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 Ondes sensibles [Maisy]

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MessageSujet: Ondes sensibles [Maisy]   Mer 16 Mai - 19:16


« Radio is the theater of the mind »



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J’ai mis un tailleur. C’est complètement con vu que je passe à la radio, pas à la télé, et que j’aurais bien pu me pointer dans un sac poubelle ça aurait pas changé grand chose. Mais je sais pas, ils m’ont filé une liste de recommandations longue comme le bras et ça a presque fini par me stresser. Dis ceci mais pas cela, développe tes réponses, essaie d’employer un peu moins d’abréviations, ne jure pas, sois polie, ne les noie pas sous un jargon technique que personne va comprendre, même si on te pose des questions précises, sois souriante, un sourire ça s’entend à la radio, sois accessible et chaleureuse mais sérieuse et professionnelle, tu peux placer une petite plaisanterie de temps en temps pour détendre l’atmosphère mais reste toujours dans le sujet, et par pitié, par pitié Ljubi, pas de blagues vulgaires, pas de vagues, pas de sujets polémiques, pas de provocation, etc, etc.

En gros ils me demandent d’être chiante et de pas leur foutre la honte. Et je sens bien qu’ils ont pas confiance, à voir le nombre de personnes différentes qui ont été envoyées pour me briefer. Y a d’abord eu Jordan l’assistant, une espèce de gringalet avec une raie sur le côté et une petite voix toujours un peu chevrotante, qui s’est ramené avec son gros classeur pour me faire la leçon. Ce serait que ça, j’y aurais accordé aucune attention. Le mec est un lèche-cul de première, le genre à toujours suivre sa ministre en trottinant trois pas en arrière et en hochant frénétiquement la tête. Insupportable. Mais ensuite y a eu Charlotte, l’autre assistante, plus expérimentée. Et pour finir, la veille de l’interview, c’est Madame la Ministre de l’Énergie et des Technologies en personne qui m’a convoquée pour me faire son petit laïus.

D’habitude, pourtant, ils me foutent une paix royale. Tant que je colmate les brèches et que je leur garantis une alimentation plus ou moins continue, j’ai à peu près carte blanche. Dans la limite du raisonnable, évidemment, mais je suis pas du genre à en abuser. Ou disons, pas sous leurs yeux. Me placer sous les projecteurs par contre, même l’espace d’un entretien de dix minutes dont les trois quarts de la ville n’aura rien à foutre, et les voilà tous en train de paniquer. D’où le tailleur. C’est plus pour rassurer mes supérieurs que par réelle intention de bien présenter, mais cette simple concession à mon uniforme habituel me colle la désagréable sensation d’avoir vendu mon âme.

En plus, le truc n’est même pas à ma taille. C’est un vêtement de seconde main, évidemment, dont la jupe me tombe un peu trop sur les hanches et fait des plis bizarres, tandis que la veste flotte aux épaules. Pour bien enfoncer le clou, je me rends compte en arrivant dans les locaux de la radio que mon collant est filé. À ce stade, ça commence juste à me gonfler, et j’ai déjà plus tellement envie de faire d’efforts. J’aime mon boulot et je le trouve utile, mais ça me fait quand même un peu mal de servir de marionnette pour leur propagande. Je suis là pour aider les gens moi, pas les petits jeux de pouvoir et de manipulation de mes boss. Mais enfin, j’imagine que la population mérite d’être informée sur les raisons des coupures de plus en plus fréquentes et les difficultés rencontrées pour entretenir un réseau moribond.

Alors je respire un grand coup, trébuche dans mes petits escarpins de fille sage et je me présente à la réception. Une charmante blonde m’accueille, que je serais tentée d'aguicher d’un sourire. Mais je suis pas dans mon élément, ni en terrain sûr.

« J’ai rendez-vous avec Maisy Weaver, c’est pour l’interview. Ljubi Valdès ? »
« Ah ! Oui oui, on vous attendait… Vous avez bien reçu les questions ? »
« Euh, ouais… »

Les putains de questions. Je les ai reçues oui, et ensuite on m’a filé toutes les réponses, dont j’ai éventuellement le droit de m’éloigner un micron pourvu que je me plie à toutes les instructions susmentionnées. La blonde me fait patienter devant le studio en attendant que le direct se termine, et j’en profite pour sortir le bout de papier plié en quatre de ma poche et le défroisser. J’ai pas pris le temps de le lire. Je me suis dit que puisque j’avais qu’à prendre ma voix de speakrine et réciter leur conversation prémâchée, j’avais pas besoin de faire mes devoirs en avance. Par ennui, j’y jette maintenant un coup d’œil, tombe sur une question au hasard. Vous êtes un élément clé du bon fonctionnement de notre cité, mais avez-vous déjà eu la chance de rencontrer le Président ? Quel effet cela vous a-t-il fait ? Oh… Nope.

Fuck it.

Sur un coup de tête, je me lève et balance la feuille dans la première poubelle venue, avec l’intention de m’éclipser discrètement et de leur poser à tous un lapin. Sauf que la porte du studio s’ouvre soudain et que je découvre celle qui ne peut être que la fameuse Maisy Weaver. Comme beaucoup, je ne connaissais pas son visage. Je ne suis pas une grande auditrice de la radio gouvernementale, mais sa voix fait tout de même partie de mon quotidien. Parce qu’on l’entend partout : dans les couloirs des deux tours, dans les hauts parleurs sur la place du marché et à peu près tous les lieux importants où la foule se presse. Ils l’ont bien choisie. Avec son timbre doux et un peu voilé, elle distille subtilement les vérités de nos dirigeants, entre deux morceaux de musique et un trait d’humour.

Honnêtement, je fais partie de ces gens qui pourraient s’endormir en l’écoutant, si seulement ses élucubrations étaient pas aussi formatées. C’est peut-être pas sa faute, mais qu’est-ce qu’elle peut raconter comme conneries… Debout, figée en plein élan dans ma tentative de dérobade, je découvre donc la personne derrière la Voix. Je ne l’avais jamais vraiment imaginée, mais je suis tout de même surprise. Grands yeux bleus, peau de porcelaine, au premier regard elle a des airs de poupée innocente. Jolie, assurément. Et plutôt élégante, genre comme… comme le look que j’ai essayé d’incarner aujourd’hui, sauf que le sien est réussi.

Je suis dans la merde. Je peux plus m’échapper, maintenant qu’elle m’accueille et me sourit, mais je peux pas non plus récupérer mon discours dans la corbeille, ce serait plutôt mal venu… Ok, je vais me faire tuer par la ministre. Oubliant la présence restrictive de ma jupe, j’ébauche une enjambée trop large dans sa direction et réprime un juron lorsque le tissu bride mon élan. Pour compenser, ma main fuse dans sa direction. Je la tutoie sans y penser, parce que y a bien qu’avec les hauts dignitaires que je me contrains à ce genre d’étiquette.

« Salut, enchantée… Bon euh, j’te préviens, j’ai rien préparé. Ça ira ? Sinon tu peux toujours lancer une playlist et je reviendrai une autre fois ? »

Tu le lis, l’espoir dans mon regard ? Parce qu’il te supplie presque de me laisser filer avant que je nique ton émission et me mette à dos tous mes patrons…



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Dernière édition par Ljubi Valdès le Lun 4 Juin - 3:44, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Ondes sensibles [Maisy]   Mer 30 Mai - 16:26


9h. Je regarde mon planning de la journée en soupirant. Dépitée, c’est le terme qui convient, et soulagée aussi un peu. Ça fait des semaines que j’ai été prévenue que j’aurais un entretien avec une des personnes au service du Gouvernement. J’avais bêtement assumé qu’il s’agirait de Niklas, comme toujours, je le voyais presque plus souvent que mes amis celui-là. Mais, si j’en croyais la petite fiche punaisée sur le panneau de liège dans notre bureau, c’était une jeune femme que j’accueillerais aujourd’hui. Lubji Valdès, le prénom est joli, les consonances latines douces à l’oreille. La jeune femme est apparemment en charge du réseau électrique de la ville. Elle va probablement me servir un petit discours bien lisse que les pontes lui auront écrit. La fiche avec mes questions est accrochée à côté du planning. Je la lis rapidement et secoue la tête en soupirant. Des années que je fais la même chose, des années qu’on mâche le travail que je suis censé faire et des années qu’on me force, gentiment, poliment, à dire des mensonges à la population. Je détache les papiers et les pose sur mon bureau avant de filer au studio. Le rendez-vous est à 15h, ça ne modifie que très peu mon planning classique. Je tourne dans ma chaise à roulette en chantonnant, tandis que le reste de l’équipe commence à s’installer. J’arrive toujours dans les premiers, mon appartement n’est vraiment pas loin. Je salue d’un sourire David qui, comme d’habitude, rougit jusqu’aux oreilles. Pauvre chou, il n’arrive définitivement pas à passer au-dessus de son attirance pour moi. Je ris sous cape avec Judith, la secrétaire, tandis qu’il essaie de se redonner une contenance. Il n’y a pas très longtemps que ma relation s’est terminée. Les arguments de Joseph étaient valables, je l’ai laissé partir. J’ai toujours une petite pointe d’amertume quand je pense à ses yeux, à ce que nous aurions pu devenir, mais je ne lui en veux pas. La décision était réfléchie. Peut-être que je devrais laisser sa chance à David ? Je l’observe de loin, les yeux mi-clos. Non, il est trop fragile, je m’ennuierais. Je hausse les épaules et vais me servir un café avant d’aller m’asseoir devant mon micro. Je me racle la gorge et fait signe à Tom de me mettre en ligne. Mon annonce matinale est la même depuis que j’ai commencé le travail, je la fais machinalement et enchaîne sur les programmes classiques. La météo, les annonces officielles, le peu de musique que je suis autorisé à passer, la météo à nouveau, l’annonce de l’interview à 15h. Ma pause arrive et je laisse ma place à celle qui s’occupe du midi. Je sors de la pièce en frottant mes oreilles, endolories par le port répété du casque.

La pause déjeuner se passe comme d’habitude, dans une ambiance bonne enfant, ou chacun se raconte son week-end et ce qu’il compte faire quand il pourra prendre ses congés. Je me mêle à la conversation, sans trop en dire. À qui j’irais raconter ce que j’ai vraiment fait de mon week-end. Il y a deux semaines, j’ai transformé mon meilleur ami en animal, pour lui éviter une mort certaine. Parce qu’il avait fait péter une bombe et qu’il était trop prêt de l’explosion. Le week-end d’encore avant, j’étais en train de récolter des infos, pour le groupe de résistant auquel j’appartiens. Tu ne savais pas que j’étais un agent double ? Ah, bah, désolée de te l’annoncer comme ça. Non, vraiment, je ne peux pas leur en parler. Alors, je souris gentiment, quand Judith me raconte que le plus petit fait ses dents et qu’elle ne dort que trois heures par nuit, mais que le plus grand a enfin appris à faire du vélo sans les petites roues. Je m’extasie sur les nouvelles chaussures de Mélanie. Souris à la mauvaise blague de David et fait semblant de rire avec les autres. Quand j’ai fini mon repas, je m’éclipse et vais fumer une clope dehors, profite des quelques instants de calme que m’offre mon petit bâtonnet de nicotine avant de devoir retourner travailler. Et rebelote, les annonces, la météo, la musique. Un peu avant 15h, je lance la musique, et m’étire le dos avant de sortir du bureau.

Je tombe nez à nez avec mon invité. Visage félin, yeux bruns profonds et silhouette longiligne, ses cheveux bruns, forme un nuage de boucles. Ils ont l’air doux. Elle est très, très jolie. Je lui souris, pas par politesse, mais parce qu’elle à un visage qui me donne envie de sourire. Juste pour voir à quoi pourrait bien ressembler le sien. Elle trébuche presque en me tendant la main et je l’attrape pour la serrer. Il y a de la peur dans son regard, de l’espoir aussi et quand elle ouvre la bouche, je manque d’exploser de rire. « Enchantée. » Je penche légèrement la tête sur le côté en gardant mon sourire. Je parle à voix basse pour lui répondre. « T’inquiètes, on va s’en sortir. » Je lui fais un petit clin d’œil, avant de parler plus fort, prenant mon ton habituel au boulot. « Rentrez dans la pièce, Miss Valdès, s’il vous plaît, l’interview va bientôt commencer. » Je lui indique la porte d’un geste avant de regarder l’horloge. Il nous reste une quinzaine de minutes avant d’avoir à lancer l’interview. « Je ne vais pas te manger, tu sais, je ne suis pas un bourreau juste l’animatrice radio. Tu peux te détendre un peu. Assis-toi. » Je lui indique la chaise, face à son micro, d’un geste de la main. « J’ai ma liste de questions, contente-toi d’y répondre de ton mieux et tout se passera bien. » Je lui adresse un grand sourire. « C’est rafraîchissant d’avoir quelqu’un d’aussi sympathique plutôt que Mr Ivanov. »  Je me sers un grand un thé glacé, de la carafe qu’a préparé Judith. « Un verre ? Tu vas vite avoir la bouche sèche, entre le stress et le fait que tu vas devoir beaucoup parler. » Je le dépose à ses côtés avant de prendre place en face d’elle dans mon siège. Je règle mon micro et prends la liste de mes questions. « Prête ? Mets ton casque, sinon tu ne m’entendras pas. Ça va aller t’inquiète. »  Je lui fais un dernier clin d’œil et lève deux doigts pour Tom qui coupe la playlist et nous connecte. « Re-Bonjour Nola, j’espère que tout va toujours bien pour toi en cette belle journée ensoleillé ! J’aimerais te présenter quelqu’un, une des petites mains de notre bon gouvernement, qui nous permet chaque jour de prendre des douches chaudes et de cuire nos bons petits plats. Nola, tu lui dois beaucoup de ton confort, je te présente Lubji Valdès, technicienne en chef de notre bon réseau électrique. Bonjour Lubji, comment allez-vous aujourd’hui ? » Je lui laisse le temps de répondre tranquillement avant d’enchainer sur les questions classiques qui début chacune de mes interviews avec un nouvel invité. « Vous êtes arrivée à la Nola, pendant la grande migration ou vous étiez déjà là avant ? Vous travaillez pour le gouvernement depuis combien de temps ? Que pensez vous de notre belle ville ? Comment vous sentez-vous ici ? En quoi consiste réellement votre emploi ? Parlez-moi un peu de vous, qu’elles sont vos passions, qu’aimez-vous faire ? Que faites-vous pour notre réseau électrique, y-a-t-il des choses de prévues pour améliorer encore davantage la couverture électrique et réduire encore les pannes ? » Je lui laisse le temps de répondre entre chacune de mes questions, elle me tire des sourires, beaucoup, elle est réellement rafraichissante.

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MessageSujet: Re: Ondes sensibles [Maisy]   Mar 5 Juin - 2:58


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J’aime bien son attitude. Chaleureuse, avec le petit clin d’œil de connivence qui instaure une impression de complicité immédiate. C’est clairement une manière bien rôdée de mettre ses invités à l’aise, mais le fait est que ça fonctionne. Je lui rends son sourire sans retenue et lui offre une poignée de main chaleureuse. Mais elle se redresse bientôt et endosse sans transition son masque professionnel. Sa posture change, ses traits se font plus sérieux, sa voix descend d’un ton, devient celle que je connais par cœur, que toute la ville saurait reconnaître entre mille.

Dans une moue perplexe, j’admire la fluidité avec laquelle elle a opéré cette métamorphose. En réaction, presque par réflexe, je lisse un peu gauchement les plis de ma robe et la suis à l’intérieur du studio. À son invitation, je m’assois, réprimant un sourire. Elle pense que j’ai peur. Elle pense que cet entretien m’intimide. J’imagine que c’est l’impression que je donne, toute empruntée dans ma parodie de costume. Lorsque je le laisse filtrer, mon rictus ressemble plutôt à une grimace de dérision.

« Ouais alors si j’étais toi je m’avancerais pas trop, j’pense que t’auras quelques envies d’exécution d’ici la fin de l’émission… »

Me contenter de répondre à ses questions, en voilà un bon conseil. Et je suppose que je pourrais. Ça doit pas être si difficile que ça, de deviner ce qu’ils veulent que je dégoise, même sans ma feuille de réponses : blablabla, notre gouvernement est merveilleux, c’est un honneur de travailler avec lui pour le bien commun, les pets du Président sentent les lilas, je me lève tous les matins en chantant ses louanges et en remerciant le ciel de m’accorder le privilège de bosser 60 heures par semaine pour notre belle cité, fierté de notre nation, God Bless America, ou ce qu’il en reste, à savoir quelques millions de rescapés planqués derrière des murs. Ouais, facile.

Je hoche donc la tête, emplie de bonnes résolutions. Ou au minimum, de l’intention d’essayer. Finalement, c’est presque plus pour elle que pour mes patrons, parce qu’elle fait tout pour m’encourager et que je suis pas une garce au point de me foutre de la mettre dans l’embarras. En fait, Miss Weaver est presque trop aimable, ce qui commence à me coller un peu la pression. Son commentaire sur Ivanov m’arrache un rire spontané.

« Quoi, t’es pas sensible au charisme ravageur de notre porte-parole préféré ? »

Je sais pas pour elle, mais moi ce type il me fout les boules. Toujours poli, toujours cordial, mais calculateur comme c’est pas permis. Ça se lit dans ses yeux. Un vrai serpent… Malgré tout, et je le répèterai pas au risque de l’inquiéter, y a des chances qu’elle révise son jugement dans les minutes à venir et se mette à prier pour qu’Ivanov débarque à l’improviste et nous sauve tous la mise. Mais qu’est-ce que je disais ? Ah ouais, faire des efforts. Je lui décoche un sourire plus assuré et plein de bonne volonté.

« J’aurais préféré un shooter, mais va pour le thé glacé… »

On n’a plus le droit de consommer de l’alcool, mais on peut encore déconner sur le sujet, non ? À son signal, j’enfile sagement mon casque et sirote une gorgée de jus de feuilles en l’observant effectuer ses derniers réglages. Elle se lance finalement dans sa petite présentation habituelle et je l’écoute, fascinée. Ça fait vraiment bizarre de la voir en action, de découvrir tout ce qui nous est habituellement caché. Ses gestes, ses mimiques, ce qui semble scripté et ce qui ne l’est pas. Égarée dans mes observations, je suis prise de court lorsqu’elle s’adresse ensuite à moi. Ça s’entend.

« Euh, ben… Ça va, ouais. »

J’aurais dû lui retourner la question. Je suis vraiment pas douée pour ce genre de politesses rhétoriques et formatées… Heureusement, elle enchaîne vite sur les questions, auxquelles je réponds comme on s’avance sur un pont de corde, en espérant que ça tienne.

« J’suis arrivée pendant la migration, je vivais à San Francisco quand tout le bord- j’veux dire, quand ça a commencé à chauffer. Et j’ai commencé à bosser peu de temps après, quelques mois… J’ai commencé en bas de l’échelle, mais regarde- regardez-moi aujourd’hui… J’étends les bras dans un geste que personne ne verra, heurtant légèrement mon micro au passage. J’ai un bureau dans les tours ! Enfin, sous les tours si j’veux être honnête, et y a pas de fenêtre, mais de toute façon j’y traîne le moins possible. Pas parce que je bosse pas, hein ! Avec l’équipe on intervient dans toute la ville, donc on est presque toujours sur le terrain. »

Je m’interromps pour m’humidifier le palais et faire le point. Ok, jusqu’ici ça passe. L’improvisation me rend plus bavarde que nécessaire, mais après tout je suis là pour causer, non ? C’est ce qu’ils attendent de moi, et ils me passeront bien les quelques petits écarts langagiers.

« C’que je pense de la ville ? Bah… C’est chaud et humide. Et la dernière rénovation du réseau électrique date des années 90, alors je vous laisse imaginer l’état du matos. Mais euh, ouais je m’y plais assez. Enfin de toute façon, c’est pas vraiment comme si on avait le choix hein ? Entre ça et les rôdeurs, j’crois qu’on a tous appris à apprécier le confort des murs. »

Je marque une seconde pause. Mes derniers mots étaient de trop, je sais que le discours admis aurait été de s’extasier sur cette merveilleuse cité comme si je l’avais choisie, comme si elle était plus qu’un immense camp de réfugiés parqués là pour échapper au monde extérieur. Même avec la meilleure volonté du monde, mes capacités d’hypocrisie ont leurs limites. Je me reprends pour passer en terrain connu. En quoi consiste mon job, voilà un sujet facile.

« Alors pour faire simple, je dirige l’équipe chargée de la maintenance du réseau. Je je définis nos priorités, planifie les interventions, et on essaie tous de faire de notre mieux pour que toute la ville ait de l’électricité en continu, mais je vous cache pas que c’est pas de la tarte. L’équipement tombe souvent en ruines, il a été pillé à plusieurs reprises, et récemment saccagé par la Résistance et leur fameux Mr Hide… Et puis à côté de ça, certaines centrales et transformateurs importants se trouvent hors les murs, dans un environnement dangereux et non protégé. Comme pour tout le reste, les matières premières manquent et on doit composer avec ce qu’on a, faire de la récup’ et du bricolage souvent grossier pour entretenir le courant. Donc euh… ouais voilà en gros c’est ce que je fais. »

Les questions suivantes m’embarrassent plus. Mes passions… Avec tout ça, je suis même plus sûre d’en avoir. Mon boulot me passionne, ouais, mais en dehors de ça ? Je peux pas lui raconter que je passe mes soirées à claquer ma paye en alcool de contrebande dans des bars clandestins et à lever toutes sortes de personnes que j’oublie dès le lendemain. Je peux pas lui dire que les derniers frissons que j’ai ressentis, c’est quand je suis entrée au Bones pour la première fois et que j’ai vu ces mecs se taper sur la gueule comme si leur vie en dépendait, ce qui était d’ailleurs un peu le cas.

Je peux pas lui dire que malgré la douleur toujours vive, à laquelle on ne s’habitue jamais totalement, j’aime passer mes jours de congé sous la peau élastique de ma bestiole, sentir ma fourrure se hérisser au vent et les minuscules poignards dans ma gueule percer la chair tendre d’un lapereau. Je repars dans l’improvisation, brodant sur les trucs que j’aimais faire avant, passant sous silence les activités désormais illégales.

« C’que j’aime faire… J’me suis toujours intéressée aussi à la mécanique. Alors bien sûr y a plus grand chose sur quoi s’exercer, mais je récupère souvent des pièces que je trouve un peu partout et j’essaie de réparer de vieilles mobylettes ou des petites bécanes, des trucs comme ça. Ça sert à rien vu que l’essence est plus trop dispo mais ça passe le temps. Mais sinon j’suis comme tout le monde hein, j’aime passer du temps avec des potes, traîner en ville, tout ça… »

Je hausse les épaules et gonfle les joues, à court d’inspiration. Même mon semblant de vérité est teinté de mensonge. Il est vrai que l’essence se fait rare, mais en cherchant bien on trouve toujours des types louches qui ont développé un bio-carburant à base de maïs, de patates ou autre ingrédient bizarre… Moyennant finances sous le manteau, il est donc possible de faire rouler un engin. Ce qu’il m’arrive de tenter avec plus ou moins de succès, et plus ou moins de dégâts. Et je suis plutôt certaine que tout ça serait considéré comme illégal. Heureusement, la dernière question me permet de retomber sur mes pattes, de retrouver un sujet que je maîtrise et sur lequel j’ai pas besoin d’omettre grand chose.

« Pour l’instant, on se contente surtout de réparer ce qui peut l’être et de maintenir un réseau à peu près fonctionnel. Parce qu’en fait, pour améliorer la couverture et réduire les pannes, ce qu’il nous manque, c’est des pièces. Des trucs qu’on peut pas fabriquer nous-même parce que les matières premières sont plus disponibles, genre des métaux et minéraux qu’on minait autrefois en Afrique et auxquels on n’a plus du tout accès. Alors on recycle ce qu’on peut, mais c’est pas toujours possible, et on organise des raids à l’extérieur pour essayer de récupérer le maximum d’équipement, mais là encore… Enfin bon comme j’te-… vous disais, on fait ce qu’on peut avec les moyens du bord. »

Je termine ainsi, platement, sans trop savoir à quel point elle s’attend à ce que je développe mes réponses. Mais jusqu’ici, je suis pas trop mécontente de moi. Franchement, si mes supérieurs sont pas contents, c’est qu’ils pinaillent sur des conneries. D’accord, j’ai pas récité leurs réponses toutes faites, mais je pense pas avoir sali l’image du gouvernement ni leur avoir trop foutu la honte. En tout cas, je l’espère à demi, quand l’autre moitié de mon cerveau préfère s’en foutre.

Mais la réaction que j’attends, c’est celle de mon interlocutrice. Une question muette dans le regard, je la dévisage.



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