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 « And they turn into monsters » MarcusxLiam

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: Re: « And they turn into monsters » MarcusxLiam   Lun 11 Juin - 15:54

Ils ne sont pas partis du bon pied et pourtant, les voici. L’impulsivité de l’italien s’est calmée, pour de bon. Il n’éprouve plus d’agacement par la présence du ministre, pour la première fois depuis qu’il a été muté à ses côtés. Il n’y aurait pas cru, si on lui avait dit dès le départ que les choses prendraient une tournure bien différente de ce qu’il pouvait penser. Tout n’est pas noir, non, mais tout n’est pas blanc. La présence de Liam ne suggère désormais que du gris, ce gris qui l’embête tant, pour la simple raison qu’il n’a jamais vraiment su s’y adapter. Il préfère lorsque tout est clair, qu’il sache quelle attitude adopter. Mais ce n’est pas aussi facile, loin de là. Il y a ces doutes, ces incompréhensions. Cette froideur qui s’estompe pour laisser place à une douceur qu’il ne lui connaissait pas. Cette fermeté qui s’estompe elle aussi, laisse place à une discussion moins stérile entre les deux hommes. Il ne s’y était pas préparé, Marcus, il ne s’y était pas attendu. Avec le temps, il lui est devenu bien plus confortable de chercher la confrontation que la discussion. Il a préféré ne voir qu’un monde teinté de noir pour s’éviter toute déception. Il a choisi de ne pas toujours s’exprimer, de garder ses peines les plus profondes pour lui, dans sa peau, pour pas qu’elles ne puissent se retourner contre lui, le blesser davantage. Pourtant, ils en sont là. Il en est là. À se livrer, à accepter de ne plus chercher le conflit, parce qu’il ne le peut pas plus qu’il ne le veut.

Les mots ne sont pas simples à placer lorsqu’il s’agit du passé. Se forger n’est généralement pas une chose aisée, et il n’en a jamais vraiment parlé. De ce père, qui l’a abandonné gamin, parce que telle en a été sa sensation. Il lui a longtemps manqué ce modèle pour le rassurer, avant qu’il ne décide de marcher dans ses traces, pour se rapprocher de lui, initialement. Il n’y a pas manqué, lui a ressemblé un trop long moment. À essuyer les oppositions, les déceptions, les heures de solitude pesante. Mais il n’est pas son père, il a réussi à remonter la pente, lui. Alors que le paternel avait trouvé la venue au monde d’un bambin pour ne pas sombrer trop rapidement, pour retrouver un peu d’espoir, lui a trouvé l’innocence d’une petite chose laissée pour compte. Le petit Nero, qui lui a donné envie de chercher un peu d’équilibre, pour faire face à de nouvelles pertes. Et pourtant, le brun vient de faire une chose que son géniteur n’avait osé faire. Il a avoué, dit qu’il est paumé, qu’il se réconforte en œuvrant un minimum pour ce qu’il lui reste d’espoir, cette flamme que l’apocalypse n’a pas encore réussi à éteindre. Et ce silence à côté de lui l’y a aidé, bien qu’il n’ait pas cherché à voir sur ses traits si c’était plutôt bon signe, ou pas du tout. Il préfère penser que de son côté à lui aussi, l’animosité s’est évaporée.

Pourtant, aucun mot ne sort de la bouche de Liam. Il reste muet un temps, pour la première fois. Les rôles se sont inversés, brièvement. Marcus n’est plus celui qui manque de mots, il a dit ce qu’il avait à dire, ni plus ni moins. Mais le ministre, lui, ne dit plus rien, ne comble pas immédiatement le vide de quelques paroles  L’italien ne sait quoi en penser, se contente d’éviter de tourner son regard vers lui pour le moment. Il ne sait pas combien de temps dure ce manège, combien de temps il essaie de trouver des pensées plus réconfortantes à son esprit. Il ne veut pas le savoir, se contente de se dire que son manque d’habitude au calme ne l’aide pas à voir filer rapidement les minutes. Ce n’est, tout compte fait, pas aussi reposant qu’il y paraît. Ça lui laisse le temps de réfléchir, de se poser trop de questions, de cogiter encore et encore sur ce qui a été dit, sans savoir si c’est une bonne chose. Finalement, leur équilibre ne tarde pas à être retrouvé, et le tatoué l’observe du coin de l’œil, s’intéresse à ce qu’il va avoir à dire.

Et à nouveau, il ne dit plus rien, se contente d’écouter. Il ne pense pas mériter quoi que ce soit, mais la douceur de Liam le convainc de le laisser développer sa pensée. Pas de Rex, mais plutôt de Marcus. L’homme lui-même et non pas son étiquette, parce qu’il en est bien question, de son humanité. Et l’entendre l’aide à comprendre. Comprendre l’importance de la question à laquelle il a répondu d’abord sans grande assurance. Comprendre combien il n’est pas si stupide, de s’accrocher à des valeurs en lesquelles plus grande monde ne croit. Comprendre qu’il n’est pas encore prêt de la perdre, son humanité. Il y en a, du travail, pour ne pas se laisser sombrer dans la facilité, dans l’imitation de ses parfaits collègues, de ces toutous trop aveugles. Il y a tout autant d’efforts à faire pour l’exprimer, cet héritage. Ses peines sont loin de voir leur bout, et pourtant, ça réconforte, d’entendre qu’il n’a pas encore perdu la boule, qu’il peut continuer de suivre sa route, de croire encore en ces semblants d’idéaux, malgré leurs faiblesses.

Il n’est plus crispé, l’italien. S’est enfin relâché complètement. Sa garde tombe, pour laisser davantage de place à la confiance. Le terme est dangereux et pourtant, il n’en est pas le moins du monde inapproprié. En ce Liam caché sous le costume de politicien, derrière cette autorité à laquelle il s’est d’abord heurté, il place sa confiance. Cette fois, contrairement à ses habitudes, il ne la cache plus, ne le peut plus. D’un hochement de tête, il rejoint les propos concernant cette fameuse réputation dont il a parlé. Néanmoins, il n’est pas totalement d’accord sur un point, ne pense pas qu’elle n’influence en rien son porteur. D’une manière ou d’une autre, Marcus est d’avis qu’elle se mêle aux différents facteurs qui mènent chacun à se construire une identité. La sienne l’a forgé, que ce soit sur les bancs de l’école ou comme elle le fait encore aujourd’hui. Son importance est moindre comparée à celle des expériences, mais il lui en accorde une tout de même, estime qu’elle ne peut pas totalement être ignorée.

Et il en dirait bien quelques mots, mais le temps lui en manque, Liam ne lui laisse pas bien longtemps pour méditer sur ses propos. L’italien ne sait pas s’il ne ferait pas mieux de l’interrompre, sans pour autant savoir comment. Il ignore la raison qui peut le pousser à ne pas se contenter de ses conseils, de lui dévoiler à son tour une part de lui que Marcus n’aurait jamais deviné s’il avait décidé de ne point lui en piper mot. Et il en est touché, l’italien, de le voir dans cet état, d’imaginer une si longue vie dans l’obscurité. Mais il en comprend mieux son insistance, ainsi que leurs différences. Ne peut s’empêcher de l’observer avec plus de distance, alors que les aveux fusent. Ne dit rien, se contente d’écarquiller les yeux, de se mordre nerveusement la lèvre, avant de se frotter les joues, perplexe. Il est allé loin, Liam, bien loin. Bien trop loin pour qu’il puisse comprendre sa motivation. Il peine déjà trop à l’imaginer. Tuer en masse pour une position et ses avantages. Cautionner l’horreur pour y rester. Condamner son propre sang pour rien. C’en est bien trop, pour lui. S’il peut accepter qu’il est possible d’en arriver à se limiter aux vices divers et variés, à sombrer corps et âme dans les mafias, comme il l’a peu à peu compris en côtoyant Joseph, il ne peut pas encore comprendre comment Liam a pu en arriver là. Il ne peut que rester muet, à court de mots.

Ses orbes glissent vers le bas, suivent ce doigt pointant son cœur. Et bien vite, tout change, une nouvelle fois. Où sont-ils ? Il l’ignore, mais le Colosseum est bien loin d’eux à présent. L’illusion ne lui est pas désagréable, bien au contraire. Il ne cherche pas quelque explication que ce soit, se laisse transporter par ces deux enfants et leurs cris de bonheur. Laisse ses sens s’éveiller à nouveau par la beauté du moment, par cette scène si banale autrefois mais désormais absente du quotidien. Où sont les sourires innocents, les regards baignés d’étoiles, cet émerveillement si touchant aux yeux de l’adulte qu’il est devenu. Il est envoûté par la vision, par toutes les émotions qu’elle suscite. Par ce paradis perdu. Lorsque tout s’évapore à nouveau, c’est son cœur qui manque un battement, la tristesse qui prend possession de lui. Ils manquent tant de choses, dans ce monde devenu si petit, dans ce monde qu’ils peinent à partager, plutôt que de se serrer les coudes, de remonter la pente tous ensembles. Ils sont en train de sombrer, d’oublier. Et lui avec, naturellement. Ne tenant plus, il laisse sa tête tomber entre ses mains, s’abandonne quelques instants, impuissant face aux émotions qui le submergent. Temporairement, il en oublie Liam, il en oublie qu’il n’est pas chez lui, qu’il devrait plutôt être en colère d’avoir à traverser tout ça alors qu’il n’a rien demandé, ne peut pas s’en protéger.

Et les mots lui parviennent encore, l’enfoncent de plus belle. Ce sont des perles salées qui glissent contre ses joues, se perdent entre ses doigts. Il ne peut plus, faire semblant de ne pas être sensible à tout ça. Il ne l’est pas, ne peut pas continuer comme si de rien n’était. Rares sont les fois où il craque en public, et il l’a bien choisie, celle-là. Quelle belle emmerde, que de le faire aux côtés de Liam. Mais c’est plus fort que lui, il est plus fort que lui. Ce sont des yeux rouges qu’il rive vers ce dernier, après un dernier effort pour se calmer, pour laisser filer son cœur entre ses lèvres. « Je ne sais pas quel monde on laissera derrière nous, Liam, je ne pense même pas qu’on s’en sortira, tu vois. » Il n’est pas optimiste, quant à son futur. Cela fait quelques temps déjà qu’il a laissé de côté toute possibilité de se voir fonder une famille, vieillir auprès de personnes à aimer. Il en est persuadé, il va surtout mal finir, ne les connaîtra pas, les rides sur son visage. « Je ne veux pas que ceux qui grandissent dans ce monde ne connaissent rien d’autre que la dictature et ces murs à la con. Mais regarde comme on est parti, tous ces efforts qu’il y a à faire avant d’espérer voir une infime amélioration. » Il y a tant à déblayer avant d’entrevoir le chemin de la rédemption, si tant est qu’elle existe bien.

« Ce putain d’espoir, faut le porter. Toute cette folie ne m’inspire rien de bon. Y’a plus grand monde qui en a, de ce truc. Et je les comprends, en même temps, quand tu vois comment le monde a tourné, tout ce qu’on s’est pris dans la tronche, toutes ces désillusions qu’il a fallu regarder en face, combien ça fait mal de s’y accrocher. J’suis pas plus fort que ceux qui ont abandonné leur espoir, pas plus fort que toi, j’suis juste impuissant. » Impuissant avec cet espoir dont il n’arrive rien d’autre à faire que de le porter de son mieux, d’essayer de faire en sorte qu’il ne le détruise pas totalement.  Et pourtant, il ne cesse jamais ses efforts, il le sait.

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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: « And they turn into monsters » MarcusxLiam   Lun 11 Juin - 17:00


Il y a quelque chose de terrible dans le pouvoir d'une illusion, quelque chose d'horrible que personne ne réalise vraiment, encore moins nous, les donneurs d'illusions. J'ai passé ma vie à connaître ça, les illusions. Mes parents m'en montraient des tonnes jusqu'au jour où j'ai su les faire. Des petites, des plus grandes. L'illusion d'un sorcier, c'est une part de soi qu'il livre sans même vraiment s'en rendre compte, et ça, j'ai mis longtemps à le comprendre. Peu importe le sens que l'on utilise, même si l'on se sert d'une illusion pour infliger une simple douleur, cette douleur, que l'autre ressentira, elle sera une part de nous.

Les illusions, c'est tout ce qu'il me reste comme espoir, comme mémoire. Elles sont mes journaux intimes qui me rappellent qu'un jour, j'ai été un homme. Un jour, j'ai eu un cœur et la capacité de rire aux éclats. Les illusions sont précieuses et ces dernières années, la seule personne sur laquelle je m'en suis réellement servi, c'est mon frère. Parce que mon frère a déjà mon cœur, mon âme et tout ce qui faisait de moi un homme, alors il pouvait avoir ça. Marcus est la seule personne qui aura eu le droit à une illusion de ma part depuis trop longtemps. Deux illusions. Une horrible, impulsive. Celle qui m'enlève mon humanité, transmet ma douleur à ce type qui n'a rien demandé. Et puis celle ci, celle de l'homme que j'ai été.

Il n'a pas le contexte, ceux qui les subissent ne l'ont jamais. Marcus n'entend pas mon cœur qui bat différemment lorsque je vois mon frère courir dans ce champ. On est trop petits pour qu'il soit encore malade, trop petit pour que je n'ai plus d'espoir. Ce souvenir, qu'il vit en même temps que moi, c'est tout ce qu'il reste de celui que j'ai un jour été. Quelque chose que je n'aurais jamais pensé possible, partager ce moment si précieux, trop précieux, avec celui que j'ai ignoré pendant des mois. Marcus détient désormais cette partie de moi, ce fragment que personne d'autre n'a. L'illusion s'arrête et je tente de maintenir le change. Mes mains tremblent un peu, l'enfant en moi s'effondre, s'estompe au point de presque disparaître. Il ne me reste plus rien mais lui, lui il lui reste tout. Il doit le savoir, l'entendre, le comprendre. Il doit se souvenir, ne pas faire les mêmes erreurs, ne pas avoir peur d'oublier, comme moi j'ai peur.

Alors pourquoi pleure-t-il ? Pourquoi, lorsque je ne vois que du bon, l'homme face à moi s'écroule ? Pourquoi, là où j'ai cru bien faire, j'ai finalement créé un nouvel enfer ? Ma gorge se noue et je passe une main sur mes tempes. J'ai les mots de Nolan qui tournent en boucle, son libre arbitre de merde, ses choix à la con. Est-ce que c'est ça, le problème ? Est-ce que j'ai encore volé la liberté d'un homme en voulant l'aider ? L'enfant en moi, les rires s'éloignent, ils s'enfoncent si loin dans ma mémoire que je ne suis plus sûr de pouvoir les revoir un jour. Plus sûr de pouvoir créer d'illusion de cet avant, avant que je devienne cet homme. Ce voleur d'espoir, ce briseur de rêve. Celui qui prend la liberté pour l'éclater sans sourciller. Je baisse les yeux, n'ose plus dire un mot. Quoi dire, de toutes façons ? Pardon ? Il est trop tard pour les excuses, les images et les sensations ne sortiront pas de la tête de l'italien de sitôt. Incapable de faire un geste envers lui, incapable de le frôler, lui parler, je reste totalement impuissant face à ce gamin qui pleure, qui pleure une vie, un monde. Il pleure sans que je comprenne et le fossé se creuse à nouveau entre nous.

Pourquoi tu pleures, Marcus ? Pourquoi tu pleures alors que t'as des rêves et des espoirs ? Pourquoi t'es triste, garçon ? Qu'est-ce qui te fait si mal que ça t'en retourne le cœur ? Marcus, pourquoi tu pleures, t'es en vie, ton cœur bat, t'as des combats auxquels tu crois ? Je ne comprends pas, Marcus. J'te comprends pas.

À dix milles kilomètres du milicien pourtant à portée de main, je laisse mes yeux retrouver les siens avant qu'il n'ouvre la bouche. Il a les yeux rougi, les joues rosis. Depuis combien de temps je n'avais pas vu ça ? De simples larmes ? Pas suite à une colère noire, pas suivies d'une balle dans l'épaule ? Pas une larme de frustration, pas de ça ici. Les yeux de Marcus sont rougis de la façon dont les yeux des enfants rougissent. Il a des larmes qui sèchent sur le coin des pommettes, il a son innocence qui éclate partout sur son visage. Il me semble si loin, trop loin. Marcus est un gamin, un gamin plein de rêves et d'espoir quand moi, je n'ai plus rien. Mon visage froid cherche l'émotion, cherche à ressentir, lui voler ses émotions. Que je rêve de pleurer à nouveau comme lui, que je rêve d'être si triste que mes yeux me piquent. Mais ça, c'est pas pour aujourd'hui, et probablement pas pour demain non plus.

Ses larmes se glissent entre ses lèvres, ses mots sont des peurs et des sentiments. Il y a tout un monde, qui se forme alors que l'italien ouvre la bouche. Il y laisse passer son désespoir, sa peur au ventre et cette tristesse, face à l'avenir. Je l'écoute sans un mot, oubliant le monde autour de nous, ne voyant que lui, un homme comme je n'en connais plus depuis trop longtemps. Il décrit ses rêves, ses doutes. Ses yeux brillent de peine lorsqu'il pense à ceux qui grandissent aujourd'hui, ses yeux se perlent contre ses paupières alors qu'il voit le monde dans sa noirceur la plus grande.

Je ne le quitte pas des yeux, lui et son émotion. Je ne quitte pas son visage qui doit le brûler, si je me rappelle de la sensation, je ne quitte pas ses cils qui doivent commencer à peser, si j'ai la mémoire des larmes sur ma peau. Il me raconte comme c'est lourd, ce poids sur ses épaules. Comme il souffre, à bout de souffle. Il me dit qu'il n'en peut plus, et qu'il comprend ceux qui ont baissé les bras, qu'il me comprend un peu moi. Il parle du monde en général, de tout ce que l'Humanité a vécu pour devenir ainsi. Que les gens ne vivent plus, ils survivent. Il parle d'impuissance, là où il ne mesure pas sa force. Il croit qu'il ne vaut pas mieux que les autres, là où il est plus fort que tous les autres réunis. Mais comment lui dire, putain ?

Comment lui dire sans qu'il s'écroule ? Comment lui faire passer des messages sans le briser ? Dès que je l'approche, je l'écorche. Je suis maladroit, parce que je ne suis plus vraiment humain. Je ne sais plus ce que c'est que de pleurer autrement que par colère. Tout ce qu'il m'a raconté, c'est si loin, trop loin. Je n'ai pas vécu les désillusions de l'Humanité, je n'avais déjà plus d'espoir depuis des années. Je ne comprends pas le monde, moi. Je n'excuse pas ceux qui ont perdu espoir, je ne m'excuse pas moi. Surtout pas moi. Alors comment lui dire ? Comment lui parler ?

Ma voix dérape, déraille. Je joue un jeu sur un terrain que je ne connais plus. Aucun repère, aucun point d'ancrage. J'avance à l'aveugle face à ses yeux rougis par la peur. « Marcus... je sais pas comment parler avec toi. » Je passe une main sur mon visage, secoue la tête et retrouve son regard. « J'aimerais te faire comprendre tellement de choses. J'aimerais que tu te vois à travers mes yeux. Mais je peux pas faire ça. » Je pince l'arête de mon nez et cherche à ne pas lui faire plus de mal. « Si tu voyais à travers mes yeux, tu souffrirais. La preuve, l'état dans lequel je t'ai mis. »

J'ai honte, malgré tout. Honte d'échouer autant, honte de m'être tellement éloigné de mon humanité que je suis incapable de m'exprimer sans torturer l'homme en face. Pourtant, ce n'est pas ce que je veux, le sait-il au moins ? Le voit-il ? Ou même mon regard ne montre plus rien, rien que de la froideur et de la distance. Suis-je encore au moins humain ? J'en doute.

« Je suis désolé, Marcus. Je voulais pas te faire de mal, vraiment pas. Et j'ai envie de te répondre, parce que j'ai des tas de choses à te répondre mais j'ai peur, peur de te briser plus que je ne l'ai déjà fait. » Une grimace qui déforme lentement mon visage alors que je quitte son regard, j'observe le monde qui vit autour de nous, ne s'occupe absolument pas de cet homme qui s'est effondré. Les gens ne tournent pas un œil, ignorent totalement les larmes tellement ils y sont habitués. Les gens ne s'affolent plus pour de la peur, de la tristesse, pas même de la terreur. Parce qu'elle règne dans les rues, l’œil sur chacun d'entre eux, prêt à tomber à tout instant. Alors ils baissent les yeux, continuent de marcher comme si de rien n'était.

Mais je ne peux pas rester silencieux, je ne peux pas lui laisser croire qu'il est impuissant, lui laisser l'occasion de perdre espoir, de baisser les bras. Je ne peux pas me taire, parce que me taire, c'est pire que lui parler, c'est le condamner seul. Peu importe mes erreurs après tout, s'il n'en peut plus un jour, il faut qu'il ait quelqu'un à blâmer. S'il m'a moi, alors il gardera espoir en lui, en ces quelques autres qui sont comme lui. Je serre les dents, et je finis par reprendre.

« T'es pas impuissant, Marcus. T'es ce dont le monde a peur. T'es pas seul non plus, j'en connais d'autres, comme toi. », un rire fin, presque inaudible et un sourire, presque invisible. « Mon frère est comme toi, rempli d'espoir. Vous vous entendriez bien. » Je relève enfin les yeux sur lui, pour trouver son regard. « T'as le droit de craquer, de hurler, de péter les plombs. T'as le droit de douter, même mais t'as pas le droit d'abandonner. Si t'abandonnes, mon grand, alors le monde va mourir. » C'est une certitude, quelque chose que je sais, ma voix n'y laisse aucun doute, aucune question. « T'as été à l'école, gamin. On avait peut-être pas prévu l'apocalypse au programme mais des guerres on en a vécu. Encore et encore. Dans toute l'Histoire de l'Humanité y a la guerre, Marcus. Et pourtant, regarde, même l'apocalypse n'a pas eu raison de nous. » Ma main se pose sur son épaule pour la serrer brièvement, comme une force silencieuse, quelque chose de sûr que je lui donne. Une parole à ne pas remettre en doute, un soutien sans faille. Quelque chose d'inexplicable et qui s'estompe à la seconde où je retire ma main. « Garde espoir. Tant qu'il y aura des gens comme toi, l'Humanité s'en sortira, tu verras. »

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