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 Dear Fellow Traveler ▬ Tristan

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Roman A. Ievseï
MASTER OF ILLUSIONS

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↳ Arrivé depuis le : 31/01/2016
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↳ Age du Personnage : 48 ans
↳ Métier : Kinésithérapeute spécialisé dans le traitement des blessures et traumatismes de guerre
↳ Opinion Politique : Majorité silencieuse
↳ Niveau de Compétences : niveau 2 - 3 en guérison & potions -2 en illusion - 84 en tuage d'ours à mains nues
↳ Playlist : ♫ The Real Tuesday Weldt - The Show must go on ♫
↳ Citation : "Il n’y a rien de plus verrouillé que les secrets de famille." E. Orsenna
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MessageSujet: Dear Fellow Traveler ▬ Tristan    Dim 14 Jan - 21:23






Roman & Tristan
featuring
A charge de revanche. Une récurrence dans son cabinet de kinésithérapie, comme une forme de monnaie d’échange.  La solidarité était une denrée rare, par les temps qui couraient. Aussi rare que l’argent, que la nourriture, qui commençaient à manquer cruellement à la Nouvelle Orléans. A charge de revanche. Roman s’arrangeait quand même pour faire la nique au système, se concentrant sur une forme de paiement que tous pouvaient se permettre. Des médicaments, de la part de ceux qui en avaient. Des babioles, pour d’autres. Des informations, pour les plus pauvres. Se serrer les coudes était devenu une obligation, et Roman n’était pas homme à laisser quelqu’un sombrer dans la souffrance s’il était en capacité de l’aider.
Ce n’était pas comme ça qu’il avait été élevé. Quoi que puisse en dire ou en penser Andreï, ce n’était pas qui Roman était. Laisser quelqu’un dans la misère n’était pas comme ça que Lara lui avait appris à voir le monde, ni comme ça que Laura avait achevé de le construire. Et si les doutes quant au bien fondé de sa présence sur Terre étaient toujours omniprésents, s’il se demandait toujours autant ce qu’il pouvait bien faire pour servir le reste de l’Humanité, il avait trouvé une parade. Travailler à en perdre haleine, se perdre dans les dos, les jointures, les muscles douloureux, pour éviter de trop avoir à réfléchir. Soulager les maux des autres, histoire de se soulager un peu soi-même. Ce n’était pas la solution à ses problèmes, bien loin de là. Et s’il était parfaitement conscient qu’il ne faisait que repousser un peu l’échéance, repousser sciemment ce moment redouté où il aurait à se remettre face à ses propres crimes, il suffisait. L’entraide, la solidarité, touchait le coeur des autres. Lizzie était toujours malade, mais tout son travail acharné lui permettait de ramener de quoi manger pour qu’elle se rétablisse. Et s’il n’était pas suffisamment doué en guérison pour la soigner, les quelques médicaments qu’il avait récupérés comme paiements avaient aidé à faire baisser sa fièvre.

Ils s’en sortiraient, tous. Il serrerait sa ceinture, il ne se laisserait plus déstabiliser par des histoires passantes comme ce qu’il s’était occasionné entre lui et Anastasia. Il ne se laisserait pas démonter par la peur et les angoisses qui restaient, montant en crescendo depuis son retour de Darkness Falls lors des nuits sans lumière. Ce qu’il avait vu là-bas ne l’atteindrait pas, ici. Ce que le monde endurait ne l’atteindrait pas, tout simplement parce qu’il l’avait décidé. Peu importait le monde. Ses enfants étaient vivants. Il était vivant. Et tant qu’il avait tout ça, Roman n’avait besoin de rien d’autre.
De rien d’autre.
Anastasia, de temps à autres, lui revenait en tête. Le souvenir de la chaleur de sa peau, la lueur pétillante au fond de ses iris, et cette sensation de fierté dévorante. Celle d’avoir réussi à faire autre chose, à passer à autre chose. Après toutes ces années, elle avait été l’étincelle qui avait tout fait péter. Une explosion dévastatrice qui avait remis un semblant d’ordre dans ses idées. Il avait le droit à une seconde chance, dans cette vie. Une seconde chance dont il avait cruellement besoin, encore plus en ce moment. Encore plus alors qu’il réapprenait à exister, après s’être rendu compte qu’il était capable de détruire tout autant qu’avant. Tout autant que son père. Elle ne donnait plus de nouvelles, la belle Anastasia. Il ne savait même pas où ils en étaient, ou même ce qu’ils étaient. Mais dans les tréfonds de son coeur, Roman avait appris une leçon : la vie continuerait quoi qu’il advienne. Sans faillir, le soleil se lèverait, et ses rayons balaieraient la surface du Monde. Alors peu importait, au final. Peu importaient les pertes, les douleurs et les colères. Tant que le soleil continuait de brûler, il pouvait se sentir vivant.

A charge de revanche. Eux aussi, ils étaient tous vivants. Cette petite vieille aux iris voilés par une mauvaise cataracte, rongée par son arthrose et qui s’attachait à le payer en légumes durement sarclés à la main, elle était vivante. Ce livreur bourru qui se pétait le dos en chargeant les liqueurs prohibées par le Gouvernement dans des bars mal famés, mafieux, mais qui s’attachait à lui ramener occasionnellement une bouteille de tord boyaux, il était vivant. Cette jeune fille avec sa scoliose, qui se penchait trop souvent sur les poubelles des quartiers riches pour chopper leurs restes et qui avait pensé à l’anniversaire de Lizzie, elle était vivante. Ils étaient tous vivants, tout autant que lui, et il se battrait pour eux avec la même colère qui le tenait pour ses propres enfants.
Ils étaient tous vivants. Ils avaient tous cette volonté de le payer, d’une manière ou d’une autre, puis il y avait eu Tristan.

Un jeune homme au regard noir, à la voix mesurée et au corps si expressif. A charge de revanche. Roman le réparait sans lui poser de questions, dénouait les noeuds de ses nerfs, assouplissait ses articulations, réparait ses os déboîtés dans un silence aussi méthodique que religieux. Puis les langues avaient fini par se délier et la voix feutrée de Tristan avait envahi le cabinet, sans jamais que le jeune homme lui dévoile comment il arrivait à se faire autant de blessures. Un mystère perché sur de longues cannes d’une souplesse admirable. De mémoire, à cause de la jeunesse du personnage, Roman avait toujours refusé une rémunération en espèces sonnantes et trébuchantes. Alors Tristan lui avait proposé des cours de danse. A charge de revanche.

A charge de revanche, hein ? Le Russe n’était pas danseur. Le plus proche d’une danse qu’il ait jamais fait dans sa vie, c’était un slow fastidieux le jour de leur mariage avec Laura. Sa jeune femme avait insisté lourdement pour qu’il lui fasse cet honneur, et il avait abdiqué, contraint et forcé. Un honneur dont Ciaràn n’avait jamais été bénéficiaire, peut-être simplement parce que c’était tout sauf un cadeau. De toute sa vie, Roman n’avait jamais eu le rythme dans la peau, ni même une excellente coordination dans ses mouvements. Si les cours puis la pratique de la kinésithérapie l’avaient mis d’avantage en accord avec le reste de son corps, jamais il ne s’était dit qu’il serait du genre à se démener sur une piste. Et pourtant. Pourtant il était bien là, à rejoindre les extrémités de la ville à la recherche de la demeure du professeur de danse. C’était la faute de Lizzie, comme tout ce qui touchait à ses amusements personnels. Fronçant les sourcils, la jeune fille avait esquissé une moue boudeuse. « Papa, je t’aime, mais franchement faudrait que tu te décoinces, des fois. On en chie tous. T’en chies, et après t’es soit crevé, soit à cran. Alors sois sympa, et pars te défouler. J’sais pas moi, va faire de la boxe. Ou de la danse, tiens ! »

Il aurait pu suivre son conseil et partir faire de la boxe. Après tout, il avait suffisamment de contacts peu recommandables qui seraient capables de lui trouver un Fight Club dans le secteur, suffisamment loin de chez lui pour que les mauvais joueurs ne le retrouvent pas à l’appartement. Et pourtant il avait choisi la danse. Parce que Tristan lui avait promis un paiement. Parce qu’il l’aimait bien, ce gosse. Parce qu’il pouvait pas être aussi violent qu’un boxeur adepte du street fighting, si ?
Alors ils avaient convenu d’un rendez-vous, et Tristan lui avait donné son adresse. Parce que Roman avait insisté. Il voulait bien tenter, voir ce que ça pouvait donner, mais pas avec un public. Entre les moqueries, les regards et les potentielles blessures qu’il pouvait occasionner avec les plateaux qui lui servaient de pieds, il avait préféré rester prudent. Une prudence qui s’était soldée par une première session d’entraînement à l’abri du monde, dans le sein très sûr de la demeure du professeur.
Tout du moins c’était ce qu’il croyait. A mesure qu’il approchait de la périphérie de la Nouvelle Orléans, le bayou commençait à s’étendre à perte de vue. Il avait du mal à croire que la bicoque se trouve dans un coin aussi reculé, et pourtant. Pourtant quand il la vit, l’adresse était la bonne.

Une once d’hésitation, alors qu’il levait la main vers la porte. Le Russe finit par prendre une profonde inspiration, et frappa enfin. La porte ne tarda pas à s’ouvrir sur le propriétaire, et Roman fourra aussitôt ses mains dans ses poches. Mal à l’aise.

-J’sais pas ce que je fous ici, mais... Salut, c’est pour le cours particulier.

A charge de revanche. Sur l’invitation de son maître exécuteur, il passa finalement le palier. Toujours engoncé dans son blouson de cuir, il n’était pas certain de devoir ou non l’enlever. Les conventions sociales, en général, il les laissait à son cabinet. Pour le reste, il était tout aussi à l’aise en société que si on l’avait jeté dans un bassin rempli de piranhas. Jetant un regard circulaire sans trop oser à l’entrée, il nota tout de suite la décoration mi ancienne, mi moderne. Une touche qui ressemblait parfaitement à ce qu’il se donnait comme idée du jeune homme. Tristan lui rappelait souvent Adrian, dans sa façon de parler. Un pied dans le passé, et tout le reste du corps dans le présent, par la force des choses. Une ressemblance qui l’avait toujours intrigué. Le danseur était-il comme son ami, une âme vieille enfermée dans un corps jeune ? Par les temps qui courraient, ce ne serait pas si étonnant. Mais il avait suffisamment appris de la vie que les gens n’étaient pas très fan de ce type de questions.

-T’es sûr que ça te dérange pas hein ? Parce qu’on peut toujours repousser.

Il tentait de gagner du temps. Avec un peu de chances, Tristan aurait autre chose à faire de sa journée. Un rendez-vous important, une fille peut-être ? Ou tout simplement il aurait réfléchi et aurait préparé une petite somme rondelette ou quelque chose, n’importe quoi d’autre, pour le payer.

-Au moins si je t’écrase le pied, je pourrai te réparer sur place.

Sur place, il l’était déjà. Si fermement sur place qu’il restait encore dans l’entrée, incapable d’aller plus loin, incertain de quoi faire ou quoi dire de plus. Tristan allait devoir le guider s’il souhaitait faire quelque chose du sorcier. Parce que sa fille avait raison sur un point : il était bel et bien tendu comme un arc. Encore plus maintenant que l’échéance était arrivée.




_________________

He would fall asleep with his heart at the foot of his bed like some domesticated animal that was no part of him at all. And each morning he would wake with it again in the cupboard of his rib cage, having become a little heavier, a little weaker, but still pumping. And by the midafternoon he was again overcome with the desire to be somewhere else, someone else, someone else somewhere else ×
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Tristan K. Bellamy
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MessageSujet: Re: Dear Fellow Traveler ▬ Tristan    Lun 22 Jan - 20:31


Dear Fellow Traveler




Roman & Tristan
featuring
Parfois, l'esprit de Tristan menaçait d'imploser. A certains moments, il se sentait si atrocement vide que le poids du néant semblait l'enfoncer sous terre. A d'autres instants, ses pensées étaient si nombreuses et anarchiques qu'elles lui donnaient la sensation de vaciller, en perte d'équilibre total. La vérité était qu'il ignorait totalement quel sens offrir à sa vie. Depuis des années, il n'avait eu de seul but que de retrouver Helix, disparue après les catastrophes climatiques, et l'idée de la rejoindre était devenue une telle obsession qu'il avait tenté plusieurs fois de se donner la mort, dans l'ultime espoir de la retrouver à nouveau au sein des enfers. Or depuis quelques mois, elle avait réapparu et sans doute aurait-il dû renaître et s'éveiller enfin à la vie pour savourer le monde à ses cotés. Le bonheur idéal n'était-il pas à sa portée ? N'aurait-il pas dû exploser de joie en permanence et délaisser enfin la froidure de cette mélancolie qui lui collait à la peau ?

Helix était là mais elle n'était pas là. Elle avait emménagé avec lui, elle partageait ses murs mais son ombre n'avait pas encore eu le temps de s'y inscrire véritablement. Et la boule de chagrin qui prenait Tristan à la gorge chaque soir, n'avait pas cessé de le torturer, lui imposant cette douleur si écrasante que les larmes affleuraient parfois, dans l'intimité des ténèbres et de sa solitude. Sans qu'il puisse se l'expliquer, cette connexion si parfaite qui le liait à la sorcière semblait désormais hors de sa portée, il avait beau chercher à la rejoindre, elle semblait inatteignable. Si proche et si éloignée. Et il ne désirait pas comprendre ce reproche silencieux qu'il lisait dans les yeux sombres, autrefois si chaleureux. Cette manière qu'elle avait de le regarder comme s'il n'était qu'un étranger.

Depuis des heures, il nettoyait et rangeait le bungalow avec une maniaquerie pas loin de la psychose. Il s'était écorché les mains à force de frotter le plancher et les murs, mais plus aucune odeur de putréfaction ne subsistait dans l'air. La présence d'une morte dans sa demeure - maintenue en éveil avec l'aide de la nécromancienne - n'était pas sans laisser de traces mais désormais, la fraîcheur régnait dans l'atmosphère, agrémentée d'une légère odeur de pin. L'ordre également était impeccable puisque chaque objet était épousseté et rangé à sa place, jusqu'à la petite figurine en forme de crocodile offerte par Lazlo qui trônait sur le coin gauche de la cheminée. Les animaux vivants, quant-à eux, se trouvaient à l'abri de leur vivarium, placé dans un angle du séjour. Tristan s'était également appliqué à déplacer tous les meubles pour offrir le plus de place possible dans la pièce, comme à chaque fois qu'il recevait un élève. Ainsi, canapé et table basse avaient été repoussés contre la porte fenêtre qui menait à la petite terrasse, ce qui laissait le centre de la pièce vide de tout obstacle et libre pour exécuter les enchaînements.

Rester en permanence actif lui permettait de se sentir mieux et de se libérer un tant soit peu de ce persistant sentiment d'oppression. Les tâches ne manquaient pas, entre ses entraînements sportifs journaliers, son travail au Masquerade et ses cours privés. Aujourd'hui, il recevait un nouvel élève. Pour l'occasion, il lui fallait donc choisir, parmi sa collection de disques, des airs dont les rythmes correspondraient au programme qu'il avait préparé. A vrai dire, Tristan n'était pas certain que cet élève se présente pour de bon à leur rendez-vous et il s'attendait fort à ne voir arriver personne en fin de compte. Cet homme n'avait jamais réellement eu l'air de se passionner pour la danse et il était fort possible qu'il décline au dernier moment. Mais que Roman vienne ou pas, se concentrer sur la musique avait le don de l'apaiser. Tristan achevait de classer ses disques lorsqu'on frappa à la porte. Bien peu de monde venait à perdre jusqu'au coin perdu où il vivait, aussi n'eut-il aucun doute sur l'identité du visiteur, ce qui lui procura une sensation de plaisir diffuse.

Le kinésithérapeute avait toujours refusé de se faire payer, ce qui plongeait systématiquement Tristan dans un abîme de perplexité. Les gens généreux et désintéressés n'existaient pas, selon lui. Et quand bien même, si la pitié avait motivé le russe à le soigner gratuitement, la fierté du danseur n'aurait pu lui permettre de l'accepter. Il était déjà assez exceptionnel qu'il consente à avouer des faiblesses ou de demander à se faire soigner. Sans doute que si le contact des mains du russe sur son corps n'avait pas été si agréables, Tristan se serait passé de soins... Mais ainsi, il semblait que Roman ait bel et bien décidé de le laisser lui rembourser sa dette, au moins symboliquement. En ouvrant la porte, un infime sourire se dessina sur les lèvres de Tristan, qui recula aussitôt, pour permettre au visiteur d'entrer.

« Alors, tu sais ce que tu fais là. » Conclut-il, lorsque son élève se présenta. « Viens. »

Si Tristan ne parvenait pas à le comprendre, l'attitude et la gestuelle du kiné lui laissait croire en la sincérité de son incertitude. Les dons obscurs qu'il avait gagné lui permettaient de deviner intuitivement si les autres lui disaient la vérité mais cela ne l'aidait pas pour autant à comprendre le sens caché de leurs paroles. Si Roman lui avouait ne pas savoir la raison de sa venue, était-ce parce qu'il regrettait déjà d'être là ? Il lui sembla que c'était le cas, au vu de ce qu'il ajoutait ensuite. Pourtant, il était venu, en dépit de ses réticences, ce qui ne manquait de réjouir Tristan. S’acquitter de sa dette était probablement son but premier mais d'autre part, la perspective de ce cours lui permettait de rencontrer Roman dans d'autres circonstances, ce qui était assez intéressant en soi. Il secoua doucement la tête, dans un demi-sourire. « Cela ne me dérange pas et j'ai tout préparé. » La perspective de se faire écraser le pied lui sembla assez farfelue pour agrandir son sourire jusqu'à découvrir ses dents, chose qui lui arrivait fort rarement. Son nouvel élève avait tout de même des inquiétudes inattendues, ce qui amena Tristan à réfléchir rêveusement. Une dette en amenant une autre, ils se verraient ainsi soumis à un cercle éternel d'entraide. « Si tu me répares, je devrai te faire danser encore, et puis encore, dans une chaîne infinie. Ce serait plutôt agréable finalement. » Ses yeux se plissèrent dans un sourire plus discret, tandis qu'il évaluait son élève de haut en bas, promenant son regard sur lui. Roman semblait assez raide, comme s'il était résolu à ne pas passer le seuil, ses pieds ancrés dans le vestibule. Tristan s'avança alors vers lui, prenant l’initiative de lui ôter sa veste galamment afin d'aller l'accrocher au porte-manteau, près de la porte d'entrée. Ainsi fait, il posa sa main contre l'épaule du futur danseur et l'encouragea à avancer plus avant, pour rejoindre la pièce principale. Il ne comptait absolument pas lui laisser la possibilité de faire marche arrière.

« J'ai préparé une sélection de disques. Choisis celui que tu préfères. Autant que la musique te plaise, ça ne pourra que te motiver davantage. » Dit-il en lui désignant les vinyles 33 tours posés dans un coin. La sélection de Tristan consistait en une série de musiques aux tempo soutenus car il avait décidé pour commencer d'apprendre à Roman les bases de la salsa. Il s'agissait d'une danse vivace et sensuelle, avec des pas simples et faciles à apprendre pour les débutants. Tristan entrevoyait cette leçon avec manifestement plus d'enthousiasme que son élève mais il était décidé à tout faire pour l'amener à apprécier la séance et à faire de lui un danseur de salsa respectable. D'autre part, plus il l'observait, plus Tristan se disait que Roman avait également bien besoin de se détendre. N'était-ce pas ce qu'il conseillait à son patient, lorsqu'il était amené à assouplir ses articulations trop malmenées ? Tristan n'avait jamais partagé d'informations personnelles avec son kiné et il ignorait ce qu'il traversait dans sa vie. Pourtant, il avait été amené à rencontrer son épouse au cours de ses fameux Forgiven Days, traumatisants à bien des égards. Pareil à lui-même Tristan s'était montré assez distant vis à vis des autres, se sentant toujours bien peu à sa place dans un groupe. Cependant, il n'avait pu faire autrement qu'entendre les conversations et deviner ainsi que Roman avait été marié à Laura. S'étaient-ils retrouvés ? Il l'ignorait et ne se serait jamais permis de lui en parler. Les autres membres de l'arène de glace semblaient tous se connaître plus ou moins intimement entre eux, mais lui ne les avait plus jamais revus.

Tout à ses réflexions, il alla préparer le tourne-disque de la chaîne hifi et enclencha la musique qui devrait servir d'introduction à son cours. Ainsi fait, il couva son élève du regard avant de lui prendre la main pour l'attirer vers le centre de la pièce. Il s'attacha alors à le positionner correctement, posant ses mains contre ses épaules. « Bien. Il faut toujours garder une colonne vertébrale bien droite, le menton levé et les épaules rejetées en arrière. Ton regard doit être dirigé vers ton partenaire et surtout pas vers tes pieds. Tu donnerais l'air d'être nerveux en baissant les yeux. Mais tu ne l'es pas. » A dire vrai, Tristan n'était pas réellement sûr que Roman soit tout à fait à l'aise, toutefois il poursuivit. « Dans un premier temps, regarde moi, par la suite, ce sera à ton tour. Essaie de me suivre quand tu auras saisis l’enchaînement. » Il le relâcha, surveillant sa posture avant de se placer dans le même sens que lui, de manière à lui montrer les pas. La première musique devrait servir de démonstration, les pas se répétant de manière simple. La mélodie envahissait la pièce pendant que Tristan dansait, surveillant son élève du coin du regard. Cette situation était pour le moins nouvelle, autant pour Roman que pour lui. En effet, la plupart de ses élèves des cours particuliers étaient des femmes et c'était sans doute la première fois que Tristan recevait un homme de son âge. Cela n'était pas pour lui déplaire en vérité.

Tristan chercha le regard du russe et tenta d'évaluer son état d'esprit. Était-il confiant en ses talents ou non ? En tous les cas, l'étape suivante allait probablement lui en apprendre davantage. « As-tu saisis ? C'est important car l'homme est généralement la personne qui mène la danse. Ta partenaire devra te suivre et si tu te trompes, c'est l'ensemble de la danse qui deviendra instable. » Probablement lui mettait-il un peu la pression en lui disant cela et Tristan ne pouvait s'empêcher d'en rajouter une couche en insufflant une certaine gravité dans ses paroles. Il esquissa un sourire en coin. « J'endosserai le rôle de cavalière pour toi au cours de cette leçon. » Sans doute Roman se doutait-il que la chose se déroulerait de cette manière puisqu'ils étaient seuls mais Tristan était plutôt curieux de sa réaction. Sans attendre, il se glissa entre ses bras, posant sa main contre son épaule pendant que son autre main se glissait dans la sienne. « Tu dois me prendre par la taille. » Murmura-t-il sereinement avant d’arquer un sourcil. « Et n'oublie pas de me regarder. »



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Ami, qu'on crève d'une absence ou qu'on crève un abcès, c'est le poison qui coule. Certains nageaient sous les lignes de flottaison intimes, à l’intérieur des foules.  
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MessageSujet: Re: Dear Fellow Traveler ▬ Tristan    Sam 27 Jan - 19:06


Toute réflexion faite, c'était une très mauvaise idée d'être venu récupérer son dû. Une colossale, une monumentale mauvaise idée. Tendu comme un arc, sentant ses paumes qui devenaient plus en plus moites à mesure que Tristan s'étirait d'un sourire, Roman ignorait s'il valait mieux qu'il reste ou qu'il prenne ses jambes à son cou. Il allait bredouiller une réponse, une excuse, n'importe quoi, avant que son professeur improvisé ne s'illumine d'un immense sourire. Un sourire radieux qui coupa le souffle du kinésithérapeute. Contrairement à ses habitudes aussi passives que sereines, à cette pudeur et cette retenue dont faisait habituellement preuve le jeune homme, les traits fins de ce dernier s'étaient empreints d'une joie que Roman ne pouvait décidément pas lui enlever. Ce fut peut-être cet immense sourire qui acheva de le convaincre de ne pas s'enfuir. Quand bien même son instinct et tout son corps allaient certainement le lui faire payer, le lendemain. Rendant un sourire malaisé à son professeur, il ne lâcha toutefois pas un mot de plus. Au contraire. Ses yeux s'agrandirent d'effroi à la remarque du brun, à cette éventualité qu'ils entrent tous les deux dans un cercle vicieux qui signifiait des années de torture par courbature au plus âgé. Une coulée de sueur froide perla le long de sa nuque et glissa le long de sa colonne vertébrale. Tristan ne réalisait pas ce qu'il disait. Il n'évaluait pas la triste réalité : Roman n'était ni un bon danseur, ni un grand sportif.

-Non, vraiment, tu te rends pas compte de ce que tu dis, là...

C'était sa dernière opportunité pour filer, Roman le voyait parfaitement. Et Tristan ne lui laissa aucune ouverture, le délestant de son blouson de cuir avec une galanterie surannée et, toujours, ce fin sourire sur son visage. Jusqu'à ce que sa main se pose sur l'épaule du sorcier. Jusqu'à ce qu'il s'impose de lui-même comme une barrière entre la douceur de la liberté et le massacre qui était à venir. L'ouverture s'était refermée. Il n'y avait plus de marche arrière possible. Poussant un soupir résigné, soupir que Roman espéra que son cadet n'ait pas entendu, le sorcier emboîta son pas vers le centre du salon.
La pièce était immaculée, et une légère odeur de détergent flottait dans l'air. Les meubles avaient été savamment repoussés contre les baies vitrées, au fond de la pièce, libérant un espace plutôt conséquent pour qu'ils puissent évoluer à leur guise. Faux mouvements et pieds écrasés apparemment pris en compte. Non, il ne pouvait plus refuser, compte tenu des efforts de son professeur. Lara ne l'avait pas élevé comme ça, et Roman n'avait lui même pas éduqué ses enfants comme ça. Déglutissant, il s'efforça au calme, malgré son coeur qui battait la chamade, malgré l'extrémité de ses oreilles qui le brûlait et la désagréable sensation que ses paumes étaient trop chaudes. Trop moites. Malgré qu'il ne se sente pas à sa place, le sorcier jeta un regard rapide à la pièce. Repéra les pochettes de vinyles élégamment disposées sur un meuble au pied d'une platine plus que respectable, et s'en approcha, la démarche raide comme un automate.

-Houlà j'y connais rien en trucs qui se dansent, moi... Tout ce que j'écoute c'est des trucs de vieux Van Halen, Led Zeppelin, ce genre de trucs...

Soupesant les pochettes entre ses doigts, il s'efforça d'en maîtriser les tremblements tout en se concentrant sur les titres. Plus des trois quarts des groupes que lui proposait Tristan étaient à des années lumières de ce qu'il écoutait d'ordinaire. Sans parler des chansons. Roman n'était pas un grand mélomane, tout du moins quand ça ne touchait pas de près ou de loin les grands hits qui étaient diffusés au cours de sa jeunesse. Voir tous ces noms, tous ces titres, les couleurs vives sur les cartons lui rappelait à quel point il avait toujours été dépassé. C'était Laura, la mélomane de la famille. C'était ses gosses qui l'avaient initié aux grands classiques des vingt dernières années, parce qu'ils en avaient marre qu'il mette la radio sans trop s'en soucier, plus pour avoir un bruit de fond qu'autre chose.
L'un des disques capta son attention, sûrement parce que c'était le seul dont le titre était écrit en langue anglaise. Killing quelque chose. Il n'eut de toutes façons pas le temps de considérer plus longtemps ses possibilités, Tristan ayant retiré l'objet de ses doigts pour le glisser sur la platine. Ca devrait suffire. Et, au pire, il aurait bien quelques paroles en anglais auxquelles se raccrocher, lorsque la situation serait trop désespérée.

Fourrant ses mains dans ses poches et sa tête entre ses épaules, il fixa le dos gracile de Tristan alors qu'il s'activait, son regard s'arrêtant sur les boucles que ses épais cheveux noirs formaient dans le creux de sa nuque. Il aurait pu. Il aurait pu profiter de son inattention pour courir jusqu'au portemanteau, attraper son blouson et s'enfuir. Il aurait pu, mais voir les longues mains du jeune homme papillonner sur les boutons de la chaîne hi-fi le conforta dans l'idée qu'il ne ferait rien d'autre que lui faire de la peine. Alors il soupira lourdement, pour se forcer au calme. Ferma les yeux pour faire le vide dans son esprit, comme à chaque fois qu'il devait faire quelque chose de son corps dont il savait pertinemment que la démonstration serait, au mieux, passable. Il sentit le vent se déplacer, et de longs doigts attraper doucement mais fermement sa main. Se laissa entraîner au milieu du salon vidé, l'appréhension lui rongeant les entrailles. Les premières mesures de la reprise gonflèrent l'atmosphère, les notes légères s'égrenant dans une cadence bien trop rapide au goût de Roman. Je connais cette chanson, se dit-il alors qu'il suivait les directives de son professeur, et se positionnait du mieux qu'il le put.

-Putain, Killing me Softly.

La réflexion lui avait échappé, un murmure entre des dents trop serrées. Il espéra aussitôt que Tristan ne l'ait pas entendu. Pour une raison obscure, cette chanson le hérissait particulièrement. Sûrement à cause d'une ancienne rixe pour définir quid du slow ou du rock valait le plus la peine d'être écouté, du temps de sa jeunesse. Fermant les yeux, il suivit les directives de Tristan, tentant au mieux de les respecter. Se trouva heurté au premier problème. Son âge.
Parce qu'après des années de labeur, à être penché au-dessus d'une multitude de patients aux afflictions différentes, son corps avait naturellement adopté une courbe qui relevait presque de la bosse. Roman s'entretenait autant que possible, il se servait régulièrement des machines de son cabinet non seulement pour les tester, mais aussi pour maintenir un semblant d'équilibre dans ses propres muscles, mais ça n'avait pas suffi. Tous ses patients, trois gosses, le poids des doutes et de la société avaient eu raison de sa capacité à être entièrement droit. Levant le menton autant que possible, s'efforçant de fixer un point devant lui, il soupira en tirant sèchement ses épaules en arrière. Un craquement hideux, ses cervicales qui leur rappelaient qu'elles existaient. Jetant un regard désolé à son professeur, il chercha son approbation. Chercha, aussi, un peu, à lui présenter ses plus plates excuses.
Sans se départir de son calme, Tristan poursuivit, lui donnant toutes les indications pour qu'il soit capable de bien se tenir. Tu donnerais l'impression d'être nerveux. Tu ne l'es pas. Roman ne put s'empêcher de pouffer légèrement, doutant profondément de la belle assurance de son professeur. Non, non, il n'était pas nerveux. Il était terriblement nerveux. Pour la même raison que le fait d'être le moins mélomane de la famille. Parce qu'il était aussi, et de loin, le plus mauvais danseur. Et celui qui avait certainement le moins d'assurance, quand on touchait à tout ce qui concernait ce qu'il ne connaissait pas directement. Il ne trouva toutefois pas le coeur de détromper verbalement Tristan. Ce dernier était si impliqué, si sérieux, que Roman se sentait dans l'obligation de faire de son mieux, malgré tout le réalisme dont il faisait preuve au vu des circonstances. Le grand brun apprendrait très vite ce qu'était la réalité. Il ne parviendrait pas à maintenir les illusions très longtemps, malheureusement.

-J'observe, et j'te suis. Ca marche.

Abandonnant aussitôt sa position initialement droite et corrigée, l'élève porta toute son attention sur son professeur. Tristan avait toujours été un être gracile, avec des articulations souples et des muscles bien dessinés. De l'avis du kinésithérapeute, s'entend. Mais Roman n'avait jamais eu l'occasion de le voir dans son élément. Le jeune homme se transformait sous l'effet de la danse, creusant le fossé d'expérience entre lui et son élève. Ses gestes, graciles, touchaient parfaitement chaque mesure malgré le rythme assez vif du tempo. Pire, ses pas, bien que rudimentaires, avaient une part d'élégance réelle quand il les faisait. Ses jambes marquaient chaque temps avec grâce, ses talons ne touchant que rarement le sol, son tronc droit et ses bras courbés en arc de cercle, effleurant une partenaire invisible.
Au bout de deux longues minutes, Roman se rappela pourquoi il était dans ce salon immaculé. A charge de revanche. Papa, il faut que tu te détendes. Une nouvelle inspiration, et il tenta d'imiter les gestes de son enseignant, trébuchant sur le rythme, sur ses pieds, et les yeux bien trop vissés au sol pour qu'il ait le port digne et élégant d'un danseur sûr de lui. Au bout de plusieurs tentatives hasardeuses, il finit par mémoriser une once de pas. Au moins les rudiments, faute de mieux. Ils lui venaient plus facilement, même s'il était toujours affreusement raide dans ses mouvements. Pire, il commençait à apprécier ça. Danser. La dernière activité à laquelle il aurait cru pouvoir prendre du plaisir. Ce n'était pas lui, le danseur, d'ordinaire. Ciaràn, Laura, elles aimaient la danse, elles. Elles dansaient formidablement bien. Mais Roman se contentait de les laisser faire, les attendant sagement assis à une table à les contempler en sirotant sa bière. Mikkel et Lizzie avaient hérité du déhanché de leur mère respective. Colin... Colin était bien le fils de son père, lui.

Pour autant, un léger sourire s'étirait au creux de ses lèvres serrées, alors qu'il enchaînait plus facilement les pas. Il n'avait pas le rythme dans la peau, bien loin de là, mais ça commençait à venir. Il allait même en faire la remarque à son professeur, mais fut pris de court. Parce que la leçon ne pouvait pas s'arrêter seulement sur ça. Parce que le brun longiligne à ses côtés s'était planté en face de lui, ses paroles imprégnées d'une certaine gravité. Une nouvelle suée glaciale perla le long de son dos, et Roman déglutit, cherchant au fond des yeux en amande si c'était du lard ou du cochon. Outre une étincelle d'amusement au creux de ses prunelles, il comprit cependant que son professeur était absolument sérieux.
 
-Un peu de pression supplémentaire, juste ce qu'il me fallait.

S'il râlait, ce n'était pas contre Tristan. C'était plus une habitude, un mécanisme de défense, et il espéra que son professeur n'en prenne pas ombrage. Parce qu'il aurait pu se contenter de juste quelques pas rapides, en ce qui le concernait. Trois fois rien, quelques entrechats pour passer le temps. Mais non. Il était là pour apprendre, pour vraiment apprendre, et, maintenant qu'il comprenait que le rôle du meneur était essentiel pour la cohésion du duo, il sentait toute la belle assurance qui s'était construite partir en fumée. Ses muscles, qui s'étaient détendus lors de l'apprentissage des premiers pas, s'étaient noués. Raidis. Les longs doigts de Tristan se nichèrent au creux de sa paume moite, et le sorcier coula un regard incertain sur son visage. Non. Non il ne déconnait pas. Obéissant à l'injonction, il posa sa main libre sur la hanche de son cadet, respectant une distance de sécurité entre eux.

-Comme ça ?

Les contacts humains, dans le cadre de son travail, ça ne le gênait pas outre mesure. C'était lui qui jouait aux origamis avec le corps des autres, le contexte était purement professionnel, c'était bien plus simple de dissocier les choses. Mais là, entre la panique et l'apprentissage, Roman était parfaitement conscient de son environnement. De la chaleur qui émanait de Tristan, de sa paume légèrement rugueuse, de la fermeté de sa hanche sous sa main. Son geste fut corrigé, et il finit par poser sa main au creux des reins de son professeur, contraint et forcé. Laissa tout de même une distance raisonnable entre eux. Pas seulement pour le protéger, mais pour protéger aussi le bout de ses pieds. Surtout maintenant que, alors qu'il baissait toujours les yeux dans leur direction, il réalisait avec effroi qu'il était impossible qu'il ne les réduise pas en purée.

-J'peux pas te regarder. C'est une question de vie ou de mort pour tes pieds, et j'ai pas envie d'avoir à amputer un de tes orteils dans ton propre salon.

Dans l'idée, il en était parfaitement capable, et on lui avait même dit que ses points étaient très propres, mais là n'était pas la question. Roman était un danger ambulant, parfaitement conscient de ses limites, et Tristan avait bien trop confiance en lui. Fin du débat.
Raide comme un piquet, il tenta de retrouver le tempo dans la chanson. Les paroles, aigrelettes, faisaient étrangement écho à tout ce qui se passait sous ses mèches grisonnantes. Killing me Softly. Tristan le tuait à petit feu, avec ses conneries. Se mordant l'intérieur de la joue, son regard toujours rivé sur leurs pieds, il serra la main de son professeur entre ses doigts et pris son élan. Manqua le premier temps, eut un demi-temps de retard sur le deuxième, et oublia complètement tout le reste de l'enchaînement au troisième. Le trou noir. Obsidienne. Pourtant, les pas n'étaient pas difficile ! Mais Roman n'était pas connu pour savoir gérer correctement la pression. Encore moins avec un pro, aussi déterminé et agile, que Tristan entre les bras.
Il était impressionné. Et contrit.

-Tu veux pas qu'on échange vite fait, le temps que j'voie comment tu fais ? Faut que tu m'aides pour la cadence, aussi. J'ai aucun sens du rythme.

Son ton s'était fait directif sans qu'il ne le veuille, par la force de l'habitude plus qu'autre chose. Un ton qu'il adoptait encore trop, quand quelque chose l'irritait et qu'il n'avait aucune idée de la manière la plus appropriée pour y répondre. Pinçant les lèvres, il plongea un regard implorant au fond des prunelles sombres de son cadet. Y chercha une once de pitié, quelque chose à quoi se raccrocher.

-S'il te plaît, montre-moi d'abord. Pas seulement pour moi, mais pour le bien-être de tes pieds. J'ai aucune envie de revenir à l'hosto sur mon jour de congé...



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Tristan K. Bellamy
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MessageSujet: Re: Dear Fellow Traveler ▬ Tristan    Mer 21 Fév - 0:29


« Dear Fellow Traveler  »

Roman & Tristan
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Tristan se rendait toujours très parfaitement compte de ce qu'il disait, il mesurait ses paroles et n'en regrettait jamais aucune. La raideur de son nouvel élève ne l'inquiétait nullement, pas plus que sa visible réticence à s'engager dans les leçons de danse. Si certaines personnes étaient physiquement moins bien loties que d'autres en matière de souplesse ou d'agilité, un travail régulier pouvait selon lui compenser tous les handicaps de base. De plus, enseigner à un homme aussi peu expérimenté – selon ce qu'il en devinait – représentait un défi intéressant à relever pour le professeur qui se réjouissait de cette séance peu ordinaire. Un enthousiasme presque infantile brillait dans ses yeux sombres alors qu'il caressait son élève du regard, détaillant avec vigilance les moindres de ses mouvements. Ses tremblements ne lui avaient pas échappés, pas plus que cette extrême rigidité qui se remarquait dans sa posture et sa démarche et il se fit la liste mentale des défauts sur lesquels il lui faudrait le faire travailler.

Qu'il soit plus âgé ne le dispensait pas de se tenir correctement et Tristan corrigea sa position de lui-même, sans se soucier du craquement qu'ils venaient d'entendre. Ses mains douces mais fermes posées contre ses épaules, il ne renvoya qu'un regard impartial à celui de son élève, l'aidant à adopter une posture acceptable jusqu'à s'en trouver satisfait. Tristan manquait cruellement d'empathie et restait inconscient de la charge qui pesait sur les épaules de Roman tout autant que de l'ampleur de son malaise. Il nota néanmoins avec la plus grande attention les titres des musiques qui plaisaient à son élève. Hard Rock. Heavy Metal. Des choix très intéressants. Depuis sa sortie des enfers, il avait étudié les différents genres musicaux avec une curiosité enthousiaste, profitant du cadeau que Lazlo lui avait offert alors qu'il n'était qu'un garçon d'un autre monde, perdu dans le chaos de la modernité. Il rangea ainsi les groupes musicaux cités par Roman dans un coin de son esprit alors que la leçon débutait.

Après des débuts assez maladroits et gauches, il sembla avoir suffisamment intégré les pas pour passer à l'étape suivante, chose que Tristan lui proposa avec une gravité insidieuse, le narguant d'un vague sourire. « Avais-tu réellement cru t'en tirer à si bon compte ? Tu n'es pas ici pour te reposer, Roman. » Il appuya sur son prénom une note plus grave, entre malice et volupté, laissant les syllabes glisser un moment contre ses lèvres et s'y perdre tandis qu'il se posait entre ses bras sans le quitter du regard. Les coups de pression supplémentaires fonctionnaient toujours dans son cas, c'était ainsi qu'il avait toujours appris à se dépasser. C'était lorsqu'on le haranguait, lorsqu'on le défiait, lorsqu'on agressait son orgueil que Tristan parvenait à surpasser ses limites. Breda n'avait pas été un maître d'arme compatissant, il avait été extrêmement sévère, contraignant le jeune Kayiman à un entraînement acharné qui débutait chaque jour avant l'aube et le laissait éreinté le soir, dans la moiteur des cales de la frégate. Un entrainement sans doute bien cruel pour le garçon de douze ans qu'il était mais qui devait se plier aux exigences impitoyables de la vie dure des flibustiers.

La danse pouvait paraître un exercice plus léger que celui des arts martiaux puisqu'elle n'envisageait pas la mort ou la survie de ses usagers. Néanmoins, Tristan la considérait avec tout autant de sérieux en ce qui le concernait et s'imposait à lui-même un perfectionnisme rigoureux. Tel n'était pas le cas vis à vis de son nouvel élève envers qui il éprouvait une tolérance très particulière que Roman ne mesurait sans doute pas. Dans d'autres circonstances, il se serait montré bien moins conciliant mais son kiné n'était venu que pour se détendre et non pas pour atteindre des performances de danseur étoile. En vérité, Tristan s'adaptait aux niveaux de ses élèves en fonction de ce qu'il estimait être possible de leur apprendre. Concernant Roman, il n'envisageait certainement pas de bâcler. Et les exercices se poursuivraient jusqu'à ce qu'il soit capable de se débrouiller dans une soirée en menant sa partenaire sur la piste, ce qui lui paraissait un seuil minimal pour des leçons dignes de ce nom.

Par ailleurs, se glisser dans les bras de l'apprenti danseur n'était pas sans attrait. Habituellement, le professeur se gardait d'éprouver des intentions ambiguës vis à vis de ses élèves et restait professionnel, sauf à l'occasion, lorsqu'une demoiselle s'aventurait à faire le premier pas vers une relation plus personnelle. Cela lui était arrivé de dépasser les limites de la pudeur avec quelques personnes mais après  l'étrange malédiction qui l'avait frappé, il s'était contraint à une distance prudente. Tristan s'était ainsi enchaîné à un train de vie monacal pendant près d'un an jusqu'à ce que  progressivement, il soit capable de maîtriser la sensibilité de son toucher. Ainsi aujourd'hui, il était capable de poser sa paume contre celle de Roman sans être obligé de porter des gants, ce qui lui permit de constater la moiteur de sa main contre sa peau froide. « Plus proche. » Répondant à la demande du candide d'une voix posée, Tristan l'encouragea à l'enlacer plus franchement, appréciant sa place entre les bras de l'homme mature avec un plaisir pleinement assumé. Sa chaleur était confortable, comme l'était cette légère odeur de tabac froid et d'after-shave ou sa stature solide qui l'enveloppait en dépit de sa raideur. A son sarcasme, le visage de Tristan s'orna d'un léger sourire indulgent. « Essaie tout de même. » Mais son regard restait obstinément dirigé vers ses pieds et lorsqu'il s'élança, le professeur se laissa mener avec légèreté, suivant son rythme même s'il n'était pas le bon.

Lorsqu'il s'interrompit, visiblement perdu dans l’enchaînement, Tristan cru lire une forme de désespoir dans les yeux clairs qui se dérobaient toujours à lui. Il fronça légèrement les sourcils. Le ton de son élève était clairement directif, un comportement qu'il n'avait pas l'habitude de tolérer. « Veux-tu apprendre à danser comme une femme, Roman Ievseï ? Ce n'est pas la bonne méthode.» Rétorqua-t-il d'un ton condescendant, ses paupières ployant pour mieux rattraper son regard. Le désarroi qu'il y détecta l'amusa assez pour qu'il consente à entendre sa demande, même si aucune once de compassion ne s'inscrivait dans ses propres iris. Tristan n'abaissait jamais de regard apitoyé sur le pauvre peuple, que la situation soit sérieuse ou plus légère, et il n'éprouvait pas non plus le besoin de dorloter ses élèves. Néanmoins, son assurance naturelle avait le don de rassurer les autres et il hocha la tête avec patience, comme il le faisait autrefois à Darkness Fall, lorsque les si jeunes membres de son clan le suppliaient de le protéger. Un clan d'enfants sales, de petits rebuts de la société, souffrant pour certains de difformités physiques ou de handicaps mentaux. Roman était visiblement handicapé en matière de rythme, en effet, et Tristan lui pardonna. Il parlait d'amputation, d'hôpital, de vie et de mort.

La mort. murmura en échos le parasite, dissimulé au fond de son âme.

Tristan cilla légèrement sous cette vague distraction morbide avant de reculer, pour mieux échanger les rôles. « Bien. Mais si c'est la peur qui te retient, il faudra que tu la dépasses, les choses iront sans doute mieux ensuite. » Il s'attacha à repositionner son élève dont les épaules s'étaient à nouveau affaissées et glissa derrière lui pour mieux l'aider à se défaire de ce voûtement disgracieux. Il fit glisser ses doigts contre sa colonne vertébrale, jusqu'à masser légèrement sa nuque si raide, tout en reprenant de sa voix toujours douce. « Ferme les yeux et écoute la musique. Tu vas compter les temps. Il te suffit de compter jusqu'à quatre. Tu vas compter les boum de la musique en rythme pour pouvoir les reproduire ensuite avec tes jambes. » Il laissa passer un moment de silence, laissant Roman écouter la musique tout en soutenant toujours ses épaules fermement. Enfin, il compta, l'aidant ainsi à repérer le tempo. « Un, deux, trois, quatre, un, deux, trois quatre... » Peut-être d'autres exercices seraient-ils nécessaires avant que la reconnaissance du rythme ne devienne naturelle pour lui mais Tristan avait tout son temps. Il revint se placer en face de son élève, retrouvant du même coup son regard, et lui prit la main.

« Maintenant, viens. Je guiderai, cette fois. Mais ne regarde pas vers le bas et sois confiant. Tu as ma permission de m'écraser les pieds, ils ont déjà été amputés très souvent. »

Tristan lui offrit un sourire arrogant, comme s'il venait de lancer une boutade mais derrière cette prétendue blague se cachait une vérité bien cruelle. Lors des attaques des bêtes sanguinaires qui rôdaient dans les ténèbres des enfers, l'ancien sorcier s'était fait mutiler à de nombreuses reprises, au point d'en venir à banaliser la torture. La douleur était relative, on parvenait à l'apprivoiser au bout de quelques décennies. Il y avait bien longtemps que Tristan avait oublié la peur de souffrir et parfois, il se plaisait à imaginer qu'il n'avait plus peur de rien dans ce bas monde. En tous cas, il ne craignait pas d'enlacer son partenaire avec chaleur, posant sa main contre les reins de l'homme avec le même naturel qu'il l'aurait fait avec l'une de ses élèves féminines, pour l'emporter gracieusement dans la danse.

Ils dansaient, ils planaient au rythme rapide de la musique, leurs pas glissant contre le carrelage rouge. Lorsque par mégarde, son élève se trompait dans l'enchainement des pas, le professeur le rattrapait, lui rappelant tout bas la direction à emprunter pour le pas de mambo. « Avant, arrière... écoute le rythme. » Ils reprenaient alors, trouvant une certaine harmonie dans leur évolution, en dépit de la raideur excessive de Roman, que Tristan soutenait fermement entre ses bras. Au bout d'un moment, il estima que son élève avait retrouvé assez d'aisance pour ne pas se tromper dans les pas. Après l'aspect technique, le moment était venu de soigner davantage l'aspect artistique et il y avait manifestement une grande quantité de détails à corriger.

« Tu es beaucoup trop raide, Roman. Quand tu bouges ton pied droit, ton bassin doit l'accompagner légèrement. Relâches tes hanches. »

A ces mots, il le relâcha pour mieux poser ses mains contre ces dernières, lui désignant ainsi par de légères pression la manière de mieux se déhancher. Le corps de son élève semblait particulièrement raide et Tristan ne put s'empêcher de sourire à nouveau, égayé par la situation. Il s'imaginait bien que le russe n'avait pas l'habitude de danser et sans doute encore moins de cette manière mais pourtant, il donnait l'air de faire de son mieux. Son air penaud attirait des étincelles joyeuses dans les iris sombres qui s'allumait de vie, comme elles le faisaient si rarement. Cette leçon peu banale lui inspirait un sentiment de légèreté qu'il n'avait plus vécu depuis trop longtemps et qui dissipait pour un moment le poids trop lourd de son vide intérieur.

Déterminé à ajouter plus de diversité à la danse, Tristan reprit la main de Roman pour l'encourager à faire un tour sur lui-même, le retrouvant ensuite dans un mince sourire pour recommencer à nouveau, le faisant virevolter. Sans doute aurait-il poursuivit au risque de faire perdre l'équilibre à son élève si la musique ne s'était pas achevée. Il fixa Roman avec amusement avant de le relâcher doucement tout en sondant son regard. A présent qu'il lui avait montré comment mener, l'élève n'avait plus d'excuses et il était donc temps pour Roman de prouver qu'il avait été attentif en endossant le rôle de cavalier. Néanmoins, Tristan jugea bon d'insister sur les défauts qu'il avait relevé dans sa danse au niveau du déhanché, chose très importante dans la salsa puisque tout reposait là dessus.

« Il faut que tu sois plus souple. Comme ceci. »

Il était prouvé que certaines personnes comprenaient mieux en touchant qu'en voyant. Avant d'insister à nouveau sur l'exemple du mouvement qu'il souhaitait lui faire assimiler, Tristan s'empara des mains de son élève pour les poser contre ses propres hanches et ainsi, en gardant ses yeux d'un noir d'encre fixés aux siens, il esquissa le pas à nouveau, ses mains plaquées contre les siennes. Un silence s'imposa un léger instant avant qu'il n'articule. « Tu aimes ça ? »

La question était équivoque. Tristan conserva un moment ses mains prisonnières avant de le libérer enfin. Au dehors, une pluie chaude martela subitement la baie vitrée, la musique des gouttes d'eau remplaçant pour un temps celle de la salsa. Une pluie qui pouvait à tout moment se muer en tempête dévastatrice, comme cela se passait si souvent depuis que le climat s'était déréglé. Tristan n'oubliait guère que son amie la morte était actuellement accroupie dans un coin de la terrasse extérieure et admirait le bayou en silence comme une petite poupée morbide. Si la pluie restait aussi fine, elle ne devrait pas déranger Alice outre-mesure et il ne s'en inquiéta donc pas. A l'intérieur du bungalow, il faisait assez chaud mais aucune trace de sueur quelconque ne perlait sur le visage lisse du jeune homme, sa peau claire exempte de toute rougeur. Face à lui le visage de Roman le fascina un instant, au point d'admirer les rides qui se dessinaient contre son front, qui soulignaient chacune de ses expressions et les rendaient plus profondes. Parfois, il était happé par certains détails, comme une couleur ou une texture, et son attention s'arrêta sur les poils blancs qui apparaissent contre les joues de cet homme. Il se demanda si elles étaient râpeuses et l'envie de les effleurer le traversa. Il savait néanmoins que certains gestes étaient socialement mal perçus et il s'abstint de céder à cette curiosité infantile qui brilla un instant dans ses yeux.

« La salsa est une danse très facile. Danser sur du Van Halen est fort différent mais je t'apprendrai ensuite les bases du rock. » Un exercice qui promettait d'être fort amusant car bien plus complexe mais leurs cours ne faisaient que débuter après tout. Tristan invita d'un geste son élève à choisir un autre disque pour qu'il puisse passer son premier examen. « C'est le moment de mettre en pratique ce que tu viens d'apprendre. Je ne tolérerai pas que tu regardes tes pieds, cette fois. » Ajouta-t-il d'une œillade qui aurait pu paraître sévère si elle ne s'était pas adoucie d'un infime sourire.


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MessageSujet: Re: Dear Fellow Traveler ▬ Tristan    Ven 8 Juin - 1:18


Il en disait de bonnes, le Tristan, à énoncer des vérités générales avec autant d'aplomb. Parce que oui, Roman savait parfaitement à quel point il était raide. Rigide dans ses pas de danse, dans ses réactions, dans sa vie toute entière. Un commentaire que Laura lui avait fait plus d'une fois, une étincelle de malice au fond des prunelles. Tu es trop raide, Roman. L'intonation faussement affectée qu'elle utilisait était exactement la même que celle qu'employait son professeur. Un mélange d'hilarité et de tendresse confuses, distillées par un grand verre de pitié. Mais Roman ne lisait aucune pitié dans les yeux d'encre du jeune homme. Sans la moindre retenue, il enchaînait les pas sans avoir l'air d'en souffrir une seule fois, avec une habilité qui faisait pâlir Roman. Il comptait sérieusement lui apprendre tout ça ? Et il avait l'impression que ça allait fonctionner un jour ? Parce que bon, Roman avait beau ne pas être peureux comme homme, il était surtout parfaitement conscient de ses propres capacités. Un état d'esprit qu'il appelait affectueusement une : "forme de pessimisme éclairé, à mi-chemin entre le réalisme et le pitié pas ça".
Mais Tristan, ce n'était pas lui. Sa carrure svelte se pliait et se tordait sous la musique, ondulant sans la moindre gêne comme s'il n'avait jamais eu ni os ni cartilages. Et si le kinésithérapeute aurait pu passer des heures à le voir danser, il n'était pas certain de réussir à suivre le mouvement.

Il allait essayer, c'était sûr. Surtout après la boutade un peu sèche du jeune homme, qui l'avait frappé en plein ego. Il allait tenter, après tout, il était là pour ça. Et ne remettrait probablement jamais plus les pieds dans ce cottage fort agréable mais qui aurait dès à présent le goût du sang, des larmes, et de la défaite. A l'exception que tout ça, il ne pouvait pas l'annoncer à son professeur. Alors il essaya, oui. De toutes ses forces, malgré la courbure de son dos ou la maladresse de ses pieds. L'impression d'être chaussé de palmes, il laissa Tristan épouser le rôle normalement attribué aux hommes en espérant que la leçon serait moins difficile. Une grossière erreur, une autre.
Des doigts allongés se glissèrent dans sa nuque, massèrent les nœuds qu'avaient tendus les nerfs et la frustration. Un soupir échappa les lèvres fines du kinésithérapeute, peu habitué à recevoir ce type de soins. Jusqu'à ce que Tristan reprenne la parole, plus posément. Ecouter le rythme, hein ? Alors que tout ce qu'il entendait à présent, c'étaient les battements erratiques de son coeur, et la lourdeur de son souffle ? Mais bon, qu'à celà ne tienne. Au moins il n'aurait pas à se trémousser, pour une fois. Les yeux fermés, le Russe tenta de canaliser tant sa respiration que son coeur. Les battements lourds des basses n'étaient pas difficiles à deviner, même pour quelqu'un qui n'était pas habitué. Progressivement, suivant les indications de son maître, l'élève finit par battre le rythme du bout de ses doigts sur son jean élimé. Comme une seconde nature qui ne demandait qu'à se réveiller, la musique l'enroba finalement, happant sa concentration pour se faire paroles, pour se faire Muse. Pour agiter son vieux bassin rouillé et sa nuque endolorie, alors qu'il vacillait faute de mieux sous les battements réguliers.

Il aurait pu continuer comme ça pendant des heures. Se serait probablement même risqué à un pas ou deux, histoire de prouver sa bonne volonté. Mais toute bonne chose avait une fin, et il ne tarda pas à sentir la présence de Tristan se glisser devant lui. Quand il rouvrit les yeux, ce fut pour croiser un sourire goguenard. Et une boutade qui avait des teintes acidulées, aigres et douces, sur le palais.

-Tu déconnes j'espère...

En qualité de kiné, il n'avait jamais eu l'occasion de masser les pieds délicats du jeune homme. Mais, pour avoir traité une bonne quantité de danseurs et de danseuses par le passé, il n'avait pu empêcher les rides d'inquiétude de creuser son front déjà vallonné. Parce que les pieds des danseurs étaient des champs de bataille. Parce qu'en réalité, il était tout à fait possible qu'il ait dû se faire amputer des orteils à cause de toutes les malformations et autres horreurs que la danse pouvait provoquer chez un individu. Et, aussi, parce que le Russe était bien trop crédule quand il s'y mettait.
Si crédule qu'il fut tenté de poser d'autres questions, mais fut interrompu avant même de pouvoir le faire par une main gracile posée sur sa hanche. Un frisson électrisa ses reins, qu'il mit sur le compte de ces derniers qui furent poussés vers la droite pour reprendre la danse. S'accrochant à Tristan avec la force du désespoir, reproduisant maladroitement les gestes qu'il lui avait vus faire, Roman retint son souffle. Le rôle de la danseuse lui semblait plus naturel, mais nécessitait une certaine dépendance. De la concentration, de l'application, de la rigueur. Et s'il n'était pas homme à se laisser guider habituellement, le Russe se surprit néanmoins à apprécier cette entière dépendance à la volonté de son guide. Parce que ça venait plus vite. Parce que ça paraissait plus naturel

Ses hanches étaient toujours trop raides et ses pas malhabiles, et pourtant. De façon surprenante, il arrivait à mieux suivre la cadence, se perdant dans les entrechats, ses doigts agrippés comme des serres autour de la chair de Tristan. Il soufflait comme un boeuf, la sueur ruisselait de tous ses pores, mais il tint bon. Se surprit même à ricaner comme un gosse lorsque le professeur se décida à le faire virevolter encore et encore, tant ça lui faisait tourner la tête. Avec docilité, il se laissa rabrouer, guider, et ne pipa mot lorsque des mains ferme se posèrent sur ses hanches pour guider son bassin. Et si ces mains avaient la possibilité d'être baladeuses, s'il aurait voulu qu'elles le soient, Tristan n'en fit rien. Une pudeur pour laquelle Roman lui fut reconnaissant, malgré la lueur au fond de ses yeux ou la rougeur de ses joues. Parce qu'il crevait de chaud.

-Si je relâche encore plus mes hanches, j'suis bon pour un lumbago, là !

Contrairement à sa réplique, pourtant, son corps lui prouva être capable de bien plus d'endurance qu'il ne l'aurait cru. Déjà, ils virevoltaient de nouveau, enchaînant les pas avec plus ou moins d'adresse de la part du Russe. Il y avait quelque chose, dans le regard d'encre du jeune homme, qui donnait envie de s'appliquer. Une étincelle lointaine mais toujours présente, telle une flammèche qui illuminait les prunelles sombres de l'intérieur. Lui conféraient une chaleur qui embrasait les coeurs, et rendait l'impossible légèrement plus proche du faisable.
Il était toutefois important de noter que Roman n'avait rien suivi de la manière qu'avait eu Tristan d'enchaîner les pas, trop concentré qu'il était à le suivre, tout comme à ne pas écraser ses pieds apparemment déjà abîmés. Aussi, quand le jeune homme arrêta enfin leur ronde infernale pour reprendre les bases, le Russe eut un moment de latence. L'heure fatidique approchait, donc. Une heure pour laquelle il n'était absolument pas préparé, mauvais élève manifeste qu'il était. Après tout, il n'avait jamais été très bon du temps où il était encore sur les bancs de l'école. Ni vraiment bon, ni vraiment mauvais. La raison pour laquelle il éprouvait une immense fierté à constater que ses enfants avaient tous hérité du QI sacrément plus élevé de leurs mères respectives.
Reprenant difficilement son souffle, il jeta un regard désespéré à Tristan alors qu'il insistait sur la souplesse. Déjà, il voyait venir la catastrophe, et son coeur avait repris ses manifestations éhontées dans sa poitrine. Tentant de se dérober à son regard, il baissa les yeux vers ses pieds, avant qu'une paire de mains pâles viennent briser la perfection des carreaux rouges qui inondaient son champ visuel. Les doigts s'enroulèrent adroitement autour de ses poignets, pour les poser contre les hanches fines de son professeur. Se posèrent à leur tour sur ses mains, avec fermeté. Et Roman déglutit, une nouvelle fois, le regard rivé sur ce bassin qui roulait gracieusement devant lui. Ce n'était pas seulement la souplesse de Tristan qui lui coupait le souffle. C'était cette électricité dans ses mouvements, ce mélange de rudesse et de grâce qu'avaient les danseurs qui l'avaient toujours fasciné. Plus que les femmes, les hommes l'impressionnaient par cette virilité contrastée dans des mouvements purement graciles. Une beauté sans pareille qu'il avait toujours rêvé de toucher du doigt. Et maintenant qu'il le faisait au sens propre du terme, il était incapable de s'en détacher réellement.
Il le devrait, pourtant. Parce qu'il n'était pas ici pour se laisser aller à ses contemplations, ses envies ou ses réflexions. Pourtant, quelque chose l'en empêchaient. Ces hanches sinueuses qui rallumaient un feu qui n'avait jamais réellement été éteint, dans les tréfonds de son inconscient, probablement.

Tu aimes ça ? Une question qui chassait le silence, posée avec l'aplomb de celui qui sait parfaitement ce qu'il fait. Un aplomb que Roman n'aurait certainement jamais, et qui le fit tressaillir alors qu'il hochait à peine la tête. Juste un tout petit peu, tout juste un sursaut, et pourtant un aveu de cet inconscient silencieux jusqu'à présent. Parce que la réponse était oui. Malgré tout ce qu'il aurait pu dire ou prétendre, malgré qu'il aurait pu secouer sa tête frénétiquement pour nier l'évidence, oui, ça lui plaisait. Parce qu'au delà des prouesses techniques du jeune homme, il s'en dégageait une certaine intensité magnétique que le kinésithérapeute captait malgré lui.
Il se ressaisit, pour autant. Releva un regard incertain vers le professeur pour croiser cette même chaleur dans les yeux en amandes. Le temps semblait avoir ralenti, juste pour une poignée de secondes, et, sans relâcher les hanches de son professeur de danse, Roman finit par grimacer, mal à l'aise. La lâcheté était la meilleure des armes des Ievseï, avec le déni.

-Noooon...

Un pieux mensonge. Il était bien plus facile de se voiler la face que d'admettre l'évidence. Parce que même s'il avait eu des instants de trouble, dans sa jeunesse, même s'il avait fait les mêmes expériences à l'université que n'importe qui d'autre, il n'avait jamais réellement dévié de son attirance pour les courbes féminines. Un autre mensonge, ça aussi, mais qui ne concernait que lui. Tristan n'avait pas nécessairement besoin de savoir que certains hommes étaient capables de lui faire marquer un temps d'arrêt. De rares hommes aux traits et à la démarche féline, à la virilité feutrée, parfois féminine, mais résolument ancrée. Des hommes comme lui, en soit.
Mais ça ne resterait qu'une parenthèse dans son esprit, tout du moins Roman l'espérait-il. Parce qu'au fond, qu'y avait-il de bon à avouer ce genre de détails ? C'était cool au lycée, à l'université, quand il se cherchait encore. Et s'il ne s'était pas tout à fait trouvé, à proprement parler, il avait décidé qu'il y avait plus important à faire. Une première expérience, histoire de, qui s'était achevée sur une note trop étrange pour un homme rompu à ses habitudes tel que l'avait toujours été le Russe. Ni positive, ni négative. Des petits goûts de reviens-y, sans qu'il n'ait le courage de s'y résoudre. C'était ça, Roman Ievseï. Un homme qui s'était imposé de n'avoir pas droit aux nuances. Parce qu'il n'avait pas le temps, ni l'envie, ni le courage. Et pourtant, force était de constater que toutes ses belles décisions n'étaient au final qu'un coup d'épée dans l'eau, et reviendraient inéluctablement lui botter le cul. La preuve était bien là, langoureuse, sous ses doigts.

Alors il relâcha les hanches de Tristan pour prouver sa bonne foi, histoire que le temps reprenne son rythme normal et que la gêne passe, si gêne il y avait. Parce qu'il n'en voyait aucune sur les traits paisibles du professeur. Tu es si con, Roman. Une autre vérité générale qui s'envolait dans le vent. L'air de rien, le jeune homme reprenait la porte, et Roman ricana. Trop vite. Trop fort.

-Ca tu vois, le rock, c'est quand même bien plus à ma portée !

Qu'essayait-il de prouver, au juste ? Qu'il allait abandonner ? Parce que ce n'était pas le cas, pas présentement. Suivant le geste de Tristan, il se dirigea en traînant ses chausses vers la collection de disques. Consulta les titres distraitement, aucun d'entre eux ne lui disant quoi que ce soit. Son choix s'arrêta sur une pochette colorée où la silhouette noire d'un couple dansant se faisait dévorer par les couleurs vives d'un soleil couchant. Il aimait bien les couleurs, c'était sympa. Alors il lança la machine et rejoint son professeur, qui, clairement, n'avait pas oublié ce pourquoi il était là.
Putain...

-T'es impitoyable, tu le sais, ça ?

Une plainte qui n'en était pas une, prononcée avec une certaine forme d'amusement. Parce que même s'il râlait, force était de constater qu'il se prenait au jeu lui aussi. Progressivement. Il y avait quelque chose de libérateur dans la danse, même s'il n'y comprenait rien. Une sorte d'osmose entre le corps et l'esprit, où ce dernier passait au second plan, juste assez présent pour éviter aux pieds de trop souffrir ou à l'équilibre de se faire la malle. Au fond, il comprenait mieux pourquoi Mikkel passait tout ce temps à faire la fête. Parce que ça faisait un bien fou de pas avoir à trop réfléchir.
Et même si c'était précisément ce qu'il était en train de faire, il finit par se positionner devant Tristan. Attrapa sa main avec emphase, et posa la sienne dans le creux de ses reins comme il l'avait senti faire. Levant le nez, il le gratifia d'une œillade goguenarde.

-Tu l'auras voulu. Je regarde pas mes pieds. Que toi.

A choisir, c'était mieux. Non seulement parce que comme ça, il pouvait rester un peu plus droit et ne se ferait pas gourmander pour ça aussi. Mais également parce que le visage doux de son professeur n'était pas désagréable à contempler. Lunaire. Rassurant. Sec, tout en étant chaleureux. Il comprenait sincèrement pourquoi le jeune homme n'avait aucun mal à trouver du boulot dans sa branche, avec une figure pareille. Les filles devaient toutes lui tomber dans les bras.
Les enceintes crachotèrent avant que la musique ne se lance, et Roman eut un nouveau blanc. Manqua les premiers battements de la mesure et finit par se lancer à contre-temps avec rudesse. Parce qu'il n'avait pas commencé qu'il se plantait déjà, pour tout dire. Serrant les dents, concentré sur les pommettes saillantes et la manière dont elles plongeaient pour creuser les joues de Tristan, il balança les hanches avec application, cherchant à retrouver la cadence. Finit par se caler relativement bien sur le tempo, toutes proportions gardées, bien sûr, et enchaîna quelques pas incertains. A son bras, le jeune homme suivait avec application. Une complaisance qui lui mit du baume au cœur et le rendit plus hardi dans ses mouvements.
Au point qu'il tenta même de lui faire faire une pirouette. Le rattrapage, lui, était nettement moins habile que tous ceux que Tristan avait faits plus tôt. Trébuchant sur son pas, Roman le reçut les deux bras en avant pour finalement l'enserrer brutalement contre lui. Et une grosse goutte de sueur froide de rouler entre ses omoplates alors qu'il comprenait aisément que, clairement, la salsa c'était trop complexe pour lui.

-Ca va ? Je t'ai pas fait mal ?

Vu la puissance avec laquelle il l'avait serré, il aurait pu lui déplacer une vertèbre ! Son instinct de soigneur reprenant le dessus, même s'il n'avait pas entendu de craquement, ses doigts tapotèrent le long de sa colonne vertébrale à la recherche de la moindre avarie. Le regard soucieux, il guetta la moindre grimace de douleur sur le visage de son patient.

-Désolé, je contrôle pas ma force. C'est pour ça que me laisser guider c'est une alternative beaucoup plus sûre avec un type comme moi.

A mesure que ses doigts couraient le long de l'échine souple du jeune homme vers le creux de ses reins, le sorcier se concentra. Dévia le regard vers les tomettes cramoisies au sol pour mieux ressentir les articulations sous la pulpe de ses doigts. Repéra un nœud qui n'avait pas sa place au niveau des lombaires, et, glissant ses mains sous la chemise de son professeur sans lui laisser le choix, s'appliqua à le masser consciencieusement.
Donnant donnant. Certes, Tristan avait proposé de lui donner des leçons de danse, mais Roman n'oubliait pas ce qui avait fait les bases de leur relation. Il était son soigneur. Et le blesser, même si c'était hors du cadre de son cabinet et par pure mégarde, ce n'était pas dans ses priorités.

-Inspire un grand coup et retiens ton souffle.

La voix bien plus posée qu'elle ne l'avait été au cours de leur cours, le sorcier avait fermé les yeux. Ce n'était de toutes évidence pas de sa faute, pour le nœud de la lombaire, vu son placement et sa raideur. Mais il n'avait pas dû arranger les choses, loin de là. Dès lors que Tristan se fut exécuté, il rassembla son énergie pour distiller sa magie le long de ses doigts, afin de réchauffer la zone endolorie et anesthésier la douleur. Fit sauter le nœud d'un mouvement habile. Et caressa doucement la peau, dans un massage circulaire, pour aider le sang et la douleur à mieux circuler.
Car s'il ne savait pas danser, une chose était sûre, il était capable de soigner. Et l'élève devait bien ça à son maître, surtout après avoir coincé son dos et probablement écrasé ses pieds une bonne douzaine de fois.

-Tu veux qu'on fasse une pause et qu'on jette un coup d'oeil à tes pieds ? Parce que j'ai pas dû y faire que des miracles.

La musique, derrière eux, s'était déjà achevée depuis belle lurette. Et Roman, déjà à mi-chemin de s'accroupir pour inspecter les petons de son patient, releva finalement les yeux vers ce dernier. Avant de croiser les mêmes prunelles d'encre à la chaleur confuse. Celle d'une étoile aspirée par un trou noir.

-A moins que t'aies envie qu'on continue ?



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Tristan K. Bellamy
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MessageSujet: Re: Dear Fellow Traveler ▬ Tristan    Ven 29 Juin - 1:23


Dear Fellow Traveler




Roman & Tristan
featuring
Les rougeurs contre les joues du Russe étaient plaisantes à contempler, tout autant que l'étaient ses rires, expulsés dans son souffle trop court, que Tristan avant cueillis, entre deux pas de danse. La chaleur commençait à peser sur eux, en dépit de cette légère brise, rafraîchie par la pluie qui s'écoulait au dehors, et s'engouffrait parfois, au travers de la porte fenêtre, mais Tristan songeait que l'exercice n'était peut-être pas la seule chose qui réchauffait l'atmosphère. La question qu'il avait posée du bout des lèvres aurait pu paraître anodine, une simple interrogation sur le plaisir que pourrait éprouver son élève pour ces apprentissages, mais derrière tout cela, se cachait une intention bien moins chaste qui allumait des étincelles de curiosité dans ses billes sombres. Aimait-il ce contact ? L'intuition secrète qui armait son regard rendait le damné extrêmement lucide, au point de comprendre le sens des gestes esquissés par les autres. La vérité et le mensonge se dissociaient dans des nuances évasives au fond des yeux clairs de Roman qui se plissaient sous le poids de la gêne. En ces instants, deux sentiment contraires s'amplifiaient dans l'esprit du maudit, un appétit vorace s'opposant à cette attirance plus tendre que cette proie lui inspirait. Ma proie.

« Moi, j'aime beaucoup ça. »

Des mots murmurés, sur ce même ton ensorceleur qu'il utilisait pour prononcer ses incantations, autrefois. Une distance plus raisonnable les avait séparés, alors que l'élève s'éloignait pudiquement, couvé du regard par son professeur qui mesurait attentivement ses réactions. Ce ricanement énergique prouvait une certaine vigueur et laissait envisager des capacités prometteuses, selon la vision pragmatique de Tristan. Des images attrayantes s'imposaient avec un peu trop de facilité dans ses pensées tandis que son regard s'appuyait contre la nuque de Roman. Il glissa jusqu'à la chute de ses reins et s'y attarda pendant que l'homme examinait innocemment les disques. Lorsque la musique envahit à nouveau la salle dégagée, les yeux sombres s'étirèrent en guise de réponse, dans un sourire satisfait par l'endurance du Russe. Ce dernier avait beau être en nage, des marques de transpiration imprégnant ses vêtements, il ne s'avouait pas vaincu et ses bougonnements faussement bourru transportaient une dose de fraîche innocence. Il ignorait à quel point Tristan pouvait réellement se montrer impitoyable. Pourtant, dans ces instants, la lueur chaude qui enveloppait ses prunelles chassaient leur insensibilité hostile pour les doter d'indulgence et, lorsque l'apprenti danseur revint se poster devant lui, il se glissa naturellement dans son étreinte sans se départir de ce mince sourire.

« C'est ce que je veux : que tu ne regardes que moi, ce soir. »

La musique avait le don d'ancrer les pensées dans le moment présent et de profiter des émotions libres qu'elles évoquaient. L'esprit de Tristan n'était encombré d'aucune pulsion mortifère ni de la moindre tension parasite, il n'était plus que sensations, alors que son corps épousait celui de son partenaire, s'accrochant à son regard pour ne pas lui permettre de fuir. Il ne le relâcha pas un seul instant, en dépit des fautes de rythme, et s'adapta aux mouvements du meneur avec une légèreté docile, son expression ayant retrouvé sa neutralité. Aucun tressaillement ni la moindre variation ne s'imprima sur ses traits placides, même lorsque les pieds trop gauches s'égaraient sur les siens. Lui offrant avec confiance le contrôle sur cet exercice, il appréciait les efforts de l'élève à respecter ses consignes en se tenant droit sans laisser dériver son regard et il ne songea pas un seul instant à le déconcentrer par la moindre parole critique.

Soudain, un écart imprévu eut le don de troubler l’enchaînement par son caractère aussi spontané que brusque. Cette pirouette improvisée se mariait avec l'enthousiasme de l'instant mais si Tristan aurait pu s'adapter sans problème à ce déséquilibre, il n'évita pas la réception brutale de son partenaire. Un souffle lui échappa sous cette compression qui l'écrasa si rudement et, pendant l'ombre d'un instant, ses prunelles vacillèrent sous le choc. Il aurait pu réagir à l'instinct, trouver la parade pour se dégager et par réflexe, il se tendait déjà comme sous l'effet d'une attaque.  Mais pourtant, il n'en fit rien, lové contre le torse de l'homme dont il percevait ainsi plus nettement les battements cardiaques. Le Russe était lourd et il avait le bras solide, pourtant la douleur ne ruinait en rien l'impression tranquillisante que lui procuraient cette si rude étreinte. Être effleuré lui était désagréable, dans certains conditions, l'hypersensibilité au toucher rendait certains contacts très incommodants pour lui. Cependant, être serré aussi fort avait quelque chose de réconfortant, en dépit de cet excès de rudesse, et paradoxalement l'étouffement ne le gênait pas vraiment. Une question pleine d'inquiétude résonnait déjà à ses oreilles tandis qu'il redressait vers Roman un regard emprunt d'une nouvelle bouffée de curiosité.

Sans prendre la peine de le rassurer immédiatement, il surveilla le cheminement des doigts du soigneur contre son dos, appréciant ces rides qui plissaient son front et rendaient son regard plus expressif. D'ordinaire, sa fierté l'aurait conduit à rétorquer immédiatement qu'il allait parfaitement bien mais Tristan maîtrisa cet impulsion orgueilleuse pour lui préférer un silence aérien. Aux excuses prononcées, il abaissa les paupières en signe d'acceptation, sans aucunement se soustraire à l'examen habile de ces doigts qui se promenaient contre sa colonne. La danse exigeait des hommes qu’ils développent l’élégance et la grâce mais aussi la force physique nécessaire pour bondir ou soulever son partenaire à bout de bras. Ce n'était donc pas une tare de posséder une telle force, loin de là, mais il lui aurait fallu apprendre à la contrôler. Pourtant, les paroles de Roman évoquaient tout autre chose dans l'esprit rêveur de Tristan qui se plu à évoquer un domaine bien différent de la danse.

« Ta force n'est pas déplaisante. Mais si tu préfères être guidé, il t'est toujours possible de te détourner des règles classiques. Moi, j'aime mener.»

Et si le Russe répugnait à contrôler sa vigueur virile, Tristan était disposé à s'en charger à sa place. Une pensée qu'il soupesa un moment, dans un léger mordillement de ses lèvres au moment où ses reins se faisaient ausculter. Il ne s'attendait pourtant absolument pas à ce geste soudain lorsque les mains se glissèrent avec autorité sous sa chemise, à l’affût d'une torsion musculaire. Surpris par cet accès de bienveillance, un rire léger lui échappa, vaguement déconcerté par cette sollicitude qu'il ne pensait pas justifiée.

« Tu crois vraiment m'avoir cassé ? Tu t'inquiètes inutilement, je vais très... bien. »

Déjà, il renonçait à l'envie de se dégager. Les frissons du chatouillement cédaient la place à un certain bien-être alors que le massage atteignait cette zone douloureuse et la légère crispation de son corps se détendit. Les mains de l'homme étaient larges et chaudes contre son derme, il pouvait ressentir leur rugosité sous ses gestes aussi assurés qu'apaisants, ceux d'un professionnel qui démontrait à présent son savoir-faire avec une maîtrise remarquable. Les interrogations étaient multiples mais dans l'immédiat, Tristan se concentra sur cette sensation, sans songer à rien d'autre. Il n'avait pas peur et se sentait prêt à supporter sans broncher ce qui suivrait, quoique cela soit. Déjà, quelques temps auparavant, il avait eu l'épaule démise suite à l'un de ses combats et il avait été contraint de recevoir l'aide de Roman, afin de la remettre en place. Si son soigneur estimait aujourd'hui qu'il fallait lui tordre le dos dans l'autre sens, il se sentait capable d'assumer les conséquences du diagnostic avec confiance. Aussi, lorsque le kinésithérapeute l'incita à retenir son souffle, il y consentit, motivé par le sérieux qui se dégageait de ces mots et curieux de ce qu'il s’apprêtait à accomplir.

« Bien. Tu peux y aller. »

Prêt à souffrir, il se concentrait déjà pour conserver un visage parfaitement neutre mais pourtant, à sa grande surprise, aucune douleur ne se fit ressentir. Bien au contraire, ce fut une douce chaleur qui pénétra sa chair, se propageant dans ses muscles pour y insuffler un léger picotement agréable. Et lorsque les massages opérèrent, il eut soudain la sensation qu'on le délestait d'un point douloureux auquel il avait été contraint de s'habituer depuis plusieurs jours. Plus précisément depuis cette chute brutale contre le sol de l'arène, au cours d'un combat. Cette douceur à laquelle il ne s'attendait pas, venait à présent remplacer cette raideur douloureuse qu'il masquait sans pour autant réussir à la faire disparaître. Roman, lui, y était parvenu.

« Tu n'auras donc pas besoin de croquer mon dos ? Tu as du pouvoir... je le sens.»

A ses mots, Tristan redressa vers lui un regard scrutateur, où s'inscrivait nettement ses interrogations, observant les traits attentif de cet homme qui se penchait déjà vers lui, prêt à l'entourer de ses soins avec une bienveillance candide. Quelque chose de magique venait de se produire, il en était pratiquement certain, et la pensée que Roman soit un sorcier accédait alors à ses pensées, le ramenant à son passé. Il n'en dit pourtant rien, restant sur la réserve tout en soupesant la proposition du Russe, dans un haussement de sourcil.

« Ta douceur est surprenante, Roman Ievseï, elle compense cette force incontrôlable. J'aimerais profiter encore de la magie de tes mains. »

Pas forcément comme le soigneur l'entendait du moins car la simple perspective qu'on effleure ses pieds lui prodiguait déjà des frissons horripilants et il n'était absolument pas question qu'il accepte ce genre de torture. Pourtant, l'idée d'une pause n'était pas sans attrait. La question du kiné lui paraissait chargée de tentations à bien des égards, car ce qu'il souhaitait continuer, c'était cette rencontre de leurs corps, collés l'un contre l'autre dans cette proximité sensuelle que leur avait permis la danse. La leçon venait de prendre une tournure différente et quelques idées troubles flottèrent un moment dans ses pensées tandis qu'il dévisageait son élève, s’immisçant dans son regard comme s'il cherchait à lire son esprit. Enfin, il accorda à Roman un sourire de Joconde.

« Alors, arrêtons, pour l'instant. Viens. »

Dans un mouvement souple, il rattrapa son bras pour l'emmener vers un fauteuil, repoussé avec les autres meubles dans le fond de la pièce, contre la porte-fenêtre entre-ouverte. Des gouttes de pluie avaient déjà constellé les coussins mais Tristan n'y prit pas garde et invita Roman à s'installer, le relâchant pour mieux aller se faufiler dans cet enchevêtrement de mobilier. Dehors, l'averse reprenait plus de vigueur et la musique de l'eau remplaçait à présent celle de la chaîne hifi, couplée au léger ronronnement du ventilateur. Escaladant agilement la table basse, Tristan attrapa un plaid qui traînait sur le dossier d'une chaise et se glissa avec agilité dans l’entrebâillement de la porte pour rejoindre la petite terrasse où Alice la morte pourrissait sans un bruit, cachée derrière un immense pot de terre. Avec bienveillance, il la recouvrit de la couverture avant de rentrer aussitôt rejoindre Roman. En sortant, il avait eu le temps de constater la lourdeur des épais nuages qui s'amoncelaient dans le ciel vespéral, annonçant la survenue d'un de ces orages torrentiels qui s'abattaient sur la ville et rendaient les routes impraticables. Ils se trouvaient en pleine forêt et bien vite, certains chemin seraient inondés, jusqu'à ce que le soleil éclatant n'assèche à nouveau les sentiers, dès le lendemain. La possibilité que son élève soit coincé dans sa demeure pour tout le reste de la nuit navigua dans ses pensées un moment tandis qu'il s'en allait le rejoindre, escaladant à nouveau la table pour repasser de l'autre coté, comme si la chose était parfaitement naturelle.

« Tu as l'air d'avoir chaud. »

Une remarque qu'il observa tout haut, en venant s'installer tout contre lui dans le petit fauteuil, sans la moindre hésitation. D'aussi près, il pouvait en effet ressentir la chaleur qui se dégageait du corps de Roman, tout comme son odeur qu'il avait appréciée en dansant dans ses bras. Dans un mouvement rapide, sans même user de ses mains, il se débarrassa de ses chaussures – un élégant modèle de cuir noir, parsemé de fleurs brodées – et replia ses jambes sous lui, dans cette posture qu'il adoptait naturellement lorsqu'il s'asseyait. Tout en observant sans honte les détails de son visage, il songea vaguement à proposer un verre d'eau à son invité ou peut-être à augmenter la vitesse du ventilateur accroché au plafond, qui tournait mollement pour leur offrir une brise légère. Néanmoins, des questions bien plus intrigantes envahissaient ses pensées et il y céda, sans se brider davantage. Ses mains rafraîchies par la pluie se posèrent contre les joues tièdes alors qu'il avançait son visage vers lui, dans une attitude aussi caressante que détendue.

« C'est vrai, tu es chaud. »

Sous ses paumes, il percevait les contours solides de sa mâchoire, la rudesse de son derme sous la naissance de sa barbe et il s'y attarda un instant, son pouce effleurant doucement les perles de transpiration qui ourlaient ses lèvres. Il y posa les yeux l'espace d'une seconde avant de retrouver les siens, découvrant les tracés des ridules sous ses longs doigts. Quittant enfin ses joues, ses mains glissèrent jusqu'à son torse brûlant. Il aimait la chaleur, lui-même étant souvent trop sensible aux ravages du froid et, si les variations du climat de la Nouvelle-Orléans leur imposait un orage, celui-ci pouvait se muer en averses de grêles glacées à tout moment. Profiter du confort d'un homme aussi chaud ne pouvait qu'être fort agréable, quelles que soient les conditions...

« Si tu veux vérifier que mes pieds n'ont pas besoin d'être amputés, alors je vérifierai que tu ne souffres pas de lumbago. Tu préfères rester ici ou on passe dans la chambre ? »

Une proposition somme toute logique, vu la manière dont le canapé était coincé sous les chaises, entre le vivarium et les autres meubles, ils ne disposaient pas de leurs aises, si un massage devait avoir lieu.



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Dear Fellow Traveler ▬ Tristan

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