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 Keep calm and party all night || Myles

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: Keep calm and party all night || Myles   Dim 21 Jan - 16:24

L'ambiance lui semblait toujours surnaturelle, dans ce quartier, et s'il continuait à s'y rendre, c'était parce que l'endroit lui paraissait être le plus neutre de la ville. Un autre monde que le sien qui était sale, mal fréquenté, glauque, havre des pires rebuts de la ville, dont il faisait partie. Mais à mille lieux également des beaux quartiers maintenus à neuf par les membres les plus fidèles du Gouvernement, rues droites, bâtiments modernes et ambiance délétère. Ici, il y avait la façade, il y avait toujours eu la façade, et la fin de la civilisation telle qu'elle était décrite dans les dictionnaires n'avait pas suffit à ternir cette vitrine attrape-touristes. Mais derrière ces couleurs, ces décorations, au-delà des portes accueillantes ouvertes sur des restaurants familiaux, des bars simples ou des clubs accessibles, il restait encore de vraies personnes, de vrais habitants : un quartier où tout le monde se croisait sans se taper dessus, ou presque, d'un commun accord. D'ordinaire, Itzal venait ici quand il voulait voir Xavier. Ce soir-là, dans un des clubs où le matou avait l'habitude de siroter son jus de pomme, nulle trace du bonhomme. Itzal s'était installé au comptoir, avait compté sa monnaie et décidé qu'il n'avait pas les moyens de se payer un verre d'alcool clandestin de mauvaise qualité qui n'aurait de toute façon que le goût de cendre à ses papilles de voleur d'énergie.

Ce soir-là, c'était soirée à thème, visiblement. Un concept vestige des temps anciens, le summum du loisir de masse : un établissement accueillant, des prix pas trop prohibitifs, des installations pratiques, un bar, des tables, une piste de danse. Nul ne souhaitait savoir où venait l'escalier gardé par un vigile à l'air neutre, ni ce qui se tramait dans la cave, quel produit illicite ou organisation clandestine s'entassait à quelques mètres sous les pas des danseurs. Pour l'heure, sur une bande-son de plus ou moins bonne qualité, parce que tout de même, on n'avait pas les moyens de se payer un orchestre, des gens virevoltaient selon des chorégraphies complexes et qui n'avaient aucun sens aux yeux du Vénézuélien. Il avait vu de tout dans sa vie, des gamines même pas formées s'enroulant autour de barres de poledance sous les yeux de gros porcs aux poches pleine de fric aux transes hallucinatoires des boîtes de nuit étudiantes, sans parler des bouges pourraves où danser voulait dire vaciller entre les chiottes et la table de billard sans se faire tabasser par un client plus bourré que soi.

La danse de salon. Ben voyons. Itzal avait appris un minimum de valse dans son adolescence, forcé par sa mère, évidemment, même s'il avait été vite évident qu'il était mauvais élève et ne serait jamais sélectionné pour aller danser avec des stars. Personne n'aurait pu se douter en le voyant, en jean et tee-shirt, les tatouages semblant s'échapper de sous ses manches pour courir sur ses bras et ses avants-bras, sa barbe de trois jours couvrant ses traits durs, qu'il avait eu une éducation bourgeoise, qu'il avait été dans les meilleures écoles privées puis dans une fac de l'Ivy League - tout ça pour rien, évidemment. Pour l'heure, il suivait des yeux les couples qui allaient et venaient en se demandant comment on pouvait avoir envie de danser par les temps qui couraient. C'était totalement inutile, de danser. Ça l'avait toujours été, d'ailleurs. Carrément pas productif, dans une vie.

Un rouquin attirait son attention, plus particulièrement. Pas seulement parce qu'il était pratiquement sûr de l'avoir vu quelque part, mais aussi parce que sa partenaire d'un soir semblait vivre l'apogée de sa courte vie. Non, vraiment, il ne comprenait pas le délire. Il les fixait sans complexe, même quand le rouquin croisa son regard, puis encore une fois. La politesse aurait exigé d'Itzal qu'il détourne les yeux, mais il se contentait de rester là à les mater en se disant qu'apparemment, il suffisait de faire tourner une femme sur elle-même pour la ramener chez soi, ces temps-ci. Du moins ici. Il se rappelait la souffrance que les cours de danse qu'il avait subis avaient été pour lui... Il se détourna du couple et reporta son attention sur son verre. « Jamais de la vie... », marmonna-t-il, s'attirant un regard en coin inquiet de son voisin. Il faudrait le payer cher pour qu'il danse. Il allait plutôt profité d'avoir économisé son argent pour le dépenser de façon plus utile. Voilà à quoi il pensait en suivant du bout du doigt la courbe d'un des serpents de la tête de Médusa qu'il avait tatouée sur l'épaule et dont les cheveux vivants glissaient sur son bras jusqu'à son coude. Celui-là, personne d'autre que Brooke n'y toucherait. Mais, juste en dessous, la petite chouette squelettique qu'il s'était fait faire à douze ans pour la fête des morts semblait effacée, prête à disparaître.

Dans son dos, la musique changea et il se redressa, se retourna à la recherche de son rouquin, mais ce dernier n'était plus sur la piste de danse. Il faut croire qu'il avait fini par avoir gain de cause et devait déjà être en route pour chez lui avec sa cavalière au bras. Chapeau l'artiste.

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mar 23 Jan - 19:20

Au début, il avait cru ne jamais en avoir la force: sortir, aller dans ces endroits où il ne connaissait personne, sur la simple promesse d'une danse ou deux. Accroché à sa solitude, Myles craignait les autres, ce qu'ils représentaient. Il n'aimait pas parler, ne voulait pas parler, avait donné assez en matières d'interactions humaines...
Du moins le pensait-il.
Et puis la curiosité fut plus forte, la douleur aussi peut-être car malgré tout il y en avait tellement lorsque l'on restait seul. Ce n'était donc pas la première fois qu'il allait dans ce qu'on appelait à présent, une soirée à thèmes. Un nom un peu triste, quand bal existait déjà, mais les danses évoluaient, avait cru comprendre le rouquin, on ne pouvait utiliser les vieux termes vraiment.
Parfois, il retrouvait des cavalières déjà rencontrées, et puis il y avait toutes les inconnues aussi... Myles s'aperçu bien vite et avec ravissement qu'elles ne venaient pas ici pour parler, qu'elles parlaient déjà bien assez toute la journée et que la danse représentait pour ces femmes un dialogue et un repos en soi.
Généralement, elles l'appréciaient car l'homme était bon danseur mais surtout bon guide. Valser à ses bras les faisaient sentir princesses pour les plus naïves, héroïnes romantiques vouées à la destruction pour les plus lectrices d'entre elles. Et pessimistes.
Quant à Myles, il appréciait le rituel : s'échauffer avant était peut-être l'un des seuls moments où il prenait soin de ses jambes, continuant sinon à les considérer comme des entités distinctes de son corps et surtout nocives. Danser était une trêve entre elles et lui, un équilibre, jamais encore elles ne l'avaient lâché sur une piste et l'homme leur en était gré, sincèrement.

Sa cavalière depuis quelques valses déjà, avait les joues rondes des gens en bonne santé, les yeux noirs et un rire qu'elle n'aimait pas montrer, honteuse et timide tout à la fois. Maladroite au début, il lui avait appris sans mot dire comment répondre aux directives qu'il lui donnait via les mouvements de son propre corps.
Contre sa paume, Myles sentait chacun des rouages du corps de l'autre, alors il pressait les doigts un peu, joueur, pour lui faire comprendre de ne pas avoir peur de ce contact. A un moment, il alla jusqu'à la chatouiller, là enfin elle avait rit, à cela il avait répondu par son simple sourire, et la valse s'en était enhardi de par cette complicité.
Quelques hommes la regardaient elle, découvrant ce qu'elle était capable de faire, songeant peut-être à l'emmener danser elle aussi ou bien songeant à toute autre chose comme bien des hommes savent le faire....
Et puis de temps en temps, comme une brûlure, assez pour que Myles comprenne qu'il était lui-même observé.
Il restait un enfant, un gamin coincé dans un corps d'adulte, incapable au fond de savoir pourquoi les autres nous donnaient de l'intérêt parfois. L'espace d'un instant, Myles croisa le regard d'Itzal, curieux, juste curieux, il ne prêtait au brun aucune mauvaise intention, cela n'était pas dans sa nature ainsi.

Lorsque la danse se termina, le jeune homme effleura du bout des lèvres la main de sa partenaire et la laissa aller. La ramener chez lui? Il aurait pu, il y pensait un peu, peut-être, mais restait encore trop maladroit pour vraiment franchir le pas comme avec chacune des femmes.

Finalement, le rouquin retourna au bar, commanda une bière et laissa se détendre les muscles de ses épaules un peu. A côté de lui, l'homme qui avait passé quelques secondes à l'observer...

”Vous me cherchiez?”

Il pencha la tête, lui fit face légèrement comme le lui permettait son tabouret. Et puis il écarquilla les yeux, comme un enfant, apercevant la chouette sur le bras de l'inconnu. Des tatouages, Myles en avait déjà vu à son époque, ceux grossiers des marins, ceux sans finesse, brutaux, à l'image des personnes qui les portaient, mais...ça?
Fasciné, le jeune homme ne put s'empêcher de tendre les doigts, craignant presque d'en effacer le dessin.

”C'est...comme un tableau, oui comme si un vrai peintre avait peint sur votre peau...”

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Ven 26 Jan - 0:38

Itzal ne s’était pas privé pour mater le couple de danseurs ouvertement, alors il aurait été faux-cul de s’étonner d’avoir attiré l’attention du bonhomme, lequel venait de sauter lestement sur le tabouret de bar à côté du sien. Et de se commander une bière, tranquillement. En voilà qui ne devait pas craindre la milice. Le Vénézuélien loucha un peu sur le précieux liquide doré avant de se gifler mentalement. Inutile, c’était totalement inutile pour lui de boire de l’alcool désormais. Une perte de temps, d’argent, et le rappel douloureux que pour lui, les douces vapeurs éthyliques de l’oubli, c’était fini. Il releva les yeux vers son interlocuteur pour le dévisager. Il n’oubliait jamais un visage – ça avait fait de lui un bon garde du corps, dans le temps –, mais il n’avait pas non plus une mémoire eidétique. Il était donc certain d’avoir déjà vu cette tête, il ne savait juste plus où, quand et pourquoi, et s’il ne s’en souvenait pas c’était que ça ne devait pas être important. Proportionnellement à la taille de la ville, beaucoup d’habitants s’entassaient dans La Nouvelle-Orléans, mais malgré tout, l’adage selon lequel le monde était petit s’appliquait plus que jamais maintenant que la population avait drastiquement chuté, alors il était fort possible qu’il l’ait simplement croisé dans la rue. « Pas vraiment… » Il ne le cherchait pas du tout, même. Il admirait juste son style, toujours étonné de voir des gens entretenir des savoirs accessoires, voire inutiles. À la survie, s’entend, ce qui occupait quatre-vingt-dix pour cent des pensées d’Itzal. Pour ce que ça valait, son avis sur la danse datait de bien avant l’apocalypse et avait beaucoup avoir avec les cours de valse que sa mère l’avait forcé à prendre pendant quelques semaines avant de jeter l’éponge face à son manque de talent et surtout de bonne volonté.

De toute façon, son avis, bon ou mauvais, n’intéressait personne, et certainement pas le rouquin, qui ne l’écoutait pas, trop occupé à fixer son bras, et plus précisément ses tatouages. Pendant une seconde, il suivit le regard de l’inconnu et redécouvrit les courbes, boucles et angles des dessins gravés sous sa peau. Il n’y pensait que rarement, en vérité. Il les portait comme il portait sa chair ou ses muscles, c’était une partie de lui, et c’était bien dommage, en fait. Ils avaient tous une signification et la réaction de cet inconnu fit naître un sourire sur ses lèvres. Itzal aimait chacun de ses tatouages et ce type venait de le lui rappeler. Il ne savait pas si c'était un tableau, comme l'autre le disait, en tout cas lui ne faisait pas ça pour le côté artistique, mais il n'avait aucun contrôle sur ce que les gens pensaient et ressentaient en voyant les tatouages. « De vrais peintres, c'est un peu fort, pour désigner les gens qui m'ont fait ça... » Il devait se retenir de rire. Une des prostituées du bordel de Guacara où il allait enfant pour grappiller de quoi manger. Un caïd de cartel avec deux mains gauches qui avait voulu marquer sa propriété. Son colocataire de chambre étudiante, aussi bourré que lui un soir de fête. Brooke. Et d'autres personnages tous plus bizarres les uns que les autres, dont certains se prenaient indéniablement pour des artistes. Des peintres, tu parles. « Mais j'imagine que si ça se regarde et que ça raconte un truc, vous pouvez appeler ça une peinture. » Il scruta le rouquin à la recherche de tatouages, mais le peu de la peau qu'il voyait du type était aussi vierge qu'une page blanche. En même temps ça aurait été bizarre qu'il s'émeuve autant des siens s'il en avait eus lui aussi.

« On dirait que c'est la première fois que vous voyez des tatouages. » Plus rien n'étonnait Itzal, dans ce monde. C'était peut-être bien le cas. Il releva sa manche pour révéler la tête de la Méduse tatouée par Brooke. « Si vous me dites où vous avez appris à danser comme mon grand-père, je vous dis où vous pouvez vous faire tatouer pour pas trop cher. » Bon certes il n'avait pas de grand-père, n'en avait jamais eu. Et le « pas cher » était extrêmement relatif, aussi.

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Dernière édition par Itzal Macaro le Jeu 1 Fév - 21:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mar 30 Jan - 14:57

Pas mal de questions là, dans sa tête, et Myles ne savait même pas les exprimer. Les mots n'avaient pas le temps de se former, il pensait aux formes et aux couleurs, néanmoins la beauté qu'il voyait dans les tatouages n'était qu'un ressenti presque puéril, de la même manière qu'un enfant s'émerveillerait d'un truc capable de briller.
Pourquoi ses yeux ne se détachaient pas, pourquoi la chouette lui paraissait belle ( “belle”, ce mot existait juste pour les femmes, non?) pourquoi l'autre tatouage, la Méduse, lui semblait bien plus émouvant, comme une icone religieuse, cela Myles ne le savait pas.
Le jeune homme comprenait qu'il se sentait humble, intimidé. Ce n'était pas la voix d'Itzak, ce n'était pas sa carrure, ou plutôt si, c'était cela mais pas parce que le rouquin craignait un coup quelconque.
Il rougit, détourna la tête, les lèvres un peu pincé, honteux. Lui-même savait de quoi il avait l'air : un gringalet un peu spécial, grand mais chétif à sa manière, et puis cette stupide peau pâle aussi, les tatouages n'étaient pas pour lui, ce serait comme retracer la Joconde sur du papier toilette...

”Je...j'ai des problèmes de mobilité parfois, une danse rythmée et millimétrée m'aide et me repose. Votre grand-père était danseur?”

Mal à l'aise, le rouquin tendait à interpréter les phrases d'Itzak au pieds de la lettre.... Danser lui semblait être comme rattraper toutes ces années sans bouger, et d'une certaine manière Myles s'épuisait à vouloir trop en faire encore, trop en faire toujours. Un sentiment de culpabilité, comme pour prouver qu'il avait encore sa place parmi les vivants puisque il pouvait faire des efforts quand même.

”Ce que vous portez sur la peau.... C'est peut-être la dernière trace que l'on aura de certains tableaux en plus des livres, vous y pensez? J'suis pas vraiment une toile de qualité, vaut mieux rien marquer sur moi.”

Quelques instants plus tôt, le jeune homme avait fait rire et rêver une femme, d'autres n'auraient jamais ce pouvoir mais cela, Myles ne le savait pas. Il ne voyait que ses manques et ses faiblesses, il ne sentait que ses différences comme autant de condamnation.
Finalement, le rouquin se rappela des bonnes manières, tendit la main vers l'autre homme.

”Myles Burgess, enchanté.....”

C'était ce que l'on disait en rencontrant quelqu'un, non? Il était maladroit, Myles, quelque chose de jeune, de naïf mais de trop vieux tout à la fois, là dans ses gestes et dans ses yeux.
Il réfléchissait aux paroles d'Itzak, était curieux de voir comment travaillaient les tatoueurs à présent, ce à quoi ils pouvaient penser en marquant diverses peaux, si certains refusaient parfois des travaux...
D'une certaine manière, le rouquin restait nouveau au monde de l'art, n'avait pas eu l'occasion de s'y trouver réellement confronté lors de sa première vie, aussi voulait-il tout savoir, tout engloutir à présent, ce malgré les temps troubles.
Il ne verrait jamais certains tableaux, cela le désolait, mais imaginer que des personnes pouvaient les porter sur des peaux magnifiques et des corps de rêve (comparé au sien, tout corps lui semblait idéal), le ravissait et l'émerveillait tout à la fois

”Je veux bien une adresse, oui...Les tatouages que j'ai déjà pu voir n'avaient aucun but esthétique, là il y a quelque chose, des choix derrière eux, ce ne sont pas de simples marques comme l'on donne aux animaux....”


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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Sam 3 Fév - 22:44

Ah, ça allait être une conversation exceptionnelle, Itzal le sentait venir. Quand le rouquin répondit à sa question par des propos que le Vénézuélien ne comprit pas tout de suite, ce dernier en resta coi quelques instants. Puis il comprit que le type avait cru qu’Itzal le traitait de vieux ou quelque chose comme ça. Ou comment passer pour un bon gros connard dès les premières secondes d’une rencontre. Itzal n’avait pas voulu insulter le danseur, loin s’en faut. Il ne s’en prenait pas aux gens qu’il ne connaissait pas. On verrait plus tard, si ce type s’avérait être un odieux bâtard ou s’il bouffait des enfants ou noyait des chatons, là oui, il pourrait l’insulter tant qu’il voulait, encore qu’il s’en fichait, des chatons, et qu’il comptait bien une femme infanticide dans son carnet d’adresses. Quoiqu’il en soit, si Itzal s’était déjà demandé ce que donnerait une conversation entre un cynique qui ne s’exprimait que par blagues douteuses et un sensible qui prenait tout au premier degré, il allait avoir sa réponse. « Hola, non, je ne vous traitais pas de vieux, c’est l’inverse. Je veux dire qu’il n’y a plus que les vieux qui savent danser comme ça. Les prochaines générations sauront probablement même pas que ça existe. » Comme il se voyait mal lui balancer une explication alambiquée sur pourquoi il n’avait pas de grand-père, il abandonna l’idée. En plus, une blague qu’il fallait expliquer, c’était pas drôle. De même, il ne savait pas s’il devait s’excuser pour avoir fait dire à cet inconnu qu’il avait des problèmes de santé alors qu’ils ne se connaissaient pas. C’était un peu intime, non, comme détail ? Compte tenu du fait qu’ils ne se connaissaient pas… N’ayant plus aucun contrôle sur la discussion, Itzal fut plutôt content que l’inconnu enchaîne.

Tout en l’écoutant parler, il baissa de nouveau les yeux sur ses tatouages. En toute honnêteté, non, il n’avait jamais vraiment vu les choses telles que l’inconnu les voyait. En fait, c’était même un point de vue inédit pour lui et il dut s’avouer que l’idée était plutôt amusante. Hélas, Itzal n’attachait que peu d’importance au patrimoine humain, quel qu’il soit. Tout son être était tourné vers son propre avenir, immédiat qui plus est. Non pas qu’il ne savait pas exactement ce qu’il avait de tatoué sur la peau. Difficile à l’entendre de deviner qu’il possédait une certaine culture. D’ailleurs, ses choix de tatouages n’étaient bien sûr pas faits au hasard. Et l’idée d’être un genre de musée vivant ambulant amena un sourire sur ses lèvres. Ce type avait probablement raison, là-dessus Itzal le rejoignait : bientôt, la peinture, comme la danse probablement, disparaîtrait. Les centres d’intérêt humains se resserraient à mesure que la vie était de plus en plus difficile, et c’était normal. Itzal serra la main de Myles sans se faire prier. « Itzal Macaro. Et je ne crois pas qu’il existe de mauvaises toiles. Juste de mauvais artistes. Mais personne ne se fait tatouer pour la beauté de la chose. » On se faisait tatouer pour soi avant tout. Et si Myles ne pensait pas qu’il pouvait se faire tatouer, c’était qu’il devait avoir une sacrée piètre opinion de lui-même. Pendant une seconde, Itzal se dit qu’embarquer Myles au salon de tatouage le plus proche aurait dû être son seul et unique objectif de la soirée. De sorte qu’il fut ravi d’entendre son nouveau copain accepter sa proposition d’emblée, quand bien même ils ne se connaissaient pas.

Il se redressa, curieux. Quels tatouages Myles avait-il pu voir qui n’avaient « aucun but esthétique » ? Itzal savait bien qu’à certaines périodes pourries de l’histoire, des hommes s’étaient retrouvés avec des codes-barres sur la peau. Tout était possible dans ce monde, surtout le pire. « Dans l’ensemble ce sont des choix, oui, même des mauvais, parfois. Le principe, c’est de porter sur soi les choses importantes, même les erreurs. » Bon, il y avait plusieurs genres d’erreurs. Enfant, lui avait laissé les caïds de sa favela lui tatouer des conneries parce qu’à l’époque il pensait leur prouver quelque chose. Le résultat, c’était de très moches machins qui lui rappelaient en plus à quel point il était stupide à l’époque. Les anonymes qui se baladaient dans les rues avec le noms de leur ex sur le bras ou un papillon sur la fesse avaient fait un autre genre d’erreur – probablement motivé par beaucoup d’alcool. Mais ça restait l’histoire d’un pan de leur vie. « J’étais en train de me dire que ça faisait longtemps que je n’étais pas allé me faire ajouter un petit quelque chose. Si ça vous dit de voir à quoi ça ressemble. On sait jamais, vous allez peut-être avoir un coup de cœur. Une envie soudaine, un souvenir fulgurant. L’impression que porter un symbole qui n’a de sens que pour vous pourrait vous aider d’une façon ou d’une autre. Tout est une question de moment. » Bon, tout le monde n’avait pas besoin ou envie de dessiner sur sa peau les grands ou petits chapitres de leur existence.

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Dernière édition par Itzal Macaro le Mar 13 Fév - 19:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Ven 9 Fév - 16:27

Non, Myles ne s'était pas senti agressé ou insulté par la question d'Itzak, les insultes il les connaissait, savait comment elles se cachaient dans les regards, les silences et les crachats, dans les mots aussi. On apprenait vite cela quand les temps étaient durs et cruels, quand on était différent de tous aussi....
Sa propre question avait elle-même été ingénue, Myles pensait ainsi sincèrement que le grand père du brun était simplement un très bon danseur, il ne cherchait pas plus loin. Quand le rouquin était vexé, cela se voyait, cela s'entendait, Itzak ne lui avait donné aucune raison de l'être.
Aussi, Myles ne prit pas plus attention que cela, du semblant de malaise de l'autre:

”Je suppose qu'on ne peut pas se souvenir de tout, la danse n'est pas une chose irremplaçable....”

Ses mots étaient prudents : à sa manière il essayait de ne pas trébucher dessus, de ne pas les faire paraître trop sombres, trop graves, cela n'était pas son but.... Myles ne comprenait pas les propres ténèbres qu'il portait en lui, refusait de les imposer aux autres. Parce qu'il ne s'acceptait toujours pas, la solitude était un atout et un poison. Face à itzak, le jeune homme craignait une erreur quelconque, marchait sur des oeufs. Il avait peur de mal faire, ne comprenait pas que l'erreur pouvait très bien venir d'un autre, que ce n'était pas simplement que lui, mais comme pour tout ce qu'il faisait, Myles s'en demandait trop.
Et puis il grimaça : pas besoin de tatouages pour porter ses fautes. Inconsciemment, le rouquin effleura la marque de baïonnette qu'il portait au torse, vestige d'une éventration, d'une première mort surtout. Un instant, il essaya d'imaginer un dessin quelconque que l'encre pourrait faire fleurir dessus. Myles ne trouva rien....

”Si l'on ne porte que des erreurs sur nous, cela ne nous empêcherait-il pas de changer, de devenir meilleurs? “

Une question de pleutre, se rendait-il compte. Trop tard, car déjà il l'avait posé, et ses poings se serrèrent un peu à l'idée de l'impression qu'il pouvait donner. Inconsciemment, Myles chercha du regard la sortie, compta le nombre de pas dont il aurait besoin pour fuir. Ca aussi, une technique de pleutre, au fond jamais personne ne lui avait appris à être courageux. Encore quelques secondes et ses pensées lui amèneraient un arrière-goût de bile, il ne voulait pas.
Heureusement, Itzak reprit la parole, l'invita à le suivre, à voir, simplement voir.

”Bonne idée, j'ai l'impression de ne pas comprendre et de simplement sortir des âneries...”

Voilà qu'il se mettait à rêver soudain, et Myles en rougissait presque. Parce que la manière dont l'autre présentait les choses parlait malgré tout à son imagination, du moins un peu. Il se leva du tabouret, étendant une jambe à la fois, à la manière d'un faon ou d'un jeune poulain. Myles bougeait d'une certaine façon, souvenirs de ses douleurs, souvenirs d'une paralysie aussi, et puis la peur, pourtant seul un oeil averti s'en rendrait compte.
Le jeune homme continuait de l'ignorer mais quand il n'était pas épuisé, il pouvait se fondre dans n'importe quelle masse sans se soucier de différence.....

Enthousiaste, il s'apprêta à suivre Itzak, ne pensant pas à l'éventualité d'un piège. Quand on avait des tableaux sur le dos, on ne piégeait pas les gens, non? Et si Itzak portait des peintures, est-ce qu'un dessin assez fort existerait pour que Myles, lui, porte un peu sur lui des danses qu'il aimait tant?


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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mar 13 Fév - 20:14

Rarement, Itzal avait eu l’impression de se retrouver face à quelqu’un d’aussi ingénu que Myles. Son premier réflexe était forcément de se demander comment un type pareil avait pu survivre dans la fosse sceptique qu’était devenu le monde. Lui avait appris cette leçon à la naissance, elle était gravée dans sa chair, elle coulait dans son sang : pour survivre, il fallait être mauvais, il fallait être violent, il fallait ne penser qu’à soi. Une logique aussi naturelle que de respirer qui avait forcément comme conséquence une attitude désagréable vis-à-vis des autres. Prendre des pincettes, tourner autour du pot, supporter la faiblesse, les larmes ou les problèmes des gens, toutes ces choses qu’Itzal ne supportait pas, ou qu’il supportait pour les rares personnes qu’il appréciait – tombant cette fois dans l’excès inverse, désireux d’encaisser à la place de l’être aimé. Face à Myles, un inconnu qui lui donnait l’impression de pouvoir être renversé d’une pichenette, il se sentit quelque peu divisé. D’un côté, il avait envie de le secouer, de lui dire de cesser de faire le dos rond, de se laisser habiter par l’hésitation, et d’un autre côté il était forcé d’aller contre sa nature et de ne pas justement tomber illico dans une violence verbale stérile et avec laquelle d’habitude il mettait fin aux conversations. Mais justement, cette conversation-là, il ne voulait pas y mettre fin. Cet intérêt que Myles portait aux tatouages éveillait l’intérêt d’Itzal, tout simplement. Et puis, personne ici n’était passez stupide pour se fier aux apparences. Il avait peut-être l’air un peu pâlichon, mais il n’en était pas moins ici, dans cette ville de survivants, probablement avec une histoire lourde et étouffante à la remorque de sa propre existence, à l’instar de quiconque avait survécu à l’apocalypse. Et rien que cela aurait mérité, aux yeux d’Itzal, un tatouage. Ou une roman, ou une peinture, ou un haïku, peu importait, en fait. Mais aux yeux du Vénézuélien, tout le monde avait quelque chose à dire sur soi-même.

« J’imagine que chacun vit ses erreurs comme il peut. Je crois que si j’avais gardé toutes mes conneries en moi, je me serais étouffé avec. Et il paraît que ce sont aussi nos erreurs qui nous poussent à nous améliorer, même si franchement, moi je me trouve très bien. » Il voulait vanner un peu mais dans le fond il était sincère. Devenir meilleur, pourquoi, pour qui ? Tout ça était trop dépendant d’échelles de valeurs qui dans l’histoire de l’humanité n’avait jamais été gravé dans la pierre. Ce qui comptait c’était de pouvoir se regarder dans un miroir, défauts compris, et si on n’était pas trop dégoûté par ce qu’on voyait, alors la journée se passerait bien. Les trop grandes attentes, c’était le meilleur moyen d’être malheureux. Itzal suivit le regard un peu fuyant du bonhomme en se demandant vraiment ce qui devait lui peser sur la conscience pour qu’il se sente si mal à l’aise. Il avait l’air de vouloir partir en courant. Une scène qui aurait fait rigoler Itzal, cela dit. Il ne s’attendait pas du tout à ce que Myles accepte sa proposition, du coup, au lieu de quoi il sembla approuver sans même y réfléchir, ce qui arracha au Vénézuélien un sourire ravi. Et voilà, partons à l’aventure ! Il observa son nouveau copain se déplier et lui emboîter le pas. Quelque chose pesait littéralement sur lui, ouais. Mais en attendant, véritable paradoxe ambulant, il était prêt à suivre un inconnu quelque part, il ne savait même pas où.

Tandis qu’il guidait Myles dans des ruelles de plus en plus étroites et sombres en se sentant comme un coupe-jarret d’antan, il tenta de détendre un peu l’atmosphère. « Je crois pas qu’il y ait quelque chose à comprendre sur le tatouage. C’est un truc ancien et personnel et la façon dont je le vois ne sera jamais la vôtre ou celle de quelqu’un d’autre. L’important c’est que ça vous apporte quelque chose. De bien ou de mauvais, peu importe. » Après tout, « les autres » avaient de tout temps considéré le tatouage comme un truc de marginal, de type violent ou peu intelligent. Il se souvenait bien de la gueule de sa mère adoptive la première fois qu’elle l’avait vu torse nu – et encore, il était enfant, ça pouvait expliquer sa réaction. Il finit par s’arrêter devant une porte banale, sans enseigne ni plaque ni néon, cogna dessus et l’ouvrit sans attendre. Le petit salon de tatouage était une ancienne échoppe quelconque, rien à voir avec un cabinet stérile comme c’était avant chez les grands professionnels. Un seul tatoueur y travaillait, présentement occupé avec un client dans un coin. Itzal le salua d’un geste avant de se tourner vers Myles. « J’ai l’air d’en faire tout une histoire mais il y en a qui se font simplement tatouer pour le plaisir d’avoir un tatouage. » Et les gens faisaient bien comme ils voulaient. Itzal désigna les dizaines et dizaines de dessins et photos de tatouages en tout genre, dont certains, dauphins, papillons et autre symbole de ying et yang, étaient d’une banalité à bailler indéfiniment.  

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Sam 24 Fév - 14:54

Il hocha la tête un peu, les mots d'Itzak faisaient sens, semblaient même comme une belle histoire. Une histoire qu'au fond, malgré ses espérances, Myles ne se sentait pas de prendre pour lui. Cela lui tordait l'estomac un peu, la peur, l'idée d'avoir quelque chose sur la peau, quelque chose de beau lui plaisait, mais...
Mais ce genre de truc, ça s'admirait, non? Cela voulait dire se regarder dans un miroir. Il ne formulait pas cette pensée de manière directe dans son esprit, mais la terreur était là : il ne voulait pas.
Alors, pour un instant, un nuage passa devant ses yeux, il sembla plus grave, plus sombre, plus perdu aussi, triste. Une tristesse qui se regardait de loin, qu'il ne partageait pas. Myles ne demandait pas à être consolé....
Et puis le jeune homme se reprit, juste comme ça. Cela n'avait pas duré plus de quelques secondes, et Myles semblait doué dans l'art de dissimuler. De se dissimuler.
Dans la boutique du tatoueur, il regarda les dessins. Tous lui semblaient beaux, y compris les plus kitsch. Il n'avait jamais vu de dauphin de sa vie, jamais en vrai. Est-ce qu'un jour on oublierait les dauphins? Et les chatons? Et toutes ces choses niaises?
Il y avait de la tendresse dans le regard du jeune homme, de la tendresse pour les caractères chinois clichés puisqu'ils représentaient également une culture qu'ils ne pouvaient plus atteindre, là, claquemurés dans la ville. De la tendresse pour les drapeaux qui n'évoquaient plus rien, pour les animaux, pour les silhouettes....
Le savait-il, le tatouer, qu'il vivait entouré de fantômes? Non, mieux valait que non, ce genre de considérations n'amenait que la folie.

”Un plaisir n'est jamais anodin, même pour des choses idiotes. Ils ont de la chance, cependant, ceux qui peuvent les assouvir aussi facilement.... “

Lui-même, il réfléchissait trop, ça l'empêchait de profiter, de tomber amoureux. Il ne parvenait pas à lâcher prise, voulait un sens à tout pour ne pas devenir fou. C'était pas facile, ça l'avait jamais été, au final il y avait la solitude et rien d'autre.

Myles voulu se détacher de lui-même, un réflexe qu'il avait depuis l'enfance, un réflexe protecteur, pour imaginer ce que les autres pensaient de lui. Sans doute que l'autre homme le prenait pour un fou, et il n'avait pas trop d'arguments pour l'en empêcher.
Il le savait, sa conversation pouvait frôler l'ennui. Le plus souvent, Myles essayait de ne pas parler dans l'espoir de n'importuner personne, ça marchait pas toujours. Sans doutes décevrait-il le brun à refuser un tatouage, mais à nouveau la pensée d'un miroir sembla le cueillir comme un coup de poing au ventre, une violente nausée.
Il ne pouvait pas.

”Quelque chose m'effraie, c'est lié au tatouage mais ce n'est pas le tatouage...”

Aussitôt il rougit, s'en voulant de parler à voix haute, d'importuner le brun. L'autre avait des choses plus intéressantes à faire que de l'écouter, et Myles ne pouvait même pas être clair avec lui-même alors à quoi bon, hein?

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mar 27 Fév - 22:42

Itzal regardait Myles regarder les dessins de tatouages dont certains étaient à gerber partout sur les murs avec l’air d’un gosse dans un magasin de jouet – enfin, un gosse ultra-introverti. Itzal ne pouvait qu’imaginer que Myles était content parce qu’en toute honnêteté, ça ne se voyait pas des masses et il ne le connaissait pas assez pour interpréter sa posture, sa gestuelle ou la lumière dans ses yeux. Tout ce qu’il pouvait faire, et qu’il n’avait jamais fait avant et n’aurait jamais fait s’il n’avait pas eu ce bref échange avec Myles au bar, c’était regarder les motifs d’un œil neuf. Parce que ce qui était vrai pour les tatouages sur ses bras l’était tout autant pour ceux affichés par habitude dans la boutique. Quand on prenait le temps d’y réfléchir, et mieux valait ne pas trop le faire parce que ça foutait le bourdon, tous ces dessins, et surtout les plus débiles, étaient des collectors. Des ultimes preuves que ces trucs – le papillon, le lézard, le caractère crypto-chinois – avaient existé, et pire encore, avaient eu un sens. Eux avaient vécu avant que le monde parte en sucette suédoise. Eux se rappelaient ce qu’était une bague de Claddagh, ou un poney, ou une guitare. Dans cinquante ans, tout ça, ce serait de l’archéologie. Ça ou un squelette anonyme trouvé dans une fosse commune, ce serait du pareil au même. Pour Itzal, le tatouage était une histoire du passée, une preuve de quelque chose qui était arrivé, un châtiment pour une faute commise derrière soi, et il n’avait jamais vraiment vu ça comme quelque chose pouvant appartenir à l’avenir. Il s’ébroua, franchement étonné de l’effet que cet inconnu notoire avait sur lui. Déjà, il arrivait à faire parler Itzal plus que de raison, et d’abord, parler, c’était rare, par les temps qui couraient. Les gens avaient plus tendance à dégainer et à défourailler plutôt qu’à philosopher sur un truc qui pouvait sembler aussi vacant que le tatouage.

Qu’est-ce qui empêchait Myles d’assouvir n’importe lequel de ses petits plaisirs cachés ? Itzal avait envie de poser la question parce que sincèrement, il ne voyait pas qui pouvait le freiner, à part lui-même, mais si c’était ça la réponse, alors ce n’était certainement pas Itzal qui avait les clés du bonheur de Myles entre les mains. Les beaux discours, ça ne servait rien, les yaka faucon étaient encore pire. Ce qui était bon pour lui ne l’était pas pour les autres. « Peut-être qu’il suffit d’avoir des plaisirs simples… Y a des trucs plus faciles à faire que d’autres. » C’est sûr que si le plaisir de Myles c’était de trouver l’âme sœur, gravir l’Everest ou faire de la pâtisserie, c’était un peu compromis. Mais il y avait des simplets dans ce monde qui aimaient bien sortir dans la ville aux première lueurs du matin, quand les connards nocturnes étaient enfin rentrés se terrer dans leur trou pour dormir et les connards diurnes pas encore réveillés. Ou qui kiffait une petite clope de temps en temps. Ou qui faisaient leur journée en jetant un caillou sur la vitrine d’un usurier. Ah, ça, Itzal ne s’en lasserait jamais. « Vu ce qu’est devenu le monde, il faudrait pas avoir trop d’exigences… » Et après tout, c’était facile de ne rien vouloir à part le ventre plus ou moins plein et pas trop d’emmerdes.

Il regarda son nouveau pote avec curiosité. Le tatoueur en avait fini avec son client et avisa Itzal d’un mouvement du menton. Entre-temps, le Vénézuélien s’était décidé pour une couleur, comme chez le coiffeur. Brooke le tuerait s’il se faisait tatouer un truc important par quelqu’un d’autre qu’elle. Alors il allait faire recolorer un de ses vieux tatouages aux couleurs délavées. Pendant que le tatoueur préparait son matériel – à savoir passait son aiguille dans ce qui ressemblait à du produit vaisselle, et si l’humanité avait dû se faire annihiler par la maladie, ce serait déjà arrivé – et de toute façon, il craignait quoi, lui, avec son sang dégueulasse de voleur d’énergie ? –, Itzal reporta son attention sur Myles. « En général, les gens ont toujours peur des mêmes chose avec les tatouages : la douleur, le regard des autres, le côté pérenne du truc... Mais quand on y pense, ces choses-là n’ont pas vraiment d’importance. Si rien de tout ça ne te fait peur, alors peut-être que c’est un truc symbolique qui te file des boutons. » Il était passé au tutoiement sans s’en apercevoir. Après tout, il faisait là un truc assez privé en présence de Myles. Il s’assit sur le siège, releva sa manche du côté de son bras intact – il n’en était pas encore à vouloir attirer les regards sur sa cicatrice, ni à Myles ni au tatoueur, et sourit au doux bruit de la rotative. La douleur était familière, diffuse quoique de plus en plus forte. Itzal n’avait rien d’un maso et il aurait été le premier à lever la main si on avait demandé à l’assistance qui n’aimait pas souffrir. Mais ça, c’était autre chose. Trop de choses à la fois. « Ça va ? Si tu ne veux pas te faire tatouer, tu peux toujours tatouer les autres. C’est une autre façon de laisser sa marque… » Les gens sont ma toile et leurs désirs mon inspiration ! Ou quelque chose comme ça…  

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mar 6 Mar - 15:06

La chose en lui le dévorait, le déformait. La chose en lui aspirait quelque chose de son être et de son humanité bien que Myles ne pouvait vraiment le comprendre. Il ne savait pas, n'en avait pas les moyens, devant un miroir ce n'était plus son reflet. C'était une chose coupée, déformée, tronquée, une chose qui était lui, mais l'admettre serait bien trop ignoble, alors le jeune homme ne regardait pas, ne regardait plus ou bien se voilait les yeux, la face.
Il préféra acquiescer aux paroles rassurantes du brun : oui, une simple peur de la douleur ou d'autre chose, c'était tout. Parce que Myles savait ce que cela était, un corps déformé bien que le sien ne le soit plus, peut-être avait-il peur que l'aiguille ne dérange l'agencement de ses ose t de ses muscles quand bien même celle-ci était bien trop petite pour cela?
Il préféra sourire avec reconnaissance à l'autre, s'engouffrant dans la porte de sortie offerte.

”Bah, je suis quelqu'un de simple et sans trop d'exigences finalement. Découvrir de nouvelles choses me suffit, et c'est intéressant de le faire avec quelqu'un d'autre qui vous parle plutôt que seul, sans pouvoir échanger...”

Une manière pour le rouquin de remercier Itzak, hélas il restait encore trop maladroit et peu sûr de lui pour offrir une compagnie véritablement agréable.
Quand Emile, Regan aujourd'hui, lui avait rendu ses jambes, le jeune homme avait appris petit à petit à s'ouvrir autour de bouteilles et de rires, dans les auberges crasseuses de Paris alors que dehors on dansait en espérant que les têtes tombent. Trinquer contre l'Autrichienne, trinquer contre la Lamballe, la Du Barry et le clergé aussi...
Aujourd'hui, on ne trinquait plus à rien et Myles ne pouvait dire si l'on chantait encore. A nouveau il regarda les motifs et tatouage, se disant qu'on préférait peut-être le dessin par les temps qui courent.

”Sommes-nous fous, de vouloir modifier nos corps ainsi?”

Quelque chose dans sa gorge le piquait, le grattait, alors qu'Itzak prenait place dans le fauteuil. Pour Myles, cela voulait dire regarder à l'intérieur de soi, retourner les années et les siècles jusqu'à sa propre enfance, vouloir changer la manière dont Dieu l'avait créée, car il ne s'agissait que de cela. L'orgueil, un péché, l'orgueil de penser que l'on valait mieux que ce corps dans lequel on naissait, qu'on pouvait dès lors en faire ce que l'on voulait.
Il avait été damné pour cela une fois, la magie, avait-il expié sa faute pour autant? Le jeune homme ne voulait pas croire à un danger nouveau, il préférait simplement regarder les formes et les couleurs, ne pas penser à la peur...

”C'est une invitation pour que je vous colorie? Parce que généralement je dépasse des lignes, vous savez...”

Un demi sourire enfin, comme si Myles acceptait de s'ouvrir un peu plus, comprenait les pas de la danse. Pourtant, le chemin restait difficile: plaisantait-il, refusait-il, rien ne permettait de vraiment le savoir.
Il s'approcha un peu plus, pour quiconque avait connu les barbiers, rebouteux et médecins des siècles passés, l'aiguille du tatoueur relevait d'un trésor pur de délicatesse. Elle était bien plus fine que la pointe d'une rapière ou d'un fleuret, et cette simple considération émerveillait Myles quand bien même il avait vu bien des choses ici depuis plusieurs années.
Son émerveillement semblait toujours intact cependant, quelque chose en lui comprenait que le ressentir, c'était se permettre une joie facile qu'il pouvait se procurer seul, que cela aidait à vivre.

”Je vais vous poser une question idiote mais... les femmes, elles peuvent se tatouer tout autant que vous? C'est magnifique...”

Non, en vérité Myles n'avait JAMAIS vu de femmes avec ne serait-ce qu'un seul tatouage à découvert, sa question était à la fois un reflet de son siècle et de sa candeur.
Et puis des pensées plus sombres et obscures se glissèrent alors en lui, preuve de la chose qui vivait tout au fond de son humanité, de la malédiction qu'il portait désormais mais sans savoir pourtant. Tout ce qu'il savait juste, c'était que les miroirs l'effrayaient, que ses pouvoirs avaient changé : et à quoi ressemblerait une peau avec de si beaux tatouages si elle commençait à se nécroser?

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Sam 10 Mar - 18:34

Les yeux baissés sur son bras, il regardait un ancien tatouage prendre vie. Les entrelacs de plusieurs motifs se mêlaient, c’était ce qui arrivait quand on usait et abusait du procédé et tout l’art de la chose était de trouver un artiste capable d’intégrer les anciens dessins aux nouveaux. Ici, un bout de crinière de lion était inséparable des flammes ornant le tatouage d’un arbre mort en feu. Ce n’était pas comme se faire faire un nouveau motif, mais plutôt comme retrouver un vieil ami, familier, avec lequel on vivait depuis si longtemps qu’on ne pensait plus vraiment tous les jours à sa présence à ses côtés. De façon plus pragmatique, il savait aussi que chaque coup de rotative dans sa peau lui coûtait très cher, financièrement parlant. Et s’il avait eu la moindre velléité d’entraîner Myles dans son délire, il aurait échoué, vu que le jeune homme préféra sagement regarder plutôt que de se lancer, là, comme ça, sans réfléchir. On dira ce qu’on voudra, le tatouage était un acte réfléchi, pour ceux qui entraient dans une boutique en sachant ce qu’ils voulaient et pourquoi ils le voulaient. Itzal était comme tout le monde : plus jeune, bourré ou sous l’influence de caïds plus âgés, il s’était déjà fait tatouer des conneries ressemblant vaguement à des mollards ou à un animal à quatre pattes non identifiés. Heureusement, il avait toujours réussi à les recouvrir avec d’autres motifs. Pour lui, se réveiller dans un plumard aux côtés d’une inconnue – ou pire, de quelqu’un de connu, amie ou ennemie – n’était pas pire que se réveiller pour découvrir son cul tatoué d’un lapin ou une horreur dans ce genre-là.

Itzal ne croyait pas trop Myles quand celui-ci affirmait être quelqu’un de simple, parce que personne n’était simple, pour lui, tout le monde avait son lot de fantômes accrochés aux basques, de squelettes dans tous les placards de la maison, sa fanfare personnelle de phobies, rêves brisés ou stupides et traumatismes divers et variés. En revanche, il respectait totalement la sobriété du jeune homme, qui ne souhaitait pas s’épancher sur l’épaule tatouée d’un inconnu, et qui aurait réagi différemment à sa place ? Pas Itzal, pour commencer. « Et si c’est de la folie, qu’est-ce que ça peut faire ? » Avant, on pensait que la vie était courte et on se permettait des tas de folies au nom de ça. Maintenant, on savait que mourir était devenu plus ou moins optionnel, et pourtant on continuait à se comporter de la même façon. En d’autres circonstances, Itzal aurait haussé les épaules, mais ce n’était pas trop le moment. « Je crois que tu dois juste faire ce que tu as envie de faire sans te laisser freiner par ce qui te remplit la tête. En ce qui concerne ce que je fais de mon corps, j’ai de comptes à rendre à personne. » Et il aurait bien aimé que cette affirmation s’applique à tout le reste de son existence, malheureusement, même l’apocalypse n’avait pas suffi à foutre par terre leur adorable société coercitive, et il devait bel et bien des comptes à des gens, à sa grande horreur. « Pas grave si tu as la main qui tremble, tant que tu as une âme d’artiste. »  

Là-dessus, Myles lui posa une question hallucinante et Itzal le regarda en se demandant de nouveau d’où est-ce qu’il sortait. « T’as jamais vu une seule femme tatouée, vraiment ? Même pas à la télé, quand on avait la télé… » Il devait avoir affaire à une de ces pauvres âmes qui avaient vécu trois mille ans dans la peau d’un écureuil, ou pire, en enfer… Il n’insista donc pas, après tout, chacun son histoire. « C’est vieux comme le monde, le tatouage, et ça vaut autant pour les hommes que pour les femmes, des conneries chamaniques ou magiques, les dieux, les cultes, les traditions… Les femmes se tatouent depuis toujours. » Peut-être qu’un jour, il lui présenterait Brooke, tiens. Le tatoueur travaillait en faisant semblant de ne pas écouter leur conversation, ce dont Itzal lui en savait gré. C’était bien pour ça qu’il n’encaissait pas les coiffeurs, tiens. Il leva de nouveau les yeux sur Myles. « Tu sais, si ça se trouve, il y en a parmi tes amis ou tes proches qui sont tatoués sans que tu le saches, chez qui tu n’aurais jamais cru ça possible. Des fois, c’est quelque chose qu’on a juste envie de garder pour soi. » Il en avait vues des tas, des grands-mères mamie gâteau avec des tatouages bien planqués sous les tabliers, de bonnes mères de famille avec les traces d’une jeunesse mouvementée sur la peau ou des hommes politiques entrés dans l’histoire avec un bout de tatouage dépassant de la manche du costard. C’était l’occasion pour lui de passer son entourage en revue et d’essayer d’imaginer ça.

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Sam 24 Mar - 12:23

La patience d'Itzal à son égard était calme comme un océan, tout du moins l'idée que Myles se faisait d'un océan. Il se sentait reconnaissant face à l'homme, Myles comprenait qu'il avait eu soif de mots et de paroles pour autre chose que le travail et les simples mondanités. On pouvait le voir, on pouvait encore le voir, lui l'enfant meurtri dans un corps d'adulte qui savait beaucoup trop rester discret malgré sa tignasse.
Désormais, quand Myles se prenait à sourire pour l'autre, il le faisait avec toute l'innocence au monde, comme un animal apaisé et apprivoisé. Il continuait à ne rien attendre du brun, appréciait juste le moment, cela était déjà beaucoup quand l'on connaissait la valeur des choses...Et si ses yeux se voilaient un peu à la faveur d'un rêve, il n'en demeurait pas moins attentif à Itzal. La télévision, Myles n'avait pas vraiment connu. Le rouquin s'était fermé de beaucoup de choses, beaucoup trop, ses seuls intérêts avaient été la danse, comme un vestige de l'ancienne vie qu'il avait voulu mener. Aujourd'hui, il ne menait rien, était parfois étranger au monde.
Cela ne voulait pas dire qu'il en rejetait la modernité, simplement qu'il ne pouvait en faire partie et s'y intégrer complètement.

”Je...ne viens pas d'une région où la culture permettait de se tatouer, que l'on soit homme ou femme. A moins d'être marin, et ceux là étaient plutôt grossiers. C'est intéressant pour moi de découvrir tout cela... Bien sûr je sais que cela existe, mais....disons que mon esprit n'arrivait pas à rendre cela réel pour autant.”

Il continuait de sourire, pas quelque chose à pleine dent car cela l'aurait rendu trop fragile, plutôt une esquisse douce du bout des lèvres. Quelque chose de pas forcément marqué, mais avec pas mal de sentiments là dedans. C'était comme ça que Myles souriait, c'était ça aussi qui retenait ses rires car il ne savait ni quand, ni comment rire exactement.
Pas de manière naturelle.

”Je n'ai pas vraiment de proches ou d'amis, alors tout peut se cacher derrière leurs vêtements vous avez raison. Néanmoins.... Nous vivons une époque étrange, avec énormément d'interdits, ces tatouages et autres marques de ce genre, ne sont-ils pas un danger quelconque?”

Le jeune homme fronça les sourcils un peu.

”Garder cela pour soi, est-ce qu'on le peut vraiment sans se couper de toute forme d'intimité? Toute chose capable de nous démarquer des autres est et restera un danger... “

Il ne pensait pas qu'aux tatouages, il pensait à sa simple couleur de cheveux, à son handicap aussi qui réaparaissait parfois sous formes de douleurs plus ou moins fantômes, impossible à savoir puisqu'il n'y avait personne ici pour le soigner.

”Bah, je pose beaucoup trop de questions laissez tomber. Je suis moi même plutôt solitaire, disons que je comprends peu les échanges à plusieurs, les dangers possibles ou non. Mon regard est détaché, mais non hostile... Il y a beaucoup trop d'énergie à perdre avec de la haine, je préfère la curiosité.”

Et toute sa haine, Myles ne la donnait qu'à une seule personne: Regan. Le reste n'était qu'énergie gaspillée....

 

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mer 4 Avr - 23:39

Ce type était comme un puzzle, voilà à quoi pensait Itzal en écoutant parler Myles. C’était comme s’il avait renversé la boîte par terre et commencé à trier les pièces, et que pour le moment, il n’avait assemblé que les bords. Une région où on ne se tatouait pas ? C’était difficile à imaginer, vu que même sous les pires dictatures, c’était un truc classique. L’allusion aux marins, en revanche, conforta Itzal dans son idée que si Myles venait d’une région différente, pour reprendre ses termes, il devait aussi venir d’un temps différent. Ce qui expliquerait sa façon de danser, accessoirement. Mais en fait, quand Itzal le regardait, il n’arrivait pas à savoir s’il avait affaire à un très vieil homme ou à un très jeune enfant – le tout dans le corps d’un jeune homme, tout simplement. Bref, Myles était une véritable énigme. D’ordinaire, Itzal avait tendance à se méfier, vu que par les temps qui couraient, n’importe qui pouvait être un milicien sous couverture, mais enfin il avait du mal à imaginer Myles dans cette peau-là, et en plus, qu’est-ce que la police militaire pourrait bien lui vouloir ? Le gouvernement lui avait déjà tout pris, il n’avait plus rien à leur sacrifier. Alors il se pouvait bien que le jeune rouquin soit juste exactement ce qu’il paraissait être : un mystère, mais un mystère sympa et visiblement pas très bien armé pour vivre dans ce monde. Comme par exemple, la façon qu’il avait de balancer la vérité sur lui-même avec un air totalement naturel et innocent. N’importe qui d’autre n’aurait pas avoué la bouche en cœur ne pas avoir d’amis. Bon, à bien y réfléchir, Itzal n’en avait pas vraiment non plus, surtout depuis que son meilleur pote était devenu amnésique. Comment rebondir là-dessus, hein ? Mais Myles ne semblait en fait même pas dérangé par cette constatation et enchaîna tranquillement, à son rythme de croisière.

« Tant que je ne me tatoue pas des slogans anti-gouvernement sur la figure, je ne vois pas où est le problème. Et puis il y a des marques plus dangereuses à porter que des dessins. » Comme, par exemple, une cicatrice ressemblant fortement à la morsure ou à la griffure d’un zombie. Mais finalement, tout ce qu’il marmonna, sans être certain d’être entendu, ce fut : « Et on ne peut pas toujours vivre en ayant peur. » Sinon autant ne plus se lever le matin et se laisser crever. En tout cas, vu comme il parlait d’intimité, Itzal voulait bien croire que Myles ne croulait pas sous les amis. Vu comme ça, c’est sur que c’était pas facile d’avoir des secrets et personne à les confier. C’était le meilleur moyen de s’étouffer avec. Cela dit, c’était aussi à ça que pouvait servir les tatouages. À se confesser, mais en silence, et en secret, par des formes à détournées du propos et un message que lui seul comprenait. Quoiqu’il en soit, la conclusion de Myles en disait plus long sur lui que tout le reste depuis le début de cette conversation, et Itzal ne put s’empêcher de se marrer brièvement. Détaché, oui, c’était le mot, apparemment. « Oui c’est sympa comme philosophie de la vie mais le détachement, ça doit pas aider à se faire des copains, effectivement. Et la haine, c’est un moteur plutôt efficace dans la vie. La gentillesse, ça marcherait uniquement dans un monde où tout le monde jouerait selon les mêmes règles. » Mais bon, il n’allait pas regarder Myles dans les yeux et lui conseiller de se transformer en boule de rage et de détestation juste pour survivre deux jours de plus dans cette ville… C’était un peu ce qu’il faisait d’ordinaire, mais pas avec les inconnus, tout de même, c’était un peu too much.

Le tatoueur semblait avoir fini, et essuyait son bras et le trop-plein d’encre avec un tissu à l’air un peu cradingue. Un peu de crème pour cul de bébé là-dessus, du film plastique alimentaire, et le tour serait joué. Pour s’être fait tatouer à l’ancienne par le passé, c’est-à-dire avec une pointe de clou droit sur lequel on tapait avec une latte de bois, en gros, Itzal savait le luxe que cela représentait, toute cette débauche. « T’es assez bizarre, dans ton genre, et je ne dis pas ça comme un reproche ou un jugement. Je n’arrive pas à savoir si tu es du genre candide ou si tu as traversé l’enfer, au sens métaphorique ou littéral du terme. » Difficile de croire qu’il pouvait être les deux, un rescapé de la vie naïf, mais après tout, on trouvait de tout dans ce monde.

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Mar 10 Avr - 16:16

Non, on ne pouvait pas vivre avec la peur. On pouvait le faire avec l'amour, on pouvait le faire avec la dignité, avec d'autres mots aussi, des même un peu négatifs parfois puisque la vie pouvait être une chose étrange, mais la peur? Jamais, pas pour un peu, pas pour toujours, juste jamais.
Tout cela, cette pensée, elle lui traversa l'esprit avec la vitesse d'une balle en pleine tête, elle lui traversa le regard aussi, et Myles comprit que ce n'était pas la peine d'y mettre ses mots dessus, de parler.
Parce qu'Itzal avait ses propres pensées, qu'elles pouvaient s'éloigner ou se rapprocher de celles du rouquin peut-être, mais que dans tous les cas elles étaient soeurs puisque le tatoué l'avait guidé par sa propre réflexion. En vérité, l'homme avait comme dessiné les contours d'un tatouage mental qu'il appartenait à Myles de remplir, peu importe qu'il déborde ou non.
Cette métaphore l'aida un peu plus à comprendre le caractère important du tatouage, au delà même du souvenir. Quelque chose qui relevait de l'intime et du partagé tout à la fois, il fallait faire confiance aux mains et aux yeux d'un autre pour qu'il puisse dessiner les rêves que l'on portait en nous, que l'on ne voyait que par nos propres yeux.
Même pour une simple couleur, cela comptait, du moins Myles y placerait-il, lui, une grande importance...

Alors il s'approcha un peu plus, rejetant la peur comme l'on rejette un manteau à présent qu'Itzal l'avait mené ainsi sur des chemins étrangers peut-être, mais qu'il ne servait à rien de parcourir avec cette putain de peur au ventre.
Il laissa ses yeux s'attarder sur les outils, sur le tatoueur et puis le fauteuil, sur les nouvelles couleurs  du motif, sur Itzal qui portait cela comme un soldat porterait un étendard. Il hocha la tête aussi un peu, osa sourire. Avoir peur d'Itzal ne servait à rien, l'homme avait prouvé ne pas être un danger pour lui.

”C'est beau.”

Quelque chose de simple dans les mots, de court, de bref, de sincère aussi. Inutile d'aller dans les grandes phrases, pas quand le chemin restait étrange encore et que Myles était ce garçon bien trop prompt à se perdre.
C'était vrai, tout le monde ne jouait pas selon les mêmes règles. Lui-même laissait tout tomber parfois pour la haine, mais il ne haïssait qu'une seule personne.
Regan, son frère encore et toujours, haïr pour ne pas admettre d'aimer puisque quand on aime, on souffre de tout perdre. Et dans un monde tel que le leur à présent, on perdait tout quotidiennement...
Il laissa son regard errer, un peu pris en faute, un peu maladroit, à ne pas véritablement savoir ce qu'il portait dans son propre coeur mais à espérer quand même un peu.
Et à côté de lui souvent on mentait, on trichait et on volait, souvent on trahissait ou l'on changeait, parfois pour le mieux, parfois pour le pire. Quant à la compassion, pour survivre il fallait savoir quand la donner, comment et pourquoi.
Que nous valaient les sentiments s'ils étaient gaspillé au vent jusqu'à provoquer alors les maux qu'ils devaient résoudre?
Et puis les mots d'Itzal lui firent relever le regard. Il ne vacilla pas, il ne bascula pas, acceptant ce que disait l'autre homme, et cela demandait du courage bien qu'il n'y ait ni malice, ni méchanceté chez l'autre, bien au contraire, mais il était parfois difficile d'accepter que l'on vous sorte ainsi une vérité.
Et puis une question, enfin pas vraiment une question mais si, un peu quand même...
Myles se laissa aller à sourire, il y avait de la paix dans ce sourire, il y avait de la tristesse aussi, mais il n'y avait pas de fierté puisque cela, le jeune homme ne savait comment la porter.

”Littéral. Métaphorique aussi un peu je pense mais ça on s'en rend moins compte alors je me souviens surtout du premier. “

Et puis son sourire s'illumina soudain beaucoup plus.

”Mais Candide est un très bon livre”, qui plus est, écrit par un compatriote.”Je connais un peu le sens de l'adjectif qu'il est devenu, je crois que je suis assez heureux qu'on puisse m'y comparer.”

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MessageSujet: Re: Keep calm and party all night || Myles   Sam 14 Avr - 23:11

Il y avait des moments comme ça ou même un être dénué de conscience ou du moindre degré d’émotion savait que quelque chose était en train d’arriver, du domaine de l’affect, de la sensation, et ce fut un de ces moments-là qui se passa, Itzal en était sûr, quand Myles se rapprocha pour regarder le tatouage plus en détail. Jusqu’à présent, il était sagement resté à distance, comme s’il avait craint que le tatoueur le morde, mais il semblait que quelque chose se soit débloqué en lui, qui le fit venir de lui-même, selon son propre timing, et Itzal n’y pouvait rien, tout ça dépendait entièrement de Myles et de ce qui était en train de lui passer dans la tête, quoi que ce fut. Le Vénézuélien esquissa un sourire. Ouais, c’était beau. Putain de beau. Pas seulement le tracé du dessin, pas seulement les couleurs, mais aussi la représentation, la performance, et puis l’idée qu’il était là et en vie pour se faire tatouer, le fait indéniable qu’il s’était fait tatouer, que les gens aiment ça ou non, que la société le juge ou pas, que le gouvernement l’autorise ou pas. C’était fait, c’était là, ça comptait, pour lui au moins, et puis merde, voilà, c’était comme ça et c’était parfait. Une autre façon de se sentir vivant. Il ne pouvait nier aussi que parler avec Myles sur des sentiers qu’Itzal n’avait pas l’habitude d’arpenter avait rendu toute l’expérience beaucoup plus mystique que d’habitude. « Ouais. Et quand je le regarderai, je ne pourrai pas m’empêcher de me rappeler que t’étais là. » Un état de fait qui n’appelait aucune réponse. Sans sensiblerie aucune. Mais voilà, d’une certaine façon, Myles faisait partie du tatouage, tout simplement.

Que Myles ne s’agace pas ou ne referme pas comme une huître aux paroles d’Itzal, cela contenta grandement le Vénézuélien, toujours ravi de pouvoir dire ce qu’il pensait sans broderie autour, lui qui n’aimait pas les ronds de jambes et s’énervait de voir les gens confrontés à la vérité s’énerver. Parler, c’était tellement compliqué, parfois. Mais avec Myles, ça semblait couler tout seul. Comme cet aveu, sobre, presque amusé, qu’il avait passé un moment – et un long moment, non ? – à Darkness Falls. Itzal en connaissait d’autres, et en connaissait même qui n’avaient plus toute leur santé mentale, ou leur santé physique. Vu comme ça, il pouvait imaginer que Myles avait des fissures et des fractures, mais il le cachait plutôt bien. N’était pas parti en hurlant et en s’arrachant les yeux à l’évocation de l’enfer qu’il avait traversé. On ne pouvait jamais savoir, qui craquerait, et qui resterait debout, dans ces situations-là. Itzal aimait à penser qu’il tiendrait le coup, mais en vérité, il n’y avait aucun moyen de le savoir, et il n’avait certainement pas envie de mettre sa théorie en pratique. « Faust et Candide tout à la fois, alors », sourit-il, se rappelant vaguement un des trucs innombrables qu’il avait appris à la fac de riches qu’il avait fréquenté plusieurs années. Il se leva du siège, tendit quelques billets froissés au tatoueur, tout ce qu’il avait pour les jours à venir, en vérité, mais peu importait, la débrouille, c’était un mode de vie, pour lui comme pour tout le monde. « Félicitations pour avoir survécu. Enfin, si ce genre de trucs se dit. Et si un jour tu as envie de te faire tatouer, tu sais par quoi commencer. Ça se pose là, comme traumatisme à exorciser. » Le but, après tout, ce n’était pas d’oublier, ni d’accepter, mais simplement d’apprendre à vivre avec ses propres malheurs, et pourquoi pas même à être heureux malgré eux.

Il se planta devant le jeune homme. C’était bizarre, il ne savait pas trop comment se comporter avec lui maintenant qu’ils avaient un peu fait connaissance, mais qu’ils étaient toujours également des inconnus l’un pour l’autre. « J’imagine qu’être resté candide malgré ce que tu as dû vivre, c’est un genre de petit exploit. Mais fais quand même attention à ne pas faire ce genre d’aveu à n’importe quel inconnu. » C’est vrai, quoi, merde. Pour ce que Myles en savait, Itzal aurait pu être un membre de la milice, et l’autre qui lui avouait cash être allé à Darkness Falls, et donc être plus qu’un simple humain. Itzal n’avait aucune idée de ce qu’il était, mais cela lui était égal, puisqu’il n’y avait aucune situation de danger.

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