou moins affectée à la sécurité de l'établissement. Elle n'était pas une sorte de vigile à proprement parler mais cela revenait au même : nous nous connaissions. Or, je n'étais pas certaine qu'elle connaisse Caroline aussi gardai-je une expression parfaitement neutre. Ce serait dommage que je crame ma couverture pour un détail.  

« Madame. » saluai-je à mon tour, sur le même ton – elle me dévisageait de son regard perçant et je la dévisageais en retour avec aplomb.  

Pourtant, j'avais la conviction profonde qu'elle savait. Je le devinais, je le sentais, non par empathie car j'en étais presque complètement dépourvue, mais parce que je savais que Miss Yurkova n'était guère le genre de personne à se faire duper aussi facilement. Reconnaître les qualités d'un ennemi potentiel n'était pas un signe de faiblesse, bien au contraire. Aussi vive qu'un cobra, elle porta la première attaque. Qu'en penserais-je si j'étais là, demandait-elle en substance. Ce que j'en penserais ? Si tu savais, chérie, si tu savais. Loin de me laisser décontenancer, j'adressai à la dame un sourire des plus aimables. Feindre l'ignorance ne faisait pas partie de mon plan, ce qui revenait, à peu de choses près, à prêcher le faux pour savoir le vrai. Je devais savoir ce que trafiquais Caroline, et à mes yeux, la fin justifiait les moyens.  

« Ma sœur…n'en sait rien. » Mon timbre résonna étrangement tandis qu’un goût de sang m'envahissait la bouche. Je n'avais pas vraiment l'habitude de parler de moi à la troisième personne. « Ceci étant dit, c'est tout de même curieux que vous n'ayez rien d'autre contre moi à part que j'ai été aperçue dans un quartier mal famé près d'un entrepôt où des résistants sont supposés se réunir. Ce sont des chefs d'inculpation un peu trop légers pour envoyer quelqu'un aux gémonies. »  

Mon regard acéré détaillait la milicienne minutieusement, à la recherche du moindre petit détail qui pourrait la trahir, avant que moi, je me trahisse.  

« Alors ? » la relançai-je avec un aplomb proche de l'insolence - c'était tellement  Caroline, de défier ainsi l'autorité. « Pour quel motif vous m'arrêtez, cette fois encore ? »  

A supposer que Caroline se soit déjà faite arrêter auparavant, évidemment, mais ça, je n'en savais strictement rien. Peut-être que Miss Yurkova le savait, elle. Alors Blondie ? Dis-moi ce qu’elle a fait.  
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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Sam 20 Jan - 14:57


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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Katsiaryna avait suivi d’un œil sévère le bref échange entre la jeune femme et son collègue. Celui-ci s’était esclaffé grassement pour balayer les protestations qu’elle venait d’émettre : « Allez, tu fais pas autant la difficile, d’habitude ! T’aurais préféré Garber, c’est ça ? » La goujaterie de ses coéquipiers, d’ordinaire, ne manquait jamais de l’irriter et l’incitait invariablement à intervenir ; pourtant elle s’obstina dans un silence circonspect, inclinant imperceptiblement le visage dans une posture songeuse et observatrice tandis que l’homme adressait des propos sans équivoque à la captive qui se montrait si rétive à l’autorité – et aux attouchements. « J’suis pas sûr qu’tu lui aies d’mandé d’t’appeler madame, à Garber, hein, Caro’ ? » La contrariété finit par l’emporter sur la suspicion. Katsiaryna ponctua les remarques déplacées de son collègue d’un soupir puis d’un claquement de langue : « Prescott, intervint-elle froidement. Epargnez-nous les détails et enquérez-vous des autres suspects ; je me charge de madame Deveraux. » Le milicien s’éloigna dans un haussement d’épaules en laissant échapper un dernier rire. Elle avait dû se faire violence pour ne pas grimacer à l’évocation de cet écœurant secret de Polichinelle – il y en avait tant d’autres, du reste. Fragilisés par des circonstances de plus en plus précaires, les rangs de la Milice, malheureusement, devenaient chaque jour un peu plus poreux à la corruption. Katsiaryna ne comprenait pas que l’on puisse en faire un sujet de plaisanterie ; et les problèmes éthiques contre lesquels elle se brisait quelquefois – jamais assez – les dents s’apparentaient pour la plupart de ses collègues à une niaiserie malvenue – c’est l’hôpital qui se moque de la Charité, lui disait-on avec une ironie hostile.
Elle reprit silencieusement son examen tandis que la captive se défendait hardiment contre les présomptions qui pesaient sur elle. D’aucuns seraient sans doute partis d’un grand éclat de rire face à l’ingénuité de ses remarques. La jeune femme se débattait contre le système arbitraire qui menaçait de la broyer à grands renforts de valeurs et d’un bon sens devenus désuets ; comme si le « bon sens » pouvait encore constituer une défense suffisante ; comme s’il y avait le moindre « bon sens » à se trouver là, dans une crasse toute criminelle, et à feindre l’innocence, à prétexter la gratuité d’une flânerie. Katsiaryna inspira profondément pour ménager sa patience. Celle-ci s’amenuisait déjà à la perspective du jeu de dupes qui s’annonçait et supportait assez mal l’impossibilité de s’en remettre au simple bon sens – un sourire amer avait presque affleuré ses lèvres. Elle dut se faire violence pour ne pas interrompre l’échange prématurément en mettant la peau de la jeune femme à l’épreuve d’une arme en argent. Les sœurs Deveraux, métamorphe et sorcière « notoires », étaient toutes deux cousues de petits mystères que la seule contrainte ne suffisait généralement pas à éclaircir. Katsiaryna, inhibée par une extrême défiance, n’avait pas la bêtise de prendre l’apparente absence de tatouages pour acquise ; mais la subtilité et la diplomatie n’avaient jamais été son fort.

« Vous ne répondez pas vraiment à ma question, lui fit-elle remarquer en considérant impassiblement son sourire. Aussi n’êtes-vous pas en position d’en poser autant. » L’assurance excessive qu’elle affectait était agaçante ; tout comme la façon insolente dont elle la dévisageait. Katsiaryna soutint opiniâtrement son regard, les traits durcis et illisibles. C’était à s’y méprendre, assurément ; Caroline Deveraux, qu’elle connaissait essentiellement de réputation, était tout à la fois susceptible de provoquer inconsidérément la Milice et de détourner capricieusement les yeux pour affirmer son innocence et ne pas s’enfoncer davantage dans la précarité de sa situation.

Les portières ouvertes du fourgon suffiraient du reste à museler sa réprobation.

« Vous savez aussi bien que moi que nul ne s’aventure par ici sans motif répréhensible. » poursuivit-elle en cillant tranquillement. « Libre à vous de voir un prétexte dans ce que nous considérons comme une raison valable de vous embarquer ; mais faites-le en silence et n’ouvrez la bouche que pour coopérer. » Le rire gras de Prescott se déversa de nouveau dans le demi-soupir de la nuit. Katsiaryna sentit sa nuque se hérisser de dégoût mais n’en laissa rien paraître. Elle continua : « Votre sœur connaît assurément mieux que vous les rouages de notre système judiciaire. » Son regard se fit plus incisif. En dépit de ses faiblesses dans le domaine de la manipulation, elle avait pris le parti de jouer à dessein sur l’ambiguïté identitaire qui sapait profondément la régularité de leur entretien. S’adressait-elle à Caroline, habituée, en raison de ses frasques, à la machine coercitive que représentait la Milice ? Ou à Beatriz, figure triomphante de jeux barbares, tout aussi familière des injustices qui se perpétraient au nom du prétendu bien commun ? Toutes deux, en vérité, connaissaient fort bien la main de fer dans le gant d’acier que le Gouvernement apposait impitoyablement sur le crâne de chacun.

Le désabusement alourdit ses paupières. « Pourquoi vous trouviez-vous dans un endroit si peu recommandable, cette fois encore ? » s’enquit-elle en avalant posément la distance qui les séparait. Puis elle ajouta, non sans qu’une ironie amère n’altère sa voix : « Je suppose que vous n’avez pas vos papiers d’identité sur vous et qu’il vous faudra un petit moment pour fabriquer un mensonge convaincant. » Le sourire froid qu’elle aurait dû avoir aux lèvres avorta en un plissement d’yeux inamical. « Vous en aurez tout le loisir pendant que je vous fouillerai. Je dois m’assurer que vous ne portez aucun objet dangereux ou délictueux avant que vous ne montiez dans le véhicule. Nous vous garderons au poste le temps que vos complices présumés soient appréhendés. Cela ne devrait plus être bien long ; comprenez par là que votre bravade n’y changera strictement rien – tout au moins vous desservira-t-elle. » Ses poings se desserrèrent mécaniquement. Prescott, qui avait achevé d’installer le reste des détenus dans le fourgon, l’avait narquoisement interpellée par-dessus son épaule : « Hé ! Yurkova ! J’peux m’charger d’la palpation d’sécurité, si tu veux ! » Katsiaryna ne quitta pas la captive des yeux tandis qu’elle rabrouait sèchement son collègue : « Ne soyez pas grossier, Prescott. » Solliciter l’intervention d’un milicien libidineux pour confirmer le mal-être physique qu’elle avait précédemment cru déceler dans l’indocilité de la jeune femme était un expédient auquel elle ne pouvait se résoudre. « Ecartez les bras et les jambes, madame Deveraux. »



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↳ Niveau de Compétences : Un travail acharné dès l'adolescence lui a permis d'atteindre un niveau 3 général ( niveau 4 en perception de fantômes, niveau 3 en rêves prémonitoires, elle pratique le reste de façon très sporadique et très superficielle.) Cependant, en raison des événements qui ont bouleversé sa vie et de la magie qui disjoncte, ses compétences générales sont retombées au niveau 2.
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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Mer 14 Fév - 18:45

Tried playing the odds but ain’t got the cards  
Beatriz & Katsiaryna
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Pour l'instant, mon stratagème semblait bien fonctionner. Tous les miliciens ici présents n’y voyaient que du feu, persuadés d'avoir affaire à  Caroline, ils n'avaient pas idée qu'ils puissent avoir affaire à l'autre sœur. Je m'en félicitais donc, car plus j'allais réussir à gagner du temps et mieux ce sera.  De toute façon, il était clair que je n'abandonnerai pas mon rôle tant que je n'aurai pas obtenu un minimum d'informations, à savoir, ce que trafiquait Caroline. C'était tout de même étrange de savoir qu'elle traînait dans ces quartiers aussi peu recommandables alors même qu'un paquet de miliciens semblaient la connaître  intimement. Je n'étais que trop bien placée pour le savoir. Aussi un frisson glacé me dévala-t-il l'échine quand le milicien qui me brutalisait m'appela Caro et mentionna un certain Garber, non sans ponctuer ses dires de propos grivois. Je ne voulais absolument pas savoir ce qui se passait entre ma sœur et le fameux Garber, en fait, cette seule idée me révulsait profondément.  Un sentiment dérangeant s'insinua dès lors, c'était exactement le même sentiment que l'on ressentait quand on savait quelque chose mais qu'on était incapable de mettre des mots dessus. Entendre ce nom avait réveillé quelque chose de profondément malaisant : je savais qui était Garber. Malgré mon malaise, je devais toutefois jouer le jeu. Caroline aurait répliqué quelque chose là où je me serais tue en baissant la tête, rouge de honte. Cela ne voulait pas dire pour autant que je me laissais faire, disons qu’à la différence de Caroline, je savais me taire et faire profil bas quand c'était nécessaire. Après tout, cela ne faisait-il pas quelques années que je faisais la carpette devant les membres du gouvernement pour assurer ma propre survie ? Dans la vie, il fallait bien faire des choix et le mien a été de me ranger au lieu de parader sous les feux des projecteurs et de jouir de la soudaine célébrité qui m'a été offerte au lendemain de ma victoire aux Hunter's Seasons. Je n'en étais pas fière, mais c'était à mon sens toujours mieux que de faire ami-ami avec des bandits.

La preuve.

Je n'eus cependant pas le temps d’ordonner au milicien de fermer sa bouche. Blondie s'en occupa elle-même et à en croire son expression blasée, elle ne cautionnait pas que l'on tienne de tels propos à une femme. La sympathie que je commençais tout juste à éprouver pour elle s'évanouit bien rapidement lorsqu'elle reprit la parole. Cette femme était aussi aimable qu'une porte de prison. Je ne pus cependant pas m'empêcher d'esquisser un rictus sardonique quand elle congédia son collègue. Qu'elle s'occupe donc de moi comme elle le disait si bien, nous avions des choses à nous dire toutes les deux. Je ressentis un profond soulagement lorsque le milicien s'éloigna tout en se gaussant au passage. Son rire gras provoqua une bouffée de ressentiment qui me donna envie de l'insulter. Sale porc. Je résistai à l'envie soudaine de lui lancer un sort. Je pourrais par exemple matérialiser une branche qui viendrait malencontreusement se glisser entre ses pieds, lui ferait perdre l'équilibre et il se vautrerait allègrement dans le caniveau, là où était sa place. Bien que cette idée soit particulièrement séduisante, je ne la mis pas à exécution pour autant. Si j'utilisais la magie devant la milicienne, mon plan tomberait à l'eau et c'était bien la dernière chose que je souhaitais. Je me fis donc violence pour réfréner mes envies de meurtre. Caroline avait beau être vindicative, en particulier lorsque l'on piétinait ses droits les plus fondamentaux, elle n'était pas non plus sanguinaire. C'était plutôt mon truc, les carnages, le sang humain. J'avais transformé ma propre sœur en monstre, mais de nous deux, j'étais indéniablement la plus cruelle, la plus instable, la plus dangereuse. J'avais du sang sur les mains, littéralement, et j'avais cette inextinguible soif de revanche qui faisait que je pouvais tuer à nouveau, si cela s'avérait nécessaire.

Cependant Miss Yurkova ne savait pas à laquelle des sœurs Deveraux elle avait affaire et je comptais bien tirer profit de ce léger avantage. Ce n'était qu'une question de temps avant que la supercherie soit révélée. Les illusions étaient particulièrement gourmandes en énergie et je mobilisais déjà la moindre parcelle de magie que je possédais pour dissimuler mes tatouages. Je le savais, il viendra inévitablement le moment où je serai littéralement à court de magie et dès lors, plus rien ne pourra me sauver. Je pourrais couper court à cette partie de chasse en provoquant la milicienne suffisamment pour qu'elle dégaine une lame en argent et finisse par s'apercevoir qu'elle avait attrapé la mauvaise sœur, mais je ne donnais pas cher payé de ma peau si cela devait arriver. Puis, il fallait bien l'avouer, jouer ainsi avec sa perception typiquement humaine – et par définition limitée – me procurait un plaisir quelque peu malsain. Si elle avait quelques doutes quant à mon identité véritable, elle n'en montra toutefois rien. D'ailleurs, elle campait son rôle de mégère à la perfection puisqu'elle me rappela sèchement à l'ordre : je n'avais pas répondu à ses questions, elle ne répondra pas non plus aux miennes.

« Quelle question m'avez-vous posée, déjà ? » pépiai-je, non sans ironie. « On parle de ma sœur ou bien de moi ? Je suis perdue. »

Il n'en était rien, évidemment, mais ça pouvait toujours arriver si je continuais à me faire passer pour ma sœur. Elle ne s'épancha pas sur mon apparente défiance, elle ajouta que personne ne s'aventurait ici à moins de tremper dans des affaires louches. Moi-même je m'aventurais rarement ici, parce qu'il se passait des trucs vraiment trop glauques dans ce quartier. Une excuse plausible commençait tout doucement à germer dans mon esprit en ébullition. Je devais cependant m'assurer que mon explication tenait la route, aussi ne la dégainai-je pas tout de suite et attendis prudemment que la milicienne m'en laissât l'occasion. Après tout, elle venait de me dire plus ou moins gentiment de la fermer, à moins que je daigne coopérer. Ma foi…si elle le prenait comme ça. Elle souligna alors un détail qui m'interpella. Bien sûr que je connaissais personnellement les rouages de la justice du gouvernement, puisque j'en avais moi-même fait les frais. N'avais-je pas subi les arènes en réponse à mes actes ? Ce qui me faisait doucement rire, par contre, C'était qu'elle semblait croire qu'elle était du bon côté de la barrière. Or, je ne savais que trop bien que la limite entre le bien et le mal n'était pas aussi étanche qu'il n'y paraissait. De plus, la notion de justice était somme toute très relative.

« La justice, hein ? » ânonnai-je, la voix quelque peu pâteuse. « Qu'en savez-vous de la justice dans le fond ? En tant que milicienne vous avez les pleins pouvoirs pour arrêter tous les citoyens de cette foutue ville pour des motifs tout à fait arbitraires, mais qu'est-ce que cela apporte au bien commun d'envoyer les renégats aux arènes ? Pensez-vous qu'on puisse juger de la même manière un simple squatteur et un assassin ? »

Ou encore un putain de violeur, par exemple. Mon regard coula vers la fourgonnette,  prête à m'accueillir dans sa gueule béante. Le porc qui accompagnait la milicienne s'y trouvait d'ores et déjà, nous attendant de pied ferme. L'avis que je venais d'exprimer, en soi, ne risquait pas de foutre en l'air ma couverture. Cette opinion aurait très bien pu être celle de Caroline. Or, en tant que rescapée des arènes, j'étais plutôt bien placée pour savoir qu'au final peu importe le crime commis, nous finirons tous de la même manière si nous ne nous montrions pas plus malins que nos adversaires, humains ou non d'ailleurs. Réflexion philosophique mise à part, la milicienne réitéra sa question. Que faisais-je donc dans ce quartier mal famé ? Il était peut-être temps d'utiliser mes dernières cartouches. C'était a prendre ou à laisser de toute façon. Puis je n'avais plus le temps de mettre en place une autre stratégie.

Miss Yurkova annonça qu'elle souhaitait faire procéder à une fouille au corps, pour s'assurer que je ne transportais pas d'objets dangereux. Qu'elle fouille donc. Elle ne trouvera rien de compromettant à part cette vieille bague suspendue au bout d'une chaîne, à la manière d'un pendule. C'était certes un indice de taille mais il était difficile de prouver à qui elle appartenait. Je pouvais parfaitement l'avoir glissé dans la poche du blouson de Caroline à son insu, par exemple, de la même façon que les sbires du gouvernement planquaient des mouchards  sur les personnes qu'ils souhaitaient mettre sous écoute. Elle comptait m'embarquer au poste, disait-elle. Si elle attendait de pouvoir appréhender mes complices, elle risquait d'attendre longtemps, car j'étais seule, dans cette histoire. J'étais l'unique cerveau qui était à l'origine de cette machination. Je ne pus m'empêcher de me crisper lorsque ce sale type ouvrir à nouveau la bouche pour dégueuler une énième saloperie.

Prescott.

Cette raclure s'appelait Prescott. En l'espace d'un instant j'eus presque de la compassion pour Katsiaryna, parce qu'elle travaillait dans un milieu extrêmement misogyne, où les porcs étaient apparemment légion. Je me rappelai in extremis  qu'elle était une shadowhunter et par définition, elle ne méritait pas ma compassion. Elle avait choisi d'exercer ce métier et une poignée de gens comme elle étaient responsables de la mort de plusieurs dizaines de frères et sœurs dont l'unique tare était de ne pas être humains. Heureusement pour elle, Yurkova ne laissa pas son collègue s'occuper de mon cas. Poussant un grand soupir, j'exécutai l'ordre qu'elle venait de me donner.

« Le sang. » dis-je enfin, dans un souffle. « Si je suis ici c'est parce que je cherche à me fournir en sang humain. » J'ignorais si c'était vraiment ce que Caroline venait faire dans le coin, mais c'était une excuse tout à fait plausible pour l'une comme pour l'autre.  « Comme tout à chacun le sait, je suis une métamorphe, je ne m'en suis jamais vraiment cachée. Je suis même inscrite dans les registres du gouvernement, vous pouvez aisément le vérifier. »

Un sourire étrange orna mes traits fatigués. Encore une fois je ne prenais pas de gros risques, je ne faisais qu'énoncer des faits. Caroline s'était déclarée en tant que métamorphe peu de temps après sa transformation, de la même manière que j'avais décidé d'assumer publiquement ma nature de sorcière. L'une comme l'autre ne voulions nous cacher des humains.

« Or, vous savez également que les temps sont durs pour les surnats, et que nous avons besoin de sang humain pour stabiliser nos pouvoirs. Ma sœur… » Je marquai une pause, tiquant comme à chaque fois que je parlais de moi à la troisième personne, je ne m'y ferai décidément jamais. « Ma sœur s'y refuse catégoriquement. Elle préfère souffrir plutôt que de replonger là dedans. La dernière fois que c'est arrivé, elle est devenue hors de contrôle. Puis vous savez, elle a un bébé de six mois, et elle n’est pas sûre des effets que le sang pourrait avoir sur mon neveu, comme elle lui donne encore le sein. »

Était-ce une explication suffisante ou devais-je aller encore plus loin dans les détails sordides ?

« Quoiqu'il en soit je ne m'injecte que du sang synthétique, en perfusion. Je n'ai jamais tué personne, de la même que je ne me sers pas directement à la veine parce que je trouve ça vraiment répugnant. Mais j'imagine que ça ne fait pas grosse différence pour les gens de votre espèce, puisqu’à vos yeux notre seul tort est de ne pas être à cent pour cent humains. »

Qu'elle ne fasse donc pas l'innocente, nous savions toutes les deux que les shadowhunters étaient spécialisés dans la traque de créatures surnaturelles. Ils méprisaient et massacraient tout ce qui n'était pas humain, parce qu'ils étaient entraînés pour cela. Ils étaient des ennemis redoutables parce qu'ils connaissaient nos forces et nos faiblesses, et ils étaient suffisamment retors pour les utiliser contre nous.
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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Sam 24 Fév - 19:03


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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Une fois encore, la captive répondit par des insolences que Katsiaryna s’abstint de cueillir d’un revers de main. Elle cilla patiemment comme la jeune femme feignait l’égarement, se donnant l’air d’avoir toute confiance en ses facultés mémorielles pour lui signifier qu’elle n’était nullement disposée à répéter son interrogation. Il n’était pas difficile de reconnaître dans ces détours une façon maladroite de gagner du temps, et l’inviter à trouver un mensonge convaincant, quand il ne pouvait logiquement sortir qu’un mensonge de sa bouche, n’avait au fond rien d’une plaisanterie. Etait-ce le soupçon – instinctif – d’avoir potentiellement affaire à Beatriz qui la poussait à tolérer ces temporisations ? S’agissait-il de laisser à une femme somme toute respectable une opportunité, aussi périlleuse soit-elle, d’assurer ses arrières, de ne pas figurer stupidement un énième civil qui se serait trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, et aurait à en payer le prix fort ?

Sans doute aurait-elle mieux fait de lui imposer plus durement le silence. Ses vains discours au sujet de la justice lui semblèrent une fois encore tout à fait déplacés compte tenu des circonstances. Aussi rétorqua-t-elle tranquillement, de toute évidence peu émue par les doléances de la jeune femme : « Mais il ne me semble pas avoir prétendu détenir la conception idéale de la justice, madame Deveraux. » Elle s’était d’ailleurs contentée d’évoquer le strict système judiciaire à dessein, considérant ses rouages infernaux indépendamment de la justice toute arbitraire qu’il rendait. « Ni vous ni moi ne l’avons, d’ailleurs. » précisa-t-elle d’une voix égale. Curieusement, les malfaiteurs, endurcis ou non, étaient bien prompts à renouveler ce genre de remontrances : le plus souvent, ils ne devenaient des criminels que par extrême nécessité et possédaient bien sûr de meilleures notions de ce qu’étaient l’injustice, la criminalité et la morale. « Cependant, vous n’êtes pas la première à vous penser assez légitime pour condamner le Gouvernement et la manière dont il prétend servir le bien commun ; à oublier que son simulacre de justice, tout répressif qu’il soit, reste malgré tout plus adapté aux circonstances extraordinaires que vos prétendus principes moraux ; à ne pas voir qu’en somme, votre système de valeurs est totalement dépassé, désormais impropre à endiguer les problèmes invraisemblables qui peuvent survenir à la Nouvelle-Orléans. » L’espace d’une seconde, elle se revit à Minsk, ville si chère à son cœur, imprégnée d’une docilité navrante mais salutaire, pacifiée par un pouvoir coercitif et le bon sens d’un peuple qui n’avait pas été souillé par les affres de l’oisiveté et de l’ennui. « Protester est apparemment dans l’habitude de ceux qui commettent des délits, à plus forte raison quand ils subissent un contrôle qu’ils estiment vexatoire. Vos bravades vous donnent peut-être une petite satisfaction d’amour-propre, cela dit, et je n’aurai pas, pour l’heure, l’indélicatesse de vous l’ôter – ce n’est pas mon travail. » Il lui paraissait inutile de s’épuiser à étouffer le verbiage des mécontents : administrer une claque sur une bouche trop audacieuse, étrangement, n’avait jamais épargné à qui que ce soit la rigueur d’une répression. Aussi avait-elle appris à ménager son énergie : les lamentations, toujours particulières sous le couvert de propos universels, lui semblaient bien peu de chose en regard de l’apocalypse chronique qui faisait tout à la fois le jeu des dissidents et des gouvernementaux corrompus.

Dès que la jeune femme eut écarté les bras, Katsiaryna la contourna pour se mettre dans son dos et procéder à la fouille, conservant entre elles une distance raisonnable afin de prévenir toute ruade. Ses mains gantées passèrent méthodiquement sur ses vêtements ; ceux-ci ne suffirent pas à dérober la crispation – de haine ? de peur ? – du corps qu’ils couvraient. Comme elle s’attardait sur l’abdomen, croyant percevoir un renflement qu’elle confondit d’abord avec une poche ventrale, elle fronça soupçonneusement les sourcils, mais ne fit aucune remarque. « Je garde ceci pour le moment, la prévint-elle finalement après avoir mis la main sur une bague retenue d’une chaîne. Je vous la rendrai en temps voulu. » N’ayant trouvé aucun autre objet compromettant, elle lui fit de nouveau face et la dévisagea fixement. Le rôle, si c’en était un, était assurément joué à la perfection : de nombreux éléments correspondaient à la représentation que l’on pouvait se faire de Caroline, mais d’autres, plus rares, plus discrets, l’empêchaient d’exclure tout à fait l’hypothèse d’une mascarade jouée par Beatriz elle-même. Peut-être espéra-t-elle, un très bref instant, que la jeune femme y mette fin de sa propre initiative, qu’elle renonce à s’enliser plus avant dans les complications ; mais l’aveu auquel elle consentit enfin dans un soupir de résignation rebattit aussitôt les cartes.

Katsiaryna eut un long silence. Elle avait eu vent du trafic de sang humain qui avait récemment commencé de se jouer dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Une illégalité de plus. Les hommes avaient toujours été le garde-manger symbolique de ceux qui, parmi leurs prochains, se montraient incorrigiblement avides de domination ; ils l’étaient maintenant devenus au sens propre. Elle sentit les ailes de son nez frémir de dégoût comme la jeune femme s’expliquait. « Etiez-vous ici à la recherche d’un hypothétique fournisseur ou en connaissiez-vous déjà un – par le bouche à oreille, sans doute ? » s’enquit-elle d’une voix blanche. « Qui vous assure, du reste, qu’il s’agit véritablement de sang synthétique ? Vous placeriez donc votre confiance dans un trafiquant du marché noir ? » Elle eut un claquement de langue, partagée entre l’ironie et l’indignation. « Montez dans le fourgon. » ordonna-t-elle après l’avoir menottée. « Votre sœur est assurément plus sage que vous, même si nous n’avons au fond aucune garantie de la prudence que vous lui prêtez. » Elle s’installa en face de la captive après avoir refermé les portières et frappa deux coups contre le flanc du véhicule pour intimer à Prescott de démarrer. Trois autres collègues et un deuxième détenu, menotté également, se trouvaient avec eux. À la lumière qui éclairait l’habitacle, Katsiaryna pouvait désormais observer la jeune femme avec plus d’application. Elle n’aimait pas la façon dont elle se justifiait, du reste, faite d’absurdes concessions qui prétendaient humaniser une pratique barbare. Le bercement brusque du fourgon ne suffit pas à l’apaiser. « Vous ne supportez donc pas d’être diminuée, madame Deveraux ? Comment se fait-il que vous éprouviez à ce point le besoin de fortifier vos pouvoirs ? Vous pourriez tout aussi bien vivre sans et vous contenter de vos facultés humaines. » Une créature surnaturelle était par définition suspecte ; elle le devenait plus encore lorsqu’elle cherchait à cultiver ses dons et à entériner ainsi sa prétendue supériorité sur l’Homme. L’intolérance dont elle l’accusa pour finir lui fit secouer la tête. « Nous neutralisons les spécimens les plus dangereux, lui rappela-t-elle sèchement. Vous êtes-vous écoutée ? Vous minimisez le tort qu’une condition surnaturelle représente tout en évoquant les potentielles pertes de contrôle de votre sœur. Je n’ai pas cette naïveté. » La complaisance de la jeune femme à l’égard de sa nature l’agaçait. À l’entendre, ils n’étaient tous que des enfants de chœur parfaitement étrangers à la disharmonie qui tachait le quotidien de la ville. Elle dut inspirer profondément pour ne pas se laisser submerger par la contrariété. En un sens, l’amertume que la captive avait exprimée était probablement légitime. Peut-être le Gouvernement avait-il eu d'excellentes raisons de mener une politique d’élimination plus insidieuse à l’encontre des surnaturels ; mais cela, nul n’avait à le savoir. « Les temps sont difficiles pour tout le monde, madame Deveraux, reprit-elle dans un murmure sévère, et sauf votre respect, les insuffisances dont souffrent les surnaturels sont le cadet de mes soucis ; surtout lorsque ceux-ci sont susceptibles d’y remédier aux dépens des êtres humains. Ce vampirisme n’a tout simplement pas de fondement acceptable. » Il n’était en somme motivé que par une forme d’orgueil ou la recherche égoïste d’un confort tout personnel, et non par une question de vie ou de mort. Il s’agissait finalement de se soustraire à l’heureuse conjoncture qui les affaiblissait et commençait de les mettre hors d’état de nuire. « Comment êtes-vous devenue ce que vous êtes aujourd’hui ? demanda-t-elle enfin avec une froide douceur. Cela relevait-il de votre volonté ? »



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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Mer 11 Avr - 21:26

Tried playing the odds but ain’t got the cards  
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I was choking in the crowd, living my brain up in the cloud, falling like ashes to the ground, hoping my feelings, they would drown, but they never did, ever lived, ebbing and flowing, inhibited, limited 'Til it broke up and it rained down - Imagine Dragons "Believer"

Les lèvres pincées, j'observais la milicienne procéder aux vérifications habituelles. Mon corps entier était crispé alors que je sentais les mains de Miss Yurkova fouiller mes poches et les doublures de mes vêtements. Je n'appréciais toujours pas le contact physique avec autrui, à plus forte raison lorsque celui-ci était imposé. En mon for intérieur, je me sentais soulagée que ce soit une femme qui s'occupait de cette fouille au corps. Le dénommé Prescott n'aurait sans doute pas été contre le fait de s'en charger lui-même et cette simple idée suffisait à me donner la nausée. Il n'empêche que l'expérience était extrêmement désagréable et je voulais en finir au plus vite. Pour patienter, je me rappelai que Caroline n'était pas censée craindre les contacts. Tous ces petits détails, si je n'y prenais pas garde, risquaient de me trahir. Alors je lui avais parlé de justice. Mes mots n'avaient pas été très tendre, et il s'agissait là du reflet de mes propres convictions et non celles de Caroline. Je n'avais pas vraiment l'opportunité d'exprimer le fond de ma pensée, comme tout à chacun j'avais un rôle à tenir. Je ne pouvais pas travailler dans un établissement tel que le Mary Rose et avoir de tels propos. Cela ne voulait pas dire pour autant que je soutenais la résistance. Bien au contraire. Je faisais partie de ceux qui suivaient le mouvement sans se poser de questions, je ne me sentais pas l'âme d'une justicière, aussi ne faisais-je rien pour faire bouger les choses. J'avais toutefois un avis très arrêté sur la milice, et plus encore sur les shadowhunters. Je les pensais pourris jusqu'à l'os, et les sourires mielleux n'étaient pas suffisants pour planquer la vermine.

Katsiaryna, elle, semblait faire peu de cas de mon avis. Je n'étais qu'une contestataire parmi tant d'autres, elle en avait déjà vu et arrêté des malfrats bien plus dangereux que moi -ou Caroline en l'occurrence. Elle invoquait les circonstances exceptionnelles pour justifier la répression parfois brutale de la population, mais ce qu'elle semblait ignorer, c'est qu'il était des forces contre lesquelles il était impossible de lutter, même avec le meilleur entraînement au monde. La magie en faisait partie. Pour autant que je sache, c'était la magie qui avait déstabilisé le monde tel que nous le connaissions. Tous ces changements climatiques, l'ouverture des brèches vers Darkness Falls…n'importe quelle armée humaine ne pouvait pas faire le poids face à tout ça. Moi-même, bien que je possédais la magie, je m'étais laissée entraîner sur des sentiers très sombres, sans avoir la certitude que je pouvais en réchapper. En tant que sorcière exorciste, je savais qu'il existait plusieurs mondes qui étaient parallèles au nôtre. Il y avait Darkness Falls, bien sûr, qui était une sorte d'Enfer où les sorciers qui déconnaient trop étaient envoyés après leur mort, mais il y avait aussi le monde où les esprits retournaient une fois exorcisés, ce que les humains appelaient couramment  au-delà. Ils aimaient l'idée d'une vie après la mort parce que ça les rassurait, parce que s'ils atterrissaient dans l'au-delà, ils ne disparaissaient pas vraiment. Les règles dures édictées par le gouvernement étaient une autre façon de se rassurer : parce qu'ils avaient peur, ils aimaient s'imaginer que ce faisant, ils pouvaient garder le contrôle sur les événements. C'était rassurant, d'avoir le contrôle de la situation, de s'imaginer que si on les ignore, les problèmes finiront par disparaître. C'était une forme de déni, parce qu'il était toujours douloureux de se dire qu'on n'avait aucune emprise sur ce qui nous arrivait de bien ou de mal dans la vie.  

Et ça, je ne pouvais pas l'en blâmer, de nier sa propre impuissance face à ce nouveau monde inconnu.
Je ne pouvais pas, parce qu’à moi aussi, il arrivait de m'enfermer dans le déni, parce que la réalité était trop moche, parce que la réalité réveillait des traumatismes profondément enfouis. Personne n'aimait ça, d'être seul face à soi-même. C'était même insupportable.  

Justement parce que c'était insupportable, on portait un masque, comme pour dire au monde tu vois moi je suis comme ça. L'image que l'on donnait ; on pouvait au moins la contrôler un peu. Celle de Miss Yurkova, en l'occurrence, était celle d'une femme froide, inaccessible. Elle ne laissait jamais la moindre émotion modeler son visage parfait, semblable à une statue de marbre blanc. Dans la présente situation, c'était elle qui avait le contrôle, le pouvoir, et elle l'exerçait en m'embarquant dans cette fourgonnette alors même qu’elle n'avait aucune preuve tangible que Caroline avait effectivement fait quelque chose. Etre présent au mauvais endroit au mauvais moment n'était en soi pas un délit suffisant pour être jeté dans les arènes. Peut-être était-ce la raison pour laquelle je ne m’offusquai pas avec plus de véhémence du traitement que l'on m'infligeait. Qu'elle qualifie ce contrôle de vexatoire et qu'elle parlât d'amour propre était en soi très évocateur. Je ne la connaissais pas plus que ça, mais je pouvais aisément imaginer que c'était très important pour elle, de garder le contrôle.

Alors, je ne disais rien, comme s'il y avait eu un accord tacite entre nous. Chacun restait à sa place, dans l'ordre qui a été établi. Quoique je dise, quoique je fasse, elle me considérera toujours que j'étais inférieure, parce que je n'étais pas une humaine lambda. La preuve, je devais me soumettre à eux pour pouvoir me garantir un semblant de puissance magique, parce que ma magie était tributaire du sang humain que l'on consommait. Sans eux, nous n'étions rien, et elle le savait également. En tout désespoir de cause, j'avais invoqué la seule explication plausible quant à ma présence dans un quartier aussi mal famé. Le sang humain. Une denrée extrêmement rare, et donc très précieuse. Et pendant qu'elle continuait à me fouiller au corps, elle trouva la bague que j'avais utilisée pour tracer Caroline. Elle pouvait toujours la garder, pour elle, ça ne sera rien d'autre qu'un pendentif au bout d'une chaîne si elle ignorait comment s'en servir. C'était un gadget parfaitement inoffensif et parfaitement indolore, à dire vrai, rien n'indiquait que le bijou soit effectivement ensorcelé. Pour ne pas attirer davantage de soupçons, mes sourcils s'arquèrent pour feindre tout d'abord la surprise puis l'outrage. Après tout, il y avait de quoi se sentir bafoué quand on découvrait que sa propre sœur n'avait pas confiance au point de dissimuler des mouchards dans ses affaires.  

Je décidai alors de jouer le tout pour le tout en mentionnant le trafic de sang humain qui commençait à s'organiser en ville.  
Exactement comme je l'avais anticipé, la milicienne se montra très intéressée par mes explications. Un rictus étira mes lèvres fines lorsqu'elle me demanda si je connaissais déjà un fournisseur.

« Quelle importance ? » m'enquis-je d'une voix rauque. « Vous vous attendiez peut-être à ce que je balance des noms de trafiquants ? Que je vous serve d'indic peut-être ? Comme je viens de le dire, c'est une piste que j'explore, et le résultat n'est pas très concluant puisqu'à l'évidence je me suis faite pincer avant même de trouver quelque chose. »  

Si les trafiquants étaient un tant soit peu malins, il était évident qu'ils s'arrangeraient pour ne pas laisser de traces visibles. Pour les trouver, il fallait savoir précisément où les chercher. S'ils pouvaient être repérés trop facilement, ce ne serait pas bon pour les affaires. Du reste, ils n'auraient pas intérêt à vendre des produits défectueux, simplement parce que c'était leur réputation qui était en jeu. Dans des milieux aussi restreints, le bouche à oreille pouvait aller très vite et un client qui n'était pas satisfait était un client qui ne reviendra pas. Certes, je n'avais aucune garantie que le sang soit effectivement synthétique mais peu importait dans le fond, ce n'était pas le sens de mon propos. De toute manière je n'étais pas certaine que ce soit ce que la milicienne voulait entendre. Le plus sage était encore de me taire. Je montai donc dans le fourgon, obéissant bravement aux ordres qu'elle donnait. Ne pas savoir où elle m'emmenait n'était guère rassurant, mais je n'étais pas certaine d'être davantage rassurée en connaissant notre destination, alors je choisis de rester dans l'ignorance. Il n'y avait pas besoin d'être dans l'illégalité pour estimer que les miliciens n'étaient pas dignes de confiance.  

Les questions posées par la milicienne étaient dérangeantes, presque trop intrusives. Bien sûr qu'elle ne comprenait pas, elle était humaine, elle n'avait pas besoin de magie pour vivre. Caroline était magique par essence puisqu'elle avait été transformée par un rituel de magie noire. Quant à moi j'avais beau être humaine, j'avais tout de même besoin de sentir la magie en moi parce que c'était un besoin que je ne pouvais pas réfréner. Arrêtez d'arroser une plante et elle mourra. Pour les surnat, c'était exactement la même chose. Je ne minimisais pas du tout ma dangerosité ou celle de Caroline en affirmant cela. Je ne faisais qu'énoncer un fait. Dans l'histoire, nous étions les victimes et non les humains.  

« Encore une fois vous n'écoutez pas ce que je dis. » répondis-je sèchement en la dardant de mon regard sévère. «  J'ai dit que le sang nous est nécessaire pour stabiliser nos pouvoirs. Je n'ai jamais dit que nous l'utilisions pour nous renforcer. Ce n'est pas exactement la même chose. » Mon regard examina rapidement l'intérieur de la fourgonnette et se posa à nouveau sur la milicienne. « Ma sœur m'a expliqué que le monde repose sur un équilibre fragile, équilibre qui a dès lors été rompu et qui a transformé le monde tel que nous le connaissions, mais là je ne vous apprends rien. En revanche, ce principe est toujours valable. J'ai un point d'équilibre, tout comme vous en avez un. Vous êtes bien placée pour savoir où se trouvent vos limites vu que vous avez été entraînée pour les dépasser. »  

J'adressai à la milicienne un regard entendu.  

« En tant que créature surnaturelle j’ai été créée par la magie. La magie étant mon carburant, j'en ai besoin pour vivre, de la même façon que la végétation a besoin d'eau, de soleil et des nutriments qu'elle puise dans le sol pour survivre. » Parce que c'était de cela dont il était question dans le fond. De la survie. « Si je suis en manque de sang, je ne pourrai pas contrôler la fréquence et l'intensité de mes métamorphoses. Mes pouvoirs seront beaucoup plus aléatoires, beaucoup plus incontrôlables. Je deviendrai plus agressive, plus dangereuse, et seulement là je deviendrai une menace. Vous voyez, tout est question d'équilibre. »  

J'insistai sur ce dernier mot, alors que mon regard s'était allumé d'une lueur féroce. Je ne minimisais pas le danger que les surnats représentaient, simplement parce qu'il n'y avait pas lieu de nous craindre. Si elle savait en quel animal se transformait Caroline, la verrait-elle toujours comme un danger potentiel ? Si elle croisait cette chatte rousse parfaitement inoffensive, se douterait-elle que sous l'animal se cachait en réalité une humaine ? Si je le voulais, je pourrais contraindre ma sœur à rester sous sa forme animale et l'adopter comme animal de compagnie, parce qu'elle était entièrement sous mon contrôle. Ce que la magie noire donnait, elle le reprenait. Caroline avait consenti à s'asservir à ma personne, ce faisant, elle avait renoncé à sa liberté. Seule ma mort définitive pouvait lui rendre sa liberté. Tant que je vivais, elle sera liée à moi, par la magie, par le sang. Parce que nous étions des jumelles, parfaitement identiques, issues du même œuf. Un rictus étira mes lèvres tandis qu'elle me demandait plus amples détails sur ma transformation.

« Que cherchez vous à démontrer en me posant une telle question ? » demandai-je en la sondant de mes prunelles d'obsidienne. « Cela vous échapperait-il que l'on puisse faire ce choix, en toute connaissance de cause ? Pourtant c'est le cas, j'ai choisi de devenir une métamorphe et même qu'au départ ma sœur y était formellement opposée. Elle voulait une autre vie pour moi, je suppose. » Mon regard se voila tandis que je me remémorais tous ces souvenirs. « La nature de ma sœur n'a pas toujours été acceptée par le reste de la famille, vous savez. Elle est partie de chez nous un peu avant nos seize ans, parce qu'elle n'en pouvait plus que sa particularité soit psychiatrisée à tort et à travers. Elle est allée sur les routes pour apprendre la magie aux côtés des plus grands. En échange elle faisait du travail manuel, parce que focaliser son attention sur du travail manuel lui permettait de canaliser ses pouvoirs. Ça lui a appris la rigueur et la discipline, qui sont des notions qui ne vous sont pas totalement inconnues, je suppose. »  

Je m'affalai légèrement contre la paroi du fourgon. Elle voulait connaître notre histoire, savoir comment Caroline avait le choix de devenir un monstre ? Elle allait être servie, parce que je ne comptais pas lésiner sur les détails.  

« Notre père est mort l'année de nos seize ans, des suites d'une longue maladie. J'ai demandé à Beatriz de venir en Alaska pour l'enterrement, mais elle m'a répondu un simple non. Mais c'est ma sœur, vous comprenez, on n'a jamais été séparées aussi longtemps. Alors je suis partie moi aussi, pour retrouver sa trace mais comme elle ne voulait pas être trouvée ce n'était pas une mince affaire. » Cela rejoignait ce que j'avais supposé à propos des trafiquants de sang qui ne voulaient pas être retrouvés aussi facilement. « J'ai quand même fini par la retrouver et je ne lui ai pas laissé le choix, j'ai fait partie de ses compagnons de route. Concrètement j'ai pu voir ce qu'elle faisait, je l'ai déjà vue en train de pratiquer des exorcismes sur des êtres possédés par des esprits maléfiques. Elle sauvait les gens à sa manière. Exactement de la même façon que vous prétendez sauver la population en nous exterminant mais j'imagine que c'est une question de point de vue. » Un rictus sardonique étira mes traits fatigués. «  Toute aussi héroïque qu'elle soit, cela n'a pas empêché le gouvernement de l'envoyer dans les arènes. C'était en 2012. Vous connaissez l'issue de cette histoire , les honneurs qu'elle a reçus suite à sa victoire. Évidemment il y a eu des mécontents. Elle s'est faite tabasser par un groupe de résistants et elle a été laissée pour morte dans une ruelle. »  Mes mains se mirent à trembler sous l'effet de l'émotion. Les menottes se mirent à cliqueter. « C'est suite à cela que j'ai choisi d'être celle que je suis. Ce lien qui nous unit va bien au-delà de l'amour. La transformation a été douloureuse  mais je pense sincèrement que ça en valait la peine. Quand elle est en danger, je le sens jusqu'au fond de mes tripes. »

Et je n'en dirai pas davantage, parce que la nature profonde de notre lien ne la regardait pas. Je soupirai longuement. Je ne pouvais pas savoir où nous étions, parce que la fourgonnette était blindée et il n'y avait aucune fenêtre au travers de laquelle on pouvait regarder pour se repérer. Aussi n'étais-je pas en mesure de savoir si nous étions bientôt arrivés à destination ou s'il y avait encore beaucoup de chemin à parcourir. Je haussai un sourcil.  

« Et vous ? » Ma voix resta en suspens quelques secondes. « Qu'est-ce qui vous a motivée à devenir une tueuse ? Il me semble qu'être entraîné pour tuer ce n'est pas vraiment la même chose que d'être contraint à tuer pour survivre. »  

Qu'on ne me fasse pas croire que tous les shadowhunters étaient des enfants de cœur et qu'ils tuaient pour la bonne cause.  
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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Ven 15 Juin - 20:20


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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« Au contraire, je vous écoute avec beaucoup d’attention, madame Deveraux, avait-elle rectifié en cillant posément, sans manifester l’impatience que trahissait son interlocutrice. En vérité, je me demandais simplement pourquoi vous ne vous résolviez pas à souffrir, comme votre sœur. » La façon qu’elle avait de présenter la souffrance comme une posture sacrificielle tout à fait envisageable pouvait sembler absurde mais n’était finalement qu’un lointain vestige de ce qu’avait été, autrefois, son propre devoir patriotique – dégénéré, maintenant qu’il ne pouvait plus être question « d’amour de la patrie » dans ce monde éclaté. Du reste, elle ne connaissait assurément pas assez bien les rouages de la magie et n’aurait su prendre ce qu’une surnaturelle lui en disait pour argent comptant : elle n’était certes pas en mesure d’y déceler l’hypothétique part de vérité, mais elle y distinguait fort bien, pour être coutumière de ces subtilités complaisantes auxquelles recourait sans cesse le Gouvernement, l’insidieuse casuistique qui prétendait donner à son propos un caractère d’évidence et un semblant de légitimité. Ainsi, la rigueur et la discipline, qui avaient d’abord figuré parmi les moyens de « stabiliser » ce genre de pouvoirs, devaient-elles sous d’obscurs prétextes céder la place à un vampirisme écœurant. Que la situation échappe aux surnaturels au point de les réduire à une telle extrémité lui importait finalement peu ; elle ne voyait là qu’un cercle vicieux où ils avaient leur propre part et qui les poussait à s’enfoncer plus avant dans la monstruosité.
Enfin, elle ne jugea pas utile d’insister au sujet de ses fournisseurs pour le moment. « Si j’en crois ce que l’on sait de vos rituels, vous n’avez pas exactement été créée par la magie, et si nous devions arrêter de romancer l’anomalie que vous représentez – au sens le plus strict et le plus neutre du terme, si cela est possible –, nous dirions simplement que vous êtes un être humain qui a été altéré par la magie. » Katsiaryna se méfiait des analogies que la jeune femme cherchait à établir entre le fonctionnement de sa condition et celui de la nature : n’était-ce pas, une fois de plus, un moyen d’embellir la contre-nature ? Ses lèvres s’amincirent dans un pincement dubitatif. « Je ne saurais prétendre démontrer quoi que ce soit, madame Deveraux, c’était de la simple curiosité. Que l’on puisse s’aliéner ainsi volontairement m’échappe, de fait. » Elle percevait aussi distinctement qu’un parfum violent l’agressivité renouvelée de la captive et songea, l’espace d’une seconde, qu’une milicienne n’aurait pas dû se laisser questionner ainsi ; elle demeura silencieuse, cependant, et l’écouta une fois encore avec une attention qui ne faiblit jamais, s’étonnant d’en apprendre en fin de compte bien plus sur Beatriz que sur Caroline et ses véritables motivations. L’évocation des exorcismes, qui n’alla pas sans un commentaire plus que déplacé, lui durcit perceptiblement le regard ; mais la sévérité de ses propres paroles n’ébranla pas l’égalité de sa voix : « C’est une question de point de vue, en effet. Epargnez-moi votre rhétorique et la condescendance prétendument amère de votre sourire. »

Sans doute comprenait-elle, au fond, la précarité de leur existence et les hasards qui avaient impérieusement motivé leurs choix ; sans doute comprenait-elle aussi le nouement indissoluble de leur lien. Mais il fallait se soustraire à l’attendrissement, détourner pudiquement le regard de l’émotion qui semblait s’être matérialisée tout autour de la jeune femme pour la saisir et faire trembler ses mains dans un cliquetis qui suggéra l’entrechoquement de mâchoires bouleversées par quelque violent sanglot. Elle fit l’erreur de ne pas interroger les véritables raisons de son agitation, de ne pas entrapercevoir dans le noir flamboiement de ses yeux l’indignation d’une sorcière qui racontait en réalité sa propre histoire.

La délicatesse aurait probablement voulu qu’elle formule quelque regret quant au sort dont Beatriz avait été victime, mais les cahots d’une route pierreuse la rappelèrent soudainement aux exigences plus terre-à-terre de sa mission – or il ne s’agissait ni de geindre, ni de se justifier en se laissant aiguillonner par les interrogations mordantes de la prisonnière. Celle-ci ne semblait pas comprendre qu’elle n’était pas en position de transformer ce simulacre d’interrogatoire en simple conversation ; pourquoi, dès lors, entreprit-elle de lui répondre au lieu de lui battre froid ? « Vous vous fourvoyez, madame Deveraux, commença-t-elle sans s’offusquer de ce qu’elle lui attribuait une vocation de bourreau. Il n’est pas seulement question d’être entraîné pour tuer ou de tuer pour survivre ; il est avant tout question de tuer pour protéger, aussi aberrant cela puisse-t-il vous paraître – encore que je me demande si la perspective de tuer pour protéger une personne, d’autrui comme d’elle-même, vous serait à ce point répugnante. J’ai conscience des problèmes moraux que cela induit, de l’orgueil que cela peut impliquer ; pour autant, il faut bien que quelqu’un le fasse, et c’est une forme de sacrifice dont je ne tire pas la moindre vanité. »

Elle jugea hors de propos de lui apprendre qu’elle n’était pas nécessairement destinée à tuer, à l’origine ; jugea plus déplacé encore de se défendre de l’intolérance qu’elle lui prêtait fort légitimement à l’encontre des surnaturels, en évoquant tous ces individus qui avaient chéri leur humanité au point de ne pouvoir s’accommoder de leurs transformations – indépendamment du cruel rejet qu’ils avaient pu susciter parmi les membres de leur entourage et de la société. Elle tut farouchement le désarroi de sa mère, dont elle ne voulait pas souiller la mémoire en l’impliquant dans un entretien miné par l’amertume et la défiance ; ne s’épuisa pas à disserter sur la notion de norme et tout ce qu’elle pouvait avoir d’insatisfaisant : il lui suffisait de savoir qu’elle ne l’avait ironiquement jamais mieux comprise, qu’elle n’avait jamais mieux éprouvé la douleur d’un écart, d’une déviance, qu’en assistant impuissamment aux tâtonnements de sa mère mordue au flanc par une condition aussi nouvelle qu’indésirée. Katsiaryna ne pouvait tout simplement pas gaspiller son énergie à se dissocier du bourreau caricatural que ses « victimes » désiraient souvent voir en elle, quand il fallait à présent faire tenir ensemble tant de contradictions tout en conservant sa sanité d’esprit : l’horreur de l’arène, les commodités et la quiétude pour les nantis qui se servaient des plus démunis comme de marchepieds, la nécessité de protéger encore, absolument, quand elle n’avait pas été en mesure de rendre ce monde infernal plus sûr et viable pour l’être le plus précieux, l’être le plus tendrement chéri qui ait jamais peuplé son cœur.

Dans ces circonstances, certains raccourcis pouvaient s’avérer nécessaires voire salutaires. Rassembler les surnaturels et les phénomènes épouvantables qui menaçaient quotidiennement les civils sous une même enseigne de l’horreur lui semblait bien peu de chose en regard du miracle que la Nouvelle-Orléans devait en permanence reproduire sous le joug de l’apocalypse chronique qui la fissurait de toutes parts. Le degré de monstruosité était assurément différent en fonction des êtres surnaturels, mais l’échelle restait la même à ses yeux. Du reste, elle ne soupçonnait pas l’origine de tous ces déséquilibres, ne savait pas encore à quel point elle devait maudire les détenteurs de magie, combien elle se trouvait alors dans son bon droit – et c’était heureux.

Son biper sonna à sa ceinture et la tira de sa rêverie. Elle le consulta sans que son expression ne laisse rien deviner de la nature du message qu’elle venait de recevoir et interrogea tranquillement la détenue : « Vous avez donc décidé de renoncer à votre humanité pour vous rapprocher de votre sœur et veiller sur sa sécurité ? Cela s’est-il avéré satisfaisant, jusqu’à maintenant ? Pensez-vous parvenir à la protéger de vous et de vos frasques ? Voire d’elle-même ? » Il n’y eut, contre toute attente, – presque – aucune malignité dans sa voix, mais une étrange sévérité. « Ou bien vous contentez-vous de sentir le danger qu'elle peut encourir sans véritablement être en mesure d’agir en sa faveur ? » Le fourgon venait de s’immobiliser face à l’un des postes de la Milice, froid et impersonnel, arborant sur sa façade les stigmates de fréquents affrontements. « À supposer que votre sœur se soit trouvée, comme vous, au mauvais endroit au mauvais moment, ce soir, et que mes collègues finissent par lui refermer la main dessus : le sentiriez-vous, madame Deveraux ? » Tout en prêtant l’oreille à l’éventuelle réponse de la détenue, Katsiaryna se redressa pour ouvrir les portières du véhicule et aider ses collègues au déchargement. L’interrogatoire se poursuivrait à l’intérieur.



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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Sam 7 Juil - 19:51

Tried playing the odds but ain’t got the cards  
Beatriz & Katsiaryna
I was choking in the crowd, living my brain up in the cloud, falling like ashes to the ground, hoping my feelings, they would drown, but they never did, ever lived, ebbing and flowing, inhibited, limited 'Til it broke up and it rained down - Imagine Dragons "Believer"

Elle écoutait donc ce que je disais ? C'était bon à savoir. On ne dirait pas, pourtant, à considérer la propension qu'avait la milicienne à déformer mon propos. Faire dire à son interlocuteur ce qu'il n'a pas dit était une technique de manipulation redoutable. Si on avait un interlocuteur suffisamment habile, il pouvait retourner le cerveau de n'importe qui en moins de temps qu'il faut pour le dire. Si on n'y prenait pas garde, on finissait éventuellement par passer aux aveux et dès lors, ce serait la fin de tout. Pourtant, la milicienne ne savait pas encore qu'elle avait affaire à quelqu'un capable de manipuler les esprits à l'aide de quelques illusions qui, quand elles étaient bien réalisées, pouvaient elles aussi retourner le cerveau de ses vis-à-vis. N'avais-je pas réussi à dissimuler mes tatouages, me faisant ainsi passer pour ma sœur ? Je ne devais pas être une si mauvais actrice puisque j'étais parfaitement crédible dans mon rôle, et quand bien même elle ne serait pas convaincue, elle n'en montrait cependant rien. Elle ajoutai même qu'elle ne comprenait pas pourquoi Caroline ne s'était pas résolue à souffrir comme moi j'avais souffert. Si elle savait tout ce que cela m'avait coûté, tout ce que j'ai dû sacrifier, tout ce à quoi j'ai dû renoncer. Mon éducation religieuse y était sans doute pour beaucoup. À l'instar du Christ mort sur la croix pour sauver l'humanité, j'avais appris le sacrifice, l'abnégation, voire même la négation. C'était un fardeau extrêmement lourd à porter. Je ne prétendais pas être la sauveuse de l'humanité, j'essayais déjà de survivre par mes propres moyens. C'était déjà tout un challenge, de survivre dans un monde comme le nôtre. Elle ne le savait peut être pas mais son combat, quel qu'il soit, était vain. Il n'y avait absolument rien au bout de la ligne, rien à part une mort certaine.  
 
Quoiqu'il en soit je ne répondis pas à sa remarque, pour la simple et bonne raison qu’il n'y avait rien à répondre. Il ne fallait pas oublier que je parlais à travers Caroline et non en mon propre nom. Si j'avais pris le parti de révéler d'emblée ma véritable nature à la milicienne, j'étais certaine que nous aurions eu des conversations fort passionnantes. Et lorsqu'elle se lança dans un sermon sur ce qu'était ou non la magie, je me félicitais d'avoir eu la bonne idée de me taire pour mieux écouter ce qu'elle avait à dire. Elle se basa sur des idées reçues, sur des préjugés pour se persuader, me persuader que la magie était néfaste, que tout ce qui touchait de près ou de loin au surnaturel était une erreur de la nature qu'il fallait a minima corriger, pour ne pas dire éliminer. Les termes qu'elle employait alors étaient loin d'être neutres, comme elle le disait si bien. Anomalie. Altéré.  Voilà des termes bien péjoratifs pour évoquer une force de la nature aussi prodigieuse. Je ne pouvais toutefois pas la blâmer de penser ainsi. En tous temps les humains avaient craint la magie, le paranormal, le surnaturel, ils avaient ressenti le besoin de créer des divinités pour se rassurer, pour essayer d'expliquer des phénomènes pourtant inexplicables. La mort était un de ces phénomènes qui avait fait couler beaucoup d'encre. Personne ne voulait admettre qu’il n'y avait rien derrière la mort, sinon le néant. Ça avait quelque chose de réconfortant de savoir que l'on pouvait encore exister après, sous une autre forme. Les esprits que je percevais étaient coincés dans un monde transitoire, qui ne correspond pas non plus à l'idée que l'on se fait de l'au-delà. Je les envoyais certes dans la lumière, mais je ne saurais dire ce qu'il y avait dans cette lumière, pour la simple et bonne raison qu’il fallait mourir pour le savoir. Cela impliquait de se jeter dans l'inconnu. Je ne pris toutefois pas la peine de lui expliquer tout cela, parce que je n'avais décelé aucune once de spiritualité chez cette femme. Je ne savais même pas si elle croyait en quelque chose.  
 
Elle conclut sèchement en reprenant les mêmes mots que j'avais prononcés quelques instants plus tôt : tout était une question de point de vue en effet.  
Elle signifiait par là que le débat était clos.  
Nous aurions pu en rester là et garder le silence jusqu'à la fin du trajet.  
Il n'en fut rien.  
 
Comme je l'avais espéré, elle réagit à la question que je lui avais posée, à savoir ce que cela lui faisait d'être devenue une tueuse – ce qu'elle nous reprochait d'être, en somme. Ma question sembla offusquer la milicienne. Le masque de froideur qu'elle arborait en permanence se lézardait, et ses airs de grande dame ne trompaient personne. A l'évidence j'avais touché un point sensible puisque cela concernait directement ce qu'elle était, ce pourquoi elle se battait, ses idéaux. Elle était convaincue d'agir pour le bien commun, elle se targuait de tuer pour protéger et selon elle cela faisait toute la différence. Je ne pus cependant m'empêcher de tiquer lorsqu'elle sous-entendit que je pourrais être capable de tuer quelqu'un pour protéger une autre personne. À son tour, la milicienne venait de toucher une corde sensible. Peut-être que Caroline ne ferait pas de mal à une mouche, qu'elle était aussi inoffensive que la chatte rousse en laquelle se transformait quand elle était sous forme animale, mais moi, Beatriz, j'étais capable de tuer s'il le faut, que ce soit dans une hypothèse de légitime défense ou pour défendre quelqu'un qui m'était cher. Seulement, entre penser qu'on pouvait en être capable et en être effectivement capable, quitte à passer à l'acte, il y avait tout un monde. Toute humaine qu'elle était, Katsiaryna ne pouvait pas imaginer ce que représentait ma part d'ombre, les démons contre lesquels je me battais presque quotidiennement.

« Un sacrifice, donc ? » répétai-je pour rebondir sur son propos, non sans cligner des yeux au passage – signe que je tentais tant bien que mal de reprendre mes esprits. « Vous pensez être une sorte de martyr, d'agneau sacrificiel, vous êtes prête à tomber pour défendre votre cause, quelle qu'elle soit ? »

Mon regard chercha les prunelles glacées de la biélorusse.

« J'ai eu une éducation religieuse, vous savez. J'ai toujours trouvé cela curieux que Dieu sacrifie son fils unique par amour pour ses créatures, aussi imparfaites soit-elle. A croire que la valeur qu'il apportait à son fils était beaucoup moindre en comparaison à cette humanité ingrate et irrespectueuse. »

Même des années après, et encore plus depuis que je suis devenue mère, je comprenais encore moins ce choix.

« Ma sœur...elle a un fils. » Silence. « Le petit va avoir un an cet année. Il est encore fragile. Vulnérable. Je l'aime comme s'il était le mien. Et même si je dois paraître suspecte à vos yeux, je n'ai pas honte d'affirmer que oui, je serais prête à tuer pour protéger les personnes qui me sont chères. »

C'était, à mon sens, un sentiment parfaitement normal et on ne peut plus légitime. Personne ne pouvait nous reprocher de ressentir cela à l'égard de notre famille, tout comme il était naturel de réclamer vengeance quand quelqu'un leur faisait du tort, même si ce n'était pas bien, même si on préconisait de tendre l'autre joue. C'était un sentiment on ne peut plus humain, n'en déplaise à la milicienne qui ne nous voyait autrement que comme des monstres, des créatures assoiffées de sang qu'il fallait abattre à tout pris. Sur-ce, je signifiai que le débat, pour moi était clos. A l'évidence, je ne la ferai pas changer d'avis à ce sujet, tout comme je n'avais pas non plus envie d'expliquer que c'était l'amour qui avait motivé la transformation de Caroline, un amour si pur et si inconditionnel que souvent, j'ai pensé ne pas en être digne.

Le biper de la milicienne sonna, attirant toute mon attention. A nouveau, mes prunelles implacables furent braquées sur la silhouette sombre de la blonde qui mériterait sans conteste le titre de reine des glaces. Malgré cette distraction, elle n'en avait pas fini avec moi. Elle me demanda si jusqu'à présent, j'avais réussi à la protéger comme j'étais supposée le faire, ou alors, si je me contentais de sentir le danger sans être pour autant en mesure d'agir.  Je n'eus cependant pas le temps de méditer sur la réponse : le fourgon s'était arrêté, signe que nous étions enfin arrivés aux tours du gouvernement. Bien qu'une désagréable sensation de déjà-vu commençait à s'insinuer dans mon esprit, je n'en montrais rien. Je n'avais pas le droit de laisser entrevoir une quelconque faiblesse, car elle aurait vite fait de s'en servir contre moi. Plus docilement que tout à l'heure, je suivis les miliciens à l'intérieur, les poignets toujours menottés.

« Comme je vous l'ai dit, j'ai un neveu. » répondis-je enfin alors que nous passions les sas de sécurité, escortés par les gardes jusqu'à la salle d'interrogatoire. « Ma sœur n'est plus la seule personne qu'il est de mon devoir de protéger. Bien sûr que je continue de veiller sur elle, comme avant, mais à présent, je veille sur son fils également. » Mon regard s'assombrit. « Je ne vous cache pas que la tâche est parfois...compliqué. Ma sœur a des secrets, c'est indéniable. Par exemple, elle n'a jamais voulu me dire qui était le géniteur de son enfant, et je crois bien que c'est un secret qu'elle emportera jusqu'à la tombe. »

Une fois encore, Caroline ne mentait pas, puisque effectivement je ne l'avais dit à personne, et je m'étais jurée que mon secret s'éteindra avec moi. Je marquai quelques secondes de silence, comme si je réfléchissais à quelque détail qui pourrait avoir son importance, puis, je repris la parole.

« Réflexion faite, je ne crois pas non plus qu'elle l'ait dit à Matthias. » Silence. Je crus bon de préciser : « Je crois qu'il est plus ou moins son meilleur ami, ça n'a jamais été très clair. Ils se sont connus à l'époque des Hunter's Seasons. C'était en 2012. Si mes souvenirs sont exacts, il avait besoin d'un coup de chance...et il l'a sûrement eu puisqu'il peut encore en parler à l'heure actuelle. »

Dire qu'au moment où je prononçais ces quelques mots, je n'avais absolument aucune espèce d'idée que cette fille là était la fameuse milicienne pour qui Matthias semblait avoir un faible – quand il disait qu'il voulait l'utiliser comme doudou, c'était bien ce qu'il voulait dire, non ?  
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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Ven 13 Juil - 17:40


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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La captive s’obstinait à vouloir les catégoriser, elle et ses actes, selon des valeurs devenues obsolètes. Katsiaryna n’aurait su lui en tenir rigueur : l’illusion de savoir à qui l’on avait affaire figurait encore parmi les derniers réconforts qu’offrait ce monde défait. « Vous n’y êtes pas non plus, répondit-elle cependant. Il me semble vous avoir dit que je ne tirais aucune vanité de ce sacrifice ; or je reste persuadée que le martyr n’est au fond rien d’autre qu’un vaniteux. Du reste, il n’est pas non plus question de victimisation. »

Tandis que les détenus étaient dispersés dans plusieurs cellules, Katsiaryna mena la jeune femme jusqu’au local où se déroulerait la suite de l’interrogatoire. Elle n’avait pas manqué, ce faisant, de livrer l’étrange objet trouvé dans l’une de ses poches à un collègue qui avait fait du surnaturel et des pratiques occultes sa spécialité. À l’intérieur de la pièce, meublée d’une table, de deux chaises et dont les murs étaient revêtus de vitres dans tain, elle invita courtoisement la captive à prendre place, fixant aussitôt ses menottes à la froide surface qui devait soutenir ses bras et les laisser apparents tout au long de l’entretien. Puis elle s’installa à son tour, revenant sur les propos que la jeune femme avait tenus au sujet de son éducation religieuse et du fils de Beatriz. Elle n’en avait rien manqué, de même qu’elle ne tira rien de son aveu – si ce n’était, peut-être, l’ombre d’un sourire, où se mêlaient tout à la fois l’ironie, l’indifférence et le désenchantement. « Oh, mais il n’y a de fait aucune honte à avoir, madame Deveraux. Je souhaitais simplement vous l’entendre dire. » Il était toujours bon de rappeler à ceux qui dénonçaient la barbarie de la Milice qu’il n’existait plus que des criminels en puissance, ici-bas. Que Beatriz ou Caroline fût disposée à tuer pour protéger un être cher était tout ce qu’il fallait retenir ; au reste il importait peu que cela fût par amour : l’acte ne différait en rien et l’amour ne l’excusait sans doute pas plus, au fond, que le sens du devoir. Katsiaryna avait toujours mis un point d’honneur à ne pas se fourvoyer au sujet du pouvoir qu’elle était susceptible de s’octroyer sur autrui avec la bénédiction du Gouvernement ; elle n’oubliait pas que la toute première vie ôtée – quel qu’en soit le motif – avait irrémédiablement fait d’elle un assassin et que la légitimation de la violence par ses supérieurs hiérarchiques n’avait aucune valeur morale. Peut-être aurait-elle dû se haïr – c’était a priori ce qu’aurait dû provoquer sa propension à se regarder l’âme, croyait-elle, sans la moindre complaisance ; mais un cœur et des yeux secs lui avaient toujours paru plus commodes pour survivre – tant qu’il s’agissait de cela – qu’un sentiment ou une passion supposément noble ; or elle n’était pas certaine que l’amour dont se targuait madame Deveraux fût tout à fait étranger aux satisfactions de vanité, qu’elle redoutait et trouvait autrement dégoûtantes qu’une apparente inhumanité.

Katsiaryna considéra longuement la jeune femme, sans un mot. Beatriz taisait assurément de nombreux secrets et celle qui se présentait comme étant Caroline éludait habilement une partie de ses interrogations. « Depuis quand s’agit-il de monsieur Petersen plutôt que de vous, madame Deveraux ? » s’enquit-elle très calmement en s’efforçant de ne pas réagir davantage à l’évocation de l’ancien vainqueur dont elle avait probablement irréparablement fragmenté l’existence. Elle chassa résolument l’image de son impérissable sourire avant que celui-ci ne se macule de sang. Au même instant, son biper se manifesta de nouveau et lui arracha un soupir sitôt qu’elle eut terminé de le consulter. « Je vous rejoins sur un point, poursuivit-elle dans un murmure qui ne trahissait rien de sa contrariété. Il peut être particulièrement difficile de veiller sur Beatriz. C’est qu’elle paraît souffrir, comme l’ensemble de son entourage d’ailleurs, d’une indécrottable tendance à se mettre dans l’embarras. La vulnérabilité de son fils, de toute évidence, n’y change absolument rien. » D’un geste de sa main gantée, elle fit signe aux collègues qui se tenaient à l’extérieur du local, et bientôt la lumière varia, de sorte que la vitre sans tain retrouva provisoirement toute sa transparence. La configuration en tous points similaire de la pièce attenante apparut soudain, avec en son centre une jeune femme dont la chevelure rougeoyait aussi intensément que celle de sa propre captive : la deuxième sœur Deveraux se tenait face à un Prescott très satisfait de lui-même et qui savourait ostensiblement la stupéfaction qu’arborait désormais la détenue. Celle-ci avait été appréhendée peu après la première avec une poignée d’autres individus suspects. « Il semblerait que l’une de vous maîtrise encore suffisamment ses pouvoirs pour dissimuler ses tatouages aux yeux du monde, commenta tranquillement Katsiaryna. C’est édifiant. » L’illusion n’était pas foncièrement hostile et c’était sans doute en partie ce qui avait garanti son efficacité jusqu’à maintenant : les Shadowhunters, après tout, n’auraient pu se lancer à la poursuite d’un quelconque spécimen dangereux s’ils n’avaient pas préalablement subi un entraînement intensif dispensé par les mages mis à la disposition du Gouvernement – un esprit accoutumé au fonctionnement des illusions devenait à force de pratique plus difficilement manipulable que celui d’un citoyen ordinaire.

Un nouveau jeu de lumière rendit à la vitre sans tain toute son opacité. Katsiaryna chercha le regard de la jeune femme et lui demanda posément : « Faut-il que nous mettions votre peau à l’épreuve de l’argent, à toutes les deux, pour enfin vous distinguer convenablement ? Cela risquerait d’être particulièrement pénible pour Caroline. » En vérité, la situation la contrariait : tout indiquait que Beatriz Deveraux, placée sous l’étroite surveillance du Gouvernement, n’avait finalement pas réussi à se tenir tranquille. Encore fallait-il déterminer ce qui avait véritablement motivé sa présence dans la souillure omniprésente des quartiers Nord. « J’ai horreur que l’on me mente, madame Deveraux, lui fit-elle remarquer en fixant son regard sur elle. Et j’ose espérer que vous êtes maintenant disposée à ne plus me prendre pour la dernière des imbéciles. » Sa posture, contre toute attente, ne se voulait ni oppressante, ni accablante : le dos droit et les mains posées sur la table, prêtes à sévir sans pour autant brûler de le faire, elle n’avait rien de la suffisance dominatrice de Prescott. Elle cherchait manifestement à comprendre. « Tous vos talents d’illusionniste et de comédienne n’auraient pu suffire à camoufler la vérité de votre corps, expliqua-t-elle pour achever de décourager tout mensonge supplémentaire. Car un corps ne ment jamais et, malheureusement pour vous, c’est encore ce que je lis le mieux. » Elle marqua une pause avant de terminer : « Alors je vous écoute, Beatriz. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? »



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Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]

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