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 and the flower was fooled (morienster)

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« Le prodige et le monstre ont les mêmes racines. »

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↳ Métier : Chef des Services Secrets et de la protection rapprochée du Gouvernement.
↳ Opinion Politique : Pro-Gouvernement; il croit en la justice, il croit en la nécessité d'un pouvoir centralisé et totalitaire; il n'a jamais rien connu d'autres et ne conçoit pas qu'autre chose puisse fonctionner
↳ Niveau de Compétences : Niveau 4 - Niveau -58 en communication verbale - Vue : 0.5 à chaque œil
↳ Playlist : Wolf || Bleeding out || Glitter and Gold || Saltarello || Battle Symphony
↳ Citation : C'est de cela dont j'ai vraiment peur. D'être véritablement un monstre. Je n'ai pas envie d'être un tueur, mais je ne peux pas m'en empêcher.
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MessageSujet: and the flower was fooled (morienster)   Dim 29 Avr - 18:21


 
Violet
Rafael
« and the flower was fooled »


Je me penche sur le bureau, pointe du doigt sans le toucher l’écran qui grésille. Une silhouette, deux silhouettes, autre chose. Et rien de réellement net. Juste des ombres, presque reconnaissables. Je fronce les sourcils. « C’est la rue que je vous ai indiquée, vous êtes sûr ? » Question, sans agressivité. L’informaticienne se crispe, n’ose pas me regarder ; loyauté malmenée. Ses doigts glissent sur le clavier, l’image et les mouvements se recroquevillent dans le temps, pour se déployer une nouvelle fois. Et s’immobiliser. Elle pointe une heure, elle pointe une localisation. « C’est ce que vous m’avez indiqué, monsieur. » J’acquiesce. « Montrez-moi ça à nouveau. » Incapable de m’asseoir, malgré les fauteuils que l’on me propose, je repositionne mes paumes qui se font support. L’image se remet à avancer, les mouvements à se déployer. D’un geste vague, je désigne l’écran. « Pouvez-vous éclaircir le tout ? » Elle hésite, ouvre une nouvelle fenêtre, aligne les chiffres, les lettres et les symboles sans que je ne puisse comprendre ce qu’elle manipule, ce qu’elle renseigne : l’informatique n’a aucun sens à mes yeux et si j’ai appris à ne plus considérer ces boites comme des sources de sorcellerie, je n’en reste pas moins distant. Après une éternité de secondes péniblement consumées, elle finit par me confirmer qu’il faudra quelques heures de traitement pour redonner à l’image malmenée ses contrastes, luminosité, netteté et intégrité originelles. J’acquiesce, me détache finalement du bureau. Recule. « Tenez moi au courant. Faites vite. » Les jours ne se sont que trop égrenés, en semaines même, depuis l’agression de Violet. Les jours ne se sont que trop perdus, tout comme les amitiés, tout comme la confiance, tout comme la loyauté.

-------

Je me penche à nouveau sur le bureau, je pointe à nouveau l’écran qui ne grésille plus. Nette, l’image l’est incontestablement. Lumineuse, contrastée, intègre, les silhouettes qui y évoluent ne sont plus des ombres, en sont plus des inconnues. Violet. Son comportement qui change, brutalement, qui perd l’innocence de sa candeur, la douceur de sa gentillesse, qui devient plus raide, incontestablement. Indéniablement. Imperceptiblement. Violet, armée. Violet, violente. Violet, maculée de sang, un corps qui tombe et qui s’effondre. Toute couleur quitte mon visage, mon cœur s’accélère. Et alors sonne le glas : la réalité se fend, une créature s’extrait, se saisit, disparait. Marionnette qui s’effondre, encore. Et la vidéo se poursuit, dans le silence et l’immobilité, dans une silhouette qui finit par se relever, par paniquer, par partir. Et venir chez moi, je le sais. « Je veux revoir la scène. » Ma voix n’est qu’un souffle, coupé. Je me tourne vers le reste de la pièce, vers les autres regards. Autres employés des renseignements, autres gardes du corps. Nouvelle voix soufflée : « Sortez. », ton péremptoire. Et à nouveau, la silhouette de Violet. Qui se raidit, imperceptiblement. « Stop. Peut-on voir de plus près ? » L’image se rapproche de son visage, devient grossière, marquée de ces multiples fragments qui la compose. Elle ne regarde pas la caméra, mais son visage est trop reconnaissable pour que le moindre doute soit encore permis. « Avancez. Image par image » J’ai besoin de voir. J’ai besoin de voir ses traits changer, se déformer, me donner un indice, quelque chose, pour qu’elle ne soit pas… Ses mouvements sont décomposés, elle reste la même. Regard vide, comportement autre, mais la même. « Manipulation ? » Je murmure, sans attendre de réponse de quiconque. La caméra recule, le meurtre se répète. Encore. La créature vient chercher le corps. Encore. Nouvelle pause, nouveau rapprochement. Pas davantage d’informations. Et une hésitation. « Qui donc a vu ces images ? » L’informaticienne se tourne vers moi, surprise. « Uniquement vous, monsieur. » Je m’humecte les lèvres. « Qui peut avoir accès à ces images ? » Elle fronce les sourcils, incertaine, mon regard ne tolère aucun repli. « Tout le service de surveillance, j’imagine ? Peut-être le département des Peacekeeper ? Un certain nombre de personnes, toutes celles pouvant chercher à maintenir l’ordre et à établir une surveillance poussée de… » D’un mouvement de main vif, je la coupe, m’écarte, fais quelques pas avant de me passer une main sur le visage.

Violet est coupable.
Violet a réellement tué cette personne, la preuve est sous mes yeux.
Violet a réellement tué un homme, salement, brutalement, bestialement, encore et encore.

Mais quelque chose nous dépasse, c’est également une certitude. Mener l’enquête risque de la rendre vulnérable à une justice gouvernementale, étouffer l’enquête va à l’encontre de mes convictions, de tout ce qui me pousse à éradiquer l’inhumain. Je reste silencieux, l’informaticienne semble de plus en plus nerveuse. Les secondes et les minutes se perdent, se dispersent. L’absence de Duncan se fait pesante. Asphyxiante. J’ai besoin de conseils. Immédiatement.

« Supprimez-la. Supprimez toutes traces de cet enregistrement. » « Mais… Monsieur ? » « Maintenant. » Je soutiens son regard le temps qu’elle obéisse.

-------

« N’as-tu jamais pensé à quitter le Gouvernement ? » Raide, devant ce qui me semble être un tribunal de regards, je repense à cette question de mon frère. N’as-tu jamais pensé à quitter le Gouvernement ? Non. Je n’y avais jamais pensé, je n’avais jamais effleuré cette possibilité. La loyauté est dans mon essence, l’absolu de mon engagement fait partie intégrante de mon être, la force de mes convictions est ce qui me maintient droit, sûr, et en un seul éclat. Ai-je donc un jour songé à quitter un gouvernement autoritaire et fort ? Pourquoi donc y aurais-je un jour songé ? J’y ai toujours appartenu, mon rôle et mon devoir est d’assurer la cohérence et la solidité d’une humanité, de préserver la survie d’un pouvoir central et son autorité. Mon devoir transcende les limitations de cette civilisation décadente. Transcende même ma propre volonté, mes propres désirs, cet égoïsme qui m’a coûté un ami, qui m’a coûté bien davantage encore. Et pourtant… Raide, devant ce qui semble être un tribunal de regards, j’y songe. Un instant. Leurs yeux sont fixés sur les miens, les miens glissent inexorablement vers cet écran, le même que quelques jours plus tôt. Supprimer les vidéos, c’est la décision que j’ai prise, c’est une décision qui n’a pas abouti. Et on me demande à présent de rendre des comptes. Ce n’est pas la première fois, c’est la première fois que la demande est exigence. Et que je me sens désagréablement mis dans la position du condamné. « Qui est-elle ? » Je détourne le regard. Aimerais laisser le loup s’exprimer, libérer l’animal, les crocs et le sang, la chaleur du carnage, le froid de la mort dispersée. J’inspire. « Une innocente. » Ils ne sont guère convaincus, je suis suffisamment lucide pour contempler le placement de l’échiquier et il est grandement en ma défaveur. « Violet Chloé Forester. Une ergothérapeute, sans casier judiciaire, sans même l’ombre d’une suspicion pesant sur ses épaules. » L’impression de me justifier comme un vulgaire criminel me colle à la peau. On me rétorque que c’est une meurtrière, que toutes les preuves sont étalées sous nos yeux, j’inspire pour contrôler le loup. Et ma colère. « C’est une innocente. » J’articule toutes les syllabes. Posément. Si c’est une innocente, me fait-on remarquer, il n’y a donc aucun problème pour qu’elle se porte volontaire pour une expérience. « Hors de question, Forester est intouchable. » Ah bon ? Ils font semblant de regarder dans un dossier, leur regard se fait plus froid encore lorsqu’il se repose sur moi : personne n’est intouchable. Pas même vous, Morienval. Un pion s’avance, le cavalier franchit les dernières cases. Ma reine est incapable de se libérer. C’est l’heure de quelques sacrifices. « Si elle se prête à vos expériences, ces vidéos disparaîtront ? Son nom disparaîtra ? » Ils se consultent du regard. Oui. « Je veux une assurance. » La douleur enfle dans mon avant-bras. C’est là votre seule assurance, Morienval. « N’as-tu jamais pensé à quitter le Gouvernement ? » Peut-être.

Peut-être, Orfeo.

-------

C’est l’un de ces jours où des dossiers affluent, des demandes d’autorisation et différents rapports s’accumulent et n’attendent de moi qu’un regard, qu’une signature, qu’un accord. C’est l’un de ces jours où l’absence de Duncan se fait pesante, un rappel de ce que j’ai perdu, de ce que j’ai saccagé, de ce que son ego nous a coûté. C’est l’un de ces jours où mes pensées se dispersent, dans une tourmente chaotique. C’est l’un de ces jours où l’influence d’une lune croissante, presque ronde de son apogée, exerce sur mon âme et sur le loup une pression irrépressible ; Et c’est également l’un de ces jours où le temps s’étire et se languit tant des secondes perdues qu’il choisit de traîner en longueur, de savourer chaque instant sans se soucier de ceux qui espèrent bien au contraire le voir accélérer. C’est l’un de ces jours, enfin, où un sombre pressentiment effleure mon esprit, inquiète l’animal. L’un de ces jours où ce sombre pressentiment n’était que les prémices d’autre chose. Le coup de fil manque de me surprendre, je termine la lecture du dossier de surveillance, appose ma griffe en bas de chaque page imprimée avant de prendre l’appel. C’est une informaticienne du service de surveillance, justement, l’une des ingénieurs chargés d’assurer la sécurité de nos données, les murailles informatiques d’un univers que je ne comprends pas, que je ne maîtrise pas, mais qui est devenu indispensable lorsqu’on prend la menace croissante du nouveau leader rebelle en compte. Et ce n’est pas qu’une informaticienne quelconque. Vous m’aviez demandé de supprimer des vidéos. « Et vous ne l’aviez pas fait. » Le silence répond à mon accusation. Lorsqu’elle reprend, sa voix est moins assurée. Elle a gardé l’œil sur la personne de la vidéo, Violet après cela, elle s’est sentie coupable, elle… « Vous êtes certaine ? » Une patiente du nom de Violet Forester a été admise à l’hôpital il y a deux heures, elle est formelle. Mes mains se font tremblement. La colère afflue. Et un remerciement se perd, je me lève. Lentement. Très lentement. Avant de hurler. Bestial. Mon bras balaye la surface du bureau, feuilles, dossier, écran d’ordinateur, clavier, stylo, broutilles volent dans la pièce, dans un fracas tout d’abord, dans le silence de feuilles tombantes ensuite. La porte s’ouvre sur une secrétaire inquiète, je la renvoie d’un geste de la main. Mes paumes s’appuient à nouveau sur le bureau mis à nu, le temps d’étouffer ces tremblements croissants, le temps de reprendre le contrôle de ma colère, le temps, également, de fermer les yeux et de respirer. Je ramasse mon téléphone portable, sors de la pièce. « Vous rangerez les documents » Mon regard sévère étouffe toute protestation. « Annulez tous mes rendez-vous, je ne suis pas disponible. » Je quitte l’étage, le bâtiment d’un pas que je veux maîtrisé, mais qui se fait de plus en plus pressant, précipité au fur et à mesure que je me rapproche de l’hôpital. Dans une poignée de mots crachés d’une voix pâle, j’envoie l’un des deux gardes du corps assignés à ma protection dégager mon passage et me trouver toutes les informations nécessaires, une autre poignée de mots intime au second de s’assurer que je ne sois pas dérangé, et le charge également de me faire un compte-rendu exhaustif de ce que qu’il s’est passé. Mes pas résonnent bien vite dans les couloirs.

Trouvent sans tarder une porte, me laissent presque essoufflé. Nerveux. Tremblant. Tremblant de culpabilité. La poignée se plie à mon désir, ouvre la porte. Je m’attends à la trouver alitée. Endormie. Je m’attends à la trouver blessée. Ficelée à ces outils bruyants, comme Orfeo quelques semaines – seraient-ce déjà des mois ? – plus tôt. Je la trouve tout au contraire debout. « Violet ? Comment… est-ce que tu vas bien ? J’ai appris… je suis venu aussi vite que possible. »
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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Mer 2 Mai - 8:52

And the flower was fooled
Rafael&Violet
Un éclair blanc, aveuglant, éblouissant. Un voile de néant qui perça les pupilles océan puis ce fut la chute. Brutale. Le corps frêle de Violet ne répondit plus, sa poitrine cessa tout mouvement. L’inconscience fit s’arrêter tout signe de vie. Les regards se firent inquiets puis les corps s’agitèrent. Ils étaient allés trop loin, pourtant ce n’était pas faute de les avoir prévenus. Après quelques vaines tentatives pour réanimer la jeune femme, la décision fut prise de la conduire en urgence à l’hôpital. Il fallut trouver un faux prétexte pour ne pas éveiller les soupçons, pour qu’ils ne soient pas pointés du doigt. La jeune femme avait vu venir sa chute, lente et pourtant inévitable. Elle avait deviné à l’instant même où on l’avait emmenée que tout ceci finirait mal. Elle n’avait pu voir d’autres issues. Depuis que le drame était arrivé, et malgré tout le soutien dont Rafael avait fait preuve, Violet s’était sentie sombrer dans l’incertitude. Sa vie n’était devenue qu’un point d’interrogation géant. Elle n’avait eu de cesse de se remettre en question. De se demander pourquoi ? Pourquoi elle ? Le fait de ne se rappeler de rien avait été l’une des choses les plus dures à encaisser. Jusqu’à ce qu’on vienne, jusqu’à ce qu’ils arrivent.

Arrachée à son hôpital, Violet n’avait aperçu que des pièces toutes plus étranges les unes que les autres. On l’avait martelée de questions, harcelée, oppressée. Puis il y avait eu ces tests à n’en plus finir. Il y en avait eu d’autres comme elle. Alors la jeune femme avait fini par comprendre. Malgré les multiples produits injectés, sa mémoire avait continué de lui faire défaut, agaçant ses bourreaux à chaque fois qu’ils se heurtaient au mur qui obstruait ses souvenirs. Les doses s’étaient faites plus fortes, laissant derrières elles des nausées infectes qui tordaient le ventre de la jeune femme. Très vite Violet s’était sentie épuisée. Elle se demandait comment des hommes pouvaient traiter leurs semblables comme ça, comme des monstres, des bêtes de laboratoire. Elle avait fini par les maudire, ces hommes et ces femmes sous leur blouse blanche. Peu à peu ses espoirs de sortir de cet enfer s’étaient évanouis. Elle comprit que s’il ne l’avait pas encore sortie de là, c’était que Rafael n’y pouvait rien. Peut-être que ces expériences lui avait évité bien pire. Jusqu’au jour où tout bascula, la faisant sombrer dans les abysses qu’était l’inconscience. Jusqu’à ce qu’on lui injecte la dose de trop, celle qui fit lâcher son corps et sa conscience. La jeune femme avait littéralement disjoncté et son cerveau avec.

Lorsqu’elle reprit connaissance, Violet ne put apercevoir que des visages derrières des masques verts d’eau. On lui parlait mais les voix qu’elle parvint à percevoir lui parurent toutes lointaines, incompréhensibles, comme si tout ceci n’était qu’un vague écho. Elle cligna des paupières, s’éveilla assez de temps pour qu’on lui fasse inspirer un gaz infâme puis elle replongea. On l’a laissa finalement branchée à des machines. Son rythme cardiaque ponctuant l’électrocardiogramme placé à côté de son lit. Lorsqu’elle ouvrit de nouveau les yeux, la jeune femme fut prise d’une affreuse migraine. Tout son corps était douloureux, ses muscles étaient meurtris pourtant elle parvint à poser sa main droite sur son front brûlant. Son regard tomba sur une infirmière qui lui adressa un sourire rassuré. « Ah Violet tu es réveillée, tu nous as fait tellement peur. » murmura l’employée comme si elle craignait qu’on la surprenne. La blonde fronça les sourcils, elle n’y comprenait plus rien. « Je ne me souviens de rien, que s’est-il passé ? Dans quel hôpital de New-York sommes-nous ? » demanda la jeune femme encore groggy. Elle vit le visage de l’infirmière se froisser, cette dernière s’approcha pour parler encore plus doucement que précédemment. « C’est de leur faute. Tout ira bien, tu vas vite te remettre. C’est normal que ta mémoire flanche, ils n’y ont pas été de main morte ! » s’exclama-t-elle l’air sombre. Puis elle s’éclipsa rapidement lorsqu’un médecin entra dans la chambre. Violet cligna doucement des paupières et se laissa occulter, redemandant dans quel établissement elle se trouvait. Le médecin lui répéta qu’elle n’était pas à New-York mais à la Nouvelle-Orléans. La Mexicaine blêmit un peu plus lorsqu’il lui annonça qu’on était en 2018. Elle ne sembla pas plus rassurée lorsqu’il affirma pourtant que sa mémoire finirait par lui revenir. Personne ne voulait donc lui dire comment et pourquoi elle s’était retrouvée ici. Violet se sentit défaillir, elle était là, seule dans cette chambre d’hôpital à ne plus savoir qui elle était vraiment. Elle se retrouvait avec un trou de 6 années à combler.

Après quelques temps et malgré qu’on lui ait interdit de se lever, la jeune femme en eut assez. Elle s’extirpa de son lit en grimaçant. Ses pas incertains la menèrent vers la fenêtre de sa chambre. Ce paysage lui sembla totalement nouveau. Elle restait cramponnée à son pied à perfusion. Elle avait l’impression d’être arrivée ici il y a des jours pourtant il ne s’était écoulée que quelques heures à peine. Elle sursauta lorsqu’on entra dans sa chambre. La jeune femme observa le nouvel arrivant avec de grands yeux. Elle sembla gênée lorsqu’elle comprit qu’il semblait la connaître. Un léger sourire s’afficha sur ses lèvres avant qu’elle ne hoche positivement la tête. « Ca va, enfin je crois… » commença-t-elle en haussant les épaules. En vérité elle se sentait totalement perdue et terriblement seule. « Je suis désolée, je vais paraître impolie mais…qui êtes-vous ? Est-ce qu’on se connait ? » demanda-t-elle visiblement confuse. Elle remarqua que l’homme semblait affolé et inquiet. Peut-être étaient-ils amis. Elle s’en voulait terriblement de ne pas pouvoir se souvenir. Elle entreprit de s’approcher de son visiteur. « Le médecin a dit que c’était normal que ma mémoire me fasse défaut, qu’elle finirait par revenir. Dites, vous ne sauriez pas ce qui m’est arrivée par hasard ? » l’interrogea-t-elle pleine d’espoirs. Il était évident que cet homme semblait sincèrement concerné par son état de santé. Peut-être qu’il pourrait l’éclairer sur la situation qui devenait de plus en plus confuse dans l’esprit fragilisé de la Mexicaine qui porta de nouveau une main à son front. C’était terrible comme son crâne lui faisait mal.


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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Dim 13 Mai - 23:13


 
Violet
Rafael
« and the flower was fooled »


Mes doigts se posent sur la poignée, hésitent. Nerveux, je me sens nerveux, comme je ne l’ai jamais été. Paniqué, également. Loin, le loup, loin, le Seigneur… encore une fois, ce n’est que l’homme, ce n’est que l’homme qui s’exprime. Dans cette colère délaissée en chemin, dans cette culpabilité latente, qui enfle petit à petit, dans cette inquiétude, omniprésente. Mes doigts se posent sur la poignée, mais tardent à la tourner, tardent à ouvrir cette porte. Tardent à franchir ce pas supplémentaire. Tardent à… je prends mon inspiration, je suis incapable, présentement, de reprendre un contrôle parfait de mon esprit. D’un mouvement crispé, je cherche du regard la jeune femme qui a tout changé. Celle que j’ai vendue à des expériences pour lui éviter pire encore. D’un mouvement crispé, je ne trouve qu’un lit délaissé, remonte la trace de gestes et de soupirs jusqu’à cette silhouette, debout, aux yeux rivés vers l’extérieur. Par le biais de cette fenêtre. Pendant un bref instant, je vois un tableau se dessiner, des jeux d’ombre et de lumière que je capturerai sans difficulté sur une toile. Pendant un bref instant, je me surprends à respirer, et à songer que, peut-être, tout cela n’est qu’une histoire sans suite, qu’un chancèlement déjà passé, déjà classé, une page déjà tournée sans impact sur les heures et les jours à venir. Pas une chute. Pas autre chose. Pas ce qui scellerait ma décision. Pas ce qui fendillerait mes convictions. Pendant un bref instant, je caresse l’illusion d’une normalité, d’une inquiétude qui se dissipe dans des mots soufflés, étranglés, et quelques pas dans sa direction pour la prendre dans mes bras, protéger comme je le peux les pétales nacrés de son âme. Pendant un bref instant, cet instant de poussière qui précède son regard. Son sourire. La distance dans ses yeux. Mes pas s’interrompent, mes lèvres s’assèchent, mon cœur doute dans ma poitrine qui se soulève avec difficulté. « Ca va, enfin je crois… » Je la fixe sans comprendre ce qu’il ne va pas dans ses propos. Mes nerfs sentent une différence, une différence que le loup hume et ressent également. Une différence qui vibre dans ma poitrine, frissonne sur mon épiderme, comme un danger latent, imperceptible et pourtant bien présent. Je la fixe sans comprendre. Mais je comprends quand elle reprend, alors que ses mots ne sont encore qu’en train d’éclore entre ses lèvres.

« Je suis désolée, je vais paraître impolie mais…qui êtes-vous ? Est-ce qu’on se connait ? » J’ai un pas en arrière, que je ne peux contenir. Elle s’approche, je m’empêche d’ne faire un second. Mais mon regard invite, une nouvelle fois, à la distance. « Le médecin a dit que c’était normal que ma mémoire me fasse défaut, qu’elle finirait par revenir. Dites, vous ne sauriez pas ce qui m’est arrivée par hasard ? » Sa question se heurte à mon silence, naufragée sur les falaises d’un visage qui se ferme lentement. D’un esprit qui se cloisonne pour qu’aucun excès de colère ne vienne tout saccager, libérer l’animal qui hurle son incompréhension, qui cherche le sang et la vengeance, seules réponses valables face à ce qu’elle m’annonce. Un animal que je ne peux décemment libérer ici. Que je n’ai pas le droit de libérer devant elle. A sa question répond un silence. Un poing serré qui s’ouvre peu à peu, et dans lequel je canalise cette maîtrise de moi qui me fait tant défaut depuis plusieurs mois. Des battements de cœur, un regard fixe et retranché derrière une impassibilité morbide. Un silence qui traîne et s’étire, douloureusement. Et enfin, je parviens à trouver le mot juste. Ou le mot le plus juste que je puisse trouver en de telles circonstances. « Nous nous connaissons, oui. » Son vouvoiement me hante, me fascine, s’impose dans une situation qui me déstabilise. Et naturellement, il s’impose à nouveau de mon côté. Comme le vestige d’une relation naissante, des mois plus tôt, et brutalement détruite. Annihilée. Perdue semble-t-il dans les limbes de son esprit. Pas un seul instant la possibilité qu’elle se joue de moi ne traverse mon esprit, pas un seul instant un mensonge pervers ne m’est concevable. « Le médecin, auriez-vous son nom ? » Ma voix se contraint à être douce, une voix que j’emploie lorsque je manipule les faibles d’esprit qui possèdent les informations que je veux leur arracher. Une voix qui invite à la confiance, mais qui cache le tortionnaire et le bourreau. « Vous avez eu un accident. » Une voix qui enferme mes inquiétudes derrière mes pupilles, derrière une crispation et une tension que je ne parviens pas, malgré tous mes efforts, à faire disparaître. Est-ce qu’on se connaît ? Non. De toute évidence, nous ne nous connaissons plus. Même si ma mâchoire contractée veut articuler bien d’autres mots, même si ma posture raide et guindée ne demande qu’à se détendre et à la prendre dans mes bras, sentir sa présence contre moi, son odeur et sa respiration dans ma nuque, même si des excuses s’entrechoquent dans ma cage thoracique, même si la haine menace de tourbillonner et de s’emparer du loup pour le rendre prédominant. Et céder à l’envie d’un carnage. Le médecin, en premier. Les autres ensuite. Un par un. Lentement. Mes lèvres se tordent dans un sourire, j’ai sous les yeux les chairs déchiquetées et les veines ouvertes des responsables, des responsables qui sont, cette fois, suffisamment évidents pour que je n’aie à sacrifier aucun de mes proches.

Mais pas tout de suite.

D’un geste de la main, je désigne le lit. « Vous devriez vous asseoir ou vous allonger. » Vous éloigner. Vous écarter de moi. « Depuis quand êtes-vous réveillée, êtes-vous bien traitée ? » Le carnage ne sera pas pour tout de suite. Ma priorité, dans un premier temps, doit être elle, celle pour laquelle j’ai déjà égorgé une amitié. « N’as-tu jamais pensé à quitter le Gouvernement ? » Je n’y songe pas. Je songe désormais à le réduire en cendre, à répandre le sang et les membres de ceux qui le constituent un peu partout dans les terres arides qui entourent la Nouvelle-Orléans, je songe à couvrir mes babines de leur sang et mes crocs de leurs hurlements. Mais pas tout de suite.

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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Mer 23 Mai - 9:19

And the flower was fooled
Rafael&Violet
Des yeux emplis d’une douceur inouïe, voilà ce qu’avait posé Violet sur ce visiteur inconnu. Lorsqu’elle comprit que visiblement elle ne lui était pas étrangère, lorsqu’elle comprit que son amnésie était un choc, la jeune femme sembla gênée. Elle ne voulait pas mettre mal à l’aise qui que ce soit, elle s’en voulut un moment mais n’avait eu d’autres choix que d’être honnête. Un silence gênant s’imposa dans la chambre, un silence durant lequel Violet ne cessa de sourire. Tout son visage reflétait une bienveillance exceptionnelle. Tout ceci devait être dur à accepter, autant pour elle que pour lui. Bien qu’elle ignore la nature de leur relation, elle comprit dans le regard du brun que la nouvelle n’était pas bienvenue. Finalement le visiteur conforta Violet dans son intuition, ils se connaissaient. Elle resta devant lui, la main droite cramponnée autour de son pied à perfusion. Elle espérait qu’il lui en dise d’avantage, qu’il éclaire sa mémoire disparue. Il lui demanda alors si elle connaissait le nom de son médecin, Violet grimaça, portant sa main libre à son menton pour se souvenir. « Le Docteur Da Silva de ce que j’ai pu voir sur sa blouse. » dit-elle en haussant les épaules. Elle ne savait pas trop où cet homme voulait en venir, peut-être voulait-il s’entretenir avec son médecin pour rassembler quelques informations. La suite fit disparaitre son sourire. Elle avait eu un accident… « Ah… un accident de voiture ? » demanda-t-elle sans vraiment comprendre. Elle n’avait mal nulle part si ce n’était à la tête. Et puis elle avait cette drôle de sensation sur laquelle elle ne parvenait pas à mettre de mots. La jeune femme se sentait frustrée, frustrée que les autres semblent en savoir tellement sur elle quand elle ne se souvenait de rien. Elle avait milles questions en tête et pourtant elle n’en posa aucune. Elle se tourna vers le lit lorsque le brun le désigna, elle lui accorda un sourire mais ne bougea pas d’un millimètre. « Je viens d’y passer des heures, j’aimerais comprendre ce qui m’est arrivée. Vous semblez en savoir d’avantage, si nous nous connaissons, vous allez pouvoir m’aider. S’il-vous-plait. D’ailleurs est-ce que vous pouvez me rappeler de votre nom ? » finit-elle par demander, gênée.

Violet n’avait aucune envie de rester alitée comme une personne malade. Elle voulait comprendre ce qui l’avait amenée dans ce lit entre ces murs. Comment elle était arrivée à la Nouvelle-Orléans quand son dernier souvenir la ramenait dans les rues bondées de New-York. Et qui était cet homme dont le visage ne lui disait absolument rien ? Elle le fixa un moment, le temps de détailler chacun de ses traits. Elle ne parvint pas à distinguer la moindre émotion, ce visiteur cachait bien son jeu. Malgré tout ce dernier sembla inquiet ce qui fit légèrement sourire Violet. « Ca doit faire un quart d’heure… on me traite bien oui, il ne faut pas s’inquiéter. » assura-t-elle  sans vraiment y croire. Ne pas s’inquiéter s’avérait plutôt compliqué dans une situation si complexe et floue. Comme c’était frustrant de ne rien savoir… Au moment où Violet entre-ouvrit de nouveau les lèvres, elle aperçut le fameux docteur passer dans le couloir. Elle fit rouler son pied à perfusion et s’aventura sur le pas de la porte. « Docteur ! » s’exclama-t-elle en levant sa main libre. L’homme marchait à vive allure si bien que Violet décida de se débarrasser de sa perfusion, s’aventurant à sa poursuite. La jeune femme avait à peine fait quelques mètres que sa migraine revint avorter sa poursuite. Elle porta une main contre son front dans une grimace et revint sur ses pas. L’inconnu ferait sûrement mieux qu’elle. Si elle avait perdu une partie de sa mémoire, il semblait évident que son entêtement lui était indemne.

Lorsqu’elle revint faire face à son visiteur, Violet avait le teint rouge et la peau brûlante. Le moindre effort semblait lui rendre la vie difficile et pour la première fois depuis son réveil, la jeune femme commença à craindre pour son existence. Cela se vit sur son visage qui laissa transparaitre toute l’inquiétude du monde. « Finalement je vais m’asseoir. Mais s’il-vous-plait aidez moi à comprendre. » souffla-t-elle avec difficulté tandis qu’elle regagnait son lit. Voilà comment cet inconnu devint son dernier espoir. Son nom était la seule chose dont elle était sûre. Qu’adviendrait-il d’elle quand elle devrait sortir d’ici, dans cette ville qu’elle ne connaissait pas, avec tous ces inconnus autour d’elle ? La Mexicaine prit une grande inspiration pour tenter  de se calmer. Lorsqu’elle voulait quelque chose elle s’avait l’obtenir, par la manière douce certes, mais elle parvenait souvent à ses fins. Restait à savoir si cet homme serait en mesure de l’aider et de la guider ou s’il la laisserait seule à ses dépends. Une chose était néanmoins certaine : il en savait plus qu’il voulait bien le dire.



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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Dim 10 Juin - 15:14


 
Violet
Rafael
« and the flower was fooled »


Je la sens, dans mes yeux. Je la sens, dans ma respiration. Je la sens, dans la tension de mes muscles, dans la nervosité de mes regards, dans l’agacement de mes mouvements. Je la sens, dans ma poitrine qui se serre, dans mes prunelles qui se durcissent, dans mes lèvres qui se pincent. Je la sens, je la ressens, je la repousse et je l’enlace sans parvenir à trancher. Sans parvenir à choisir. Sans parvenir à prendre la moindre décision. Je la sens, la colère qui bouillonne, la détresse qui tournoie, l’angoisse qui s’étend et se rétracte le long du cycle de ma respiration. Qui êtes-vous ? a-t-elle demandé. Qui êtes-vous, elle m’impose le vouvoiement, elle m’impose la distance, je ne peux que reculer. Hurler. Me murer dans un silence éloquent de douleur, un silence que ne troublent que les grondements du loup, que les battements lourds de sens et de conséquences de mon cœur. Hurler, saccager. Détruire. Tuer, écorcher, écorcher vif. J’inspire, ma posture raide et guindée se fait porte-parole de mon mutisme. Mes pupilles s’échappent, échappent au regard doux, si doux et si chargé de candeur de Violet. J’articule péniblement des questions, d’une voix qui se veut aussi douce que celle de la jeune femme mais qui ne parvient qu’à être tendue. « Le Docteur Da Silva de ce que j’ai pu voir sur sa blouse. » Da Silva Je plisse les yeux, choisis de mémoriser sans chercher à en savoir plus pour le moment, choisis de poursuivre, de lui offrir une réponse, un mensonge, des syllabes poisseuses d’une inquiétude que je ne masque qu’à grand peine. Da Silva, mon premier réflexe est de penser que je demanderai à Duncan d’enquêter, le second est une pointe de douleur, et de culpabilité. J’inspire. Me concentre sur les mouvements de ses lèvres, sur son sourire qui s’évapore, qui se dissout dans une question hésitante. « Ah… un accident de voiture ? » Ma nuque répond, balance mon chef de gauche à droite un bref instant. Non. Non, un accident d’un autre genre, un incident d’une autre catégorie. Un accident, dommage collatéral d’un autre accident. Un accident… sur lequel je refuse de m’étendre pour le moment, tant qu’aucune réponse tangible ne m’aura été apportée, tant qu’aucune explication concrète, exhaustive et satisfaisante ne m’aura été donnée. Le loup exige le sang, les hurlements et les aveux, le bourreau exige la torture, la question de temps anciens, l’homme ne veut que des faits. Mais pas tout de suite. D’un geste de la main, d’un ordre articulé sur le ton de la demande, je l’enjoins au repos. D’un geste de la main, je balaie mes désirs impulsifs, sanguinaires et carnassiers, pour plier à la nécessité de la lucidité. D’une discipline que j’oublie bien trop, d’une clairvoyance que je délaisse bien trop. D’un geste de la main, je replace au centre de mon être ce qui doit en être la priorité : Violet. Qu’elle se repose, qu’elle se confie, je l’écouterai avant de partir en chasse. « Je viens d’y passer des heures, j’aimerais comprendre ce qui m’est arrivée. Vous semblez en savoir d’avantage, si nous nous connaissons, vous allez pouvoir m’aider. S’il-vous-plait. D’ailleurs est-ce que vous pouvez me rappeler de votre nom ? » J’aimerais comprendre ce qu’il m’est arrivé J’aimerais également comprendre. Et mon nom ? Il reste coincé dans ma gorge, dans mon air inspiré, expiré. Il reste coincé, troqué contre de nouvelles questions, de nouvelles inquiétudes. Depuis combien de temps est-elle là, éveillée, seule et perdue ? « Ça doit faire un quart d’heure… on me traite bien oui, il ne faut pas s’inquiéter. » Je la fixe, à la recherche de sa sincérité. Ne pas s’inquiéter. Est-ce qu’on se connaît ? Comme puis-je ne pas m’inquiéter ? Je suis démuni, démuni face à la situation, face aux conséquences de mes actes, de mes décisions, de mon aveuglement, face aux dommages de ces chaînes entravant mes poignets, mes bras, face à ce que je ne contrôle pas, que le loup veut récupérer par la force, face à ce que l’homme veut croire perdu, face à… sa douceur indifférente, sa distance coupable, face à… face à tout ce que j’effleure sans pouvoir le toucher. Je suis démuni, immobile. « Docteur ! » Son geste, ses pas me prennent au dépourvu, et comme je le pressentais, ma main qui se lève pour la retenir ne fait qu’effleurer sa peau, ne laisse qu’affleurer ce temps de retard qui se déploie entre elle et moi, dans un mouvement qui me surprend, quand elle part à la poursuite d’un inconnu, du médecin en question ?, d’un espoir, d’une fumerole ?, quand… elle chancèle. Revient. Je ne peux que m’immobiliser, me contraindre à l’immobilité la plus complète, pour ne pas céder à la tentation de la retenir, de la prendre dans mes bras, de l’enlacer et de refuser de la lâcher, de l’exposer à nouveau à tout le reste. « Finalement je vais m’asseoir. Mais s’il-vous-plait aidez-moi à comprendre. »

S’il vous plaît. « Oui, asseyez-vous, cela vaut mieux » J’articule dans un soupir, toujours écartelé entre l’envie de l’envelopper, protecteur, et la certitude qu’elle doit rester vulnérable, s’endurcir, qu’elle doit rester loin de moi, pour le moment. S’il vous plaît. Je romps le silence de mes gestes, tire une chaise pour m’asseoir face à elle, avorte mon mouvement, m’autorise à plisser le lit à ses côtés, en creuser le matelas, les yeux rivés dans les siens, non sans avoir, avant, cela, veillé à fermer la porte de la pièce. L’aider à comprendre. « J’aimerais comprendre, également, ce qu’il s’est passé. » Et l’honnêteté est là, maîtresse de ma voix, monarque de mes mots. « Je m’appelle Rafael. Vous… Nous nous connaissons… nous nous connaissons même très bien. » Monarque renversée, noyée par le mensonge, chaotique, anarchique, pressant. Omniprésent. Omnipressant. Nerveuse, ma main vient chercher la sienne. La douleur enfle dans ma poitrine, ma concentration n’est plus vouée au détachement et à l’indifférence de mon visage, uniquement au maintien de ma voix, dans un factuel affecté et artificiel, qui ne trompe rien ni personne. « Tu as emménagé chez moi, il y a quelques temps. Ça n’a rien d’officiel. Et au même moment, tu t’es portée volontaire pour… pour participer à des expériences… visant à soigner des personnes… des personnes a… atteintes de troubles psychiatriques. » Je ne feins pas l’errance de mes mots, je ne feins pas le chaos qui règne dans mes propos. L’honnêteté est décapitée, le mensonge se déploie, inonde les moindres recoins de ces explications, explore chaque pli, chaque inspiration, chaque voyelle, claque dans toutes les explosions des consonnes, se fait pernicieux dans les sifflantes. Je secoue la tête. « J’ignore ce qu’il s’est passé. Tout ce que je peux déduire, c’est qu’une… qu’une expérience s’est mal passée. »

Volontaire. L’était-elle réellement ? Non. Volontaire obligatoire, signature apposée par mes doigts, pour lui éviter le pire, choix hasardeux entre Charybde et Scylla. J’ai sacrifié Orfeo pour protéger Azzura, Azzura a péri sous mes yeux. J’ai sacrifié Duncan pour protéger Violet, Violet m’échappe désormais.

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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Lun 18 Juin - 12:07

And the flower was fooled
Rafael&Violet
Petit à petit, le brouillard qu’était la mémoire de Violet s’éclaircissait grâce à quelques réponses. L’accident dont elle avait été victime n’était donc pas dû à la conduite. La jeune femme avait fait la moue avant de quitter la chambre en apercevant son docteur.  La douleur la rattrapa rapidement, la faisant revenir sur ses pas bien plus vite qu’elle ne l’aurait pensé. Cette chambre devenait peu à peu une prison dans sa tête. Violet avait horreur de ça, être sous la contrainte, perdre sa liberté, et ne pas savoir ce qui lui était arrivé aggravait son sentiment d’impuissance. Assise sur son lit, ses yeux clairs ne lâchèrent plus ceux de son visiteur. Elle attendait des réponses et pour l’instant, l’homme en face d’elle semblait être le seul capable de lui en apporter. L’ambiance lui parut étrange, elle crut voir dans le regard de son visiteur une lueur troublante. Violet se pinça les lèvres, s’en voulant un peu plus de ne pas pouvoir mettre de nom sur les traits de cet inconnu.

Violet ne pipa mot lorsque son visiteur vint s’asseoir à côté d’elle. Elle ne réagit pas non plus lorsqu’enfin, il lui dévoila son identité. Rafael… La jeune femme plissa les yeux, fouillant au plus profond de son être pour trouver d’éventuels souvenirs hélas… La frustration figea les traits de Violet, vint ensuite la gêne suivie du désespoir. Apparemment Rafael n’était pas n’importe qui, bien plus qu’une connaissance, il annonça qu’ils avaient été proches. Qu’ils se connaissaient très bien. Pour une raison qu’elle ignorait, la jeune femme ne douta pas de la véracité de cette annonce. Quelque chose chez cet homme la troublait, et elle sentait qu’au fond, cela était dû à leur relation passée. Peut-être qu’ils étaient des amis de longue date et que son corps réagissait par réflexe. Cette théorie vola en éclat lorsque Rafael vint lui prendre la main. La geste ne semblait pas très sûr, Violet ne put s’empêcher de le fuir, ramenant sa main vers elle. Elle s’en voulut tout de suite et son visage se froissa légèrement de désolation. Tout ça allait bien trop vite et à mesure qu’elle en savait plus, Violet sembla comprendre. Non ils n’avaient sûrement pas été amis de longue date mais peut-être bien plus que ça. C’était terrible, la jeune femme sentit un creux immense dans sa poitrine. Etait-ce possible d’oublier ses proches aussi facilement ? Par une expérience qui avait mal tourné ? Un millier de questions déferla dans son esprit pourtant la jeune femme se canalisa sur le plus urgent. « Je suis désolée, je… ça fait beaucoup d’un coup. » dit-elle en portant une main à son front. Il fallait qu’elle digère le flux d’informations. Rafael avait l’air tellement sincère qu’encore une fois, Violet n’éprouva aucune méfiance envers lui. Elle tenta de lui accorder ce qui ressemblait à un sourire. « Pourquoi est-ce que je vivais chez vous ? Est-ce que nous étions… enfin est-ce qu’on se fréquentait ? » osa-t-elle demander tandis que ses joues prenaient une teinte pourpre.

Toute cette situation la mettait mal à l’aise. Ne pas se souvenir d’avoir fréquenté quelqu’un, ne pas se souvenir d’avoir déménagé, ni même ce qui avait pu conduire à une tel accident… L’inquiétude laissa place à l’espoir durant quelques secondes. Il serait évident que Rafael pourrait l’aider malgré la chose qui semblait le gêner lui aussi. Violet n’aurait su dire quelle était la cause de cette gêne, en tout cas elle tenta de passer au dessus de la sienne. Elle observa silencieusement Rafael, clignant doucement des paupières. Elle le dévisagea avec insistance, non pas pour le mettre mal à l’aise, mais pour se rappeler. Comment tout ceci avait pu arriver ? Elle n’avait pas le souvenir d’avoir un jour eu des troubles mentaux, comment avait-elle pu se retrouver à subir ce genre d’expérience ? Elle ne savait d’ailleurs même pas quels mots mettre sur ce « genre » en question. « Vous voulez dire que j’étais enfermée chez les fous ? Je suis une ergothérapeute sérieuse. Il y a forcément dû y avoir une erreur ! Ce n’est pas possible autrement… » dit-elle en baissant d’un ton, comme si elle refusait d’y croire. Elle avait hoché négativement la tête, reniant en bloc cette hypothèse. Elle espérait voir Rafael rire, le voir lui annoncer que tout ceci n’était qu’une mauvaise blague. Certes la Mexicaine ne rirait pas beaucoup, mais elle accepterait plus facilement cette annonce insensée. Peut-être qu’à force de renier les immondices des siens, Violet avait perdu l’esprit durant de longues années, que pendant sa démence on l’avait conduite ici, à la Nouvelle-Orléans sans même qu’elle ne s’en rende compte. Elle parut soudainement très contrariée et ne pipa mots pendant de longues secondes.

« Rafael je ne comprends pas, est-ce que je vivais chez vous car vous deviez vous occupez de moi ?  Et où je suis censée aller maintenant ? » demanda-t-elle avait un brin de panique dans la voix.  Violet s’était pris la tête entre les mains, complètement anéantie. Elle aurait voulu retourner se réfugier dans les bras de Morphée et qu’à son réveil, sa mémoire lui soit entièrement revenue. Elle prit une grande bouffée d’air pour reprendre le contrôle, ce n’était guère le moment de se laisser aller. Cela aurait pu être pire, elle aurait pu se réveiller seule avec ses questions. Heureusement quelqu’un semblait s’inquiéter pour elle, et ce quelqu’un semblait étrangement sincère. Une fois calmée, Violet revint détailler Rafael, elle fronça les sourcils « Est-ce que vous avez un chien ? Vous savez un chien-loup ? » Interrogea soudainement la jeune femme. Elle ne savait pas pourquoi son instinct lui faisait penser à un animal… mais quitte à passer pour une folle, il ne faudrait pas hésiter à poser des questions, aussi bêtes pouvaient-elles paraître au premier abord. D’ailleurs peut-être que cela serait bon signe si Rafael possédait bien un compagnon à quatre pattes et qu’en plus ce dernier correspondait à la description que Violet s’était faite. Bien qu’elle eut un doute, elle resta persuadée qu’elle ne faisait pas erreur, elle espérait que bientôt toute la mécanique qui constituait sa mémoire serait de nouveau opérationnelle et qu’elle puisse enfin mettre des mots sur ce mystère qu’était son accident.  




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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Sam 7 Juil - 17:13


 
Violet
Rafael
« and the flower was fooled »


Nous nous connaissons très bien. Comment puis-je réduire à cela les mois qui se sont écoulés depuis notre première rencontre, dans cette lente danse qui l’a vue grappiller, semaine après semaine, séance après séance, la distance que j’imposais entre moi et le monde ? Comment puis-je réduire à quelques mots la terreur qui m’a saisi quand elle est arrivée chez moi, couverte de sang, celle qui m’a dévoré les entrailles quand j’ai pu entendre son cri, quand le loup a pris les devants pour massacrer celui qui la menaçait ? Comment puis-je réduire à un sobre très bien l’intensité de son regard, le souffle de ses lèvres sur ma peau, le goût de son contact et la pureté de son esprit, cette douceur unique qui me donne envie d’être un homme meilleur plutôt qu’un homme de loi ? Comment puis-je réduire à cette distance prudente le désir brûlant, les émotions qui tourbillonnent dans ma poitrine à chaque fois qu’elle intervient dans ma vie ? Mes mots ont la saveur du mensonge, de l’amertume, je contemple dans son regard une indifférence née de l’absence de souvenir, je contemple dans son comportement la méfiance née de l’ignorance, je contemple dans ses gestes les ruines de ce qui ne commençait qu’à peine à exister. Et son mouvement de recul quand je cherche sa main n’est qu’un pique de glace enfoncé dans mon torse. De ceux qui appellent de ma part une réaction violente, nourrie de vexation, nourrie d’un orgueil blessé. Nourrie du loup et de l’animal. Ma main se referme, le poing se serre. « Je suis désolée, je… ça fait beaucoup d’un coup. » Mon visage se ferme, ma voix s’assèche dans un nouveau mensonge. « Ce n’est rien. » Mais tout est dit. Tout est dit dans son geste, dans ses excuses, le tutoiement profite de mes pensées vacillantes pour prendre le dessus dans mes explications à la vérité mitigée. Transformée. Déformée. Arrangée pour me protéger, pour la protéger. « Pourquoi est-ce que je vivais chez vous ? Est-ce que nous étions… enfin est-ce qu’on se fréquentait ? » Un fin sourire s’étire aussitôt sur mes lèvres, avant de disparaître et de laisser place à un rictus de colère que je tente en vain de réprimer sous son regard insistant. Un regard qui met mal à l’aise le loup, qui éveille la colère. Et des propos lapidaires. Pour mieux tenir au loin la réponse à cette question. « Vous voulez dire que j’étais enfermée chez les fous ? Je suis une ergothérapeute sérieuse. Il y a forcément dû y avoir une erreur ! Ce n’est pas possible autrement… » Mes mains se lèvent, comme pour l’arrêter ici dans son raisonnement. Je m’écarte du lit, avant de me pincer l’arête du nez, les yeux fermés de réflexion. « Vous vous êtes portée volontaire, mais vous êtes parfaitement saine d’esprit, Violet. » Le vouvoiement revient, en même temps que le mensonge, en même temps que l’inquiétude. L’inquiétude de ce que l’avenir sera fait, désormais. « De quoi vous… de quoi te souviens-tu exactement ? » Et ma voix s’enveloppe de souci. « Quelle année as-tu en mémoire ? Le… ton monde a changé, de très mauvaises choses sont arrivées, et des infections mentales sont apparues. Le Gouvernement en place a… a demandé l’aide de volontaires, et tu as tenu à aider. » Va-t-elle me croire ? Sa bonté est sans limite ; ma folie est sans limite. Mon mensonge, lui, en a bien une : celle de ma volonté de le maintenir en place. « Parce qu’aider est dans ta nature. » Et non dans la mienne.

Je soupire, m’écarte, fais quelques pas pour m’adosser au mur, les bras croisés, les bras encore sensibles de l’absence de son contact. « Rafael je ne comprends pas, est-ce que je vivais chez vous car vous deviez vous occupez de moi ?  Et où je suis censée aller maintenant ? » Je prends mon inspiration. Garde le silence devant le regard qu’elle pose sur moi. « Violet ? » Elle fronce les sourcils. « Est-ce que vous avez un chien ? Vous savez un chien-loup ? » Et me laisse coi. Interdit. Le temps d’une respiration. « Oui… » Le loup hurle à la Lune, jappe et grogne, se débat et lacère mon torse de violence, comme une invitation à troquer chair et ongles contre fourrure et griffe. « En quelque sorte, je suis amené à fréquemment croiser la route d’un animal de cet acabit. » Je confirme, avec prudence. Est-ce qu’on se fréquentait Mes yeux clairs se posent dans les siens. Violence et douceur, hésitation et colère, tout se dispute en mon sein. Mensonge et vérité. Fuite et obstination. Destruction et reconstruction. « Tu es à ce jour la personne la plus importante dans ma vie, pour répondre à ta question. Tu vivais chez moi parce que tu le souhaitais. Et ma demeure te sera toujours ouverte. » Elle n’aura pas le choix : elle habitera chez moi sitôt sa sortie d’hôpital actée, et ce quel que soit son avis sur la question. Mais égoïstement, je me refuse à le lui dire dès maintenant. « Dans l’immédiat, l’important est ta sécurité. Et ta santé. Pour la suite, je serai là, je serai toujours là pour veiller sur toi. A toute heure, à tout instant, tu n’auras qu’à dire mon nom, et même si tu ne me connais pas. » A toute heure, à tout instant. Elle n’aura qu’à dire mon nom, et j’accourerai. Elle n’aura qu’à me pointer une cible et je la mettrai en pièce. Elle n’aura qu’à se souvenir d’un nom, du nom du responsable, et le loup le déchiquètera. Mes bras brûlent de la serrer, mes lèvres souffrent de ne pas l’embrasser. Et ma colère enfle à chaque instant. A chaque seconde passée sous ses yeux craintifs et ignorant.

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MessageSujet: Re: and the flower was fooled (morienster)   Ven 13 Juil - 10:10

And the flower was fooled
Rafael&Violet
Assise sur le lit aux draps immaculés, les jambes se balançant lentement dans le vide, Violet n’avait d’yeux que pour Rafael. Elle le parcourait avec minutie, restait pendue à ses lèvres dans l’attente de réponses. Son visiteur s’écarta du lit et sembla aussitôt plongé dans les profondeurs d’une réflexion intense. La jeune femme cligna doucement des paupières, ses lèvres formèrent un petit cercle d’étonnement. Volontaire pour une expérience… Pour le reste elle n’en avait pas vraiment douté. Si elle avait perdu quelques bribes de mémoire, elle n’avait certainement pas perdu l’esprit, elle en était convaincue. A mesure que les réponses affluaient, les sourcils de Violet se froncèrent. Quel genre de gouvernement appelait des citoyens pour servir de cobayes ? Car étrangement, la mexicaine fut alors persuadée que son accident était en lien à des expériences douteuses. Sa mémoire n’était qu’un immense champ de coton, brumeuse, floue, elle se rappela une lumière aveuglante. Elle prit son menton entre son index et son pouce. De quoi se souvenait-elle au juste ? La question s’avéra pertinente. «  Je  me souviens de New-York et du cataclysme… plein de choses étranges sont arrivées mais ça a l’air complètement dingue. Je me souviens d’un nouveau gouvernement oui, mais dans mes souvenirs il n’avait rien de bien glorieux. » dit-elle en hochant doucement la tête. Violet n’en dit pas plus tout simplement car elle n’arrivait pas à se souvenir de la suite des évènements. Le gouvernement pour lequel elle s’était portée volontaire était-il le même que celui de New-York ? Impossible songea-t-elle, autrement jamais elle n’aurait souhaité leur venir en aide. Sa bonté légendaire lui collait à la peau depuis qu’elle était une petite fille alors Violet accorda un sourire à Rafael, confirmant les dires selon lesquels aider était dans sa nature.

Rafael se pliait à l’exercice malgré les quelques signes de trouble qui ponctuaient son visage. Il prit de la distance et s’appuya contre un des murs de la chambre. Les iris bleus de Violet ne quittèrent pas leur cible un instant. La jeune femme parut satisfaite lorsque son visiteur lui confia qu’en effet, il fréquentait bien un canidé. Trouvant ce détail futile, elle n’insista pas sur la nature exacte de l’animal, elle était bien trop contente que son instinct eut été le bon. La suite lui fit perdre son sourire, l’embarras vint froisser son visage. Ses lèvres revinrent former un cercle d’étonnement. Elle sentit ses joues devenir pourpre. Jamais Violet n’avait vécu avec quelqu’un. Si elle avait pu avoir quelques histoires, son travail l’avait toujours amenée à se donner corps et âme, accordant tout son amour à ses patients qui voyaient parfois leur existence changer à jamais. Elle se rendit compte que si elle avait partagé la demeure de cet homme, c’’était qu’il avait dû énormément compter pour elle. Elle fut terriblement frustrée de ne pouvoir s’en souvenir surtout que Rafael semblait parfaitement sincère dans ses propos. Violet glissa ses doigts dans sa chevelure pour évacuer sa gêne. Aussi loin qu’elle puisse s’en souvenir, c’était bien la première fois qu’elle s’avérait être la personne la plus importante aux yeux d’une autre. Et comme par hasard elle ne se rappelait de rien. Un soupir passa la barrière de ses lèvres, la jeune femme parut désemparée. « J’aimerais tellement me souvenir. Vous semblez sincère, j’imagine que la situation doit être dure pour vous aussi. » dit-elle avec sincérité. Elle n’était peut-être pas la plus mal lotie dans l’histoire. Elle s’imagina dans la situation inverse, se retrouvant face à l’homme qu’elle aime sans que ce dernier ne la reconnaisse. Une drôle de sensation la parcourut alors, comme si tout son corps venait d’être plongé dans l’eau froide.

Toute cette histoire lui semblait de plus en plus étrange, parsemée de zones d’ombre contre lesquelles elle ne pouvait malheureusement rien faire. Violet n’avait d’autres choix que de croire Rafael. Ce dernier lui paraissait sincère mais quelque chose laissait penser à la jeune femme qu’il ne lui disait pas tout. Pour la protéger peut-être, mais le fait qu’il parle de sa sécurité la fit tiquer. « Je suis en sécurité ici, tout devrait bien se passer. J’ai cru comprendre que je travaillais là avant mon accident. » lança-t-elle en s’efforçant d’avoir l’air rassuré. En vérité elle ne l’était pas du tout, rongée par l’angoisse de l’ignorance que venait de devenir sa vie. Elle vivait donc avec un homme dont elle ne se souvenait de rien si ce n’est qu’il possédait sûrement un chien-loup. Violet était effondrée mais tenta de rester digne tant qu’elle le pouvait. Lorsqu’elle se retrouverait seule dans sa chambre froide, impuissante, plongée dans l’ennui et la douleur, les choses paraitraient sûrement différentes. Qu’allait-elle devenir si sa mémoire tardait à lui revenir ? Si elle ne se souvenait jamais de ce qu’elle avait pu partager avec Rafael ? Ses yeux se relevèrent en sa direction. Lui aussi semblait se battre avec des pensées hasardeuses. Violet aurait encore pu poser mille questions, creuser pour obtenir des détails concernant son accident mais elle avait bien compris qu’il faudrait faire preuve de patience avant d’en savoir plus. « Vous pensez qu’une fois que j’irais un peu mieux vous pourriez me faire visiter chez vous ? Enfin chez nous… visiblement. Peut-être que si je voyais les lieux ça pourrait m’aider. (elle marqua une courte pause, plongée dans la réflexion : ) comment nous sommes nous rencontrés déjà ? » demanda-t-elle, sa voix empreinte de curiosité. Il fallait commencer par le commencement, à ce qui l’avait amenée à Rafael, à le choisir comme compagnon, ce qui l’avait poussée à l’aimer si fort qu’elle avait fini par aller vivre avec lui. Une faible lueur se mit à illuminer le regard de la jeune femme, celle de l’espoir nouveau. Il fallait y croire pour ne pas sombrer dans les méandres de l’inconnu, froid et sombre.



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