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 You left me in the dark [PV Lisa]

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SUCKER FOR PAIN

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MessageSujet: You left me in the dark [PV Lisa]   Jeu 10 Mai - 11:18

You left me in the dark
And in the dark, I can hear your heartbeat. I tried to find the sound. But then it stopped, and I was in the darkness. So darkness I became. The stars, the moon, they have all been blown out. You left me in the dark. No dawn, no day, I'm always in this twilight. In the shadow of your heart.


Il encaisse comme personne. Double les doses, les amplifie en les complétant par d’autres mélanges chimiques. La pupille s’acclimate au vide alors que d’autres ont la gueule collée au carrelage, que certains ont le rire dans la gorge ou le chagrin dans la rétine. Oswald, il n’a pour lui que sa cervelle détraquée, le champ visuel qui déraille. Au début de chaque prise, l’Eden lui sourit. Quelques mirages délectables qu’il mendie en abusant de stimulants. L’organisme rejette trop vite les substances alors il soumet sa carcasse à un rythme effroyable, maltraite sa chair, malmène son être pour partir dans cette dimension chimérique où tout est possible. Où tout disparait, même la douleur. Surtout la douleur. La tête cogne le mur brutalement, le dos s’y cale bien maladroitement ensuite. Elles dansent autour d’elles, les illusions. Spectacle captivant, feu follet où se mêle des teintes tantôt vives, tantôt pâles. Une chaleur fictive semble l’enrober, engourdit ses membres. Les paupières alourdies, il toise Morphée avec peu d’amabilité. Dans cet entre-deux, où le sommeil et la conscience se débattent, le bout des cils la déniche. Il est rare qu’elle s’invite dans le paysage. Et généralement, elle ne se dessine que dans un bain de sang. Aujourd’hui, elle n’a pas les poignets sectionnés, pas les yeux révulsés. Juste pour aujourd’hui, sa mère se présente avec un léger rictus, les cheveux battant la mesure de ses pas. Vision fantasmagorique qui dénoue les traits crispés de l’orphelin. Les doigts s’avancent pour effleurer le mirage, se brisent contre le néant. Un soupir, la trogne qui roule sur le côté. Un trio sur sa droite se lance des cartes au visage, l’argent trône au centre de la débâcle. A gauche, il y a Aldo qui a la main sur la tignasse de Mimi. Mais le reste devient incertain. Des silhouettes qui se confondent dans la pénombre, celles que la démence esquisse inéluctablement.

La respiration ralentit naturellement, les guiboles reposent au sol. Combien de minutes avant que le rêve ne vire au cauchemar ? L’infecté s’abandonne aux sensations sans s’en préoccuper, l’esprit divague, fuit l’enveloppe. Il s’éloigne de ce sous-sol poisseux où la racaille entretient ses vices, il fonce droit dans les nuages et s’y loge le temps d’une inspiration, le temps d'un battement. Le corps bascule d’avant en arrière. Secoué, il a le cœur à la dérive, la peau moite et l’estomac contracté.  « Putain, j’ai cru que t’avais fini par canner. » Qu’il réplique, Aldo en repoussant la carcasse désarticulée du drogué. Le danois s’effondre contre sa paroi, marmonne des mots sans sens et tente de replonger dans son coma mais l’italien l’en préserve. Des ordres sont beuglés à toute vitesse de l’autre côté de la pièce. Faut venir que ça crie. Ça jubile, ça glousse. Ça casse les nerfs de l’arnaqueur aux prises avec sa folie. Les mains partent droit devant, chassent les fantômes, heurtent l’homme qui tente de le raisonner. Ça se bouscule autour de lui, a lui filé le vertige. Avec difficulté, le cul se déloge du plancher, la carrure garde son appui. La poussière rentre par chaque narine, les sens exacerbés reçoivent chaque signe olfactif comme une agression. Il crache pour refuser les particules, aspire l’humidité ensuite. La cave le rend malade, ça le pousse à progresser. Un peu aveuglément, il est vrai. Consumé par le cocktail artificiel, le quadragénaire se butte à chaque objet. Les tibias endurent de multiples collisions, la langue disperse un millier d’insultes tandis que par les interstices, la lumière filtre autant que les voix. L’agitation lui parait palpable à l’étage. Reste à savoir s’il se le crée au milieu de son trip ou si c’est avéré.

L’escalier, il le grimpe à quatre pattes après avoir mangé les deux premières marches. Animal rampant jusqu’au rez-de-chaussée, il surprend Mimi en train de se mordre les lèvres, d’enfoncer ses ongles dans chaque joue. Plus haut qu’elle lui explique. C’est plus haut que ça se passe. La baraque ne lui a jamais paru aussi immense. Le vieux qui y logeait, a crevé, il y a de ça un paquet d’années. Un riche propriétaire qui n’avait pas d’héritier, qui a succombé sans témoin au fond de son jardin. Une maison abandonnée pour accueillir les nouvelles proies de la Falci'. Un repère de plus qu’ils délaisseront dès les transactions effectuées afin de fuir le danger. Nomades et consciencieux d’ordinaire, ils ont peut-être trop forcé sur la défonce ce soir. Les semelles claquent au premier mais pas que. Des bruits de métal, des feulements. Et Mimi qui couine en se tamponnant les oreilles. Pour elle aussi, chaque perception de son environnement est irritante. Sans lui témoigner le moindre signe de compassion, il s’arme de patience pour grimper jusqu’à l’étage suivant. Les épaules s’écorchent contre la tapisserie, il vacille plus qu’il ne marche. Un portrait le dévisage dans le couloir. Il prend vie une demi-seconde dans le mental fragmenté du naufragé, la bouche s’ouvre, les globes oculaires explosent. L’égaré sursaute, fait un pas de côté. La sueur coule le long de sa nuque quand enfin la main atteint la poignée d’une porte. Celle du petit salon accolé à la chambre du maitre. Plus de meubles affublés de dentelle, seulement des tables métalliques, des instruments chirurgicaux et des bâches pour préserver l’ensemble. Deux blouses blanches gisent à terre, inconscientes ou décédées. L’un comme l’autre fait ne l’interpelle pas plus que ça. Au fond de la salle, il y a une créature difforme, copie conforme de ce qui l’a poursuivi, un jour, dans un métro. Le taré observe les issues, trébuche contre un des corps échoués et se rattrape dans un fracas assourdissant à l’un des plateaux où un scalpel git encore.  

Tout doit se jouer dans la piaule juste à côté. Sauf que l’aliéné n’a pour horizon que ce monstre provenant de ses délires et que ça le rend partiellement fébrile de lui faire face. Pas réel qu’il doit se répéter sans parvenir à y croire pourtant. Juste par précaution qu’il se dit en attrapant le bistouri et en le gardant bien serré entre ses doigts. La paume restante glisse contre le métal, il chancelle jusqu’à la fenêtre puis se résigne à beugler. « Y a quelqu’un ? » Dans la pièce rattachée à celle-là, Tarek hurle. « Madsen, putain ! » Le monstre remue, l’homme se faufile entre les leurres. Pas réel qu’il se répète encore. Pas réelles, non, ces flammes. Pas réelles, ces voix qui proviennent d’une autre époque. Toujours pas réelle, cette petite main qui se referme sur sa manche. « Faut te calmer, je tapine pas encore, à ce que je sache. » Qu’il réplique avec sérieux, l’insolent en se dirigeant vers la source du chahut, couvrant ses propres démons de son timbre grave. Il a la main sur le chambrant très vite, le front contre le bras quand il perçoit la scène de combat. Il ne comprend pas tout, trop de mouvements, trop de détails et pas assez lucidité pour tout analyser.

Y a une table retournée, des chaises renversées. Et lui, il ne calcule pas vraiment le danger. Quand ça lui tombe dessus, il en reste bien hébété. Les pupilles dilatées se figent dans celles bien trop nettes de la blonde. Le souffle s’évanouit, le cœur s’empale sur les côtes. Il a bien envie de se dire pas réel ça aussi. Pas la première fois, sûrement pas la dernière. Sauf qu’il y a des dissonances entre les réminiscences et cette apparition. Le visage et la silhouette sculptés par un âge plus avancé, renforçant les courbes que l’adolescente n’a pas pu encore possédée quand il l'a côtoyé encore. Le corps se plaque contre le mur, accusant le choc et l’étourdissement. « Qu’est-ce qui se passe ici ? » Qu’il parvient à articuler sans jamais la quitter du regard, occultant le reste du bazar. Sûrement que les victimes se sont débattues, pas assez anesthésiées pour ne pas se rebeller. Sans doute qu’elle en fait partie de ces renégats. Et certainement, qu’il lui prête des traits qui ne lui appartiennent pas. Oui, c’est sûrement ça. Il ne s’agit pas de Lisa. Il a encore le couteau chirurgical dans la paluche. Toujours du poison dans les veines. Et une espérance de vie qui s’amoindrit. Pourtant, tout ce qui l’obnubile, c’est l’imposture de cette femme. Elle revendique à elle seule, un fantôme dans un moment particulièrement critique.  

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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Dim 13 Mai - 10:12

Bouts de membres traversant son coaltar. Y a les voix, semblables à une nuée d'insectes rampants. Ça fourrage dans ses oreilles, empoisonne sa cervelle ; et elle devient probablement cinglée, Lisa. Cinglée au dernier degré. Souvenirs envolés. Pourquoi et comment, ça n’a plus d’importance. Elle est ici, maintenant. Ici. Et le froid qu’elle a sous le cul autant que les paumes, lui indique que ce n’est pas un lit qui la recueille mais une table d’opération. Ou d’autopsie, pour ce qu’elle en sait, et pour ce qu’elle s’en fout. L’acier inoxydable en drapé glacial lui anesthésiant les muscles et les nerfs. Ça la compose et sitôt décompose. Elle se conçoit, peu à peu, à moitié à poil ; quand tout autour, ça ne cesse de venir et partir. Ça ne cesse de troubler son brouillard pour le lui rendre un peu plus morbide, un peu plus gris, un peu plus atroce.
Sa bobine chavire et ses prunelles noyées par la douleur des ampoules et des couleurs fadasses, ne sont plus que deux fentes. Deux fentes fixes qui s’accrochent à l’être tout à côté d’elle : Steven. Steven, dans la même position qu’elle mais la gueule béante. Mâchoires écartées sur un cri qu’elle n’entend pas, qu’ils n’entendent pas, que personne n’entend hormis peut-être les cieux et ses saloperies de pigeons en angelots ; elle délire de nouveau. Elle délire putain, et elle en prend pleinement conscience. Lisa plane à quinze mille au-dessus de la ligne d’horizon et ça n’est pas bon, pas bien, et ça persécute son myocarde qui tente d’exploser les côtes ivoirines sous sa poitrine dénudée afin de se faire la malle. Parce que lorsqu’elle délire, Lisa, la panique et la colère la font ruminer à défaut de déblatérer tout un tas de conneries qu’elle préfère enfermer dans les tréfonds de son gosier.
Elle va crever.
Elle va crever – la certitude lui surine la tempe.
Alors elle serre les quenottes et elle détourne le regard et tord chevilles et poignets, soulève le bassin qui n’a plus que sa culotte blanche de coton typée grand-mère et elle se maudit, subitement. Elle se maudit de ne pas avoir fait un effort, juste un petit. Juste le dernier. Pour ne pas crever avec la honte ajoutée au reste.
Ce qu’elle n’avait cependant pas conceptualisé, c’est la liberté de mouvements qu’elle découvre sitôt ses ruades s’accélèrent, se définissent. C’est le non-danger qu’elle représente à leurs pupilles de branleurs en sursis. Par conséquent, les ruades l’embarquent jusqu’au sol dans un capharnaüm monumentale. La table bascule, son corps dégringole. Minois éclaté sur le rebord du plumard de Steven, genoux et coudes fracassant ensuite les lames du plancher.
Ses gémissements en alarmes, les membres qui flottaient autour d'elle soudain se rattachent à des hommes tout entiers.
Lisa déraisonne et rampe, se fichant éperdument des ordres poinçonnant l'instant. Sa silhouette longiligne et fine, désarticulée. Sa peau lactée, phare en plein crépuscule, giclant ses éclats aux navires bientôt échoués ; elle s’entend geindre laissez-moi, laissez-moi, laissez-moi par pitié.
Paluches sur les chevilles qu’on enserre et qu'on tire. Ça ricane plus que ça ne s’énerve, parce qu’elle ne tient pas droit, parce qu’elle se tortille comme une nana qu’on ramasse à la fermeture du bar et dont on présuppose que le non veut dire oui. On lui chope et malmène simplement la crinière et on lui chuchote : « T’en fais pas, ça va bien s’passer, chérie. »
Mais ça ne se passe jamais bien pour la fille.
Organisme soulevé de terre. Des bras en rondins sous ses aisselles la guident. Son minois, lui, peine à se redresser pour regarder les lieux et les comprendre. Le où, le quand. Impossible à déterminer, tant la dose de calmant qu'ils lui ont administré fait son effet. Et ce connard de comment, Lisa, elle ne parvient que brièvement à le remettre à sa place. Puzzle de l’existence explosé, il lui manque des pièces. Il lui manque des pièces.
Y m’manque des pièces, gémit-elle, les lèvres molles, les orteils ripant sur le plastoc qui recouvre l’endroit.
— Ouais bah y a pas que ça qu’y va t’manquer.  
Battements de paupières et déglutition pénible. On la refout sur l’acier et on préconise des entraves.
Ça donne des ordres, ça ajoute qu’il faut se bouger le fion et que ça va pas s’faire tout seul.
Et ça ne réussit pas à remettre la blondasse en place, qui d’un coup sec envoie valser son front contre celui au-dessus d’elle. Visée foireuse, c’est le nez qui reçoit l'impact. Qui lui pisse son rouge sur la joue puis le menton. Elle repousse et s’écarte – s’écarte si fort qu’elle chavire de nouveau. Les omoplates heurtent le vieux bois d’une armoire et elle plisse les paupières et serre les dents pour ne pas morver une insulte ou morver tout court. Criaillerie de petite fille en terreur.
L'adrénaline la cisaille, découpe ses hantises et ses plaies ; ses doigts s'accrochent au coin du meuble derrière. Elle se hisse sur ses deux gambettes tremblantes et elle récupère, dans le bordel provoqué, un scalpel. Arme de pacotille avec laquelle elle menace, feulant telle une chatte sauvage piquée par une guêpe.
Ça a le mérite de réveiller Steven. Steven qui ferme enfin sa bouche, mâchonne sa langue pâteuse et se fait mettre un marron en pleine face.
Dégaine branlante, elle se glisse le long de la commode, suit les aspérités du mur jusqu'à se coller dans un angle. À côté de la fenêtre qui pourtant ne crache aucune bande de lumière. Bras à demi-tendu, elle menace et un des mectons se décide à approcher. Il tente de l'effleurer et provoque sa fureur. Un coup puis deux, rapides, efficaces. La lame du scalpel se poisse de pourpre. La pommette et la gorge du type se mettent à saigner d'abord un peu puis abondamment. Un geyser écarlate qui démultiplie l'anarchie régnant et salope la bâche sous eux. Il se tient la tronche et gerbe sa rage. On l'embarque dans le fond et deux autres s'amènent et elle tient bon, Lisa. Elle tient bon. Minette indocile.
Puis y a tout qui se casse la gueule, quand derrière les deux chimpanzés, elle entraperçoit le fantôme à sa psyché. L'air devient irrespirable. Vision défoncée, elle penche la frimousse, s'égare, ne fait plus gaffe à rien. Les neurones grillés, elle est hypnotisée et elle s'aliène, s'imagine qu'il est là comme on appelle la mort, s'imagine qu'il est venu la récupérer et c'est impossible. C'est impossible parce qu'il est vieux. Il est vieux, putain. Ça la poignarde, et les larmes d'emblée lui maculent la bouille. Elle ne veut pas qu'il soit vieux, ni qu'il soit là.
Elle s'effondre. La menace du scalpel n'en est plus tellement une et les deux autres qu'elle ne remarque pas la confiner dans son angle, la désarment finalement. L'un en lui tapant si fort l'avant-bras qu'elle croit que l'os s'en fissure ; il lui empoigne l'articulation et la lui tord. L'autre la secoue, la retourne et lui encercle le ventre. Il la soulève du sol et elle hurle. Elle hurle à alerter la rue toute entière, elle hurle à péter les tympans, à réveiller les morts.
— Bouge ton cul, jappe Elliott à Oswald.
Elliott qui retient toujours Lisa. Ses bras en étau autour de son buste rachitique.
Lisa, elle, ne cesse de lui balancer des coups de pieds et de brailler. Et de brailler encore, et encore. La nuque tordue pour retrouver dans sa psychose le spectre qui l'obsède.
Elle hurle à s'en déchirer la trachée, de cette horreur-là. De cette vieillesse. De cet endroit. De tout cet instant qui n'est qu'un cauchemar. Elle braille, et braille, et continue de brailler dès lors qu'on la plaque contre un mur et qu'on l'empêche de gigoter, et de voir. De voir. De le voir lui.
Alors le ton monte, évidemment. Et en passant devant Oswald, un des types vient filer son aide pour la maîtriser.  
— Trouve un truc pour l'attacher ou dégage, aboie en fin de course Viktor, qui la trogne en sang et un vieux torchon appuyant sur sa gorge entaillée, a le teint livide.
Presque aussi livide que les presque-macchabées qu'il dépiaute à l'ordinaire.

_________________

Levant les yeux vers les nuages, elle voit une île, un petit chien, l'Alaska, une tulipe. Moi, je vois une pince à billet Gucci, une hache, une femme coupée en deux, une grande flaque blanche gonflée de sang, qui s'étend dans le ciel et dégoutte sur la ville, mais je ne lui dis pas.


Dernière édition par Lisa Skovgaard le Dim 20 Mai - 17:04, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Dim 13 Mai - 15:31

L’agitation environnante ne ressemble qu’à une trainée de couleurs, qu’une succession d’impressions difformes qui tournoient autour de la silhouette malmenée. La peau diaphane luit sous les lueurs renvoyées par le plafonnier, fascinent le détraqué. Malgré les discordances temporelles, il y a des signes qui lui agrippent les tripes. Cet azur encadré par l’orge, ciel déchainé qui cueille l’incertitude du mafieux aux prises avec sa propre psyché. Le scalpel déserte la mimine de la femme. Le sien reste bien calé dans sa paume. Pendant ce moment où ça crie, où elle cesse de se débattre, lui croit qu’ils ne sont plus que deux, ici. Un jeu où seul le regard est impliqué, une connexion visuelle qu’elle renforce elle-même en le fixant avec la même intensité. Oswald, il n’en ressort pas indemne quand on l’interpelle. Les traits se tordent, la main se crispe si fort autour de la lame que les phalanges hurlent leur douleur dans d'horribles craquements. La confusion s’amplifie quand on lui beugle des ordres, qu’on la maltraite toujours plus sous ses pupilles détruites par les substances illicites. Et il ne sait pas, lui s’il faut frapper le salaud qui lui contorsionne le bras ou bien tout simplement obéir et participer au massacre. Tout ne tient qu’à l’anonymat de cette femme. Qu’à sa poignée de souvenirs et à ses émotions exacerbées après sa surconsommation de poison. On le presse, on le bouscule mentalement. Et lui, il décide d’allier ses deux idées. Les doigts passent le bistouri à la ceinture, attrapent des liens à proximité. Avec autorité, l’escroc repousse Elliott, reprend sa prise pour accrocher la corde autour des poignets. Contact qu’il tente d’adoucir en voyant l’épiderme rougi par la poigne antérieure.

Ses paluches glissent avec plus de douceur contre les avant-bras, caresse qu’il s’autorise pour la rassurer avant de retourner sa silhouette d’un geste plus brutal pour donner le change à ses collègues les entourant. Face à elle, il maintient très mal la neutralité de son expression. Les cris de la captive continuent de hanter sa caboche, il en a vu assez pour être tenté de tous les butter. L’indifférence et l’insensibilité coutumières définitivement écaillées par cette vision cauchemardesque de la blonde se faisant molestée. Ses doutes se multiplient pourtant à ce sujet. Trop de force mobilisée pour que ça soit la gamine provenant d’un riche quartier. « Faut la descendre à la cave. » Qu’il affirme, néanmoins, d’une voix rauque, lasse. La priorité étant de l’écarter du danger avant d’aviser. S’acheter du temps pour mieux appréhender sa réalité, redescendre de cette transe afin que les hallucinations se décomposent et qu’il puisse déterminer s’il a totalement déraillé. Ou si le destin lui rit définitivement au nez. « Qu’est-ce tu baragouines Madsen ? T’es défoncé encore, laisse le boulot à ceux qui sont frais. » Viktor l’éjecte d’un coup d’épaule pour poser sa main valide sur la gorge de la prisonnière. Les tremblements agitent la carcasse de l’égaré. « Arrête tes conneries, putain. Faut l’isoler, la laisser se calmer puis… » Qu’il tente de raisonner, le quadragénaire. Quelque chose qu’il ne fait jamais. « Occupe-toi de tes fesses, c’est pas ton job. » Une injure file entre les lèvres serrées du scandinave alors que les yeux se posent sur le corps de la seconde victime. Pendant que le trio s’acharne autour de Lisa, lui, il se glisse sur le côté et permet à Steven de se tirer. Un coup de couteau pour le libérer aux pieds puis aux poignets. A moitié assommé, à moitié réveillé, l’homme se redresse néanmoins, profite du chahut pour se glisser dans l’autre salle, sans même s'interroger sur les intentions de son prétendu sauveur. Sans que les imprudents puissent le réaliser. Ça prend quelques minutes pour qu’il réussisse à se remettre sur ses guiboles, pour qu’il se mette à foutre un pied devant l’autre. Autant de temps durant lequel le danois observe, détaille les agissements de ses condisciples toujours occupés à calmer la sauvage.

Il a la mâchoire qui craque, les nerfs qui lâchent. « Il s’est barré, l’autre con. » Qu’il gueule une fois que la proie s’est suffisamment éloignée. Puis ça râle, ça l’insulte même. Il reste inébranlable quand deux d’entre eux se tirent pour retrouver le fuyard. Qu’il ne reste plus que lui puis Viktor dont le teint n’annonce que l'inconscience proche. Pas compliqué de lui filer un coup sur la tête, de l’obliger à s’écrouler pour mieux lui arracher sa nouvelle protégée. L’oreille se tend vers le couloir, l’escalier. « On a pas beaucoup de temps. » Qu’il lui dit, en l’embarquant. Sa prise autour de son bras reste légère, pas tellement raffermie. Il la propulse à l’extérieur sans attendre son consentement, l’oblige à filer droit vers l’étage suivant, la tirant dans les marches tandis que des pas se rapprochent. Puis ouvre la première porte qu’il puisse dénicher et atterrit ainsi dans une salle de bain aux dimensions disproportionnées. Trop luxueuse pour n’être qu’un lieu où il est autorisé de se laver. La porte verrouillée, le souffle évanescent, la sueur dégringolant les tempes, un état qui ne laisse présager que sa fin si elle se décide à l’attaquer. Le silence s’installe de son côté, embarrassant, embarrassé, toujours aussi peu sûr de ce qu’il fait. Il pourra toujours blâmer la drogue pour ce comportement déplacé.

Avec précaution, les prunelles jusque-là occupées à dévisager des phénomènes inexistants, remontent et heurtent les deux billes céruléennes. Le grand baratineur, le bon parleur, il a plus de mots à déverser, plus de belles paroles à balancer. Il ne connait toujours pas son identité, ne vit que sur des suppositions, mise sur l’instinct, sur le désir d'une réapparition. Et non, sur la véracité des faits. « Si tu veux pas qu’il nous retrouve, c’est pas le moment de crier. » Qu’il lui rappelle juste pour éviter qu’elle ne se retourne contre lui soudainement. Son blouson quitte ses épaules, il s’approche prudemment de sa comparse pour la lui passer à la suite. Afin de préserver le peu de pudeur qu’on lui a accordé. Un geste dénué de méchanceté, tout juste habité par un semblant d’humanité que le fantôme lui restitue en hantant l’espace.

Le sol parait se fissurer sous ses semelles quand il parachève le mouvement en évitant toutefois de l’effleurer. Le trip se métamorphose brutalement, la descente aux enfers s’engrange. L’aliéné exécute deux pas pour fuir cette manifestation chimérique, sursaute quand les murs semblent se rapprocher, se resserrer autour d’eux. Le claustrophobe expulse avec un peu plus de difficulté l’air. Phase deux donc, passage obligatoire avant que l’organisme ne soit à nouveau sain. Du moins autant que puisse l’être un type rongé par l'infection. Les frissons massacrent la pelure terne. Pas en état de la protéger. Pas en état non plus de converser en y mettant les formes qu’il leur faudrait. S’il s’agit bien d’Elle, elle lui donnera un signe, confirmera ou infirmera ce qu’il croit discerner. La suite de la manœuvre ne repose que sur elle. Cette fuite peut très bien se solder par un retour dans la salle en contre-bas. Comme elle peut se conclure par une évasion improvisée. Du moins, si la cervelle et le cœur se refoutent bien en place. Puis qu'il arrive à outrepasser le fait qu'elle l'associe désormais à cette bande de dégénérés.

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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Mar 15 Mai - 11:32

Au milieu de la tempête, elle entend le murmure des monstres. Notes qui se croisent, décroisent, qui ne sont qu’une mélopée insane à sa caboche défoncée. Trop de peur et de coups. L’environnement comme couvert d’une fine pellicule de poussière ; réfractions par centaine à la rétine. Le cerveau déraille, se craquelle. Sa vue est un bordel métaphysique.
Lisa ferme les yeux. Elle inspire, expire, avec une lenteur exagérée. Des recoins de son crâne émerge cependant la connerie profonde : la Milicienne se persuade que renier la réalité pourrait la sauver. Elle se répète, tout bas, tout doucement, entre ses crocs serrés, que tout ça n’est qu’un cauchemar. Un putain de cauchemar.
Il suffit cependant que sa peau effleure celle d'un autre pour que le mensonge se désagrège. Elle vire cinglée, la conne. Elle vire dégénérée, elle vire désespérée. Goût de cendre sur la langue, plus encore de sang. Le métallique du fluide imprégné au palais et aux gencives. Elle se mordille la joue à former une plaie, pour ne pas hurler. Hurler comme une fillette que le noir effraie. Sauvageonne que les hommes épouvantent et arrachent au crasse de l'existence.
Elle se débat sans plus rien saisir de ce désastre qui chaque fois prend davantage d’ampleur. La gorge nouée d’angoisse, elle halète, tangue de droite à gauche. Genoux douloureux, sa silhouette ondule. Serpentine, elle n’échappe pourtant pas à la poigne qui l’attrape ou rattrape. On l’empêche de goûter au parquet. Et l’instinct de survie, quelque part en elle, se réveille et s’endort et se réveille encore. Encore, Lisa montre les dents.
Déchaînement ; fantasme d’un esprit déglingué. Elle attaque les vides laissés par sa terreur qui précipitamment la quitte. Sa fuite imaginaire malgré les entraves. Cette fuite en vertige qui la foudroie. Trachée comprimée par des phalanges agressives, la mélodie des monstres se désaccorde et son corps rachitique valdingue de plus belle entre d’autres bras.
Mélasse des sens, elle présage les ébauches, la suite des événements. Le commerce et la marchandise qu’elle représente. Elle schématise la façon qu’ils ont de découper la viande, de dépiauter les gens ; le temps qui leur faut pour revendre l’ensemble. Et comment on s’y prend quand on a au frais deux corps à piller ? Les précieuses minutes doivent forcément manquer pour ne pas que la barbaque soit avariée. Un mort à la fois, n'est-ce pas ? Ça se complexifie, s'érige, dans sa matière grise. Table d'opération, plateau en inox, bistouri et scie, cuvette et seau et bâche en plastique. L'hygiène malgré l'immondice de l'acte. Lisa regarde chaque outil, chaque recoin, chaque indice qui lui révèle l'horreur de sa situation. Incapable de relâcher sa contemplation, incapable d'entendre raison.

— On a pas beaucoup de temps.
La parole découpe son délire.
Le portait qui s’esquisse devant ses mirettes exaltées la tétanise et la rassure tout à la fois. Sourcils froncés et bouche entrouverte, des éclats d'elle, de lui, d'eux ; surgissent et balafrent ses tergiversations. Elle se rappelle l’avoir vu, Oswald, derrière les autres. Elle se rappelle ne pas y avoir cru ; et comment peut-on repousser les évidences, quand l’haleine tiédasse chatouille le nase ? La réponse ne vient pas. Car avant qu’elle n’ait pu articuler ce qui la hante, des escaliers défilent sous ses petons. Le tangible haché menu, ses synapses grillent et lui l'embarque. Des couloirs et des ombres. Prise d’altitude qui la perturbe. Et comment vont-il fuir, maintenant ? Ne faut-il pas toucher terre pour espérer revoir le soleil ? Reste deux solutions : le saut de l’ange ou le jeu du pendu.
Une porte est ouverte et Oswald la pousse à l'intérieur de la pièce. La porte est refermée et le silence sitôt l’écrase. Elle bat des paupières, la connasse. Observe sans broncher le fantôme à sa mémoire. Autour d’eux, une salle de bain trop immense. Face à elle, un spectre, une erreur et son reflet dans les miroirs. Son reflet partout qui l'encercle, qui la bute.
— Si tu veux pas qu’il nous retrouve, c’est pas le moment de crier.
Il lui dépose sur les épaules son blouson, dans un geste presque tendre qu'elle le discerne pas. Qu'elle ne conçoit plus. Et néanmoins, les menottes se referment immédiatement sur les pans qu’elle tire par habitude. Vieille habitude de l'avant, vieille habitude comme burinée à l'ADN. Lisa se pelotonne au-dedans, s'y enfouit comme pour y disparaître. Pour qu’on l’oublie. Et un pas puis deux lui font heurter le mur carrelé derrière elle. Orteils congelés et gambettes nues, elle avait oublié, qu'elle était à moitié à poil. Elle avait presque oublié ce que ça fait de respirer puis d'exister. Alors elle lorgne, sans broncher. Elle se réhabitue aux sensations, apprivoise la pénombre qui les couve à l'abri des monstres. Et Oswald est-il un monstre et Oswald est-il un fantôme et Oswald est-il seulement Oswald ? Lèvres rongées par les incisives, elle le scrute, celui qui s'enfuit. Qui se recule, qui laisse l'espace renaître entre eux. Navire en plein naufrage. Misérable dégaine de camé ; c'est qu'elle les reconnaît, Lisa. Elle les renifle, les méprise. Puisqu'elle l'est un peu aussi, puisqu'elle ne se l'avouera jamais. Les douleurs en faiblesses qui poussent aux vices. Ce monde tout entier à de quoi rendre accro aux paradis artificiels. Ce monde est un purgatoire à ciel ouvert.

Il s'écoule une minute. Plus exactement quarante-six secondes. Elle compte, mutique. Et quand elle est à peu près sûre de ce qu'elle a sous le pif, quand elle n'a plus ses doutes et ses distorsions du tangible, la Milicienne s'avance. Fond sur sa proie. Fauve plus qu'autre chose, elle bondit alors même que ses jambes tremblent toujours, ne sont pas aptes à supporter son poids. Équilibre précaire et rage au cœur ; les jointures blanchies de serrer trop fort, Lisa lève le poing qu'elle abat. La boule de chair cogne avec brutalité le visage opposé. Et elle recommence, Lisa, se foutant bien qu'il soit désorienté, qu'il ait dans les veines de quoi taper une overdose à ses pieds. Plus de jointures compressées, mais une volée de doigts. Traces de tiges fines, rouges, sur le côté gauche de la figure mâle.
Elle le repousse quand il tente enfin de la maîtriser, de réagir, de répliquer. Elle se fiche éperdument, de l'option à cocher. Ne demeure que lui, qui de muscles et d'os, se matérialise devant ses billes à la teinte océanique. Et elle retient les cris, les insultes et les pourquoi. Elle retient tout, tandis qu'elle frappe du plat des mains le torse, tend les bras, manque lui lacérer la trogne avec les ongles à défaut d'y mordre.
Ses gémissements et grondements pour paroles, pour demandes et justifications.
Elle retrouve son pan de mur après avoir été une tornade de violence. Mur sur lequel elle claque son épine dorsale. Réajuste le blouson défait, enfile les manches trop longues, se perd dans les épaules trop larges. Sur le museau, la colère farouche se débine pour laisser entrapercevoir, jaillir plus exactement, une espèce de soulagement débile. Respiration saccadée, le revers de sa pogne écrase immédiatement son pif. Lisa renifle, ravale son immaturité et ses jérémiades ; et se décolle, esquive tout nouveau contact avec Oswald devant lequel elle passe. Elle l'ignore absolument. Comme s'il n'était qu'un clébard – un de ces clébards un brin galeux auxquels on refuse la caresse.
Lisa grimpe dans la baignoire, ouvre la fenêtre au-dessus, et sur la pointe des pieds, sort le nez dehors, inspire en fermant les paupières. Puis examine l'endroit, sans rien reconnaître, sans savoir dans quelle foutue partie intra-muros ils se situent. Ça lui pique les entrailles. Une pointe de psychose réinventée par les proches souvenirs de sa presque découpe. Pas de chirurgie, ici, rien qu'un peu de barbarie. Une simple boucherie.
Les mains tremblent autant que les jambes, alors elle perfectionne son masque. Impassible. Froid comme un bout de métal. Rien que du faux pour ne pas montrer sa peur, sa nausée. Et avant qu'elle ne chuchote un truc, sa voix s'égare dans le brouhaha qui éclate en contre-bras : sous eux, des gars gueulent et arment leur engin de mort.
Elle se fige, suspendue à sa fenêtre, et voit Steven tout autant à poil qu'elle, qui traverse la friche. Son corps nu et blanc, éclaboussé de rouge sur le flanc. Son corps nu qui après un premier puis un second coup de tonnerre, des éclairs de balles lui perforant la carne, s'écroule. Il tombe raide, et elle visualise en boucle la moitié de son crâne dégager à un mètre.
Elle ne s'attarde pas, referme avec brusquerie la fenêtre et coule le long du carrelage jusqu'à ce que son derche heurte la faïence. L'aspiration difficile, le regard baissé, elle enfonce sa bouille dans le cuir qu'elle zippe jusqu'en haut.
—  Ils vont le bouffer ? Questionne-t-elle enfin, en chuchotis d'enfant terrorisée.
Ce n'est pas tant l'acte de tuer qui l'ébranle, mais ce qu'elle déduit de l'après. Le commerce d'organes, ça la dépasse, c'est illusoire.
Tu bouffes les gens, toi aussi ?
Elle ajoute un putain, étouffé par le blouson qui lui recouvre la moitié du minois. Elle récidive, ne s'arrête plus. Son putain tel une berceuse.
Sa voix se brise.
Elle sort de la baignoire dès lors qu'il s'en approche. Elle se faufile jusqu'à la porte. Sa paume sur la poignée, elle hésite. Ne lui offre que son dos.
—  T'es tellement défoncé putain t'es tellement défoncé...  
Lisa se détourne, s'emporte, le dévisage.
—  ... même pas tu sais comment j'm'appelle, pas vrai. Même pas tu t'en souviens.
Elle hésite à lui en foutre encore une. Pour se passer les nerfs, pour évacuer sa peur. Pour se prouver qu'elle n'est plus une gamine que les pertes dévorent. Pour ne pas entendre sa réponse, surtout. Cette dernière réponse qui pourrait lui broyer définitivement le cœur.
—  T'es vieux, s'étrangle-t-elle, le coupant net.  T'es vieux putain, pourquoi t'es vieux Oswald. Pourquoi t'es vieux.
Et la chiale remonte si vite qu'elle s'étouffe seule. Sans que des doigts ne lui entravent la gorge, sans que plus rien ne la touche. Il est vieux et il est là, et ça n'a aucun sens, tout ça.
Il bouffe de l'homme, il se défonce, et il n'est plus Oswald. Il n'est plus le garçon qui durant vingt ans a su lui persécuter son intime. Le garçon est mort, mort sans que personne n'en sache rien hormis peut-être elle. Elle qui ne pouvait pas oublier. L'oublier.
Elle chiale, Lisa, et sans vraiment réfléchir, rouvre la porte et déboule dans le couloir. Elle ne sait plus de quel côté il faut aller, pour redescendre ces connards d'escaliers et s'en aller. Sa morve l’asphyxie aussi sûrement que ses larmes l'aveuglent. Elle hoquette et n'entend rien ; ni les pas ni les voix des enfoirés revenus, un étage plus bas ; le cadavre de Steven traîné comme un gibier pissant son rouge partout, que l'un suggère de vider avant de dépecer.
Les beuglements cependant finissent de la sortir du malaise. Les beuglements des types retrouvant inconscient l'enflure qu'elle a tailladé, tué, dramatise-t-elle. Lisa ne se rappelle pas d'Oswald et sa beigne.
Les ordres fusent avec hargne. Une mixture de mots. Salope et Madsen, retrouver et crever. Pas abîmer la viande. Ramener vivant. Qui ? Madsen, pauvre con.
Lisa tourne à gauche, trébuche, s'écorche les genoux. Se redresse et continue. Elle fuit le vacarme. Le palpitant tapant si fort dans sa poitrine, qu'il paraît lui remonter dans la gorge.
Elle se répète qu'elle le déteste. Elle se répète que ce n'est pas lui. Elle se répète qu'ils vont la bouffer. Lui et les autres. Mais qu'avant ça, ils devront découper Steven. Ils vont découper Steven, putain. Et probablement qu'elle en sera témoin. Le haut-le-cœur la secoue si brusquement qu'elle tombe de nouveau, et dégueule à genoux sur le plancher le vide de son estomac.

_________________

Levant les yeux vers les nuages, elle voit une île, un petit chien, l'Alaska, une tulipe. Moi, je vois une pince à billet Gucci, une hache, une femme coupée en deux, une grande flaque blanche gonflée de sang, qui s'étend dans le ciel et dégoutte sur la ville, mais je ne lui dis pas.


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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Mar 15 Mai - 14:05

L’incertitude se mue trop rapidement en conviction. La foi qu’il a pu mobiliser, le roublard, elle s’écroule sous ses yeux atterrés. Faut  dire qu’après l’avoir observée s’envelopper dans le blouson, petit oisillon qui trouve abri, l’imagination s’est affolée. De retour au temps où il lui filait ses propres fringues dans l’espoir qu’elle les porte, que ça dissuade les autres mâles de convoiter ce qui lui appartenait. Possessif, uniquement avec Elle. Elle qui rayonnait trop, qui avait mieux à faire que de glander avec le raté qu’il était. La blonde fend abruptement l’air, le poing brandi, saccage ainsi la rêverie. Contour rendu néanmoins incertain par la vision altéré du drogué. La proie rendue féroce, perdant de vue l’esquisse d’un sauvetage, une des alternatives qu’il a réussi à anticiper durant sa propre névrose mais qui ne l’empêche pas de la subir cependant. Le camé ne remue pas quand la frappe l’atteint, trop défoncé pour chercher à esquiver. C’est alors qu’il se surprend à réaliser l’ampleur de l’impact. C’est qu’elle sait cogner cette femme. Définitivement pas sa Lisa. Mémoire tactile accrue, l’épiderme se rappelle des mains dévorant sa chair avec cette douceur particulière. Ces doigts-là n’auraient jamais pu le maltraiter avec autant de vigueur. La gamine savait gratter la violence qu’il portait comme une seconde peau, elle la dispersait, la réduisait à néant. Non, elle ne l’a jamais aggravée, jamais répandue à son tour. Lisa, c’était le havre de paix au milieu d’un océan d’emmerdes. C’était son oasis, il lui suffisait de ramper au bord du rivage pour qu’elle le sorte de sa misère. Elle était forte, sa Lisa. Mais pas dans ce sens-là. Alors ça redouble sa méfiance, ça lui fait croire qu’elle n’est pas celle qu’il pense. Pas celle qui mérite son indulgence. Pas sa Lisa.

Quand il cherche à l’arrêter, il n'y met plus les formes, ne fait plus preuve de bienveillance. Une anonyme de plus qui perdra ses organes sur une table chirurgicale. Un bout de viande qu’on épluche afin de remplir les poches de billets verts. Rien de plus, rien de moins. Des animaux à peine évolués, voilà à quoi elle ressemble l’humanité. Voilà pourquoi Oswald ne se battra jamais pour elle. Pourquoi il n'épargne que les personnes pour qui le cœur se réveille d’un long sommeil. Et de toute évidence, cette inconnue n’en fait pas partie. Alors, c’est fini. Fini de jouer au chat et à la souris, terminé de risquer ses fesses pour une furie. Le palpitant entame un nouveau cycle dormant après les premières impulsions que cette apparition lui a procuré. Il avise l’évier, s’imagine déjà lui fracasser la tête contre la porcelaine avant de la balancer aux infirmiers formés pour la découpe. Il s’est mangé trop de coups pour rester éternellement figé. La carcasse a même été déstabilisée par la poigne de l’étrangère qui lui parait tout à coup bien trop entrainée. Bien plus que lui, dont la formation s’est faite sur le tas. A coups sur la gueule dans les bars, au passage à tabac dans des ruelles crasses, le sang dégueulé et les phalanges brisées. Des combats insignifiants pour échapper à ceux qu’il roulait. Ou ceux qu’il provoquait. Parfois, ça se terminait plus mal que ça. Claus et les trois projectiles qu'il lui a planté dans le thorax, alors que le danois était à moitié défroqué dans ce motel pourri.

L’hystérique maintient une certaine stabilité après avoir grogné, pesté contre son bourreau. Et Oswald, il la fixe avec une certaine indifférence désormais. Elle semble désemparée, le dos bloqué contre la paroi. Elle doit contempler la fatalité, se rouler dans son malheur. C’est fou comme l’approche de la faucheuse terrorise les autres. Mais pas lui, lui qui n’a eu de cesse de courir après, s’écorchant les poignets contre la lame sans toutefois en finir radicalement. Il flirte avec la mort depuis si longtemps maintenant qu’il la considère comme une amante, pas comme une ennemie. Rassurant de savoir que tout peut avoir une fin, même la douleur. Surtout la douleur. Toujours celle-là qu’il nie, celle-là même qui l’a amené à se défoncer, qui l’oblige à croiser des monstres quand l’éplorée se faufile jusqu’à la baignoire. Il écrase des insectes invisibles pendant qu’elle grimpe puis se heurte aux chiottes en cherchant à fuir un spectre rampant. Le souffle court, les tremblements attestant de la chute du mental et la cinglée qui a ouvert la fenêtre pour regarder le paysage. Il a le sarcasme au bord des lèvres quand elle finit par s’arracher au spectacle. Les premiers mots tombent alors, glissent contre la carapace de l’insensible. Elle les prend pour des cannibales, elle n’a rien capté, rien pigé. Pas surprenant. Un trafic qui s’opère dans l’ombre, autant de motivations nébuleuses pour un œil extérieur. Lui, de toute façon, il ne peut plus rien avaler. Mais d’une certaine façon, c’est le seul croquemitaine de la maison, obligé d’aspirer l’énergie vitale pour être revigoré. Peut-être que c’est ce qu’il devrait lui faire à cette nana. Une pierre, deux coups. Le genre de deal qui lui parle à l’arnaqueur. La réflexion se poursuit pendant qu’elle continue à baragouiner, enfoncée jusqu’à la moelle dans la veste qu’il lui a filé. Perdue dans l’immensité de cette carrure, elle trouve quand même le Nord. Les reproches volent, filent. Avant que ça dérape pour lui, avant que ça ne finisse par lui couper les jambes, par démanteler le flot incohérent de ses pensées. Il aspire l’air précipitamment, une, deux, trois fois. Mirage auditif ? Le regard éteint se rallume instantanément pour se planter dans les prunelles céruléennes.

Il la poursuit sans le réaliser maintenant, elle lui balance son prénom et quelque chose en lui s’effondre. Il en reste paralysé, là devant la porte qu’elle ouvre pour lui échapper. Les larmes grignotant la voix, rongeant les joues, elle lui échappe dans cet état. Lui, il n’a plus que dix-sept ans subitement et il a peur, si peur de lui courir après pour se manger un énième rejet. Il a la trachée encombrée. Les émotions qui remontent et qui font vibrer le squelette, il croit entendre des os se casser. Jusqu’à ce qu’il réalise l’époque, le contexte et le danger. Tous ces bras plus bas qui ne demandent qu’à la cueillir pour la morceler.

Alors, la semelle se pose hors de la pièce. Il la cherche à ce niveau, capte les engueulades de ses collègues en contrebas. Il s’en sortira, lui. Il s’en sort toujours. Son chiffre d’affaire n’en est pas étranger. La dernière fois, il s’est massacré l’arcade sourcilière puis le tibia pour leur faire croire que le prisonnier avait filé. Et ça a fonctionné. Plusieurs jours à pester contre la peine qu'il s'était lui-même infligée mais ça lui a permis de rester là. Et surtout, ça a rendu à son frère, sa liberté. Les pulsations s’accélèrent. Lui n’est plus tant habitué à les recevoir à cette fréquence et avec cette force alors ça le rend nauséeux, ça lui file la migraine. L’instinct le mène sur les pas de la vagabonde et il finit par la dénicher un peu plus loin, dans un autre couloir. Le soulagement force son expression incrédule à basculer, les sourcils s’arquent pour marquer l’impuissance face à ce qu’elle lui renvoie, là à genoux, à vomir ses tripes. Les mains glissent contre les épaules de la fugitive pour la relever. « C'est bon, t'arrêtes de faire ta conne, putain ? » Qu’il lui chuchote avant de la propulser dans la première salle sur le côté. Une chambre, ce coup-ci, celle qui reçoit les amis. Sans relâcher sa prise cette fois-ci, il la force à s’asseoir sur le rebord du matelas. « Maintenant, tu vas te calmer, pigé ? Il va rien t’arriver. Tu crois vraiment que je vais les laisser te toucher, Liz ? » Question purement rhétorique, emploi du patronyme pour lui rappeler qu’il n’a rien oublié. Jamais. A chaque instant, elle se trouvait là, dans la caboche. Le timbre ne dispense que l’irritation, ne répond qu’à retardement aux propos antérieurs. Il cherche à la distraire, à se distraire aussi de tout ce qui se bouscule au-dedans. A tout ce non-sens et à cette foutue ironie. « Je te signale que t’es pas non plus fraiche. Parait que c’est ce qui se passe quand on voit pas quelqu’un pendant vingt-cinq foutues années. » Vingt-cinq années d’absence et de silence. La critique à peine voilée. Il lui en veut de l’avoir abandonné. De s’être tirée au moment où elle aurait dû être son pilier.

Le temps n’est pas aux reproches, ni même aux souvenirs. Lui, il se force à se le répéter parce qu’il a tant de choses à lui demander, tant de trucs à clarifier sur ce qui se passe ici. Sur ce qui s’est passé. Bien que l’envie de se lancer dans les justifications ne se manifeste pas réellement. Que ça lui bousille même en grande partie l’allégresse de la savoir vivante. Vivante, pour le moment. Peut-être plus pour longtemps s’ils continuent à tergiverser plutôt que de se tirer. « T’auras le temps de dégueuler et de chialer une fois que je t’aurai sortie de cette merde. Regarde-moi.» Face à elle, agenouillé, il tente d’invoquer un semblant de confiance. Difficile au vu des circonstances et des pupilles dilatées. Les paluches de l’escroc se posent sur les tempes de la victime avec délicatesse, force le regard à se poster dans le sien. « J’ai besoin que tu te reprennes, Lisa. J’ai besoin que tu sois concentrée pour qu’on puisse te tirer de là. Je vais te tirer de là. » Qu’il lui affirme en faisant preuve d’une fermeté inébranlable. « Et à ta place, j’amocherais pas la seule personne apte à te tirer les miches d’ici. » Il défait sa prise sur ses pommettes en grognant et reprend de la hauteur pour aviser la suite du plan.

Il a des tâches plein les yeux, l’aliénation encore bien présente pour lui faire croire à quelques fantômes envahissants, à des cris qui n’existent que dans son inconscient. Mais il s’acclimate comme il peut, focalisant son attention sur l’objet de ses préoccupations. « Vu que t’as gerbé devant la porte, on va pas pouvoir rester là longtemps. Alors, c’est le moment de me dire. Tu peux te foutre sur tes guiboles ou je dois te porter ? » Pas vraiment de la courtoisie. Si ça tenait qu’à lui, il l’aurait déjà soulevée, la garderait contre lui et évoluerait avec plus de rapidité. Mais vu son état de détresse, sa panique qui frôle la démence, il préfère autant ne pas se reprendre ses poings dans la gueule. « Faut qu’on trouve une issue, y a un passage à l’étage du dessous, dans la biblio. Faut juste éviter les autres cons. Tu te crois capable de bouger ton cul ? » Qu’il lui demande avec peu d’amabilité, encore habité par sa susceptibilité après tout ce qu’elle a pu lui balancer. S’il laisse ses sentiments le bouffer, il ne va pas pouvoir assurer. Alors il fout tout de côté pour l’instant. S’ils réussissent, ils auront tout le temps de s’en foutre sur la tronche, de se détester. Bien que lui, il sache très bien qu’il tombera très vite dans le travers contraire. Combien de fois a-t-il espérer la dénicher ? Il ne les compte plus les fois où il a cru l’apercevoir dans la foule, combien de fois il l’a appelée au milieu de ses délires. Et elle est là. Elle est là. En un seul morceau. Pour l’instant.

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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Dim 20 Mai - 16:31

Des mains sur ses épaules. Lisa trésaille, lève le museau et retrouve les prunelles-poignards de ses mauvais rêves ; et le fantôme qui ne devrait pas exister, parle. Évidemment qu'il parle. Il dit :
— C'est bon, t'arrêtes de faire ta conne, putain ?
Elle est tentée de lui dire non, là, perdue au milieu des odeurs nauséabondes de son intérieur, des vertiges qui lui cassent le crâne en deux, des souvenirs et des frayeurs qui s'éparpillent sur sa conscience. Elle est tentée de lui dire peut-être. De lui dire qu'elle n'en sait rien et qu'elle pourrait se mettre à gueuler, qu'elle pourrait lui griffer le visage à laisser des marques rouges, à former des tranchées, plutôt que de lui promettre quelque chose qui ne sera qu'un mensonge. Car Lisa ment. Lisa ment tout le temps. Et elle n'a pas la force, aujourd'hui, de mentir à celui qui ne devrait pas être. À celui qui la révolte et la bousille à chaque nouvelle goulée d'oxygène. Oswald est vivant. Oswald est vivant et ça n'a pour elle définitivement aucun putain de sens. Oswald est vivant et l'âge lui burine les traits, rend son regard plus dur que ce que son cœur peut endurer ; et puis son odeur a changé.
Il la soulève, lui agrippe le bras sans plus vouloir la lâcher. C'est brutal et possessif et elle n'a même pas le courage de se débattre, de prouver qu'elle n'a peur de rien ni personne et qu'elle est une femme – de ces femmes qu'on ne vient pas emmerder. La frimousse se détourne et les narines sur le cuir du blouson, elle inspire en fermant les yeux. Lisa laisse ses guibolles aller là où il veut qu'ils soient, endort son insolence et son mépris en humant la fragrance qui imprègne le vêtement.
Porte ouverte. C'est une nouvelle pièce qui se découpe devant ses rétines. Une chambre, plus précisément. Moquette au sol sur laquelle la plante de ses pieds trouve un apaisement immédiat. Son cul est foutu sur le matelas. Oswald la fait s’asseoir à la façon d'une enfant. Une enfant terrible, indisciplinée ; qu'il lui faut corriger.
— Maintenant, tu vas te calmer, pigé ? Il va rien t’arriver. Tu crois vraiment que je vais les laisser te toucher, Liz ?
Question qui ne réclame pas de réponse. Elle le sait, le sent, à travers le timbre de sa voix. Elle le voit à la torsion légère, presque imperceptible, de sa bouche. L'agacement. Son agacement à lui, qui toujours lui picore l'épiderme. Elle l'énerve et il l'énerve et tout ça n'est qu'un éternel recommencement.
Pourtant, l'arrogance de la Milicienne s'écorche. Prénom incisé par l'habitude. Oswald se souvient d'elle. Le doute n'est plus permis et elle manque pleurer de soulagement ou de colère.
— Je te signale que t’es pas non plus fraîche. Parait que c’est ce qui se passe quand on voit pas quelqu’un pendant vingt-cinq foutues années.
… La faute à qui, rétorque-t-elle.
Bas, si bas. La phonation pas plus épaisse qu'un soupir. La mauvaise foi pour se dédouaner des premiers silences après les premiers cris. Tout n'est que de sa faute à lui.
Dans le ventre, quelque chose se tord. Ça provoque des crampes, ça provoque des douleurs qui lui remontent dans la gorge et forment une boule à la glotte – on appelle ça les regrets. On appelle ça les sanglots. Ils ne sortent cependant pas d'elle. Demeurent enfermés, encagés, derrière ses iris à la couleur trouble, dans le fond de son gosier tapissé de sa nausée.
— T’auras le temps de dégueuler et de chialer une fois que je t’aurai sortie de cette merde. Regarde-moi.
Il s'est accroupi, le Menteur. Devant elle, les paluches enserrant sa bouille. Il ordonne ou implore, elle ne sait pas exactement. Lisa daigne toutefois lui renvoyer son regard et les pupilles dilatées qu'elle observe en retour lui font immédiatement claquer des mâchoires. Les molaires grincent et les jointures se compriment, blanchissent tant elle serre les poings et se retient de lui faire du mal.
— J’ai besoin que tu te reprennes, Lisa. J’ai besoin que tu sois concentrée pour qu’on puisse te tirer de là. Je vais te tirer de là.
Il insiste, pour se prouver à lui-même une fadaise à laquelle – hélas – Lisa ne croit pas. Comment un junkie peut-il sauver quelqu'un ? Comment un menteur peut-il croire en lui-même ? Comment peut-elle seulement l'écouter, lui ? Lui qui n'est plus Oswald mais un inconnu niqué par la came.  
— Et à ta place, j’amocherais pas la seule personne apte à te tirer les miches d’ici.
Lisa s'empêche de l'embrasser dans un élan adolescent. D'écraser ses lèvres aux siennes et mordre pour que le sang perle ; pour s'assurer qu'il est bel et bien ici, à moins d'un mètre d'elle et tant pis pour la came et tant pis pour le rejet qu'il lui inspire. Parce que sous la carne de l'homme et derrière ses cernes grises, il y a son souvenir. Un souvenir pareil à une torture.
Il se redresse, relâche l'étreinte. Rumine, les sourcils froncés d'une nervosité qu'elle ne saisit pas. Elle n'entend plus les pas qui résonnent et les hurlements. Elle ne conçoit plus ceux du dessous venir au-dessus, gravir les étages et ouvrir chacune des portes de la vieille bâtisse pour y dénicher les deux rats qu'ils sont.
— Vu que t’as gerbé devant la porte, on va pas pouvoir rester là longtemps. Alors, c’est le moment de me dire. Tu peux te foutre sur tes guibolles ou je dois te porter ?
Les bras se croisent et la mine devient revêche. Elle s'écarte, glisse son derche sur l'angle du lit. Elle est peut-être conne, elle est peut-être hystérique, elle a peut-être envie de brailler et de se jeter par une fenêtre en espérant savoir voler ; mais Lisa n'a néanmoins pas encore perdu sa fierté démesurée.
La bouche s'entrouvre, prête à cracher son venin. Oswald la coupe :
— Faut qu’on trouve une issue, y a un passage à l’étage du dessous, dans la biblio. Faut juste éviter les autres cons. Tu te crois capable de bouger ton cul ?
Va te faire foutre, dit-elle.
Les gambettes raides, elle traverse déjà la pièce. Lui coule sous le nez non sans lui donner un coup d'épaule, en passant. Une espèce de va te faire foutre doublé par les gestes.

Lisa est dehors la seconde suivante. De retour dans le couloir, elle évite de justesse la flaque de dégueulis. Elle percute le mur à sa droite, sur lequel le plat de sa main se dépose, contre lequel son bras se tend. Le monde paraît balancer d'un côté puis d'un autre, tout autour d'elle ; et le vacarme de son pouls la rend à moitié sourde. Elle oscille, la respiration hachurée par l'angoisse qui revient dès lors que les ombres dansent devant ses orbes. Elle ne sait même pas quelle est la direction à prendre. Elle ne sait même pas s'il y a, au bout du couloir, une quelconque liberté. Elle est paumée et tellement vindicative qu'elle crèvera de sa connerie.
Entre ses tempes, c'est un bordel. Des interrogations en delirium. Et si Oswald la trompait. Et si Oswald était devenu aussi taré que les autres tarés qui s'ébrouent dans la piaule. Et si Oswald ne voulait que jouer un peu et revivre un temps dépassé, puis lui trouer la panse et lui sucer les boyaux en paix, dans un recoin loin de sa meute. Pourquoi Oswald a-t-il fait le mort, autrement. Pourquoi se serait-il amusé à la torturer des années durant de ses offrandes muettes pour finalement tout stopper. Et revenir, par hasard, par malchance, dans son horizon. Et si Oswald voulait se venger. Ouais, se venger de l'abandon de l'enfant. Se venger d'un meurtre commis. Et si Oswald vouait une haine implacable, féroce, immémoriale, à ce qu'elle représente. Et si...
Ses déraisons sont entaillées par son avancée à lui. Oswald reprend la marche. L'écrase de sa seule présence. Guide vaporeux à son cosmos putrescent. Lisa ne comprend pas pourquoi ce malaise l'irradie. Elle voudrait lui dire qu'elle serait mieux seule et qu'elle sait suivre mais c'est un mensonge et elle étouffe ; de cet endroit, de lui, d'elle-même. Elle voudrait ajouter que s'il tente quoi que ce soit, elle lui arrachera les yeux avec les dents. Mais Lisa, elle ne fait rien de tout ça. Elle se laisse simplement piloter et elle ne discerne pas, sa cadence saccadée, ses pas qui la font zigzaguer. Elle n'entend pas, sa respiration en presque gémissement tant la panique lui ronge encore et encore, et encore, le cerveau.
Le labyrinthique des couloirs dans le sombre omniprésent. Ils dévalent ensuite un escalier où ses chevilles se dérobent. Lisa s'encastre entre les omoplates d'Oswald, une marche avant la fin. Couine une saloperie, comme s'il était en cause.
Et la balade perdure entre les murs à la tapisserie décrépie. Elle compte les trous dans le plâtre et les imperfections sur le sol et rapidement, Lisa se crispe. Elle accélère le rythme quand une traînée brune s'élonge sous ses petons. Elle sait ce que c'est, ça. Elle sait exactement ce que c'est, cette grosse merde étalée. Du sang séché. À qui il appartient, ça, elle ne sait pas.
Lisa se rappelle subitement Steven et la moitié de sa tête qui décolle dans les airs, sa matière grise repeignant l'herbe. Elle se rappelle subitement Steven et sa bonne idée d'aller rôdailler dans un entrepôt du quartier et la sensation de s'être fait couillonner l'enveloppe et l'étrangle.

Ixième porte ouverte. Oswald ferme derrière eux et pousse un bureau contre le battant afin d'en bloquer l'accès. Contre les murs, des armoires et des centaines de livres. Beaucoup sont absents des rangés, ayant servi à réchauffer, à faire cuir de la viande, à se torcher. Lisa s'éloigne du réel et d'Oswald, en ruminant mille et une suppositions.
La Milicienne regrette l'avant fléau, l'avant tout-fout-le-camp. C'est un brin de nostalgie qui lui grignote le cœur. Trop peu d'endroits sont restés presque intouchés comme celui-ci. Figés dans le temps, couvert d'une couche de poussière comme une carapace loin des bouffeurs et des cinglés. Ça l'émeut, stupidement.
Lisa s'arrête, net, scrute la bibliothèque aux dimensions proprement scandaleuses. Brindille immobile sur le plancher, elle enfonce ses pognes dans les poches du blouson tandis qu'Oswald dégage des cartons, l'entassement de saloperies qui empêche d'atteindre cette échappée qu'il a promise.
Minois sali de sillons grisâtres ; maquillage et pleurs. Chair rosie des émotions éprouvées. Des éclaboussures de sang parsèment sont front et l'arête de son nez. Son teint cadavérique démontre l'état de choc qu'elle n'arrive pas tout à fait à surpasser. Et l'état de choc s'amplifie davantage lorsque la réalité se réimpose.
Ses mirettes dévient avec lenteur. Lisa se penche en avant et dans le clair-obscur diffusé par d'épais rideaux pourpres, poudreux, tirés devant les gigantesques fenêtres ; elle lorgne ses genoux égratignés plus qu'ils ne le devraient. Elle mire avec une attention révulsée la gangrène les lui ronger. Raie de lumière où dansent les grains de poussière, devant laquelle elle se place et qui paraît la trancher en deux. Elle dispose son genou gauche à la lumière du jour qui déjà décline, et constate avec plus de précision les séquelles qui mettront deux semaines à partir. Le noirâtre souligne les écorchures, se répand, borde les ecchymoses qui éclosent et les fines zébrures qui suintent pus et sang.
Elle ne s'y habitue pas, à ça. Elle ne peut pas. Ni l'accepter ni l'appréhender, qu'importe l'inaltérabilité du phénomène. Alors quand Oswald se détourne de sa tâche, lui jette une œillade et s'adresse à elle ; Lisa se recule hors d'atteinte du soleil faiblissant. Elle retourne à la pénombre et aboie, avec irascibilité :
Qu'est-ce que t'as, tu t'es planté d'endroit, d'étage, y a pas de putain d'sortie c'est ça ?
Sans prévenir, la Furieuse rebrousse chemin, s'empare d'un livre et elle éclate de rire en faisant tourner les pages. Elle le jette ensuite à ses godasses dans un fracas.
T'en fais pas, on aura qu'à leur en balancer dans la gueule quand ils viendront pour m'découper. T'auras bonne conscience, comme ça. T'auras presque tenu ta promesse à la con. Puis tu pourrais leur conseiller d'me faire rôtir avec...
Elle déblatère à une vitesse dingue, prend un second livre, en lit le titre à haute voix :
… La symphonie pastorale. Super non ? Super Oswald, super !
Hurlements envers l'univers tout entier.
Peut-être bien que le barbec' fera d'la musique, avec ça.
Elle pète une durite, Lisa. Dans la cabèche, les plombs sautent. Et elle ne sait plus très bien, si c'est elle qui est venue à lui ou si c'est lui qui est venu à elle. Lisa ne distingue que ses poings et ce qu'ils frappent. Soit Oswald et le vide, tandis qu'il essaye de la maîtriser et qu'elle braille derechef. Qu'elle braille qu'elle le déteste et qu'elle lui fera, leur fera, bouffer toutes les putain de pages de cette bibliothèque de merde.
Ce sont les impacts frénétiques sur la porte et sa main à lui sur sa bouche, obligeant au silence, obligeant à constater que les tarés sont à moins de six mètres d'eux, qui la font taire pour de bon. Et redescendre.
Sa colère vire à la stupéfaction.
La pression de la paume sur ses lèvres s’amoindrit, disparaît. Et Lisa s'accroche à Oswald. Elle s'y accroche comme à un morceau de bois flottant et pourri, perdu à la mer. Besoin et répulsion entremêlés.
Pardon, chuchote-t-elle. Pardon, pardon, Oswald, pardon.
Elle répète, piteuse, déboussolée.  
Je voulais pas, c'est pas-
Phrase interrompue, le bureau devant la porte bouge sous les assauts des enfoirés de la Falciferae. Les pieds crissent sur le parquet dans un bruit glaçant. Un entrebâillement se forme. Et un bras apparaît. Un bras d'homme, tatoué, dont les doigts se déposent sur le bordel jonchant le bureau. Il tente d'avoir une prise pour se dégager un accès.
Sans réfléchir, Lisa quitte Oswald, enjambe le désordre au sol, crapahute sur le bureau. Accroupie, elle attend. Elle attend le nouvel assaut qui la fait basculer, s'accrocher aux rebords. Maigre carcasse bringuebalée sans effort. Elle se redresse et écrase son pied, jambe tendue, dès que le bras revient. Un craquement sinistre retentit : fracture ouverte. Les beuglements redoublent. Avec, les insultes. Et sur son bureau en perchoir, Lisa est bousculée une seconde fois. Plus rudement. La dégringolade en menace.
Véritable fauve enragé, elle ne descend pas. Lisa, tout au contraire se cramponne, prête à récidiver ; sans que plus rien alentour ne paraisse lui importer. Instinct formaté : survivre, détruire, tuer.

_________________

Levant les yeux vers les nuages, elle voit une île, un petit chien, l'Alaska, une tulipe. Moi, je vois une pince à billet Gucci, une hache, une femme coupée en deux, une grande flaque blanche gonflée de sang, qui s'étend dans le ciel et dégoutte sur la ville, mais je ne lui dis pas.
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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Ven 25 Mai - 20:31

Chronos hante l’espace, lui rappelle la relativité du temps qui passe. Une éternité s’est écoulée depuis ce dernier rendez-vous foireux, où les yeux se sont fui. Ce sont vingt-cinq années étirées qui s’insinuent entre eux, qui engendrent inéluctablement des comportements différents. L’acidité de la blonde érode une bonne partie de l’imaginaire qu’il s’est construit en son absence. Idéalisée sans nul doute, fantasmée d’autant plus après toutes les merdes qu’il a enchaînées, la gamine ressemble davantage à une créature éthérée qu’à une mortelle possédant des failles déterminées. La naïveté du roublard parait bien déplacée. A croire qu’il a éprouvé le besoin de la ranger dans cette catégorie pour justifier la rupture, les discordances bien marquées entre leurs environnements de vie, leur éducation et leur comportement. Mais la révoltée ne lui semble pas plus candide que lui. Tout juste plus incohérente et moins entrainée à faire face à la sale cruauté de l’humanité. Les sillons sur les joues et les déjections sur la moquette attestent ainsi d’une certaine sensibilité. Peut-être que tout ne s’est pas perdu. Peut-être que ça ne devrait pas l’apaiser de le constater. Et qu’il ne devrait pas vouloir revenir en arrière quand rien ne pourrait lui permettre. Trop tard pour croire que tout va reprendre sa place. Il n’en rêve même pas. Il se contente de s’accrocher à ce qu’on a bien voulu foutre sur son chemin. Le souvenir, la présence. Plus qu’il n’aurait pu espérer. Plus que ce qu’il peut réellement endurer désormais. Le cœur aspiré par les émotions brutes, il est aux prises avec sa psyché, avec le résultat du constat. Lisa n’est plus que la moitié de ce qu’il a connu. Lui-même ne peut prétendre à autant. Et ne peut assumer ce que ce nouveau tout provoque immanquablement chez lui.

La première pierre vole pour le lapider. Un simple murmure. La culpabilité se fait ravaler, une quelconque réplique avec. Pas le moment pour poser le nez dans le nombre de griefs qu’ils ont accumulé. A toute sa sollicitude voilée par un mépris mensonger, une seule réponse sans doute méritée à laquelle elle applique même un geste brusque. Ça le heurte de l’intérieur l’indifférent, ça bousille ses tripes. Le rejet, il ne le supporte plus depuis que la mère s’est tranchée les veines. D’autant plus quand il provient d’une des rares personnes à détenir un certain pouvoir émotionnel sur lui. « Je demande que ça, y a le matelas juste là. Tu te portes volontaire peut-être ? » Qu’il balance l’insolent. C’est ce qu’il aurait balancé à n’importe qui d’autre. Mais pas à elle. A elle, il n’avait pas envie de dire ça. Sauf qu’il ne peut courber l'échine, ne peut accepter l’ascendant dont elle dispose. Et que ça, ça lui donne l’impression de le contrecarrer. L’amertume grignote le palais cependant. Il y a des démons qu’il aurait préféré évacuer avant de la croiser. De ceux qui vont s'empresser de la saluer dès que la susceptibilité est amochée. Sang-froid qu’il s’entend penser. Sang-froid qu’il se répète une fois qu’il franchit le seuil à son tour. Sa protégée vacille, bascule. De cette démarche bancale qui lui arrache plus d’un frisson. Ça le fout mal de la voir dans cet état, de ne rien pouvoir y changer. Plus de refuge dans l’œil vague, plus d’abri contre la chair. Oswald se retient de lui attraper le bras, de la stabiliser, de l’accompagner dans cette ascension en devenant un soutien aussi bien physique que psychique. Non. Il n’ose même plus la toucher, ni même l’aborder.

Durant la progression, le silence devient menaçant. Le produit de l’imagination s’agglutine encore aux rétines de l’aliéné. Et ajoutés à toute cette tension, il y a les cris du bébé. Ça lui découpe les entrailles, détériore le moral. Il doit bien endurer les conséquences. Doit bien accepter de se tenir à une distance raisonnable d’elle. Éviter de ne plus détailler sa silhouette, de traquer l’azur et de croire encore qu’il pourra y dénicher un semblant de réconfort. Difficile pour celui qui ne s’est plus jamais autorisé à retomber dans les travers d’une idylle. Elle l’a marqué au fer rouge, a aboli ses chances de s’en tirer sans saigner. Il a appris à souffrir, a commencé même à apprécier cette douleur. Parce que ça signifie que ça a existé. Ce côté tordu qu'il a entretenu. Il y a aussi tout le reste, ce qu’il a décidé de refouler, ce qui lui revient à la gueule. Y a tout qui fout le camp là-dedans mais il faut assurer au-dehors, alors il se replie sur lui. Agit comme un soldat, en déconnectant les neurones et en laissant l’instinct tracer le trajet. Les trainées sanguinolentes, il ne les calcule même pas.

Dans la bibliothèque, les bras agissent plus rapidement que l’esprit ne raisonne. La porte bloquée, les étagères dénichées. Les prunelles brûlent les éventualités en constatant le bordel présent. Il a la folie au bord des paupières, il croit percevoir l’orage, le plafond remplacé par une horde de nuages. Les palpitations n’annoncent plus la frayeur, elles se contentent de témoigner de l’organisme éprouvé. L’organe qui chavire, les membres qui subissent. Les tremblements, il les déguise en attrapant des bouquins, cherchant le vieux bouton qu’on lui a indiqué pour s’échapper par la sortie dissimulée. Un vrai film d’épouvante, résultat de la parano de l’ancien propriétaire, convaincu de se faire prendre un jour en traitre. De subir un siège. Suffit de voir le nombre de conserves au fond de la cave. Il les jette les ouvrages au sol avec rage avant de s’arrêter, conscient que sa comparse ne remue pas. Qu’il ne l’entend pas. Et que ça l’inquiète. Il se retourne pour l’admirer, le pouls se fait d’autant malmener. Il croit qu’il ne voit pas correctement, que ça n’est qu’un symptôme de plus de la drogue ingurgitée. Les trainées noires, le mal s’emparant de la seule représentante d’un certain bien. Il en a le vertige, les enfers se creusent sous les pieds de la milicienne. Il peut déjà discerner des flammes, sentir la chaleur. Il manque de tourner de l’œil pendant qu'une autre crise s’empare de la damnée. Ça suinte de partout, des mots, des gestes. Elle en a marre. Elle pète un plomb. Et lui, il doit se raccrocher à l’étagère pour pas s’effondrer. Dans le creux du trip, quand il redescend la tête en premier de ses cieux, il dévale tout et se brise la nuque contre les coups qu’il se prend de façon subite. Y a un sursaut au milieu de cette chute. Un peu de bon sens peut-être. En fait, tout ce qu’il veut, c’est qu’elle se taise parce que ça lui file la migraine. Qu’il le supporte pas.

Alors il la prive de sa voix, la paume repliée sur les lèvres. Toutes les horreurs déversées, il croit les avoir effacées mais elles pourrissent bien quelque part. Elle s’excuse, accrochée à lui. Y a un bras qui veut se replier autour de sa frêle carrure, la moitié de lui qui lui pardonne et puis, l’autre qui subit et attend que ça passe. Avant qu’il puisse faire entendre le son de sa voix, y a tout l’arrière plan qui s’effondre et la captive qui bondit. Le cerveau au ralenti reçoit des informations folles. Une férocité qu’il ne reconnait pas, qu’il décide de ne pas annoter. Il se jette sur le reste de la rangée, déniche le petit rond et le passage se délivre. Sans plus attendre, l’aliéné court en direction de Lisa, bien déterminée à déchiqueter son opposant. Il l’attrape, la soulève et l’emporte avec lui sans lui laisser le choix. Il la propulse dans le couloir obscur. Ça pue l’humidité. Ça sent le renfermé, c’est étroit au point que ses épaules frôlent les murs. Il referme derrière lui, bloque l’accès grâce au verrou solide que le vieux fou avait inventé. Sans plus de lumière, piégé dans ce tunnel, le phobique se sent partir.

Il avance de deux pas empressés, se heurte violemment à son alliée. La main attrape le coude, le serre jusqu’à faire craquer les phalanges. Y a la colère qui remonte pour contrecarrer la panique. « Si t’avais pas fait ta putain d’hystérique, on aurait pu se tirer sans bruit. Et tu commences à m’emmerder de croire que je veux te faire cramer, bordel de merde. Tu sais où tu peux te la foutre ta symphonie ? » Il grogne, puis étouffe un gémissement quand les mirages auditifs grignotent ses tympans. Ça hurle, ça l'insulte. « Plus loin, tu vas atterrir dans le jardin. Y doit y avoir des marches quelque part, fais gaffe. » Les doigts défont leur prise, cherchent le dos pour la pousser vers l’avant. « Continue, va-t-en. » qu’il articule difficilement. Les endroits confinés le terrorisent depuis son passage en prison. Et le noir, ça lui a toujours foutu les jetons. Fait qui s’est consolidé quand les expériences ont détraqué la cervelle. Il est incapable de poursuivre. Les convulsions redoublent, il se plaque à la paroi, respire mal. « Barre-toi. » Qu’il répète, pétrifié. Les jambes molles, la sueur froide. La joue en feu, se colle au mur glacé, il se laisse glisser. Le cul percute le plancher. Il va peut-être en crever. Il en viendrait presque à le souhaiter entre les difficultés chimiques à encaisser et le cauchemar de l’obscurité qui se colle aux yeux puis qui lui parle en lui faisant bouffer tous ses regrets.

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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Mar 29 Mai - 11:35

C'est un dérèglement des sens. La gravité détruite par Oswald et ses bras qui l'enserrent et l'entraînent. Elle a la nuque qui craque et la folie qui danse derrière les yeux – ces miroirs de l'âme en abysses sans fin sans fond sans jamais rien que le sombre qui la reçoit soudain. L'obscurité partout, presque palpable tant elle pèse sur ses chétives épaules.
Lisa halète. Un de ces halètements qu'ont les bêtes dont on ne sait plus tellement si du prédateur ou de la proie elles sont le fruit trop mûr, laissé là à se corrompre sous un soleil dur. Et les paupières ont beau caresser les orbes, il n'y a que le gouffre et son atmosphère rancie et ce malaise qui l'enveloppe.
La senteur des humidités de caveaux lui monte dans les narines, lui noie les poumons. Vagues de puanteur qui lui soulèvent le cœur. Et non loin, évidemment, Oswald qu'elle sent se mouvoir tout contre son dos.
Ils sont peut-être morts, finalement. Dans un éclat de fureur. Un mélange de cris et de coups de feu et le noir qui gobe et éventre les peurs – car Lisa n'a plus peur, c'est un fait. Elle n'a plus peur, réfugiée dans cette encre qui n'a ni nom ni forme. Croyante des vacuités, elle s'imagine exploratrice d'un nouveau monde, elle s'imagine détentrice de secrets.
Un sourire lui tord les badigoinces. Risette de dingue sitôt éradiquée par la douleur, lorsque les doigts du fantôme lui prennent le coude, s'enfoncent dans le tendre de la chair à la rougir, à y laisser des marques. Des zébrures qu'elle n'a pas besoin de voir pour discerner. Sa viande, son corps tout entier, en instrument dont elle cède les morceaux aux acharnés.
C'est qu'elle se fout désormais de ce qui pourrait lui arriver. Il ne compte que Lui et puis ce vide alentour en cocon, en niche étroite, minuscule même, qui égratigne dès qu'on s'y frotte, dans laquelle Lisa veut bien rester à pourrir si le silence s'éternise ; un faux-silence. De l'autre côté de la paroi épaisse, à sa droite, les sons résonnent, se cognent aux briques, au plâtre, au bois des armoires et brutalement tout lui revient à la mémoire, tout se superpose à l'instant et la voix d'Oswald n'intensifie et n’accélère que davantage la connexion des synapses. Le tunnel. Ce tunnel dans les murs pour ces deux rats qu'ils sont, se souvient-elle.
Il grogne, son haleine chaude jetée à son museau :
— Si t’avais pas fait ta putain d’hystérique, on aurait pu se tirer sans bruit. Et tu commences à m’emmerder de croire que je veux te faire cramer, bordel de merde. Tu sais où tu peux te la foutre ta symphonie ?
Non. Non elle ne sait pas.
Lisa s'abstient de réponse. Refoule à l'intérieur d'elle la tentation de japper plus fort, de choper lèvre ou nez et d'en arracher un bout, pour qu'il comprenne, qu'il comprenne enfin, ce feu qui lui lèche les tripes et lui calcine la gorge. Lui mangeotte la tête, lui brouille la cervelle. Une sauvagerie née de ce monde-ci, bouffie d'horreurs et d'absence, de souvenirs qui ne sont que de la mélancolie, qui ne provoquent que les fissures dans la poitrine et effacent ce qui fut bien, ce qui fut le réconfort d'une vie.
Alors non, elle ne sait pas.
— Plus loin, tu vas atterrir dans le jardin. Y doit y avoir des marches quelque part, fais gaffe, ajoute-t-il.
Et maintenant, dans le timbre, ce n'est plus l'homme aux dents découvertes qu'elle se figure, mais l'enfant. L'enfant crevant de trouille dans ce boyau crépusculaire, au milieu d'elle ne sait quel délire. Lisa ne perçoit que les vibrations, la descente, la musique qui dégringole. Ça réveille quelque chose d'ancestrale. Un sentiment qu'elle ne se rappelait même plus avoir éprouvé un jour. C'est la mère qui se manifeste. La musculature contracturée, la silhouette prête à recouvrir absolument pour protéger. Protéger sans qu'il n'y ait plus rien à craindre, là-dedans. Plus rien à part peut-être les rancœurs et les pièces de leur puzzle aussi tranchants que le sont les éclats d'un verre brisé.
Il relâche sa prise.
— Continue, va-t-en.
Ses battoirs repoussent en direction de la sortie, de ce jardin dont elle se fiche. Lisa trébuche, le plat de la main pour garder l'équilibre appuyé sur le poudreux et froid et humide du mur à sa gauche. Elle continue de battre des paupières, l'air imbécile, le souffle pris dans la tourmente de sa phonation dont elle pressent les déséquilibres piller la carcasse.  
Il n'a pas le droit, voilà tout ce qu'elle pense, l'orgueilleuse.
— Barre-toi.
Le bruit mat qui s'en suit confirme sa vision et elle ne sait plus, ce qu'il convient d'accomplir. Obéir comme cette bête qu'on a voulue qu'elle soit ou gémir des conneries, encore, pour masquer le trouble en faiblesses qui s'infiltre, éclos, prend part au massacre qui se joue en son sein.
Immobile, Lisa s'ébouillante l'esprit. Sa silhouette maigre prise dans l'exiguïté du passage, elle est silencieuse et écoute les bruits cloquer à la surface du moment. Une mixture alliant les insultes toujours des corniauds qui fouillent, retournent les lieux, et d'Oswald dont la respiration n'est plus qu'un filet foireux, une suffocation, un déchirement.
Une poignée de secondes s'écoulent avant qu'elle ne décide de se mouvoir, un peu, rien qu'un peu. Un premier pas en avant, puis un second. Et cette difficulté qui est d'avancer, de relâcher toute cette tension de l'organisme et d'abandonner une énième fois ce qui engendre la confusion, la tétanise et réduit à néant les cicatrisations amorcées depuis des années – autant d'années qu'elle n'est plus apte à dénombrer, Lisa, si tant est qu'elle ait un jour su.
Alors il y a d'abord le prénom, qu'elle murmure. Oswald. Semblable à une question qui ne vient pas, qui ne s'achève pas. Une question en prénom, suspendue sans en connaître les bords ou la chute. La Milicienne se retourne, recule d'un pas puis d'un second. Un schéma inversé à celui amorcé, jusqu'à sentir au bout de ses orteils le rêche d'un blue-jean, le relief d'une jambe.
Lisa s'accroupit, tend le bras et cherche de la patte les contours de son fantôme qui n'en est plus vraiment un, plus depuis des minutes ou des heures. Cette vérité lui hérisse l'échine, macule sa bobine d'une grimace dont elle ne pourrait expliquer le motif. La bosse d'un genou se dessine, le galbe d'une cuisse ensuite. Elle remonte ainsi, à tâtons d'abord puis à pleine poigne, pour se saisir de l'épaule mâle et répéter, en chuchotis, ce prénom. Ce foutu prénom qu'elle n'avait plus prononcer depuis si longtemps et qui désormais ne cesse de s’appesantir à ses papilles : la langue butant sur les incisives, coulissant sur le palais. Ce foutu prénom émergé du passé, rappelant ses racines perdues et ses histoires inachevées.
Respire, murmure-t-elle.
Elle se remémore les rares crises. Elle se souvient de sa frayeur à lui, enfantine ; sa terreur du noir et des monstres invisibles, impossibles, qui dorénavant pourtant ne sont que pure vérité et non pure invention.
Son corps s'impose lentement à son flanc, auquel elle se compresse. Son buste contre son bras qu'elle écrase entre eux, ses jambes repliées contre lui, sur lui ; Lisa le capture pareille à une araignée s'empare d'une mouche sur sa toile fine. Son visage se nichant dans le creux de l'épaule. Son nez frôlant la peau du cou, s'évadant à la naissance de l'oreille. La proximité dans ce noir-ci lui est facile, instinctive ; la répugnance et l'hostilité éprouvées plus tôt amoindries si ne c'est disparues. Elle redécouvre, en douceur, mutique, l'homme qu'elle ne connaît pas et dont cependant le goût lui revient en bouche.
Paupières baissées, elle glisse aveuglément sa main sur le faciès d'Oswald, celui délaissé de ses attentions. Paume soupesant la mandibule piquée de poils drus ; elle l'entrave absolument, maintenant, et sent tout contre son propre torse, ses propres bras et jambes, les saccades, les convulsions, les crispations de ses membres à lui et tout ça la fascine, atrocement.
Elle dit, calmement, dénuée d'empathie, de crainte, de quoi que ce soit qui devrait l'agiter, la troubler, faire monter les notes de sa voix dans les aigus :
Calme-toi, Oz, il arrivera rien...
La phrase déjà dite, construite, l'exactitude d'un passé calqué sur ce présent sans même qu'elle n'y pense.
… j'suis là.
La phrase sortie de la bouche de Lisa qui n'est plus la Lisa qui l'avait prononcée. Cette Lisa enterrée six pieds sous terre, se décharnant et se laissant bouffer par les vers.
C'est surréaliste, et ce couloir secret et malodorant qui les recueille l'est tout autant. Un couloir entre présent et passé, se représente-t-elle. Un couloir qui laisse un peu de répit, coupe la course du temps dans son élan.  
Et que les mecs tapent sur les murs et renversent les armoires, diffusant un boucan qui semble issu d'un autre monde, ça la laisse froide. Lisa patiente simplement, contenant entre ses bras, contre son poitrail de fauve famélique, les tremblements d'Oswald.
La tempe déposée sur l'arc de l'épaule, la respiration paisible, elle goûte au vague à l'âme. Cette désolation pleine de grisaille qui bouleverse, déstructure, flingue, la fout à l'envers.
Pourquoi t'as arrêté d'envoyer les lettres ?
Dans la question un millier d'autres se sont entreposées, ont muté, l'ont aliénée. Dans cette seule question, c'est tout un pan de son monde à elle, qu'il a mutilé.

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Levant les yeux vers les nuages, elle voit une île, un petit chien, l'Alaska, une tulipe. Moi, je vois une pince à billet Gucci, une hache, une femme coupée en deux, une grande flaque blanche gonflée de sang, qui s'étend dans le ciel et dégoutte sur la ville, mais je ne lui dis pas.


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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Dim 3 Juin - 18:44

L’obscurité chuchote, ronge l’os. Amas de chair échoué et sans plus de force, le phobique tend l’oreille vers la vérité, cherche à chasser les erreurs auditives que le mental malade enfante. Derrière la pénombre, il espère percevoir ses pas empressés distançant la menace. Il la rêve en fuite, traversant le jardin, sautant la barrière pour échapper aux griffes des monstres qui guettent encore.  Ça ôte un poids sur sa poitrine, ça dégage un peu les voies respiratoires de se la représenter remontant les rues en totale liberté. Les paupières se referment pour accepter la vision, pour contrarier les plans des démons du dedans quand le contact s’opère. Qu’il la sent proche, trop proche de lui, plus encore du péril. La panique refait surface, remonte des entrailles au larynx. Ses propres paumes la cherchent pour la forcer à reculer, se heurtent à la paroi, au vide et puis à sa hanche. «  Je t’ai dit de te casser putain. Arrête de faire de la merde, bordel ! » La voix se brise à mi-chemin sous l’effet de la colère, sous l’impulsion de la peur tandis qu'elle recouvre les hurlements du silence. Son prénom résonne davantage en lui que dans ce couloir. L’écho s’entête à l’intérieur, le chemin mémoriel est particulièrement ardu à emprunter. Toutes ces scènes dérobées à leur passé, défilent devant la rétine. A croire qu’elle le prononce comme une incantation, à croire qu’elle s’imagine guérir les failles avec. Ça ne répare pas les brèches, ça les assouplit, les agrandit et ça lui permet d’y insérer ses ongles pour s’emparer des organes, pour les comprimer, les lacérer. Les actes de la milicienne ne font que le ramener au point de départ, sans passer par les bonnes cases. Quand il espérait tout mais ne pouvait prétendre à rien. Il n’arrive plus à remuer sous la silhouette qui le grignote, plus du tout à avaler l’air quand elle se colle à lui. Les mots ne naissent même plus dans la gorge, ne se forment plus dans la caboche. Et il ne sait déjà plus ce qu’il craint, le noir ou cette étreinte. Ce qui fera le plus de ravages, l'illusion ou la réalité.

Les traits crispés, les paumes abattues au sol, il n’arrive même pas à savoir ce qu’il lui reste à faire, sous quelle forme le souhait attend d’être repêché. Les doigts coulissent contre le visage, la présence devient trop évidente. La terreur de l’arnaqueur le défie de survivre à ça. Les dépendances, ça, Oswald, il connait. Il ne s’est rien épargné depuis que Lisa s’est tirée. La drogue, l’alcool, les jeux d’argent, les femmes. Tout ça pour évincer sa première obsession, tout ça pour taire l’affection. Tout un tas de sentiments en vrac qui se hachent chacune entre elles, la gueule. Un combat inévitable pour animer le thorax, le priver d'oxygène. Les promesses ancestrales qu’il s’était faite, qui remplissent les blancs, qui alourdissent les ténèbres. Même après la tempête, même après son repli une fois la pluie passée, il a continué à évoluer dans le sillage du cyclone, l’a pourchassé afin de savoir ce qu’il pouvait encore dénicher. Et donc, les lettres qu'il a continué à envoyer. Jusqu’à ce qu’il comprenne. Courir après une tornade, c’est s’assurer de retomber dans un cycle perpétuel, dans ce mouvement qui ne mène nulle part sauf aux portes du cauchemar. D’avoir la vision floutée par les débris, d’être prisonnier des rafales. Alors il a cru naïvement qu’en arrêtant tout, il se trouverait d’autres passe-temps et embrasserait ainsi sa liberté. Mais même en cultivant le mensonge, le danois n’a pu échapper aux fers. Ne les voit-elle pas ? En reliant leurs membres, elle appuie sur les chaines, s’assure que le métal est en place. Pire, elle le renvoie dans l’orage. Et ce n’est pas tant les éclairs que le vagabond veut éviter. C’est l’accalmie, ce moment où il en viendra à croire qu’il possède tout sans avoir à réclamer. Avant que ça revienne, qu’il évolue une nouvelle entre les nuages et le brouillard, avant qu’elle ne reparte. Avant qu’il ne soit de nouveau seul, l’âme asséchée, le palpitant flétri par les émotions dont il s’est si obstinément coupé.

Il vit sur des paris, il conçoit son monde sur des hypothèses et s’alimente de si en se moquant bien de savoir ce que le lendemain lui réserve. Cela lui convient tant qu’il a les dés entre les mains, tant qu’il est maitre de ses cartes. Lisa lui ôte ce pouvoir, elle réarrange les règles, elle bluffe, elle lui crée sa chance et son inverse. Démuni, le scandinave finit par grogner, demi-plainte, demi-gémissement. « Et toi, pourquoi tu t’es tirée du pays juste après ? » Qu’il tente de moduler de son ténor abimé. Il doit se protéger, se barricader, retrouver l’acidité. Eteindre le système aortique, priver l’adolescent de parole. « Y a pas de réponse à ça. T’as voulu te casser et tout recommencer, non ? Ca a bien fonctionné ? Tu l’as eue ta vie de rêve ? Ta carrière de médecin, les éloges de tes vieux ? » La rancœur ne devrait pas s’échapper des crevasses qu’elle a révélé mais s’il ne lui donne pas de sons, c’est un autre versant qui s’emparera de l’occasion. Les paumes de la captive continuent à gratter chaque blessure, à déloger les morceaux d’humanité, à lui rappeler des sensations évaporées. A le ramener à ces moments volés, au fond de cette chambre à se conter des histoires en croyant pouvoir s'échapper, fuguer. A espérer si fort en renforçant l'intensité de leurs baisers. « C’est pas le moment pour chercher à me faire culpabiliser ou je sais pas trop c’est quoi ton plan là. » La mélodie s’évade à toute vitesse des lippes serrées. La trogne contre l’épaule, la douceur manifeste avec laquelle elle tente de le sortir des enfers. Orphée improvisé qui se joue du Styx et tente de rattraper Eurydice. Elle excelle dans l’art de concevoir leur mythologie. C’est aussi familier que ça parait lointain, étranger. Elle sait très bien user ses remparts, l’apprivoiser et l’obliger à flancher. Pas d’énergie pour continuer à la cribler de mots, plus assez de temps pour résister à ce qu’elle implique. Il cède, calque ses inspirations sur la sienne et réceptionne les conseils.

Le désir s'accapare l'enveloppe, anéantit la résistance. La main frémissante grimpe hasardeusement jusqu’à la crinière d’orge, la chiffonne. L’autre rejoint le dos, escalade la colonne vertébrale. Les bras de l’escroc se referment autour d’elle. Protection bien sommaire contre les coups qui secouent la porte. « Faut que tu sortes d’ici. Que tu sauves tes miches. Je me suis pas cassé le cul pour qu’ils te refoutent la main dessus. » Qu’il souffle ultimement en se forçant à se redresser, une paluche sur la taille de sa sauveuse et l’autre contre le mur. Il la soulève, la garde égoïstement en bouclier contre les berlues. Les guiboles vacillent, l’accolade se resserre. « Il arrive toujours quelque chose, surtout quand on a une bande de salauds qui veulent ta peau. » Qu’il répond à retardement, l’amertume comme écume à la commissure des lippes. « J’ai plus besoin de ces conneries. » Il sait très bien à quoi s’en tenir. Le pied s’élance vers l’avant, l’acte surprend le discours, il maintient sa prise autour des épaules de la soldate. Jusqu’à la sortie seulement qu’il se dit. Jusque-là, il a le droit. Au-delà, il improvisera.

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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Sam 9 Juin - 14:01

Un silence et la réponse en question :
— Et toi, pourquoi tu t’es tirée du pays juste après ?
Et pourquoi pas, s'entend-elle lui claquer. Et qu'est-ce que je devais faire, selon toi.
Le premier millier de questions déboule à travers l'esprit. Bouche fermée, elle s'empêche de reculer, elle s'empêche de le fuir. Elle s'empêche de devenir la rafale qu'elle était, qu'elle est, qu'elle sera ; condamnée à perpétuité aux excès.
Les molaires encastrées les unes aux autres, Lisa ravale le venin qui lui dégouline déjà sur le menton.
— Y a pas de réponse à ça. T’as voulu te casser et tout recommencer, non ? Ça a bien fonctionné ? Tu l’as eue ta vie de rêve ? Ta carrière de médecin, les éloges de tes vieux ?
Il mollarde ses reproches comme on tire à bout portant. Elle n'est pas capable d'éviter les balles, elle n'est pas capable de se boucher les oreilles, de crier par-dessus sa voix comme le ferait une gosse. Lisa demeure placide, s'éloigne sans s'éloigner. Ici et puis surtout ailleurs. Elle disparaît de l'instant, s'enferme dans le nid infertile de son corps ; celui qui la laisse froide et critique sur les événements.
Parce que la question la ramène à son enfant perdu. À celui qu'il ne connaît même pas. Ça lui remet sous les naseaux la première perte et la seconde et cette incapacité du destin à construire et aimer et protéger ce qui lui sort des entrailles.
Elle ne chiale pas – elle ne chiale plus pour ça. Elle n'a qu'un élan morbide qui lui remonte les nerfs et insuffle l'atrocité à son cerveau. Lui arracher la langue ou lui péter les dents en première impulsion, en réplique instinctive à laquelle elle ne donne aucune suite. Car c'est Oswald, car il ne sait pas, car il était l'Absence. Autant qu'elle à lui, chemine la conscience qui sans prévenir s'acoquine à l'empathie. À la fébrilité qu'il inspire à son âme et plus encore à son cœur adolescent.
Elle le hait d'autant plus fort dans la seconde.
Les paumes toujours contre sa peau, elle caresse, dans un mouvement dicté par autre-chose qu'elle-même. Des caresses comme pour s'assurer qu'il ne lui échappe pas. Des caresses comme pour s'assurer qu'elle pourrait le tuer si le moment la dépassait. Et ce afin de faire taire les douleurs, d'effacer les faiblesses que personne ne doit voir. Personne. Auquel cas, il ne restera plus rien de son jeu de faux-visages et de fausses-ambitions, au-dehors de ces murs, de cette bulle. Ce dehors où le monde n'est qu'un océan rempli de prédateurs dont elle fait partie intégrante.
— C’est pas le moment pour chercher à me faire culpabiliser ou je sais pas trop c’est quoi ton plan là.
La caresse s'arrête et Lisa n'est plus que de la pierre couverte de givre.

La valse des membres s'inverse. C'est lui qui s'agite, désormais. Phalanges dans sa tignasse, doigts courant le long de son épine dorsale. Elle frémit et en elle la vindicte glisse et se heurte à la détresse. Elle voudrait, devrait, repousser et se défaire de l'étreinte qu'il esquisse mais elle ne peut pas. Elle ne peut pas, Lisa. Puisque ses mots carillonnent encore sous le front. Ils ont réveillé les vieux démons et les vestiges de films de la mémoire entrecoupés de grésillements et de taches.
Les coups portés sur les parois de leur tunnel ne sont que des échos lointains dont elle peine à prendre conscience. À décrypter les dangers.
Oswald l'a noyée.
Il y a le sourire d'Oskar incrusté à la rétine et il y a les promesses de Matthew et il y a les vertiges et le manque, cratère creusé là dans la poitrine qu'il fourrage avec les ongles. Il y a les chuchotis et les grands projets jetés à la mer, les cris de nourrissons qui vont de l'un à l'autre et l'expression d'Oswald. Cette expression de reproche ou de regret, elle n'a jamais su mettre des mots dessus et tout retourne au noir lorsqu'il l'enlace absolument et dit :
— Faut que tu sortes d’ici. Que tu sauves tes miches. Je me suis pas cassé le cul pour qu’ils te refoutent la main dessus.
Mouvance brutale. Tout reprend de la hauteur. Debout, équilibre étrange. Lui et les murs de chaque côté d'eux.
— Il arrive toujours quelque chose, surtout quand on a une bande de salauds qui veulent ta peau.
Il impose l'avancée, il impose le cheminement jusqu'à cette sortie qu'elle redoute, comprend-elle. Redécouvrir les ruines de l'univers et ce qu'il reste de son existence comme un glaive qu'on lui enfonce dans la tripaille. Un gémissement manque d'échapper à ses lèvres.
— J’ai plus besoin de ces conneries.
J'ai plus besoin de ces conneries.
Conneries qu'elle élabore en silence, tandis qu'ils avancent. Lisa ne dit plus un mot et Lisa crève à chaque pas. L'obscurité partout et les senteurs d'humidité et de poussière qui s'en vont et reviennent le long des murs. Un courant d'air lui glace les jambes et maintenant elle ne songe qu'aux marches qu'ils descendent avec précaution. Cet escalier qui ne semble en finir et ce tunnel en tombe qu'elle quitte, qu'ils quittent, pour ne plus se revoir jamais ; pour seulement oublier que cet épisode a un jour existé. Car dans ces conneries expirées, avouées, elle se distingue. L'une des premières qu'il a pu tester et réprouver pour les ans qui se sont poursuivis. Mais ça n'a pas d'importance car Oswald n'est plus Oswald. Oswald n'est plus Oswald, insiste-t-elle, mutique. Constatation ou obsession striée des rayures du temps ; renouvelée durant le trajet que leurs timbres ne troublent plus. Lisa sait qu'elle a trop parlé et que parler encore n'ajouterait qu'un peu de sel sur les plaies. Pourtant les questions réinvestissent la tête et lui brûlent la langue. Une acidité qui ronge la glotte et donne mal au ventre.

Devant eux, le jour s'endort ; sa lumière orange apparaissant dans les rainures de la porte. Porte qu'elle ouvre en soulevant un loquet de ferraille qui grince et crache sa rouille. Un appel d'air lui soulève les cheveux et gonfle les pans du blouson pour venir fouetter son bedon et ses cuisses.
Premier pas sur la pelouse en friche et son regard balaie les environs. Tour circulaire et ouïe attentive. Pas un bruit si ce n'est le froissement de la végétation par le vent et l'odeur de terre chauffée par un soleil malade.
Elle ferme les yeux, menottes enfoncées dans les poches du cuir. Elle attend que lui revienne le courage d'avancer, de partir. De se retourner et de le regarder. D'entrouvrir la bouche et de chuchoter un secret. Les poumons s'emplissent des odeurs de pourriture et de cendre, de contamination omniprésente. Le courage, il ne vient pas. Et les secondes s'égrènent au bon vouloir des bourrasques qui les bousculent.
Orbes réapparus à la clémence de l'empyrée, Lisa s'attarde sur le jaune et le vert qui les entourent, redescend son attention sur les égratignures de ses guibolles pourrissantes. Sur ses mains qu'elle coule à hauteur de nombril, sur lesquelles l'ocre de la rouille et le gris de la poussière des murs se sont déposés en abondance. Il n'y a pas de rouge, là-dessus. Il n'y a pas trace de ses crimes, de ses péchés. Il n'y a pas d'indices sur son identité, sur ce qu'il ignore sans ignorer, présume-t-elle.
Elle se remémore les enfoirés bouffeurs d'Homme et elle se remémore ses paroles et enfin, Lisa remue. Pivote sur elle-même à ne faire qu'un tour et le fixe. Pupilles plantées aux siennes qu'elle n'a pas à chercher, qu'elle retrouve sans mesurer taille et distance qui les séparent.
Tu vas me laisser partir.
Une question à laquelle elle ne donne pas le ton. Une accusation. Sur sa bobine, les traits se brouillent. Tout ondule et les prunelles de Lisa abandonnent celles d'Oswald. Enfuies à droite puis vers la façade extérieure de la bâtisse. Sur un bout de ciel s'assombrissant. Elle a la vue qui devient un raz-de-marée.
Les quenottes mordillent l'intérieur de la joue à en arracher un bout.
Comment je fais si je veux pas, ânonne-t-elle. Si je veux pas pour cette fois.
Partir. Abandonner et recommencer, quelque part. Oublier en laissant pourrir à l'intérieur.
Elle a saisi que plus rien ne l'attend nulle part. Que tout n'est que désastre.
Le revers de sa dextre s'écrase sur son minois, efface les nouvelles larmes qui l'encrassent.
Je sais, coupe-t-elle. Sans qu'il ne puisse en placer une. Je sais que t'as plus besoin de ces conneries mais j'en suis plus vraiment une et t'es plus vraiment toi...
Les sourcils ondulent et elle se perd à ses raisonnements. À ces choses qu'elle voudrait confier et qui s'emmêlent.
... 'puis le monde est devenu tellement moche qu'on risque pas grand-chose, à se revoir.
Elle rit, Lisa. Un rire sec, comme un hoquet.
Les pognes à nouveau dans les poches, elle hausse les épaules comme pour dire on s'en fout, comme pour dire laisse tomber. L'abandon de peur du rejet. Son regard se perd sur le gravier et la mauvaise herbe entre leurs pieds. Le museau caché derrière le cuir du blouson et sa crinière hirsute.
Dis-moi juste quelle direction j'dois prendre.
Murmure étouffé. Elle a le palpitant coincé dans la gorge.
J'suis désolée, Oz.
Le visage se redresse et ses yeux s'ancrent à ses yeux.
Derrière la parole, l'avant, l'après. Les conneries. La duplicité. La terreur subite qu'il apprenne, en cherchant, ce qu'elle est, ce qu'elle fait. Qu'on lui décrive la milicienne qu'elle aurait aimé pouvoir mieux cacher. La mère et l'épouse ratée, punie. La femelle agnostique, la femelle qu'on veut pendre du bord adverse comme allié. Et qu'il soit parmi les tueurs et les monstres ; et qu'il soit probablement un tueur et un monstre, Lisa, elle l'oublie. Elle ne perçoit que la présence rassurante de celui qui malgré ce monde devenu tellement moche, ne peut de son intime s'évader.
J'suis tellement désolée. Dis-moi juste quelle direction.
Récidive, quasi supplique, évasion.

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Dernière édition par Lisa Skovgaard le Mer 4 Juil - 16:44, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Lun 11 Juin - 0:41

Chaque pas s’apparente à une sentence, la sueur serpente contre la colonne vertébrale et accole les vêtements à la peau moite. Malaise qui se réinvente sans cesse dans les chuintements que produit l’obscurité. Le bras contracté autour des épaules alliées, la rapproche parfois. Le danois tente de se distraire, d’appuyer la rétine contre l'éventuelle lumière en bout de course pour chasser son croquemitaine de leur environnement. Le souffle se reprend une fois la sortie atteinte, une fois que l’air se purifie. La paume quitte doucement la carrure voisine, le membre retombe lourdement contre le flanc. Regard hagard, dégaine d’un mort qui traque la vie, le corps s’ébranle et se pose contre un muret. Les doigts tâtonnent les poches du jean et finissent par se poser contre les genoux après une recherche infructueuse. Crispation de la paluche, traits tirés et esprit en péril par la réalité ce coup-ci. Prudemment, les iris reviennent caresser la silhouette, s’arrêtent au niveau des meurtrissures, des marques sombres qui les accompagnent et qui révèlent une nature changée. Déglutition hasardeuse, salive qui se coince dans la gorge et provoque une légère suffocation. Toux qui se métamorphose en quinte pour les poumons malades. La nicotine encrasse la mécanique depuis trop longtemps pour que l’infecté n’en subisse pas quelques conséquences. L’oxygène s’achemine ultimement dans la cage thoracique, le calme revient. Rapporte avec lui, l’embarras et la confusion. Le scandinave ne trouve déjà plus sa place entre la verdure asséchée et l’astre qui dévale le ciel. Première réelle accalmie depuis leur fuite, premier instant où le repos suggère un semblant de discussion. Première étape dans l’acceptation de leur survie respective. Oswald ignore ce qu’il faut dire. Encore moins ce qu’il faut faire. Alors, il la laisse volontiers froisser leur quiétude retrouvée.

A croire que la blonde s’acharne à le disséquer à chaque fois qu’elle manie les mots. Lui aimerait pouvoir être anesthésié, au lieu de se prendre à vif chaque coup de scalpel. Pour l’indifférent, cette résurrection des sens et des émotions, n’est qu’une exécution, il se prend trop de balles sans plus avoir de bouclier, pour ne pas souffrir d’hémorragies. Ce qu’il va rester de lui à la fin de la soirée, ne tiendrait même pas dans une boîte à chaussure. « Quoi, tu préfères que je te ramène à l’intérieur peut-être ? » Sur la défensive, inévitablement. La damnée, même sans faire claquer sa langue, le dérange en subsistant dans cet espace. État de fragilité manifeste, beauté que même la crasse et les coups ne pourraient altérer. Il se sent si faible et si con quand il pose les yeux sur elle, elle qui lui parait plus vulnérable que jamais, trop abimée par l'épreuve. Il n’aurait pas assez de ses deux mains pour pouvoir la tirer de cette misère qui ruine son expression. Un fait qui s’est vérifié à l'adolescence. Il n’a pas pu lui fournir les parcelles de bonheur nécessaires au maintien de leur relation chaotique. Désormais, ne perdure qu’une certaine volonté de la préserver du danger. Et donc par extension, de la garder éloignée de ses propres actions. Une fatalité qu’il tente de s'ancrer dans la caboche. Ce sont des coups de pelle sur le coin de la gueule qu’il se prend en s’inventant divers chemins et diverses probabilités. Tout ne mène qu’à l’échec. Qu’à la cassure inévitable entre les souvenirs et la réalité. Déjà à l’époque, il n’était pas celui qu’il lui fallait. Il a justifié leur rupture depuis, en enchainant les erreurs, les vices et les délits. Récidive obligatoire quand on porte depuis aussi longtemps, les stigmates d’une existence en marge. Plus d’espoir ni pour lui. Ni pour eux d’ailleurs. De toute façon, il n’attend rien. Il ne s’agit plus de deux gamins de seize ans mais d’adultes qui ont le temps d’encaisser deux décennies d’emmerdes et d’expériences en tout genre. Qui ne se ressemblent plus, ne se reconnaissent pas.

L’arnaqueur ne supporte plus ce spectacle, cette douleur qui devient tantôt douceur, tantôt couleuvre. La pupille s’éteint, les crocs de la vérité empoissonnent le réseau sanguin de regrets et les cheminements à demi-complétés par la bouleversée, sustentent sa dépendance. Choquée qu’elle est, qu’il se dit. Trop choquée pour savoir clairement s’exprimer, pour comprendre ses propres envies. Elle en vient à vouloir rester là, avec lui. Lui, ça pourrait être n’importe qui. N’importe qui apte à la ramener là où le vent ne tarit pas la chair, ne gerce pas les lèvres. « Désolée pour quoi au juste ? De pas être fichue de trouver la direction ? » Il ne veut pas connaître la réponse. Ne veut ni lui pardonner, ni s’excuser. Encore moins en parler tout court de tout ce qu’ils ont gâché. Peut-être qu’elle a encore de quoi alimenter ses glandes lacrymales, peut-être qu’elle, elle a encore assez d’émotions pour s’adonner à ces grandes discussions. Lui n’a que le vide au fond du bide. Le néant qu’elle transforme en trou noir. Il est aspiré, se sent partir. La panique revient. Il la cache derrière des couches de colère. « Mais qu’est-ce que tu espères là ? Que je vais te prendre par la main puis qu’on va rattraper le temps perdu en discutant autour d’un café ? Que tu vas pouvoir m’expliquer que t’as des gosses, un mari qui t’attend à la maison ? » Les dents serrées, les élucubrations qu’il a eu l’occasion de s’inventer quand dans ses pires instants, il la revoyait, la voulait. Comment pourrait-il lui avouer qu’il en a crevé de la savoir avec un autre, à construire la vie qu’ils auraient pu peut-être avoir ensemble ? Comment pourrait-il lui démontrer qu’il est le seul abruti à s’être accroché à ce qui avait été si salement ravagé ? Qu’il est le seul à repartir avec les dégâts à chaque fois ?

Sauf qu’il arrive à comprendre l’indécision de la quadragénaire. Le mafieux, lui-même, n’arrive pas à décoller, ni à la propulser droit vers l’issue possible, lui indiquer la rue qu’elle devra remonter. Tout ça semble bien trop à supporter. Et si peu pourtant. Il est trop tôt pour la reranger dans le petit coin des choses passées. Il sera toujours trop tôt quand elle sera impliquée. « T’as un endroit où crécher dans le coin ? Vu ta tenue, tu risques de te faire agresser par tous les porcs du quartier. » Qu’il se justifie en se rapprochant, les genoux fléchissent. Les doigts courent à proximité des plaies de la dénudée. Il remonte ensuite pour faire en sorte de remonter la tirette jusqu’au menton afin que son nombril ne soit plus visible. « Sans compter que si tu tombes sur les chiens du gouvernement, ils vont te taper dans une arène pour exhibitionnisme. » Toujours plus d’excuses qu’il se trouve pour lui attraper le bras et avancer vers le passage étroit entre les haies mal taillées. Derrière eux, ça commence à crier. C’est encore lointain mais autant ne pas jouer avec ce feu-là. Ils se sont déjà bien assez brûlés. Il leur prétextera qu’il s’est échappé parce qu’il la poursuivait, se cassera le nez puis la mâchoire s’il faut afin de donner du relief à ce bobard. Puis ils riront comme des cons en lui disant qu’il n’a pas su maitriser une seule meuf. Et lui, il fera celui qui a la fierté ébranlée. Tant que ça peut fonctionner.

Une allée qu’ils empruntent, les doigts du trafiquant serrent un peu trop le membre réquisitionné de la victime. A hauteur de la bagnole volée par Aldo qu’il fourre toujours à proximité mais jamais trop prêt de leur planque, il s'arrête net. Portière ouverte d’un coup de coude violent dans la vitre, débris sur le siège.  Elle paie pas de mine cette vieille bicoque du troisième âge et c’est pas bien compliqué de trouver comme la démarrer sans clef. Les fils déjà sortis par le dernier propriétaire sont connectés avec habilité par le roublard. Il ordonne à sa comparse de s’installer côté passager tandis que le moteur rugit. « On va où ?» Qu’il marmonne. Des fringues, une douche et de quoi l’assommer pour au moins dix heures de sommeil, le plan qu'il conçoit. Et il se tirera ensuite. Il se tirera pour de bon. Obligatoirement. Il augmente le chauffage pour apaiser le contre coup thermique dû au traumatisme vécu. Inéluctablement. Il vérifie qu'elle a mis sa ceinture de sécurité. Sûrement. Réajuste les rétroviseurs pour s'acheter du temps, regard azuré qu'il capte durant la manœuvre. Sans doute. Main qui ouvre la boite à gant afin d'en sortir un flingue planqué qu'il pose sur ses cuisses, doigts qui effleurent la chair voisine pendant l'action. Peut-être. Le bout des cils s’oriente machinalement vers la passagère, grignote ses traits. Pas certain. Putain, ce qu'il aimerait pouvoir se dire que tout ça n'appartient qu'au passé, qu'il ne subit que la nostalgie. Pas certain du tout.

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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Dim 8 Juil - 16:38

— T’as un endroit où crécher dans le coin ? Vu ta tenue, tu risques de te faire agresser par tous les porcs du quartier.
Elle aurait voulu qu'il soit lapidaire, qu'il incise le reste des souvenirs valdinguant dans la tête. Elle aurait voulu avoir mal en lui lorgnant les prunelles. Un air de déjà-vu. Un air haineux et le rictus du dégoût, bras tendu vers on ne sait où.
Seulement rien ne se passe ni ne se présage comme convenu. Les larmes qui lui barbouillent la gueule tracent encore leurs sillons et à l'intérieur les branchements du myocarde se font la malle. Ça pète de tous les côtés, sous les côtes. L’inondation menace de la noyer une ixième fois – cette inondation-là a la couleur de la mort. Rouge. Rouge profond et épais. Rouge à l'odeur ferreuse qui ne laisse aucun bon présage sur la prochaine destinée.
Lisa, elle aurait voulu que tout soit moins compliqué.
Mais il s'inquiète, Oswald. Il s'inquiète comme à l'habitude qui ne devrait plus en être une. Et qui pourtant chamboule l'existence aussi vite qu'elle ramène au cortex les élans de jeunesse et les promesses décomposées. Des années et des années et des années à dormir éveillée, à se dissoudre dans le mensonge et la honte d'avoir tout envoyé chier.
Même lui. Surtout lui. Et puis ce bout d'eux qui la hante.
Elle ne le regarde que vaguement faire. Genoux pliés, visage à hauteur de son ventre, mains s'accrochant aux pans du blouson qu'il remet. Fermeture éclair remontée afin de la cacher aux yeux de tous ; quand il n'y a cependant plus personne, s'imagine-t-elle. Plus personne à part la vermine et les viandards qui se promènent derrière les murs en grognant et traînant la gomme des semelles. Ces murs desquels elle se prétend défenseur pour une humanité cependant faisandée – autant que le sont ceux dehors qui n'ont plus tellement conscience de quoi que ce soit. Ceux dehors qui sont peut-être, finalement, les grands élus, les bénis, de l'Apocalypse.
— Sans compter que si tu tombes sur les chiens du gouvernement, ils vont te taper dans une arène pour exhibitionnisme.
Lisa est une poupée. Une poupée qu'on manipule et qu'on dorlote à l'envie. Lisa est une poupée. Une putain de poupée entre ses doigts à lui. Elle n'est plus capable de parler ni même d'éprouver le besoin d'agiter deux neurones car elle sent son souffle tiède contre sa chair et elle aimerait encore une fois, rien qu'une seule, pouvoir expérimenter la texture de ses doigts – comme pour s'assurer qu'elle ne divague pas, qu'elle n'a pas abusé sur une plaquette de médoc ou sur la bière dégueulasse qu'on parvient à dénicher, parfois, sur le marché noir.
Tout ça pour ça. C'est lamentable, un brin risible. Tout ça pour ça pour lui et son cœur saigne, son cœur saigne et elle voudrait qu'il s'écarte et laisse un fossé entre eux. Pour ne plus percevoir le pouls qui s'agite en elle et la moiteur de ses mains pourtant froides. Elle transpire, maintient fermée sa bouche pour ne pas se mettre à haleter comme le ferait un chien. Ce qu'elle est. Ce que je suis. Souviens-toi.
Oswald happe son bras. Sans attendre la réponse qui ne vient pas. Car sa réponse n'a pas d'importance. Car depuis le début de ce bordel incompréhensible, elle délire, elle délire si fort qu'elle en oublie son prénom à elle, qu'elle en oublie son rôle, qu'elle aimerait prétendre à l'ironie d'une grosse bosse sur le sommet du crâne, d'un cataclysme sous le front, d'une amnésie partielle «  c'est vrai j'te jure, j'me souviens de rien. De rien putain de rien à part toi. » Connerie.
Derrière, les beuglements des ordures lui parviennent en échos. Sous ses pieds le gravier et les herbes folles. Ça lui égratigne la peau délicate au-dessous des orteils, lui fait plisser les paupières et se mordiller frénétiquement le coin de la lèvre. L'intérieur de la joue. Elle mordille pour se focaliser sur quelque chose de tangible, qui ne lui échappe pas : son corps.

Ils longent un mur qui s'effrite, envahi de lierre et de liseron. Elle y porte attention, détaille la fleur blanche ayant réussi à s'épanouir malgré le cafard que file le nouveau monde. Pseudo symbole virginal qu'elle imprime à sa psyché qu'elle suppose devoir laver. Sur la manche du blouson les saloperies de haies redevenues sauvages ripent, griffent et elle se colle un peu plus contre la brique froide à l'ombre du bloc où les morts s'entassent, se font dépiauter comme à l'abattoir.
Un frisson lui hérisse l'échine à ce seul souvenir qui n'est pas si vieux et elle presse le pas qu'elle avait inconsciemment ralenti. La poigne d'Oswald lui court-circuite le flux sanguin.

Ils débouchent dans un coin paumé, tout aussi merdique que le reste de la promenade à ceci près qu'il y a une bagnole. Une esquisse de liberté que le Danois s'empresse de conquérir. Coup de coude dans la vitre, choc et bris de verre répandus en un millier de petits cubes où se reflète la pâleur du soir. Elle observe, Lisa, sans un mot. Imbécile, les bras ballants le long de ses flancs. Elle a tellement de choses à lui confier qu'elle en perd le Nord. Elle a tellement de choses à lui demander qu'elle en perd le fil. Elle a tellement de choses à lui dissimuler qu'elle va finir par vomir.
L'ordre est donné : elle doit se radiner et foutre son derche sur le siège passager. Ce qu'elle fait sans moufter, tirant sur la ceinture qu'elle clipse. Menottes à plat sur ses cuisses, elle attend. Sage enfant que l'enfer qu'ils quittent marque plus profondément qu'elle ne l'aurait jamais cru. C'est stupide, de craindre l'horreur de l'autre et l'anéantissement de soi, quand, comme elle, on a fait jusqu'alors le chercher et le chercher et le chercher encore dans les plus basses venelles et caves, au milieu de la racaille et des pervers. C'est sacrément stupide, de craindre la voracité de l'autre à l'encontre de soi, quand, comme elle, on a les paumes et le visage couverts du sang des innocents.
— On va où ? Demande-t-il.
Chez moi.
Sa voix est un filet encroûté de glaire et de sang, de fatigue, de tremblements. Des tremblements dus au froid qu'elle ressent. Elle se fout qu'il sache où elle se terre. Son subconscient l'écartèle, Petit Poucet a des penchants suicidaires.
La lippe fendue et grise et le teint crayeux. Ses orbes bleuâtres comme ceux d'un fantôme à gerber des nuages. Lisa chasse la brume qui lui couvre le cerveau et, à travers le réseau de rues dans lequel Oswald s'engage, elle reconnaît, peu à peu, le où et le comment. La traîtrise probable de ce qui devait être son partenaire zélé et le labyrinthe criminel dans lequel, jusqu'ici, elle n'avait jamais mis ses godasses.
La plante des pieds sur le moelleux quoique défoncé de son assise, elle indique recroquevillée sur elle-même la direction : droite ou gauche ou tout droit, en marmonnant, la truffe enfoncée dans le cuir qui préserve sa senteur à lui. Pas un regard n'est accordé. Lisa se planque et ses mèches blondes et crasseuses lui dégoulinent sur le visage.
Elle lui fait faire au moins dix détours, comme pour s'assurer que personne ne zone dans le coin comme pour s'assurer que personne ne les suit. Les billes braquées sur le rétroviseur, sur son côté de vitre qu'une poussière recouvre, oblitérant sa vision de l'extérieur. Son palpitant s'emballe chaque fois qu'un moteur – rare moteur encore vivant au sein de la Nouvelle Orléans, vrombit à quelques mètres  d'eux.
Enfin, les pneus de la voiture – ou ce qu'il en reste, culbutent le bord du trottoir et s'engouffre dans une allée. Une impasse envahie de sacs poubelles et de bennes dont les couvercles soulevés dégueulent leurs ordures. Portière ouverte et claquée, elle lève le nez et observe les environs, tend l'oreille, s'assure que personne ne rôdaille et ose enfin desserrer les crocs.
Normalement personne viendra te prendre ton carrosse, ici.
Elle ne le regarde pas, enfonce les pognes dans les poches et s'avance déjà en direction de la rambarde de l'escalier d'évacuation, à leur droite, suspendue aux vieilles briques, donnant l'accès à l'immeuble haut de trois étages.
Lisa n'explique pas, le pourquoi. Pourquoi personne ne viendra dérober son bolide. Elle aurait pu, maintenant. Elle en est toutefois incapable. La vérité s'esquinte au tranchant de ses dents. C'est comme prononcer un arrêt de mort, croit-elle. Ou un truc qui s'en approche. C'est comme prononcer une sentence, avouer qu'elle fait partie de la meute de chiens qu'il s'échine à fuir. Cette meute de chiens qui dépèce enfants et gaillards sans distinction, pourvu que la caresse d'un gouvernement dément ne vienne flatter par après son échine.
On sait, qu'une milicienne vit ici. On le sait et on évite d'y traîner, sauf si rien ne nous relie à un quelconque groupuscule narguant l'autorité. Et peut-être qu'il le sait, Oswald, qu'une milicienne vit ici. Peut-être qu'il le sait et qu'elle n'aura ainsi rien à lui dire. Que la sentence sera prononcée comme un courant d'air ou un coup de tonnerre et tout sera fini. Fini avant même que quelque chose ne recommence.
Elle grimpe les marches deux par deux sans se soucier outre-mesure qu'il la suive. Rien qu'un regard lancé par-dessus l'épaule et un murmure :
Fais pas trop d'bruits, y a la vieille du premier qu'est pire qu'une alarme incendie.
Ça lui tire une risette. Un bref sourire qu'elle ravale en détournant la figure. Un petit goût d'interdit, un jeu d'adolescent. Éviter d'attirer l'attention des ancêtres et continuer son discours d'ingénue, dès le matin venu.
Elle reprend son ascension, la lumière crue de la lune éclairant tout juste assez pour ne pas louper une marche ; jusqu'à atteindre le troisième et dernier étage. Non sans jouer à l'acrobate, sur le dernier escalier que la rouille rend bringuebalant, que la mairie aurait sans nul doute fermé si cette cité n'était pas un vestige, si la civilisation ne s'était pas corrompue.
Ses doigts se glissent sous le pourtour de la fenêtre qui lui fait face. Elle tire, un coup sec, amorce une pression et la nuit s'engouffre aussitôt dans le minuscule trois pièces. Pas qu'elle aime vivre comme un rat, mais si peu de pièces, ça la rassure. Elle se hisse, les jambes d'abord, le buste ensuite. Et Lisa disparaît dans l'habitation remplie d'obscurité.
Moins d'une minute après, le petit groupe électrogène ronronne et deux ampoules grésillent. Peinture blanche sur les murs, bibelots et tonne de livres empilés en colonnes sur les meubles dépareillés, sur le parquet. Un vieux divan déglingué, une cuisine ouverte et spartiate, des tapis et des coussins et une odeur fétide de renfermé. Contre un mur, les portes l'une sur l'autre, en équilibre. Virées de leurs gonds. Elle a ce besoin, Lisa, de tout contrôler, de tout voir. Qu'elle soit sur les chiottes ou dans ce qui lui sert de pieu, qu'elle soit sur son canapé ou dans la cuisine à faire chauffer une boîte de raviolis au goût ni de viande ni de tomates – un truc infecte qu'elle ne saurait pas capable de définir. Rien n'y fait. Elle en a besoin. Symptomatique de l'horreur d'un avant qu'il n'a pas connu, lui. De cet avant duquel on a fini de lui déchiqueter son semblant de vie.
Désolée pour le bordel, j'avais pas prévu d'invité, largue-t-elle. Une fossette lui poinçonnant la joue.
Elle s'active, soucieuse d'accueillir comme il se doit ce vieil animal, ce vieil ami, ce souvenir de chair et d'os qui sitôt dans l'appartement semble l'avoir tout à fait envahi.
Lisa feint l'indifférence, en ramassant les fringues qui traînent, qu'elle s'empresse de balancer à l'aveugle dans sa chambre, au coin du matelas qu'elle a foutu à même le sol.
Referme la fenêtre, ça caille.
Ordre qui fuse, dénué de ton. Court et sec. La mâchoire en avant, l'épaule et la tempe calées contre la chambranle de bois au verni écaillé, elle le fixe et dit, les pupilles fuyantes :
Merci... genre... merci pour la balade.
Parce qu'elle ne peut pas dire merci. Merci tout court. Merci de m'avoir sauvée, c'est d'un merdique. Merci de m'avoir sorti de là. Merci d'avoir été là. Merci. Un merci qui dans sa tête, accouche de fausses notes. De dissonances qui la font soupirer et ajouter, à la façon d'une collision d'idées :
Tu veux que j'te sorte des fringues clean ou que j'te fasse chauffer un truc ou... ou j'sais pas quoi.
C'est étrange, dit comme ça. On dirait presque que le monde n'est pas une ruine. On dirait presque que rien n'est abîmé, dehors, en elle et en lui.

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Levant les yeux vers les nuages, elle voit une île, un petit chien, l'Alaska, une tulipe. Moi, je vois une pince à billet Gucci, une hache, une femme coupée en deux, une grande flaque blanche gonflée de sang, qui s'étend dans le ciel et dégoutte sur la ville, mais je ne lui dis pas.
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MessageSujet: Re: You left me in the dark [PV Lisa]   Lun 9 Juil - 23:37

La direction donnée l’oblige à expérimenter un état fébrile, des pulsations irrégulières qui lui donnent une sensation de fibrillations. Lisa fout son cœur à l’épreuve, elle l’abime en étant absente. Elle le détruit en étant présente. Il ne sait plus comment gérer cette douleur. Et il doute obtenir la réponse au fond de son logis. Les mots se pressent contre la bouche refermée. L’envie de lui demander de choisir une autre finalité, de la déposer sur le bas-côté avant de savoir. De savoir où aller pour se sentir forcé d’y revenir. De se savoir emprunt à tant de faiblesse qu’il pourrait s’y rendre quand il aura accepté son retour, à la chercher aussi naturellement qu’il a toujours été attiré par elle. Il se met en danger en appuyant sur l’accélérateur, en refusant de lui donner le fond de sa pensée. La terreur se poursuit tout le long du trajet. Dans quoi elle vit ? Avec qui elle cohabite ? A quelles autres vérités va-t-il devoir se confronter ? C’est dur de noter le nombre d’années qui les a séparés. Cela rend toute cette situation compliquée, un peu plus cruelle, plus difficile à avaler. Il se tient droit, l’escroc pour ne pas lui dévoiler sa réalité. Il pourrit à l’intérieur, se désagrège sur le siège. Seule l’empreinte du volant au creux des mains lui permet de se raccrocher à ce qu’il fait, de se pencher sur la trajectoire indiquée. La voix de la blonde le guide dans la ville, elle le promène semble-t-il de façon hasardeuse mais il ne bronche pas. Plus ça dure, moins vite il devra se forcer à pénétrer dans un bout d'intimité pour réaliser qu’il n’en fera plus jamais réellement partie. L’arnaqueur retient ainsi son souffle quand elle le somme de se garer. Arrêt brutal, le pied dérape sur la pédale. La gueule manque de se fracasser contre la vitre. Et il en vient à souhaiter dans les secondes suivantes que ça se produit. Il veut la larguer sans demander son reste, la dégueuler de cette bagnole de façon insensible mais le gosse, il s’accroche encore à sa silhouette en croyant que ça lui sauvera peut-être la vie.

Sauf qu’il est définitivement perdu même avec elle - surtout avec elle, et qu’il erre dans cet escalier de secours à la manière d’un fantôme, bien trop habitué à remonter ce genre de marches bancales pour atterrir chez quelques femmes entreprenantes. Il ne s’agit pas de ça pourtant et ça le rend cent fois plus nerveux ironiquement. La sueur perle dans la nuque. Les paumes s’agitent, calées au fond des poches du jean.  Un hochement de tête à la remarque adverse, il en saisit à peine le sens à vrai dire. Déjà trop perturbé pour rester concentré sur autre chose que la tignasse d’orge qui bat la mesure de ses pas. Le métal couine par endroit, le jeu de la survie ne l’intéresse pas. Parce qu’au fond, il est déjà totalement cuit tandis qu’ils entrent dans son appartement de la façon la moins sensée qu’il puisse exister. Le phobique attend un pied à l’intérieur, l’autre flottant à l’extérieur que le néon le préserve d’une nouvelle vague de panique et puis, il entre enfin avec appréhension. Il entre pour constater que tout ce qu’il peut apercevoir, ça ne lui ressemble pas. Pas à sa Lisa.

Les sourcils s’arquent légèrement, le corps reste prêt de la fenêtre au cas où. Au cas où il faille vite déserter. Les prunelles avisent l’ensemble avec énormément de perplexité. Un haussement d’épaules pour toute réponse à la remarque de l’hôtesse. Les yeux agrippent le matelas au sol, la boule se renforce au fond de l’estomac. Ils ont fait pareil. Et ça lui fait drôle de trouver au moins une similarité. Il ne décolle pas de sa parcelle de parquet. Et quand elle lui ordonne de fermer la vitre, il se contente de ne le faire qu’à moitié, trop inquiet à l’idée d’être piégé. « La balade ? » Qu’il répète avec ironie en avisant le canapé rapiécé. L’image des coussins défoncés lui font réaliser qu’il est épuisé. Toute cette mise en scène lui rappelle tout autant que cette fausse normalité le dérange. « J’ai pas besoin que tu joues la ménagère de moins de cinquante piges avec moi. » Et de toute façon, il ne peut plus manger de la manière dont elle l’envisage. Le quadragénaire avise ses fringues dégueulassées, s’en moque tout aussi vivement. Son attention se reporte sur la propriétaire des lieux.

Au fond de lui, y a cette petite voix qui le ramène à ses mille souhaits qu’il a trop souvent balancé au néant. La revoir, l’entendre, la toucher. Mais lui, il gâche tout, même ça. Avec sa psyché malade, sa foutue peur de l’abandon qui s’est amplifiée après la défection de la belle, après le rejet de Tobias et puis, le décès d’Elena, il a l’impression de ne plus pouvoir endurer la moindre perte, pas sans réellement se foutre en l’air cette fois-ci. Il ne veut pas finir comme la génitrice. Mais y a ces soirs où cette même petite voix lui dit que c'est peut-être que la seule solution à tout ce bordel. Alors pour contrer le vide qui menace déjà de le faire pâlir, l’aliéné s’empresse d’ajouter des couches d’agressivité par-dessus la détresse. « Je vais pas pouvoir rester de toute manière. Ils m’attendent sûrement, les autres. Et puis, je sais même pas ce que je fous ici de toute manière. J’ai pas besoin que tu refoutes ma vie en l’air. Ni que tu me colles des reproches au cul pour ce que je trafique ou je sais pas quoi. » La paluche passe sur le front, écrase l’œil gauche. L’intonation rauque devient plus laconique, trainante. Il est réellement crevé de participer à ce cache-à-cache émotionnel avec les souvenirs puis, les emmerdes. « T’as qu’à me rendre mon blouson et je me tire. C’est pas comme si t’avais envie qu’on se tape la causette. Pour se dire quoi de toute façon ? Que le temps a passé, qu’on a changé ? Puis qu’on a foiré quand on était gosses ? Que c’était con de faire un marmot ? » Un discours qu’il se fait avec lui-même, qui brise leur plus grand tabou. Il n’a plus l’habitude qu’elle y participe, faut avouer.

Trop souvent, la danoise n’est  qu’une ombre de plus au milieu d’hallucinations répétées. Et il ignore encore s’il a envie de réapprendre à communiquer normalement avec sa vraie version. Pas si c’est pour encore se faire expulser. Il prend donc les devants pour ça, pour se faire si bien détester. « Tu sais quoi laisse tomber. J’ai pas envie d’attendre pour t’entendre me balancer tes regrets ou tes promesses comme si rien n’avait changé. Je t’ai ramenée, t’as qu’à continuer à faire ce que tu faisais de ton côté. Puis à oublier tout ce bazar. Et tout le monde sera bien heureux. »  La carcasse se faufile déjà par l’entrée que la scandinave leur a créée et s’apprête tout aussi simplement à filer. Il n’arrive pas à accepter de la ravoir dans son présent quand il s’employait à la penser au passé. Il se l’est réinventée, en a fait une divinité pour les nuits où tout lui paraissait compliqué. Son retour dans cette existence veut dire saccager peut-être tout ce qu’elle a toujours signifié pour lui. Ajouter des griefs à leur liste commune. Définitivement casser cette candeur qu’ils n’ont pas tout à fait délaissée sur le banc où Maggie a atterri. Il lui reste tellement peu à Oswald. Qu’il préfère s’enfuir avant de perdre ça aussi.

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You left me in the dark [PV Lisa]

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