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 Hell & consequences [Gabriel]

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WILDHUNTER

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MessageSujet: Hell & consequences [Gabriel]   Mar 13 Mar - 20:19

hell & consequences

feat gabriel belmonte & leslie Maclean
I'm not a target in the sights of your mercy. I'm not a problem 'til you make one out of spite. I'll give you hell and consequences for trying. I will not be afraid. I've done this on my own, and I don't care what you do to me. I won't hand over what is mine. I've done this for too long to let you take it away from me. It's too late to stop me 'cause I refuse to die

Trop loin, trop long. La pénurie pousse à s’aventurer en terrain inconnu, à s’éloigner des sentiers battus et détroussés sans gêne. Partir dans des directions opposées à celles déjà arpentées, comme une logique bien rôdée, inscrite chez chacun. S’y opposer n’aurait servi à rien tant l’idée semblait juste dans l’esprit de tous. S’aventurer plus loin, quitte à faire pleurer la bagnole servant de transport et se bousiller les pieds ensuite. Je m’en veux, d’avoir été suffisamment con pour m’être porté volontaire. Avide de prendre l’air, mal à l’aise dans un campement qui me semble trop petit depuis quelque temps. Se retrouver au milieu de ces autres qui connaissent les environs par cœur et savent à quoi s’attendre. Se faire bouffer par des zombies au moindre signe d’inattention. C’est certainement la seule chose qui s’accroche à mon esprit lorsqu’il est question de raid. La douleur dans la jambe qui explose en de multiples endroits pour rappeler les blessures depuis longtemps refermées. Grossièrement. Ce qui en a résulté, la fièvre et la mort qui coule dans les veines. En un douloureux poison, celui qui maintient l’édifice en état de fonctionner quand il n’aspire qu’à s’effondrer. C’est devoir se cacher quand vient le moment de se sauver le cœur à grand renfort de cachets. Faire bonne figure quand la fatigue s’insinue dans les failles et me pousse à ralentir. Trop vieux Leslie pour faire le baroudeur dehors. Foutu murmure bienheureux de cette maudite petite voix qui trotte dans ma tête. S’écrase contre les parois du crâne à chaque pas, et même maintenant que le corps est au repos. Assis à même la terre humide, à scruter le néant.

L’avancée à continuer malgré la nuit tombée, comme un refus de s’arrêter avant d’avoir atteint l’objectif. La ville en ruines n’est pas loin, il suffirait de se traîner dans les ténèbres pour la voir apparaître au lever du jour. Il suffirait de tant de chose mais la carcasse refuse, hurle en une douloureuse obligation qu’il est temps de lâcher prise. Groupe divisé à l’endroit où le véhicule est resté stationné, récupéré au retour s’il est possible de trouver de l’essence dans l’exploration. Denrée bien rare de nos jours, comme tout le reste. Se séparer pour couvrir plus de terrain, et laisser les deux vieux du groupe ensembles, juste au cas où. C’est ironique à en crever et j’en rirais si seulement la blague ne me concernait pas. Laissé seul avec Gabriel, le silence pour faire passer la pilule et se retenir de se démolir. J’en meurs d’envie pourtant. D’une manière bien différente de d’ordinaire. Cette faim qui tiraille, éveille les sens et les envies les plus sombres. Les précautions ont été prises avant le départ, larcins de quelques secondes, répétés et étalés sur plusieurs jours. De quoi se dire que ça suffira, même en cas d’imprévu. Pour mieux se prendre la réalité dans la gueule lorsque l’imprévu prend la forme d’une exploration plus poussée que prévue. Face à une mécanique aussi bien rôdée que celle guidant l’instinct, il n’y a rien à faire. Y résister, le plus longtemps possible, la repousser dans ses retranchements et se dire que le retour arrivera avant le drame. L’évidence est là pourtant, il ne viendra pas assez rapidement pour contenir la tempête qui s’amorce sous ma peau. Celle qui fait trembler d’impatience, crispe les mains et pousse à serrer les mâchoires dans une vaine tentative pour rester de marbre.

Le silence rend fou, fait hurler le cœur pourtant calme dans la poitrine. J’ai pris le premier tour de garde, comme une évidence. Le besoin de rester éveiller pour ne pas se retrouver en danger, face à mes démons et ceux régnant au dehors. La créature ne perçoit rien, hormis les murmures habituels, la respiration presque trop tranquille du chilien qui m’irrite. Aucune barrière entre nous, aucun feu, aucune tente. Seulement les corps qui restent là, l’un figé et l’autre étendu. En appui contre les sacs et les doigts qui se crispent les uns contre les autres, la dague enfoncée dans la terre meuble à portée de main. Y venir, l’effleurer et l’abandonner, juste pour se rassurer. Etre certain qu’elle est bien là. C’est la trouille qui ronge au même titre que la faim. Peur du noir faisant courir des frissons d’horreur le long de l’échine, poussant à plisser les yeux pour s’offrir un meilleur angle de vue du vide alentour. Rien. Juste des arbres, des débris de vie abandonnés sur le bord de la route. Apocalypse enfin, celle qui domine qu’importe l’endroit. J’en ai des morceaux fichés dans la poitrine, ceux qui s’incrustent avec violence à chaque fois que le regard se pose sur la carcasse à côté de moi. Morceau de viande, garde-manger sur pattes, ce serait si facile. Il suffit de tendre la main pour se servir. J’en soupire, grogne presque d’inconfort tant la tentation est pressante. Calcule en silence le temps qu’il me reste avant de faire un massacre. Maintenant, j’ai l’espérance de pouvoir m’arrêter à temps. Massacrer l’armurier, s’en débarrasser et clamer à l’attaque. L’idée est alléchante, stupide mais tentante. J’en soupire une nouvelle fois et reporte mon attention ailleurs, me détourne carrément du bonhomme pour m’abîmer dans l’inspection douloureuse de l’environnement.

Peine perdue, il n’y a rien, hormis le calme, la nuit. Tout est figé, suspendu, me laisse l’impression d’être le seul être véritablement vivant à des kilomètres à la ronde. Ironique. Folie douce qui pousse la raison à s’agenouiller devant le besoin. J’en ai des frissons de délice qui me ravage la carne. La main qui se tend, lentement, entraîne le corps dans son approche silencieuse. A peine un contact, un rien qui suffit à tout faire basculer. Elle se glisse sous le jean, et s’enroule contre la cheville. La vie qui palpite sous la pulpe de mes doigts, cette chaleur fauve en rempart contre la fraîcheur de la nuit. Il bouge, légèrement, fige le voleur dans sa tentative. Celui qui se suspend au souffle de l’autre, le fixe dans les ténèbres en attendant le réveil. A la manière d’un môme sorti de sa chambre malgré l’interdiction et qui retient son souffle à chaque marche par peur de l’entendre grincer. Rien ne vient, hormis le silence qui se retombe. Souffle mort dans la poitrine qui s’expulse dans une expiration retenue et les doigts s’enroulent contre l’articulation. Fuse alors cette énergie salvatrice, emplie les veines et le corps entier avec la force des flots en pleine tempête. Monstre savourant l’instant, malgré la réticence les paupières se ferment. Font de moi le spectateur d’une vie qui ne m’appartient pas et qui pourtant devient mienne. Sur l’écran de mon aveuglement, Belmonte se révèle.

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MessageSujet: Re: Hell & consequences [Gabriel]   Mar 20 Mar - 20:14




MacLean ne représente pas exactement le compagnon de camping idéal aux yeux de Gabriel, mais disons qu’il vaut toujours mieux que la solitude face à l’immensité menaçante de l’extérieur. S’il y a ne serait-ce qu'un avantage à l’inimitié omniprésente et pratiquement palpable existant entre eux, c’est qu’au moins aucun des deux hommes n’éprouve le besoin de parler de la pluie et du beau temps pour combler le silence : depuis qu’ils se sont séparés des autres, leurs sujets de conversations se sont résumés au strict nécessaire, ni plus ni moins. Pour ce qui est du reste, ils se sont contenté de faire équipe du mieux qu’ils le pouvaient dans la mesure de leur animosité mutuelle, conscients que ce qu’ils peuvent et vont trouver avant de revenir passe avant leurs conflits personnels.
C’est pour ça que l’armurier fait confiance à Leslie quand celui-ci se dévoue pour prendre le premier tour de garde. Pour ça et parce qu’ils n’ont pas le choix : dormir n’est pas vraiment une option facultative. L’endroit choisi n’est pas mieux qu’un autre, mais au moins la vue est-elle à peu près dégagée, suffisamment pour qu’ils ne risquent pas de se retrouver pris au dépourvu en cas de menace, ou face à la nécessité d’une fuite soudaine et imprévue. En théorie. Pragmatique, l’armurier se dit que cela pourrait être pire, qu’il pourrait pleuvoir, faire froid, une connerie dans le genre ; il a passé suffisamment de temps à dormir dehors pour ne plus se formaliser d’un lit de cailloux qui lui rentrent dans le dos ou de la voûte céleste en guise de plafond, quant aux dangers potentiels qui rôdent ils ont toujours fait partie du programme.

Allongé sur le dos depuis qu’il a terminé d’avaler son “repas” sommaire et ridiculement dérisoire, sac-à-dos en guise d’oreiller de fortune et la paume de sa main posée à plat sur le manche de sa lame reposant hors de son fourreau, Gabriel a contemplé un moment le ciel noir avant que le sommeil ne finisse par lui alourdir les paupières. Le stress ne l’empêche plus de dormir depuis longtemps, la faute à l’habitude, mais il lui assure toutefois de ne pas sombrer trop profondément, d’être en mesure de bondir sur ses pieds à la première alerte, le moindre bruit déplacé. Ou du moins cela a-t-il toujours été le cas jusqu’à présent. Alors lorsqu’il rouvre les yeux après une période de temps indéfinie, le quinquagénaire est immédiatement en mesure de savoir que quelque chose cloche.
Il ne se relève pas tout de suite, pourtant, l’impression désagréable d’avoir la tête lourde et d’avoir permis à la fatigue une trop grosse emprise sur son corps, relâchement inacceptable dans ce genre de conditions où s’autoriser à trop dormir équivaut pratiquement à signer son arrêt de mort. Son regard discerne d’abord la silhouette penchée sur lui, première pensée, danger – la main agrippe illico le couteau de chasse, habituée à en faire usage –; deuxième pensée, Leslie, la réalisation se fait dans la foulée pour à peine une fraction de seconde supplémentaire et lorsque Gabriel se redresse sur son séant il n’a déjà plus l’envie de planter cette ombre à première vue menaçante.
La sensation d’un contact contre sa jambe a été reléguée au second plan, assimilée directement comme étant le facteur de son réveil, de toute façon l’urgence de la situation ne laisse pas la moindre place à la suspicion : agir d’abord, réfléchir ensuite. Les signes qu’ils ne sont plus seuls ne laissent aucune place au doute, d’ailleurs l’adrénaline coule déjà dans ses veines, anticipatrice de ce qui se profile à leur horizon. Son lit quatre étoiles est oublié depuis longtemps quand il s'avance finalement vers les nouveaux venus.

Si l’obscurité cache en partie les monstres, les grognements affirment néanmoins leur progression dans leur direction. Combien de zombies ont-ils capté leur présence ? Malgré ses pupilles dilatées par le manque de lumière, il fait trop sombre pour tenir un décompte précis mais le nombre n’a pas l’air ingérable pour autant. De toute façon, ils sont beaucoup trop proches. « Merde ! jure l’armurier entre ses dents, hargne et haine pour les créatures. Pour toutes les créatures, incluant son binôme. Putain, mais t’as branlé quoi pour pas sonner l’alarme plus tôt ? » Il ne jette pas un seul regard à la seule personne ici en mesure de comprendre ses paroles, mieux occupé à balancer son pied dans la menace la plus proche. « T’as besoin qu’on te rappelle le principe d’un tour de garde ? Pioncer : non. » La voix hachée par l’action qu’on exige déjà de son corps beaucoup trop las pour ces conneries. Furieux, oui, de se retrouver le nez plongé dans l’action directement “au saut du lit”, mais Gabriel peut utiliser cette colère à meilleur escient qu’à l’encontre de son coéquipier, joue de sa lame plutôt que de sa verve et espère qu’elle lui suffira pour s’extirper de cette situation : si le flingue serait autrement plus efficace, le bruit… n’est pas une option envisageable sauf en cas de dernier recours. Alors au plus vite ils s’occupent des morts-vivants, et au plus vite ils règleront ce qu’il y a ensuite à régler entre eux.  

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MessageSujet: Re: Hell & consequences [Gabriel]   Lun 26 Mar - 20:23


Je suis le spectateur non désiré d’une existence qui ne m’appartient pas normalement. Elle est pourtant mienne, sous la pression de mes doigts contre sa chair, la mémoire que l’on éventre pour mieux en faire rejaillir les morceaux enfouis. Visions fratricides sur les paupières. Dans la tourmente, je reconnais le visage familier d’Aritza, celui de ma proie et de notre ancien leader. L’absence de son rend les images plus criantes encore. Affolent le cœur et le souffle, poussent les doigts à se faire plus pressants contre la cheville de l’armurier. Je deviens l’avide qui brûle d’en savoir plus. Comme une nécessité, un besoin douloureux, la faim tiraille avec plus de hargne. Se rappelle à l’esprit obnubilé par les choses qui peuvent venir s’y graver. Un frisson me lacère l’échine, des brisures de verre contre les vertèbres, l’instinct hurle. Au même titre que ces grognements dégueulasses viennent emplir l’air, faire valser le silence salvateur régnant alentour. Le contact se brise dans un spasme, trop brusquement. J’en ai des relents d’inachevé dans la trachée, la désagréable sensation d’être à nouveau un camé qui n’a pas eu une dose suffisamment importante de sa drogue favorite pour se sentir enfin bien. Merde, Gabriel… Ton propre frère. J’en ai rictus crade qui s’affiche sur lèvre lorsque je pose les yeux sur le bonhomme endormi. Quelques secondes d’égarement, de contemplation absurde comme pour bien remettre sa gueule sur celle aperçue dans ses souvenirs. Pas de toute, il est bien l’assassin de ce cher Jésus. Nous sommes deux maintenant, Belmonte. Le gaillard qui prend alors des airs de monstre, à l’instar de celui que je peux être. De ceux qui grognent stupidement à mesure de leur approche.

Créatures sans cervelle incapables de se la fermer pour garantir un certain effet de surprise. Le regard braqué sur l’obscurité, j’aperçois les silhouettes branlantes qui s’approchent. Petit groupe de pas grand-chose, rien à voir avec une horde. J’en ai les dents qui grincent, un sourire mauvais accroché à la gueule et des relents de trouille dans le ventre. La vision n’en perçoit qu’un petit nombre, mais il est clair qu’il y en a d’autres. Toujours plus, des zombies qui se vomissent en un flot incessant pour tout détruire. Panique à fleur de peau, j’en agrippe à nouveau la jambe de Belmonte, fermement. Brutal dans le geste, soufflé par la peur qui dévore tout, l’angoisse d’en voir d’autres arriver et ne rien faire pour endiguer le torrent. L’autre main récupère la dague, l’arrache du sol et je me relève. L’énergie de mon acolyte offrant à la carcasse un regain de force qui se couple à la dextérité du monstre lorsque la lame s’incruste sans jambage dans la gueule ouverte d’un macchabée.

« - J’étais trop occupé à te regarder dormir… T’es tellement mignon quand tu la fermes et que tu pionces, on dirait presque que tu es sympathique. » La raillerie se balance avec une fausse minauderie. Tendresse aussi factice que le nouveau coup de lame manquant piteusement sa cible. Arrache des morceaux de chairs pourris pour n’en faire grogner la créature de plus belle. Ils m’écœurent, ravivent des douleurs et des frayeurs qui me retournent l’estomac tant elles me sont insupportables. « - On t’a jamais dit qu’il valait mieux s’abstenir de dormir à poings fermés en raid ? Peut-être que tu commences à te faire vieux pour ce genre de choses… » Et de conclure d’une godasse dans le crâne du répugnant le plus proche, raclant le sol de ses ongles pourris. Gerbes de cervelle et de sang, les tripes qui se tordent, la monstruosité séduite et éveillée par le carnage. « - Te met pas dans un état pareil Gabriel, on est loin de la horde affamée… » Cynisme balancé d’une voix aussi hachée que la sienne, le cœur qui cogne avec fureur dans la poitrine pour distiller dans l’organisme des échos d’adrénaline.

Inconsciemment, je recule. Me rapproche du point de départ, de l’armurier. Poussé par l’instinct, la crainte ridicule, presque enfantine, d’être à nouveau abandonné en territoire hostile. Et pour se rassurer, scruter la silhouette de l’autre pour s’assurer qu’il est toujours là, à se démener face aux monstres qui l’assaillent. Avec l’inquiétude, la prudence fout le camp le temps d’une piteuse seconde. Fraction de trop quand l’attention se déporte ailleurs. Les ongles raclent, arrachent le tissus et gravent sur les chair des traînées purpurines. Un juron m’échappe, dans un sursaut de douleur, la main se tend et vient se plaquer contre la sale gueule. J’en repousse la chose avec hargne, feule de rage. Des frissons me lacèrent l’échine, font échos aux éclats de verre roulant dans mon bras à chaque mouvement. Les chicots claquent dans le vide, s’évertuent à continuer malgré la dague qui s’incruste dans le crâne. S’y fraie un chemin pour finalement s’en extirper et m’offrir le plaisir de voir le cadavre s’effondrer dans la terre meuble.
Mauvaise blague, manche de pull en lambeaux et quatre belles traînées sanglantes sur la peau. Et maintenant ? Je crève d’un nouvel accès de fièvre ? Sûrement pas. J’en oublie presque Gabriel et les autres menaces, frustré, ruminant des miettes de rage.


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MessageSujet: Re: Hell & consequences [Gabriel]   Jeu 12 Avr - 23:06




De manière que peu surprenante au final, Leslie semble trouver la force aussi bien de lutter contre les attaquants fraîchement débarqués que pour conserver son ton railleur, son sempiternel cynisme (du moins à l'égard de Gabriel) dans des répliques largement dépourvue de l'inquiétude habitant son compagnon face à l'assaut imprévu au beau milieu de la nuit. « Va chier, MacLean. » Réplique de principe, mais est-ce que l'autre n'aurait-il pas raison, touche une corde sensible de ses mots affûtés ? Est-ce que le fait qu'il a été capable de succomber à la fatigue aussi profondément n'est-il pas la preuve indéniable d'une faiblesse supposée le dispenser de ce genre d'excursions sous peine d'y laisser sa peau incessamment sous peu ? Il peine à y croire, l'armurier, quoi de plus étonnant connaissant le personnage ? Et puis c'est bien la première fois que ça lui arrive, ce n'est définitivement pas son genre, et cette négligence à laquelle il n'est pas coutumier le perturbe plus qu'il voudrait bien l'admettre. Il n'est pas si vieux, merde ! « Facile à dire, ce n'est pas toi qui risque la contamination à la moindre blessure au contact de ces monstres. T'en es déjà un. » Injuste ? Oui, sûrement, du moins en partie. Son compagnon de galère risque tout autant que lui d’y laisser des plumes, même s’il a moins à redouter d’une éventuelle morsure. « Moi je tiens pas à crever, ou pire, parce que t’as pas été foutu d’exécuter correctement la putain de tâche la plus simple du monde. » En guise de ponctuation, il attrape par le col la chemise crasseuse de l’un de ces rôdeurs menaçant d’un peu trop près MacLean et l’attire brusquement à lui pour le déséquilibrer tandis que le couteau, qu’il serre férocement dans son autre main, se faufile d’un geste sec et rompu à l’habitude dans l’oreille de la créature à moitié décomposée, trouvant l’un des points faibles du crâne pour s’enfoncer avec un bruit écœurant dans ce qui lui tient lieu de cervelle.
Cependant qu’une part de Gabriel, celle qui n'est pas occupée par ce que la situation exige de ses performances de combattant, ne peut s'empêcher de penser que l'alarme donnée trop tardivement aurait très bien pu être une tentative délibérée de l'autre pour se débarrasser malencontreusement de lui. Une morsure malencontreuse de ces créatures affamées de chair, qui pourrait reporter le blâme sur le bras droit de Velasquez ? Ce genre de conneries, d'accidents, ils ont tous signé pour ça à partir du moment où ils se sont résolus et acharnés à survivre envers et contre tous au milieu de terres désormais hostiles à l’humanité. Ce sont les risques qu'il faut accepter pour continuer d'avoir le droit de respirer. Gabriel garderait son énergie au moins le temps d'aider son compagnon à se débarrasser des indésirables et puis il ne serait plus qu'une victime à plaindre, une bête à abattre devant l'inutilité de gaspiller des soins pour une cause perdue.

Mais l'accident imaginé dans un accès de paranoïa suscité par un répit entre deux créatures à abattre ne se produit pas. Les deux hommes luttent côte à côte, et parfois même dos à dos, couvrant à l'instinct les arrières de l'autre parce que quoi qu'il en soit, ils n'ont guère d'autre choix que de s'allier pour s'assurer les chances maximales de survie face à ce qui est en train de se passer. Et, finalement, il finit par ne plus rester des attaquants qu’un charnier à taille réduite et exhalant une odeur absolument détestable. L’armurier n’a aucune idée du temps qui vient de passer dans cette lutte, mais la nuit est encore bien noire et sa fatigue, toujours omniprésente ; il se contente alors de savoir qu’il n’est ni mort ni blessé et se satisfait dans l’immédiat de ces seules informations, tout en essuyant l’acier de sa lame contre le tissu de son pantalon. Si ses fringues empestent le cadavre, il a l’estomac suffisamment bien accroché depuis le temps pour être parfaitement capable de le garder à sa place, de ne pas s’écœurer de ce que la vague lueur lunaire leur suggère être le nouveau relief de leur camp de fortune. Sympa, la décoration. Il résiste à l’envie subite et insistante de s’allumer une clope pour célébrer cette mini-victoire supplémentaire sur ces choses qui rôdent inlassablement à l’extérieur, et s’adosse à la place contre un vieux pan de mur partiellement écroulé afin de reprendre un semblant de respiration normale. « Foutu merdier », qu’il grommelle dans sa barbe, l’ouïe toujours à l’affût du moindre bruit susceptible de dénoncer qu’ils n’en ont pas encore tout à fait fini ici.
Mais rien, semble-t-il : après l’effusion soudaine des combats, le silence semble terriblement lourd autour des deux hommes sans la moindre feuille pour craquer sous un pas mal avisé. Lui, il ne va pas s’estimer malheureux de ne pas trouver un nouveau groupe de ces créatures-là, non, bien loin de se plaindre que ce ne soit pas le cas.

« Au moins l’odeur couvrira la nôtre à d’autres de ces saloperies s’il en traîne encore dans les parages. » Un ricanement amer s’échappe du fond de son gosier, il ne s’imagine pas réellement se rendormir en contemplant les orbites vides d’un putain de zombie, mais à moins d’établir leur campement ailleurs au beau milieu de la nuit il n’y a pas non plus une myriade de choix s’offrant à eux. Alors il se met au travail en pestant intérieurement, commençant à déplacer les corps à présent inanimés pour les rassembler en un point unique, et dégager ainsi le reste d’une manière un peu plus convenable. Si l’on oublie, bien sûr, le sang épais et les quelques autres morceaux putrides qui gisent encore ci et là. Ça a au moins le mérite de lui rappeler à quel point il apprécie le confort de sa caravane, tout aussi miteuse et sommaire soit-elle dans sa vétusté. « J’imagine que t’es volontaire pour reprendre la veillée ? Et laisser “le vieux” retourner jouer à la belle au bois dormant. » Sous la couche de cynisme moqueur dont il fait preuve, les yeux rivés à son vis-à-vis dans la pénombre, il y a cette fatigue enrageante qui alourdit ses membres et qu’il s’évertue à ne pas comprendre, à vouloir délaisser en arrière-plan. L’éventualité d’avoir consommé récemment quelque chose de gâté lui effleure l’esprit, cela suffirait à amoindrir ses compétences si son organisme se trouve déjà occupé à lutter contre quelque chose d’autre, toutefois il doute fortement de parvenir à fermer les paupières de nouveau pour cette nuit quoi qu’il en soit. Dormir en plein milieu d’un endroit sauvage en sachant ce qui risque d’arriver est une chose… mais se rendormir après que ce soit bel et bien arrivé ?

La vague d’adrénaline brutalement appelée par l’urgence commençant déjà à décroître tandis que progressivement, les alarmes dans son esprit s’arrêtent enfin de sonner, Gabriel rengaine son couteau dans le fourreau accroché à sa taille. En se fiant à sa connaissance du ciel nocturne, l’armurier estime qu’il leur reste quelque chose comme quatre bonnes heures avant que l’aube ne commence à pointer le bout de son nez ; son regard vagabonde brièvement autour d’eux, avant de revenir se planter sur son compagnon de voyage. « T’aurais pu nous faire buter tous les deux. A traîner quelques instants de plus, t’aurais pu nous foutre dans une merde noire. » Le reproche se glisse tranquillement entre les lèvres ornées d’un rictus tordu. Il aurait pu continuer à se la fermer, ne pas ressasser le sujet une fois de plus, mais la part la plus chienne de lui, la plus rancunière, se refuse encore à lâcher le morceau. « Ergo, c’est peut-être toi le problème ici. Tu crois pas ? » Mouais, pas sûr que s’essayer à continuer d’agacer MacLean l’aide à trouver un meilleur repos avant le lever du jour, mais puisqu’il s’obstine à n’en faire qu’à sa tête…
 

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MessageSujet: Re: Hell & consequences [Gabriel]   Mer 18 Avr - 19:46


La rage au corps, alimentée par la vue du sang sur la chair. Par les répliques acerbes d’un Belmonte dont la verve n’aura jamais été aussi agaçante qu’en cet instant. J’en serre les dents et ravale les reproches, le venin qui caresse la langue et me contente de le ratifier d’une œillade assassine. A temps pour surprendre la pupille vide d’un autre rôdeur bien trop proche pour mon propre salut. Erreur d’inattention fatidique, l’attaque évitée de justesse par la présence de mon compagnon d’infortune. Compte pas sur moi pour te dire merci ou t’être redevable. Plutôt crever. Dans un soupire, je m’arrache de mon immobilisme, oublie la blessure et les élancements qu’elle balance dans tout le bras pour recracher mes relents de haine sur les créatures encore en état de se tenir sur leurs jambes crasseuses. Stupide imbécile, je me suis laissé prendre à mon propre jeu, trop attiré par les morceaux grattés dans la mémoire de Gabriel pour seulement m’occuper du reste. Le massacre aurait largement pu être évité, tout comme cette panique insolente qui me broie le cœur à mesure que les mauvais souvenirs rejaillissent. J’y pense, pendant un court instant, à cette possibilité aux airs de déjà-vus. Belmonte qui en profite pour se tirer et usé de ses talents de baratineur pour expliquer pourquoi il rentre seul. Pas son genre, il est bien plus réglo que l’autre imbécile et ses idées à la con. Je l’espère du moins. Et à chaque nouveau zombie qui s’effondre sous la morsure de ma lame, l’œil se pose sur la silhouette alliée. Pour me rassurer. Pour le garder sous surveillance.

Paranoïa grouillante sous la peau, le souffle qui s’affole au même rythme que le cœur dans la poitrine. Je me bousille sous l’effort, puise dans l’énergie volée sans vergogne dans la carcasse de mon comparse. Récupérer pour mieux tout balancer, mon larcin n’aura servi à pas grand-chose à ce rythme-là. L’orgueil refuse de flancher, de seulement laisser deviner la faiblesse qui s’active sous la peau. Faire perdurer le regain de vivacité et pousser un dernier soupir de soulagement lorsque l’invasion s’achève dans un dernier coup de lame. Le métal qui s’extirpe une dernière fois d’un crâne déjà pourri dans une gerbe de sang dégueulasse. Foutue vermine. L’absence de lumière n’épargne pas le spectacle du charnier fraîchement créé. Carcasses bousillées et relents de bidoche avariée à s’en bousiller les sens. J’ai comme des relents de nausée dans la trachée, un inconfort dérangeant qui me pousse à esquisser un pas en arrière. Comme si ce simple geste pouvait servir à quelque chose. A rien, hormis fouler du pied un sol détrempé par l’hémoglobine et la tripaille. J’essuie distraitement la lame contre mon jean, et lance un regard en direction de Gabriel qui s’agite déjà. Au milieu de ce silence lourd, le bruit des corps qu’il déplace est assourdissant. Cœur bondissant dans la poitrine, l’envie de lui ordonner de faire moins de bruit m’explose sur la langue. A défaut, je me contente de rester immobile, à scruter la nuit dans l’attente d’un nouvel assaut. Rien ne vient mais la crainte perdure malgré tout. Broie la raison et les nerfs, qui s’effritent un peu plus lorsque s’élève le ricanement agaçant de l’armurier.

« - Le mieux serait encore de dégager de là. Mais si le vieux a besoin de te reposer après un effort pareil, ce sera toujours ça de pris pour éviter une nouvelle attaque imprévue. Promis je tacherais d’exécuter correctement ma tâche cette fois. » Raillerie bien sentie, la tension fait néanmoins trembler la voix. Accable le corps et la raison, ces images sales qui reviennent se coller devant mes rétines pour m’enliser dans une affreuse vérité. Un règlement de compte qui ne me regardait pas et que je n’aurais jamais dû voir. J’ai la tentation de me taire, garder le secret pour moi. Le temps d’une fébrile inspiration néanmoins. Comme un besoin d’en savoir plus, de lui balancer à la gueuler son plus ignoble fardeau juste pour voir comment il va s’en sortir. « - De ce que j’en sais, t’as plus la gueule de l’assassin de service que de la belle au bois dormant…  » Sous-entendu tacite lancé à la gueule du frère fratricide avec un rictus cynique ourlant mes lèvres. Un regard qui accompagne les mots, et scrute le visage du bonhomme dans l’attente de voir si sur la surface quelque chose bouge.

« - Je n’ai pas pour habitude de vouloir offrir en pâture mes compagnons de raid à ces horreurs pour me tirer comme une fleur. Peut-être que ça te ferait pas de mal de te retrouver dans ce genre de situation, tu la ramènerais moins après ça... »
Il m’agace, me cherche, c’est un fait. Et je me jette à corps perdu dans le piège. Sans hésiter, seulement avide de laisser parler ce qui est en train de me bouffer de l’intérieur. Ton qui monte, légèrement, vrille sur les accents d’un agacement de plus en plus virulent. Cherche-moi Gabriel… L’armurier et ses reproches. J’en serre les dents, à m’en démolir la mâchoire, ravale le venin et serre le poing. Enferme à double tour les relents de malaise accompagnant l’allusion à ce fameux raid qui lui, en revanche, a vraiment mal tourné. Pour un seul des participants seulement. Petit con. « - Tu râles encore, ça prouve que t’es toujours en vie. Me casse pas les couilles Gabriel, ta jolie gueule n’a pas une égratignure, tu t’en sors bien alors change de disque. » J’agite la main dans sa direction, désigne la carrure dans son ensemble et bute du pied dans un débris de zombie. Geste inconscient qui fait germer du dégoût sur mes traits. Le charnier m’indispose, ces effluves retournent le ventre. Foutus sens du monstre, je m’en passerais bien en ce moment. Les élancements me dévorent le bras, témoignent de l’action qui est en train de prendre lieu à même la peau. Les chairs abîmées qui se rapprochent, lentement, pour mieux se réparer.

« - Vide ton sac au lieu de me remettre la faute sur le dos. Et fais le avant que je ne perde patience, ça vaudrait mieux pour toi. » En conclusion à un dialogue de sourds, que les reproches pleuvent pour de bon et que se crèvent les abcès. S’il ne le fait pas, je serais alors celui qui le fera. Choses à dire, vérités à entendre, confrontation qui ne fait qu’être retardée. Je n’attends que ça pourtant.

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MessageSujet: Re: Hell & consequences [Gabriel]   Mer 25 Avr - 11:09




A peine le combat est-il fini qu’il faut déjà que les deux hommes renouvellent leur opposition constante, comme si le fait d’avoir dû s’allier bon gré mal gré le temps d’éliminer la menace n’a fait qu’affûter davantage l’hostilité qu’ils se portent mutuellement. Le terme d’assassin, glissé innocemment, le fait crisper la mâchoire, serrer les dents un temps alors qu’il s'oblige à ravaler une réaction qui ne se doit pas de transparaître sur son visage. Si son compagnon a tapé en plein dans un point sensible avec cette mention, l’armurier se refuse à le lui confirmer en y rétorquant. Inutile de lui laisser croire qu’il a visé bien plus juste que ce qu’il avait sûrement souhaité, pas vrai ? Et quant à lui, il n’a nulle intention de se trahir aussi aisément, trop conscient que c’est la culpabilité le taraudant inlassablement qui lui a insufflé cette envie de réagir au quart de tour à une malheureuse tournure de phrase. Puisque l’autre ne sait rien, mieux vaut se garder d’éveiller un quelconque soupçon, aussi infime soit-il, qui n’aurait pas manqué de naître de la remarque lapidaire qu’il s’est fait fort d’étouffer dans son gosier. « Lever le camp en pleine nuit, vraiment ? Même toi t’as pas assez con pour réellement croire que c’est une bonne idée, pas vrai ? » Bien sûr que Gabriel désapprouve la suggestion de Leslie, et ce n’est pas tant pour la fatigue que pour les dangers qu’ils risquent, tapis dans l’ombre, et qu’ils ne verront qu’au dernier moment. Sur le papier, il veut bien concéder à l’autre qu’il a raison, que décamper serait une bien meilleure solution autant d’un point de vue olfactif que du fait des bruits de lutte. Et, non, il n’est pas spécialement enchanté à l’idée de seulement pioncer à proximité d’un charnier propre à retourner les entrailles de n’importe quel estomac un peu trop sensible. Sa logique, toutefois, s’était opposée immédiatement à son envie farouche de quitter les lieux aussitôt, l’avait poussé à dégager un peu mieux la zone, pour ce qu’il estime qu’il y a fort peu de chance qu’ils retrouvent rapidement un coin appréciable d’un point de vue stratégique alors qu’ils sont bien incapable, dans l’obscurité, d’évaluer correctement les environnements.

Son obstination à souffler dans les braises paie, la voix de MacLean monte de quelques crans tandis qu’il se refuse de laisser le dernier mot à son vis-à-vis, à gober tout rond les reproches qu’il lui crache à la figure avec une parfaite arrogance. Dans l’obscurité, un léger sourire étire les lèvres de Gabriel qui trouve dans l’énervement de son partenaire une certaine satisfaction que seule toute l’antipathie qu’il lui porte peut suffire à justifier. Qu’est-ce qu’il y peut, s’il n’arrive juste pas à le supporter ? C’en est pratiquement viscéral et après tout ce temps passé simplement en tête à tête, plus les quelques jours hors du camp au sein d’un groupe restreint, il faut tout de même admettre que l’arrivée aussi tardive d’un conflit relève pratiquement du miracle. Sûrement parce qu’ils sont encore assez intelligent pour savoir mettre leurs querelles de côté le temps de revenir dans la sécurité précaire de leur campement, néanmoins à cet instant et après ces affrontements l’armurier éprouve une curieuse difficulté à continuer de tout refouler. Comme si l’hypothèse d’être passé à deux doigts de clamser pour une erreur dont il estime que Leslie doit porter seul le fardeau lui avait bien trop agacé les nerfs pour parvenir à y passer outre.
Pourtant l’autre homme a raison : il s’en est tiré, et il s’en est bien tiré en l’occurrence. Une chance insolente, qui aura voulu qu’il ne se récolte pas la moindre blessure malgré son corps ayant décidé qu’un sommeil profond était acceptable dans ce genre d’endroit. « Pas comme toi, hein ? » Pour sûr, la blessure ne lui as pas échappé, mais il ne se sent pas le moins du monde désolé pour son acolyte. Lui, il s’en tirera, tout comme il s’en est tiré la première fois. Sale injustice… « Enfin, pas comme si ça allait changer grand-chose te concernant. » Il retient, cette fois, l’insinuation quant à la nature de Leslie, mais ce n’est pas parce qu’il ne verbalise pas sa pensée profonde que son interlocuteur risque de passer à côté du message, son attitude parle pour lui, le ton de sa voix aussi il en est conscient.

Le ricanement lui échappe devant l’avertissement quoiqu’il reste bas, presque chuchoté, parce que Gabriel ne veut pas se risquer à élever trop la voix quand il reste encore possible que d’autres rôdent dans les parages. « C’est quoi ton problème, MacLean ? T’acceptes pas ta part de responsabilité dans ce qu’il vient de se produire ? » A l’inverse de son compagnon, l’armurier s’impose à garder la voix maîtrisée, un calme qui n’est que de façade et dont la nonchalance simulée n’est que l’expression de son insolence et son sarcasme. « Faudrait peut-être que tu songes à ouvrir les yeux, alors. Tu crois sérieusement que j’vais me chier dessus parce que tu me menace ? » Ses poings se serrent, les jointures blanchissent mais il contraint son corps à l’immobilité malgré l’envie qui le démange de franchir la maigre distance instaurant encore entre eux cette barrière invisible. « Donc, quoi, tu vas perdre patience… et après ? Si t’es pas capable d’assumer tes propres conneries, c’est quand même pas ma faute, putain. Mais faut pas non plus t’attendre derrière à ce que j’oublie bien gentiment tout ça. » Et si Gabriel s’acharne à ce point à le pointer du doigt, c’est sûrement pour passer outre sa propre défaillance qui n’a pourtant pas vraiment été en reste. Se concentrer sur son compagnon pour mieux oublier ses torts personnels, donner à la colère qu’il éprouve à l’égard de lui-même une toute autre direction. C’est plus facile ainsi, pas vrai ? Pourtant, peut-être qu’il ferait bien de prendre la mise en garde au sérieux, il l’a bien traité de monstre tout à l’heure alors, n’est-ce pas là la preuve flagrante qu’il ne sait pas réellement de quoi Leslie est capable s’il se décide enfin à lui faire fermer sa gueule ? « Tu vas me faire regretter de t’avoir sauvé les miches. » Le dédain est palpable, pourtant l’affirmation n’en reste pas moins fausse parce que même au plus profond de sa haine, Gabriel ne laisserait pas crever un compagnon à l’extérieur et encore moins, dans le cas de celui-là en particulier, prendre le risque qu’il s’en sorte pour mieux pouvoir l’accuser ensuite d’une négligence volontaire. Voilà quelque chose, ici, qui lui coûterait cher...
 
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MessageSujet: Re: Hell & consequences [Gabriel]   Lun 30 Avr - 20:11


Aucune réplique. Rien. Pas même un tressaillement sur sa gueule hirsute en guise de preuve. Admirable, Belmonte, vraiment. Point sensible pourtant touché, j’en suis persuadé. Le meurtre encore présent dans l’esprit, accroché aux rétines comme la cervelle de zombie sous les godasses. Dommage, je vais devoir être le vilain de l’histoire. Pousser les mots jusqu’à atteindre la fêlure et le voir se casser la gueule gentiment. Ou me démolir la mienne pour me faire payer mes paroles. Deux options envisageable l’une comme l’autre. L’armurier et ses nerfs à vif contre le bras-droit rarement bien luné. Charmant tableau, presque touchant. Les traits restent de marbre, figés dans une expression de profonde nervosité mais je dois faire un énorme effort pour me retenir de sourire. Fierté mal placé, disons vulgairement, je te tiens par les couilles Gaby. Et me chercher sera bientôt la pire chose que tu puisses faire.

« - Bien sûr que non… Autant ne pas prendre ce risque, avec un compagnon de route comme toi, il est clair que nous n’irons pas loin. » Mes bras battent l’air en signe d’abattement, abandon d’une lutte perdue d’avance malgré mon envie de me tirer d’ici. Trop de mauvais souvenirs s’accrochent au charnier. Et si l’autre ne voit pas grand-chose dans la pénombre, je n’ai pas besoin de lampe ni de projecteur pour percevoir les formes et les détails grossiers de ce qu’il peut rester des rôdeurs. Une irritation supplémentaire mettant à mal les nerfs, mon contrôle qui fout le camp à chaque battement de cœur. Il est presque aussi insupportable que Tobias. Même attitude, même niveau d’emmerde. Sauf que l’un est un gosse insolent et qu’il est plus aisé de le remettre à sa place. Presque. Gabriel, en revanche. Revenir au camp sans l’armurier serait une erreur, je l’ai envisagé un instant. Et abandonné l’idée bien rapidement. Qu’on me colle toutes les tares sur le dos je les accepte volontiers, mais lâche et égocentrique, certainement pas. L’insinuation me fait cracher un rire nerveux. Aussi mauvais que le rictus qui se colle sur les lippes. Même retenue, elle est là, trop évidente pour être ignorée. « - Belmonte et son adoration de tout ce qui n’est plus humain, touchant. Jaloux ? » L’odieux sarcasme, puant l’ironie, et l’attitude qui va avec. Du défi dans la posture, et dans le regard qui le darde avec insistance. Pour ce qu’il peut en voir. Le pied butte une nouvelle fois, dans un pauvre caillou cette fois. Morceau de roche qui va s’écraser avec bruit dégueulasse dans la tripaille étalée devant le ventre éclaté d’un cadavre. On aurait dû se tirer au lieu de rester à bavasser ici. C’est ridicule, et il le sait. Même si l’admettre lui donnerait tort, et nous obligerait à dire adieu à sa merveilleuse décoration.

La maîtrise dans le timbre sonne comme une provocation. Un je sais me contenir qui prend des airs de moqueries. Les poings se serrent et je me pète presque les dents à crisper les mâchoires pour ravaler les sarcasmes. Baisser le ton qui ne demande qu’à lui hurler en pleine figure, à défaut de pouvoir lui refaire le portrait comme il le mérite. Problèmes de colère, irritabilité constante, défauts de l’irlandais de base qu’on dira. Entourage voué à vous cassez les pieds que je répondrais. Bon sang, je rêve de ma caravane et de son calme. Prochain raid, je vérifierais vraiment la liste des participants avant de me porter volontaire. Bêtes noires sur ma propre liste, hors de question de ne faire ne serait-ce que deux pas avec ces individus. Un bain de sang à peine sortir du camp ferait désordre. Son flegme est un doigt d’honneur brandit bien haut, une blague à l’encontre de sa nervosité qui depuis presque aussi palpable que la mienne. Dans ses doigts qui se resserrent, le geste dans les ténèbres que je perçois à peine, mais qui est bien présent. Mes lèvres s’ourlent alors, figées dans l’esquisse à peine visible d’un sourire assassin. Les reproches pleuvent avec une voix de velours, murmurés dans l’espoir de maintenir l’illusion à flot.

« - Je l’accepte, très bien même. J’ai commis une erreur, de débutant, je le reconnais. Peut-être devrais-je me confondre en excuse à tes pieds pour que passe ta mauvaise humeur… Pour ça il faudrait que tu te remettes à roupiller. » S’incliner pour mieux frapper. Avouer mes erreurs puisqu’il n’attend que ça. Et laisser planer un calme pesant une fois les torts évoqués. Je m’éloigne de quelques pas, feutrés sur la terre imbibée d’un sang certainement aussi pourri que le mien. Rester planté là m’est insupportable, le moindre bruit, le moindre silence est une source d’angoisse folle qui fait rugir le cœur dans la poitrine. Si fort, trop fort, il en devient presque douloureux. Attise la crainte, qui pousse l’œil à se poser partout afin d’être certain qu’il n’y a rien. C’est ridicule, je le sais, mais la trouille reste là. Ce sale ver qui grignote tout et se partage la raison avec les échos de la rage qui fuse toujours sous la peau. Mon exploration s’arrête alors, m’aura au moins éloigné un peu plus de l’armurier. Les rétines s’abandonnent dans la contemplation d’un corps rachitique, femme gangrénée par la vermine, aux fripes miteuses et en lambeaux. Elle a dû être belle pourtant avant de terminer de cette façon. Des frissons d’horreur dégringolent le long de mon échine. J’inspire, chasse la crainte avec l’air qui s’engouffre dans les poumons et me tourne pour faire enfin face à Gabriel.

« - Dis-moi, je suis curieux… » Les mots s’échappent presque avec douceur, susurrés dans un miel hypocrite. « -  L’acceptes-tu, ta part de responsabilité dans la disparition de notre ancien leader, ton propre frère ? Ou bien est-ce plus facile de laisser Aritza porter un blâme qui n’est pas le sien ? » Pas de silence cette fois, Belmonte. Je n’y croirais pas. Et me sortir le premier mensonge qui te passe par la tête ne prendra pas. Les pieds sont ancrés dans le sol, offrent un aplomb salutaire dans l’éventualité d’une perte de patience plus virulente. J’ai dépouillé la grenade pour la lancer à ses pieds. Ne lui reste plus qu’à exploser. J’accepte mes torts, je l’ai grignoté comme les vers rongent les corps puants jonchant le sol. Je m’en excuserais presque, mais ce serait tellement cynique que ça ne prendrait pas.

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