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 I should have known that it would end this way (dunael)

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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MessageSujet: I should have known that it would end this way (dunael)   Dim 11 Fév 2018 - 0:05

Il ne m’avait pas déçu. Pendant des mois, qui s’étaient transformés en année, égrenés les uns après les autres avec une patience exemplaire, il ne m’avait pas déçu. Toujours fidèle, toujours attentif, toujours présent. Présent. Attentif. Fidèle. Exemplaire. Pendant des mois, il ne m’avait pas déçu. Pendant des mois, il avait été tout ce que je souhaitais, tout ce que j’espère, tout ce que j’attendais, tout en étant lui-même, tout en étant un soutien, un appui, un ami, un égal. Pendant des mois, il avait été mon ombre, mon extension, mon bras droit, plus solide que mon membre réel, plus fiable que mes intuitions. Pendant des années, je n’avais pas eu un seul instant à douter de lui, à me méfier de lui.

Mon pas est rapide, mon pas est des plus vifs. Mon pas est des plus nerveux, également. Mes mains, agitées de tremblement, ne savent rester immobiles. Ne peuvent se tenir au repos, lassent qu’elles sont, tout comme mon âme, de sentir leurs alliés les lâcher. Les décevoir. Immanquablement. Mon pas est rapide, mon pas ronge les mètres, mon pas finit par s’imposer. Seul. Quelques mètres, seulement, suffisamment, en amont de ces deux hommes venus m’escorter, m’offrir une protection qui me révulsait tantôt, à laquelle je ne prête plus la moindre attention désormais. Mon pas est rapide, je m’immobilise enfin. Immobile. Face à la porte. C’est risible, j’en suis conscient, de me voir ainsi figé, alors que mon être hurle l’autorité, s’impose et s’approprie tout ce qui l’entoure par sa seule présence. C’est risible.

Le souffle court, j’entreprends de remettre mon col en place. Mes doigts tirent sur les manches de ma veste, réajustent ma mise, lustrent les boutons de manchette qui ceignent mes poignets, ôte de mon épaule une poussière superflue. Le souffle court, je recule finalement d’un pas. Ma bouche s’ouvre pour ordonner, nul mot ne trouble le silence. Je fais demi-tour, mon pas est rapide pour retrouver l’avenue qui borde le bâtiment. Il ne m’avait pas déçu jusque-là. La désillusion est d’autant plus grande. Quand je ferme les yeux, je vois le sang sur les mains de Violet, je sens sa terreur, j’entends encore les battements affolés de son cœur. A moins que ce ne soit ceux du mien. Quand je ferme les yeux, je vois encore le sang de ma confiance maculer les bras de la jeune femme, je sens encore l’odeur acre de la trahison, j’entends encore les cris de rage qui n’en finissent pas. Combien de temps ? Quelques jours. Le temps, pour mes pensées, d’accepter de se poser, d’accepter de se déposer au fond d’un fleuve remué brutalement. Le limon se superpose, couche après couche, dessinant un motif des plus clairs sur lequel je ne puis fermer les yeux plus longtemps. Quand je ferme les yeux, je revois le sang sur mes mains, le sang à l’odeur si forte, le sang qui goutte et goutte encore du fil de mon épée, au milieu du carnage de traitres et d’hommes damnés. Un carnage au sein duquel subsiste un battement de cœur, épargné, une clémence que je ne sais toujours pas comment considérer, même sept siècles après. Lui m’avait trahi.

Duncan, lui, ne m’avait pas déçu. Jusque-là. Le bâtiment se dresse devant nous, nous surplombe de sa laideur et de son imposante présence. Je fais signe à l’un de mes gardes du corps de s’approcher. Voix douce. Murmure. Ordre. « Allez me chercher Duncan s’il vous plaît. » Nous revenons de sa demeure, mais ce n’est pas chez lui que je le verrai. Ce sera sur mon territoire que je confronterai à son incompétence. Depuis combien de temps ne nous sommes-nous pas vus ? Depuis peu. Depuis combien de temps l’ai-je laissé en toute confiance remplir les missions dont je l’avais chargé sans en assurer le suivi ? Depuis longtemps. Bien trop longtemps. A tort, de toute évidence. Mes mains se serrent, colère.

Adossé comme à mon habitude contre la baie vitrée qui surplombe la ville enlaidie par la décadence, j’attends. Mes yeux glissent sur ces échecs, continuellement disposés sur une table basse, comme une invitation à mener un combat, une invitation qui restera, aujourd’hui, sans réponse. Le roi et sa reine surplombent leurs troupes, les considèrent de haut. A leurs côtés, tour, fou, cavalier. Qui est Duncan ? Est-il est réellement cette tour qui veille, qui guette, qui est faite de droiture et d’exactitude ? Est-il ce cavalier en lequel je peux me fier pour aller où je ne peux aller, pour préserver mes intérêts et l’intégrité de ceux que je protège ? Pour le protéger moi ? Où n’est-ce qu’un fou, qu’un fou qui a commis la même erreur que celle commise par Noah des siècles plus tôt, celle de me décevoir ? Je ne goûte guère à la trahison, d’où qu’elle vienne. Et encore moins lorsqu’elle vient de près. Et encore moins lorsqu’elle vient d’un ami. Et encore moins lorsqu’elle vient d’un frère.

Mon visage est fermé, mon visage est sévère, lorsqu’il arrive. Je ne détache pas mon regard du plateau d’échecs et des pions qui y siègent, je ne me distance pas de cette baie vitrée qui est mon repère, mon refuge. Je ne lui concède aucun regard. Juste quelques mots asséchés. « Ferme la porte. Approche. Je t’ai demandé de veiller sur Violet Forester, Duncan. Elle a été blessée. On l’a menacée, tu me l’as toi-même rapporté. Je t’ai demandé d’enquêter. Je t’ai laissé champ libre. » Mes prunelles se posent enfin sur lui, chargées de ma colère et de ma déception. « J’ai de toute évidence placée ma confiance en de mauvaises mains. J’ignore ce qui est le plus décevant : de m’en être rendu compte en la voyant brisée, ou de contempler en toi un ami en lequel je ne peux me fier. » Et Duncan, je le crains, sait à quel point la confiance est un sujet bien trop sensible. « Je veux des explications. » Et je te laisse une dernière chance. Clémence. « Et j’aviserai. »

Depuis des mois, des années, il était mon égal. Je me rends compte que je le traite désormais comme un de mes subordonnés.



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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Jeu 15 Fév 2018 - 23:32

« Monsieur Idaho ? Monsieur Morienval vous demande. »
Surpris, je lève la tête de mon bureau. Parce que oui, j’ai un bureau à moi. Il est pas très grand, mais c’est le mien. Et j’y vais le moins possible parce que ça veut dire que j’ai de la paperasse à remplir. Mon job, c’est de protéger, jouer des coudes et des poings s’il le faut. Pas remplir des décharges et des rapports d’incident et tous ces trucs chiants comme la mort. Mais enfin, là, j’étais bien partie pour faire ma paperasse de la semaine. Et le fait que ce soit un gorille qui viennent me chercher, et pas Rafeal en personne, me met tout de suite la puce à l’oreille. Je suis dans la merde. Rafael a beau être un homme mystérieux, il trahit beaucoup ses émotions malgré lui. Tout est dans l’intention. Je me lève, et suis docilement The Rock version caucasien jusqu’au bureau de Rafael. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi il m’escorte. Je connais le chemin. Et puis, ce n’est pas comme si j’allais m’enfuir en courant. J’irais où ? Malgré moi, je me demande ce qui se passe pour ce manège si solennel. Rafael est rarement en colère. Non, je rectifie. Rafael est souvent en colère, mais le montre rarement. L’inverse de moi, en fait. Je ne vais pas tarder à avoir ma réponse, de toute façon.

Quand j’arrive dans le bureau, Rafael est là, seul. Il ne lève même pas la tête, ne me regarde même pas. Donc il est très en colère. Et malgré moi, je déglutis péniblement. Parce que je connais Rafael assez bien pour savoir que si j’ignore ce que j’ai fait, lui ne va pas tarder à me le faire comprendre douloureusement. The White Rock doit le sentir aussi, parce qu’il déguerpis discrètement sans un mot. T’as raison, mon gars. Quand ça explose, il vaut mieux rester à une certaine distance pour ne pas se faire happer.  
« Ferme la porte. Approche. Je t’ai demandé de veiller sur Violet Forester, Duncan. Elle a été blessée. On l’a menacée, tu me l’as toi-même rapporté. Je t’ai demandé d’enquêter. Je t’ai laissé champ libre. »
Jusque-là, je pige. On en est aux faits. La menace a même été potentiellement identifiée. Ambre Del Nero, la milicienne. Je me suis renseignée sur elle. Très professionnelle, peut-être un peu zélée sur les bords mais eh, ça ne fait pas de mal. Pas très causante. Plutôt solitaire. Mais aucune preuve tangible, ni même indirecte qui la relie à Violet ni à cet homme tué. La gamine porte une épée, mais a priori, elle est propre, aucune trace trouvée dessus qui puisse l’incriminer. Et on ne peut pas la balancer au Colosseum sous prétexte qu’elle porte une épée. Donc je continue à la surveiller. Et à surveiller Violet, aussi. Rafael me regarde enfin, et en voyant ses yeux, son regard, je comprend que les faits ne s’arrêtent pas là. Il s’est passé quelque chose.
« J’ai de toute évidence placée ma confiance en de mauvaises mains. J’ignore ce qui est le plus décevant : de m’en être rendu compte en la voyant brisée, ou de contempler en toi un ami en lequel je ne peux me fier. »

Bam. Les mots tombent et les murs s’écroulent autour de nous. Ou est-ce juste autour de moi. Quand Rafael veut faire mal, il n’y arrive que trop bien. Bordel, c’est dur. La confiance qui nous lie, lui et moi, remonte à des années. Et a mis des mois à se construire, petit à petit. Nous nous sommes connus, apprivoisés, et ce ne fut pas chose aisée. Deux hommes aux tempéraments si différents. Et pourtant, nous l’avons construite cette confiance. Et qu’il me dise qu’il ne peut pas se fier à moi est peut-être la pire chose qu’il puisse me dire. Mais il ne s’arrête pas là. Il exige des explications. Et il avisera. La menace est insidieuse. Dangereuse. Et surtout, elle est de celle réservée d’habitude aux gens que Rafael méprise. Tout son discours, son attitude, son ton, sont dédiés d’habitude à ceux qu’il considère comme inférieurs à lui, ou gênants. Jamais ils ne m’avaient été adressés. Et aujourd’hui, ils le sont. J’inspire un grand coup. Je ne sais pas quelle émotion l’emporte. La déception. La tristesse. L’amertume. La colère. Putain, on dirait que je suis en train de me faire larguer. C’est ridicule. Ou pas. C’est encore pire que la déception amoureuse. C’est une amitié solide, que je croyais éternelle, qui est en train de se casser la gueule lamentablement. Et au final, l’émotion qui l’emporte est l’incompréhension. Et c’est celle là que je décide de partager avec Rafael.
« Si je savais de quoi tu parlais, je pourrais peut-être te donner les explications que tu attends. »
Je m’approche, doucement, un pas, puis deux. M’arrête là, ne voulant pas risquer d’aller trop loin.
« Violet n’a pas recroisé son agresseur depuis la première fois. La suspecte principale est surveillée de ma part par un des chefs de la milice qui me doit un service, puis par moi, et elle se tient à carreaux. Et puis, Violet est chez toi depuis quelques jours, si je ne m’abuse, donc je me suis dit que tu avais la situation en main. Et je l’ai vue hier à son boulot, elle avait l’air en parfaite santé. »
Je n’aimais pas qu’on remette en cause mon boulot. Parce que je le faisais, et je le faisais bien. J’y mettais mon temps, mon cœur, mes tripes. J’aurais fait n’importe quoi pour Rafael, je serais allé me prendre une balle pour lui. Qu’il me traite comme ça était insupportable. Et c’était injuste.
« Donc, avant d’être jugé et condamné, j’aimerais bien savoir de quoi on m’accuse. Et laisse tomber le manège du loup qui tourne autour de sa proie, Rafael. Je pense mériter un peu plus de considération. »
Ca y est, l’incompréhension laissait peu à peu sa place à la colère sur le devant de la scène.

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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Jeu 22 Fév 2018 - 23:35

Sombre désillusion, amère déception : mon orgueil est douloureux, laissé à vif par l’incompréhension et l’angoisse. Car c’est l’angoisse qui parle, dans une langue que je ne comprends pas, pour me laisser dans l’obscurité des derniers événements. L’équilibre a été brisé et il me faut un coupable. Il me faut une victime. Il me faut un condamné, pour que je puisse me damner un peu plus mais surtout qu’il puisse se damner avec moi. Ne pas être seul dans une spirale de violence qui appelle à la destruction. Il me faut de la violence, il me faut un coupable, il me faut un semblant de jugement et une exécution pour m’aider à comprendre et me faire fermer les yeux sur la réalité des faits. Sur la réalité de la succession des actes et des conséquences qui a mené Violet devant ma porte, irrémédiablement souillée. Irrémédiablement tachée. Irrémédiablement perdue ? Je le crains, c’est même là ma plus grande inquiétude. Je suis un homme pétri d’absolus, vivant dans un univers nuancé de gris, mais daltonien de ces nuances, ne voyant que les contrastes les plus extrêmes. Je suis un homme figé dans une dichotomie brutale, déséquilibrée, instable, intransigeante et ne concédant aucune clémence, ne tolérant aucun faux pas. Je suis un homme figé dans des principes et dans des absolus. Absolus. Comme ma colère, comme cette errance dans laquelle je me suis perdu, comme cette respiration qui enfle dans ma poitrine à chaque inspiration, qui se répand en tempête à chaque expiration, tourbillons expulsés, déposant de la suie noire sur ma trachée. Je suis un homme pétri d’absolu, et cet absolu a corrompu ma lucidité.

Il me faut un coupable, un coupable autre que Violet. Il me faut une victime, une victime autre que Violet. Il me faut un responsable, un responsable autre que le chaos, autre que la fatalité, autre qu’un destin qui aurait retrouvé son chemin jusqu’à moi pour saisir dans ses griffes suintant de poison autour de la frêle silhouette de la mexicaine. Un responsable dont je puisse entendre les cris, et dont je puisse sentir le sang couler. Ou juste que je puisse éliminer. Matériellement. Pourquoi Duncan ? Parce que c’est le plus évident. Le plus prévisible, aussi. Il ne m’avait jamais déçu, jusque-là, il ne m’avait jamais trahi, jusque-là. Et pourtant, c’était inévitable. Noah m’a tourné le dos. Azzura m’a tourné le dos. Tous, absolument tous, m’ont tourné le dos, ont arraché par leurs silences, par leurs mensonges, par leurs actes, la confiance que je leur avais offerte sans arrière-pensée, sans demi-mesure. J’aurais dû savoir que ça finirait ainsi. J’aurais dû le comprendre, et le comprendre plus tôt. La douleur et la colère auraient été moins acides, la rancœur et la fureur auraient été moins corrosives. Et mon regard, posé sur le jeu d’échecs, le plateau aux pièces immaculées, aurait peut-être glissé vers mon meilleur ami sans hésitation.

Je ne le regarde pas. Quand mes mots s’élèvent, je ne le regard pas. Mots asséchés, abrupts, je lui retire tout droit, je lui retire tout respect, j’arrache, une à une, toutes ces marques qui lui donnaient un statut si différent de mes subordonnés. D’un mot, d’un coup de talon, d’une intonation, je l’abaisse, je le rabaisse. Et j’oublie l’égalité qui nous plaçait au même niveau pour lui refuse tout, y compris le droit à la présomption d’innocence. Il me faut un coupable. Et le coupable ne peut être Violet. Je ne puis m’y résoudre. C’est ce que mon regard transmet, quand je lève enfin les yeux pour les poser sur sa silhouette. Je ne puis me résoudre à admettre qu’elle n’est plus la frêle brebis fascinante qui m’arrache aux ténèbres, je ne puis me résoudre à regarder la vérité en face. Je préfère, et de loin, sacrifier Duncan sur l’autel de mon aveuglement plutôt que de laisser la vérité m’atteindre.

Qu’il se défende, c’est son droit. Qu’il s’explique, c’est son devoir. Mais qu’il sache, également, que j’aviserai sitôt qu’il l’aura fait, avec tout ce que cela peut impliquer, avec tout ce que cela peut cacher. Sous-entendre. Souffler de colère. Je ne le quitte pas des yeux, ne me détache que très lentement de cette baie vitrée qui me soutenait. C’est un ami que je regarde, presque un frère, c’est un indéfectible soutien, enraciné dans les années qui s’écoulent sans se tarir depuis mon réveil, depuis son réveil. Mais c’est également un traitre. Et un garde du corps qui a failli.

« Si je savais de quoi tu parlais, je pourrais peut-être te donner les explications que tu attends. » Il s’approche, ma mâchoire se contracte, mon corps se raidit, dans un langage universel de méfiance et de menace latente. « Violet n’a pas recroisé son agresseur depuis la première fois. La suspecte principale est surveillée de ma part par un des chefs de la milice qui me doit un service, puis par moi, et elle se tient à carreaux. Et puis, Violet est chez toi depuis quelques jours, si je ne m’abuse, donc je me suis dit que tu avais la situation en main. Et je l’ai vue hier à son boulot, elle avait l’air en parfaite santé. » Certes. Chez moi depuis quelques jours. Principale suspecte surveillée. En parfaite santé. J’entends, j’entends ce qu’il me dit, mais je n’écoute pas, de peur de ne pas trouver de faille à la perfection de son travail, à l’infaillibilité de son amitié. J’entends, j’entends, mais je refuse d’écouter. « Donc, avant d’être jugé et condamné, j’aimerais bien savoir de quoi on m’accuse. Et laisse tomber le manège du loup qui tourne autour de sa proie, Rafael. Je pense mériter un peu plus de considération. » Le loup jaillit dans mes traits et mon regard, à sa dernière phrase, première faille dans laquelle il se jette. « Plaît-il ? » Ma voix est sifflante, suintant d’agressivité. « Tu penses mériter plus de considération ? » Les s se font poisons. Corrosifs. « Ton rapport est parfait, complet, succinct et je ne doute pas un seul instant de sa véracité puisque j’ai pu en vérifier presque chacun des points les uns après les autres. Mais il n’explique pas comment Violet a pu débarquer chez moi, bras et mains couverts de sang. Il n’explique pas qu’elle ait pu potentiellement commettre un meurtre, ou assister à un massacre, pour que, d’une brebis immaculée, elle ait pu se transformer en la vulgaire commis d’un boucher ou d’une créature comme toi ou moi ! » Mensonge. La colère a forci le ton de ma voix, la colère a transformé mon calme et ma maîtrise de moi en tremblement et cris, dans un déchaînement qui ressemble davantage au loup qu’à l’homme. Perte de contrôle, perte de lucidité. Complètes. Suis-je en train d’exiger de la part de Duncan de sacrifier sommeil, vie privée et repos au profit d’une surveillance complète et constante d’une simple ergothérapeute ?

Oui. Et du panda et du loup, seul le second a déjà goûté au sang des hommes à de nombreuses reprises, je ne le sais que trop bien. Mes tremblements de colère ne cessent pas, je contracte le poing. « J’avais confiance en toi pour te faire gardien de son corps et de son âme, pour la préserver de ce monde décadent dans lequel nous sommes plongés, et qui ne l’avait jusque-là pas entachée, j’avais confiance en toi, Duncan, pour qu’elle n’ait jamais plus à se retrouver seule devant le danger. Mais j’avais, de toute évidence, sous-estimé grandement la haine que tu portes à la gente féminine pour que tu te sois détourné au pire moment de ton devoir. »


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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Dim 11 Mar 2018 - 18:20

« Plaît-il ? »
J’étais peut-être allé un peu trop loin dans mes invectives envers Rafael. Il me connaissait, il savait que je me mettais en colère facilement. Mais l’interpeller comme ça, c’était dépasser la ligne. Je m’en rendais compte maintenant. Parce que Rafael était peut-être moins colérique, comme ça, d’apparence, il n’en était pas moins carnassier et avait son honneur. Et ses humeurs. On n’était pas sorti de l’auberge, en somme.

Et je compris enfin pourquoi il était tant en colère, prêt à me sauter à la gorge au moindre mot, au moindre geste de travers. Et je dois dire que l’annonce me fit l’effet d’un énorme coup de poing lancé à pleine vitesse dans mon estomac. Violet, couverte de sang ? Meurtrière ? Je ne comprenais rien. La Violet de Rafael ? Celle que je surveillais depuis des mois ? Commettre un meurtre ? Tuer des gens ? Se retrouver au milieu d’un massacre ? Il y avait un bug quelque part. Ce n’était juste pas possible. Parce que si c’était vrai, je l’aurais vu, je l’aurais senti. Etait-il possible que cela soit arrivé pendant l’un des rares moments où je ne l’avais pas à l’oeil ? Je passai une main sur ma nuque, fermai les yeux. Inspirai longuement, une fois, deux fois. Il fallait que je me calme. Le pire dans tout ça, c’est que Rafael me tenait pour responsable. Responsable des actes de sa chère et tendre. Responsable de tout ce qui aurait pu lui arriver. Bordel, j’étais censée la protéger de l’autre assassine samouraï, pas de ses propres pulsions meurtrières.

« J’avais confiance en toi pour te faire gardien de son corps et de son âme, pour la préserver de ce monde décadent dans lequel nous sommes plongés, et qui ne l’avait jusque-là pas entachée, j’avais confiance en toi, Duncan, pour qu’elle n’ait jamais plus à se retrouver seule devant le danger. Mais j’avais, de toute évidence, sous-estimé grandement la haine que tu portes à la gente féminine pour que tu te sois détourné au pire moment de ton devoir. »
J’écarquille les yeux. Quoi ? Je n’en crois pas mes oreilles.
« Tu te fous de moi ? » m’entends-je dire. Je ne devrais pas parler de la sorte à Rafael, il est déjà bien assez en rogne comme ça. Mais peu importe. Parce que je me sens trahi. Rejeté. Déclaré coupable sans procès. « Ma haine de la gente féminine ? Vraiment ? Tu crois que j’aurais fait exprès de laisser tomber Violet, parce que c’est une femme ? Que je t’aurais trahi parce que je hais les femmes ? » Rien que de le dire m’arrache la gueule. Parce que ça n’a pas de sens. Parce que c’est ridicule, du début à la fin. « Je ne hais pas les femmes. Il y a une différence, une énorme différence, entre se méfier des femmes et laisser une innocente se faire attaquer. Et que tu me croies capable de ça, c’est…c’est pire que tes accusations à deux balles. »
Je m’avançai encore, d’un pas, deux. Il était temps que cette mascarade cesse. Parce que Rafael s’aventurait sur un terrain qui n’était pas sain. Parce que j’étais son ami, pas un vulgaire objet qu’on pouvait casser et jeter quand la situation devenait compliquée. Pour la première fois depuis des années, je voyais ce que les autres voyaient en Raf. Je comprenais la haine qu’il inspirait. Je comprenais sa réputation de juge et bourreau, d’homme sans cœur. Il m’en faisait l’étalage, juste là. La situation lui avait échappé des mains, et j’étais le coupable idéal. Mais j’avais un honneur aussi.

« Parce que, Rafael, tu as demandé à un seul homme de protéger Violet. Au cas où ça t’aurait échappé, j’ai aussi un job, qui est de te protéger. Et ce job est prioritaire. Je passe mes soirées, mes matinées à surveiller ta blonde. Mais je ne peux pas la surveiller en permanence, parce que je suis humain. Et comme tu l’as si bien dit, je devais m’assurer qu’elle ne se retrouve plus seule devant le danger. Ce que j’ai fait. Sauf que, si je te comprend bien, a priori, c’est probablement elle le danger dans l’histoire. Et, encore une fois, si j’avais été là, je l’aurais protégée au prix de ma vie. Parce que c’est comme ça que je fonctionne, et tu le sais. »
Je soupirai.
« Tu sais quoi, Raf ? Je ne sais même plus qui tu es. Tu remets en cause ma loyauté envers toi, les promesses que je t’ai faites. Sans broncher. Tu voulais qu’il n’arrive rien à Violet ? Tu n’as pas su la protéger mieux que moi, et c’est TA copine, merde ! Et tu veux parler de ma haine des femmes ? Tu veux parler de mon professionnalisme ? Tu veux parler de confiance ? Parfait ! Parlons-en. Tu m’expliqueras pourquoi tu bosses avec Ayalone, alors. Moi qui te faisais une confiance absolue, j’apprends que tu collabores avec la femme qui m’a trahie, qui m’a transformé en putain de panda, qui m’a condamnée à perdre ma vie et ma famille. Et tu m’envoies lui parler en plus, sans scrupules ! »

Je hausse les épaules.
« C’est sûr que c’est plus facile de me juger que d’accepter que j’aie pu échouer dans une tâche impossible. Alors que tu n’es même pas foutu d’avoir assez de respect pour moi pour ne pas t’accoler les services d’Ayalone. Tu veux un coupable ? Regarde dans un miroir. Maintenant, Rafael, si tu veux me tuer comme un élément gênant, vas-y. Autrement, je crois que notre collaboration s’arrête là. »
Et ça faisait mal. Ca faisait un mal de chien. Des années d’amitié qui volaient en éclat en deux minutes. Tout ce que nous avions construit.

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↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Sam 31 Mar 2018 - 15:09

Duncan n’a, malgré tous mes efforts, rien d’un coupable. Il me l’expose mais je refuse de l’entendre, je refuse d’écouter ses arguments, je refuse de dévier ne serait-ce qu’un seul instant de tout ce que j’ai anticipé. Les faits sont simples : il me faut un coupable, et s’il n’est pas le plus évident, s’il n’est pas le plus adéquat, il est également le premier qui me soit venu à l’esprit. Suffisamment impliqué pour qu’il puisse être accusé de trahison, suffisamment proche de moi pour que la douleur m’aveugle, m’aide à croire à mon mensonge, que je sombre une fois de plus, une fois de trop dans la colère de sentir un couteau se planter dans mon dos. Duncan n’est que le bouc émissaire de ma propre faiblesse, le souffre-douleur de ma lâcheté, le dommage collatéral de mon incapacité à comprendre ce qu’il s’est passé et comment en gérer les conséquences. Et ma voix qui siffle, persifle, se glace et se détache des émotions qui me bouleversent n’est que le précurseur de ma chute, en déséquilibre sur cette corde raide qui sépare lucidité de folie. Le loup affleure, se saisit de mes émotions, les transforme en rage et en aveuglement. Plaît-il ? Il ose répondre à son maître et seigneur ? Plaît-il, il ose exiger quoique ce soit de l’alpha de sa meute ? Mes mots sont poisons, pervertissent celui que je suis, celui que Violet a fait renaître, celui que Duncan avait réussi à préserver après la mort d’Azzura, pervertissent et corrompent celui que Violet a eu tout pouvoir de détruire par une soirée et des mains couvertes de sang, par un meurtre inexpliqué pour le moment, toujours inexplicable. Il pense mériter davantage de considération ? Et bien il n’en aura aucune. Mes propos se font mensonges, mensonges qui constituent une route menant au tribunal, un tribunal dans lequel je me pose en tant que juge, juré et bourreau, en tant qu’accusateur et exécuteur, un tribunal où il n’a ni le droit à la parole, ni le droit à la présomption d’innocence parce que je l’ai déjà sacrifié sur l’autel de ma colère, brûlante.

Perdue. Errante. Il m’explique comment il a préservé Violet, oui, mais cela ne répond pas à mes questions. Il s’exécute, il me présente les faits avec détail et attention oui, mais cela ne répond pas à mes doutes. Cela ne pardonne pas ce qu’il s’est passé et cela ne me parvient pas à voir les faits sous un angle différent. Parce que je n’en ai tout simplement pas envie, je le sens bien. La colère a forci le ton de ma voix, se détachant de la vérité pour s’enfoncer dans les ténèbres d’une injustice mordante. Je sacrifie Duncan sur l’autel de ma colère, je le sacrifie tout comme j’ai pu sacrifier Orfeo, jadis, avec bien moins de cohérence, bien moins d’intégrité. Je me prends au jeu de l’impulsivité meurtrière. Pour une femme. Je me prends au jeu du sadisme égocentrique. Pour une femme. Je détruis l’une des rares amitiés qui tenaient encore malgré le temps, malgré la noirceur de mon âme, de mes actes et de mes pensées. Pour une femme. Et à aucun instant, je ne parviens à me détourner d’une voie qui ne mènera qu’à une destruction dont rien ne pourra nous sauver une fois atteinte. J’avais confiance en lui, et je préfère aujourd’hui déformer la réalité pour me lover dans l’illusion d’une trahison. Après tout, n’était-ce pas ce qui m’attendait un jour ou l’autre, dans tous les cas ? N’était-ce pas fou de croire que Duncan, au contraire des précédents, n’allait pas finir par me tourner le dos et lacérer ma chair en se jouant de moi, en me mentant, en me manipulant, en piétinant ce que je pouvais lui confier ? N’est-ce pas sensé de prendre les devants, d’anticiper une trahison en la déguisant en une autre, pour se prévenir d’un avenir aussi probable que proche ? Je me perds, dans mes mensonges, je me perds et j’y crois, parce que je suis trop couard pour oser fixer les faits sans m’en détourner, sans chercher d’autre explication que la plus pertinente. Et logique.

J’avais confiance en lui. Et je sacrifie aujourd’hui cette confiance pour préserver autre chose. Préserver une illusion. Mérite-t-il mes mots, mérite-t-il la cruauté de mes propos, mérite-t-il la perversion de ma droiture pour un besoin égoïste ? Non. Mais je reste droit, fermement campé sur mes positions. Fermement convaincu d’avoir raison : l’esprit est faible lorsqu’il s’agit de le manipuler, le mien l’est davantage, brisé par les années. « Tu te fous de moi ? » Mes yeux se font ténèbres, le bleu clair qui les teinte se transforme en mer déchaînée. Et le loup jubile de voir Duncan se débattre, comme pour mieux le déchiqueter, comme pour mieux trouver une raison de le mettre à terre et terme à cette comédie. « Ma haine de la gente féminine ? Vraiment ? Tu crois que j’aurais fait exprès de laisser tomber Violet, parce que c’est une femme ? Que je t’aurais trahi parce que je hais les femmes ? Je ne hais pas les femmes. Il y a une différence, une énorme différence, entre se méfier des femmes et laisser une innocente se faire attaquer. Et que tu me croies capable de ça, c’est…c’est pire que tes accusations à deux balles. » Un rictus, j’ai conscience de ne plus être le Rafael qu’il a appris à côtoyer, mais la facette la plus noire de mon âme, l’héritier d’un monstre et le fruit de l’éducation d’un tyran. « N’en es-tu pas capable ? » Je persifle en réponse à sa colère : il avance sans que je n’esquisse le moindre mouvement de recul. Qu’il ose me défier, c’est tout ce que j’attends. Je n’attends ni excuse, ni supplique, pour la simple raison qu’il n’a ni à s’excuser, ni à supplier. La sentence est déjà rendue, elle l’a été au moment où mon esprit a réagencé les faits pour les faire concorder à ses souhaits, pour dessiner un moindre mal qui épargnerait Violet. Et me permettrait de rendre une justice difforme. « Parce que, Rafael, tu as demandé à un seul homme de protéger Violet. Au cas où ça t’aurait échappé, j’ai aussi un job, qui est de te protéger. Et ce job est prioritaire. Je passe mes soirées, mes matinées à surveiller ta blonde. Mais je ne peux pas la surveiller en permanence, parce que je suis humain. Et comme tu l’as si bien dit, je devais m’assurer qu’elle ne se retrouve plus seule devant le danger. Ce que j’ai fait. Sauf que, si je te comprends bien, a priori, c’est probablement elle le danger dans l’histoire. Et, encore une fois, si j’avais été là, je l’aurais protégée au prix de ma vie. Parce que c’est comme ça que je fonctionne, et tu le sais. » Son soupir résonne comme une lame de couteau, glissant sur la chair pour la trancher, imposer sa marque sans plus de conséquence qu’une douleur perverse. Ma mâchoire contracte, mon menton se redresse, comme pour le mettre au défi de poursuivre. Ce qu’il fait. « Tu sais quoi, Raf ? Je ne sais même plus qui tu es. Tu remets en cause ma loyauté envers toi, les promesses que je t’ai faites. Sans broncher. Tu voulais qu’il n’arrive rien à Violet ? Tu n’as pas su la protéger mieux que moi, et c’est TA copine, merde ! » « Je t’interdis de me placer en principal coupable, Duncan. » Ma voix se superpose un instant à la sienne, sans succès, blanche comme une mort que je veux porter et que je porte bien trop. « Et tu veux parler de ma haine des femmes ? Tu veux parler de mon professionnalisme ? Tu veux parler de confiance ? Parfait ! Parlons-en. Tu m’expliqueras pourquoi tu bosses avec Ayalone, alors. Moi qui te faisais une confiance absolue, j’apprends que tu collabores avec la femme qui m’a trahie, qui m’a transformé en putain de panda, qui m’a condamnée à perdre ma vie et ma famille. Et tu m’envoies lui parler en plus, sans scrupules ! » Ayalone ? Le revirement de conversation manque de me déstabilise, m’arrache un mouvement de recul : me propulse dans ces confessions qui nous ont rapprochées, lui me parlant de sa sorcière, moi remettant entre ses mains la tragédie Di Mercurio. Pendant un instant, le voile de ma colère se déchire, pendant un instant toute lucidité me revient, pendant un instant, l’impassibilité de mon visage s’effrite pour laisser paraître la stupéfaction. Et l’interrogation. « De quoi parles-tu donc ? » En quoi cela peut-il être une excuse de sa part ? En quoi…

« C’est sûr que c’est plus facile de me juger que d’accepter que j’aie pu échouer dans une tâche impossible. Alors que tu n’es même pas foutu d’avoir assez de respect pour moi pour ne pas t’accoler les services d’Ayalone. Tu veux un coupable ? Regarde dans un miroir. Maintenant, Rafael, si tu veux me tuer comme un élément gênant, vas-y. Autrement, je crois que notre collaboration s’arrête là. » Un nouveau pas de recul enrage le loup, s’impose malgré tout. Tu m’envoies lui parler en plus, sans scrupule. Quand l’avais-je envoyé parler à une personne pour la dernière fois ? L’évidence s’impose, fait un rapprochement entre Aya et Ayalone, l’évidence se fait métal en fusion, versé dans mes veines et les cisaillant au rythme des battements de mon cœur pour atteindre ma cage thoracique, éclater en douleur et en incompréhension. Regarde dans un miroir. « Tu oses ? » Osait-il, ou étais-je plutôt celui qui, en premier lieu, avait osé faire passer la folie avant l’amitié ? « Ton esprit est-il aussi retors pour chercher à renverser la situation, me placer en coupable… je ne travaille, je ne collabore pas avec Ayalone, Duncan, ton esprit déraisonne pour te défendre, pour m’attaquer là… je ne t’ai jamais trahi. » Ne viens-je pourtant pas de le faire, en lui préférant l’innocence mensongère de Violet ? Ma main cingle l’air, comme pour balayer ses derniers propos, les écarter – trop dérangeants. Sans le moindre succès. « Je ne suis en rien responsable de ce qui est arrivé à Violet, et si tu as revu ta créatrice, je n’en suis en rien responsable Duncan ! Jamais je ne t’aurais trahi de la sorte ! Je ne suis pas un traitre, contrairement à d’autres. »

Et pourtant, je le suis. Un instant de silence, mon poing se serre, je me rends compte que malgré mes propos, malgré mes vitupérations, tout mon être admet ce que je n’ai pas l’humilité de dire : j’ai fait une erreur. Une terrible erreur. Mon ego m’interdit de faire volteface, mais j’ai fait une erreur en piétinant les rares principes qu’il me restait pour protéger une femme. Un soupir, un soupir sans force se veut agressif, retombe comme chair morte : « La coupable ne peut pas être Violet. Et mon indicatrice ne peut pas être Ayalone. » Le loup hurle pour invoquer des forces obscures et faire de mes mots une réalité. « Il me faut un coupable, Duncan, parce que je ne puis me résoudre à abattre une justice sur la nuque de Violet. Il me faut un coupable, et il me faut la certitude d’avoir puni quelqu’un pour la mort qu’elle a versée. » Sont-ce des excuses et des justifications ? J’ai les yeux rivés dans les siens : un loup ne détourne pas le regard. « Es-tu sûr que c’était elle ? » Est-il sûr que je l’ai envoyé dans un piège d’une cruauté sans nom ?

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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Ven 20 Avr 2018 - 20:13

« Tu oses ? »
Oui, j’osais. Un peu mon neveu, que j’osais. J’étais dans une colère, sourde, qui ne demandait qu’à exploser dans un fabuleux feu d’artifice. Je n’étais plus vraiment capable de penser correctement. Et j’osais tout. Je me rendis compte que je venais, ni plus ni moins, de poser ma démission. D’arrêter une relation qui durait depuis des années, qui m’avait aidé à me reconstruire dans un monde inconnu. Ma plus belle amitié. Partie en fumée, là, devant nos yeux.

« Ton esprit est-il aussi retors pour chercher à renverser la situation, me placer en coupable… je ne travaille, je ne collabore pas avec Ayalone, Duncan, ton esprit déraisonne pour te défendre, pour m’attaquer là… je ne t’ai jamais trahi. »
Le sourire qui se dessine sur mes lèvres nait bien malgré moi. Parce que je sais qu’il a tort. Parce que je l’aie vue, de mes propres yeux, bordel. Il peut m’accuser tant qu’il veut, je sais qu’il a tort sur ce point. Et je sais qu’il me ment. Alors, nous en sommes là. Plutôt que d’admettre ses torts, Rafael préfère me mentir droit dans les yeux. Et c’est mon esprit qui est retors ? Ou le sien, qui s’invente un coupable en sacrifiant son meilleur ami sur l’autel de…de quoi d’ailleurs ? De son ego ? De son incapacité à ne pas tout contrôler ? De sa bien aimée qui n’est pas si blanche qu’il ne le voudrait ? Et c’est ma faute. Il fallait que ce soit la faute de quelqu’un. Et Rafael a décidé que ce serait la mienne. La personne qui l’avait soutenu dans toutes les situations. La personne qui lui avait toujours tendu la main. Bordel, tout ce que j’avais fait pour lui. Et il crachait dessus. Il avait tout détruit en une fraction de seconde.

C’était douloureux. Parce que malgré tout, j’aimais Rafael. Nous avions cette connexion profonde qui ne s’expliquait pas. Qui n’avait pas besoin d’être expliquée. Deux êtres qui se rencontrent et qui se lient au-delà du reste. J’avais admiré Rafael, toutes ces années. Son calme, la force de caractère qu’il avait déployée pour arriver là où il était aujourd’hui. Cette intelligence, cette capacité d’analyse. J’étais un bourrin. Rafael était d’une subtilité folle. J’avais accompagné Rafael tout ce temps, j’avais été là pour lui, en toutes circonstances. Je serais mort pour lui, sans l’once d’une hésitation, et j’aurais souri, heureux. Mais là…là, je n’étais plus qu’en colère. Et brisé.
« Je ne suis en rien responsable de ce qui est arrivé à Violet, et si tu as revu ta créatrice, je n’en suis en rien responsable Duncan ! Jamais je ne t’aurais trahi de la sorte ! Je ne suis pas un traitre, contrairement à d’autres. »
Et pourtant, il l’était. Un traitre. Il avait trahi notre relation, il avait trahi ma confiance, il trahissait même la vérité. Si Violet le voyait, là, prêt à brûler son meilleur ami dans une putain de chasse aux sorcières. Je n’étais pas un traitre, dit-il.

Mais je le sens flancher. Je le connais trop bien, assez bien pour voir qu’il n’est plus si sûr de lui. Qu’il tergiverse. Que son esprit se remet en route. Et quand il soupire mon cœur se serre.
« La coupable ne peut pas être Violet. Et mon indicatrice ne peut pas être Ayalone. »
Je hausse les épaules. A cet instant, tout ce que j’ai envie de dire, c’est « je te l’avais dit ». Mais ce serait terriblement enfantin. Et stérile. Je le laisse se rendre compte tout seul de ce qu’il dit. Réfléchir. Il est intelligent. Il trouvera, il finira par trouver. Dommage que ce soit trop tard, tellement trop tard.
« Il me faut un coupable, Duncan, parce que je ne puis me résoudre à abattre une justice sur la nuque de Violet. Il me faut un coupable, et il me faut la certitude d’avoir puni quelqu’un pour la mort qu’elle a versée. »

Je suppose que je peux comprendre ça. Je crois que ce n’est pas juste Rafael. C’est juste comme ça quand on aime. On ne peut pas se résoudre à voir que la personne qu’on aime a ce côté obscur en elle. Je comprenais, ça. J’avais nié pendant des jours l’attitude d’Ayalone, lui cherchant des excuses, des raisons, attendant son retour. Rafael aimait Violet, était-il capable d’admettre qu’elle était une meurtrière ? Pas si facile, même pour un homme aussi peu enclin à accorder sa confiance. Ce que je ne comprenais pas, c’était que quand Rafael avait eu besoin d’un coupable, il m’avait désigné. Je méritais mieux que ça. Je méritais beaucoup mieux que ça.
« Es-tu sûr que c’était elle ? »
Je hochai la tête en silence. Un simple hochement de tête, comme une sentence. C’était elle. C’était Ayalone. Et il m’avait envoyé droit sur elle. Le souvenir de ce moment était encore brûlant et acide.

« La nuque de Violet pouvait être sauve sans que tu aies à me jeter aux loups. », dis-je froidement. « Tu n’as pas cherché, pas posé les questions. Tu as juste prononcé la sentence. Coupable. Coupable de n’être juste pas elle. Il ne t’a pas fallu grand-chose pour envoyer chier cinq ans d’amitié, Rafael. Et moi qui me demandait pourquoi tu n’étais pas entouré d’amis. »
Je haussai les épaules.
« L’histoire d’Ayalone, j’aurais pu comprendre. Oubli, maladresse, elle t’a caché sa véritable identité, après tout elle est débrouillarde et intelligente. Mais ça…un jour, peut-être, faudra-t-il que tu acceptes que les gens soient faillibles. Même toi, Rafael. Ta copine trempe dans une sale histoire. Qui ne trempe pas dans une sale histoire, aujourd’hui ? Tu lui as demandé, tu lui as posé des questions ? Ou alors tu es juste parti du principe qu’une tête autre que la sienne devait tomber, et j’étais la plus proche à portée ? »

Je soupire. Fais un pas en arrière.
« Quant à Ayalone, elle n’a pas voulu me donner les informations que tu demandais. Mais c’est peu surprenant, étant donné que je lui ai planté un couteau en plein cœur quand elle n’avait même pas trente ans. C’était pourtant pas si compliqué de vérifier l’identité d’une rousse, avec tes moyens. Si tu t’en étais donné la peine. Mais pour moi, je suppose que c’était trop demandé. Je croyais franchement être un peu plus haut dans ton estime. »

L’amertume était clairement palpable. Rafael avait peut-être changé d’attitude, mais j’étais toujours tellement en colère et blessé. Un animal blessé est agressif, c’est bien connu. Même le panda roux, probablement.
« Et maintenant ? On fait quoi ? Tu as deux gorilles dehors qui attendent de me pêcher pour m’envoyer au Colosseum ? Ou je peux rentrer chez moi ? Je te ferai un lettre en bonne et due forme demain matin à la première heure. Je te donnerai des noms de remplaçants potentiels. Tu pourras les sacrifier au besoin, eux aussi. »
Je fais un nouveau pas en arrière. Chaque mouvement m’arrache le cœur. J’avais arrêté de souffrir en amour depuis un bail. Mais j’ignorais qu’une rupture d’amitié pouvait faire aussi mal que de perdre l’être qu’on aime.

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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Mar 8 Mai 2018 - 22:33

Je crois que notre collaboration s’arrête là. La prise de conscience est lente mais inévitable. Je la contemple dans les éclats brisés de notre amitié, dans mes poings ensanglantés responsables de cette fracture, je la contemple dans la colère, sourde, qui suinte des regards de Duncan comme d’une plaie purulente. Et la seule réaction qu’elle provoque en moi est une colère toute aussi violente, une violence qu’anime un soupçon de remord trop vite étouffé. Ose-t-il vraiment, ose-t-il vraiment prendre la décision d’arrêter là ce qu’il appelle collaboration et que je nommais, du bout des lèvres, amitié ? Ose-t-il vraiment sonner le glas, ce glas que je comptais moi-même sonner en le sacrifiant en échange de la vie, de la liberté, de la pureté illusoire de Violet ? Mes poings se serrent, ma voix se fait sifflement mais mon visage, lui, se durcit à peine, n’exprime rien d’autre que de la distance. La colère reste glacée, dans des mots qui se font menaces. Accusations. Hypocrisie, aussi : je ne t’ai jamais trahi. Ne viens-je pourtant pas justement de le faire, de le trahir de la manière la plus brutale qu’il soit, n’est-ce pas justement ce qu’il me reproche ? Son sourire n’a rien d’amusé, son regard est douloureux, lame lentement enfoncée dans ma poitrine, tranchant mes poumons. Ma langue, ma gorge, ma respiration devient laborieuse, le mensonge laisse sa trace et sa marque brûlante d’écoeurement, je préfère m’aveugler et m’obstiner dans ma folie plutôt que de lui reconnaître la moindre vérité. Parce que le mensonge et l’aveuglement sont si simples, si simples comparés à l’humiliation d’une erreur avouée. Assumée. Envisagée. L’avoir trahi m’est inconcevable. Qu’Aya soit Ayalone m’est inconcevable. Que je puisse m’être égaré à ce point dans mes pensées, dans mes décisions, dans la droiture que je revendiquais, cette capacité à prendre les embranchements qu’il fallait et non ceux que je souhaitais prendre ; que je puisse avoir cessé d’écouter la justice plutôt que mes désirs, que je puisse m’être perdu dans un égoïsme à ce point décadent… tout cela m’est inconcevable. Et c’est lorsque je poursuis, lorsque je m’obstine dans mes certitudes, dans ces certitudes construites de toutes pièces que je m’impose, c’est lorsque je poursuis d’une voix toujours aussi glaciale, toujours aussi atone, que ça me frappe. Que l’horreur de ce qui est en train de se jouer, de cette mascarade que je joue, de ce conflit qui se déroule, me frappe. Je préfère la chaleur de la lâcheté au froid de la réalité.

Je suis lâche. Peut-être est-ce la première fois de ma pitoyable existence que cela se produit. Que ma lâcheté l’emporte sur tout le reste, qu’une lâcheté nouvelle saborde les fondements de mon être, secoue mon âme, la fendille, la fissure, fait jaillir une plaie noire d’arrogance, d’ignorance, d’incompétence, de violence, sans la moindre retenue. La lâcheté est une poix, une poix qui s’empare de mes lèvres, de mes regards, qui me pousse à détourner le regard, qui rampe dans tous les interstices pour asphyxier mes pupilles. Qui me pose au bord des lèvres cette erreur que j’ai faite. Et ce que je perds en refusant de l’admettre. En craignant de l’admettre. En m’obstinant dans un déni sans précédent. Je suis lâche. Et j’oscille, incertain. Je suis lâche, je suis brisé en éclats épars, coupants, en poussière que rien ne pourra réparer. Comme la confiance de Duncan. Je chancèle. Je ne suis pas un traître. Je ne suis en rien responsable. Je ne crois aucun de ces mots. Et pourtant je veux les croire, je veux me forcer à les croire tout comme je veux me convaincre que Violet n’est en rien coupable de ce meurtre auquel elle a été mêlée. Je veux me forcer à les croire tout comme je refuse que mon indicatrice, celle vers laquelle je l’ai envoyé, puisse être celle-là même qui a fait de lui un animal. Je veux m’imposer une réalité, je veux disposer le plateau d’échec comme je le souhaite, modeler à mon avantage les positions de chacune des pièces, ignorer les pions, ignorer les cavaliers, ignorer le mat qui me guette.

Mais je ne puis plier la réalité à ma convenance. Et si j’ai encore le pouvoir de désigner un coupable qui n’en est pas un, cela ne changera rien. Déplacer mon cavalier et faire tomber le roi, tout cela ne peut être que vain si le plateau reste immatériel, reflet déformé, trop déformé, de celui bien réel que je dédaigne avec arrogance. Et lâcheté. Lorsque je repose les yeux sur mon allié, sur cet homme à qui j’ai confié ma vie plus d’une fois, cet homme qui a remis sa confiance entre mes mains, je vois clairement sa reine. Posée en évidence devant lui, entre nous. Est-il sûr que c’était bien, elle, que c’était Ayalone ? Il hoche la tête, je peine à respirer mais le loup me contraint à le regarder dans les yeux. L’homme est embourbé dans une lâcheté si nouvelle qu’il ne peut la contrôler. Mais le loup, le loup, lui…

Un loup ne détourne pas les yeux. « La nuque de Violet pouvait être sauve sans que tu aies à me jeter aux loups. » Je ferme les yeux, un instant. Ne réponds rien, parce qu’il n’y a rien à répondre : pour sauver Azzura, autrefois, j’ai dû sacrifier mon frère. N’était-il pas évident que pour préserver Violet aujourd’hui, je doive trancher la tête de ce frère trouvé, inespéré ? « Tu n’as pas cherché, pas posé les questions. Tu as juste prononcé la sentence. Coupable. Coupable de n’être juste pas elle. Il ne t’a pas fallu grand-chose pour envoyer chier cinq ans d’amitié, Rafael. Et moi qui me demandait pourquoi tu n’étais pas entouré d’amis. » Son haussement d’épaule complète la sentence : je ne dois mon port droit et l’impassibilité de mes traits qu’à des siècles d’existence. « L’histoire d’Ayalone, j’aurais pu comprendre. Oubli, maladresse, elle t’a caché sa véritable identité, après tout elle est débrouillarde et intelligente. Mais ça…un jour, peut-être, faudra-t-il que tu acceptes que les gens soient faillibles. Même toi, Rafael. Ta copine trempe dans une sale histoire. Qui ne trempe pas dans une sale histoire, aujourd’hui ? Tu lui as demandé, tu lui as posé des questions ? Ou alors tu es juste parti du principe qu’une tête autre que la sienne devait tomber, et j’étais la plus proche à portée ? »Même toi. Je ne détourne toujours pas les yeux mais l’envie se fait croissante. L’envie de fuir, l’envie de remonter le temps de quelques minutes. L’envie de l’attaquer, également. De briser sa nuque, d’arracher son cœur pour qu’il cesse de parler, pour qu’il disparaisse de mon existence et avec lui cette faillibilité qu’il pointe du doigt et que je ne peux tolérer. Que je n’ai pas la force de tolérer pour le moment. Je ne détourne pas les yeux. Le loup me soutient. Le loup qui se sent perdre son statut d’alpha, le loup qui pousse au meurtre. Au gémissement. Qui ignore ce qu’il souhaite faire mais qui est certain d’une chose : il faut que tout cela cesse d’une manière ou d’une autre.

Il recule. S’écarte. « Quant à Ayalone, elle n’a pas voulu me donner les informations que tu demandais. Mais c’est peu surprenant, étant donné que je lui ai planté un couteau en plein cœur quand elle n’avait même pas trente ans. C’était pourtant pas si compliqué de vérifier l’identité d’une rousse, avec tes moyens. Si tu t’en étais donné la peine. Mais pour moi, je suppose que c’était trop demandé. Je croyais franchement être un peu plus haut dans ton estime. Et maintenant ? On fait quoi ? Tu as deux gorilles dehors qui attendent de me pêcher pour m’envoyer au Colosseum ? Ou je peux rentrer chez moi ? Je te ferai une lettre en bonne et due forme demain matin à la première heure. Je te donnerai des noms de remplaçants potentiels. Tu pourras les sacrifier au besoin, eux aussi. » Nouveau pas en arrière, nouvel écart. Et il remet la suite de la discussion, la suite des événements entre mes mains, après avoir planté sans aucune hésitation une lame chauffée à blanc dans ma poitrine. Le silence suit ses mots, mes battements de cœur tonnent dans mon esprit, comme autant de jugements. D’hésitations. D’errance, finalement, d’errance hors de tous repères. Un silence valant plus, bien plus, que tous les discours que je pourrais faire. Un silence insupportable. Un silence aussi lâche que tout le reste. Une lâcheté que le loup ne peut tolérer plus longtemps.

« Inutile de me donner des noms de remplaçants. » Ma voix est pâle, cadavérique, mais a le mérite d’être ferme. « Je m’en passerai. » Personne d’autre ne pourra le remplacer efficacement, personne d’autre n’aura la confiance que je lui porte. Portais. Porte encore. « Je communiquais avec cet indicatrice depuis des mois. En tête à tête. Te confier le rôle d’aller la voir aurait dû te donner la mesure de l’estime que je peux… pouvais avoir pour toi. » Ma voix est pâle, toujours aussi pâle, soufflée malgré cette fermeté que je maintiens. Difficilement. Un pas en avant me rapproche de lui. « Toute corruption, toute partialité doit être payée au prix fort, Duncan. Pour sauver une vie, il faut en sacrifier une autre, à l’égale de la première. Pour sauver ma femme et ma fille, j’ai sacrifié mon frère sur un bûcher. Qui d’autre puis-je sacrifier pour tenter de sauver celle que j’aime ? » La fermeté s’est dissipée, pour ne laisser place qu’à une supplique à peine cachée. Et maintenant, on fait quoi ? Et maintenant, nul retour en arrière est possible. « Et maintenant,… »

Et maintenant, tu vas être sacrifié sur l'autel de mon arrogance. Je le regarde droit dans les yeux. Et maintenant, tu vas être sacrifié sur l'autel de mon orgueil, de ma suffisance, de mon aveuglement, de ma lâcheté, de mon égoïsme. Je fais un pas en avant, port droit, toujours. Altier. Seigneurial. « Nous ne pouvons revenir en arrière, je ne peux défaire ce qui a été fait, tu ne peux défaire ce qui a été dit. Je suis désolé, Duncan. » [i]J’ai fait une erreur de jugement, je me suis parjuré, je me suis trahi avant de te trahir. Mais je ne peux faire marche arrière. Mon regard se raffermit. « Ils viendront te chercher demain matin. » Je lui tourne le dos, achevant une discussion qui n’a que trop duré à mes yeux et sentant surtout poindre une note salée à mes paupières.


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Dernière édition par Rafael A. Morienval le Mer 30 Mai 2018 - 22:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: I should have known that it would end this way (dunael)   Mer 30 Mai 2018 - 22:19

« Inutile de me donner des noms de remplaçants. Je m’en passerai. »
J’avais envie de lui balancer une remarque cinglante. Lui rappeler comme ça avait si bien fonctionné la dernière fois, quand ça l’avait rendu aveugle. Remarque, c’est grâce à ça qu’il avait rencontré Violet, après tout. Un mal pour un bien ? Mais Rafael n’essayait pas de me garder. Il n’essayait pas de s’excuser. Il se justifiait, sortais des explications toutes plus fumeuses les unes que les autres. De me redonner des preuves de son estime, alors qu’il venait de me montrer qu’il n’en avait aucune. Ou alors il avait une drôle de notion de l’estime. Quand on estimait quelqu’un, on ne l’envoyait pas en pâture aux chiens comme il venait de le faire. Il y avait ce paradoxe chez Raf, prêt à me montrer que je comptais, mais tout aussi prêt à me sacrifier. Parce que Violet. Parce qu’une foutue femme avait fait une connerie. J’avais toujours cru que le monde de Rafael se dessinait en nuances de gris. Mais aujourd’hui, il n’était que de noir et de blanc. Sa Violet, toujours blanche, innocente, même quand les faits hurlaient le contraire. Et moi, noir de culpabilité inventée de toutes pièces et déposée sur mes épaules sans qu’on me demande mon avis.

« Pour sauver une vie, il faut en sacrifier une autre, à l’égale de la première. Pour sauver ma femme et ma fille, j’ai sacrifié mon frère sur un bûcher. Qui d’autre puis-je sacrifier pour tenter de sauver celle que j’aime ? »
C’était donc ça. Il l’avouait, sans ciller. Il sacrifiait une vie pour une autre, c’était son fonctionnement. Il ne voyait pas d’alternative. J’aurais voulu lui en coller une, juste pour le principe. J’aurais voulu lui démontrer que des alternatives, il y en avait pléthore. Dont une bonne partie n’impliquait pas de tuer quelqu’un. Mais effectivement, Rafael avait brûlé son frère vif pour sauver sa femme et sa fille. Moi, à côté, je n’étais qu’un ami. S’il était capable de tuer sa propre famille, pas étonnant qu’il me sacrifie aussi vite. J’étais blasé. Déçu. Défait. Rafael eut l’audace de me dire qu’il était désolé.

« Ils viendront te chercher demain matin. »
La sentence. Qui tombait aussi facilement que s’il m’avait donné sa liste de courses. Ils viendront demain matin. La colère sourde en moi se calma, d’un coup. Laissa la place à une sérénité étrange. J’aurais dû exploser, lui sauter dessus, lui en mettre une ou deux. Lui crever les yeux, tiens, histoire de finir le boulot d’un autre. Mais il n’y avait rien à faire. Un calme olympien s’empara de moi. Parce que c’était fini. Tout ça, toute cette histoire, s’arrêtait là. Avec la connerie de Raf et ma déception. Il préférait sauver sa belle. Pouvait-on lui en vouloir, dans l’absolu ? Aurais-je brûlé mes frères et sœurs pour Ayalone, à l’époque ? Je n’avais même plus envie de débattre. Je ne voulais plus essayer de ramener Raf à la raison. Je préférais le laisser se perdre dans les méandres noires de son esprit.
« Qu’ils essaient », dis-je seulement, avant de tourner le dos à mon ami et de sortir de la salle. Sans un dernier regard en arrière.

Je laissai mon badge à la réception, glissait un sourire à la petite réceptionniste que j’aimais bien. Lui souhaitai une bonne soirée. Rentrai chez moi. La colère n’explosa même pas. Je ne cassai même pas un malheureux verre chez moi. J’étais calme. Désabusé serait le mot. Si Rafael osait vraiment envoyer des gens chez moi au petit matin, ils verraient du beau spectacle. Dommage que Marie ait disparu de la circulation, un alligator aurait été utile à mes côtés. Rafael pouvait aller se faire foutre. Sa copine finirait par tuer encore. Ou se faire tuer par la petite blonde avec son épée. Ce n’était plus mon problème. Tout ça, ce n’était plus mon problème. J’allais devoir me trouver un autre job, ceci dit. Une reconversion professionnelle, encore. Je soupirai. Je penserai à ça demain. En attendant, je repris ma veste et sortis. La Prohibition me sembla sacrément chiante sur le moment. Je me serais bien noyé dans l’alcool. Mais au lieu de cela, j’allai à l’église. Les vieilles habitudes, vous savez.
« Seigneur, j’ai pas toujours été exemplaire, mais s’il vous plait….sors moi de cette merde. »

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