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 The Small Hours [Ambre]

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Katsiaryna M. Yurkova
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Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
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MessageSujet: The Small Hours [Ambre]   Dim 14 Jan - 21:41


« Steep is the mountain which we climb. »

Ambre & Katsiaryna
featuring

Katsiaryna refusait obstinément d’admettre qu’elle aurait peut-être dû accepter sa proposition. Elle se persuadait, non sans lassitude, que l’orgueil n’avait aucune part dans sa décision ; qu’elle préférait simplement s’administrer ses propres soins lorsque la gravité de ses blessures le permettait.
Le tram avait imperturbablement poursuivi son itinéraire dans l’obscurité sale et mal éclairée des quartiers nord. La brusquerie des freinages, quoiqu’elle lui ait à chaque fois arraché une grimace de douleur, l’avait du moins extirpée du dangereux assoupissement qui la menaçait continuellement. Son esprit ne voulait plus du tout prendre en considération le monde environnant, se livrer à d’épuisantes et vaines opérations de déchiffrement. Elle avait la désagréable impression qu’il pouvait se désolidariser de son corps d’un instant à l’autre, et que le moment viendrait où même le freinage, aussi violent soit-il, s’apparenterait pour lui à un bercement.
Elle se débattit contre la lourdeur douloureuse de sa nuque lorsque le conducteur du tram se chargea lui-même d’annoncer le terminus en hurlant à travers la vitre brisée de sa cabine. La transmission radio était apparemment devenue trop capricieuse pour qu’il s’échine à la faire fonctionner. Le silence inquiétant et scrutateur de la nuit, qui figurait toujours un témoin hostile pour les âmes imprudemment égarées dans ces quartiers malfamés, avait de toute façon suffi à grossir et propager sa voix jusqu’à l’autre bout de la rame.
Katsiaryna se redressa péniblement, une main sur les côtes, l’autre agrippée à l’encadrement de la porte. Les menottes pendaient toujours à son poignet – cet imbécile avait manifestement jugé plus amusant d’emporter la clé – et elle en perçut exagérément le poids comme elle franchissait le seuil du wagon. Son pouls s’affola. Un dernier effort, s’encouragea-t-elle en considérant les pavés fissurés du quai. Après avoir précautionneusement inspiré et s’être emparé du deuxième bracelet, elle tâcha de progresser d’un pas aussi souple et naturel que possible. La douleur qui lui comprimait l’abdomen y pulsait comme un deuxième cœur et couvrait les élancements de son bras.
Elle craignit de ne pas réussir à contrefaire la rigidité ordinaire de son corps. Et plus les pavés défilaient sous ses Rangers, moins elle se réjouissait à l’idée d’être « secourue » par l’un de ses collègues. Elle ne se sentait déjà plus l’énergie de soutenir le moindre rapport professionnel, le moindre rapport humain ; seule la perspective de se réfugier dans la blancheur ordonnée et impersonnelle de son appartement trouvait grâce à ses yeux ; pour s’y endormir enfin, sans plus avoir à sauver la face.

Du reste, elle avait naïvement espéré que le quai serait désert. Raté, conclut-elle en apercevant deux silhouettes près des quelques degrés qui permettaient de quitter la station. La nuit, dans le nord de la Nouvelle-Orléans, restait le lieu de toutes les infâmies. Le dépeuplement apparent des rues dissimulait perfidement une meute de loups opportunistes qui guettaient la moindre occasion de mettre à profit l’éclairage défaillant des quartiers. C’était l’heure où les patrouilles se raréfiaient dangereusement et où la lumière vacillante ne sécurisait plus rien, ne rassurait plus personne, épaississant les ombres au contraire.

Ils se manifestèrent comme l’auraient fait des hyènes. Leurs gargarismes de mauvais augure émiettèrent définitivement sa patience. Sans un mot, elle s’immobilisa en même temps qu’eux et tâcha de les distinguer un peu mieux dans la pénombre du Metro Light Rail. Ils venaient évidemment de bander leurs muscles pour lui signifier qu’ils ne la laisseraient pas aller plus loin. En un sens, elle avait de la chance – et eux aussi, du même coup – ; d’autres malfrats, moins présomptueux et plus aguerris – mais non moins téméraires –, auraient simplement feint de la dépasser pour mieux lui poignarder le flanc. Ceux-là, aidés par l’alcool ou toute autre drogue désinhibante sans doute, ne semblaient guère impressionnés par l’uniforme. Ils se hasardaient aussi aux lenteurs des incapables qui espéraient obtenir quelque chose.

« Vous devriez rentrer chez vous, les prévint-elle sans grande conviction. C’est plus dangereux qu’à l’ordinaire, par ici. » Sans surprise, des rires gras accueillirent sa mise en garde. Elle aussi aurait probablement laissé échapper un rire si elle avait su que nul n’était finalement en sécurité nulle part et que l’Enfer pouvait désormais vous cueillir jusque dans votre lit. L’un des hommes se mit à éructer. « J’pense que c’est plutôt pour toi qu’ça devient dangereux, ma jolie. T’as l’air sacrément mal-en-point. Ça t’dit qu’on termine le boulot ? » Le sifflement métallique d’un couteau à cran d’arrêt ponctua ses menaces. Une aubaine pour elle qui avait justement besoin d’une arme, songea-t-elle en cillant tranquillement.

Abandonnant à contrecœur l’idée de les raisonner, elle lâcha le deuxième bracelet des menottes pour en déployer la courte chaîne, prête à s’en servir comme d’un lacet étrangleur. Ses côtes ne lui permettraient pas de soutenir un trop long affrontement ; mais les vibrations de son biper, qui venaient soudain d’emplir sa poche, étaient peut-être l’heureux signe qu’elle n’aurait pas même à lever le petit doigt, finalement.



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Ambre M. Del Nero
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MessageSujet: Re: The Small Hours [Ambre]   Dim 18 Fév - 0:23



The Small Hours
Steep is the mountain which we climb.



La traque du jour s’était arrêtée tôt, bien plus qu’elle ne l’aurait pensé. En fait, ça, c’était depuis le changement de politique du Gouvernement. Depuis peu, les voleurs d’énergie et autres zombies n’étaient plus à tuer, mais simplement à attraper. Alors, il devenait plus facile de les appréhender, de leur passer les menottes, puisqu’ils n’avaient plus à craindre pour leur vie face aux Shadowhunters. Et les dirigeants, dans leur grande bonté, avaient même été jusqu’à leur offrir un travail, que beaucoup considéraient comme ingrat. Néanmoins, pour la milicienne, il était normal que ceux-ci contribuent à la survie de la société, eux qui sont si dangereux. Et si cela les dérangeait, Ambre se porterait toujours volontaire pour les exécuter d’une balle dans la nuque. C’était peut-être pour cela qu’elle gardait un œil sur ceux qu’elle arrêtait, pour s’assurer de leur entière loyauté. Parce que la gamine, elle n’avait confiance en personne, et si ces types étaient chargés de supprimer les zombies aux abords des murs d’enceinte de la ville, elle tenait à toujours vérifier leur implication. Et puis, aller là-bas, ça lui permettait aussi de garder la forme en dégommant du zombie. A la fois plus résistant qu’un humain, il continuera de chercher à se battre, mais aussi plus mou… Bref, parfait pour l’entraînement, quand on ne pouvait pas tuer un de nos camarades.

La tête plongée dans les dossiers, elle leva à peine les yeux lorsqu’un de leurs supérieurs entra dans la pièce, demanda leur attention. Il était juste là pour leur faire perdre du temps. Non, Ambre ne l’estimait pas celui-là. A ses yeux, il n’avait rien fait pour atterrir à cette place-là, au contraire. Il avait ce sourire en coin en permanence, cet orgueil dans le fond du regard. Comme s’il pouvait manipuler le monde d’un claquement de doigt. Enfin, il trempait dans des affaires louches, et ce n’était qu’une question de temps pour qu’elle déterre toutes les preuves. Oui, Ambre était du genre gênante, et elle ne supportait pas la corruption des supérieurs. La sienne, ça passait, celle de ceux qui devaient montrer le droit chemin… Peu étonnant que les miliciens soient si mal vus par la population, si ceux qui les représentaient étaient pourris. Et l’autre se rapprocha, entreprit de foutre du bordel dans les papiers si minutieusement posés sur le bureau. C’était pour l’énerver. Elle le savait, et juste ses yeux vides se heurtèrent à celui de l’homme. Pauvre gamin…

Qui fut sauvé par un bipper, un appel de détresse. Le numéro affiché ne mit qu’une seconde à trouver une correspondance dans l’esprit de la jeune femme. Katsiaryna. Autre shadowhunter avec qui elle avait souvent travaillé. Duo de choc dans lequel l’une comme l’autre avait appris à faire avec les faiblesses de l’autre. Pourtant, l’italienne savait que sa collègue ne lui faisait pas confiance. Mais personne ne le lui faisait. Parce qu’elle sacrifierait la vie de n’importe qui pour réussir une mission. Elle jouait, sur son plateau d’échec géant, déplaçait les pions, les perdait, les gagnait, mais finalement, le plus intéressant, n’était-ce pas de remporter la bataille, guerre ?

« Je m’en charge. » Et avant que l’un des autres n’ait eu le temps de réagir, elle avait attrapé le bipper-gps, comme elle aimait l’appeler, récupéré son arme, et avait décampé, les chaussures claquant sur le parquet. Un peu d’action ne lui ferait pas de mal, et au moins, elle n’aurait pas à supporter la venue des cancres de service.

Hâtant le pas, elle suivait la direction indiquée dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Et malgré le pas de course qu’elle s’imposait, elle mettrait trop de temps à arriver au signal de détresse, dans le nord de la ville. L’inconvénient de devoir traverser le tout du sud au nord…. Elle espérait seulement qu’il n’y aurait aucun souci du côté de sa collègue, mais son cerveau n’était pas dupe : pour envoyer un tel signal, c’était qu’elle n’était pas certaine de s’en sortir seule. Et pour que ce soit le cas avec Katsiaryna… Son uniforme noir et son épée écartaient les quelques pauvres âmes en peine ou criminelles. Au moins, elle n’aurait pas à lever ses armes sur eux. Une perte de temps dont elle se passait parfaitement. Tic-tac chaque seconde qui s’égrainait était une de moins pour la sauver. Puis le corps s’enfonça dans les tréfonds du métro, aussi silencieux que la mort qu’elle s’apprêtait à donner. Délivrance rapide, quand les voix lui parvinrent. Légère pression sur le bipper, pour annoncer l’arrivée. Puis l’épée transperça le corps du premier agresseur, sans prévenir, et la voix s’éleva, glaciale : « Une tentative de meurtre sur un milicien sera puni par une exécution. » Dura lex,  sed lex. La peur était désormais palpable chez le survivant, alors qu’Ambre retirait dans un bruit de suçon terrible la lame du corps du cadavre. Tentative de fuite, puis de chute. Et sans un mot, sans un regard, une balle alla se loger dans la tête de cet inconnu. Il l’avait cherché, après tout…

Un coup d’œil vers sa collègue, sans jugement au fond des iris. « Tu es mal en point. Que s’est-il passé ? » Jamais l’autre n’avait fini dans un tel état. Alors oui, Ambre était curieuse. Maintenant, la ramener en un seul morceau au QG…  


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Katsiaryna M. Yurkova
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MessageSujet: Re: The Small Hours [Ambre]   Mer 21 Fév - 20:18


« Steep is the mountain which we climb. »

Ambre & Katsiaryna
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Le premier ivrogne fit un pas supplémentaire dans sa direction. Mais l’aplomb qui lui tordait la bouche en un rictus mauvais se mua brusquement en une expression de stupeur horrifiée. Son hoquet de douleur répondit au transpercement net et brutal de la lame qui venait de poindre entre ses guenilles. Le corps, assez large pour avaler la silhouette qui l’avait pourfendu, ne tarda pas à la révéler en s’écroulant lourdement sur le quai du Metro Light Rail. Il avait suffi à Katsiaryna de considérer la longueur de la lame pour en reconnaître la propriétaire – peu de miliciens avaient la fantaisie de se battre à l’épée ; la voix familière qui s’éleva bientôt, pour faire tomber le couperet d’une sentence implacable, acheva de lui donner raison.
Le deuxième homme fut impitoyablement cueilli dans sa maladroite tentative de fuite. Sans doute aurait-il préféré avoir le loisir d’implorer pour sa vie, en déplorant son erreur et son ivresse ; sans doute serait-il parti sans demander son reste, jurant de retenir – provisoirement –  la leçon, s’il en avait eu l’occasion ; mais Katsiaryna n’eut pas la force de considérer son exécution comme superflue, d’invoquer un prétendu sens moral qui n’aurait pas signifié grand-chose, à cet instant. Aussi s’abstint-elle de faire la moindre remarque, considérant sombrement la cruelle ironie du sort qui l’avait fait se trouver ivre au mauvais moment, au mauvais endroit.

Elle dut ciller plus lourdement qu’à l’ordinaire, assommée par la détonation qui avait arraché son corps à la torpeur douloureuse où il se trouvait. Pendant quelques secondes, un bourdonnement désagréable envahit ses oreilles et l’isola du monde ; elle n’en sentit ses blessures qu’avec plus d’acuité. « Tu es mal en point. Que s’est-il passé ? » Le soulagement qu’elle pouvait éprouver à l’idée d’avoir Ambre à ses côtés se nuançait toujours d’une discrète circonspection. Son efficacité représentait un confort indéniable mais son fonctionnement s’apparentait à celui de la machine, qui accomplissait inexorablement sa tâche et pouvait, ce faisant, vous couper un doigt sans qu’il n’y entre de réflexion ou de volonté particulière. Elle correspondait parfaitement aux critères de la Milice en ce qu’elle ne s’embarrassait pas d’idéaux moraux : la réussite de sa mission, à juste titre sans doute, l’emportait notamment sur l’intégrité de ses collègues. À cet égard, il était surprenant qu’elle ait consenti à répondre à son appel. « J’essaie encore de le déterminer et de me l’expliquer. » répondit-elle dans un souffle écourté par l’élancement de son abdomen. Elle eut un soupir inaudible en considérant les corps encore chauds étendus sur le quai. « Merci. J’espère que tu ne t’attendais pas à un affrontement plus musclé – autrement, je suis désolée de te décevoir. » Cela ne signifiait pas qu’elles étaient à l’abri d’une agression plus dangereuse, songea-t-elle en regardant soupçonneusement par-dessus son épaule. « Je n’ai plus vraiment d’armes, mais je peux marcher. Je ne te ferai pas l’offense de te prendre pour un déambulateur. » Elle réprima un sourire amer, consciente que sa piètre tentative d’humour n’était au fond qu’une façon maladroite de confirmer l’observation de sa collègue : elle était mal en point. « Ce n’est qu’une côte cassée – peut-être deux. Quelques entailles. Une substance étrange un peu partout sur mon uniforme – certainement de l’acide. »

Après avoir signalé l’emplacement des corps dont il fallait désencombrer le quai au moyen de son biper, Katsiaryna se mit en marche en s’efforçant de combattre le poids de la douleur qui essayait de la recourber vers la terre. Quitter le Metro Light Rail lui fut un indicible soulagement. « J’ai eu l’impression de me trouver ailleurs. » finit-elle par expliquer gauchement, tâtonnant dans la confusion de ses souvenirs. Son esprit avait déjà occulté en partie l’horreur de la situation à laquelle elle venait d’être confrontée – elle espéra, sans même s’en apercevoir, qu’Oswald était parvenu à se mettre à l’abri. « Dans un envers plus que dans un endroit. » ajouta-t-elle en fronçant les sourcils. Elle eut cependant honte de ne pas être en mesure de comprendre avec exactitude ce qui lui était arrivé, enragea de ne pas savoir quel défaut corriger, quel ennemi chercher, quelle vengeance entreprendre – elle qui ne s’était pratiquement jamais embarrassée d’une telle notion et qui ne s’épuisait que rarement à se trouver des coupables.

Elle cilla. Le délabrement des rues, à présent, n’avait plus rien de semblable avec celui qu’elle avait pu observer en traversant les wagons du tram. Son regard chercha celui de sa collègue. Ambre avait une autre qualité essentielle : elle ne se laissait impressionner par aucune des bizarreries – aussi monstrueuse soit-elle – qui ne cessaient de perturber la Nouvelle-Orléans. C’était en somme tout ce dont Katsiaryna avait besoin, à cet instant : un regard débridé, étranger au scepticisme qui pouvait vous rendre obstinément aveugle aux manifestations surnaturelles. « Il y avait un monstre. Plusieurs, peut-être. Mais celui-ci ne ressemblait pas à ceux que nous avons déjà pu affronter dans la forêt. Il n’avait pas leur vélocité. Il était lourd. Lourd et lent. Comme s’il savait pertinemment qu’il n’avait nul besoin de se presser. Lent et inexorable. » Elle souffla son agacement par le nez, et continua en omettant de mentionner le civil qui l’avait accompagnée. « Et je n’ai pas compris ce qui m’est arrivé. Je ne comprends toujours pas comment ce monstre a réussi à enrouler ses tentacules autour de moi malgré sa lenteur. Je pourrais bien te dire qu’il m’a fallu enfoncer les portes de chaque wagon, que la configuration des lieux me forçait à me déplacer en ligne droite dans un espace très confiné, que j’ai perdu beaucoup de temps, qu’il faisait noir… Mais il y avait autre chose. » Elle dut s’interrompre pour reprendre sa respiration. Ses insuffisances la renvoyèrent brutalement là-bas, dans l’atmosphère viciée de ce méconnaissable Metro Light Rail. « L’air était irrespirable. Je crois qu’il aurait pu, à terme, entraver tous mes mouvements. Regarde autour de nous. Tout est hostile, n’est-ce pas ? Pourtant nous avons encore le sentiment de pouvoir endosser le rôle qui nous sied le plus – celui de traqueur, et non celui de proie. Là-bas, il m’a semblé que la meilleure chose à faire était de me cacher, de fuir si possible, mais certainement pas de combattre. Je n’étais tout simplement pas équipée pour. Physiquement et cognitivement parlant. »

En vérité, Katsiaryna était déjà intimement persuadée qu’elle devait un tel échec à son ignorance. Concrètement, elle ignorait que la Milice avait envoyé des enquêteurs triés sur le volet dans la forêt pour refermer une brèche qui y avait vomi de nombreuses abominations. Les quelques bruits qui couraient à ce sujet ne remplaçaient pas une révélation en bonne et due forme de la part de ses supérieurs. Elle ignorait que d’autres brèches s’étaient ouvertes autour voire au cœur de la ville. Elle avait été confrontée à ces monstres sans en connaître la provenance, ni la fréquence d’apparition ; elle n’avait en somme été qu’un bras armé, un vulgaire exécutant – de ceux qui n’avaient a priori pas besoin de savoir pour bien faire leur travail. Mais voilà : Katsiaryna tendait maintenant à considérer qu’il aurait mieux valu pour elle en savoir davantage. « Ambre, poursuivit-elle dans un murmure. N’as-tu rien remarqué d’étrange, dernièrement ? Plus étrange qu’à l’ordinaire, s’entend. J’ai l’impression que nos supérieurs ne nous en disent pas assez. À moins que tu ne saches quelque chose de plus ? » Elle finit par baisser les paupières et admettre sa frustration : « J’aurais aimé savoir comment mettre le feu à cet endroit. »



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Ambre M. Del Nero
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MessageSujet: Re: The Small Hours [Ambre]   Mar 27 Fév - 4:23



The Small Hours
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Elle s’était interrogée, avait questionné sa collègue. Comment se sentait-elle ? Qu’était-il arrivé ? La voir blessée ainsi remuait un couteau dans la plaie chez la gamine, qui n’appréciait pas forcément que la seule avec qui elle s’entendait un tant soit peu se retrouve dans cet état-là. En fait, Ambre savait à quel point Katsiaryna était douée, brillante. Alors, comment avait-elle été blessée ? Comment avait-elle pu avoir besoin d’aide ? Et sans réponse, son cerveau vrillait. Un cercle sans fin, où de multiples murmures se demandaient tantôt dans le pire brouhaha du monde, parfois les uns après les autres, ce qui avait pu se passer. Cacophonie délirante dans un esprit déjà bien atteint, qu’elle taisait du mieux qu’elle pouvait, notamment en descendant deux pauvres cons qui s’étaient trouvés sur son chemin. Ah, quelle idée de vouloir violer, tuer, s’en prendre à une femme. Ils auraient dû y réfléchir à deux fois. Car les regrets et la conscience, ce n’était pas ce qui étreignait Ambre…

Son regard détaillait la blonde, et les blessures qu’elle pouvait percevoir dans les ténèbres. Ce n’était rien d’impressionnant, pour le moment. Elle se doutait, pour que l’autre ne puisse pas se mouvoir correctement, que ce n’était pas que des égratignures. Mais Ambre attendrait, et elle se contenta d’une réponse vague sans faire le moindre reproche, sans la brusquer. Cela arrivait suffisamment rarement pour être souligné. Un traitement de faveur que Katsiaryna était la seule à pouvoir se vanter d’avoir. Les autres étaient à peine traités comme des êtres humains. Un amas de chiffres et de statistiques dont elle se servait, au mieux. Au pire… Rien. Juste, rien. « De rien. Je suis venue pour m’assurer que tu rentrerais en un seul morceau au QG, pas pour tuer des mecs. » Et puis, cela lui avait permis d’échapper au comportement barbant de leur supérieur. Tout bénef pour elle. L’attention était décuplée, et Ambre était prête à descendre quiconque s’approcherait d’un peu trop près, ou avec des intentions floues. Aucune exception, aucune réflexion. Ce serait mourir ou vivre, avec Katsiaryna dans cet état. Alors, la gamine tirerait la première. Comme toujours.

« S’il y avait eu besoin, tu aurais pu prendre appui sur moi sans souci. Je ne me formalise pas de ce genre de choses, lorsqu’elles sont demandées. » Le trait d’humour ne fut pas perçu. De toute façon, Ambre se devait de la ramener en vie avant tout. C’était le but de sa mission, l’objectif en ligne de mire. « Je peux te prêter une arme aussi. » Elle acceptait de se séparer de l’un de ses précieux pistolets, si cela était nécessaire. Proposition faite une fois, pas deux. La blonde avait vraiment un lien particulier avec elle. La liste des blessures énoncée aurait pu la faire grimacer, ou frémir, mais il n’en était rien. Parce qu’elle était avant tout une machine Ambre, mais surtout, elle avait déjà connu pire. Les lésions se dessinaient régulièrement sur son corps. D’abord à cause d’entraînements trop virulents, pour lui apprendre à résister, et ensuite parce qu’elle semblait attirer la merde à chaque pas qu’elle faisait. Les doigts réajustèrent rapidement le bandage autour de la main, et elle réprima un frisson de douleur, reflux maintenant que l’adrénaline était redescendue. « T’es bien amochée donc. On passera à l’hôpital. » Parce qu’elle n’était pas certaine que Katsiaryna atteigne le QG en un seul morceau.

Elle la laissa s’occuper de signaler les corps à nettoyer, fit un rapide tour de la station, pour vérifier qu’aucun monstre ne se cachait. Avec les derniers événements, on n’était jamais trop prudents. Puis elles entreprirent de quitter les lieux, Ambre avec la main toujours posée sur la garde de son épée. Un signal envoyé aux rares qui croiseraient sa route ce soir. Son uniforme et son arme la rendaient dorénavant suffisamment dangereuse pour qu’on l’évite. Et c’était ce qu’elle cherchait, la dissuasion. Car si elle devait se battre avec tous les êtres qu’elle croisait, jamais elle n’arriverait à temps pour soigner Katsiaryna. Et c’était le principal souci de sa nuit. Ailleurs. Un envers. C’était des mots qu’elle captait, des explications données dans un murmure, peu serein. Peu d’informations, certes. « Un endroit pas loin de l’Enfer, c’est ça ? » Parallèle avec sa propre expérience, bien qu’Ambre ne puisse pas réellement le qualifier d’Enfer. Elle ne faisait que répéter les paroles de son accompagnateur. C’était ainsi qu’il l’avait qualifié. Un Enfer, pour certains. Les mages, les sorciers. Etonnamment, Ambre avait compris l’existence de tous ces êtres surnaturels bien plus rapidement que nombre de ses collègues. Peut-être parce qu’elle était habituée à l’étrange, parce qu’elle avait déjà vécu certaines manifestations étranges. Parmi les relations de son géniteur, il y avait eu des sorciers. Et elle se souvenait que sa génitrice tentait des expériences pour inculquer des capacités animales à des humains… En bref, le bizarre, ça avait toujours été son quotidien. Elle était préparée à tout, contrairement à d’autres…

Elle resta silencieuse, écoutant religieusement Katsiaryna, suivant son pas, que celui-ci s’accélère, ralentisse, ou bien se stoppe. Elle ressentait la peur dans les propos de sa collègue, sentiment qu’elle ne comprenait pas. Peur et colère. Il y eut du silence de la part de la gamine, dans un premier temps. Puis elle le brisa, dans un soupir : « Un être humain n’est jamais pleinement préparé à faire face à l’horreur. A moins d’être lui-même un monstre. » C’est ce que tu es Ambre alors. Oui, tout simplement. Un monstre ne peut pas avoir peur des autres monstres qui peuplent cette Terre, seul îlot encore vivable. « Et la fuite est une excellente idée, quand tu n’es pas en état de te battre. Il ne faut pas avoir honte de l’avoir choisi. » C’était la vérité. Même elle avait déjà choisi de courir pour survivre, pour réussir une mission, quand les probabilités étaient en sa défaveur. Tout n’était qu’une question de calculs. Et si tout était à y perdre, alors, on ne jouait pas. Katsiaryna avait pris la meilleure décision avec les informations qu’elle avait en mains. Et l’italienne ne pouvait que la féliciter pour cela. « A terme, l’air t’aurait tuée je pense. » Si la densité devenait trop importante, il aurait bousillé ses poumons, et aurait fini par empêcher la moindre respiration…

Le murmure la poussa à concentrer son entière attention sur la biélorusse. Un sourire se dessina sur son visage, sans éclairer ses traits. C’était beau la naïveté, non ? Katsiaryna s’attendait-elle à ce que le gouvernement leur transmette des informations ? Non. Ils n’étaient que des armes, interchangeables. Leur mort était agaçante, mais ils seraient remplacés en quelques jours, quelques semaines. Ils étaient l’une des élites les plus haïes, et celles qui pourraient disparaître la plus rapidement aux yeux de la gamine. « Tout a toujours été étrange à la Nouvelle-Orléans, n’est-elle pas le berceau du vaudou après tout ? » [/b][/color] Léger trait d’humour, avant de reprendre : « En termes de briefing de la part de nos supérieurs, je n’ai reçu aucune information supplémentaire. Mais je me suis retrouvée dans un lieu similaire au tien, j’ai juste eu la chance de m’en sortir rapidement. Cela laisse à penser que plusieurs failles existent, à de multiples endroits distincts. » Elle laissait les mots sortir, sans se rendre compte à quel point ils pouvaient être aberrants pour le commun des mortels. Ambre avait toujours tant été détachée de cela… Elle ne perçut pas la frustration de l’autre, trop occupée à rassembler les informations, recréer son puzzle. Et puis, l’autre voulait des réponses. Pas sûr que la milicienne apporte les bonnes, mais elle tenterait au moins d’avancer quelques éléments… « Mon accompagnateur à ce moment-là… Il a évoqué un genre d’Enfer pour les mages et sorciers. Un lieu où ils se retrouvaient après leur mort. » Quel crédit apportait à cela ? Il faudrait qu’elle discute avec l’un de ces êtres pour en savoir plus. « Du coup, je ne pense pas que tu puisses réellement le brûler. En revanche, je trouve cela plutôt étonnant que nous ayons pu y faire un tour, même si ça ne devait pas être foncièrement voulu… »

Des demi-réponses, qui soulevaient encore plus de questions. Elle n’aimait pas Ambre, parce qu’elle avait l’impression de patauger, de pédaler dans la semoule. Enfin, il ne fallait pas qu’elles restent plantées là…  


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Katsiaryna M. Yurkova
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MessageSujet: Re: The Small Hours [Ambre]   Dim 6 Mai - 17:12


« Steep is the mountain which we climb. »

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Katsiaryna sut gré à Ambre de n’appesantir sa voix ou ses regards d’aucune once de jugement. Son détachement singulier, de toute évidence étranger au dédain, appliquait un baume doux-amer sur ses propres susceptibilités, ordinairement en sommeil ; exactement comme l’on pouvait soigner par l’asepsie. Elle dut ciller à plusieurs reprises pour s’assurer que sa pointe d’humour n’avait finalement pas réussi à faire une percée dans l’imperméabilité de sa collègue ; avant d’abaisser les paupières pour déguiser l’ombre d’un sourire en réflexion contemplative : la mécanique humaine, chez elle, semblait plus mal huilée encore que la sienne propre – et il entrait sans doute dans ce constat plus d’attendrissement que de dépit.
Elle finit par la remercier une seconde fois, d’un sobre hochement de tête, avant de tendre la main gauche pour s’emparer du pistolet qu’elle lui proposait généreusement. Ses blessures réduisaient dangereusement sa mobilité et la douleur, mêlée à l’épuisement, couvrait quelquefois sa vision d’un voile désagréable, mais elle n’en était pas moins opérationnelle pour tenir fermement une arme et ainsi dissuader d’éventuels agresseurs. Elle ne voulait pas songer au tremblement qui risquait de fendre la solidité de son bras si elle venait à le tendre pour une mise en joue.
« L’hôpital est probablement l’option la plus raisonnable. » admit-elle avec un ennui perceptible dans la voix. Il lui semblait de toute façon, dans son état, que cela revenait à choisir entre Charybde et Scylla. L’hôpital comme le quartier général la forceraient à considérer franchement la provenance des lésions qui lui meurtrissaient le corps. Mais comment Diable pourrait-elle en parler, en quels termes, lorsque ces deux édifices pouvaient, chacun à leur manière, figurer des maisons de correction ? Tous deux noyaient les consciences, cataloguaient les individus, fourrageaient dans leurs plaies pour découvrir leurs vices et leurs échecs comme un espion sonderait leur quotidien pour pénétrer leur identité véritable. De plus en plus d’infirmiers et de chirurgiens s’étonnaient des blessures qu’ils avaient à soigner, et la Milice n’avait jamais manqué d’exploiter ce genre de données pour mener à bien ses propres enquêtes ou pour effacer quelque élément compromettant. Un mensonge était tout à fait envisageable pour expliquer des côtes cassées et des poumons encrassés par d’étranges toxines, mais cela ne représenterait en fin de compte qu’un mauvais expédient. Elle inspira prudemment. Bien qu’elle ait de quoi s’administrer les premiers soins au quartier général et dans sa propre pharmacie, il lui fallait avant tout déterminer l’étendue des dégâts ; or, seul l’équipement de l’hôpital le lui permettrait dans l’immédiat.

L’effort, quoiqu’éprouvant, commença de lui réchauffer le corps et de réduire un tant soit peu ses élancements ; enfin la conversation acheva de la distraire de ses infirmités. Par bonheur, Ambre s’était montrée aussi réceptive à son exposé qu’elle ne l’avait espéré. Katsiaryna, qui avait toujours mis un point d’honneur à ne pas trop s’interroger sur la portée existentielle de ses actes et de son orgueil, estimant qu’elle ne saurait en être bon juge, ne s’était fait qu’une vague idée de ce que pouvait être l’Enfer. Celle-ci s’était légèrement précisée depuis que sa mère, morte les papilles calcinées par un mal étrange, ne foulait plus les horreurs de ce monde à ses côtés. Or toutes deux n’avaient en réalité jamais cherché à vivre dans la perspective d’un salut ou d’une damnation. Elle acquiesça cependant, avant d’esquisser un faible sourire. La dichotomie entre humanité et monstruosité l’avait toujours laissée perplexe et la situation extrêmement complexe de la Nouvelle-Orléans, de même que les différentes dictatures qu’elle avait connues au cours de sa carrière, l’amenaient souvent à penser que s’il fallait tenir du monstre pour endurer et confronter le monstre, il fallait aussi tenir de l’humain pour déterminer, comprendre et mettre en pratique ce qui pouvait anéantir l’humain. Il lui semblait que tout n’était finalement qu’une question de porosité, à la rigueur de continuum, plus que de frontières clairement délimitées. Et si la monstruosité devait pour finir atteindre une autre échelle, gravir un degré supplémentaire dans l’horreur, comme c’était précisément le cas à la Nouvelle-Orléans, l’accoutumance se chargerait de la rendre praticable pour les esprits les plus démunis.

Katsiaryna parvint bientôt à allonger le pas, les doigts fermement resserrés autour de la crosse du pistolet. Curieusement, les considérations de sa collègue au sujet de la fuite la réconfortaient un peu, en ce qu’elles étaient celles d’une pure tacticienne. Elles n’apaisaient pas totalement sa frustration mais la replaçaient dans une perspective d’efficacité, où l’orgueil n’entrait pas en ligne de compte. « Je crois également qu’une lente asphyxie m’y attendait... » soupira-t-elle en appréciant à nouveau la relative qualité de l’air qui les entourait. Là-bas, nulle possibilité de trouver un masque à gaz ou de s’enrouler un linge mouillé autour du visage ; elle n’était même pas absolument certaine que leurs équipements actuels puissent un jour leur permettre d’évoluer convenablement dans cet effroyable reflet inversé du monde.

Le sourire qu’elle crut distinguer sur les lèvres de sa collègue lui fit légèrement froncer les sourcils. Se moquait-elle ? Katsiaryna reconnaissait quelquefois au fond de ses yeux, si jeunes et pourtant si désinhibés, le cynisme des esprits désenchantés. De son côté, l’écœurement l’avait toujours empêchée d’en rire, de peur, sans doute, que ne succède à l’hilarité une immonde et insurmontable vomissure.

Elle fut stupéfaite d’apprendre que la jeune femme avait été confrontée à un phénomène similaire. Son regard se figea un instant comme elle l’écoutait poser méthodiquement des mots sur ce qu’elles avaient différemment vécu. Des failles. Si le terme lui semblait parfaitement approprié, elle ne parvenait pas, pour l’heure, à considérer cet abominable prodige avec le détachement tout scientifique que manifestait sa collègue. Plusieurs failles, supposait-elle. Si pareille hypothèse se vérifiait, cela signifiait – comme elle l’avait redouté – que n’importe qui, aussi étranger au surnaturel soit-il, était susceptible de se retrouver emprisonné à l’intérieur ; du plus incorrigible malfrat au plus innocent des civils. L’idée lui parut insupportable. Retranchée derrière une expression qu’elle s’efforçait de garder impassible, seule l’importance qu’elle accordait aux paroles d’Ambre, la nécessité où elle se sentait de l’écouter jusqu’au bout, lui permit de ne pas disjoncter complètement. Elle eut cependant la sensation, ce faisant, d’avoir perdu la faculté de s’exprimer. Qui pouvait bien être l’accompagnateur qu’elle mentionnait, comment pouvait-on envisager l’existence d’un Enfer spécifiquement destiné à accueillir les sorciers, comment ce lieu de damnation de toute évidence destiné à durer, à remplir sa fonction jusqu’au bout, pouvait-il maintenant les concerner, et à quand pouvaient bien remonter les premiers franchissements par les vivants furent autant de questions qu’elle n’eut pas l’énergie de formuler. « Etonnant… ? réussit-elle finalement à répéter sans parvenir à réprimer une grimace d’impuissance. C’est épouvantable, Ambre. Qui sait combien de failles sont susceptibles de nous cueillir dans l’enceinte même de la ville, combien de civils ont déjà pu mourir en ne parvenant pas à s’y soustraire ? » Elle dut ralentir le pas pour mieux maîtriser sa respiration. Le désagréable tambour qui menaçait de faire éclater ses tempes résonnait douloureusement jusque dans ses côtes.  « Tu n’as jamais songé à mener ta propre enquête ? » murmura-t-elle au bout de quelques secondes. C’était une suggestion dangereuse, en ce qu’elle supposait une forme de désolidarisation vis-à-vis de la désinformation orchestrée par le Gouvernement – du reste, à quel point celui-ci était-il ignorant et à quel point leur mentait-il ?

Les deux miliciennes s’étaient lentement arrachées au Nord crasseux de la Nouvelle-Orléans. Insensiblement, la propreté grandissante des murs et des trottoirs commença de marquer leur passage dans l’Est de la ville. Il fallait s’y faire tout aussi discret, néanmoins, ne pas alerter les civils en perturbant la sérénité relative de leur nuit.


Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: The Small Hours [Ambre]   Mar 12 Juin - 0:46



The Small Hours
Steep is the mountain which we climb.



Ivory avait quitté ses doigts, pour trouver la main, plus grande, de Katsiaryna. C’était troquer une tueuse pour une autre, un monstre de marbre pour un autre. Aucune des deux femmes n’était connue pour son empathie ou sa douceur. Elles étaient toutes les deux un roc sur lequel les gens s’écrasaient, homme comme femme, civil comme militaire. Et elles étaient les deux aspects féminins des shadowhunters. Seulement deux membres, avec la recruteuse, mais celle-ci n’avait jamais foutu un seul pied sur le terrain. Si Ambre l’avait appréciée par le passé, Niklas avait impacté son raisonnement, et sa place lui apparaissait de plus en plus intéressante. Surtout que Rivka était dépendante des médicaments, et la gamine le savait. Elle n’était pas saine d’esprit, comment pouvait-elle se permettre de juger les autres ? Qu’importait les raisons qui l’avaient poussée jusque-là, Ambre n’en avait jamais tenu rigueur. Elle était de ces gens taillés grossièrement, de ceux qui ne percevaient pas la différence entre le bien et le mal, qui avaient une vision tronquée de la vie. Mais Ambre, elle était surtout amputée d’une partie d’elle-même : de son cœur, et les émotions qui s’y rapportaient. Y’avait pas de douceur, pas d’amour, pas de haine, pas de dégoût, pas de peur… Y’avait juste un grand vide, et un contrôle surnaturel sur sa personne.

L’hôpital putain, mais qu’est-ce qui lui avait pris de proposer cette alternative ? Certes, elle n’avait pas d’autres choix, mais s’il y avait bien un lieu que la gamine ne supportait pas, c’était la blancheur immaculée d’une clinique. L’odeur l’écoeurait, les médecins la dégoûtaient, et la dernière fois qu’elle y avait été enfermée, elle avait cherché à s’enfuir en sautant par la fenêtre. En fait, sans Kenneth pour la rattraper – foutu métamorphe – elle serait morte à l’heure actuelle. Bon, ça n’aurait été une perte pour personne, mais il fallait croire qu’il tenait suffisamment à elle… « Oui, même si je ne porte pas l’hôpital dans mon cœur, les médecins seront certainement capables de te soigner. » Ou alors, elles pouvaient aller trouver le médecin affilié à la Milice, mais Ambre ne savait guère où il était, et une fois encore, le QG était trop loin. Et les supérieurs poseraient tout un tas de questions qu’elle préférait éviter. Les blessures devraient être ses priorités, qu’importait son ressenti. Alors, pour la distraire de la possible douleur, Ambre parlait, répondait, sans jamais juger ou poser trop de questions. Elle était fidèle à elle-même, fidèle à cette image qu’elle accrochait à ses traits. Elle n’était qu’une tacticienne, ne jurait que par la stratégie. Elle jouait de la vie, pour mieux administrer la mort.

« L’air n’avait pas l’air respirable en effet. Comme si la pourriture des êtres et des charniers s’était élevée… » Elle ne semblait que peu étonnée, mais rien ne pouvait l’intriguer Ambre. Elle vivait dans un monde bien différent des humains, dans lequel les sentiments n’existaient pas, et où son humanité était la norme. Si robotique, elle ne s’était pourtant jamais réellement considérée comme à côté de la plaque. A part quand Dante était dans les parages. Il était celui qui remettait en cause toute sa vie. Un jour, tout cela finira mal. Un jour, elle se paiera un retour de karma dans la gueule. Un jour, elle perdra tout.

Et Katsiaryna réagit à ses propos, avec bien plus de violence qu’elle ne s’y attendait. Ambre pencha la tête sur le côté, ralentit légèrement le pas, puis se calqua sur celui de sa collègue. Avait-elle prononcé un mot qu’il ne fallait pas ? Avait-elle manqué à ses obligations d’être humain ? C’était possible. Elle était experte dans le mauvais choix des mots. C’était ce qui avait déclenché les questionnements de Dante, voilà plus de huit ans. Et c’était ce qui écorcherait sa relation avec la blonde. C’était désolant, mais Ambre ne pourra jamais rattraper vingt années de son éducation, de ce conditionnement. Il était trop tard pour faire marche arrière, à moins d’un choc particulièrement violent…   « Crois-tu réellement que le gouvernement en a quelque chose à faire ? Si nous, shadowhunter, sommes considérés comme remplaçables, un citoyen n’est rien d’autre que de la chair à canon. » La stricte vérité. Mais l’italienne, elle était un parfait petit soldat, incapable de se rebeller. Parce que la Milice et le gouvernement, ils ne pouvaient que faire le bien, ils ne pouvaient que contribuer à la survie de l’espèce. C’était ce qu’elle était ancrée dans l’esprit, pour ne pas voir ce qui se passait réellement. Après tout, n’avait-elle pas passé son enfance et son adolescence au cœur d’une organisation criminelle, à se dire que les autorités ne voulaient que faire tomber son géniteur ? Hé bien aujourd’hui, c’était toujours la même chose. Elle avait troqué ses chaînes contre des boulets d’autant plus lourds…

« Je soupçonne plusieurs dizaines ou centaines de civils d’avoir été emprisonnés là-dedans. Mais ce ne sont que des estimations basées sur des témoignages et des disparitions. » Sa voix était toujours aussi monocorde, et murmurée. Elle préférait éviter d’attirer l’attention sur elle la gamine, que ce soit à cause des sujets évoqués, ou de l’incapacité de Katsiaryna à se battre. Oui, Ambre l’avait perçu. On ne lui faisait pas le coup à elle. Son regard était aiguisé, pour repérer les maillons faibles chez les ennemis. Et chez les siens aussi, pour les pousser vers l’arrière.

Elle réfléchit quelques instants, alors que les pieds foulaient désormais les quartiers est. Et elle répondit, après avoir pesé le pour et le contre. « J’ai déjà commencé à chercher par moi-même, je n’aurais pas autant d’informations sinon. » N’était-ce pas un acte de rébellion en soi ? Certainement… Mais l’information était précieuse. Et Ambre en avait toujours eu besoin.


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Katsiaryna M. Yurkova
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MessageSujet: Re: The Small Hours [Ambre]   Jeu 12 Juil - 13:11


« Steep is the mountain which we climb. »

Ambre & Katsiaryna
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D’une légère secousse de la tête, Katsiaryna désavoua la naïveté que sa collègue lui prêtait vis-à-vis des dispositions gouvernementales. Conditionnée déjà par l’autoritarisme de sa propre patrie, elle n’aurait décemment pu attendre de leurs supérieurs actuels un sentiment qui s’apparentât de près ou de loin à de la bienveillance ou à de la délicatesse. Mais elle n’en pensait pas moins en soldat chargé d’endiguer une crise sans précédent et regrettait, à ce titre, de ne pas trouver dans les choix stratégiques du Gouvernement un semblant de bon sens et un souci tout militaire de l’efficacité : une police, toute nombreuse qu’elle fût en apparence, n’était pas pour autant intarissable ; or il lui semblait qu’une forme d’économie s’imposait pour optimiser ses actions – un soldat stupidement sacrifié n’était rien d’autre qu’un exécutant de moins à déployer pour colmater les fissures qui ne cessaient de lézarder leurs remparts partout ailleurs. Elle eut un pincement de lèvres contrarié avant de murmurer : « J’ai horreur que l’on m’empêche de bien faire mon travail... » Pire, l’inconséquence et l’impertinence d’une telle direction ôtaient tout son sens à la nécessité – qu’elle voulait croire temporaire – de leurs maux : l’urgence légitimait hypocritement l’atrocité d’un acte et les souffrances de la population mais ne les justifiait plus dès lors qu’une forme de négligence, quelle qu’elle soit, gangrénait la politique militaire et entravait sa bonne application. Un soupir inaudible mourut au bord de ses lèvres. Son zèle lui paraissait de plus en plus inapproprié et lui donnait l’impression désagréable de se déplacer hasardeusement sur d’interminables échasses.

L’infatigable quartier Est, comme à l’ordinaire, ne s’était jamais endormi et ses rues étaient encore chaudes des festivités de la nuit. Pourtant l’euphorie qui le caractérisait semblait depuis peu s’être nuancée d’une indéfinissable appréhension – lisible dans ces rassemblements qui refusaient de se disperser, dans ces couples amoureux ou amicaux dont les mains ne se lâchaient pas lorsqu’il s’agissait de rejoindre une ruelle moins fréquentée, dans ces notes de musique tantôt joyeuses, tantôt plaintives qui ne couvraient plus tout à fait les angoisses voire les terreurs nocturnes auxquelles étaient livrés les habitants. Et ce frisson ambiant prit tout son sens quand sa collègue partagea ses sinistres estimations : peut-être des centaines de victimes qui hantaient par leur absence les jours gris de leurs proches et qui éclairaient probablement, par là même, le nombre sans cesse croissant de disparitions restées inexpliquées. Katsiaryna eut un vertige qui ne devait rien à l’affaiblissement de son propre corps.

L’initiative d’Ambre, qui ne souhaitait plus dépendre des silences obstinés du Gouvernement, lui aurait certainement arraché un froncement de sourcils désapprobateur quelques mois auparavant ; mais elle regrettait à présent d’avoir à ce point manqué d’audace et de s’être montrée si docile, se sentant de moins en moins l’envie – et la capacité – d’agir et d’avancer à l’aveugle. Elle avait toujours consenti à n’être qu’un pantin, un pion, un exécutant – et y consentait encore ; mais une connaissance supérieure des dangers environnants restait le principal atout d’un soldat et elle ne supportait pas d’être insuffisante à cet égard – elle ne voulait plus jamais ployer devant quelque donnée prétendument inconnue dont ses supérieurs possédaient en réalité la clé. La façade du centre hospitalier n’était plus qu’à quelques pas désormais et elle sentit poindre sur ses lèvres un sourire amer. « Je me demande à quel point ils nous… » Nous mentent ? poursuivit-elle intérieurement. Nous désinforment ? Elle acheva sans chercher à ravaler l’ironie acerbe qui lui altérait la voix : « … À quel point ils nous préservent. » Les détours de ce genre lui avaient toujours arraché la langue. L’homme qui lui confiait ordinairement ses missions en était un redoutable spécialiste et il lui avait souvent fait sentir, plus ou moins volontairement sans doute, qu’il existait au sein de la Milice plusieurs strates de connaissance. Elle n’avait officiellement endossé son uniforme noir qu’après avoir subi un entraînement intensif, ajusté à la faune locale : Katsiaryna savait exactement comment se débarrasser de chaque espèce surnaturelle recensée à ce jour ; toutes étaient mortelles et tributaires de leurs réflexes généralement restés humains, ce dont les laboratoires gouvernementaux s’étaient assurés de la plus odieuse des façons ; mais ce qui concernait l’existence d’un autre monde et son fonctionnement lui échappait complètement, et elle refusait d’être à nouveau la victime impuissante de son ignorance. Je pense suivre ton exemple, songea-t-elle enfin sans se résoudre à le formuler.

L’Adventist Hospital regorgeait de blessés – certains par ses propres collègues – qui pouvaient encore se permettre d’attendre. Les râles et les plaintes échauffaient l’air et le rendaient difficilement respirable, donnaient à la souffrance une odeur qui lui aurait noué la gorge si elle n’avait pas déjà été accoutumée aux charniers. Katsiaryna, la main serrée autour de l’avant-bras de sa coéquipière, s’efforça d'ignorer la douleur qui lui élançait l'abdomen et de garder le dos droit : sans surprise, le manteau noir qu’elles portaient toutes deux leur valut des regards ouvertement hostiles sitôt qu’elles parurent sur le seuil et traversèrent le hall pour se manifester à l’accueil. Les agents de la Milice ayant toujours été prioritaires afin de faciliter l’exercice de leurs fonctions, un infirmier n’avait pas tardé à les approcher et à les emmener à l’abri des regards curieux pour s’enquérir de leur état et de leurs besoins. Tout en s’installant péniblement sur le lit qu’il lui désignait, Katsiaryna avait expliqué en peu de mots – très évasifs – qu’elle aurait uniquement besoin d’un court passage au service de radiologie ; mais elle eut beau soutenir qu’elle avait déjà procédé à une palpation, elle ne parvint pas à échapper à l’examen de l’infirmier.

Elle finit par avoir une pensée compatissante à l’égard d’Ambre et de son aversion pour l’hôpital. « Merci de m’avoir retrouvée et accompagnée jusqu’ici. » lui dit-elle à nouveau lorsque l’infirmier les laissa seules pour rejoindre l’un des radiologues du centre hospitalier. « Tu n’es pas obligée de rester, tu sais… Si l’hôpital te met à ce point mal à l’aise. » Katsiaryna cilla paisiblement. Elle-même n’avait aucune confiance dans le personnel médical en dépit de sa bonne réputation, et elle avait appris à se montrer prudente lorsqu’elle devait s’attarder entre les murs aseptisés qui jugulaient la mort à grande peine. « À moins que tu ne veuilles m’expliquer pourquoi. » proposa-t-elle avec une légèreté suggérant que sa curiosité relevait plus d’une politesse maladroite que d’une indiscrétion malvenue – elle ne ferait évidemment pas à Ambre l’offense d’insister.



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