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 « Wasting Time » Noliam

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MASTER OF ILLUSIONS

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↳ Opinion Politique : Quand on a le pouvoir, l'argent, et les passe-droits, on ne peut pas vraiment reprocher quoique ce soit au gouvernement en place.
↳ Niveau de Compétences : Niveau 4.
↳ Playlist : WOODKID - Iron ⚘ METALLICA - One ⚘ JOE HISAISHI - Princess Mononoke ⚘ JUSTICE - Planisphère ⚘ DAFT PUNK - Harder, Better, Faster, Stronger ⚘ PINK FLOYD - Wish you were here ⚘ BANKS - Waiting game ⚘ CAT STEVENS - Wild World (skins version) ⚘ MT. EDEN - Escape ⚘ THE GLITCH MOB - Between two points ⚘ BRITNEY SPEARS - Toxic ⚘ METALLICA - Master of Puppets ⚘ PLESTED - Habits ⚘ GORILLAZ - Humility ⚘
↳ Citation : ‘When life gives you lemons, don't make lemonade - make life take the lemons back! Get mad! I don't want your damn lemons, what am I supposed to do with these? Demand to see life's manager. [..]’ C. J
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MessageSujet: « Wasting Time » Noliam   Lun 12 Mar - 22:12



Wasting Time

 



Un an. Une longue année durant laquelle je n'ai pas vu mon frère, pas même croisé. Un an, pendant lequel on ne s'est ni vus, ni hurlé dessus. Un an, durant lequel tout a changé, j'ai changé, et il a sans doute changé aussi. Je soupire, un peu nostalgique, parfois. Nostalgique de cette époque où je savais que les chances qu'on se croisent étaient fortes.

Mais aujourd'hui, on a vécu un lourd retour en arrière. Comme l'époque où il était sensé être mort. Comme l'époque où il n'y était sensé y avoir que moi. Un an que j'observe ses mouvements de loin, discrètement pour m'assurer qu'il va bien. Un an, que je n'interviens plus, de près ou de loin. Un an, que je ne suis qu'un spectateur lointain de la vie de mon jumeau. Je pose les dossiers que j'ai dans les mains et m'apprête à rentrer. Après des remarques très délicates envers mon Marcus de garde, je lui adresse un sourire avant de rentrer chez moi le plus vite possible.

Le bureau n'est plus le même depuis un an, il n'est plus le même depuis encore avant. Depuis que j'ai pris une balle entre ces murs, depuis que j'ai l'impression d'être une farce au milieu de cette dictature. Alors j'y traîne le moins possible. Shae a changé ça, malgré elle. Voir son visage a quelque chose de réconfortant, le matin, comme le soir. Mais ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas à éloigner les souvenirs, les cris et les larmes. À peine rentré chez moi, je m'écroule sur le canapé, un bras posé sur le front.

Aujourd'hui, je ne me sens pas bien. Ça m'arrive des fois. Ça m'arrive de plus en plus souvent. J'essaie de me persuader que ça n'a rien à voir avec mon frère mais c'est de plus en plus difficile. Je me perds dans mes pensées, cherchant malgré moi à le chasser de ma tête, pour finalement m'endormir, là, sur ce foutu canapé.

Et c'est tout noir, autour de moi. Je suis pris d'une angoisse tellement forte qu'elle me tord les côtes. J'ai du mal à respirer alors que je cherche à avancer, me sortir de là. Et puis là, je te vois. En miroir, face à moi. Je te vois pâle. T'es tellement pâle, Nolan, la dernière fois que je t'ai vu comme ça, t'étais sur un lit d'hôpital, tu le sais, ça ? J'ai le cœur qui se serre alors que je me retrouve une fois de plus spectateur de la scène. Cette scène qui ne m'épargne ni les douleurs, ni les sensations. Alors je perds l'équilibre en même temps que toi, pose mes mains sur mon torse en même temps que toi. Je sens ma cicatrice me brûler tellement fort qu'elle m'arrache un cri silencieux alors que tu t'écroules, que tu tombes en face de moi. Et cette voix, qui s'échappe de ma bouche. C'est ma voix de gamin, qui te voit toi, gamin, t'écrouler dans le jardin. C'est notre histoire et notre passé qui me revient en pleine gueule, alors que tu t'effondres violemment au sol et que je tombe sur les genoux, loin, trop loin. J'ai du mal à respirer, parce que cette fois-ci, je ne suis pas là pour toi. Parce que quand tu tomberas, je ne serai pas près de toi.

Je me réveille dans un sursaut, en sueur et en panique. Je regarde autour de moi, prends quelques instants avant de me calmer et réaliser que je suis encore sur mon canapé. Ma cicatrice me brûle et je réalise que ce rêve n'avait rien d'un rêve normal. Non, foutus pouvoirs. Passant une main fatiguée sur mon visage, je me lève jusqu'à la cuisine pour me servir un verre d'eau et remettre de l'ordre dans mes idées. Notre dernière discussion, dans ces lieux, est encore trop vive et trop fraîche pour qu'on l'ait oublié.

Un an. Un an sans se voir. Sans se parler. Sans crier. Sans chercher à comprendre, à se comprendre. Un an, qu'on a baissé les bras, lui comme moi.

Mais je ne peux pas laisser passer ça. Peu importe qu'il n'y ait plus rien de la relation qu'il y avait entre nous. Peu importe qu'on soit devenu de parfaits inconnus. Mon frère ne peut pas mourir, il ne peut pas risquer sa vie. À défaut de l'aider, je peux au moins le prévenir. Tant pis s'il me claque la porte au nez, tant pis si après ça, on ne se revoit plus jamais. Mais au moins il saura qu'il va retomber malade, au moins il pourra s'y prendre à temps et rester en vie.

Parce que même si l'on ne se connait plus. Même si l'on ne se reconnaît plus, il est hors de question qu'il meurt, mon frère. Hors de question que je respire cet air sans savoir qu'il le respire lui aussi. Pas dans cette vie, peu importe qu'on soit devenu des frères ennemis.

Alors je prends une douche en quatrième vitesse, j'enfile un jean noir et une veste sombre. Je place la capuche sur ma tête et glisse mes clés dans ma poche. Pour la première fois depuis qu'on est ici, je me déplace chez mon frère. Sans l'assurance de l'y trouver, sans l'assurance qu'il ouvre la porte, sans l'assurance de rien, en fait. Mais j'y vais, plus déterminé que jamais à ne surtout pas le laisser dans l'ignorance, peu importe le choix qu'il fera suite à ça.

J'arpente rapidement les rues de la Nouvelle Orléans pour me retrouver dans sa rue. Pour la première fois depuis tout ce temps. Mon cœur se serre et mon poing se referme. J'ai peur, plus peur que jamais. Je reste un gamin qui ne veut pas voir son frère mourir au fond, peu importe combien on a pu changer. Alors je reprends mon souffle et mon courage, je rentre dans son immeuble et cherche son appartement. Et après les quelques marches montées, je reste planté devant sa porte un petit moment.

Tu sais, Nolan, j'ai jamais voulu ça. J'ai jamais voulu que tout tourne comme ça. Et parfois, je me dis qu'on pourrait essayer d'apprendre à se connaître, peut-être qu'on s'apprécierait, à défaut de retrouver ce qu'on avait. Je suis désolé d'avoir tout détruit mais tu peux pas m'en vouloir de pas te laisser mourir. J'espère que tu comprendras que là, j'étais obligé de venir.

Je serre les mâchoires et frappe à la porte. Le cœur plus serré que jamais, j'appréhende le moment où elle s'ouvrira, cette foutue porte. J'entends des pas qui se rapproche et malgré moi, songe à me défiler. Pourtant je tiens bon, je reste planté devant, jusqu'à ce que la porte s'ouvre, sans que je ne vois mon reflet pile à ma hauteur. Alors je hausse un sourcil, soudainement décontenancé et baisse les yeux pour voir une gamine devant moi.

Je me recule, pourtant j'étais persuadé de ne pas m'être planté. Et alors que je m'apprête à m'excuser, chercher à comprendre mon erreur, la voilà qui parle, la petite. « Bah Papa, tu n'es pas à la salle de bain ? », je la fixe, presque sur le point de vaciller. Je m'appuie contre la porte, fixe la petite un peu plus longtemps, sans trop savoir quoi dire, avant de voir la silhouette de Nolan se dessiner dans l'encadrement. Mes yeux se posent directement sur lui, et le constat est sans appel.

Alors tu savais, tu savais que t'étais malade. Ne mens pas, t'es pas aussi pâle quand tout va bien. Alors mon rein n'a pas tenu, et t'as préféré continuer à t'éloigner plutôt que venir me voir pour trouver de l'aide.

Je baisse les yeux sur la petite, avant d'articuler, la gorge nouée. « Désolé, je ne voulais pas vous déranger. Je repasserai. » Un sourire un peu maladroit se dessine sur mes lèvres alors que je fixe à nouveau mon frère. Mon frère qui m'a hurlé mes mensonges à la gueule sans être foutu de me dire qu'il n'allait pas bien. Mon frère qui m'a hurlé toutes mes vérités sans être capable d'assumer les siennes. Clairement, j'ai eu un peu trop d'espoir, l'espoir de croire que dans une situation aussi grave, il prendrait le temps de me prévenir, au moins d'avoir mon soutien. Clairement, je me fais encore trop d'illusions, et il est temps d'arrêter les frais.

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Dernière édition par Liam P. Wiggins le Lun 12 Mar - 22:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Lun 12 Mar - 22:31

Wasting time
Liam & Nolan



Un an. Un an déjà, un an à peine que la vie a repris son cours, un an. Et, si ça n'était pas déjà le cas auparavant, un an que ma vie a basculé du tout au tout. Il y a Giulietta. Il y a Faustine. Il n'y a pas Elias. Il n'y a pas Liam. Et il y a cette conscience diffuse que j'ai de mourir à petit feu, de m’affaiblir de jour en jour, de me fatiguer, de m’écrouler, constamment, dans des vertiges et des problèmes cardiaques qui vont croissants, enrayés seulement par ces potions devenues petit à petit vitales, maigres sursis gagnés chaque jour. Mensonge constamment articulé. C’est comme un fil attaché à mon coeur, à mon corps, un silence constant et une angoisse permanente, une douleur, à mon côté, qui n’en finit pas, qui ne s’éteint pas, qui se réveille pour la simple raison que j’ai conscience de ce que cela implique. Je pousse mon organisme dans ses derniers retranchements. Et je le sais. Je le sens. Je veux l’ignorer, comme maintenant, alors que concentré sur mes outils, je désosse minutieusement ce qui fut un ordinateur et qui n’est à mes yeux que des pièces de rechange pour les miens. « Je comprends pas. On peut aller jouer ? » Faustine m’interpelle, m’arrache à mes pensées et à mes doutes, mes angoisses, ce tic-tac oppressant que je sens pulser dans ma poitrine. Je pointe du doigt les feuilles étalées devant elle. « Tu termines d’abord tes exercices et on verra. C’est important, Faustine. » Pendant un instant, j’ai le plaisir de me sentir cesser d’être le Nolan malade pour être le Nolan responsable que j’ai découvert avec la petite fille. Une moue boudeuse me répond, j’hausse les épaules en me replongeant dans mon analyse du circuit que j’ai finalement réussi à extraire, à la recherche d’éléments à récupérer. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et étrangement, on n’a pas beaucoup. « C’est quoi ? Je peux regarder, Nolan ? » Elle tend la main, je lui tape sur le bout des doigts avec un sourire qui décrédibilise totalement mes tentatives pour être autoritaire – le Nolan responsable n’est quand même pas très imposant. « D’abord tes maths, ensuite l’électronique. C’est important, je te dis. Sans maths, pas d’informatique, pas d’électronique, pas d’algorithmique, c’était le deal. » Elle souffle, je lève les yeux au ciel avant de me lever pour aller chercher un tournevis abandonné dans ma chambre, très certainement. Je ne me suis aperçu qu’il y a deux mois que Faustine n’est amie ni avec la lecture, ni avec l’écriture, encore moins avec les maths et les sciences. La seule chose qui l’intéresse, c’est ce que je fais, autrement dit, elle s’intéresse surtout à de la mécanique, de l’électronique et un peu de programmation - je crois que c’est surtout le principe de savoir que je tape vite sur un clavier qui la fascine. Mais lecture-écriture-maths, rien, nicht, nada, quedal. Au moins, elle connait des comptines, j’essaye de me rassurer. Au moins, avec la demi-heure de lecture à deux qu’on fait tous les soirs, avec les bouquins que j’arrive à trouver - elle va finir calée en théorie et pratique de la mise en place de sécurité autour de serveurs si je ne trouve pas de Oui-Oui d’ici là - elle commence à bégayer un peu moins quand elle lit à voix haute. La prochaine étape, ce sera de faire en sorte qu’elle comprenne ce qu’elle lit. Et ça j’ai comme l’impression que ce n’est pas tout à fait gagné d’avance.

Je l’observe tirer la langue et mordiller le bout de son crayon gris, concentrée sur ses additions, soustraction et - soyons fou - les quelques multiplications faciles que je lui ai mises en plus, pour éviter qu’elle ne s’ennuie. Je suis appuyé contre la porte qui sépare la pièce de vie de l’appartement de ma-sa chambre pour l’observer. Et je suis dans cette position quand la douleur vient. Brutale. Entremêlée de bile, encore, entremêlée d’une toux qui ne me quitte pas. Les yeux de Faustine se détachent de la feuille avec inquiétude. « Nolan ? » Je secoue la tête. « Juste un point de côté, ne t’en fais pas, je vais prendre une douche. » Lien de cause à effet entre la toux, un point de côté et une douche ? Aucun, juste un repli stratégique.

Face au miroir, je soulève mon tee-shirt, contemple la cicatrice boursouflée qui marque l’abdomen blanchie par plus de vingt ans d’existence. Je ne suis pas stupide. Les potions ne sont réellement que des sursis, ce qu’il va me falloir, et vite, ce sera un nouveau rein. Ou une dialyse, dans le pire des cas. Bien tenté, le coup de reprendre contact avec le cousin, bien tenté, mais utopique : je suis incapable de lui demander ce service, pas dans ce contexte. D’autant plus que bon, hein, à partir du moment où même le rein de mon frère jumeau, j’ai réussi à le foutre en l’air, je n’ai pas envie de me faire beaucoup d’illusion quant à un nouvel essai. Je m’appuie au lavabo, me passe de l’eau glacée sur le visage, dans l’espoir qu’une petite hydrothérapie miracle fonctionne. En vain, bien sûr. Et c’est à ce moment-là que j’entends Faustine se lever, avec sa manie de racler la chaise sur le sol. Je soupire, remets correctement mon tee-shirt, ferme la porte et… Bah Papa, tu n’es pas à la salle de bain ? Mon cœur rate un battement. La silhouette de mon frère se trouve dans l’embrasure de la porte. Ah. Ma voix est aussi pâle que mon visage quand j’articule d’un ton que je veux posé et calme mais qui se révèle angoissé. « Faustine, va dans la chambre avec tes exercices, et ferme la porte. Tu peux dessiner si tu veux. » Elle s’exécute sans rien dire de plus, consciente que l’heure n’est plus à la discussion, me laisse seul face à Liam.

Je ne voulais pas déranger. « Reste » Tant qu'à faire… tant qu'à être venu… « Depuis quand tu sais où j'habite ? » Non. Rectification. « Qu'est ce que tu veux ? » Non. Ce n'est toujours pas la bonne question, j'en ai le pressentiment. Il y a autre chose. « Qu'est ce qu'il y a ? » On s'en approche. Un peu. « Tu as besoin de moi ? » Presque. Ma dernière question est soufflée, je ne l'assume absolument pas. « Est ce que tout va bien ? » Là. Là est la vraie question. La seule qui vaille la peine d'être posée. La seule qui m'importe, au fond. La seule qui m’ait toujours importé. Bien malgré moi.




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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Lun 12 Mar - 23:39

« Intro »
L'envie de faire demi tour est oppressante. J'ai mal, mal de ce constat sans appel qu'il a bel et bien continué sa vie sans moi. Mal de voir qu'il n'a même pas cru bon de me prévenir qu'il allait mal, qu'il avait une gamine capable de l'appeler papa. Gamine clairement pas au fait de mon existence. J'ai mal, de voir à quel point il m'a effacé de sa vie alors qu'il bouffe encore mon cœur et mon esprit. Mal de me dire qu'il avance, qu'il continue et que moi je reste bloqué sur le passé, sur des souvenirs qui me bouffent et me brûlent chaque jour un peu plus. Je soupire alors qu'il nomme la petite, lui donne un ordre qu'elle exécute.

Faustine. Je l'observe s'éloigner sans un mot, pensant simplement qu'à son âge, Nolan aurait refusé de partir aussi calmement qu'elle. Je passe une main sur ma mâchoire, certain de me faire engueuler et rembarrer lorsque mon frère ouvre à nouveau la bouche, cette fois-ci pour moi, seulement moi. À nouveau face à face, comme ça n'était pas arrivé depuis un an. À nouveau seul à seul, à parler, presque comme si de rien n'était. Le premier mot me serre le cœur, me prend la gorge et me remue l'estomac. Vraiment ? Je suis sensé rester alors qu'il a une vie parfaite sans moi ? Que vu la gueule de son teint, il sait pertinemment qu'il est malade et qu'il n'a pas cru bon de me prévenir. Je suis sensé vivre ça comme un cadeau alors qu'il aurait préféré crever que venir me voir. Malgré moi, me regard se durcit tandis que mes bras se resserrent sur mon torse. Je hausse un sourcil à la question qui suit, et rapidement aux questions qui s'enchaînent. Au moins, son état ne lui a pas enlevé sa capacité à débiter un nombre de question à la minute totalement déraisonnable. Je baisse les yeux, cherche à me retenir de réagir de manière excessive. Peut-être pour ne pas faire subir cela à Faustine, qui doit certainement écouter un peu notre conversation. Peut-être parce que son teint pâle me rappelle notre enfance, autant que de voir une petite fille près de lui. Peut-être parce que j'essaie d'être un peu moins con, aussi.

« Je vois que tu n'as pas perdu ton débit de parole, c'est déjà ça. » La phrase est plus froide que je ne le veux, parce qu'au fond, je ne peux pas cacher que je lui en veux de m'avoir tenu à l'écart pour ça. Je serre les dents et reprends, cherchant à parler un peu plus calmement. « Je sais où tu habites depuis toujours. Tu n'es peut-être pas au courant mais ta survie compte pour moi. » Malgré tout ce qui a pu se passer. « Tu n'es pas le seul à pouvoir te renseigner sur l'autre, j'espère que t'en as conscience. » Je le scrute, de haut en bas, pose mes yeux dans les siens après avoir longtemps insisté sur son état.

« Tu te demandes sincèrement pourquoi je suis là ? Il était vraiment temps que j'arrive si tu ne te doutes pas de ce qui peut m'amener devant ta porte après un an. »

Un an. C'est long, un an. Affreusement long quand on y pense. Tant de choses qui se passent, se produisent et s'effacent. Des choses qui marquent à jamais, des choses qui blessent et qui reconstruisent. Et puis une maladie qui s'aggrave, un rein qui lâche. Un teint plus blanc que jamais et des cernes qui font mal à voir. Un an, un an et une gamine dans sa maison. Quelqu'un pour l'appeler papa et ne surtout pas me considérer comme un oncle. Un an. « Non, tout ne va pas bien. Tu ne vas pas bien. »

Ma phrase est dure et mon regard suit. Je lui passe devant, cognant son épaule pour rentrer chez lui. Après tout, il a vécu chez moi pendant des mois, je peux au moins rentrer m’asseoir, non. Il me doit bien ça. Après tant de sermons, tant de belles leçons. Je m'assoie sur le canapé, croise les bras et le suis du regard lourdement avant de commencer à parler dans un ton presque moqueur, reflétant un peu trop mes ressentiments. « T'as quand même eu bon dos de me faire tout un discours sur les mensonges, Nolan. Je sais qu'on a décidé de plus se voir mais de là à te laisser crever, tu croyais vraiment que ça allait passer inaperçu ? C'était quoi l'idée ? Ne surtout rien dire à Liam, crever dans son coin et puis après tout, il mérite pas de savoir, ce sombre connard ? » Je ris, blessé et ajoute. « Libre arbitre, c'est ça ? »

Je passe mon crâne entre mes mains avant de regarder autour de moi ce monde qui n'est clairement pas le mien. Cette vie, cette décoration, cette ambiance, tout cet univers qu'il a construit sans moi, où je n'existe pas. Parfois ça me manque, cette sensation d'avoir mon chez moi. De savoir que l'appartement ne m'appartient rien qu'à moi et que je suis l'unique propriétaire. Mais ça, c'était avant d'échanger nos places, avant de devenir Nolan pour quelques mois, avant qu'il vive chez moi et ne s'approprie les lieux. Un an. Un an et je ne me sens toujours pas complètement chez moi. Je serre à nouveau les poings avant de continuer sur le même ton.

« J'ai des rêves prémonitoires, Nolan. Tu peux couper les ponts autant que tu veux, tu ne couperas ni mes dons, ni notre lien. Et te voir crever comme un chien régulièrement je t'avoue que ça commence à me taper sur le système donc oui, j'ai décidé de venir voir de moi-même. Je me suis bêtement dit que quand même, tu ne me cacherais pas quelque chose d'aussi grave. Que tu viendrais voir ton frère pour trouver une solution pour vivre plutôt que mourir. Faut croire qu'encore une fois, je m'étais salement trompé. » Je lui adresse un magnifique sourire avant de reprendre, cette fois-ci beaucoup plus distant. « Et d'ailleurs, puisque visiblement t'as une gamine maintenant, t'aurais peut-être pu vouloir survivre pour elle, non ? Ou même ça, ça touche ton libre arbitre et tu vas la léguer à je ne sais qui ? »

Je suis trop dur, trop sec. J'ai trop mal de voir son état, de voir les mensonges. Trop mal de voir que clairement, je suis encore bien trop attaché à mon frère, bien plus que lui. J'ai mal de voir qu'il préférerait mourir plutôt que venir me demander mon aide. Mal de voir tout ce monde dans lequel il survit. « Tu comptes faire quoi au juste ? Dis-moi ce que je peux faire pour t'aider et après promis, tu me revois plus. »

Puisque visiblement c'est ce que tu veux, ne plus me voir, que je ne fasse plus partie de ta vie. Alors une fois que tu seras sauvé, en sécurité, je me tirerai à tout jamais, ou jusqu'à ce que tu réapparaisses dans mes rêves en train de mourir, on sait jamais. Puisque c'est ça notre relation désormais, pas vrai ?

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Sam 24 Mar - 22:18

Wasting time
Liam & Nolan



Je ne sais pas ce que j’en pense, de sa présence. Ça fait mal, bien évidemment, de le voir ici, devant moi. Ça fait mal, parce qu’une part de moi, confuse, se demander ce qu’il fait dans mon appartement. Tandis que l’autre, muette de lâcheté, sent que la réponse est évidente : il fait les mêmes rêves que moi. Peut-être. Les rêves prémonitoires ont été les premiers stigmates de notre condition, quand on avait depuis longtemps passé l’âge de ne serait-ce que s’imaginer sorcier, ils ont toujours été chez moi les manifestations les plus visibles de cette particularité et de ces dons que je n’ai jamais vraiment exploité jusqu’à récemment, jusqu’à mon rein, jusqu’à Elias, jusqu’à Faustine. Je ne sais pas ce que j’en pense, de sa présence, mais ce dont je suis certain c’est que ça n’augure rien de bon vraiment. Tout comme le regard qu’il a lancé à Faustine, ses yeux qui l’ont suivie jusque dans la chambre où elle se réfugie sur mon ordre : au moins obéit-elle sans discuter dans ce genre de circonstance. Le silence nous menace, je le romps comme d’habitude, incapable de le laisser s’étendre et prendre ses aises entre lui et moi. Et je m’embrouille, je me perds, je tâtonne jusqu’à trouver la bonne question. Il me faut pas moins de cinq essais pour la trouver, cette foutue question, une question que j’ai l’impression de ne pas lui avoir posée depuis des siècles. Un an. Une éternité à l’échelle de ces minutes qui nous séparaient à la naissance, un soupir comparé à ces années de distance qui nous ont tenus loin de l’autre après ma mise à mort. Un an. Est-ce qu’il va bien, depuis ce jour dans son appartement, où il m’a redonné ma vie, une vie avec laquelle je n’étais pas certain de vouloir renouer, avec laquelle je n’étais pas certain de pouvoir renouer ? Est-ce qu’il va bien ? Comment va-t-il ? Il baisse les yeux, je ne sais pas, plus comment interpréter cette réaction. Mes mains trouvent le dossier d’une chaise en support et s’y verrouillent, mains aux phalanges blanchies. Est-ce que tout va bien, Liam, où ne viens-tu me voir que poussé par autre chose ? Est-ce que tu viens me demander un service, comme tu le faisais avant ? Est-ce que tu viens exiger de moi quelque chose ? Est-ce que… « Je vois que tu n'as pas perdu ton débit de parole, c'est déjà ça. » Son ton est froid, glacé, je me crispe davantage, prends sur moi pour ne pas rétorquer, pour ne pas m’écraser, non plus. Est-ce un reproche de sa part ? Peut-être, je ne sais pas, j’ai conscience de lui déplaire. « Je sais où tu habites depuis toujours. Tu n'es peut-être pas au courant mais ta survie compte pour moi. Tu n'es pas le seul à pouvoir te renseigner sur l'autre, j'espère que t'en as conscience. » Je déglutis. Depuis toujours, depuis tout ce temps, il savait où j’habitais ? Et le Blackbird, il sait où il se trouve ? Et Giulietta, est-ce qu’il sait où elle crèche ? Et Dante ? Et tous les autres ? Je me mords la lèvre. « Tu te demandes sincèrement pourquoi je suis là ? Il était vraiment temps que j'arrive si tu ne te doutes pas de ce qui peut m'amener devant ta porte après un an. » Je redresse le menton sous cette provocation, ce que je considère comme étant une provocation. « Ah ouais ? » Ma voix lui répond sur le même ton de défi. Je me force à m’arracher à la chaise pour cesser d’être vouté, pour croiser les bras sur ma poitrine, comme pour marquer un aplomb et une assurance que je suis loin, très loin de posséder. Pourquoi est-il là ? Pourquoi prend-il le temps de répondre à toutes mes questions avortées ? Pourquoi tarde-t-il tant à aller au principal ?

Un an, un an que nous ne nous sommes pas vus. Suffisamment longtemps pour que je parvienne à me reconstruire, pas assez pour que tout cicatrice. « Non, tout ne va pas bien. Tu ne vas pas bien. » Son regard est dur, je lutte mais je faiblis, le mien se défile, dans une faiblesse qui m’écoeure. Je suis incapable de soutenir son regard, je ne l’étais déjà pas vraiment il y a un an, cinq ans, dix ans, je ne le suis pas plus aujourd’hui si ce n’est moins. Tu ne vas pas bien, je n’arrive même pas à le démentir, à le nier, à vouloir le cacher. Il entre, définitivement, dans l’appartement. S’assoit sur le canapé, prend ses aises et moi, je reste bêtement silencieux. Je ne me contente que de fermer la porte derrière lui en retenant Gavin qui voulait en profiter pour aller traîner dans la cage d’escalier. D’un geste, je lui intime d’aller s’allonger à sa place, un bref répit qui ne dure pas : je suis bientôt à nouveau obligé de faire face à mon frère. « T'as quand même eu bon dos de me faire tout un discours sur les mensonges, Nolan. Je sais qu'on a décidé de plus se voir mais de là à te laisser crever, tu croyais vraiment que ça allait passer inaperçu ? C'était quoi l'idée ? Ne surtout rien dire à Liam, crever dans son coin et puis après tout, il mérite pas de savoir, ce sombre connard ? Libre arbitre, c'est ça ? » Sa voix moqueuse m’est douloureuse, presque plus que ses propos. J’attends les reproches, j’attends les accusations, j’attends son incompréhension : je les mérite tous, bien sûr. Mentir, c’est mal, je n’avais pas six ans que je l’avais déjà assimilé, après tout. Et je ne peux pas me défendre. Je peux juste observer mon frère, attende qu’il termine, attendre même qu’il me crache que ce que je crains le plus : que j’ai gâché son cadeau le plus précieux, la chair qu’il m’a offerte en même temps qu’une vie. Mes lèvres s’ouvrent, se referment sans prononcer le moindre mot, alors que je reste bras ballants debout. M’asseoir à mon tour, en pas m’asseoir ? Je finis par tirer la chaise qu’utilisait Faustine, pour m’y installer à l’envers, appuyer mes coudes sur le dossier, y poser mon menton et fixer Liam. « J'ai des rêves prémonitoires, Nolan. Tu peux couper les ponts autant que tu veux, tu ne couperas ni mes dons, ni notre lien. » Je ferme les yeux, me relève aussitôt. Incapable de rester immobile. Je m’enfuis dans la cuisine, ouverte, en reviens avec deux verres, une carafe d’eau douteuse. Je ne peux pas me résoudre à l’écouter parler sans rien dire, sans rien faire. Sans trouver de distraction me donnant un prétexte pour ne pas tout entendre. « Et te voir crever comme un chien régulièrement je t'avoue que ça commence à me taper sur le système donc oui, j'ai décidé de venir voir de moi-même. Je me suis bêtement dit que quand même, tu ne me cacherais pas quelque chose d'aussi grave. Que tu viendrais voir ton frère pour trouver une solution pour vivre plutôt que mourir. Faut croire qu'encore une fois, je m'étais salement trompé. » Son sourire heurte mon visage fatigué, défait, démuni, sans le marquer mais en l’épuisant davantage encore. Un sourire que je me prends en pleine face, sans digue pour en briser les vagues, sans protection. Son sourire me gifle. « Et d'ailleurs, puisque visiblement t'as une gamine maintenant, t'aurais peut-être pu vouloir survivre pour elle, non ? Ou même ça, ça touche ton libre arbitre et tu vas la léguer à je ne sais qui ? Tu comptes faire quoi au juste ? Dis-moi ce que je peux faire pour t'aider et après promis, tu me revois plus. » Je secoue la tête. Finis par retourner la chaise et m’y asseoir normalement, croisant les bras, les décroisant, remontant mes genoux contre ma poitrine, interrompant mon mouvement dans une grimace, me contentant de croiser les jambes, pour finir, et d’attraper un des crayons gris abandonnés par Faustine pour le faire tourner entre mes doigts et fixer ma nervosité et mon agitation sur quelque chose. « T’as fini ? » Question inutile : je reprends avant qu’il ne puisse répondre.

« Ca fait… deux ans, je crois, maintenant. » Deux ans, oui. Il était en colère avant, ça ne devrait rien arranger. Deux ans. Plus même. « Probablement plus. J’ai pas pu continuer à prendre mon traitement, je pense que ça a dû… tout déclencher. Et je les fais, moi aussi. » Quoi donc ? « Les rêves, j’en fais aussi. Mais je voulais pas t’en parler parce que… » Parce que comment lui dire qu’il y a cette culpabilité qui me ronge, qui me consume, qui me bloque ? Comment lui dire que je n’arrive pas à le regarder dans les yeux pour lui dire, texto, que je suis en train de mourir parce que mon organisme a fini par lyncher son rein ? « Ca ne regarde que moi. Tu me l’as dit, y’a un an. Un truc du genre, si tu franchis cette porte, tu sors de ma vie, ou quelque chose dans le genre. C’est ce que j’ai fait. C’est ce qu’on a dit. Couper les ponts. C’est ce qui était le mieux. On se détruit, Liam. Et je préfère que tu me détestes, au point où on en est, plutôt que tu me pleures. » Et le plus triste, c’est que c’est vrai, quelque part.

Sais-tu, Liam, à quel point tu me manques ? A quel point Papa et Maman me manquent ? A quel point quand, lorsque je me réveille en pleine nuit après ces foutus cauchemars, j’ai envie d’aller te voir, pour que tu me dises que tout ira bien ? Que Bidou a retrouvé sa place à portée de main, parce que Bidou, aussi défraîchit qu’il puisse être, il a un peu de toi, un peu de nos souvenirs communs ? « Tu peux rien faire pour m’aider, Liam. C’est trop tard. Et tu as déjà fait suffisamment pour moi, sur ce plan-là, je… » Ma voix s’étrangle, je n’aurais jamais dû m’aventurer sur ce terrain. Il en a déjà fait suffisamment, je ne peux plus rien exiger de lui. Il m’a déjà tout donné. Bien plus qu’il aurait dû. J’inspire à fond. « Faustine, on retrouvera ses parents avant que ça arrive. Ou de toute manière, Giu’ sera là pour elle. » Je me mords la lèvre. « Fais moi confiance pour gérer cette facette de ma vie. » Fais-moi confiance pour savoir ce que je fais. La mort, finalement, dans ce que le monde est devenu, ce n’est plus vraiment une inconnue.



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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Mer 16 Mai - 1:15


J'ai les mains tremblantes alors que j'arrête enfin de parler. Je tremble de peur, de colère, de rage et de honte. Je tremble de tous ces non dits qui règnent encore entre nous. Et puis Nolan tourne la chaise, le bruit m'éclate les tympans alors que je le fixe d'un regard trop noir. Il parle, à son tour. Je ne cherche même pas à le couper. Au lieu de ça, je continue à le fixer, lui et rien que lui. Fixer ce teint cadavérique et cet état lamentable. Mon envie de le cogner au lieu de parler existe, me force à serrer les poings alors qu'il commence à reprendre possession de la discussion, de son appartement.


« Ca fait… deux ans, je crois, maintenant. »  Mon cœur s'arrête, les tremblements aussi. Tout s'arrête alors que sa phrase se clôture à peine. Il y a deux ans, mon frère et moi on s'était à peine revus. Il y a deux ans, on se hurlait dessus dans mon bureau, on se jetait des accusations à la gueule et moi, je me disais qu'il était imprudent, qu'il allait mourir s'il faisait encore de telles erreurs. Il y a deux ans, je rencontrais Nataliya, je n'avais pas encore revu Cordelia. Il y a deux ans, tout était différent. Lui, moi, nous, le monde. Tout avait un sens, il y a deux ans. Un sens que je ne retrouve dans rien aujourd'hui. Mais pourquoi ne pas l'avoir dit ? Pourquoi avoir passer deux ans à se hurler dessus, se foutre sur la gueule, tirer des balles, briser des verres et nos âmes. Pourquoi avoir perdu tout ce temps, alors qu'on aurait pu te sauver, mon frère ?

Mon regard change, de la colère à l'incompréhension la plus totale. Je n'essaie même pas de parler alors qu'il continue. Je respire, lentement, tente de ne pas trop réfléchir, ne pas me parasiter avec ma propre pensée pour le laisser parler, essayer de tout savoir, de tout comprendre. Mais pourtant, j'ai cette petite voix qui persiste, qui creuse. À chaque mot qu'il rajoute, cette petite voix qui trouve mille solution. J'aurais pu lui fournir, ses putains de médicaments. Il avait qu'à prétendre qu'il était moi, j'aurais rien dit. Il avait pas à arrêter, il a jamais eu à arrêter. Je me serais foutu dans la merde jusqu'au cou, j'aurais vendu mon âme à toutes les mafias, j'aurais vendu celles des autres, peut-être même celle de Nataliya, pour pas en arriver là.

Mais c'est trop tard, pas vrai ? Trop tard pour regarder en arrière et voir des solutions dans un passé déjà trop révolu. Parce qu'il n'existe plus, le Nolan d'il y a deux ans, pas plus que le Liam d'ailleurs. Je passe une main sur ma mâchoire, tente de contenir mes émotions alors qu'il reprend, il parle des rêves. Je croise son regard, cherche à savoir où il compte en venir. Et puis ça tombe, comme ces vérités que l'on sait mais que l'on refuse d'entendre. Il ne voulait pas m'en parler. Parce que ça ne me regarde pas, ce ne sont pas mes oignons. Il me sort des mots d'il y a un an, des phrases lancées sans tous les éléments. Mon corps faibli, il a de plus en plus de mal à me retenir. Je serre mes doigts contre ma mâchoire, cherche à me faire mal à moi pour ne pas lui en faire à lui. Parce que je n'ai pas le droit de m'énerver, je n'ai plus le droit, mon frère est mourant.

Alors ça compte plus, j'ai pas le droit de hurler, de lui en vouloir. Pas maintenant. J'entends maman, comme quand on était enfant. D'être gentil avec Nolan, de pas être trop dur. Il est malade, sois gentil, Liam. Les mots reviennent et les souvenirs avec. Je soupire, et laisse échapper un rire froid lorsqu'il tente de rationaliser ses actes. Une fois qu'il finit son discours, c'est plus fort que moi, je me redresse, le dos bien droit, et puis j'applaudis. Dans un froid sinistre et glacial.

Clap.

« T'es content ? T'es fier de tes conneries ? »

Clap.

« Non parce que là, clairement, tu te fous de ma gueule mais aussi de la tienne, Nolan. »

Clap.


« En admettant prendre en compte notre discussion d'il y a un an, si t'y tiens comme ça pour avoir ton excuse. Nolan, ça fait deux ans que t'es au courant. Tu sais où on en était il y a deux ans ? Tu m'avais pas tiré dessus, j'avais pas perdu Nataliya. Il y a deux ans, on était en train de se hurler dessus comme des abrutis finis parce que tu jouais au ministre pour la Résistance. Y a deux ans, ta merde d'excuse d'on se détruit ou je ne sais quoi, elle existait pas. Alors qu'est-ce qui t'a empêché d'être honnête ? Toi qui me traitais déjà de menteur à l'époque ? Toi qui te considérais honnête, bien plus que moi ? Qu'est-ce qui t'a empêché de dire à ton propre frère que t'étais en train de tomber malade à nouveau ? »

Clap, clap, clap.

Je me relève, m'avance vers lui sans le lâcher du regard. Non, je pose simplement une main froide, accompagnant tout mon être, plus détruit que durant toute ses années, sur son épaule frêle. Une main tremblante, de gamin, avant d'ajouter. « Voile toi la face autant que tu veux, Nolan. Mais ne crois pas que je te déteste, ne crois pas que ne plus te parler a changé qui tu étais pour moi. Je te pleurerai, évidemment. Mais aujourd'hui, tu m'as ouvert les yeux, petit frère. Tu m'as ouvert les yeux sur notre relation. »

Je resserre ma poigne pour le glisser dans une illusion. Incapable de lui dire directement, je lui montre cet envers du décors. D'abord, on est petits, et je pleure mon frère dans son lit d'hôpital. Je lis des livres pour chercher à le sauver. Ça, il le sait déjà. Alors les gamins s'effacent, laissent place à de jeunes adultes qui apprennent la magie. L'illusion se concentre sur celui qui cherche en cachette des potions, des remèdes, des solutions, pour que son frère n'ait pas à vivre seulement sur l'espoir de son rein. Et puis elle disparaît, et se reforme, il y a deux ans.

On se retrouve dans mon bureau, ce jour où l'on s'est revu. Et cette fois-ci, c'est ma peur, qu'il voit. Pas ma peur de le voir, pas ce qu'il a vu de ses yeux, mais ce que j'ai ressenti. Cette peur qu'il se fasse attraper, qu'il meurt, de voir sa vie défiler devant mes yeux et de ne pas savoir comment l'en sortir. L'illusion dure quelques minutes, trop longtemps. Je revis ce moment, ancré dans mon crâne. Cette peur de tuer un homme que je croyais sauvé. Et puis je lâche son épaule d'un geste un peu brusque, essuie une larme sur ma joue et déglutis. Je m'éloigne, ne veux plus l'approcher. Ce frère avec qui j'ai tout raté mais qui a toujours compté plus que tout, que n'importe quoi, pour moi. Ce frère qui ne pensais finalement que si peu de moi.

Mes lèvres s'ouvrent pour laisser une voix fatiguée, cassée en sortir. « J'ai toujours cru que ces deux dernières années avaient bousillé ta confiance en moi. Je pensais que notre vie s'était jouée sur ça. Je sais que j'ai commis des erreurs par le passé mais je ne pensais pas que t'avais cessé de me considérer comme ton frère il y a de ça des années. Alors je suis désolé, Nolan. »

Je marche lentement, encore tremblant de ce sentiment horrible, vers sa porte. Presque arrivé, sur le point de le quitter à tout jamais. Cette fois-ci en ayant compris. Compris que le problème n'avait pas été certains actes ou un pseudo libre arbitre. Non, le problème c'était moi, et ça l'avait toujours été. J'avais juste été trop con pour le comprendre ou le remarquer.  « Je te laisse tranquille. J'ai compris. Si t'as besoin de te servir de mon nom pour te faire soigner, fais-le. Je poserais pas de question, je chercherai plus. J'arrête les frais, Nolan. T'es mieux sans moi, désolé de pas l'avoir compris avant. »

Mon cœur éclate, brisé par mon frère. J'ai peut-être mal fait les choses mais j'ai sacrifié ma vie pour lui, pour sa survie. Alors qu'au fond, il n'a jamais voulu de ça, de moi. Je pense à Nataliya mais aussi à Cordelia, qui détient mon âme. J'ai fait tout ça pour un frère qui ne me considère même pas comme son jumeau. Stupide, vraiment stupide. « Pareil pour les parents de la petite. Si t'as besoin de tirer des ficelles, je laisserai des autorisations. Enfin, ce dont t'as besoin, mais je ne te force pas. » Je me retourne une dernière fois, pour observer son regard, celui que je croyais connaître mais dans lequel je n'avais finalement peut-être jamais été capable de me voir vraiment. Je me retourne une dernière fois, les armes tombées à terre, la rancœur, la colère et le reste aussi. Plus que moi, mon cœur brisé et ma vie sans plus d'illusion, pour lui dire, le plus sincèrement qu'il ne l'ait jamais entendu. « Désolé, petit frère. Désolé d'avoir été moi. »

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Dim 20 Mai - 11:19

Wasting time
Liam & Nolan



Deux ans. Déjà. Sûrement plus, mais deux ans que j’en suis certain. Deux ans que je l’ai compris, avec une terreur grandissante à chaque affaiblissement. Deux ans, deux ans de silence, deux ans à ne l’avouer qu’au pied du mur, d’abord à Elias, puis à Nataliya, puis à Giulietta. Timothée. Valdès. Et maintenant Liam. A chaque fois, j’ai attendu, attendu de ne plus avoir d’autre choix, attendu de ne pas avoir d’autre possibilité. Et à chaque fois, je me suis retrouvé dans la même situation, écoeuré de ne pas pouvoir mentir, de ne pas pouvoir maintenir l’illusion plus longtemps, l’illusion d’une parfaite santé, l’illusion d’un organisme se battant, envers et contre tout, contre cette autodestruction programmée depuis ma plus tendre enfance. Quand ai-je commencé à vraiment péricliter niveau santé ? J’avais tout juste six ans. Quand est-ce que le cauchemar s’est mis en pause ? Sept ans après. Et maintenant, tout recommence, tout jusqu’au regard de Liam, posé sur moi, jusqu’à cette peur, cette colère, cette déception dans ses yeux. Si semblables aux miens, et pourtant si différents. Quand je le vois, je ne vois pas mon reflet, je vois mon frère, mon frère jumeau, celui qui a fait tellement de choix pour s’éloigner de moi, celui de que je me suis éloigné par tellement d’autres choix, rarement les bons. Deux ans que je le sais, plus encore que ça dure, et je n’étais toujours pas prêt, de toute évidence, à ce qu’il en vienne à le savoir. Deux ans. Et la colère, l’incompréhension.

J’essaye de m’expliquer, mais ça n’arrange rien, je le sens bien. Quand j’évoque 2012, je n’arrange rien, je ne fais qu’exposer davantage ce venin qu’on a injecté dans nos veines, dans les battements de coeur de notre gémellité perdue. Quand j’évoque les rêves, je n’arrange rien, je ne fais qu’exposer que je le savais, je ne fais qu’exposer que je sais ce qu’il va se passe, je ne fais qu’exposer le choix que j’ai posé : celui de l’inaction. Mes yeux ne parviennent pas à rester sur Liam, je fuis son regard, je fuis ses réactions, je ne suis que terrifié, réellement terrifié, parce qu’il va me dire. Tout en étant étrangement serein, aussi. Serein, parce que tout ce que je dis est vrai, à mes yeux ; serein, parce qu’au moins, ce sera un non-dit de moins, ce serait un mensonge de moins, ce serait un poids de moins. Une douleur en plus, mais bon, on ne peut pas tout avoir. On ne peut jamais tout avoir. On ne peut pas avoir un frère jumeau, et bien s’entendre avec lui, on ne peut pas garder son libre-arbitre et contenter tout le monde. On ne peut pas avoir un Liam, et s’obstiner à avoir la liberté de faire des mauvais choix. On ne peut pas tout avoir. Et moi, je m’efforce de paraître bien, bien plus solide que je ne le suis en réalité, quand je lui affirme non seulement que je préfère qu’il me haïsse plutôt qu’il ne me pleure, quand je m’entends rajouter qu’il ne peut plus m’aider. Et qu’il en a déjà bien assez fait.

Est-ce que ça sonne comme un reproche, est-ce que ça en est un ? Au moins, j’ai le courage de le lui dire en le regardant dans les yeux, en contemplant son soupir, et ce rire froid qu’il me balance quand je me tais, enfin. Il se redresse, je fais pareil. Et il applaudit, dans une colère glacée. « T'es content ? T'es fier de tes conneries ? » Je n’ai pas envie de réagir. A force, je n’ai même plus envie de réagir. Je n’ai que mes poings qui se serrent. « Non parce que là, clairement, tu te fous de ma gueule mais aussi de la tienne, Nolan. » J’hausse un sourcil. « De la mienne ? » Je ne réfute pas l’autre partie de son affirmation, il faut le noter. « En admettant prendre en compte notre discussion d'il y a un an, si t'y tiens comme ça pour avoir ton excuse. Nolan, ça fait deux ans que t'es au courant. Tu sais où on en était il y a deux ans ? » J’ouvre la bouche pour rétorquer qu’il y a deux ans, j’étais encore en train de tenter de ne pas exister parce que je conservais encore l’espoir qu’à ses yeux, j’étais mort, comme il l’avait voulu. J’ouvre la bouche pour cracher qu’il y a deux ans, j’étais encore en fuite, et je voulais autant le haïr que comprendre, comprendre ce qui avait dérapé au point qu’il me foute sur une chaise électrique. J’ouvre la bouche, mais je la referme, parce qu’il ne m’attend pas, parce qu’il ne s’arrête pas. Parce qu’il me fait perdre l’équilibre, aussi. « Tu m'avais pas tiré dessus, j'avais pas perdu Nataliya. » Je fronce les sourcils. « Nataliya ? » Comment ça, il a, avait perdu Nataliya ? On ne perd pas une secrétaire comme on perdrait ses chaussettes, aux dernières nouvelles et… « Il y a deux ans, on était en train de se hurler dessus comme des abrutis finis parce que tu jouais au ministre pour la Résistance. Y a deux ans, ta merde d'excuse d'on se détruit ou je ne sais quoi, elle existait pas. Alors qu'est-ce qui t'a empêché d'être honnête ? Toi qui me traitais déjà de menteur à l'époque ? Toi qui te considérais honnête, bien plus que moi ? Qu'est-ce qui t'a empêché de dire à ton propre frère que t'étais en train de tomber malade à nouveau ? » Ses applaudissements cessent, il se relève et s’approche de moi. Je me raidis, je ne fais que me raidir, parce que mon instinct me pousse à reculer, à m’aplatir, à disparaître. A me volatiliser avant qu’il ne m’effleure, avant qu’il ne poursuive. Avant qu’il ne balaie tout comme il sait si bien le faire. Il y a deux ans, on se détruisait déjà. On n’en avait juste pas encore conscience. Il y a deux ans, j’aurais dû me tenir loin, très loin de ce bureau, très loin de toi, Liam. Pour qu’on reste ce qu’on est devenu, deux étrangers l’un pour l’autre.

« Voile toi la face autant que tu veux, Nolan. Mais ne crois pas que je te déteste, ne crois pas que ne plus te parler a changé qui tu étais pour moi. Je te pleurerai, évidemment. Mais aujourd'hui, tu m'as ouvert les yeux, petit frère. Tu m'as ouvert les yeux sur notre relation. » Ouvert les yeux ? J’ai le souffle coupé, un hoquet de surprise lorsqu’autour de nous, le salon se trouble et nous projette en arrière. Deux petits Noliam dans un lit d’hôpital, un petit Liam qui lit encore. Un Liam qui grandit, et qui lit, qui lit encore. Les grimoires. N’a-t-il donc fait tout ça que pour moi ? Alors qu’en parallèle, il m’envoyait en chair à canon éponger par des coups les dettes qu’il contractait, alors qu’il se servait de moi comme rempart pour préserver sa si précieuse réputation ? Alors qu’en parallèle, il ne voyait plus en moi un frère mais juste un pion pour se protéger et se protéger encore, de ceux qu’on balance aux flics pour qu’ils fassent illusion, juste suffisamment longtemps pour que les gouttes de sang et de corruption se tiennent loin de son costume ? L’image se trouble une nouvelle fois.

Quatre Noliam dans un bureau. Une main posée sur mon épaule, et nos échos, nos spectres, visages moins marqués, moins fatigués, moins tendus. Mais la colère, toujours présente. Et la peur. Des deux côtés. Une peur qui me prend aux tripes, dans une illusion plus puissante qu’un simple écho visuel. Une peur qui me donne envie de protéger mon frère, de me dresser, comme avant entre lui et le monde. Sans qu’il ne me le demande. Une peur qui ne disparaît pas quand l’illusion s’étiole sous mon regard voilé. Une peur qui s’obstine, quand il me lâche, quand il s’éloigne, quand je chancelle. Quand il reprend. « J'ai toujours cru que ces deux dernières années avaient bousillé ta confiance en moi. Je pensais que notre vie s'était jouée sur ça. Je sais que j'ai commis des erreurs par le passé mais je ne pensais pas que t'avais cessé de me considérer comme ton frère il y a de ça des années. Alors je suis désolé, Nolan. » J’ouvre la gueule, mais je me tais. Il s’en va. Il va s’en aller, il marche lentement vers la porte, et moi, je laisse comme un con ses mots me hanter, en les saisissant avec timidité, en les observant, en les étudiant. En les soupesant. Est-ce que j’ai cessé de le voir comme un frère ? Non. Je ne crois pas. Je ne sais pas. « Je te laisse tranquille. J'ai compris. Si t'as besoin de te servir de mon nom pour te faire soigner, fais-le. Je poserais pas de question, je chercherai plus. J'arrête les frais, Nolan. T'es mieux sans moi, désolé de pas l'avoir compris avant. »  Je te laisse tranquille, est-ce qu’il ne me l’a pas déjà promis, plus d’une fois, est-ce que je ne le lui ai pas déjà promis, plus d’une fois ? Je le suis du regard, en restant silencieux. Parce que je ne sais pas quoi dire, d’une. Parce que j’ai l’impression que quelque chose dérape, de deux. Parce que j’ai la sensation d’avoir fait une erreur, de trois. « Pareil pour les parents de la petite. Si t'as besoin de tirer des ficelles, je laisserai des autorisations. Enfin, ce dont t'as besoin, mais je ne te force pas. » Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il est en train de me dire ? J’ouvre la bouche, mais comme pour mes précédents essais, rien n’en sort. Aucune protestation. Il se retourne, et je comprends dans sa voix, que j’ai fait une erreur. Et pas une simple erreur, mais l’erreur de trop. Celle qui me coûte un frère. Ce pardon murmuré qui le place définitivement sur la chaise électrique, et qui ne fera pas un seul geste pour l’en retirer. Il se retourne, son murmure, sincère, brisé, soufflé, est un hurlement et des insultes, est de la colère à mon encontre. « Désolé, petit frère. Désolé d'avoir été moi. »

« Tu... » Tu ne comprends pas, que je veux lui dire. Sauf que ce serait un reproche, et qu’actuellement, je veux tout lui dire, sauf un reproche. Je ne peux pas lui reprocher quoique ce soit. Pas aujourd’hui. « J’avais peur de ta réaction... » Je souffle plutôt. « J’avais peur que tu m’en veuilles... » Je poursuis. Ne pars pas, Liam, pas comme ça, pas tout de suite. « J’avais peur que tu me le reproches... » Ne pars pas, pas comme ça. On l’a rêvé, on le sait tous les deux, ce qu’il va se passer. « J’avais peur de te décevoir... » Ma main glisse à mon côté, comme souvent, comme trop souvent ces derniers temps, comme un réflexe tangible. « Tu... » En disant tout ça, je me rends compte que c’est exactement ce qui est en train de se passer. J’ai eu raison d’avoir peur de sa réaction. Il me reproche mon silence. Je le déçois. Et la suite… ?

« Il y a deux ans, c’était déjà trop tard, tu le sais comme moi. J’ai cessé d’être suivi en 2012, Liam. Réfléchis. Il y a deux ans, ça faisait déjà trop longtemps que je n’avais plus mes médocs régulièrement. Et quand il y a eu la fatigue, et quand tout a recommencé… il était déjà trop tard. La seule solution c’est une nouvelle greffe, ou des dialyses à répétition et… » Est-ce qu’il me voit dépendre de son fric, dépendre d’une machine, continuer à dépendre, encore et encore, de quelqu’un ? De lui, surtout de lui ? Ma voix est un murmure. Mes yeux sont des suppliques. « Il y a deux ans, ce qui m’empêchait de te le dire, c’était tout, Liam. C’était le silence, le silence depuis 2012. C’était ma colère pour ce que tu m’avais fait, mon incapacité à t’en vouloir. Puis rien ne s’est arrangé, rien n’a changé, tout a empiré. Tu ne crois pas que j’ai eu envie de te le dire ? Mais qu’est-ce que je pouvais te dire ? Salut, Liam, le cauchemar recommence ? Tu crois quoi, que les hôpitaux ont que ça à faire, de s’occuper d’une IRC chez un mec qui n’a quasi plus aucune existence légale, qui a tenté de tuer un ministre ? » Je m’échauffe, petit à petit. Comme souvent. Comme toujours. D’une voix qui enfle, qui tente de garder le contrôle pour ne pas inviter Faustine dans la discussion. Je m’approche de Liam. Avec la ferme intention de me glisser entre lui et la porte, entre lui et la fuite. Entre lui et l’abandon, sans savoir de qui viendrait l’abandon s’il franchissait cette fichue porte. « Qu’est-ce que j’aurais pu te dire ? Salut Liam, tu te souviens de la merde que c’était quand j’étais môme, de tous les sacrifices qu’ont fait Papa et Maman, de CE sacrifice que tu as fait ? Et bien j’ai tout foutu en l’air !, c’est ça que j’aurais dû te dire ? » Ma voix se casse, mais reste ferme de colère. De la colère de me dire qu’au final, on aurait juste tellement mieux fait de rester loin, l’un de l’autre.

En sachant pertinemment que ça ne fonctionne pas. « Je ne sais pas si je suis mieux sans toi. Je sais juste que j’ai dû apprendre à composer sans toi. Que j’ai dû…  » Je ne trouve pas mes mots. « Je voulais te protéger de ce cauchemar… je voulais te... » Je déglutis. « Te te souviens de l’impuissance de Papa ? Des doutes de Maman ? » Parce que moi, oui. Vraiment. « Tu te souviens de ton soulagement, après l’opération ? De l’angoisse d’un rejet, puis de tout ce qui a suivi, de Papa et Maman recommençant à vivre ? » Parce que moi oui, je m’en souviens. Je me souviens aussi de cette culpabilité dévorante, chaque fois que je posais les yeux sur toi, de cette colère que je croyais lire dans ton regard, de cette amertume que je devinais dans ta mâchoire crispée. « Et tu aurais voulu que je t’impose de repasser par tout ça, d’une manière ou d’une autre ? » Je m’adosse contre la porte. « A six ans, tu t’es pris de plein fouet la maladie de ton frère jumeau, et je n’ai rien pu faire pour empêcher ça. Ne me reproche pas d’avoir voulu... » Si il me le reproche. Tout comme moi, je lui ai reproché d’avoir pris des décisions pour deux.

« Si tu peux avoir des antidouleurs, je veux bien... » Je finis par dire, plus pour me résoudre à lui demander quelque chose, que par réel manque. Les antalgiques, ce sont presque les médicaments que je peux avoir le plus facilement, dans la longue liste de ceux dont j’aurais besoin, si je me décidais à vraiment repousser l’échéance. « Je n’ai pas besoin de ton nom, Liam. J’ai besoin de… d’un tour de magie. » Tu sais, comme ceux que tu me faisais, pour me changer les idées. Tu n’essayais pas de me soigner, tu n’essayais pas de me tuer, tu n’essayais pas de manipuler ma vie. Tu me faisais juste rêver. Rire et sourire. Tu me donnais de quoi titiller ma curiosité. Tu me distrayais. Tu dédramatisais la situation dans un monopoly ou une partie de cache-cache. Tu étais mon frère. Pas un grand-frère autoritaire et surprotecteur, pas un père, pas un dictateur. Juste mon frère. A l’époque.



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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Mar 22 Mai - 0:44


Y a quelque chose de différent cette fois. Quelque chose que je n'avais pas les autres fois, toutes les fois où on s'est dit adieu, toutes les fois où on a coupé les ponts pour de bon. Non, cette fois, c'est différent. Parce que je baisse les bras, je m'écroule à terre. J'arrache mon cœur, mes reins, et tout le reste et je lui donne. Moi j'en veux plus. Je veux plus de cette vie, de ma mémoire. Je veux plus de mes souvenirs, plus de mon palpitant. À quoi bon, après tout ? À quoi bon alors que je n'avais même pas su voir l'évidence ? J'ai passé plus de six ans à me mentir, à croire que mon frère me comprenait encore un peu. J'ai passé six années à vivre et me bercer dans une illusion que j'ai mis plus de trente ans à créer complètement. C'est ça, le comble de ma vie. Le sorcier qui fait subir des illusions en vit une lui-même, et il est pas foutu de s'en apercevoir cet idiot. Les millièmes de secondes durent des heures tandis que je tente d'imprimer son regard pour une réelle dernière fois. Passer au dessus de sa pâleur et de son équilibre incertain. J'essaie de l'imaginer quand il allait encore bien, si jamais ce moment a existé. Si jamais j'avais pas déjà tout bousillé.

Et puis sa voix me coupe, me paralyse. Mes yeux perdus dans un passé lointain retrouvent finalement la réalité trop dure. Nolan mourant et moi, impuissant. Je fixe son regard, déglutis alors que je ne comprends pas. Je ne sais pas pourquoi je ne passe pas le pas, peut-être pour l'entendre une dernière fois. Une vraie dernière fois. Il articule, s'explique en marchant sur des œufs. Peur de ma réaction, qu'il dit. Il y a quelques minutes, ces simples mots m'auraient mis hors de moi, ils m'auraient poussé à bout, m'auraient amené à lui dire froidement et sèchement qu'encore une fois il est lâche, il est stupide. Avoir peur d'une réaction, il n'est plus un gamin, putain. Se laisser mourir pour une réaction, et puis quoi encore ? Comme si c'était suffisant.

Mais ça, c'était avant. Avant cet instant où j'ai compris que je menais une bataille que j'avais perdu il y a plus de dix ans. C'était avant, quand je croyais qu'il y avait encore une confiance, même fébrile, une relation, même malsaine, mais quelque chose, un noyau indestructible, entre lui et moi. C'était avant, avant ces derniers mots. Alors maintenant, je ne réagis pas, non, je m'appuie contre la porte d'entrée afin de tenir debout malgré mon cœur émietté. Je le regarde droit dans les yeux et je l'écoute, une dernière fois, m'expliquer pourquoi tout a fini comme ça. Comment j'ai détruit sa vie, depuis qu'on est tout petits. Je le laisse continuer, insister sur comment j'aurais pu lui en vouloir, le lui reprocher, être déçu. Je le laisse dire tout ça sans un geste et sans un mot. Non, rien. Je reste muet, plus de sarcasme, de rire froid, de regard noir. Juste un homme brisé, un frère qui a perdu le sien et qui n'a pas su le voir. Trop tard pour le rattraper. Une incompréhension qui est devenue une boule de poison et qui a coupé tout ce qui nous liait. J'observe sa réaction, nos vies, nos choix. J'observe ce temps pendant lequel on aurait pu parler mais où on a préféré se taire et je me demande pourquoi. Pourquoi on a fait tout ça ? Pourquoi on a pas choisi de parler, dis moi ?

J'attrape discrètement la poignée derrière moi, prêt à partir sans un mot de plus. Prêt à craquer, à me laisser m'écrouler. Mais Nolan reprend et je desserre ma prise. Je baisse les yeux alors qu'il me demande de réfléchir, qu'il m'explique qu'en le condamnant en 2012, je l'avais condamné à vie. J'aimerais remonter dans le passé, lui prouver que je n'ai jamais réellement cessé de le chercher. Qu'au fond de moi, je savais qu'il était vivant. Ce truc de jumeau, qui fait qu'une partie de moi n'était pas morte ce jour là. Que je savais qu'il était quelque part, caché, ci et là. J'ai envie de lui dire qu'il aurait pu venir me voir directement, se servir de mon nom instantanément. Que non, c'est pas vrai. C'est pas moi qui l'ai tué. Pas moi qui l'ai amené dans cette situation. C'est pas ma responsabilité, c'est pas vrai.

Mais ce serait un mensonge. Un odieux mensonge auquel même moi je ne crois plus. Je suis responsable de la mise à mort de mon frère et ce, depuis des années. En le condamnant ce jour là, je le tuais, peut-être pas sur l'instant mais à petit feu. Je le sais. Et même s'il existe peut-être un monde où Nolan n'avait pas arrêté les médicaments, qu'on avait parlé dès le début, qu'il n'y avait pas du quatre ans de vide, six ans de mensonges. Même si ce monde là existe, je reste responsable de la chute de la moitié de mon âme.

Il continue, mon frère. Continue à être trop rationnel. M'expliquer pourquoi il y a deux ans il ne pouvait pas me le dire. Continue à m'expliquer mes fautes et leurs conséquences depuis des années. Sa colère, ses doutes et ses peurs. Il continue à m'expliquer encore et encore mes propres erreurs. Il s'agace, hausse un peu le ton. Il ressasse ses souvenirs et me voilà à nouveau grand méchant de son histoire. Pour la première fois de toute ma vie, j'abdique, je baisse les yeux. Pas d'insistance, pas de défi. Non, juste un pardon silencieux, encore. Il s'approche et je lâche la poignée pour ne pas qu'il remarque trop mon attention, peut-être pour qu'il réalise à quel point j'ai baissé les bras aussi. Baissé les bras entre nous, ne plus prendre de décision, ne plus le faire souffrir. Ne plus être le grand méchant de son histoire, ne plus être personne et m'effacer, simplement, dans ce silence qui en dit tant.

Il parle de sacrifices, ceux des parents, de son enfance mais aussi le mien. Je hausse un sourcil, de quoi parle-t-il ? Je n'ai rien sacrifié. Et puis pour la première fois de ma courte existence, je vois mon frère. Je le vois tel qu'il est lui et pas comme je me l'imagine. Je vois Nolan, le vrai. Je vois cet homme fatigué, usé et rongé. Cet homme emplit de culpabilité qui le hante. Je vois son esprit torturé par des maux qu'il s'est forcé à vivre. Je vois ce frère qui a pris le blâme et une condamnation pour celui qui lui avait donné un rein. Celui qui a cru avoir une dette alors qu'il n'avait pas l'âge d'en mesurer les conséquences. Là où je voyais une naïveté utile, je vois maintenant un homme détruit. Là où je voyais une stupidité incompréhensible, je vois un frère qui tente de racheter une dette auquel il n'a pas fixé de prix. Là où je voyais une complicité, je vois un petit garçon qui s'est toujours senti inférieur.

Une larme coule sur ma joue quand je comprends que je n'ai jamais vu mon frère tel qu'il était vraiment. Incapable de bouger, je l'écoute et nos places changent, il se retrouve contre cette porte et moi, face à elle, face à lui. Face à ce frère que je découvre ou redécouvre. Mon jumeau, bousillé par une vie qu'il n'a pas pu vivre, à cause de la maladie, à cause de moi et de sa culpabilité que personne n'a saisi. Ses mots s'estompent, son ton se calme. Il demande des médicaments dont il n'a pas besoin et finalement, il me demande quelque chose, quelque chose que je n'entends pas sur l'instant, trop parasité par mes propres pensées.

Je lève les yeux sur lui et esquisse un sourire maladroit. De ceux qui disent qu'on est désolé bien plus encore que les mots n'arrivent à l'articuler. Je regarde mon frère et sans lui dire un mot, je le prends dans mes bras. D'une étreinte qu'on a plus eu depuis avant la greffe. Une étreinte dans laquelle il n'est pas mon petit frère, mais mon jumeau. Une étreinte pleine d'excuses et de remords mais surtout d'un amour sincère, sans passé, sans souvenir, sans futur. Juste lui, moi, et l'instant présent. Mes mains se glissent dans son dos. Passant sous l'un de ses bras, j'attrape son épaule tandis que ma tête se pose sur sa nuque et que sans un mot, je le serre juste. Pour lui dire pardon. Pardon de ne pas avoir compris, de ne pas avoir su écouter. Pardon d'avoir cru que je te comprenais alors que je ne te voyais pas. Pardon de ne pas t'avoir tendu la main alors que tu en avais besoin. Pardon de t'avoir fait subir ça, je voulais pas. Je t'assure, je voulais pas. Pas comme ça. Pardon d'être devenu qui je suis, d'être un connard fini. Pardon d'avoir bousillé ta vie alors qu'on était encore petits. Pardon de pas avoir su te sauver, de t'avoir abandonné encore et encore.

Pardon, mon frère.

Et puis sans m'écarter de lui, alors que mes pensées se taisent, j'entends finalement ce qu'il m'a dit, les derniers mots avant que je le prenne dans mes bras. Un tour de magie. Mes yeux s'écarquillent alors que je comprends enfin. Je réalise enfin qu'il n'est pas condamné, que non, sa vie n'est pas finie et que tout peut encore changer. Je m'éloigne de lui, casse cette proximité tout en gardant une main sur son épaule. Et soudainement je ne suis plus le ministre froid et autoritaire, plus le dictateur de la vie de mon petit frère. Non, je suis ce gamin avec une idée brillante pour le sauver. Des rêves et des étoiles plein les yeux. « Mais putain oui, c'est ça ! »

Je m'éloigne de lui pour revenir dans son salon, nerveusement, je ris, j'ai un million de gestes trop brusques et peu maîtrisés. Je touche mon front, puis mon menton. Je le regarde et je souris. J'ai la solution. Je l'ai travaillée et chercher pendant des années. Je me suis entraîné sans un mot. Mikkel, Milo. Tout ça c'était au cas où ce jour arrive. Alors pourquoi ne pas y avoir pensé ? Comment l'avoir oublié ? « On va te sauver la vie Nolan. Et je parle pas de dialyse ou de greffe. Je parle pas d'une solution qui te force à prendre mon nom ou même à retourner dans cet hôpital de merde. Non je te parle d'une solution définitive. »

Je joins mes mains devant moi, incapable de contenir mon bonheur, mon excitation et ma joie. Je m'appelle Liam, j'ai dix ans et je vais sauver mon frère jumeau. Il aura une vie géniale et rien qu'à lui. Il pourra rire et s'éclater, mourir vieux et heureux. Je m'appelle Liam, j'ai trente quatre ans et je vais sauver mon frère jumeau. Lui donner enfin la vie qu'il mérite. Rattraper ce passé qui le hante.

« Un tour de magie. Un vrai. » Je l'attrape par le bras et le traîne sur le canapé pour qu'il s'y assoit près de moi. « Nolan, on en a jamais parlé et je veux pas que tu en fasses tout un plat. Mais depuis quelques années j'étudie la magie noire. » Je lève un doigt d'avance pour ne pas qu'il me coupe. « Attends, laisse-moi finir. », je pose une main sur la sienne. « Je veux pas faire de gens des zombies, je veux pas utiliser ça n'importe comment et je ne l'ai pas fait. Mais tu te souviens de ce truc dont nous parlaient papa et maman ? Ces métamorphes, cette solution qui pourrait te guérir ? Mais c'était de la magie noire, et puis trop risqué parce qu'ils ne s'étaient jamais entraînés. » Je ris, comme si enfin, la vie prenait un tournant un peu plus serein. « Je me suis entraîné, Nolan. J'ai appris le rituel et j'ai déjà fait deux métamorphes. Je sais comment ça fonctionne et comment t'aider. On peut te sauver, Nolan. Tu peux aller bien et avoir une vie rien qu'à toi. »

Je serre sa main dans la mienne et j'ajoute, un peu plus lentement. « Avec un simple tour de magie... »

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Jeu 24 Mai - 22:43

Wasting time
Liam & Nolan



Je ne veux pas. Je ne veux pas, et toute mon âme le hurle sur le ton d’un enfant capricieux. Je ne veux pas, je ne veux pas qu’il parte maintenant, je ne veux pas que ça se termine comme ça, que le chapitre sur mon frère s’achève sur lui qui s’excuse et qui se barre, qui m’appelle petit frère, je ne veux pas tourner la page sur un silence, sur ce non-dit doux-amer qui obstrue ma gorge et me laisse muet. Je ne veux pas entamer un dernier chapitre sur mon jumeau qui me tourne le dos, ou plutôt sur moi qui lui tourne le dos, qui le laisse se barrer, alors que tout, absolument tout me crie qu’il dérape, qu’il oscille, qu’il vacille. Je ne veux pas, je ne veux pas que ça se termine comme ça, l’histoire de notre gémellité. Il ne comprend pas, je me rassure. Il ne comprend pas tout ce qui se passe dans ma tête, on ne se comprend plus vraiment depuis tellement, tellement de temps. Il ne comprend pas, mais je peux le retenir. Lui expliquer. M’excuser. Ne rien lui reprocher, juste… expliquer. Ne pars pas, Liam, pas comme ça, pas tout de suite. Ne me laisse pas, pas comme ça, pas tout de suite. J’ébauche des phrases, des excuses, des explications mais tout ce que ça me permet de voir, c’est que ce que je craignais est arrivé, dans les moindres détails. J’avais peur de le décevoir, j’avais peur de ses reproches, j’avais peur qu’il m’en veuille : je me prends son silence dans la gueule, comme une condamnation. A croire que j’ai encore fait un mauvais choix. Me taire. Mais est-ce que j’aurai pu lui dire plus tôt, hein ? Est-ce que j’aurais pu… comment est-ce que j’aurais pu lui dire ? Quand, au juste ? Bien sûr que je me la suis fermé, les années s’égrènent sans un mot, de cette distance qui a suivi 2012 à cette culpabilité mordante qui m’a agressée il y a un an, en passant par ces accumulations. Quand est-ce que j’aurais pu lui dire, hurler pouce comme lorsqu’on avait dix ans, et lui confier dans un silence enroué qu’à un moment, on allait devoir cesser de jouer à chat et chien faute de participants ? Quand, quand, Liam, dis-le moi, pointe moi du doigt le moment où j’aurais pu, où j’aurais dû te le dire. Pointe-moi du doigt tous ces mauvais choix que j’ai fait.

De toute manière, c’est trop tard, et il faut que tu le comprennes. A partir du moment où c’était trop tard, ça ne servait plus à rien. Et quand il était encore temps, nous étions loin, si loin l’un de l’autre. Je le vois bien, qui veut fuir. Oui, je te vois, Liam, qui veux t’enfuir. Tu as la main sur la poignée, mais ne pars pas, pas tout de suite. Je t’en supplie, ne me laisse pas. Je m’approche, pour m’interposer. Pour me faire rempart dans sa fuite. Je me glisse entre lui et sa sortie. Est-ce qu’il se souvient, de quand on était gosse ? Est-ce qu’il se souvient de Papa, de Maman, est-ce qu’il a jamais vu ce que moi je croyais lire dans leur regard, leurs cernes épuisées, leur fébrilité, leur inquiétude à chaque rechute ? Est-ce qu’il se souvient de lui, de ses angoisses à lui, de ses angoisses qu’il ne méritait pas, mon jumeau, mon frère, mon âme, hein, est-ce qu’il s’en souvient ? Parce que moi, oui. Ce n’était pas de ma faute, ce n’était pas de la sienne, c’était juste comme ça, ouais, mais… est-ce qu’il comprend ce que j’ai voulu lui épargner, cette fois ? Il avait six ans quand il s’est pris en pleine gueule la maladie de son frère, et je n’ai rien pu faire pour lui épargner ça, pour empêcher ça. Est-ce qu’il comprend que c’est un mélange de honte, de culpabilité et de volonté de le protéger qui m’a fait taire, hein ? Mes mots me laissent essoufflés, mais j’ai au moins la satisfaction de rester droit, de rester ferme, de rester debout. Il n’y a que ma voix qui se brise, qui se fatigue, qui chancelle, mais au moins, tout le reste… m’impose de le regarder. Et de voir cette larme. Son sourire maladroit, un sourire qui fait autant de mal que de bien, parce qu’il me permet de prendre la mesure de tout ce qui nous sépare.

Et de la complicité qu’on avait, et qui est morte, morte depuis des années, morte depuis… depuis l’opération, je crois. Je ne veux pas de son nom, je ne veux pas de ses connexions, je ne veux pas de ses reproches, je ne veux pas de sa colère, je ne veux pas de son fric, je ne veux pas de ses ordres, je ne veux pas de ses certitudes, je ne veux pas de tout ça. Je veux juste mon frère, et un tour de magie. Un de ceux sans magie, juste de l’émerveillement. Je veux une distraction, je veux des rires, ces rires d’enfant, ces rires et ces sourires spontanés. Pas tristes, pas chargés de remords, pas chargés d’hypocrisie, juste ces sourires mutins qu’on s’échangeait quand on nous confondait, et que ça nous faisait rire, tellement rire. Est-ce qu’on peut retrouver ça ? Est-ce qu’on peut…

Il s’approche, il me prend dans ses bras et moi, je m’y perds. On a quoi… vingt ans de plus ? Vingt ans de moins. J’ai vingt ans de moins quand je me laisse prendre à cette étreinte, quand j’accepte tout ce qu’elle sous-entend et que je veux lui donner la signification de tout ce qu’elle ne dit pas, de tout ce qu’il ne dit pas, de tout ce qu’on est incapable de dire. Il ne dit rien, Liam, mais il dit tout quand je fonds en larmes, incapable de me retenir, incapable de retenir ces battements de coeur qui hurlent à en mourir, comme des excuses, comme du soulagement. Comme un soulagement qui ôte de mes épaules un poids si pesant, si omniprésent que j’en avais oublié son existence. Un poids qui appuyait sur tout, sur tout mon corps, sur ma cage thoracique, sur mes pensées, sur mon coeur, sur absolument tout. Un poids qui s’envole. Qui me libère. Comme un tour de magie, ce tour de magie qui…

Liam s’écarte, « Liam ? » Liam s’écarte, en me laissant surpris. D’une main nerveuse, j’essuie les larmes qui s’attardent. « Mais putain oui, c'est ça ! » J’ai un sourire perdu, de ceux que je pouvais avoir, avant, quand Liam avait une idée et qu’il ne me l’avait pas encore partagée. J’ai l’impression qu’il a basculé, qu’on a chaviré, vers quelque chose de mieux. D’infiniment mieux, son rire, ses gestes, son regard, son sourire, tout ça… tout ça, ça a le goût d’un renouveau, d’un peu de sel après le désert de l’amertume. Un peu de sucre, après la steppe aride et âcre. « Qu’est-ce que ? » Qu’est-ce qu’il a en tête, qu’est ce qu’il a compris, qu’est-ce qu’il voit que je ne vois pas ? « On va te sauver la vie Nolan. Et je parle pas de dialyse ou de greffe. Je parle pas d'une solution qui te force à prendre mon nom ou même à retourner dans cet hôpital de merde. Non je te parle d'une solution définitive. » Je fais un pas, un petit pas, un micro pas en arrière. Sous la surprise, j’essaye de m’en convaincre. Sous la peur, si je veux être franc, d’une réaction aussi vive qu’inattendue. « Me sauver ? » Je répète, d’une voix que je veux confiante mais qui tremble légèrement. Qui tremble d’appréhension. Mon frère a une idée en tête, une idée qu’il affirme pouvoir être la clé pour me sauver.

« Un tour de magie. Un vrai. » Magie ? Il m’attrape le bras, je n’essaye même pas de résister, je me laisse faire, je me laisse installer sur le canapé, à côté de lui, après avoir décalé les tournevis, cartes mères, engrenages et autres cochonneries que j’étais en train de démonter, remonter, nettoyer. « J’essaye déjà, avec des potions et... » Et quelque chose me dit que s’il y avait eu une solution par ce biais, je l’aurais trouvée depuis longtemps, non ? J’ai fait des recherches, je me suis plongé dans l’héritage de Maman que j’ai récupéré - pour ne pas dire volé - dans les affaires de Liam. Et tout ce que j’ai trouvé, c’était des potions pour filtrer, maladroitement, le sang, sans réel succès, juste suffisamment d’efficacité pour enrayer l’inévitable destruction. Mais s’il ne parle pas de potion, de quoi il… « Nolan, on en a jamais parlé et je veux pas que tu en fasses tout un plat. Mais depuis quelques années j'étudie la magie noire. » « Quoi ? » Je me tais sous l’injonction de son doigt levé, je garde pour moi mes questions. La magie noire. Celle de Voldemort, de Mordred et de Saroumane. « Attends, laisse-moi finir. Je veux pas faire de gens des zombies, je veux pas utiliser ça n'importe comment et je ne l'ai pas fait. Mais tu te souviens de ce truc dont nous parlaient papa et maman ? Ces métamorphes, cette solution qui pourrait te guérir ? Mais c'était de la magie noire, et puis trop risqué parce qu'ils ne s'étaient jamais entraînés. Je me suis entraîné, Nolan. J'ai appris le rituel et j'ai déjà fait deux métamorphes. Je sais comment ça fonctionne et comment t'aider. On peut te sauver, Nolan. Tu peux aller bien et avoir une vie rien qu'à toi. » Je frissonne. Magie noire. Nos grands-parents l’avaient proposée en solution miracle à notre mère, elle avait refusé, elle avait même tant et si bien refusé qu’ils en avaient coupé les ponts. Elle… « Avec un simple tour de magie... » Un tour de magie. J’en pleurerai. « Un simple tour de magie... » Je répète, je m’approprie ses mots.

Je voulais de la magie sans magie. De la magie d’enfant, de la magie qui fascine, qui peut être expliquée, qui captive et qui a ce petit quelque chose d’hypnotisant, de suffisamment intriguant pour me faire oublier tout le reste. Je voulais de l’émerveillement, pas cette angoisse latente qui croît dans ma poitrine. Et pourtant, je ne veux pas lui dire. Je ne peux pas lui dire. Me résoudre à lui dire que c’est une mauvaise, si mauvaise idée de jouer avec ce genre de chose. Un simple tour de magie. On n’a plus dix ans. Liam ne joue plus avec des cartes, il joue avec des gens. Il ne joue plus avec des pièces qu’il fait apparaître derrière mon oreille, il joue avec des forces bien différentes. « Tu parles de… tu parles de me transformer en animal. » Je ne sais pas quoi en penser. Je sais que ça existe. Je connais la théorie, je l’ai lue, j’ai dû la lire, la parcourir, sans m’attarder. Parce que ça ne m’intéressait pas, parce que ça ne me concernait pas, parce que je n’ai jamais été vraiment fasciné par tout ça. La magie n’a d’intérêt que lorsqu’elle reste de l’ordre de la fiction, je dois être le seul geek à n’avoir jamais rêvé de recevoir sa lettre pour Poudlard. Et qui l’a reçue, malgré tout. Et qui ne l’a prise qu’à contrecoeur. Pire comparaison du monde.

Je ferme les yeux. Quand, quand au juste, est-ce que je suis devenu la voix de la raison, dans la fratrie Wiggins ? Métamorphe, devenir un animagus, ça n’a rien de bien dramatique, non ? James, Sirius, Peter l’ont fait. Ils avaient quinze ans. Et c’est un roman pour gamins. Et je ne sais pas, mais je ne crois pas que ça implique un autre sorcier, de la magie noire et tout un ensemble de connerie magique, non ? « Tu es sûr que ça me soignerait ? » Je demande malgré tout. Je ne veux pas lui faire de peine, je ne veux tellement pas lui faire de peine. Je ne veux pas l’éloigner. « On peut faire ça, si tu veux, on peut se renseigner, voir si... » Je ne sais pas si j’en ai envie. « Je peux en parler avec… tu disais que tu en connaissais deux autres ? » Connaître, je me force à être prudent dans mes mots, dans mes choix de mots. Je ne veux pas le perdre. « C’est une bonne idée, Liam, je veux bien le contact avec les deux autres, comme ça, je… ils étaient malades comme moi ? »

Je sais, je sens, je pressens, au fond, que non, ils n’étaient pas malades, pas malades comme moi. Pourquoi, comment est-ce que je le sais ? La désinvolture avec laquelle Liam en a parlé. Une désinvolture qui me fait froid dans le dos. Je déglutis. « On a fait un sacré chemin, depuis les tours de magie avec des cartes... »



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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Jeu 24 Mai - 23:35


Un tour de magie. Un de ceux qui changent une vie. J'ai conscience que cette fois ci, ce ne sera pas un simple tour de passe passe. Pas simplement Nolan qui s'émerveille de me voir sortir une carte qu'il n'avait vu qu'avec ses yeux. Je sais bien que cette fois-ci, le tour ne sera pas simplement entouré de rires et de sourires. Il n'aura rien d'innocent et ne sera pas non plus réellement divertissant. Je ne sais que trop bien que ce tour là, il changera nos vies, pas cinq minutes pour oublier la douleur mais à tout jamais.

Il aura suffit de quelques mots, d'un claquement dans mon crâne pour m'en souvenir. Me souvenir de pourquoi j'avais vendu mon âme au Diable officiellement, pourquoi j'avais accepté de finir en Enfer à coup sûr. Il m'aura fallu un claquement, tout simplement, un claquement pour me rappeler pourquoi j'avais voulu apprendre tout ça, passer au dessus de la voix de Maman, de la colère de Papa. Passer au dessus de ces souvenirs douloureux, des mots qui tournaient en boucle « T'es folle, Nana, c'est trop dangereux. Et si on le tuait ? Et s'il finissait comme ces monstres et qu'on devait l'achever ? », « T'as pensé à ton âme ? On a juré de ne jamais utiliser ces magies là. Elles sont mauvaises. Et même si elles pouvaient le sauver, c'est trop risqué, et puis on en sait rien, on a jamais pratiqué. C'est non, mon fils ne sera pas une expérimentation. » Des larmes, des sanglots et du désespoir. Il a fallu balayer tous les souvenirs de mes yeux d'enfant pour me dire qu'il fallait essayer.

Mais j'étais d'accord avec Maman, Nolan n'était pas un sujet d'expérience. Si je devais lui proposer un jour cette solution, il fallait que je sois sûr de moi, sûr de ne pas le transformer en charpie. J'en avais parlé à Noah, je lui avais tout expliqué, mes craintes, mes questions. Il y avait répondu, on avait étudié ensemble, j'avais étudié jusqu'à m'épuiser. Et puis était venu ce jour, ce jour où j'ai compris que c'était possible. Ce jour où l'expérience pouvait avoir lieu, m'entraîner et m'apprendre à ne pas rater. Je passe une main sur mon visage, comme soulagé, soulagé de savoir que je n'ai pas fait tout ça pour rien. Que je n'ai pas pris le risque de tuer Mikkel pour rien. Tout ça valait la peine. Toutes les épreuves, vendre mon âme au Diable et puis à Cordelia. Tout prend sens, parce que je peux sauver mon frère.

Sa voix me sort une fois de plus de mes pensées tandis qu'il répète mes mots et que j'acquiesce, plus calme, plus posé. Un tour de magie, oui. Je le regarde, sans plus un bruit, lui laisse le temps de digérer, de revoir tout notre passé à son tour, poser les questions qu'il veut et surtout, finir par accepter. Parce que c'est ça, la seule issue, pas vraie ? Celle qui est raisonnable et qui a du sens ? C'est d'accepter, que l'on attende la prochaine pleine lune et que l'on fasse ce rituel. Il n'a aucune raison de refuser, c'est la solution parfaite, offerte sur un plateau d'argent pour lui offrir enfin la vie qu'il mérite, celle qui durera bien longtemps. Sans souffrance, sans vertige. Je pince mes lèvres, serre mes mains entre elles alors que je contiens difficilement mon excitation pour lui laisser la place de penser.

Et puis il parle à nouveau, mon frère, il accepte doucement, et mon cœur retrouve un rythme un peu plus décent. Je l'observe alors qu'il parle d'animal et je hoche la tête, bien que ce ne soit pas totalement vrai. Mais il a saisi l'idée. L'idée qui va lui sauver la vie, lui rendre sa liberté. Mais soudainement je comprends, je comprends que pour lui, ce n'est pas aussi simple. Que les années que j'ai passées à effacer les voix de Papa et Maman, il ne les a pas eues et ne les aura pas. Que Nolan et moi, on a jamais eu le même rapport à la magie. Que si j'étais prêt à me sacrifier pour elle, lui ne l'a jamais été. Je comprends que ma solution parfaite a de grandes chances de ne pas être la sienne.

Et mon illusion retombe, mon espoir aussi. Lorsqu'il ferme les yeux, je fais de même. Un triste écho à son propre geste. Encore une fois, j'ai pensé trop vite, trop loin. Je n'ai vu que ma propre ligne de conduite sans prendre en compte la sienne et j'ai le sentiment de voir cette solution parfaite me glisser lentement des doigts pour s'éloigner à tout jamais. Mais quel con, putain, quel con. Jamais je n'aurais du présenter ça comme ça.

Trop tard, encore une fois. Je m'apprête à reprendre, rationaliser ma pensée pour la lui faire mieux comprendre mais il me devance en parlant à nouveau. Il me redonne de l'espoir, me laisse glisser un sourire à nouveau. Je n'ai pas le temps de répondre alors qu'il continue sur des questions qui me semblent au début tout à fait faisable, même mieux, aller dans mon sens, nous rapprocher de ce rêve qu'on a si longtemps cru irréalisable. Mais comme d'habitude, pour chaque part de lumière il y a son ombre. Et pour chaque rêve il y a un cauchemar.

Nolan finit par poser des questions sur ces fameux autres. Vouloir les contacter, savoir leur propre vécu, avoir une idée plus précise de la situation. Et lentement, le rêve s'éloigne à nouveau. Le mettre en contact avec Mikkel me mènerait à ma perte, à sa mort. Le mettre en contact avec Milo, trop risqué, trop compliqué. Comment lui expliquer ? Comment justifier mes actes ? Je baisse les yeux quelques secondes, réfléchis aux meilleures choses à dire, du moins, à éviter les pires et il ajoute une phrase qui me sort à nouveau de mes pensées, laisse un rire m'échapper. Il n'imagine pas à quel point c'est vrai. À quel point le chemin a été long, laborieux et compliqué. Il n'imagine pas à quel point la magie coule dans mes veines et fait partie de moi pour une éternité. J'ai condamné mon âme sans lui en parler.

Une fois en tirant sur un homme.
Une fois en tuant mon propre frère.
Une fois en défiant les Dieux.
Une fois en faisant un pacte avec une Diablesse.

Je soupire, un peu moins confiant, Nolan ne réalise pas à quel point j'ai parié sur lui, au point de condamner ma propre mort en plus de ma vie. Il ne peut pas imaginer tout ce que j'ai lu et vu. Tout ce que j'ai accepté ces dernières années. Je laisse un temps sans doute un peu trop long avant de finir par parler. « Je... Nolan c'est compliqué, tout ça. La magie noire est compliquée, elle n'est pas si maléfique que ça, Papa et Maman ne voyaient pas l'ensemble du tableau. » Je secoue la tête, cherche à ordonner mes pensées et me convaincre moi-même de ce que je peux dire. « Ce sort te sauvera à coup sûr. Il soignera ta maladie, Nana avait raison. Je le sais, je l'ai lu, étudié et... testé. » Je soupire, comment lui faire accepter mes choix ? Comment lui faire comprendre que j'ai fait tout ça pour ne pas le perdre ? Je suis de plus en plus nerveux, j'ai du mal à tenir en place. L'impression que tout s'était arrangée s'est envolée. Elle est partie en fumée.

Je refuse d'avoir vendu mon âme pour ne pas pouvoir sauver la tienne.

« Je peut te renseigner, répondre à toutes tes questions. Je connais le sujet sur le bout des doigts. Je te promets que je sais ce que je fais. » Je n'arrive plus à croiser son regard, trop peureux de le voir me filer entre les doigts une fois de plus mais malgré moi je reprends. « Je... je ne peux pas te donner leur contact mais je peux t'en parler, si tu me promets de me laisser finir et de ne pas péter un plomb. » Ma voix s'étrangle alors que j'ai l'impression d'être un gamin qui a fait une grosse connerie et qui va être puni. Un gamin qui croyait bien faire et qui au final, perd tout.

Encore et encore.

« Je... j'ai rencontré un mage, il y a plusieurs années. Un mage très puissant qui a quelques siècles de plus que nous. On a parlé, longuement, de toi, de moi, de tout. Et je lui ai parlé de ce tour que Nana avait proposé lorsqu'on était petits. Il m'a dit qu'il pouvait m'apprendre, m'a montré des grimoires que je n'avais jamais vu. J'ai étudié pendant des mois et des mois... et puis un soir... »

Un soir, j'ai pris l'opportunité qui s'offrait à moi. J'ai saisi cette chance qui ne se représenterait peut-être pas. J'ai fait quelque chose de totalement immoral, une fois de plus. J'ai pris la vie d'un être humain pour un rien, un simple test que je pouvais me permettre d'échouer, parce qu'il n'était pas toi. J'ai choisi, sciemment, de prendre ce risque, peu importe le prix qu'il coûtait. Mais ça, Nolan ne peut pas le comprendre et encore moins l'accepter. « Mon ami avait ce mec sous la main, un type qui... » ne valait pas grand chose, dont la société pouvait se dispenser. Un type dont je ne connaissais rien, dont je me foutais royalement et visiblement, j'étais pas le seul. « … voulait être changé. » Mensonge, te revoilà, comme tu m'as manqué. Pardon Nolan, c'est pour ton bien. « Ils avaient discuté de ça et... avec l'autre mage à mes côtés, il n'y avait que très peu de chances que le rituel ne fonctionne pas, il pouvait compenser si jamais je ne réussissais pas... » Du moins, c'est plus facile de se dire ça. « Ça a fonctionné, Nolan. Il s'est transformé sous nos yeux, et depuis il va bien. » Mensonge, un de plus.

Combien de fois j'ai ressenti le mal être du chacal ? Sa colère, sa faiblesse ? Ses shots de drogues ? Combien de fois il a brassé mon propre intérieur par ses démons à lui ? Comment prétendre avoir amélioré sa vie ? « Et le second c'est... » Plus compliqué, plus dur encore. Parce que ça te concerne un peu aussi, que sans toi, je ne me serai peut-être pas retrouvé face à lui. « Un type que j'ai rencontré par hasard. » Enfonce-toi, Liam, un peu plus dans les mensonges qui te rongent déjà. « Il a failli mourir devant moi et je... je ne sais pas. J'ai pas pu laisser faire ça. J'étais seul, c'était la pleine lune et j'avais le pouvoir de lui donner une seconde chance, tu comprends ? »

J'ai sauvé un drogué, en lui donnant une deuxième chance. Et puis je l'ai abandonné, ce gamin qui n'avait pas besoin seulement d'une chance mais surtout d'amour, de soutien. Je l'ai abandonné pour prendre ta place en taule, celle que tu voulais pas que je prenne. Je l'ai laissé tomber et maintenant, il se drogue à nouveau, et pas qu'à moitié. Le problème ? Il peut plus en crever. J'ai pas sauvé la vie de Milo, j'ai simplement prolongé son agonie. « J'ai réussi à le sauver, lui donner une nouvelle chance, une opportunité qu'il a saisi, pour une vie meilleure. »

De belles histoires pour enfants. Des illusions qui n'ont que des parcelles de vérité. Je suis désolé, mon frère. Mais si je suis honnête, toi, tu ne voudras jamais accepter. Ni pour toi, ni pour moi. Je le sais, je te connais. « Fais-moi confiance, s'il te plaît. Je peux te sauver la vie et après ça, tu vivras ta vie et je m'en irai si tu veux. » Je marque une pause pour enfin retrouver ses yeux. « Ne me demande pas de te laisser mourir alors que j'ai la possibilité de te sauver. Ne me demande pas ça, je t'en supplie. » Je serre les poings avant de finir par dire, plus doucement. « Tu ferais pareil à ma place, tu peux pas prétendre le contraire... »

Parce que peu importe la distance entre nous, peu importe les murs et les rivières qui nous séparent. Peu importe qu'on ne se comprenne plus vraiment, je sais que si les rôles étaient inversés, jamais il ne me laisserait mourir s'il avait la solution. Ou alors, est-ce que ça aussi c'est une illusion, est-ce que c'est moi qui m'imagine encore des choses sur notre relation ? J'ai la gorge nouée et le cœur nauséeux. Je soupire pour finir par dire. « Si tu as des questions, tu peux me les poser mais me demande pas de t'abandonner à la mort. C'est la seule chose dont je suis incapable, je suis désolé. »

J'ai essayé, d'ignorer, de faire semblant. J'ai essayé de prétendre que plus rien ne nous liait. Mais ça me ronge, ça me bouffe. Je veux juste te savoir vivant, te savoir en bonne santé, j'en ai besoin pour enlever ce poids sur mon cœur et cette barre dans ma gorge. S'il te plait, mon frère, laisse-moi t'aider.

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Dim 10 Juin - 20:24

Wasting time
Liam & Nolan



Un tour de magie. Un de ceux qui changent une vie. Un tour de magie. Un de ceux qui me font respirer, qui me poussent à voir au-delà de l’hôpital, au-delà de mes reins, au-delà de ma fatigue. Un tour de magie, rien qu’un tour de magie, rien qu’un tour de passe-passe, pour attirer mon regard, capter mon attention, me distraire. C’est tout ce que je lui réclame, c’est tout ce que je cherche, c’est tout ce que je demande. Juste un tour de magie. Une carte juxtaposée à une autre, une pièce glissée derrière une oreille, le sourire d’un émerveillement naïf, d’un éclat de rire enfantin, les yeux plissés d’admiration, des mains qui applaudissent un ravissement. Un tour de magie, rien qu’un tour de magie. Un simple tour de magie. Juste un tour de magie. C’est ce que je lui demande, c’est que j’espère. C’est ce que je demande à mon frère. Mais ce n’est pas ce qu’il me propose. Quoi ? ma surprise m’essouffle, son doigt levé m’intime le silence et j’obéis. De la magie noire. De la magie sombre. De celle qui corrompt les âmes, de celle qui touche à l’identité de la personne, à sa nature. De la magie brutale, de la magie de pentacle, de la magie de sorcières, de la magie de Salem. On est loin, si loin d’Harry Potter et de David Copperfield. On est loin de tout ça, on sombre dans autre chose. On se laisse titube, Liam me tend la main, m’invite à le suivre. Et moi, tout ce que je trouve à dire, et à penser, c’est… Liam envisage sérieusement de me transformer en animal. De torturer ma nature, plier le papier pour transformer la feuille blanche en origami. Ce sera quoi ? Une grenouille, un pingouin, un piaf ? Je ne veux pas que mon âme soit froissée, je ne veux pas qu’il la touche, je ne veux pas qu’il l’écorche, parce qu’une fois plié, la feuille blanche est incapable de redevenir celle qu’elle était. Je ne sais pas si j’en ai envie, je ne sais même pas si l’idée de Liam est viable ; tout ce dont je suis certain, c’est que ce que dit mon frère est forcément vrai, et que s’il pense tenir là une solution durable pour mes problèmes rénaux, c’est que c’en est une. Ce que j’ignore, c’est l’ensemble des complications que tout ça va impliquer. Je ne connais pas ce pan de la magie, je sais juste que Maman était contre, que Papa était contre, que ça a brisé les liens avec notre famille française, que ça nous a éloignés de Timothée, des Morel, que c’est un tabou, en quelque sorte. Et il veut faire ça, vraiment ? Il veut…

Je suis incapable de lui opposer un refus clair et net. Je suis incapable de lui opposer un non ferme et définitif. Je suis incapable, même, d’émettre à haute voix tous les doutes qui fourmillent en moi. Tout ce que je parviens à faire, c’est à poser des questions. Pénibles. Justifiées. Insuffisantes. Des questions pour donner le change. Ne pas fermer la porte, ne surtout pas fermer la porte qu’il a ouvertes, après tant d’années, ne surtout, surtout pas le faire fuir, pas maintenant. Ne pas le perdre, surtout pas le perdre. Je marche sur des œufs, je pèse chacun de mes mots, Giulietta serait fière de moi. J’espère. Dans tous les cas, je m’efforce de rester prudent. Je ne veux pas le perdre, je refuse de le perdre. Je veux juste afficher une attitude curieuse. Est-ce que je peux au moins rencontrer les autres, avant de prendre la moindre décision ? Est-ce que je peux me renseigner, me draper dans l’espoir de conserver un libre-arbitre, de conserver le libre-arbitre que j’ai arraché à main nue de la nasse fraternelle dans laquelle il était empêtré. Je veux croire que Liam me laissera choisir, qu’il n’a fait qu’une proposition, qu’une simple et évidente proposition. Qu’une offre. Qu’il me laissera choisir, en toute connaissance de cause, et qui respectera mon choix. Je veux conserver l’illusion qu’il m’offre, je veux savourer son excitation enfantine, ses excuses. Je veux m’obstiner à croire tout ça. Et ignorer son silence.

Ignorer son rire, sous ma question. Ignorer son soupir, que je crains de comprendre. Je veux ignorer mes doutes, ces doutes qui me taraudent. Fermer les yeux pour tout ça. Sursauter et rouvrir mes paupières quand la voix de Liam se lève. « Je... Nolan c'est compliqué, tout ça. La magie noire est compliquée, elle n'est pas si maléfique que ça, Papa et Maman ne voyaient pas l'ensemble du tableau. » Pas si maléfique ? J’ai envie de lui hurler qu’il est complètement aveugle, et que s’il continue à me sortir des trucs dans le genre, je vais bientôt devoir l’appeler Grindelwald ou Voldemort, et que s’il continue malgré tout, il aura le droit à Voldingue. Je me retiens, je me mords l’intérieur de la lèvre pour mieux me murer dans le silence. « Ce sort te sauvera à coup sûr. Il soignera ta maladie, Nana avait raison. Je le sais, je l'ai lu, étudié et... testé. » Testé. Je me prends la tête entre les mains, dans l’espoir de comprendre. Dans l’espoir de parvenir à penser clairement, ce qui me semble n’être qu’un piteux échec pour le moment. « Je peux te renseigner, répondre à toutes tes questions. Je connais le sujet sur le bout des doigts. Je te promets que je sais ce que je fais. Je... je ne peux pas te donner leur contact mais je peux t'en parler, si tu me promets de me laisser finir et de ne pas péter un plomb. » Je relève la tête, cherche le regard de mon frère. « Pourquoi est-ce que je pèterais un plomb ? » Un soupir, celui que l’on pousse quand on se rend compte de quelque chose. « Non… Liam, ne me dis pas que tu as recommencé à traîner dans des trucs très louches… » Du genre de ceux qui t’ont poussés à tuer un homme, et à me faire accuser ? Du genre de ceux qui risqueraient de tout faire déraper, encore ? Je ne suis pas un ange, clairement, je trempe dans l’illégalité, j’y fais la brasse et le dos crawlé, même, mais… S’il te plaît, Liam, ne me dis pas que tu as quelque chose à te reprocher dans ce domaine. Tu as testé, tu as étudié, tu as lu, mais tout dans la légalité, la décence et la moralité, n’est-ce pas ?

« Je... j'ai rencontré un mage, il y a plusieurs années. Un mage très puissant qui a quelques siècles de plus que nous. On a parlé, longuement, de toi, de moi, de tout. Et je lui ai parlé de ce tour que Nana avait proposé lorsqu'on était petits. Il m'a dit qu'il pouvait m'apprendre, m'a montré des grimoires que je n'avais jamais vu. J'ai étudié pendant des mois et des mois... et puis un soir... » Je le fixe, pendu à ses lèvres, pendu à ses suspens, pendu à ses mots, ses non-dits, ce qu’il me cache quand il arrête de parler, ce qu’il va choisir de me dire, ce qu’il va choisir de garder pour lui. Il a rencontré un mage, un de ceux qui sont vieux, je n’ai pas de quoi être surpris, les rumeurs de telles personnes au Gouvernement sont suffisamment nombreuses pour que je ne puisse tout simplement pas être étonné par ses propos. Mais pour le reste… je contemple les différences entre nous. Lui, discutant sorcellerie autour d’un verre de vin, moi qui oublie d’en parler à mon meilleur ami et à ma copine. Lui, pensant à moi, étudiant, se renseignant, expérimentant, alors que de mon côté, je démonte des bécanes, j’en répare d’autres et puis basta. « Mon ami avait ce mec sous la main, un type qui... voulait être changé. Ils avaient discuté de ça et... avec l'autre mage à mes côtés, il n'y avait que très peu de chances que le rituel ne fonctionne pas, il pouvait compenser si jamais je ne réussissais pas... Ça a fonctionné, Nolan. Il s'est transformé sous nos yeux, et depuis il va bien. » J’ai la gorge sèche, je me lève pour aller cherche une bouteille, la remplir d’un peu d’eau croupie, la compléter de quelques herbes purificatrices, un des rares avantages de la sorcellerie dont j’use désormais au quotidien pour pallier les manques d’une civilisation en chute libre. Je reviens, pour m’apercevoir qu’une carafe et deux verres trônaient déjà dans le salon. J’ai un petit rire nerveux, je me passe une main dans les cheveux. Tout, plutôt que de penser à ce qu’il me raconte. Le premier, il l’a fait sur un volontaire. Avec l’aide d’un professeur expérimenté. Il n’y avait aucune raison pour que ça rate, et ça a fonctionné sans souci. Alors pourquoi est-ce que j’ai un doute ? Pourquoi est-ce que j’ai un mauvais pressentiment ? Parce que Liam est Liam, peut-être, parce que je crois connaître mon frère, celui qu’il est devenu ? Je garde un verre dans mes mains, fais tourner les feuilles séchées trempées, qui se dilatent, absorbent un peu d’impuretés, beaucoup de bactéries. Tout, tout plutôt que de croiser son regard et d’avoir le malheur d’y percevoir le mensonge. « Et le second c'est... Un type que j'ai rencontré par hasard. » Je croise son regard, bien malgré moi. « Par hasard ? » Il est sérieux ? « Il a failli mourir devant moi et je... je ne sais pas. J'ai pas pu laisser faire ça. J'étais seul, c'était la pleine lune et j'avais le pouvoir de lui donner une seconde chance, tu comprends ? » J’ai la gorge sèche, j’opine malgré tout du chef. Parce que c’est ce qu’il attend de moi, d’une part, parce que je comprends, d’une autre. Parce que je suis bien satisfait de ce que j’entends. « Tu lui as sauvé la vie, c’est bien. » Mais est-ce que tu lui as demandé son avis avant ? Est-ce que tu en as eu le temps ? Est-ce que tu y as pensé ? « J'ai réussi à le sauver, lui donner une nouvelle chance, une opportunité qu'il a saisi, pour une vie meilleure. » J’hoche à nouveau la tête, esquisse un sourire. Et répète, comme pour m’en convaincre. « C’est… c’est génial. » Et est-ce que je peux les voir, ces deux miraculés ? « Fais-moi confiance, s'il te plaît. Je peux te sauver la vie et après ça, tu vivras ta vie et je m'en irai si tu veux. Ne me demande pas de te laisser mourir alors que j'ai la possibilité de te sauver. Ne me demande pas ça, je t'en supplie. Tu ferais pareil à ma place, tu peux pas prétendre le contraire... » Je me mords la lèvre, distrais à nouveau mon regard dans les feuilles bientôt saturées, dans un soupir sonore. « Je sais… » Je souffle. Oui, je sais que je ferai pareil, mais est-ce que c’est la même chose, vraiment ? Une main dans la nuque, je masse un nerf pincé, une douleur dans le cou, je tente de dissiper des tremblements qui pointent le bout de leur nez, et une migraine qui s’installe progressivement. « Si tu as des questions, tu peux me les poser mais me demande pas de t'abandonner à la mort. C'est la seule chose dont je suis incapable, je suis désolé. » Je suis désolé. Je me mords la lèvre. Me pince l’arête du nez, je suis incapable de rester immobile. La preuve, me voilà à nouveau debout, pour faire quelques pas, m’installer face à lui, sur une chaise mise dans le mauvais sens, coudes appuyés sur le dossier. Yeux rivés dans les siens.

« J’ai tout un tas de questions, de remarques, mais… faut que j’y réfléchisse, Liam. Je… c’est une décision que je dois prendre, et que je dois prendre à tête reposée. » Une décision. Parviens-tu à lire le sous-titre ? Une décision que je dois prendre. Entends-tu ce que je veux dire ? « C’est quand même… ce n’est quand même pas un acte anodin… » Est-ce qu’il comprend ? J’ai le souffle coupé à l’idée qu’il se braque. « Je refuse pas, que ce soit bien clair. Je ne refuse absolument pas, je dis juste qu’il faut pas se précipiter. Et… et ça m’intéresse, comme idée. L’idéal, ce serait vraiment qu’on en discute, genre avec le mage dont tu parlais, si tu es encore en contact. Histoire qu’on regarde ensemble le sortilège, comment il fonctionne… et ensuite, j’en discute avec les… avec tes deux amis, pour comprendre ce que… ce que ça fait. » Prudent, j’essaye encore d’être prudent. « J’imagine qu’il y a des conséquences, il y a toujours des… il y a toujours plus que le simple effet. Je veux dire… Maman le disait bien. » Un des rares trucs que j’ai retenus, non ? « L’effet papillon, tout ça… si tu bouges un domino, c’est toute l’architecture qui se retrouve bougée… comme quand on jouait au truc, là, avec les kaplas, ou… je sais plus. T’en enlèves un, ça va forcément avoir des répercussions. » Je vais chercher la feuille du bout des doigts, cherche un endroit où la mettre, me résous à la coller sur l’extérieur du verre. Avant de boire une gorgée, dans une grimace née de ce que la fleur d’anthurium a pu laisser comme goût dans le liquide. Pas le meilleur thé du monde. « Je me dis que c’est plus prudent de… j’ai un peu de temps devant moi, plusieurs mois, je te promets. » Plusieurs semaines, quelques semaines, plutôt. Mais il n’a aucun moyen de le vérifier, non ? « Donc, on a largement le temps de… d’étudier, tout ça. » Et peut-être que j’aurai le temps d’en discuter avec Giulietta, au passage. D’en parler à Faustine. De rencontrer les deux métamorphes dont il m’a parlés. De voir le mage qui lui a tout appris. Gagner du temps pour me convaincre. Parce que je ne suis pas convaincu. Nana était pour. Maman était contre. « Tu comprends ce que je veux dire ? Tu… tu es d’accord, hein ? Tu comprends ? Je ne refuse pas, hein, je te demande rien de… je… j’entends que tu as une solution, je veux juste être sûr que… ce sera la bonne. »
Parce que si elle est si idyllique que ça, pourquoi est-ce Maman n’a pas cédé à la tentation, hein ? Une sorcière aussi, aussi expérimentée qu’elle, la fille d’une lignée complète, pourquoi n’aurait-elle pas couru le risque de sauver son fils ? « Je te fais confiance, hein. Je te fais confiance, Liam. » Je ne lui fais pas confiance. J’en suis incapable. Pas après ces dernières années, pas après ces mensonges, pas après ces silences, pas après ces non-dits, pas après tout ça.

Mais j’aimerais.

Tout serait tellement plus simple si j’étais à nouveau capable de lui faire confiance, aveuglément.



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MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Dim 10 Juin - 22:40


Tout le monde a toujours cru que j'étais le plus fort des deux. Liam, celui qui n'est pas malade. Celui qui a toujours le dos droit, la tête haute. Il compense les faiblesses de son frère, ils sont différents. Je suis le roc et il est le cœur, ça a toujours été l'idée. Nolan me montre comment il voit des moutons dans les nuages et moi, je lui en décris bêtement la composition. Nolan est plus accessible, plus facile à toucher. Il pleure là où mes larmes n'ont jamais coulé, il crie là où je suis resté de marbre. Il est les sentiments et moi, le pragmatisme. Pourtant, tout est faux là dedans, tout l'a toujours été. Je suis le plus faible des deux, celui qui a du mal à respirer, qui retient ses larmes face au monde qu'il ne comprend jamais vraiment. Je suis celui qui a peur, tout le temps. J'ai compensé ma faiblesse par mon analyse, j'ai compensé ma peur par ma connaissance. Mais ça ne suffit plus, aujourd'hui. Le jour où mon frère est en train de mourir devant mes yeux, c'est ma faiblesse qui ressort et sa force à lui qui prend le dessus.

Il pose ses yeux dans les miens et je me force à garder le change, à tenir ce visage, n'y laisser aucune fêlure. J'ai peur qu'il y voit tous les non-dits, j'ai peur qu'il perce à jour les secrets qui vont le faire hurler, partir en courant, me foutre à la porte et se laisser crever. Alors je me force, je respire lentement, garde mes yeux dans les siens. Je m'efforce de ne rien laisser transparaître, surtout pas ma faiblesse. Surtout pas maintenant, où tout est sur le point de changer. Il ouvre la bouche, mon miroir, et brise mes espoirs. Là où il aurait du dire oui, ne pas poser plus de question. Là où il suffisait d'une pleine lune et le tour était joué, il vient poser des doutes, des questions. Il émet la possibilité de dire non. Mon cœur se brise, un peu plus, encore, alors qu'il préfère envisager la mort. Je soupire, ne comprends pas sa réflexion, parce que je suis comme ça, moi. Une idée en tête, une idée qui marche, qui fonctionne à coup sûr, alors pourquoi hésiter, merde, pourquoi douter ?

Peut-être à cause de moi, parce que je l'ai trahi maintes et maintes fois. Mais ne vois-tu pas que cette fois c'est différent ? Ne vois-tu pas qu'aujourd'hui, je suis cet enfant d'à peine dix ans, plongé dans les bouquins à la recherche d'un miracle pour sauver mon frère ? Je suis ce gosse qui trépigne d'impatience parce qu'il l'a trouvé, il a mis le doigt sur les mots qui changent tout, qui sauvent la vie. Le vrai tour de magie. Alors pourquoi il ne le voit pas ? Pourquoi il doute ? Pourquoi il lit pas tout ça dans mes yeux à moi ?

Je baisse les yeux alors qu'il continue, je frotte mon visage entre mes mains, m'arrête sur mes tempes alors que je me retiens de lui couper la parole, le faire taire pour lui dire qu'il se pose trop de question, que j'ai déjà toutes les réponses et qu'il a juste à me croire. Fermer les yeux et croire en moi. On a pas le temps de réfléchir, pas le temps de passer par l'étape du doute. J'ai examiné toutes les possibilités, j'ai vu toutes les alternatives. Il faut se lancer, sauter le pas. Il faut le faire, maintenant, vite avant qu'il ne soit trop tard. Vite avant que les risques soient trop grands. Je suis à deux doigts de craquer, mon pied tape par terre à une vitesse de plus en plus grande, les vibrations remontent jusque dans ma mâchoire. Il ne peut pas me faire ça, mon frère. Il ne peut pas m'abandonner, il ne peut pas me faire attendre, me laisser dans mes cauchemars, me laisser imaginer une vie sans lui. Non, il ne peut pas.

Tu peux pas me faire ça, Nolan.


Pourtant, il y met les formes, mon jumeau. Il nuance ses propos, cherche à me protéger. Je suis le plus faible des deux, celui qui est sur le point de craquer, de faire une grosse connerie qu'il ne me pardonnera jamais. L'idée de le perdre n'est pas une option, elle n'en a jamais été une. Ses propos sont trop vagues, il cherche à gagner du temps, réunir des informations que j'ai déjà, pour certaines que je ne veux pas qu'il ait. Je me retiens, serre le poing et appuie mon coude sur mon genou pour contenir mon tremblement. Puis vient l'évocation inévitable de nos parents. De leurs doutes, de ce questionnement horrible qui me hante encore. Pourquoi ne pas l'avoir fait ? Pourquoi avoir hésité si ma solution est si miraculeuse que ça. Ma gorge se serre et je déglutis. Les répercussions, celles dont il a peur, celles dont il n'a pas à avoir peur. Je soupire à nouveau et lentement, réalise que mon plan ne marchera pas aussi bien que prévu. Nolan doit en savoir plus pour accepter, je dois lui céder une part de vérité. Peut-être pas celle qu'il voudrait mais malgré tout, je vais devoir me mettre à parler, parler pour de vrai.

Et puis, il parle de temps, il parle trop. Son défaut. Franchir la ligne qui me fait vriller. Il parle d'un temps qu'il n'a pas, d'un temps que l'on a pas. Il le sait aussi bien que moi, ou peut-être même pas. Mais tout n'est pas si simple, il lui faut un peu de force pour le rituel, il faut la pleine lune, il faut plein de choses que l'on aura pas en claquant simplement des doigts le jour où il se décidera. Alors j'arrête de trembler, j'arrête de bouger, je respire lentement, trop lentement, alors que je le laisse continuer, s'enfoncer sur cette pente glissante qu'il a entamée. Mes yeux retrouvent enfin les siens, des yeux silencieux, retrouvant leur calme, n'ayant plus tant de nervosité à cacher. Des yeux déterminés, et une décision prise, définitive, peu importe ce qu'il peut dire. J'ai choisi, que l'on se quitte en bon terme ou non. Il n'y échappera pas.

Il ne mourra pas.

« Arrête... arrête Nolan. » Ma voix a du mal à rester calme, contrairement à mon visage, bien plus froid. Il a dit les mots de trop, ceux que je suis incapable de croire. Parce que l'on a plus dix ans, parce que l'on est plus des enfants. « Tu n'as pas confiance en moi, et c'est normal, je t'en veux pas. » Mon ton est plus froid que je ne le voudrais tandis que je reprends ma respiration avant de continuer, sans le lâcher du regard. « Je sais ce que tu es en train de faire, Nolan. Je te connais. » Je marque une pause, j'ai besoin de bouger. Alors je me lève, je m'éloigne de lui, marque physiquement la distance qui nous sépare mentalement pour reprendre. « Tu cherches à m'amadouer. »

Je ris, déçu. Pas de lui, oh non. De moi. De la naïveté dont je suis capable de faire preuve face à mon frère. De ma capacité à croire, malgré toutes les années, qu'il me suffira de claquer des doigts pour qu'il comprenne que cette fois c'est différent. Que cette fois, c'est son frère qu'il a en face de lui, rien que son frère. « Je suis désolé. J'ai été stupide. J'ai été stupide de croire que ma bonne parole te suffirait. J'avais oublié, une seconde, oublié qu'on était plus les mêmes qu'il y a vingt ans. » Je suis amer, envers moi-même. Amer de ma propre conneries, des erreurs qui pèsent constamment sur mes épaules et qui ruinent même ce moment. Celui où j'apprends à mon frère qu'il ne va pas mourir. Putain de merde.

Je secoue la tête, lentement, avant de retrouver ses yeux, gardant malgré tout ma distance. « T'as raison, Nolan. Y a des répercussions. Un effet papillon. Mais il s'est déjà produit, je ne te l'ai juste pas dit. » Je me détourne, observe les meubles, son appartement à lui. Le lieu de vie de mon frère, celui dans lequel, il y a quelques années de ça, j'aurais passé tout mon temps. On aurait ri, joué à des jeux, regardé des films et critiqué des séries. Il m'aurait montré l'aspect magique et je lui aurais répété l'incohérence de ces bêtises. Pas de question de vie ou de mort, pas toute cette rancœur, cette peur. Pas cette confiance envolée à tout jamais. « Lorsque l'on touche à la magie noire, on se condamne à quelque chose. En mourant, j'irai en Enfer, quelque chose du genre. Je ne suis pas certain du rapport avec la religion que l'on connait mais je connais des gens qui l'ont traversé et à priori, c'est pas joli à voir. » J'ai le cœur au bord des yeux, alors que j'avoue à mon frère ce que j'ai déjà fait de mon âme, de mon destin. Lui dire que s'il y a quelque chose après la mort, clairement, on sera pas dans le même coin. « Mais ça ne te concerne pas, ça. C'est ma décision et tu peux être aussi furieux que tu veux, c'est trop tard, j'irai là bas. Te changer n'aura aucun effet là dessus. Il était hors de question que tu refuses pour sauver mon âme ou je ne sais pas quoi, alors je l'ai condamnée, comme ça, la question est réglée. »

J'essuie rapidement mes yeux avant de me rapprocher du mur, m'y appuyer, sans vraiment pouvoir regarder mon frère, sans oser voir son visage suite à cette révélation. Mais je ne peux pas m'arrêter là, je le sais. Je ne peux pas me contenter de ça pour qu'il arrête, qu'il cesse les questions et son foutu temps de réflexion. Alors je reprends, le cœur lourd des mots que je dis pour la première fois à haute voix.

« La transformation est douloureuse, la première fois et quelques fois encore après, si j'ai compris. Au début, tu maîtrises pas, comme nous avec la magie y a longtemps. Faudra t'accrocher, et t'entraîner. Mais je peux soit te diriger vers des gens pour t'aider à ce moment là, soit t'aider moi, comme tu voudras. Enfin, la douleur que c'est, c'est rien, comparé au reste. Tu auras de nouveaux dons, différents des nôtres et surtout, tu ne seras plus jamais malade, putain. C'est pas suffisant comme raison ? »

Je commence à perdre patience, à perdre pied. Je suis à deux doigts de lui dire les choses qui vont lui faire refuser. Je suis à deux doigts d'aller trop loin à mon tour. Alors je reprends mon souffle, je regarde mes doigts quelques secondes avant de retrouver les yeux de mon frère et continuer.

« Tu n'as pas de temps, on en a pas, Nolan. » Cette fois-ci, mon regard se durcit, j'éloigne le sujet comme je peux, m'écarte d'une mine pour en approcher une nouvelle, une que je suis prêt à voir exploser. « J'ai pas que les rêves prémonitoires, et tu le sais. Y a ce lien, entre nous. Celui qui sent ta douleur même si j'ai rien demandé. » Et puis je hausse le ton, malgré moi, à nouveau blessé de ne pas avoir eu le droit de savoir, de l'entendre de sa bouche avant qu'il ne soit presque trop tard. À un souffle de lui hurler que si je n'avais pas anticipé, il aurait quoi, comme solution ? Celle de mourir sous mes yeux ? Juste ça ? Et que je reçoive un mot, comme quoi personne n'a rien pu faire ? Mais je me retiens, autant que je peux, et si ma voix grogne, les mots qui sortent restent moins durs, juste un peu moins durs. « Putain mais regarde toi Nolan ! T'as pas quelques mois, merde. Je t'ai vu dans cet état. Tu crois que j'ai oublié sous prétexte des années ou quoi ? Tu me prends pour un con ? »

Je serre les dents, cogne mon poing dans son mur et me met à saigner des phalanges. J'y arrive plus, je tiens plus. « Merde, Nolan. Ça suffit. Arrête ton ton mielleux de merde, tes remarques et tes questions à la con. T'es en train de crever ! Tu réalises que juste pour m'éloigner de toi, t'es prêt à vouloir me faire croire que j'ai ta confiance ? » Je ris, alors que mes yeux s'embuent sans qu'une larme ne coule. De toutes façons, elles ne coulent plus. « Mais merde Nolan, me fais pas confiance, j'm'en fous mais tu me connais non ? » Ma voix se brise, mon cœur implose une fois de plus. « Je veux pas te voir mort, tu comprends ça ? », je laisse mon poing s'écraser à nouveau contre le mur en reprenant, encore plus brisé. « C'est pas possible. J'ai tout fait, Nolan. J'ai tout étudié, putain. Tu le sais, je cherche cette solution de merde depuis qu'on est gamins ! C'est moi, là, ton frère qui te parle. Pas le ministre, pas le Liam d'après la greffe. Celui qui a lu tellement de livre qu'il a failli en vomir des mots. Je l'ai, la solution. Alors arrête, putain... arrête... » mes mots deviennent murmures alors que mes pupilles se calent sur celles de mon frère. « Me laisse pas, Nolan. J't'en supplie, me laisse pas vivre une vie sans toi. »

Des mots arrachés, qui laissent les restes de mon cœur sur le sol entre nous. Ce regard, de gamin de dix ans, face à son frère. Celui qui n'avait encore rien fait de mal, rien fait d'impardonnable. Juste celui qui refuse d'imaginer une vie sans l'autre, celui qui sait que sans sa moitié, il respire plus qu'à moitié. Celui qui sait que si son frère meurt, son cœur meurt aussi. Celui qui a peur, peur d'être seul, plus seul qu'il ne l'est devenu. Celui qui refuse ce destin, celui dans lequel il n'a plus ces sensations qui ne lui appartiennent pas, plus ces douleurs qui ne sont pas les siennes. « J'peux pas... j'peux pas faire ça. »

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MessageSujet: Re: « Wasting Time » Noliam   Dim 17 Juin - 14:12

Wasting time
Liam & Nolan



Je me sens coupable. C’est plus fort que moi. Comment pourrait-il en aller autrement ? Je me sens coupable, coupable de tant de choses, quand je regarde mon frère, mon frère jumeau, la moitié de mon âme, la moitié de mes pensées et littéralement la moitié de mon corps. Je prends une grande inspiration, sans savoir ce que je vais en faire. Je me sens coupable, tellement coupable. Coupable de lui avoir menti, coupable de lui avoir caché ça, coupable de lui avoir beuglé que j’en avais marre qu’il décide pour deux, tout en choisissant pour lui, coupable d’avoir gâché son rein, d’avoir gâché ses espoirs, d’avoir gâché sa journée. Coupable pour nos disputes, coupable pour notre fraternité fracassée, notre amitié détruite. Coupable de recommencer, de continuer, de piétiner à nouveau son enthousiasme avec mes doutes, avec mes questions, avec ce mensonge qui se profile dans ma voix peu, si peu convaincue par ce tour de magie qu’il me propose, qu’il m’expose, qu’il m’impose. Coupable d’être le plus faible, des deux. De l’avoir toujours été, de l’être encore maintenant. Celui qui craque le premier, celui qu’on doit aider, celui qu’on doit soutenir, celui qu’on doit protéger, surprotéger, soigner, soigner encore, couver, couvrir. Coupable d’être si différent de lui, et certainement si différent du frère qu’il aurait pu aimer avoir. Je me sens coupable, coupable de lui infliger à nouveau tout ça. Et de ne pas arriver à m’enthousiasmer comme il le faudrait pour la solution qu’il me propose. Coupable de ne pas arriver à passer outre cette défiance qui nous sépare, coupable de ne pas réussir à me faire sourd aux doutes qui me titillent, et coupable de ne pas parvenir à être aveugle à ces questions qu’il esquive, qu’il laisse de côté. Coupable de poser des questions, encore et encore, de choisir prudemment mes mots, pour ne pas le vexer, pour ne pas le heurter. Coupable de ne pas avoir l’attitude qu’il attend, coupable de ne pas être celui qu’il veut, juste celui qu’il veut. Je me sens coupable.

Et ça ne fait qu’empirer. Je suis désolé, Liam, je suis désolé mais je n’arrive pas. Je n’y arrive juste pas. Si Maman a refusé d’utiliser ce sort sur moi, il y a vingt ans, ce n’était pas pour rien, je suis sûr que ce n’était pas pour rien. Je ne veux pas, je ne peux pas te dire oui sans poser davantage de questions, sans avoir davantage de réponses, je n’y arrive juste pas. Et je peine, je peine vraiment à formuler tout ça, parce que j’ai peur, j’ai si peur de le braquer. J’ai si peur de l’attrister. J’ai si peur de le vexer. J’ai si peur de le faire fuir. Il ne peut pas m’abandonner, et moi j’ai la trouille qu’il m’abandonne. Est-ce qu’il comprend ? Est-ce qu’il entend ce que j’essaye de lui dire, ce que j’essaye de… est-ce qu’il arrive à écouter ? Nos yeux se croisent, je me mords la lèvre. Il le sait, hein, que je lui fais confiance, que je veux lui faire confiance, au moins ? Est-ce qu’il sait ce mensonge, est-ce qu’il… « Arrête... arrête Nolan. » Je déglutis. « Quoi ? » Je feins l’interrogation, mais je pourrais dire à sa place les mots qui suivent. « Tu n'as pas confiance en moi, et c'est normal, je t'en veux pas. » Les premiers, du moins. Parce que ce n’est pas normal. Je me prends la tête entre les mains. « Mais je veux te faire confiance, Liam, du fond du cœur… » Je murmure, d’une voix suppliante, d’une voix qui veut s’en convaincre. Je relève les yeux, il ne m’a pas lâché du regard. « Je sais ce que tu es en train de faire, Nolan. Je te connais. » Je me fige, il se lève et je m’apprête à me relever pour le retenir, pour pas qu’il parte, comme ça, d’un coup. Je te connais. Vraiment ? Est-ce que tu me connais vraiment, Liam ? « Tu cherches à m'amadouer. » Quoi ? « Que… que… quoi ? » L’amadouer ? Comment ça ? J’en ai des sueurs froides, à l’idée qu’il m’ait percé à jour. A l’idée qu’il me reproche mon enthousiaste mensonger, à l’idée qu’il ait déjà compris que je n’en veux pas, de sa solution. Que le temps que j’essaye de gagner, c’est du temps poli. Vraiment poli. Il rit, et je déteste ce rire. Je me lève, pour cesser de devoir lever les yeux vers lui. « Je suis désolé. J'ai été stupide. J'ai été stupide de croire que ma bonne parole te suffirait. J'avais oublié, une seconde, oublié qu'on était plus les mêmes qu'il y a vingt ans. » Et la culpabilité revient. Brutale. « Liam… » Ma voix se fait plus suppliante que jamais. S’il te plaît, Liam, ne pars pas sur ce terrain-là, ne m’asphyxie pas de culpabilité, d’amertume, ne me fais pas comprendre par un double-discours que tu es déçu, que je te déçois encore, que je te fais mal comme ça… « Essaye de me comprendre… » Essaye d’entendre mes doutes, essaye de ne pas rejeter sur moi cette confiance qui refuse de se construire entre mes doigts, essaye de ne pas avoir ce discours culpabilisant, qui met au centre de la pièce les torts dont je suis le principal acteur. Est-ce que tu m’en veux, hein, de ne pas réussir à juste me laisser bercer par tes certitudes, comme je pouvais le faire avant ? Je ne peux plus, je ne peux tout simplement plus me fier à toi aveuglement. Et je t’assure que je le regrette. Que tout serait tellement plus simple si je pouvais juste cesser de réfléchir, cesser de douter, si je pouvais juste fermer les yeux et te confier ma vie sans la moindre hésitation. Mais je ne peux pas. Et…

« T'as raison, Nolan. » J’ai le souffle coupé. « Raison ? » A quel propos ? « Y a des répercussions. Un effet papillon. Mais il s'est déjà produit, je ne te l'ai juste pas dit. » Je fronce les sourcils. « Comment ça ? » Comment ça, il s’est déjà produit ? Il se détourne, observe les meubles, j’ai envie de lui demander de me regarder dans les yeux mais je me rends compte qu’il vaut peut-être mieux que je lui laisse du temps, plutôt que de le braquer. Du temps. Ce qu’on a sans avoir. Ce que je réclame, avant de prendre une décision, ce qu’il cherche, avant de me répondre.  « Lorsque l'on touche à la magie noire, on se condamne à quelque chose. En mourant, j'irai en Enfer, quelque chose du genre. Je ne suis pas certain du rapport avec la religion que l'on connait mais je connais des gens qui l'ont traversé et à priori, c'est pas joli à voir. » Je plisse les yeux d’incompréhension. « C’est quoi cette connerie ? » L’Enfer, avec des flammes et des diablotins armés d’une fourche qui te piquent les fesses, c’est de ça dont il parle ou… je jette un coup d’œil aux verres délaissés sur la table. Ce ne sont pas des plantes hallucinogènes, pourtant, que j’ai foutues dedans. « Mais ça ne te concerne pas, ça. C'est ma décision et tu peux être aussi furieux que tu veux, c'est trop tard, j'irai là-bas. Te changer n'aura aucun effet là-dessus. Il était hors de question que tu refuses pour sauver mon âme ou je ne sais pas quoi, alors je l'ai condamnée, comme ça, la question est réglée. » Condamnée ? J’hyperventile, je m’en rends compte après coup, au son de ma respiration erratique, rapide, et haletante. La question est réglée, et on passe à autre chose ? Je me frotte les yeux. « Tu… tu te fous de ma gueule ? C’est une blague, c’est bien une blague, rassure-moi ? Et tu le savais ? Tu le savais avant de toucher à la magie noire, cette connerie ? Et qui te l’a raconté ? Ton pote le sorcier centenaire ? Et il t’avait prévenu avant de te faire transformer quelqu’un en… animal, avant de te pousser dans la magie noire et… et tu lui as vendu ton âme, c’est ça ? T’as signé un truc avec ton sang ou… ou j’en sais mais putain Liam, c’est… c’est insensé ! » Qu’est-ce qui est insensé dans l’histoire ? Je ne saurais le dire. Un peu tout, je crois bien. Âme condamnée, enfer, magie noire, bientôt il va m’apprendre qu’il a sacrifiée trois vierges sur un autel et bu du sang de calmar bleu trempé dans du vinaigre en twerkant autour de statuettes entourées dans du jambon un dimanche de pleine lune ? Je me passe une main nerveuse sur le visage, erre jusqu’à un coin de la pièce, celui qui donne sur une fenêtre, elle-même donnant sur la rue. Je jette un coup d’œil dehors, trop rapide pour être vraiment utile. Avant de me tourner vers Liam.

Qui semble s’être décidé à répondre à mes questions. Pour le meilleur et pour le pire. « La transformation est douloureuse, la première fois… » « Okay. » Ca n’a rien de rassurant comme entrée en matière. « … et quelques fois encore après, si j'ai compris. » Je fronce les sourcils. « Mais... y’aura pas d’autres fois… » Du moins, c’était pas dans mes plans. Et ça achève de me convaincre que ce n’est pas une bonne idée. Pas comme ça, pas de cette manière, pas aussi précipité. Mes murmures ne sont pas destinés à être entendus, je crois. Ce sont juste des commentaires, et… « Au début, tu maîtrises pas, comme nous avec la magie y a longtemps. Faudra t'accrocher, et t'entraîner. Mais je peux soit te diriger vers des gens pour t'aider à ce moment-là, soit t'aider moi, comme tu voudras. Enfin, la douleur que c'est, c'est rien, comparé au reste. Tu auras de nouveaux dons, différents des nôtres et surtout, tu ne seras plus jamais malade, putain. C'est pas suffisant comme raison ? » Douleur. Maîtrise. S’accrocher. S’entraîner. N’être plus jamais malade. Je concède d’une voix pâle un « C’est une bonne raison oui. » Mais franchement ? J’ai la sensation, l’impression, la certitude même, qu’il me manque quand même beaucoup d’éléments. Genre tous ces petits astérisques en bas du contrat, ceux qu’on oublie tout le temps de lire, quand on n’en a juste pas la flemme. « Je veux juste prendre le temps d’en avoir la certitude… » Du temps, du temps pour me décider, pour avoir l’illusion de décider, est-ce que c’est trop demander ? Du temps, j’en ai. Des mois, j’argue ; des semaines et des jours plutôt, mes yeux concèdent. Mais c’est suffisant, non ? Ce sera suffisant. Forcément.

« Tu n'as pas de temps, on en a pas, Nolan. » J’accroche son regard, qui se durcit perceptiblement. « Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? » J’ai la gorge sèche. Je vais cueillir mon verre pour boire une gorgée d’eau purifiée, même si putréfiée pourrait aussi convenir comme qualificatif  vu le goût qu’elle laisse dans ma gorge. « J'ai pas que les rêves prémonitoires, et tu le sais. Y a ce lien, entre nous. Celui qui sent ta douleur même si j'ai rien demandé. » Je frémis. Et m’excuse. « Liam… écoute… » Ecoute quoi ? Que je suis désolé, encore une fois ? Que je ne vais pas pouvoir supporter davantage de culpabilité, que je me suis déjà excusé, que je suis toujours convaincu que l’ignorance aurait été mieux pour lui, que… « Putain mais regarde toi Nolan ! T'as pas quelques mois, merde. Je t'ai vu dans cet état. Tu crois que j'ai oublié sous prétexte des années ou quoi ? Tu me prends pour un con ? » Je me recroqueville, rentre la tête dans les épaules sous son éclat de colère, sous son poing serré qui cogne contre le mur, sous sa mâchoire contractée. « Merde, Nolan. Ça suffit. Arrête ton ton mielleux de merde, tes remarques et tes questions à la con. T'es en train de crever ! Tu réalises que juste pour m'éloigner de toi, t'es prêt à vouloir me faire croire que j'ai ta confiance ? Mais merde Nolan, me fais pas confiance, j'm'en fous mais tu me connais non ? Je veux pas te voir mort, tu comprends ça ? » Son poing s’abat à nouveau sur le mur, je tends la main pour l’empêcher de le faire une troisième fois, dans une voix pâle d’angoisse et d’incertitude : « Arrête, tu vas faire peur à Faustine… », d’une voix prétexte pour ne pas rester silencieux. Ton mielleux, questions à la con. J’ai envie de m’énerver, ça grouille, ça bouillonne dans ma tête, mais j’ai peur de le faire fuir, tellement peur de le faire fuir. Pourtant, c’était l’idée à la base, non ? Laisser la distance nous séparer pour que ça lui fasse moins mal, et que notre autodestruction s’achève ? « C'est pas possible. J'ai tout fait, Nolan. J'ai tout étudié, putain. Tu le sais, je cherche cette solution de merde depuis qu'on est gamins ! C'est moi, là, ton frère qui te parle. Pas le ministre, pas le Liam d'après la greffe. Celui qui a lu tellement de livre qu'il a failli en vomir des mots. Je l'ai, la solution. Alors arrête, putain... arrête...  Me laisse pas, Nolan. J't'en supplie, me laisse pas vivre une vie sans toi. » Je me mords la lèvre pour l’empêcher de trembler, pour m’empêcher de pleurer. J’en ai du mal à respirer. J’ai envie de lui dire qu’il s’est pourtant condamné, il y a six ans, à une vie sans moi. J’ai envie de lui rétorquer que l’année dernière aussi, on s’est condamné une nouvelle fois à une vie l’un sans l’autre. J’ai envie de lui rétorquer que je ne lui ai jamais demandé de chercher une solution, que je n’ai jamais réclamé de lui tout ce qu’il m’a donné et qu’il n’a pas le droit, qu’il n’a plus le droit, qu’il est injuste d’ajouter tout ça au poids de tout ce que je lui dois. J’ai envie de lui hurler ça. Vraiment. Une part de moi est fatiguée de se sentir coupable pour tout, coupable de tout. Une part de moi a envie de lui cracher que ce n’est pas mon problème, qu’il n’a qu’à assumer ses choix et ses décisions et me laisser tranquille, me laisser gérer mes choix et mes décisions. Une part de moi veut faire ça.

Mais elle est infime. Elle est infime face à mon visage déformé de détresse et d’inquiétude, face à mon regard douloureux de peine. Elle est infirme face à mon frère, face à ses paroles arrachées, jetées entre nous comme des aveux qui laisseraient son cœur ouvert, exposé, vulnérable. Il est sincère, plus sincère que jamais, plus sincère que lorsqu’il m’a condamné à mort, distant et froid. Est-ce que je lui ai déjà dit que j’en avais rêvé, de ce moment-là, tout comme lui, il a rêvé de ce que mes reins vont finir par me faire, quand ils gagneront la guerre ? « J'peux pas... j'peux pas faire ça. » Et moi non plus, je ne peux pas. Je ne peux pas lui dire la vérité, en fait. Je ne peux pas lui faire ça.

Un pas, deux, trois, je manque de perdre mon équilibre, dans une oreille interne perturbée. Un pas, deux, et je le prends dans mes bras, comme il a pu me prendre dans ses bras tout à l’heure. Je suis pas le plus fort des deux, je crois que je suis juste le plus lucide, mais ce n’est pas grave. « Je comprends » Le français de notre enfance se perd entre nous. « Je comprends Liam, je suis désolé. » Je le serre tout contre moi, comme par crainte qu’il me repousse, comme par crainte qu’il m’échappe, disparaisse. Définitivement. Est-ce que je pourrais vivre sans mon frère, moi ? Je l’ai déjà fait. Oui mais non. Est-ce que je pourrais vivre sans Liam, est-ce que je peux lui imposer ça ? Ce serait mieux pour tous les deux. « Je suis désolé, Liam, je suis tellement désolé de t’imposer tout ça, de t’infliger les rêves, de t’infliger notre lien, je suis désolé de pas arriver à te croire sur parole comme je pouvais le faire avant, je suis juste tellement désolé que… que tout ait changé. Tu me crois, hein, tu me crois quand je te dis ça ? » J’espère qu’il me croit, j’espère qu’il croit ma voix fragile, si fragile, qui manque de se briser, aussi fragile qu’un pétale de fleur qui fanera, de toute manière, quand la nuit sera venue. « On va le faire, si tu veux. Si… si tu es sûr de toi, si tu es sûr que c’est une solution, on va le faire. Si ça peut te rendre heureux, si ça peut te rassurer, on va le faire. » Mais je ne veux pas. Dans quoi est-ce que je m’engage, au juste ? J’ai le cœur au bord des lèvres. « Laisse moi un mois, un mois pour en parler à Giu’, laisse moi un mois pour… pour en parler à Faustine. » Laisse-moi un mois pour revenir en arrière, laisse-moi un mois de liberté, laisse-moi un mois pour me renseigner de mon côté, laisse-moi un mois pour trouver une dernière solution. Laisse-moi un mois pour faire le deuil de ma liberté, pour que j’arrive à me faire à l’idée qu’au fond, je ne serai jamais capable de te dire non.

Je me détache de lui. « Je suis tellement désolé… je m’en veux tellement de douter, d’hésiter, de… j’aimerais tellement pouvoir à nouveau te confier ma vie avec la certitude que tu la préserveras. » Mais est-ce que tu te souviens de cette fois où je l’ai remise une fois de trop entre tes mains, et que sous mon regard plein d’espoir, tu m’as laissé tomber, tu m’as laissé me briser, tu m’as laissé hurler de détresse ? Est-ce que tu sais que je l’avais fait, ce rêve prémonitoire, de toi m’abandonnant, et que j’avais refusé de le croire parce que je t’aimais trop pour t’imaginer capable de m’infliger ça ? « Si… si tu es sûr de toi, on va le faire. » Même si je donnerais tout, je crois, pour ne pas avoir à le faire. Je le sens pas, Liam. Je le sens tellement pas. « Dans un mois, je tiendrai jusque-là. »



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