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 Bang, Bang (amberias #2)

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MessageSujet: Bang, Bang (amberias #2)   Lun 15 Jan - 15:50


Oh, I followed close behind her
Tried to hold up and be brave
But I could not hide my sorrow
When they laid her in the grave





Amberly  & Elias

– Pose ta guitare, cowboy.
Connor lui jette un regard en diagonal alors qu’Elias enfonce une cassette qu’il a trouvé dans la dernière ville qu’ils ont pillé. Il ignore ce qu’il y a dessus, mais il est pressé d’entendre autre chose que les chansons dépressives de l’alcoolique qui s’est assis à sa droite, le laissant au volant. Le sorcier a dû insister. Connor n’aime pas laisser le volant, mais il n’est pas en état de conduire.

Plantés dans la jeep ornée de barres de fer et de clous, forgée pour terrasser n’importe quel rôdeur perdu au milieu de la route, ils sont trois cette fois. Léotie dort péniblement sur la droite, sa tête posée sur l’épaule de Connor qui la couve du regard comme si c’était sa fille ou sa meuf. Il ignore ce qu’elle est pour le blond. Ce ne sont pas ses affaires de toute façon.
– Ça va faire du bien de dormir à la Nouvelle Orléans ce soir. On va pouvoir y rester trois jours comme l’veut le pacte, le temps de faire not’tambouille.
– Mh, qu’il répond Elias, à peine intéressé.
Il écoute la musique surtout, et regarde devant lui pour ne pas se faire surprendre par une horde. En réalité, la route est désertique. C’est à peine s’il croise un bâtiment encore debout. Tout semble mort, tout semble définitivement enterré. Avant, à son époque, les choses étaient différentes, vertes, vivantes. Désormais, il ne reste plus rien que le sable et l’odeur du marécage qui les suit jusque dans la voiture.
– Hey Elias, murmure Connor, ses doigts plongés dans les cheveux de la petite.
Le sorcier n’a pas envie de répondre ; il se concentre pour ne pas avoir à l’écouter.
– T’as cassé la gueule à Leslie y paraît.
Il n’a toujours pas envie d’ouvrir sa gueule. Il aimerait oublier que parfois, oui, parfois ses veines rugissent et qu’il n’arrive toujours pas à se retenir, à se calmer. C’est difficile. Il y arrive le plus souvent, mais l’image de Zora est encore si fraîche, si douloureuse dans son esprit. Il sert les dents un moment en se remémorant son étonnante rencontre. C’était il y a deux, trois semaines peut-être. Il l’avait suivi, il s’était fait passer pour fou, mais qu’est-ce qu’il aurait dû faire ?
Il passe sa main large sur son visage pour chasser l’inquiétude qui le foudroie. Il sait qu’il va y retourner. Il a tout préparé pour. Il a longtemps réfléchi en face du feu le soir, ses yeux noirs plongés dans le crépitement des flammes pour y trouver des réponses à ses questions sans mots. Des réponses à ses maux.
– Connor, marmonne-t-il.
– Ouais je sais, je ferme ma g-
– Tu crois qu’il existe… une sorte de… seconde chance ?
Il a cherché ses mots à l’horizon. Il a l’impression que le bout de ses lèvres brûle de les avoir prononcées, comme s’il en avait trop dit. Connor lui-même n’en revient pas. C’est bien la première fois que le géant lui balance un truc pareil. Il se racle la gorge, avec une certaine hésitation, avant de répondre, confus :
– Ça… ça dépend, j’imagine…
– Ça dépend de quoi ? reprend le géant sans détourner les yeux de la route.
De nouveau, Connor est mal à l’aise. Il n’a pas l’impression qu’il s’agit d’une « simple discussion ». Il a l’impression que quelque chose de grave se joue tout de suite, quelque chose qui le dépasse et dont il n’a pas encore vraiment conscience.
– De ce que tu as fait, avant.
Le couperet tombe sans délicatesse mais Elias s’y attendait. C’était le bon moment. Il a un petit sourire en coin, amusé quelque part, mais c’est un rire qui ne résonne pas, nullement, jamais. Connor le voit bien et se racle la gorge, jetant un œil dehors pour ne plus avoir à le voir, à avoir cette image de ce géant prostré sur son volant.
– Mais j’imagine que tout peut être pardonné si on y met les formes.
De nouveau le silence s’installe dans la cabine, mélange étrange de malaise et de pudeur. Elias ne veut rien lui dire qui puisse se retourner contre lui. Ils ne savent rien du monstre qu’il a été, mais savent à peu près tout du monstre qu’il peut être. Ils l’ont déjà vu, quand il hurle, quand il frappe jusqu’à que tout soit rouge. Ils savent. Il se convainc qu’ils s’en doutent.
– J’avais quelque chose de très précieux, dans le passé, commence-t-il, se détendant légèrement, que j’ai perdu, par ma faute… Je n’aime pas voir ça. Revoir ce que j’ai perdu.
Au son de sa voix qui se retient, Connor n’arrive pas à savoir s’il parle véritablement d’une chose ou d’une personne. Il ne pense pas cinq secondes à une femme, parce que ce n’est pas le genre d’Elias, les femmes, ou les hommes. Il a l’air tellement distant. Il est comme eux, un blessé de la vie, mais ses blessures n’ont jamais eu de noms. Le blond hausse doucement les épaules, caressant calmement les longs cheveux bruns de Léotie :
– P’t’être que si tu l’as retrouvé, c’est pas pour rien. C’est p’t’être un signe.
– Un signe ? Un instant, Elias détourne les yeux de la route et observe Connor du coin de l’œil. Il ne comprend pas.
– Un signe, c’est quand on met quelque chose sur ton chemin pour que tu… réagisses, tu vois. Moi par exemple, avant j’fumais, puis un jour j’ai mis l’feu au canapé de mon vieux. La maison est partie en fumer. J’crois que c’était un signe tu vois. J’aurais pu y rester, mais j’y suis pas resté, parce que c’était une leçon. Une mise à l’épreuve. Si j’avais continué, j’me serais grillé.
Un instant, les mots comme une catharsis. Il les comprend, mais il a encore du mal à y croire. Il ne répond pas, la voiture filant jusqu’à la Nouvelle Orléans. Ils font toujours la même paperasse, les mêmes démarches au poste de contrôle avant de garer la voiture dans un coin où elle ne gênera personne. Léotie s’est réveillée pour prendre le premier tour de garde, et c’est ce qu’elle fait sans rechigner.
Il est déjà tard, si tard que Connor décide même de dormir dans la voiture. Il n’aime pas les hôtels et le reste du monde, la foule, tout ça, ça l’angoisse. Elias dormirait aussi dans la jeep s’il n’avait pas autre chose en tête.
En silence il s’extirpe de là, tirant derrière lui son sac.

Il met de longues minutes à retrouver son chemin, à se souvenir des portes, des endroits. Il doit même repartir jusqu’à la Cathédrale par trois fois pour réemprunter le même chemin que la dernière fois. Quand il arrive devant la porte, il sait que c’est la bonne. Il a cette intuition soudaine. Ses doigts se resserrent légèrement sur le sac qu’il a, qu’il tient à la bandoulière qui s’enroule autour de son épaule droite. Une hésitation le prend.
Et si ce signe, c’était justement de ne pas y revenir ?
C’est vrai que Zora méritait mieux que lui, mais si c’est par « mieux » ça signifiait l’étrange personnage qu’il avait vu, secoué frénétiquement son couteau avec presque la bave aux lèvres, mais sans une seule once d’honneur… Alors peut-être que ce signe, c’était tout justement de la sauver ? Il n’était pas doué à sauver les choses. Pourquoi est-ce qu’alors il continuait désespérément à le vouloir ?
Maussade, il toque une fois, puis deux fois à la porte. Il attend quelques secondes, longues, pesantes. C’est autant de battement de cœur frénétique dans sa poitrine, autant de soupçons, de doutes. Il devrait peut-être s’enfuir ? Ou défoncer la porte. Ça serait facile – un seul coup de pied bien balancé au milieu, elle se briserait à coup sûr. Il a un doute, et quand elle ouvre la porte, c’est pour mieux la refermer aussitôt.
Il pose sa main sur cette dernière, pour la retenir. Elle n’aura jamais la force de lutter contre. Il se racle la gorge, même si son air est très différent de celui qu’il a emprunté la dernière fois :
– Je ne vais pas te faire de mal, qu’il grogne un peu car elle force malgré tout, je veux juste… qu’est-ce qu’il veut déjà ? … discuter.
Connor serait là, il lui ferait remarquer que c’est la pire entrée en matière avec une femme qu’il ait jamais vu, mais heureusement, le blond n’est pas là.
Heureusement.



Dernière édition par Elias Hyde le Ven 16 Fév - 20:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bang, Bang (amberias #2)   Jeu 25 Jan - 4:59


And I hear your ship is comin' in
Your tears a sea for me to swim
And I hear a storm is comin' in
My dear, is it all we've ever been?




Amberly  & Elias

Doucement, la peur passe, le souvenir du sorcier s'estompant au fil des jours. Trois semaines. Quand elle demande à Adam de rester dormir sur son canapé ce soir là, il n'hésite pas une seconde. Juste pour cette nuit, se dit-elle naïvement, puis ils se quitteraient presque en bons termes. Comment pourrait-elle encore lui en vouloir, après qu'il l'ait tiré des pattes du sorcier ? Il a fait preuve de bravoure, que certains appeleraient de la stupidité mais qui a eut le mérite de faire partir le géant fou.
Au beau milieu de cette nuit-là, elle se réveille en sursaut, avec la sensation d'être observée par ces yeux noirs. Elle appelle l'homme ayant autrefois osé lever la main sur elle, à venir se serrer contre sa silhouette frêle et dont elle a plus que jamais conscience de l'impuissance. Sa présence, solide et réconfortante, chasse ces curieux songes. Et il ne tente rien d'autre, pas même ne pose une main sur sa cuisse - pour ça, Amberly est reconnaissante. Ce n'est qu'au réveil qu'elle sent ses bras attirer sa taille un peu plus près, son souffle chaud dans son cou. Et elle s'y laisse aller, comme on refait une erreur si familière qu'elle en est devenue douce, rassurante. Non seulement elle lui doit bien ça, mais en plus, il lui fait oublier pour quelques instants le souvenir effrayant du sorcier.

Puis, tacitement, l'ancien compagnon se réinstalle chez elle, ses vêtements prenant place dans la penderie, ainsi que les rares possessions qu'il lui reste. La faillite de son établissement des années plus tôt l'a laissé dans une misère qu'il a fini par braver, voir par chasser ; les différentes activités dans lesquelles il trempe ne sont pas toutes légales, mais elles ont le mérite de lui prodiguer un train de vie correct. Aussi Amberly ne s'en plaint-elle pas, se contentant de ne poser aucune question sur ce qu'il fait de ses journées.

Bien qu'Adam ne soit pas un adepte du ménage, et qu'il ait une fâcheuse tendance à laisser le chaos partout derrière lui, il n'est pas si désagréable à vivre avec. Après les premiers jours de silences confus et de peurs à chasser, sont venues les promesses soufflées, son front pressé contre celui d'Amberly et ses yeux emplis de larmes. Et le lot des « je t'aime toujours » et autres « je suis désolé, je ne recommencerai plus jamais ». La vérité, c'est qu'elle n'y croit pas vraiment, Amberly. D'ailleurs, il le sent peut-être, à ses sourires hésitants, ses « moi aussi » qui n'atteignent pas les yeux. Alors il s'accroche plus fort, par peur qu'elle ne finisse par se rendre compte qu'elle n'aurait pas dû l'accepter à nouveau dans sa vie. Mais il s'inquiète pour rien, Adam. Elle ne le repousserait pas de sitôt, pas quand les monstres rôdant là-dehors lui semblent plus proches que jamais. Puis, elle sait qu'il ne recommencerait pas tout de suite à boire, qu'il faudrait des semaines, peut-être des mois, avant qu'il ne fasse un faux pas. Elle est prête, en quelque sorte - et surtout, résignée. C'est un moindre mal, après tout. Quelques bleus n'ont jamais tué une femme.

Un soir seulement, il revient plus tard que d'ordinaire et avec cette odeur insupportable se dégageant de ses vêtements, de son haleine. À peine le sent-elle qu'elle part se terrer dans le lit, tirant les rideaux séparant la minuscule alcôve qui sert de chambre et lui signalant ainsi qu'elle ne veut pas de lui dans ses draps, pas dans cet état. Sagement, il s'endort sur le canapé alors qu'elle se recroqueville dans son coin du lit, avec cette drôle de peur qu'elle n'a pas ressenti depuis si longtemps. Presque toute la nuit, elle s'attend à ce qu'il se relève, à entendre sa voix s'élever pour l'insulter, à sentir soudain ses mains la saisir sans douceur. Est-ce un si moindre mal, finalement ? Le doute la saisit mais il ne l'approche pas, ne lève pas un seul doigt sur elle.

Les jours passent et tout est terriblement normal ou presque. Il y a cette petite amélioration, ce léger soulagement depuis qu'il vit avec elle ; elle n'a plus tant à s'inquiéter d'avoir assez de rations, et il lui a trouvé de nouvelles chaussures. Ses pieds ne saignent plus comme avant, ses journées lui paraissant nettement moins longues depuis lors. Et quand elle rentre, elle n'est pas seule - elle avait oublié comme il pouvait être agréable de ne pas éteindre la lumière sur le silence froid d'une pièce vide.

Mais ce soir, à nouveau, il ne rentre pas à l'heure habituelle. Elle décide de ne pas s'endormir tout de suite, bien qu'elle doive se lever pour travailler le lendemain. Elle ne veut pas être réveillée par surprise, sentir son haleine alcoolisée contre sa nuque - rien qu'à y penser, un frisson la saisit. Enroulée dans une couverture devant la télévision, elle regarde passer les programmes répétitifs en tentant de lutter contre le sommeil. Celui-ci finit par gagner la bataille, sa tête ballottant contre le dossier du fauteuil. Le bruit la réveille en sursaut, le cœur battant. Qui peut bien toquer à la porte à cette heure-ci ? Adam est-il trop saoul pour trouver ses clefs et les utiliser ? Elle soupire et se lève, abandonnant la chaleur de la couverture pour aller ouvrir.

Lui. Si tôt qu'elle l'aperçoit, Amberly met toute sa force pour refermer le battant, mais il est trop tard. Elle serre les dents en se maudissant d'avoir été assez stupide pour ouvrir. Elle voudrait crier, lui dire de partir, de la laisser ; mais toute son énergie est concentrée pour refermer cette foutue porte, les battements de son cœur continuant de s'affoler à l'idée qu'il parvienne à entrer. « Je ne vais pas te faire de mal, je veux juste… discuter. » Discuter ? Avec un fou, violent, sorcier par dessus le marché ? Discuter de quoi, de la manière dont il a l'intention de l'utiliser pour un rituel ou quelque chose de ce type ? D'à quel point il lui en veut d'être aussi lâche, aussi impuissante, comme il a pris soin de lui expliquer la dernière fois ?

La colère monte, bientôt aussi prenante que la peur. Elle ne répond pas et résiste autant qu'elle peut, mais bientôt il met beaucoup trop de force pour qu'elle puisse tenir encore : le battant s'ouvre avec violence et elle recule en manquant de s'effondrer sous le choc, le bois la frappant en plein visage. L'adrénaline la fait pourtant rester sur ses pieds et elle ne remarque pas les quelques gouttes de sang qui s'échappent de son nez, malgré la vive douleur. Ce n'est rien, comparé à ce qui l'attendrait si elle ne se préparait pas à se défendre. Elle recule à pas prudents en le fixant, la crainte et la détermination se mêlant dans ses yeux. « Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille, je ne vous ai rien fait ! » Lentement, elle fait à reculons les quelques pas la séparant de la cuisine ; en silence, elle remercie la taille minuscule de l'appartement alors que l'arrière de ses cuisses touche soudain le comptoir. Elle se précipite, ouvrant l'un des tiroirs à la volée pour en sortir un couteau, qu'elle brandit. Ils n'en ont pas des dizaines, mais celui-ci est sans doute le plus grand et le plus affûté d'entre tous. C'est qu'ils ne sont plus en pleine place publique, et qu'Amberly n'a pas l'intention de mourir aussi bêtement, sans même se défendre. Elle sait qu'elle ne fait pas le poids mais espère au moins lui faire regretter de la toucher. « Si ce sont des rations que vous voulez, alors servez-vous. Je ne dirai rien. » Du menton, elle désigne le sac en toile poussé à quelques pas de là, dans un coin de la cuisine. Elle n'y croit pas vraiment, mais lance quand même cette piètre tentative pour le détourner d'elle.


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MessageSujet: Re: Bang, Bang (amberias #2)   Sam 3 Fév - 20:32


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Amberly  & Elias

Elle force, mais elle ne peut rien contre lui. Qui le pourrait ? Il faut voir ce qu’il est Elias Hyde, une monstruosité de naissance, le fils d’un démon et d’une sorcière des bois à l’époque où les hommes étaient ridiculement petits. Il se fait parfois la remarque que plus le temps passe, plus les hommes sont fous et plus ils sont grands. Si cela est un corollaire, il ne s’en étonnerait pas, car il sait Elias Hyde qu’il est fou. Il excuse Amberly, parce qu’à sa place, s’il était une toute petite créature, lui aussi aurait peur. Sans un mot, il pousse finalement la porte, sans trop de force mais juste assez pour la secouer un peu quand même, parce qu’il ne sent pas vraiment sa force. Ce qu’il n’a pas calculé, c’est qu’elle forcerait jusqu’à ne plus pouvoir et qu’à ce moment-là, elle lâcherait tout. Il entend bien le « bonk » que fait le bois contre son visage et se retient d’hausser un sourcil. Il entre simplement alors qu’elle recule, vacille dangereusement. Ses yeux noirs la regardent en prenant le temps de la détailler de la tête aux pieds, sans trop de pudeur ni de gêne.
Elle saigne, du nez. Le sorcier ne dit rien même s’il est tenté de s’avancer et de venir la soigner, de vérifier que tout va bien, qu’il ne lui a pas fait trop mal. Il ne s’en voudrait pas – il n’a pas assez de compassion pour ça – mais il ferait son possible pour arranger les choses comme il l’a toujours fait. Elias Hyde ne croit pas aux excuses. Pour lui, les choses qui sont faites le sont à jamais. Ce n’est pas un « pardon » qui efface la douleur ou la perte. Il faut faire davantage que ça. C’est pour ça que dans la Communauté les hommes et les femmes le trouvent étrange mais pas désagréable. Parce qu’il est toujours attentif aux autres sans empiéter sur leur platebande, sans entrer dans leur intimité. Il n’en a rien à faire de toute façon. Pourquoi se mentir ?
– Qu'est-ce que vous voulez ? Laissez-moi tranquille, je ne vous ai rien fait !
Il a un sourire un peu maigre qui se dessine sur son visage, rien d’effrayant, mais cela ne le laisse pas indifférent. Bien sûr que si elle a fait quelque chose. Il y a bien longtemps, quand il s’était rencontré tous les deux au niveau de la rivière. Elle lavait furieusement son linge en cherchant à tout prix à retirer les quelques gouttes de sang de sa robe blanche pour ne pas se faire gronder. A l’époque, ce n’était pas rien ces gouttelettes, surtout pas dans son clan de bohémien. Lui n’y connaissait rien aux choses des femmes. Il l’avait simplement regardé, nue, et il l’avait trouvé aussi belle que le rugissement des vagues, aussi belle que l’onde. Là encore, il lui semblait que ses yeux étaient deux saphirs incroyables, immuables. Même morte, c’était la seule chose qu’il avait gardé pour lui. En souvenir. Ces deux yeux bleus.
– Si ce sont des rations que vous voulez, alors servez-vous. Je ne dirai rien.
Il jette un œil sur le côté, avant de reporter son intention sur elle. Il est calme Elias Hyde, il n’a pas peur d’elle, pas avec son arbalète sur l’épaule, encore moins avec son couteau cranté à la ceinture ou tout simplement cette force surhumaine qui ferait que d’un seul coup de poing, il lui ferait gicler la cervelle par l’oreille opposée. Il n’a pas peur, même quand en face de lui il y a un mec aussi grand que lui, alors face à elle… Risible. Lentement il s’assoit sur une chaise, lui faisant face sans peur. Il lève sa main droite et pose son sac en plastique troué mais toujours résistant sur la table, le renversant à l’envers. Il y a plusieurs boites plus ou moins en bon état qu’il pousse vers elle, dans un silence embarrassant et pesant à la fois.
– Il n’y a pas l’homme de la dernière fois ?
Ses yeux d’onyx sont incisifs, comme deux abîmes dans lesquels on aurait peur de se perdre. Deux trous noirs, abyssaux. Il se détend légèrement en comprenant qu’il n’aura pas à mettre le petit excité dehors, du moins, pas pour le moment. Il croise doucement ses mains, qu’il entrelace l’une à l’autre. On voit rapidement les marques à l’intérieur de ses paumes, boursouflures légères, cicatrices d’une époque révolue qui auraient trop blanchies.
– Je suis Elias Hyde, et je viens d’au-delà les murs et le temps, commence-t-il doucement, avant de jeter un petit regard au minuscule appartement qu’Amberly habite, et tu ne le sais pas encore, mais nos destins sont liés depuis l'origine du monde...
Que tu le veuilles ou non, se retient-il d’avancer, se rendant compte que ce n’est pas dans les usages modernes de se montrer aussi pragmatique et sincère. La sincérité ça n’existe plus depuis l’invention des machines à vapeur. Ça a disparu à cette époque où on vendait des machines de mort en ventant surtout le « progrès industriel », oubliant tous les hommes et les femmes que ça laissait sur le carreau. Lui n’en sait rien, mais c’est ce que dit Connor parfois. Il est descendant de chercheur d’or, de ceux qui ont vu l’invention des locomotives dans le grand ouest. Elias n’y connait rien, mais il veut bien croire que ce n’est plus l’heure de dire ce que l’on pense vraiment sans craindre d’être emprisonné dans des cages aux barreaux épais et aux gamelles puantes.

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MessageSujet: Re: Bang, Bang (amberias #2)   Ven 16 Fév - 0:30


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Amberly  & Elias

Les doigts sont mal assurés autour du manche. La sueur lui fait presque lâcher prise mais elle resserre sa poigne, l'adrénaline éveillant son instinct de survie.
Il a cette manière de la regarder de haut en bas, comme l'autre jour sur la place de la cathédrale. C'est humiliant, désagréable. Comme s'il sondait son âme de ses yeux noirs. Comme s'il faisait de son corps un objet à jauger d'un seul regard. Ne lui a-t-on jamais appris que dévisager quelqu'un de la sorte est grossier ? Ou bien le fait-il justement dans l'intention de la mettre mal à l'aise, de lui faire sentir à quel point elle n'est rien et ne mérite pas son respect ?
L'homme sourit. Trouve-t-il amusantes ses menaces ? Il continue de s'approcher avec un calme étonnant, le couteau de plus en plus ridicule face à la silhouette gargantuesque. C'est à peine s'il avise le sac de provisions. Il n'est pas là pour ça, comprend-elle, et sa gorge se noue davantage. Elle a bien peu de courage à revendre, Amberly, et il s’effiloche à vue d’œil. Ses doigts se sont mis à trembler légèrement, comme si l'arme désirait s'en échapper. Mais le sorcier ne s'approche pas vraiment ; il s'arrête et s'installe sur cette chaise en face d'elle, comme s'il s'agissait de la plus commune des conversations.
En le voyant, on pourrait presque croire qu'il est chez lui, inébranlable statue d'assurance. Elle suit des yeux le sac qu'il renverse, sans comprendre. De la nourriture ? Pourquoi lui montre-t-il ça ? S'il cherche à se faire pardonner, la tentative a quelque chose d'absurde. Mais des hommes capables du pire comme du meilleur, Amberly en a connu plus d'un. Alors c'est presque si elle espère qu'il se contente de cette offrande, avant de disparaître ; qu'il lui demande de la pardonner peut-être, et elle s'empresserait d'accepter. Si tenté qu'il compte partir...
« Il n’y a pas l’homme de la dernière fois ? »
Doucement, elle a posé le couteau sur le comptoir à coté d'elle, mais sa main est toujours posée sur le manche. C'est à son tour à elle de le dévisager, avec méfiance et crainte, toujours.
« Non, mais Adam rentrera bientôt. »
Peut-être que la menace d'un retour imminent de son compagnon suffirait à le mettre en déroute ? Elle n'y croit pas vraiment, Amberly, mais c'est encore une manière de se rassurer. Les battements affolés de son cœur cherchent un rythme à adopter. Une raison de se calmer.
Elle sent finalement le sang qui a coulé, les quelques gouttes qui effleurent tout à coup ses lèvres, et les essuie d'un geste du poignet. Elle tâche sa chemise, mais qu'importe. Le mouvement réveille la douleur causée par le choc. Pourtant les yeux bleus ne laissent rien paraître, seul le léger pli de ses lèvres trahissant l'inconfort. Elle ne sait pas quoi dire, désemparée. Comment chasser l'aigle du nid de la mésange ?
Les cicatrices attirent son œil à la manière des flammes ; dangereuses mais intrigantes, elle ne peut s'empêcher d'en fixer la surface irrégulière avec curiosité.
« Je suis Elias Hyde, et je viens d’au-delà les murs et le temps. »
Étrange introduction. Mais venant d'un sorcier, Amberly ne peut qu'y croire. Depuis le début de la fin, elle a entendu la rumeur de choses bien plus surprenantes. Mais que signifient exactement ces mots ? Qu'il vient du passé ? Du futur ? Ou d'un de ces endroits horrifiques dont elle n'a entendu que des murmures terrifiés ? « Et tu ne le sais pas encore, mais nos destins sont liés depuis l'origine du monde... »
D'abord, elle ne réagit pas. Ses yeux vides le fixent, comme bloquée sur ses paroles. Un lourd silence s'installe, fait de stupeur, de confusion. Puis elle secoue doucement le menton, et un petit rire nerveux lui échappe. L'homme est plus atteint encore qu'elle ne le pensait... Mais dire à un fou qu'il est fou, lui paraît être l'idée la plus suicidaire qui soit.
D'un autre coté, l'encourager dans son délire pourrait lui coûter bien plus encore. Elle cesse quand même de sourire, pour ne pas qu'il pense qu'elle se moque, et voit rouge en un instant... elle cherche les mots pour ne pas le froisser, ses yeux l'évitant tout à coup, pour se fixer de nouveau sur ses paumes marquées.
« C'est une histoire étonnante... Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? »
Elle se mord la lèvre, Amberly, pour tenter de faire taire la remarque sardonique qui suit - en vain.
« Est-ce que vous entrez souvent de force chez les gens pour leur annoncer ce genre de chose ? »
Tentative maladroite d'humour... Elle esquisse un sourire gêné. Les regards que lui jette Amberly de sous ses cils sont hésitants, inquiets de sa réaction. Qu'est-ce qui ferait s'éveiller le monstre, ou au contraire endormirait ses pulsions ? Elle tâtonne, se trouve bien obligée de chercher à le comprendre, ce géant imprévisible.


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MessageSujet: Re: Bang, Bang (amberias #2)   Ven 16 Fév - 22:29


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Amberly  & Elias


– Non, mais Adam rentrera bientôt.  
Adam. Il n’aime pas le nom « Adam ». Ça donne l’impression que le type en question est pur, alors qu’en réalité, Elias le sent, il n’a rien d’un ange. Il n’est pas vraiment de sa trempe non plus. C’est un lâche qui s’agite, un faux courageux, un pauvre téméraire en somme. Un petit être pathétique. Aussi pathétique qu’elle ? Il devrait le penser car elle est fragile comme une brindille, mais quand il la voit, il n’y arrive pas. Elle est juste belle, Zora, belle de ses beaux yeux bleus couleur du torrent furieux qui fuyait en bas de la vallée.
Un instant il hésite à attraper ses tempes et à les broyer jusqu’à qu’il arrête de penser, mais il n’y arrive pas. Il ne peut que rester là, le regard hagard. La beauté lui broie les pensées. Elle le mettrait à terre sans même s’en rendre compte. Il doit lutter. Il ne peut pas la laisser faire, pas comme ça, pas aussi facilement. Il ne la connaît pas. Elle peut avoir l’âme d’une sorcière. Elle pourrait le broyer.
Il pourrait le faire aussi. Il pourrait se lever, entourer sa gorge de ses phalanges et serrer jusqu’à faire blanchir ses jointures. Il pourrait. Au lieu de ça, il entremêle ses doigts, d’abord silencieux, avant de prendre un air décidé :
– Je suis Elias Hyde, et je viens d’au-delà les murs et le temps. Et tu ne le sais pas encore, mais nos destins sont liés depuis l'origine du monde...
C’est peut-être un peu fort, mais c’est ce qu’il pense vraiment. Il voit bien qu’elle ne le croit pas vraiment. Elle rit. Elle se moque. Mais il ne cille pas. Il soutient son regard comme si rien de pire ne pouvait arriver. Même si elle riait à gorge déployée et qu’elle le traitait de fou, pouvait-elle le blesser avec des mots ? Il y avait eu des cris bien pires, des « monstres », des « fils du diable » plus brutaux.
Il la regarde, fixement, décider, toujours autant décidé. Il ravale calmement sa salive alors qu’elle
– C'est une histoire étonnante... Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? Est-ce que vous entrez souvent de force chez les gens pour leur annoncer ce genre de chose ?
Il ne cille pas. Comme avant, il reste parfaitement concentré. Il sait qu’il doit être clair car leur histoire n’a rien à voir avec les autres. Il a parcouru les enfers de Darkness Fall. Ce n’est pas une jeune femme qui va le déstabiliser. Il inspire calmement, un peu résigné à s’avouer que cette histoire est difficilement croyable pour ceux qui n’ont jamais vu que le bout de leur nez – les mortels – mais qu’importe. Avec un peu de courage, il reprend :
– Je n’entre jamais chez les gens quand je n’ai rien à leur dire…
Il lève doucement la main, se gratte le menton un instant. Il y a un vide sous ses pieds qui s’ouvrirait. L’hésitation. La cruelle hésitation. Et si jamais il se trompait ? Et si elle n’avait rien de Zora ? Et si elle n’était ni plus ni moins qu’une apparition douteuse pour le faire sortir du droit chemin ? La rédemption qu’il avait pourtant si bien entreprit, rendue vaine par les mains de cette sorcière aux yeux clairs. Il ravale sa salive, cette fois plus difficilement. Un coup de langue pour humecter ses lèvres ; il a la gorge sèche maintenant qu’il y fait attention.
Sèche de n’avoir pas bu à la source depuis des heures. Sèche d’avoir à révéler ça, maintenant. Es-tu fou Elias ? Il le croit. Il est sans doute fou. Elle n’existe sans doute pas.
– Il y a… des… il hésite, baisse les yeux alors qu’il se concentre pour ne pas perdre son anglais, ses yeux se portant eux aussi dans le creux de ses mains marquées, des centaines d’années, je suis né dans une forêt au milieu d’une vallée faite de vent et d’eau. Au milieu des arbres, au début du printemps, il y a eu Zora.
Lentement, sans grande certitude, il relève les yeux sur elle. De nouveau il détaille son visage, ses yeux. Qu’ils sont beaux ses yeux. Ses mains se joignent de nouveau, dissimulent ces marques.
– Tu es la même.
Il la regarde, de nouveau, de la tête aux pieds, des pieds à la tête. Chaque recoin de sa peau ne lui échappe pas.
– J’ignore pourquoi nous nous rencontrons de nouveau, mais ce doit être un signe, comme on dit.
Il ne croit pas au destin, Elias, pas plus qu’il ne croit à la fatalité. Il sait simplement que certaines choses sont parce qu’elles doivent l’être, et que d’autres sont joués par les hommes et seulement les hommes. Sa rencontre avec Zora n’a rien à voir avec l’un ou l’autre. Ça dépasse de loin les esprits mortels, les jeux divins. C’est cosmique. Plus fort que tout. Intrinsèque au monde. S’il devait l’expliquer, il n’aurait aucun mot anglais pour le faire.
– Je suis Elias, et je suis heureux de te retrouver, Zora.
Il ignore si elle s’appelle Zora. Pour lui, elle le sera toujours un peu.
Zora.

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MessageSujet: Re: Bang, Bang (amberias #2)   Mar 13 Mar - 4:01


And I hear your ship is comin' in
Your tears a sea for me to swim
And I hear a storm is comin' in
My dear, is it all we've ever been?




Amberly  & Elias

« Je n’entre jamais chez les gens quand je n’ai rien à leur dire… »
Ces mots devraient-ils être rassurants ? S'il est là pour lui dire quelque chose, c'est qu'il n'a pas l'intention de laisser son corps abîmé dans un coin de l'appartement. Par les temps qui courent, il est difficile de ne pas imaginer le pire, impossible de ne pas se méfier d'un géant aux mains « marquées par le démon » comme diraient certains. Le-dit géant ne semble soudain plus si interdit qu'auparavant. Son expression inébranlable paraît vaciller, et Amberly le dévisage avec d'autant plus d'attention. Elle espère déceler une réponse. Quelque chose de plus concret que ces balivernes. Il doit bien y avoir une véritable raison à sa présence - qui ne soit pas la luxure ou la cupidité. Ou bien les hommes sont-ils bien pires qu'elle ne l'espère, et Amberly n'est qu'une gamine naïve - cette dernière possibilité est la plus probable, estime-t-elle. Elle se surprend à trouver charmant cet accent qu'il a, cette manière de buter sur certains mots. Il n'est pas d'ici, cela elle peut le croire sans peine.
« Il y a… des… des centaines d’années, je suis né dans une forêt au milieu d’une vallée faite de vent et d’eau. Au milieu des arbres, au début du printemps, il y a eu Zora. »
On pourrait croire entendre un conte. Un conte destiné aux enfants, et à leurs grands yeux crédules. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, mais dans un monde où la nature avait encore un rôle à jouer dans les histoires, où les hommes n'avaient pas encore piétiné la terre.
Il la fige du regard, cet homme. Il la terrifie autant qu'elle ne peut s'en détourner, piégée, captivée. La fin de l'histoire lui semble être d'une importance capitale.
« Tu es la même. »
Le rouge lui monte aux joues. C'est violent, inattendu ; elle en a la tête qui tourne, de cette manière qu'il a de nouveau de la parcourir de ses billes noires. Elle le fuit du regard mais aussi du corps, se retournant pour ne plus avoir à percevoir cette dévotion qu'elle a entendu dans sa voix. Mal à l'aise, dérangée par les mots et leur profonde absurdité, leur ennuyante sincérité. Elle lui tourne le dos mais de nouveau ses doigts se posent sur le manche du couteau, son autre main à plat sur le comptoir. Elle l'entendrait approcher, assurément. Il ne semble pas être de ces hommes discrets : il n'en a pas besoin, la force lui suffit sûrement.
« J’ignore pourquoi nous nous rencontrons de nouveau, mais ce doit être un signe, comme on dit. »
Nouveau rire gêné, qu'elle étouffe. Ce n'est plus vraiment de l'amusement. Un mélange de peur et de curiosité dévale ses veines jusqu'à faire battre son cœur à un inhabituel rythme. Qu'espère-t-il déclencher chez elle par ces déclarations sibyllines ? Il est ridicule. Elle voudrait répondre par le cynisme et la froideur, le repousser avec plus de bravoure en dehors de son foyer. Alors pourquoi reste-t-elle pétrifiée ?
« Je suis Elias, et je suis heureux de te retrouver, Zora. »
Elle tressaille. Qu'il l’appelle ainsi, c'est presque insupportable. Prenant une lourde inspiration, elle lui fait face à nouveau pour mieux s'écrier.
« Je ne m’appelle pas Zora ! »
Les yeux furieux le dardent d'éclairs. Elle pourrait inquiéter quelqu'un d'autre, peut-être, et nombreux sont les gamins qui n'insistent pas lorsqu'elle prend ce ton là. Mais Elias n'a plus cinq ans, bien qu'il ait des propos aussi peu cohérents que certains de ses élèves.
« Je ne m’appelle pas Zora, reprend-elle un peu plus calmement, l'assenant comme dans l'espoir qu'il se le mette en tête. Mon nom est Amberly, et je ne sais pas ce que vous espériez en venant ici, mais il n'y a rien pour vous. Si je ressemble à cette femme, c'est un pur hasard. »
Elle regrette aussitôt la dureté de ses mots. Le mettre en colère est bien mal avisé, elle devrait pourtant le savoir après tout ce temps à fréquenter des imbéciles violents.
Un bruit de clefs derrière la porte d'entrée met cours à ses inquiétudes ; elle détourne ses yeux encore accusateurs, les fixant sur le battant. Adam ? Sans doute mettrait-il un terme à toute cette situation, prie-t-elle en silence.
Pourtant, l'homme met un temps ridicule à ouvrir la porte. Quand enfin celle-ci s'écarte et qu'il apparaît en trébuchant, elle comprend et ne peut retenir une grimace de dégoût. Elle s'y attendait, après tout ; l'idiot est affreusement éméché... Il perd soudain toute son utilité, et elle repose des yeux las sur Elias, presque suppliants. Elle donnerait cher pour qu'il s'en aille calmement, sans causer plus de grabuge dans sa vie jusqu'alors bien rangée.
Une exclamation coupe court à ses espoirs naïfs.
« Putain ! Qu'est-ce qu'il fout là, lui ? »

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MessageSujet: Re: Bang, Bang (amberias #2)   Mar 20 Mar - 19:32


Oh, I followed close behind her
Tried to hold up and be brave
But I could not hide my sorrow
When they laid her in the grave





Amberly  & Elias


Le rouge qui monte aux joues de la jeune femme ne le perturbe pas. Au lieu de ça, il ne peut s’empêcher un léger sourire, très léger, sur ses lèvres. Ça fait si longtemps qu’il n’a pas souri ainsi, avec cette douceur, cette tendresse qu’il aimerait réprimer mais qui s’échappe, là, en réponse peut-être au trouble qu’il peut lire dans ses yeux.
Est-ce qu’elle se souvient ? Il aimerait qu’elle se souvienne de lui. Il sait qu’il a été bon avec elle durant toute leur vie, qu’il l’a aimé avec douceur, qu’il a toujours fait bien attention à elle. Il lui a lavé les pieds quand elle était trop malade pour le faire elle-même, il a caressé ses épaules quand elle avait le dos fourbu, il a toujours tout fait pour elle. Même aujourd’hui, il se retrouve là, si loin de chez lui, si loin de ses habitudes. Il se déshabille le cœur pour elle, le pose à ses pieds. Elle pourrait bien le fouler.
Elle pourrait le fouler qu’il sourirait encore et toujours.

Quand elle se retourne, il ne s’offusque pas. Il la guette seulement, protecteur amical. Ses prunelles n’ont pas l’indécence de parcourir ses courbes parce qu’il les connaît déjà toutes par cœur, pour les avoir dessinés des centaines de fois. Il se souvient bien du grain de sa peau parce qu’il l’a pensé, parce que c’est la seule chose à laquelle il s’est attaché toutes ses années. A ces moments de bonheur simple mais agréable, ceux-là même qui réchauffaient son âme.

Calmement il se lève, avec une langueur inattendue qu’elle seule semble lui donner. Il est attiré, bien sûr, par ce dos, par cette envie de l’étreindre maintenant qu’il lui a tout avoué. Il aimerait, mais il se retient, parce qu’Elias a le respect et la pudeur des hommes qui n’aiment que peu mais qui aiment fort. Qui aiment avec tout leur myocarde, avec toute leur âme.
C’est avec cette force incroyable d’ailleurs qu’il finit par lâcher, le regard doux dardé sur sa nuque blanche :

« Je suis Elias, et je suis heureux de te retrouver, Zora. »
« Je ne m’appelle pas Zora ! »

Il la fixe, mais même son air terrible, même ses yeux pleins d’orage ne sauraient chasser la douceur de son sourire, ce sourire idiot qui caresse son visage. Bien sûr qu’elle est Zora. Elle aussi quand elle fronce les sourcils, on dirait qu’elle a mal. Elle aussi elle a cette voix qui chevrote quand elle crie, une voix de mère, tonnante mais douce au fond. Il ravale sa salive, la gorge serrée aussi.
Elle ne se souvient pas.

« Je ne m’appelle pas Zora. Mon nom est Amberly, et je ne sais pas ce que vous espériez en venant ici, mais il n'y a rien pour vous. Si je ressemble à cette femme, c'est un pur hasard. »
« Amberly… » répète-t-il avec son accent.

Bien sûr que ça sonne différent de Zora, de la douceur de ce prénom d’ailleurs, mais Amberly, c’est joli aussi. Amberly, c’est étrange, étonnant, un peu comme elle. Il s’humecte rapidement les lèvres, comme pour goûter le nom qu’il vient lui-même de prononcer, comme pour rattraper ce murmure qui s’est échappé. Pour mieux s’approprier les lèvres absentes de ce fantôme fait de chair et de sang.

« C’est joli, aussi. »

Alors que ses lèvres sont étirées en un sourire étrange, il se fige doucement. Ses iris noires glissent lentement jusqu’à la porte. Il jette un regard à la jeune felle, sa main immense sert le dossier de la chaise entre ses doigts.
Silence.
La porte s’ouvre enfin, sur Adam. Il pense que c’est Adam. Il ne se souvient pas – difficilement – des traits de l’homme de la dernière fois, mais il imagine que c’est le même imbécile, le même voleur. Le sourire se fane instantanément sur ses lèvres.

« Putain ! Qu'est-ce qu'il fout là, lui ? »

Le sorcier avale calmement sa salive, jette un regard à la demoiselle. Elle aussi elle le regarde. Elle semble vouloir qu’il disparaisse, mais c’est à cause de lui. De cette enflure. Le brun sert légèrement les dents, hésite. Il lui faut quelques longues secondes – le temps que l’autre imbécile titube jusqu’à eux – pour se décider.
Finalement il se plie en deux en une révérence d’un autre siècle et reprend, d’une voix caverneuse :

« Je suis désolé pour vos courses, Amberly. Je vous laisse le dédommagement, en espérant que ce sera suffisant. »

Silence de nouveau, alors qu’il pose les yeux sur Adam.
Ses mains le démangent, mais s’il laisse libre court à cette maladie qui le ronge jusqu’à l’os, que resterait-il du crâne de l’homme qu’un amas de chair ressemblant vaguement aux Beef Cans ? Rien de mangeable, bien sûr, en comparaison, mais la cervelle laisse des tâches indélébiles. A cause de la graisse, à cause du sang.
Des tâches jusque dans les yeux.

« Je reviendrais pour vous donner le reste. »

Les mots sont lâchés, lourds, pesants, plus pesants qu’un homme mort.

De toute sa hauteur, le sorcier toise l’imbécile ivre. Son odeur aigre l’agresse, mais le plus violent, c’est encore le regard qu’il lui jette.

Un seul mouvement, et c’en est fini de toi, petit homme.


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