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 Seek and Destroy - Angie

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

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MessageSujet: Seek and Destroy - Angie   Dim 15 Avr - 20:38




Seek and Destroy

Angie & Joseph


« C'est à son tour. » Les mirettes rivées sur l'écran, la poitrine se gonfle lentement d'un souffle profond. L'atmosphère tendue donne à l'air inspiré un goût acide. L'amertume dégouline dans ma gorge, serrée depuis quelques minutes. La boule enfle, gonfle comme un ballon entre mes chairs et je regarde ailleurs, le temps d'une seconde. Le fait de fixer l'écran de télévision me met mal à l'aise et répond à un voyeurisme imposé.
L'audience vient à peine de débuter et pourtant la boule est déjà handicapante dans ma gorge. Il n'y a, assurément, aucune forme de surprise à espérer de ce procès. Les prunelles voilées d'une impassibilité lasse, je les reporte sur l'écran, où notre compagnon d'infortune à tous monte à l'échafaud. Fourbe, l'espoir que le juge prononce, cette fois-ci, l'expulsion hors de la ville s'immisce sournoisement dans mon esprit. Autour de moi, les individus que je côtoie presque tous les jours doivent ressentir la même chose. Contempler l'écran, c'est attendre ce que nous redoutons tous bêtement. Dan s'est fait prendre, me dis-je néanmoins. Il connaissait le risque d'une telle vie, une vie à laquelle il ne se raccrochait finalement qu'avec bien peu de ténacité. Poussant cette fois-ci un soupir, je me laisse aller à, déjà, relativiser sur la disparition d'un collègue. Plus je m'y prends tôt, plus j'oublierai rapidement son existence. Une cigarette rejoint la chaleur de mes lèvres, aussitôt embrasée, et je fume silencieusement. « Putain, c'est encore cette connasse ! » Le juge Carlsson. Les injures fusent dans la pièce, j'y vais même de mon marmonnement spontané – salope. D'autres expriment la fatalité qu'elle détient dans ses paroles, cette juge – il est cuit, putain.

Le procès est expéditif, plié en quelques minutes. M'évertuant à ne pas m'abandonner à la colère, je tire profondément sur la clope. Il faut être las. Peut-être un peu agacé, naturellement, mais empreint d'une désillusion amère. Le souffle se raccourcit et je reprends la cigarette entre mes doigts. Il ne faut pas céder – le bourdonnement dans mes oreilles est pénible, bientôt douloureux lorsqu'il résonne dans mes tempes. Autour de moi, tous ou presque expriment leur colère. Elle attise la mienne, ravive le feu qui crépite inlassablement dans mes tripes et fait naître ce brouillard dans mon esprit. Écrasant la cigarette gâchée contre un mur, je me redresse rapidement, les membres parcourus de courants électriques. Salope. Il aurait simplement suffit de l'envoyer hors des murs pour ne plus qu'il agisse. Comme elle aurait pu le faire pour le troisième, cinquième, sixième de la liste. Et comme elle s'est contentée de les condamner sans plus de considération – ils n'en méritent pas aux yeux du gouvernement, je peux même le concevoir, me dis-je cependant.
La déglutition est difficile et je rôde dans la pièce, tourne en rond dans ma cage. Mais elle ne désemplit pas, pas encore. Parce que tous craignent que ce ne soit leur tour – le manège de la juge fonctionne, vraisemblablement. Elle parvient à effrayer. À mon tour, je me surprends à imaginer que si la mort ne m'inquiète pas, j'ai malgré tout une poignée de proches. Ne sachant plus comment penser, je traîne ici et là entre les quatre murs, pas vraiment prêt à retourner à mes petites habitudes illégales, la nonchalance dans les gestes et, surtout, dans les songes.

« Joseph, viens là. Faut la stopper, cette garce. Elle nous élimine un par un, putain ! Bientôt y aura plus personne dans cette putain d'mafia. » J'acquiesce, la poitrine à nouveau gonflée de cet air répugnant. Et les ordres fusent – Tue-la. Bute-la, mais fais la souffrir. Faut qu'elle paie pour ce qu'elle a fait. Faut qu'elle souffre, qu'elle souffre, tu comprends ? J'acquiesce silencieusement, faisant mine de n'avoir même pas à réfléchir à l'ordre qui m'est donné. De toute façon, on ne peut pas marchander un ordre. On perd tellement de membres qu'ils n'oseraient pas m'abattre pour avoir désobéi, du moins je l'espère, mais il en va d'une réputation forgée depuis des années. Comme d'habitude, il ne faut ni flancher ni exprimer la moindre faiblesse. Alors je me contente de hocher la tête, imprimant ce qu'on me dit de faire sans mot.
Refermant la porte sur mes pairs, je descends les escaliers rapidement. Au bourdonnement se mêle un mélange indistinct et sourd de pensées en tout genre. Faisant le compte de tous ceux qui sont morts, disparus d'une parole prononcée de cette garce, la colère revient rapidement. Il n'y a plus de lassitude ni même d'impassibilité qui tienne. Il n'y a que l'objectif, rayonnant au milieu de la masse informe et sombre de cadavres de ceux que je fréquentais depuis des années. Et puisque toutes les occasions sont bonnes, je rejoins ceux qui boivent à la santé des anciens.

*****

« Là, regarde. C'est tout c'qu'on a pu recueillir sur elle. » Observant les quelques papiers griffonnés qui me sont présentés, j'y jette un coup d’œil furtif. « J'm'en fous. J'ai juste besoin d'savoir où j'pourrais la trouver, le plus vite possible. » On m'explique alors qu'elle achète régulièrement sa came à Solveig. Relevant des prunelles gorgées de confusion sur mon interlocuteur, la surprise se mue rapidement en dégoût. Le flot de jurons s'écoule hors de mes lèvres et, loin de me soulager, ne fait qu'attiser la haine ressentie pour cette femme.
Mais il faut agir. Il faut garder cette rage pour son joli minois, il faut conserver ces sentiments pour les lui cracher à la gueule, à cette salope.
Me dirigeant vers le lieu de rendez-vous des deux femmes, je ne compte certainement pas notifier Solveig de ma présence. Je compte même attendre la fin du deal, pour cueillir la garce une fois son méfait accompli. Ces rues maintes fois foulées accueillent à nouveau ma carcasse, toujours pour ces occupations malsaines. Et si la rage bat dans mes tempes, une saloperie d'interrogation s'impose malgré tout à moi – c'est une femme, une femme d'un pauvre gabarit, aussi souillée soit son esprit. Tuer des femmes, s'il le faut absolument, m'est possible. Ici, elle le mérite, je le sais pertinemment et ne m'embarrasse pas vraiment d'états d'âme. Fais la souffrir. Le doute plane. J'ai bu quelques verres avant de partir, désinhibant cette âme torturée que je détruis inlassablement, mais je ne sais pas si ce sera suffisant.

N'ayant jamais été très fort en matière d'escorte discrète, je doute de mes compétences lorsque j'approche du lieu de rendez-vous. M'arrêtant simplement au niveau d'un carrefour, par lequel elle devra forcément repasser, je camoufle ma silhouette dans l'obscurité. Et patiente.
Durant ces quelques minutes, j'attise consciemment l'incendie qui me bouffe. Reporte un peu de cette rage sur Solveig, qui ose vendre à cette garce ; l'idée qu'elle le fait pour une bonne raison m'effleure mais je m'efforce de ne pas m'adoucir, ne trouvant de toute manière pas d'excuse à ma boss. Et surtout, je me souviens de tous nos collègues, pense à leurs proches, à ce que nous partagions. C'est encore le moyen le plus pratique pour que la colère ne dégonfle pas.

Mes tentatives étaient malgré tout vaines. Lorsque la juge surgit dans mon champ de vision, c'est une rage sourde et aveugle qui m'envahit. Les membres parcourus de frissons douloureux, mon corps se tend à son approche. Les muscles se bandent et l'estomac se retourne. Peu friand d'armes en tout genre, je n'ai en ma possession qu'un flingue dans la poche de ma veste.
Flanquée d'un type, la juge se dirige vers une rue, que j'emprunte à mon tour. Le quartier n'est pas vide, loin de là, et je me mêle facilement à ceux qui marchent tranquillement sur la route. Me concentrant sur l'homme qui l'accompagne, je juge de sa stature en quelques secondes, ne quittant pas le couple des yeux. Caressant l'espoir vain qu'elle tient, ne serait-ce que vaguement, à cette personne, je continue de les suivre. Ces rues me sont toutes connues et je sais approximativement à quel moment je vais intervenir. Certaines sont souvent vides, d'autres naturellement peuplées. Alors je bifurque à un moment donné, m'enfonçant entre les immeubles où règne une odeur d'urine sèche et de poubelles atteintes par la chaleur étouffante de la journée, perdant les cibles de vue. Te trompe pas, Joseph. Te plante pas maintenant. Pressant le pas, je dois arriver avant eux, surgir d'entre les immeubles pour les intercepter. Espérer qu'il n'y aura que très peu de témoins, et que ceux présents seront complètement shootés.

Me glissant entre les deux immeubles, je patiente et retire la sécurité de mon arme. La rue est silencieuse ; le type qui l'accompagne sera sûrement sur le qui-vive. Il me suffit d'être rapide et précis. Très vite, quelques bruits significatifs m'assurent de leur arrivée. Tendant l'oreille, les prunelles glissant près de la route pour observer les ombres qui s'y dessinent, il ne reste plus que quelques secondes.
Les silhouettes apparaissent à peine dans mon champ de vision et je surgis près d'eux, l'arme tenue à bout portant. Réduisant l'espace qui nous sépare de quelques enjambées, je tire. Et touche.

L'homme s'effondre et je me précipite vers la juge, l'arme désormais pointée sur elle. « Ta gueule. Si tu fais un bruit, j't'en tire une dans la rotule. » Sifflé-je, abaissant le bras vers son genou. M'approchant dangereusement de la cible, le palpitant battant douloureusement dans ma poitrine, j'empoigne sa tignasse de ma main libre et la garde près de moi. Maintenant, il faut improviser. Nous dirigeant vers le premier immeuble paraissant complètement abandonné que je trouve, je m'engouffre à l'intérieur du bâtiment obscur et monte spontanément les escaliers. Il ne faut pas qu'elle s'échappe, il ne faut pas qu'elle se tire. Surtout pas. Au deuxième étage, je m'enfonce dans les couloirs d'habitation et teste toutes les portes d'entrée. Je nous précipite dans l'appartement de la première qui s'ouvre. Refermant derrière moi, j'envoie le corps de la juge contre un mur. L'appartement est sombre mais ses prunelles brillent dans l'obscurité. « On y est. Va falloir payer pour toutes ces putain d'sentences, Carlsson. » Tendant la main libre vers elle, je vise ce joli minois du revolver. « File-moi c'que tu viens d'acheter, t'as dix secondes avant que j'te foute à poil moi-même. »
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MessageSujet: Re: Seek and Destroy - Angie   Dim 15 Avr - 23:22


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien] & Angie Carlsson

Seek and Destroy

Let's cause a little trouble. Oh, you make me feel so weak. I bet you kiss your knuckles right before they touch my cheek. And I've got my mind made up this time. Go on and light a cigarette, set a fire in my head. Set a fire in my head, tonight.
(c) Halsey - icons (c) DΛNDELION





My demons are begging me to open up my mouth
I need them mechanically make the words come out
They fight me, vigorous and angry, watch them pounce
Ignite me, licking up the flames they bring about

« Affaire suivante. »

La langue claque sur le palais et l’agacement est presque palpable. Ils ne sont que des noms et des visages qui s’effaceront aussitôt qu’ils auront disparu de ma vue. Ils ne sont que des numéros, des connards qui ont enfreint le règlement. Ce même règlement que j’envoie chier quand tombe la nuit. Ce règlement avec lequel je me torche chaque fois que je chie. Ils ne sont que des hommes et des femmes lambda. Pas des pères, des mères, des frères, des sœurs ou des gamins. Et le marteau frappe et frappe le socle en bois qui tremble sous les sentences. La mort en seule et unique échappatoire. Et c’est presque leur rendre service. Au-delà des murs la fin est plus dramatique, plus triste. Voyez ça comme un cadeau. Je vous épargne le pire en vous offrant l’échafaud. Il y a les cris, les visages accablés, les pleurs et les menaces de mort. Il y a ces gens qui s’effondrent, les genoux claquant le sol dans un bruit sourd. Il y a ceux qui restent droits et fiers même lorsqu’on les emmène.

BLAM, jugement prononcé en défaveur de l’accusé.

Et la journée s’achève, Maddy me dévisage et s’amène en pointant du doigt l’un des dossiers.
« Avez-vous vu la petite note que je vous ai laissé, madame ? »
Post-it jaune trônant sur la plupart de mes dossiers, Maddy s’occupe de régler les détails qui me font chier. Je la mire avec la furieuse envie de la gifler, récupère le dit papier et le lis avec une lenteur calculée. Évidemment qu’il aurait dû partir en exil, Dan.
Je le froisse entre mes doigts et le balance à poubelle devant son regard peiné.

« Cesse de t’apitoyer comme ça Maddy. Cela fait ressortir ton double menton et c’est pas franchement folichon. Tu apprendras qu’il y a des décisions prises en guise d’exemple pour la population. »

Les hanches se balancent, s’approchent de sa trogne désabusée quand mes phalanges pressent sa mâchoire.

« Je ne te permets pas de revenir sur mon jugement, est-ce que c’est clair, Maddy ? Et puis… Si tu n’es pas d’accord avec ça, je peux toujours te faire changer de services… »


En t’envoyant là-bas, au-dehors, à casser tes ongles et à arracher tes fringues de bourgeoise.

Elle sanglote, mon assistante. Les gouttes salines dévalent son visage terrorisé avant qu’elle ne se mette à renifler et à s’excuser. J’acquiesce et la libère, l’expulse de mon bureau sans y mettre les formes ni même lui souhaiter une agréable soirée.
La porte se referme doucement, comme si elle avait peur d’en abimer le mécanisme. Je m’échoue dans mon fauteuil, pousse un profond soupir d’ennui. La journée a été rude, perchée sur des talons aiguilles, à porter une robe épaisse et à réduire des vies en miettes.
Paupières closes, le bâtiment se vide à mesure que les heures filent. Et je devrais rentrer, prendre une douche et m’allonger. Je devrais bouffer, me reposer et planifier demain. Mais entre les murs blancs, il y a le vide. Ce vide qui vous ronge l’âme et qui laisse place aux cris de l’enfance. Réminiscences qui hantent et hantent la psyché déglinguée. Je voudrais oublier. Oublier les hurlements et les violences. Oublier la paume qui heurte le minois enfantin qui valdingue sous l’impact. Oublier la ceinture et son claquement rêche sur la chair. Oublier les sanglots et les suppliques. Oublier les mots et les maux. Oublier les clopes qu’ils écrasaient entre mes côtes. Oublier, ouais, oublier, ne plus penser, ne plus chialer, ne plus flipper.

Selfish, taking what I want and call it mine
I'm helpless, clinging to a little bit of spine
They rush me, telling me I'm running out of time
They shush me, walking me across a fragile line

J’avance dans ces couloirs qui le jour, grouillent de monde. Mais à cette heure il n’y a que l’écho de mes pas en unique réponse.
Et au-dehors, Zach. Paluches enfoncées dans les poches de sa veste en jean. Il attend dans un silence religieux que je me dirige vers lui et enlace le petit corps fragile entre ses bras épais. Le front posé sur le torse du mâle, j’écoute son palpitant qui bat calmement. Il apaise, Zach. Quand tout semble s’échapper et trembler sous mes pieds. Le silence nous avale et nous avale avant de nous recracher quelques minutes plus loin. Parce qu’il faut y aller rappelle-t-il dans un murmure, pour ne pas être en retard au rendez-vous.
Ce rendez-vous dont j’aimerais me foutre mais devant lequel je suis incapable de reculer. Parce qu’elle détient la marchandise, la chienne. La drogue que j'avale ou que j’injecte dans mes veines dans l’espoir vain qu’un jour je pourrais oublier celle que j’étais. Et peut-être que je veux me détruire de l’intérieur, un petit suicide parfaitement organisé et millimétré. Peut-être, ouais, que j’aimerais ne pas me réveiller, que le poison ronge tout jusqu’à ma raison. Fermer les yeux sur un monde qui ne comprend pas, qui n’a jamais rien fait pour moi. Fermer les yeux sur tous ces incapables qui ont vu et qui ont laissé faire. Ceux-là même qui aujourd’hui me dévisagent d’un regard noir lorsque je condamne à mort tous leurs espoirs. Mais c’est vous, vous tous qui m’avez condamné à crever alors n’espérez pas que je sois clémente et aimante. N’espérez pas que je vous tende la main quand vous avez craché dans la mienne si souvent. J’étais qu’une gosse et malgré les pleurs et les hurlements vous êtes restés sourd à ma souffrance. Alors vous pouvez bien implorer, prier, chialer ; vous n’avez qu’à cesser de respirer comme toutes ces fois où j’ai voulu m’asphyxier dans mon oreiller.

L’organe en charpie, j’avance ou j’erre. Je me fie à son odeur à lui que je suis. Flagrance qui se déplace dans l’atmosphère tel un courant d’air. Les petons claquent le bitume du nord de la Nouvelle-Orléans. Ce putain de Nord et sa crasse en merveille. Les escarpins bousillés par la merde, je me pointe devant Solveig. Échange sous le manteau. Des biftons contre des cachets ronds. On ne s’éternise pas en courbette et je me barre avec mon vice plein la poche. La capuche dissimule les traits aux plus curieux avant que Zach n’emprunte les artères ; celles qui sont les plus peuplées pour éviter de tomber dans un coupe-gorge qui nous mènerait tout droit en enfer ou quelque part plus au sud. Les yeux rivés sur l’asphalte défoncé pour ne pas me tordre une cheville, je ne réagis que trop tardivement aux bruits et à la détonation qui annonce un drame. Les épaules s’affaissent et dans un réflexe pur, je me protège le visage à l’aide de mes bras, comme si ces derniers étaient capables d’arrêter les balles. Mais la menace gronde, s’approche en quelques enjambées quand l’idiome du mâle retentit. Ordres balancés, les cris qui ne doivent pas s’échapper de mon gosier quand j’ai qu’une envie, c’est de hurler, appeler à l’aide. Cette aide qui ne viendra pas. J’aperçois la masse sombre sur le sol et le carmin qui déjà s’échappe de sa silhouette et encrasse le trottoir d’une mare épaisse et gluante.
Je ne réalise pas encore. Ne percute pas qu’il vise mon genou dans l’idée de me le déglinguer et m’empêcher de bouger. Sa paluche s’enfonce dans mon cuir chevelu, s’agrippe aux mèches dans un mouvement brusque qui me tire un couinement étriqué.

Hold me down, hold me down
Throw me in the deep end, watch me drown
Knock me out, knock me out
Saying that I want more, this is what I live for

Le palpitant se démène dans sa cage et entre mes tempes, un boum-boum incessant qui me martèle la boite crânienne et me file la gerbe. Les guibolles trébuchent, les talons se perdent dans la mêlée et lui, lui qui toujours tire sur ma tignasse. Mes phalanges sont enroulées autour de son poignet comme pour éviter qu’il arrache un peu plus mes cheveux.
Le présent se déforme et s’emmêle avec des morceaux du passé. Les beuglements du paternel qui malmène les mèches brunes. Claquement. Le corps heurte un pan de mur et le front cogne la tapisserie démodée depuis des années. J’entends rien de ce qu’il feule, ce connard. Il n’y a que cette note désagréable qui résonne dans ma caboche et me fait dire que j’ai été trop secoué.
Il me faut quelques secondes pour stabiliser mes mirettes et le regarder. Les prunelles inspectent et jugent, la morphologie, la barbe et les traits de sa sale gueule. Le minois se relève et je lui balance les cachetons dans un mouvement lent. Et ça turbine là-haut. Comment s’en sortir, quelle porte ouvrir, où se cacher ? Ne pas monter mais descendre pour ne pas être piégé. Il récupère ma came, l’enfoiré. J’ai envie de lui demander, s’il pense qu’avec ça il pourra racheter la vie de ceux que j’ai fait exécuter. Ça me paraît être un bien maigre lot de consolation, ces petits cachets. Sauf s’il rêve d’évasion et de papillons dans le bide. Sous ma paume, de la poussière et quelques débris de verre que je ramasse et lui balance au visage. La détente est pressée et la balle se niche dans la viande. La douleur à l’épaule est vive et m’arrache un cri. Il ne me faut pas longtemps pour me redresser sur mes quilles et à repousser l’agresseur qui frotte et frotte ses yeux. Autre balle chambrée alors que je passe la porte. Les escaliers qui mènent aux étages inférieurs sont beaucoup plus loin que ceux qui grimpent. Alors je monte, m’esquinte les pieds sur les marches abimées.

Il fait un boucan d’enfer, beugle des conneries quand la seule chose qui m’importe est de me mettre à l’abri. Je lui balance ce que je trouve – bouteilles vides, planches - quand il possède un angle de vue dégagé pour tirer. La balle effleure la chair et l’entaille. L’hémoglobine coule le long de ce bras que j’ai de plus en plus de mal à bouger.
Et j’enrage de le voir progresser quand je peine à continuer. Des points blancs se mettent à danser devant mes mirettes.

« Putain mais qu’est-ce que tu veux !? Dégage ! DEGAGE ! LAISSE-MOI ! »

Et c’est presque la gamine qui cause, le timbre trop enfantin qui éclate tout autour de nous.
Je profite de ma petite avance et m’engouffre à l’intérieur d’un appart' dont la porte était restée ouverte. Je la claque, la verrouille et tente de la coincer à l’aide d’une commode que je galère à faire glisser. Mes grognements doivent l’alerter alors que je cherche un endroit où me planquer. Pas le lit, putain pas le lit, ni le placard. Les peurs enfantines ressurgissent, le confinement impossible sans paniquer, alors je pousse la porte de la salle de bains, fouille et trouve une lame de rasoir. Planquée derrière le battant, j’attends.
La poitrine se soulève dans un rythme frénétique et la respiration reste totalement anarchique. A cause de l’effort physique, de la plaie qui suinte et de la peur insidieuse.

Knock me out, knock me out
Saying that I want more, this is what I live for

Et la poignée dorée se tourne après ce qui m’a paru être une éternité. Dans la pénombre, je le vois s’avancer, attends juste un peu avant de lui sauter dessus. Son flingue tombe autant que ma lame de rasoir que je suis incapable de retrouver. Et l’adulte se gifle et crève quand la gosse se recroqueville dans un coin, se protégeant de ses mains.

« Arrête ! Arrête ! Me fais pas d’mal ! »




(C) MR. CHAOTIK - Paroles (c) Halsey

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tu la trouveras dans le dictionnaire
entre salaud et syphilis
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