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 Pulling the trigger ϟ Joseph

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SUCKER FOR PAIN

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↳ Playlist : Champion - Barns Courtney || The devil you know - X Ambassadors || Whatever it takes - Imagine Dragons || Legend - The Score || Born for this - Royal Deluxe || Feel Invincible - Skillet || Castle - Halsey || Paint it Black - Ciara
↳ Citation : It's the battle within the good and the sin. With both sides standing strong. It's the permanent scars. How broken we are. It's the things that hurt us all.
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MessageSujet: Pulling the trigger ϟ Joseph   Ven 23 Mar - 5:13



Pulling the trigger

Joseph Townsend & Nicholas Townsend

When i was a child, i heard voices. Some would sing and some would scream. Don't you ever tame your demons. But always keep them on a leash. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Storyville, une pomme faisandée jusqu'au trognon. Un quartier bordélique, parasité par les saletés, les racailles, encrassé jusqu’à la rognure. La laideur personnifiée, ce patelin, à l’image de cette merdaille qui gommait à sa cervelle. Écho de cette folie sinueuse qui rampait sous son derme jusqu’à lui ronger les os. Raison pour laquelle il s’y sentait à sa place, sans doute. Comme du papier-cul dans une chiotte. Encore une fois, le monde avait tangué. Là, tout au fond de ses cervicales, l’engrenage s’était enrayé, et la cohérence avait pris la tangente beaucoup trop loin pour qu’il puisse la rattraper. Depuis l'aube, il ne faisait qu’errer, emmuré entre la réalité et l’utopie, inapte à saisir la gravité de ses actes, ni la duperie fomentée par sa propre démence. Il avait l’œil aussi égaré que celui d'un junkie et pourtant, il était loin de délirer sous l'emprise d'un quelconque psychotrope. Y a pas de raison, j'suis juste cinglé. Ce qu'il nommait folie avait un nom : Schizophrénie Dysthymique. Délires, hallucinations, pensées, paroles, comportement, foncièrement désorganisés, et autres symptômes négatifs qu'il préférait tout simplement ignorer. Cette belle merde de maladie lui collait à la peau depuis la puberté et avait majoré au fil du temps, l'obligeant à ingérer régulièrement des neuroleptiques et des antidépresseurs afin d'endiguer les symptômes, du moins, les minimiser. Mais tout avait changé dès l'instant où il s'était mué en fléau dévoreur d'énergie. Les médications étaient devenues inefficaces ou perduraient qu'un court laps de temps, même en gobant une dose plus impressionnante. Néanmoins, les changements physiologiques avaient également engendré des inconstances au sein de ses épisodes de crises. Des heures, des jours, parfois des mois, pouvaient s'étioler sans qu'il ne dérape, comme si cette gangrène sommeillait sagement entre ses tempes, pour ensuite revenir abruptement à la charge, aussi dévastatrice qu'un boulet de canon défonçant une fortification que l'on croyait indéfectible. Et aujourd'hui, le boulet l'avait cinglé de plein fouet, le propulsant dans les abysses d'une cervelle plutôt mal foutue.

Sans justification rationnelle, il s'était retrouvé à sillonner Storyville, déphasé et disparate, fumant clope après clope, à seulement arpenter les trottoirs amochés sans destination précise. Les heures s'étaient cumulées avant qu'il ne s'enlise dans les entrailles d'une charmille douteuse, s'échouant quelque part entre une benne à ordures et un amas de... saloperies non-identifiables. Il avait tenté de fuir les murmures, ces chuchotements incessants qui se plaisaient à lui labourer le crâne. Ces voix railleuses, grinçantes, qu'il avait cru suinter des murs de son appartement. Impossible de les faire taire, alors il avait déserté les lieux, absence de logique le portant à croire que cette solution allait y remédier. Mais échec. Elles arrêtent jamais de piailler. Putain, j'en ai marre. J'crois que j'vais m'flinguer. C'était une idée judicieuse : une fois mort, il n'entendrait plus rien. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait de mettre un terme à cette galère perpétuelle. Il avait un revolver niché à sa ceinture, dissimulé sous sa veste, chargé et prêt à servir. Il ne lui restait plus qu'à caler le canon contre sa tempe et appuyer sur la détente. Rapide. Efficace. Sans souffrance...

Sa main dégaine l'arme et ses orbes azuréens la lorgnent un instant, contemplation morbide de la bête qui lui fera bouffer des pissenlits par la racine. Il ne craignait pas la mort et l'avait souvent cherché. Il n'arrivait plus à compter les fois où il l'avait effleuré du bout des doigts, si près de l'atteindre sans toutefois s'y agripper. Pourtant, rien ne le retenait ici... sauf elle. Le blond tressaille lorsque les traits et sillons d'un visage familier s'ébauchent à sa mémoire, apparition angélique au creux de ses ténèbres. Dès qu'il songeait à en finir, c'est le minois attendrissant d'Aimee qui venait hanter sa conscience affligée. Il finissait par repousser l'instant fatidique, seulement par crainte de la laisser seule dans ce monde merdique. M'en veux pas, mais parfois, j'aimerais que t'existes plus. Ce serait tellement plus simple. Tellement moins pénible. J'aurais qu'à m'faire baiser par la faucheuse sans penser à rien d'autre. Son dos se heurte contre un mur érodé, bras retombant mollement le long de son corps, furtif instant de lucidité lui remémorant qu'il avait fait la promesse à Aimee de ne jamais l'abandonner. Un soupir las fend ses lippes tandis qu'il range le flingue, tentant de reprendre le contrôle de lui-même, de reconquérir cette inhérence qu'il avait exilé depuis de nombreuses heures d'affilées. Retourner au bercail serait l'option la plus raisonnable. Y retourner et s'y barricader jusqu'à ce que ses maux s'apaisent. S'isoler pour éviter de commettre des bévues qu'il allait irréfutablement regretter. Mais la raison... lui échappait complètement.

Alors il reste là, dans cette ruelle déglinguée, terré dans la pénombre, patientant la venue du moment où le chaos allait enfin se dissiper. D'un geste mécanique, il extirpe son paquet de clopes afin d'en fumer une, les yeux hagards et les neurones toujours aussi empoissés par la folie qui poursuit à le consumer. Pourtant, malgré le tourbillon infernal qui lui décape l'encéphale, le bruit de pas sur le bitume à sa proximité ne lui échappe pas. Le Townsend se braque et range rapidement ses clopes, se calant davantage contre le mur afin de ne pas se faire repérer. Tire-toi. Fous-moi la paix. Il était persuadé que c'était la prostituée qui l'avait abordé un peu plus tôt qui revenait pour lui offrir ses chaleureux services, seconde tentative qui n'aurait que pour résultat un nouveau refus. Nerveux, il s'agite, plissant les yeux afin de détailler la silhouette, qui lentement se précise à son regard incertain. Ce n'était pas une catin, mais un homme. Une démarche lente, mais assurée. Une charpente massive et imposante. Et son faciès... son faciès était celui d'un spectre qu'il croyait avoir exorcisé depuis longtemps. Joseph.

Les hasards trahissaient les plus fourbes et les yeux s’ouvraient enfin à ces vérités amères, ces évidences aussi salvatrices que vomitives. Le passé ressurgissait, telle une bombe incendiaire, embrasant cette fébrile insanité en son sillage. Joseph passait tranquillement son chemin, ignorant la présence de son cadet non loin. C'est un revenant. Un ressuscité. Alléluia, p’tit con d'enfoiré. Joseph, si inhumain qu'il ne s'était pas donné la peine de les retrouver, ne serait-ce que pour apaiser le chagrin et les inquiétudes d'Amberly. Sale pourriture ambulante qui méritait de cramer en enfer. Les zygomatiques se crispent, le corps s'étarque, la furie palpite dans les artères, elle chevauche dangereusement l'insanité. En un temps record, le revolver retrouve la place au creux de sa paume et c'est d'une démarche corrosive qu'il se presse à le traquer. J'vais te tuer, Joseph. J'vais tellement t'éclater la gueule qu'on pourra en faire du potage pour cabot galeux. Sombre et désertique, la ruelle s'anime de leurs pas en tandem, et le blond ne prend pas la peine d'être discret, poussant même jusqu'à shooter de son pied un bout de ferraille rouillé afin d'attirer son attention. Tourne-toi que j'puisse regarder ta face de rat. Et il se retourne, l'hypocrite, affrontant pour la première fois en dix années le visage courroucé du cadet. L'arme qu'il tient en main se braque résolument en sa direction et sa furie est si ardente qu'il doit se contenir pour ne pas appuyer maintenant sur la gâchette.

Alors, elle est belle la vie, p'tit salaud ? Hm ?! J'espère que t'as bien profité, parce que c'est cette nuit qu'elle s'achève, ta putain d'vie., siffle-t-il, les babines retroussées, l'iris embrasé par la hargne. Entre là-dedans, on va discuter un peu tous les deux.

D'un mouvement vif du menton, il lui désigne la porte détériorée d'un restaurant à l'abandon, lieu désormais insalubre, fréquenté par la crasse, la poussière, et la vermine. Il semble hésiter, Joseph, et le blond s'impatiente.

Évite d'me mettre au défi, parce que j'hésiterai pas à plomber ta tête de pioche. Et juste pour être certain que tu comprennes bien, j'vais t'montrer à quel point j'suis sérieux.

Sans préavis, il appuie sur la détente. L'arme crache son venin, projectile sifflant à vive allure, écorchant à vif le bras de l'aîné. Une égratignure au bras droit, rien de dramatique, mais amplement suffisant pour occasionner une lésion et un peu de douleur. La balle n'avait pas perforé la chair, elle l'avait uniquement abîmé en surface. Le blond esquisse une moue effrontément désappointée, hochant lentement la tête.

Eh bah, faut croire que t'as d'la chance. J'visais l'cœur. Quoique... t'en as un ? J'crois pas, en fait. Bon, sinon, tu veux que j'te montre encore ou tu la bouges, ta carcasse, trou du cul ?

Que de mots doux et affectueux en cette nuit calme et paisible.
Qui s'y frotte s'y pique, asshole.
T'avais qu'à pas agir comme un con.


(C) MR. CHAOTIK



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It's not just a phase. Now let me explain. I'm working through some shit. Sometimes I'm medicated. It's hard to relay. The thoughts in my brain. It never goes the way that you planned. Don't know how to say it.+ buckaroo.


Dernière édition par Nicholas Townsend le Ven 27 Avr - 2:18, édité 10 fois
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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Re: Pulling the trigger ϟ Joseph   Mar 27 Mar - 0:14




Pulling the trigger

Nicholas & Joseph

While all around you, the buildings sway,
You sing it out loud, "Who made us this way?"

Je ne sais plus si le bourdonnement s'étiole ou si je m'y habitue simplement. J'imagine qu'il erre toujours dans mon esprit, envahit tant les recoins de mon crâne que je ne l'entends plus. L'être humain est fascinant en ce qu'il sait si bien s'adapter à toutes les situations, n'est-ce pas ? Les circuits que l'on imprime sans même le savoir, ces réflexes inconscients dont on se dote naturellement, comme s'ils étaient inscrits dans la génétique. Fascinant, et si pratique. Parfois, il faut forcer un peu pour écrire de nouvelles habitudes, ou passer son temps à refermer une case dont le couvercle ne fait que sauter. Un peu de bonheur liquide, de ceux que l'on trouve en bouteille, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Crois-le mon pote, ça deviendra réel.
Il n'y a d'inscrit dans ma génétique que la lâcheté, la fuite, et ce goût trop prononcé pour l'alcool. Aucun réflexe, si ce n'est celui de me détourner des soucis. Tout le reste n'est qu'illusions et mensonges éhontés, répétés jusqu'à ce qu'ils frôlent la vérité.
Le bruit de mes pas sur le pavé souillé de la rue est empreint de solitude ; exceptionnellement, la chienne ne m'accompagne pas, aujourd'hui. L'esprit la visualise, masse musculeuse alanguie sur le sol du club, un œil tourné vers la porte, guettant mon retour. Je ne pensais pas m'attacher à cette bête, dont la compagnie est finalement plus plaisante que celle de mes congénères.

La solitude est anéantie lorsqu'un bruit métallique résonne dans la ruelle.
Il est là. Une déglutition est forcée, déjà douloureuse dans la trachée. Le palpitant s'énerve immédiatement dans la poitrine, les cils se rejoignent avec précipitation. Les prunelles se jettent sur l'arme qui me fait face, s'élève entre le fantôme d'un frère et ma propre silhouette. Il y a trop d'informations à ingurgiter et je n'en avale, pour l'instant, qu'une seule. L'arme braquée sur moi éveille mes sens et achève d'exciter les battements de mon cœur. Enfoiré, il est bien là, à me menacer d'une arme. La colère rugit dans mes entrailles et me lèche la peau. Alors seulement je distingue son visage, la blondeur volée à notre génitrice, les yeux bleus que je devine à cette distance. Nous avons changé tous les deux, me dis-je avec évidence. Lorsqu'il s'exprime, le son de sa voix m'arrache un frisson, puis deux. Longs, interminables. Les prunelles suivent le mouvement de son visage et un coup d’œil est lancé au lieu insalubre dans lequel il m'invite. Immobile, silencieux, je me remets à l'observer. Combien de fois les menaces de mort se sont-elles seulement incrustées dans nos paroles, songes, rêves ?
Aussi, je considère que celle-ci ne m'impressionne pas plus que ça et me prépare à rétorquer quelque chose ; mais les lèvres sont scellées et la bouche est sèche. Dans la gorge, pas l'ombre d'une parole. Seulement cette masse horrible, douloureuse, qui enfle à n'en plus finir. Comme lorsque j'ai revu Amber. Dans les entrailles, cette même honte, cette même souffrance. Peut-être faudrait-il esquisser l'ébauche d'une excuse, une justification, n'importe quoi.

Les menaces reprennent, et sont mises en application sans plus d'avertissement. La balle siffle et tranche l'air ; beuglant autant de douleur que de surprise, je porte aussitôt la main à la peau meurtrie. La brûlure irradie, ronge les nerfs de mon bras et je presse les doigts sur ce que je pense être une vraie blessure. Prolixe, il prend la peine de poursuivre ses humiliations et sa voix, soudain, m'insupporte. « Ta gueule, putain de connard ! Sale con, tu m'as tiré d'ssus, j'y crois pas ! »
Ce connard serait capable de me plomber, de toute évidence, et je me décide à m'approcher, avec prudence dorénavant. Relâchant légèrement la pression de mes doigts sur le bras, je ne suis pour l'heure confronté qu'à une brûlure lancinante. À quelques mètres de lui, je me stoppe et l'observe. Il n'a pas vraiment changé, le con. J'avais oublié qu'il était si grand, qu'il avait ces épaules et cette carrure. En ce qui me concerne, il ne m'a jamais vraiment connu avec cette stature. Peut-être a-t-il encore le souvenir du fantôme toxico d'autrefois. Pour ne pas brusquer sa paranoïa, je reprends presque aussitôt ma progression et cesse d'appuyer sur la plaie – le sang ne macule pas mes doigts. D'ailleurs, la douleur n'est pas si terrible. J'en conclus que la plaie n'est pas profonde. Connard.

La porte s'ouvre sans difficulté. Le lieu doit être fréquenté par les miséreux du coin. Un soupir se meurt dans ma poitrine – et maintenant ?
Les pensées se hâtent dans mon esprit, et le bourdonnement est définitivement là. Il était vain, voire candide, d'avoir pu imaginer le contraire. Fort heureusement, je ne me suis pas fourvoyé sur mon frère. La chair meurtrie est lancinante et je me retourne lorsque Nicholas s'enfonce dans la pièce sombre. Dans les quelques rayons de lumière filtrant à travers les fenêtre crasseuses, la poussière se dévoile, danse dans l'atmosphère avec lenteur. Inconsciente de la folie qui hante ses murs maintenant que Nicholas est là, ignorant tout de la haine qui bout dans mes veines – et dans les siennes, à n'en pas douter. « T'es toujours aussi taré qu'avant, pauvre malade. Et maintenant, quoi ? Tu vas m'faire quoi ? » Dans la semi-obscurité, les prunelles cherchent les siennes. La vue de son visage est douloureuse. Je n'ai jamais su si je le déteste ou si je l'aime profondément. Aujourd'hui encore, il n'y a que la raison qui me pousse à croire que je l'aime, tout simplement parce qu'il est mon frère.
Si j'ai fait vivre des saloperies à Amberly, il a également eu son lot de mauvaises surprises à mes côtés. Cette situation merdique, cette position misérable, je les mérite indéniablement. Peut-être que ça n'était qu'une question de mois, d'années. Je n'évolue plus depuis longtemps, arraché aux miens. Ensemble, il est presque impossible de s'épanouir ; séparés, les chances de s'en sortir sont nulles. Dans sa cage, le cœur continue de battre plus vite à chaque instant. La douleur cuisante de mon bras est une brûlure qui me lèche à intervalles réguliers, pour me rappeler que ce cinglé m'a tiré dessus, presque sans raison. Presque.

Puisque je pense à Amberly, son visage s'impose dans un recoin poussiéreux des vestiges du restaurant. Jamais un reproche n'aura pu l'atteindre, cette vierge immaculée. Mais celui qui me fait face est un ramassis de blâmes et remords en tout genre. Pour la plupart, il n'est même pas responsable, à commencer par cet esprit malade, souillé à la moelle depuis toujours. Inutile de lui demander s'il prend ses médicaments, il croira que j'essaie de faire la conversation, de gagner du temps. Et puis, la réponse me semble évidente.
Tandis que j'espère qu'il n'essaie pas de me buter en pleine possession de ses moyens, un profond soupir s'extirpe hors de mes lèvres. « Qu'est-ce que tu veux que j'te dise ? C'que j'ai pas pu dire à Amber ? Que j'aurais pas du, que j'savais pas comment faire, qu'avec toute cette merde ça m'semblait être la meilleure chose à faire ? Me tirer était encore le mieux pour vous. Enfin, pour c'que ça t'a servi... »

Je hausse les épaules. Le monstre, piqué au vif depuis quelques minutes, rôde dans mes entrailles et ses murmures doucereux m'atteignent sans difficulté. Amberly. « Elle avait hâte qu'on s'retrouve, Amber. J'aimerais avoir sa candeur. J'lui ai dit que... » Une pause. « Elle t'a dit qu'on s'est croisés, l'autre jour ? Et que j'lui ai dit que revoir ta sale gueule m'avait jamais intéressé ? »
Le mensonge roule sur ma langue, perle d'amertume dans cette situation ridicule. Comme s'il fallait encore le provoquer, ce taré.
(c) DΛNDELION

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MessageSujet: Re: Pulling the trigger ϟ Joseph   Dim 8 Avr - 17:34



Pulling the trigger

Joseph Townsend & Nicholas Townsend

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Le monde avait changé... mais rien n'avait réellement changé. Lui, était toujours le même. Lui, Joseph. Il n'avait plus rien du type rachitique camé d'autrefois, non. Maintenant, il était baraqué et grand. Sa barbe plus fournie, sa gueule plus masculine. Mais, il n'avait pas changé. Il pouvait encore discerner les singularités dans son regard. Ses deux mirettes aussi aigres que celles du maudit paternel. Ses iris blindés de reproches et de mépris, qu'il n'avait jamais supporté de sonder. Les mêmes yeux mitraillettes. Toujours les mêmes. Nicholas se moque de ses complaintes, de son langage ordurier, il avait l'habitude de l'entendre beugler comme une bête enragée. Ces accoutumances ne se perdaient pas, même après tout ce temps. La peau trouée ou non, Joseph bramait pour tout et rien. Pathétique rengaine qui ne risquait pas de s'achever. À moins que j'décide de t'achever, toi. La colère gronde tandis que l'affection fraternelle se planque dans les bas-fonds d'une âme ulcérée par les regrets et l'amertume. Il ne veut ni penser, ni ressentir, et refuse catégoriquement de l'aimer, ce bâtard. Même si le palpitant déraille dans le poitrail. Même si de le voir vivant semblait subitement combler un manque incohérent, là, tout au fond... D'un pas mécanique, il passe le seuil d'un restaurant sibyllin dont les murs sont en brisures détachées. Un terne mirage d'un temps révolu qui n'avait plus rien d'humain, tout comme lui, qui avait l'impression de n'être qu'une machine dont seule la folie parvenait à en carburer les rouages.  

« T'es toujours aussi taré qu'avant, pauvre malade.
Et maintenant, quoi ? Tu vas m'faire quoi ? »

J'sais pas encore. , marmonne le blond d'une inflexion sinistre, conservant au creux de sa paluche le revolver, toujours à vriller sa cible de l’œil de son canon.

Nicholas ne savait jamais quoi faire. Ne l'avait jamais su. Ne le saurait sans doute jamais. Nicholas, ce pauvre désaxé perpétuellement enclavé entre deux extrêmes, naviguant entre deux rives sans jamais parvenir à choisir une destination spécifique où accoster. Il se laissait mystifier par cette languissante psychose, sans se soucier du reste. Peu importe où elle allait le porter, en autant qu'il esquive cette lancinante réalité qu'il ne parvenait plus à tolérer. Alors il se laisse sombrer, laisse les parasites grignoter sa cervelle et ne tente plus de se harponner au rationnel, au réel. Mais il parle encore, le lâche, lui balance des conneries, s'acharnant à ébranler ce confort déviant dans lequel il s'était lové pour en attiser les démons stagnants. J'veux que tu m'dises pourquoi t'es aussi lâche. Pourquoi t'es aussi con. Ses prétextes ne valaient rien, des justifications dignes d'un couard. À croire que ce crétin avait la science infuse de ce qui était bien ou non pour lui et Aimee. Tu sais rien et tu connais rien. Tout c'qui sort de ta gueule vaut pas mieux que d'la chiasse. Cependant, Nicholas reste mutique, laissant les paroles de l'hypocrite serpenter au creux d'une oreille pour trouver rapidement une sortie de l'autre. J'ai pas envie de t'écouter. J'sais pas pourquoi j'ai pas encore appuyé une seconde fois sur la détente pour en finir.

« Elle avait hâte qu'on s'retrouve, Aimee. J'aimerais avoir sa candeur. J'lui ai dit que... Elle t'a dit qu'on s'est croisés, l'autre jour ? Et que j'lui ai dit que revoir ta sale gueule m'avait jamais intéressé ? »

Le temps se fige et le cœur pantelant s'enraye sous la peau tendue. La mémoire calque les paroles dérangeantes et accablantes, celles qui esquintent l'indifférence qu'il croyait jusqu'alors inaltérable. Le blond vacille, l'œil embrumé, posant une main maladroite contre l'embrasure d'une porte élimée. La tragédie s'impose au fond du crâne, s'y fraye un chemin cauteleux, ébauche les traits d'un frère qui ne l'avait jamais été, gisant là en plein centre d'un restaurant bordélique, sur un sol tapissé d'un gris cendreux, et sa sale carcasse auréolée d'une écarlate suintant l'agonie. La mort à l'âme. La mort pour vengeance. La mort pour l'affliction qu'il faisait à nouveau naître sous sa chair, au creux des nerfs, partout, dans chaque membrane. Tu mérites de crever, Jo'. Tu mérites de crever... comme moi j'crève au-dedans. Mais la désolation qui l'assaille dérive rapidement, laissant place à la rancœur, lamentable subterfuge pour terrasser ce sentiment écœurant de rejet. Le même. Toujours le même. Il reste stoïque, le blond, le faciès aussi marmoréen qu'un glacier du grand nord. Pourtant, l'âme crépite comme du magma en fusion, prêt à tout cramer sous son passage. Les paroles acidulées de Joseph lui avaient crevé le peu d'espoir qu'il avait encore de réaliser un jour qu'il avait un vrai frère et non une misérable caricature. Et la révélation concernant sa rencontre avec Aimee, lui donnait la furieuse envie de gerber. Putain, j'y crois pas. T'es vraiment une saloperie qui mérite rien. Après tout c'temps... t'as pas d'coeur. T'es pas humain. Non, t'es pas humain.

Il ignorait si sa croisée de chemins avec Aimee était hasardeuse ou non, mais il s'en moquait. Il estimait qu'il n'avait aucun droit de s'imposer alors qu'ils... alors qu'ils l'avaient cru mort. Dix années où il avait dû supporter le chagrin dans le regard de sa Luciole à chaque fois qu'elle avait prononcé son nom. Cette indicible tristesse voilant les traits délicats de son minois lorsque ses iris erraient vers l'extérieur, espérant bêtement qu'il reviendrait, qu'il soit toujours en vie. Et lui, sale ordure qu'il était, n'avait jamais daigné se dévoiler, ne serait-ce qu'une seule minute pour apaiser ses tourments, la réconforter. Va au diable. Un rire s'éjecte hors de son gosier, rauque et grinçant, sombre présage d'une riposte carnassière sur le point d'éclore.

Tu crois que j'avais envie d'revoir ta trogne de raté ? Non, en fait... t'es vraiment la dernière personne que j'aurais voulu revoir en vie devant moi. Alors, t'inquiètes, c'est réciproque. Et comme tu l'dis si bien, Aimee est un peu crédule... mais moi, j'le suis pas. Nope, moi, j'sais que t'es une vraie merde et j'suis pas naïf au point d'croire que tu changeras un jour. Après tout, un bon à rien reste un bon à rien. Y a qu'à t'regarder pour comprendre.

Paroles piquantes, acérées, mots bilieux pour provoquer, pour frapper là où ça fait mal. Mais ce n'était pas suffisant. Non. Il avait besoin davantage pour calmer la souffrance qu'il provoquait, ce con. Joseph ne comprenait jamais rien. N'avait jamais essayé de comprendre. J'vais t'faire comprendre, tu vas tout capter. Il hausse calmement les épaules et fait mine de réfléchir quelques secondes avant de reprendre, d'une voix morne, impavide, dénuée de chaleur humaine.

Ouais... j'suis un raté moi aussi, mais la différence, c'est que moi j'ai une conscience alors que toi... t'en as jamais eu. Pas vrai, Jo' ? La différence, c'est que moi, j'aurais jamais abandonné ma famille pour penser seulement à mon cul. J'ai peut-être bien des défauts, mais j'suis pas un lâche comme toi... j'ai été là pour elle. J'ai été là tout l'temps, je l'ai jamais laissé tomber. Tandis que toi... t'étais où ? Tu baisais des putes quelque part ? Tu t'défonçais la gueule avec des saloperies ? C'est vrai que c'est quelque chose d'important pour toi, d'être le plus pathétique possible., siffle-t-il, d'une voix effrontément railleuse.

Jamais il ne lui pardonnerait, et même s'il n'avait plus toute sa tête en cet instant, c'était une chose en laquelle il était certain. Tu nous as lâchement abandonnés, alors qu'on a toujours été là pour toi. J'sais pas combien d'fois j'suis allé ramasser ta carcasse défoncée dans des taudis dégueulasses qui schlinguaient l'vomit et la pisse. Même si j'te haïssais, j'l'ai fais. C'est quoi toi, ta putain d'excuse ? Il souffrait de ce rejet qu'il lui offrait en cadeau de retrouvaille et peut-être bien qu'il serait parvenu à tempérer sa colère si seulement il lui avait démontré un peu de remords. Un peu d'humanité. Une lueur d'affection, si infime soit-elle. Mais rien. Il se fichait de tout, Joseph. Toujours le même.

J'vais t'dire franchement, j'ai pas envie d'causer avec toi. Alors, j'vais éviter d'perdre du temps et aller droit au but.

Et le flingue fulmine à nouveau une balle, explosion percutant les murs en écho. Cette fois, le projectile ne manque pas l'aîné et lui perfore la chair d'une cuisse. Brûlure incandescente et profonde, écumant de l'hémoglobine du cratère à vif. Le blond reste indifférent, impassible devant l'énervement, les beuglantes, et le reste. J'comprends. Moi aussi, ça fait mal.

J'veux plus que tu l'approches, t'as comprit ? J'veux plus que tu l'approches, que tu lui parles, que tu la regardes. J'veux qu'tu disparaisses de sa vie. Aimee n'a pas besoin d'toi. Elle n'a pas besoin que tu lui foutes à nouveau de faux espoirs dans l'crâne pour ensuite te barrer. Tu lui as crevé l'cœur une fois, j'refuse que tu recommences, sale con. Alors tu disparais maintenant, ce sera moins douloureux pour elle. Et si tu crois que c'que j'fais en c'moment est cinglé... crois-moi, c'est rien à comparé c'que j'peux faire quand j'ai toute ma tête.

J'lui ai dit que j'la protégerais, Joseph. Et toi, t'es une menace. Tu vas lui faire du mal, encore. J'le sais. C'est c'que tu fais, toujours.

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MessageSujet: Re: Pulling the trigger ϟ Joseph   Mer 18 Avr - 22:20




Pulling the trigger

Nicholas & Joseph

While all around you, the buildings sway,
You sing it out loud, "Who made us this way?"

Les paroles vitriolées me sont jetées à la figure. Brutales, méritées, douloureuses. Elles m'atteignent à la chair, transpercent cette peau qui n'a pas eu l'occasion de se parer et qui, même si elle s'est durcie avec les années, s'attendrit immédiatement face à lui. Et passant à travers ma maigre armure, les mots s'enfoncent profondément. Appuient sur des cicatrices encore ouvertes, à peine léchées. Il en suinte toujours ces perles de souffrance, doucereuses et rassurantes. Si tu souffres, tu vis encore. Si tu en souffres, tu les aimes encore, tu ne les oublies pas. Les plaies sont régulièrement tiraillées dans mes cauchemars les plus réalistes, comme pour ne jamais effacer les souvenirs, si merdiques soient-ils. La famille, on ne l'oublie pas.
Et lorsque je lui fais face, je réalise à quel point Nicholas ne m'a pas oublié. À quel point il aurait pourtant été préférable que sa mémoire s'étiole avec le poids des années, avec un peu d'huile de coude. Ses attaques sont gorgées d'une vérité amère. À mesure qu'il s'exprime et plonge les mains dans ces plaies, qu'il connaît très bien, les battements de mon cœur continuent d'accélérer. Je ne réalise pas encore. Il ne m'en laisse pas le temps, l'enfoiré. Le palpitant bat de toutes ses forces dans ma poitrine et s'immisce dans mes tempes.

Pourtant, je me rends compte que cette voix est glacée lorsqu'il mitraille. Lorsqu'il reprend, un cran au-dessus. Les battements s'intensifient et l'organe s'énerve dans ma poitrine, s'accompagnent d'un souffle difficile. Pas de conscience. Abandon. Lâche. Détournant les yeux, je secoue le visage sans y penser. Ça n'est pas ça. Ça n'était pas comme ça. Les mots s'entassent dans ma gorge et une vague de chaleur me parcourt tout entier. Ce que je ressentais jusqu'alors dans le bras s'estompe, cette ridicule égratignure, remplacé par une douleur incompréhensible dans tout le corps. Cette douleur, je sais ce que c'est ; la honte. Cette perpétuelle honte lorsque je croise les deux perles bleues, glaçantes, qui me dévisagent. Cet embarras que je ressens vis-à-vis d'eux depuis des années, depuis si longtemps que je ne sais plus depuis quand.
Tassé dans un coin de mon esprit, noyé sous l'alcool et torturé par n'importe quelle substance suffisamment forte, le sentiment n'avait plus vraiment refait surface depuis longtemps. Détourner les yeux, enfoncer la tête sous le sable, c'était ma spécialité.
Mais maintenant, il n'y a aucune échappatoire. Reculant d'un pas, je continue d'observer celui qui me fait face sans pouvoir en détacher les prunelles plus de quelques secondes. Le visage brûlant, je suis pourtant forcé de détourner à nouveau le regard ; baiser des putes, me défoncer la gueule. Je n'ai pas changé, je n'ai jamais changé. Il n'y a rien d'autre chez moi que de vieilles, horribles habitudes de sale gosse, de petit con désespéré.

Déglutissant, j'essaie d'avaler mes propres paroles en plus des siennes, mais il n'y a rien qui passe dans cette foutue trachée. Tout s'entasse et me donne envie de régurgiter le trop-plein. C'est trop amer, trop acide pour être jamais englouti et digéré. Il n'y a, chez le Nicholas que j'observe, rien de digeste. Une poignée de minutes plus tôt, je m'efforçais de conserver le vieux masque en lambeaux qui m'allait si bien. Il gît désormais à mes pieds, piétiné par le fantôme aigri de mon frère. Alors je secoue le visage, les paupières chaudes. Tu ne comprends pas, c'est toi qui ne comprends pas. Machinalement, le corps continue de se reculer de quelques pas, jusqu'à heurter une table fatiguée, poussiéreuse. Les mains dans le dos, j'agrippe le bord du vieux bois ; sous mes doigts, les particules grises ont une drôle de douceur. Comme une nappe de velours dansant.
Tandis que je m'accommode de cette sensation rassurante sur mes doigts, une nouvelle balle me perfore la chair. Immédiatement, la cuisse s'embrase et la brûlure irradie dans toute ma jambe. Quelques songes m'assaillent aussitôt, vifs ; pas l'artère. Si l'artère est touchée, c'en est fini. Terminé parce que je n'ai pas su être moins con, parce que je n'ai pas saisi la perche tendue. Il aura eu raison, le con, de me plomber. La lâcheté m'aura toujours empêché de le faire moi-même.

Et puis j'oublie l'artère. Si j'en crève, je l'aurai sûrement mérité.
Pour l'heure, je me pare de braillements de douleur. La table m'empêche de flancher et les doigts s'y enserrent à s'en blanchir les jointures. Gueulant ma souffrance mais aussi une frustration profonde, un peu de cette honte terrifiante qui m'étouffe, je crois que je me lâche. Le cœur battant dans les tempes, la chair en feu, je ne tiens bientôt plus debout. Les chaises sont empilées dans un coin de la pièce et je ne peux que me laisser glisser au sol, les doigts fouillant désormais la peau meurtrie. La balle est ressortie, me dis-je vaguement. Le frangin reprend la parole et je ne l'entends qu'à moitié, ne parviens pas à me concentrer sur sa voix. Les quelques sons qui me parviennent sont criants de vérité et je préfère encore ne plus l'écouter.
La respiration erratique, le cœur à l'agonie, je passe des doigts parcourus de tremblements sur la blessure. Et puisqu'elle me semble secondaire, j'y appuie simplement le poing, vieux réflexe. Derrière mon crâne, le bord de la fameuse table ; je m'y appuie. Et je ne sais plus quoi faire, ni même s'il faut dire quelque chose. Droit devant, le blond a terminé et je le dévisage, d'en bas. Du sol, comme trop souvent. D'une pièce qui pue le renfermé, dans laquelle il n'y a de place que pour les vieux démons, comme souvent. Dans laquelle il n'y a aucun trait de lumière. Celle-ci ne pue par la pisse, me dis-je vaguement. Observer mes pairs de si bas... Il faut croire que j'appartiens à ce monde.

Une bataille fait rage dans ma poitrine et j'y cède, incapable de mener un semblant de combat supplémentaire. Rapidement, les paupières ne sont plus chaudes mais brûlantes. Elle se referment instantanément sur un rideau humide. Ne lui montre pas ça. Il va se foutre de ta gueule. Dans cette putain de famille, les femmes chialent déjà suffisamment pour pas qu'on s'y mette, me dis-je. Mais rien n'y fait. Cette fierté mal placée s'effondre et j'autorise un peu de faiblesse à naître sur mon visage. Depuis que j'ai revu notre frangine, c'était inévitable. Elles étaient toujours là, menaçantes, tremblantes près de mes cils à chaque fois que j'avais le malheur de penser à elle. Alors, que dire du blond qui me fait face ?
Mais ce que j'espérais n'être que quelques perles salées, s'échouant rapidement dans ma barbe, se transforme en un torrent honteux. Les vannes sont ouvertes et elles ne se referment plus. Dans la rivière, il y a le poids des années, l'horreur sournoise de nos retrouvailles, la douleur lancinante qui sévit dans tout mon corps ; la vérité de ses paroles, et l'angoisse de savoir qu'il me voit à nu. Peut-être même que Nicholas est le seul à savoir comment me regarder.
Peu à peu, la pression s'amenuise et les tourments se gonflent, prêts à éclater dans ma poitrine. Qu'est-ce que je t'ai fait, frangin ?

L'accalmie pointe le bout de son nez et j'engloutis l'air, si saturé de poussière soit-il, pour reprendre contenance.
« J'ai réussi, hein ? » Soufflé-je d'une voix rauque. « Tu m'détestes tant que ça. » Ce n'est plus une question, après tout ça. « T'as raison. Mais t'as pas tout compris. » L'intonation se veut ragaillardie, mais elle suinte de tremblements, menace de s'effondrer d'ici peu. « Tu crois quoi ? Que j'menais la belle vie ? Que j'en avais marre de vous, alors j'me suis tiré, ni vu ni connu ? J'en pouvais plus, d'me voir dans vos yeux. D'me voir comme ça, de pas être foutu d'm'en sortir alors que j'avais quatre putain de mains tendues en permanence, j'supportais plus d'vous voir vous acharner alors que j'avais même pas envie de sortir de c'merdier. » Je me tais avant que la voix ne s'étrangle dans ma gorge. Il est temps de tout déballer, me dis-je. Une grosse, une belle partie de cette histoire merdique, en tout cas. Toussant pour reprendre une voix normale, je poursuis : « J'sais pas pourquoi j'y arrivais pas. On est tous les trois cassés depuis l'début, on a tous des tares dont on se séparera jamais. Mais moi putain, j'suis l'aîné et... »

Cette fois-ci, la voix se meurt. Je suis l'aîné et vous passiez votre temps à vous occuper de moi. C'est pas normal, c'est pas naturel. C'était à moi de vous aider. Pas l'inverse. Avec Nicholas, nous n'avons que quelques mois de différence – qu'importe, pourtant.
Haussant les épaules, désemparé, je passe une main sur mon visage et essuie une peau humide. De l'autre, je continue de presser la plaie, bientôt noircie. « Qu'est-ce que tu veux que j'te dise ? Mes décisions étaient toujours pourries, toujours les plus mauvaises, voilà. J'ai tout foiré, tout de bout en bout – t'es content ? » Assené-je, puis je m'empresse d'ajouter : « Mais dis pas que j'vous ai abandonnés, c'est pas ça. J'ai voulu vous... vous épargner. C'était quoi l'pire, traîner à deux comme vous l'avez toujours fait ou venir me chercher dans les squats miteux du quartier ? Hein ? Même Aimee, j'sais qu'elle était soulagée. De plus subir ça. Mais tu peux pas m'demander de plus la voir, c'est ma sœur et... Le temps a passé, merde. »

J'abats les paupières sur la scène et penche le visage en arrière. Gonfle lentement ma poitrine d'un soupir interminable, quelques aveux sur le bout de la langue. Étouffés par le silence de la pièce, ils se font chuchotements dans l'obscurité : « J'ai toujours cru que j'avais pas besoin d'vous et que ce serait plus facile pour tout l'monde de disparaître. J'me suis toujours persuadé qu'avec les années, le manque finirait par passer. » Rouvrant les yeux, je ne peux que faire face à Nicholas. Secouant négativement la tête, j'y réponds. Non. Ces sentiments ne passent jamais.
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MessageSujet: Re: Pulling the trigger ϟ Joseph   Sam 5 Mai - 18:29



Pulling the trigger

Joseph Townsend & Nicholas Townsend

When i was a child, i heard voices. Some would sing and some would scream. Don't you ever tame your demons. But always keep them on a leash. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

La chair abîmée... tout comme l'était son cœur esquinté. Un misérable projectile ne pouvait dévaster autant que l'abandon d'un frère que l'on admirait et sur qui l'on fondait ses espoirs... aussi désespérés soient-ils. Paradoxal, lorsqu'on y songeait bien. Pourtant, Nicholas était persuadé qu'il était mieux que lui, Joseph. Il lui reprochait beaucoup trop, mais le môme tout au fond, avait toujours l’œil chatoyant lorsqu'il le toisait, même lorsqu'il était plus bas que terre, enseveli sous la honte, dévoré par la culpabilité. J'ai toujours cru que tu pouvais être plus grand, mais toi, tu l'as jamais cru. T'es encore là, aussi perdu qu'avant. Pourquoi t'es comme ça, Joseph ? J'croyais que t'étais un roc, celui qui m'permettrait de m'accrocher. Parce que le blond, lui, ne parvenait plus à s'agripper, n'avais jamais su comment faire. Venu au monde avec la psyché fêlée, les turbines nécrosées par la maladie, il ignorait ce qu'était la normalité. Un pied au sol, l'autre dans le vide, aucune rambarde pour lui éviter de basculer vers l'abstrait et le confus. Il n'avait jamais été comme les autres, non, jamais. Il aurait tant aimé, pourtant. Il se souvenait lorsqu'on se moquait de lui lorsqu'il était gamin, à lui balancer des railleries, des cailloux, parfois. Parce qu'il était différent, étrange... insane. Les enfants étaient cruels, trop souvent. Mais toi, t'étais là, Jo'. Le roc qui s'plantait devant moi pour m'éviter d'tomber. Pour eux, j'étais une merde sur un mur, une anomalie. Mais pas pour toi. Joseph avait écorché des gueules, avait écrasé sèchement ses jointures contre les mandibules pour les faire taire, ces petits salauds. Et lui, il l'avait regardé, son torse gonflé d'admiration et de fierté. Il avait été un héros, pour lui, celui qui ne fléchissait jamais. Maintenant, j'sais plus c'que t'es. T'arrives même plus à te tenir debout devant moi, et moi, j'suis une loque. Vrai qu'il venait de lui plomber la jambe, ce qui ne devait pas aider à rester debout, mais ce n'était pas la première fois qu'il le voyait s'écraser, si petit. Alors que t'as tout pour être grand.

L'aîné au sol reste muet et le cadet patiente, sans comprendre pour quelle raison il attend. Peut-être que j'espère trop. J'espère stupidement que tu m'diras que j'me trompe, que t'as été enlevé par des putains de... de psychopathes, des malfrats, j'en sais rien ! Qu'au fond, c'était pas ta faute, t'étais obligé d'nous larguer. Que t'as essayé d'nous trouver, sans y arriver. Que t'as jamais voulu partir comme ça, comme une merde, sans nous dire au revoir. Et le visage s'affaisse lorsque les mirettes déversent des larmes amères, ces perles salines sillonnant les joues pour ensuite se perdre dans la barbe. Joseph se brise et le cadet vacille, contrarié, foncièrement choqué qu'il lui offre un déluge plutôt qu'une bordée d'injures. Putain, mais t'es qui ? La confusion serpente rapidement sous sa chair, fait déraper les neurones, le poussant à croire que l'homme qu'il jaugeait était un étranger et qu'il avait imaginé Joseph sous l'emprise de ses démences. L'effroi lui retourne les tripailles, il en laisse tomber le flingue, et recule de quelques pas, évitant de justesse de s'encastrer la hanche dans une table. Il parle et parle, Joseph, et Nicholas tente de comprendre, de ne pas perdre le fil alors que sa tête s'emmêle et se démêle. J'sais même pas si t'es réel. T'es peut-être juste une foutue hallucination. Joseph chiale jamais, lui. J'en peux plus d'tout ça. J'veux que ça s'arrête. Ses paupières s'abaissent lorsque le silence s'impose. Les doigts se posent sur les tempes et massent, tentent de réduire à néant les parasites qui s'entrechoquent et lapident la cohérence.

J'suis pas content, Joseph, non...

Un souffle, fatigué. La déception valsant avec les regrets et l'affliction. Ses yeux s'ouvrent à nouveau et se figent au loin, dévisageant une macule sombre sur un mur décharné. Un point de repère pour ne pas déraper, pour ne pas s'enliser dans le gouffre. Un rire éteint se tréfile d'entre ses lippes, morne et teinté d'amertume.

Tu m'as bien regardé, Jo' ? Qu'est-ce que tu vois ? Tu vois un homme heureux, un mec parfait qui fait jamais d'conneries ? Tu crois que j'suis bien dans ma peau ? Tu penses vraiment que t'es l'seul à t'sentir comme une merde en permanence ? Tu viens d'le dire, on est tous brisés dans cette famille. J'fais pas exception. Alors, tu voulais nous épargner d'quoi, au juste ? Tu croyais qu'on allait être mieux sans toi ?

Le blond pivote pour lui faire face et s'avance un peu, secouant lentement la tête en guise de négation.

Avec ou sans toi, y aura jamais d'bonheur pour moi. C'est trop tard. J'sais pas pour Aimee, mais moi... ça fait beaucoup plus longtemps qu'toi que j'suis une cause perdue. Et aujourd'hui, c'est pire qu'avant, alors...

Il hausse mollement les épaules, comme s'il s'en fichait. Comme s'il en avait fait le deuil depuis longtemps, résigné et défaitiste. Ça fait longtemps que j'crois plus en rien, tu sais. Tout ça, cette vie, ça vaut plus rien pour moi. Si j'suis encore ici, c'est seulement pour elle. Elle, cette sœur qu'il refusait de laisser, quitte à souffrir, quitte à en perdre son âme s'il le fallait.

Dix années, Jo'... et tout c'que tu m'balances comme excuse... c'est que t'arrivais pas à t'regarder dans nos yeux ? Tu t'es barré, sans rien dire, sans même prévenir, t'es disparu comme ça. On savait pas où t'étais, on t'a cherché, partout. On s'est imaginé l'pire. Que t'étais mort, quelque part sur un bout d'trottoir. Que t'étais allé trop loin, que tu t'étais pété une overdose. Ou qu'un pauvre con frustré t'avait dardé la peau et avait largué ton cadavre dans un fossé. T'as vraiment aucune idée de c'que c'est... de pas savoir. Dix ans qu'on sait pas. Dix ans à s'poser les mêmes putains d'questions, à s'demander c'qui t'es arrivé, si on aurait pu faire quelque chose pour l'éviter... On t'a cru mort, espèce de con ! Tu crois que c'est facile d'se regarder dans un miroir pendant dix années, en s'disant qu'on est arrivé trop tard et que tout ça, c'est d'notre faute ?! Tu sais même pas, non... tu sais pas c'que c'est.

Les lèvres tremblent, les yeux s'embrouillent, mais il réprime, le blond, refusant obstinément de lui démontrer qu'il était une faiblesse, le maillon manquant dont il avait besoin pour combler le vide. Tu m'as fait mal, Jo'. Et j'ai pas envie que tu recommences. Tu vas partir, encore. J'ai pas envie d'être là quand tu l'feras.

J'ai jamais aimé m'regarder dans tes yeux. J'avais l'impression d'être inutile, parfois invisible. Mais même si j'aimais pas, je t'ai pas tourné l'dos, j'ai pas fuis. J'suis retourné à chaque fois t'chercher, peu importe où t'étais, peu importe l'heure... parce qu'on laisse pas tomber sa famille, même si elle est brisée. Et toi... t'as pas hésité à l'faire. Désolé, mais pour moi... c'est terminé. Que tu chiales, que tu m'dises quoique ce soit, ça changera rien. Pour toi, c'est du passé, t'es prêt à l'oublier, mais j'suis pas toi. J'aurais été prêt à aller t'chercher encore mille fois dans ta chiasse, plutôt que d'réaliser après dix années, que t'as jamais vraiment pensé à ta famille, mais seulement à ta culpabilité que tu pouvais plus supporter. C'est à toi qu'tu pensais, pas à nous.

Il était persuadé qu'il avait fui parce qu'il était plus facile de sombrer seul sans avoir à se justifier. La culpabilité devenait moins oppressante, moins corrosive. T'aurais jamais dû partir. J'sais pas si j'vais parvenir à t'pardonner un jour. Parce que j'étais là et pas toi. Le visage un peu livide, le regard terne, le blond s'incline afin de se saisir du flingue pour le ranger, d'une main un peu tremblante, le corps aussi déséquilibré que sa cervelle déviante. L'effort qu'il avait fourni seulement à essayer de rester '' conscient '' de la réalité l'avait épuisé au point que son corps ne semblait plus suivre la cadence. Ou peut-être était-ce le fait qu'il avait à peine dormi depuis plusieurs jours, tourmenté par des démons imaginaires qui refusaient de lui accorder un peu répit ? Lentement, il se redresse, laissant ses azurs dévisager un instant l'éclopé. Il réalisait seulement maintenant qu'il avait appuyé sur la gâchette, alors qu'il ne l'aurait jamais fait normalement. Si tu m'avais pas énervé autant, j'aurais jamais dérapé comme ça. Tu tombes pas au bon moment, Jo'.

Si tu veux revoir Aimee... fais c'que tu veux. J'me dis que... j'me dis que j'ai pas à décider pour elle, j'ai pas envie qu'elle me déteste. Elle te pardonnera sans doute, parce qu'elle est meilleure que nous deux. Ouais, vas-y... et quand t'arriveras plus à supporter d'te regarder dans ses yeux encore une fois, tu prendras la tangente. Ce jour-là, quand j'verrai c'que j'ai vu pendant dix années dans son regard... j'te trouverai et j'te ferai la peau. J'supporterai pas ça une seconde fois et j'y mettrai définitivement un terme. T'as compris ?

Menace tellement... futile. Jamais il ne parviendrait à tuer Joseph, et ce, même s'il s'incarnait en monstre impitoyable. Même perdu dans les affres de ses délires schizophréniques, il n'avait pas appuyé sur la détente dans le but de le faire clampser. Il avait fait exprès de manquer, de seulement le blesser. S'il avait été lucide, il n'aurait jamais utilisé le flingue, mais plutôt les poings.

C'est pas loin, chez moi... y a des trucs pour te soigner. Alors tu viens chez moi, tu t'soignes, et ensuite... t'es plus mon frère. Si j'te vois sur un trottoir, j'vais m'assurer de pas t'croiser. Si t'es au même endroit qu'moi, j'vais t'ignorer. J'vais faire comme si t'existais pas. Pour moi, t'es mort depuis dix ans. J'ai fais mon deuil. J'veux que ça reste comme ça...

Sa voix tressaille et se brise malgré la froideur des derniers mots. Non, il n'éprouvait aucunement l'envie de couper les ponts. Il croyait seulement que de le faire allait peut-être lui faire réaliser qu'il venait de perdre un frère et qu'en répétant la même erreur, qu'il allait peut-être perdre une sœur aussi. J'suis prêt à faire ce sacrifice pour Aimee. J'suis prêt à jouer celui qui t'déteste, qui t'renie à jamais, seulement pour m'assurer que tu t'accrocheras à elle et qu'tu la laisseras plus jamais tomber. J'veux plus jamais qu'elle soit triste, Joseph. Elle mérite pas ça. Le cœur pulse douloureusement dans le poitrail, mais le blond refoule les émotions, se blinde sous une cuirasse qui n'avait qu'en apparence l'indifférence, alors qu'en dessous, son âme s'émiettait, cessait de respirer. Et les démons se moquent de lui, là, à l'intérieur de son crâne. Ils ricanent, lui murmurent à l'oreille.

Ça lui fera rien.
C'est à cause de toi qu'il s'est barré.
Tu vois bien qu'il est soulagé.
T'es pathétique, tout l'monde le sait.
T'es un pauvre cinglé et personne veut d'toi.
Aimee fait seulement semblant, mais tu verras.
Elle va te larguer elle aussi. C'est une question d'temps.

Non... non... j'te crois pas... tu dis... tu dis n'importe quoi. Fous-moi la paix... j'veux plus t'écouter., bredouille le blond, portant les mains à sa tête afin de se boucher les oreilles.

Et le monde disparaît, le laissant seul avec des chimères endiablées tournoyant autour de lui. Joseph ne semble plus être là, ni le reste. Son regard paniqué erre autour de lui, cherchant une échappatoire à ce mal qui ne cessait de le torturer.



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MessageSujet: Re: Pulling the trigger ϟ Joseph   Jeu 31 Mai - 18:59




Pulling the trigger

Nicholas & Joseph

While all around you, the buildings sway,
You sing it out loud, "Who made us this way?"

Les paupières sont lourdes sur des mirettes fatiguées, un peu lâches. La pupille a du mal à se concentrer sur le blond qui me fait face et qui, pour une fois, se fait bourreau. Après avoir subi pendant des années, tout un tas de saloperies sans raison d'être, le voilà qui se hisse un niveau au-dessus. À mes yeux, il a toujours traîné à des mètres au-dessus de moi. Ce regard moralisateur inconscient, presque passif, ne vient jamais d'en bas.
Le frangin soulève une question pénible à laquelle je n'ai pas de réponse. Le bonheur, qu'est-ce que c'est ? Peut-être n'attend-t-il qu'une misère abyssale pour se révéler. Les lèvres et la gorge sèches, je l'écoute sans mot. Rien à baragouiner, pas même un petit mensonge réconfortant ne saurait s'extirper de mes chairs. Le palpitant continue de s'emballer dans ma poitrine, douloureux dans mes tempes à chacun de ses battements. Il s'excite à mesure que le flot de parole se déverse ; il n'y a pas d'insultes, pas de remontrances, pas vraiment de reproches. Seulement la vérité. Celle qui s'acoquine d'une souffrance amère, celle qui scelle mes lèvres, engluées l'une à l'autre dans un mouvement de repli. De peur de balancer un jet d'huile sur le feu, de peur de blesser, encore. De peur de m'enfoncer, aussi. Défendre mon cas reviendrait à me débattre dans un sable mouvant.

Et comme une secousse, comme un instinct de survie abrupt, je lis entre les lignes de ce que me raconte Nicholas. Là-dessous, enfouie sous la rage amère qui l'habite, demeure la crainte de m'avoir perdu. Lorsque j'ai cru, au contraire, ne jamais pouvoir leur manquer. Ils sont idiots d'avoir songé à ma mort avec effroi quand il fallait l'envisager avec soulagement. Assurément, je réalise à peine à quel point j'ai mal joué mon coup. Dans la poitrine, le cœur bat de toutes ses forces, plus fort qu'il n'a jamais battu récemment. Il couvre les bruissements du monstre qui traîne dans mes entrailles et écrase les doutes, rien qu'un instant, sous un grondement animal. Les vannes sont à peine refermées et il me faut un effort qui me semble surhumain pour les contenir. Me tirer, c'était les délivrer d'un poids mort ; rien d'autre.
Secouant la tête, les prunelles continuent de s'échapper. Maintenant viennent les blâmes. Si je ne peux pas lui en vouloir, ils sont difficiles à assumer. À mesure qu'il poursuit, j'ai de la peine à seulement les écouter. J'ai compris, j'ai envie de lui dire. J'ai compris, putain. L'organe bat plus vite dans ma poitrine. Les mains fouillent le sol et cherchent à s'y appuyer. Il faut que je me redresse. Dans mes jambes, un courant électrique vif – lève-toi, debout. Debout et casse-toi. Si c'est terminé, s'il n'y a rien de plus à espérer, la tentation d'échapper à une discussion stérile et des plus douloureuses est trop forte. Les bras tremblants, le corps fatigué, je m'évertue à me redresser avec lenteur à mesure que le blond s'exprime. Mais l'esprit est préoccupé par ce qu'il a à dire et je secoue toujours la tête, n'en démords pas. J'oublie un instant qu'il a besoin de vider son sac, qu'il a besoin de remettre les pendules à l'heure, de me balancer un dixième de tout ce qu'il a accumulé pendant toutes ces années. Les doigts s'agrippent à la table lorsque le mal s'enroule à la jambe blessée. Du coin de l'oeil, je vois l'arme disparaître sous son vêtement. Ça se tasse. Et maintenant ?

Va-t-il se barrer, m'imposer ce que je lui ai imposé ? Penser à lui au lieu de songer à la fratrie, comme il crois que je l'ai fait pendant dix ans.
Il embraye sur Aimee. Je retrouve cette violence dans laquelle on se plaît à s'enfoncer, parce que c'est toujours plus simple de proférer des menaces que de dévoiler n'importe laquelle de ses faiblesses. Ça sort plus facilement, plus naturellement même. C'est que l'on baigne dedans depuis le plus jeune âge. Regarde-nous. On est comme le vieux, pas mieux que lui. Ayant plus l'habitude de ça que des émotions lâchées à cœur ouvert, je ne réagis pas ou presque.
Ce qui suit est en revanche une lame chauffée à blanc plantée dans le bide. Enfoncée plus profondément à chaque phrase achevée. Si la voix se brise lorsque les derniers mots sont prononcés, j'ai du mal à ne pas me focaliser sur tout ce qu'il vient de me balancer. Mort. T'as tout gâché, con de Joseph. Les yeux perdus dans la moquette de poussière accumulée au sol, les paupières lourdes sur un rideau humide, je continue d'enfoncer le couteau. J'ai toujours su le faire sans l'aide de personne, mais l'intervention de Nicholas est plus douloureuse que tout le reste. Et je continue, inconscient du manège qui se trame dans l'esprit malade de mon frangin.

Battant lentement des cils, le visage s'incline vers celui du blond. Vers des traits qui ne portent plus, en leur sein, l'ombre d'un sentiment de haine. Les mains portées au visage, il lutte contre des paroles qui me sont inaudibles. Spontanément, comme mu d'un espoir éphémère, je cherche une silhouette tapie dans l'ombre, le découpage d'un corps dans l'obscurité. N'importe quoi d'humanoïde au bout de quelques secondes, simplement pour justifier la réaction du frangin. Il déraille. Encore. Me redressant brusquement, je claudique jusqu'au blond, l'appelant d'une voix incertaine.
Les prunelles virevoltent, incapables de se fixer sur quoique ce soit, et achèvent de me faire comprendre qu'il est aux prises avec l'intangible. Impossible alors de l'en défaire, me dis-je avec fatalisme. La panique s'éprend de moi et me creuse l'estomac. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Je ne sais plus. Je n'ai jamais su. Je n'ai jamais été fichu de m'occuper de lui, de gérer la moindre crise. Je n'ai jamais compris, jamais pris le temps de saisir son problème. « Nick, c'est moi, tu m'écoutes ? Tu prends plus tes cachetons ? » Demandé-je en vain, spontanément. Sans surprise, il ne répond pas et j'ai le sentiment d'être invisible. Stoppé dans ma progression, je continue de traîner la patte jusqu'à lui.

Je n'ai jamais compris, mais je subis aujourd'hui les affres du monstre qui vit dans mes tripes, me dis-je. Je sais le poids que peuvent avoir ces saloperies, nichées dans le crâne. Quelques mètres à peine me séparent de lui et je les engloutis, niant la douleur qui irradie dans ma chair. « Nick, écoute. Écoute-moi. » La voix est forte et elle se veut ferme, juste pour faire du bruit. Bientôt, son visage fait face au mien mais ses mirettes ne sont pas concentrées. La main sur son bras, j'agrippe sa chair. Réveille-toi, sors-toi de là, me fais pas ça putain. Pas maintenant. Les lèvres continuent de s'agiter juste pour prononcer son prénom, dans l'espoir un peu naïf que cela sera suffisant à l'extraire à ses démons. Comme s'il était né avec, extirpant des entrailles de l'enfer quelques uns de ses diables personnels.
Tu étais voué à subir, toute ta vie, des saloperies incompréhensibles. Et personne n'a jamais saisi ce qui te ronge – ont-ils seulement essayé ? Assurément, les diables t'ont poussé dans la mauvaise famille. Celle qui n'a pas les moyens, le temps, moins encore l'envie de se pencher au-dessus du berceau du gosse perdu. Bouffé par des fantômes, ceux que personne ne voit et dont tout le monde doute. Nicholas a besoin d'attention, il essaie juste de se manifester comme il peut. C'est de ta faute, Joseph, prends-le un peu avec toi quand tu sors. Aère-le, ce gosse. Ce gosse. Comme si tu étais bloqué à l'époque de la vie où on a pas d'autre choix que de s'inventer un ami, ceux qui n'existent que dans nos songes. À la seule différence près que les amis imaginaires sont entachés de perfection, de douceur. Toi, tu n'as pu qu'ajouter de l'horreur à ta peine.

« Nicholas, faut qu'tu m'écoutes, j'suis là. Y a personne d'autre que toi et moi, tu m'entends ? » Les perles azur voilées, couvertes des fantômes qui le torturent, ne réagissent pas vraiment. Les doigts grimpent à ses épaules et s'y agrippent, autant pour le maintenir face à moi que pour tenir debout. Ils s'enfoncent dans la chair. Les prunelles fixées sur un faciès familier et pourtant étrangement inconnu, sur des traits que je reconnais et qui m'appartiennent, j'essaie de le ramener à la raison. Le doute dans les gestes et dans le timbre d'une voix qui, pourtant, se veut rassurante. Aimee saurait y faire, hein ? Des crises, elle a du en gérer des tas. Trop, me dis-je avec amertume. Encore une chose que je lui ai laissée, sans suffisamment d'état d'âme. Et maintenant me voilà dans cet endroit, incapable de savoir comment tirer mon propre frangin de là.
Les mains poursuivent leur ascension et se nichent près de la mâchoire, maintenant le visage face au mien. La paume se colle contre sa peau chaude, près de sa barbe. Si le contact est étrange, je balaie ce sentiment immédiatement. « Nick, bordel, regarde-moi ! » J'aboie à sa figure. « J'suis là maintenant, j'suis avec toi, y a qu'nous ici. Pour une fois, y a qu'toi et moi, personne d'autre pour s'mettre en travers. Y a pas d'ego, pas d'parents, y a rien à prouver et rien à dire pour faire semblant. » La langue se délie, la voix est forte et un peu rauque. Les mots s'échappent sans que j'y pense et je tiens fermement son visage entre les doigts. « Si tu veux que j'me tire, je l'ferai, tu m'entends ? Cette fois c'est toi qui décides. » Une paluche s'éloigne de son cou et vient s'échouer sur sa joue, dans un claquement sonore. Si j'étais aux prises avec mes propres démons, une baigne serait la bienvenue. « Mais si tu m'laisses une chance, j'te promets que c'est d'l'histoire ancienne ça, j'vais plus me barrer ; tu m'entends ? » Le nez à quelques centimètres du sien, je scrute son regard. « Je sais que j'le mérite pas, mais j'sais aussi que j'suis pas mort à tes yeux. Sois pas aussi con qu'moi, fais pas mes erreurs. »
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MessageSujet: Re: Pulling the trigger ϟ Joseph   Mer 4 Juil - 16:11



Pulling the trigger

Joseph Townsend & Nicholas Townsend

When i was a child, i heard voices. Some would sing and some would scream. Don't you ever tame your demons. But always keep them on a leash. [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Voix lointaine de l'aîné serpentant entre ses tempes. Inflexion qu'il n'entend que partiellement, comme s'il avait la tête plongée sous l'eau et qu'il pouvait percevoir les vibrations des sons sous la surface houleuse. Des paroles incompréhensibles, étouffées par les parasites, par les bourdonnements et les chuchotements. L'égaré ne parvient plus à s'extirper hors des limbes, hanté par des spectres, ces démons qui ne cessent de darder son estime, éveillant les craintes sournoises qu'il croyait endormies. Murmures fielleux et railleurs qui le narguent, le blâment d'être l'unique fautif de tout et de rien. C'est d'ma faute, Joseph. C'est pas toi, c'est moi. J'aurais dû faire plus pour toi. J'ai pas été à la hauteur. J'ai jamais été l'frère qu'il te fallait. J'aimerais que tu m'pardonnes. Que tu m'pardonnes pour les choses que j'ai faites...et celles que j'ai jamais faites pour toi. Ni lui, ni Joseph, n'avaient été dignes d'être frères, de ceux qui trouvaient toujours les bons mots à dire et la façon adéquate pour réagir. La colère et l'orgueil avaient muselé les sentiments, les contraignant au silence ou à des ripostes de violence. Aucune parole, que des coups. Et s'il y avait des phrases, elles étaient teintées d'amertume et constellées de brutes sottises. J'ai jamais essayé de dire des choses sympas. J'ai jamais tenté de te retenir de faire le con. Tout c'que j'suis parvenu à faire, c'est d'aller t'chercher quand il était trop tard. Si j'avais pris la peine de t'dire que ça m'faisait mal de t'voir comme ça, si j't'avais encouragé à tenir bon... tu serais sans doute resté. Mais j'ai rien foutu. J'ai rien fais, parce que ma tête est ailleurs et nul part. Parce que j'sais pas comment faire, j'sais pas comment m'y prendre. Parce que j'suis moi... et j'me déteste. Il entend, Nicholas, les mots sont plus fluides, intelligibles, à croire que l'effusion de sincérité du grand bêta parvenait à forer la démence, à lui tendre une perche pour parvenir à s'extirper hors de ses flots agités.

Les paupières clignent et le blond tressaille lorsque la gifle lui cingle la gueule, le poussant à figer ses mirettes égarées sur le faciès devant lui. Il émerge, le fou, et même si sa cervelle tangue dangereusement vers l'abîme, il parvient à s'agripper aux abords pour ne pas chuter dans les bas-fonds. Les paroles de l'aîné s'immiscent dans le crâne, poussant l'organe à palpiter au creux du poitrail oppressé, ce putain de cœur qui vibre sous cet égard nouveau que lui offre l'éclopé. Tu penses vraiment c'que tu dis, Jo' ? Est-ce que tu l'penses ou est-ce que tu m'dis tout ça seulement pour me calmer ? Seulement pour dire quelque chose que j'veux entendre, sans y croire ? Il ne sait plus, Nicholas. Il aimerait y croire, croire que son frère en était vraiment un, pour une fois. Que ses paroles étaient solennelles, qu'elles s'exhumaient du tréfonds de l’éther. C'est une belle promesse que tu m'fais, mais j'doute que tu la tiennes. Un chétif sourire étire ses babines, un sourire las, fatigué et contrit. Si tu savais comme j'aimerais t'croire.

J'veux pas qu'tu partes... j'ai jamais voulu qu'tu partes. Mais fais pas d'promesses si tu sais qu'tu pourras pas les tenir...

Un murmure presque inaudible, anticipation d'une déception à venir. Possible que tu l'penses. Mais penser et faire, c'est deux choses différentes. J'crois pas qu'tu tiens à moi à c'point. Au point d'la tenir ou d'le penser longtemps. Le blond s'était résigné, avait laissé filer la colère pour céder à la culpabilité, cette impression rebutante qu'il avait toujours été un fardeau pour la famille, qu'il n'avait jamais apporté rien de concret, qu'il n'était qu'un putain de cinglé qu'on aimerait bien larguer pour l'oublier. Et j'suis même pas foutu d'faire les choses comme il faut pour toi et Aimee. C'est toi qui aurais dû rester et moi, partir.

J'suis désolé... j'voulais pas te tirer dessus, j'voulais pas vraiment... mes médocs, ça marche plus, tu sais... ça marche plus. J'sais plus c'que j'fous quand j'suis comme ça.

Ricanement grinçant s'évadant d'entre ses lippes tandis que ses azurs s'égarent, dévisagent ces ombres dansantes sur les murs fissurés. Lentement, il hoche la tête et pose une main sur l'épaule de l'aîné, tentant d'ignorer les sombres chimères valsant autour de lui. C'est pas réel. C'est pas réel. C'est pas réel.

On va chez moi, okay ? J'peux plus rester dehors, j'fais des conneries et j'vois des trucs... des trucs... et faut qu'on soigne ta jambe. J'vais t'aider.

C'est tout c'que j'peux faire, t'aider à réparer ta jambe. Réparer la putain d'jambe que j't'ai plombé comme une merde. Pour le reste, j'en sais rien. J'crois que j'arriverai jamais à être le frère qu'il te faut. Et toi non plus, tu n'y arriveras jamais.




Le petit logis est plongé dans l'obscurité et Nicholas se presse à actionner le luminaire de la salle à manger. Rebroussant rapidement le chemin vers le grand gaillard blessé, il lui offre un appui afin d'aider sa progression vers la table. Ses mirettes se figent un instant sur la jambe meurtrie et remarque deux cernes d’hémoglobine sur la fibre abîmée. Le projectile avait perforé d'un côté et s'était extirpé de l'autre, ce qui était une bonne nouvelle, selon lui. C'est pas si mal. J'vais seulement devoir désinfecter, recoudre et faire un bon pansement. Du moins, il espérait que la gravité des dommages était minime.

Retire ton froc et installe-toi sur la table. J'vais aller chercher c'qui faut.

Il le délaisse le temps de dégoter le nécessaire, revient vers lui, dépose sa charge sur un bout de table et pivote sur ses échasses, dévisageant le frangin qui n'avait pas encore retirer le futal.

Qu'est-ce que t'attends ? T'as peur que j'mate tes boxers calinours ?

Rictus railleur tandis qu'il étale le contenu d'un étui sur le guéridon non loin de lui, instant où ses pupilles captent le malaise sur son visage. C'est quoi l'problème ? Depuis quand t'es pudique ? Dix années s'étaient étiolées et le blond se disait que Joseph avait peut-être changé, qu'il n'était plus l'homme qu'il avait été. Ou peut-être que j'croyais te connaître. Vérité qui lui tord le bide, cette réalité qu'il n'avait jamais redoutée jusqu'à maintenant. Ils avaient passé tant de temps à ne pas se comprendre, à ne pas essayer de s'entendre, tout ce temps condamné à des futilités plutôt que d'apprendre à s'apprécier, à en apprendre davantage sur les aspirations et rêves de l'autre. T'es mon frère... et j'te connais pas. Le gosier se comprime douloureusement, l'éveil de la conscience vrillant le poitrail, faisant poindre le profond mal être. Le faciès s'abaisse et le cadet fait mine de s'affairer à déballer des bandages, évitant son regard pour chasser l'inconfort... et les remords. Cette lucidité qu'il avait tant espérée semblait revenir à la charge et pourtant, il aurait aimé perdre à nouveau la tête, s'enliser dans les eaux troubles de sa psyché fêlée et s'y noyer.

Le pantalon est enfin retiré et Joseph s'étale, faisant redresser la bouille tirée du cinglé... qui commençait à ne plus l'être. Déterminé à ne pas perdre trop de temps, Nicholas s'empare de l'antiseptique, de quelques compresses, et contourne pour se planter à la hauteur du gigot ulcéré. Putain, c'quoi cette merde ? Le blond chancèle lorsque ses azurs détaillent l'une des plaies, lésion qui semblait atteinte de... gangrène ? C'est pas possible ça. Pas possible que ça s'infecte aussi vite. Le palpitant manque un battement tandis que ses yeux s'écarquillent, la panique irradiant dans les tripes. Il s'incline davantage, le blond, tentant de saisir l'ampleur des dégâts.

C'est pas normal... c'est... on dirait qu'la peau elle est... on dirait qu'ta jambe est en train d'crever.

Nécrose. Tout autour du cratère, il y avait cette couleur sombre et morbide. Des nervures douteuses. L'aspect n'avait rien de réconfortant. Nicholas n'était pas médecin, loin de l'être, mais à plusieurs reprises, il avait eu l'occasion d'observer une blessure par balle, et jamais il n'avait été témoin de ce phénomène auparavant. Qu'est-ce que j'ai foutu ?

Jo', j'peux pas soigner ça, faut t'amener à l'hosto. T'as vu l'état ? Si ça s'trouve tu vas... tu vas perdre ta béquille à cause de moi.

Le visage s'affaisse et le teint devient livide. J'peux pas croire ça. J'peux pas croire que j'sois aussi con. La culpabilité se hisse au summum à cette vision horrifique de l'aîné amputé par sa faute. Maintenant, t'auras une bonne raison d'me détester. Si le blond s'agite et s'imagine les pires scénarios, l'éclopé quant à lui, semblait plutôt calme, seulement agacé. J'viens d'te dire que c'est moche et toi, tu t'énerves pas, tu dis rien ? Les sourcils se froissent d’appréhension tandis qu'il le dévisage, qu'il observe à nouveau l'embarras sur les sillons du frangin. Et soudainement, Nicholas comprend. Il comprend pourquoi il avait autant hésité à retirer le vêtement. C'est pas parce que t'es pudique. Tu redoutais que j'vois cette merde. Parce que c'est pas normal. Parce que... t'es plus normal. Le blond recule et recule, jusqu'à heurter son dos contre le muret derrière lui, les iris fixés sur cette blessure, cette empreinte flagrante de l'anomalie, cette... différence qu'il ne souhaitait à personne, ni même à Joseph. Sa réaction pouvait faire songer à la frayeur et pourtant, il ne le craignait pas. Non. Il était seulement... foncièrement affligé, bouleversé de réaliser qu'il n'était plus seul avec ce fardeau. J'ai peut-être jamais été proche de toi, mais jamais j'aurais souhaité que ça t'arrive.

Pendant ces dix années, il s'est passé quoi ?... t'es devenu quoi ? T'es plus comme avant... j'veux savoir.

J'sais que t'es pas comme moi, mais t'es devenu une tare comme moi. J'sais pas si j'ai envie d'savoir. J'sais pas si j'ai envie d'savoir que j'aurais pu t'éviter ça.


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