AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Mar 16 Jan - 18:52

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
Il arrive un moment où un corps baigne suffisamment longtemps dans la douleur pour cesser d'exister au sens physique du terme, au moins pour la personne qui l'habite. Matthias avait lu un article sur les moines qui se privaient exprès. C'était comme se défoncer sans médicaments, le seul inconvénient étant que la mort n’était jamais bien loin sur la route.

Tout ceci avait commencé à la porte du laboratoire mais était-ce bien la peine d’en parler ? Matthias ne s’en souvenait plus, les réminiscences enfouis sous les séances d’hypnose et les médicaments puissants. On lui avait parlé d’un choc cérébral, les gaz toxiques de l’incendie qu’il avait affronté avait endommagé une partie de sa mémoire et il était tombé dans un coma que seul la persévérance et le talent des médecins de l’hôpital gouvernemental avaient réussi à déchirer. Il avait eu de la chance. Memento mori avait plaisanté l’infirmière à son chevet, les doigts légers dans ses cheveux un peu trop long. Il fallait laisser le passé en arrière, ne pas chercher à le raviver, pas quand il contenait du sable et du sang.

Les illusions s’avéraient resplendissantes dans sa tête. Il avait pris son nouveau poste avec un sourire plein de promesses, laissant sans curieusement trop de regret son poste de pompier. Il se serait cru effrayé par le feu mais il passa une demi-heure devant les flammes de son réchaud, les quatre plaques allumés, le regard fixe sur le bleu incandescent. Il avait encore des passages à vide, les jets d’eau de sa douche le faisant parfois sursauter, le cliquetis des aiguilles le laissant muet quelques longues secondes, une terreur sourde aux entrées des parkings souterrains qui le clouait au sol le temps d’un battement de cœur, à peine, des détails sans importance qu’il effaçait d’un revers de main sans s’en inquiéter outre mesure. Les Jeux avaient laissé des traces après tout, ce n’était qu’anodin tout ceci et le coma l’avait plongé dans son subconscient lui avait affirmé d’une voix chaleureuse le médecin lors de sa dernière visite avant la liberté et le soleil. « N’y pensez plus, sortez monsieur Petersen. Tout ceci passera comme barbe-à-papa dans l’eau. » C’était là que la sensation étrange avait grandi : il avait fait part d’une appréhension agitée. « Je suis sûr d’être en retard. J’avais rendez-vous avec une fille… » Les doigts passèrent sur les lèvres, l’attention vague vers l’extérieur. Blonde, les cheveux de sirène, le visage aussi. Sans la chanson. Matthias fredonna un air incertain, la langue humide sur le revers des dents, cherchant en vain pourquoi la dernière image qu’il en avait était celle d’un poing et d’une colère infinie. Ça n’avait aucun sens et il tâcha de se concentrer avant de ciller lorsque le docteur racla sa gorge. « Je me trompe surement. Ça m'a chamboulé le cortex je suppose. » Il avait haussé les épaules et le médecin dans un silence de pierre s’était levé. « Veuillez m’attendre monsieur Petersen. »

Il était revenu avec une photo sévère, noir et blanc, le visage biélorusse comme une image intemporel dessus. « Elle ? »

Matthias n’avait pas compris. Oui, elle. Il la connaissait aussi ? Le médecin avait pris quelques minutes avant d’expliquer qu’elle était un agent de la Milice et que c’était elle qui l’avait ramené dans l’ambulance. « Vous avez dû vouloir lui être reconnaissant, monsieur Petersen. » Oh c’était donc ça. La photo le fit sourire. Il avait dû la croiser avant aussi mais des bribes par-ci par-là lui échappaient en sus du coma subit. « Elle ne m’aime pas beaucoup. » « Pourquoi dites-vous ça ? » Matthias se frotta la mâchoire avant de sourire. « La Milice n’aime personne et elle n’a pas l’air commode. J’irai quand même payer ma dette : elle m’a sauvé après tout. Vous avez son nom ? »

Il avait obtenu le nom presque familier à l’oreille puis tout le reste et la promesse de faciliter l’emploi du temps de la milicienne afin de pouvoir l’inviter comme il se doit à dîner. Les tickets de rationnement étaient plus nombreux maintenant qu’il portait à nouveau l’insigne du gouvernement.

Il avait envoyé la carte - old school -  la demande précise, le rendez-vous marqué noir sur blanc avec en note un « ps : je ne serais pas en retard cette fois-ci » qu’il n’avait pu empêcher. Il n’était pas certain qu’elle vienne mais les dés étaient lancés et il avait un curieux gout d’inachevé comme lorsqu’il reste des grains de grenade accrochés à la membrane du fruit que l’on a pas réussi à mordre.

Il avait laissé la fumée s’échapper des lèvres dans l’obscurité, le monde grésillant à l’entrée du Masquerade. Le cabaret avait sa clientèle faite d’originaux et de couleurs. Rouge et Noir uniquement. Le jadis vainqueur lissa sa cravate sombre, le contraste fulgurant sur sa chemise carmin.  Le mégot gicla vers le sol puis sous la chaussure et il jeta un regard trouble vers la droite puis vers la gauche.

La table était réservée.

Il n’était pas en retard.




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Dim 21 Jan - 19:57


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

Lorsque son supérieur hiérarchique l’avait convoquée dans son bureau, Katsiaryna avait candidement et soucieusement espéré que l’entretien éclaircirait un tant soit peu les mystères sordides qui avaient jalonné son quotidien ces derniers mois.

Elle fut cruellement détrompée.

À peine eut-elle pris place face à lui que la prononciation d’un nom familier, mais lointain déjà, l’obligea à un effort de mémoire dont elle aurait préféré être dispensée. Chose rassurante sans doute, ce fut l’éclat enchanté d’un sourire qui lui revint pour commencer ; puis l’image se décomposa sinistrement, comme un joli fruit miné par la voracité d’un ver ; la blancheur luisante des dents s’infecta d’une salissure de sang.

Son esprit put enfin reconstruire entièrement la figure auréolée de lumière qu’elle avait dissoute dans la géhenne gouvernementale, avant de l’occulter, pour échapper aux bavures de sa conscience quand celle-ci avait menacé de déborder de ses contours fragilisés. Elle s’était efforcée de ne plus songer à lui dès les premiers jours de son internement, de ne pas se représenter les abominations qu’il aurait à subir. En vérité, elle avait lâchement conçu l’idée qu’il n’en réchapperait pas ; qu’elle n’entendrait plus jamais parler de lui, si ce n’était peut-être dans la presse ; que les laboratoires ratifieraient son oubli et qu’elle pourrait ensevelir au plus profond de son cœur l’odieux resserrement de ses mains gantées autour de sa joie.

« Il a donc survécu ? demanda-t-elle avec un détachement mal composé.
Quel genre de monstres voyez-vous en nos médecins, agent Yurkova ? lui répondit tranquillement son supérieur, le sourire aminci d’une raillerie cynique. Monsieur Petersen se porte comme un charme. Cela n’est guère étonnant, du reste, compte tenu de ses incroyables performances dans l’arène. »

Les doigts de Katsiaryna se crispèrent imperceptiblement autour des accoudoirs de son siège. Le silence était son seul rempart contre l’élégante et nauséeuse brutalité de son supérieur. Elle attendit patiemment, douloureusement qu’il reprenne la parole et lui explique enfin le motif de sa convocation.

« Il est fin prêt à retrouver une vie ordinaire, lui annonça-t-il en feignant de consulter le rapport signé de l’équipe scientifique, et certaines circonstances ont fait de vous la personne toute désignée pour veiller au bon déroulement de sa réinsertion. » Le visage de Katsiaryna s’allongea insensiblement et ses paupières s’alourdirent d’une contrariété on-ne-peut-plus éloquente. Il reprit en soufflant moqueusement par le nez : « Ne le prenez pas ainsi. Vous garderez simplement un œil sur lui. De loin. » Il cilla avec lenteur, affectant une compassion faussement contrite tandis qu’il rectifiait. « De plus ou moins loin. » Katsiaryna se sentit obligée de détourner un instant le visage pour ne pas lui donner à voir les palpitations nerveuses qui s’étaient mises à agiter sa paupière inférieure. « Et quelles sont ces circonstances qui m’échappent, monsieur ? » trouva-t-elle le courage de demander en se renfonçant dans son siège. Evidemment, elle n’aima pas du tout l’inflexion que prit son sourire. « Monsieur Petersen, avec un petit coup de pouce de notre part peut-être, s’est très commodément imaginé que vous lui aviez sauvé la vie en le conduisant à temps à l’hôpital, le jour de ce désastreux incendie qui a manqué de l’asphyxier. En un sens, cela est vrai, n’est-ce pas ? Sans vous, sait-on quel destin tragique aurait connu ce pauvre homme… ? Eviscéré sur le sable de l’arène, très probablement. » C’est à vomir, pensa-t-elle, si fort, sans doute, qu’elle dut baisser les yeux pour dissimuler la rancœur qui les avait couverts de givre. Il y avait là, dans l’ironie cruelle qui transformait impudemment un bourreau en sauveur, une comédie abjecte qu’elle se refusait absolument à jouer. Pourtant elle se tut ; à quoi aurait-il servi de rappeler, entre autres dissonances qui lézardaient la vaste mascarade gouvernementale, qu’il n’était pas dans leur intérêt qu’un vainqueur des Hunter’s Seasons si apprécié fasse l’objet d’une exécution publique ? À nouveau, elle souleva péniblement le plomb qui alourdissait ses paupières et dévisagea son supérieur, qui poursuivit sans le moindre trébuchement de conscience : « Il s’est tout aussi commodément réveillé avec la conviction qu’il était sur le point de manquer votre rendez-vous.
J’avais pourtant décliné son invitation, se défendit-elle sèchement ; ce à quoi il répondit dans un faible rire.
Son cerveau semble en avoir décidé autrement, agent Yurkova. Il a de toute évidence reconstruit une réalité bien plus satisfaisante pour lui, et j’aimerais que vous y consentiez. La mémoire de monsieur Petersen est encore fluctuante et les prochaines semaines seront décisives pour sa stabilisation. Entendons-nous bien, du reste : je n’aurais normalement pas trouvé judicieux de vous faire réapparaître dans sa vie puisqu’il doit rompre, dans la mesure du possible, avec ce qui a bouleversé son quotidien pendant ces six derniers mois. Mais le fait est que cet homme a demandé après vous, en évoquant par ailleurs votre austérité caractéristique ; or, décliner à nouveau son invitation le renverrait à des souvenirs vécus, ce qui n’est pas souhaitable. Je vous demande simplement de ne pas trop le contrarier dans ses représentations cognitives.
En dînant avec lui, précisa-t-elle avec un battement de cils incrédule.
Ce n’est jamais qu’un dîner. Vous serez libre, par la suite, de décider de la manière dont vous le surveillerez. Oh, je sais pertinemment que vous n’aimez pas ce genre de mission où vous devez être femme avant d’être soldat, remarqua-t-il en se composant un sourire compréhensif – et elle se sentit subitement une inapaisable crispation dans la mâchoire ; une dangereuse affinité avec le règne minéral tandis qu’elle se raidissait tout à fait. Cet homme vous courtisera sans doute – il l’a probablement déjà fait – ; à en juger par son tempérament, il irait très certainement jusqu’à courtiser une chaise. Mais enfin, voyez les choses comme je les vois : Matthias Petersen est un homme potentiellement dangereux et vous devez vous assurer que ce qui dormait en lui… eh bien, restera définitivement dormant.
Vous voulez dire que vos médecins ne l’ont pas soigné ?
Nous ne pouvons malheureusement être sûrs de rien.
Vous vous serez donc donné beaucoup de mal pour un seul individu… Katsiaryna perçut une froide désapprobation dans le regard inquisiteur que son supérieur fixa sur elle. La ligne de son sourire s’amincit encore, plus incisive que jamais.
Seriez-vous en train d’insinuer qu’une simple balle dans la nuque aurait tout aussi bien fait notre affaire, agent Yurkova ? L’espace d’une seconde, elle dut se jeter hors d’elle-même, désolidariser une fois de plus son esprit de son corps pour ne pas avoir à endurer tout ce que l’évocation d’une balle dans la nuque remuait en elle. Elle répondit d’une voix blanche :
Je n’ai rien insinué de tel, monsieur.
Fort bien, conclut-il en tapant énergiquement du plat de la main sur le bureau. Vous savez ce que l’on dit : le Diable est dans les détails. Monsieur Petersen peut être un merveilleux atout comme un malencontreux grain de sable dans les rouages complexes de notre système. Ne faites pas l’erreur de négliger votre mission ou de croire que celle-ci vous éloigne de vos attributions habituelles. Maintenant, vous pouvez disposer. »

Le claquement de la porte sur ses talons lui fit l’effet d’une douche froide. Katsiaryna s’éveilla tout à fait du cauchemar absurde qu’avait été cet entretien. Elle n’avait pas eu l’occasion d’orienter son supérieur vers des questions qu’elle jugeait plus importantes et avait du reste l’intime conviction qu’il les aurait éludées une à une. Dans quel cercle vicieux s’était-elle encore embourbée ? Quelles autres couleuvres aurait-elle à avaler ? Elle s’éloigna poings serrés, s’efforçant de ne rien laisser paraître de son indignation lorsqu’elle dépassa deux de ses collègues.



Dans les jours qui suivirent, elle ne sut combien de fois elle toisa le « carton d’invitation » qu’elle avait reçu, d’abord décidée à le lui faire ravaler en personne, puis résignée à rester l’exécutant froidement loyal qu’elle avait toujours été. Les réponses qu’elle cherchait tout en les évitant, pour l’heure, ne se trouvaient assurément pas dans l’indocilité. Elle se disciplina.


L’idée de devoir affronter les tréfonds de sa garde-robe faillit avoir raison de sa détermination, cependant. Certains agents de la Milice étaient quelquefois conviés aux riches festivités qui se donnaient à la Nouvelle-Orléans. Tous n’étaient pas austères et la plupart comprenaient l’intérêt d’avoir des personnalités influentes dans leur carnet d’adresses. Katsiaryna, sans doute pour des raisons de sourcils froncés, moues bougonnes et paroles trop cassantes, n’avait jamais figuré et ne figurerait probablement jamais parmi ces quelques privilégiés. Elle s’en tenait strictement au rôle de chien de garde et cela lui convenait parfaitement. Son uniforme noir avait cela de confortable qu’il la dispensait de s’enliser dans de longs débats vestimentaires face au miroir qui ornait la portière de son armoire. Et il était bien plus difficile de cacher arme de poing et couteaux sous la ligne effilée d’une robe crayon.


Elle ne se fit pas l’offense de se découvrir des accès de coquetterie et l’aiguille de ses talons – de toute évidence pensés pour empêcher leur porteur de fuir ou d’être à l’heure – ne changea pas grand-chose à l’irréductible martialité de sa démarche.


La quiétude des quartiers ouest tenait du miracle et Katsiaryna n’était jamais parvenue à l’apprécier sans éprouver un vague sentiment de culpabilité. Chaque fois qu’elle contemplait la netteté des façades et des rues, elle songeait qu’une seconde de sérénité assurée en ces lieux était ailleurs payée au prix fort. Il n’y avait pas de sang, par ici ; de même qu’il n’y avait plus de sang dans les corps exsangues qui avaient servi de marchepied aux puissants. Elle accéléra le pas en serrant son sac contre son flanc.


Le Masquerade déversait son effervescence bien au-delà de son entrée rutilante : son éclat égayait la rue entière. Plusieurs convives profitaient un dernier instant de la douceur du soir et échangeaient avec enthousiasme en attendant le commencement du premier spectacle. En apparence, nul ne semblait déplorer les mesures restrictives commandées par la Prohibition ; l’établissement n’en était que plus élégant et fréquentable, sans doute.
Mais Matthias Petersen n’en avait pas moins fait un choix désastreux, songea-t-elle en fronçant les sourcils, déjà importunée par les essaims de conversations qui bourdonnaient au-dessus des têtes.
Katsiaryna l’aperçut de loin – de trop loin, se blâma-t-elle aussitôt. Ce devait être le rouge audacieux de sa chemise ; ou le réflexe condamnable qu’il avait eu d’écraser son mégot de cigarette sur le sol soigneusement entretenu des quartiers ouest. « Vous aurez à payer une amende pour votre infraction, monsieur Petersen. » déclara-t-elle en guise de salut. Et comme elle le regardait fixement, elle se sentit obligée de froncer sévèrement les sourcils pour contredire l’étrange liquéfaction qui s’était produite dans sa poitrine ; mélange improbable de soulagement et d’attendrissement. Elle l’avait pourtant menacé de « terminer le travail » s’il osait sortir des laboratoires vivant. Cet imbécile trop téméraire. Elle voulut croire qu’elle n’avait pas un seul instant songé à lui rendre visite et qu’elle n’en aurait de toute façon pas eu le droit. « Vous semblez tout à fait remis de votre mésaventure. » En vérité, elle était stupéfaite : comment avaient-ils pu si bien maquiller son passage dans les laboratoires du Gouvernement ? En dépit de tous les reproches qu’elle s’adressait, elle ne put s’empêcher de penser qu’il paraissait plus radieux encore qu’à l’ordinaire. Le rouge, sans doute. Le rouge qui n’était plus celui du sang qu’il avait eu sur les mains, sur la bouche, partout sur lui, absolument partout, s’égara-t-elle bientôt sans réussir à tenir sa mémoire en bride. Elle cilla fébrilement, comme pour s’interdire d’y penser ; d’y penser trop fort, au risque d’être entendue de lui.

Elle venait de mesurer toute la difficulté de sa prétendue mission. Trop d’images intempestives se superposaient à ces traits souriants et comme intacts, comme étrangers aux horreurs qu’il avait commises, puis subies.

« Mais je crains qu’il n’y ait eu un malentendu. » poursuivit-elle après avoir inspiré profondément. Décliner son invitation pour de bon, se défia-t-elle une dernière fois avant de se ressaisir tout à fait – elle n’aima pourtant pas entendre sa conscience lui intimer de chérir la tranquillité de cet homme-là, d’y travailler avec les moyens que l’on avait mis à sa disposition. C’était ridicule. « Je préfèrerais ne pas dîner dans un lieu public. » admit-elle enfin. Ce fut sans doute dans l’incompréhension candide de son regard qu’elle lut l’obligation où elle se trouvait d’expliquer ses réticences. Pourquoi les rapports humains étaient-ils si délicats ? Le tact aurait pour commencer voulu qu’elle le complimente au sujet de sa tenue – le rouge lui seyait effectivement à ravir – et qu’elle lui présente ses excuses pour finir – il avait fait l’effort d’être présentable et avait certainement pris la peine de réserver une table, par précaution ; autant de délicatesses qu’elle ne pouvait se permettre de piétiner comme elle venait de le faire…

… Comme elle le fit encore, en racontant machinalement l’anecdote qui était à l’origine de son refus : « Pénible souvenir d’enfance, expliqua-t-elle en ne manifestant rien de la douleur que celui-ci avait pu lui causer à l’époque. L’unique fois où mes parents ont pu nous offrir un repas en famille dans un restaurant, celui-ci a fait l’objet d’une attaque à main armée. L’image de mon père forcé de rester docile au bout d’un fusil de chasse à double canon m’est pour ainsi dire restée, et votre compagnie ne m’est pas assez agréable pour l’oublier. » À mille lieues de vouloir se montrer blessante, simplement rattrapée par son atrophie relationnelle et ses insuffisances en matière d’aménité, Katsiaryna ne se rendit compte qu’après coup de l’extrême rudesse de ses paroles. Elle cilla à plusieurs reprises, intérieurement désemparée, avant de s’éclaircir la gorge et de rectifier mécaniquement : « Pas encore assez. » L’air de dire qu’elle avait malgré tout essayé et qu’il ne fallait pas lui tenir rigueur de ses maladresses. Son expression n’avait pas varié, mais elle se détourna aussitôt pour retrouver un semblant de contenance intérieure. « Venez. Partons. » Elle jeta un regard par-dessus son épaule. « Je ne suis pas difficile lorsqu’il s’agit de nourriture. Nous prendrons ce que vous désirez. » Elle s’abstint de mentionner le steak d’alligator qui l’avait tant intriguée la première fois qu’il l’avait invitée. « Vous avez sans doute des préférences ? » Il était tout de même bien plus simple de manipuler une arme.



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Mar 23 Jan - 14:56

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
Dans une ville suffocante aux rues délabrés, une ville-région dont les artères s’étendaient par-delà le bayou et les marais environnants, dans cette ville-là, les nuits étaient de couleurs et le silence était de crépitements.

Elle était venue.

Il fut trop occupé à ciller, trop surpris quand bien même il l’attendait. La pointe du pied n’écrasa même pas le mégot au sol, suspendu lui aussi dans la stupéfaction d’un homme qui avait pourtant vu des mondes et des vies s’effondrer. « Vous aurez à payer une amende pour votre infraction, monsieur Petersen. » Un flash d’incompréhension zébra l’azur des yeux et il regarda le sol, la nicotine inodore et les talons aiguille. Il ne l’avait jamais vu en civil, le corps libéré du carcan sévère d’un uniforme honni, mais même ainsi, l’armure était présente. Dans un autre genre sans doute, les couleurs en étendard, l’absence de fanfreluches en constat péremptoire, la longueur des cils en autant de couteaux cachés. Pendant un court instant, il se demanda si elle faisait l’amour de la même manière – armée et défiante, mais ce n’était peut-être pas la bonne réflexion à avoir à peine cinq minutes dans un rendez-vous branlant.

Il se pencha pour ramasser le détritus, plus pour pouvoir caresser de près d’un œil gourmand les jambes de la milicienne, que par souci environnemental. Il s’était souvenu vaguement de l’allure, la certitude qu’il l’avait trouvé belle de façon quasi douloureuse, la pointe saignante sur le torse, la brûlure des shots de whisky avalé cul sec au fond de la gorge, un peu à la manière des apparitions dans les contes pour enfants, si éclatante qu’on en restait quelque peu médusé.
La chemise noire avait servi de filtre et tiré vers l’horreur, laissant en cendres tout émerveillement. « Vous semblez tout à fait remis de votre mésaventure. » Il se releva, le geste ostentatoire du mégot dans la corbeille métallique à moitié défoncée qui se tenait à l’entrée du Masquerade. « Grâce à vous. » Le sourire frétilla sous la façade encore éblouie. La ligne de sa mâchoire le démangea et d’autres impressions si confuses qu’il n’en détacha aucune. Les filles de ce genre, elles avaient des balles à la place des yeux et des lames aux coins des lèvres, de la vigilance au bout des cils et des mises-en-garde sur la langue. « Mais je crains qu’il n’y ait eu un malentendu. » Il eut un rire. Prévisible.  « Vraiment ? » Il ne voyait guère. Le seul malentendu c’était cette impression qu’elle lui avait dit non, qu’elle lui dirait non à tout, à ses mains fugaces sous sa veste cintrée, à sa bouche sur la lisière du cou, à son corps se pressant sur le sien. Alors que ce n’était que naturel, n’est-ce pas ? L’attraction des magnets en pôle de lumières, il était de rouge et elle était de noir et le Masquerade derrière eux mariaient si bien ce genre de couleurs…

Il cilla à nouveau à sa demande. Sans comprendre. « Mais j’ai réservé… » Comme si cela avait une quelconque importance, comme si elle ne le poussait pas de surprises en surprises derrière la régularité pourtant pointue de son comportement. L’explication le subjuguerait presque si ce n’était l’éclat sérieux des iris tourmalines. Elle avait expédié son traumatisme dans un mélange de rapidité et d’efficacité qui lui foutait presque le trac, le tout emballé dans une vérité désagréable si abrupte qu’elle le laissa les lèvres entrouvertes et la mine – oui – amusée.

Il n’était pas habitué aux filles qui mordent, toute griffes dehors, feulements et miaulements en guise de langage, le petit nez qui se retrousse sous ses propres défaillances.

Matthias se mit à sourire, le pétillement dans les yeux, l’attraction au bout des canines. Il pourrait la boire tellement elle lui faisait l’effet d’un cocktail ombrageux dont les saveurs lui étaient inconnus. Des filles comme ça, c’était des chutes dans les escaliers, et si on se relevait sans trop de bleus, on se mettait à rire et à clamer au monde entier qu’on avait eu un sacré bol.

C’était exactement ça : une belle grosse chute dans un putain d’escalier.

« Et bien ça a le mérite d’être clair. » Fit-il en lissant sa cravate. « Venez. Partons. » Cette fois-ci le rire s’éparpilla dans l’air. « Deux minutes, killinger. » Il fronça les sourcils tâchant au mieux de l’imiter, le surnom si évident sur la langue qu’il n’y prêta pas garde. « Vous aurez à payer plus qu’une amende pour votre kidnapping, mademoiselle Yurkova. » Il finit par faire signe de passer devant, un regard en biais pour le Masquerade, l’adieu léger aux tentures rouges et noires, aux spectacles de cabaret et à l’ambiance feutré. Ce que femme voulait… « C’est une trotte jusque chez moi mais ça permettra d’avoir faim avec la marche. Il y a un boui-boui qui fait un jambalaya incroyable sur le boulevard Jefferson ou sinon, » Il hésita en la regardant. « On peut toujours prendre des Po’Boy et j’ai des bières quelque part. Vous pouvez boire des bières hein ? Je vous aurais proposé de la vodka vu que c’est de chez toi mais j’ai jamais aimé ça en fait. J'en bois que quand je veux... » oublier. Les pognes glissèrent dans les fentes sombres de son pantalon, le regard surveillant la façon toute martiale dont les talons martelaient le sol.
Le vous passait au tu et le tu au vous dans une danse encore inconfortable. « J’avais en tête d’offrir quelque chose de plus… enfin de moins… disons que c’est pas le truc qui va avec ta jolie tenue. » Il haussa les épaules en lui glissant un sourire avant de poser son bras sur le sien. « Ce n’est pas un exercice du gouvernement, juste un rendez-vous, tu peux ralentir. J’ai de longues jambes mais à cette allure on sera chez moi en cinq minutes et bien que l’idée me plaise, beaucoup, on a le temps. » Il avait ajouté une œillade qu’il aurait préféré assurée plutôt qu’interrogatrice. Elle n’avait pas l’air de vouloir être là, le pas trop rapide comme pour s’enfuir ou mettre de la distance. Pourtant sa présence inespérée le dépossédait de toute hésitation grotesque, on ne l’obligerait pas après tout, pour quoi faire ? Il laissa la distance raisonnable s’installer entre les corps, du convenable, la politesse charmante et l’effleurement accidentel s’il existait de temps à autre, au détour d’un dénivellement des trottoirs.

Une part de lui, vicieuse et troublée, espérait secrètement qu’elle percevrait un peu les pulsions licencieuses qui lui recouvraient les sens. Tout à coup, les rues et la chaleur de la Nouvelle-Orléans lui semblèrent de terribles ennemis, tout comme le son des talons sur le bitume parfois éventré.

Matthias s’éclaircit la gorge, les images floues dans son esprit opaque. « J’aime les pommes de terre, le saumon, des plats que faisaient mes parents. Ma mère était très mauvaise cuisinière mais je mangeais tout quand même. Je ne suis pas très difficile non plus à vrai dire, ça nous fait un point commun. » Ça et le fait qu’elle l’avait sauvé des flammes. « Ça semble un peu loin tout ça. Il y a des trucs, c’est mieux de ne pas s’en souvenir. » Il ne demanda pas ce qui lui brûlait la gorge, la question flottante entre eux : il avait été quasi certain qu’elle ne viendrait pas et voilà que maintenant, sa silhouette de glace embrasait sa vue à ses côtés. Pourquoi ? L’arrogance toute masculine l’amena à penser qu’elle l’aimait bien en vérité, qu’elle était moins insensible qu’elle ne le laissait voir. « Une fois elle a fait de la purée et a confondu le sel avec du sucre c’était… j’ai hérité de ses capacités, c’est pour ça que je ne propose jamais de repas chez moi à la base. Vous seriez obligé de me coffrer pour de vrai. » L’émail étincela, aisé et léger dans sa posture. « Cela dit parfois quand on fait des efforts ça paye. Quand j’ai eu mmmm dix ans je crois ? Il y avait Maddy Mason que je voulais absolument impressionner mais genre vraiment et c’était un peu une artiste, elle faisait des scoubidous et des bracelets de l’amitié. C’était la seule qui ne me regardait pas et qui préférait passer du temps avec ses fils de couleur, ça me rendait dingue. » Il mima le geste de tresser vers Katsiaryna comme si la blonde n’avait jamais fait ça. « Je sais pas si t’as déjà fait ça, ok ça demande de la concentration mais je marquais des strikes sur le terrain juste pour qu’elle voit et rien à faire. Soi-disant elle voulait monter un empire dans la cour de récré avec ces trucs-là, elle a failli d’ailleurs mais les profs ont topé et zou, confisqué. Toujours est-il que j’avais entendu ma mère dire à mon père qu’il l’avait séduite avec son risalamande, c’est un dessert danois, c’est plutôt bon mais ça prend environ 150 ans à faire. Bref, moi, gamin fort de cette nouvelle sagesse millénaire, je me dis, je vais lui… attends. » L’odeur avait changé, les beignets propres à la Louisiane de sucre et de carnaval constant s’étalant sous les lampadaires improvisés. Ici on ne payait pas le gaz devenu trop rare, les fils et tubes glissant dans les entrailles d’une terre commune.

Matthias l’abandonna quelques secondes, le temps de revenir avec deux beignets recouverts du sucre glace bon marché. Il fallait bien s’ouvrir l’appétit et pourquoi ne pas commencer avec un dessert ? Le papier un peu huileux brillait et il lui en offrit un, ceux avec au centre de la pomme, le choix machinal tant il découlait d’une préférence. « Ce sera encore plus flagrant pour la fin de mon histoire. Je disais donc que tout pétri de ma botte secrète, je vais voir Maddy muni d’un bracelet de l’amitié mais fait avec des fils de bonbons. C’était super mal fait maiiiiis, » Il essuya un bout de compote d’une langue agile, les doigts dépliant le papier brun pour mieux pouvoir mordre. « Effectif parce qu’elle m’a remercié d’un baiser. Mon premier maintenant que j’y pense. » Il agita son beignet entamé. « Il n’y a pas moyen d’avoir la même récompense maintenant je présume ? » s’amusa-t-il, la provocation simple et les mots emprunt d’une taquinerie sucrée. « Elle a quand même fini des années plus tard par partir pour Los Angeles et je doute qu'elle ait survécu. » Les voies des relations étaient parfaitement opaques et Matthias n’y attachait qu’une relative importance, le miel des peaux lui étant suffisant sous les étreintes fébriles et fugaces qu’il s’offrait régulièrement. « Maintenant que j’ai avancé mon premier grand désarroi amoureux, je t’écoute pour le tien. » Il mordit avec conviction dans son beignet juteux, la mine imperméable à tout refus qu’elle pourrait lui offrir sur le sujet.

Il voulait savoir quel genre d’énergumène avait bien pu lui plaire par le passé.




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Dim 28 Jan - 18:41


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

Matthias Petersen ne lui faciliterait pas la tâche, n’est-ce pas ? Il ne lui permettrait pas d’oublier, ne serait-ce qu’une seule seconde, l’effroyable farce qu’elle était censée jouer. Tant mieux, pensa-t-elle sévèrement, refusant de s’examiner avec la moindre complaisance. « Grâce à vous. » avait-il répondu avec une intolérable reconnaissance au bout des lèvres ; qu’il remue encore ces miasmes de mensonges en soufflant insouciamment dessus ; qu’il lui fasse sentir continument la douloureuse ironie de la situation : elle n’avait nullement le droit de s’y soustraire, après tout.
Il avait naturellement essayé de protester, cependant ; comme par réflexe, sans réelle conviction, pour mieux se préparer, selon toute apparence, à rebondir souplement. L’infortuné vainqueur était sans conteste de ces hommes qui s’adaptent brillamment aux imprévus, qui naviguent à merveille sur les eaux contraires composant chaque individu et glissent avec légèreté plus qu’ils ne trébuchent sur leurs aspérités. Aussi souriait-il, aussi riait-il, les yeux tendrement ourlés d’une miraculeuse euphorie ; et son regard avait, comme la toute première fois qu’ils s’étaient « rencontrés » – qu’ils avaient achoppé l’un sur l’autre –, quelque chose d’inexplicablement intrusif dont elle dut se défendre.

Katsiaryna fut pourtant surprise – et peut-être touchée, bien qu’elle ne l’aurait jamais admis – par le silence d’une ineffable pudeur qu’il avait observé quand elle lui avait livré une petite part de ce qui l’avait construite. Elle lui sut secrètement gré d’avoir ponctué ses paroles d’un sourire où l’amusement ne s’était nuancé, semblait-il, d’aucune moquerie ; manière étonnamment généreuse – mais tout aussi agaçante – de se montrer imperméable à tout ce qu’elle pouvait avoir de désagréable et dissuasif. Il avait décemment couvert ce gênant moment de confidence en ne considérant que sa balourdise – « Eh bien ça a le mérite d’être clair. » lui avait-il fait remarquer sans perdre la face – et elle avait senti très confusément qu’ils partageaient une curieuse mécanique affective.

Mais n’avait-elle pas compris, dès le premier jour, qu’il érigeait la joie en rempart comme elle la froideur et la rigidité ?

Alors qu'il souriait encore, plus avec les yeux qu’avec les lèvres, elle dut se renfrogner. « Deux minutes, killinger. » Elle s’immobilisa tout à fait et fronça les sourcils dans le même mouvement que lui, ne parvenant pas à reconnaître le dernier mot qu’il avait prononcé. Une bêtise danoise, sans doute. « Vous aurez à payer plus qu’une amende pour votre kidnapping, mademoiselle Yurkova. » Silencieuse, elle cilla lourdement pour lui signifier qu’elle ne voulait surtout pas savoir ce qu’il entendait par là et secoua la tête pour manifester son agacement lorsqu’il lui fit – enfin – signe d’avancer. « C’est une trotte jusque chez moi mais ça permettra d’avoir faim avec la marche. Il y a un boui-boui qui fait un jambalaya incroyable sur le boulevard Jefferson ou sinon… » Toutefois elle se rembrunit plus encore et ne put s’empêcher de l’interrompre avec impatience : « Mais qui vous dit que je n’ai pas déjà faim ? » Elle s’éclaircit à nouveau la gorge pour adoucir sa spontanéité déplacée. Elle avait un rapport un peu étrange à la nourriture, depuis son arrivée à la Nouvelle-Orléans. D’une façon générale, elle mangeait peu, expédiant ses « repas » simplement pour ne plus avoir faim ; et les fruits secs accompagnés de chocolat noir dont elle se nourrissait presque exclusivement la laissaient toujours un peu fiévreuse, mal rassasiée, si bien qu’il lui arrivait par moments d’entendre les protestations excédées de son corps éprouvé par les battues incessantes qui faisaient son métier. C’était alors une faim diffuse, une mauvaise faim qui lui trouait l’estomac jusqu’à ce qu’elle daigne l’honorer d’un véritable repas, d’un véritable repos, et il lui fallait par conséquent accepter l’idée difficilement supportable de perdre son temps au-dessus d’une assiette, de présenter son flanc au premier danger venu.
« On peut toujours prendre des Po’Boy et j’ai des bières quelque part. Vous pouvez boire des bières hein ? Je vous aurais proposé de la vodka vu que c’est de chez toi mais j’ai jamais aimé ça en fait. J'en bois que quand je veux... » Avec lenteur, elle lui coula un regard lourd d’avertissements : « Vous n’en buvez pas, trancha-t-elle péremptoirement, puisque l’alcool est interdit en-dehors des réjouissances où il est permis d’en consommer avec modération. » Bien sûr, il était plausible qu’une petite réserve personnelle, sans conséquence, fasse partie des privilèges secrets des vainqueurs. Mais elle ne voulait pas savoir : il ne buvait pas.

Son travail lui collait décidément à la peau. Il l’obligeait à se défier de tout, et par là même, à discerner les signes qui indiquaient un trouble chez Matthias Petersen. La façon qu’il avait d’osciller entre distance polie et familiarité, de lui dire plus ou moins subtilement que sa tenue lui plaisait, de la regarder enfin – si l’on pouvait seulement appeler ainsi le poids que prenaient ses yeux quand ils l’effleuraient. Elle s’efforçait de croire qu’elle ne comprenait pas où il voulait en venir et ne voulait au reste pas comprendre.

« Ce n’est pas un exercice du gouvernement, juste un rendez-vous, tu peux ralentir. J’ai de longues jambes mais à cette allure on sera chez moi en cinq minutes et bien que l’idée me plaise, beaucoup, on a le temps. » Péniblement, violemment suggestif, se dit-elle en soustrayant sèchement son bras à son contact. « Je vous prie de ne pas me toucher. » le prévint-elle en lui adressant un regard farouche. C’était plus fort qu’elle : la politesse, de pure convenance, enrobait très mal l’agressivité de sa voix. Néanmoins, elle dut bien admettre qu’elle devait cet indescriptible inconfort à la situation plus qu’à la sincérité embarrassante de l’ancien pompier. C’était bel et bien un exercice du gouvernement, rectifia-t-elle intérieurement. Lui n’était qu’un bel instrument de propagande préposé à la régulation des foules tandis qu’elle devait lui tenir lieu de vulgaire chaperon. Par ailleurs, la perspective de flâner un peu trop longuement dans les rues de la Nouvelle-Orléans ne l’enchantait guère, à plus forte raison maintenant qu’elle savait à quel point nul n’était plus à l’abri des monstres ignobles jusqu’à présent relégués dans la forêt.
Elle inspira profondément pour endiguer son irritation. Et contre toute attente, l’entendre parler de ses préférences culinaires l’y aida. L’évocation des pommes de terre, qui étaient une denrée première en Biélorussie, la fit s’égarer dans un ressouvenir plus apaisant que déchirant d’abord. « Ça semble un peu loin tout ça. Il y a des trucs, c’est mieux de ne pas s’en souvenir. » Mais l’ombre d’un sourire amer survola ensuite ses lèvres à la façon d’un mauvais présage. Les galettes de pommes de terre relevées de crème aigre que cuisinait sa mère à chaque repas, comme un pain de fortune, lui manquèrent terriblement. Par bonheur, une once d’amusement s’insinua traîtreusement dans son sourire lorsqu’il plaisanta : « Une fois elle a fait de la purée et a confondu le sel avec du sucre c’était… j’ai hérité de ses capacités, c’est pour ça que je ne propose jamais de repas chez moi à la base. Vous seriez obligée de me coffrer pour de vrai. »

Katsiaryna détourna tout à fait le visage, de peur que la courbe de sa mâchoire ou la plissure de ses joues ne révèle qu’elle avait été sensible, l’espace d’une seconde – une seconde de trop –, à son humour désastreux.

Elle ne voulut pas s’en apercevoir, mais elle avait insensiblement ralenti le pas.

C’était ainsi que l’on se retrouvait prisonnière d’un récit improbable au sujet d’un amour de jeunesse et d’un premier baiser, songea-t-elle en se reprochant son moment de distraction. Comment diable en était-il arrivé à lui parler de scoubidous et de bracelets de l’amitié ? Elle commença d’ouvrir la bouche pour lui signifier qu’elle ne voulait rien savoir de tout cela ; mais la légèreté et l’aisance désarmantes qu’il affichait transformèrent ses rebuffades en un soupir de résignation.

« Vous détestez donc que l’on ne vous regarde pas ? s’enquit-elle moqueusement. Je comprends mieux votre insistance infernale à accaparer l’attention, maintenant. Mais j’imagine qu’il ne suffirait pas que je vous regarde pour enfin me débarrasser de vous. » Il n’y eut étrangement aucun mépris dans sa voix ; ce ne fut qu’une maladroite plaisanterie. Cependant il se dispersait de plus en plus – pourquoi s’était-il senti obligé de lui mimer le tressage… ? – et elle dut bien finir par manifester de l’agacement ; plus encore lorsqu’il s’interrompit sans raison apparente… Alléché, tout simplement, par l’odeur agréable et chaleureuse émanant d’un stand de beignets qui égayait la rue.
Katsiaryna s’immobilisa pour le regarder s’éloigner, bras croisés et sourcils dubitativement froncés. Elle se surprit à vouloir connaître la fin de l’histoire et à s’impatienter tandis qu’il sympathisait tout naturellement avec le commerçant.

Lorsqu’il revint enfin, elle mit quelques secondes à accepter l’improbable mise en bouche qu’il avait choisie. Un instant, elle ne considéra plus que le beignet et son sucre glace si salissant, qui s’étalerait partout, exactement comme lui.

En fin de compte, elle oublia de le remercier mais ne lui fit pas l’offense de refuser. Prudemment, elle mordit dans le beignet, la bouche aussitôt poudrée d’un sucre impalpable qui menaça de l’étouffer. Lui mangeait évidemment avec une facilité presque insultante et n’avait aucun mal à poursuivre son abondante conversation dans le même temps. « Effectif parce qu’elle m’a remercié d’un baiser. Mon premier maintenant que j’y pense. » L’idée lui vint aussitôt que le sucre glace ferait une merveilleuse poudre aveuglante en cas d’agression – que ce soit une attaque à main armée ou une attaque à regard de chiot battu. « Il n’y a pas moyen d’avoir la même récompense maintenant je présume ? » Vraiment, insista-t-elle intérieurement, une merveilleuse poudre aveuglante. Il se moquait d’elle, du reste, et c’était d’autant plus vexant que le sucre avait de fait la vertu de l’apaiser – de même qu’il apaisait tout être humain normalement constitué, n’est-ce pas. « Vous présumez bien. » rétorqua-t-elle implacablement. Sans même s’en apercevoir, elle avait de nouveau accéléré le pas comme pour se dérober à tout ce qu’il communiquait implicitement, tâchant de ne pas s’émouvoir quand il évoqua la disparition de Maddy Mason, de ne pas chercher dans sa voix la moindre nuance de nostalgie ou de regret. Elle ne voulait ni s’engager sur cette pente-là, ni lui trouver d’autres plaies susceptibles de le rendre plus attendrissant qu’il ne l’était déjà. C’était ridicule, se répéta-t-elle durement.

« Maintenant que j’ai avancé mon premier grand désarroi amoureux, je t’écoute pour le tien. » À l’aplomb extraordinaire qu’il affecta répondit sa profonde stupéfaction. Katsiaryna manqua de s’étouffer en croquant son beignet à belles dents. Elle dut s’immobiliser à nouveau pour reprendre contenance et finit par lever des yeux humides réprobateurs vers Matthias Petersen, la bouche contre le dos de sa main. Cet homme vous courtisera sans doute, l’avait avertie son supérieur. Mais Matthias Petersen l’avait estomaquée à coups d’âneries ; il n’en manquait pas une, se montrait agressivement séducteur, l’air de rien, collectait stratégiquement des données en apparence insignifiantes. Elle sentait que le moment arriverait bientôt où elle devrait se résoudre à lui rendre coup pour coup. « Il me semble que cela ne vous regarde pas... » dit-elle d’une voix altérée par la toux. Et sans doute finirait-elle par regretter ce qu’elle ajouta aussitôt : « Mais si cela peut vous permettre de comprendre à quel point vous courez à votre perte en faisant le joli cœur avec moi, soit. » Elle joua un instant avec l’emballage de son beignet, les yeux baissés dans une profonde réflexion. « Je n’intéressais pas beaucoup les garçons, admit-elle sans la moindre vexation. Je veux dire par là qu’à onze ans, je passais plus de temps à me battre contre eux qu’à… » Elle fronça les sourcils, ne trouvant pas ses mots. « … qu’à me demander ce qu’il pouvait bien y avoir en-dessous de leur ceinture. » Pitoyable. « Mais il y a toujours des imbéciles qui essaient, n’est-ce pas – elle l’accusa d’un regard sans équivoque – et je n’y ai malheureusement pas échappé. » Puis arbora une petite moue songeuse. « Ilya. C’était son nom. Il m’a un jour avoué qu’il voulait se promener avec moi le long de la Svilatch. Je lui ai répondu qu’il devait pour cela se frotter le nez avec les piments que cultivait mon père à l’arrière de notre maison. Il en pleurait encore alors que nous marchions ensemble sur le quai. » Elle ne put s’empêcher d’esquisser un mince sourire, mélange de contrition et de goguenardise. « Après quelques promenades, Ilya s’est enhardi. Il m’a demandé s’il pouvait me tenir la main quand nous sortions ensemble. Je lui ai répondu qu’il devait pour cela grimper sur le toit du train qui assurait la liaison entre Minsk et Brest et sauter de wagon en wagon une fois qu’il serait lancé à pleine vitesse. Au cours de la promenade suivante, il me tenait la main tout en boitillant sur sa cheville foulée, à cause d’une mauvaise réception en descendant du train toujours en mouvement. » Elle faillit se mordre l’intérieur de la joue, songeant qu’elle n’avait été rien d’autre qu’une petite terreur, à onze ans. Mais Ilya avait eu le mérite – et la témérité – de lui inspirer un semblant d’admiration – ce qui se rapprochait sans doute le plus de l’amour pour la vilaine canaille qu’elle était alors. « J’ai quelquefois manqué de lui casser les doigts parce que je n’avais aucune idée de la manière dont il fallait tenir la main d’un garçon, mais Ilya n’a pas eu peur. Il s’est encore enhardi. Il a fini par me demander s’il pouvait me donner mon premier baiser. » Elle observa un court silence, considérant le cœur fondant du beignet qu’elle avait à peine entamé. « Je lui ai répondu qu’il devait pour cela surgir subitement devant le train qui assurait la liaison entre Minsk et Homiel et ne sauter hors des rails qu’à la toute dernière seconde. » Elle garda les paupières baissées, les lèvres pincées, semblait-il, d’un infime remords. « Rassurez-vous : l’issue de notre amourette n’a pas été tragique. Ilya, heureusement pour lui, a enfin cessé de se montrer stupide et refusé courageusement ma proposition. Je l’ai mis très en colère en lui demandant l’impossible, voyez-vous. » Elle finit par relever les yeux sur Matthias Petersen et haussa nonchalamment les épaules. « Il m’a insultée de tous les noms et m’a craché que, de toute façon, j’avais sans doute des dents entre les cuisses. Fin de l’histoire. » Elle se tamponna tranquillement la bouche avec sa serviette avant d’ajouter : « Oh, bien sûr, j’étais quant à moi encore trop bête et orgueilleuse pour reconnaître qu’il avait peut-être amplement mérité ce premier baiser et que son refus m’avait déçue. Je ne l’ai pas retenu et lui ai simplement répondu que, de toute évidence, lui ne trébucherait jamais sur le piètre courage qui lui tenait lieu d’entrejambe. » Avec beaucoup plus d’insultes, omit-elle de préciser.

Peu habituée à parler autant – et surtout, à parler d’elle –, assommée par son propre récit, Katsiaryna se réfugia de nouveau dans son beignet. J’espère vous avoir découragé, disait la froideur incisive du regard qu’elle posait maintenant sur lui. Elle aurait tout aussi bien pu évoquer un autre spectre danois, mais Oswald l’avait hantée bien après Ilya et était de ces mauvais souvenirs qu’il valait mieux ne pas exhumer ; de ces immangeables souvenirs qui vous ensanglantaient l’esprit.

Katsiaryna n’eut pas le loisir de s’enfoncer plus avant dans ses souvenirs. Une impression de déjà-vu la saisit et lui fit battre le cœur lorsqu’elle sentit l’ombre de Matthias Petersen couvrir son visage. Elle percevait bien sûr tout ce qu’il exhalait. Confusément, instinctivement, elle sentait que ce beignet n’avait somme toute été qu’une façon de s’occuper les mains et la bouche – mais son regard, lui, n’avait jamais cessé de la caresser. « Je vous ai demandé de ne pas me toucher, lui rappela-t-elle en guise de mise en garde. Cela vaut également pour vos yeux, monsieur Petersen. » Impassible – ou s’efforçant de s’en donner l’apparence –, elle contempla sa barbe insouciamment blanchie de sucre par endroits – elle ne l’aiderait pas à se débarbouiller. « J’aimais les garçons capables de prendre des risques, à l’époque, expliqua-t-elle en reculant tout à fait son visage dans un mouvement défensif qui n’aurait pu être plus clair. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. » Qu’il ne prenne pas le risque inconsidéré de céder au moindre de ses désirs, pensa-t-elle très fort en se détournant de lui pour se remettre en marche. Son appartement ne devait plus être bien loin, à présent, et il avait été absolument nécessaire de lui faire comprendre que certaines choses n’étaient pas en jeu – autant dire qu’elle ne savait rien de l’homme qu’il pouvait être.

« Que signifie killinger ? » demanda-t-elle sans transition pour les mener, croyait-elle, vers une pente moins glissante. « Quelque chose comme tueuse, peut-être ? » Elle était par bonheur à mille lieues de soupçonner qu’il l’avait suicidairement très audacieusement surnommée chaton. « Votre dessert m’intrigue également. Le… risalamande ? Parlez-m’en. »



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.


Dernière édition par Katsiaryna M. Yurkova le Sam 3 Fév - 18:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Sam 3 Fév - 15:48

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
Il aurait bien aimé qu’elle l’appelle Matthias.

« Je vous prie de ne pas me toucher. »

La défiance prit quelques secondes à s’enregistrer. Le « vous », la négation, les kalachnikovs dans les yeux, voilà qui formait un sacré tableau. Il eut une grimace, la main se relevant aussi rapidement qu’elle ne s’était détachée de lui, le pas mécanique et le corps tendu. « Du calme Esmeralda, je ne recommencerais plus… »

La milice savait toujours comment conserver la distance et ce même chez les plus corrompus. C’était pire encore quand ils avaient la droiture de ceux persuadés du bien fondé de leurs missions et l’ancien vainqueur se dit - dans son infini superstition - que peut-être tout ceci n’était finalement pas écrit dans les étoiles. Beatriz avait raison, une milicienne c’était des problèmes par foison, qui plus est quand elle vous inspirait des poèmes étranges sur la façon dont le tissu lui collait aux hanches ou la longueur des cils quand elle abaissait ses paupières.

A chaque personne rencontrée, il y avait le risque d’obsession. Il y avait cette question implicite, jamais formulée qui ne prenait forme que lorsqu’il était déjà trop tard et que l’on connaissait finalement déjà la réponse: serait-ce la personne qui me dévorera ?

(La réponse est non, alors il faut savoir ceci : en vérité personne ne s’en soucie de la réponse, seule la question importe.)

(Le fait est : on vous a déjà prévenu.)

(Le fait est : il recommencera. En pire.)

Matthias avait eu un sourire confit à la tentative de froideur. Se débarrasser de lui ? D’autres s'y étaient essayés auparavant faillit-il lui dire, d’autres avaient échoués lamentablement, mais les circonstances avaient été différentes. Il l’imagina un bref instant sous le filtre des jeux, passage obligatoire dans son esprit, l’étoile d’anis qui donnait un gout trop prononcé à toute ses pensées. Et si elle avait frôlé le sable de l’arène ?

L’histoire glissa tranquillement, la légèreté opaque dans la moiteur nocturne de la Louisiane. Il eut un sourire à la voir croquer le beignet enfin. Ils manquaient peut-être un peu de beurre mais les temps étaient durs et le sucre recouvrait suffisamment la friandise pour faire oublier un court instant les restrictions aux alentours. Elle avait tort, Killinger. Les rues chaudes de la Nouvelle Orléans protégeaient aussi parfois : elle pouvait bien laisser ses vêtements de milicienne et il pouvait bien avoir quelques bières cachées. « Vous présumez bien. » Il eut une moue triste pour donner bonne mesure. « C’est torture. » Fit-il faussement penaud, le sourire revenant avec facilité quelques secondes après, le regard se détournant pour mieux tapoter ses doigts au-dessus de sa bouche et en récupérer l’aliment précieux, trop rare pour être épousseté au sol.  « Mais si cela peut vous permettre de comprendre à quel point vous courez à votre perte en faisant le joli cœur avec moi, soit. » Il se mit à rire de bon cœur avant de la regarder de nouveau, le défi clair dans les yeux. « Je suis un joli cœur ? »

Il n’était pas certain d’avoir un si joli cœur que ça, il aurait aimé cela dit.

Katsiaryna débuta son récit et pendant un court moment, les mots lui parvinrent sous le coton ouaté du sucre qu’elle avait encore un peu sur la bouche. Il aurait volontiers donné une nouvelle apocalypse contre le fait de pouvoir y venir déposer sa langue, juste une fois. Prendre et goûter, bouche ouverte, tout ce que le saccharose avait de merveilleux sur une surface chaude et délicatement humide. Le givre de l’âme avait rendu si rose la courbe sanguinaire des lèvres et la peau de porcelaine brillait d’un éclat translucide sous la fournaise du sud.

S’il avait eu l’audace de la couper dans son histoire, s’il l’avait embrassé, il aurait dit que c’était pour retrouver le goût de la neige dont il se languissait parfois, juste là, sur sa bouche.

L’iris s’obscurcit sous une tentation latente, l’odyssée d’Ilya lui venant par bribe, le sens tragique du sacrifice vain dansant dans son esprit ébahi. Il ne prit pas garde qu’il la recouvrait déjà de par son ombre à défaut du corps et que l’attraction était finalement irrémédiable. « Je vous ai demandé de ne pas me toucher. Cela vaut également pour vos yeux, monsieur Petersen. »  Il entendit sa propre voix s’emplir de chaleur, de désir, se penchant presque vers la glace pour s’y rafraîchir un peu. « Avec quoi alors ? Je peux faire des concessions… » Il aurait préféré l’attirer vers lui, les hanches sous ses doigts, la jupe se recourbant sous l’avidité, comme pour la consoler d’avoir été confrontée à tant de terribles déconvenues plus jeune, comme pour lui pardonner d’avance de toujours demander l’impossible. « J’aimais les garçons capables de prendre des risques, à l’époque. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. » Elle tourna les talons, reprenant le mouvement martial d’une marche inaltérable et il expira lentement, le regard ennuyé, le tiraillement palpable quelque part dans sa cage thoracique.
Il eut une autre grimace en se frottant le torse, la chemise carmin se froissant un peu pour mieux se détendre, la cravate noire se balançant quelques secondes avant de revenir à sa place. Il reprit à son tour le chemin, les mains sages dans des poches étroites. « Killinger ? » Il avait oublié qu’il l’avait surnommé ainsi en début de soirée. C’était parfait en vérité et il lui offrit un sourire arrogant. « Ah oui tout à fait c'est euh... ça veut dire ça aussi. Ou chaton en danois. Mes parents l’étaient, danois, pas chatons. Non attends ne part pas ! » Il se mit à rire pour de bon. « On va prendre des po’boy, on y est de toute façon. Tu vois le bâtiment avec la boulangerie, c’est là. »

Le quartier français rayonnait agréablement, l’accent cajun découlant comme miel sur les hommes et femmes arpentant ses rues. Il s’arrêta devant une roulotte de fortune reconvertie en petit restaurant ambulant, l’odeur des épices piquant le nez dans une séduction inopinée, les crevettes grésillant sous les néons artificiels. Les coupons tendus, le sac prit, il fit signe à la jeune femme, s’empressant de sortir ses clés. « C’est encore tout neuf, enfin non c’est super vieux mais c’est moins pire que l’appart que j’avais juste avant. Le mieux c’est le matin, la bonne odeur des croissants et du pain chaud. » Les escaliers qui menaient au premier étage étaient escarpés, le bois ancien et le vernis qui s’écaille. Il y avait quelque chose d’étrange à la voir dans son univers, même si ce dernier était tout neuf encore. Il avait changé d’emploi il y a quelques jours, emménagé en même temps dans ce nouveau quartier.

La clé cliqueta dans la porte et il eut un sourire vers le visage renfrogné, les yeux s’enfonçant à dessein dans les siens, le coin des lèvres en levier. « Home, sweet home. » Dit-il enfin en faisant un pas de côté de sorte que pour qu’elle passe la porte, la moitié de son corps soit condamnée à effleurer le sien. « Je t’en prie. » La clé roula autour de son index avant de venir tintinnabuler sur le meuble. « Tu peux te mettre à l’aise, enlever même tes chaussures. Bien sûr, je verrais que tu n’es pas si grande que ça mais promis, je dirais rien soldat. » Il passa devant elle, le clin d’œil rapide avant de venir déposer les po-boy sagement emballés sur la table. Il y avait peu d’affaires dans cet appartement mais Matthias avait néanmoins réussi à y donner une impression de fouillis. Les oreillers sur le canapé n’était pas coordonnés et si les meubles s’avéraient fonctionnels, d’autres objets semblaient incongrus : un casque de pompier, une mini-montagne de balles de tennis sur le coin en guise de décoration, le poste de radio vieillot enjolivant la pièce tout simple. « Je vais nous préparer deux verres… pas d’alcool… de euh… l’eau qui pique ? » Il fronça le nez, les mains sur la taille, la perplexité fronçant ses traits. Quand même, il n’allait pas lui filer de l’eau, et les oranges ça se mangeait, fini le temps où les jus étaient possibles. Il sortit une bière et la partagea sans ambages entre deux verres, faisant disparaître la bouteille. « Voilà, c’est une boisson aux herbes et aux céréales, c’est très bon pour la santé. » L’innocence – oui – scintilla sur son front et il se laissa tomber en face d’elle, se glissant dos au fauteuil à la couleur un peu élimée, ne pouvant s’empêcher de l’observer.

Il cilla lentement, les longes jambes à quelques centimètres des siennes. La proximité broyait Matthias comme si un trou noir l’étreignait. D’ici, au calme, il voyait encore mieux les traits éthérés, les lèvres vaporeuses et les clavicules sous le dessin sombre de la robe droite.  Il s’éclaircit la voix dans une gorgée tiède, essuyant la mousse du revers de sa main. « Le risalamande… je n’en ai plus mangé depuis l’Oregon… » Il défit sa cravate, l’œil tourné vers des souvenirs heureux. « C’est un plat de Noël, un peu comme du riz au lait mais chantilly et des amandes et des cerises griottes. C’est décadent à souhait, je pense que ça aurait dû être sur la table pendant pas mal de conflits, les gens auraient été adorables. Une cuillère de risalamande t’adoucit le monde. » Il lui sourit comme un secret entendu : il pourrait l’adoucir lui aussi. L’alternative scandinave. « Ça prend des plombes à faire et je ne sais réellement faire que de l’aeblekage, le reste, je mets le feu à la cuisine et c’est un peu le comble pour un pom… un ex-pompier. Vous étiez quoi avant ? » C’était bête ce vouvoiement qui s’était échappé comme ça, sans raison. Il eut un petit mouvement d’exaspération envers lui-même avant de prendre un air inquisiteur. « Mmmm je dirais gymnaste. Le côté discipline. » Il souleva ses sourcils, intrigué, avant de passer une main dans ses cheveux. « Si tu veux faire le poirier ou une autre figure... »

Il se leva une énième fois, alla ouvrir la fenêtre, les volets seulement entrouvert pour laisser filtrer l’éclat d’un soleil rosissant. « Besoin d’air. » Expliqua-t-il rapidement. Il n’aimait pas quand tout était clôt, l’impression nauséabonde de n’avoir aucune porte de sortie, de sentir presque des lanières autour de ses bras et de son corps. Il revint s’asseoir, son profil dans le scintillement de la lumière du réverbère dehors. L’intérieure de sa bouche avait toujours le gout du sucre du beignet.

Il aurait bien aimé savoir si elle aussi.

(Chaque regard est une épitaphe.)




_________________
Such wow. Much propaganda.


Dernière édition par Matthias Petersen le Lun 19 Fév - 0:40, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Dim 4 Fév - 1:01


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

Tandis qu’elle s’éloignait salutairement de lui, Katsiaryna eut tout à coup l’étrange impression que l’air était devenu un peu plus frais, un peu moins chargé. Le « désir » semblait avoir pris chez Matthias Petersen l’aspect d’une sudation invisible qui densifiait l’atmosphère et la rendait irrespirable. Sous le couvert de taquineries faussement innocentes, il exhalait quelque chose d’enveloppant, comme à défaut de pouvoir l’entourer de ses bras. Elle n’en était pas la dupe, puisqu’il se rendait franchement difficile à ignorer ; mais elle n’avait pas non plus la vanité de s’en flatter.

Elle termina tranquillement son beignet dans le bercement de musiques et de voix qui magnifiait le French Quarter. Ici, les résidents portaient leur sourire à la façon d’un panache. Tout se passait comme si l’apocalypse et les horreurs qu’elle avait contribué à amplifier n’étaient somme toute que de menus drames, plus ou moins faciles à relativiser, dont ils pourraient indéfiniment se relever. Contre toute attente, il ne s’agissait pas d’une illusion, d’une hypocrisie ambiante qui prétendait que tout allait bien dans le meilleur des mondes. C’étaient, pour beaucoup, des esprits sains qui avaient la ferme intention de ne pas se rendre la vie plus difficile qu’elle ne l’était déjà. Katsiaryna se sentait tout à fait exclue de la communauté vivide et robuste qu’ils formaient.

L’explication de Matthias Petersen la ramena enfin à elle. Les rares – mais déjà trop nombreux – danois qu’elle avait eu le malheur de connaître partageaient la même désinvolture insensée qui s’apparentait presque, pour elle, à une désagréable offense. « J’ose espérer que vous n’aviez pas la signification danoise en tête lorsque vous m’avez appelée ainsi – pour la première et dernière fois, cela va de soi. » déclara-t-elle en fronçant suspicieusement les sourcils. Mais l’insouciance impertinente de son rire lui fit lever les yeux au ciel. Il n'y avait pas la moindre trace d'intimidation dans son attitude. C’était un peu comme s’écraser tout en douceur contre un mur impénétrable de guimauve ; indolore, mais on-ne-peut-plus frustrant.
Après avoir jeté l’emballage de son beignet, Katsiaryna observa la façade du bâtiment qu’il venait de lui indiquer. Le Gouvernement, se répéta-t-elle, avait bien fait son travail. Matthias Petersen, désormais, pouvait quotidiennement s’emmitoufler dans un cocon chamarré de bonne humeur et de sécurité. D’ici, elle pouvait voir le sourire sans fatuité avec lequel il tendait ses tickets de rationnement. La gaieté inaltérable qu’il arborait ne déparait pas le bel ouvrage que représentait ce quartier.

Elle s’efforça tout de même de ne pas imaginer son minois chiffonné de sommeil, instinctivement intrigué par l’odeur suave des viennoiseries à peine sorties du four. Le sucre avait des effets désastreux sur elle. Il lui rendait un peu moins pénibles ses babillages incessants. Elle se sentait, à tort, plus endurante à ses pitreries et à ses irresponsables séductions.

Le bois des escaliers craqua doucement sous leur ascension. Elle garda résolument les yeux baissés sur les talons de Matthias Petersen, sans chercher à se figurer la tonicité de ses jambes – et régions limitrophes un peu plus galbées. Elle ne releva les yeux que pour trouver les siens, toujours éclatants d’un enjouement agressif. « Home, sweet home. » Et sut exactement à quel stratagème il songeait avant même qu’il n’ait feint de se replier contre le montant de la porte. « Je t’en prie. » Elle jaugea l’espace qu’il lui avait si généreusement laissé. « Vous ne pouvez pas vous en empêcher, n’est-ce pas ? » se moqua-t-elle sans avoir l’air de craindre le frôlement auquel elle dut se résoudre pour franchir le seuil – ce faisant, elle ne l’avait pas quitté des yeux.

L’intérieur était charmant, joliment brouillon – mais elle se refusa à penser qu’il correspondait en cela parfaitement à son nouveau propriétaire. « Bien essayé, répondit-elle machinalement lorsqu’il la provoqua au sujet de ses escarpins, mais je ne suis pas du tout complexée par ma taille – de même que vous n’êtes pas du tout complexé par les bêtises qui vous grossissent, malheureusement. » Elle répondit à son clin d’œil d’un froncement de nez orgueilleux et s’arrêta un instant face au petit amoncellement de balles de tennis qui avait immédiatement attiré son attention. « C’est curieux, comme décoration. » Des trafiquants de drogue s’étaient déjà servis de balles de tennis pour receler leurs marchandises, se rappela-t-elle spontanément. Elle ne put s’empêcher de s’emparer précautionneusement de l’une des balles pour la soupeser dans un réflexe presque inconscient de prudence ; puis elle la reposa, en prenant garde à ne pas briser l’insolite pyramide qui lui servait de trône.

Le désarroi audible dans la voix de Matthias Petersen, qui lui proposait ingénument de l’eau qui pique, la fit se retourner et hausser un sourcil. « De l’eau pétillante, ce sera très bien. » assura-t-elle. Certains mécanismes enfantins, qu’ils soient comportementaux ou langagiers, ne l’avaient de toute évidence pas quitté. Comme son visage se froissait d’embarras cependant, elle l’interrogea du regard. « Quelque chose vous chagrine, monsieur Petersen ? » Elle ne devait surtout pas oublier la raison de sa présence ici : surveiller, remodeler, neutraliser si besoin. Un froncement, un regard un peu trop vague, un peu trop fixe, pouvaient cacher un insignifiant moment de rêverie comme une résurgence malvenue.
Elle n’eut pas l’indélicatesse d’insister quand il se retira enfin derrière le comptoir et tâcha de ne pas trop faire peser son regard sur lui tandis qu’il préparait les rafraîchissements – une erreur de débutante, s’amusa-t-elle en imaginant tout ce qu’il aurait pu verser secrètement dans son verre. Elle en profita pour apprécier le reste de l’appartement, tout en prenant place dans le canapé. Elle n’avait évidemment pas retiré ses chaussures.

« Voilà, c’est une boisson aux herbes et aux céréales, c’est très bon pour la santé. » Bras et jambes croisés, Katsiaryna considéra tour à tour la candeur qu’il affectait et la teinte on-ne-peut-plus reconnaissable du breuvage qu’il venait de leur servir – elle crut tout aussi bien en sentir l’odeur. Toutefois ses yeux se fixèrent aux siens pour de bon quand elle s’aperçut qu’il l’observait. Elle n’avait nulle envie de se dérober à son examen en se retranchant derrière des expressions de pudeur virginale. Elle n’avait nulle envie d’être épiée. Aussi le regarda-t-elle boire sans un mot, suivant son geste à travers un léger plissement d’yeux, qu’elle prononça lorsqu’il défit paresseusement sa cravate. Mais la description du dessert la déconcerta – il fallait comprendre par là qu’une personne un peu plus passionnée et communicative qu’elle aurait sans doute exprimé son enthousiasme par un gargouillement euphorique et impatient...

Et ce fut ainsi qu’elle se laissa stupidement caresser, une fois de plus, par l’un de ses sourires abominablement tendancieux.

Katsiaryna se défendit à nouveau d’un froncement de sourcils qui se voulut dissuasif. « Ne vous a-t-on jamais dit que vous pensiez trop fort ? remarqua-t-elle sans rougir. C’est pénible. »
Soudain elle se redressa et, sans même avoir à esquisser un pas, se pencha sur lui en se gardant bien de théâtraliser son mouvement au moyen d’une lenteur ambiguë qui aurait été de fort mauvais goût, n’est-ce pas. Sans cérémonie, elle s’empara du verre qu’il tenait, puis du sien, avant de rejoindre le comptoir de la cuisine ouverte pour déverser impitoyablement la bière dans l’évier. « Je ne bois jamais d’alcool, monsieur Petersen, et il me semble vous avoir dit que vous n’en buviez pas non plus. » lui rappela-t-elle avec une rigueur intraitable. « Les jus de fruits ont ma préférence. C’est d’ailleurs l’un des seuls luxes que je me permets. » En révéler un peu plus à son sujet ne lui coûtait pas grand-chose et donnerait peut-être à Matthias Petersen le sentiment réconfortant qu’il réussissait, malgré tout, à lui délier un peu la langue – en un sens, c’était vrai. Elle ne pouvait nier qu’il avait une aisance entraînante et qu’il était presque facile de lui parler en dépit de ses maladresses.
Elle s’abstint néanmoins de lui faire répéter ce mot bizarre, imprononçable qui désignait très certainement une autre spécialité danoise – la curiosité de son estomac finirait un jour par la perdre – et entreprit de rassembler les quelques oranges qui se trouvaient dans le panier à fruits. Elle fouilla dans les tiroirs en quête d’un couteau et d’un presse-agrume tout en écoutant les hypothèses de son hôte au sujet de ses fonctions passées. « Le côté discipline, vraiment ? Je me demande d’où vous vient votre profonde perspicacité – mais en vérité, je crains de le savoir déjà. » Il la regardait tant que ses yeux lui feraient bientôt une seconde peau. Sa proposition, anodine et innocemment provocante en apparence, mais très certainement grivoise en réalité, ne fit que lui donner raison – une souplesse exécutée en souhaitant à son visage bonne réception lui semblait une figure bien plus appropriée, songea-t-elle en levant les yeux de son ouvrage. « J’aurai bientôt un couteau dans les mains, monsieur Petersen. Je préfère vous prévenir. » Sans le quitter des yeux, elle continua de rouler fermement les oranges sur la planche à découper pour les attendrir. Elle remarqua chez lui ce qui ressemblait à un signe de nervosité mais ne commenta pas son besoin d’ouvrir la fenêtre. Mieux valait ne pas l’inviter à déterminer ce qui lui donnait cette sensation d’étouffement – ç’aurait été imprudent, compte tenu des semaines qu’il venait de passer enfermé et malmené dans les laboratoires gouvernementaux.

Elle dut cependant détourner le regard de ses contours redessinés par le soleil couchant pour découper les oranges et en retirer les pépins au moyen d’une petite cuillère. « J’étais militaire, en Biélorussie. J’imagine qu’une carrière de gymnaste professionnelle aurait été plus rude encore. » L’enclavement du pays était alors une cruelle métaphore des modestes perspectives qu’il offrait à sa jeunesse. Il fallait consentir à bien des cassures pour rayonner au-delà des frontières. « Mais la gymnastique a été mon seul loisir – et ma seule discipline, comme vous l’avez dit – pendant très longtemps. Je grimpais beaucoup aux arbres, aussi. » Pensive, elle éventra les quartiers d’orange au moyen du presse-agrume manuel et recueillit la pulpe grâce à la petite cuillère. « En arrivant à New-York, je suis devenue agent de sécurité. » Le reste de son parcours se passait de commentaire, n’est-ce pas ? Elle avait d’abord été motivée par le désir de protéger et d’être fiable, avant d’apprendre que l’on finissait toujours par endosser le rôle de bourreau envers l’un pour être en mesure de préserver l’autre. La frontière entre les deux masques était à peine discernable et elle avait justement sous les yeux un douloureux malentendu fait homme. « Vous auriez sans doute fait un bon athlète aussi. Pensez-vous que le métier de pompier vous manquera ? » Ce n’était sans doute pas une question judicieuse à poser, s’agaça-t-elle en rinçant les verres précédemment remplis de bière. Elle y versa le jus d’orange qu’elle saupoudra généreusement de cannelle, puis regagna le salon. « Votre nouveau métier vous offrira les mêmes avantages, sans les inconvénients, dit-elle en lui tendant son verre. Si ce n’est, peut-être, l’agacement et la jalousie de certains. C’est probablement la raison pour laquelle vous avez accepté ? » Comme si une « offre » du Gouvernement pouvait se refuser. Elle reprit place dans le canapé et se mit à siroter son jus d’orange en le regardant.



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Mar 6 Fév - 14:04

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
Se concentrer relevait de l’impossible. La musique du désir se faisait entêtante sous la nuque, les phrases obsolètes sous le poids des regards et le frémissement trop tentateur sur la pulpe des doigts. Il n’aurait pas dû l’inviter peut-être. « Vous ne pouvez pas vous en empêcher, n’est-ce pas ? » Non, en effet et il n’avait jamais véritablement essayé. Les courbes étaient faites pour être touchées et possédées dans des étreintes éphémères. Elle était déjà jolie mais elle le serait plus encore sous le poids de ses envies et l’ardeur de ses lèvres.

Il eut un haussement d’épaule inconséquent.

Un sourire s’imposa quand elle ne recula pas sous la provocation quelque peu illusoire : elle pouvait presque le regarder dans les yeux, la bouche à portée des dents. Il cherchait la faille dans son armure. Même sans l’uniforme, les cils tranchaient, le regard jugeait et les paroles vous laissaient des traces incolores sur une peau rouge d’une gêne qu’elle instillait probablement souvent à dessein. Le froid brûle, tout le monde savait ça.

Elle avait regardé avec attention les balles de tennis. « C’est du Petersen. Art contemporain. » L’arc des sourcils s’arrondit tandis qu’il disparut, la bière légèrement tiède mais bien mousseuse dans le verre. « Ne vous a-t-on jamais dit que vous pensiez trop fort ? C’est pénible. » Le moelleux du sofa lui sembla propice à d’autres discussions mais il fallait sacrifier aux conventions, les codes terrifiants dans leurs rigidités. Le revers de sa main vint frotter sa pomme d’Adam, suivant le pourtour de la mâchoire. Que répondre à cela ? Pendant quelques secondes, il s’imagina qu’elle cédait enfin, que si elle se levait en se penchant de la sorte sur lui c’était pour autre chose, pour ce qui devait être. Le verre lui échappa des mains presque dans un grognement sourd, non pas de sa perte mais de l’échec notoire à la rendre nerveuse.

De la perte de temps.

« Hey ! C’est dur d’avoir de la bi… » Le soupir de frustration gonfla un bref instant et il afficha avec insolence un regard neutre à la menace du couteau. Rigide et implacable, de quoi agacer profondément, les doigts virevoltant sur les fruits orange, la blonde avait décidé de suivre pourtant son injonction de faire comme chez elle, s’appropriant la cuisine avec une sérénité de marbre, le jus bientôt disponible dans les nouveaux verres.  « Ah une sauvageonne ! Il y aurait des arbres de disponibles dans le coin, je te dirai de venir les grimper. »  Fit-il en s’appuyant sur le côté, le corps en tronc noueux et les sourires amusés en végétation dense. « Est-ce que je perçois un compliment ? T’as le droit de m’en faire. » Il se pencha, le chuchotement capricieux et caressant. « Je ne dirai rien à tes supérieurs. » Le propre du désir, c’était de ne pas être rationnel après tout. Quoique. Elle ressemblait aux pin-up slaves du temps d’Hollywood, le tout sapée comme une secrétaire. La mater avec des yeux débordants d’intensité, c’était limite de la politesse. La suivre dans les méandres d’une cuisine étroite également. Il songea à faire une remarque sur le naturel avec lequel elle déambulait dans son appartement mais il n’en fit rien, le regard un peu perdu sur l’éclat particulier d’un froncement de sourcils teigneux.

Les choses n’auraient pas dû se passer comme ça et il semblait que c’était l’état d’esprit général imposé lorsqu’il était en présence de la soviétique. Katsiaryna aurait dû venir au Masquerade, ils auraient dîné sous les tentures rouges et noires, l’atmosphère délicieusement bruyante et sulfureuse des spectacles de cabaret en guise d’appetizers. Il l’aurait remercié sans doute ensuite, entre le dessert et le café, de l’avoir tiré des flammes et d’avoir été suffisamment marquante pour qu’il se souvienne d’elle malgré le brouillard de ses dernières semaines. Il se serait montré charmant, lui aurait sans doute plu – bien sur, aurait même fait en sorte de la revoir pour un second rencard etc etc
Le souci c’est qu’elle avait cordialement opposé un « niet » poli de sa langue rose et nacrée à tout ceci et il ne lui en voulait même pas. Ça n’avait pas vraiment d’importance et Matthias, dans sa superstition étincelante, s’en remettait au destin et à ses fils tortueux. « Non. Enfin. Les copains me manqueront mais je continuerai à les voir, évidemment. » Etre pompier avait été une chance de rédemption, l’ultime croyance qu’il pouvait laver le sang de l’arène de sa mise. En vain que tout ceci, il s’était réveillé dans une chambre blanche, des tubes et des aiguilles sur lui, les cendres d’un incendie collant encore ses paupières et ses pensées. Tout ce qui arrivait avait une bonne raison de le faire et si on lui intimait silencieusement de ne plus être pompier, d’accepter sa culpabilité latente, alors il ne voyait aucune raison de ne pas céder à cette injonction divine.

Il pensa à refuser le verre, le spectre de la bière jeté sans états d’âmes dans l’évier le faisant encore intérieurement ronchonner. Les doigts se refermèrent pourtant sous la transparence zébrée de soleil fruité et il reposa la chose sur la table à son tour. « Le jus d’orange ça va bien avec les croissants et la boulangerie d’en bas n’ouvrira que dans quelques heures. »  Sa main se fit chaude contre sa cuisse, trop peut-être. Il se battait avec acharnement contre l’instinct de ne pas renverser les dit verres, de ne pas remplacer la pulpe de l’orange par celle de sa bouche. Ce n’était pas une question de récompenses mais de savoir ce qui était bon pour chacun, de reconnaître ce qui était de l‘ordre de la survie : sentir la vie sous ses doigts et tout ce qui pouvait en découler de terriblement harmonieux par exemple. « Je ne suis pas sûr que mon métier t’intéresse et pour être honnête, j’aimerais oublier le tien au moins quelques heures. » Ils étaient grands, n’est-ce pas ? Adultes ou quelque chose dans ce genre.

Matthias se leva à son tour, la valse des corps en action pour mieux percevoir l’autre à distance respectable. Il décida de ne pas s’asseoir pourtant, posant une main sur le dossier du canapé, les cheveux blonds en courant d’air sur sa peau, puis, se pencha au-dessus de la silhouette assise casuellement, se rapprochant instinctivement de la jeune femme, jambes frôlant le tissu d’une robe serrée. « Tu prends beaucoup de mesures pour m’intimider. » Ce n’était pas les bons mots et il avait dans l’idée qu’elle ne cherchait que rarement à quoi que ce soit, préférant toucher la cible d’un regard, d’un coup de poing ou même d’une balle. « Et me tenir sage. » Il sourit un peu, le cobalt prudent derrière des paupières alourdies sous l’odeur acide de l’orange. Il se souvenait du coup de poing avec acuité. Elle l’avait sauvé aussi. Il n’en conservait aucunes bribes, songeait que la normalité voulait qu’il soit à demander ce qu’il s’était passé mais il y avait l’angle doré de ses genoux à peine recouvert qui saturait sa rétine, le liquide d’or au centre des lèvres, le regard sombre filtrant derrière la clarté azur teinté de violine. Il l’obligeait à lever les yeux vers lui ainsi positionné, tandis que lui scannait d’un œil qui semblait mécontent le reste du corps. « Comment tu as fait ? Pour me traîner hors des flammes… » Il savait la milice entraînée, la souplesse évidente dans leurs courses, les muscles saillant délicatement même sous les cols claudines et ne chercha pas plus loin.
 Il inspira lourdement avant de lâcher prise, se remettant droit sans pour autant bouger de place. Ça n’avait pas vraiment de sens et sans être massif, il se savait lourd, la carcasse longue, le dos ample.

« Tu as l’air plus dangereuse sans ton uniforme. » Annonça-t-il tranquillement. Il devinait les lignes abruptes d’un corps étrangement doux, la violence dans les mains fermées. « J’aimais beaucoup mon uniforme de pompier. Je pourrais le regretter mais si on passe son temps dans les regrets on est foutu. » Il y avait le reste, en filigrane sous les mots plein de bon sens : on fait ce qu’on peut pour survivre. Mais elle savait cela, présumait-il, ou peut-être pas, peut-être qu’il était tombé sur la seule à mettre les préceptes avant les vies, la rigueur imparable et la vérité glacée entre ses doigts. « Admettons un instant, que plus personne n’a son uniforme et que personne n’a sauvé l’autre. » Il sembla se détendre un bref instant, l’image vivide dans son esprit. « Que la fille de Satan n’a pas marché à travers les flammes pour venir me traîner dehors, en sécurité. Admettons qu’il n’y ait aucun orgueil entre nous. » Il pencha légèrement son visage, les cheveux suivant l’inclinaison. « Tu m’autoriserais à glisser ma main entre tes cuisses ? » Le genou vint percuter les siens, comme pour les écarter, le regard fixe et dévorant. Il dépassait les bornes, le défi encore trop frais et vivant en lui, la pointe anxieuse de ne pas se souvenir perdu dans un désir plus grand que les milles questions envisageables. « Tu peux même garder ton jus d’orange, killinger. »

Il se demanda si elle continuerait à le vouvoyer encore longtemps.




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Sam 10 Fév - 0:20


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

À en juger par ses incessantes provocations, Matthias Petersen semblait croire que si Dieu l’avait fait si grand, c’était, entre autres finalités accessoires, pour que l’objet de son désir puisse s’agripper à lui en enroulant suavement ses jambes autour de ses hanches. Il était aussi lisible qu’un livre pour enfant, mais aussi impudique qu’un conte licencieux, et Katsiaryna se maudissait à cet instant de savoir lire. Pas seulement de savoir lire, du reste ; de savoir écouter également ; d’avoir bien malgré elle une peau sensible, absurdement réceptive à la fréquence singulière de ses murmures rauques. Du moins pouvait-elle encore prétendre y être tout à fait hermétique – de fait, elle refusait de s’abîmer l’intellect en laissant les insuffisances de son corps prendre le dessus. « Mes supérieurs ne verraient sans doute aucun inconvénient à ce que je vous complimente. » rétorqua-t-elle avec détachement, comme pour désamorcer l’intimité prétendument clandestine qu’il semblait vouloir établir entre eux. En vérité, ses supérieurs l’auraient probablement encouragée à se montrer docile sous les gammes de caresses qu’il égrenait – du plus profond murmure au plus léger frôlement –, à lui susurrer quelque compliment susceptible de lui donner du courage, de l’aider à reconstituer ses forces psychiques – celles-là même qui devaient entériner l’illusion du Gouvernement. Mais ne les avait-elle pas avertis ? Elle n’était pas la candidate idéale pour endosser un tel rôle, ne voyant en Matthias Petersen, ce concentré de sourires et de désirs impatients, qu’un petit miracle où elle n’avait aucune part. Maintenant qu’il vivait intensément sous ses yeux, il lui renvoyait à la figure tout ce qu’elle avait pu faire, plus ou moins délibérément, pour le maintenir sous l’eau. Elle ne comprenait toujours pas qu’il se soit, par une cruelle ironie du sort, souvenu de son bourreau comme d’une femme convoitée, qu’un désir irraisonné ait remplacé son jugement – en avait-il jamais eu, cependant, et connaître la vérité à son sujet l’aurait-il seulement muselé ?

Elle avait su, au moment même où elle lui avait tendu son verre, qu’il le reposerait aussitôt sur la table basse comme par refus de lui complaire. Elle dut se faire violence pour ne rien laisser paraître de sa contrariété. Cet homme avait décidément une façon bien agaçante, bien audacieuse de tenir ses mains inoccupées. « Je ne suis pas sûr que mon métier t’intéresse et pour être honnête, j’aimerais oublier le tien au moins quelques heures. » Sa bouche, l’espace d’une seconde, ne fut plus qu’un pincement. Il savait aussi bien qu’elle – non, mieux qu’elle encore – à quel point il était impossible de faire abstraction d’un tel métier. La robe qu’elle portait, pour se donner l’air d’être ici « en civile », ne devait tromper personne ; pas même lui, bienheureux et malchanceux convalescent qui, en la touchant, n’aurait senti sous ses doigts trop avides qu’une seconde peau sordidement tissée de fil noir. Elle ne répondit rien cependant, se contenta insolemment de boire une gorgée de jus d’orange avec une indolence qui contredisait et aggravait tout à la fois le petit drame qu’il se faisait de son apparente insensibilité ; pour mieux garder sa contenance tandis qu’il se levait pour la surplomber arrogamment. Elle ne voulut voir que son menton offert, prêt à être cueilli par un uppercut ; mais son regard dut bientôt couler lentement, imperturbablement sur l’avant-bras qui s’était planté en rempart, en garde-fou près de son visage ; elle le sentit, avec une acuité qu’elle se reprocha, elle le sentit à la pointe de ses cheveux et ce frémissement électrostatique répondit, comme l’aurait fait le soupir qu’elle se refusait à pousser, au frôlement de ses jambes contre le tissu inattaquable de sa robe. Elle ne montra rien de la peine qu’elle eut à déglutir.

« Tu prends beaucoup de mesures pour m’intimider. » Il avait tort. « Et me tenir sage. » Il avait tort. Depuis de trop longues minutes déjà, Katsiaryna se trouvait au contraire douteusement complaisante à son égard. Elle dut se tordre le cou pour lever patiemment les yeux vers lui. Et elle n’aima pas ce qu’elle vit. Elle n’aima pas l’éclat de son regard qui exprimait sans ambages tout ce que son corps endiguait péniblement. Il y avait dans le mécontentement qui durcissait l’eau céruléenne de ses iris un reproche impérieux qu’elle ne voulait pas entendre. « Comment tu as fait ? Pour me traîner hors des flammes… » Son verre n’avait-il pas menacé de lui échapper ? Ce devait être pour cela, sans doute, qu’elle n’avait pu réprimer le tressaillement de ses paupières – et de son cœur. Il lui fallut baisser les yeux, feindre de boire à nouveau pour discipliner son pouls. L’acidité de l’agrume lui mordit les papilles un peu plus fort, lui picota désagréablement le nez. Elle ne s’y était pas attendue. Il l’avait interrogée comme un enfant tout en lui laissant dangereusement entrevoir les limites de sa candeur. Se pouvait-il qu’il ne soit pas entièrement la dupe des manigances gouvernementales, au-delà des failles que celles-ci comportaient ? Bien sûr. Ce fut précisément la raison pour laquelle elle ne se hasarda pas à lui demander ce qu’il insinuait par là. Elle n’avait pas le courage – ni la capacité, sans doute – de nourrir cet aspect du mensonge et regrettait de ne pouvoir lui demander franchement s’il n’aurait pas plutôt préféré mourir sur-le-champ. Elle éprouvait un impénétrable dégoût moral à l’idée d’avoir arbitrairement prolongé son séjour en enfer. « Tu as l’air plus dangereuse sans ton uniforme. » Et subir ses moqueries – car c’en était, n’est-ce pas ? – lui semblait en retour bien peu cher payé. L’offense – ce n’en était pas, rectifia une infime part de sa conscience – n’alla pas sans une forme de soulagement, comme il paraissait se désintéresser des tenants et aboutissants de sa survie.

Katsiaryna finit par secouer négativement la tête, plus pour elle-même que pour lui. Ils savaient tous deux que rien de ce qu’elle avait pu faire – ou porter – jusqu’à présent ne l’avait intimidé. Elle-même n’était pas d’un tempérament à s’épuiser en démonstrations de force, oscillant plus volontiers entre les deux extrêmes qu’étaient la non-intervention et la mise à mort ; aussi admettait-elle de plus ou moins bonne grâce qu’elle n’avait aucun pouvoir sur l’effronterie de cet homme-là, à plus forte raison lorsque celui-ci devait a priori rester en vie.

Mais plus il s’épanchait, plus elle envisageait de l’assommer afin de mettre un terme à cet échange bien trop périlleux pour eux. Elle perçut une ultime alerte dans la manière dont il parla de regrets. C’est qu’il aurait tout aussi bien pu dire : « Je vais faire une grosse bêtise, et tout ce que je pourrais récolter en ayant eu la témérité de la faire sera toujours moins pénible à supporter que le regret de ne l’avoir pas faite. » Il lui sembla qu’elle venait effectivement de faire la connaissance de Matthias Petersen. « Admettons… » poursuivait-il maintenant sur un ton qui ne lui plaisait pas ; elle voulut l’arrêter, elle faillit l’arrêter, mais dut admettre pour finir que le simple fait de soutenir son regard sans ciller lui coûtait déjà bien assez. « Que la fille de Satan n’a pas marché à travers les flammes pour venir me traîner dehors, en sécurité. Admettons qu’il n’y ait aucun orgueil entre nous. » Il ne s’agissait pas d’orgueil, rectifia-t-elle intérieurement, mais elle n’eut pas le loisir d’y réfléchir plus avant – « Tu m’autoriserais » : son verre lui échappa pour de bon et seule sa main gauche – « à glisser ma main » –, au repos sur ses cuisses – « entre tes cuisses ? » –, lui permit d’éviter-un-désastre-en-le-rattrapant-in-extremis-avant-qu’il-ne-se-répande-sur-sa-robe.

Elle n’avait pas rougi.

Elle n’avait pas rougi.

Mais elle savait pertinemment que ses yeux s’étaient écarquillés de stupeur et d’indignation ; qu’elle avait, non sans honte, perçu l’écoulement chaud de son désir au creux de son propre ventre et que le spectre de sa main s’était imposé une seconde de trop entre ses cuisses.

Elle vit que le jus d’orange avait un peu débordé dans la précipitation, humidifiant très légèrement le tissu de sa robe comme il lui humectait la peau de ses yeux trop affamés.

Par bonheur, l’ultime provocation de Matthias Petersen – trop aimable – lui fit l’effet d’une gifle et la ramena tout à fait à elle.

Elle constata, non sans étonnement, qu’il était toujours en vie.

Et qu’il lui faudrait par conséquent trouver un moyen de le tuer métaphoriquement.

« Vous devez être très fier de vous, n’est-ce pas ? » souffla-t-elle dédaigneusement sans détourner les yeux des siens. Presque aussitôt, elle repoussa sèchement l’intrusion de son genou en croisant sévèrement les jambes, le forçant à reculer un peu.

Peut-être s’agissait-il d’orgueil, finalement.

« Votre main risquerait de faire une très mauvaise rencontre en s’aventurant entre mes cuisses, monsieur Petersen. » Elle avait réemployé ses mots à dessein, comme pour les exorciser. Sans doute n’aurait-elle vu aucun inconvénient à ce qu’il s’entaille profondément les doigts contre la lame d’un couteau à cran d’arrêt malencontreusement déployée. « Du reste, est-ce pour cela que vous m’avez invitée ? » s’enquit-elle après avoir tranquillement terminé son verre. « Contrairement à ce que vous semblez croire, j’ai depuis longtemps compris que je ne pourrai jamais avoir la prétention de vous assagir. Mais enfin, il me semble que glisser votre main entre mes cuisses, monsieur Petersen, serait une bien curieuse façon de me témoigner votre reconnaissance. » Elle battit des paupières, avant d’ajouter implacablement. « Un peu grossière, aussi. » Elle ne voulait plus songer au poids qui lui était agréablement désagréablement tombé dans le bas-ventre. « Par conséquent, même s’il est très aimable de votre part d’avoir pris la peine de m'en demander l’autorisation, ma réponse est claire : non, monsieur Petersen, je ne vous autoriserai pas à glisser votre main entre mes cuisses. En. Aucune. Circonstance. » Elle feignit de se détendre, le corps un peu plus alangui au fond de son siège. D’un signe du menton, elle désigna le verre qu’il avait abandonné sur la table basse. Les fruits, contrairement à la bière, ne se gâchaient sous aucun prétexte – pas même pour en asperger un Danois trop entreprenant. « Je vous suggère maintenant de vous rasseoir et de boire votre jus d’orange. » déclara-t-elle autoritairement. « Et cessez donc de me regarder ainsi. Vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même : vous détestez de toute évidence que l’on ne vous tombe pas dans les bras ; or je ne suis absolument pas tenue d’apaiser la moindre de vos frustrations. » Elle finit par avoir un claquement de langue agacé, consciente de très mal jouer le rôle que ses supérieurs lui avaient confié. « Pourquoi Diable pensez-vous que j’ai accepté votre invitation, monsieur Petersen ? » Elle regretta tout à coup d’avoir songé à l’enthousiasme adorable naïf qui lui avait arrondi les yeux lorsqu’il lui avait assuré : « On va forcément se revoir. »



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Mar 13 Fév - 15:47

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
Elle lui avait offert un peu de jus d’orange sur le tissu sombre de sa robe et une mise à mort limpide au fond des yeux. La raideur du couperet ne l’empêcha pas de sourire en Mona Lisa masculine, acceptant avec une nonchalance nerveuse la lame d’une guillotine imaginaire. Les armures étaient ainsi faites au final : pas de métal, pas de forge, pas de flamme, juste des gouttes de soleil odorantes sur du tissu, des coupures cachées entre les mots et toujours en souriant. Pas de dents, à moins d'avoir quelque chose à prouver. Et ils n’avaient rien à prouver.

« Vous devez être très fier de vous, n’est-ce pas ? » L’éventail moral n’était perceptible que dans les couleurs les plus pleines, tout comme celle d’un désir latent. Il n’acquiesça pas mais le visage eut comme une complaisance tacite. De quoi aurait-il honte après tout ? De tout et de rien. Du noir au blanc et jusqu’à la marée grise tout autour, le compas intérieur fonctionnait toujours mais les aiguilles avaient leurs propres vies et il goûtait dans un étrange cérémonial la résistance cinglante qu’elle lui offrait. « Votre main risquerait de faire une très mauvaise rencontre en s’aventurant entre mes cuisses, monsieur Petersen. » Les dents se découvrirent, l’émail étincelant de pureté, bien loin du sang qui l’avait recouvert il y avait à peine encore quelques semaines. « Ah oui c’est vrai, ça coupe. » La remarque était laconique, chargée d’électricité, comme si c’était là quelque chose de plus attirant qu’autre chose.

( Pauvre Ilya, vraiment )

La milicienne était longue et blanche, l’ivoire des joues contrastant avec la violine des yeux, la peau bien plus douce qu’elle n’aurait voulu le cacher. Les genoux grondaient en s’entrechoquant et il abaissa son regard sur le délicat mouvement de la robe, les cuisses glissant l’une contre l’autre pour mieux se recouvrir de mystères. Très bien. Si la respiration s’emballait consciencieusement, Matthias narguait dans un silencieux soupir. Chacun des mouvements lui semblaient fait pour être froissés mais la statue s’était faite marbre, le masque guindé éclatant sous l’éclat dérobé d’une blondeur intouchable.

Tout ce qui brillait était définitivement d’or.

« Du reste, est-ce pour cela que vous m’avez invitée ? » Il ramena ses cheveux en arrière, cherchant le jus d’orange finalement, la gorge asséchée par un appel souterrain. Elle l’emmerdait avec cette question et l’expression se teinta de bouderie. Non, il l’avait invité pour la remercier, par curiosité aussi, savoir qui se souvenait mieux de ce que lui avait finalement oublié. « Ça aurait été criminel de ne pas demander. » Fit-il simplement. Il n’y avait rien de mal à décharger l’anxiété d’un monde en perdition par le biais de fracas corporel. L’arrogance toute masculine s’avérait des plus solides dans l’absolu certitude que tout ceci était pour le mieux, que le magnétisme était inscrit dans les étoiles. A aucun moment, il ne se demanda si elle avait déjà quelqu’un, la question obsolète dans son inutilité. Ce qui était important c’était l’image de sa main entre ses jambes plaçant un nouvel or frais entre ses cuisses, les yeux clos dans une expression douce, l’extase aveugle, la chair imprimée d’une main inconnue. Pourtant, Katsiaryna refusait obstinément la libération offerte, les poings fermés sur le verre.

Elle le vouvoyait encore, la langue autoritaire, les cils en ombres dangereuses, et il arqua un sourcil interrogateur. Il avait l’habitude de plaire, n’en avait jamais véritablement fait une arme. Il n’avait aucune raison valide pour faire une chose pareille d'ailleurs. La clarté de ses appétences l’inondait sous sa peau avec bien trop de facilité déjà, chaude comme un cadeau, une offrande qui ne nécessitait finalement aucune contrepartie.

Elle suggérait de s’asseoir et de boire son verre, à la manière d’une maîtresse d’école et lui d’un enfant. Le rire zébra entre ses dents. « Et cessez donc de me regarder ainsi. Vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même : vous détestez de toute évidence que l’on ne vous tombe pas dans les bras ; or je ne suis absolument pas tenue d’apaiser la moindre de vos frustrations. » Il avala d’une goulée le verre de jus d’orange, la pulpe au bord des lèvres, l’acidité âpre au fond de la gorge. Il détestait ça ? Probablement. L’idée résidait en ce que l’affection des gens – voulu ou pas, mérité ou pas – vous protégeait toujours en soi. « Ce n’est que ma frustration ? » Il laissa la question en suspens, trouvant surfait de la creuser.

Il avait mis le nez dans le poivre, il n’avait que lui-même à blâmer.

Refusant de lui donner entière satisfaction, Matthias s’appuya finalement sur le rebord du fauteuil, l’œil cobalt sur la silhouette alanguie non loin de lui. Trop proche Il n’avait qu’à étendre la main pour froisser la robe, la remonter jusqu’à la taille et s’éclipser en elle. Dans son esprit, il lui semblait qu’il manquait de vocabulaire au sujet de la biélorusse. Quelque part entre les lacs de son Oregon, les buildings crépusculaires de New York, le sable de l’arène et la moiteur aride de la Nouvelle-Orléans, il avait parfois perdu ses mots, les échangeant contre d’autres, bien plus pratiques et tangibles. « Justement, j’aimerai bien le savoir. Pourquoi as-tu  accepté ? » Il était impossiblement franc en cet instant. « J’étais quasi certain que tu ne viendrais pas. Un manquement aux règles les plus basiques et ça m’a valu un poing dans la figure. » Il tapota sa mâchoire, l’angle corrosif. La langue vint chasser le fruit des lèvres avant de continuer. « Me sauver est probablement de l’ordre du devoir, mourir dans les flammes pour un pompier de celle de la normalité mais répondre à mon invitation… » Il secoua son visage, le regard fixe sur la tâche d’or blanc. Il l’avait dit au médecin : la milice n’aimait personne. Ils étaient fantômes intangibles, spectres qui hantaient leurs propres démons en s’en nourrissant. Il n’en connaissait aucun d’heureux, aucun de sain, tous écrasés par une fonction monstrueuse, premières victimes d’une machine implacable. On leur aspirait les couleurs dès leurs entrées en fonction, du gris et du noir à la place de myriades arcs-en-ciel. Pour le bien de tous.

Il pouvait lui rendre ses couleurs, fut-il tenté de dire. Du rouge pour ses joues essoufflées, du noir pour un regard perdu, du rose pour la douceur des doigts se recouvrant d’une patine de brillance délicieuse. De l'or partout entre eux. « Katsia, » Le sourire réapparut sous la légèreté sucrée du prénom, le velouté des voyelles comme une confiserie en bouche. « On s’est revu parce que c’était obligé. Pourquoi chercher plus loin ? » Pourquoi refuser aussi ce qui était plus que pertinent ?  Le refus ne le rendit pas amer pour autant et il fit signe vers les sacs qui n’avaient pas encore été touchés. « Ma main aurait été plus savoureuse mais je peux encore saisir l’importance de l’appel du ventre. Po’boy ? Je réchauffe un peu. » Il instillait avec une langueur lourde une indolence calculée, la tension encore palpable entre les épidermes. Ce n’était pas difficile de trouver le chemin des Enfers dans cette région, il était là, écrit dans les mythes, écrit dans le sang et dans l’aura glacée des jolies filles incorruptibles venue des grands froids de l’est. Sa voix à l’accent tranchant lui semblait presque familier et il cilla, curieux, tandis que les sandwichs glissèrent à l’intérieur du four. « Tu es venu me voir à l’hôpital, au début ? Je ne pense pas… on me l’aurait dit. » Elle lui faisait l’effet d’une mer de blanc immaculé, intacte, impénétrable comme une tour de boucliers. Il percevait presque les échos vide de la pièce ricochant sur le marbre palpitant qu’elle y promenait. De quoi donner envie de mordre et de rougir.

Matthias sortit une bouteille d'eau et s’en servit avant de la tendre vers la jeune femme. Le minuteur imprima un tic-tac robotique dans l’appartement et l’ancien pompier contempla la blonde, si prêt du comptoir de la cuisine américaine que cela en devenait fatalement licencieux dans sa tête. « Normalement, j’aurai dû laisser ça pour entre le dessert et le café. » Il eut un sourire futile, marqué de moquerie tendre. « Mais tu m’as refusé le dessert et j’ai tendance à brûler le café… je t’ai invité pour te remercier. C’est une chienne de vie mais je l’aime bien. Quand même. » Le haussement d’épaules à peine perceptible, il s'approcha suffisamment pour glisser ses doigts dans la cascade raide des cheveux blonds. « Le reste était non inclue dans le remerciement. C'est con maintenant tu vas devoir juste rêver de moi, killinger. » Matthias ne bougea pas lorsque la sonnerie du four résonna dans une vibration stridente et unique.




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Lun 19 Fév - 0:25


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

Sans surprise, l’imbécile souriait invariablement. Il était fier, de fait, candidement satisfait de l’avoir un tant soit peu déstabilisée, comme un enfant retors se réjouirait d’être parvenu à obtenir le dernier mot. Elle trouva quelque chose de suave et de provocant tout à la fois dans le sourire allègre qui lui déshabillait les dents, croyant y lire, bien malgré elle, la manière pareillement souple dont il aurait pu retrousser les pans trop serrés de sa robe. « Ah oui c’est vrai, ça coupe. » Lui-même coupait, songea-t-elle en considérant avec sévérité le mouvement indolent de sa bouche qui se refermait. Il n’avait rien dit de plus, pourtant ce fut comme si un soupir inaudible, jamais exhalé, s’était brièvement matérialisé au bord de ses lèvres ; comme s’il avait aspiré le suc d’un fruit à mi-chemin de la douceur et de l’amertume : en d’autres termes, elle venait une fois encore de percevoir le désir dont il embaumait naturellement l’air, hermétique à toute forme de dissuasion. Elle faillit se sentir démunie. Comment pouvait-il à ce point tout entendre, tout voir à travers le prisme de sa sensualité ? Il trouvait une source d’émoi et de fièvre dans une menace qui aurait au contraire dû le refroidir – et ne l’avait pas même tiédi. « Quel est votre problème, au juste ? » voulut-elle lui demander ; mais elle préféra finalement taire son décontenancement ; s’y embourber davantage tout en suivant le cheminement sans équivoque de son regard. Il lui parut tout à coup que sa gorge se découpait un peu plus précisément dans la toile chaleureuse du séjour. Sa jugulaire ne venait-elle pas d’enfler à la façon d’une vague, rendue plus saillante par les pulsations chaotiques de son cœur ? « Vous êtes irrécupérable. » reconnut-elle enfin en secouant la tête pour exprimer son agacement – mais n’était-ce pas, là encore, ce que l’on feignait de reprocher par simple complaisance ? Matthias Petersen avait insidieusement gagné du terrain et sa mission grotesque, pour l’heure, lui interdisait de le rabrouer plus franchement.
Du moins semblait-elle avoir réussi à lui rabattre un peu le caquet en lui prêtant explicitement des motivations lascives. Elle ne parvint cependant pas à déterminer les raisons exactes de sa bouderie. S’était-il vexé à la perspective d’être pris pour un individu grossièrement pervers et incapable de se tenir en bride ? Ou s’était-il simplement aperçu que sa volupté insistante, contrairement à ce qu’il semblait croire – à juste titre, peut-être – n’avait rien d’une évidence – pour elle – et qu’il ne réussirait pas à consommer son désir aussi naturellement qu’il respirait ? Alors qu’elle cherchait vainement à le comprendre, elle s’étonna de ne voir en lui qu’un joli cœur trop gourmand, sans éprouver la gêne mêlée de répugnance que pouvait inspirer la gloutonnerie.
En somme, il n’appréciait pas qu’elle cherche à rationaliser son appétit. Lui-même s’était-il jamais soucié de se l’expliquer ? Elle ne voyait dans son propre visage qu’un rempart plus ou moins déchiffrable, et dans son propre corps qu’une arme plus ou moins élaborée ; lui considérait manifestement que son visage et son corps, on-ne-peut-plus avenants, on-ne-peut-plus lisibles, avaient été conçus tout spécifiquement pour l’amour lui servir d’intermédiaires très particuliers avec le monde. Comme elle le dévisageait fixement, elle se surprit à trouver dans son expression renfrognée une inavouable satisfaction mêlée d’amusement et dut lutter contre l’envie de sourire qu’elle se sentit au coin des yeux. D’aucuns lui auraient concédé sa mignonnerie ; mais elle ne fit qu’accentuer le pincement désapprobateur de ses lèvres. « Ça aurait été criminel de ne pas demander. » Criminel à bien des égards, oui, pensa-t-elle en sachant pertinemment qu’ils n’avaient pas la même conception du moralement et physiquement condamnable.

Par bonheur, il promettait enfin de se montrer raisonnable en acceptant son verre de jus d’orange. Katsiaryna se détendit tout à fait et abandonna son propre verre, vide, sur la table basse. Elle ne l’avait pas quitté des yeux. Lui qui arborait ordinairement un air d’insouciance joviale paraissait à présent perplexe, comme s’il s’était tout juste regardé l’âme pour la première fois. Il était difficile pour elle de retracer le mouvement de sa conscience, faute de finesse psychologique. Elle supposait qu’étant habitué à plaire – sans fournir le moindre effort, de toute évidence –, il devait maintenant composer avec l’idée peu satisfaisante qu’un mur n’avait, par définition, aucun sens à enivrer. Elle supposait également qu’il ne trouverait pas longtemps acceptable qu’elle prétende avoir la sensibilité d’un mur. Comment lui faire comprendre efficacement qu’il ne s’agissait pas pour lui de plaire, pour elle de se laisser séduire et de corroborer ainsi l’empire qu’il était accoutumé à exercer instinctivement sur les autres ? Elle comprenait confusément, pourtant, qu’il y avait une forme d’innocence dans la manière dont il s’imposait. Lui avait-on jamais dit non ? À en juger par la moue dépitée qui lui froissait la bouche, tout devait s’être fait si naturellement, sans qu’il n’ait jamais cherché à brandir sciemment son charme – sa beauté insolente – comme une arme de séduction. Elle avait le sentiment que cela revenait pour lui à bouder une part de gâteau gracieusement offerte.

Oui. Matthias Petersen s’offrait très généreusement et elle n’était pas certaine que cela lui convienne. Elle aurait préféré, par ailleurs, que sa bouderie ne se dissipe pas aussi rapidement : son rire, une fois encore, figura une alarme qui lui fit crisper les poings. « Ce n’est que ma frustration ? » Elle s’accouda lentement au fauteuil, déroula le majeur et l’index afin d’en soutenir sa tempe, aussi orgueilleusement qu’elle n’avait baissé les paupières pour le contempler à travers le voile de ses cils. L’indignation, au creux de son ventre, crépitait comme une braise mal éteinte. Qu’insinuait-il ? Et pour qui se prenait-il ? « Oui, répondit-elle fermement. Vous ne faites nullement partie des privations que je m’impose, monsieur Petersen. » C’était vrai. Cependant, combien aurait-elle aimé pouvoir ajouter avec aplomb : « Je n’ai pas la moindre envie de vous. » Mais la voix lui manqua ; pire, elle s’effraya de savoir déjà à quel point cela sonnerait faux.

Pour la première fois depuis que Matthias Petersen l’avait invitée à entrer chez lui, Katsiaryna eut un regard vers la porte de l’appartement. La situation lui déplaisait ; non parce qu’elle risquait de lui échapper – elle ne lui échapperait pas –, mais parce que son hôte brûlait de la séduire sans même comprendre un tiers de ce qu’elle était censée représenter pour lui – à cet égard, elle se trompait. La malhonnêteté affective, morale et physique à laquelle elle avait consenti la mettait plus mal à l’aise encore que la témérité de l’ancien vainqueur. Néanmoins, écourter leur rendez-vous serait revenu à déserter. Elle se disciplina sous le regard dévorant qu’il faisait inlassablement peser sur elle. Sa curiosité, autrement dangereuse, saurait bien la distraire de l’embarras qu’elle ressentait. « J’étais quasi certain que tu ne viendrais pas. Un manquement aux règles les plus basiques et ça m’a valu un poing dans la figure. » Elle eut du mal à cacher son étonnement. « Ma réaction a peut-être été excessive, admit-elle, mais je vous avais prévenu à plusieurs reprises avant de… sévir. Du reste, je ne pensais pas que vous vous souviendriez de ce détail. » Sans doute aurait-elle préféré qu’il l’occulte tout à fait. Il semblait avoir une mémoire corporelle redoutable et elle avait quelquefois le sentiment, en lui mentant par omission, d’être en réalité sa propre dupe.

Elle craignit de se demander ce qui l’avait poussée à accepter son invitation, au-delà de la simple obéissance qu’elle devait théoriquement à ses supérieurs. En dépit de sa mauvaise foi salutaire, le soulagement fantomatique qu’elle avait éprouvé en constatant son apparente intégrité ne lui avait pas échappé. Aussi dut-elle bien se résoudre à le reconnaître : « Je souhaitais m’assurer que vous alliez bien. Mais mon intérêt était strictement professionnel, ne vous en déplaise. » Il semblait croire que la réalité sordide de la Milice la dispensait de se soucier personnellement de son prochain ; en un sens, et paradoxalement, c’était vrai. Mais il ne savait pas tout, et ne devait rien savoir de plus.

L’apaisement singulier de leur conversation ne dura pas, cependant. « Katsia, » eut-il l’audace de susurrer, et ce fut à son tour de se renfrogner, agressée par le diminutif qu’il avait familièrement laissé fondre sur sa langue. « On s’est revus parce que c’était obligé. Pourquoi chercher plus loin ? » Il recommençait. Pourquoi Diable le sort lui avait-il à ce point donné raison ? « Ma main aurait été plus savoureuse mais je peux encore saisir l’importance de l’appel du ventre. Po’boy ? Je réchauffe un peu. » Et comment pouvait-il osciller avec tant d’aisance entre la légèreté et l’obscénité ? « Vous devriez vraiment arrêter de conjecturer sur mon plaisir comme s’il était à votre portée. » suggéra-t-elle sèchement en croisant les bras, sans remarquer qu’elle avait un peu plus serré les jambes dans le même mouvement.
Elle détacha son avant-bras droit comme elle aurait sorti une lame de son fourreau pour s’emparer de la bouteille d’eau qu’il lui tendait. « Vous aviez besoin de repos, pas d’une présence inutile à votre chevet. » murmura-t-elle lorsqu’il l’interrogea au sujet de ses hypothétiques visites. En vérité, aidée par l’impénétrabilité des laboratoires gouvernementaux, elle s’était efforcée de ne pas aller le voir pour ne pas lire à même son corps l’horreur des traitements qu’il subissait quotidiennement ; et même lorsqu’il avait été transféré dans un hôpital ordinaire pour signer le commencement de la vaste mascarade qui devait l’entourer, elle avait préféré se tenir en retrait. Elle aimait à croire qu’elle n’avait pas une seule fois pensé à lui – jamais consciemment, du moins. « Normalement, j’aurais dû laisser ça pour entre le dessert et le café. » Cela signifiait que le moment était fort mal choisi pour entamer la bouteille d’eau qu’il lui avait offerte, songea-t-elle en ravalant son agacement et son appréhension. Elle n’aimait pas la nuance affectueuse de son sourire. « Mais tu m’as refusé le dessert et j’ai tendance à brûler le café… je t’ai invitée pour te remercier. C’est une chienne de vie mais je l’aime bien. Quand même. » Le resserrement pensif de ses doigts autour de la bouteille en fit craquer le plastique. Elle ne voulait vraiment pas savoir ce qu’il entendait par dessert ; ne voulait pas non plus admettre avec trop de franchise qu’elle ne pouvait légitimement recevoir ses remerciements. Elle se blâmait surtout de trouver dans ses paroles une indicible consolation ; la consolation d’apprendre qu’il aurait choisi de vivre, malgré tout, et qu’elle ne s’était pas tout à fait trompée, au fond ; qu’en somme, elle ne lui avait pas fait l’offense de s’être prise pour Dieu.

Il s’agissait néanmoins d’un réconfort auquel elle ne pouvait décemment prétendre. Son cœur se serra de honte. Elle ne l'insulterait pas en se mentant au sujet du crime qu’elle avait commis à son encontre. Sa conscience se devait après tout de rester cet enfer personnel exclusivement composé de miroirs, réfléchissant chacune des insupportables vérités qui jalonnaient son existence.

Tourmentée par de stériles remords, Katsiaryna perçut trop tard la dangereuse proximité de son hôte. « Le reste était non inclus dans le remerciement. C'est con maintenant tu vas devoir juste rêver de moi, killinger. » Il lui coupa subitement le souffle. Elle se raidit très perceptiblement, foudroyée par la caresse qu’il avait inconsidérément égarée dans ses cheveux ; foudroyée par l’apaisement absolu, comme pouvait l’être celui de la mer ou du soir, que lui avait donné son geste bien malgré elle.

Katsiaryna cilla fébrilement, interdite, et se vit à peine saisir le poignet de Matthias Petersen avec la dernière brutalité. Elle avait toujours aimé qu’on lui caresse les cheveux. C’était ainsi que sa mère la calmait, autrefois, quand le sucre ne suffisait pas. Mais elle ne comprenait décidément pas que cet homme, cet inconnu, ait pu se permettre d’avoir un tel geste – un geste aussi tendre – à son égard.

Elle resserra fermement sa prise autour de lui pour réprimer le sursaut qu’avait provoqué en elle la sonnerie du minuteur. Levant vers lui un regard polaire qui lui pâlissait les joues, elle souffla d’une voix rendue blanche par la colère : « Il ne me semble pas vous avoir permis de vous montrer aussi familier avec moi, monsieur Petersen. » La bouteille d’eau avait roulé au sol sans qu’elle ne s’en aperçoive. « Ne recommencez plus, le prévint-elle sobrement. Par ailleurs, affublez-moi encore de ce surnom improbable et je m’en vais. » Elle marqua une pause, inspira profondément. « Vous voyez ? Je n’ai nul besoin de vous intimider ou de vous casser quoi que ce soit. Si vous craignez d’outrepasser encore les limites que je nous ai fixées, je pense que nous pouvons renoncer à ce rendez-vous. » Elle le lâcha sèchement, sans prendre la peine de le repousser – elle osait espérer qu’il aurait la décence de se retrancher aussitôt derrière une distance raisonnable. « Est-ce typiquement danois, cet usage que vous faites de vos yeux et de vos mains ? » s’enquit-elle pour affiler sa contenance émoussée. Elle se pencha et tendit mécaniquement le bras pour ramasser la bouteille d’eau abandonnée au pied de la table basse, puis arrêta son regard sur le four. « J’ai faim. » remarqua-t-elle autoritairement en fronçant le nez – elle aurait tout aussi bien pu admettre que son audace l’épuisait. Il fallait en somme l’occuper tout en feignant de minimiser les dérapages qui noircissaient le charmant tableau qu’ils formaient. « Maintenant que vous êtes attaché à la promotion du Gouvernement, je suis curieuse de découvrir vos démonstrations. » Elle s’aperçut enfin que son pouls s’était précédemment emballé sous son inacceptable caresse et qu’il commençait tout juste de s’apaiser. Imbécile.



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Sam 24 Fév - 0:11

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
« Vous ne faites nullement partie des privations que je m’impose, monsieur Petersen. » Il savait reconnaître les promesses quand il les entendait. Matthias oscillait entre la certitude de plaire et celle du contraire, comme si le jugement de la soviétique était fait d’attirance et de jugement sévère - du gris en somme, au lieu de l’éternel blanc et noir inscrit dans ce pays - le pragmatisme étonnant des gens de l’Est qui avait essuyé trop de famines et tout autant de régimes surpuissants en fond mural. Tant qu’on respirait on avait le choix. Tant que le garçon était devant soi, on pouvait décider de l’embrasser ou de le tuer.
Il aurait été plus enclin à tenter une option plutôt que l’autre mais elle l’avait frappé puis sauvé aussi espérait-il, dans son fatal optimisme, un peu des deux.

Du reste, il pouvait le sentir d’ici : le bruit de son amusement, celui de son embarras aussi croyait-il. Elle avait fait son devoir en le tirant des flammes et les remerciements étaient la base et ne lui coûtait rien. Ils faisaient écho jusque dans son sang. « Vous aviez besoin de repos, pas d’une présence inutile à votre chevet. » Le sourire glissa, tellement évident dans sa facilité sucrée. « Ah, nous aurions trouvé de quoi rendre tout ça utile. Il faut avoir foi en mon imagination un peu. » Il se retint de rire, les dents en étal joyeux, la froideur de la blonde comme une pointe sarcastique à leur conversation, un peu de citron au creux de la main avant le shot de tequila. Exactement comme le cocktail, Matthias se sentait légèrement fiévreux à l’idée d’y passer sa langue et de boire l’alcool brûlant.

Mais Katsiaryna n’approuvait pas.

(Ni l’alcool. Ni sa langue.)

Il cilla lentement, la douceur de la mèche d’or entre ses doigts. Elle aurait dû dire oui. C’eut été plus simple et plus agréable, il lui aurait suffi de l’embrasser, de se fondre en elle quelque part sur un coin de la table ou sur le sol, peu importait vraiment, pourvu que les soupirs s'y mêlent. Ils étaient jeunes et auraient pu refaire leurs corps dans l’image de l’autre, la gourmandise noyée dans les sensations et les palpitations du ventre. Elle était lumineuse et pâle et tranchante comme un rasoir. Même dans la clarté artificielle des néons de la cuisine, dans le bruit de la foule qui remplissait la place sur laquelle la fenêtre donnait, il pouvait sentir le crochet intime fouiller ses entrailles pour attirer inexorablement vers ce qu’elle projetait. Elle brillait, l’air ravissant de celles qui ne savent même pas combien elles sont jolies. Il pouvait tout voir d’ici, l’ombre des cils et le reflet de nacre sur les lèvres.
Le besoin de se rapprocher presque inconséquent, les doigts ensorcelés et les paupières lourdes, Matthias déglutit, la surprise douloureuse de sentir la main sur son poignet alors qu’il avait amorcé inconsciemment un début de ce qui aurait dû devenir un baiser.  « Il ne me semble pas vous avoir permis de vous montrer aussi familier avec moi, monsieur Petersen. » L’air s’échappa dans un soupir boudeur. « Tu ne permets pas grand-chose soit dit en passant. » Avait-il murmuré avant de la laisser le détacher de son regard peu amène. Elle était devenue liquide maintenant, comme s’il n’avait jamais eu ce geste, comme si elle n’avait pas eu à le repousser encore, comme si elle n’était rien d’autre que de l’or pur blanc tombant sinueusement d’entre ses doigts.

Il eut un souffle épais coincé dans sa gorge, qu’il ravala.

« Le surnom te va bien. » Il plissa légèrement les yeux, capitulant dans un hochement de tête sérieux. Il se tiendrait tranquille dorénavant. « Tu peux m’en donner un aussi. » Il avait pensé ces mots légers, de quoi désamorcer la situation, mais la voix avait eu un relent rauque qui l’ennuya presque dans son aveu, l’odeur palpable d’incessantes convoitises saturant l'atmosphère entre eux. « Tu préfères quelque chose de plus symbolique peut-être ? Délice ? » Le sourire fondit un peu, le regard plissé dans un amusement prudent. « Destruction ? »  Il y avait l’autre D., l’évident. « On dit que Désespoir est la jumelle de Désir. » Termina-t-il sans annoncer laquelle des deux Katsia serait.

(Les deux.)

Elle le vouvoyait toujours.

Pire, elle s’était penchée pour ramasser la bouteille d’eau et il arqua un sourcil, dubitatif. Ne fais pas ça manqua-t-il de lui dire mais il était trop tard, elle avait plissé genoux déjà et il ignorait si elle avait raison, si c’était là un défaut danois de fabrication mais ses yeux se perdirent à nouveau, une moue embarrassée sur le visage. Il aurait été plus tranquille s’il avait touché mais maintenant qu’elle se refusait, l’image lui grattait l’échine.
 C’était la première fois qu’il y avait une femme dans cette cuisine avec lui : la faible lumière d’une électricité parfois défaillante filtrait la pièce d’un calque de soleil en fin de vie, attrapant au mieux la silhouette glacée. Sa jupe impossible et serrée s’était cordialement transformée en jupe impossible, fine et serrée.

Eh bien, ne lui donnons pas trop de terrain, Matthias.

Il lissa sa chemise d’un geste automatique, une des mains défiantes sur sa ceinture. Elle avait raison en soi : c’était peut-être bien danois que de ne pas savoir cacher. « J’ai faim. » Il la salua d’un geste militaire avant de lui offrir un clin d’œil. « Attends, t’es mon invitée je vais mettre des assiettes quand même. Enfin… je crois que j’en ai… » Il eut un regard méfiant, sentant la répartie cinglante vrombir des lèvres roses. « Je viens d’emménager, d’accord ? » Le résultat fut deux assiettes : une blanche et une transparente. Les couverts dépareillés eux aussi, les verres s’avéraient être le seul élément convenable de sa vaisselle et il plaça les po’boy réchauffés sur le comptoir de la cuisine américaine, les hauts sièges plus accueillants finalement que le moelleux du sofa, trop propice à la vision langoureuse des jambes de la milicienne selon Matthias. Si terriblement frustrante. Il percevait presque une pointe de moquerie dans le noir des cils, comme si elle l’entendait quand même, lui et son désir, aussi lui renvoya-t-il un même sourire en retroussant les manches de sa chemise sur ses avant-bras.

« Maintenant que vous êtes attaché à la promotion du Gouvernement, je suis curieuse de découvrir vos démonstrations. » Il aurait pu lui dire encore des bêtises en la voyant prendre place, la question si professionnelle au bout des lèvres ; des bêtises à propos de propagande et de murs trempés de rouge sur des esprits devenus depuis longtemps insomniaques, et surtout sur les nombreuses façons de tâcher la jupe qu’elle portait ou de la foutre en l’air, c’était selon. Au lieu de ça, il s’installa à son tour, juste en face. L’étroitesse du comptoir rendait inévitable les frôlements sous le bois et il y eut une lueur de défi souterrain. Surement, il n’y avait là pas matière à scandale. Matthias garda ses longues jambes sages, sentant juste la présence de celle de Katsiaryna à quelques centimètres.

(Ça ne voulait rien dire tout ça, le fait qu’il l’imaginait parfaitement demain matin dans son lit, la lumière du soleil dans ses cheveux, aussi tranchante qu’une lame sur sa gorge.)

(Il se contentera d’en rêver dans une lueur vacillante en milles nuances d’or pâle.)

« Mon nouveau boss est… fêlé. » Il aurait dû dire excentrique mais le filtre fonctionnait mal. « Ça parait étrange mais j’aime bien l’idée de vendre des choses, n’importe quoi vraiment. Juste le fait de proposer quelque chose et de chercher comment ça pourrait rendre les choses mieux, tu vois ? Quand j’étais chez moi, je veux dire en Oregon et que le monde n’avait pas décidé de rester coincé sur les prévisions mayas, j’avais un petit job dans les chocolats. Du porte à porte… hey je sais tu vas dire qu’est-ce que c’est que ce job, mais c’était super populaire et tout le monde aime les chocolats, n’est-ce pas ? En fait, j’ai fait ça un mois. Je vendais très bien attention, j’étais même surpris, mais si j’avais faim hop j’en gobais un ou deux ou la boite et c’était pas très rentable au final. » Le sandwich plein d’épices éclata en milles saveurs sur ses papilles et il se rendit compte qu’il avait eu faim lui aussi. « Je suppose, » fit-il en leur servant de l’eau, gardant précieusement cachées ses bières qu’elle aurait été capable de jeter une par une dans l’évier. « Que tu faisais autre chose aussi avant tout ça. T’es russe au fait ? Y’en a pas mal qui ont survécus il parait, mais y’a pas mal de danois aussi. » Il lui offrit un petit sourire. « Le secret c’est que les suédois étant nos voisins, on savait déjà ce que c’était que l’apocalypse. Un jour, je te parlerais du surströmming et de comment c’est ça qui a provoqué tous ces dérèglements climatiques en vrai. On nous cache tout, on nous dit rien. » Plaisanta-t-il avant de se lever pour prendre des serviettes supplémentaires. Une fois réinstallé, il reprit la conversation, une tension subtile dans le corps, le genou frôlant à peine celui de la jeune femme. « Mais assez parlé de moi. Katsiaryna aka Killinger. » Matthias écarta ses pieds d’une possible vengeance souterraine, le large sourire chafouin en guise de provocation. « Milicienne pour une raison inconnue. Allez, on va dire pour… » Il chercha à deviner avant de taper légèrement sur la table. « Pour … » Il fronça les sourcils, presque étonné, la contemplation du visage fermé devant lui comme un tableau de la Renaissance italienne. « La protection des gens. Non ? » Il eut un sourire circonspect, sûr de lui en cet instant. Savait-elle seulement qu’elle serait alors l’une des rares avec cette optique ? Alistair avait le cœur sur la main aussi, le désir de réellement faire son travail. Deux sur l’immensité d’une caste absolument honnie par le reste de la population.

Matthias reposa son sandwich. « Tu m’as sauvé et t’as l’air de prendre au sérieux ton job. » Il s’arrêta là, laissant en suspens le reste, ce qui offenserait : la vérité. Pour la population globale, la milice était gangrenée, il y avait plus de chemises noires et grises fricotant avec la mafia locale et se croyant tout permis que des éléments aussi consciencieux que la slave devant lui. Tout du moins le pensait-il.
Peut-être cachait-elle bien son jeu ?

Il y eut un déficit dans l’air ambiant qu’il essuya en tamponnant sa serviette sur ses lèvres. Une idée rampante qu’il déplaça silencieusement dans son esprit pour lundi matin au bureau. Le son de sa voix entre les murs lui semblait plus tangible que ses propres sentiments en cet instant. « J’ai failli refuser, tu sais. Bosser pour ce secteur, c’est un peu surréaliste. J’ai jamais fait de grandes études, j’ai pas fait l’armée, pas plus de diplômes que de grades. » Il avait fait l’arène cela dit, des morts en guise de médailles et du sang en guise de drapeaux étoilés.  « Mais on m’a toujours dit qu’on pouvait toujours tout faire, absolument tout, tant que l’univers le voulait bien. » Et l’univers avait voulu qu’il vive. Alors c’était ce qu’il ferait lui expliqua-t-il sobrement, terminant les dernières crevettes de son repas. Il pouvait profiter d’un nouveau monde construit à l’image de la jolie blonde, vif et déterminé, terriblement tentant dans sa clarté crépusculaire.

Il pouvait même prendre l’habit d’un métier qu’il ne connaissait absolument pas.

Il aurait pu ajouter que l’avenir lui ressemblait et qu’elle brillait.

Elle brillait.

( Ça, il n’en dit rien.)




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Sam 3 Mar - 19:50


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

Son imagination était précisément ce qu’elle combattait à cet instant, lui signifia-t-elle d’un froncement de sourcils. Il semblait avoir une capacité particulière à réécrire, réagencer toutes les données qui gravitaient autour de lui, et aurait sans doute pu trouver le spectre d’un assentiment dans le refus d’un regard sévère et d’une bouche froidement pincée. Mais il était étrangement difficile de l’en blâmer, lorsqu’il avait lui-même les lèvres et les yeux bordés d’une euphorie presque innocente, et que sa joie mourait très sensiblement dans l’étau qu’elle resserrait inflexiblement autour de son poignet. Pourquoi lui donnait-il à ce point l’impression de commettre un crime, de lui infliger un supplice de la dernière cruauté – d’administrer une claque sèche sur le museau d’un chiot ? Elle perçut entre eux, aussi douloureusement qu’elle n’aurait senti un point dans les côtes, tout le poids, tout le mort espoir d’un baiser avorté, ravalé péniblement, succombant au fond d’une gorge qu’elle aurait sans doute trouvée séduisante en d’autres circonstances. Sans un mot, elle laissa peser sur elle le désappointement qu’il avait au fond des yeux, le désir qui, tout autour de lui, contre elle, se matérialisait presque en un manteau enveloppant mur écrasant. « Tu ne permets pas grand-chose soit dit en passant. » Son murmure, une fois encore, lui recouvrit la peau comme une caresse. Il se trompait, songea-t-elle tandis que sa bouche se plissait de perplexité. De toute évidence, elle lui permettait déjà beaucoup trop. « Le surnom te va bien. » Beaucoup, beaucoup trop. « Ne soyez pas ridicule. » souffla-t-elle en essayant d’effacer l’impression de son poignet contre la paume de sa main. « Tu peux m’en donner un aussi. » Ne venait-il pourtant pas de consentir à se tenir tranquille dans une sage inclinaison de la tête ? « Ce serait de très mauvais goût. » Il lui fallait se lever, à présent ; mais tout se passait comme si la suave rocaille de sa voix lui coulait un plomb invincible dans les bras et dans les jambes. « Tu préfères quelque chose de plus symbolique peut-être ? Délice ? » Elle ne s’entendit pas lui demander d’arrêter. « Destruction ? » Elle ne s’entendit pas lui dire qu’il risquait de ne plus l’appeler du tout. « On dit que Désespoir est la jumelle de Désir. » Ses yeux, glacés, parcoururent la chemise rouge qu’il lissait d’un geste lourd de désirs – à peine – contenus. La légèreté qu’il affecta pour finir forçait assurément l’admiration. Elle quitta le fauteuil en se félicitant de ne pas réagi à ses taquineries.

Comme il cherchait des assiettes dans ses placards, elle s’abstint de lui faire remarquer que le Gouvernement, si prévenant, avait très certainement pourvu au moindre de ses besoins domestiques. « Je viens d’emménager, d’accord ? » Elle se contenta de ciller lourdement et vint prendre place sur l’un des hauts tabourets qui bordaient le comptoir, en tâchant de ne pas s’émouvoir de la proximité que cela occasionnerait fatalement. Elle combattit avec une froide sévérité la pénétration provocatrice de son regard tandis que la chaleur de ses jambes lui parvenait à travers la toile de son pantalon. « Merci. » murmura-t-elle en considérant les assiettes et les couverts dépareillés qu’il venait de disposer entre eux. La disharmonie était touchante et aurait probablement dû la faire sourire intérieurement ; mais elle soupçonna une attention ironique et cruelle de la part de ceux qui s’étaient chargés d’aménager l’appartement : une personnalisation subtile, savamment contrefaite, qui rappelait discrètement le caractère brouillon de son hôte. Balayant résolument ces considérations d’un battement de cils, elle referma précautionneusement les mains sur son po’ boy, souffla dessus et y croqua généreusement. La garniture était si copieuse qu’elle ne parvint pas à s’y attaquer proprement – mais enfin, elle n’avait pas accepté l’invitation du vainqueur pour se montrer gracieuse et délicate, n’est-ce pas. « C’est très bon, déclara-t-elle après s’être essuyé la bouche une première fois. Je n’avais encore jamais mangé de sandwich aux fruits de mer. » La chair ferme des crevettes avait agréablement cédé sous sa dent, encore enrobée de chapelure croustillante et subtilement attendrie par une sauce épicée qu’elle ne connaissait pas.

En apparence absorbée par son repas, Katsiaryna n’en écouta pas moins son hôte attentivement, guettant le moindre signe d’une détresse relative au nouvel enfer doré que le Gouvernement avait tout spécialement construit pour lui. Nulle trace, pourtant, du découragement ou du dégoût qu’un tel travail aurait légitimement pu lui inspirer. Il conversait avec une inébranlable aménité, témoignant, non sans modestie, d’une résilience solidement fondée sur un humour à toute épreuve. Elle se demanda, pendant un court instant, à quel point les jeux sanguinaires l’avaient affecté. Les crocs souillés d’une viscosité carmin lui revinrent à l’esprit. Puis à nouveau, il n’y eut plus que lui, ses sourires et ses âneries. Son anecdote sur la vente de chocolats à domicile la prit au dépourvu, tant elle le visualisa, insouciamment penaud, comme aurait pu l’être un enfant, après avoir constaté ses insuffisances face à une boîte de friandises qu’il venait irrésistiblement d’alléger. Par bonheur, l’imposant sandwich qu’elle avait à peine entamé lui permit de dérober à sa vue le pli d’un sourire timidement naissant ; et de l’ignorer elle-même. Sa mère lui avait pourtant déjà dit que le moindre de ses sourires lui montait immanquablement aux yeux et qu’il lui fallait par conséquent les détourner pour se cacher tout à fait. « Vous vendiez très bien ? répéta-t-elle bientôt avec une moue dubitative. M’est avis qu’en réalité, vous deviez tout à votre minois et qu’il vous aurait en fin de compte permis de vendre n’importe quoi. » Sans doute aurait-elle dû ajouter aussitôt qu’elle ne remettait nullement en question ses compétences de vendeur ; mais soit qu’elle crût lui voir un plissement d’yeux goguenard, soit qu’elle se méfiât par l’habitude qu’elle commençait à avoir de lui, elle n’en fit rien et préféra s’attarder sur un tout autre détail : « Ne vous méprenez pas, je n’ai pas dit que je vous trouvais beau. » À peine eut-elle achevé sa phrase qu’elle se sentit étrangement gênée. Pourquoi Diable avait-elle le sentiment de ne pas être parfaitement honnête ? En vérité, elle se souciait généralement fort peu de savoir à quel point les individus impliqués dans ses missions pouvaient être séduisants. Là n’était pas la question ; là n’avait jamais été la question ; mais lui s’arrangeait obstinément pour que cela finisse par l’être. Contrariée, elle l’observa en silence et s’aperçut tout à coup, non sans une désagréable surprise, que son propre regard était curieusement en train de s’ajuster. Nul n’aurait pu le contredire là-dessus : il était – un peu trop – bien dessiné. Cela aurait dû lui sauter à la figure dès la première seconde ; et peut-être avait-ce été le cas – peut-être s’en était-elle inconsciemment défendue. Elle poursuivit après avoir inspiré profondément pour ménager sa contenance : « Seulement que vous semblez sortir d’une affiche de publicité et que vous deviez inespérément arracher les ménagères à leur quotidien ennuyeux. » Voilà. C’était exactement ce qu’elle avait voulu dire, se convainquit-elle en mordant résolument dans son sandwich.

Néanmoins, l’évocation des survivants slaves lui ôta brutalement l’appétit. « Biélorusse. » rectifia-t-elle mécaniquement à sa question, avant de se murer dans un long silence pour songer aux siens avec une étrange douleur, où une solitude inféconde disputait la préséance à l’amertume. Elle crut sentir la morsure du regard impavide de son frère – toujours vivant, elle en était absolument persuadée, mais qu’elle traitait rageusement en indésirable dans son esprit et dans son cœur, comme pour se réchauffer à la flamme de ses propres déceptions.

Le plus terrible fut pourtant que Matthias Petersen, sans crier gare, parvint efficacement à la distraire de ses idées noires. « Le secret c’est que les Suédois étant nos voisins, on savait déjà ce que c’était que l’apocalypse. Un jour, je te parlerai du surströmming et de comment c’est ça qui a provoqué tous ces dérèglements climatiques en vrai. On nous cache tout, on nous dit rien. » Katsiaryna dut ciller à plusieurs reprises parce qu’un faible rire, réprimé in extremis, venait de lui chatouiller le nez. Par bonheur, son hôte s’était levé, aussi put-elle se détourner un bref instant sans attirer son attention. Quel imbécile, vraiment. Combien de fois l’avait-elle appelé ainsi intérieurement, depuis qu’elle l’avait rejoint devant le Masquerade ? Elle fut si occupée à endiguer la perturbation émotionnelle qui venait de l’agiter qu’elle ne s’offusqua ni du frôlement de leurs jambes, ni du surnom improbable, une fois encore échappé de ses lèvres sans même qu’elle ne le remarque. Ce fut son sourire éclatant de bravade qui l’alerta. Elle fronça les sourcils, se rejoua son propos une deuxième fois et s’aperçut, en voulant lui donner un coup sous la table, que son tibia n’était malheureusement plus à portée immédiate de son pied. Je vais m’en aller, s’apprêtait-elle à dire alors qu’elle buvait une gorgée d’eau pour se rincer la bouche ; déjà, son regard se tournait vers la porte d’entrée, déjà, elle en oubliait jusqu’à l’envie de l’interroger sur le dessert au nom imprononçable et le surströmming ; mais voilà, il se mit inopportunément à conjecturer sur les raisons qui l’avaient poussée à rejoindre la Milice, et elle se sentit tout à coup du coton dans les jambes. « La protection des gens. Non ? » Quelle cruauté, songea-t-elle en ayant toutes les peines du monde à ravaler le ricanement amer que lui avait inspiré la candeur de son hypothèse. « La protection de l’ordre. » corrigea-t-elle froidement. Et la nuance voulait tout dire. Aujourd’hui, la protection de la population ne représentait plus qu’un idéal tragiquement niais auquel il était impossible d’aspirer sans se briser les dents, à plus forte raison pour les chemises noires, enlaidies jusqu’à la monstruosité par une propagande macabre qui pouvait se situer au-delà comme en-deçà de la vérité. « J’ai l’impression que vous m’idéalisez un peu, monsieur Petersen. » lui fit-elle remarquer d’une voix bien plus tranquille que ne l’était son esprit. Au fond, elle croyait réellement n’avoir jamais eu la naïveté ni la prétention de se croire une justicière. Sans doute avait-elle un jour aspiré à protéger son propre peuple ; à le protéger de lui-même, essentiellement. Mais elle avait depuis longtemps compris – depuis le jour où sa matraque s’était abattue pour la première fois sur des manifestants pacifiques ou qu’elle avait arraché ses premiers ongles, dents et paupières, elle ne savait plus – ; elle avait depuis longtemps compris, oui, qu’elle avait par là même fait preuve d’un impardonnable orgueil et qu’elle avait trop rapidement oublié que ses victimes, tout opposants qu’elles soient, n’en restaient pas moins, le plus souvent, les enfants d’une mère ou les parents d’un enfant, qui aspiraient à leur façon, pour eux, à un monde un peu moins hostile.

Sa mère n’était plus là pour lui flanquer une magistrale correction, et elle le regrettait sincèrement.

« Tu m’as sauvé et t’as l’air de prendre au sérieux ton job. » Katsiaryna ne voulut faire aucun commentaire, préférant s’abîmer dans un silence pudique, honteux peut-être, face à une vérité qu’elle estimait ne pas être la sienne. Elle repoussa lentement son assiette pour signifier qu’elle n’avait plus faim du tout. Son expression n’avait pas varié. « J’ai failli refuser, tu sais. Bosser pour ce secteur, c’est un peu surréaliste. J’ai jamais fait de grandes études, j’ai pas fait l’armée, pas plus de diplômes que de grades. » Rien de tout cela n’était nécessaire, sans doute. La configuration actuelle de la société, tout en creusant davantage le fossé qui séparait les plus démunis des nantis, avait dans une certaine mesure redistribué les cartes, offert de curieuses opportunités à quiconque s’était montré disposé à les saisir. « Mais on m’a toujours dit qu’on pouvait toujours tout faire, absolument tout, tant que l’univers le voulait bien. » Sa mère, très certainement ? Elle n’eut pas le courage moral de le lui demander, craignant – comme un animal peut craindre le feu – que la conversation ne les pousse à évoquer la sienne.

Elle l’observa fixement comme il remettait humblement son sort entre les mains de l’univers. Peut-être était-ce le plus important, finalement. Vivre, malgré tout, dans un monde où il ne faisait pas bon vivre. Elle n’osa pas y songer, cependant, de peur que cela ne revienne à se dédouaner, ne serait-ce qu’un peu, de tout ce qu’il avait dû subir à cause de sa propre négligence.

Elle rapatria finalement son assiette vers elle et s’attaqua de nouveau à son sandwich.

« Il me faudra quelquefois veiller sur vous dans le cadre de votre nouvelle fonction. » déclara-t-elle pour finir. Garder un œil sur vous était plus exact, mais il n’avait nul besoin de le savoir. « La population vous apprécie beaucoup, monsieur Petersen, mais vous risquez de vous faire de nouveaux ennemis très rapidement en assurant la promotion du Gouvernement. » La Résistance persistait à s’agiter dans le but de fragiliser les fondations de la dictature et l’on ne pouvait pas compter sur ses représentants pour se montrer raisonnables. « Je préfère vous le préciser, cependant, même si vous avez eu tout le loisir de vous en apercevoir jusqu’à maintenant : ma vie privée et ma vie professionnelle, contrairement à ce que vous semblez croire, sont rigoureusement circonscrites et je ne les mélangerai sous aucun prétexte. » Elle récupéra une crevette tombée dans son assiette et la croqua tranquillement. « Bien sûr, il est inutile de vouloir solliciter un autre de mes collègues afin qu’il assume ce travail à ma place et me laisse toute latitude pour satisfaire votre… curiosité personnelle. Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. » Elle fronça pensivement les sourcils en le regardant. « Vous avez des habitudes, sans doute ? Peut-être courez-vous le matin ? Vous ne semblez pas du genre à vous lever tôt… À supposer que vous dormiez bien, évidemment. » Elle s’aperçut après coup qu’il s’agissait d’une façon terriblement maladroite de compatir avec lui pour le prétendu accident du travail dont il avait fort à propos été victime.



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Dim 11 Mar - 0:58

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
La moue sur les lèvres, toute fardée de perplexité, était terriblement accablante. Matthias courba son sourire devant le rythme incandescent des reproches et des mises en silence de sa partenaire. « Ce serait de très mauvais goût. » Il aurait voulu lui chuchoter - lèvres contre lèvres - que le mauvais gout avait parfois du bon mais il savait parfaitement quand la ligne rouge suintait le souffre et se mettait à clignoter de se voir piétiner si joyeusement, aussi se contenta-t-il d'arquer ses sourcils dans une malice infinie certes, mais respectueuse en quelque sorte.

Elle avait la plus jolie bouderie qui soit, le rose se froussant en un arc mécontent.

La provocation fut plus simple à manipuler, le repas chargé d’électricité latente. Il avait toujours aimé bavarder, le contact clair et les échanges aisés, partager des détails qui semblaient insignifiants mais qui finalement étaient témoins d’un appétit de vivre plus grand que sa propre personne. Il était naturellement jovial, affable – oui, affable, c’était l’un des mots récurrents sous les lumières des spotlights de New York. Le souvenir jeta un voile obscur un bref instant sur l’écran de son regard, l’aveuglant presque avant qu’il ne le chasse d’un simple clignement.

C’était stupide quelque part aussi, mais la voir manger devant lui, la bouche vorace et les joues rondes, la rendait humaine enfin - l’obscurité froide de l’attitude glacée au premier abord se réchauffant subitement sous l’action primale. Il restait perplexe cependant face à cette pudeur butée, au « non » clairement inscrit dans l’iris saphir et dans la posture des épaules.
La moue revint pourtant et il cilla, s’efforçant de ne pas la fixer, de ne pas céder aux tambours qui résonnaient quelque part entre le cœur et les oreilles devant le froncement adorable. Nul doute qu’elle l’aurait très mal vécu s’il lui avait avoué qu’il trouvait ça mignon.  « Vous vendiez très bien ? M’est avis qu’en réalité, vous deviez tout à votre minois et qu’il vous aurait en fin de compte permis de vendre n’importe quoi. » Le sourire se creusa, taquin. Ainsi n’était-il pas seul à entendre les cylindres persistants. Il ouvrit la bouche, prêt à sortir une sucrerie mais elle le coupa sévèrement. « Ne vous méprenez pas, je n’ai pas dit que je vous trouvais beau. » L’hilarité se figea sous un rayonnement éclair. Il fronça les sourcils en secouant la tête, bon joueur. « Oh bien sûr que non. Et une fois hors de mon uniforme je perds environ 45% de mon sex-appeal, je le prends pas mal. Faudrait que j’enlève les fringues que j’ai sur le dos pour les récupérer lesdits pourcents. » Il réprima le rire cette fois pour de bon, l’ivoire raclant la lèvre inférieure avant de reprendre un air soi-disant aussi sévère que la jeune femme devant lui. « Mais il a été stipulé très clairement que tout le monde garderait ses vêtements aujourd’hui. Donc. » Il leva les mains, le hold-up du désir enregistré, ravalant goulûment le soupir à fendre les pierres qu’il lui aurait volontiers offert s’il n’avait pas déjà senti les poignards dans les yeux lui érafler la peau de part et d’autre.

Ils reprirent, l’incident heureux rendant encore plus volubile le danois. C’était peut-être pour ça qu’il revint avec autant de désinvolture sur le sujet bien plus sérieux de leurs conditions. Katsyarina lui sembla se murer dans un silence obstiné, l’allure féline dépitée. Ses parents lui avaient toujours inculqué que ceux qui observaient étaient ceux dont il fallait le plus se méfier mais en ces temps nouveaux, le scepticisme était monnaie courante, presque obligatoire dans la besace de chacun, tant et si bien, que par bravade, il la jetait aux orties.
« Il me faudra quelquefois veiller sur vous dans le cadre de votre nouvelle fonction. »  Il avait l’esprit tourné vers un quelconque dessert possible. A toute autre, il aurait proposé un bourbon, quelque chose d’un peu âcre et d’agréable sur la langue mais la biélorusse était imperturbable, statue d’or sur sa haute chaise. « C’est comme ça qu’on dit maintenant ? Veiller sur vous ? » Il dodelina légèrement de la tête. Il s’en était douté que le gouvernement reprendrait ses vilaines habitudes à son égard, après tout il comprenait. Il avait eu la vie sauve et ça se payait toujours d’une manière ou d’une autre, en tout cas c'était ce à quoi on l'avait habitué. Comme toujours. « La population vous apprécie beaucoup, monsieur Petersen, mais vous risquez de vous faire de nouveaux ennemis très rapidement en assurant la promotion du Gouvernement. » Un soupir vibra silencieusement. « Surement oui, mais c’est un peu comme les vagues ça. Ça va, ça vient. Puis c’est toujours sain d’avoir un ou deux ou dix ennemis, non ? Sinon ça veut dire qu’on est comme une feuille de riz et qu’on voit à travers. Je vise au minimum le fait d’être une tortilla même si ça ne va pas avec ma nationalité… » Il pencha son visage, la recherche analogique presque visible derrière l’azur des yeux. « Toi tu serais un blini. » Le sourire revint. « Pardon, j’ai encore faim, ça me fait divaguer. Donc ouais, tu vas souvent venir me voir. Comme tu peux le constater, je suis pas en train de me plaindre ou d’appeler la société des GPS pour que tu puisses me perdre. Tu sais où j’habite, tu passes quand tu veux. » Le haussement d’épaule se voulu léger, presque inconséquent tandis qu’il débarrassa la table. Il ne comprenait pas l’idée même de changer d’agent qu'elle lui refusait d'avance. « Je doute d'en obtenir une aussi jolie. Mmmh donc, tu veux mon emploi du temps ? » Il fronça les sourcils et secoua la tête. « Je bouge beaucoup, killinger. Je dis pas ça pour te contrarier en l’occurrence, c’est juste que ce n’est pas quelque chose dont j’ai moi-même souvent conscience. Je vais ici et là, chez un pote, ou boire un verre… mais oui parfois je cours le matin ou le soir, ça dépend. » Des cauchemars, des suées froides. Il reprit.« Tu trouves que j’ai une tête à me lever tard ? » L’amusement revint. « Je croyais que tout le monde aimait paresser au lit. Ne me dis pas que toi tu n’aimes pas ça, je ne te croirais pas. » Le point final comme une allure de provocation exquise. Moi je pourrais te faire rester au lit.

Il sortit des tasses avant de regarder, perplexe, la machine à café. Neuve bien entendu. Dans son ancien appartement, il avait une cafetière italienne, l’utilisation relativement simple et le gout du café cramé immanquable mais voilà qu’on lui avait fourni un bout d’antique technologie. De quoi faire pâlir certains buildings. « Ça va, je dors correct. » Mentit-il dans un marmonnement rapide. « Euh, finalement peut-être un thé, non ? » Glamour la tisane pour un rencard – si, cela en était un à ses yeux. Il fronça son nez avant de chercher une des boites dans un des placards. « J’ai foutu ça où… attends… de la verveine. Parait que ça détend et que c’est onirique ou quelque chose dans ce genre. Tu veux ? » Il agita la boite avant d’aller mettre de l’eau à chauffer. « Ça te rappellera les samoussas de chez toi comme ça. » Samovar mais peu importait, Matthias était déjà revenu s’installer face à la milicienne. « Tu as des habitudes, toi ? C’est peut-être plus simple si c’est moi qui te préserve, non ? Attention, j’adore l’idée de me faire dorloter, je dis pas que, mais si c’est uniquement pour savoir si le feu m’a traumatisé ou si je tousse encore un peu du charbon, il me semble que le docteur est un peu plus apte à tout ça. » Quant à sa loyauté, elle n’était à personne en particulier mais il avait prouvé maintes fois déjà qu’il ne serait jamais un réel adversaire d’un gouvernement tout puissant. Il avait trop vu la machinerie infernale qu’elle pouvait déployer quand elle le désirait et après tout, à des temps extrêmes, des mesures équivalentes. C’était le discours de tout un chacun, n’est-ce pas ? Du noyau de la Résistance jusqu’au sommet de l’Etat Providence, la même rengaine vieille comme le monde. « Au final, moi je n’ai plus vraiment souvenir de rien, alors que toi tu as dû affronter un incendie et me tirer de là. De nous deux, celle sur qui on doit veiller présentement, je dirai que c’est plutôt toi. » Il cilla tranquillement, l’eau prête dorénavant. « Des cauchemars ? » Il eut un léger mouvement des lèvres comme un rictus avorté, avant d’aller préparer le thé aérien.
« Et voilà, si tu fermes les yeux ce sera comme du champagne. » Il leva un regard vers elle. « Viens, on retourne sur le canapé, on sera plus confortable. » Il aurait dû ne pas être content de cette surveillance imposée alors que la Nouvelle-Orléans lui avait promis une nouvelle vie.

La mèche châtain se souleva sous le mouvement rapide esquissée avant qu’il ne dépose le thé sur la table improvisée, l’invitant dans un sourire à la rejoindre.

(Peut-être qu’il ne l’était pas.)




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Féminin
↳ Nombre de messages : 1432
↳ Points : 755
↳ Arrivé depuis le : 05/06/2017
↳ Age : 27
↳ Avatar : Ginta Lapina. ♥
↳ Age du Personnage : 32 ans.
↳ Métier : Shadowhunter.
↳ Opinion Politique : Pro-gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un sérum de vérité. Plus des gouttes sont consommées, plus la personne en face se montrera loquace. L'effet dure quelques minutes à chaque prise.
↳ Playlist : Morcheeba - Shoulder Holster ; The Gathering - Shortest Day ; David McCallum - The Edge ; Elysian Fields - Fright Night ; Tool - Schism ; Soundgarden - Fell On Black Days ; Pink Floyd - Hey You ; Portishead -
Numb ; The Exies - Creeper Kamikaze ; Silversun Pickups - Sort Of ; Metallica - Until It Sleeps ;
↳ Citation : « Le courage consiste à donner raison aux choses quand nous ne pouvons les changer. »
↳ Multicomptes : Non. ♥
↳ Couleur RP : #778899



les petits papiers
↳ Copyright: faust (avatar), ASTRA (signature), EYLIKA, MISH.MISH, little liars (icônes) et We heart it.
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Sam 31 Mar - 17:45


« I'm not calling you a ghost, just stop haunting me. »

Matthias & Katsiaryna
featuring

Son copieux sandwich, fort heureusement, la distrayait un tant soit peu des inébranlables sourires qu’il lui adressait, de l’arc joyeux et bien trop expressif de ses sourcils, de l’insistance têtue de ses regards. Elle n’éprouvait étonnamment aucun embarras à partager un repas avec lui, à mille lieues des sentiments de pudeur qui pouvaient quelquefois contrarier le caractère essentiel de l’alimentation. Sans soupçonner le cheminement atterrant de ses pensées, elle avait même la naïveté de croire inconsciemment que cet instant on-ne-peut-plus prosaïque la désacraliserait aux yeux trop gourmands de son désir. C’était stupide. Elle ne s’apercevait pas que l’inverse ne se produisait pas non plus, en dépit du nombre de bêtises qu’il proférait. Voilà qu’il parlait de sa nudité comme d'un loisir. « Je vous trouve bien sûr de vous. » murmura-t-elle en tâchant de ne pas s’effrayer de sa propre mauvaise foi ; en s’efforçant de refouler ses paroles débridées avant que son imagination ne les matérialise dans l’étroitesse opiniâtrement raisonnable de son esprit. La sévérité qu’il feignit alors, comme par mimétisme, comme par moquerie, lui fit davantage froncer les sourcils : « Aujourd’hui et tous les autres jours, rectifia-t-elle sèchement. Ne vous mettez pas au défi de changer les choses, monsieur Petersen, bien malheureusement pour vous je crois commencer à vous connaître. » Sans doute sourirait-il à nouveau, songea-t-elle avec agacement. Elle termina son sandwich dans un geste impatient, consciente de ne plus être assez hermétique à ses provocations. « C’est comme ça qu’on dit maintenant ? Veiller sur vous ? » Elle lui adressa un regard de reproche, comme pour le prier de ne pas rendre les choses plus compliquées et gênantes qu’elles ne l’étaient déjà. Plus elle l’observait, plus elle lui trouvait une façon très embarrassante de montrer, derrière la façade de ses invincibles sourires, qu’il n’était pas dupe en vérité ; pire, qu’il considérait la sordide réalité avec un recul tout philosophe et qu’il avait presque trouvé le moyen de s’en accommoder, dans un simple haussement des épaules, dans un léger dodelinement de la tête.

Il était pénible – et honteux – de pressentir qu’elle n’avait au fond nul besoin de lui mentir.

La perspective de se faire de nouveaux ennemis ne semblait pas le tourmenter outre-mesure, du reste. Katsiaryna dut ciller à plusieurs reprises pour ajuster ses propres représentations à celle, bien plus insouciante, que l’ancien pompier lui renvoyait candidement. Sans le quitter des yeux, elle but pensivement une gorgée d’eau. « … Je ne comprends pas vos métaphores culinaires. » finit-elle par admettre avec dépit – et celui-ci fut moins tourné vers lui que vers elle et son incapacité à les interpréter. « Vous venez de me dire que j’étais une crêpe. » constata-t-elle dans un battement de paupières incrédule. Devait-elle lui jeter son assiette à la figure ? Elle continua de l’observer, perplexe, tandis qu’il bavardait. « Souvent n’est pas le terme que j’aurais employé, monsieur Petersen. J’ai d’autres missions, qu’il ne m’est pas possible de négliger pour... » Vos beaux yeux ? « Qu’il ne m’est pas possible de négliger. » conclut-elle en se renfrognant. Du moins espérait-elle qu’elle ne serait pas écartée pour être affectée exclusivement à la surveillance de l’ancien pompier et s’assurer qu’il ne devienne pas – plus – un problème. Lui-même minimisait beaucoup les enjeux de sa présence cependant et s’adressait à elle comme à une amie de longue date ou à une potentielle colocataire dans le besoin. Elle souffla sévèrement par le nez : « Pourriez-vous arrêter de tourner les choses aussi familièrement ? Tout cela est très sérieux. » Elle se redressa dans un claquement de langue pour l’aider à débarrasser la table, balayant d’un battement de cils le compliment qu’il venait de lui adresser – elle n’était pas ici pour lui plaire ; ni pour plaire à qui que ce soit, d’ailleurs, se répéta-t-elle obstinément. L’entrechoc des assiettes, comme une intervention de la Providence, couvrit le surnom criminel qui lui avait de nouveau échappé. « En dépit des apparences, je n'ai pas l’intention de m’imposer dans votre quotidien ou de vous courir après, expliqua-t-elle en s’appuyant sur le bord de l’évier. Mais, sans vouloir être alarmiste, vous constituerez une cible facile pour quiconque aura pris note de vos petites habitudes. Vous n’avez pas idée du nombre de personnes qui se font agresser ou enlever pendant leur footing ou leurs trajets routiniers. » En vérité, elle avait dans un premier temps ouvert la bouche pour lui demander : « Un pote ? Quel pote ? » Mais s’était abstenue in extremis, considérant qu’il ne s’agissait pas de lui donner l’impression d’avoir affaire au KGB – ah.

Il persistait néanmoins à lui opposer un front léger, comme si les préoccupations l’avaient tout à fait déserté. « Je croyais que tout le monde aimait paresser au lit. Ne me dis pas que toi tu n’aimes pas ça, je ne te croirais pas. » Pourquoi diable ses pensées étaient-elles aussi audibles que ses mots ? Elle se renfrogna de nouveau, songeant à lui dire qu’elle n’avait jamais appris à paresser et que cela lui convenait parfaitement ; mais il aurait aussitôt proposé de lui montrer toute l’étendue de sa pédagogie, n’est-ce pas ? « J’aime les longs silences matinaux et la fraîcheur de leurs odeurs, répondit-elle sans laisser la moindre place à ses sous-entendus, assez pour m’extirper du lit chaque jour aux alentours de cinq heures. » À condition qu’une mission ne l’ait pas tenue éveillée toute la nuit, omit-elle de préciser. « Tout compte fait, je ne suis pas certaine de vouloir gâcher ces moments de relative sérénité avec vos babillages incessants. Le silence vous effraie-t-il, monsieur Petersen ? » Son marmonnement n’eut rien de convaincant, mais elle n’eut pas l’indélicatesse d’insister. Elle-même aurait trouvé suspect qu’il parvienne à dormir après tout ce qu’il avait dû traverser, et si l’amnésie lui en épargnait salutairement des souvenirs conscients, le corps, lui, devait assurément en conserver une sourde mémoire. « De la verveine, ce sera très bien. » murmura-t-elle en secouant légèrement la tête, la fixité de son regard trahissant à nouveau l’incompréhension à laquelle la réduisaient ses étranges références culinaires.

« Tu as des habitudes, toi ? C’est peut-être plus simple si c’est moi qui te préserve, non ? Attention, j’adore l’idée de me faire dorloter, je dis pas que, mais si c’est uniquement pour savoir si le feu m’a traumatisé ou si je tousse encore un peu du charbon, il me semble que le docteur est un peu plus apte à tout ça. » Rude. C’était précisément ce qu’elle aurait dû dire à son supérieur ; mais celui-ci lui aurait alors sans doute objecté ce qu’elle savait déjà : Matthias Petersen, armé de ses infatigables sourires, passait entre les mailles des formalités médicales avec une étrange dextérité. Une autre approche semblait nécessaire ; néanmoins elle n’était toujours pas certaine d’être la candidate idéale pour ce genre de « mission » et plus la soirée avançait, plus elle se convainquait de l’absurdité de la situation : elle n’avait de toute évidence rien à faire là. Elle dut se mordre l’intérieur de la joue pour endurer la sollicitude offensante de l’ancien vainqueur sans rien montrer de sa contrariété. Des cauchemars. Ne les avait-elle pas évoqués dans un transport de colère peu avant qu’il ne soit enfermé dans les laboratoires du Gouvernement ? « Ne soyez pas ridicule. » répéta-t-elle en cillant lourdement. « Et n’essayez pas de détourner l’attention de vous. » Elle consentit à le rejoindre dans le séjour et se réinstalla posément là où elle se trouvait auparavant, refermant prudemment les mains autour de sa tasse pour souffler doucement dessus. L’odeur et la chaleur qu’exhalait le breuvage avaient quelque chose de réconfortant. « Votre perte de mémoire est sans doute un mécanisme de défense et ne doit pas vous épargner quelques réminiscences. Vous semblez habitué à prétendre que tout va bien, et je commence enfin à comprendre pourquoi le Gouvernement a misé sur vous. Tout va bien, pour sûr. » Elle eut le sentiment que ses paroles étaient déplacées, aussi bien vis-à-vis de son hôte que de ses devoirs professionnels. Impassible cependant, elle but tranquillement une gorgée de tisane, la chaleur des effluves lui caressant agréablement le bout du nez. « Courir dans la fraîcheur du matin vous aidera sans doute à vous débarrasser des manifestations résiduelles de votre… accident. » Sans doute était-il dangereux de les évoquer aussi librement, protesta-t-elle intérieurement. Elle laissa échapper un faible soupir réchauffé par le breuvage. « Je consens à vous sacrifier mes rares instants de tranquillité. » déclara-t-elle d’une voix égale. Peut-être s’agissait-il d’une tentative d’humour ? Elle-même n’en était pas absolument sûre. « Mais vous préféreriez probablement qu’un docteur se charge de tout cela. » Une fois encore, Katsiaryna baissa orgueilleusement les paupières sur la surface ambrée de sa tisane.



_________________

Bred to kill, not to care.
Disposable hero ☽ And the air was full of various storms and saints, praying in the street as the banks began to break ; and I'm in the throes of it, somewhere in the belly of the beast. But you took your toll on me so I gave myself over willingly. You got a hold on me and I don't know how I don't just stand outside and scream.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4858-katsiaryna-ici-les-hommes http://www.mercy-in-darkness.org/t4926-katsiaryna-that-s-how-we-die

RUNNING TO STAND STILL

avatar
Masculin
↳ Nombre de messages : 2150
↳ Points : 747
↳ Arrivé depuis le : 04/06/2017
↳ Age : 26
↳ Avatar : Garrett Hedlund
↳ Age du Personnage : 33 ans, Jesus style
↳ Métier : Attaché à la propagande gouvernementale. Ex-pompier de la ville.
↳ Opinion Politique : Ancien vainqueur des jeux établis dès 2012, durant la seconde campagne, Matthias s'est vu embrigader de force dans la propagande du gouvernement.
↳ Niveau de Compétences : Un briquet capable d'aspirer les flammes environnantes. Feu de cheminée ou petits brasiers, une fois le chargeur rempli, les flammes peuvent être réutilisées comme le gaz d'un briquet classique. A recharger uniquement de cette manière, sinon il ne fonctionnera pas. / Une fiole de potion permettant de faire croire à toutes les personnes dans la pièce qu'on possède une autre apparence (celle de son choix), en la buvant entièrement. Dure le temps d'un topic, à usage unique.
↳ Playlist : Who by fire - Leonard Cohen ║ It must be done - Pete Townshend/Nathan Barr ║ Nothing to remember - Neko Case ║ Higher - The Naked and the Famous ║ Howlin' for you - The Black Keys ║ Hearts on fire - Gavin James
↳ Citation : “It is superstition," he admitted. "But it might be true.”
↳ Multicomptes : Konstantin Timlat
↳ Couleur RP : tomato



les petits papiers
↳ Copyright: Katsia ♥ (ava) Rogers (sign) Casterlys (graph)
↳ Disponible pour un topic?: Non =(
↳ Liens du Personnage
:



MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   Mer 2 Mai - 14:36

   FEATURING Katsiaryna & Matthias
« J’aime les longs silences matinaux et la fraîcheur de leurs odeurs, assez pour m’extirper du lit chaque jour aux alentours de cinq heures. » Il eut un sourire, la tendresse bordant le recoin des lèvres malgré lui. Typique. Il l’imaginait parfaitement au saut du lit, l’énergie martiale coulant le long des bras. Il l’imaginait aisément d’une autre façon aussi mais elle résistait, la moue délicate et la sévérité sur le visage d’ange. « C’est hum… » Il ne termina pas sa phrase face à la charge nouvelle qu’elle lui offrait. « Tout compte fait, je ne suis pas certaine de vouloir gâcher ces moments de relative sérénité avec vos babillages incessants. Le silence vous effraie-t-il, monsieur Petersen ? » L’arc des sourcils se cambra dans une sainte innocence. « Il n’y a que les morts qui ne font pas de bruit… et même ça je commence à en douter. » Par bonheur, les mots furent avalés dans l’obscurité de la théière, la chaleur vaporeuse brouillant l’acidité d’une vérité qu’il préférait taire. La Nouvelle-Orléans étalait un mysticisme dérangeant sous chacun de leurs pas. Ici les fantômes voguaient entre les corps, la magie perlait parfois au fond des iris trop clair ou trop sombre, les peaux se drapaient d’une brume âpre.

Il balaya tout ceci, chassa l’ombre menaçante de son esprit. La légèreté. C’est ce qu’il voulait. Ça et la moiteur des corps à corps. Ils perdaient du temps faillit-il lui redire avant de se reprendre. Elle ne lui céderait pas, encore moins maintenant qu’il était devenu son « job ». La surveillance avait un gout d’arsenic et il s’installa plus confortablement à l’arrière du sofa, la regardant le regarder, l’étrange valse magnétique en cortège pour les minutes à venir. Elle ressemblait à ses poupées d’un ancien temps, porcelaine et fard rose sur joues pâles. S’il la couchait, fermerait-elle aussi les yeux ? « Votre perte de mémoire est sans doute un mécanisme de défense et ne doit pas vous épargner quelques réminiscences. Vous semblez habitué à prétendre que tout va bien, et je commence enfin à comprendre pourquoi le Gouvernement a misé sur vous. Tout va bien, pour sûr. » La moquerie lui fit l’effet d’une gifle tranquille, la marque rouge des doigts en spectre sur sa joue immobile. Il plissa les yeux, un instant sérieux. Elle disait vrai mais l’abrupte violence des propos le laissa coi avec une désagréable impression de pétrole sur les ailes. « Je doute qu’un incendie me traumatise à ce point. Le feu ne m’a jamais vraiment fait peur. Pas plus hier qu’aujourd’hui. » Il avait tenté d’ailleurs de reproduire une image faite de flammes et de chaleur dans l’idée de retrouver un pan de sa mémoire mais l’échec avait été cuisant. Il avait remarqué cela dit son absence complète de phobie nouvelle à l’égard du feu, comme si l’empreinte avait été minime.

Trop minime.

Son regard revint sur la buée faisant briller la peau déjà scintillante de la milicienne. Milicienne. Il oubliait dangereusement parfois le métier qu’elle assumait, et elle s’évertuait - si gentiment - à le lui rappeler froidement. « Je consens à vous sacrifier mes rares instants de tranquillité. » Il inclina son visage en un mouvement amusé teinté de courtoisie feinte avant d’accuser l’ultime boutade qu’elle lui balança lestement à la figure. Katsiaryna avait de ces ports de reine des neiges, le givre vibrant sur la peau et sur la langue, les mots glacés dans une voix chuchotante aux accents de balalaïka. Il était persuadé que s’il l’embrassait maintenant, le choc thermique serait saisissant.

Et Dieu qu’il en avait envie.

« Je vois. » Commença-t-il prudemment. Un compromis. Une surveillance autour d’un moment neutre, c’était plus que ce qu’il ne pouvait d’ordinaire espérer d’un gouvernement omniprésent. « Je savais bien que tu avais un faible pour moi. » Le sourire fut sage sous l’écueil brillant du regard. Elle n’allait pas aimer cette remarque aussi s’empressa-t-il d’enchaîner, la voyant déjà amorcer un retrait voire un départ. « Samedi matin ? Je ferai un effort. » Il avait presque hâte maintenant, l’idée de la voir en tenue décontractée en lieu de cette robe impossible. L’iris glissa sur les jambes croisées, lourd d’un langage qui n’était pas si secret que ça. « Toi et moi on va avoir un problème cela dit, Katsiaryna. » Le prénom roula sur la langue, agréable dans son écho slave. « Je crois de moins en moins à cette histoire voulant qu’une petite blonde tire ma carcasse à travers les flammes. Crois-moi, ce n’est pas que je te considère faible, loin de là mais t’es plus taillée comme une gymnaste capable d’envoyer un uppercut du pied plutôt qu’une bodybuildeuse portant un corps de plus de 80 kilos à travers un incendie dont les vapeurs m'ont envoyé au tapis. » Il avança le haut du corps vers elle, les avant-bras posés sur ses genoux. Il n’y avait pas de dureté dans son intonation, ni même de cruelle ironie, c’était un simple fait qu’il lui confiait de façon plutôt dangereuse d’ailleurs. Il avait pris soin d’avancer cela maintenant seulement, à la manière d’une vérité inutile et presque inconséquente. La distance entre eux l’exaspéra mais il était hors de question qu’elle se sente menacée par cette confession. Voulait-il la vérité ? Peut-être. Pas tout de suite s’aperçut-il. Pas ce soir en tout cas. « Ce qu’on va faire… ce que je vais faire… c’est accepter et ne pas chercher plus loin. Je vais profiter de ce que la chance m’ait souri bizarrement et profiter de ta présence, mais si tu pouvais te détendre ça nous sauverait pas mal de conneries niveau discours. » Mentir n’était pas dans ses cordes, l’impassibilité presque contrariante. Matthias reprit, la pointe miroitante de la lampe du salon en reflet dans ses yeux. « Je consens à te sacrifier ces semaines de tranquillité moi aussi. Après tout, je te dois quand même la vie. Je ne sais juste pas comment. » Il eut un autre regard pour la tasse au breuvage d’ambre. Le thé refroidissait. « Pas de questions, pas d’emmerdes. Tout va bien. »

(Voilà ce qu’il se passe quand deux personnes entêtées veulent se donner une leçon l’un l’autre : personne n’apprend strictement rien.)

La tension crépita entre eux, il ne sut s’il avait annoncé tout ça dans une tentative avortée de confrontation, pour la déstabiliser suffisamment ou pour formuler à haute voix ce qui le tracassait. Il n’aimait pas être surveillé, ne l’avait jamais encaissé même à New York. Les barreaux d’une cage toute dorée, aussi belle en soit sa gardienne, lui étriquait la cage thoracique jusqu’à le faire hoqueter.
Il la contempla encore une fois, la conscience limpide sur le fait qu’il y avait beaucoup de choses qu’il aimerait lui faire là, maintenant, et à peu près tout autant qu’elle lui refuserait. « Tu devrais rester mais tu ne le feras pas, killinger. » La prophétie avait un gout d'excitation contenue, le désir contrarié jusque dans son esprit. « Pour samedi, je suppose qu’il est hors de question que je vienne passer te prendre. » Questionna-t-il du bout des cils.




_________________
Such wow. Much propaganda.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.mercy-in-darkness.org/t4853-matthias-peterse http://www.mercy-in-darkness.org/t5433-matthias-petersen-the-blank-book#222751

Contenu sponsorisé








MessageSujet: Re: I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3   

Revenir en haut Aller en bas
 

I'm not calling you a ghost, just stop haunting me ▲ Katsiaryna #3

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant

 Sujets similaires

-
» GHOST ISLAND
» Animation Ghost Stories
» GHOST IN MY HEAD (ft. THE peacekeeper)
» Ghost in the shell : un remake en live ?
» Ghost in the Shell Arise

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
MERCY IN DARKNESS .} :: The Fifth Chapter :: Memories-