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 Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Jeu 28 Déc - 20:43


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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S’arrachant peu à peu à la convalescence, Katsiaryna avait multiplié les missions dans le nord de la Nouvelle-Orléans sitôt que son corps le lui avait permis. En un sens, elle rééduquait tout aussi bien son esprit, se réexerçant à considérer sans ciller la rupture injurieuse entre le beau monde et la fange des miséreux – mais était-ce véritablement là ce qui lui minait la conscience ? Son regard, bien malgré elle, se projetait toujours plus loin, au-delà des pieux mensonges qu’elle se récitait complaisamment ; vers ce qu’elle apercevait confusément des voies inquiétantes du Metro Light Rail. Chaque fois qu’elle en voyait les mornes lumières vaciller, un étrange écœurement lui tordait le ventre. Sans même comprendre le cheminement de ses pensées, elle ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Alors cela n’avait jamais rien de rationnel ou d’ordonné ; ce n’était qu’un incontrôlable flux de questionnements qui, tous, effleuraient la même éventualité sans jamais vraiment la formuler : se pouvait-il que l’horreur se soit reproduite, continument mais imprévisiblement, pour d’autres infortunés ? Sans doute n’était-ce qu’une façon de plus de mourir : tant de personnes disparaissaient, par ici. Or la Milice ne s’aventurait jamais dans le secteur nord pour sauver qui que ce soit ; seulement pour sévir.
Elle-même prétendait-elle extirper le moindre individu de ce centre névralgique où tant d’atrocités semblaient converger ? En réalité, elle discernait de plus en plus, dans l’embourbement de son esprit, les contours d’alarmes toutes personnelles, où le courage ne s’était pas encore enraciné assez solidement pour que l’égoïsme s’amende enfin en altruisme. Sous couvert de mener à bien sa mission, elle commençait à reconnaître – non sans honte – qu’elle se hasardait en ces lieux essentiellement par bravade, pour tenter le diable, pour défier le sort, de la manière la plus puérile qui soit. Tout d’abord, elle avait attendu avec appréhension que le sol se dérobe sous chacun de ses pas ; puis, sans qu’elle ne s’en aperçoive, le manquement de l’horreur à ces rendez-vous informels, l’invariable solidité de l’asphalte crevassé sous ses Rangers avait affermi sa détermination ; elle avait, pour ainsi dire, réappris à marcher dans la monstruosité ambiante et se persuadait maintenant qu’elle était de nouveau prête à en combattre la plus sombre part.
Néanmoins il lui semblait encore, par moments, qu’un poids intangible lui tombait sur la poitrine, vague mais douloureuse réminiscence des difficultés qu’elle avait eues à respirer, là-bas.

Aussi lui était-il essentiel de s’oxygéner la tête et le cœur par l’effort. Elle s’était efforcée de renouer – sans trop de répugnance – avec les aspects les plus primitifs de son métier. De fait, elle n’avait jamais eu tant besoin d’éprouver la résistance et la souplesse de ses muscles à travers les longues traques qui la menaient d’un bout à l’autre de la Nouvelle-Orléans. Rechercher, poursuivre, neutraliser ; sans s’oublier toutefois : elle n’ignorait pas qu’il était malheureusement bien plus épuisant de sauver que de tuer et qu’il pouvait être extrêmement tentant de croire que l’un équivalait à l’autre – il y avait à cet égard un visage qu’elle peinait terriblement à chasser de ses pensées. En somme, elle tâchait de se surveiller, de ne pas se grandir en grimant tout ce que son devoir comportait d’odieux ; mais il était quelquefois difficile de ne prendre aucun plaisir à la répression, de n’en tirer aucune espèce de satisfaction quand vos propres démons exigeaient de vous un défoulement. Garder la tête froide, s’ordonnait-elle en permanence, le cœur et les yeux secs ; aseptiser chaque frappe.

Il fallait accepter – avaler comme une couleuvre – l’absurdité de ce temps où maintenir l’ordre n’impliquait plus de rendre justice à qui que ce soit – tout au contraire – et où se comporter en héros paraissait plus malséant qu’à propos.

Tout le monde ne l’avait pas encore compris. La société connaissait depuis peu quelques nouveaux remous en raison de la « fenêtre sur l’extérieur » que le Gouvernement s’était ménagée à travers un groupuscule de survivants. La nouvelle n’avait pas manqué d’ébahir les habitants de la Nouvelle-Orléans, et la Milice devait déjà en juguler les effets : pour les uns, la mystérieuse communauté représentait l’esquisse timide d’un nouvel horizon, d’un nouvel espoir ; pour les autres, elle restait une menace. Que pouvait-on en attendre ? Surtout, que signifiait son apparition sur l’échiquier de la survie ? Se pouvait-il qu’elle ait été le dernier recours d’un Gouvernement exsangue ? Il n’en fallait pas davantage pour exciter les parasites et leurs mouvements opportunistes.

La « résistance » s’obstinait à grouiller plus ou moins discrètement dans les fêlures qui lézardaient le mur gouvernemental. Les descentes dans les endroits les plus malfamés – et parfois tout aussi incongrus – s’étaient récemment multipliées pour disperser des réunions suspectes ou capturer ces esprits – potentiellement ou effectivement – récalcitrants, qui comptaient plusieurs individus contre-nature.

Cela lui facilitait généralement la tâche. La nuit se chargeait d’estomper le reste.

Dans la fraîcheur d’une soirée hivernale, les portières d’un premier fourgon venaient de se refermer sur une poignée de captifs. Katsiaryna, essoufflée par la course, inspira profondément en regardant le véhicule s’éloigner. Un deuxième stationnait tout près, la gueule béante, prêt à engloutir d’autres prisonniers toujours en cavale. Elle s’apprêtait à s’enquérir de la progression de ses collègues lorsque l’un d’eux surgit au détour de la ruelle, précédé d’une silhouette familière. L’éclat rougeoyant des boucles qui auréolaient la pâleur diaphane de son visage la fit ciller. « Je l’ai trouvée cachée derrière des caisses, près de l’entrepôt, expliqua le milicien en administrant une ultime bourrade à la jeune femme. Elle a dû vouloir profiter de l’agitation pour passer inaperçue – mais une capuche, ça n’suffit pas, ma jolie. » Katsiaryna inclina légèrement la tête comme pour mieux l’examiner. Son collègue ajouta : « Elle n’a pas cherché à s’enfuir, cela dit. » Etrangement raisonnable, songea-t-elle en réprimant une petite moue dubitative. Un autre détail la préoccupait davantage, cependant : elle était absolument certaine d’avoir vu une tête rousse cavaler parmi les autres – ce qu’elle se garda bien de mentionner pour commencer. « Mademoiselle Deveraux. » salua-t-elle sans cesser de la dévisager fixement. À son apparition, les chaudes fragrances du Mary Rose lui avaient illusoirement caressé les narines. Pourtant, Katsiaryna n’était pas absolument persuadée d’avoir affaire à celle des sœurs qu’elle « connaissait » : il aurait été tout à fait déplacé, pour l’assistante de Madame O’connell, d’être aperçue en des lieux aussi peu fréquentables. Beatriz se trouvait depuis longtemps sous la surveillance – plus ou moins hostile – du Gouvernement. Caroline, quant à elle, s’était à plusieurs reprises faite remarquer, de la plus préjudiciable des manières.

Katsiaryna ne montra rien de ses doutes. Elle feignit d’interroger la jeune femme menottée, interrompant le geste de son collègue qui s’apprêtait à la pousser vers le deuxième fourgon : « Que penserait votre sœur de votre présence dans un quartier aussi sordide ? Tout près, qui plus est, de l’entrepôt où vient de se tenir un rassemblement de résistants. » Elle continua de la scruter, mais l’éclairage insuffisant la gênait.



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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Jeu 11 Jan - 19:46

Tried playing the odds but ain’t got the cards  
Beatriz & Katsiaryna
I was choking in the crowd, living my brain up in the cloud, falling like ashes to the ground, hoping my feelings, they would drown, but they never did, ever lived, ebbing and flowing, inhibited, limited 'Til it broke up and it rained down - Imagine Dragons "Believer"

Le quartier nord de la ville était un endroit tellement mal famé qu'il valait mieux ne pas y être aperçu, en particulier quand le reste de la société nous pensait bien sous tous rapports. En tant qu'assistante d'Esperanza O'Connell, j'avais un rôle à tenir, une image à entretenir, et je ne saurais tolérer qu'elle soit entachée par les agissements vicieux de ma propre sœur. J'avais mis tellement de temps et d'énergie à construire tout ce j'avais que la simple idée de tout perdre m'était insupportable. Je n'avais pas fait tant de sacrifices pour rester tout en bas de l'échelle, pas comme ça. J'agissais surtout par devoir. Ce que je faisais, je le faisais pour mon fils, même si cela impliquait d'avoir du sang sur les mains. Surtout si ça impliquait d'avoir du sang sur les mains, en fait. Être à la solde du gouvernement ne signifiait pas être réglo tout le temps. C'était parfois la règle du fais ce que je dis, pas ce que je fais qui s'appliquait. La loi, on s'en accommodait comme on pouvait. Le régime était pourtant sévère, je le savais pour avoir été envoyée aux arènes juste parce que j'avais été prise en flagrant délit de squattage. J'estimais dès lors m'être acquittée de ma dette, mais entre ma perception et la réalité, il y avait un ravin. On n'en avait jamais réellement fini avec le Gouvernement, ils venaient réclamer toujours plus, un petit service par-ci, un renseignement par là, on leur donnait un doigt et c'était la main toute entière qui y passait. J'étais prise au piège depuis tellement longtemps que je n'étais pas certaine de pouvoir en sortir un jour. En fait, je n'étais même pas sûre qu'il était possible d'en sortir tout court. Pour l'instant j’y trouvais mon compte et c'était tout ce qui m'importait. Au lieu d'essayer de changer les choses je tâchais surtout de préserver cet équilibre fragile coûte que coûte.    

De base, je n'étais pas du genre à m'embarrasser de scrupules. Je faisais ce qu'il y avait à faire, point, même si ce n'était pas loyal, même si ce n'était pas fair play, même si je devais planquer des cadavres pour préserver la réputation irréprochable de ma patronne. C'était également valable si je devais m'opposer à ma propre sœur. J'aimais ma jumelle de tout mon cœur, elle était mon double, ma moitié, mais je savais que je n'hésiterais pas une seule seconde à la sacrifier si cela pouvait sauver Noah. Je n'étais pas qu'une sorcière, j'étais aussi une mère et une mère était censée protéger sa progéniture. Jusque là, je n'avais pas -encore – failli à ma tâche, et je comptais bien continuer sur ma lancée. Ce que je ne comprenais pas, par contre, c'était pourquoi Caroline n’y mettait pas autant d'ardeur. Certes, nous étions en froid depuis quelques mois mais bon sang, même si elle ne pouvait plus me voir en peinture, j'espérais qu'elle aurait au moins la décence de se tenir tranquille pour ne pas nous nuire, à Noah ou à moi. Elle savait que ça me tenait à cœur, elle savait combien je m'étais saignée pour récolter les quelques miettes qu'on voulait bien me laisser. Aussi n'était-il guère étonnant que je me lance à ses trousses, osant  la poursuivre jusque dans les recoins les plus glauques de la ville. Ce qui n'était au départ que quelques soupçons se renforçait au gré des preuves que je parvenais à récolter. Je savais que Caroline trempait dans des affaires louches, tout autant qu'elle copinait avec des miliciens. Elle jouait un double -jeu dangereux, qui, à terme, allait nous mener à notre perte à toutes les deux. Je savais que ma sœur avait des convictions, elle y faisait allusion de temps à autres, quand elle ne désavouait pas carrément la dictature en place. Pourtant, elle ne s'épanchait pas. Un regard noir suffisait habituellement à ce qu'elle n'insiste pas. Alors, elle se taisait, ruminait parfois, protestait en silence mais n'en pensait pas moins. De là à passer à l'acte…non que je ne l'en pense pas capable – au contraire je savais très bien qu'elle en était parfaitement capable et c'était justement ce qui me faisait peur – mais elle n'était pas non plus stupide, elle tenait un minimum à la vie, contrairement à moi.  

Aussi était-il étonnant de la voir traîner par ici à l'occasion. Elle avait sûrement des raisons autres qu'un bête désaccord politique. Pourtant, l'idée que ma propre sœur puisse fricoter avec des résistants autoproclamés me collait la nausée. N'avait-elle pas oublié ce qui s'était passé à New-York quelques années plus tôt, au lendemain de ma victoire aux Hunter's Seasons ? Se souvenait-elle de l'attaque en pleine rue dont j'avais été victime ? À l'époque j'avais soupçonné la résistance d'être impliquée, de près ou de loin, dans ce que j'avais vécu. Les gens d'ici n'étaient pas bien différents de ceux qui avaient vécu là bas. Entre temps, certains étaient morts, d'autres s'étaient tout simplement déplacés au sud au même titre que ceux qui ont déserté les zones devenues inhabitables. Dans le fond, c'était la même vermine qui grouillait dans les bas-fonds de la Nouvelle Orléans. J'osais espérer que ma sœur tentait de s'infiltrer pour récolter quelques précieuses informations, informations qu'elle ne manquera pas de me transmettre, bien entendu. Sinon, quel serait le but d'une telle manœuvre ? Caroline avait bien des défauts, mais la traîtrise n'en faisait définitivement pas partie. C'était pourtant une idée qui me trottait dans la tête, de laquelle je ne pouvais pas me défaire. C'était là, et ça entachait la confiance aveugle que je vouais à ma jumelle jusqu'alors. Parfois, je me surprenais à m'interroger sur les raisons qui l'ont poussée à vouloir devenir une métamorphe. Elle avait peut-être d'autres desseins que celui de rester liée à moi jusqu'à ce que la mort nous sépare.  

Je devais en avoir le cœur net.  

Je préparais minutieusement ma traque depuis des semaines. Il m'avait suffi d'une carte et d'un charme vaudou pour savoir exactement où se trouvait Caroline en ce moment précis. Pour la tracer, j'avais seulement eu besoin d'un objet qui lui appartenait. L'objet en question était une bague qu'elle ne portait plus depuis des années  - depuis qu'elle se transformait en métamorphe en réalité – et je l'avais observée se déplacer à chaque mouvement que ma sœur faisait. C'est ainsi que je me retrouvai à arpenter le quartier nord de la ville, à la recherche d'un quelconque renseignement concernant les activités parallèles de ma sœur. Pour ne pas risquer de me faire démasquer, j'avais dissimulé mes nombreux tatouages au moyen d'une illusion. Je n'étais plus Trixie mais Caroline et j'espérais qu'elle était suffisamment implantée pour que les autres la reconnaissent et soient tentés de venir lui parler. Après tout, je connaissais ma sœur depuis toujours, et j'étais capable de l'imiter, d'agir comme elle l'aurait fait. J'avais mémorisé les intonations particulières de sa voix quand elle cherchait à séduire, ou à convaincre, ou bien les deux à la fois.  

Mon plan aurait pu parfaitement s'orchestrer si la milice n'avait pas décidé de faire un raid ce soir là. Je ne savais que trop bien que le gouvernement avait à cœur de vérifier si la Prohibition était respectée à la lettre. Ils s'assuraient que tout à chacun ne planque pas de bouteilles d'alcool dans leurs caves ou s'adonne à d'autres vices tout autant répréhensibles. Or, ces quartiers dégueulaient la débauche, ce qui faisait les beaux jours de la mafia. Seulement, il y avait une contrepartie, et cette contrepartie était la présence de la milice en ces lieux. Si j'avais été moi-même j'aurais collaboré sans sourciller, comme je le faisais toujours. Or, je n’incarnais pas mon propre rôle mais celui de ma sœur. Il y avait fort à parier que Caroline était beaucoup moins docile. Je me trouvais prise à mon propre piège mais je ne pouvais plus retourner en arrière. La seule option viable dont je disposais était de jouer le jeu jusqu'au bout, car si j'avouais être Trixie, ce serait ma propre réputation qui serait entachée et non la sienne, et ça n'était pas envisageable, malgré toute l'amour que je lui portais. Au moment même où je vis les miliciens se diriger vers moi, je compris que la pile de caisses derrière laquelle j'étais planquée ne me protégera pas. Je pouvais toujours faire un tour de passe-passe pour détourner leur attention mais mes pouvoirs magiques étant connus de tous, ce faisant, je risquais de trahir mon identité et ce n'était pas envisageable non plus. Alors je n'avais pas d'autre choix que d'obtempérer sans faire de vagues. Pour me consoler, je me disais que Caroline me remerciera plus tard, quand j'aurai réussi à la laver de tous soupçons. Je les avais donc laissés me passer les menottes sans broncher, même si ça me rappelait des mauvais souvenirs, même si des réminiscences désagréables se frayaient un chemin dans les failles de mon esprit. En revanche, lorsque le milicien me secoua pour me faire avancer, mon sang ne fit qu'un tour. Me faire brutaliser était bien plus que je pouvais endurer.  

« Bas les pattes ! » m'écriai-je assez sèchement, tandis que j'avais esquissé un mouvement de recul  - je ne supportais plus le contact d'inconnus, ni de qui que ce soit d'ailleurs. « Je sais marcher toute seule, et je ne compte pas m'enfuir alors vous n'êtes pas obligés de vous comporter avec moi comme une brute épaisse. »  

Après tout je n'étais qu'une faible femme, non ? l'usage de la force n'était sans doute pas nécessaire. En parlant de femme, une grande blonde vint à ma rencontre, sans doute pour s'enquérir de ce qui venait de se passer. Une lueur féroce s'alluma dans mon regard ordinairement mort lorsque, parmi les miliciens présents sur les lieux, je reconnus Katsiaryna Yurkova, une des habituées du Mary Rose. Je dirais même qu'elle était bien plus qu'une habituée, puisqu'elle était plus ou moins affectée à la sécurité de l'établissement. Elle n'était pas une sorte de vigile à proprement parler mais cela revenait au même : nous nous connaissions. Or, je n'étais pas certaine qu'elle connaisse Caroline aussi gardai-je une expression parfaitement neutre. Ce serait dommage que je crame ma couverture pour un détail.  

« Madame. » saluai-je à mon tour, sur le même ton – elle me dévisageait de son regard perçant et je la dévisageais en retour avec aplomb.  

Pourtant, j'avais la conviction profonde qu'elle savait. Je le devinais, je le sentais, non par empathie car j'en étais presque complètement dépourvue, mais parce que je savais que Miss Yurkova n'était guère le genre de personne à se faire duper aussi facilement. Reconnaître les qualités d'un ennemi potentiel n'était pas un signe de faiblesse, bien au contraire. Aussi vive qu'un cobra, elle porta la première attaque. Qu'en penserais-je si j'étais là, demandait-elle en substance. Ce que j'en penserais ? Si tu savais, chérie, si tu savais. Loin de me laisser décontenancer, j'adressai à la dame un sourire des plus aimables. Feindre l'ignorance ne faisait pas partie de mon plan, ce qui revenait, à peu de choses près, à prêcher le faux pour savoir le vrai. Je devais savoir ce que trafiquais Caroline, et à mes yeux, la fin justifiait les moyens.  

« Ma sœur…n'en sait rien. » Mon timbre résonna étrangement tandis qu’un goût de sang m'envahissait la bouche. Je n'avais pas vraiment l'habitude de parler de moi à la troisième personne. « Ceci étant dit, c'est tout de même curieux que vous n'ayez rien d'autre contre moi à part que j'ai été aperçue dans un quartier mal famé près d'un entrepôt où des résistants sont supposés se réunir. Ce sont des chefs d'inculpation un peu trop légers pour envoyer quelqu'un aux gémonies. »  

Mon regard acéré détaillait la milicienne minutieusement, à la recherche du moindre petit détail qui pourrait la trahir, avant que moi, je me trahisse.  

« Alors ? » la relançai-je avec un aplomb proche de l'insolence - c'était tellement  Caroline, de défier ainsi l'autorité. « Pour quel motif vous m'arrêtez, cette fois encore ? »  

A supposer que Caroline se soit déjà faite arrêter auparavant, évidemment, mais ça, je n'en savais strictement rien. Peut-être que Miss Yurkova le savait, elle. Alors Blondie ? Dis-moi ce qu’elle a fait.  
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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Sam 20 Jan - 14:57


« Tried playing the odds but ain’t got the cards. »

Beatriz & Katsiaryna
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Katsiaryna avait suivi d’un œil sévère le bref échange entre la jeune femme et son collègue. Celui-ci s’était esclaffé grassement pour balayer les protestations qu’elle venait d’émettre : « Allez, tu fais pas autant la difficile, d’habitude ! T’aurais préféré Garber, c’est ça ? » La goujaterie de ses coéquipiers, d’ordinaire, ne manquait jamais de l’irriter et l’incitait invariablement à intervenir ; pourtant elle s’obstina dans un silence circonspect, inclinant imperceptiblement le visage dans une posture songeuse et observatrice tandis que l’homme adressait des propos sans équivoque à la captive qui se montrait si rétive à l’autorité – et aux attouchements. « J’suis pas sûr qu’tu lui aies d’mandé d’t’appeler madame, à Garber, hein, Caro’ ? » La contrariété finit par l’emporter sur la suspicion. Katsiaryna ponctua les remarques déplacées de son collègue d’un soupir puis d’un claquement de langue : « Prescott, intervint-elle froidement. Epargnez-nous les détails et enquérez-vous des autres suspects ; je me charge de madame Deveraux. » Le milicien s’éloigna dans un haussement d’épaules en laissant échapper un dernier rire. Elle avait dû se faire violence pour ne pas grimacer à l’évocation de cet écœurant secret de Polichinelle – il y en avait tant d’autres, du reste. Fragilisés par des circonstances de plus en plus précaires, les rangs de la Milice, malheureusement, devenaient chaque jour un peu plus poreux à la corruption. Katsiaryna ne comprenait pas que l’on puisse en faire un sujet de plaisanterie ; et les problèmes éthiques contre lesquels elle se brisait quelquefois – jamais assez – les dents s’apparentaient pour la plupart de ses collègues à une niaiserie malvenue – c’est l’hôpital qui se moque de la Charité, lui disait-on avec une ironie hostile.
Elle reprit silencieusement son examen tandis que la captive se défendait hardiment contre les présomptions qui pesaient sur elle. D’aucuns seraient sans doute partis d’un grand éclat de rire face à l’ingénuité de ses remarques. La jeune femme se débattait contre le système arbitraire qui menaçait de la broyer à grands renforts de valeurs et d’un bon sens devenus désuets ; comme si le « bon sens » pouvait encore constituer une défense suffisante ; comme s’il y avait le moindre « bon sens » à se trouver là, dans une crasse toute criminelle, et à feindre l’innocence, à prétexter la gratuité d’une flânerie. Katsiaryna inspira profondément pour ménager sa patience. Celle-ci s’amenuisait déjà à la perspective du jeu de dupes qui s’annonçait et supportait assez mal l’impossibilité de s’en remettre au simple bon sens – un sourire amer avait presque affleuré ses lèvres. Elle dut se faire violence pour ne pas interrompre l’échange prématurément en mettant la peau de la jeune femme à l’épreuve d’une arme en argent. Les sœurs Deveraux, métamorphe et sorcière « notoires », étaient toutes deux cousues de petits mystères que la seule contrainte ne suffisait généralement pas à éclaircir. Katsiaryna, inhibée par une extrême défiance, n’avait pas la bêtise de prendre l’apparente absence de tatouages pour acquise ; mais la subtilité et la diplomatie n’avaient jamais été son fort.

« Vous ne répondez pas vraiment à ma question, lui fit-elle remarquer en considérant impassiblement son sourire. Aussi n’êtes-vous pas en position d’en poser autant. » L’assurance excessive qu’elle affectait était agaçante ; tout comme la façon insolente dont elle la dévisageait. Katsiaryna soutint opiniâtrement son regard, les traits durcis et illisibles. C’était à s’y méprendre, assurément ; Caroline Deveraux, qu’elle connaissait essentiellement de réputation, était tout à la fois susceptible de provoquer inconsidérément la Milice et de détourner capricieusement les yeux pour affirmer son innocence et ne pas s’enfoncer davantage dans la précarité de sa situation.

Les portières ouvertes du fourgon suffiraient du reste à museler sa réprobation.

« Vous savez aussi bien que moi que nul ne s’aventure par ici sans motif répréhensible. » poursuivit-elle en cillant tranquillement. « Libre à vous de voir un prétexte dans ce que nous considérons comme une raison valable de vous embarquer ; mais faites-le en silence et n’ouvrez la bouche que pour coopérer. » Le rire gras de Prescott se déversa de nouveau dans le demi-soupir de la nuit. Katsiaryna sentit sa nuque se hérisser de dégoût mais n’en laissa rien paraître. Elle continua : « Votre sœur connaît assurément mieux que vous les rouages de notre système judiciaire. » Son regard se fit plus incisif. En dépit de ses faiblesses dans le domaine de la manipulation, elle avait pris le parti de jouer à dessein sur l’ambiguïté identitaire qui sapait profondément la régularité de leur entretien. S’adressait-elle à Caroline, habituée, en raison de ses frasques, à la machine coercitive que représentait la Milice ? Ou à Beatriz, figure triomphante de jeux barbares, tout aussi familière des injustices qui se perpétraient au nom du prétendu bien commun ? Toutes deux, en vérité, connaissaient fort bien la main de fer dans le gant d’acier que le Gouvernement apposait impitoyablement sur le crâne de chacun.

Le désabusement alourdit ses paupières. « Pourquoi vous trouviez-vous dans un endroit si peu recommandable, cette fois encore ? » s’enquit-elle en avalant posément la distance qui les séparait. Puis elle ajouta, non sans qu’une ironie amère n’altère sa voix : « Je suppose que vous n’avez pas vos papiers d’identité sur vous et qu’il vous faudra un petit moment pour fabriquer un mensonge convaincant. » Le sourire froid qu’elle aurait dû avoir aux lèvres avorta en un plissement d’yeux inamical. « Vous en aurez tout le loisir pendant que je vous fouillerai. Je dois m’assurer que vous ne portez aucun objet dangereux ou délictueux avant que vous ne montiez dans le véhicule. Nous vous garderons au poste le temps que vos complices présumés soient appréhendés. Cela ne devrait plus être bien long ; comprenez par là que votre bravade n’y changera strictement rien – tout au moins vous desservira-t-elle. » Ses poings se desserrèrent mécaniquement. Prescott, qui avait achevé d’installer le reste des détenus dans le fourgon, l’avait narquoisement interpellée par-dessus son épaule : « Hé ! Yurkova ! J’peux m’charger d’la palpation d’sécurité, si tu veux ! » Katsiaryna ne quitta pas la captive des yeux tandis qu’elle rabrouait sèchement son collègue : « Ne soyez pas grossier, Prescott. » Solliciter l’intervention d’un milicien libidineux pour confirmer le mal-être physique qu’elle avait précédemment cru déceler dans l’indocilité de la jeune femme était un expédient auquel elle ne pouvait se résoudre. « Ecartez les bras et les jambes, madame Deveraux. »



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MessageSujet: Re: Tried playing the odds but ain’t got the cards. [Beatriz ♥]   Mer 14 Fév - 18:45

Tried playing the odds but ain’t got the cards  
Beatriz & Katsiaryna
I was choking in the crowd, living my brain up in the cloud, falling like ashes to the ground, hoping my feelings, they would drown, but they never did, ever lived, ebbing and flowing, inhibited, limited 'Til it broke up and it rained down - Imagine Dragons "Believer"

Pour l'instant, mon stratagème semblait bien fonctionner. Tous les miliciens ici présents n’y voyaient que du feu, persuadés d'avoir affaire à  Caroline, ils n'avaient pas idée qu'ils puissent avoir affaire à l'autre sœur. Je m'en félicitais donc, car plus j'allais réussir à gagner du temps et mieux ce sera.  De toute façon, il était clair que je n'abandonnerai pas mon rôle tant que je n'aurai pas obtenu un minimum d'informations, à savoir, ce que trafiquait Caroline. C'était tout de même étrange de savoir qu'elle traînait dans ces quartiers aussi peu recommandables alors même qu'un paquet de miliciens semblaient la connaître  intimement. Je n'étais que trop bien placée pour le savoir. Aussi un frisson glacé me dévala-t-il l'échine quand le milicien qui me brutalisait m'appela Caro et mentionna un certain Garber, non sans ponctuer ses dires de propos grivois. Je ne voulais absolument pas savoir ce qui se passait entre ma sœur et le fameux Garber, en fait, cette seule idée me révulsait profondément.  Un sentiment dérangeant s'insinua dès lors, c'était exactement le même sentiment que l'on ressentait quand on savait quelque chose mais qu'on était incapable de mettre des mots dessus. Entendre ce nom avait réveillé quelque chose de profondément malaisant : je savais qui était Garber. Malgré mon malaise, je devais toutefois jouer le jeu. Caroline aurait répliqué quelque chose là où je me serais tue en baissant la tête, rouge de honte. Cela ne voulait pas dire pour autant que je me laissais faire, disons qu’à la différence de Caroline, je savais me taire et faire profil bas quand c'était nécessaire. Après tout, cela ne faisait-il pas quelques années que je faisais la carpette devant les membres du gouvernement pour assurer ma propre survie ? Dans la vie, il fallait bien faire des choix et le mien a été de me ranger au lieu de parader sous les feux des projecteurs et de jouir de la soudaine célébrité qui m'a été offerte au lendemain de ma victoire aux Hunter's Seasons. Je n'en étais pas fière, mais c'était à mon sens toujours mieux que de faire ami-ami avec des bandits.

La preuve.

Je n'eus cependant pas le temps d’ordonner au milicien de fermer sa bouche. Blondie s'en occupa elle-même et à en croire son expression blasée, elle ne cautionnait pas que l'on tienne de tels propos à une femme. La sympathie que je commençais tout juste à éprouver pour elle s'évanouit bien rapidement lorsqu'elle reprit la parole. Cette femme était aussi aimable qu'une porte de prison. Je ne pus cependant pas m'empêcher d'esquisser un rictus sardonique quand elle congédia son collègue. Qu'elle s'occupe donc de moi comme elle le disait si bien, nous avions des choses à nous dire toutes les deux. Je ressentis un profond soulagement lorsque le milicien s'éloigna tout en se gaussant au passage. Son rire gras provoqua une bouffée de ressentiment qui me donna envie de l'insulter. Sale porc. Je résistai à l'envie soudaine de lui lancer un sort. Je pourrais par exemple matérialiser une branche qui viendrait malencontreusement se glisser entre ses pieds, lui ferait perdre l'équilibre et il se vautrerait allègrement dans le caniveau, là où était sa place. Bien que cette idée soit particulièrement séduisante, je ne la mis pas à exécution pour autant. Si j'utilisais la magie devant la milicienne, mon plan tomberait à l'eau et c'était bien la dernière chose que je souhaitais. Je me fis donc violence pour réfréner mes envies de meurtre. Caroline avait beau être vindicative, en particulier lorsque l'on piétinait ses droits les plus fondamentaux, elle n'était pas non plus sanguinaire. C'était plutôt mon truc, les carnages, le sang humain. J'avais transformé ma propre sœur en monstre, mais de nous deux, j'étais indéniablement la plus cruelle, la plus instable, la plus dangereuse. J'avais du sang sur les mains, littéralement, et j'avais cette inextinguible soif de revanche qui faisait que je pouvais tuer à nouveau, si cela s'avérait nécessaire.

Cependant Miss Yurkova ne savait pas à laquelle des sœurs Deveraux elle avait affaire et je comptais bien tirer profit de ce léger avantage. Ce n'était qu'une question de temps avant que la supercherie soit révélée. Les illusions étaient particulièrement gourmandes en énergie et je mobilisais déjà la moindre parcelle de magie que je possédais pour dissimuler mes tatouages. Je le savais, il viendra inévitablement le moment où je serai littéralement à court de magie et dès lors, plus rien ne pourra me sauver. Je pourrais couper court à cette partie de chasse en provoquant la milicienne suffisamment pour qu'elle dégaine une lame en argent et finisse par s'apercevoir qu'elle avait attrapé la mauvaise sœur, mais je ne donnais pas cher payé de ma peau si cela devait arriver. Puis, il fallait bien l'avouer, jouer ainsi avec sa perception typiquement humaine – et par définition limitée – me procurait un plaisir quelque peu malsain. Si elle avait quelques doutes quant à mon identité véritable, elle n'en montra toutefois rien. D'ailleurs, elle campait son rôle de mégère à la perfection puisqu'elle me rappela sèchement à l'ordre : je n'avais pas répondu à ses questions, elle ne répondra pas non plus aux miennes.

« Quelle question m'avez-vous posée, déjà ? » pépiai-je, non sans ironie. « On parle de ma sœur ou bien de moi ? Je suis perdue. »

Il n'en était rien, évidemment, mais ça pouvait toujours arriver si je continuais à me faire passer pour ma sœur. Elle ne s'épancha pas sur mon apparente défiance, elle ajouta que personne ne s'aventurait ici à moins de tremper dans des affaires louches. Moi-même je m'aventurais rarement ici, parce qu'il se passait des trucs vraiment trop glauques dans ce quartier. Une excuse plausible commençait tout doucement à germer dans mon esprit en ébullition. Je devais cependant m'assurer que mon explication tenait la route, aussi ne la dégainai-je pas tout de suite et attendis prudemment que la milicienne m'en laissât l'occasion. Après tout, elle venait de me dire plus ou moins gentiment de la fermer, à moins que je daigne coopérer. Ma foi…si elle le prenait comme ça. Elle souligna alors un détail qui m'interpella. Bien sûr que je connaissais personnellement les rouages de la justice du gouvernement, puisque j'en avais moi-même fait les frais. N'avais-je pas subi les arènes en réponse à mes actes ? Ce qui me faisait doucement rire, par contre, C'était qu'elle semblait croire qu'elle était du bon côté de la barrière. Or, je ne savais que trop bien que la limite entre le bien et le mal n'était pas aussi étanche qu'il n'y paraissait. De plus, la notion de justice était somme toute très relative.

« La justice, hein ? » ânonnai-je, la voix quelque peu pâteuse. « Qu'en savez-vous de la justice dans le fond ? En tant que milicienne vous avez les pleins pouvoirs pour arrêter tous les citoyens de cette foutue ville pour des motifs tout à fait arbitraires, mais qu'est-ce que cela apporte au bien commun d'envoyer les renégats aux arènes ? Pensez-vous qu'on puisse juger de la même manière un simple squatteur et un assassin ? »

Ou encore un putain de violeur, par exemple. Mon regard coula vers la fourgonnette,  prête à m'accueillir dans sa gueule béante. Le porc qui accompagnait la milicienne s'y trouvait d'ores et déjà, nous attendant de pied ferme. L'avis que je venais d'exprimer, en soi, ne risquait pas de foutre en l'air ma couverture. Cette opinion aurait très bien pu être celle de Caroline. Or, en tant que rescapée des arènes, j'étais plutôt bien placée pour savoir qu'au final peu importe le crime commis, nous finirons tous de la même manière si nous ne nous montrions pas plus malins que nos adversaires, humains ou non d'ailleurs. Réflexion philosophique mise à part, la milicienne réitéra sa question. Que faisais-je donc dans ce quartier mal famé ? Il était peut-être temps d'utiliser mes dernières cartouches. C'était a prendre ou à laisser de toute façon. Puis je n'avais plus le temps de mettre en place une autre stratégie.

Miss Yurkova annonça qu'elle souhaitait faire procéder à une fouille au corps, pour s'assurer que je ne transportais pas d'objets dangereux. Qu'elle fouille donc. Elle ne trouvera rien de compromettant à part cette vieille bague suspendue au bout d'une chaîne, à la manière d'un pendule. C'était certes un indice de taille mais il était difficile de prouver à qui elle appartenait. Je pouvais parfaitement l'avoir glissé dans la poche du blouson de Caroline à son insu, par exemple, de la même façon que les sbires du gouvernement planquaient des mouchards  sur les personnes qu'ils souhaitaient mettre sous écoute. Elle comptait m'embarquer au poste, disait-elle. Si elle attendait de pouvoir appréhender mes complices, elle risquait d'attendre longtemps, car j'étais seule, dans cette histoire. J'étais l'unique cerveau qui était à l'origine de cette machination. Je ne pus m'empêcher de me crisper lorsque ce sale type ouvrir à nouveau la bouche pour dégueuler une énième saloperie.

Prescott.

Cette raclure s'appelait Prescott. En l'espace d'un instant j'eus presque de la compassion pour Katsiaryna, parce qu'elle travaillait dans un milieu extrêmement misogyne, où les porcs étaient apparemment légion. Je me rappelai in extremis  qu'elle était une shadowhunter et par définition, elle ne méritait pas ma compassion. Elle avait choisi d'exercer ce métier et une poignée de gens comme elle étaient responsables de la mort de plusieurs dizaines de frères et sœurs dont l'unique tare était de ne pas être humains. Heureusement pour elle, Yurkova ne laissa pas son collègue s'occuper de mon cas. Poussant un grand soupir, j'exécutai l'ordre qu'elle venait de me donner.

« Le sang. » dis-je enfin, dans un souffle. « Si je suis ici c'est parce que je cherche à me fournir en sang humain. » J'ignorais si c'était vraiment ce que Caroline venait faire dans le coin, mais c'était une excuse tout à fait plausible pour l'une comme pour l'autre.  « Comme tout à chacun le sait, je suis une métamorphe, je ne m'en suis jamais vraiment cachée. Je suis même inscrite dans les registres du gouvernement, vous pouvez aisément le vérifier. »

Un sourire étrange orna mes traits fatigués. Encore une fois je ne prenais pas de gros risques, je ne faisais qu'énoncer des faits. Caroline s'était déclarée en tant que métamorphe peu de temps après sa transformation, de la même manière que j'avais décidé d'assumer publiquement ma nature de sorcière. L'une comme l'autre ne voulions nous cacher des humains.

« Or, vous savez également que les temps sont durs pour les surnats, et que nous avons besoin de sang humain pour stabiliser nos pouvoirs. Ma sœur… » Je marquai une pause, tiquant comme à chaque fois que je parlais de moi à la troisième personne, je ne m'y ferai décidément jamais. « Ma sœur s'y refuse catégoriquement. Elle préfère souffrir plutôt que de replonger là dedans. La dernière fois que c'est arrivé, elle est devenue hors de contrôle. Puis vous savez, elle a un bébé de six mois, et elle n’est pas sûre des effets que le sang pourrait avoir sur mon neveu, comme elle lui donne encore le sein. »

Était-ce une explication suffisante ou devais-je aller encore plus loin dans les détails sordides ?

« Quoiqu'il en soit je ne m'injecte que du sang synthétique, en perfusion. Je n'ai jamais tué personne, de la même que je ne me sers pas directement à la veine parce que je trouve ça vraiment répugnant. Mais j'imagine que ça ne fait pas grosse différence pour les gens de votre espèce, puisqu’à vos yeux notre seul tort est de ne pas être à cent pour cent humains. »

Qu'elle ne fasse donc pas l'innocente, nous savions toutes les deux que les shadowhunters étaient spécialisés dans la traque de créatures surnaturelles. Ils méprisaient et massacraient tout ce qui n'était pas humain, parce qu'ils étaient entraînés pour cela. Ils étaient des ennemis redoutables parce qu'ils connaissaient nos forces et nos faiblesses, et ils étaient suffisamment retors pour les utiliser contre nous.
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