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 Blood on my name [Regan]

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RUNNING TO STAND STILL

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MessageSujet: Blood on my name [Regan]   Jeu 7 Juin - 21:08

Difficile de définir ce qui lui rongeait l'estomac et les entrailles. Un sale mélange de tristesse, de dégoût envers lui-même et les autres, de peur et de tout un tas de choses indéfinissable. Des émotions contrastées qui, une fois n'est pas coutume, n'attendait qu'une étincelle pour se changer en ce que Halstein maîtrisait le mieux, la colère et la haine. La veille, il avait vu Ashley sortir de son laboratoire et se diriger vers ce bar. Celui-là même où il l'avait déjà aperçu, en présence de ce roux dont l'existence à elle-seule lui filait des crises d'urticaire. Pas besoin de le connaître pour le haïr du plus profond de son être. Il avait corrompu Ashley. Il s'octroyait ses grâces. Et il représentait tout ce qu'il détestait. Tout ce qu'il ne pouvait pas atteindre, aussi, d'une certaine manière. Mais ça, il se l'avouait nettement moins. Cette fois-ci, Halstein s'était épargné la douleur de rester, de confirmer ses soupçons, même s'il n'avait pas grand doute à leur égard. Tournant les talons, le cœur lourd et les poings serrés, il était reparti faire ce qu'on attendait de lui, nettoyer la ville de ce qu'elle recelait de pire.

Malheureusement, il ne suffisait pas de détourner le regard pour oublier. Sa rancœur était restée intacte, sinon plus forte. Sa courte nuit s'en était retrouvée encore plus agitée que d'ordinaire. En témoignent ses draps, défaits de s'être trop tourné et retourné et les cernes sous ses yeux, toujours un peu plus présentes. Il n'était pas capable de gérer la situation comme un adulte, de la régler comme il aurait voulu qu'elle se règle. Si toutefois il le savait. Mais il ne pouvait pas rester les bras ballants à regarder que ça se fasse. Il fallait qu'il les confronte. Tous les deux. S'il prenait Ashley sur le fait accompli, ce dernier ne pourrait plus jouer à l'innocent. Il ne pourrait que lui donner raison. Et... c'était déjà une victoire en soi.

Le soir venu, il s'était mis en chasse. Ses pas le menèrent naturellement au dernier endroit où il avait vu Ashley. Pas de patrouille ce soir-là, il était libre de ces mouvements. Et du mouvement, justement, il ne tarda pas à en voir. La silhouette désormais familière -bien qu'étrangère- du rouquin se détacha. Bingo. Qui aurait cru que le repérage serait si facile ? Maintenant, il n'y avait plus qu'à attendre Ashley. Il n'était pas retourné rôder près du laboratoire ce soir. Un peu de prudence ne faisait pas de mal et mieux valait-il ne pas se faire trop régulier dans les parages, lui semblait-il. Mais il ne se faisait pas d'inquiétude. Il commençait à saisir les petits rituels d'Ashley. Il était certain qu'il sortirait de sa cachette. Il fallait juste du temps. Beaucoup de temps. Et... un ou deux mecs probablement un peu drogués qui l'accostèrent pour lui vendre des trucs pas nets plus tard, il vit une silhouette se rapprocher du rouquin. Cheveux noirs, un peu bouclés. Il se sentit tout entier se crisper, la haine et tous les sentiments en fouillis remonter. Son corps n'écouta que sa colère, oubliant toute raison et retenue pour s'approcher vers eux d'un pas vif et remonté. Les derniers mètres finis au pas de course, il manqua de renverser un mec au travers de son chemin lorsqu'il se rendit compte que ... ça n'était pas eux. Pas eux du tout. Ni Ashley. Ni le roux. Est-ce qu'ils lui avaient tendu un piège ? Ashley pouvait-il être fourbe au point de vouloir le prendre en ridicule de cette façon ? Il le prenait pour le dernier des connards alors ?

Il n'y eut que la vue, au loin, d'une patrouille de ses lointains collègues pour le faire revenir à la raison et l'empêcher du pire. Prendre l'un de ces mecs et le faire avouer, quitte à utiliser la force. Il se ravisa avant qu'ils ne le voient. Enfila sa capuche et fit demi-tour, visage baissé. Hors de question de se faire repérer pour ça. Des enfantillages qu'il ne parvenait même pas à qualifier. Soit le sort se foutait de sa gueule, soit c'était Ashley. Ou ce connard de roux. La source de tous ses problèmes. Il se payait ouvertement sa tronche depuis le début. Il le savait.

Et alors que ses pas l'éloignaient petit à petit de ce mirage, la haine qui bouillait en lui laissa des idées plus sombres se frayer un chemin dans sa cervelle. C'était lui, le cœur de ses problèmes. Il savait comment le régler, celui-ci. Machinalement, il se dirigea vers le nord de la ville. Il avait déjà traqué le roux plus d'une fois. Juste histoire d'en savoir un peu plus sur lui. Ce n'était pas chose aisée de le retrouver. Mais il avait quelques pistes. Et toute la nuit devant lui. Ce n'était pas ce soir encore que son insomnie s'arrangerait.

Le cinquième bar fut le bon. Il n'y croyait plus tellement. La soirée aurait pu être pire pourtant. Il avait arrosé ses recherches d'un ou deux verres, histoire de supporter tout ce qui le tiraillait en lui. Sa détermination n'en était que plus forte. Mais il fallait se la jouer fin. Aussi... fin qu'il puisse l'être dans son état. Autant dire que ça n'était pas chose aisée. Le rouquin avait tellement obnubilé ses pensées depuis le début de la nuit qu'il avait l'impression d'être un fanboy face à son idole, maintenant qu'il le voyait enfin, en vrai.

Il lui fallut quelques minutes pour se ressaisir, avant d'oser enfin se diriger vers lui.

"Encore plus dur à débusquer que le graal, j'ai cru que je ne te retrouverais jamais !"


Lâcha-t-il avec un peu trop d'enthousiasme en s'approchant de lui, sans être certain de ne pas interrompre une conversation avec le barman et le type d'à côté.

"Je peux ... t'offrir un verre ?"


Il pointa du doigt le tabouret libre aux côtés du roux et n'attendit qu'à moitié de se faire prier avant de s'asseoir. Les entrées en matière de ce genre, ce n'était pas vraiment dans ses habitudes. Les entrées tout court, d'ailleurs. Et ... draguer, non plus. Il n'avait jamais trop fait ça. Encore moins avec un mec qui offrait ses faveurs contre de l'argent. Pas la moindre idée de comment ça fonctionnait. Est-ce qu'il fallait y mettre les formes ? Y aller franchement sans s'embarrasser des bonnes manières ? Et si le rouquin refusait ? Rha. Pourquoi est-ce que c'était interdit, tout ça ? Il aurait tellement aimé pouvoir demander à n'importe qui comment s'y prendre. Nerveusement, il fit craquer ses doigts l'un après l'autre, avant de ravaler sa salive.

"Je t'ai aperçu dans la rue l'autre jour et ... pour être franc, tu m'as un peu tapé dans l’œil. Alors... j'espérais te retrouver et... avoir la chance de passer un peu de temps avec toi ?"


Il avait l'impression d'être un gamin, au lycée, qui avoue enfin ses sentiments à la personne dont il est fou amoureux. C'était stupide. Il se fichait de ce que pensait ce roux. Pourtant, en cet instant, il était un peu trop... dans l'instant justement. Il avait presque oublié la raison pour laquelle il était là, trop préoccupé et angoissé à l'idée de se faire rejeter. Est-ce qu'il fallait être séduisant pour faire ça ? Il n'était pas certain de l'être. Ashley avait bien voulu de lui mais... Ash était un rustre qui ne sortait jamais de son laboratoire. Ceci dit, le rouquin avait bien voulu d'Ash. Mais il était bien fringué au moins. Alors que lui, il était là avec son vieux sweat-shirt d'ado et son jeans déchiré. Il sentit la sueur couler dans son dos. Faisait chaud dans ce bar. Rha. Pourquoi est-ce qu'il voulait faire ça déjà ?
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MessageSujet: Re: Blood on my name [Regan]   Mar 12 Juin - 19:44


Repère à déchets, l’impudence dissimulée derrière les planches de bois recouvrant ce qui fut un jour des fenêtres donnant sur un monde moins fracassé. Restrictions et usures font suinter la bâtisse qui pleure à chaque frôlement d’un vent trop fort. Miteuse, comme le reste du quartier en déroute, ce coin de ville qui ne respire plus, au seulement quelques heures une fois la nuit tombée. Quand les cœurs s’enhardissent et trouvent le moyen de s’élever face aux règles. D’ignorer  la Prohibition ou du moins de l’oublier le temps d’une soirée. Là où il est facile de se dire qu’il n’y aura aucune descente, aucune rafle pour mettre à mal ce moment d’égarement, plongé à corps perdu dans le vice. La milice a déjà fait la main basse sur cette rue, cette bâtisse insalubre il y a quelques jours. Commun alors libre de se dire que, peut-être, elle ne reviendra pas avant un moment. Pied dans la fourmilière, c’est frapper dedans pour voir la panique s’y incruster. Et une fois l’ennemi disparu, l’ordre revenir, à la manière d’aimants s’attirant les uns les autres, les parjures humains ne se laissent pas aussi facilement mâter par les lois. Un éternel recommencement qui régit l’existence de tous, du travail pour les uns, le goût du risque pour les autres. Maudits soldats et leur obéissance aveugle, totalement stupide et béate. Si son cœur s’est laissé charmer par l’un des leurs, la haine envers ces monstres en uniforme ne s’est pas tarie, bien au contraire.

Putain des bas-fonds, Regan n’a pas présenté patte blanche à l’entrée du bar clandestin dans ce but-là. Le corps abimé, encore fébrile des élans licencieux ayant calcinés ses nuits et ses jours, c’est dans les vapeurs d’un alcool distillé dans l’ombre à la saveur d’illégal qu’il a l’intention de se perdre. Se bousiller le foie et le cerveau jusqu’à s’effondrer sur le comptoir. On le connait, le prioritaire des lieux, avec un peu de chance, le laissera là pour le retrouver le lendemain. Lorsque le réveil sera douloureux et le retour à la réalité violent. Se faufiler dans l’interdit, encore un peu plus, il n’est plus à ça près. A le goût du risque dans les gênes, gravé jusque dans les tréfonds de son être. Sa seule présence dans cette nouvelle vie est un risque, une erreur déroutante parfois difficile à comprendre. Sa survie l’est encore plus mais l’esprit fracassé a fini par se convaincre qu’il a encore des choses à faire avant de disparaître pour de bon. Se leurrer au fond d’un verre, celui qui vient de se glisser dans ses doigts et dans lequel il pique du nez pour y voir danser le comptoir, là tout au fond du cercle cristallin, un peu sale mais il s’en moque. Le liquide est trouble lui aussi, a cette odeur de ces distilleries de son vieux Paris. Ces relents d’insubordinations et de grandes discussions qui font naître sur ses lèvres l’ébauche d’un sourire à la chaleur nostalgique. Il s’y perd, Regan, dans ses souvenirs et leur dédale interminable. Oublie, le temps de quelques brèves inspirations qu’il est seul et dans un présent qui parfois pèse lourd dans son cœur. A se concentrer, il en entend presque Etienne et sa démarche mal assurée, les pieds de la chaise qui raclent le sol et le bruit discret d’un corps qui s’y assoit.

Ce n’est pas son frère qui se tient à ses côtés lorsqu’il ouvre les yeux et se risque à y jeter un regard. Figure avachie aux pognes tremblantes du manque, elles se calment qu’une fois la pinte fermement empoignée. L’animal est grossier et lui arrache une grimace alors qu’il boit une autre gorgée et se brûle la gorge, à la racler ensuite pour faire passer l’étrange sensation. Ou bien est-ce pour dissiper la désagréable impression d’être épier ? Habitué aux regards lourds qui se posent sur sa carcasse, le français ne s’en insurge plus vraiment mais ne parvient à faire disparaître le trouble qui lui tord les entrailles à chaque fois que la situation se présente. Un malaise qui prend forme, une voix aussi. L’enthousiasme qui explose dans son monde morose et le force à lever la tête, se tourner légèrement sur son tabouret pour se retrouver face à un parfait inconnu. Bouche qui s’ouvre et se referme aussitôt face à la rapidité avec laquelle le jeune homme prend possession du siège à côté du sien. « - Je ne vais pas refuser une telle proposition. » Souffle-t-il, l’énigmatique sourire qui lui va si bien venant se poser sur la courbe de ses lèvres.

Les pupilles se font inquisitrices et détaillent le nouvel arrivant avec intention. Jaugent, de la tête aux pieds alors qu’il se redresse, par instinct. Par habitude, la mécanique lascive s’enclenche lorsqu’il comprend Devine les intentions avant même que les mots ne franchissent le silence entre eux. Ses clients se résument à deux types : ceux qui osent et ne s’embarrassent pas de bienséance, ni d’humanité. Ceux qui hésitent, qui ont besoin de temps et de normalité pour accepter ce qu’ils s’apprêtent à lui demander, à lui faire. Et à en juger par son attitude, son vis-à-vis fait partie de la seconde catégorie. Première fois ou timidité habituelle, le débauché n’en sait rien et au fond, il s’en moque. Chance de passer du temps avec lui, qu’elle belle phrase pour les sous-entendus qu’elle dissimule. Il a les vibrations d’un rire silencieux qui viennent ronronner contre sa langue alors que les paupières se ferment et le verre vient se reporter à ses lèvres. Il n’est pas assez ivre encore pour accepter. Changer de peau, et quitter celle de l’ivrogne pour celle de la catin. Du temps, c’est bien ce dont ils ont besoin tous les deux.

« - Le temps passé en ma compagnie n’est malheureusement pas gratuit, mais j’imagine que tu le sais déjà… » Enjôleur malgré tout, comme une vieille habitude qui ne sommeille jamais. Une arme et une protection étranges dont il ne parvient plus à se défaire maintenant qu’elles font partie intégrante de son univers. Rose le détesterait pour ça. Rhys le détestera pour ça, il en est certain. Et le cœur se serre le temps d’un piteux battement, fracas de détresse dans les pupilles d’émeraudes. A peine un tressaillement à la surface et déjà l’éclat disparait. Cède sa place à l’étincelle sale qui se fait séductrice lorsque le regard se repose doucement sur le jeune homme. « - Je suis néanmoins flatté que tu te sois donné autant de peine pour me retrouver. Ce n’est pas très prudent, les chiens de Gouvernement ne sont jamais loin pour veiller au grain. » Il ricane cette fois, et insuffle tout son dégout et son dédain dans les notes grinçantes. Ce qu’il peut les détester, ces maudits pions et leur docilité pitoyable. Les doigts s’agitent, doucement, sur le comptoir. En un geste trahissant l’habitude. Comme une demande silencieuse, à laquelle le barman accède dans l’instant. Deux verres, plein de cet alcool trouble et trop fort au point de certainement pouvoir faire office de décapant à l’efficacité redoutable, viennent se poser devant eux. « - Tu m’as l’air nerveux… Je n'ai jamais mangé personne, détends-toi. » Les doigts poussent le verre devant le jeune homme et Regan en profite alors pour se pencher, légèrement, à peine, dans sa direction. Faire mourir un peu la distance entre eux.

_________________
naufragé dans la nuit
UN PEUPLE EN ETAT DE REVOLUTION EST INVINCIBLE

On s'achète on se vend. Au vent des hémisphères. On se jette, on se prend contre un peu d’éphémère. Sur l'étoile d'argent, le cerveau, la chair. Faudra choisir un camp. L'obscur ou la lumière.
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