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 Andranya | Love while the night still hides the withering dawn

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ANIMAL I HAVE BECOME

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↳ Playlist : Dance of Fate - Epica | Take the Day - Turisas | Scaretale - Nightwish | The Parting Glass - Peter Hollens | 5th Symphony (mvt 1) - Beethoven | Yma O Hyd - Dafydd Iwan | Piano Concerto n°2 - Shostakovich | Nuages - Debussy
↳ Citation : " When darkness will reign and blind us all Allegiance will bind us if we do not fall. "
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MessageSujet: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 19 Mar - 22:44

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Ça va faire un mois et demi. Six semaines que je n'ai pas eu la moindre nouvelle d'Andreï, six semaines que je ne cherche de toute manière pas à en avoir, six semaines que je peux regarder Georg en face et lui dire que j'ignore où est son rat d'égout puisque c'est vrai, six semaines que je suis en colère et triste en permanence, six semaines que je me sens trahie, malmenée et bête au possible. Putain... je suis pathétique. Il doit bien s'éclater, de son côté, libéré de ses problèmes ! Ah c'est sûr, il doit être en train de cuver son vin de la veille dans les bras d'une pétasse, à cette heure-ci. C'est tellement plus facile d'imaginer qu'il est le connard de l'histoire et non le type qui m'a maladroitement repoussée pour me protéger. Je n'ai pas besoin qu'on me protège, je suis une grande fille. C'est ce dont j'essaye de me persuader tous les jours, surtout quand je me retrouve en face de Georg et de ses gorilles. Ça l'arrangerait bien que je fasse dans mon froc mais non ! Avec les années, j'ai appris à ne plus craindre sa gueule de con et ses menaces. Mais me voir à nouveau repoussée de la sorte par Andreï... ouais. Ça m'a fait peur. Ça me terrifie. Parce qu'il n'y a qu'une seule personne qui puisse me comprendre réellement, une seule personne qui sache qui je suis, une seule personne qui sait calmer mes angoisses...

Mais bon. S'il faut faire sans, alors résignation sera mon nouveau prénom. Armée de mon gobelet de café, j'arpente un couloir à la moquette miteuse en direction d'un autre bureau. Les locaux de ce journal sont vieux, vétustes, sales... si l'inspection sanitaire se pointait, on serait mal ! Mais vu que ça n'existe plus, on en a pas grand chose à foutre. Je toque à la porte, la pousse dans un grincement de gonds mal huilés et m'assoit sans ménagement sur le bureau d'un collègue qui, les jambes tendues sur le bureau, s'amuse à balancer des boulettes de papier dans sa corbeille.

« Joli ! T'en as marqué combien, comme ça ? »

«  J'sais pas... j'ai arrêté de compter que j'suis arrivé à 65... t'as un truc pour moi ? »

Toute fière, je laisse tomber un dossier sur son bureau et l'ouvre à la première page.

« Tu vas m'adorer, mec. Le gouvernement vous ment-il ou est-il votre meilleur ami ? Des ragots, du putassier, avec ça on a la une assurée. Ça fera rien avancer du tout mais l'patron s'en tape : il veut juste que les lecteurs se jettent sur le numéro de demain pour prendre la température. »

« Ouais en gros on lèche le cul des autorités et au paragraphe d'après on leur jette des pierres, c'est ça ? »

« T'as tout compris, mon vieux ! Aller viens, lève-toi. Ça empeste le rat mort, ici, on va finir ça chez moi, autour d'une pizza. »

C'est que j'ai l'air assurée, vu sous cet angle. La collègue sympa, qui invite un collègue sympa à bosser sur un sujet bidon armés d'une part de pizza et d'une bière. En réalité, c'est surtout pour ne pas me retrouver à nouveau seule cette nuit que je fais ça. Steve est de loin le journaliste le moins chiant de cette boîte et on se marre bien, tous les deux. On va passer la nuit à chercher des titres d'articles tous plus cons les uns que les autres, le regretter quand il faudra aller bosser demain mais... eh... on est payés pour ça. Je saute au bas de son bureau, avale une dernière gorgée de café et lance le gobelet dans la poubelle en quittant la pièce, Steve sur mes talons. J'attrape ma veste, mes clés, mon téléphone et nous voilà dans l'ascenseur en train de débattre sur l'âge que peut bien avoir la vieille secrétaire décrépie de notre patron. Dehors, le temps est toujours aussi maussade et les rues sont toujours aussi humides. Autant dire que ce n'est pas franchement le genre d'endroit où il faut s'arrêter.

« T'habites vraiment un quartier d'merde... »

« Ta gueule, c'était le moindre cher et t'es bien content d'trouver mon canapé quand ta copine te fout dehors. »

Il n'a pas tort. Le quartier est vraiment pourrit jusqu'à l'os. Les immeubles y sont dans un état déplorable, des voisins disparaissent, d'autres se font voler le peu qu'ils possèdent... vraiment pas l'endroit où s'installer quand on espère être au calme. Je m'engouffre dans l'immeuble, abandonne l'idée d'allumer dans l'escalier puisque de toute manière l'interrupteur a été arraché par je ne sais quel connard et commence à grimper les marches en trottinant. Il faut admettre que ça a du bon, d'être une métamorphe : je vois bien mieux dans le noir que le crétin qui me suit en se tenant à la rampe et en buttant une marche sur deux.

« Magne-toi, grand-père ! »

La clé glisse dans la serrure, j'ouvre la porte et pousse un soupir de soulagement. L'immeuble est peut-être pourrit, mais j'aime cet appartement. Je m'y sens chez moi.

« Fais comme chez toi, tu connais la maison ! »

Je traverse le couloir de l'entrée, jette ma veste sur mon lit en passant près de la chambre et me dirige directement vers une petite cuisine ouverte sur un salon relativement spacieux.

« Tu veux boire un t... »

À l'instant où je suis entrée dans la pièce, j'ai senti sa présence. Une odeur que je reconnaîtrais entre mille, une sensation bizarre, un déjà vu bien trop constant dans ma vie pour que je ne sache pas immédiatement de qui il s'agit. Je bondis en direction du bar, attrape le premier couteau qui me passe sous la main et, fort heureusement pour ma crédibilité, n'est pas un truc fait pour couper le beurre, et me retourne avec la vivacité de l'agent sur entraînée que je suis vers l'intrus.

« Putain d'merde... j'peux savoir c'que tu fous au milieu de mon salon ? »

Il est là. Fier comme un con. Assit sur le tapis et en train de tricoter ce qui ressemble vaguement à un pull de Noël orné d'un pingouin repoussant. Andreï. Le con qui me comprend si bien qu'il a su que je serais là ce soir. Y a vraiment que lui pour cumuler les casquette de tueurs à gages et de mamie gâteau avec son tricot.

« Heu... Anya... tu connais ce type ? »

Et merde... j'avais presque oublié Steve. Ça va pas être triste, tiens.

« Malheureusement oui. Sauf qu'il n'a rien à foutre là. Lève ton cul d'là, Ievseï... »

Je n'ai pas envie de le voir. Enfin non, rectification : je refuse d'admettre que j'ai envie de le voir, donc je n'ai pas envie de le voir. Je veux ignorer où il est, pas le trouver au milieu du salon ! Semblant vouloir faire connaissance, Steve s'approche d'Andreï, la main tendue.

« Heu... salut ? Je suis St... »
« Si j'étais toi, je m'éloignerais tout de suite. Il est armé. »

Il est trop proche, bien trop proche lorsqu'il se redresse vers moi avec l'air de me prendre pour une folle. C'est que si Andreï me connaît bien, moi aussi je le connais. Je sais de quoi il est capable avec deux aiguilles et une pelote de laine. Bon sang mais quel con ! Abruti congénital !

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Dim 1 Avr - 20:18

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Il ne me faut pas longtemps pour ouvrir la fenêtre, me glisser dans la pièce avec la souplesse d’un tronc d’arbre, mais l’efficacité d’un tank : lorsque je me laisse tomber sur le sol, je fais un boucan du diable, puisque je n’ai plus la présence du rat pour compenser mon absence complète de délicatesse. Mais ce n’est pas un souci : l’appartement est vide, je l’ai observé suffisamment longtemps pour en avoir la certitude. L’avantage, finalement, à ne pas avoir de travail fixe, d’horaires contraignants et d’exigences à satisfaire, c’est de pouvoir traîner n’importe où en ville, à n’importe quelle heure, ne pas avoir à se soucier de qui que ce soit d’autre que de soi-même, et c’est une liberté dont je profite éhontément depuis cinq ans maintenant. Une liberté qu’Anastasia n’a pas, visiblement, et qu’elle va regretter lorsqu’elle me verra dans le coin. Mon sac à dos glisse de mes épaules, ma veste suit sans plus tarder, s’échoue au sol où je la laisse. J’ai faim. Et elle n’a rien dans son frigo, pas grand-chose dans son placard, même pas une bouteille échouée pour son meilleur ami. Regrettable. Je finis par me laisser tomber sur son canapé, jambes passées par-dessus l’accoudoir, j’éjecte mes chaussures, agite mes orteils. J’ai conquis ce territoire, de toute manière mon pont est momentanément indisponible et dans mon incapacité à venir m’installer chez mon fils, mes pas m’ont d’office guidé dans cet appartement, où son odeur entêtante m’a attiré plus sûrement qu’un St Nectaire ou qu’un reblochon lentement affiné.

Je ferme les yeux. Et lorsque je laisse mes pensées se reposer, lorsque je me prends le temps à un peu de décontraction, c’est pour mieux me détendre et me laisser envelopper par sa présence, ces traces qu’elle a laissées dans tout son appartement. Et que je reconnais. Rapidement j’ai l’impression qu’elle est ici, j’ai l’impression que je vais entendre sa voix. Et je sens à nouveau son corps contre le mien, dans une complémentarité perdue, retrouvée, dans cet oxygène que j’ai eu l’impression de respirer, dans son odeur, putain, son odeur unique. J’ouvre les yeux, je sens son énergie fourmiller au bout des doigts, quand bien même depuis la dernière fois que je l’aie vue, j’ai dû bouffer auprès d’une douzaine de personnes, au bas mot. Mais pas une ne m’a contenté comme elle a pu le faire. J’imagine que ça à voir avec sa nature, sa nature de métamorphe, celle que la créature qui m’a mordu m’a ôté, parce que Mikkel m’avait fait le même effet. Ou presque. Ou alors juste parce que c’est Anastasia, et qu’elle seule arrive à me faire me sentir complet, compris et entier. Parce que c’est ça qu’il s’est passé, avant que je ne gâche tout en laissant ma nature puiser son énergie. Parce que c’est ça qu’il s’est passé avant que je ne mette de la distance entre elle et moi. Avant qu’elle ne comprenne rien, qu’elle se barre et qu’elle ne me laisse qu’agacer. Parce que c’est ça ce qu’il s’est passé, pendant quelques minutes. Quand nous étions dans les bras l’un de l’autre. J’ai retrouvé ma meilleure amie. Pour la perdre de suite après. Et qu’elle me laisse noyé dans des émotions disparates, de la colère aux remords en passant par la vexation et l’humiliation. Sûrement le même cocktail que ce qu’elle devait ressentir, je présume. Je n’en sais rien. Elle est partie trop vite pour ça.

Et elle m’a laissé seul. Débordant d’énergie. Mais seul. De cette même solitude qu’elle a toujours crainte. De cette même solitude d’où je l’ai longtemps arrachée, d’où j’ai toujours eu l’impression de l’arracher. Dans laquelle je l’ai laissée retomber quand Lara a réussi à combler le vide de mon cœur. Dans laquelle elle s’est laissée retomber, aussi, en me fuyant, en me haïssant. En me rejetant, quand je lui proposais de poursuivre notre amitié, intacte, indépendamment de mon mariage. Sa solitude, elle se l’est imposée. Alors que celle que je subis maintenant, c’est elle qui me l’impose. Mais le fait est que dans tous les cas, elle me manque, et que même cette collaboration récemment retrouvée avec Mikkel ne me suffit pas à me sentir moins seul. Et que dans son appartement, dans l’appartement d’Anastasia, je me sens déjà un peu moins seul, et que c’est con. C’est ridicule même. Je me sens con. Plus serein, bien moins seul. Je ferme les yeux, je me détends. Juste quelques heures, de toute manière, je serai parti avant qu’elle ne rentre. Ou même, juste au moment où elle rentrera, je partirai. De toute manière, je n’ai nulle part où aller pour le moment, et je ne fais de mal à personne en restant ici. Sans compter que… je me redresse, attrape mon sac, en tire deux aiguilles et une pelote, deux pelotes, trois pelotes de fils, tout ce que j’ai pu récupérer avant que l’eau ne vienne un peu trop tremper mes cartons et mes vivres. Un regard vers une horloge perdue dans un coin de la pièce, je serai parti avant qu’elle ne rentre, et d’ici là, je lui aurai tricoté une connerie, histoire qu’elle sache que… histoire que je passe le temps. Jusqu’à ce soir, parce que si je me souviens bien, c’est ce soir que je suis supposé retrouver Mikkel.

Les rangées et les points passent et ne se ressemblent pas, j’ai toujours adoré le tricot. Enfin, pas lorsque nos instructeurs ont tenté de l’apprendre à Anastasia, mais lorsque j’ai compris que ça avait le mérite de me calmer. De m’occuper. De me fasciner. Les rangées se suivent, le pull commence à prendre forme, je ne sais même pas ce que je suis en train de faire mais j’alterne les couleurs et les points sans trop y réfléchir, ne m’arrêtant que pour me réinstaller plus confortablement. Et c’est au moment de l’une de ses pauses que j’entends du bruit. Une voix. Anya. Trop tard pour me barrer, je n’essaye même pas de me précipiter à la fenêtre, je continue juste mon œuvre en faisant comme si j’étais chez moi. Parce qu’en soi, comme tout rat qui se respecte, je suis ici chez moi à partir du moment où j’y ai élu domicile. « Fais comme chez toi, tu connais la maison ! » Voilà, même Anastasia le dit, je lève les yeux, surpris malgré tout qu’elle le prenne comme ça. Je m’attendais plutôt à des hurlements, des cris, des insultes ou quelque chose s’approchant d’un putain, dégage de là connard. Mais soit, oui, d’accord Anya, je vais faire comme chez moi, c’est déjà ce que je fais depuis plus de trois heures maintenant. Que le temps passe vite quand on s’amuse. Elle passe rapidement, revient, tourne dans la cuisine sans un regard vers moi, j’ai le temps de finir ma rangée et d’en commencer une nouvelle. « Tu veux boire un t... » Mes doigts se crispent sur l’aiguille en réponse à son mouvement brusque, et si j’ai toujours l’air d’un imbécile de tricoteur, je ne pense pas un seul instant que c’est ce qu’elle voit lorsqu’elle pointe un couteau vers moi. « Putain d'merde... j'peux savoir c'que tu fous au milieu de mon salon ? » J’hausse les épaules. « Je tricote. » Mieux vaut la prendre pour une conne que rester silencieux. Et… « Heu... Anya... tu connais ce type ? » Je me tends : obnubilé par son odeur, sa voix, ses mouvements, je n’ai pas senti la troisième personne : mes doigts sont prêts à déloger l’aiguille pour l’envoyer dans la gorge – ou l’œil je n’ai pas décidé – de celui qui vient de parler. « C’est qui c’trouduc’ ? » Je me redresse avec méfiance. Une chance que ce ne soit pas Georg. Putain mais quel con. « Malheureusement oui. Sauf qu'il n'a rien à foutre là. Lève ton cul d'là, Ievseï... » Aucune envie de me barrer, non. Je fixe l’intrus, et mon visage n’a rien d’avenant. C’est qui ce putain d’intrus ? « Je répète, c’est qui ce connard ? » Rien à foutre de son prénom. Et encore moins de sa main tendue. Depuis quand exactement Anya ramène des mecs chez elle ? « Heu... salut ? Je suis St... » « Si j'étais toi, je m'éloignerais tout de suite. Il est armé. » Armé, tout de suite. Je laisse tomber l’ouvrage, le pose derrière moi, lève les mains, comme un enfant sage. « T’fais pas d’bile, chérie. J’vais pas l’planter ton p’tit copain. » J’ai les yeux rivés sur Steve. Anya est encore dans sa pseudo cuisine, avec son couteau. St’, lui, est au contraire bien proche de moi. Je le considère, lui et sa main qu’il hésite à baisser, et après une seconde d’attente, je me décide à lui sourire.

Chaleureusement. Pas comme un ours de Sibérie, mais comme un assassin qui a appris à charmer, à dragueur, à affaiblir la vigilance en même temps qu’il a appris à torturer et à tuer. Tout pour atteindre une cible. Ma voix se fait moins agressive, quand d’une main, je saisis la sienne pour la serrer, puisque c’est ainsi que font les gens civilisés, et que je pose l’autre sur son épaule. « Enchanté, moi c’est Rufus. » Mes doigts se verrouillent de part et d’autre. Et ses souvenirs troublent ma vie, s’imposent, au fur et à mesure que sa peau se parchemine, qu’il tente de se débattre, sans succès, parce que ce n’est qu’un pauvre humain et que les pauvres humains sont faibles. Il s’effondre, je donne un coup de pied dans son corps pour le décaler, je l’enjambe pour me rapprocher d’Anastasia. « Alors, du coup, c’est qui ce foutu connard ? Depuis quand tu ramènes des mecs chez toi ? Lâche ce couteau, ça m’fera rien. Moi aussi je suis content de te voir depuis la dernière fois. Tu vas bien ? » On pourrait croire que ma voix est aussi chaleureuse, puisqu’elle l’était un peu plus tôt, mais non. Au contraire. Et je ne sais même pas pourquoi cette animosité. Mais on va dire que… oh et puis merde, on ne va rien dire de plus. On va attendre qu’elle m’explique. « Il est pas mort, même si ça peut s’arranger s’il te dérange. »

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It's been a while, you've been walking alone, It's been a while since your heart had a home, You remember the way you came tumbling down Down to your knees like never before You're at the bottom in a bottomless town And as you lie on the floor©️ by anaëlle.
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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 2 Avr - 21:07

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Je le hais, je le hais, je le hais, je le hais... putain mais pourquoi ça ne peut pas être aussi simple ? Pourquoi je ne peux pas simplement le haïr alors qu'il vient une fois de plus de surgir dans ma vie, que j'ai senti mon petit cœur d'artichaut faire un bond dans ma poitrine, pourquoi je ne peux pas simplement le jeter par la fenêtre sans le moindre remord ? Pourquoi je reste là, mon couteau en main, incapable de faire un pas de plus parce que je sais que je meurs d'envie de lâcher mon arme pour l'embrasser ? Et bordel de merde, pourquoi est-ce qu'il est en train de tricoter au milieu de mon salon ? Putain de con ! Il a l'audace de me dire qu'il tricote ? Bordel mais j'ai remarqué ! Ce que je veux savoir c'est pourquoi il tricote dans mon salon sans avoir été invité à y entrer ! Je ne veux plus voir Andreï. Je ne veux plus avoir affaire à lui, je ne veux plus me faire de faux espoirs, j'en ai simplement marre de souffrir à cause de cet imbécile fini. Alors oui, j'aimerais qu'il sorte une bonne fois pour toutes de ma vie. Ça fera mal un temps et ça s'estompera, alors que s'il revient sans arrêt, l'espoir va faire yoyo et ça sera douloureux ad vitam aeternam. Je resserre la prise sur mon couteau, plisse les yeux en voyant Steve s'approcher d'Andreï et fais un mouvement dans sa direction. Alors qu'Andreï attaque d'entrée de jeu avec la délicatesse qui le caractérise tant, j'esquisse un sourire amusé. Si j'étais naïve, je pourrais presque croire qu'il est jaloux, tiens ! Mais bon... Andreï Ievseï n'a pas à être jaloux puisqu'il n'aime pas !

« Ça s'voit pas ? C'est l'pape... M'enfin pour ce qui reste à bénir de ta carcasse... »

Je me tourne alors vers Steve, lui explique que l'abruti fini qui trône sur mon canapé n'a rien à faire là même si j'aime en secret son joli p'tit cul et demande donc au dit abruti de bouger le cul en question jusqu'à la sortie. Crétin... pour le moment, je ne lui fais pas assez confiance pour être certaine qu'il ne fera rien à Steve. D'autant que lorsqu'il me demande une nouvelle fois qui c'est, j'en perds mon sourire. Il devient agressif et là ça craint. Bon sang ça craint. Steve est un bon pote mais il ignore tout de mon passé et de mes véritables activités. Si ça tourne au vinaigre, il me prendra pour une folle et ça en fera un de plus à me tourner le dos. Super, merci Andreï !

« Ouais et moi j'répète, qu'est-ce que tu fous là ? C'est con, on peut pas tout avoir, dans la vie... »

Lorsque Steve s'approche d'Andreï, mon corps se tend, prêt à bondir pour m'interposer et pourtant, je reste figée sur place, comme si une part de mon esprit refusait que je brise la distance qui me sépare d'eux. C'est quoi c'délire ? Je ne peux que regarder le drame arriver et baisse légèrement mon arme quand Andreï consent enfin à poser son ouvrage et à lever les mains gentiment. Habituée au rat et non à l'espèce de vampire-zombie qu'il est devenu, je n'ai pas encore le réflexe de me dire que désormais, Andreï n'a plus besoin d'une arme pour faire du mal à quelqu'un. Quoi que... si mes souvenirs sont bons, il a toujours été très doué pour rompre des cervicales. Je finis par faire un pas en avant au pris d'un effort qui me semble surhumain et fait signe à Steve de s'éloigner mais c'est trop tard. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ou le penser, Andreï est debout et a saisi la main de Steve. Je rêve ou il va juste lui s...

Cette poignée de main dure trop longtemps. De dos, je vois le corps de Steve se raidir, il tente vainement de s'échapper et je ne peux que hurler depuis la cuisine, paralysée.

« Arrête ! Andreï arrête ! Tu vas le tuer ! »

Ma voix se brise sur les derniers mots tandis que mon cœur mène une danse endiablée dans ma poitrine. Qu'est-ce que c'est, bon sang ? Pourquoi est-ce mon corps refuse de bouger alors que d'ordinaire, j'aurais déjà planté mon couteau dans le bide d'Andreï pour le dissuader de continuer ? Steve s'effondre au sol, inerte. Parce que je connais mon ancien compagnon d'armes, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il vient de le tuer sans le moindre remord – en a-t-il jamais eu ? Steve dans les choux, Andreï l'enjambe et m'approche avec un naturel qui me donne envie de lui mettre une baffe.

« T'approche pas d'moi ! »

Alors, aussi soudainement que mon corps s'est figé, il se remet en fonction et je fais un bond en arrière. Le regard inquiet, le cœur qui bat fort... je connais ce sentiment. C'est de la peur. Une peur viscérale que je ne ressens plus qu'en présence de Georg et que j'ai appris à maîtriser avec lui. Pas avec Andreï. Ce n'est pas normal que j'ai peur de lui, ce n'est pas normal que je cherche à le fuir, ce n'est pas normal que ses bras m'évoquent le meurtre et non une étreinte rassurante. Ce n'est en rien normal.

« Tu... tu restes loin d'moi, ok ? »

Je le contourne, arme en main, sans jamais le quitter du regard. Putain... cette peur, ce n'est même pas vraiment la mienne. C'est l'instinct du coyote qui me dit de fuir le monstre tapis sous la peau d'Andreï. C'est ça le truc. Ce n'est pas du con qu'il est que j'ai peur, c'est de la chose incompréhensible qu'il est devenu ! Je me précipite dans le salon, glisse le couteau dans ma chaussure pour le garder à portée de main et m'agenouille près de Steve. D'une pression sur sa gorge, je sens un battement faible mais régulier qui me rassure, pression à laquelle s'ajoute une remarque d'Andreï dont je me serais bien passée. Je me redresse, la colère dans les yeux et finis par traverser en trois enjambées l'espace qui nous sépare.

« T'es vraiment qu'un putain de con, Ievseï ! Fous le camp, putain ! »

D'un geste, je lui plante mon couteau dans l'estomac. De toute manière, il a dit lui-même que ça ne lui ferait rien mais moi, ça me détend sacrément de le voir se plier en deux. Après tout, créature surnaturelle ou non, une lame dans le bide, ça ne doit pas être agréable. Je retourne vers la cuisine, attrape une bière dans le frigo et commence à la siroter en le regardant se débattre avec le couteau. Putain mais pourquoi qui il se prend ?

« Alors on reprend. Petit un, je suis chez moi, je fais ce que JE veux et je n'ai aucun compte à te rendre. Je ramène qui je veux ici et t'as pas ton à dire. J'te dois rien, Andreï, strictement rien. Donc que tu sois jaloux parce qu'un autre marche sur tes plates-bandes, c'est pas mon problème. Mon canap' ne t'est pas réservé. »

Franchement, je ne suis pas assez bête pour penser que ce qui le rend jaloux, c'est qu'un autre mec m'approche. Il est loin, le temps où je cherchais l'affection d'Andreï dans sa jalousie.

« Petit deux, il s'appelle Steve et on bosse ensemble. Il ne me dérange aucunement, contrairement à toi alors t'es mignon, tu le laisses en vie. Maintenant bouge-toi l'cul et viens m'aider à l'allonger sur le canapé. »

Je me dirige à nouveau vers le salon, glisse mes bras sous les épaules de Steve et le hisse sur le canapé où au moins, il... dormira ? Tranquille. Quand je me tourne à nouveau vers Andreï, c'est pour soupirer.

« Est-ce que tu vas enfin me dire c'que tu fous là ? T'es tout seul et t'as besoin d'compagnie ? Ton pont n'est plus assez bien pour toi ? Ou ça te manque de me torturer et de me voir revenir dans tes bras à chaque fois ? Parce que si c'est la troisième solution, Andreï, tu peux passer ton chemin. Ça fait un mois, j'suis passée à autre chose. »

Sous entendu, j'fais des bisous à ton gamin. M'enfin autant ne pas donner trop de détails, quelque chose me dit qu'il n'est pas encore rassasié, le con. Le bras croisés, je me tiens à une distance respectable d'Andreï. C'est quand même dingue d'avoir peur comme ça à mon âge...

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rirat bien qui rirat le dernier

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Dim 8 Avr - 9:56

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Qu’est-ce que je fous ici ? Je tricote, pardi. Ça me semble plutôt évident, à partir du moment où j’ai une pelote de laine et des aiguilles entre les mains, à partir du moment où j’ai la moitié d’un pull fait sur les genoux. Qu’est-ce que je fous ici ? Ca me semble évident. Ce qu’elle fait ici, et plus encore ce que l’intrus fait ici en revanche… Je me lève, en réponse à son mouvement brusque, au couteau qu’elle tient en main. Je me lève, je m’approche, je toise le nouveau venu, celui qui s’est interposé entre elle et moi et qui n’est rien de plus qu’un indésirable, celui qui n’a rien à faire ici. Ce n’est pas moi, l’intrus, clairement. Aucune envie de me barrer, aucune envie de faire plaisir à Anya pour le coup. Ce n’est pas mon genre, qu’est-ce qu’elle croit ? Alors pour commencer, je veux savoir c’est qui ce connard. « Ça s'voit pas ? C'est l'pape... M'enfin pour ce qui reste à bénir de ta carcasse... » J’hausse les épaules, indifférent. « Parle pour toi. » Elle a autant de sang sur les mains que moi, aux dernières nouvelles, et il n’y a plus rien à sauver chez elle, tout comme il n’y a plus rien à sauver chez moi. Pas besoin de se faire d’illusion. Pas besoin de ce genre de petites piques, je veux savoir qui est le trou duc qu’elle a ramené chez elle, chez moi. Mon agressivité suinte de mes propos, j’ai les yeux rivés sur Anya, considérant le spectateur avec autant d’intérêt que s’il était un pot de fleurs malodorant. Rien à foutre de sa main tendue, pour le moment, il n’existe pas. « Ouais et moi j'répète, qu'est-ce que tu fous là ? C'est con, on peut pas tout avoir, dans la vie... » Mon poing se crispe sur l’aiguille, j’envisage très sérieusement la possibilité de la lui balancer dans la gueule, de la lui enfoncer dans l’œil, avec la certitude que de toute manière, elle finira par guérir tant que je ne la mutile pas totalement. Mon poing se crispe, je veux lui dire d’aller se faire foutre, c’est sûr mais surprise, je parviens à me contrôler. Elle me considère comme armé ? Elle va vite comprendre que l’aiguille à tricoter, le flingue que j’ai à portée de main ou même l’arme blanche qui est planquée dans ma veste, je n’en ai plus besoin depuis un bail pour être mortel. Je vais pas le planter, son p’tit chéri, je vais faire pire.

Détachant mon regard d’Anya, je m’intéresse enfin à l’autre, à sa main tendue, nerveuse et déstabilisé. Mon visage se détend, fond comme glace au soleil, transforme mon agressivité en gentillesse et en amabilité, je vais même jusqu’à me présenter avec un nom pioché au pif dans ma mémoire, main posée sur son épaule. Main qui devient étau, pour qu’il ne s’échappe pas. Anya a peur que je lui fasse du mal, et bien qu’elle s’en morde les doigts : sa peau se parchemine, se fripe et sa respiration devient de plus en plus laborieuse, en quelques instants, j’ai aspiré la quasi-totalité de sa vie et je le laisse tomber comme une vulgaire carcasse desséchée, sans aucun intérêt, le décale d’un coup de pied, l’enjambe sans sourciller. « Arrête ! Andreï arrête ! Tu vas le tuer ! », qu’elle a dit. Et bien trop tard. Mes yeux sont à nouveau posés sur Anya, je me rapproche d’elle en posant, pour la troisième fois si je compte bien, toujours la même question : qui c’est ce mec. Depuis quand est-ce qu’elle ramène des mecs chez elle ? Et qu’est-ce qu’elle pense faire avec ce couteau ridicule, elle sait tout comme moi que ça ne servira à rien ? Je m’attends à beaucoup de choses de sa part, je m’attends à bien des choses de sa part, mais reculer… ? « T'approche pas d'moi ! » C’est une pointe de douleur qui se plante dans ma gorge, dans ma poitrine. Ça non plus, je ne m’y attendais pas. Et pourtant. Elle me fuit. Et ça me fait mal de m’en rendre compte. « Tu... tu restes loin d'moi, ok ? » Je m’immobilise. Ca fait mal, putain, et ça ne va pas en s’arrangeant, parce qu’à la douleur – incompréhensible – s’ajoute la colère lorsqu’elle s’approche, lorsque je recule, lorsqu’elle s’accroupit auprès du corps pour en prendre le pouls. Je ne l’ai pas tué, ce mec, même si ça peut s’arranger. Je ne l’ai pas tué, pas encore. Comme si ça pouvait lui importer, nous flirtons avec la mort depuis trop d’années pour en avoir réellement peur, non ? Et même, est-ce qu’il était si important pour elle, ce clampin ? Est-ce que… elle se relève et d’un coup se rapproche de moi. « Je veux bien rester à distance mais si tu… » Son regard me coupe. « T'es vraiment qu'un putain de con, Ievseï ! Fous le camp, putain ! » Et son couteau achève ce qu’elle avait commencé. Je me retrouve plié en deux avant même d’avoir pu penser quoique ce soit, du sang s’écoulant de la plaie dès que j’en retire la lame. Un sang noir, poisseux. Dense.  Aussi vite qu’elle s’est approchée, elle s’est éloignée. « Anya, tu es… Putain ! » D’un mouvement rageur, je jette le couteau sur le côté, il se plante dans le mur dans un bruit sourd. Avec l’énergie que j’ai récupérée de l’autre idiot, la plaie est déjà en train de disparaître. « T’es sérieuse ? » Qu’elle aille se faire foutre, j’ai pas quinze mille fringues non plus, et le sang qui tâche maintenant mon tee-shirt équivaut presque à une sentence de mort à l’extérieur de cet appart, je ne suis pas suffisamment con pour l’ignorer. « Alors on reprend. Petit un, je suis chez moi, je fais ce que JE veux et je n'ai aucun compte à te rendre. Je ramène qui je veux ici et t'as pas ton mot à dire. J'te dois rien, Andreï, strictement rien. Donc que tu sois jaloux parce qu'un autre marche sur tes plates-bandes, c'est pas mon problème. Mon canap' ne t'est pas réservé. » Jaloux ? J’essuie ma main tâchée de sang sur mon pantalon en me redressant, dans une grimace. La plaie est peut-être résorbée, elle reste douloureuse. Je n’ai en rien mes capacités d’avant, contrairement à ce que j’ai tendance à croire le plus souvent. Moi, jaloux ? J’ai un rictus des plus éloquents. Jaloux de quoi ? « Petit deux, il s'appelle Steve et on bosse ensemble. Il ne me dérange aucunement, contrairement à toi alors t'es mignon, tu le laisses en vie. Maintenant bouge-toi l'cul et viens m'aider à l'allonger sur le canapé. » Je me décale dans un haussement d’épaule, pour m’appuyer au mur le plus proche, où son couteau est toujours planté. Je le retire d’un mouvement brusque tout en l’observant traîner le mec, le foutre sur le canapé. « Tu t’démerdes très bien toute seule, à ce que je vois. Et je suis blessé. » Ma voix dégouline de colère et de rancœur, de rancune aussi. Je la regarde faire, j’attends qu’elle termine, qu’elle se tourne vers moi. Qu’elle… soupire ?

« Est-ce que tu vas enfin me dire c'que tu fous là ? T'es tout seul et t'as besoin d'compagnie ? Ton pont n'est plus assez bien pour toi ? Ou ça te manque de me torturer et de me voir revenir dans tes bras à chaque fois ? Parce que si c'est la troisième solution, Andreï, tu peux passer ton chemin. Ça fait un mois, j'suis passée à autre chose. » Elle croise les bras, se tient à distance. A cause du couteau qu’elle a laissé planté dans mon putain d’organisme ou à cause d’autre chose ? Je n’ai pas envie de le savoir. Je n’ai vraiment pas envie de le savoir. Parce que je n’ai pas envie de revivre la douleur de la voir s’éloigner de moi avec peur. « Roh, va te faire foutre, Anya, sérieux. » Mon pont m’a saoulé ? C’est presque le premier endroit où j’ai envie d’aller pour être tranquille. Presque le premier endroit où j’ai envie de me réfugier, presque le premier endroit où je pense quand je veux être chez moi quelque part. Alors ouais, non. Envie de la torturer et de la voir revenir dans mes bras ? Mais quelle conne, vraiment. Et c’était quoi déjà sa première idée ? T’es tout seul et t’as besoin d’compagnie ? Quelle connerie, vraiment. « Sincèrement, Anya, t’as que ça en tête ? » Vraiment ? « Mais j’en ai rien à foutre, de toi, tu sais ? Enfin…  t’es pas qu’un objet que je vais utiliser et laisser tomber après, tu crois quoi ? Tu me confonds avec un autre connard. » Mettons les choses au clair, j’ai un bon paquet de défaut, mais pas celui-là. Pas avec elle. « Et qu’est-ce que ça peut bien te faire que je sois là pour une raison X ou Y ? Aux dernières nouvelles, tu voulais pas plus rien avoir à faire avec moi, non ? Donc ça t'intéresse pas. Sans compter que t’étais pas censée rentrer avant quelques heures, et j’avais prévu de me barrer avant ça. Alors on va faire comme si on ne s’était jamais croisé, je prends mes cliques avant de prendre ma claque et c’est réglé ? De toute manière, vu ton accueil, pas des masses envie de te répondre, étrangement. » Et ce sera pour le mieux. Puisque de toute manière, elle a peur de moi. Je crois que c’est ça qui me dérange le plus, dans l’affaire. Je crois que c’est ça qui me pousse à me barrer. Je crois que c’est ça qui me pousse à me pencher dans une nouvelle grimace pour ramasser mon sac, foutre dedans le couteau – j’estime qu’à partir du moment où il a été dans mon abdomen, je peux le considérer comme étant un cadeau – et voir pour ramasser le reste. Je me redresse une nouvelle fois en notant quelque chose.  « T’as pas répondu. » Et je considère aussi mon tee-shirt, collant d’un sang qui ne coagule pas vraiment, qui reste aussi dense que de la poix. « Putain, tu l’as vraiment foutu en l’air, merci... » Et c’est pas peu dire. Et voilà, je suis en colère. Comme si je ne l’étais pas déjà suffisamment en temps normal. D’un mouvement, je l’enlève pour lui balancer en pleine gueule. « Tu m’en trouves un autre, fissa. Tu paies c’que t’abimes. »

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Dim 8 Avr - 21:28

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Y a des choses qui ne changent pas. Y a cette foutue Terre sur le déclin qui tournent autour de ce putain de soleil en fin de vie. Y a l'univers qui s'étend, qui éclate, et puis il y a nous. Les humains, les moins humains, les privilégiés, les pauvres hères, les imbéciles, les idéalistes, les résignés... ceux qui se sont fait bouffer par la vie et puis y a Andreï. Le plus grand con de la création, le seigneur de tous les imbéciles, celui qui pourrait avoir inventé la connerie s'il le voulait. Et Andreï ne change pas, Andreï est fidèle à lui-même et Andreï arrive à blesser par sa simple présence qui pourtant, par le passé, était plus que réconfortante. Andreï ne change pas et pourtant, Andreï a changé. Il n'est plus l'ado bien humain que j'ai rencontré au milieu d'une guerre froide qui menaçait la planète entière, il n'est plus non plus le rat, l'exécutant fétiche de Georg qui a bien faillit renverser ou du moins ébranler le gouvernement américain... Andreï est autre chose. Une créature qui me terrorise parce que je n'arrive pas à savoir si c'est elle qui le contrôle ou si c'est lui qui lui dicte quoi faire. Qui tient les rênes dans l'histoire ? Je n'avais pas eu si peur depuis des années et jamais je n'aurais cru éprouver cela en présence d'Andreï. De la colère, de la haine, de l'amour, de la passion, de l'inquiétude... je suis passée par à peu près toutes les phases possibles et imaginables avec lui mais jamais auparavant je n'ai eu peur de lui.

Quand la lame de mon couteau pénètre la chair de son abdomen, un frisson d'angoisse me parcoure l'échine. Le sang, c'est censé être rouge et liquide, pas noir et visqueux. Qu'est-ce que c'est, cette chose qui s'écoule de la plaie ? On dirait un genre de goudron... j'ai mille questions qui se bousculent dans mon esprit mais pas la force de les poser. Alors je brandis mon arme la plus fidèle, à savoir la colère. Je prends toute ma rancœur, m'abrite derrière comme avec un bouclier et lui expose ma vision des choses. Pauvre con... il n'a rien à faire là et pourtant, il a l'air de considérer qu'il est autant chez lui que moi. Je le fusille du regard lorsqu'il refuse de venir m'aider et peste intérieurement. Dans un accès de colère, je lui ai fourni la seule arme que j'avais sous la main. Maintenant, je suis désarmée et lui est doublement plus dangereux. Sous mes doigts, la peau de Steve est glaciale, comme s'il... comme s'il était mort depuis plusieurs heures, me chuchote une petite voix alarmiste dans la tête. Sa peau est grisâtre et s'il n'y avait pas cette faible mais régulièrement respiration qui lui soulève la poitrine, je commencerais à paniquer. On m'a vue partir avec lui, il a prévenu sa copine qu'il bossait tard... si Andreï l'avait tué, ça n'aurait pas pris plus de deux jours aux autorités pour me trouver et m'arrêter mais ça, l'autre con n'y a visiblement pas pensé, hein ! Pensez-vous !

Une fois tout ça fait, je croise les bras et me tiens à une distance que je juge respectable. Je m'enferme dans la colère et la suffisance, me sens prête à tout encaisser... et le couperet tombe. Qu'il me dise d'aller me faire foutre, ça m'est bien égal. C'est probablement l'injonction que nous nous balançons mutuellement le plus à la figure depuis le jour où nous nous sommes rencontrés. Mais qu'il me dise qu'il n'en a rien à foutre de moi, en revanche... ça fait mal. Ça fait bien plus mal que je ne l'aurais cru. Sa franchise et son acidité me frappent en plein cœur et je ne peux que rester muette si je ne veux pas en plus flancher face à lui. Il est hors de question que je lui donne satisfaction, quand bien même je meurs d'envie de lui sauter à la gorge pour la lui arracher et ainsi le faire taire.

Ça fait mal, putain... j'avais retrouvé confiance en lui, j'avais accepté de suivre ce petit éclat d'espoir quand il m'avait affirmé qu'ensemble on pourrait vaincre l'emprise de Georg, je me suis perdue dans ses bras, ce soir-là... il a tout foutu en l'air. Dans un délire sadique qui me dépasse, il a une fois de plus pris le cœur que je lui tendais pour l'écorcher vif et disséminer les lambeaux restant aux quatre coins de la ville. Andreï ne m'a pas tuée ce soir-là. Il a fait pire. Alors je reste silencieuse, tente d'afficher un visage impassible mais je me mords la langue pour ne pas hurler. Si je vais pleurer ? Faut pas abuser, j'ai passer l'âge et je n'ai pas dû verser une larme depuis que le KGB m'a embarquée quand j'avais quoi... huit ans ? Alors non, je ne verserai pas une larme pour cet enfoiré.

Je le regarde ramasser ses affaires, lutte contre l'envie de me précipiter pour l'empêcher de partir ou au contraire pour le mettre dehors au plus vite et je reste là, figée au milieu d'une cuisine en désordre. C'est fou comme je peux me consumer d'amour pour lui quand il la boucle... alors que dès qu'il l'ouvre, j'ai envie de lui arracher la langue. Putain de con, d'abruti, d'enfoiré et de fils de chacal, tout ça à la fois. Et je pourrais être plus vulgaire encore mais on m'a appris à ne pas insulter les mamans. Ce n'est que lorsqu'il me jette son t-shirt à la figure que je sors de ma torpeur et l'attrape au vol machinalement. Je rêve où il se fout à poil comme ça, milieu de mon salon, comme si c'était normal ? Il le sait qu'à chaque fois ça fait glousser le cœur d'artichaut qui est en moi ou ça se passe comment ? C'est lui qui s'introduit chez moi, c'est lui qui m'insulte, lui qui envoie Steve dans les choux et c'est lui le plus gêné dans l'histoire ? Non mais il s'est cru où ? Et le pire, c'est que je soupire, balance son t-shirt déchiré dans la poubelle et m'éclipse à grandes enjambées vers ma chambre. Une fois face à l'armoire, mes yeux parcourent les fringues qui y sont empilées. Des jeans, des t-shirt, des chemisiers, même des robes pour les soirs où j'accepte de faire passer pour la pétasse du quartier... et puis y a cette grande boîte, planquée derrière les vestes. Dedans, ce sont les vestiges de mes années passées au service de Georg et du KGB : de mon premier uniforme à la robe que je portais le soir où Andreï et moi avons finis dans la Seine, cette vieille boîte contient tout ce qui me rattache au vieux continent. J'attrape la boîte, me retourne et sursaute en le voyant dans l'encadrement de la porte.

« T'es pas obligé d'me suivre, j'vais pas m'perdre... »

Je commence à farfouiller dans la boîte, jette la robe de Paris sur le lit, en sors une autre qui vient cette fois de Moscou, balance mon uniforme... ignore les vieilles photos qui ont maintenant plus de quarante ans et attrape ce que je cherche depuis cinq bonnes minutes : la derrière tenue qu'Andreï a laissé chez moi avant de m'annoncer qu'il allait se marier et être père. Les dernières fringues que je lui ai joyeusement arraché avant d'avoir envie de les lui faire bouffer le lendemain. Si c'est pas ironique que les choses se terminent ainsi... Je prends le t-shirt, le regarde un moment et me tourne vers Andreï. Ça ne sert à rien d'avoir peur, Anya, tu n'as pas à avoir peur d'Andreï, tu sais te battre, s'il essaye quoi que ce soit, tu lui mets un coup de genoux dans les valseuses et tu te barres. Zombie ou non, m'est avis que ses castagnettes feront le même bruit gémissant si j'y mets un coup dedans. Alors je prends mon courage à deux mains, m'approche de lui et lève les yeux avec le visage le plus résigné et las qui soit.

« Tiens... t'as qu'à prendre celui-là, j'l'ai lavé depuis le temps. Maintenant dégage, j'veux plus t'voir. »

Je mens. Je me mens et même moi si je n'y crois pas. Je n'ai pas envie qu'il parte, pas envie d'être seule, pas envie qu'il disparaisse à nouveau pendant un mois. La dernière fois, ce n'est que grâce au coyote que j'ai pu survivre à la solitude, cette fois je doute que ça fonctionne. Je m'approche à nouveau du lit et entreprends de plier soigneusement la robe rouge que je portais à Moscou, lors d'une énième mission suicide.

« T'es quand même gonflé... c'est toi qui m'as dit que je devais partir, toi qui m'as dit que c'était sans valeur, ce qu'on a vécu l'autre jour. C'est toi qui m'as poussée à partir et maintenant tu me reproches de ne plus vouloir rien avoir à faire avec toi ? Explique-moi, Andreï, parce que là j'suis larguée. Je pensais que c'était toi qui t'étais foutu d'ma gueule alors je suis partie. Parce que j'en ai marre de me prendre des claques et de tendre l'autre joue avec de l'espoir plein la poitrine. »

Je finis par m'asseoir sur le lit, le regard dans le vague.

« Tu peux pas me dire que t'en a rien à foutre de moi et l'instant d'après me dire que tu ne m'utilises pas comme un objet. Tu peux pas non plus me dire de m'en aller pour te pointer l'instant d'après dans mon appart. »

Je me tourne vers lui, les yeux brillant de colère et d'une douleur que je contiens tant bien que mal.

« Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? Si t'en à rien à foutre, pourquoi t'es là et pas ailleurs ? Pourquoi tu t'es montré si agressif envers Steve alors qu'il t'a rien fait ? J'te d'mande pas de justifier chacune de tes actions, Andreï. »

Je finis par me lever, repose la robe soigneusement pliée dans la boîte et reviens vers face à Andreï en envoyant chier la terreur qui me noue les entrailles.

« J'te demande juste d'être honnête avec moi. »

Autant avec Georg, les choses ont toujours été claires : c'est mon pire cauchemar et mon plus grand ennemi. Mais Andreï... maintenant, je ne sais plus si je dois le considérer comme ma rédemption ou le démon qui m'enverra brûler en enfer.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Dim 8 Avr - 22:55

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Elle m’a planté un putain de couteau dans l’abdomen. Elle l’a fait avec soin, avec contrôle, avec la maîtrise de l’expérience et le talent de l’assassin. Elle m’a planté son putain de couteau dans le bide, et si je n’avais pas été la créature que je suis, je serais actuellement en train de me vider de mes tripes et de mon sang sur le sol de son appartement. Elle comme moi, on le sait. Elle comme moi, on en est parfaitement conscient, qu’on peut se permettre ce genre de conneries parce qu’on est pratiquement invulnérable. Mais est-ce qu’elle se doutait que je pouvais aussi bien encaisser les coups ? Hein ? Qu’est-ce qu’elle sait, au juste, de mes capacités, de cette régénération qui n’est qu’une pâle copie de celle que j’avais avant ? Qu’est-ce qu’elle en savait que j’allais pas y rester ? Elle m’a planté son putain de couteau dans l’abdomen, sans hésiter. Et ce n’est même pas que je ne suis pas en colère – parce que je le suis – c’est que je me sens presque trahi. Presque surpris. Elle me hait, ou alors elle n’a plus rien à perdre, ou alors elle a tellement peur de ce que je suis devenu qu’elle préfère me voir mort qu’en vie à côté d’elle ? C’est ça, le pire. Ce n’est pas la colère, ce n’est pas la douleur, ce n’est pas la surprise, c’est la peur dans son putain de regard, dans ses demandes à ce que je me tienne loin d’elle, que je ne m’approche pas. Ouais, je suis armé même quand je n’ai que des aiguilles à tricoter à portée de main. Ouais, je sais que je suis putain de dangereux au corps à corps, avec n’importe quelle arme à feu ou arme blanche dans les mains, comme maintenant avec son couteau que j’ai retiré d’un mouvement brusque, ouais, je sais que je ne suis pas le mec le plus inoffensif au monde, et le presque-cadavre qu’elle traîne sans mon aide sur le canapé en est la preuve. Mais jamais, vraiment jamais Anya n’avait eu peur de moi avant. Et même si une part de moi est satisfaite qu’elle le comprenne enfin, je me rends compte que l’Andreï qui a découvert en elle une meilleure amie il y a quoi… soixante ans de ça ?, que cet Andreï, ça lui fait mal. Bien plus mal que ce couteau. Bien plus mal que tout le reste. Pour la seule raison que je peux supporter sa haine, son dégoût, que je peux supporter son regard furieux, que je peux encaisser même les inepties qu’elle m’a balancé comme quoi elle était amoureuse de moi, mais sa peur… je me rends compte que sa peur, non, je ne peux pas l’encaisser, je ne peux pas la gérer. Parce que ça me confirme ce que je sais depuis un bail, que je n’ai plus à avoir la moindre personne autour de moi. Si même Anya, la personne la plus forte et la plus résistante que je connaisse a peur de moi, faut plus que je laisse quiconque m’approcher. Faudrait même pas que je laisse Mikkel tourner autour de moi, faudrait même pas que je tente de recoller les morceaux avec Roman, parce que tout ce en quoi je suis bon, c’est tuer. C’est tout ce que je sais faire. Tuer, torturer, mutiler. Les seuls dons d’Andreï l’assassin, d’Andreï le monstre. D’Andreï, celui qui fait même peur à sa meurtrière de meilleure amie.

La peur d’Anya, celle que le fantôme-du-rat sent, celle que je lis dans ses yeux, je ne l’encaisse vraiment pas. Elle m’écoeure, elle me révulse, c’est elle qui me pousse dans un premier temps à ramasser mes fringues, puis dans un second temps à décider que ouais, mais non, je ne vais pas me laisser faire. Elle a peur de moi, il faut que j’arrive à gérer ça. A ne pas m’en soucier. Je suis plutôt doué en règle générale pour ne pas me soucier de ce qui ne m’importe que peu. Roman, no big deal, rien à foutre. Mikkel qui devient le dommage collatéral de mes conneries ? Rien à foutre non plus. Seraphina portée disparue alors que je commençais tout juste à me sentir moins seul avec elle dans mes bras, à me sentir revivre sous ses caresses et à désirer ses courbes, ses lèvres et ses regards plus que tout le reste ? Osef, je peux oublier. Je suis plutôt doué pour considérer mon existence et celle des autres avec une désinvolture sans pareille. Alors pourquoi, là, est-ce que je suis incapable de vraiment me barrer ? Pourquoi est-ce qu’il faut que je reste dans le coin, pourquoi est-ce que je prends même la peine de répondre à ses conneries, pourquoi est-ce que je prends vraiment la peine de lui faire remarquer qu’elle a pas répondu à ma question, si elle allait bien, tout ça ? Pourquoi, même, est-ce que je continue à m’en soucier ? La dernière fois, elle est partie au quart de tour, elle est partie tout court, alors que je n’arrivais pas à gérer le fait que j’avais commencé à la tuer, maintenant, elle me fait une scène parce que ce contre quoi je la mettais en garde, bah… on voit le Steve qui fait dodo, c’est pas beau à voir. Pas qu’il ait été beau de base, mais… Pourquoi, pourquoi putain, pourquoi est-ce que je reste ? Je n’arrive pas à gérer sa peur, je ne gère rien du tout. Je gagne du temps, par ce tee-shirt que je lui balance à la gueule. Je ne fais que gagner du temps. Et quand elle me laisse en plan, je gère encore moins. « Qu’est-ce tu fous ? Tu vas où ? » Honnêtement, je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’elle s’exécute aussi facilement. Alors ouais, forcément, je la suis. Qu’est-ce qu’elle fout ? Elle va dans sa chambre. Et je la suis. Elle se pose face à l’armoire. Et je reste dans l’encadrement de la porte, le regard interrogateur, la main posée sur mon flanc blessé, crade d’un sang qui ne coule pas vraiment, d’une plaie résorbée mais fragile, alors que mes organes continuent de se réparer. Lentement. « T'es pas obligé d'me suivre, j'vais pas m'perdre... » J’hausse les épaules. Et je reste à distance alors que je crève d’envie de voir ce qu’elle est en train de chercher, de sortir. Elle a vraiment des fringues pour moi ou elle cherche son flingue de secours pour finir de me trouer ? Une robe échoue sur le lit, je ne peux pas m’empêcher de commenter : « Ouais, nan, c’est pas mon genre. Elle risquerait de me boudiner. » sans que ça invite à la moindre réponse. Je n’aime juste pas le silence, je n’aime juste pas cette situation. Franchement, ce n’était vraiment pas ce que j’avais en tête en me pointant chez elle. Je l’ai dit : j’avais même pas en tête de la croiser, je cherchais juste un endroit où être en sécurité, et… elle se tourne vers moi. Avec un tee-shirt entre les mains. C’est déjà ça. Je tends la main. Une main hésitante quand je retrouve dans son regard cette méfiance et cette peur viscérale qui ne semble pas vouloir la quitter. J’ai envie de l’assurer que je ne vais pas lui faire de mal, mais je suis incapable d’articuler un mot, là. Et je lui arrache presque le vêtement des mains pour faire un pas en arrière. Et commencer à l’enfiler. « Tiens... t'as qu'à prendre celui-là, j'l'ai lavé depuis le temps. Maintenant dégage, j'veux plus t'voir. » « Mouais, compte sur moi. » Son regard me hante. Autant pour la sécurité : j’ai ruiné la sienne. Et elle a saccagé l’apaisement que j’avais tout à l’heure, la sérénité étrange que j’avais.

J’essaye d’enfiler le tee-shirt. Je galère, plus précisément, à l’enfiler. Vraiment. Aussi étrange que ça puisse paraître, je peux tuer et étrangler un mec sans sourciller, mais parfois, les gestes les plus simples deviennent des trucs techniques pour mes deux mains droites. Et là, je mets bien deux minutes à enfiler le machin. N’entendant que des bribes de ce qu’elle me raconte. Des bribes largement suffisantes pour… et bien… pour ne rien comprendre. Et tout comprendre. Et… Mais pourquoi est-elle aussi compliqué, celle-là, sérieusement ? Je ne ressemble à rien, mes cheveux ne ressemblent à rien quand je viens finalement à bout de morceau de tissu. « T'es quand même gonflé... c'est toi qui m'as dit que je devais partir, toi qui m'as dit que c'était sans valeur, ce qu'on a vécu l'autre jour. C'est toi qui m'as poussée à partir et maintenant tu me reproches de ne plus vouloir rien avoir à faire avec toi ? Explique-moi, Andreï, parce que là j'suis larguée. Je pensais que c'était toi qui t'étais foutu d'ma gueule alors je suis partie. Parce que j'en ai marre de me prendre des claques et de tendre l'autre joue avec de l'espoir plein la poitrine. » Elle s’assoit, je m’adosse contre le mur. Les bras croisés. Sans valeur, vraiment, c’est ce que j’ai dit ? Je ne m’en souviens pas. Je me souviens que c’était bien, que c’était encore mieux que ce que je pouvais me souvenir. Je me souviens que je me suis senti plus vivant que jamais. Je me souviens de ses lèvres, tiens. Je me souviens aussi de sa peau qui commençait à se friper, de ses souvenirs que je commençais à lui voler, de sa vie que je commençais à lui arracher. Mais je ne me souviens pas de m’être foutu de sa gueule. Je ne me rappelle pas de m’être un jour foutu de sa gueule. « Tu peux pas me dire que t'en a rien à foutre de moi et l'instant d'après me dire que tu ne m'utilises pas comme un objet. Tu peux pas non plus me dire de m'en aller pour te pointer l'instant d'après dans mon appart. » Et ? « Où est-ce que tu veux en venir ? » Etrangement, il n’y a pas d’agressivité dans ma voix. Juste une réelle interrogation, comme si je l’écoutais vraiment pour la première fois depuis qu’elle est rentrée dans son appart. Où est-ce qu’elle veut en venir, parce que là, ce que moi je vois, c’est que sa version de l’histoire est différente de la mienne. Très différente. « Qu'est-ce que tu veux, à la fin ? Si t'en à rien à foutre, pourquoi t'es là et pas ailleurs ? Pourquoi tu t'es montré si agressif envers Steve alors qu'il t'a rien fait ? J'te d'mande pas de justifier chacune de tes actions, Andreï. » Ah ouais ? J’hausse un sourcil sceptique, parce qu’honnêtement, c’est exactement ce que j’ai l’impression qu’elle est en train de faire. C’est quoi ses pourquoi, hein ? C’est quoi ces putain de pourquoi auxquels je n’ai aucune putain de réponse ? Elle s’approche de moi, j’ai à nouveau un mouvement de recul, un mouvement coupé court par le mur contre lequel je suis appuyé. « J'te demande juste d'être honnête avec moi. » J’hausse à nouveau un sourcil. « Ah ouais ? Bah c’est con, on sait l’un comme l’autre que j’suis pas un mec honnête. » Elle cherche la merde ? Et bien elle va l’avoir. Je me décolle du mur, me glisse dans son salon. Pour reprendre de la distance, du champ. Pour laisser aussi de côté la caisse qu’elle a sortie, celle que j’ai précisément bien envie de fouiller actuellement. Et respirer. Prendre un peu d’espace pour respirer.

« J’ai pas dit que ça n’avait pas de valeur, Anya. » Je me tourne vers elle, mes mains s’agitent comme si elles avaient soudainement la capacité de mieux communiquer ce que je suis incapable de formuler. « Pourquoi est-ce que je m’en suis pris à ce mec ? J’en sais rien. Pourquoi est-ce que je suis là et pas ailleurs ? J’en sais rien. Qu’est-ce que je veux à la fin ? J’EN SAIS FOUTREMENT RIEN ANASTASIA ! » J’ai crié, ma voix m’a échappé. Je me prends la tête entre les mains. « Je t’ai pas demandé de partir parce que… je… TU N’ES PAS UN PUTAIN D’OBJET A MES YEUX ! » A nouveau, je perds le contrôle. Parce qu’il faut que ça lui rentre dans le crâne. « Je t’ai demandé de te casser, j’ai voulu me casser parce que J’AI EU PEUR ! J’ai eu PUTAIN DE PEUR Anastasia ! » Je ne sais pas pourquoi je n’utilise pas son surnom, pourquoi est-ce que je prends la peine de prononcer avec soin toutes les syllabes. Elle veut avoir des réponses à ses pourquoi ? Et bien moi aussi. « Tu vois ce que ça donne ? Tu vois ce que je lui ai fait, à ce pauv’type ? Tu es ma meilleure amie, tu l’as toujours été ! Tu… tu es actuellement… Putain, tu es la seule qui… » Visiblement, je n’arrive pas à m’exprimer. Je ne suis pas doué avec les mots. « J’ai eu peur de perdre le contrôle, tu peux pas piger ça ? J’me suis pas foutu de ta gueule, j’ai voulu t’protéger ! Je… » Je m’agite. « Tu venais de passer sous la colère de Georg, ton corps était encore à moitié en miettes, et j’étais en train de tuer ! J’avais encore qu’on recommence, j’avais envie de toi, j’avais besoin de toi, mais j’étais incapable de… J’AURAIS PU TE TUER, BORDEL ! » Elle croit vraiment que je me suis foutu de sa gueule ? Et bien qu’elle comprenne que c’est tout le contraire. Je secoue la tête, en me rendant compte que ma voix s’est cassée en chemin. Brisée sur le mur de mon incompréhension, de ma panique, de ma colère, de tout le reste. « Je veux pas te perdre. » Je déglutis. « Je préfère que tu te tiennes loin de moi plutôt que de te perdre et que tu ne sois plus dans ma vie. »

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It's been a while, you've been walking alone, It's been a while since your heart had a home, You remember the way you came tumbling down Down to your knees like never before You're at the bottom in a bottomless town And as you lie on the floor©️ by anaëlle.
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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 16 Avr - 21:38

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Je crois bien que la sérénité est une émotion que je n'éprouverai jamais en présence d'Andreï. C'est certain, établit, définitif, ce type m'évoque à peu près tout et n'importe quoi, sauf la sérénité. Mais il y a encore un mois, la peur faisait partie des sentiments que je n'aurais jamais cru pouvoir lui accoler. Parce qu'il y a un mois, Andreï était encore la personne que j'aurais pu suivre aveuglément sans jamais que mon instant ne me fasse douter en me murmurant qu'à tout moment, il pourrait me tuer. Je sais très bien que pour pas mal de monde, Andreï est un cauchemar, une ombre que l'on craint, une mort qui ne prend pas la peine de s'endimancher pour prendre une vie, un assassin froid, méthodique et sans remords. J'en ai parfaitement conscience tout comme j'ai toujours eu confiance en lui pour ne jamais en venir à cette extrémité avec moi. Aujourd'hui, je doute. Je déteste ça mais je doute, j'ai peur, je me méfie de ses mains, crains son souffle, redoute son étreinte alors que ce sont trois choses que j'ai longtemps recherchées et jalousées. J'ai l'impression de ne plus être que l'ombre de moi-même tandis qu'il pose sur moi un regard insistant et teinté d'incompréhension. J'ai envie de croire, putain que j'ai envie de me persuader qu'il est toujours le même, qu'il ne pourra jamais me faire le moindre mal physiquement parlant, j'ai envie de croire que s'il m'a plusieurs fois brisé le cœur, il a toujours protégé le reste de ma carcasse. J'ai envie, vraiment, et qu'on ne m'accuse pas de mauvaise volonté sur ce point-là, mais… mais je n'y arrive pas. Je suis tout simplement incapable de franchir les quelques pas qui nous séparent, de lui mettre une claque ou de lui empaler le nez sur le bar, je ne suis pas capable d'aller au contact directement. Tout ce que j'arrive à faire, et à en juger par le cirque qu'il me fait ça doit faire mal, c'est lui planter un couteau de cuisine dans le bide.

Couteau que je regrette immédiatement de ne pas avoir gardé en main puisqu'il lui fournit une excuse toute trouvée pour continuer à emmerder. C'est avec un soupir que je m'éclipse jusque dans ma chambre, avec un soupir que je l'entends ronchonner, avec un soupir que je pose la boîte sur le lit et oh quelle originalité ! Avec un nouveau soupir que je lui tends le t-shirt. En temps normal, j'aurais réagi à sa petite vanne, lui aurais sûrement dit qu'en robe ça aurait magnifiquement moulé son petit cul d'athlète ou quelque chose dans ce goût-là mais je n'en ai ni l'envie ni la force. Je n'ai pas envie de rire, je veux juste que cette putain de peur viscérale qui me prend aux tripes s'en aille. Je veux juste cesser d'entendre la sirène d'alarme qui me vrille les tympans dès que je pose les yeux sur Andreï. Ce n'est pas normal, ce n'est pas juste et ce n'est pas ce que je veux.

Alors je m'assoies sur mon lit, cherche mes mots, hésite entre lui dire de se dépêcher d'enfiler ce putain de t-shirt pour foutre le camp et l'envie de le supplier de rester et puis finalement, tout sort. Les incompréhensions, les questions, mes traditionnelles mauvaises interprétations, tout y passe. Et quand on y pense, ce n'est pas de la colère ou du reproche qui suinte de ma voix mais bien une intense et douloureuse résignation. Lorsque j'achève mon petit discours, il réplique au quart de tour, s'attirant un regard glacial de ma part. C'est vrai, Andreï n'a jamais été un type honnête. Mais y a des vérités qu'il me doit bien. Je me lève, le suis jusqu'au salon et reste à bonne distance, comme s'il y avait un mur invisible entre nous. Et forcément, quand il m'annonce d'entrée de jeu qu'il n'a jamais dit que ce qu'il s'était passé entre nous n'a pas de valeur, mon cœur rate un battement. J'ai été injuste, pour le coup. Après tout, c'est vrai : il n'a jamais dit que ça n'avait pas de valeur… c'est moi qui ai interprété son rejet comme tel. J'ai tellement peur de le voir me filer entre les doigts que j'ai préféré fuir, c'est… c'est complètement con. Mais bon sang, pourquoi est-ce qu'il est aussi con ? Pourquoi est-ce qu'il ne peut pas être simple à comprendre ? Aussi, quand il se met à hurler, je sursaute, serre les poings pour ne pas reculer une fois de plus et soutiens son regard en clignant des yeux.

Anastasia. Il vient de m'appeler Anastasia. Quand on s'est rencontrés, on s'appelait au mieux par nos noms de famille, au pire à grands renforts de "minus", "connasse" et autres noms sympathiques. Et puis Andreï s'est mis à m'appeler comme tous mes amis, à savoir Anya. Après y a eu Nya, le surnom qu'il est le seul à employer et que je déteste entendre dans la bouche de qui que ce soit d'autre. Nya c'est pour Andreï, point barre. Mais jamais, JAMAIS il ne m'a appelée Anastasia. Ça sonne presque faux de l'entendre prononcé avec cette voix déchirée par la colère et l'impuissance et je n'arrive pas à savoir ce que j'en pense… je n'arrive pas à déterminer si ça met de la distance entre nous ou si ça marque une nouvelle forme de respect à laquelle je ne me serais jamais attendue de la part d'Andreï. Je continue à buguer sur ce simple prénom prononcé avec un détachement radical des syllabes mais il revient tout de suite à la charge en hurlant un mot sur deux. Il a eu peur… Anastasia prononcé pour la seconde fois… ça ne va pas, ce n'est pas logique. Andreï n'a pas peur, Andreï ne peut pas avoir peur parce que… pourquoi aurait-il peur pour moi, hin ? Andreï est égoïste, Andreï ne pense qu'à lui, ça a toujours été logique dans mon esprit parce que ça se justifie : c'est un gosse qui s'est battu pour arracher de pitoyables miettes à ses ennemis, c'est normal qu'il cherche à les préserver jalousement et ça commence par ne se préoccuper que de lui. Mais dans ce cas, pourquoi est-ce qu'il a eu peur pour moi, peut pour lui, peur pour nous ? Tout ça ne rime à rien parce qu'il est impensable à mes yeux que ça soit le témoignage de sentiments qu'il refuse d'admettre. Ça se bien trop beau, tiens !

Je reste silencieuse et immobile, incapable de l'interrompre, incapable de fuir le flot discontinu d'explications qu'il tente de me donner, incapable de ne pas graver en ma mémoire chaque syllabe qu'il prononce. C'est plus fort que moi, quand j'entends "tu es la seule qui…", j'ai envie de croire que c'est positif et mon petit cœur tout mou de coyote malmené par la vie s'emballe encore une fois. Mais je me tais, je l'écoute, savoure chaque parole, souffre en silence avec lui, comprends certaines choses et refuse en bloc ce qu'elles impliquent… mais c'est bien la première fois qu'Andreï cherche à me protéger en-dehors d'une de nos missions et à forte raison de lui-même. Je ne sais pas ce que je dois comprendre et je crois que j'ai peur de comprendre. Parce que s'il revient en arrière… non. Je ne veux pas penser à tout ça. Tout ce que je sais, c'est que lorsque sa voix se brise sur ses derniers mots, il n'y a bien que la peur et la stupéfaction qui m'empêchent de franchir les derniers mètres qui nous séparent pour l'embrasser et lui dire d'arrêter de dire des conneries. Parce que putain… je l'aime, ce con. Je l'aime depuis trop d'années, je l'aime d'une façon bancale, tantôt maladroite, tantôt à la limite du malsain mais je l'aime. Y a pas de mot pour décrire ça, même quand il me hurle sa peur au visage, je n'arrive pas à lui en vouloir, même quand il jure je n'arrive pas à le haïr. Je me rends simplement compte qu'un mois loin de lui m'ont fait plus de mal que les quarante dernières années. Pendant ce mois, j'ai ruminé ce que j'ai pu lui avouer, je me suis montée la tête, me suis persuadée qu'il s'était servi de moi, tout ça pour comprendre qu'en réalité, il a eu peur de me faire du mal, peur de me perdre… et si c'est douloureux à constater, ça signifie qu'il tient suffisamment à moi pour s'en soucier. Ça peut paraître con mais venant de gens comme lui et moi, c'est déjà beaucoup.

C'est au prix d'un effort surhumain et douloureux que je parviens finalement à bouger, à m'approcher en faisant tout mon possible pour faire taire le battement effréné de mon cœur qui me hurle de fuir. Je m'approche, le laisse reculer jusqu'à ce que son dos touche le mur et continue d'approcher. Pourtant, je m'arrête à un mètre de lui, à une distance respectable mais plus intime néanmoins. La distance suffisante pour lui tendre la main comme je l'aurais fait avec un quasi inconnu.

« Tu vois où on en est ? T'as peur de ce que tu pourrais me faire, j'ai peur de ce que tu pourrais me faire… mais j'ai pas peur de toi, Andreï. C'est pas de tes mots, de tes beaux yeux ou de ton joli p'tit cul que j'ai peur, c'est pas de caresses ni de tes aboiements de clébard… j'ai peur de ce que je ne comprends pas. Et cette… créature que tu es devenu, je ne la comprends pas. Pour le moment. Je ne sais pas anticiper les effets de ce que tu peux faire et je peux pas te dire que ce que tu as fait à Steve ne m'a pas fait peur. Mais je… j'ai envie de te faire confiance. Et j'ai envie que tu te fasses confiance. »

Je ne sais même plus trop où je vais ni ce que je cherche à lui dire, je sais juste que je n'ai pas envie de lui tourner le dos alors que le coyote en meurt d'envie. J'ai appris à ne plus faire qu'un avec l'animal mais au contact d'Andreï, je me détache de mon alter ego parce que je n'en ai pas besoin… je n'ai besoin de rien ni personne tant qu'il est là.

« J'ai envie de croire que c'était qu'un accident et qu'on peut… je sais pas, construire quelque chose sans que ça vienne nous pourrir. Parce que si tu continues à me repousser, même si c'est par peur de me faire du mal, tu vas me voir m'éloigner, prendre de la distance… et j'ai l'impression que ça nous fera du mal à tous les deux. »

Je lui tends un peu plus fermement la main, esquisse pour la première fois de la sourire un sourire et hausse les épaules.

« Prend-la. Si t'as confiance en toi, si t'as confiance en moi, il se passera rien. Ça sera juste deux potes qui se serrent la main. Deux potes ou c'que tu veux, en fait. J'vais pas te forcer à la prendre mais si tu as envie et besoin de moi, t'as pas idée d'à quel point tu m'es vital, Andreï. J'me suis jamais sentie aussi bien qu'en ta présence et j'ai l'impression d'avoir un trou dans la poitrine dès que j'ai le sentiment que tu t'éloignes. Alors prends ma main et prouve-toi que c'est pas la créature qui te domine. Montre-moi qui c'est, le patron dans l'histoire. Je sais que tu vaux mieux que ça et que t'es pas un trouillard qui va se planquer en accusant la fatalité. »

Il n'a pas idée d'à quel point je me liquéfie de terreur à cet instant. J'appréhende autant le contact de sa peau que je le désire, parce que j'ai peur mais j'ai aussi envie de savoir si c'est possible. J'ai besoin de savoir si tout est perdu ou s'il y a encore quelque chose à sauver.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 23 Avr - 21:30

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Maintenant dégage, je veux plus te voir. Combien de fois, dans toute notre vie, Anya m’a-t-elle dit ça ? Un nombre incalculable de fois. Je l’ai déjà entendue me le dire avec un sourire, en riant, en pleurant, en hurlant, en chuchotant, en me menaçant de castration… Elle me l’a dit un nombre incalculable de fois. Mais jamais sur ce ton-là, jamais en ailleurs peur de moi, jamais avec autant de gravité dans le regard. Un regard qui me hante, même lorsque je m’en détache pour mettre ses foutues fringues, mes foutues fringues, je les reconnais avec un temps de retard, avec hésitation, avec la familiarité d’une odeur accrochée au temps, devinée, imaginée pour la retrouver. Maintenant dégage, je veux plus te voir. Qu’elle compte sur moi pour dégager, je préfère fuir que m’imposer à nouveau la douleur de sa peur. La colère de sa peur. L’écoeurement que sa peur éveille en moi, celle d’un dégoût croissant. Ouais, qu’elle compte sur moi pour dégager, pour fuir tout ça, pour la fuir elle, mettre de la distance entre elle et moi et tourner la page de son regard, de sa présence, de son souffle sur ma peau, de notre complicité trop de fois brisées, tourner la page de tout ça. Ouais, qu’elle compte sur moi, c’est ce que je lui dis, c’est ce que je me dis, c’est ce que je me répète sans même parvenir à me casser vraiment. Je reste là, comme un con, à me débattre avec le tee-shirt, à me trouver des excuses pour rester encore un peu. Tiens, mais quel con. Elle s’assoit sur le lit, commence à parler, moi je me tais, parce que je suis occupé à me demander ce qu’on est en train de faire. Elle me reproche quoi, au juste ? De l’avoir éloignée ? D’avoir quasi buté son petit copain, là, parce qu’il m’insupportait ? D’être un monstre qu’on ne comprend pas, encore plus que celui que j’étais avant, quand on était habitué à oeuvrer de concert derrière nos dix-neuf et vingt ans dans des missions aussi suicidaires que risquées ? Elle s’en souvient, de cette époque ? Parce que moi oui, je m’en souviens même plus que ce qu’elle raconte. J’ai encore la saveur de son odeur, la douceur de sa peau, j’ai encore nos retrouvailles en mémoire, ça oui. Mais tout le reste de ce qu’elle me raconte ? Où est-ce qu’elle veut en venir, ouais, parce que je suis paumé. Qu’est-ce que je veux, pourquoi est-ce que je fais ça ? Contrairement à ce qu’elle affirme, elle est carrément en train de me demander de justifier tous mes faits et gestes. Ce n’est même plus une question d’honnêteté, parce que de toute manière, je n’ai jamais été un mec particulièrement honnête et elle le sait très bien, c’est une question d’inquisition.

Je me défile, je rejoins le salon parce que j’ai besoin d’espace, besoin de respirer. Besoin de mettre de la distance entre elle et moi, tiens. Un mur se dresse entre nous, même lorsqu’elle me rejoint, un mur invisible mais presque palpable, le mur de la méfiance. Elle se méfie de moi, moi, je me méfie de ce que je me sais capable de lui faire. Sans parler de sa tendance actuelle à planter des couteaux n’importe où, ce qui n’est pas négligeable. Je me défile, je rejoins le salon, mais je ne pars pas pour autant. Elle m’a posé des questions, et même si je n’ai aucune foutue réponse, pas le moindre début de réponse, je refuse de la laisser dire des conneries comme celles qu’elle vient de me baver. Parce que je ne lui ai jamais dit que ça n’avait pas de valeur pour moi, parce que je l’ai poussée à se casser juste pour éviter de recommencer. Parce que… Je…

Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Elle veut que je justifie chacun de mes mots, chacun de mes gestes ? Et bien merde, non, je ne peux tout simplement pas faire ça ! Bon sang, je ne me comprends pas moi-même ! Je dérape, je hurle. J’en sais rien, j’en sais foutre rien, je n’ai aucune réponse à ses questions. Je hurle, je dérape. Je crie, ça m’échappe. Tout comme la situation, tout comme mes mots, tout comme son prénom. Complet. Cinq syllabes articulées, délaissant l’Anya habituel, le Nya plus privé. Anastasia, je ne sais pas ce que son prénom complet implique, je sais juste qu’il a la longueur suffisante pour se faire insistance. Non, je ne la vois pas comme un vulgaire objet, va falloir qu’elle se rentre ça dans le crâne, et non, je n’en sais rien de ce que je veux, je n’en sais rien de ce qu’il se passe dans mon crâne, je ne sais même pas ce que je suis, bon sang, comment voudrait-elle que je réagisse autrement ? Elle a peur de moi, elle a peur de ce que j’ai fait à l’autre con, et elle ne comprend toujours pas pourquoi je l’ai repoussée ? Et bien… et bien j’y peux rien si elle est conne. J’ai eu peur, et je le hurle, parce que je ne contrôle plus rien. Je ne contrôle même pas ce que je dis. J’ai eu peur pour elle, j’ai à nouveau peur pour elle, pour ce que je me sais capable de lui faire, volontairement ou involontairement. Elle m’a planté un couteau dans le bide, mais je peux m’en remettre, sans souci. Mais si je la bouffe totalement, elle ne s’en remettra ça, et toute méta qu’elle est, rien ne pourra la faire revivre si je la tue. Si je l’affaiblis suffisamment pour que Georg la tue, ou que quelqu’un la tue, alors qu’elle est la seule… je ne peux pas achever cette phrase. Je suis même fatigué de hurler, fatigué de ça, humilié aussi. J’suis pas doué pour m’exprimer, faut pas chercher. Ma voix se brise une dernière fois, dans un aveu que je n’assume pas vraiment. Je veux pas la perdre. Elle et Georg me raccrochent à ma vraie vie, et elle est la seule soit parvenue, pour le moment, à combler le vide et la solitude de mon errance. Mikkel est là pour me donner un but, une bonne raison, de la confiance et cette famille qui me donne le vertige par ce qu’elle implique. Mais Anya, Nya donne un sens à tout ce bordel. Ma voix se brise, je considère la fenêtre et la porte, pour me casser sans plus tarder, parce que c’est ce qu’elle voulait à la base, non ? C’était pas ce qu’elle voulait, que je me casse, que je dégage de sa vie, et qu’on se laisse tranquille, et que… elle avance, je recule. Instantanément, sans réfléchir. « Si tu veux que je n’approche pas, faut pas que toi tu... » Elle avance, je recule, elle avance, je recule, elle avance, je ne recule plus. Mur dans le dos. « Arrête » c’est un ordre. Un mètre, c’est suffisant, un mètre c’est trop peu. « Tu vois où on en est ? T'as peur de ce que tu pourrais me faire, j'ai peur de ce que tu pourrais me faire… mais j'ai pas peur de toi, Andreï. C'est pas de tes mots, de tes beaux yeux ou de ton joli p'tit cul que j'ai peur, c'est pas de tes caresses ni de tes aboiements de clébard… j'ai peur de ce que je ne comprends pas. Et cette… créature que tu es devenu, je ne la comprends pas. Pour le moment. Je ne sais pas anticiper les effets de ce que tu peux faire et je peux pas te dire que ce que tu as fait à Steve ne m'a pas fait peur. Mais je… j'ai envie de te faire confiance. Et j'ai envie que tu te fasses confiance. » Je la fusille du regard, me tasse contre le mur. « En général y’a un monde entre la réalité et ce qu’on veut. A quoi tu joues ? » Qu’elle ne me cherche pas, je suis pas un mec honnête et encore moins un mec bien, faut pas qu’elle me pousse à bout si elle ne veut pas que je l’éloigne de force, avec un coup de pied dans le plexus ou une connerie dans le genre. Je l’ai toujours surclassée au corps à corps, et je sais que même sans l’aide du rat, je peux toujours la battre. Il me suffit de la vider de son énergie. De la siphonner au moindre contact. A quoi elle joue, avec sa main tendue, avec la proximité qu’elle nous force à avoir ? C’est elle qui devrait se justifier, parce que c’est une girouette, juste, une girouette. Ou alors, il y a quelque chose qui m’échappe. « J'ai envie de croire que c'était qu'un accident et qu'on peut… je sais pas, construire quelque chose sans que ça vienne nous pourrir. Parce que si tu continues à me repousser, même si c'est par peur de me faire du mal, tu vas me voir m'éloigner, prendre de la distance… et j'ai l'impression que ça nous fera du mal à tous les deux. » Je continue à la fusiller du regard. Surtout quand elle sourit. « A quoi tu joues... » Je n’aime pas ça, je n’aime pas son attitude, je n’aime pas ce qu’elle tente de faire. Elle veut penser que c’était accident, que qu’est-ce qui était un accident ? Moi qui la repousse, moi qui ne m’aperçois qu’avec un temps de retard, que c’est sa peau qui se parchemine ? Elle croit quoi, que j’exerce le moindre contrôle là-dessus, que la faim qui me taraude ne va pas me pousser à profiter du plus petit contact physique ? Elle n’a rien compris finalement. Parce que le monstre et moi, on n’est pas deux êtres distincts. Pas plus que le rat l’était de l’assassin. Je suis un monstre, je l’ai toujours été mais là… je le suis davantage encore. Et elle s’amuse à le chatouiller, avec son sourire et sa main tendue.

Je la fusille du regard, je la foudroie du regard, j’ai pas envie de sourire. « Prend-la. Si t'as confiance en toi, si t'as confiance en moi, il se passera rien. » « Déconne pas, putain, c’est pas une question de confiance. »  « Ça sera juste deux potes qui se serrent la main. Deux potes ou c'que tu veux, en fait. J'vais pas te forcer à la prendre mais si tu as envie et besoin de moi, t'as pas idée d'à quel point tu m'es vital, Andreï. J'me suis jamais sentie aussi bien qu'en ta présence et j'ai l'impression d'avoir un trou dans la poitrine dès que j'ai le sentiment que tu t'éloignes. Alors prends ma main et prouve-toi que c'est pas la créature qui te domine. Montre-moi qui c'est, le patron dans l'histoire. Je sais que tu vaux mieux que ça et que t'es pas un trouillard qui va se planquer en accusant la fatalité. » Je fixe sa main, en ayant envie de la prendre. Sitôt qu’elle l’a dit, d’ailleurs, le mot trouillard s’est imposé. Je suis un trouillard, je suis terrifié. Parce que c’est faux, ce qu’elle raconte : je domine rien du tout. Avec le rat, c’était un partenariat. Mais là, il n’y a pas d’équivalent au rat. C’est juste moi. Moi et elle. Moi et son ultimatum, parce que c’est un ultimatum qu’elle me fout, là. Je suis un foutu trouillard. Avec un peu plus de courage, je crois que je l’enverrais balader au risque de la perdre. Sauf que je ne veux pas la perdre. Si j’avais un peu de courage, je serais déjà parti, je me serais déjà barré, je ne serais même peut-être pas venu parce que je n’aurais pas eu besoin de retrouver la sérénité que j’avais dans ses bras. Le trou dans sa poitrine quand je m’éloigne, bah j’ai le même dans la sienne. Continuellement. Et elle arrive à le combler, elle est la seule qui parvienne à vraiment le combler d’ailleurs. Mikkel, Roman, Colin, Lizzie, ils le font aussi, maladroitement. Sauf qu’ils l’empirent, aussi. Mes différentes amantes, elles le comblent, le temps d’un soupir, le temps d’une nuit, sympa, sans plus. Anya, Anya c’est différent. Et moi, je suis trouillard.

Et je la prends pas, sa main. « C’est pas une question de confiance, Nya. C’est une question de… de lucidité. Tu t’trompes, j’suis justement un trouillard qui croit à la fatalité. Tu l’as pas vu v’nir, ça, hein ? Mais tu crois quoi… que j’ai un soupçon de contrôle là dessus ? Tu m’surestimes, Anya, tu me surestimes beaucoup. J’en ai autant que… j’en ai autant que face à Georg, je me maintiens dans l’illusion, je peux cracher sur son nom et sur son existence autant que je veux, mais face à lui… C’est pas de prendre ta main dont j’ai peur. » Au fond, c’est quoi, juste prendre sa main ? Rien du tout, lui dire bonjour, ça, je pourrai contrôler. Mais… « La dernière fois… j’peux pas dire que c’était une erreur, l’un comme l’autre, on le voulait, on en avait besoin, et… j’ai qu’une envie, c’est d’recommencer. Sauf que si on recommence, je perdrai à nouveau le contrôle. Je risque à nouveau de me relâcher. » Je sais qu’en disant ça, je la dévore du regard, que je ne devrais pas, que je tiens à ma meilleure amie, que j’ai besoin d’elle, que j’ai besoin de son contact, de son soutien. Elle me surestime, elle voit en moi un autre Andreï que celui que je vois dans le miroir, c’est une évidence. Elle voit plus que ça encore, et je suis suffisamment égoïste pour être drogué à son regard. Pas à celui effrayé qu’elle m’a balancé, celui chargé de haine, chargé de passé, chargé de tout ce qu’elle voit lorsqu’elle me regarde et que moi, j’ai jamais vu. « C’est pas juste ta main que j’veux pouvoir toucher, Anya. C’est… tu… le trou dans la poitrine, j’ai le même. Depuis toujours. J’avais juste oublié qu’il était là, il a cessé de s’agrandir quand on s’est rencontré, tu as commencé à le combler, et il a continué à être comblé avec... avec Roman, avec Lara. Mais il est à nouveau béant. Il me consume, et tu es la seule qui… tu…  » Mes doigts l’effleurent, sa foutue main. « Je veux pas te perdre, je peux pas renoncer à toi, mais je veux pas te faire de mal... » Ma voix est presque une supplique. Et soudain, j’ai une idée. Parce que je suis un trouillard, et que j’ai encore plus la trouille de finir seul que de la blesser, il faut croire. Parce que je ne peux tout simplement pas renoncer à elle, pas alors qu’elle insiste pour revenir, pour s’imposer, pas quand elle refuse de se barrer vraiment, elle non plus. Je l’effleure sa main, sa foutue main, mais je ne la saisis pas, parce que je me contente de la pousser, pour me pencher et ramasser mon sac, en extirper le couteau qu’elle m’a foutu dans le bide, lui refourguer pour qu’elle verrouille ses doigts sur le manche, et toujours dans un même mouvement, je l’embrasse. Aussi simplement que ça. Mes doigts encadrent son visage. Je ne libère ses lèvres que pour murmurer « Si tu sens que je te fais du mal, tu me plantes à nouveau ce couteau dans le bide. Tu sais comment faire. »

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It's been a while, you've been walking alone, It's been a while since your heart had a home, You remember the way you came tumbling down Down to your knees like never before You're at the bottom in a bottomless town And as you lie on the floor©️ by anaëlle.
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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 30 Avr - 18:34

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Je ne suis pas quelqu'un qui a peur. J'ai grandi avec l'angoisse de voir mon frère mourir avant d'avoir atteint 10 ans, j'ai eu peur du monstre sous mon lit, eu peur du vieil épouvantail hideux qui hantait le jardin d'une voisine sur le chemin de l'école et puis le KGB, Georg et les secrets sont arrivés. Tu as peur du noir ? On t'enferme dans une pièce sans lumière ni fenêtre jusqu'à ce que l'obscurité t'habite au point te n'anesthésier. Tu crains la hauteur ? Parfait ! On t'enferme dans une cabane branlante à 10 mètres du sol et on attend que la terreur te fasse te pisser dessus et pleurer jusqu'à la déshydratation. La peur n'a pas sa place chez les assassins, les espions et les rejetés d'une société bien trop normée. La peur, c'est pour les enfants, la peur c'est pour les faibles et j'ai appris à relever le menton dans sa direction plutôt que de baisser les yeux en tremblant. Alors forcément, avec mon orgueil habituel, j'ai longtemps été persuadée d'avoir vaincu la peur. Je ne crains pas les araignées, crache à la gueule de la mort, me fiche bien des espaces clos... il m'a fallu des années pour m'apercevoir que la seule chose qui me pétrifie de terreur dans ce monde, c'est la solitude. Georg, c'est autre chose, c'est une peur qu'il a judicieusement et méticuleusement maîtrisée, alors que la solitude... elle s'est installée, a fait son nid dans mon esprit et a attendu le jour où Andreï m'a annoncé qu'il allait se marier pour se manifester. Elle a envahit mon cerveau, s'est insinuée entre mes os, m'a fait suffoquer et depuis, elle refuse de me lâcher. J'ai peur de me retrouver seule, peur de ne plus avoir personne à qui parler, peur de ne plus sentir la moindre présence humaine autour de moi.

Cette peur, je n'ai jamais su la dompter que d'une manière : dans les bras d'Andreï, bercée par les battements régulier de son cœur. Je lui fais face, dans cet appartement qui empeste la terreur et le malaise, main tremblante tendue vers lui. J'ai les doigts gelés et blanchis par le froid alors qu'il fait pourtant doux dans la pièce. Mon cerveau n'aspire plus qu'à une chose : la fuite et pour ça, il a concentré mon flux sanguin dans mes jambes pour me convaincre de prendre la tangente et vite. Alors pourquoi est-ce que je reste là, hin ? Parce que face à cette terreur nouvelle qui m'anime lorsque je repense à la créature qui a bien failli me tuer sous le pont, il y a l'angoisse de la solitude qui ancre fermement mes pieds dans le sol. Deux peurs distinctes qui s'affrontent et vont finir par me faire pisser dans mon froc et claquer des dents. Putain que je déteste ce genre de situation... J'en vomirais sur ses chaussures si je ne savais pas un minimum me tenir.

J'ai égoïstement oublié Steve qui comate dans le canapé, éclipsé le reste du monde et désormais, il n'y a plus qu'Andreï, moi et le minuscule espace qui nous sépare. Et cette putain de main tendue qui peut signer mon arrêt de mort ou notre rédemption à tous les deux. À quoi je joue, Andreï ? Bonne question... je joue ta vie, je joue la mienne, je joue notre santé mentale mais si je laisse l'échiquier en place sans oser avancer un pion, on en restera là. Y aura toujours ce gouffre béant entre nous si aucun de nous ne fait l'effort de faire un pas en avant. Ce pas, c'est moi qui l'ai fait, acculant Andreï contre le mur comme un roi sur l'échiquier, si on veut rester sur la même métaphore. Alors non, je n'ai pas l'impression de jouer, là. Je reste la main tendue, achève mon discours et compte les secondes de silence qui s'écoulent avant qu'il ne se décide enfin à ouvrir la bouche. Une question de lucidité ? Putain mais qu'est-ce qu'il me bave, ce con ? Je l'écoute, mon visage se ferme et j'ai envie de le gifler pour le faire taire. Oui je le surestime, oui je vois en Andreï une image bien plus lisse et dorée que la figure cabossée qu'il est en réalité, oui je me voile la face... mais lui en rajoute, lui se sous-estime, lui se voit toujours comme le rat maigrelet et tout crotté qu'il était à une époque. Sois gentil, Dreï, ne gâche pas la belle image de prince charmant que je me fais de toi, ça égaye mes nuits.

« Putain mais t'en as pas marre ? T'en as pas marre de te planquer derrière la terreur que t'inspire l'autre connard ? Ouais j'te surestime, c'est vrai, mais... mais t'es fataliste, tu l'as dit toi-même. Tu vois l'verre à moitié vide avant même d'avoir commencé à boire dedans ! J'te demande pas de faire comme si rien ne s'était passé. J'en suis pas non plus capable. Juste d'essayer d'avancer malgré ça. »

Et puis je me tais, me mords la lèvre pour m'empêcher de renchérir. J'ai cette putain d'habitude d'aboyer avant d'écouter, de râler avant de chercher à comprendre et saisis enfin qu'Andreï a besoin de vider son sac. Oui on le voulait, la dernière fois, et putain que oui, on en avait besoin... ça a été parfait, idyllique, et c'est retombé comme un vieux soufflé avant même qu'on ait eu le temps de finir de savourer l'instant. Moi aussi, j'ai envie de recommencer. Mais je suis lucide et je sais très bien que retomber dans nos vieux travers libidineux ne fera que reproduire l'incident de la dernière fois. Ça va nous coûter, mais j'ai le sentiment qu'en prenant notre temps, on peut y arriver. Ma main reste tendue, tremble un peu moins, mais la terreur est toujours là, avec son goût amer. Je n'arrive même pas à jalouser Roman ou Lara, je n'arrive même pas à leur en vouloir car la sincérité déborde des propos d'Andreï, ses mots s'enveloppent d'une vérité qu'il m'a toujours refusée, j'ai l'impression qu'il se met à nu devant moi pour la première fois alors que bordel, son p'tit cul d'athlète, je l'ai vu un paquet de fois. C'est son cœur, dont il m'a toujours pudiquement refusé l'accès, qu'il semble m'ouvrir maintenant. Et c'est... c'est étrange, comme sensation. Je n'arrive pas à savoir comment je me sens car c'est la première fois que ce chaud-froid m'envahit sans que je sache avec précision d'où il vient.

Ses doigts effleurent ma main et je sursaute, un long frisson me parcourant l'échine. Le froid ? L'angoisse ? L'envie ? Je ne sais même pas. Je sais juste que la déception est immense et que la colère refait surface lorsqu'il repousse mes doigts pour se pencher et récupérer son sac. Alors c'est tout ? Il m'a regardée droit dans les yeux, m'a fait part de la fatalité du monde et blablabla... et il va s'en aller comme ça ? Putain mais à quoi bon ? Je n'ai pas non plus envie de renoncer à lui, j'ai envie de m'agripper, de m'accrocher tout en ayant l'irrépressible envie de le pousser vers la sortie en lui hurlant des insanités. C'est en me fuyant qu'il me fait le plus mal et je m'apprête à m'écarter, à l'ignorer et à le foutre dehors lorsqu'il se redresse, couteau en main. Le geste est si rapide et il est si prêt que je n'ai pas le temps d'esquisser le moindre mouvement de recul lorsqu'il franchit le mètre qui nous sépare pour figer le manche du couteau entre mes doigts. Instinctivement, ceux-ci l'enserrent pour ne plus le lâcher et je me sens à la fois perdue et aussi molle qu'une poupée de chiffon tandis qu'il m'embrasse. Je me laisse faire, me laisse aller, ferme les yeux et profite de l'instant. Je profite de cette proximité, de la douceur de ses lèvres, de sa barbe qui érafle ma peau et de ses paumes brûlantes posées sur mes joues. Y a bien que ce contact-là qui me calme, qui m'apaise, qui chasse un temps la peur, canalisée dans cette main qui tient fermement le couteau. Lorsqu'Andreï relève légèrement la tête, je tente de chasser d'un mouvement des paupières cette larme qui menace de couler sur ma joue et qui finit pourtant par m'échapper pour aller se perdre contre son pouce. Putain d'émotivité humaine, tiens... Sans un mot, je hoche la tête à sa requête, le pousse contre le mur et reprend là où nous en étions.

J'ai complètement oublié Steve, la connerie d'Andreï et nos putains de problèmes de névrosés. Je m'en fous qu'il soit toxique, je m'en fous d'être un poison, je m'en fiche de tout. Tout ce qui compte c'est lui, moi, nos lèvres scellées et cette main que je glisse dans ses cheveux pour en apprécier la douleur. Tout naturellement, elle vient, elle monte, l'envie. Parce que je veux plus, parce qu'il veut plus et parce qu'en temps normal, il y aurait plus. Mais alors que je franchirais le pas sans me poser de questions en temps normal, la lame du couteau se glisse doucement contre la gorge d'Andreï et je recule légèrement mon visage sans pour autant m'arracher à son étreinte.

« Stop. Ça me coûte de le dire, mais tu sais comme que si on va plus loin maintenant, on risque de reproduire la même connerie que la dernière fois. Alors soyons frustrés et la soirée ne pourra pas être pire. »

Je n'arrive même pas à rire ni à sourire de ce que je dis. J'ai aimé ce type depuis le jour de notre rencontre et je peux désormais à peine le toucher. Si c'est pas complètement con... La lame du couteau quitte la gorge d'Andreï, mon autre main glisse sur son épaule et, après un dernier baiser que je ne peux lui refuser, je m'écarte et me passe une main dans les cheveux. Ça va être compliqué... ça va vraiment être compliqué et je n'ai pas vraiment envie de penser à la suite maintenant. Y a d'autres choses plus urgentes, des choses comme... mon regard est attiré par le canapé et par le visage d'une pâleur cadavérique de Steve. Merde... faut qu'on le réveille, que je le renvoie chez lui, que... mais quand il se réveillera, que va-t-il dire ? De quoi se souviendra-t-il ? Que va-t-il déduire de ce qu'il aura vu ? Fais chier... Je me tourne vers Andreï, perplexe.

« Hum... c'est pas tous ça mais... on en fait quoi ? »

Il sait très bien ce que je veux dire. Et je n'aime déjà pas la réponse qu'il va me fournir.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 30 Avr - 18:37

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Je suis terrifié. A quoi joue-t-elle ? Je suis terrifié par cette main tendue, cette main que je veux rejeter, cette main que je veux éloigner. Cette main que je veux saisir, empoigner, tirer vers moi pour la transformer en étreinte. Je suis terrifié. Ce n’est pas une question de confiance, ce n’est pas qu’une question de confiance. C’est une question de lucidité, c’est une question de raison, c’est une question de survie. Je suis terrifié par son regard, le regard qu’elle m’a lancé et qui me hante encore. Je suis terrifié par ce vide immense qu’elle a laissé en moi, la dernière fois, par sa colère et le brasier, la violence de ses émotions, de ce qu’elle transmet par la dureté de ses pupilles. Je suis terrifié par cette plaie béante dont j’avais oublié l’existence, et qui suppure dans ma poitrine. Ce n’est pas une question de confiance, c’est une question de fatalité. Je ne suis pas celui qu’elle croit, je ne suis qu’un trouillard, je me découvre de plus en plus trouillard, de plus en plus lâche, à me réfugier derrière la fatalité et le destin inébranlable pour ne pas me risquer à commencer des combats que je suis sûr de perdre. Elle se trompe, je suis terrifié, et sa main, je ne compte pas la saisir. Je n’ai aucun contrôle, aucun courage, aucune volonté. Comme face à Georg, il faut croire : ma paralysie au son, juste au son, de sa voix en est la preuve la plus tangible. Ce n’est pas qu’une question de confiance. C’est bien plus. « Putain mais t'en as pas marre ? T'en as pas marre de te planquer derrière la terreur que t'inspire l'autre connard ? Ouais j'te surestime, c'est vrai, mais... mais t'es fataliste, tu l'as dit toi-même. Tu vois l'verre à moitié vide avant même d'avoir commencé à boire dedans ! J'te demande pas de faire comme si rien ne s'était passé. J'en suis pas non plus capable. Juste d'essayer d'avancer malgré ça. » Je serre les dents devant son reproche, devant la colère qu’il éveille en moi. Comme d’habitude. Ça ne change pas, ça ne changera jamais, les reproches d’Anastasia font partie de ceux qui me blessent, vraiment. « Ta gueule, écoute moi. » Oui, qu’elle m’écoute. Qu’elle m’écoute avant de parler, parce que le contrôle et la confiance qu’elle attend de moi, je peux pas les avoir. C’est même pas du pessimisme, c’est pire que ça. Prendre la main, je peux le faire. Ça va faire quoi, trois ans que je suis comme ça ? Peut-être plus ? Prendre sa main, okay. Mais le reste, hein ? Pour le reste, on en parle du reste ? Parce qu’il est là, le problème.

Il est là, le truc qui me terrifie tout particulièrement. Quand je regarde Anya, je la regarde vraiment. Au-delà de son visage, au-delà de ses fringues. Je regarde ma meilleure amie, ouais. Je regarde ma plus ancienne amie, ma plus ancienne amante, ouais. Je la dévore du regard, je sais ce que j’ai envie, ce dont j’ai envie, et la dernière fois, la dernière fois, c’était une erreur. C’était voulu, c’était un besoin, c’était bien, c’était ce dont on avait vraiment besoin, autant elle que moi. C’était stupide, c’était impulsif, c’était une errance dans nos souvenirs, c’était une putain de bouffée d’oxygène dans ma lente asphyxie. Et c’est surtout parce que c’était aussi fort que j’ai perdu le contrôle ; c’est pas de sa main dont j’ai peur. C’est de ce qui va avec. De ce qui suit. Et heureusement qu’elle se tait, qu’elle garde le silence, parce que lorsque je poursuis, je me rends compte que ça faisait un bail que je n’avais pas été aussi vulnérable. Que ça faisait un bail que je n’avais pas été aussi fragile. Je suis pas un mec qui parle facilement, j’suis un baratineur, mais du genre baratineur abruti, pas politicien ou enfumeur professionnel. Je sais pas parler de moi, chez les Ievseï, on parle pas avec des mots, on pousse des gueulantes et notre ponctuation se fait à coup de poings. Alors quand je commence, il ne faut pas me couper, et Anya ne me coupe pas. Heureusement.

Le trou dans la poitrine qu’elle évoquait, j’ai le même. Cette sensation croissante, cette douleur persistante, cet étouffement constant. J’avais oublié qu’il était là. J’avais oublié qu’il existait. Puis il y a eu 1973. Puis il y a eu 2013. Puis il y a eu 2015. Lara, Roman, Mikkel, Lizzie, Colin. Seraphina. Anya. Et il y a encore Anya. Anya qui ne me comprend pas, moi qui ne la comprend pas, et la colère, et ses bras, et son absence, et ce trou, béant. Ses lèvres, son regard effrayé, et encore ce trou, béant. Creusé. Son souffle mêlé au mien, son énergie, entremêlée à la mienne. Volée. Et ce trou béant, agrandi, toujours agrandi. C’est pas que sa main que je veux toucher, c’est elle, tout elle. Je me perds dans ses yeux. Je ne veux pas lui faire de mal, je ne veux pas la perdre. Mais je suis un foutu trouillard, et je n’arrive pas à me résoudre à sentir à nouveau ce trou dans ma poitrine, je ne veux pas renoncer à elle. Je ne peux simplement pas. Alors je joue au lâche, c’est aussi simple que ça. J’effleure sa main. Je ramasse mon sac, j’en extirpe le poignard, je le glisse entre ses mains et je cède. Ce poignard, qu’elle m’a déjà planté dans le bide une fois, je veux qu’il soit une sécurité. Une sécurité pour que je puisse l’embrasser. Qu’elle puisse se défendre. Qu’on trouve un équilibre, sommaire. Elle ne répond pas, elle comprend ça me suffit pour apprécier le contact de sa main, la proximité de nos corps. Elle vient, l’envie, elle monte, l’envie. Naturellement. Ses mains se perdent dans mes cheveux, les miens se perdent dans sa nuque, dans son dos, dans le bas de son dos. Je ferme les yeux, je me noie, je me noie dans ce contrôle que je cherche, que je perds, que je manque de perdre. Et soudain, tout s’arrête. Tout se brise sur le fil d’une lame sur ma gorge, dans la certitude qu’une blessure, à cet endroit-là, même moi je ne m’en relèverais pas. J’ouvre les yeux, je cherche les siens. « Nya ? » ma voix est fragile, suppliante. J’en ai presque la lèvre tremblotante de désillusion. J’étais sûr d’avoir le contrôle, pourtant. Elle recule son visage, sans se libérer de mon étreinte, pourtant desserrée pour lui offrir une solution de fuite. « Stop. Ça me coûte de le dire, mais tu sais comme que si on va plus loin maintenant, on risque de reproduire la même connerie que la dernière fois. Alors soyons frustrés et la soirée ne pourra pas être pire. » Je reste immobile quand elle s’écarte, dans un dernier baiser qui a un goût amer sur mes lèvres. « La même connerie ? » J’ai du mal à comprendre. Frustré, oui, c’est le mot, là. « Tu te fous de ma gueule ? » Il y a du reproche, il y a un goût d’interrogation, il y a un soupçon de colère, il y a surtout beaucoup de frustration dans ma voix. « Tu peux pas m’faire ça… » et pourtant, c’est pas ce qui est le plus raisonnable ? Et pourtant, c’est pas exactement ce que je lui ai demandé la dernière fois ? Et pourtant, c’est pas ce que je pensais faire ? Rester loin d’elle plutôt que de risquer de lui faire quoique ce soit ? « Putain, quelle merde… » Je croise des bras nerveux sur ma poitrine pour endiguer des tremblements nerveux, pour tenter de me calmer, de calmer cette colère croissante qui suit inévitablement le désir frustré, repoussé, rejeté. C’est pour le mieux, je m’en doute. C’est vraiment pour le mieux, mais… J’inspire à fond. Je suis son regard, vers l’autre mec. C’est vrai, ça, je l’avais presque oublié, l’autre con. Et c’est parfait, j’ai besoin d’un exutoire.

« Hum... c'est pas tout ça mais... on en fait quoi ? » J’inspire. Chasse au loin tout le reste, m’enveloppe de cette colère qui m’accompagne si fidèlement depuis plus de soixante-dix ans. Qu’est-ce qu’on en fait ? La digression est foutrement bienvenue. Même si elle ne va pas durer très longtemps, je n’ai pas envie de parlementer. « Ce que je sais faire de mieux, je pense. » Et parce que ça m’écoeurerait de me dire que s’il se réveille un jour, non seulement il risque de me vendre, mais en plus, si ça se trouve, il aura peut-être droit aux bras d’Anya, aux baisers d’Anya, quand moi, je n’y ai pas droit. Je m’approche de lui. Pose ma main sur son front comme pour prendre sa température. Et je lui brise la nuque d’un geste aussi violent que soudain. « Voilà, le problème est réglé. » Ma voix empeste l’amertume et la colère. Elle va m’en vouloir, ouais. Mais je préfère, je crois, quand elle me déteste et qu’elle me poignarde, plutôt que lorsqu’elle m’embrasse avant de mettre fin à tout juste après. La soirée peut pas être pire ? Je me tourne vers elle, en m’appuyant à nouveau mur. Bras croisés. Fermés. « Au moins un problème facile à régler. L’autre… tu vois que j’avais pas tort la dernière fois. A te dire de te casser, à me casser moi, plutôt. » Je renifle. Je vais pas chialer, putain, parce que je sais plus chialer depuis des lustres et que je suis un grand garçon, mais là, bon sang… je n’arrive pas à la regarder. Ça faisait mal qu’elle ait peur de moi. Là, c’est pire encore. « Ça va pas le faire, ça va pas le faire Anya. » Qu’est-ce qu’il y a à faire d’autre, en même temps ? Un regard furieux, je craque. « Mais qu’est-ce qui t’a pris, n’empêche, avec ta foutue main tendue à la con ! Putain ! T’aurais pas pu me laisser me casser, plutôt ? Ça aurait fait moins mal, merde. C’est quoi, c’est une petite vengeance à la con, c’est ça ? Le couteau, ça suffisait pas ? Putain… j’aurais jamais dû venir ici. » Ah ça… c’est une certitude. C’est une foutue certitude.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 30 Avr - 18:39

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Ça a été un moment magique. Pendant une fraction de seconde, j'ai découvert une nouvelle facette d'Andreï, à mi chemin entre passion et douceur, un instant de bonheur suspendu entre deux problèmes insolubles, un tout petit moment qui aurait pu durer l'éternité sans que je ne m'en lasse. Je veux recommencer, je veux effacer ce que je viens de faire, je veux reprendre où on en était mais c'est impossible parce que j'ai peur. J'ai peur de la perte de contrôle, j'ai peur de son incapacité à se faire confiance, j'ai peur de ne pas pouvoir lui planter ce putain de couteau dans le bide s'il me blesse... j'ai pas peur de mourir, j'ai peur de laisser un cadavre entre ses mains et d'en être responsable. Au fond, si c'est moi qui le tente, ça sera de ma faute mais ça ne l'empêchera pas de s'en vouloir, j'imagine. Et visiblement, il le prend mal, mon mouvement de recul. Si je me fous de sa gueule ? Un regard noir dans sa direction doit lui suffire à comprendre que je suis aussi frustrée que lui.

« Arrête, Andreï. Tu peux pas m'demander de tenir mes distances un moment et de m'engueuler quand j'obtempère. Je... je veux pas qu'on se retrouve dans la même situation que la dernière fois et que ça te laisse penser qu'il vaut mieux qu'on s'approche plus. Je... tu comprends pas. Je veux pas te repousser, je veux juste y aller tranquillement pour ne pas risquer de nous voir nous éloigner encore plus et... laisse tomber. »

C'est si difficile à comprendre ? Si compliqué pour lui d'admettre que pour une fois dans ma vie j'essaye de me comporter en adulte responsable ? Il n'a pas idée d'à quel point j'ai envie de les brûler, les étapes. J'ai envie de m'en foutre, des conséquences, de foncer tête baissée comme je l'ai toujours fait mais cette fois, y a un truc qui change : cette fois, c'est trop important pour que je fasse les choses à la légère. Andreï n'a pas l'air de comprendre que si je cherche à prendre autant de précautions, c'est pour préserver la timide relation presque stable qui commence à naître entre nous. Si on fait n'importe quoi, on risque d'avorter un joli début de je ne sais quoi. Je préfère donc ne rien répondre à son agacement ou à sa frustration. Putain, quelle merde, comme il dit. C'est vraiment la merde.

Y a des gens qui arrivent à s'aimer, à s'apprécier ou à se côtoyer sans jamais avoir besoin de se toucher. C'est tout le contraire, entre Andreï et moi. On a besoin de contact, de relation physique, de coups, de caresses, d'étreintes, de passion... tout passe par un contact physique entre nous et j'ai l'impression que la foutue création qu'il est devenu nous empêche de nous exprimer comme nous avons l'habitude de le faire. Alors je cherche autre chose, un truc sur lequel focaliser mon attention et inévitablement, mon regard tombe sur Steve. Encore un problème qu'il va falloir résoudre à un moment ou à un autre. J'envisage presque de dire à Andreï de se barrer en vitesse, d'attendre que Steve se réveille et de lui expliquer qu'il a pris un gros coup sur la tête en entrant et qu'il a forcément rêver du type qui tricotait au milieu de mon salon. Avec un peu de chance, le côté incongru et ridicule de la chose lui fera avaler la couleuvre mais si ça ne passe pas ? S'il me prend pour une folle et dénonce Andreï pour ce qu'il est en m'accusant de le planquer dans mon salon ? À peine ai-je le temps de penser à ça que l'autre idiot s'est approché de Steve.

« Attend, Andreï, laisse-moi le temps d... »

Un craquement sinistre m'interrompt et me fige dans mon mouvement. Putain quel con. Il l'a tué. Steve n'a pas bougé, il a toujours l'air de dormir paisiblement, malgré son teint cadavérique. Seulement, il y a encore trente secondes, il était vivant. Maintenant, je doute qu'il se réveille un jour. Je sens mon cœur s'accélérer, mes yeux s'écarquiller et un « putain » qui reste coincé dans ma gorge... puis plus rien. Le rythme revient à la normale et je fixe Steve sans ciller. Je l'aimais bien, ce type, il était amusant, aussi branleur que moi, il avait toujours une histoire à raconter et il pionçait en réunion.

Je l'aimais bien mais sa mort ne me fait ni chaud ni froid. Je n'ai pas envie de hurler sur Andreï, je n'ai pas envie de pleurer, je ne me sens ni triste ni en colère, juste profondément lassée. Il fait chier, à me rappeler sans arrêt que la mort, on la côtoie depuis si longtemps qu'elle ne nous fait plus aucun effet. Steve ne m'évoque plus maintenant qu'un cadavre, un amas de chairs inutile et encombrant mais certainement pas « l'ami » que j'ai connu auparavant. Et c'est ça qui craint. Je n'ai plus aucune compassion ou du moins, je distille le peu qu'il me reste à quelques rares personnes.

« Tu fais chier... t'aurais au moins pu attendre que... oh puis merde... t'es vraiment con, il était sympa... »

C'est terrible comme on dirait que je parle d'un joli verre qu'il viendrait de casser.

« Et puis merde... »

Je sens la colère monter en moi, balance le couteau dans l'évier et croise les bras à mon tour. Que veut-il que je lui dise ? Je ne sais pas ce que je veux, lui non plus, ça ne nous avance à rien ! Et plus il parle, plus j'ai envie de hurler, de le frapper, de lui d'arrêter de faire n'importe quoi alors que c'est à moi que j'en veux, au fond... mais il renifle. Si la mort de Steve me laisse un arrière goût malaisant à base de « c'est pas normal de ne rien ressentir », le reniflement d'Andreï a le même effet qu'un pic à glace en plein cœur. Je ne crois pas l'avoir jamais vu pleurer, j'ai même été longtemps persuadée qu'il en était incapable. Ce simple reniflement suffit à me faire comprendre que cette fois, il en quelque chose à foutre, de toute cette mascarade. Cette fois, c'est pas juste un jeu ou une passade, du moins c'est l'effet que ça me fait. Je me mords la lèvre pour l'empêcher de trembler et sursaute lorsqu'il relève vers moi un regard furieux. Face à tant d'émotions violentes et projetées vers moi à vive allure, je suis désemparée. Cette facette d'Andreï, je ne l'ai jamais vue, je ne sais pas la gérer. Je ne sais même pas si je suis en mesure de la comprendre.

Je sais juste que je suis prête à l'aimer car c'est une constante qui ne peut pas changer. Je suis démunie, soudain penaude et ses reproches me font bien plus mal que tout le reste. C'est plus fort que moi, je m'approche, doucement d'abord puis engloutis les quelques mètres qui nous séparent pour retrouver la proximité que nous avions quelques minutes plus tôt. Ils font mal, ses reproches, mais ils sont tellement justifiés... Ma main s'agrippe à la sienne, je cherche le contact tout en fuyant celui, furibond, de ses yeux.

« Pars pas... J't'en supplie, pars pas... pas encore... »

Ma voix s'est muée en une supplique, mes épaules tremblent et je me sais incapable de le retenir s'il décide de foutre le camp. Y a bien des domaines où Andreï et moi sommes à égalité, d'autres où je le distance mais au corps à corps, il m'a toujours foutue à terre. S'il veut s'en aller, il n'aura aucun mal à me neutraliser et à me laisser en plan.

« J'ai... je suis désolée. »

Sortez le champagne et déclarez un jour férié, Anastasia Bolkonsky s'excuse ! Pas des excuses en carton ni balancées pour faire genre, non, les vraies excuses qui transpirent la culpabilité. Le genre d'excuses que je préfère garder pour moi, la plupart du temps. Mes doigts resserrent leur prise autour de ceux d'Andreï et je tente alors timidement de relever les yeux vers son visage.

« Tu comprends pas... je veux pas que tu partes. J't'ai dit de dégager mais j'ai besoin de toi, Andreï. T'es le seul pilier solide d'une existence qui n'a aucun sens, le seul qui me comprenne, le seul qui me fasse rire et enrager à la fois, tu... c'est pas une vengeance, c'est... j'ai peur... j'ai peur qu'à cause de moi tu perdes le contrôle et j'veux pas, tu comprends ? »

Mes propos redeviennent incohérents mais s'il faut que je parle pour l'empêcher de partir, alors j'vais causer.

« J'ai cru qu'en y allant par étapes et mettant des barrières très vite, ça serait plus simple et je... j'ai eu tort, ça t'a blessé. J'arrive même pas à t'en vouloir pour Steve parce que je veux juste pas que tu t'en ailles. »

J'entremêle mes doigts aux siens, résistant à la tentation de poser ma tête sur son torse.

« J'ai pas envie que notre relation se construise sous la menace d'une arme mais sur la confiance. Si t'as pas confiance en toi ni en moi, alors aie au moins confiance en celle que je place en toi, ok ? Et si tu l'acceptes, on reprend où on en était. Pas de couteau, pas d'interruption, et si jamais tu perds le contrôle, on saura où est ta limite actuelle. »

Et ça me frustrera autant que lui. Et je sais aussi que ça serait bien plus raisonnable d'en rester là mais si on fait ça, on perdra cette occasion d'avancer qui nous tend la main. J'ai attendu Andreï pendant cinquante ans. Patienter quelques mois ou quelques années de plus qu'il se contrôle ne me fait pas peur, tant qu'il ne me laisse pas seule ici.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Mar 1 Mai - 23:18

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

La chute est brutale. Aussi brutale qu’inattendue. Aussi brutale que douloureuse. Aussi brutale que frustrante. Je ne comprends pas immédiatement ce qu’elle fout. Je crois, même, que j’aurai préféré qu’elle me le foute dans le bide le couteau. C’est ce que je lui ai demandé, non ? La douleur aurait compensé la frustration, la déception, la désillusion, m’aurait aidé à passer à autre chose mais non. Non, elle se contente d’une lame sur ma gorge pour m’immobiliser, d’un recul et d’un rejet pour m’abandonner, et d’un impératif pour me délaisser, le souffle coupé, frustré alors que tous mes sens étaient déjà perdus en elle. Je mets une poignée de seconde à réagir, à comprendre ce qu’elle vient de faire, de me faire. A comprendre ce qu’elle vient de dire, de me dire. La même connerie, quelle connerie ? Celle qu’on faisait avant, qu’on a refaite la dernière fois, ou ma perte de contrôle ? Elle se fout de ma gueule, non ? « Arrête, Andreï. Tu peux pas m'demander de tenir mes distances un moment et de m'engueuler quand j'obtempère. Je... je veux pas qu'on se retrouve dans la même situation que la dernière fois et que ça te laisse penser qu'il vaut mieux qu'on s'approche plus. Je... tu comprends pas. Je veux pas te repousser, je veux juste y aller tranquillement pour ne pas risquer de nous voir nous éloigner encore plus et... laisse tomber. » Ah ouais ? Que je laisse tomber ? Je n’ai pas envie, parce qu’elle le sait très bien, que chez moi, l’émotion la plus simple à gérer, celle sur laquelle je me rabats toujours en dernier lieu, c’est la colère, et que la colère, en ce moment, est en train de tout saccager en moi. De renaître, de tout enflammer, de devenir un brasier qui me consumer pour mieux mettre de côté un désir frustré. Il me faut toute ma concentration pour laisser tomber, pour ne pas balancer de l’huile sur le feu. Il me faut absolument toute ma concentration pour hurler que je sais bien, que mon comportement est incohérent, que je sais bien qu’elle a raison, que je sais bien que c’est peut-être la seule solution, la plus raisonnable. Il me faut toute ma concentration, et mon putain quelle merde résume l’ensemble. Putain quelle merde, oui. Je ne suis pas du genre tactile. Mais je ne suis pas non plus dans le sentimentalisme, dans les regards complices, dans les mots doux et les grands discours. Je suis dans l’action, juste dans l’action, dans l’action violente, dans l’action sans aucune délicatesse, je suis dans l’impulsivité, je suis dans le désir brûlant, dans la colère violente, je suis dans tout ça. Mais pas dans ce qu’elle me demande ; je ne peux pas me cantonner à ça, je ne peux pas me restreindre à ça. Je n’y arrive pas. Et elle le sait. Parce que je suis sûr qu’elle non plus, elle ne peut pas. Parce qu’elle est comme moi. Tellement comme moi. Putain quelle merde.

Anya croit vraiment que je vais me contenter de ça ? Je me le demande bien. Est-ce qu’elle a conscience de cette colère que je charrie à nouveau ? Je me le demande bien. Une colère qu’elle stimule, qu’elle attise en voulant changer de sujet, en me balançant à nouveau à cette hargne envers ce cadavre qui traîne sur son canapé. Ce n’est pas encore un cadavre ? C’est un problème à régler ? Et bien non, Anya, tu te trompes, ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est défouloir, c’est un exutoire, c’est vengeance aussi puérile que gratuite qu’injuste et inutile. « Attend, Andreï, laisse-moi le temps d... » Non, je ne te laisse pas le temps. La nuque se brise entre mes doigts, mon visage lui, n’exprime aucune émotion autre que l’indifférence la plus complète. Le désintérêt, tuer ne me dérange plus depuis des années, tuer des petits cons dans le genre encore moins, tuer des imbéciles… Je plonge mon regard dans celui d’Anya, à la recherche d’un soupçon de colère. Parce que quitte à ne pas se toucher, je préfère, et de loin, qu’on se dispute. Qu’on ne se perde pas dans un silence gêné, qu’on ne tente même pas de jouer au scrabble et d’aligner les mot-compte-triple, de jouer vraiment au scrabble, je veux dire. Putain… quelle merde, ouais. « Tu fais chier... t'aurais au moins pu attendre que... oh puis merde... t'es vraiment con, il était sympa... » J’hausse les épaules. Il était sympa. Ouais, comme un hamster peut-être sympa, comme une perceuse peut être sympa. « Et puis merde... » J’hausse à nouveau les épaules, m’adosse à un mur, les bras croisés. Je ne sourcille même pas quand elle balance son couteau loin d’elle, loin de moi, loin de nous. Je ne sourcille pas ; je me contente de grogner. Elle est pas contente ? Et bien tant pis pour elle, elle l’a cherché. Moi, j’ai fait ce qu’on m’a appris à faire : j’ai réglé définitivement le problème. J’ai réglé un des deux problèmes qu’on avait. L’autre… l’autre… la colère reflue. Non, elle ne reflue pas, elle se transforme, elle me prend à la gorge dans une autre émotion. Une émotion aussi violente que douloureuse. Elle me prend à la gorge, elle m’asphyxie. Ce n’est plus de la colère. C’est autre chose. D’indescriptible. Je me retrouve comme un con, à renifler. Fait chier. J’avais pas tort, la dernière fois. Et on aurait pu s’arrêter là. On aurait totalement pu s’arrêter là, si elle avait tout de suite compris ce que je voulais dire. Mais non. Et moi, comme un con, je suis revenu. Je me suis repointé dans le coin, pour grapiller ces restes de sérénité. Je me suis repointé, je suis resté, j’ai joué au trouillard et à l’égoïste, et nous voilà comme deux cons, à savoir ce qu’on veut, mais à ne pas franchir le pas. A vouloir franchir le pas. Mais… Faut que je me casse. Si le couteau suffisait pas, si le couteau ne lui suffit pas, alors je ne peux pas rester. Vraiment pas. Je me penche pour ramasser mon sac – allez, on dit que c’est la dernière fois – mais elle me retient. Sa main s’agrippe à la mienne, à mes bras décroisés. « Pars pas... J't'en supplie, pars pas... pas encore... » Je chasse sa main. « Putain, joue pas à ça avec moi. » Ma voix se veut agressive, elle n’est que tremblante de nervosité. On sait tous les deux que si je me mets en tête d’y aller malgré tout, elle ne pourra pas me retenir. « J'ai... je suis désolée. » Sauf qu’elle m’attaque autrement qu’au corps à corps. Elle est désolée ? Je m’immobilise. Non, plus que ça : je me fige. J’en oublie même de respirer.

« Tu comprends pas... je veux pas que tu partes. J't'ai dit de dégager mais j'ai besoin de toi, Andreï. T'es le seul pilier solide d'une existence qui n'a aucun sens, le seul qui me comprenne, le seul qui me fasse rire et enrager à la fois, tu... c'est pas une vengeance, c'est... j'ai peur... j'ai peur qu'à cause de moi tu perdes le contrôle et j'veux pas, tu comprends ? » Je fronce les sourcils : je dois avoir l’air carrément paumé à ce moment-là. Elle ne veut pas que je parte mais elle me dit de dégager ? Le seul qui me comprenne. Je ne sais pas si je la comprends. Mais je sais un peu ce que ça fait d’être elle. Parce qu’elle sait ce que ça fait d’être moi. Parce qu’on est pareil, pareil sur tellement de plan. Parce qu’on est si différent, mais que j’ai l’impression que là… putain, là… Je dis que je dois dégager, mais je ne veux pas partir. Et elle est la seule qui me comprenne. Et j’ai peur de voir à nouveau ses yeux apeurés. « J'ai cru qu'en y allant par étapes et mettant des barrières très vite, ça serait plus simple et je... j'ai eu tort, ça t'a blessé. J'arrive même pas à t'en vouloir pour Steve parce que je veux juste pas que tu t'en ailles. J'ai pas envie que notre relation se construise sous la menace d'une arme mais sur la confiance. Si t'as pas confiance en toi ni en moi, alors aie au moins confiance en celle que je place en toi, ok ? Et si tu l'acceptes, on reprend où on en était. Pas de couteau, pas d'interruption, et si jamais tu perds le contrôle, on saura où est ta limite actuelle. » Qu’est-ce qu’elle veut que je réponde à ça ? Notre relation ? Je ne vois pas de relation. Je ne sais pas si on peut appeler ça une relation. Un besoin, ça, c’est une certitude. Plus qu’un besoin : une nécessité. J’ai besoin d’elle, comme elle a besoin de moi. Mais ce n’est pas une relation. Juste une amitié, non ? Une amitié forte. Une complicité. J’ai peur. Et quand je la prends dans mes bras, j’ai peur encore. La confiance…

« Ça ne veut rien dire, la confiance, Nya. Ça ne veut strictement rien dire, et tu le sais. La confiance, c’est la première chose qu’on saborde quand on a besoin de quelque chose. La confiance, c’est le premier truc qu’on sacrifie. Tu le sais non ? » Mais si la confiance, c’est qu’un concept vide de sens, pourquoi est-ce que je l’ai prise dans mes bras, pourquoi est-ce que je la tiens tout contre moi ? Parce qu’il y a autre chose que la confiance, un truc que je connais bien mieux. Et qui est bien plus stable. « Mais je suis d’accord qu’on peut bien tente de se baser sur autre chose que la violence. Même si la violence, tu le sais comme moi, que c’est ce qu’on connaît le mieux. » Je nous fais tourner pour que ce soit elle qui se retrouve dos au mur. On échange nos positions. Sauf que je n’ai pas de couteau. Et elle, elle n’a plus de sortie. « J’imagine que si tu veux pas que le couteau soit une assurance, alors qu’on se contente d’être juste désespéré. J’ai besoin de toi. » Et je suis désespéré. Désespéré par ce vide croissant dans ma poitrine, ce vide que la peur dans ses yeux a creusé un peu plus. Je l’embrasse, nos deux corps collés l’un à l’autre. Y aller étape par étape, vraiment ? Je l’embrasse. Je l’effleure. « J’ai tellement besoin de toi. Je veux pas que tu aies peur de moi. Mais je crois que je ne peux plus renoncer à toi. Je sais pas où j’en suis, Anastasia. Je me suis perdu, je crois. » Et le pire dans tout ça, c’est que tout en parlant, je recule. Parce que je l’ai senti, le désir, croître en même temps que je lui volais son énergie. Parce que j’ai senti les deux en même temps, comme si les choses avaient empiré. Mes limites… ce n’est même pas qu’une question de limite. C’est une question de… Je vire le cadavre du canapé, pour m’y asseoir et me prendre la tête entre les mains. « Putain, mais qu’est-ce qu’on est en train de faire, hein ? Jouer l’un avec l’autre, avoir besoin l’un de l’autre, tu vois pas qu’il n’y a pas de relation, que c’est pas une relation entre nous deux ? Il n’y a rien, rien d’autre qu’un putain de désespoir. » Et je me rends compte, un peu tard, que je chiale. Et ouais. Depuis combien de temps, est-ce que j’avais pas chialé ? Je me mords la lèvre jusqu’au sang, et même là, je ne m’arrête pas. La colère m’a forgé, la douleur m’a construit aussi. J’essuie les trois larmes qui se sont perdues sur mes joues. Et j’inspire, avant de renifler, une nouvelle fois. « Il faut trouver quoi faire du corps. » Je comprends mieux sa diversion de tout à l’heure. Quand tu arrêtes tout sans prévenir, tu as besoin de te justifier. De reprendre pied.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Mer 2 Mai - 21:45

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Il croit que je joue ? Il pense vraiment qu'après tout ce temps, toutes ces déceptions, j'ai encore envie de jouer avec ses nerfs et ses sentiments ? Qu'il est naïf... ou simplement con, je ne sais pas trop. Ce que je sais, c'est que j'ai envie de hurler, de le frapper, de lacérer son visage, d'arracher ses si beaux yeux pour l'empêcher de me regarder avec cette colère qui brille en leur sein, j'ai envie de me rouler en boule dans un coin et de ne plus penser. Oublier cette soirée, oublier nos erreurs, étouffer nos baisers sous un monceau d'ignorance et tourner la page pour démarrer une nouvelle vie. Ça a l'air si simple d'y penser que ça me rend malade. Chaque fois qu'Andreï me repousse, j'ai l'impression qu'on m'arrache le cœur, qu'on le tord dans tous les sens et qu'on cherche à m'étouffer, chaque fois qu'Andreï me repousse, je me sens plus vulnérable que jamais et je lui en veux. Il ne se rend pas compte, ne comprend pas ou ne veux pas comprendre qu'en agissant ainsi, il joue avec mes nerfs et me fait bien plus de mal que s'il restait pour essayer d'être autre chose qu'un sale con d'égoïste. Mais c'est tellement plus facile de lui en vouloir que de me rendre compte que moi aussi je suis égoïste. Je lui en demande beaucoup trop mais je suis incapable de me contenter de le regarder, de l'observer de loin et de subir en silence le fait de ne plus pouvoir me lover dans ses bras. Il n'a pas envie de comprendre. Ou peut-être que c'est moi qui refuse de lui expliquer les choses.

« Non, je le sais pas, non. La confiance, c'est la dernière chose qu'il me reste pour pas tout envoyer chier, Andreï. La confiance, c'est ce qui m'empêche tous les jours de te vendre à Georg, la confiance c'est ce qui me maintient en vie, la confiance c'est ce putain de concept que tu t'amuses à piétiner mais tu ne me l'ôteras pas. Alors tant pis pour toi si tu préfères pleurer sur ton sort. »

J'en ai assez qu'il soit défaitiste tout comme j'en ai assez qu'il cherche à me voir adopter le même comportement. Il est hors de question que je laisse le fatalisme m'envahir, pas alors que j'ai le sentiment qu'il commence à s'ouvrir à moi. S'il n'y avait cette putain de malédiction qui l'empêche de me toucher sans me tuer à petit feu, on n'en serait pas là. Je ne sais pas où on en serait, mais certainement pas là. Mais j'ai à peine le temps de dire tout ça qu'il m'a prise dans ses bras, me prenant totalement au dépourvu. Je suis si surprise que je n'ai même pas l'occasion de me crisper à son contact. J'entends à nouveau battre son cœur lorsque je pose ma tête contre son torse, mes doigts agrippe son t-shirt, mes narines hument son odeur, mon cœur s'emballe et je veux que le temps s'arrête sur cet instant. Je ne veux pas savoir ce qu'il va se passer ensuite, ne veux plus l'entendre parler, je veux simplement profiter de cette proximité. La violence c'est ce qu'on connaît le mieux ? C'est vrai... Élevés pour être des assassins, transformés pour être des monstres, tout n'est que violence, débris et déception du début à la fin. C'est à ça qu'elle ressemble, notre existence : une succession ininterrompue d'actes violents, insidieux, amoraux et meurtriers.

Lorsque je me retrouve dos au mur, lorsqu'il m'arrache brutalement à cet instant de quiétude, la peur revient se nicher dans mon regard. Je suis coincée entre le mur et une bibliothèque, à la merci d'une créature qui, d'un simple contact, peut me tuer. Est-ce qu'il me regretterait ? C'est quand même idiot de se poser cette question maintenant. La peur s'en va aussi vite qu'elle est venue, chassée par l'indéfectible confiance que j'ai en lui. J'ai besoin de lui. J'ai besoin d'Andreï comme j'ai besoin de respirer, j'ai besoin d'Andreï comme l'humanité a besoin du soleil, j'ai besoin d'Andreï comme nul ne saurait l'imaginer. Je ne m'explique même pas ce fait, je le subis et l'accepte. Je n'aime pas lire ce désespoir ni cette résignation dans ses yeux car ils sonnent le glas d'une histoire qui n'a même pas encore eu le temps de commencer. Alors je reste muette, le fixe avec la hargne d'un amour qui refuse de s'exprimer avec des mots et préfère répondre à ses baisers avec la violence aiguë qui nous caractérise tant. Ça a toujours été comme ça. Nous sommes nuls pour les discours, navrants quand il s'agit de parler avec franchise sans agrémenter nos propos d'insultes bien senties, Andreï et moi sommes tout simplement incapables de nous dire les choses autrement que les coups, les baisers, les gifles et les caresses. Ce qu'un psy en dirait ? Que nous sommes fous à lier.

« Tais-toi... », je murmure entre deux baisers.

Je sais qu'exprimer ce genre de chose lui coûte plus qu'à moi et je préfère encore qu'il me montre qu'il a besoin de moi plutôt qu'il s'évertue à me le dire. J'ai presque l'impression que tout va s'arranger, je laisse mes doigts glisser dans ses cheveux et sens soudain mes genoux trembler sous mon poids. Lorsque j'ouvre les yeux, la pièce tourne et j'ai la respiration sifflante. Ça recommence... avant même que j'ai le temps de réagir, il s'est écarte de moi, s'est arraché bien trop vite à mon étreinte et me laisse là, nauséeuse et dos au mur. Pendant quelques secondes, je peine à reprendre mon souffle, comme si on venait brutalement d'ôter tout l'oxygène de la pièce, et puis je réalise. Il ne se contrôle pas.

Je serre les poings, serre les dents, rumine la colère et la tristesse qui menacent de me faire hurler à en réveiller tout le quartier. Je me sens impuissante face à une telle situation : Andreï ne se contrôle pas et j'aggrave les choses en étant là, en le tentant et en refusant d'admettre qu'il ne peut pas se contrôler. J'ai l'impression qu'on nous arrache cette opportunité unique et irréelle d'être enfin ensemble et c'est injuste. C'est tellement injuste que je n'ai plus la force de retenir les larmes de rage qui coulent sur mes joues. Cette fois, c'est fini. On a essayé, on a échoué, fin de l'histoire. J'ai passé quarante années à regretter la chaleur de ses doigts sur mon corps et la douceur de ses lèvres sur les miennes et maintenant, je dois accepter l'idée que même s'il est là, devant moi, ce contact ne m'est plus permis.

« Parce que c'est un jeu, pour toi ? »

Il y a des sanglots dans ma voix, étouffés par la colère qui boue en moi et qui menace d'exploser. Tremblante de rage, je contourne le canapé, enjambe le corps de Steve qui aurait décidément dû rentrer chez lui plutôt que de me suivre ce soir et, sans lui demander son avis, repousser Andreï contre le dossier du canapé pour m'asseoir sur ses genoux. Mon regard brûlant d'une colère sourde se fige sur son visage strié par des larmes que je n'aurais pas cru voir un jour. On est semblables... on est identiques et pourtant si différents... Je n'ai jamais vu Andreï pleurer parce que je n'ai jamais vu Andreï suffisamment dépassé ou triste pour ça. Et ça... ça ne fait qu'accentuer ma colère. Je lui en veux autant que je m'en veux. Les larmes ruissellent sur mes joues en réponse aux siennes et ma voix tremble encore d'une émotion à peine contrôlée.

« Tu gardes tes mains où elles sont, tu la boucles et tu m'écoutes, c'est clair ? T'as l'air de quoi, à chialer comme un môme, hin ? On a l'air de quoi ? Putain, Dreï... regarde-nous... c'est le désespoir qui nous guide, et alors ? Tu fais chier avec ton défaitisme. On dirait que tu vas accepter les choses sans te battre et c'est ça qui me fait le plus enrager. Je veux pas croire que tu vas renoncer à ce que tu viens de me dire, je... tu veux pas renoncer à moi ? Mais putain mais bats-toi, bordel ! Bouge-toi le cul, apprends à te contrôle mais fais un truc ! Tu vas pas me dire que le petit génie du KGB que tu es n'est pas capable de maîtriser ça ? »

J'attrape son t-shirt par le col, le tire légèrement vers moi tout en me penchant en avant, mon visage à quelques centimètres du sien.

« Alors vas-y... dis-le moi... regarde-moi dans le blanc des yeux et dis-moi que tu vas te battre. Sinon c'est qu't'es vraiment qu'un lâche et que t'es prêt à souffrir simplement pour rester dans ta zone de confort. Mais putain, Dreï, par pitié, bats-toi... parce que s'il y a qu'avec moi que ça te fait ça, je vais finir par perdre espoir. »

Il sait très bien ce que je veux dire par là. J'ai placé beaucoup d'espoirs en lui mais je ne m'attends pas à ce qu'il soit fidèle. Il ne le sera jamais. Et si je peux me foutre royalement qu'il aille voir ailleurs tant que c'est simplement pour rassasier son appétit sexuel, je refuse qu'il me dise que je suis la seule qu'il ne peut pas toucher. Parce qu'il a besoin de ça, que j'ai besoin de ça, et que la distance ça rime avec ignorance, chez nous.

« Mais j'te préviens. Si tu me dis qu'il n'y a rien d'autre qu'un putain de désespoir entre nous, tu prends tes clic et tes clac et tu t'barres d'ici. »

Y a pas qu'un putain de désespoir. Y a bien plus et bien moins en même temps. Je lâche son t-shirt, me lève et me dirige à grand pas vers la cuisine pour chercher au fond d'un tiroir des sacs poubelle. Fais chier, y a vraiment rien qui va avec cette soirée. Je jette un rouleau de sacs poubelle à Andreï et m'agenouille près du corps pour commencer par envelopper son visage, que je ne supporte définitivement plus de voir sur mon tapis. Je n'ose même pas relever les yeux vers Andreï. Parce que je sais que s'il se lève pour récupérer ses affaires et s'en aller, il aurait gagné.

Que s'il se lève, y aura rien de plus que du désespoir et le désespoir, on le fuit.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Dim 13 Mai - 23:13

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Le désespoir. Il me prend à la gorge, comme un vieux tortionnaire revenu me tuer. M’arracher le peu que je construis. Le désespoir, mon plus vieil ami avec la colère. Un sacré couple d’enfoirés, qui m’ont saccagé, qui m’ont reconstruit, tous les deux à leur manière. Le désespoir détruit tout, fait table rase, pour que la colère puisse prendre ses aises, gonfler, enfler, tout consumer. Le désespoir brûle, et sur la terre brûlée, la colère reconstruit. Qu’est-ce qu’elle croit, Anya, qu’on peut faire autre chose ? Qu’on peut se faire confiance ? Qu’on peut aller de l’avant ? Je sais ce que je vais, je sais ce qu’elle veut, mais je sais aussi qu’il y a cette méfiance entre nous, entre elle et moi, que tous les beaux discours ne pourront pas effacer. Elle veut y aller étape par étape ? Et bien non. On n’est pas patient, on n’est pas suffisamment patient. Je ne suis pas suffisamment patient. Qu’est-ce qu’elle croit, que depuis cinquante ans, j’ai appris à y aller pas après pas, et pas à me jeter sur ce que je veux, prendre et arracher, pour m’enfuir après coup ? Je me mords la lèvre. A quoi est-ce qu’elle joue, à quoi est- ce qu’on joue, depuis qu’elle est rentrée, depuis que j’ai craqué ? Je suis désolé. C’est moi qui suis désolé, Nya. C’est moi qui suis désolé, à n’être toujours pas parti. A rester là, les bras ballants, à attendre que tu me retiennes. C’est moi qui suis désolé, à ne pas pouvoir me contrôler, à douter même d’en être un jour capable. J’ai trop faim, j’ai le meurtre et le vol trop ancrés dans mon âme pour m’en défaire si facilement. Regarde la nuque brisée du cadavre : ça ne m’a posé aucun problème. A quoi elle joue, avec son baratin de confiance ? Il n’y a pas de confiance à avoir. Il y a juste à espérer qu’à un moment donné, je suis suffisamment au fond du gouffre, empêtré dans la poix du désespoir, pour être immobilisé et n’avoir plus d’autre choix que de me contrôler. J’en viens à l’espérer, presque. A espérer le désespoir. Il n’y a pas de confiance, parce que la confiance, c’est la première chose qu’on sacrifie. Qu’on piétine, qu’on égorge, sans sourciller. Elle le sait, ça, non ? « Non, je le sais pas, non. » Mon regard se durcit. Le sien aussi. « La confiance, c'est la dernière chose qu'il me reste pour pas tout envoyer chier, Andreï. La confiance, c'est ce qui m'empêche tous les jours de te vendre à Georg, la confiance c'est ce qui me maintient en vie, la confiance c'est ce putain de concept que tu t'amuses à piétiner mais tu ne me l'ôteras pas. Alors tant pis pour toi si tu préfères pleurer sur ton sort. » Mes poings se serrent. Et dire que je pensais qu’elle allait me comprendre. Mais non. Là-dessus, nous ne nous ressemblons pas. Nous ne nous ressemblons plus. Là-dessus,… si je refuse qu’on s’appuie sur la confiance, est-ce qu’on peut au moins chercher à s’appuyer sur le désespoir, hein ? Je ne veux pas renoncer à elle, je le lui ai dit. Et je la tiens dans mes bras, partagé entre cet effort, entre cette volonté que je mobilise pour ne pas céder à la facilité et l’envie d’aller plus loin, d’aller trop vite. De partir, aussi. Il n’y a pas de confiance entre nous deux, contrairement à ce qu’elle peut croire. Elle a tort de me faire confiance. Vraiment tort.

J’ai tellement besoin d’elle, elle a le droit de se fier à mon désespoir, mais pas au reste. A rien d’autre. Je l’embrasse, je l’effleure. Ça, ça, elle peut faire confiance à tout ça. Elle peut faire confiance à mon obstination, au concret de mes mains qui trouvent leur chemin, à cette lueur d’angoisse et de désespoir que je n’arrive plus à étouffer, que je n’ai même plus envie d’étouffer, de cacher, de nier. Je l’ai au bord des lèvres, ce désespoir, je veux l’embrasser, comme j’embrasse Anya. Je veux le faire mieux, me laisser noyer dans ce désespoir pour qu’il n’y ait plus rien d’autre. Pour arrêter de lutter contre lui. Je sais pas parler, je ne sais pas lui expliquer ce que j’ai dans le crâne, elle ne comprend même pas quand j’essaye de lui dire que ça ne sert à rien d’espérer en moi. La violence, la violence et le concret, c’est ce qu’on connaît le mieux. Ses lèvres, sa peau, la chaleur de son souffle et de cette proximité, tentatrice, toxique, c’est ce qu’on connaît le mieux. C’est peut-être comme ça qu’on se connaît le mieux. « Tais-toi... » Qu’elle me dit ? « Okay. » que je réponds, avant de me laisser aller. D’oublier cette tension que je m’imposais, cette distance, cette retenue que je conservais. D’oublier un court instant, mais un instant de trop.
Une seconde, j’ai presque l’impression que c’est bon. Une autre, et tout se délite, tout recommence, repart de zéro : et je recule précipitamment, le souffle court, la rage aux lèvres, le poing serré de cette envie de frapper, et de frapper encore, quelqu’un, quelqu’un, quelque chose, j’en sais rien, mais de balancer toute ma colère et ma frustration contre un mur, pour disloquer mes phalanges, profiter de la douleur pour oublier le reste. Au lieu de quoi, je vire le cadavre dans un mouvement rageur, je me laisse tomber sur le canapé et je me prends la tête entre les mains. A quoi est-ce qu’on joue ?

Pourquoi est-ce qu’on s’obstine, pourquoi est-ce que je m’obstine ? Parce que je n’arrive pas à lui tourner le dos, parce qu’on a franchi un cap, que je n’arrive pas à revenir en arrière ? Parce qu’on est allé trop loin, trop loin dans je ne sais pas quoi, dans ce qu’elle appelle relation, mais qui n’est rien d’autre que le fantôme d’une amitié ? Pourquoi est-ce que je suis encore là, pourquoi est-ce que je reste dans le coin, alors qu’il est évident qu’il n’y a rien à tirer de tout ça, hein ? Et pourquoi, aussi pourquoi ces putains de larmes sur mes joues ? « Parce que c'est un jeu, pour toi ? » Je lève les yeux vers elle. « Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? » Ouais, qu’est-ce que ça pourrait être d’autre qu’un jeu dont on ne connaîtrait pas les règles, les foutues règles qui changent constamment ?

Ses paumes me repoussent, elle s’assoit sur mes genoux, et si j’ai envie de la virer de là, de l’écart de moi, elle m’en empêche vite fait. « Tu gardes tes mains où elles sont, tu la boucles et tu m'écoutes, c'est clair ? » Ouais, c’est plutôt clair. Je la foudroie du regard. « T'as l'air de quoi, à chialer comme un môme, hin ? On a l'air de quoi ? Putain, Dreï... regarde-nous... c'est le désespoir qui nous guide, et alors ? Tu fais chier avec ton défaitisme. On dirait que tu vas accepter les choses sans te battre et c'est ça qui me fait le plus enrager. Je veux pas croire que tu vas renoncer à ce que tu viens de me dire, je... tu veux pas renoncer à moi ? Mais putain mais bats-toi, bordel ! Bouge-toi le cul, apprends à te contrôle mais fais un truc ! Tu vas pas me dire que le petit génie du KGB que tu es n'est pas capable de maîtriser ça ? » Petit génie du KGB, mon cul, oui. Le petit génie, il en a ras le cul d’être dépassé, ras le cul d’être totalement paumé, ras le cul de ne plus avoir le moindre but, de ne plus avoir le moindre point de repère, le petit génie du KGB, il se demande parfois si ça ne serait pas plus simple de revenir lécher les pompes de Georg, juste histoire de ne plus avoir à réfléchir. Avant de se souvenir que ça serait signer son arrêt de mort. Le petit du KGB, il se laisse faire, quand elle me prend le col, qu’elle me tire vers elle, dans une proximité dangereuse. « Alors vas-y... dis-le moi... regarde-moi dans le blanc des yeux et dis-moi que tu vas te battre. Sinon c'est qu't'es vraiment qu'un lâche et que t'es prêt à souffrir simplement pour rester dans ta zone de confort. Mais putain, Dreï, par pitié, bats-toi... parce que s'il y a qu'avec moi que ça te fait ça, je vais finir par perdre espoir. » Perdre espoir ? Je la regarde dans l’blanc des yeux, comme elle me le demande, mais je contracte la mâchoire pour me retenir de lui cracher à la gueule que si elle n’a toujours pas perdu espoir, bah c’est peut-être parce qu’elle est tout simplement conne. Mais si je me retiens, c’est parce que je me rends compte que… ouais. Elle est la seule.

Elle est la seule avec laquelle ça me fait ça. J’ai jamais eu le moindre problème là-dessus avec Angie, par exemple. Seraphina, c’était autre chose encore, mais même pas de problème du même ordre. Il n’y a qu’avec Anya que ça me fait ça. Et je ne sais pas vraiment ce que ça signifie d’autre que putain, ça fait sacrément chier. Pourquoi est-ce que la seule que je veuille vraiment, et bien… je n’arrive pas à l’avoir, hein ? Pourquoi est-ce qu’il faut que ce soit ma meilleure amie que je tue à petit feu, à chaque fois que je me retrouve à la caresser, à l’embrasser ? Toujours plus rapidement, d’ailleurs ? Je me la ferme, parce qu’elle a raison. Et qu’elle n’apprécierait pas ce que je lui dirais si jamais je me décidais à ouvrir ma putain de gueule. « Mais j'te préviens. Si tu me dis qu'il n'y a rien d'autre qu'un putain de désespoir entre nous, tu prends tes clics et tes clac et tu t'barres d'ici. »

Elle me relâche brutalement, mon dos heurte le dossier du canapé, alors qu’elle se lève, qu’elle s’éloigne, qu’elle s’occupe de faire disparaître le cadavre dans ses sacs plastiques, selon le guide du petit manuel de l’assassin russe du vingtième siècle. Moi, je reste comme un con. Face à cet ultimatum qu’elle me donne. Enfin… est-ce qu’on peut vraiment appeler ça un ultimatum ? J’en sais rien. Je sais juste que… Est-ce que j’ai envie de me battre ? Je ne sais même pas pour quoi est-ce que je me battrais. Il n’y a rien qui ait une réalité propre. Et ça servirait à quoi ? Qu’est-ce que je veux avoir avec Anya, hein ? Qu’est-ce que je veux construire, je ne sais pas construire. Ce que je veux, c’est de ne pas me retrouver seul, une nouvelle fois. Mais est-ce que je peux me battre pour ne pas me retrouver seul ? Pourquoi me battre, au juste ? Pour qu’on puisse faire des galipettes, encore une fois, qu’on puisse s’embrasser, se toucher, sans ce que je ne manque de la tuer à chaque fois ? Et puis merde, pourquoi est-ce que ça aurait la moindre importance pour moi ? On n’est plus grand-chose, l’un pour l’autre. Elle est supposée me traquer pour le compte de Georg, je suis supposé la fuir, on n’a pas à bosser ensemble, on n’a pas à traîner ensemble, il n’y a rien qui nous oblige à traîner ensemble. Pourquoi est-ce que je suis revenu ? Elle me lance un rouleau de sacs poubelles, j’ai toujours pas bougé, et je le pose à côté de moi, avant d’appuyer mes coudes sur mes genoux, et mon menton sur mes mains croisées.

J’en sais rien. « S’il n’y a pas qu’un putain de désespoir pour nous attirer l’un vers l’autre, Anastasia, alors il y a quoi ? Hein, s’il n’y a pas ça, qu’est-ce qui nous attire, qu’est-ce qui nous pousse, qu’est-ce qui m’a poussé à venir ? » Et je suis sérieux. « Il n’y a pas de confiance, pas de mon côté. Et notre amitié… franchement, je ne sais pas ce qu’il en reste depuis le temps. J’ai beau y réfléchir, j’vois que l’désespoir qui soit assez fort pour nous mener vers l’un l’autre. C’est pas du défaitisme, c’est du réalisme. J’ai essayé, j’te jure, j’ai essayé de m’retenir. Mais s’embrasser, c’est bien mignon, mais on n’a pas huit ans. On va pas s’contenter d’ça et j’vois pas l’intérêt d’se contenter d’ça. On va forcément vouloir aller plus loin. Et quand on va plus loin, on voit c’que ça donne. Alors donne moi une bonne raison de ne pas prendre mes cliques et mes claques. Parce que je supporterai pas de te voir sans te toucher. J’ai jamais vraiment pu. J’veux pas qu’tu sois qu’un étrangère à distance. J’te jure, c’pas du défaitisme, c’de la lucidité. Quand j’suis seul j’suis désespéré. Quand t’es pas là je suis désespéré. » Je me lève pour me rapprocher d’elle. « Quand j’ai droit à la peur dans ton regard, j’suis désespéré. Le seul moment où je me sens complet, c’est quand j’suis dans tes bras, quand je te tiens la main, quand je me rends compte que toi, au moins, t’es là, qu’tu m’comprends. C’est le désespoir qui m’pousse vers toi, parce que quand t’es pas là, il est omniprésent. Alors j’peux pas envisager de rester, et de vous faire cohabiter, lui et toi. » Et quand je dis ça, je me rends compte qu’au fond, j’ai déjà pris ma décision : me casser.

La laisser.
En espérant qu’après un mois, deux mois, un an, trois ans, tout redeviendra comme avant, comme avant qu’elle revienne dans ma vie et qu’elle m’oblige à me rendre compte de tout ce qui me manquait vraiment.

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MessageSujet: Re: Andranya | Love while the night still hides the withering dawn   Lun 14 Mai - 19:56

Love while the night still hides the withering dawn

Anastasia & Andreï

Il me semble si loin, le moment d'insouciance, le moment d'égarement de la dernière fois... comme s'il n'avait été qu'un rêve, une putain d'hallucination provoquée par mon esprit malade d'amour et de désespoir. J'ai même envie que ce moment n'est jamais existé, qu'on en soit toujours à se chercher, à se jauger... seulement voilà : la réalité est une immonde garce qui préfère me vomir à la gueule plutôt que de m'épargne pour une fois dans ma trop longue existence. Quand Andreï ne faisait qu'un avec le rat, c'était facile, presque trop, même, de me perdre dans ses bras parce que... parmi nos multiples points communs, c'était le plus tangible. Le rat, le coyote, deux métamorphes enchaînés au même putain de sorcier. Aujourd'hui, Andreï est... autre chose. Une autre chose qui ne veut pas de moi dans sa vie. J'ai presque l'impression que c'est pire encore que s'il me repoussait car ses gestes, la douceur de ses mains sur mon corps, la chaleur de ses baisers sur mes lèvres et ses mots qui me font frissonner sont bien tangibles, eux. Ils sont palpables, ils sont présents, vils et tentateurs. S'il me repoussait, je saurais à quoi m'en tenir mais là, je ne peux qu'assister, impuissante, à son incapacité à sortir la tête du sable. Andreï est une putain d'autruche qui préfère me baver des conneries de perte de contrôle et de désespoir plutôt que de me promettre de tout faire pour changer ça. Est-il devenu lâche au point qu'il n'a plus envie de se battre contre quoi que ce soit ? Qu'est-il devenu, l'impitoyable assassin qui allait au combat le sourire aux lèvres et la désinvolture dans le regard ? Qui est donc ce fantôme qui pleure et geint sur mon canapé, sinon une pâle copie de l'homme que j'ai toujours aimé ? Est-ce qu'au fond, je ne m'acharne pas à vouloir l'idéaliser, à vouloir qu'il redevienne comme avant alors qu'il est évident qu'il a changé ? Pire... suis-je encore capable de l'aimer autant s'il n'est plus que l'ombre de lui-même ? Ces conclusions me font frissonner et je continue de m'acharner sur le cadavre de Steve, que je ne peux définitivement plus voir. Peut-être est-ce moi qui ai trop changé. Moi qui suis devenue trop sauvage, à l'instar du coyote. Mais je n'ai pas envie qu'Andreï s'en aille car s'il part, il me laissera seule une fois de plus. Elle me rend malade, cette solitude, elle m'écœure, me donne envie de vomir et me terrorise à la fois. Après tout, Georg a raison : on est toujours seul, quand l'heure sonne. Si Andreï passe la porte d'entrée, il n'y aura plus que Georg pour me connaître assez et ça, c'est loin d'être encourageant : s'il s'en va, je sais qu'elle disparaîtra, l'énergie que je déploie depuis quelques semaines pour tenir tête à Georg. S'il s'en va, l'autre fou aura le plaisir d'avoir à nouveau affaire à un docile animal bien dressé et ça... ça me fait chier. Si Andreï s'en va, je n'aurai définitivement plus personne à aimer et si l'on n'aime pas, à quoi bon haïr ? Je déroule sac après sac, enveloppe religieusement le corps mais à aucun moment je ne relève les yeux vers Andreï.

Ses premiers mots me crispent et il me faut toute l'énergie du monde pour ne pas lui hurler des insanités au visage tant il m'écœure avec son putain de défaitisme de dépressif. Mais plus il parle, plus son discours évolue, plus les larmes coulent sur mon visage sans que je puisse les arrêter. Je me rends compte que ses mots sont les plus doux qu'il ait jamais prononcé à mon égard. Ça ressemble à la déclaration d'affection – n'allons pas jusqu'à parler d'amour – d'un adolescent complètement paumé pour sa copine d'enfance. Parce que c'est ce qu'on est, Andreï, hein ? Des copains d'enfance, des compagnons de galère, unis dans la misère comme dans le sang. Tu t'es jamais demandé ce qu'on serait devenus, toi et moi, si on ne s'était pas rencontrés ? Parce que moi si. Et l'image que je me fais de moi sans toi, elle est loin d'être belle à voir. J'ai envie d'y croire, à ses mots, et l'espoir qui enfle dans ma poitrine fait battre mon cœur à un rythme effréné, jusqu'à ce que tout retombe. Jusqu'à ce qu'il m'achève de la plus cruelle des manières qui soit en m'annonçant que malgré toutes ces belles paroles, le désespoir l'emporte sur le reste.

L'air me manque, les sanglots m'empêchent de respirer correctement et je sens monter une chose à laquelle je ne suis pas familière : la crise de panique. Je tremble, me prends la tête entre les mains et hurlerais bien si je n'avais pas la gorge complètement obstruée par la peur. J'ai même l'espoir qu'il s'en aille maintenant et me laisse seule avec son désespoir, l'invité surprise qu'il m'impose, mais il reste là, planté comme un con au milieu de mon salon. Ce n'est qu'au bout d'une poignée de minutes interminables que je parviens à maîtriser les sanglots et à me lever. Tout mon corps tremble et il me faut prendre appui sur le dossier d'un fauteuil pour ne pas tomber mais les larmes se sont arrêtées. Lorsque je relève enfin les yeux vers Andreï, il n'y a ni tristesse, ni détermination ni même colère dans mon regard. Y a plus que de la résignation.

Andreï vient de me briser le cœur pour la seconde fois.

« Tu penses être le seul à vivre les choses de cette manière, Andreï ? Tu te trompes... Je ne sais pas ce qui t'attire ici, je ne sais pas non plus ce qui t'a poussé à venir. Ou plutôt si. Je le sais. Mais tu refuses de l'entendre. Moi je sais ce qui m'attire vers toi, je sais pourquoi je ne peux pas te haïr ni t'ignorer, je sais pourquoi tu es mon plus grand point faible. Anastasia n'existe pas sans Andreï, c'est aussi simple que ça. Tu ne vois donc pas ? On nous a brisés et il n'y a que dans tes bras, sous tes baisers et tes caresses que je me sens vivre, qu'en ta présence que j'ai le sentiment d'être autre chose qu'une arme dans la main d'un fou. Mais je préfère cent fois n'être que la moitié d'une âme plutôt que de te laisser continuellement piétiner ce qu'il reste de moi. Si tu n'es pas capable de te dresser contre le désespoir, alors vas-t-en. Si je ne suis qu'un remède passager contre ton désespoir, alors vas-t-en. Parce que j'suis pas ce remède. Je suis aussi perdue et brisée que toi, Andreï, et tu devrais commencer par te demander pourquoi c'est en ma présence que tu perds le contrôle. À mon avis, y a bien plus que du désespoir. Maintenant, je te souhaite de le vaincre, cet enfoiré de désespoir qui te fais perdre les pédales. Mais garde bien à l'esprit que lorsque tu l'auras mis à terre, je ne serai pas là pour t'accueillir. C'était la fois de trop et je ne supporte plus cette situation. Je ne t'attendrai pas, Andreï, c'est fini, ça fait trop mal et... laisse tomber. Maintenant, puisque tu as l'air de ne pas savoir quoi faire, vas-t-en, s'il-te-plaît ? Et emporte Steve avec toi, c'est à toi de ramasser tes merdes. »

J'ai dit tout ça sur un ton si monocorde et anesthésié que j'ai l'impression que c'est une autre personne qui vient de parler. C'est fini et pourtant, je suis incapable de lui dire un mot aussi simple qu'adieu. Incapable d'inscrire ce point final à notre histoire, incapable de lui hurler dessus, incapable d'être habitée par autre chose qu'un immense sentiment de... désespoir. Toujours lui. Je n'ai même pas envie de jalouser Andreï et de lui cracher au visage qu'il saura bien se reconstruire dans les bras de la première truie venue. Ses mots m'ont véritablement touchée et s'ils sont le symbole d'une ultime rupture entre nous, je vais les chérir, les aimer et les garder en mémoire aussi longtemps que possible. Ce soir, sous couvert du désespoir, Andreï m'a dit ce qui ressemble le plus à un « je t'aime » et ça n'a pas de prix, même si c'est moi qui me fais des idées. Elles sont belles, ses larmes, il est beau, Andreï... et moi je suis pathétique lorsque je le contourne pour disparaître dans ma chambre et le laisser en plan dans le salon.

Je suis tout aussi pathétique lorsque mon désespoir se mue en colère et qu'un hurlement trop longtemps contenu me déchire la gorge. Mes genoux heurtent le sol et, lorsque le cri se change en un glapissement animal, c'est le coyote qui prend ma place. Je t'ai haï, stupide animal mais aujourd'hui, il n'y a que sous ta peau que je me sens moins vulnérable. Il n'y a qu'à travers tes yeux que je vois le monde moins terne qu'il ne l'est. Il n'y a qu'avec tes pattes que j'ai le sentiment de pouvoir le fuir, ce désespoir dont Andreï semble s'être épris.

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