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 (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Lun 14 Mai - 23:15

Oh Christ how I hate what I have become

Anastasia & Andreï

Je regarde le verre qu'on me tend avec une mine à la fois suspicieuse et dégoûtée. Le breuvage qui y git a l'air légèrement visqueux et oscille entre le gris et le verdâtre. Bon sang… on dirait la morve d'un type qui ne se serait pas mouché depuis huit mois. Je ne sais même pas si j'ai envie de savoir ce qu'il y a dedans mais je ne suis pas non plus certaine d'avoir envie de l'avaler. Tandis que je continue à me poser des questions existentielles, une main glacée se pose sur ma joue, me faisant ainsi sursauter. Lorsque je relève les yeux, c'est pour les plonger dans ceux d'un homme qui me terrifie autant qu'il me fascine. Il a ces yeux d'un bleu hypnotisant, ce calme apaisant dans le sourire et ce soin dans la tenue qui font de lui un homme si séduisant que l'on a du mal à imaginer qu'il est l'un des pires monstres que la nature a pu engendrer. Sous le velours de sa voix se cachent les pires ignominies et je le sais, oh oui je le sais ! Je le sais et je suis là, devant lui, prête à mettre de nouveau mon corps et mon âme à son service parce qu'au fond…

Que peut faire une métamorphe face à son sorcier ?

Et il me regarde comme s'il cherchait à sonder mon âme, ses doigts effleurant mon épiderme dans un frisson mêlant dégoût et envie. Contrairement à Andreï que je n'arriverai probablement jamais à haïr malgré tous mes efforts, ma révulsion pour Georg est bien réelle. Il est sournois, vicieux, maniaque, terrifiant… une créature de cauchemar à visage humain qui me sourit avec une douceur à laquelle je n'ai jamais su résister. Il sait très bien comment m'amadouer, connaît ma hantise de la solitude et en joue quotidiennement. Il sait que d'un sourire, il peut tout me faire faire… la soumission au sorcier c'est du pipi de chat à côté et ça me tue de l'admettre mais je m'avance beaucoup quand je prétends être capable de me soustraire à son influence à n'importe quel instant.

« Pourquoi tant de hargne sur ce joli visage, Anastasia ? Ce n'est pas si terrible, après tout… as-tu songé à ce que je ressens ? »

J'ai envie de lui répliquer un « on voit bien que ce n'est pas toi qui va te promener dans les rues avec la gueule d'un connard fini » mais les mots restent coincés dans ma gorge. J'ai perdu ma hargne, perdu mon esprit vindicatif depuis ma dernière rencontre avec Andreï. Pour être exacte, j'ai perdu l'envie de me battre. Parce que si je suis seule, à quoi bon combattre ? Alors, c'est d'une voix atone et avec une expression incarnant la neutralité que je lui réponds.

« Non. Je n'y ai pas songé. »

Et il me regarde, son sourire se fane et son front se creuse tandis qu'il fronce les sourcils. Il me connaît par cœur… il sait que la dernière fois que j'ai été aussi docile, c'est quand Andreï m'a annoncé son mariage avec Lara, quand j'ai cru que de toute manière, il n'y aurait plus rien à faire ni à sauver. Cette fois, c'est pire encore. Cette fois, je ne reverrai pas Andreï et je me sens plus seule que jamais. Sans quoi que ce soit d'autre à sauver que ma pauvre peau de coyote, je n'ai aucun intérêt à tenir tête à Georg alors j'obéis, sagement. Il va commencer à se douter de quelque chose mais je soutiens son regard sans ciller un seul instant. Hors de question que je lui donne satisfaction et pourtant, je frissonne lorsqu'il se penche vers moi pour susurrer à mon oreille.

« C'est répugnant. Qu'un animal tout juste bon à ramener la balle se promène dans mon corps est une insulte. Alors garde en tête que le sacrifice, c'est moi qui le fais. Maintenant bois. »

Mon visage change d'expression, se teinte d'une peur dont il se délecte et je ne peux qu'acquiescer en silence. C'est une menace. S'il m'arrive quoi que ce soit ce soir pendant que je me promène avec sa peau sur le dos, je suis morte. Si je me ridiculise, je suis morte. Si je me fais tuer… bon là, la question ne se pose pas. Je baisse à nouveau les yeux vers le verre et le lève au niveau de mes lèvres.

Une potion, un breuvage pour changer d'apparence, voilà ce que c'est. Une immonde pâte qui contient Dieu sait quelles cochonneries, à commencer par un bout d'ADN de Georg. Je ne veux même pas savoir ce qu'il a fichu dedans. Et lorsque le liquide coule le long de mon œsophage, je me rends compte que d'aspect, c'était bien mieux qu'au goût. Un haut-le-cœur me prend, je manque de tout recracher et grimace, les larmes aux yeux. Ça a un indéfinissable goût à mi-chemin entre l'imbuvable et le répugnant. Si je survis à cette ingestion, ce sera un bon début. Pourtant, avaler cette horreur n'est qu'un début. Ce ne sont que les prémices d'une douleur qui me tord l'estomac et me crispe dans une hideuse grimace de souffrance pure et dure. J'ai l'impression d'avoir du métal fondu dans l'estomac et bientôt, la douleur se répand dans mes articulations et mes poumons pour finalement gagner mon visage. C'est comme si on me l'arrachait par lambeaux avec un couteau émoussé. Tandis que je m'effondre au sol, pantelante et perclus de douleur, je lève les yeux vers Georg. Il n'y a ni sourire ni effroi sur son visage, rien qu'une indifférence froid qui s'ajoute aux douleurs qui me parcourent le corps. J'ai l'impression que je vais mourir là, sur ce sol froid, sous les yeux indifférents de ce monstre et lorsque la douleur reflue, j'ai peine à croire que je suis toujours en vie.

Il me faut quelques longues minutes pour reprendre pleinement conscience de mon corps et tenter de me lever. Mes jambes sont secouées de tremblements incontrôlables et je n'ai d'autre choix que de prendre appui sur le mur derrière moi. Et lorsque je fais finalement face à Georg, je me rends compte que je peux le regarder dans les yeux sans avoir à lever la tête.

« Ne t'avise pas de me décevoir, Anastasia... »

Et là, c'est plus fort que moi. Je grimace et crache.

« Oh la ferme... »

Et c'est tout. Parce que ce n'est pas voix ni mon accent que je viens d'entendre, ce sont ceux de Georg. Des mots prononcés certes sur un ton qui me ressemble bien, mais c'est bien la seule ressemblance que l'on peut noter. Écarquillant les yeux de surprise et d'horreur mêlées, je porte une main à ma gorge, par réflexe, puis fini par baisser la tête. J'ai un feu de plancher aux pieds, pieds qui sont à l'étroit dans mes chaussures et mon t-shirt est visiblement trop petit lui aussi. Bon sang... je suis prisonnière du corps de l'homme que j'exècre le plus en ce monde. C'est par où pour démissionner ?


Il m'a fait enfiler l'un de ses costumes de croque-mort, m'a confié un poignard qui a l'air de lui être bien plus précieux que ma misérable carcasse afin d'être sûr d'être crédible, un flingue qui, je l'espère, est chargé... et m'a filé comme nounou l'un de ses imbuvables sbires. Non, vraiment, la journée ne pourrait pas être pire ! Le type est d'une bêtise sans nom et n'a pour lui qu'une carrure d'armoire à glace qui pourrait m'être utile si ça commence à puer la merde.
Nous nous sommes rendus jusqu'à l'entrepôt où doit avoir lieu la négociation et les choses sérieuses ont commencé. Car oui, si Tchekov m'a envoyée ici, ce n'est ni par fainéantise, ni pour l'amour du fun mais bien parce qu'il craint assez pour sa vie pour préférer envoyer quelqu'un d'autre. Et comme ici personne ne le connaît aussi bien que moi – et ça me tue de l'admettre – c'est pour ma pomme.

Il a fallu que je joue la comédie, que je me mette dans la peau de Georg pour calquer mes propos sur les siens, que j'adopte sa diction, ses mimiques, ses sourires... tant de petits détails qui me font frissonner d'angoisse. C'est en étant à sa place que je me rends compte à quel point ce type me terrorise. Par déférence et peur, je suis capable de jouer son rôle sans que personne ne décèle la supercherie et bientôt, son sous fifre a cessé de me surveiller pour me laisser les commandes. Au bout d'une dizaine de minutes, j'ai cessé d'être moi pensant à la façon dont Georg se comporterait pour pleinement embrasser mon rôle au point de ne plus vraiment réfléchir à ce que je dis.

Lorsque les négociations ont pris fin, après une éternité de pourparlers, de verres d'un whisky coupé à l'eau absolument immonde et de regards dans le blanc des yeux, nous nous sommes serré la main et c'est avec un soupir de soulagement que j'ai pu relâcher la tension dans mes épaules. C'est terminé. Je vais pouvoir rentrer chez moi, récurer ma peau avec du papier de verre pour effacer plus vite l'image de Georg et attendre gentiment que les effets de cette maudite potion s'estompent. Alors que je me lève, persuadée que la journée est bel et bien terminée, l'imbécile qui me sert de bras droit aujourd'hui enfonce la porte en hurlant.

« Patron ! On a un problème ! »

Je me retourne alors, agacée et prête lui répliquer qu'il peut arrêter de m'appeler comme ça avant que je ne fasse une crise d'urticaire, mais j'ai à peine le temps d'articuler quelques mots.

« Qu'est-ce que... ? »

Je me fige, fixe avec de grands yeux l'homme que l'autre abruti tient par le col. Il lui a visiblement mis un pain, vu l'allure de sa lèvre enflée, mais comme toujours, je le reconnaîtrais entre mille.

Andreï.

« J'ai trouvé ce type en train de rôder dans les parages ! »

En train de rôder dans les parages ? Mais Andreï fuit Ge... oh merde... soudain, je fais le lien. L'entrepôt dans lequel nous sommes et que Georg, ou plutôt moi, vient d'acquérir, c'est celui qui donne sur un cours d'eau. Cours d'eau au-dessus duquel passe un pont. Pont sous lequel Andreï vit. C'est la merde, là.

« Qu'est-ce qu'on en fait, patron ? »

L'idiot m'arrache à mes pensées et je relève les yeux vers lui, les plissant dans un regard froid.

« Tu vas commencer par le lâcher. »

Qu'est-ce que je fais ? Je fais un grand sourire à Andreï en lui disant « coucou, tête de con, c'est Anya ! J't'ai manqué ? » avec le risque quasi certain qu'il ne me croit pas ou est-ce que je continue à jouer mon rôle, en sachant pertinemment qu'il m'en voudra jusqu'à la fin de ses jours ? Fais chier... pourquoi il a fallu que ça soit lui, hin ? Nos regards se croisent et je ne peux que le fixer avec la même expression que Georg avait toujours chaque fois qu'il regardait son métamorphe fétiche. Je ne peux rien faire de plus quand tout en moi lui hurle de s'enfuir au plus vite. Mais il y a l'autre... le sous-fifre... celui qui me tient en laisse et peut à tout moment prévenir Georg si je fais le moindre truc suspect. Et ça, ça signerait mon arrêt de mort et celui d'Andreï. Mais j'ai un avantage de taille : Tchekov est paranoïaque et suspicieux, ce n'est pas à ses gros bras qu'il irait donner le signalement d'Andreï. C'est un ancien espion du KGB, il les mettrait tous à terre avec une main et en dormant. Donc si mes déductions sont exactes, et je ne suis pas trop mauvaise à ce jeu-là, l'autre ne sait pas qui est Andreï ni à quel point il est précieux pour Georg. Alors je n'ai pas le choix.

Je vais devoir être Georg face à Andreï. Je vais devoir torturer Andreï pour lui sauver la vie.

Je pourrais prendre plaisir à faire ça, voir en la peur qu'il éprouve en me regardant une certaine forme de vengeance mais je n'y arrive pas. Je suis juste en colère. En colère contre Georg, en colère contre moi-même et terriblement triste de lire cette terreur dans son regard... à présent, je comprends ce qu'il a pu ressentir en voyant la peur dans le mien. Alors je laisse de côté mes principes, mon irrépressible envie de lui dire de fuir, assomme pour de bon Anya pour ne plus être que le monstre qui hante Andreï depuis tant d'années.

« Après des années à te courir après, Andreï, c'est finalement toi qui viens à moi. »

Aller ! On commence en fanfare, c'est parti ! Un regard à l'abruti qui fronce les sourcils en se demandant d'où on se connaît et je le calme aussitôt d'un geste de la main. Il ne faut pas qu'il s'en prenne à Andreï mais il ne faut pas non plus que cet imbécile tue ma baby-sitter du dimanche. Ça va être simple, tiens... Nonchalamment, je prends appui sur une chaise et fixe Andreï avec un sourire de requin aux lèvres.

« Je te manquais à ce point que tu as besoin de t'introduire ici sans ma permission ? »

Vas-t-en, Andreï... dégage, casse-toi, fuis mais par pitié, ne reste pas là. Parce qu'à ne pas pouvoir lire l'amour sur ton visage, je pourrais bien prendre plaisir à contempler la terreur qui s'y dessine.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Dim 20 Mai - 11:34


 
Anastasia
Andreï
« oh Christ how I hate what I have become »


Je me réveille en sueur. Encore une fois, j’ai fait un cauchemar. Un cauchemar glaçant, de ceux qui me laissent essoufflé, paniqué, de ceux qui me donnent envie de les oublier dans un verre d’alcool, ou dans les bras d’une femme. Sauf qu’à cette seule idée, j’ai la nausée, une nausée violente, une nausée croissante, et je me recroqueville dans ce matelas crasseux qui est mon lit depuis plus d’un an maintenant, sous ce pont que j’ai transformé en chez-moi, comme j’ai pu. Et que j’ai appris à nommer chez-moi, aussi. Je me recroqueville sur le matelas, ferme les yeux à en avoir mal, sans parvenir à calmer tout de suite les battements précipités de mon cœur, ma respiration rapide et ces tremblements qui vont croissant au lieu de disparaître. Et dans la gorge, j’ai une plainte, une plainte de coyote, qui se coince, qui se bloque, qui veut hurler mais que je n’arrive pas à émettre. Qui reste étranglée. Inaudible. Il me faut bien dix, vingt, trente minutes pour parvenir à déplier mes jambes, à me redresser. Et à chasser de mes yeux le voile de terreur qui s’y attardent. Il me faut bien ces dix, vingt, trente minutes pour réussir à ne pas chercher à comprendre, ne pas chercher à analyser ce cauchemar, ce cauchemar qui s’ajoute à la longue liste de tous ceux que je fais, irrégulièrement, depuis que j’ai toujours le dos à Anya. Est-ce pour ça que je ne cesse de me voir partir, m’éloigner, m’abandonner ? Est-ce pour ça que Georg hante mes nuits, plus que ces cinq dernières années ? Est-ce pour ça que ça me perturbe autant, que ça m’effraie autant, est-ce pour ça qu’au fond, ça m’atteint avec autant de force ? Je suis à bout de souffle, me laisse retomber, bras en croix, les yeux rivés sur l’architecture métallique. Paupières qui se ferment. J’écoute le brui ambiant. Et se dessinent à nouveau ma silhouette qui me tourne le dos, dans des mots qui ne m’atteignent plus, qui se sont perdus dans mon réveil en ne laissant que l’arrière-goût acide d’un malaise et d’une colère absorbés par la douleur d’un abandon. Prévisible. Pourquoi prévisible ? J’ai le souffle court, je n’arrive pas à en sortir, de ce cauchemar, il me colle à la peau comme de la transpiration rance, comme la sensation diffuse d’être observée. J’entendrai presque les pas de l’Andreï de mon rêve s’éloigner, revenir, s’approcher, parler…

Parler ? Je rouvre les yeux, une énième fois, je tends la main pour récupérer une arme, pour récupérer de quoi me défendre, mais c’est déjà trop tard. Bien trop tard. Je n’ai même pas le temps d’avoir le moindre réflexe qu’ils me tombent dessus. Je n’ai pas le temps de respirer qu’on me saisit, qu’on me plaque contre un mur, qu’on me menace d’une arme, qu’on presse contre ma gorge la pointe d’un couteau et qu’on colle à mes tempes le canon d’un flingue. Trop rapide, et moi, trop lent. Quand j’arrive à réfléchir, c’est trop tard, je suis déjà menacé. Je suis déjà cuit, je ne le sais que trop bien. « Qu’est-ce qu’tu fous là » Qu’ils me balancent. Je crache du russe, à propos de leurs mères et d’une partie de jambe en l’air, je réitère en anglais, cherche la provocation pour qu’ils baissent leur garde et cèdent à l’envie de me frapper. Encore et encore. Et fassent le faux pas de trop. « Répète un peu ? » Il fait le fier avec son flingue, mais lui, comme ses trois copains, sont pas vraiment des pros. Contrairement à moi. En le regardant dans les yeux, je rajoute sa sœur à la provocation, dans un sourire torve et explicite : il chancèle. Il chancèle parce qu’il me frappe au niveau du foie, avec le poing puis avec le couteau. Sauf que le con, pour faire ça, il a fallu qu’il arrête de me menacer directement la carotide, il a fallu qu’il arrête de me menacer directement de me faire exploser la cervelle. Et que moi, les blessures, j’en ai eu un certain nombre. Et des pires encore : je ne peux plus mourir d’hémorragie. En quelques mouvements, la situation s’inverse. Se stabilise quand les trois autres se mêlent au carnage. S’inverse complètement, définitivement, mortellement, lorsque je parviens à mettre la main sur une arme blanche, pour me relever. Pas indemne, ça non, et essoufflé, ça oui, et perclus de douleur un peu partout, aussi, mais je me relève, et les quatre gus, eux, restent à terre. J’attrape le flingue, quatre coups résonnent histoire de ne pas me laisser de mauvaises surprises : j’entreprends de traîner les corps des quatre cons un peu plus loin, pour les foutre dans le Mississipi, les éloigner de ma tanière ; instinct primaire. J’entreprends de les traîner, de les tirer, de les porter, dans des traces de sang que la pluie lavera, de toute manière, des traces qui, de toute manière une nouvelle fois, n’attireront pas les regards, dans un coin aussi peu fréquenté que le mien, dans… de nouveaux bruits, de nouvelles voix : « Putain, mais c’est la foire du trône ? » Je crache, alors que le quatrième corps glisse dans l’eau sombre, lesté à la va-vite de quelques parpaings glanés un peu plus loin. Je jette un regard autour de moi, à la recherche de l’origine du bruit, que je finis par trouver sans trop d’effort : elle vient vers moi. Et merde. Les quatre premiers, j’ai pu gérer parce qu’ils étaient cons, vraiment cons, et moi vénère, vraiment vénère. Mais les quatre qui se pointent vers moi jouent dans une autre cour. Celles des grands. Et moi, je suis toujours armé, ouais, mais les poings, au bout d’un moment, ça a ses limites. Et les couteaux aussi, étrangement, face aux gilets pareballes et aux gros calibres qu’ils ont en main. Pour la deuxième fois en une putain d’heure, ça me percute : « Qu’est-ce tu fous là ? » Et pour la deuxième fois en une putain d’heure, je crache la même chose. En russe, toujours, pour commencer. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils comprennent. J’essaye de me casser, sans succès. Un premier coup au crâne m’étourdit. Le deuxième m’envoie dans les vapes, fais couler de mon crâne un sang poisseux que ne camoufle qu’à peine celui bien plus clair des ordures que j’ai dégommées un peu plus tôt. J’essaye de me défiler, on me fait comprendre de me tenir à carreau. Et on me balance dans un entrepôt, pas vraiment loin, à bien y regarder, les mains cinglées d’un serflex qui me coupe la circulation, et l’épiderme. Je roule sur le béton, un flingue dans la nuque m’invite à rester à genoux. « Patron ! On a un problème ! » Je ne suis pas le mec le plus futé qu’il soit, mais il ne m’en faut pas beaucoup plus pour saisir l’idée : j’ai enquiquiner un mec du coin, sans même le vouloir cette fois, et comme  un demeuré, je me… « Qu'est-ce que... ? »

Cette voix. Je me raidis. Je m’immobilise. J’ai le souffle coupé. Et je relève la tête, lentement. Les yeux écarquillés, incrédules dans un premier temps. « J'ai trouvé ce type en train de rôder dans les parages ! » Dans les parages, j’ai bien déduis mais… Mes yeux s’affolent, comme ma respiration, je veux avoir un mouvement de recul, le fusil me brûle l’épiderme, dissuasion efficace. « Non… » C’est l’horreur qui parle, c’est la terreur qui s’exprime. L’homme me saisit pas les cheveux pour me relever, histoire que son patron me voie bien. Je n’ose même plus me débattre, j’ai juste la force de garder les yeux rivés sur lui. « Qu'est-ce qu'on en fait, patron ? » La réponse à cette putain de question m’intéresse. Et sa voix, sa voix doucereuse, autoritaire, ferme mais doucereuse, se glisse et se fige dans ma poitrine. « Tu vas commencer par le lâcher. » Son sourire n’a pour toute réponse que la haine franche que je veux lui opposer, que la terreur que je tente difficilement de contenir. Nos regards se croisent : je me sens mourir, je sens le rat couiner de détresse, s’aplatir, me supplier de faire de même, comme de vieux, très vieux réflexes. Des réflexes d’un animal mort depuis cinq ans, mais des réflexes qui perdurent, ancrés dans mon esprit. D’un mouvement brusque, l’autre me lâche, je lutte pour ne pas m’effondrer, pour rester debout. Pour rester debout face à lui. Salaud, j’ai envie de hurler. J’ai envie de l’insulter. J’ai envie de me jeter sur lui. Salaud, je veux lui cracher à la gueule. Pitié soufflent mes yeux, empêtrés d’angoisse et de supplique. Et d’une peur animale.

Il reste silencieux, presque indécis, je dirais. Moi, je compte chacun des battements de mon cœur, en me faisant la remarque qu’ils pourraient tous être les derniers. Au moins, je n’ai plus la menace directe du fusil dans ma nuque. Au moins, j’ai le temps de me reprendre, de me répéter ce que je vais faire. Ce que je vais dire. De me répéter que je dois au moins ça à Anya, de ne pas m’écraser. De faire l’imbécile, qui n’était pas au courant qu’elle était en vie. Qu’elle était là. De faire l’idiot qui ne l’a pas vue. Pas revue. Qui ne sait pas qu’elle existe encore. Au moins, j’ai le temps d’essayer de réapprendre à respirer. Sans succès : au moment où il reprend, je me sens trembler. « Après des années à te courir après, Andreï, c'est finalement toi qui viens à moi. Je te manquais à ce point que tu as besoin de t'introduire ici sans ma permission ? » J’entends la question, je laisse passer quelques respirations avant de répondre d’une voix pâle, d’une voix rauque, d’une voix qui ne veut laisser aucun doute, d’une voix qui veut paraître ferme. Solide. Distant. Impassible. D’une voix qui se brise dès la deuxième syllabe. « Georg… » Je détaille les traits de son visage, je détaille jusqu’à ses yeux.

Je détaille ses vêtements, je détaille sa posture. « Je… » Je quoi ? Qu’est-ce que je peux lui dire. Si tu savais comme je te hais ? Il le sait. Je suis désolé, je t’en supplie ne me tue pas ? L’orgueil me retient. L’orgueil retient le rat qui veut lui prêter allégeance, parce que c’est ce qu’il a toujours su faire. « Je ne suis pas venu à toi. » Le russe se fait tremblant, mais le russe se fait bravache. « Laisse-moi partir » Le russe se fait lâche et supplique, aussi. La surprise. Le gémissement qui se perd au coin de mes lèvres. Et la voix d’Anya cingle dans mon esprit, tout comme mon reflet qui me tourne le dos. Qui lui tourne le dos. Je relève le menton. « Laisse-moi partir avant que je me décide à te faire bouffer tes bijoux d’famille, connard. » Le rat gémit de terreur, mais au moins je renoue avec celui qui se bat. Mais je puise dans cette connerie de quoi soutenir son regard. « Qu’est-ce qu’tu fous là ? » Est-ce qu’on peut vraiment lui tenir tête ? Hein, Anya ? Est-ce qu’on peut encore lui tenir tête, chacun de notre côté ? Est-ce que le désespoir de me sentir à sa portée, sous son regard, peut m’être suffisant pour résister, résister à cette envie de lui exposer mon flanc et de le supplier de ne pas trop m’en vouloir ? Est-ce que le désespoir peut moucher les instincts du rat, Anya ?

Est-ce que tu serais fière de moi, Anya, si tu m’entendais ? Ou est-ce que tu comprendrais jusqu’où il peut me pousser, ce foutu désespoir ?

by marelle

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It's been a while, you've been walking alone, It's been a while since your heart had a home, You remember the way you came tumbling down Down to your knees like never before You're at the bottom in a bottomless town And as you lie on the floor©️ by anaëlle.
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MessageSujet: Re: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Mer 23 Mai - 22:27

Oh Christ how I hate what I have become

Anastasia & Andreï

Lorsqu'il prononce le nom de notre ennemi commun, je frémis. Sa voix s'est brisée sur l'autel de la terreur et à présent, ce regard qu'il porte sur celui qu'il prend pour son pire cauchemar me donne envie de vomir. Ce n'est pas moi, ce n'est pas Anastasia, ce n'est pas même le coyote, qui toise Andreï de toute sa hauteur. C'est le monstre, c'est Georg, et j'ai l'impression d'être spectatrice malgré moi d'une scène que je ne voudrais pas voir dans mes pires cauchemars. Je me sens de trop, témoin de retrouvailles malsaines que la pudeur devrait me pousser à détourner les yeux pour ne pas voir la réalité en face. Mais je ne puis, car j'ai un rôle à jouer. Ce soir, c'est ma grande première, mon grand triomphe et si je parviens à réciter mon texte sans jamais faillir, j'aurai les larmes d'Andreï comme seul trophée. Une part de moi se fait égoïste, cruelle et souhaite voir la souffrance s'imprimer sur ses traits mais une autre tient encore trop à lui pour accepter de le mettre en pièces sans scrupules. Je me redresse, m'approche de lui tel un prédateur et, à mesure que mes pas engloutissent les mètres qui nous séparent, je distingue les cernes qui marbrent ses yeux, son teint pâle et la fatigue qui creuse ses traits. Si Andreï a conservé la trentaine qu'il avait lorsque Georg est tombé, il semble ce soir avoir pris un coup de vieux qui me met une claque et menace de me faire faire marche arrière. Non. Je n'ai pas le droit de faillir, pas maintenant. Alors j'avance, lui fait face et observe avec le glacial mépris qui caractérise si bien Georg. Le russe l'emporte sur l'anglais et, avec un sourire, je décide de le suivre.

« Te laisser partir ? Tu me déçois, Andreï. Tes années passées dans la peau d'un rat ont achevées de faire de toi un lâche. Tu n'en as peut-être pas l'allure, mais tu as tout du rongeur gémissant qui préfère fuir que d'affronter les obstacles. »

Ce n'est pas moi, ça. C'est l'exact opposé du discours que je lui ai tenu : je lui ai dit de se battre, de tenir tête à Georg, de lui cracher au visage cette haine assassine qu'il prétend éprouver à son égard. Les mots ne peuvent atteindre notre sorcier, nous le savons depuis longtemps. Il n'aime pas, ne hait pas, aucun sentiment n'est suffisamment puissant en lui pour déchaîner la passion et provoquer le regret, la colère ou la tristesse. Andreï pourrait bien lui dire qu'il le hait des dizaines de milliers de fois que Georg resterait de marbre. Mais s'il y a bien une chose qui fonctionne sur lui, c'est l'insubordination. Lui dire d'aller se faire foutre quand il donne un ordre, tenter par tous les moyens de résister à la douleur qu'il est capable de nous infliger, voilà les seules armes dont nous disposons face à lui. Alors vas-y, Andreï. Résiste-lui car si tes suppliques peuvent m'attendrir, elle ne l'atteindrons jamais, lui. Aussi, lorsque l'assassin qui se planquait jusque-là derrière le rat décide de prendre les devants, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine fierté à le voir se dresser ainsi contre celui qu'il hait tant. J'ai envie de lui dire de continuer, de se redresser, de regarder Georg de haut... car ce n'est définitivement plus moi qui lui fait face. Pour m'éviter le traumatisme de devoir malmener mon « meilleur ami », je me force à m'imaginer spectatrice et à me dire que celui qui va parler lorsque j'ouvrirais la bouche, ce n'est pas moi.

« Tu es si naïf, mon pauvre Andreï... tes petites menaces me passent au-dessus car je sais que tu ne les mettras jamais en pratique. Si tu te montrais un peu plus vindicatif et crédible qu'un chaton, peut-être te prendrais-je au sérieux. Maintenant, viens t'asseoir, nous avons des choses à nous dire. »

Georg m'éloigne, lui tourne ostensiblement le dos pour lui signifier qu'il ne craint même pas un coup de poignard dans le dos et va prendre place dans son fauteuil en m'entraînant dans son sillage. D'un geste de la geste, il fait signe à son imbécile de sbire d'amener Andreï et de l'asseoir de force sur une chaise. Le pauvre type fronce les sourcils depuis dix minutes. Il faut dire qu'à force de perdre des employés ou de les tuer sous le coup de la colère, Georg peine de plus en plus à trouver des russes et les actuels ne sont pas franchement très studieux lorsqu'il s'agit d'apprendre le cyrillique. Tant mieux, ça m'évitera d'avoir à trouver des mots qui n'éveilleront pas trop ses soupçons. C'est que parler de métamorphe sous forme de métaphore, même si les deux mots sonnent à peu près pareil, c'est loin d'être simple. Alors j'agite mon pantin sous le nez d'Andreï, lui fait croiser les doigts sous le menton et le fait reprendre.

« Ce que je fais ici ne te regarde pas. J'ai été très déçu de voir qu'à mon retour, tu n'as pas cherché à me retrouver. Anastasia m'est restée fidèle, tu sais ? Peut-être ai-je eu tort de placer en toi tous mes espoirs, finalement. »

Ça me répugne de l'entendre dire ça et pourtant, c'est à peu de choses près ce qu'il m'a dit, quelques semaines auparavant : que j'étais la seule à lui être fidèle, qu'Andreï ne méritait plus son statut de favori, blablabla... sauf que je ne suis plus une enfant. Je ne suis plus aussi naïve. Je sais très bien qu'il a dit tout ça pour m'amadouer et me faire croire que j'ai de l'importance. Je sais très bien qu'à la minute où il aura retrouvé Andreï, je serai de nouveau l'animal gênant. Je sais tout ça et pourtant, je n'ai pas pu m'empêcher d'être envahie d'un sentiment de gratitude lorsqu'il a dit tout ça.

« Je ne te laisserai pas partir, Andreï. Si tu t'étais montré plus prudent, tu n'en serais pas là. »

Plus qu'autre chose, cette remarque sonne comme un reproche et il me faut m'armer de mon plus innocent sourire pour qu'Andreï ne se doute de rien.

« Maintenant que nous sommes là tous les deux, j'attends que tu te mettes à genoux et me jure allégeance. Ça ne devrait pas te poser trop de problème, n'est-ce pas ? Tu as toujours préféré la reddition à la mort. »

Quelque part, en jouant ce rôle, je me décharge des reproches que j'aurais pu faire à Andreï en temps normal. Des reproches qu'on pourrait sans peine me renvoyer au visage.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Mar 29 Mai - 23:11


 
Anastasia
Andreï
« oh Christ how I hate what I have become »


Je me souviens de ma première transformation. Je me souviens du rituel. Je me souviens, surtout, de son regard sur moi. Un regard ne voyant plus l’homme, l’assassin, ne voyant qu’un bout de chair et un outil à affûter. A marteler pour lui donner la forme souhaitée. Je me souviens de cette peur panique dans ma gorge, étranglée par ma volonté, ma volonté de ne surtout pas flancher, de ne pas flancher si près du but. Je me souviens de la douleur, mordante, pire que tout ce que j’avais pu connaître jusque-là. Et je me souviens de la fierté, de la revanche, du défi dans ma gorge, de la satisfaction dans son regard. Et je me souviens de cette impression diffuse dans ma poitrine, comme si son sourire me disait maintenant, tu es à moi. Une impression asphyxiante, une impression gênante.

Un poids qui s’abat sur ma poitrine quand je croise son regard. Cinquante, soixante ans plus tard. L’ombre d’un soupir à l’échelle du rat, du fantôme du rat. Et je suis toujours à lui, je lui appartiens toujours autant. J’aurai beau me battre, je serai toujours son outil, parce que c’est lui qui m’a le plus forgé, en quelques années, en une poignée d’années. J’étais un assassin, j’étais un gosse en colère, il m’a foutu dans un brasier, m’a frappé encore et encore sur une enclume avant de me refroidir dans un seau d’eau glacée. Cinquante, soixante ans plus tard, il n’a même pas besoin de me le dire, je le sais. Je suis à lui. Et je serai toujours à lui. Il m’a forgé, de la même manière que l’orphelinat m’a forgé, de la même manière mon père m’a forgé, il m’a donné une identité, un nouveau but, un nouveau combat, et plus que ce lien qui nous liait, ça nous lie encore aujourd’hui. Je suis l’esclave de la terreur qu’il m’inspire, du respect qui me broie les tempes, de la colère et de la haine, de cette reconnaissance latente qui sommeille. Est-ce qu’il le voit, tout ça, dans mon regard, dans mon non soufflé, et ce mouvement de fuite qui a été mon premier réflexe ? Est-ce qu’il sent tout ça ? Je pense, oui. Parce qu’il a toujours su en jouer.

Son nom n’est que du papier de verre dans ma gorge, dans mes tremblements croissants. Dans cette voix qui se brise dès la deuxième syllabe, la syllabe de trop. La syllabe qui clôture un prénom détesté. La syllabe qui annonce la suite, dans une supplique née du rat, née de ma terreur la plus enfantine face à celui qui éveille en moi bien trop de cauchemars enfouis. Déterrés. Angie a commencé son oeuvre de pilleur de tombe, Georg vient profaner ce qu’il reste. Laisse-moi partir, s’il te plaît, laisse-moi disparaître. « Te laisser partir ? Tu me déçois, Andreï. Tes années passées dans la peau d'un rat ont achevées de faire de toi un lâche. Tu n'en as peut-être pas l'allure, mais tu as tout du rongeur gémissant qui préfère fuir que d'affronter les obstacles. » J’accuse le coup dans une respiration laborieuse. Tu me déçois. J’ai envie de lui rétorquer qu’il m’en voit ravi, mais il n’y a que le gémissement du rat qui s’échappe de mes lèvres. Fuir, plutôt que d’affronter les obstacles… C’est faux, c’est si faux, c’est si vrai. Face à Anya, j’ai lâché prise, j’ai baissé les bras. Face à Roman, j’ai arrêté de me battre. Mais face à Georg… face à lui, je n’avais jusque-là encore, jamais cédé sans me battre. Est-ce si évident que je suis épuisé d’aller à contre-courant ? Est-ce que… je prends mon inspiration. Je n’ai pas le droit de me laisser emporter, je me redresse. Pour cracher et retrouver celui que j’étais, celui qui tenait tête, celui qui a toujours tenu tête devant ceux qui prétendaient pouvoir l’écraser. Qu’il me laisse partir, ouais, avant que je ne me jette sur lui. Que je tente de me jeter sur lui. « Tu es si naïf, mon pauvre Andreï... tes petites menaces me passent au-dessus car je sais que tu ne les mettras jamais en pratique. Si tu te montrais un peu plus vindicatif et crédible qu'un chaton, peut-être te prendrais-je au sérieux. Maintenant, viens t'asseoir, nous avons des choses à nous dire. » S’asseoir. Il me tourne le dos, mes doigts cherchent de quoi l’attaquer. De quoi lui planter un couteau dans sa colonne vertébrale, suffisamment pour l’immobiliser, pas suffisamment pour le tuer. Suffisamment pour lui faire perdre la raison, suffisamment pour… je titube, mes mains toujours attachées dans mon dos. Je titube, on me pousse, j’ai un mouvement réflexe, le coup me cueille dans la rate, m’envoie au sol où je m’écrase sans pouvoir me rattraper. Un grognement, on me soulève, j’ai la satisfaction de voir que j’ai explosé une lèvre, une première. Suffisamment pour reprendre au passage un peu d’énergie, suffisamment pour restaurer un peu de mes réserves, pas suffisamment pour ne pas m’effondrer sur le siège où on me balance. Et je suis obligé de recroiser son regard. De me recroqueviller sous ses prunelles glacées. De trembler d’appréhension.

« Ce que je fais ici ne te regarde pas. J'ai été très déçu de voir qu'à mon retour, tu n'as pas cherché à me retrouver. Anastasia m'est restée fidèle, tu sais ? Peut-être ai-je eu tort de placer en toi tous mes espoirs, finalement. » Déçu, encore déception, de cette déception qui me glace le sang, qui n’a jamais rien auguré de bon. Anya qui se faufile dans la conversation. Et la rivalité, cette rivalité qu’il a toujours entretenue. Le prénom de ma meilleure amie est une pointe de douleur supplémentaire, un haut-le-coeur, une gifle et de l’eau glacée pour me sortir, difficilement, de ma terreur. Suffisamment pour que je me redresse, que je dérive dans la seule attitude viable pour le moment : l’incrédulité. « A… Anya est ici… ? » Le meilleur mensonge trouve ses racines dans la sincérité : mes yeux cherchent sa silhouette, angoissent à l’idée de sa présence, angoissent aussi à l’idée que Georg est découvert nos retrouvailles. Ma voix, elle disperse les preuves. « Elle… elle est en vie ? » C’est facile de jouer ce petit jeu de celui qui n’était au courant de rien. C’est facile, mais j’oscille, en équilibre, entre celui que j’étais, l’ombre que je suis devenu, cette panique irrépressible, ce désespoir qui m’anime, m’abandonne, me souffle de m’écraser, me souffle que ça ne sert à rien, ça ne sert à rien de lutter. Le rat murmure, contre mon gré, un inaudible « C’est moi, c’est moi ton préféré » Comme une supplique. La supplique de l’animal face à son maître. « Laisse-moi, je t’en supplie, je... »
 

« Je ne te laisserai pas partir, Andreï. Si tu t'étais montré plus prudent, tu n'en serais pas là. Maintenant que nous sommes là tous les deux, j'attends que tu te mettes à genoux et me jure allégeance. Ça ne devrait pas te poser trop de problème, n'est-ce pas ? Tu as toujours préféré la reddition à la mort. » C’est une nouvelle claque qu’il m’assène. « C’est faux », je ne réfléchis pas, je parle avant de réfléchir, piqué au vif. J’ai toujours préféré me battre et tuer, plutôt que de me laisser battre. J’ai toujours relevé la tête. « Je suis un survivant, mais pas un lâche » je crache du bout des lèvres, sans savoir si j’y crois, si j’y crois encore. Je suis un survivant, c’est une certitude. Et un lâche…

Tu avais raison, Anya, je me chuchote intérieurement. Je suis devenu un lâche. Un trouillard, l’ombre de celui que j’étais. Et je me déteste, à cet instant, parce que le rat couine qu’il faut que j’obéisse, et je suis tenté de le faire. De céder. Ce serait plus simple, tellement plus simple. D’arrêter de me battre. Tellement plus simple. Mais ce serait laisser tomber Mikkel, je me rends compte. Laisser tomber Roman. Le laisser tomber, encore, disparaître de sa vie. Et décevoir Anastasia.

Je relève la tête. Je me redresse, je me relève même, tout court, équilibre précaire à cause de mes mains liées. « Va te faire foutre. » Je crache, littéralement, par terre. « Si t’es si confiant, si tu veux que je m’agenouille, commence par demander à tes larbins de me détacher. Et ensuite on pourra négocier mon allégeance. » Je lui appartiens, ce serait stupide de l’ignorer. Mais il a tort, en croyant me connaître. Il a tort, en me croyant sous sa coupe. Il a tort, et à me rendre compte qu’il ne me connaît plus aussi bien qu’à une époque, je prends de l’assurance. Suffisamment pour modifier mes appuis. Suffisamment pour lui envoyer sans appel un coup de pied retourné, qui percute sa mâchoire, qui le projette au sol, qui me fait tourner, et tomber, sans mes bras pour retrouver mon équilibre. Je tombe à genoux, mais j’ai la satisfaction de le voir saigner. Et la satisfaction, aussi, de cracher : « J’espère que tu ne pensais pas me rendre inoffensif en m’attachant juste les poignets. » sans savoir exactement à quoi je joue, sans faire attention à me tenir loin de la ligne rouge. Je sais qu’il ne s’agit que d’une question de minutes avant que je ne cède. Avant qu’il ne cesse de vouloir parler et qu’il tente de m’imposer sa décision. Avant que mon conditionnement n’ait le dessus sur tout le reste. J’ai déjà un haut-le-coeur à l’idée de l’avoir frappé, j’ai déjà le souvenir de douleurs cuisantes à l’idée de le décevoir. Et ça ne va faire qu’empirer.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Dim 3 Juin - 23:27

Oh Christ how I hate what I have become

Anastasia & Andreï

C'est la pitié qui animerait mes traits, si c'était Anya qui observait Andreï, mais c'est l'appétit du lion et la voracité malsaine de Georg qui posent sur lui ce regard empli de mépris. J'oublie Anastasia, j'oublie le coyote, j'oublie nos passés respectifs et je m'abandonne à mon rôle avec une facilité qui me fait suffoquer d'angoisse. Parce que c'est... facile, quelque part. C'est facile, inné, évident d'être Georg, et si lui verrait la supercherie à des kilomètres à la ronde, Andreï n'y voit que du feu. Quelque part, je me doute que ses yeux associent la vision de son vieil ennemi à la terreur qu'il éprouve dès que l'on évoque son nom, si bien que je me demande s'il verrait encore la supercherie si je me mettais à danser ou à faire des blagues ridicules. Andreï et moi nous ressemblons beaucoup mais ce n'est pas pour rien que nous avons adopté deux formes animales aussi différentes : sous la pression, je continue à mordre, à grogner et à montrer les crocs. Andreï c'est... différent. Je le vois s'aplatir sous mon regard, imagine sans peine le couinement du rat et ça ne fait qu'attiser plus encore ma colère. Remue-toi ! Bouge-toi ! Frappe-moi, hurle-moi dessus mais ne baisse pas la tête en demandant pardon comme un enfant, bordel ! C'est toute ma volonté qu'il faut déployer pour ne pas le secouer et lui hurler d'arrêter de se comporter comme s'il était un vieux paillasson usé. Ce n'est pas l'Andreï que j'ai connu et ce n'est pas non plus l'Andreï que je veux voir. Et qu'on n'accuse pas d'égoïsme sur ce coup-là ! Ce n'est pas pour moi que je veux qu'il soit courageux et capable de cracher à la gueule de Georg, après tout, je n'ai besoin de personne pour me défendre. C'est pour lui. L'enfant apeuré qui fuit la réalité est un masque qu'il porte extrêmement mal et je suis persuadée qu'il le sait. Si j'ai envie de retrouver celui qui a fait chavirer mon imbécile de cœur il y a quarante ans, c'est parce qu'ensemble, je sais que nous aurions le courage de nous dresser face à Georg et à n'importe qui d'autre.

Au lieu de lui hurler toutes ces choses, je l'observe en silence, un sourire qui se veut amusé sur les lèvres. C'est fou comme il m'est plus facile d'imiter Georg que de lutter contre l'Anya qui hurle en moi. Alors je reprends, attaque avec cette arme déloyale et vicieuse qu'est la rivalité qui nous a toujours autant rapprochés qu'éloignés et observe avec soulagement l'incrédulité qu'il n'a aucun mal à mimer. Il me cherche du regard, demande avec innocence si je suis en vie et je le connais par cœur, ce menteur né. Il a la sincérité dans la voix, l'incrédulité dans le regard et le talent d'acteur qu'il faut pour que j'y crois sans avoir besoin de me forcer.

« J'ai cru comprendre que vous ignoriez tous les deux cette information. Il faut dire qu'elle n'a pas vraiment brillé dans l'art de retrouver mon précieux petit rat d'égouts. Peux-tu me jurer que tu aurais fait mieux à sa place ? »

Tandis que je me penche pour murmurer les derniers mots dans un souffle, mon cœur s'emballe. C'est une question, une vraie question que je lui pose. Si les rôles avaient été inversés, m'aurait-il vendu sans le moindre scrupule à Georg juste pour un regard de fierté de sa part ? Ou aurait-il risqué sa peau pour me garder cachée ? J'ai des doutes... des doutes qui se renforcent et s'affirment lorsqu'il couine d'une voix détestablement suppliante que c'est lui, mon préféré. Mes poings se serrent et ma mâchoire se crispe. Il a toujours été le préféré de Georg, seulement... je n'aurais jamais cru qu'il le revendiquerait de cette manière. Il est pitoyable. Ça me fait mal de le penser mais à cet instant, je trouve Andreï plus laid, écœurant et pathétique que jamais. C'est donc à cela qu'il ressemblera le jour où il sera face au véritable Georg ? Il ne fait que me conforter dans l'idée que cette rencontre ne doit servir qu'à une chose : le pousser dans ses retranchements pour que le jour où Georg le retrouvera, il ait les armes suffisantes pour lui tenir tête. Si je me soucie de ce qu'Andreï veut vraiment ? Rien à foutre. On ne me fera pas croire que son but dans la vie est d'être réduit à l'état de carpette ambulante. Andreï est un battant, Andreï est une putain de tête de mule, mais Andreï n'est PAS cette ombre déformée par la peur qui me fait face. Le regard froid et la langue acérée, je débite mon discours avec la rigueur d'un métronome en espérant le faire réagir. Bats-toi, Andreï, montre-lui que la bête peut dévorer le maître, bats-toi, par pitié, bats-toi. Je ne veux pas que tu aies une croix sur cet hypothétique « nous » qui ne verra jamais le jour simplement parce que tu as décidé d'être lâche. Prouve-moi qu'il est là, le combattant prêt à insulter une armée entière plutôt qu'à se rendre.

C'est son « c'est faux » qui sonne le glas de belles espérances de Georg et commence à éveiller l'espoir chez moi. Alors je me tais, l'observe tandis qu'il se lève en me crachant les insanités dont il a le secret et pour lesquelles je me dois de garder un air imperturbable quand j'ai juste envie de sourire de satisfaction. Georg ne supporterait pas ça, lui qui aime tant quand Andreï et moi mordons tout ce qui bouge pour mieux réclamer auprès de lui qu'il nous gratte entre les oreilles. Parce que c'est ce qu'il a fait de nous : des animaux bien dressés, soumis par la terreur, habitués à souffrir pour leur désobéissance. Georg n'aimerait pas se rendre compte qu'Andreï ne lui est pas aussi soumis qu'il doit le penser. Moi, je jubile. Ce n'est peut-être rien, peut-être qu'avant la fin de la soirée il rampera à mes pieds, mais ces quelques mots et ce cracha à mes pieds me suffisent. Ils sont la preuve qu'il est prêt à se battre, au moins un peu, et que si désormais, nous ne nous battrons plus jamais ensemble, c'est déjà un début.

Seulement, dans tout ça, je n'ai pas vraiment anticiper le fait qu'il puisse me frapper. J'ai beau avoir l'apparence, la taille et la voix de Georg, le coup de pied, ce n'est pas lui qui le prend mais bien moi. L'impact me fait grogner de douleur et m'éjecte du fauteuil. Je tombe au sol, sonnée, et lorsque je porte la main à mes lèvres, c'est pour les voir se couvrir de mon sang. Dans l'ombre, je souris, je jubile, je trépigne, mais dès lorsque je relève la tête vers Andreï, c'est pour lui jeter un regard assassin. Pour tenir mon rôle, il faut que je lui fasse regretter son geste. Alors allons-y. Tandis que je me relève, le larbin de Georg se précipite sur Andreï et lui cale avec plus ou moins de gentillesse son pied dans l'estomac. Un coup de poing vient lui percuter le nez et je commence à me dire que si je ne fais rien, il va me le mettre en pièces, l'idiot.

« Assez ! Je t'ai demandé de le surveiller, pas de le tuer. Et détache-le. »

« Mais patron, il... »

« Détache-le. »

J'ai articulé chaque syllabe comme Georg sait si bien le faire, avec cette voix qui vous l'impression que l'on martèle une enclume à chaque son émis. L'idiot obtempère, non sans une certaine hésitation, puis il semble finalement se souvenir qu'au fond, si c'est moi qui y reste, il s'en fout : je ne suis pas vraiment Georg. Il se penche, tranche les liens d'un coup de canif et attrape Andreï par le col.

« Tente un truc et j't'en colle une dans l'crâne, c'est clair ? »

Qu'il essaye et je lui bouffe la carotide, me murmure le coyote qui s'impatiente en moi. Andreï à terre et détaché, je m'avance, chasse ce qu'il reste de sang sur mes lèves à l'aide d'un mouchoir et, sans la moindre délicatesse, saisis Andreï par les cheveux pour le forcer à me regarder dans les yeux.

« Tu voulais négocier ? Très bien. Tu as les mains détachées. Je ne te laisserai partir que lorsque je t'aurai entendu me dire que je peux compter sur toi à l'avenir. Pour absolument tout. »

Et tout ce que j'attends, c'est qu'il me dise le contraire, qu'il m'envoie un coup de boule dans le nez, qu'il me hurle à nouveau d'aller me faire foutre ou que sais-je, mais surtout qu'il ne se remette pas à couiner. L'ennui, c'est que j'ai oublié un détail dans l'histoire : Andreï est détaché et Andreï est dangereux, quand il a les mains libres. Moi, je suis une métamorphe qui ne peut pas utiliser ses pouvoirs actuellement mais qui n'a pas non plus les pouvoirs d'un sorcier comme Georg. Et soudain ça fait tilt : le lien qui unie le sorcier à son métamorphe, que devient-il dans le cas d'Andreï ? Je n'ai pas les pouvoirs de Georg mais aurais-je seulement pu les utiliser ? Trop de questions auxquelles je n'ai pas réfléchi parce que je n'ai jamais envisagé de me retrouver dans cette situation grotesque et plus que risquée. Dans une poignée de minutes, la potion cessera de faire effet et les problèmes, les vrais, commenceront.

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Lun 18 Juin - 23:57


 
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Andreï
« oh Christ how I hate what I have become »


Je me sens animal, je me sens animal comme jamais, face à cet homme qui m’a paradoxalement condamné le jour où il a décidé de me donner une chance, de me donner un but. Une raison d’exister. Je me sens écartelé entre une fidélité créée, une reconnaissance spontanée, et la haine, la haine qui recouvre le tout, détériore et pervertit l’ensemble, la haine que n’égale que la terreur. Je me sens animal, tremblant, crachant, suppliant, feulant, couinant, attaquant, se débattant dans le filet qui me maintient au sol, tentative désespérée de s’échapper quand le désespoir me chuchote qu’il est, de toute manière, déjà trop tard. Il n’aura qu’à me plier à ses désirs, il n’aura qu’à me soumettre à la douleur pour me faire craquer, il ne le sait que trop bien. Il n’a qu’à claquer des doigts, détruire mon esprit, le leurrer et tuer Roman, tuer Lara, encore une fois, une énième fois, sous mes yeux, pour que je cède, pour que toute ma rébellion ne s’envole comme fétus de paille sous ouragan. Il n’a pas grand chose à faire pour que je m’écroule, n’en déplaise à mes belles affirmations, n’en déplaise à mes certitudes défaites, n’en déplaise à Anya et à ses espoirs. J’avais tort : on ne peut pas lui tenir tête ; elle avait tort, je suis incapable de lutter. Je me recroqueville sous ses prunelles glacées, le rat supplie, encore et encore, lové dans mon esprit, mort depuis trois ans et pourtant… pourtant, toujours là. Un fantôme qui me hante, un fantôme qui veut retrouver la protection de son maître. Ni l’un ni l’autre ne devons être dupes : malgré toutes mes belles intentions, malgré toute ma bonne volonté, je me sens incapable de me libérer, de lui faire le moindre mal. C’est inscrit dans le contrat initial après tout, celui qu’il a patiemment inscrit au fer rouge dans ma mémoire, et dans ma chair. Ne pas le toucher, le protéger de tout. Y compris de moi. Lui obéir, au doigt et à l’oeil. J’en ai la nausée. J’en ai la nausée de retrouver toutes ces sensations, intactes, alors qu’il a changé, je le sens bien. Moins incisif, moins mielleux, plus sec, plus direct. Des changements imperceptibles, que quarante ans justifient. Comme si son reflet ne correspondait plus vraiment à l’écho de son être que je pouvais avoir. Deux calques qui ne se superposent plus vraiment. Mais provoquant les mêmes réactions, indubitablement les mêmes réactions et la même conclusion : la soumission. Presque. Au nom d’Anya, je tressaille. Me réveille, m’extirpe, ne laisse aucun souffle s’échappe. Elle se glisse dans la conversation, je me glisse à ses côtés, l’enveloppe pour la protéger. La protéger d’un mensonge qui m’écorche les lèvres. Je feins l’ignorance, je feins l’incrédulité, comme un sursaut d’orgueil. La soumission, oui. Mais pas la trahison. « J'ai cru comprendre que vous ignoriez tous les deux cette information. Il faut dire qu'elle n'a pas vraiment brillé dans l'art de retrouver mon précieux petit rat d'égouts. Peux-tu me jurer que tu aurais fait mieux à sa place ? » Je frémis. Je tressaille à nouveau, dans ce que j’espère être de la vexation. Ca a intérêt de paraître comme de la vexation, du moins. Je déglutis, crache en réponse, parce qu’il exige une réponse, tout l’exige dans sa posture tendue vers moi, dans son murmure… je crache « Bien sûr que j’aurais fait mieux. » Lutter. Ne pas se soumettre avant d’être à moitié mort, avant de ne plus en avoir le choix. Je le hais, je le hais si fort. « Aux dernières nouvelles, je sais avec exactitude où je me trouve. » Je continue de cracher, dans la provocation que je lui ai toujours lancée à la figure. Et que je retrouve avec peine. Et satisfaction.

Une provocation qui disparaît sous sa voix suintante, qui se replie sous la supplique, sous la force d’un rat complètement soumis. J’oscille, je lutte, je me fais happer par le désespoir et sa force qui me broie, qui me piétine, qui m’interdit de résister. Qu’est-ce que je disais à Anya, qu’il ne me restait rien d’autre que ce désespoir, et que c’était justement lui qui me faisait avancer ? Je me rends compte, devant la lâcheté du rat, devant ma propre lâcheté, que ce ne sont que des conneries. J’ai lâché prise. Et rien n’en sortira de bon. Je ne te le laisserai pas partir. Il croit que j’en doute ? Il croit que je l’ignore ? Tu as toujours préféré la reddition à la mort. C’est ça qu’il voit en moi ? On croirait entendre Anya, on croirait entendre sa déception. Je réagis comme piqué au vif, et au rat terrifié se superpose le môme de quinze ans qui proposait aux responsables du KGB d’aller se faire foutre. Tant qu’à faire, armé de l’argot et des jurons de l’Armée Rouge et d’un franc-parler que rien ne parvenait à brimer. Il est encore là, Andreï. Le survivant, pas le lâche, pas le rat. Le survivant. Il se trompe, il se trompe s’il croit savoir ce qui se passe dans mon crâne, s’il croit qu’il m’a totalement vaincu. Il a failli, il y parvient à chaque seconde, mais il est hors de question que je lui donne raison. Et il est hors de question qu’il sache que ma loyauté et ma soumission lui sont acquises, malgré les années. Malgré tous les changements. Je relève la tête, je me relève et si avec ça, il se méfie pas, c’est qu’il est con. Je n’ai pas besoin d’avoir les mains libres ni même d’être en bonne santé pour savoir foutre des coups. Coups de poing, coup de pied, c’est du pareil au même. Qu’est-ce que j’ai bavé à Mikkel ? Qu’au KGB, on apprenait pas le judo, le karaté, le oups excuse moi de t’avoir fait mal ? Et bien Georg a fait l’erreur de ne pas s’en souvenir.

J’ai beau me retrouver à terre, j’ai beau être incapable de me protéger des coups qui pleuvent sur moi, j’ai la satisfaction d’apercevoir une lèvre explosée du côté de mon sorcier, un peu de surprise et beaucoup de colère. J’ai beau douiller sévère sous les coups qui tombent sans s’arrêter, me tirant des gémissements dans des tentatives avortées de me relever, j’ai la satisfaction d’avoir fait quelque chose. Et je dois être fou, parce que la douleur qui explose dans mon crâne et qui dépasse le reste, la douleur issue de mon conditionnement, je l’accueille avec une bonne dose de satisfaction. Et de masochisme. Est-ce que je vais finir par crever comme ça, incapable de me débattre vraiment, aux pieds de Georg ? « Assez ! Je t'ai demandé de le surveiller, pas de le tuer. Et détache-le. » Les coups s’arrêtent, je commence lentement, trop lentement, à cicatriser et je reprends mon souffle. Péniblement. Je reste allongé, sur le dos, en sentant mes côtes fêlées se resouder, dans un fourmillement désagréable. « Mais patron, il... » J’ai un sourire narquois. On ne dit pas mais à Georg. Même lorsqu’il fait preuve d’un peu trop de certitudes et de confiance en lui. « Détache-le. » Je ferme les yeux, l’idiot obtempère, en profite pour me charcuter le poignet en même temps que mes liens, pour me menacer et sceller son arrêt de mort. Canif, c’est noté, arme blanche, c’est noté, menace, c’est noté : quand il me pousse en avant, je le foudroie du regard d’un air mauvais : il mourra en premier. Et juste après, j’aimerais tant que vienne le tour de Georg. Qu’il supplie à son tour. Qu’il pleure et geigne à son tour. Qu’il soit à genoux, à ma place, les yeux levés, et la gorge offerte. Que je le surplombe, et le domine, comme il le fait actuellement avec moi. Ses doigts se saisissent de mes cheveux, je lutte et je perds : impossible de me saisir de ses poignets et de le mettre à terre, tout me retient. « Tu voulais négocier ? Très bien. Tu as les mains détachées. Je ne te laisserai partir que lorsque je t'aurai entendu me dire que je peux compter sur toi à l'avenir. Pour absolument tout. » Négocier. J’ai les mains qui tremblent. « Lâche moi. » Je mets un pied à terre, me passe une main dans les cheveux pour chasser la sienne. Me libérer. « Je… je ne t’appartiens pas. » Je ne lui appartiens pas. Je me relève, fais un pas en arrière. Il ne peut pas compter sur moi. Je ne veux plus lui appartenir. Le rat me demande ce que je fais, je veux lui tordre le cou. Le rat n’est qu’un fantôme. Le désespoir n’est qu’un poids attaché à mes chevilles qui m’apporte une stabilité née d’une noyade et d’une immobilité qui ne me ressemblent pas. Anya a raison. T’en as pas marre de te planquer derrière la terreur que t’inspire l’autre connard ? Si. T’es fataliste. Oui. Mais je suis têtu. Et ça, ça ne changera pas. « J’suis plus ta chose, Georg. » J’ai besoin de m’en convaincre. Et c’est rassurant que ce soit plus facile de le dire que prévu. Je sens la présence de l’autre gorille dans mon dos, qui me tient toujours en joue, j’en suis certain. Mentalement, je note la présence de quatre autres connards dans la pièce. « Alors si on négocie, c’est qu’en échange de mon allégeance, j’obtiens un truc. » Est-ce que je suis vraiment prêt à faire ça ? Négocier ma vie ? Je me passe la langue sur les lèvres, des lèvres trop sèches. Je suis plus petit que lui, je l’ai toujours été : la différence entre une vie tranquille et une enfance affamée. Plus râblé, plus petit, mais plus baraqué aussi. Au corps à corps, il… une pointe de douleur, à la seule idée de le frapper, me vrille les tempes. « Laisse Anastasia tranquille. » Je suis con. Qu’est-ce que je fous ? Je sais ce que j’ai à faire. Me retourner, frapper l’idiot qui se tient trop prêt de moi à la trachée, récupérer son arme, l’éliminer de la partie, éliminer les autres. Un, deux, quatre secondes seraient suffisantes. Je sais ce que j’ai à faire et en attendant, je négocie. Pourquoi ? « Je veux qu’il n’y ait que moi. Je suis ton préféré, elle ne te sera plus d’aucune utilité si je reviens. » Si je reviens. Mais ai-je le choix ? « Laisse-la, laisse la tomber. Tu pourras compter sur moi pour absolument tout. Alors laisse-la partir et je suis tout à toi. » Libère-la. Moi, je suis foutu. Fataliste. Moi, le rat me supplie d’arrêter de faire ma forte tête, couine que je suis fou. Je le suis peut-être. Sûrement.

Mais au moins, je suis un fou qui se retrouve un peu. Je suis un survivant. Pas un lâche. Ou alors un lâche qui se rend compte qu’il laissait le mauvais moteur le guider. Le désespoir, c’est pas une force. C’est un putain de parasite.

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ANIMAL I HAVE BECOME

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MessageSujet: Re: (Andranya) | Oh Christ how I hate what I have become   Mar 3 Juil - 23:43

Oh Christ how I hate what I have become

Anastasia & Andreï

Il ne tiendra pas... plus les minutes passent et moins je crois en la capacité d'Andreï à se battre. Il m'a mis un coup mais est-ce suffisant si derrière il tend un bâton pour être puni ? J'ai minimisé l'influence de Georg sur lui et c'est de ma faute si nous en sommes là. De ma faute et de la sienne, je tente de me convaincre pour garder suffisamment de colère en moi pour tenir ce rôle que je hais tant. Il a la présence d'esprit de ne pas révéler que nous nous sommes revus et quelques part, ça me rassure : ça veut dire qu'avec un peu de chance, face à Georg, il ne me vendra pas. S'il apprend que depuis des mois nous nous voyons... enfin... c'est un bien grand mot puisque nous ne nous voyons plus mais bref. Montre-moi que tu vas te battre, Andreï, montre-moi que quitte à souffrir, tu ne baisseras pas les bras. J'ai envie de le supplier, j'ai envie qu'Anya le supplie de ne pas la laisser tomber, j'ai envie qu'Anya lui dise à quel point elle a besoin de lui, combien il lui est vital qu'il se batte... mais je ne suis pas Anya, ce soir, je suis Georg. Et Georg ne supplie pas, Georg soumet, c'est bien là toute la différence.

Il se débat, je raffermis ma prise, analyse chaque mot et note la provocation qui me remotive. Continue comme ça, Andreï et lors de la représentation finale, face à ce jury que tu redoutes tant, tu seras brillant et il n'y verra que du feu. Je regrette presque que Georg ne soit pas réellement là pour assister à la rébellion que son rat prodigue. Seulement, ce regret disparaît bien vite quand, dans un gémissement pitoyable, le rat refait surface. Putain d'animal misérable et répugnant de soumission... pourquoi faut-il que je me soucie encore suffisamment de lui pour avoir envie qu'il se batte ? Il est passé où, l'esprit de vengeance ? Il s'est éteint lorsque Andreï a pris ce qu'il restait de mon cœur pour le réduire en poussière. Cette constatation ne fait qu'alimenter un peu plus ma colère, surtout lorsqu'il me demande de le lâcher. Comme si Georg pouvait obéir à ce genre de couinement pitoyable... C'est la suite, en revanche, qui me redonne un semblant d'espoir. Jamais je n'aurais cru qu'Andreï puisse verbaliser ces choses-là, jamais je n'aurais cru qu'il soit capable de dire à son bourreau que c'est terminé : il n'est plus sa chose, il n'est plus son animal de compagnie, il ne lui appartient tout simplement plus. Tu entends, Georg ? Entends-tu la douce mélodie dissonante de l'échec ? On dirait que pour une fois, Andreï m'a écouté, ou qu'il a simplement décidé de se battre réellement à défaut de frapper comme une chiffe molle.

Mais ça, c'est sans compter son idiotie pathologique. Ses négociations me laissent sans voix et, l'espace d'un instant, j'écarquille les yeux sans savoir quoi faire. Il est donc prêt à vivre de nouveau comme une bête asservie à son maître pour garantir ma liberté ? Y a cette petite idiote un peu trop fleur bleue qui voit en son geste un sacrifice plein d'amour et de passion, qui se dit qu'enfin, je vais pouvoir retrouver ma liberté et vivre selon mes principes, mes directives et non plus ceux d'un connard sans âme. Et puis y a l'autre. Y a l'Anya réaliste, celle qui sait que tant que je serai une métamorphe, je serai asservie à Georg, quoi qu'en dise Andreï. Celle qui sait que jamais il ne laissera son bien s'enfuir la queue entre les jambes et... et pourquoi pas, après tout ? Ça fait cinquante ans que Georg me répète que je suis une déception, qu'Andreï réussit tout mieux que moi, cinquante ans que sous ses airs mielleux il cache un regard plein de dégoût à mon égard alors... oui. Pourquoi pas ? Je me sens prise au piège car je n'arrive pas réellement à savoir ce que Georg choisirait dans une telle situations. D'un côté, c'est un type fier et imbu de sa personne, il ne négocie pas, surtout quand on lui impose des conditions. D'un autre côté, plus les semaines passent et moins il est prudent car il perd patience. Donc pourquoi pas... mais il reste le problème du lien qui m'enchaîne à Georg. Alors Andreï, c'est quoi ta solution à ce problème ?

Et le voilà qui continue, qui poursuit son discours et la colère enfle un peu plus en moi. Je ne serai d'aucune utilité à Georg s'il revient ? Foutaises, il a toujours besoin de moi, je ne suis pas qu'un objet défectueux. Par pitié, Andreï, ne m'enlève pas ça. Si je ne suis plus utile à Georg alors à quoi suis-je utile ? À quoi est-ce que je sers, tu me l'expliques ? Si tu t'en vas avec lui, si vous me tournez le dos tous les deux, à quoi est-ce que je vais bien pouvoir servir, hein ? C'est dans un accès de désespoir et en raffermissant ma poigne sur la crinière blonde d'Andreï que je me rends compte que je ne suis absolument pas prête à rester toute seule ni à perdre tous mes repères. Je me suis imaginée tourner le dos à Georg mais dans ce rêve plein d'illusions, Andreï était à mes côtés, pas derrière moi. Ce qu'il me propose, je n'en veux tout simplement pas : j'en viens même à me dire que je préférerais vivre sous la coupe de Georg si ça signifie qu'Andreï et moi sommes ensemble. Mais bon sang, Anya, fous-toi ça dans le crâne ! C'est fini, enterré, terminé, cette époque ! Les chimères qu'il t'a agité sous le pif, il les a mises en pièces ! Il faut que je gagne du temps, que je ne laisse pas le silence s'installer entre nous... et tandis que je réfléchis à une stratégie, je choisis la moquerie pour le faire mariner un peu.

« Voyez-vous ça ! Tu serais prêt à sacrifier ta vie pour elle ? Quand t'es-tu acheté une conscience, Andreï ? »

Ça m'écœure de voir avec quelle aisance et franchise je dis ça : c'est bien parce que je pense tout ça, parce que j'ai reproches à lui faire que je n'ai pas besoin d'y réfléchir avant que ça sorte. Bon sang, que suis-je censée faire ? Et soudain, je me souviens d'une chose : Georg est intelligent. Redoutablement intelligent. Une telle proposition, il l'utiliserait à son avantage, il la prendrait, l'exploiterait et la retournerait contre Andreï. Il me mettrait à l'écart pendant un temps, s'assurerait de la fidélité sans faille d'Andreï et, une fois sa rébellion étouffée dans l'œuf, reviendrait me chercher pour lui prouver une fois de plus que face à son maître, il n'est rien. Bien sûr qu'il ferait un truc du genre, parce que c'est un connard sans âme. Ou alors, il ferait pire...

« Mais c'est d'accord. Ta soumission contre sa liberté. Je te promets de congédier Anastasia dès demain si tu consens à revenir et à te plier à mes ordres sans broncher un seul instant. »

Ça, c'est la partie facile. Si je veux faire réagir Andreï, il faut que je le pousse dans ses retranchements. Je le lâche violemment, l'envoie rouler au sol et m'approche de l'imbécile qui tient toujours Andreï en joue.

« Si tu m'es si dévoué, prouve-le. Tue-le. »

L'autre me regarde avec un air effaré, commence à protester et je sens alors la peur suinter de sa carcasse en une odeur âcre et répugnante. Il a beau ne pas comprendre grand-chose au russe, ça il l'a pigé. Il recule de quelques pas, vise Andreï et commence à tirer, ratant et atteignant sa cible au gré de ses tremblements. Mais on s'en fiche parce qu'une balle... ça ne lui fait rien d'autre qu'un petit bobo, n'est-ce pas ?

« Qu'est-ce que tu attends, Andreï ? »

Oui, hein ? Qu'est-ce que tu attends ? Tue-le, débarrasse-toi en, fais quelque chose ! Et si tu pouvais avoir la présence d'esprit de t'enfuir dans la foulée, ce serait encore mieux. Parce qu'une fois qu'il sera mort, ça ne sera pas avec des inconnus que je testerai ta fidélité.

Ce sera avec les quelques rares personnes auxquelles tu tiens car désormais, plus rien ne me retient de te pousser dans tes retranchements pour te forcer à faire le grand saut. Et si tu cèdes à Georg, et bien... il n'y aura de toute manière plus rien à tirer de toi.

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