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 « Tell me it gets easier » (Noliam)

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Liam P. Wiggins
MASTER OF ILLUSIONS

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MessageSujet: « Tell me it gets easier » (Noliam)   Lun 18 Juin - 19:39



Tell me it gets easier

 
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Le vibreur du téléphone posé sur la table en verre me fait sursauter. Le gouvernement n'a que peu de limite mais là, il est trop tard pour que ce ne soit pas catastrophique. À moins que Noah ait besoin d'aide ? Il ne faut que quelques secondes pour atteindre un téléphone, encore plus quand l'heure sous entend que le monde va s'écrouler d'une manière ou d'une autre. Le numéro qui s'affiche ne présage rien de bon, c'est l'un des nombreux numéros sous le nom de mon frère. J'ai le cœur qui s'arrête de battre, le monde qui s'arrête de tourner alors que je décroche. Nolan ne m'appelle jamais, littéralement jamais. Je ne suis même pas sûr qu'il sache que j'ai son numéro, je ne suis plus sûr de rien. J'imagine le pire à une vitesse folle, c'est quelqu'un d'autre qui va m'annoncer sa mort. Parce que je le savais, il ne fallait pas attendre. Je savais tout ça. Ma voix s'étrangle tandis que celle qui me répond n'a rien d'une infirmière, rien non plus d'une voix connue. Encore moins de celle de mon frère. Je hausse un sourcil de surprise avant que la gamine m'explique qui elle est, et que Nolan rentre pas.

Il ne m'en faut pas plus pour lui dire « J'arrive. » sans chercher à comprendre. Parce qu'au fond, ce n'est pas une question qui se pose. Je claque la porte de mon appartement et fais le chemin jusqu'à chez mon frère en un temps record. La porte s'ouvre sur la gamine que j'ai déjà croisé, qui nous a confondu la première fois. Celle qui m'a appelé papa, l'a appelé papa. Je m'appuie sur l'encadrement le temps de reprendre mon souffle, j'ai la tête qui tourne, agir sans réfléchir, c'est pas trop mon genre et visiblement ça ne me réussit pas. La petite m'explique que je suis son « numéro d'urgence », que Nolan a disparu et l'autre aussi. Je lui dis que ça va aller, et sans réfléchir plus que ça, je prends ses affaires pour l'amener chez moi. Y a pas de problème, jamais, que des solutions, pas vrai ? Mais la gosse me pointe le chien du doigt et je prends le temps de réfléchir. La ramener chez moi n'est clairement pas une bonne idée, pas avec Cordelia. Pas dans ce genre de circonstance. Je soupire, et je cède. Je cède à cette enfant qui n'a rien demandé. Elle dit qu'elle est capable de rester toute seule le temps que je récupère des affaires et qu'au pire, elle m'appelle. Je retourne chez moi, laisse une note du genre « Ne détruis pas mon appartement. » à Cordelia, et claque à nouveau la porte pour retrouver une vie différente : celle de mon frère.

Elle bouscule tous mes plans la môme, m'explique ce qu'elle sait et je passe mon temps à tenter de me renseigner. Puis viennent les vraies nouvelles, Nolan a été greffé, il est à l'hôpital et doit se remettre quelques jours. Je hurle de me passer mon frère, lui hurle dessus et lui dit qu'évidemment, je ne laisse pas la gamine. Irresponsable et me laissant face à tout ce que je déteste, c'est bien son genre. Je ne sais pas m'y prendre avec les enfants, je ne sais pas vraiment m'y prendre avec qui que ce soit quand ça sort de mes domaines de compétences définis. Alors la cohabitation se fait plutôt silencieuse, elle me dit que Nolan la force à travailler et je souris. Pensant à tout ce temps où c'est moi, qui le forçait à passer la tête dans les bouquins avant de bricoler. Je me force à faire de mon mieux, à ne pas trop bousculer ses habitudes même si clairement, elle est pas prête de m'appeler « tonton ». Le problème, c'est que le deal devient trop long, les jours passent sans nouvelles et lorsque j'appelle l'hôpital on me dit qu'il n'est plus là, qu'il est rentré chez lui.

À vrai dire, j'ai beau tourner la tête autour de moi, il n'est pas là. Je raccroche, fais tout pour ne pas inquiéter Faustine plus que de raison et je recommence à chercher, le chercher. Cet abruti qui n'a pas trouvé de meilleur moment pour jouer à cache-cache que maintenant. Les jours passent sans qu'il n'y ait une seule trace de lui, des jours longs où mes mensonges finissent par devenir de moins en moins crédible.

Faustine est au lit, ce soir là, elle a récupéré Bidou et moi, je désespère. Je sais que quelque chose ne va pas et j'ai personne à qui en parler. Il est encore en vie, au fond de moi je le sens, alors pourquoi fait-il ça ? Se barrer sans un mot c'est pas vraiment son genre à lui ? Et puis j'étouffe dans sa vie, j'étouffe à couvrir une vérité qui m'angoisse et m'obsède. J'ai envie d'exploser alors que je me retrouve dans la même situation que de longues semaines auparavant.

Trop tard pour que le téléphone sonne pour de bonnes nouvelles. Une table basse et un canapé différent mais dans l'idée, à peu près les mêmes sensations. Un déjà vu important, trop récent pour qu'il ne soit pas inquiétant. Parce qu'aujourd'hui ça ne peut pas être Faustine qui m'appelle, elle dort à quelques mètres de moi. Alors j'attrape le portable, un peu trop tremblant, loupant bien plus qu'un seul battement. Le numéro est inconnu, attribué à personne, ni à Nolan, ni à qui que ce soit d'autre. Je décroche, encore plus fatigué et étranglé que d'ordinaire. Et puis tout s'arrête. La voix de mon frère, sa voix comme je ne l'ai jamais entendue. Il me demande de l'aide, me murmure à une vitesse folle où il est et sur la même conclusion que la conversation quelques semaines avant, je laisse un « J'arrive. » m'échapper avant de tout laisser. J'enfile une veste sombre et traverse les rues pour le trouver, le cœur au bord des lèvres, la sensation qu'une catastrophe est sur le point d'arriver.

De longues minutes de marche, de course, de longues minutes à voir mes yeux s'embuer et des larmes ne pas couler. Tout faire pour garder mon calme, mon self-control jusqu'à le retrouver. Et puis, le voilà, dans une ruelle très sombre, trop sombre, vraiment trop sombre. Un coup d’œil à gauche, puis à droite et je me faufile dans la rue des invisibles, là où le monde ne se préoccupe pas de la vie ou la mort des gens. Je serre les dents, mon frère à terre et je me jette sur lui comme je ne l'avais pas fait depuis des années. J'ai les mains qui tremblent beaucoup trop, vraiment beaucoup trop. Parce que pour la première fois depuis toujours j'ai vraiment eu peur qu'il soit trop tard, qu'il soit mort. J'ai eu peur que mes pires cauchemars et ces horribles rêves deviennent réalité. Que le sentiment qui déchire ma poitrine devienne vrai. Alors le soulagement lorsqu'il est en face de moi est également un étrange sentiment que je n'ai jamais connu. La vraie peur de le perdre, qu'il n'existe plus dans le même monde que moi. Je l'observe pendant des secondes qui durent chacune une éternité. Je vérifie ses bras, son visage, passe mes mains et mes yeux un peu partout voir s'il n'est pas en sang dans la ruelle. Et puis je respire, je respire avant de lui dire, avec une voix qui laisse transparaître mon inquiétude bien plus que j'aurais voulu. « Mais t'es complètement malade bordel de merde ! J'ai cru que t'étais en train de te vider de ton sang putain. » Je continue, me relevant, m'apprêtant à le relever à son tour sans pour autant lui tendre la main. « Tu te rends compte de ce que tu fais vivre à Faustine ? Tu te rends compte que j'ai passé des jours à croire que t'étais mort et que j'allais devoir lui dire un moment ou un autre ? » Je m’énerve trop, beaucoup trop. Parce que j'ai eu peur, vraiment trop peur. Alors j'attrape sa main et le relève, sans lâcher sa paume. « Mais t'étais où bordel de merde ? Et puis c'est quoi cette tête ? »

Je n'attends pas vraiment la réponse, regarde autour de nous et reprends. « Appuie toi sur moi, je sais où on va aller. J'te laisse pas comme ça. » et puis j'ajoute, parce que je le connais. « Non, c'est pas chez toi ni chez moi. J'suis con mais quand même. Alors maintenant tu te tais et on avance avant que tu meurs dans mes bras. Deal ? »

Le soulagement qui coule dans mes veines est d'un bonheur que j'avais oublié. Nolan n'est pas mort. Nolan est encore en vie. Peut-être pas très en point, mais il est là, il est avec moi. On peut parler, on peut trouver des solutions. Nataliya n'habitait pas très loin, on aura que quelques mètres à faire avant de pouvoir mettre les choses au clair et faire avancer la situation. L'ironie du sort, elle, c'est qu'au lieu d'avoir des nouvelles de mon frère pendant des mois, d'avoir un plan parfait pour le faire aller mieux, je me retrouve avec la moitié de mon âme moitié morte entre les doigts et cette foutue pleine lune qui me rit à la gueule.

Putain de merde. Il a intérêt à avoir une bonne explication.


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NEVER GONNA BREAK
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Nolan A. Wiggins
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MessageSujet: Re: « Tell me it gets easier » (Noliam)   Sam 23 Juin - 23:06


 
Liam
Nolan
« tell me it gets easier »


J’ai le cœur qui bat à toute vitesse dans la poitrine, cette détestable sensation d’être pris au piège, encore et encore, d’être constamment épié, cette terreur qui me noue les tripes, me broie les os, qui m’interdit de m’arrêter davantage, parce qu’elle va finir par me retrouver, forcément. Elle m’a retrouvé à chaque fois, malgré tous mes efforts pour brouiller les pistes. Elle m’a retrouvé hier, elle m’a retrouvé la semaine dernière, et je pourrais parier mes reins s’ils étaient encore intacts qu’elle va me retrouver ce soir, encore. J’ai le souffle court, je m’écroule contre un mur, en m’interdisant de flancher totalement, en m’interdisant de sentir mes jambes cesser à leur tour de répondre et de lutter. J’ai de la fièvre, je crois. J’ai le front bouillant, du moins. Et ça doit bien vouloir dire quelque chose. J’ai les yeux qui se ferment tout seuls, aussi, j’ai froid, j’ai tellement froid, je transpire mais j’ai froid, et je ne suis pas encore suffisamment stupide pour savoir ce que ça signifie : je suis dans la merde. Vraiment. Plus encore que la dernière fois. Plus encore que lorsqu’on m’a amené à l’hôpital, inconscient, plus encore que lorsque Timothée a pris la décision d’aller contre mon avis pour me greffer son rein. Parce que son rein, justement, je suis en train de le perdre.

Du repos, c’était la première exigence du médecin. A mon réveil, quand j’avais treize ans. Il te faut du repos. Depuis quand n’ai-je pas dormi plus de trois heures de suite ? Au moins deux semaines, et je n’ai pas osé, vraiment pas osé rentrer chez moi pour récupérer de quoi faire quelques potions pour me réveiller, je n’ai pas osé m’arrêter plus longtemps. Elle m’a déjà retrouvé quand je me croyais en sécurité, alors… alors je reprends mon inspiration. Et je repousse le mur, pour cibler du regard un nouvel objectif. L’immeuble là-bas, je suis sûr qu’il sera acceptable. La porte a été fracassée il y a trop longtemps pour que ce soit récent, je suis presque certain que je vais y trouver un squat, plus ou moins peuplé, plus ou moins organisé, mais au moins, un endroit clos, avec un nouveau mur auquel m’appuyer. Du repos. Je pense pas que fuir une psychopathe décidé à te tuer fasse partie des activités reposantes. Je ne sais pas pourquoi, j’ai… j’ai comme un doute. Et je me traîne dans un étage, puis un deuxième. Dans une porte fracturée, des placards vidés, un salon saccagé, l’empreinte d’une vie qui a déjà fui les lieux, et qui les a fuis il y a longtemps, une fois encore. Je me laisse tomber dans le salon et surtout sur le canapé éventré. Et je me roule en boule. Du repos, c’est ce qu’il faut quand on vient de subir une opération. Juste du repos.

Des soins, aussi, la deuxième recommandation. Un traitement à prendre à vie, un suivi pointilleux les premières années, pour guetter le moindre rejet. Anticiper le moindre rejet. Aider aux soins, aider à la gestion de la douleur, des symptômes, tout un cocktail de petites pilules de toutes les couleurs pour jouer à l’arc-en-ciel en buvant mon café le matin. Des médocs dont je n’ai pas vu la couleur depuis… trop longtemps. Mes yeux se ferment tout seuls, mais j’ai la présence d’esprit de me remettre sur le dos, et de laisser mes mains venir palper mon côté, celui qui est encore protégé, stupidement protégé, par un pansement couplé à un bandage que j’ai tenté de changer, croix d’bois, croix d’fer, mais qui est maintenant dans un état ridicule. Comme moi. Et qui, surtout, couvre une partie gonflée, une cicatrice en deuil et surtout en peine, en grand peine. Il faudrait que je me soigne, vraiment. Il faudrait que je repose, vraiment. Mais un bruit dans l’escalier, et je me redresse, et je sursaute, et je me fais la remarque que ma vie est un chaos, un chaos pire que tout ce que j’ai pu avoir ces dernières années. Je me force à me relever, je me force à écouter, je me force à projeter une illusion, pour me dissimuler, pour fermer les yeux, pour ressortir, repartir, m’échouer à nouveau dans la rue, et me faire la remarque que j’aimerais tellement avoir des réponses.

Savoir où est Giulietta. Savoir pourquoi elle a abandonné Faustine, sans un mot, alors qu’on s’était promis l’un et l’autre de protéger la môme. Savoir comment va Faustine. Comment va Liam. Comprendre. Et savoir, putain, savoir pourquoi celle qui me poursuit veut ma peau. Je dois devenir paranoïaque, je la vois à chaque coin de rue, je panique et je sursaute, mais j’aimerais savoir pourquoi. J’ai réussi à lui échapper avec des illusions, mais… je trébuche. Mes mains s’écorchent au sol, je ne me suis même pas rendu compte de la chute. Je suis tombé, et j’ai comme l’impression que j’en ai profité pour m’évanouir. Combien de temps ? Aucune idée, mais le jour commence sérieusement à décliner, comme ma capacité à survivre, faut pas se leurrer. « Putain, Elias, t’es où… » J’hésite à céder, à trouver le Blackbird. Mais je ne veux pas qu’elle le trouve. J’hésite à céder, à trouver The Mission et Romanichel. Mais je ne veux pas risquer qu’elle les trouve. Et ça me laisse quoi comme possibilité ? La plus évidente. Celui que je ne veux surtout pas mettre en danger. Mais qui est le seul qui puisse m’aider, et se défendre, et… et qui ne me pardonnera pas si je ne l’appelle pas. Mes doigts vont chercher le téléphone que j’ai volé à un passant avant-hier, il y a une éternité. Je trébuche à nouveau, mon épaule heurte un coin de mur, coin dans lequel je me réfugie aussitôt. Son numéro, je le connais par cœur, je me rends compte. Pourtant, je mets une dizaine de minutes à m’en souvenir, une dizaine de minutes à le taper. Et avant d’avoir fini, je suis assis par terre, incapable de me relever. Numérotation. Petite musique que je chantonne. Sa voix. « Liam, c’est moi. » Je m’y reprends à deux fois pour être compréhensible, j’essaye de paraître normal. Mais la douleur à mon côté enfle, j’aperçois du sang, du sang qui a coulé. « J’suis dans la merde. J’ai besoin de toi. » J’ai les yeux rivés vers le ciel, et ses nuages, les baisse pour trouver un nom de rue, je le chuchote dans un assemblage de syllabes qui n’ont plus aucun sens à mes oreilles, mais qui en ont pour lui : « J'arrive. » Mon merci s’échappe, il est déjà parti. Et moi je ferme les yeux. Juste une seconde. Du repos, qu’il a dit le médecin.

Une seconde ? Vingt minutes, au bas mot : voire plus. Ou moins. Je sursaute quand il me touche, je me recroqueville mais avant de vouloir le frapper, je le reconnais. Et ça me fait sourire, de le voir là. Et je vois son inquiétude, prends la décision de faire genre, vraiment, pour qu’il ne voie que la partie émergée de l’iceberg pour le moment. Il se relève, je m’apprête à saisir la main qu’il va me tendre. Qu’il ne me tend pas. « Mais t'es complètement malade bordel de merde ! J'ai cru que t'étais en train de te vider de ton sang putain. » Euh… ça va bientôt être le cas ? Il n’a pas vérifié ma chemise, il n’a pas vérifié mon torse. Et le reste de mon corps va bien. Bien. « Tu te rends compte de ce que tu fais vivre à Faustine ? Tu te rends compte que j'ai passé des jours à croire que t'étais mort et que j'allais devoir lui dire un moment ou un autre ? » Il parle trop fort, vraiment trop fort. J’ai envie de me prendre la tête entre les mains, ou mieux : de me plaquer les mains contre les oreilles mais non, je saisis celle qu’il me tente, et je me relève en serrant les dents. Faire genre. « Mais t'étais où bordel de merde ? Et puis c'est quoi cette tête ? » Cette tête ? « Bah, c’est la même que la tienne, aux dernières nouvelles, et en plus beau gosse. » Je rétorque, par réflexe, d’une voix éraillée. Il regarde autour de nous, je prends conscience qu’il faut qu’on bouge. « Appuie toi sur moi, je sais où on va aller. J'te laisse pas comme ça. » Je regarde où on est : à la frontière entre le Treme et Bourbon Street, à une trotte aux yeux de mon corps épuisé de son appart, à… « Non faut… » « Non, c'est pas chez toi ni chez moi. J'suis con mais quand même. Alors maintenant tu te tais et on avance avant que tu meurs dans mes bras. Deal ? » Sa voix a la saveur de l’ordre, de l’impératif, et je m’appuie à lui en fermant à moitié les yeux, trop content de plier. Liam est là. Alors qu’est-ce que je peux répondre d’autre qu’un « Deal. » aussi sincère que fatigué.

Et quelque part, le môme que j’étais, le jumeau que j’étais, le Nolan d’il y a dix, quinze, vingt ans, est en train de se dire que si Liam est là, alors tout va bien. Alors tout va s’arranger. Et s’il en est certain, alors je le suis aussi. C’est aussi simple que ça. Je nous enveloppe d’une illusion, malgré tout. J’ai cru voir bouger, et si elle nous voit… je ne veux pas qu’elle nous voie. Je nous enveloppe d’une illusion, mon front se plisse de tension, je me mords la lèvre. On arrive dans une baraque que je ne connais pas, il sort des clés, je m’appuie en attendant sur le mur le plus proche, ne m’en décolle que lorsque la porte s’ouvre. Je murmure à toute vitesse ce que je veux croire être des charmes de protection, sans savoir s’ils ont la moindre once de sorcellerie entre eux ou si ce ne sont que des gri-gris qu’on balance au visage des profanes, comme un avada kedavra bien senti ou un spectaculaire avada kedavra. Faut être honnête : je ne suis pas serein. Et j’attrape le poignet de Liam. « Liam, faut que je te prévienne, je… j’suis en danger, donc toi aussi… t’es sûr que c’est sûr comme endroit ? » Je le regarde dans les yeux, sans lâcher son poignet. Et mon autre main plaquée à mon côté. « Je crois qu’il… je crois qu’il y a quelqu’un qui veut me tuer. Ou alors je deviens fou. Tu as une arme, au cas où ? » Une arme à feu. Pour nous défendre. Je ne veux pas entrer dans l’appart si c’est pour m’y retrouver pris au piège. Et pourtant je chancèle, comme une décision que mon organisme prendrait sans mon accord. « J’suis désolé, tellement désolé » Combien de fois est-ce que je le lui ai dit ? En voilà une bonne question.

Je suis sûr que Liam serait capable de me donner la réponse. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.


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MessageSujet: Re: « Tell me it gets easier » (Noliam)   Mar 3 Juil - 19:14

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J'agis par instinct, purement et simplement. Les mots qui sortent de ma bouche ne sont là que pour le divertir, me divertir. J'ai la peur de ma vie et clairement du mal à me remettre de mes émotions. Je déteste ne pas avoir les choses en main et là, tout ce que j'ai dans les bras c'est mon frère mourant, sans aucune information. Alors je parle, je m'énerve pour des futilités pour faire passer ma peur, ma rage au ventre qui brûle de le perdre, de le perdre pour de bon, pour de vrai.

Je ne relève même pas la remarque qu'il fait à son tour complètement inappropriée, comme si c'était le moment de faire une blague ou quelque chose du genre. J'ai tout sauf envie de rire. Je n'écoute même pas vraiment alors que le poids de son corps s'ajoute lentement au mien. Putain, il est vraiment très mal en point. Je resserre mon emprise autour de son épaule, sous son bras. Il ne tombera pas. On peut filer jusqu'à chez Nataliya sans qu'il ne s'amoche plus que ça. J'y mets toutes mes forces, toute ma volonté et toute ma peur qui me serre la gorge à deux doigts de m'étrangler. Mais putain c'est pas vrai.

Les pas sont longs, jusqu'à chez elle. Mon dos tout entier est parcouru d'un frisson alors que l'on passe le pas de porte de son immeuble en chœur. Nolan tient à peine debout, le moindre de mes gestes est là pour appuyer les siens. Comme des gamins, des reflets, on fonctionne à nouveau en coordination quand on a plus d'autre solution. Pas besoin de parler, tout est naturel, même le laisser s'appuyer contre le mur en retirant lentement ma main de son dos. Dans ma poche de veste, le trousseau de clefs qui me fait trembler rien qu'à l'attraper. Je resserre mon emprise sur ce dernier avant de me décider à ouvrir la porte, celle de mon passé. Ma seule peine de cœur. La porte qui me rappelle tous les souvenirs, ses mains, son odeur, son visage, son regard et son ton autoritaire. La porte qui me plante un nouveau couteau dans le cœur et me fait saigner à vif alors que je regarde droit devant moi, face au vide pendant quelques instants. Oublié Nolan, oublié le monde. Je ne vois que ma perte, mon amour éternellement disparu, celle qui a sacrifié tout, qui s'est sacrifiée elle-même et que je n'ai pas su garder, pas réussi à sauver.

La main brûlante de mon frère me fait sursauter. Mes yeux remontent de sa prise faible à ses yeux, encore plus meurtris, plus usés. « Quoi ? » Que j'articule à peine sans réelle conviction, juste par principe, pour garder le change, pour reprendre le dessus. Oublier son parfum, oublier que tout ça lui appartient. La question de Nolan me fait serrer les mâchoires, elle perce un peu plus mon cœur. Le lieu le plus sûr du monde, l'appartement d'une disparue, de ma disparue. Il continue, je me retiens de lui répondre, ou plutôt, j'attends de reprendre un minimum de contrôle avant de lui répondre. Je soupire, et il s'excuse. Le monde à l'envers et l'apocalypse qui revient, voilà tout ce que ça présage ces conneries. Sans un mot, je passe à nouveau mon bras sous le sien, le guide vers le canapé sur lequel je le laisse s'étaler avant d'aller refermer la porte derrière nous.

J'ouvre un placard, ne pense plus à elle, ne pense plus à rien. Je dois agir par réflexe, par instinct, encore quelques instants, le temps de pouvoir accuser le coup, ravaler les larmes et le sang, parler sans m'écrouler et tout gâcher. Je sors un verre que je rince approximativement avant de le remplir d'eau du robinet. L'électricité est encore ici, parce que sans un mot, j'avais racheté l'appartement. J'en avais fait des milles et des cents, refusant catégoriquement que quelqu'un d'autre foute les pieds ici. Et aujourd'hui me voilà, à souiller la seule chose qu'il me restait d'elle. J'efface la pensée et tends le verre à mon frère avant de commencer à parler, sans doute un peu moins calmement que je ne le voudrais.

« Je ne sais pas si tu es parano mais on a pas été suivi et personne ne peut nous trouver ici. Personne ne peut t'associer à cet endroit et moi non plus. » Parce que je n'ai jamais changé les noms, j'ai tout refusé. L'argent paye tout, surtout le silence. Il n'aura pas payé mon deuil mais m'aura permis de tenir le coup, pendant un an. De me dire qu'elle reviendrait peut-être, ma belle blonde, que sa place l'attendrait toujours. « Je me fous de tes excuses, ce que je veux, c'est des explications. »

Je m'avance lentement vers lui, la lune brillante passant au travers des carreaux pour nous laisser cette lumière bleutée entre nous tandis que je prends ses mains pour mieux l'observer. Il est blessé. Plus que je ne l'avais vu dans cette ruelle sombre. Sa chemise suinte et je soupire. J'ai la solution, j'ai toujours eu la solution. Mais je connais mon frère, je le connais trop pour savoir que tout ne va pas se passer aussi simplement qu'une simple question et un accord en bonne et due forme. Alors je ne dis rien, j'utilise nos dons pour le soulager ce qui est soignable. Je n'y mets pourtant pas toutes mes forces, puisque je sais ce qu'il faut faire, ce que je dois faire. J'attends juste une réelle explication et peut-être un peu aussi, que je crois qu'il va simplement dire oui si j'attends. Mais je souffle, quelques secondes en attendant, mon frère presque mourant, bousillant tous mes plans et m'appelant moi, à l'aide.

Il a bien droit à une once de vérité, vu la nuit qu'il s'apprête à passer. « On est chez Nataliya, Nolan. » Le magnétisme fait son effet et lentement, les plaies superficielles s'estompent, celles qu'il a du se faire lui même, celles qui ne sont pas en train de le tuer. « Personne ne nous trouvera ici, ne t'en fais pas. »

Je marque une longue pause avant d'enlever l'une de mes mains et soulever sa chemise. Doucement, je retire son pansement et clairement, ce n'est pas beau à voir. La cicatrisation s'est mal faite et vu son teint, il n'y a pas qu'avec elle qu'il y a un problème. Je m'échoue à ses côtés sur le canapé de ma disparue avant de lui dire, sans jugement, juste par tristesse, par peur et aussi par soulagement de l'avoir trouvé à temps. « Pourquoi tu m'as pas appelé avant ? Nolan... » mon visage se cale sur le sien, parfait identique, si mon teint était un poil plus pâle, on y croirait, au reflet du miroir. Nolan est en train de mourir sous mes yeux, dans mes bras. Si je le vois, c'est surtout bien plus que ça, je le sens, au fond de moi. De ce lien qui nous unit, de cette moitié d'âme qu'il possède qui s'émiette petit à petit. Et ça, c'est non. Je l'ai toujours dit. Sans lui, je ne sais plus vivre, plus exister. Sans cette moitié d'âme, je ne suis plus rien, il est mon bon côté, s'il ne reste que moi, il n'y a plus de raison d'exister. « … t'es en train de mourir. » Les mots sont durs et pourtant trop justes.

Peut-être que si je n'avais pas décroché, si je n'étais pas arrivé à temps, c'est mort que je l'aurais trouvé. Ou que l'autre l'aurait trouvé. Même si pour le moment, ces histoires de meurtriers me préoccupent très peu. Tout ce qui m'intéresse c'est la vie de mon frère. Le reste de mon âme, son cœur qui bat et son sourire à lui. « Nataliya me manque, Nolan. Elle me manque chaque jour depuis qu'elle est partie. Et j'peux pas, j'peux pas te perdre toi aussi. » Parce qu'il ne resterait plus grand chose. Parce que même si Anastasia est ce nouvel espoir, sans mon frère le monde perd son sens. Sans lui, toutes mes actions, tous les axes de ma vie n'existent plus. S'il n'a pas la moindre idée du pacte que j'ai fait avec Cordelia pour le sauver, que j'ai sacrifié ma relation avec Nataliya pour le protéger, moi je le sais. Et je sais que s'il disparaît, alors tout ce qu'il reste de moi c'est un connard incroyablement seul qui n'a plus personne sur qui compter. Et qui a vendu son âme, pour rien.

Je ferme les yeux, la tête sur le dossier et je reprends, doucement. « Je peux pas te laisser comme ça Nolan. » Ma décision est prise, même si tu dois me détester jusqu'à la fin de mes jours. « Je te laisse le temps de te poser cinq minutes, m'expliquer ce qu'est ce bordel mais après. » Mon regard se tourne vers cette lune trop blanche, qui nous sourit presque. « Après je te sors de cet état. » Pas une question, une affirmation, une vraie de vraie, suivie d'un soupir.

C'est donc ça, le vrai tournant d'une vie ? Choisir à nouveau entre la mort et l'agonie ? J'ai peur, peur d'être trop faible, peur de lui faire du mal, de le tuer. J'ai peur que tout ce qui peut mal se passer se passe. Peur d'échouer pour la seule personne que j'ai toujours voulu sauver. J'ai peur de ne pas être assez, ne pas être à la hauteur. Parce que je n'ai jamais pu le sauver, mon frère. Je n'ai jamais su lui offrir la vie qu'il méritait. Alors pourquoi maintenant c'est différent ? Suis-je en train de le condamner, nous condamner ? Suis-je encore une fois en train de tout gâcher. Parce que ça, je sais faire. Rater, encore et encore. Échouer, enchaîner les erreurs pires les unes que les autres.

Nataliya est portée disparue depuis plus d'un an maintenant. Tous ceux qui m'approchent finissent par mourir, disparaître ou partir. Shae s'est suicidée une fois, des tas d'autres ont disparu, par ci, par là. Alors, dis-moi, Nolan, est-ce que toi tu vas mourir ? Est-ce que je vais te tuer, au lieu de te sauver ? Parce que c'est ce que j'ai toujours fait, pas vrai. Te tirer vers le fond, jamais vers le haut.

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NEVER GONNA BREAK
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MessageSujet: Re: « Tell me it gets easier » (Noliam)   Ven 27 Juil - 21:29


 
Liam
Nolan
« tell me it gets easier »


Je murmure tout ce que je peux, dans le début d’un délire certainement induit par la fièvre. Je murmure une prière extraite de mon enfance, quelques charmes et incantations extraites quant à elles de dessins animés, je chuchote des mots sans queue ni tête, un peu de grec et de latin qui ne veulent rien dire, je me débats dans ce murmure pour mieux nous protéger, tenter de nous protéger, dans la paranoïa qu’excite sans aucun doute la tension dans laquelle je suis depuis trop de jours maintenant. Les yeux mi-clos, je l’entends plus que je ne le vois ouvrir la porte, s’arrêter sur le perron, avant de m’inviter à entre d’un seul pas et c’est là, juste là, que je me décide à paniquer. Vraiment. Je ne sais pas où on est, ce qui est certainement bon signe, mais ce n’est pas pour autant que ça me rassure : j’ai la main tremblante quand elle s’agrippe au poignet de Liam. Paranoïaque, j’ai presque l’impression de lire ça dans ses yeux surpris. « Quoi ? » Paranoïaque ou pire encore : indifférent. Je le sens ailleurs, sans que je n’arrive à vraiment comprendre ce qu’il est en train de me dire, je le sens ailleurs, et moi, je veux me maintenir là, garder les pieds sur terre, rester aussi lucide que possible : est-ce qu’il est certain que l’endroit est sûr, au moins ? Je veux lui faire confiance, je tente de lui faire confiance, mais je ne compte plus le nombre de fois où je me suis cru tranquille, et où un bruit, un mouvement, une silhouette dessinée dans une foule ou dans une ombre m’a fait comprendre que je ne l’étais pas. Devant son absence de réponse, je continue, les yeux incapables de se fixer, affolés, à guetter le monstre qui se cacherait dans l’ombre. Est-ce qu’il a une arme, au moins, pour se protéger ? Est-ce que je deviens fou ? Je dois devenir fou. Est-ce que… son soupire me coupe dans mon élan. Et j’achève sur des mots que j’ai déjà prononcés. Que j’ai prononcés un paquet de fois. Comme pour m’excuser, m’excuser pour tout, pour ma panique, pour mon silence, pour mon état, pour ma fuite, pour la douleur, pour la fièvre, pour mes propos, pour… pour tout. Il soupire, je m’excuse. Je suis désolé.

Et c’est en entrant dans l’appartement, en le suivant jusqu’au canapé où il me laisse tomber, où je m’écroule sans la moindre force, que ça me frappe. Je me souviens d’un proverbe, une expression, une maxime, bref un truc qu’il répétait sans cesse, de mon père. Un oui n’a de valeur que si un non en a aussi, quelque chose dans le genre. Quand j’étais petit, ça me passait par-dessus la tête parce que je n’avais pas le temps de réfléchir pour comprendre tout ce que ça pouvait signifier, tout ce que ça pouvait sous-entendre et même tout ce que ça pouvait m’apprendre. Mais aujourd’hui, ou plutôt à cet instant, alors que Liam ferme la porte, se dirige vers une cuisine, vers des placards, il me revient en plein visage, ce proverbe. Mais aujourd’hui, je me rends compte que je comprends enfin ce que ça veut dire. Si on en dit que des oui, alors plus ça va, plus ils perdent de leur sens. Et à m’excuser à chaque fois, à me désoler à chaque fois… je ferme les yeux et me laisse glisser, avachis, pour caler ma tête sur le dossier du canapé. A répéter, encore et encore, que je suis désolé, j’ai l’impression d’avoir ponctionné tout le sens que ces mots pouvaient porter. « Je ne sais pas si tu es parano mais on a pas été suivi et personne ne peut nous trouver ici. Personne ne peut t'associer à cet endroit et moi non plus. » Je n’ouvre même pas les yeux. J’émets juste un grognement pour le convaincre que je suis encore en vie. Et lui signifier aussi que je le crois, quand il dit ça, parce que je suis trop fatigué pour protester, pour me débattre et aller au conflit. « Je me fous de tes excuses, ce que je veux, c'est des explications. » J’ouvre une paupière, mes yeux chocolat se perdent dans les siens. « Ca peut se comprendre. » Et je rouvre totalement les yeux quand ses mains saisissent les miennes, pour m’empêcher de le contrer lorsqu’il soulève ma veste, observe ma chemise, fait naître sur mes lèvres un sourire désolé. Encore désolé. Je me mords la lèvre. « Je sais, c’est moche. » Je le sais, je n’ai pas envie de l’entendre. Et je gémis en inspirant à fond quand je sens le magnétisme se répandre le long de la plaie pour réparer ce qui a été déchiré dans ma fuite, suturer les plaies ouvertes, courir le long de la cicatrice pour la refermer, au moins un temps. Un murmure, je ne sais même pas s’il l’entend. « Merci », et mes mains veulent le repousser, avec douceur, pour éviter qu’il en fasse trop, mais c’est sans succès.

En sécurité, on est en sécurité, je me le répète, et ça fait son office : je souffle en sentant mes épaules se dénouer, mes muscles se relâchent et ma tension revenir à la normale. Ou presque. Le fourmillement sur mes plaies se poursuit, lentement mais sûrement, comme un chatouillis anesthésiant. J’observe la pièce où nous sommes. Liam répond à la question que je ne pose pas. « On est chez Nataliya, Nolan. » Oh. Nataliya, sa silhouette se dessine dans ma rétine, comme une illusion que je ne contrôle pas, elle se promène derrière mon frère, s’évapore aussitôt que ce qu’il m’a dit, la dernière fois, me revient en mémoire. Elle est morte. « Je suis désolé » Et mes mots perdent encore un peu plus de leur saveur, usés et abusés dans ma bouche, sans que je ne parvienne à contrer leur détérioration. Cesserai-je un jour d’être désolé pour tout ? Peut-être quand je serai mort, me chuchote mon humour à deux balles. J’ai un ricanement de fou. « Personne ne nous trouvera ici, ne t'en fais pas. » Je soupire. « J’espère. », j’espère, ouais. Les plaies sur mes mains écorchées se sont déjà refermées. Liam soulève ses mains, hésite, je comprends qu’il ne compte pas s’arrêter là, mais j’ai à peine murmuré un « Non… » suppliant, enfantin, qu’il a déjà soulevé ma chemise, et qu’il s’approche de mon pansement. De mes mains tremblantes, je veux l’empêcher d’aller plus loin : quand il s’écarte et s’assoit à côté de moi, je suis incapable de savoir si c’est parce qu’il m’obéit ou parce qu’il a compris que de toute manière, ça ne va pas suffire. Pas cette fois.

« Pourquoi tu m'as pas appelé avant ? Nolan... t'es en train de mourir. » J’ai du mal à soutenir son regard ; c’est dur, tellement dur, en même temps. J’ai l’impression que tout ce qu’il ressent est inscrit dans ses prunelles, mais que je n’arrive plus à lire les caractères. Je n’arrive plus à lire son caractère, dans son ensemble. Est-ce que j’y arriverai un jour à nouveau ? J’en doute, j’en doute tellement. Je ferme les yeux. « Mais je t’ai appelé. » Je finis par protester, trop tard, il faut croire. « Nataliya me manque, Nolan. Elle me manque chaque jour depuis qu'elle est partie. Et j'peux pas, j'peux pas te perdre toi aussi. Je peux pas te laisser comme ça Nolan. Je te laisse le temps de te poser cinq minutes, m'expliquer ce qu'est ce bordel mais après. » Son regard dérive, le mien le suit et je manque une respiration en croisant l’éclat complet d’une lune opalescente. « Après ? » Une lune moqueuse, qui me nargue et me promet la survie. Et la mort de mon humanité. « Après je te sors de cet état. » Son ton me pousse à me recroqueviller, à me rétracter, à le fuir pour m’écarter de lui autant que possible. Parce qu’il ne laisse aucune place au refus, aucune place à la discussion, parce qu’il ne tolérera aucun mais ou non de ma part. Parce que je sais, au fond de moi, qu’il a raison, que je n’ai pas d’autre solution si je veux vivre, mais qu’en même temps, je n’arrive plus à accepter qu’on me contraigne à ce point. Mon premier réflexe est de refuser, de remettre tout en question, de l’empêcher de faire ça ou de le forcer à me le faire sous la contrainte. Mon premier réflexe, je le bâillonne en gardant le silence. Je me redresse un peu, en me tenant le côté. « Je t’ai dit… Timothée m’a forcé à… il a donné son rein, il ne m’a pas laissé le choix. » Il sait tout ça, mais j’ai besoin de le répéter. J’inspire. J’aimerai me lever pour faire quelques pas, je ne sais pas rester inactif, mais ça m’est impossible. Alors je compense en croisant, décroisant mes jambes, en torturant un des coussins du canapé, en laissant dériver mes yeux sur tous les détails de la décoration. « Puis il a eu des complications, et moi… y’a une meuf qui a essayé de me tuer. » Pourquoi est-ce que je n’ai pas appelé tout de suite ? « Je me suis enfui, elle m’a retrouvé. Je voulais pas… la mener à toi. Ou à Faustine. Et Giu’… » Je me prends la tête entre les mains en pensant à Giulietta. Je n’ai aucune nouvelle d’elle, aucune depuis trop de semaines et dans un monde comme celui dans lequel on survit désormais, c’est éloquent. Je soupire, tourne la tête sur le côté pour croiser le regard de mon frère. L’air plus sérieux que jamais. « Je vais mourir, Liam. J’crois que… c’est vraiment mal barré, cette fois. Je ne sais même pas ce qu’elle me veut, cette fille, je sais juste que… j’ai pas vraiment dormi depuis je sais pas combien de jours, elle me retrouve tout le temps, ou alors j’hallucine, c’est une sorcière sacrément douée et… je… c’est pas juste la cicatrice qui a lâché… je fais un rejet. » Et il le sait. Et je sais qu’il le sait. Et il sait que je sais qu’il le sait. J’ai juste besoin de le dire à voix haute. Pour prendre une décision.

Je regarde la pleine lune. J’ai eu le temps d’y réfléchir, on peut au moins dire ça. J’ai eu le temps de réfléchir à ce que je veux croire être une proposition de la part de Liam, et pas une obligation. Je veux croire que ça ne va rien changer, ou du moins que ça va juste… améliorer la donne. M’enlever une sacrée épine du pied. J’ai envie de croire ça, mais la terreur ne veut pas refluer, le dégoût ne veut pas refluer. « Est-ce que tu es sûr que ça va valoir le coup, Liam ? » Dans un grognement, je me redresse, je me relève, je chancèle jusqu’à la fenêtre. « Est-ce que tu es sûr qu’on ne va pas le regretter. Ni toi. Ni moi. » Est-ce qu’il est sûr que ça ne détruira pas le peu qui subsiste entre lui et moi ? D’une main tremblante, je m’appuie sur le rebord de la fenêtre ouverte pour fixer dans mes rétines la lumière de la lune, qu’elles s’en imprègnent, qu’elle y subsiste. Et quand c’est fait, je me retourne vers mon jumeau, mon reflet. « Est-ce que t’es sûr que ça peut marcher ? Que je ne vais pas me retrouver à… à avoir le même problème dans deux, cinq, dix ans ? »

by marelle

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He says save me, save me; She says maybe, maybe… She starts to turn away when he says… Promise me you’ll never let us go Push me, Crush me, Then save me, save me She stops walking, walking; He stops falling, falling He looks her in the eyes and he says… - ©️ by anaëlle.
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